La dengue est un problème de plus en plus préoccupant : pourquoi est-il si difficile de la combattre avec des vaccins

Source: The Conversation – in French – By Marielena Vogel Saivish, Research Fellow in Virology (Post-Doc position), The University of Texas Medical Branch

La dengue, une maladie transmise par les moustiques, touche chaque année des millions de personnes en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Et elle se propage géographiquement, car le réchauffement climatique et l’urbanisation permettent aux populations de moustiques de prospérer dans de nouvelles régions.

À première vue, la dengue semble être une candidate évidente à la vaccination. Elle est causée par un virus. L’infection déclenche une réponse immunitaire. Des vaccins contre des virus similaires existent déjà.

Mais la dengue est complexe. Elle n’est pas causée par un seul virus, mais par quatre virus étroitement apparentés, appelés sérotypes. Lorsqu’une personne est infectée par l’un d’entre eux, le système immunitaire la protège généralement contre ce type spécifique, mais pas contre les trois autres. Dans certains cas, une infection antérieure peut en fait faciliter l’apparition d’une nouvelle infection.

Il n’est donc pas étonnant que la dengue soit l’une des maladies virales transmises par les moustiques les plus courantes au monde. Les scientifiques estiment qu’environ 390 millions d’infections surviennent chaque année, ce qui en fait un problème de santé publique majeur en Afrique.

À l’heure actuelle, un vaccin contre la dengue est autorisé à l’échelle mondiale. Le Dengvaxia ne doit être utilisé que si la personne a déjà été infectée. Un vaccin plus récent, le TAK-003, a été recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour une utilisation chez les enfants âgés de 6 à 16 ans dans les zones à forte transmission de la dengue, quel que soit leur statut d’infection antérieure. Il est administré en deux doses. De plus, des vaccins de nouvelle génération sont en cours de développement, notamment au Brésil.

Notre travail de chercheurs en immunologie virale et en maladies transmises par les moustiques vise à comprendre comment les réponses immunitaires façonnent la protection contre des virus tels que celui de la dengue.

Nos recherches récentes ont passé en revue des décennies d’études sur les vaccins contre la dengue, y compris des essais cliniques et des analyses immunologiques. Les données montrent que les vaccins contre la dengue doivent générer une réponse immunitaire soigneusement équilibrée contre les quatre sérotypes viraux. Si la protection est incomplète ou inégale, cela peut augmenter le risque de forme grave de la maladie chez certaines personnes.

La compréhension de ces mécanismes immunitaires est essentielle pour concevoir des vaccins plus sûrs et plus efficaces.

Dans l’ensemble, l’efficacité des vaccins varie encore en fonction de facteurs tels que les infections antérieures, l’âge et l’intensité de la transmission, ce qui signifie que les stratégies de vaccination doivent être soigneusement adaptées à chaque population.

La dengue en Afrique

Des épidémies de dengue et des preuves de transmission ont été documentées au Kenya, Tanzanie, Soudan, Sénégal et Côte d’Ivoire. Elle pourrait être encore plus répandue sur le continent qu’on ne le pensait auparavant, en partie parce que les systèmes de dépistage et de surveillance sont encore en cours de développement dans de nombreuses régions.

La maladie se propage par la piqûre de moustiques Aedes infectés, en particulier Aedes aegypti. Ces moustiques se reproduisent dans les eaux stagnantes, souvent situées à proximité des zones habitées. Les symptômes de la dengue comprennent une forte fièvre, des maux de tête, des douleurs derrière les yeux, des douleurs musculaires et articulaires, des nausées et des éruptions cutanées. La plupart des personnes se rétablissent en une semaine environ, mais dans certains cas, l’infection peut s’aggraver et entraîner des hémorragies, des lésions organiques ou un choc. La transmission a tendance à augmenter pendant la saison des pluies, lorsque les populations de moustiques se développent.

Au cours des dernières décennies, le nombre de cas a fortement augmenté, l’urbanisation, les voyages et le changement climatique ayant élargi l’habitat des moustiques.




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La recherche d’un vaccin

L’infection par un sérotype de la dengue confère généralement une protection à long terme contre ce sérotype spécifique. Le problème survient lorsqu’une personne est ensuite infectée par un sérotype différent.

Au lieu d’offrir une protection, les anticorps issus de la première infection peuvent parfois aider le deuxième virus à pénétrer plus facilement dans les cellules.

Ce processus, connu sous le nom facilitation dépendante des anticorps, a été associé à des formes plus graves de la maladie, notamment la dengue hémorragique et le choc. En termes simples : la mémoire du système immunitaire peut parfois se retourner contre l’organisme. Cette caractéristique biologique rend le développement d’un vaccin particulièrement difficile.

Nos recherches ont révélé plusieurs schémas importants.

Tout d’abord, l’efficacité du vaccin dépend fortement du fait que la personne ait déjà contracté la dengue. Dans certains essais à grande échelle, les vaccins ont offert une bonne protection aux personnes qui avaient déjà été infectées. Mais pour les personnes qui n’avaient jamais été exposées au virus, la protection était plus faible et, dans certains cas, le risque d’hospitalisation augmentait après une infection ultérieure.

Deuxièmement, la qualité des anticorps importe autant que leur quantité. Il ne suffit pas de produire des taux élevés d’anticorps. Ces anticorps doivent être fortement neutralisants, c’est-à-dire capables de bloquer complètement le virus. Des anticorps faiblement neutralisants peuvent ne pas parvenir à stopper l’infection et contribuer à aggraver la maladie.

Troisièmement, l’âge et l’intensité de la transmission influencent les résultats. Dans les zones où la dengue circule largement et où de nombreuses personnes y sont exposées tôt dans leur vie, les schémas d’efficacité du vaccin diffèrent de ceux observés dans les régions où la première exposition survient plus tard.




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Pourquoi c’est important

Des pays où l’activité de la dengue était auparavant limitée sont désormais confrontés à des épidémies. Les vaccins restent l’un des outils de santé publique les plus puissants.

Mais une compréhension incomplète peut saper la confiance du public. La confusion autour de la vaccination contre la dengue a, par le passé, contribué à la peur et à la désinformation dans certaines communautés.

Par exemple, l’introduction du vaccin Dengvaxia a suscité la controverse aux Philippines après que des études de suivi ont montré que les résultats du vaccin différaient selon que les personnes avaient déjà été infectées par la dengue ou non. Il est essentiel d’expliquer de tels résultats et leurs causes.

Des données issues de multiples essais cliniques, études épidémiologiques et groupes de recherche en immunologie à travers le monde montrent que les vaccins contre la dengue doivent être évalués non seulement pour leur efficacité globale, mais aussi pour leurs performances par rapport à différents groupes de populations. Il s’agit notamment des personnes ayant déjà été infectées ou non, différents groupes d’âge et des régions présentant des niveaux de transmission variables.

Nos recherches démontrent également que les réponses immunitaires doivent être soigneusement mesurées.
La protection ne consiste pas simplement à générer des anticorps. Il s’agit de générer le bon type d’anticorps.

Ces connaissances orientent déjà de nouvelles stratégies vaccinales. Certains candidats vaccins se concentrent sur l’amélioration d’une immunité équilibrée pour les quatre sérotypes. D’autres visent à affiner la manière dont les réponses immunitaires sont stimulées afin de réduire le risque d’amplification.




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Se préparer aux épidémies

Plusieurs enseignements se dégagent pour les pays qui se préparent à des épidémies de dengue.

Premièrement, les stratégies de vaccination doivent être adaptées au contexte épidémiologique. Dans les régions où la plupart des adolescents ou des adultes ont déjà été infectés, certains vaccins peuvent être très bénéfiques. Dans les zones à faible transmission, un dépistage préalable à la vaccination pour déterminer l’exposition antérieure peut s’avérer nécessaire.

Deuxièmement, la surveillance à long terme de la sécurité est essentielle. Les effets du vaccin contre la dengue ne deviendront peut-être pleinement visibles que plusieurs années après son déploiement, une fois que les personnes vaccinées auront été exposées à l’infection naturelle. Les systèmes de surveillance doivent être suffisamment solides pour détecter les tendances à un stade précoce.

Troisièmement, la communication doit être transparente. La confiance du public repose sur des explications claires tant des avantages que des risques. Il n’est pas nécessaire de simplifier une science complexe pour en faire une certitude trompeuse. Elle peut être expliquée honnêtement et clairement.

Enfin, les investissements dans la recherche doivent se poursuivre. La dengue montre que tous les virus ne suivent pas de règles simples.

La leçon à en tirer va au-delà de la dengue. À mesure que les maladies transmises par les moustiques se propagent en raison des changements environnementaux, d’autres virus complexes pourraient poser des défis similaires. Il est de plus en plus important d’apprendre à concevoir des vaccins pour des agents pathogènes biologiquement complexes.

The Conversation

Marielena Vogel Saivish does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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