La fuite des cerveaux dans les zones rurales du Pays de Galles n’est pas inévitable – nous avons demandé à la génération Z ce qui la ferait rester

Source: The Conversation – France (in French) – By Sonya Hanna, Lecturer in Marketing, Bangor University

En milieu rural, les jeunes Gallois sont attachés à leur terre d’ardoise, et ne veulent pas en partir. RichSouthWales/Shutterstock

Les jeunes du Pays de Galles rural ne veulent pas partir, mais sans opportunité professionnelle ni écoute, beaucoup ont le sentiment de ne pas avoir le choix. Heureusement, rien n’est inéluctable.


Ce que nous ressentons pour nos villes natales – les lieux où nous avons grandi, les gens que nous connaissons, les souvenirs que nous avons créés – façonne la personne que nous sommes.

Pour de nombreux jeunes dans les zones rurales du Pays de Galles, ces liens sont profonds. Les montagnes, les villages et les ardoises sont bien plus que des paysages. Ils font partie des histoires familiales et de la vie quotidienne. Mais même s’ils tiennent profondément à leur lieu de résidence, beaucoup ont l’impression d’être poussés à partir pour poursuivre leur scolarité ou trouver un travail.

Notre étude s’est concentré sur la terre d’ardoise du nord-ouest du Pays de Galles, un site du patrimoine mondial de l’Unesco connu pour ses mines et ses carrières. La région comprend des villes, comme Blaenau Ffestiniog, où l’industrie de l’ardoise a autrefois incarné à la fois l’économie et la culture.

Nous avons constaté que les jeunes de la génération Z – des personnes aujourd’hui adolescentes ou dans la vingtaine [nées entre entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, ndlr] – veulent souvent rester. Mais ils se sentent les grands oubliés des débats publics sur l’avenir de leur région. Ils constatent les effets de ce que l’on appelle souvent la « fuite des cerveaux », c’est-à-dire lorsque les jeunes quittent les zones rurales pour les villes parce que les emplois ou les places dans les universités sont limités.

Mais beaucoup des jeunes à qui nous avons parlé pensent que les choses pourraient être différentes.

Pression croissante pour partir

Les zones rurales du monde entier font face à des défis similaires. Si le tourisme peut apporter visiteurs et revenus, il peut également faire grimper les prix des maisons et laisser des résidences secondaires vides une grande partie de l’année. Les liaisons de transport peuvent être médiocres, tandis qu’accéder à un travail en contrat à durée déterminée (CDI) et bien rémunéré peut être rare. Le nord du Pays de Galles ne fait pas exception.

Une étude de 2025 révèle que, entre 2021 et 2022, on dénombre 4 000 salariés issus d’une main-d’œuvre locale en moins. Seuls 22 % des personnes interrogées estiment qu’elles avaient de réelles opportunités d’emplois dans la région. Seuls 26 % pensent que les services publics de leur territoire répondent à leurs besoins.

Chez les jeunes, la perspective peut sembler encore plus incertaine. Une étude de 2022 révèle que 81 % des jeunes des zones rurales du Pays de Galles pensent devoir partir dans les cinq prochaines années pour se former ou travailler.

Les gouvernements sont conscients du problème. La stratégie 2020-2025 du gouvernement gallois souligne l’importance du rôle à accorder aux jeunes dans la définition et la mise en œuvre d’un tourisme durable. Mais, en pratique, les jeunes se sentent souvent absents des discussions entre les gouvernements et les entreprises du secteur touristique.

La stratégie pour l’économie touristique du comté de Gwynedd et du parc national plus large de l’Eryri reconnaît le manque d’opportunités professionnelles offertes et la dépendance accrue aux travailleurs saisonniers. Pourtant, les jeunes eux-mêmes sont rarement mentionnés comme un groupe distinct à consulter. Or, c’est un enjeu crucial : ce sont eux qui décideront si ces territoires prospéreront ou se videront lentement.

Une mine d’ardoise abandonnée du nord du Pays de Galles.
KarlMarshall/Shutterstock

L’ardoise est la base de tout

Les jeunes avec qui nous avons parlé sont profondément connectés au paysage de l’ardoise. Comme un interviewé nous le confie :

« C’est comme la fondation de tout ce sur quoi ma vie a été bâtie d’une certaine manière, parce que ma maison est construite sur l’ardoise, mon toit… Nous étions quatre ou cinq du même âge à grandir ensemble, et nous passions des heures sur les ardoises à dessiner avec de la craie dessus. »

Ces liens émotionnels comptent. Ils aident à expliquer pourquoi de nombreux jeunes souhaitent rester, même lorsque les opportunités peuvent sembler plus attractives ailleurs. Mais le seul attachement à un territoire ne suffit pas. Les jeunes veulent façonner l’avenir.

Un message ressort à plusieurs reprises de nos recherches : les jeunes veulent s’impliquer dans cette transformation. Ils ne veulent pas que leur participation soit symbolique. Ils veulent jouer un rôle réel dans le développement local, l’essor du tourisme et l’avenir de leurs communautés.

Idées pratiques

Beaucoup de jeunes interviewés ont des idées pratiques. Certains suggèrent de développer des promenades guidées sur le patrimoine, qui combinent histoire et activités de plein air, telles que l’escalade ou le trail. D’autres proposent des itinéraires sensoriels avec des audioguides expliquant la culture et le paysage de la région. Plusieurs évoquent l’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir la région et raconter des histoires locales d’une nouvelle manière.

Ils évoquent également les cavernes d’ardoise, de vastes espaces souterrains autrefois utilisés pour l’exploitation minière. Celles-ci peuvent accueillir des festivals, des événements culturels ou des activités pour la jeunesse. De telles idées ne sont pas irréalistes. Des entreprises de tourisme d’aventure opèrent déjà dans certaines parties du pays de l’ardoise, utilisant d’anciens sites de carrière pour des activités telles que la tyrolienne.

Créer des communautés

Lutter contre la fuite des cerveaux ruraux ne consiste pas seulement à convaincre les jeunes de rester. Il s’agit de créer des communautés dans lesquelles ils peuvent se projeter. Dans certains territoires, cette idée a été mise en œuvre avec la création de pôles culturels offrant aux jeunes un accès à la formation, à des offres créatives et à des emplois.

Carrière d’ardoise de Llechwedd à Blaenau Ffestiniog au Pays de Galles.
Effectivestockphotos/Shutterstock

Sans ces efforts, les zones rurales peuvent devenir de plus en plus polarisées avec un grand nombre d’adolescents à l’école et une population dominée par des résidents plus âgés, souvent retraités. Au milieu, une génération Z inexistante.

Nos recherches suggèrent qu’une autre voie est possible. Les jeunes du nord-ouest du Pays de Galles tiennent profondément à leur pays. Ils comprennent sa valeur culturelle et environnementale. Ils ont des idées sur la manière dont le tourisme et le patrimoine pourraient évoluer de manière durable. Ce qu’ils veulent le plus, c’est simple : ne pas partir, et être entendu.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. La fuite des cerveaux dans les zones rurales du Pays de Galles n’est pas inévitable – nous avons demandé à la génération Z ce qui la ferait rester – https://theconversation.com/la-fuite-des-cerveaux-dans-les-zones-rurales-du-pays-de-galles-nest-pas-inevitable-nous-avons-demande-a-la-generation-z-ce-qui-la-ferait-rester-279595