Les assistantes infirmières‑chef n’ont pas le soutien qu’elles méritent. Voici la formation qui change tout

Source: The Conversation – in French – By Maripier Jubinville, Professeure en sciences infirmières, Université du Québec en Outaouais (UQO)

Les établissements de soins du Québec font face à une crise trop peu discutée : il y a de moins en moins de gestionnaires pour superviser et gérer les soins offerts aux patients. Dans ce contexte, le réseau de la santé demande à du personnel infirmier, les assistantes infirmières-chef (AIC), de prendre en charge de manière accrue des responsabilités pour lesquelles elles n’ont été que peu formées.


Experte dans le développement de formations et professeure à l’Université du Québec en Outaouais, j’ai développé une formation de deux jours visant à renforcer les compétences des AIC et à les soutenir dans l’exercice de leur rôle.

Les assistantes infirmières-chef dans le réseau de la santé

Les AIC agissent comme courroie d’information entre le gestionnaire et l’équipe de soins pour assurer une circulation optimale de l’information et le bon déroulement des soins. Ainsi, elles participent à l’organisation et à la coordination des soins afin d’assurer à la population des soins accessibles, de qualité et sécuritaires. En plus, elles agissent comme personne-ressource pour les équipes.

Leur rôle est toutefois de plus en plus complexe en raison de l’augmentation des responsabilités qui, notamment à la suite des récentes restructurations du réseau de la santé en 2015, rendent son exercice plus difficile. Malgré la place stratégique qu’elles occupent, les AIC se retrouvent encore trop souvent plongées dans ce rôle de gestion nécessitant des compétences spécifiques sans y avoir été véritablement préparées par une formation complète et adaptée à leurs besoins. Cinq compétences sont nécessaires à l’exercice du rôle d’AIC : leadership, communication, caring clinique et administratif, résolution de problèmes et connaissance et compréhension du milieu de soins.

Un constat préoccupant : l’exercice d’un rôle complexe sans formation adaptée

Autant dans les écrits scientifiques que dans les milieux de soins, on constate que les AIC disposent de peu de soutien, notamment de formation pour s’approprier leur rôle. Plusieurs AIC débutent sans avoir reçu au préalable une formation portant sur leurs compétences spécifiques. Cette situation peut avoir des conséquences sur la continuité et la coordination du milieu de soins, ainsi que la qualité des soins offerts.

Les formations actuellement disponibles présentent certaines lacunes, par exemple :

  • Elles n’abordent pas les cinq compétences requises à l’exercice du rôle d’AIC.

  • Elles ne favorisent pas le transfert dans la pratique des nouveaux apprentissages faits en formation.

  • Elles ne sont pas offertes à toutes les nouvelles AIC.

  • Elles sont peu applicables dans les milieux (durée de formation trop longue par exemple).

  • Elles n’ont pas suivi un processus de développement scientifique.

Ainsi, pour pallier ces différentes lacunes, il devenait nécessaire de développer une formation actualisée et mieux adaptée pour soutenir les AIC dans l’exercice de leur rôle.




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Une formation en soutien aux assistantes infirmières-chef

J’ai développé dans le cadre de mes travaux une formation en soutien au renforcement des compétences et à l’exercice optimal du rôle de l’AIC. Cette formation a été élaborée à partir d’écrits scientifiques, puis validée par des personnes expertes de la question. Cette étape a permis de s’assurer que le contenu et les exercices pédagogiques inclus dans la formation soient applicables, clairs et pertinents.

La formation a par la suite été offerte à des AIC d’un établissement de soins afin d’évaluer si elle est applicable, utile et répond bien au besoin de soutien des AIC. Les commentaires ont été unanimes, même ceux provenant d’AIC avec de l’expérience. La formation doit être offerte à toutes les AIC, car elle permet un réel soutien, notamment en proposant différents outils concrets (ex. matrice de priorisation des soins) à appliquer directement dans les milieux. Elle permet à l’AIC de rapidement cerner son rôle et de lui offrir les connaissances et les compétences pour l’accomplir de façon optimale.


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Cette formation, d’une durée de deux jours, intègre une introduction, un module portant sur les AIC, un module pour chacune des cinq compétences nécessaires à l’exercice du rôle d’AIC et une conclusion. En plus des contenus de formation théoriques, elle intègre 48 exercices pédagogiques différents permettant, entre autres, des réflexions, des discussions et une mise en pratique réelle des apprentissages effectués en formation.

Cette formation s’adresse aux AIC, peu importe leur milieu de soins. Elle intègre des exemples d’application mettant de l’avant les principes d’équité, de diversité et d’inclusion.

Les retombées envisagées

Plusieurs retombées sont envisagées par le déploiement de cette formation. En effet, une AIC bien formée qui maîtrise ses compétences et exerce optimalement son rôle entraîne de grands bénéfices pour la population, son équipe de soins et le système de santé.

Concrètement, il est démontré qu’une AIC bien formée aura des impacts la satisfaction des patients et celle des équipes, l’optimisation du fonctionnement général de son milieu de soins, la réduction des coûts de son secteur de soins et du taux de roulement du personnel et sur l’amélioration de la qualité ainsi que la sécurité des soins. En somme, on peut envisager que cette formation contribuera à la stabilité du système de santé, au bénéfice de l’ensemble de la population.




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Une solution pour l’avenir

Cette formation innovante apporte une solution concrète au manque de soutien vécu par les AIC. Elle met de l’avant le rôle essentiel qu’occupent les AIC dans le réseau de la santé et l’importance qu’elles soient soutenues convenablement.

Le déploiement de cette formation dans le réseau de la santé est particulièrement pertinent dans un contexte où la qualité des soins et la gestion des équipes de soins constituent des enjeux cruciaux pour le bien-être de la population, alors qu’il n’existe actuellement aucune formation développée à partir des écrits scientifiques spécifiquement dédiée au soutien des AIC.

Le rôle crucial des AIC dans le réseau de la santé se doit d’être soutenu à travers une formation complète, adaptée à leurs besoins et à leurs réalités. Soutenir les AIC, c’est investir dans le système de santé actuel, où prédomine un manque de personnel, pour le rendre plus efficient.

La Conversation Canada

Maripier Jubinville a reçu des bourses doctorales de l’Université du Québec en Outaouais, la Fondation de l’Université du Québec en Outaouais, le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec, le Bureau de Coopération Interuniversitaire, la Fondation des infirmières et infirmiers du Canada et le Réseau québécois de recherche en interventions infirmières.

Caroline Longpré a reçu des financements du CRSH.

Tchouaket Nguemeleu Eric a reçu un financement de la Chaire de recherche du Canada (CRC) et des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC)

ref. Les assistantes infirmières‑chef n’ont pas le soutien qu’elles méritent. Voici la formation qui change tout – https://theconversation.com/les-assistantes-infirmieres-chef-nont-pas-le-soutien-quelles-meritent-voici-la-formation-qui-change-tout-272221