Les communautés autochtones sont touchées de manière disproportionnée par les incendies de forêt. Voici ce que peuvent faire les gouvernements

Source: The Conversation – in French – By Tara McGee, Professor, Earth & Atmospheric Sciences, University of Alberta

Chaque été depuis dix ans ou presque, c’est la même chose dans de nombreuses régions du Canada : des feux de forêt incontrôlables font rage et le ciel se remplit de fumée. Les populations à proximité sont souvent contraintes d’évacuer.

Les feux de forêt ont des répercussions démesurées sur les communautés autochtones. Selon une enquête de 2024, 42 % des communautés canadiennes qui ont évacuées en raison des feux de forêt au cours des quatre dernières décennies étaient autochtones.

Il y a 13 ans, on comprenait peu les difficultés rencontrées par les communautés des Premières Nations lors des évacuations, bien qu’elles les vivaient fréquemment. Voilà pourquoi nous avons conclu un partenariat avec sept Premières Nations de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario et 16 ministères et organismes intervenant durant les évacuations provoquées par des feux de forêt pour créer le First Nations Wildfire Evacuation Partnership (FNWEP)

Depuis 2013, le FNWEP étudie les expériences des Premières Nations évacuées, identifie les facteurs qui influencent positivement ou négativement leur vécu et recommande des moyens d’atténuer les répercussions négatives des évacuations dues aux feux de forêt.

Paru en 2021, notre ouvrage First Nations Wildfire Evacuation Experiences : A guide for communities and external agencies est structuré en plusieurs chapitres, chacun correspondant à une différente étape d’une évacuation en cas de feux de forêt, de l’observation de la fumée à distance au retour chez soi une fois le feu maîtrisé.

Dans chaque chapitre, nous avons résumé les conclusions de nos recherches, fait des recommandations pratiques et proposé des mesures que les communautés et les organismes externes peuvent prendre pour mieux se préparer aux évacuations.

Défis posés par l’évacuation

Vidéo expliquant le FNWEP et les défis auxquels sont confrontées les communautés autochtones évacuées (CRSH).

Nos recherches nous ont permis de constater que de nombreuses Premières Nations ne disposent souvent pas des ressources adéquates pour se préparer et réagir aux feux de forêt. Beaucoup d’entre elles ne comptent aucune personne entièrement dédiée à la gestion des urgences.

Parmi les facteurs qui compliquent l’évacuation des peuples autochtones mentionnés dans nos recherches, citons :

  1. le fait d’être sur les terres, loin de chez soi, lorsque la décision de devoir évacuer est prise, ce qui complique la tâche de prévenir les personnes concernées et d’organiser leur transport ;

  2. la crainte de perdre son logement, exacerbée par la pénurie actuelle ;

  3. le manque d’intérêt des médias envers l’évacuation des communautés autochtones, ce qui réduit l’accès à l’information ;

  4. les problèmes de langue et le manque de services de traduction ;

  5. la pauvreté causée par la colonisation ;

  6. les familles nombreuses et multigénérationnelles vivant sous le même toit, ce qui complique la coordination du transport ;

  7. les problèmes de santé ;

  8. les inquiétudes quant aux coûts de l’évacuation et à leur remboursement.

Parmi les autres défis, mentionnons les courts délais d’avertissement, les difficultés de transport, dont les évacuations en plusieurs étapes, le manque d’informations pour les personnes évacuées, les logements surpeuplés, les chocs culturels, la séparation des familles et le racisme.

Séparation des familles

One of the most severe cases of family separation occurred in 2011 when people from [Sandy Lake First Nation]) were sent to 12 different host communities, which led to reduced support for evacuees. In some cases, community leaders and a select group of residents stayed behind in the community to communicate with government agencies and evacuees, provide advice, deal with problems and look after the community.

L’un des cas les plus graves de séparation familiale s’est produit en 2011, lorsque des membres de la Première Nation de Sandy Lake ont été dispersés dans 12 communautés d’accueil différentes, réduisant ainsi le soutien qui leur a été apporté. Dans certains cas, les responsables communautaires et un groupe restreint de résidentes et résidents sont demeurés sur place pour communiquer avec les organismes gouvernementaux et les personnes évacuées, prodiguer des conseils, régler les problèmes et protéger la communauté.

Nous avons relevé d’autres situations qui nous ont paru absurdes. Par exemple, lorsque âmaciwîspimowinihk (Stanley Mission), dans le nord de la Saskatchewan, a été évacué en 2014, les sièges d’auto pour enfants n’étaient pas autorisés à bord des autobus d’évacuation. Les personnes évacuées ont été forcées de tenir leurs bébés sur leurs genoux pendant tout le trajet vers les communautés d’accueil, dont Regina ; elles ont raconté avoir dû passer près de 12 heures sur la route.

Mais le cas le plus inapproprié date de 2011 quand la Première Nation de Deer Lake a été hébergée au Rideau Regional Centre, à Smiths Falls, en Ontario. Construit en 1951 pour accueillir des personnes atteintes de troubles du développement, ce centre avait fermé ses portes en 2009, deux ans avant l’évacuation. L’état du centre était totalement inadapté. Certaines personnes évacuées ont dû dormir à même le sol parce qu’on ne leur avait pas fourni de lit de camp, certaines chambres n’étaient pas nettoyées et les cabines de douche des salles de bain communes n’avaient ni rideaux ni portes.

Résilience communautaire

Toutefois, nous avons trouvé de nombreux cas où les personnes évacuées ont eu une bonne expérience parce que les membres de leur communauté ont fait preuve de résilience. Les chefs communautaires ont joué un rôle essentiel en assurant la liaison entre leur communauté et la communauté d’accueil, en participant aux réunions des organismes, en communiquant des informations aux personnes évacuées, en défendant les intérêts de leur communauté et en réglant les problèmes rencontrés.

Resté sur place, le chef de la Première Nation de Sandy Lake a enregistré des vidéos en oji-cri et en anglais pour rester en contact avec les membres de sa communauté et leur offrir des informations quotidiennes durant leur évacuation.

Des jeunes de la Nation ojibwée Mishkeegogamang et d’autres Premières Nations ont créé des groupes Facebook privés pour permettre aux personnes évacuées de partager de l’information. En outre, en plus de leur rôle de liaison, des membres des communautés des Premières Nations se sont portés volontaires pour apporter de l’aide de nombreuses façons, notamment en tenant compagnie aux Aînées et Aînés, en commandant et en allant chercher les ordonnances, en fournissant des services de garde d’enfants et de sécurité et en livrant des repas.

Recommandations pour améliorer les évacuations

La compétence juridictionnelle est un facteur déterminant dans toutes les évacuations. En effet, alors que la gestion des feux de forêt et des situations d’urgence relève de la compétence provinciale, les Premières Nations relèvent de la compétence fédérale, ce qui complique considérablement les évacuations en cas de feux de forêt. Nous avons répertorié des cas où les responsables locaux ne savaient pas à quel organisme s’adresser pour déclencher une évacuation.

Cependant, malgré des résultats de recherche cohérents et des efforts de sensibilisation constants, bon nombre des communautés évacuées entre 2011 et 2015 avec lesquelles nous avons travaillé ont été à nouveau évacuées depuis et ont encore été confrontées à plusieurs des mêmes difficultés.

En 2025, la vérificatrice générale du Canada a réitéré les lacunes constantes dans la façon dont Services aux Autochtones Canada gère les urgences, malgré l’augmentation spectaculaire de son financement au cours des dix dernières années — de 13 milliards de dollars en 2019-2020 à près de 24 milliards de dollars en 2023-2024. Elle a également constaté que seul l’Ontario respecte les normes de services d’évacuation.

Les autorités fédérales et provinciales devraient augmenter leur financement à long terme au profit des Premières Nations afin de leur permettre de gérer les situations d’urgence. Elles devraient aussi appuyer la construction de bâtiments équipés de filtres à air et de purificateurs d’air afin que les personnes qui les occupent n’aient pas à les évacuer uniquement en raison de la mauvaise qualité de l’air. En outre, elles pourraient simplifier les processus de remboursement pour faciliter le processus de retour à la normale à la suite des feux de forêt.

De plus, les gouvernements devraient investir davantage dans la prévention et l’atténuation des feux de forêt afin de réduire le besoin d’évacuer, notamment avec l’aide du programme Intelli-feu. Ils devraient également financer et soutenir les programmes autochtones de surveillance des incendies partout au Canada, dans le cadre desquels des Autochtones travaillent toute l’année pour assurer la prévention, l’atténuation, l’intervention et le rétablissement en cas d’incendie.

Alors que la période des feux de forêt s’aggrave d’année en année, les gouvernements peuvent prendre dès maintenant des mesures concrètes pour s’assurer que les communautés les plus touchées sont bien équipées pour faire face aux évacuations et s’en remettre.

La Conversation Canada

Tara McGee est financée par Ressources naturelles Canada dans le cadre du First Nations Wildfire Evacuation Partnership, un partenariat qui a déjà reçu un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Amy Cardinal Christianson est affiliée à l’Initiative de leadership autochtone. Elle travaillait auparavant au Service canadien des forêts (Ressources naturelles Canada) et à Parcs Canada. Au cours des dix dernières années, elle a fait des contributions en nature au First Nations Wildfire Evacuation Partnership.

ref. Les communautés autochtones sont touchées de manière disproportionnée par les incendies de forêt. Voici ce que peuvent faire les gouvernements – https://theconversation.com/les-communautes-autochtones-sont-touchees-de-maniere-disproportionnee-par-les-incendies-de-foret-voici-ce-que-peuvent-faire-les-gouvernements-278043