Que sont vraiment les « pluies acides » tombées sur l’Iran ?

Source: The Conversation – in French – By Gabriel da Silva, Associate Professor of Chemical Engineering, The University of Melbourne

Dans la nuit du 7 au 8 mars 2026, des frappes israéliennes ont touché plusieurs dépôts pétroliers à Téhéran, provoquant d’importants incendies ainsi qu’un gigantesque nuage de fumée noire au-dessus de la capitale iranienne. Pendant plusieurs heures, la ville a été plongée dans l’obscurité et certains habitants ont rapporté des difficultés respiratoires. Des pluies acides ont suivi, faisant craindre des conséquences sanitaires et environnementales graves.


Dans les heures qui ont suivi les bombardements israélo-américains visant des dépôts de pétrole, une pluie noire aurait été observée dans certaines régions de l’Iran. Certains médias ont évoqué une « pluie acide ».

Les habitants de Téhéran ont rapporté des maux de tête, des difficultés respiratoires, ainsi que des retombées de pluie huileuse sur les bâtiments et les voitures. Le Croissant-Rouge a mis en garde contre ces précipitations, les qualifiant de « très dangereuses et acides ».

En tant que chimiste spécialiste de l’atmosphère et ingénieur en chimie, je considère que ces informations sont particulièrement alarmantes. Elles suggèrent l’existence d’un phénomène bien plus grave qu’une simple pluie acide.

Cette pluie pourrait contenir non seulement des acides, mais aussi de nombreux polluants dangereux pour la santé et pour l’environnement, à court comme à long terme.

Ces épais nuages de fumée toxique qui recouvrent des zones densément peuplées en Iran représentent déjà un danger majeur pour tous ceux qui respirent cet air.

« Pluie acide » ou « pluie noire » ?

L’atmosphère se débarrasse des polluants principalement grâce à la pluie. Lorsque l’air est fortement contaminé, les gouttes d’eau présentes dans l’atmosphère capturent les particules toxiques et les ramènent au sol lors des précipitations.

Ce phénomène explique la pluie noire observée après les frappes sur les dépôts de pétrole, ce qui témoigne d’une forte pollution de l’air local.

Cette pluie noire pourrait contenir des hydrocarbures, des particules fines PM2,5 (de dimensions inférieurs à 2,5 micromètres) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) – des molécules connues pour être cancérigènes.

Elle pourrait aussi transporter d’autres substances chimiques, comme des métaux lourds et des composés inorganiques issus des matériaux des bâtiments, projetés dans l’air lors des explosions et des incendies.

La fumée provenant des dépôts de pétrole bombardés contient également du dioxyde de soufre (SO2) et du dioxyde d’azote (NO2), deux gaz qui peuvent se transformer en acide sulfurique et en acide nitrique dans l’atmosphère. Dissous dans les gouttes d’eau, ces éléments sont à l’origine des pluies acides.




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Dans le passé, ce phénomène était surtout lié aux émissions de dioxyde de soufre provenant de la combustion d’énergies fossiles. Le soufre est naturellement présent dans le pétrole brut, mais il est aujourd’hui en grande partie éliminé lors du raffinage.

Quoi qu’il en soit, toute fumée reste nocive. La présence d’épais nuages de fumée noire au-dessus des zones urbaines en Iran est donc très inquiétante et pourrait avoir des effets graves sur la santé des habitants.

Quels sont les risques pour la santé ?

À court terme, une exposition aux fumées toxiques peut engendrer des maux de tête et des difficultés respiratoires, surtout chez les personnes atteintes d’asthme ou de maladies pulmonaires. Les populations vulnérables – tels que les personnes âgées, les enfants, ou les handicapés – sont particulièrement à risque. L’exposition à un air toxique pendant la grossesse peut également conduire à des poids de naissance plus faibles.

À long terme, une exposition aux fumées peut potentiellement augmenter le risque de cancer. Lorsque des particules fines PM2,5 sont inhalées, elles peuvent pénétrer dans la circulation sanguine, aboutissant souvent à de nombreux problèmes de santé, tels que des cancers, des maladies cardio-vasculaires et des troubles neurologiques.

En retombant avec la pluie dans les rivières ou les nappes d’eau, ces polluants peuvent enfin contaminer les écosystèmes aquatiques et les sources d’eau potable.

Cette pluie noire peut également se déposer sur les routes et les bâtiments. Une partie de ces polluants peut ensuite se ré-évaporer dans l’air, contribuant à une nouvelle contamination de l’atmosphère.

L’héritage environnemental des guerres

Depuis peu, une attention est portée à l’impact des conflits sur l’environnement. Lors des guerres en Irak et au Koweït, par exemple, l’utilisation de « fosses à feu » et les incendies de puits de pétrole ont causé des dégâts considérables.

On sait désormais que l’exposition à ces dégâts environnementaux a eu des effets sanitaires durables sur les soldats revenus de ces conflits. Il est donc probable que les populations locales en subissent également les conséquences à long terme.

À court terme, les personnes exposées à cette fumée et à cette pluie noires devraient, dans la mesure du possible, porter un masque, rester à l’intérieur, fermer portes et fenêtres et limiter l’entrée de l’air extérieur. Il est également recommandé de nettoyer les surfaces dures, surtout à l’intérieur, afin de réduire toute exposition aux polluants retombés.

Mais sur le terrain, au cœur du chaos de la guerre, ces mesures restent souvent difficiles à appliquer.




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The Conversation

Gabriel da Silva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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