Source: The Conversation – in French – By Nate Allen, Associate Professor of Security Studies, National Defense University
Les armées africaines reposent sur une puissance importée. Des pays étrangers tels que la Chine, la Russie, les États-Unis, la Turquie et la France dominent le marché des armes du continent. Ensemble, ils fournissent tout, des armes légères aux hélicoptères d’attaque, en passant par les drones et les équipements de communication.
Les résultats sont souvent très médiocres. Du Sahel à la Somalie, les armes et équipements fournis par l’étranger se détériorent rapidement, restent inutilisés faute d’entretien, ou nécessitent une expertise que les forces locales ne sont pas formées à maintenir. Dans le même temps, les insurgés à moto équipés d’AK-47 et d’explosifs improvisés prennent le dessus.
Les problèmes liés à l’équipement militaire sont souvent dus à la corruption ou à la mauvaise gestion des armées africaines. Ces problèmes ont été largement documentés par des chercheurs.
Aujourd’hui, une révolution silencieuse est en cours. Collectivement, nous avons passé des décennies à effectuer des recherches et à travailler avec les armées africaines. Nous avons remarqué une tendance croissante au mécontentement vis-à-vis de la dépendance à l’égard d’acteurs externes pour la constitution de leurs forces de sécurité. En conséquence, les gouvernements africains sont de plus en plus déterminés à réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers et à développer des capacités qu’ils peuvent contrôler, maintenir et adapter.
De nombreux pays africains, du Nigeria au Kenya en passant par le Maroc, misent sur de nouvelles technologies disruptives et des partenariats afin de localiser les chaînes d’approvisionnement de la défense et de développer des capacités militaires locales.
La réduction des obstacles à l’innovation offre aux pays africains la possibilité de passer du statut de consommateurs de sécurité à celui de producteurs.
Certains sont même devenus des exportateurs d’équipements et de technologies militaires. Le Maroc est le pays qui a le mieux réussi dans cette stratégie. Il a réussi à tripler ses exportations d’armes au cours des dernières années. Et il est en passe de devenir un pôle de fabrication dans le domaine de la défense.
Cette évolution pourrait permettre aux armées africaines de projeter et de maintenir leurs forces de manière plus durable et de tirer profit d’un marché mondial des armes en pleine croissance.
Les défis de la dépendance
Sur le papier, les équipements militaires importés promettent des capacités de pointe. Dans la pratique, ils sont souvent source de frustration.
Le Mali en est l’illustration la plus frappante. À partir de 2021, la Russie a fourni à Bamako une « petite force aérienne » composée de dizaines d’hélicoptères d’attaque, d’avions de transport et d’autres avions de combat. Cela s’inscrivait dans le cadre de son rôle croissant en matière de sécurité au Sahel.
Mais cette force aérienne n’existe plus. Les deux avions de combat Sukhoi-25 que le Mali a reçus ont été perdus en quelques mois. Sur les huit hélicoptères d’attaque Mi-35M et Mi-171, un seul est resté en état de marche moins d’un an après sa livraison. L’armée malienne n’a pas été en mesure de les entretenir.
Pendant ce temps, des groupes rebelles équipés de fusils volés, de canons antiaériens légers et d’artillerie artisanale ont envahi les avant-postes militaires et encerclé Bamako.
Même les armées africaines les mieux équipées ont du mal à faire face. L’Afrique du Sud dispose de l’une des flottes d’avions de combat les plus avancées du continent. Mais seule la moitié de ses avions JAS Gripen de fabrication suédoise et sept de ses 39 hélicoptères Oryx étaient en état de marche à la mi-2024. Cela était dû à des pénuries de pièces détachées et à des lacunes en matière de maintenance.
Le fabricant d’armes public sud-africain Denel, autrefois un producteur de défense et d’aérospatiale de classe mondiale, s’est affaibli au cours de la dernière décennie. Les difficultés financières, les défaillances de gouvernance et la patrimonialisation de l’État ont entraîné des pénuries de liquidités, des fournisseurs impayés et une perte de personnel qualifié.
Le Ghana possède l’une des flottes les plus performantes de la région.
Mais bon nombre de ses navires restent inutilisables. Les plans ambitieux visant à agrandir la flotte ont été retardés en raison de coûts prohibitifs. Une corvette moderne coûte 200 millions de dollars américains, soit la moitié du budget militaire du Ghana pour 2024.
Solutions locales
L’attrait croissant pour des solutions locales s’est manifesté en août 2025, lorsque le Nigeria a réuni 37 chefs de la défense africains pour discuter de la manière de développer des solutions de sécurité locales.
Le chef de la défense nigériane de l’époque, le général Christopher Musa, a exhorté ses homologues à innover à leur manière en investissant dans la cyberdéfense, l’intelligence artificielle et les technologies militaires locales.
Le Nigeria a déjà commencé à le faire. Il fait partie des rares pays africains à disposer d’un commandement de guerre cybernétique dont le nombre augmente progressivement. Le pays développe la production locale d’armes légères et de munitions. Il développe également et conçoit des [appareils portables](https://www.military.africa/2024/09/nigerian-army-determined-to-adopt-smart-soldier-concept/ “) dotés d’une intelligence artificielle.
Le Nigeria est également devenu un leader continental dans la production de systèmes aériens sans pilote. Il s’agit notamment de drones FPV légers, de drones kamikazes à usage unique et de drones de combat à longue endurance. Une usine de drones située à Abuja est désormais capable de produire 10 000 drones par an.
Le Nigeria n’est pas le seul dans ce cas. Neuf pays africains produisent désormais des drones, qui occupent une part croissante du marché africain. Vingt-et-un ont lancé et possèdent des satellites. L’Afrique du Sud le Kenya et le Sénégal expérimentent :
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l’impression 3D (fabrication d’objets en 3D à partir d’un fichier numérique en ajoutant des couches successives de matériau) pour les pièces de rechange essentielles
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des essaims de drones pour la sécurité des frontières, et
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des communications par satellite pour réduire la dépendance vis-à-vis des renseignements provenant de signaux externes.
Prochaines étapes
Ces tendances reflètent une prise de conscience plus large. Dans un monde marqué par la rivalité croissante entre grandes puissances et par des alliances internationales qui évoluent, la capacité de prendre des décisions indépendantes en matière de défense et de sécurité doit être essentielle pour les États.
Développer des chaînes d’approvisionnement locales est nécessaire ne suffit pas. Pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers, il faut à la fois des institutions qui fonctionnent et des cadres réglementaires et un capital humain bien formé afin de transformer l’innovation en résultats concrets.
La cybersécurité, la gouvernance des données et les questions éthiques doivent également être prises en compte, afin que la souveraineté technologique ne devienne pas un facteur de vulnérabilité. L’adoption des technologies contribuera peu à améliorer la sécurité des citoyens africains si celles-ci servent à consolider des élites corrompues ou à porter atteinte aux droits humains.
Enfin, si une plus grande indépendance dans la production de plateformes et de technologies de défense est un objectif louable, l’autonomie totale relève de l’illusion. Pour les systèmes militaires les plus avancés — tels que les missiles sophistiqués, l’intelligence artificielle de pointe, les avions de combat pilotés, ainsi que des composants essentiels comme les puces et les semi-conducteurs — les gouvernements africains conserveront pendant longtemps un certain degré de dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs.
La prochaine phase de la transformation de la défense en Afrique devra aller au-delà de l’acquisition de technologies et d’équipements avancés. Elle devra veiller à ce qu’ils soient adaptés aux menaces spécifiques du continent et à ce qu’ils soient gérés et entretenus localement.
Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas la position officielle du Africa Center for Strategic Studies, de la National Defense University ou du département de la Defense.
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The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
– ref. Importations d’armes : pourquoi les armées africaines prennent leur indépendance – https://theconversation.com/importations-darmes-pourquoi-les-armees-africaines-prennent-leur-independance-277325
