Source: The Conversation – in French – By Sarah E. Turner, Associate Professor, Geography, Planning and Environment, Concordia University
Le petit Punch, un macaque japonais de sept mois vivant au zoo d’Ichikawa, au Japon, a conquis le cœur des internautes. Abandonné par sa mère dès ses premiers jours et élevé par les employés du zoo, il a eu du mal à s’intégrer au groupe d’une soixantaine de macaques japonais.
Les soigneurs lui ont donné un orang-outan en peluche qu’il emporte partout avec lui et dont il lisse la fourrure, comme le font les singes entre eux. Certains macaques du groupe ont repoussé Punch, l’ont traîné et se sont montrés hostiles à son égard. Les internautes se demandent pourquoi. Et pourquoi sa mère l’a-t-elle abandonné ?
En tant que chercheurs spécialisés dans les primates, nous avons passé des milliers d’heures à observer des macaques japonais comme Punch et souhaitons fournir quelques informations sur leur mode de vie.
Les femelles sauvages n’abandonnent pas leurs petits
Les macaques japonais, Macaca fuscata, sont des animaux très sociables et intelligents.
À l’état sauvage, ils n’abandonnent pas leurs petits.
(Brogan M. Stewart)
Nous ne prétendons pas que cela ne se produit jamais, mais c’est un comportement extrême. Nous n’avons pas non plus observé ce phénomène au cours des 25 années où nous avons étudié des macaques japonais au Centre des singes d’Awajishima, sur l’île d’Awaji, au Japon, où les singes vivent en liberté en groupes.
Au contraire, nous avons vu des femelles s’occuper de leurs petits et accorder une attention particulière aux petits handicapés, qui ne pouvaient pas s’accrocher à leur mère, ainsi qu’aux blessés et aux malades.
À lire aussi :
Contre toute attente, des macaques japonais handicapés survivent en adaptant leur comportement et grâce au soutien de leurs proches
À Awajishima, nous avons observé des mères macaques porter leur petit handicapé pour l’allaiter et marcher sur trois pattes, car elles utilisaient un bras pour soutenir le petit, sur une période plus longue de quelques années que ce que ferait habituellement une mère.

(Sarah E. Turner)
Si un petit meurt dans la nature, sa mère porte souvent son corps pendant plusieurs jours, ce qui témoigne sans doute d’un profond attachement.
Ce comportement s’explique également d’un point de vue évolutionniste, car il arrive parfois qu’un petit inconscient revienne à lui.
Les femelles macaques japonaises sont des mères dévouées.
Des mères dévouées, et parfois désemparées
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les femelles macaques s’adaptent instantanément à leur nouveau rôle de mère. Nous en avons déjà vu tenir leur petit à l’envers ou être distraites pendant que celui-ci s’aventurait dans des situations dangereuses.
(Megan M. Joyce)
Nous en avons vu regarder la nouvelle créature frétillante qu’elles venaient de mettre au monde avec une expression de consternation perplexe que toute mère humaine peut avoir vécu à un moment ou un autre.
À l’état sauvage, toutefois, ces mères novices peuvent compter sur l’aide et les conseils de leurs proches. Elles restent la plupart du temps dans le même groupe toute leur vie et occupent dans la hiérarchie de dominance un rang qu’elles transmettent à leur progéniture.
Les mâles ne prennent généralement pas directement soin des petits. Cependant, à mesure que ceux-ci grandissent et gagnent en indépendance, les mâles les aident en socialisant avec eux.
L’abandon en captivité
Quant à la mère de Punch, il est possible qu’elle n’ait pas eu les compétences nécessaires pour s’occuper de son bébé, qu’elle ait été stressée par la captivité et les conditions qui y sont associées, ou encore que ces deux éléments se soient combinés. Nous ne connaissons pas toute son histoire, elle a pu être élevée par des humains ou avoir rencontré d’autres difficultés.
L’abandon des petits se produit parfois en captivité – dans 7,7 % des cas selon une étude –, principalement chez les mères primipares ou de rang inférieur. Les humains qui s’occupent d’eux font de leur mieux pour élever les nouveau-nés, mais cela pose des défis.
On observe aussi des cas d’adoption en captivité. Toutefois, l’environnement est différent dans un zoo : les groupes ne sont pas nécessairement composés de femelles de la même famille, comme ce serait le cas dans la nature, et les mâles ne peuvent pas partir comme ils le feraient en liberté. De plus, certains singes de zoo ont été élevés par des humains ou proviennent de l’industrie du divertissement.
Ces singes peuvent avoir un langage social différent. Punch n’a pas pu apprendre à « parler » le macaque japonais auprès de ses soigneurs humains.
Une grande flexibilité comportementale
La bonne nouvelle pour Punch (et ses admirateurs humains) est que les macaques japonais ont un comportement flexible et sont capables d’apprendre de leurs congénères. Punch apprend déjà à communiquer avec les autres singes et à trouver sa place au sein du groupe.
Dans la nature, les femelles allaitent leurs petits jusqu’à l’âge de deux ans. Lorsqu’ils sont orphelins, les petits de l’âge de Punch peuvent survivre, surtout s’ils sont adoptés ou même simplement acceptés par d’autres singes.
(Brogan M. Stewart)
Lorsqu’il s’approchait d’un autre macaque pour jouer, Punch envoyait peut-être, sans le vouloir, des signaux tels que « j’ai peur de toi » ou « je suis dominant par rapport à toi ».
Plus il passera de temps au sein de son groupe, plus il découvrira comment les autres singes interagissent. Il saura alors quels comportements sont acceptables sur le plan social. C’est le meilleur des scénarios pour Punch. Les singes ne devraient pas être élevés comme animaux de compagnie. Ce sont des bêtes sauvages qui ont besoin de vivre dans un environnement social riche et stimulant.
Punch appartient à une espèce intelligente, sociable et flexible sur le plan comportemental, dont les membres développent les codes sociaux auprès de leur mère et de leurs proches. Il devrait donc s’intégrer facilement à son nouvel environnement social.
Les études menées sur les macaques japonais en liberté nous aident à comprendre l’histoire de Punch et démontrent l’importance de la recherche sur le bien-être animal dans les zoos, le comportement de la faune sauvage et dans le domaine de la science de la conservation.

(Sarah E. Turner)
![]()
Sarah E. Turner et les étudiants de son laboratoire bénéficient d’un financement provenant du Programme des subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du programme Leadership en innovation environnementale et numérique pour la durabilité (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.
Brogan M. Stewart reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, du Leadership in Environmental and Digital innovation for Sustainability (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.
Megan M. Joyce reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada – Programme des subventions à la découverte et Leadership en innovation environnementale et numérique pour la durabilité (LEADS-CREATE), des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia.
Mikaela Gerwing a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec – Nature et Technologies, du programme Leadership for Environmental Innovation for Sustainability (LEADS-CREATE), de la bourse Miriam Aaron Roland, des bourses de recherche MITACS Globalink, du Centre québécois pour la science de la biodiversité et de l’Université Concordia. Elle est affiliée à Planet Madagascar.
– ref. Les macaques sauvages n’abandonnent pas leurs petits. Alors, pourquoi la mère de Punch l’a-t-elle fait ? – https://theconversation.com/les-macaques-sauvages-nabandonnent-pas-leurs-petits-alors-pourquoi-la-mere-de-punch-la-t-elle-fait-277715
