Les frappes américano-israéliennes contre l’Iran pourraient être un succès militaire, mais à quel prix ?

Source: The Conversation – in French – By James Horncastle, Assistant Professor and Edward and Emily McWhinney Professor in International Relations, Simon Fraser University

Dans le cadre de l’opération Epic Fury, Israël et les États-Unis ont lancé des opérations militaires contre l’Iran. Cette campagne aérienne semble viser trois cibles : les bases militaires et la structure de commandement, les défenses aériennes et les sites de missiles stratégiques, ainsi que les dirigeants.

Les premières attaques ont permis de tuer le guide suprême iranien, Ali Khamenei, et plusieurs membres de son gouvernement.

D’un point de vue strictement militaire, les frappes devraient être couronnées de succès. Les forces israéliennes et américaines ont rapidement établi leur supériorité aérienne sur l’Iran et neutralisé ses capacités antiaériennes.

Ces attaques surviennent à un moment où l’Iran est affaibli, tant sur le plan intérieur qu’international.

Le régime iranien ne s’est pas encore remis des manifestations de décembre et janvier, qui ont représenté le plus grand défi pour le gouvernement depuis la révolution de 1979.

Sur le plan international, les membres de « l’anneau de feu » iranien, comme les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban, se trouvent dans une position vulnérable. De plus, les troubles intérieurs ont incité des gens partout dans le monde à remettre en question la légitimité du gouvernement iranien.

Néanmoins, les États-Unis et Israël ont peu de chances d’atteindre leur objectif déclaré de provoquer un changement de régime. L’histoire montre que la puissance aérienne seule ne suffit pas. En outre, même s’ils parviennent à provoquer un changement à la tête du pays, cela risque d’engendrer une situation géopolitique encore plus instable.

Escalade des tensions

Les tensions entre les États-Unis–Israël et l’Iran ne datent pas d’hier. Elles remontent à la création de la République islamique.

Cependant, ces dernières années, elles se sont considérablement intensifiées. L’attaque du Hamas contre des civils israéliens, le 7 octobre 2023, ainsi que le soutien apporté par l’Iran au Hamas et à d’autres groupes paramilitaires opposés à l’État d’Israël ont incité ce dernier à lancer des frappes de grande envergure contre des cibles iraniennes dans la région.

Ces frappes ont culminé l’année dernière avec la guerre des Douze Jours entre l’Iran et Israël, au cours de laquelle les États-Unis ont joué un rôle de soutien. Les frappes américaines et israéliennes ont infligé d’importants dommages aux infrastructures iraniennes. Cependant, elles n’ont pas permis d’atteindre l’objectif américain d’éliminer le programme nucléaire iranien, contrairement aux affirmations du président Donald Trump.

Manifestations en Iran

Dans ce contexte de tensions croissantes dans le conflit américano-israélien-iranien, la situation économique s’est détériorée en Iran, entraînant une grève des commerçants et des marchands de Téhéran. Ces protestations ont servi de déclencheur à ce qui est devenu la plus grande manifestation publique contre le régime iranien depuis la création de la République islamique.

Ce soulèvement du peuple iranien a représenté une opportunité pour les États-Unis et Israël. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, n’a jamais renoncé à son objectif d’assister à un changement de régime en Iran. Trump a activement encouragé les manifestants à lutter pour un renversement du gouvernement.

Les manifestants avaient toutefois besoin d’un soutien matériel que seuls les États-Unis pouvaient leur fournir. Cependant, avec les forces militaires américaines déployées dans les Caraïbes dans le cadre d’une attaque contre le Venezuela, les effectifs disponibles étaient insuffisants.

En conséquence, les États-Unis n’ont pas pu intervenir et le régime iranien a réussi à étouffer les manifestations. Le nombre total de morts causées par la répression du gouvernement est estimé à plusieurs milliers.

Les États-Unis, après avoir manqué une occasion de renverser le régime en raison de leur obsession pour le Venezuela plus tôt dans l’année, ont néanmoins poursuivi leur objectif le 28 février.

Un dénouement incertain

Israël et les États-Unis sont désormais confrontés à deux principaux défis : l’objectif déclaré de changement de régime et la stabilité à long terme de l’Iran. Non seulement le changement de régime est incertain en raison des limites d’une campagne strictement aérienne, mais l’opération pourrait même conduire à l’accession au pouvoir de forces plus radicales.

En effet, si le régime iranien est souvent assimilé à des personnalités éminentes telles que l’ayatollah, il s’agit en réalité d’un système qui ne repose pas sur un seul individu.

Contrairement à d’autres pays autoritaires où le pouvoir est détenu par des personnalités ou des familles clés, l’Iran est un État complexe doté d’une structure de gouvernance qui l’est tout autant. Au cœur de celle-ci se trouve le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Loin d’être une simple unité militaire ou une police secrète, le CGRI est une vaste institution intégrée à la sécurité, à l’économie et à la gouvernance de l’Iran.


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C’est là que réside la différence entre « changement de régime » et « mise en place d’un régime ». Renverser les principaux dirigeants peut certes déstabiliser l’Iran et mettre d’autres personnes au pouvoir, mais cela signifie probablement que le pouvoir sera repris par des individus déjà en place. Il ne s’agit pas de simples citoyens iraniens, que Trump a exhortés à se soulever, mais de l’infrastructure imposante du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Le conflit pourrait se propager

Ce scénario est d’autant plus probable que l’Iran traverse une période d’instabilité depuis plusieurs semaines. Si ce n’était pas le cas, les dirigeants politiques et militaires iraniens ne considéreraient pas les attaques actuelles comme une menace pour leur pouvoir. Mais dans un contexte d’instabilité, ces dirigeants sont susceptibles de réagir avec plus de force et d’ampleur, car ils estiment que leur avenir – ou leur vie – est en péril.

Il est peu probable que le CGRI se montre plus conciliant ou plus tolérant sur le plan idéologique. En réalité, c’est plutôt le contraire qui risque de se produire.

Confronté à la menace de nouvelles attaques américano-israéliennes, ainsi qu’au mécontentement dans le pays, le CGRI pourrait agir rapidement pour consolider son pouvoir en réagissant de manière agressive. En plus d’entraîner de nombreuses pertes humaines en Iran, cette lutte pour le pouvoir pourrait provoquer une expansion du conflit à l’ensemble du Moyen-Orient.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Les frappes américano-israéliennes contre l’Iran pourraient être un succès militaire, mais à quel prix ? – https://theconversation.com/les-frappes-americano-israeliennes-contre-liran-pourraient-etre-un-succes-militaire-mais-a-quel-prix-277323