Source: The Conversation – in French – By Dipa Kamdar, Senior Lecturer in Pharmacy Practice, Kingston University
Peu de médicaments ont suscité autant de débats que les statines. Les cardiologues affirment que ces médicaments sauvent des vies, mais certains patients s’inquiètent de leurs effets secondaires ou sont réticents à l’idée de prendre un médicament au quotidien.
Les statines constituent l’aspect médical du traitement permettant d’abaisser le taux de cholestérol. Ce dernier est influencé par des facteurs tels que l’alimentation, l’activité physique, le poids et le tabagisme. Bien que les statines soient prescrites sur la base de preuves cliniques, leur utilisation soulève la question de savoir si le risque cardiovasculaire doit être diminué principalement par des médicaments, par un changement de mode de vie ou par une combinaison des deux.
Les statines sont un groupe de médicaments qui bloquent l’action de l’enzyme HMG-CoA réductase. Cette enzyme joue un rôle central dans la production de cholestérol par le foie. Le cholestérol est une substance grasse dont l’organisme a besoin pour construire les membranes cellulaires, fabriquer des hormones ainsi que la vitamine D et générer de la bile pour digérer les graisses.
Le bon et le mauvais cholestérol
Le cholestérol circule dans le sang lié à des protéines, avec lesquelles il forme des particules appelées lipoprotéines. Les plus connues sont les lipoprotéines de basse densité (LDL) et les lipoprotéines de haute densité (HDL).
Le LDL est souvent qualifié de « mauvais cholestérol », car des taux élevés peuvent entraîner des dépôts de graisse dans les artères, tandis que le HDL aide à transporter l’excédent de cholestérol vers le foie. Les triglycérides sont un autre lipide sanguin important qui, lorsque leur taux est élevé, peuvent aggraver le risque cardiovasculaire.
Le cholestérol n’est pas nocif en soi. Les problèmes surviennent lorsque les taux de LDL et de triglycérides restent trop élevés pendant une période prolongée. Cela peut engendrer de l’athérosclérose, caractérisée par l’accumulation de dépôts graisseux qui rétrécissent et rigidifient les artères, augmentant ainsi le risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. En réduisant le cholestérol LDL et les triglycérides, les statines diminuent le risque de formation de ces dépôts.
Des essais cliniques à grande échelle ont démontré avec constance l’efficacité des statines. Une vaste revue de recherche a révélé que ces médicaments abaissaient considérablement le risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral.
L’ampleur des bénéfices dépend du risque cardiovasculaire individuel et de la réduction du taux de cholestérol LDL obtenue. Sur la base de ces données, les directives nationales recommandent l’utilisation des statines à titre de prévention primaire chez les personnes à haut risque qui n’ont pas encore développé de maladie cardiovasculaire, et à titre de prévention secondaire chez celles qui souffrent déjà d’une maladie cardiaque.
Des effets secondaires
Compte tenu de la solidité des preuves, pourquoi les statines suscitent-elles encore autant d’hésitations ?
Comme tous les médicaments, les statines peuvent avoir des effets secondaires. Les plus courants sont les maux de tête, les troubles digestifs et les vertiges. Les plus graves, mais peu fréquents ou rares, comprennent l’inflammation du foie et des atteintes musculaires.
Parmi ces dernières, on trouve la myopathie, qui se caractérise par des douleurs ou une faiblesse musculaire, accompagnées d’une augmentation du taux de créatine kinase, une enzyme libérée lorsque les tissus musculaires sont endommagés. Dans de très rares cas, une dégradation musculaire grave appelée rhabdomyolyse peut survenir.
De vastes ensembles de données montrent que la plupart des gens tolèrent bien les statines. Lorsque des patients signalent des symptômes musculaires pendant le traitement aux statines, il y a moins de 10 % de risques que les statines en soient réellement la cause. La rhabdomyolyse, extrêmement rare, ne touche que quelques personnes par million d’utilisateurs. Le risque augmente à des doses très élevées ou si les statines sont prises en même temps que des médicaments qui interfèrent avec leur métabolisation.
Les statines peuvent également entraîner une légère hausse du taux de glucose dans le sang, ce qui touche principalement les personnes prédiabétiques ou diabétiques. Cependant, comme les statines réduisent considérablement le risque de crise cardiaque chez elles, les avantages l’emportent sur cette faible hausse. La plupart des effets secondaires sont réversibles après la fin du traitement, alors que les dommages causés par une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral peuvent être permanents.
Les interactions entre médicaments préoccupent
Les interactions médicamenteuses constituent un autre sujet de préoccupation. Les statines, comme la simvastatine et l’atorvastatine, sont métabolisées dans le foie par les enzymes CYP, notamment la CYP3A4. Lorsque d’autres médicaments bloquent ces enzymes, le taux de statines dans le sang peut augmenter, ce qui accroît le risque d’effets secondaires musculaires.
Des médicaments antifongiques tels que le kétoconazole, certains antibiotiques comme l’érythromycine, des immunosuppresseurs comme la ciclosporine, ainsi que certains médicaments pour le cœur, comme l’amiodarone et le diltiazem, peuvent entraîner de graves interactions.
Même le pamplemousse peut interférer avec la métabolisation des statines. Il contient des substances chimiques appelées furocoumarines, qui bloquent les enzymes CYP3A4 dans l’intestin, permettant ainsi à une plus grande quantité de statines de passer dans le sang. Toutes les statines ne sont pas autant affectées, on peut donc choisir le médicament de manière à limiter ce risque.
Changer son mode de vie
Les statines sont efficaces, mais ne constituent pas le seul moyen de contrôler le cholestérol. Le mode de vie est très important, et certaines modifications sont recommandées en complément de la médication. Ainsi, l’obésité est un facteur de risque cardiovasculaire majeur.
Une revue d’études a montré qu’associer régime et activité physique permettait de perdre du poids, de réduire le taux de cholestérol ainsi que le risque de développer des maladies cardiométaboliques, comme les maladies cardiaques et le diabète de type 2.
Les changements dans l’alimentation sont particulièrement importants. Les spécialistes préconisent de diminuer la consommation de graisses saturées pour contribuer à la baisse du taux de cholestérol LDL. On trouve couramment ce gras dans le beurre, les viandes grasses et les aliments transformés.
Remplacer les graisses saturées par des graisses insaturées, qu’on trouve dans l’huile d’olive, les noix et les graines, peut améliorer le taux de cholestérol. Opter pour des protéines végétales comme les haricots, les lentilles ou le soja permet de réduire la consommation de viande rouge et de viande transformée.
L’apport en fibres est également important. Des études montrent qu’une consommation élevée de fibres est associée à un taux de cholestérol plus faible et à un risque moindre de maladies cardiaques.
Une revue publiée en 2019 a révélé que les personnes dont la consommation de fibres était élevée présentaient un risque de décès par maladie cardiaque ou de développer une maladie coronarienne inférieur de 15 à 30 %. Les céréales complètes, les fruits et les légumes sont une source de fibres, de vitamines et d’antioxydants qui favorisent la santé cardiaque.
Une activité physique régulière permet d’augmenter le taux de cholestérol HDL et de réduire celui des triglycérides. Les recommandations actuelles préconisent 150 minutes d’exercice physique d’intensité modérée par semaine. Toutefois, l’activité physique, quel qu’en soit le niveau, est bonne pour la santé.
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Il ne s’agit pas de choisir entre les statines et un changement dans son mode de vie. Pour les personnes à haut risque, notamment celles ayant déjà subi un infarctus, souffrant de troubles héréditaires liés au cholestérol ou présentant plusieurs facteurs de risque, les statines sont souvent indispensables.
Pour les personnes dont le taux de cholestérol est légèrement élevé, modifier son mode de vie peut permettre de retarder, voire d’éviter, la prise de médicaments. Un taux de cholestérol total sain est généralement inférieur à 5 mmol/L, mais il peut varier en fonction du risque individuel.
Les décisions thérapeutiques doivent être personnalisées, en tenant compte du risque cardiovasculaire, des effets bénéfiques avérés des statines, de leurs effets secondaires potentiels et des possibilités réelles de changer son mode de vie.
Les statines ont révolutionné les soins cardiovasculaires et permis de sauver des millions de vies. Elles restent toutefois controversées. La lutte contre une mauvaise alimentation, la sédentarité et l’obésité demeure essentielle pour réduire le fardeau des maladies cardiaques à long terme.
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Dipa Kamdar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Les statines vous inquiètent ? Voici ce qu’en dit la recherche – https://theconversation.com/les-statines-vous-inquietent-voici-ce-quen-dit-la-recherche-272607

