Source: The Conversation – in French – By Alizée Pillod, Doctorante en science politique, Université de Montréal
Au-delà de la performance sportive, les Jeux olympiques d’hiver de Milano-Cortina se déroulent dans un contexte marqué par l’urgence climatique et des attentes croissantes envers la responsabilité environnementale des méga-évènements sportifs. Conscient de l’empreinte carbone liée à la présence des spectateurs, le Comité organisateur a mis en place des mesures pour les inciter à adopter des comportements plus écoresponsables durant ces JO, qui se terminent le 22 février avant de reprendre en mars pour les Jeux paralympiques.
Quelles sont ces mesures et que valent-elles réellement ?
Doctorante en science politique à l’Université de Montréal, mes travaux portent à la fois sur la communication climatique et l’élaboration de politiques environnementales, y compris dans le secteur du sport.
Après avoir assisté aux Jeux olympiques de Paris 2024, souvent présentés comme plus verts, j’ai eu l’occasion d’être présente à ceux de Milano-Cortina, lors du weekend d’ouverture, sur les sites de Bormio et Livigno. Le texte qui suit s’appuie sur mon expertise et les observations que j’ai pu faire sur place, en tant que spectatrice.
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Les spectateurs : champions des émissions
Les Jeux olympiques d’hiver, même si plus petits en taille que ceux d’été, provoquent une forte affluence en montagne. En Italie, les organisateurs s’attendent à accueillir jusqu’à 2,5 millions de spectateurs sur l’ensemble des sites. Il s’agit des Jeux les plus dispersés de l’histoire, s’étandant sur 4 sites et plus de 22 000 km².
Les déplacements des spectateurs pour assister aux Jeux constituent généralement la principale source d’émissions de gaz à effet de serre associée à l’événement. À titre d’exemple, lors des Jeux de Paris 2024, ils représentaient à eux seuls près de la moitié de l’empreinte carbone totale, soit 49 %.
Par ailleurs, l’affluence attendue soulève d’autres défis, notamment en matière de gestion des déchets. Les services de restauration offerts aux spectateurs sur les sites de Milano-Cortina, de même que le traitement des déchets, devraient ainsi représenter plus de 15 000 tonnes de CO₂ équivalent.
De ce fait, plusieurs initiatives sont mises en place pour limiter l’impact des spectateurs.
Mieux se déplacer pour moins polluer
Les organisateurs disposent de peu de leviers pour influencer les voyages aériens des spectateurs se rendant en Italie, mais ils peuvent agir sur les modes de transport utilisés une fois sur le territoire nord-italien.
Ils ont notamment restreint la circulation routière à proximité des sites olympiques, pour des raisons à la fois sécuritaires et environnementales. Les résidents et spectateurs souhaitant s’y rendre en voiture doivent ainsi se munir d’un laissez-passer, à demander plusieurs semaines à l’avance et à apposer sur le pare-brise, contrôlé aux principaux points d’accès. Sans interdire explicitement la voiture, ce dispositif en réduit fortement l’attractivité.
Pour encourager des alternatives, des stationnements relais gratuits ont été aménagés en périphérie, avec des navettes payantes vers les sites. En dehors de Milan, la plupart des sites ne sont pas directement accessibles par métro ou train, de sorte que des navettes gratuites ont été déployées depuis certaines gares.
Enfin, pour les spectateurs logeant plus en altitude dans les vallées, comme ce fut mon cas, les transports en commun locaux constituent une autre option. Ces bus publics, bien que payants et ponctués de nombreux arrêts, permettent ici aussi de rejoindre les sites sans recourir à un véhicule individuel, au prix d’un temps de trajet plus long.
L’or, l’argent… et le plastique
Vous souvenez-vous des Phryges, les mascottes de Paris 2024 devenues virales sur les réseaux sociaux ? À Milano-Cortina, vous avez probablement entendu parler de leurs héritiers, Tina et Milo, dont les noms font écho aux villes de CorTINA et MILanO.
Mais connaissez-vous les Flo ? Contrairement aux mascottes officielles chargées d’animer les foules, ces six petites fleurs perce-neige remplissent une mission bien particulière : promouvoir le recyclage.
Leur nom fait écho à la campagne anti-gaspillage « Follow the Flo », construite sur un jeu de mots avec l’expression anglophone « follow the flow », qui signifie « suivre le mouvement ».

(Alizée Pillod)
Elles figurent sur les panneaux expliquant le tri sélectif installés à proximité des points de collecte sur les sites olympiques, contribuant à sensibiliser les spectateurs à leurs actions de manière ludique. Plus encore, des peluches à leur effigie sont proposées à la vente, prolongeant cette initiative au-delà des espaces de tri eux-mêmes.
Une performance en demi-teinte
Aucune donnée définitive n’est encore disponible sur le recyclage ou la fréquentation des navettes et transports en commun, mais il est déjà possible de partager quelques constats.
D’abord, les modes de transport mis à disposition semblent victimes de leur succès. Du côté des bus locaux, les organisateurs ont même sous-estimé l’engouement des spectateurs pour ce service.
À Livigno, site olympique situé en haute altitude, un seul bus circule par heure. À la sortie des compétitions, ce qui devait arriver arriva : files d’attente interminables, spectateurs contraints de patienter dans le froid et sentiment général d’improvisation.
Il faut toutefois reconnaître que l’accès au site constitue en soi un défi logistique. Une fois à Bormio, autre site olympique déjà situé en altitude, l’accès à Livigno nécessite d’emprunter une route sinueuse pendant encore près d’une heure et de franchir un col à plus de 2 000 mètres. Cela limite de facto le flux de véhicules et la fréquence des navettes.
Les autres sites n’échappent pas non plus à ce casse-tête logistique. Ici, la géographie impose ses contraintes, et la patience devient une condition implicite de l’expérience olympique.
La stratégie des stationnements relais soulève également des questionnements. Leur nombre reste limité, et certains sont eux-mêmes situés en altitude, comme celui d’Aquilone. Un tel choix interroge : en positionnant ces stationnements plus bas dans la vallée, les organisateurs auraient-ils davantage dissuadé l’usage de la voiture et favorisé celui des transports collectifs ?
Risque d’éco-blanchiment
En outre, si les Flo encouragent le tri sélectif, celui-ci ne peut constituer la seule solution pour diminuer le nombre de déchets.
À ce sujet, il est surprenant qu’aucune vaisselle réutilisable ne soit proposée aux spectateurs et que les services de restauration privilégient des emballages en carton recyclé ou en plastique pour la vente de leurs produits. L’absence de fontaines permettant de remplir des gourdes entraîne également un recours systématique aux bouteilles d’eau en plastique.
De plus, si les Flo partent d’une bonne intention, la vente de peluches contribue malgré elles à la consommation de masse, laquelle va à l’encontre des principes de l’économie durable.
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L’argent récolté par ces ventes de peluches ne semble pas être réinvesti dans des actions vertes. Cela constitue une occasion manquée de prolonger l’impact des gestes individuels et expose l’initiative à un risque significatif d’éco-blanchiment.
Ce risque est d’autant plus réel du fait que l’initiative est en partie parrainée par Coca-Cola, l’une des entreprises les plus polluantes en matière de plastique dans le monde. Elle avait déjà fait l’objet d’une plainte lors de Paris 2024.
Des efforts à bonifier
Si ces initiatives en 2026 représentent un premier pas encourageant comparé aux éditions précédentes des Jeux d’hiver, elles restent encore insuffisantes en termes de nombre et d’ambition.
Il faut dire que le point de comparaison n’était guère exigeant : les Jeux olympiques d’hiver de Pékin 2022, à l’instar de plusieurs éditions récentes, ont largement été décriés comme une aberration écologique.
Finalement, cela nous invite aussi à réfléchir à la taille de ces méga-évènements sportifs, lesquels ont considérablement grandi au fil du temps. Si le nombre de spectateurs n’est pas davantage limité, l’empreinte carbone restera nécessairement élevée.
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Alizée Pillod est affiliée au Centre d’Études et de Recherches Internationales de l’UdeM (CERIUM), au Centre de recherche sur les Politiques et le Développement Social (CPDS) et au Centre pour l’Étude de la Citoyenneté Démocratique (CECD). Ses recherches sont subventionnées par les Fonds de Recherche du Québec (FRQ). Alizée a aussi obtenu la Bourse départementale de recrutement en politiques publiques (2021), la Bourse d’excellence en études environnementales Rosdev (2023), ainsi que la Bourse d’excellence en politiques publiques de la Maison des Affaires Publiques et Internationales (2025). Elle a collaboré par le passé avec le consortium Ouranos, le ministère de l’Environnement du Québec et l’INSPQ. Elle est actuellement chercheuse invitée au Center for Interdisciplinary Research on Sport de l’Université de Lausanne.
– ref. JO de Milano-Cortina : comment gérer les foules de manière éco-responsable – https://theconversation.com/jo-de-milano-cortina-comment-gerer-les-foules-de-maniere-eco-responsable-275759
