Près de 800 ans après sa mort, le message de François d’Assise connaît une riche postérité

Source: The Conversation – in French – By Vanessa Corcoran, Adjunct Professor of History, Georgetown University

Comment un jeune marchand italien du XIIIᵉ siècle est-il devenu saint ? Les sources écrites et fresques médiévales retracent la vie de François d’Assise et montrent de quelle manière ses exploits et les miracles qui lui sont attribués ont nourri sa réputation à travers les siècles.


À l’occasion du 800e anniversaire de la mort de saint François d’Assise, fondateur de l’ordre franciscain, son corps sera exposé pour la toute première fois en février 2026, à la basilique Saint-François, à Assise (Toscane). Des millions de visiteurs sont attendus dans la petite ville d’Italie pour rendre hommage au saint du XIIIᵉ siècle.

François, mort le 4 octobre 1226, prônait le soin apporté aux plus pauvres et le respect du monde naturel. Ces valeurs ont trouvé un écho, des siècles plus tard, dans l’action du pape François. Le souverain pontife défunt avait choisi son nom de pape en référence à l’attachement du saint médiéval aux pauvres et à son enseignement sur la responsabilité morale de prendre soin de toutes les créatures de la Terre.

En tant que spécialiste de l’histoire religieuse médiévale, je sais que plusieurs épisodes dramatiques survenus à la fin de la vie de François ont joué un rôle décisif dans la construction de son héritage en tant que fondateur de l’ordre franciscain. Ces événements expliquent aussi pourquoi ses messages radicaux sur la pauvreté et l’environnement continuent de résonner aujourd’hui.

Né riche, il choisit une vie de pauvreté

Né vers 1181 dans une famille de marchands de la ville ombrienne d’Assise, dans l’Italie actuelle, François renonce très tôt à la richesse familiale. Un récit rapporte qu’il se serait dépouillé de ses vêtements sur la place publique, au grand embarras de son père. Ses premiers biographes le surnomment « Il Poverello », ou « le petit pauvre ».

En 1209, il fonde l’ordre mendiant des Franciscains, un ordre religieux consacré aux œuvres de charité.

Ce que les historiens et les théologiens savent de François provient principalement de ses propres écrits et de textes hagiographiques. L’hagiographie est une forme de biographie religieuse qui célèbre la vie vertueuse des saints, en relatant souvent les miracles qui leur sont attribués, de leur vivant comme après leur mort. Les fidèles se rendent fréquemment sur leurs tombes pour solliciter une intervention miraculeuse. Certaines des hagiographies consacrées à François ont été rédigées peu après sa mort, en 1226.

Thomas de Celano, frère franciscain qui a connu François personnellement, a rédigé la Vie de François, publiée seulement deux ans après sa disparition. Cette hagiographie a joué un rôle central dans sa canonisation rapide. Elle offrait un récit détaillé de sa vie, sur lequel le pape Grégoire IX s’est appuyé pour juger que les actes de François justifiaient son élévation au rang de saint.

Le théologien et philosophe du XIIIe siècle, saint Bonaventure, a rédigé la Vie de saint François, aujourd’hui considérée comme le récit le plus complet. Cette seconde biographie religieuse ne se limite pas aux événements clés de l’existence de François : elle expose également son héritage durable en tant que fondateur des franciscains. On compte actuellement environ 650 000 franciscains dans le monde. Les membres de l’ordre sont actifs dans plus de 100 pays, avec des missions centrées sur la pauvreté, l’évangélisation et l’éducation.

Les deux récits décrivent les moments clés de la jeunesse de François : après avoir prononcé ses vœux de pauvreté, il mendie et travaille également dans des colonies de lépreux autour d’Assise. C’est à cette époque qu’il fonde l’ordre franciscain.

En 1210, il se rend à Rome et obtient l’approbation pontificale de son ordre de la part du pape Innocent III.

Neuf ans plus tard, il voyage en Égypte pour rencontrer le sultan al-Malik al-Kamil pendant la Cinquième Croisade. Il tente d’abord de le convertir au christianisme par la prédication. Selon les textes chrétiens, cette rencontre aurait finalement contribué à améliorer le sort des prisonniers de guerre pendant les croisades.

Miracles et légendes

La fin de la vie de François est considérée comme marquée par des rencontres spirituelles que de nombreux catholiques interprètent comme des signes de sa sainteté.

Racontées en détail dans les hagiographies du XIIIe siècle, ces histoires expliquent pourquoi il est ensuite étroitement associé aux animaux et à la protection de la nature. Ces épisodes ont également été reproduits à de nombreuses reprises dans des représentations artistiques de François.

En tant que prédicateur itinérant, François parcourt régulièrement l’Italie pour répandre l’Évangile. Mais à une occasion, il s’arrête pour prêcher à un groupe d’oiseaux. Selon la légende, ils l’écoutent avec une attention captivée.

Thomas de Celano souligne qu’à partir de ce jour, les sermons de François ne se sont plus seulement adressés aux hommes mais à « tous les oiseaux, tous les animaux, tous les reptiles et aussi aux créatures insensibles, pour louer et aimer le Créateur ».

L’idée que les animaux étaient captivés par les prêches de François est reprise dans d’autres textes dévotionnels. Dans le récit du XIVᵉ siècle, les Petites Fleurs de saint François, une légende raconte que ses sermons ont même empêché un loup de terroriser la ville toscane de Gubbio.

François parle au loup et lui tendit la main. Le loup étend alors sa patte comme pour lui serrer la main. De telles histoires sont devenues centrales pour façonner l’image de François comme saint patron des animaux et, plus tard, de la nature.

En 1224, une maladie grave le laisse presque aveugle. Incapable d’écrire, il dicte le Cantique de Frère Soleil, ou Cantique des Créatures, souvent considéré comme la première œuvre majeure en langue vernaculaire italienne.

Malgré la vue défaillante de son auteur, ce texte célèbre poétiquement la beauté des créations de Dieu, évoquant les animaux comme ses « frères et sœurs ». Il loue la manière dont la Terre « nous porte et nous nourrit […], produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes. ».

Fait notable, François devint la première personne à recevoir ce que l’on croit être les stigmates – des blessures censées reproduire celles de la crucifixion du Christ. Des témoins du 17 septembre 1224, rapportés plus tard par Thomas de Celano, ont noté :

« Peu avant sa mort, notre frère et père (François) apparut comme crucifié, portant dans son corps les cinq blessures qui sont véritablement les stigmates du Christ. En effet, ses mains et ses pieds présentaient des sortes de perforations faites par les clous, à l’avant et à l’arrière, qui laissaient des cicatrices et montraient la noirceur des clous. Et à son côté, il semblait percé et du sang s’écoulait fréquemment. »

L’artiste de la Renaissance italienne Giotto di Bondone représenta ces scènes dans un cycle de fresques élaboré à la basilique Santa Croce de Florence. Ces blessures renforcèrent l’image de François comme figure christique, un motif largement exploré dans l’écriture dévotionnelle.

Influence sur la papauté contemporaine

François d’Assise, déjà figure historique majeure, a retrouvé une visibilité mondiale le 13 mars 2013, lorsque le cardinal Jorge Mario Bergoglio, élu pape, choisit de rompre avec la tradition et de ne pas prendre le nom d’un prédécesseur pontifical. Il se fit appeler François.

Un choix symbolique : le pape expliqua rapidement que son homonyme représentait « l’homme de pauvreté, l’homme de paix, l’homme qui aime et protège la création », rappelant ainsi l’engagement social et écologique qui marque son pontificat.

Une cathédrale de style gothique se dresse sous un ciel nuageux, tandis qu’une file de personnes se dirige vers son entrée
Basilique Saint-François, à Assise, en Toscane (Italie).
Rosmarie Wirz/Moment Open/Getty Images

Le Cantique du Frère Soleil a ensuite inspiré l’encyclique phare du pape en 2015, Laudato Si’* – « Sur la sauvegarde de la maison commune ». Première encyclique pontificale entièrement consacrée à l’environnement, le texte appelait à un dialogue mondial et à des actions pour protéger la planète. Le pape y écrivait que François d’Assise « nous montre à quel point le lien est indissociable entre le souci de la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement envers la société et la paix intérieure ». Depuis la mort du pape Laudato Si’ est saluée comme l’un des héritages durables du premier pape jésuite et né en Amérique latine.

Alors que des pèlerins se rendent à Assise pour ce Jubilé exceptionnel consacré à saint François, l’Église insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de contempler les restes du visionnaire médiéval, mais de se souvenir de ce « modèle de sainteté de vie et témoin constant de paix ».

Bien que ce saint du Moyen Âge, surtout connu à travers des fresques et des textes fragmentaires, puisse paraître une figure lointaine, les enseignements de François sur le soin des pauvres et la responsabilité envers l’environnement délivrent un message toujours pertinent au XXIᵉ siècle.

The Conversation

Vanessa Corcoran ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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