Raz-de-marée démocrate dans les villes américaines : un avertissement pour Trump ?

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Castel, Chargé de cours aux départements de Sciences des religions et d’Études urbaines et touristiques, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La ronde des diverses courses électorales du mois de novembre, close en décembre, constituait un test depuis l’arrivée au pouvoir du président américain Donald Trump. Les démocrates ont marqué des avancées notables, sans contre-tendance favorable aux républicains à l’échelle nationale, régionale ou locale.

Les sondages de sorties des urnes permettent d’éclairer certains enjeux auxquels les électrices et les électeurs ont été particulièrement sensibles en fonction de leurs inclinaisons politiques et profils socioculturels. Ces sondages ont été menés par le SSRS pour le compte du consortium des grands réseaux médiatiques dont CNN et Fox News.

J’ai une formation de géographe, d’historien et de religiologue. Depuis 25 ans j’étudie l’évolution de la diversité ethnoreligieuse au Québec. Depuis 2016, je m’intéresse aux élections à diverses échelles (Montréal, Québec, Canada, États-Unis) afin de tracer les mouvements sociopolitiques à travers le temps et l’espace à l’aide de la cartographie des résultats électoraux.

Une « Gringa » démocrate à Miami

Il a fallu attendre le 2 décembre pour qu’un second tour établisse un gagnant à Jersey City, puis le 9 à Albuquerque et à Miami.

En Floride, l’État de résidence du président, l’élection de la démocrate Eileen Higgins à la mairie de Miami, première femme à obtenir ce poste, est particulière. La victoire de celle-ci (59,5 %) contre le républicain Emilio Gonzalez (40,5 %) met fin à 28 ans de règne républicain. La Magic City devient ainsi la seule des vingt grandes villes en élection cet automne à changer de couleur.

Parlant espagnol, La Gringa, comme elle s’amuse à se faire appeler, a mis l’accent sur le logement abordable tout en exprimant ses préoccupations concernant les opérations de contrôle de l’immigration par l’ICE, thèmes qui résonnent dans une ville à majorité latino-américaine.




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Un ilot rouge au milieu de beaucoup de maires bleus

Parmi les villes de plus de 220 000 habitants (au recensement de 2020), 20 élections pour la mairie ont été disputées en novembre.

À New York, Charlotte, Pittsburgh, Buffalo et La Nouvelle-Orléans, les élections se faisaient sur une base partisane, c’est-à-dire que les candidats se présentaient sous la bannière d’un parti, démocrate, républicain ou autre.

En 2024, alors que l’État pivot de la Pennsylvanie basculait en faveur de Donald Trump, Pittsburgh demeurait démocrate en préférant Harris (59,7 %). Cette année, le démocrate Corey O’Connor (85,6 %) rafle la mairie devant le républicain Tony Moreno.

Dans l’État de New York, le démocrate Sean Ryan (71,8 %) a remporté la mairie de Buffalo devant le républicain James Gardner. C’est toute une différence à comparer au scrutin présidentiel où la ville avait accordé 54,8 % de ses voix à Kamala Harris.




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Les 15 autres élections suivaient un mode non partisan. Bien que les candidates et les candidats se présentent sans étiquette politique, les affiliations politiques ne faisaient généralement pas de mystère.

À Minneapolis (Minnesota), malgré la kyrielle de candidats à la mairie, les quatre meneurs étaient tous démocrates. C’est au second tour d’un suffrage préférentiel que Jacob Frey obtient 50 % des voix pour son troisième mandat devant le démocrate socialiste Omar Fateh. Au Michigan, la démocrate Mary Sheffield (77 %) devient la première mairesse afro-américaine de Détroit en battant Solomon Kinloch jr, lui aussi démocrate.

En augmentant leurs marges de victoire, les démocrates Andre Dickens (85,8 %) et Aftab Pureval (78,3 %) ont été reconduits aux mairies d’Atlanta (Géorgie) et de Cincinnati (Ohio). Dans cette dernière lutte, le candidat défait était Cory Bowman, le demi-frère de J.D. Vance, vice-président et sénateur de l’État.

Des maires de filiation démocrate ont aussi été élus à Charlotte, Seattle, Boston, La Nouvelle-Orléans, Cleveland et Saint Paul.

La ville d’Hialeah, voisine de Miami, est la seule dont la mairie a été remportée par un républicain, Bryan Calvo devant deux adversaires du même parti.

C’est dire qu’au total, les 19 autres maires sont désormais associés plus ou moins directement au parti démocrate.




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Au-delà d’un pépin socialiste dans la grosse pomme

À New York, Zohran Mamdani marque l’histoire en devenant le premier maire musulman de la ville. Celui-ci a gagné l’appui de la moitié de la population (50,8 %) devant l’indépendant Andrew Cuomo (41,3 %) et le républicain Curtis Sliwa (7 %).

À l’échelle des arrondissements, Mamdani a obtenu la majorité des suffrages de Brooklyn (57,1 %), de Manhattan (52,7 %), du Bronx (51,8 %) et du Queens (47,9 %). Les soutiens à Cuomo sont majoritaires à Staten Island (55,2 %) tout en prédominant au sud de Brooklyn et à l’est du Queens.

Le NYC Election Atlas aide à trouver du sens à cette configuration. En recoupant le vote partisan et le profil des quartiers, on remarque que la moitié (50,8 %) des secteurs où les propriétaires sont majoritaires ont choisi Cuomo, alors que les secteurs où les ménages modestes prédominent ont penché du côté de Mamdani (52,4 %). Avec des nuances selon les quartiers et la proportion de propriétaires, les secteurs où les diplômés universitaires sont majoritaires ont préféré Mamdani (54,2 %).

La géographie des résultats confirme que le vote pro-Trump de 2024 s’est majoritairement acheminé vers Cuomo moyennant des pertes en faveur de Mamdani.

Selon les sondages, bien que dans des proportions moindres qu’en Virginie et au New Jersey, la majorité des électorats afro-américain (57 %) et hispanique (52 %) ont préféré Mamdani. L’électorat eurodescendant s’est divisé presque moitié-moitié entre Cuomo et Mamdani.

Alors que 67 % des partisans de Cuomo avaient le crime comme premier sujet de préoccupation, 66 % des partisans de Mamdani se souciaient d’abord du coût de la vie. Ce dernier enjeu prédominait (55 %) pour l’ensemble des New-Yorkais.


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La Virginie « mère des présidents » donne naissance à sa première gouverneure

La démocrate Abigail D. Spanberger s’est gagné l’appui de 57,6 % des électeurs contre sa rivale républicaine Winsome Earle-Sears (42,2 %), l’ancienne lieutenante-gouverneure élue en 2021. C’est un gain démocrate.

Quoique la cartographie réalisée par l’Associated Press soit similaire à celle du scrutin présidentiel de 2024, la marque démocrate a progressé partout dans l’État, y compris dans l’espace rural. Dans les villes et les banlieues de Charlottesville, Richmond, Norfolk et Fairfax le vote démocrate a franchi le cap des 70 % voire des 80 %.

L’économie était la préoccupation principale de 48 % des Virginiens.

Floraison démocrate au New Jersey

Pour le poste de gouverneur de l’État jardin, la démocrate Mikie Sherrill a gagné 56,9 % des suffrages devant son adversaire républicain Jack Ciattarelli (42,5 %). En 2021, son prédécesseur démocrate n’avait obtenu que trois points d’avance. Sherill est la première femme démocrate à remporter ce poste après la victoire de la républicaine Christine Todd Whitman en 1994.

En comparant la cartographie de l’Associated Press des résultats cette élection avec celle du scrutin présidentiel, on constate que les appuis démocrates ont connu des hausses allant de 5 à 16 points dans presque tous les comtés. À comparer au scrutin présidentiel, quelques majorités républicaines locales ont basculé en faveur du parti démocrate au nord et au sud de l’État. Sept personnes sur dix ont voté démocrate à Trenton et à Newark collé sur New York. Les taxes (35 %) et l’économie (32 %) constituaient les enjeux prédominants.




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Quand l’anxiété économique surfe sur une marée électorale

Au New Jersey et en Virginie, à comparer aux élections locales antérieures, les appuis au parti démocrate ont connu un bond important avec l’élection des deux nouvelles gouverneures.

Selon les sondages publiés par CNN et Fox News les taux d’approbation et de désapprobation du travail du président étaient de 42 % contre 56 % au New Jersey et de 39 % contre 59 % en Virginie.

La majorité des électeurs indépendants et des gens qui n’avaient pas voté au scrutin présidentiel ont voté démocrate. Les deux tiers des Hispaniques et neuf Afro-Américains sur dix ont suivi, ce qui indique un retour aux tendances prévalant avant 2024.

À l’échelle des mairies, le camp démocrate était souvent en terrain favorable. Au printemps 2026, on disposera d’un portrait plus complet des tendances alors que quelques courses auront lieu dans le Sun Belt. Le passage de la mairie de Miami des mains d’un républicain à celles d’une démocrate n’est toutefois pas pour rassurer le camp républicain.

Les revirements politiques repérables géographiquement et les sondages de sortie des urnes montrent que l’anxiété économique a surfé à travers le pays. Bien que l’immigration reste un enjeu majeur pour les électeurs républicains, l’économie s’est érigée en tête de liste des préoccupations populaires à New York, en Virginie et au New Jersey.

Au sortir des élections, la marque républicaine a perdu des plumes. Si la promesse de Donald Trump de maîtriser l’inflation a favorisé son élection à la présidence, l’actuelle montée de l’anxiété économique a alimenté le mouvent inverse.

En même temps que les sondages des dernières semaines rappellent que la crise de l’« abordabilité » se ressent de plus en plus sur le plan des dépenses quotidiennes, l’agrégateur de sondages RealClear Polling indique que le taux d’approbation de la gouvernance du président continue de diminuer.

Selon le sondage publié par Politico, une partie des électeurs de Trump commencent à le tenir responsable de la crise. Le dernier sondage de NBC fait voir que si la base MAGA approuve fortement la gestion du président, c’est au prix de la réduction de son poids numérique derrière la montée de ceux qui se disent « républicains traditionnels ».

La Conversation Canada

Frédéric Castel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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