Face au cancer, quand le corps devient étranger, comment sauver l’intimité ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Judith Partouche-Sebban, Professeur – Titulaire de la chaire Living Health, membre du département Technology Interaction, strategic Marketing & Customer Experience, PSB Paris School of Business

Le cancer et ses traitements ne se contentent pas de modifier les corps, ils affectent aussi profondément l’image corporelle, ce qui a des répercussions sur la vie intime des malades et sur leur relation de couple. Pour y faire face, certaines stratégies sont plus efficaces que d’autres. Elles gagneraient à être mises en œuvre par le système de soins.


En France, malgré les avancées des plans nationaux cancer, la santé sexuelle des patients demeure le parent pauvre du parcours de soin. Pourtant, l’enjeu est de taille. La sexualité n’est pas un luxe ou une option ; c’est un pilier de la qualité de vie et de l’équilibre psychique.

Au-delà de la toxicité des traitements contre le cancer, une charge émotionnelle écrasante réduit l’intérêt pour l’intimité et la capacité au plaisir.

La dysfonction sexuelle devient alors une épreuve partagée au sein du couple, où la détresse de l’un résonne avec l’anxiété de l’autre. Pourtant, un fossé persiste : malgré l’importance d’un soin holistique, le silence reste la norme.

Peu de patients osent aborder ces sujets avec les soignants, révélant une défaillance majeure de notre système de santé qui peine encore à intégrer ces dimensions intimes pour offrir un soin réellement centré sur l’humain et ses émotions.

Pour comprendre cette fracture entre besoins des patients et offre de soins dans le domaine de la sexualité, nous avons mené une recherche approfondie ancrée dans la Transformative Service Research afin d’analyser comment l’image de son propre corps et les mécanismes de défense mobilisés influencent la satisfaction sexuelle des patients.

Le poids de l’image de son corps

« Depuis la chimio, je ne me reconnais plus dans le miroir. Mon corps me dégoûte. Comment voulez-vous que j’aie envie d’intimité ? »

Cette confidence, recueillie auprès d’une patiente lors de nos travaux, n’est pas un cri isolé. Elle illustre une réalité brutale : si la médecine moderne excelle à sauver les corps, elle reste souvent impuissante face à la détresse émotionnelle de ceux dont l’identité intime est affectée par les traitements.

La chimiothérapie, la radiothérapie et la chirurgie modifient profondément le corps : chute des cheveux, cicatrices, ablation, prise ou perte de poids. Mais au-delà de l’esthétique, c’est le schéma corporel qui est atteint.

Les patients vivent une altération profonde de leur image corporelle (negative body image). Ce n’est pas seulement « ne plus se plaire », c’est ressentir une forme de trahison organique où le corps, autrefois complice, devient une source de honte, de dégoût ou de vulnérabilité extrême.

Pour mieux comprendre les mécanismes en jeu dans l’expérience de la sexualité pendant la maladie, nous avons adopté deux approches complémentaires : une première phase qualitative, menée auprès de 16 patients en oncologie, puis une enquête quantitative, menée auprès de 204 patients.

Nos analyses montrent que ce sentiment de corps défaillant et imprévisible est le point de départ d’une insécurité émotionnelle majeure. Plus l’image corporelle est dégradée, plus le patient se sent illégitime dans son rôle de partenaire désirable et ressent un mal-être sexuel.

Face à ce séisme, comment les patients réagissent-ils ? Nous avons identifié deux grandes familles de stratégies de coping (les stratégies d’ajustement mises en place pour faire face à une situation difficile) aux conséquences radicalement différentes sur la satisfaction liée à sa sexualité.




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La première recouvre des stratégies d’engagement : certains patients parviennent à transformer leur vulnérabilité en un dialogue ouvert avec leur partenaire. En mobilisant des ressources, en cherchant des solutions et en communiquant sur leurs nouvelles limites, ils réussissent à maintenir une intimité de qualité. Cela ne signifie pas que tout va bien, mais plutôt qu’ils choisissent d’affronter la situation. Sur le plan émotionnel, cela demande un courage immense : celui de se montrer vulnérable. En conséquence, ces patients maintiennent un niveau de satisfaction sexuelle plus élevé, car l’intimité se déplace de la performance physique vers une connexion émotionnelle plus profonde.

La seconde famille regroupe quant à elle des stratégies de désengagement : pour se protéger de la peur d’échouer ou de la gêne, le patient s’isole, fuit les contacts physiques et érige un mur de silence. Il préfère alors supprimer toute trace d’intimité plutôt que de risquer une confrontation avec son corps défaillant. L’évitement crée alors une barrière invisible dans le couple.

Si cette stratégie calme l’anxiété immédiate, elle agit comme un poison lent sur la relation, entraînant une chute drastique de la satisfaction sexuelle. En somme, la satisfaction sexuelle ne dépend pas tant de la gravité des symptômes physiques que de la capacité du patient à ne pas laisser une image corporelle négative le pousser vers l’isolement.

En outre, l’autre enseignement majeur de notre étude concerne l’importance cruciale de la qualité de la relation de couple. Le soutien émotionnel du partenaire agit comme un tampon contre les effets dévastateurs de la maladie sur l’image de soi. En ignorant le partenaire, le système de soins se prive alors d’un levier de guérison essentiel. Le couple est une entité qui souffre de concert ; l’anxiété du partenaire fait écho à celle du patient.

Quelles implications pour le système de soins ?

Les résultats de notre étude plaident pour une transformation profonde du management de la santé, où la question de l’intimité ne serait plus une option, mais un indicateur central de la qualité du soin.

Pour les gestionnaires d’établissements, cela implique d’abord de repenser le parcours patient en intégrant, dès le diagnostic, un accompagnement psychosocial axé sur l’acceptation corporelle et l’autocompassion. L’objectif est de court-circuiter les réflexes d’isolement avant qu’ils ne s’installent.

Puisque la qualité de la relation de couple est le moteur de la résilience, le système de soins doit sortir du face-à-face exclusif avec le patient pour proposer des interventions centrées sur le « duo » : thérapies de couple, groupes de parole mixtes ou ateliers de communication.

En fournissant des outils concrets (webinaires, brochures, ateliers) pour apprendre à se reconnecter émotionnellement malgré la maladie, les établissements de santé peuvent aider les partenaires à devenir de véritables cocréateurs de bien-être, transformant une épreuve subie en un processus actif de reconstruction.

Au-delà de l’organisation interne, ces découvertes appellent à une évolution des politiques de santé publique. Une prise en charge réellement holistique devrait reposer sur trois piliers : un accès garanti à des soignants formés aux problématiques sexuelles, des ressources spécifiques à la reconstruction de l’image de son corps et des protocoles de soutien à l’intimité du couple.

Il est crucial de rendre obligatoires des modules de formation sur la santé sexuelle et les dynamiques relationnelles pour l’ensemble du personnel en oncologie. En normalisant ces discussions au sein de l’institution, on réduit le stigmate qui pousse tant de patients vers l’évitement.

En somme, le management de la santé doit opérer un virage vers la cocréation de valeur. Dans ce modèle, le patient et son partenaire se sentent autorisés et outillés pour exprimer leurs besoins les plus intimes, faisant de la satisfaction sexuelle un pilier reconnu de la guérison et de la dignité humaine.

En faisant de la santé sexuelle et du bien-être émotionnel un pilier du parcours de soin, l’objectif est que le patient n’envisage plus son corps comme une défaite, mais le réapprivoise pour en faire le refuge de son intimité et de son identité retrouvée.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Face au cancer, quand le corps devient étranger, comment sauver l’intimité ? – https://theconversation.com/face-au-cancer-quand-le-corps-devient-etranger-comment-sauver-lintimite-282095

Israël : la campagne électorale a déjà commencé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Elizabeth Sheppard Sellam, Responsable du programme « Politiques et relations internationales » à la faculté de langues étrangères, Université de Tours

À l’approche des élections législatives israéliennes, dont la date définitive n’a pas encore été fixée, le paysage politique est en pleine recomposition. L’opposition tente de se structurer tandis que la coalition de Benyamin Nétanyahou est travaillée par divers désaccords. Plus qu’un simple choix de gouvernement, le scrutin à venir pourrait déterminer la manière dont le pays entend se reconstruire après la guerre.


À Haïfa, raconte le journaliste Lucas Menget dans un récent reportage de terrain, les terrasses se sont remplies après le cessez-le-feu avec l’Iran. Mais le soulagement a été de courte durée. Très vite, les conversations sont revenues vers d’autres sujets : Gaza, la conscription et l’avenir politique du pays.

À l’approche des prochaines élections législatives, les recompositions de l’opposition, les tensions au sein de la coalition et les débats autour du partage de l’effort de guerre révèlent des transformations profondes de la société israélienne.

Plus encore que l’identité du futur premier ministre, c’est la manière dont Israël entend se reconstruire après le 7-Octobre qui semble aujourd’hui en jeu.

La recomposition du jeu politique israélien

Si Benyamin Nétanyahou, premier ministre depuis décembre 2022 après avoir déjà occupé cette fonction de 1996 à 1999 puis de 2009 à 2021, demeure la figure centrale de la vie politique israélienne, son avenir alimente toujours le débat public. L’opposition lui reproche sa gestion des événements ayant conduit aux attaques du 7-Octobre, son refus d’assumer une responsabilité politique directe dans l’impréparation des forces de sécurité ainsi que sa réticence à mettre en place une commission d’enquête indépendante.

Malgré ces controverses, sa formation, le Likoud, reste l’un des principaux partis du pays (32 sièges actuellement sur les 120 que compte la Knesset, le Parlement israélien) et Nétanyahou conserve un socle électoral solide. Dans un système fondé sur les coalitions, sa principale force réside peut-être moins dans sa popularité que dans les difficultés de ses adversaires à construire une majorité alternative.

Les prochaines élections devraient se dérouler en octobre à moins qu’elles soient anticipées. Le 13 mai, Nétanyahou a demandé un vote de la Knesset sur sa propre dissolution, afin d’organiser les législatives au plus tôt pour éviter une implosion de sa majorité. En effet, les partis ultra-orthodoxes menaçaient de faire tomber le gouvernement en raison du dossier de la conscription. Le 2 juin, les députés en faveur de ce projet de loi de dissolution de la Knesset : ce texte doit de nouveau être débattu et voté à deux reprises au Parlement avant d’être définitivement adopté, ce qui mènera à l’organisation d’élections législatives dans un délai de 90 jours.

Quelle que soit la date des élections, elles prendront sans doute la forme d’un référendum pour ou contre Nétanyahou.

À l’approche du scrutin, le système partisan est en pleine recomposition : retour de figures politiques, nouvelles alliances et débats sur les futures coalitions témoignent d’équilibres encore incertains.

À la recherche d’une alternative à Nétanyahou

L’opposition israélienne partage un objectif : mettre fin à l’ère Nétanyahou. La véritable question est de savoir qui sera capable de réunir les 61 députés nécessaires à une majorité.

Le retour de Naftali Bennett constitue l’un des faits marquants de cette pré-campagne. Ancien premier ministre (2021-2022), historiquement classé très à droite sur l’échiquier politique avant de se recentrer, il apparaît aujourd’hui dans plusieurs sondages comme le principal concurrent de Nétanyahou.

Après avoir créé en 2025 un parti nommé simplement Bennett2026 en vue des prochaines législatives, il a annoncé, en avril dernier, la formation d’une liste commune rassemblant cette formation et le parti centriste Yesh Atid (24 sièges), dirigé par Yaïr Lapid, qui avait été premier ministre quelques mois durant en 2022, juste après Bennett. Cette liste commune, nommée Yachad (« Ensemble »), apparaît dans les récents sondages pratiquement au même niveau que le Likoud.

On retrouve également, au sein de l’opposition, des figures comme l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, aujourd’hui à la tête du parti Yashar ! formé en septembre 2025. Eisenkot défend une ligne centriste sécuritaire, alliant fermeté en matière de défense et pragmatisme politique. Il est aujourd’hui l’un des héritiers les plus visibles de Bleu et Blanc, la grande alliance centriste créée en 2019 autour de Benny Gantz pour concurrencer Nétanyahou, mais qui s’est ensuite fragmentée et recomposée. Les sondages accordent actuellement entre 10 et 15 sièges au parti d’Eisenkot, ce qui fait de lui l’une des figures montantes de l’opposition à Nétanyahou. Sa capacité à gouverner dépendra toutefois de sa faculté à s’inscrire dans une coalition plus large avec les autres partis du centre et du centre droit.

Par ailleurs, l’ancien numéro 2 de l’armée Yaïr Golan tente de relancer la gauche israélienne, affaiblie depuis plusieurs années. L’évolution démographique du pays, la seconde Intifada et plus récemment le 7-Octobre ont en effet progressivement déplacé le centre de gravité politique vers la droite. La fusion en 2024 du Parti travailliste et du Meretz pour créer Les Démocrates (4 sièges aujourd’hui) illustre cette volonté de réorganisation.

Aucun de ces acteurs ne semble toutefois en mesure de gouverner seul.

Les faiseurs de rois

Au sein de la coalition actuelle, plusieurs partenaires sont indispensables à Nétanyahou. Les partis ultra-orthodoxes Shas (11 sièges) et Judaïsme unifié de la Torah (UTJ, 7 sièges) continuent de peser sur les équilibres gouvernementaux, comme l’illustrent les tensions autour de la conscription.

À leurs côtés, Otzma Yehudit, d’Itamar Ben Gvir, (6 sièges) et le parti du Sionisme religieux, de Bezalel Smotrich, (7 sièges) restent influents au sein de la majorité. Mais les tensions entre les deux hommes, qui portent notamment sur la stratégie à adopter à Gaza, sur les équilibres au sein de la coalition et sur le positionnement de chacun en vue des prochaines élections, témoignent d’une concurrence croissante entre Ben Gvir et Smotrich pour le leadership du camp national-religieux et de l’extrême droite israélienne.

La participation de Ra’am (5 sièges) à la coalition Bennett-Lapid a démontré qu’une coopération avec un parti arabe était possible, même si elle demeure controversée. Certains responsables du centre et de la gauche estiment qu’il sera difficile de construire une majorité alternative sans un soutien direct ou indirect des partis arabes (outre Ra’am, est également représentée à la Knesset Hadash-Ta’al, alliance de deux partis arabes qui dispose de 5 sièges).

La création récente d’un parti politique druze illustre les débats qui traversent une communauté historiquement intégrée aux institutions de l’État, notamment sur les questions de représentation, de service militaire et de loyauté à l’État.

Au-delà des recompositions partisanes, les élections à venir portent aussi sur des transformations plus profondes de la société israélienne.

La crise de la conscription

La conscription illustre à elle seule les transformations en cours. La guerre a profondément modifié les termes du débat. Alors qu’une partie des étudiants des yeshivot (centres d’étude de la Torah) bénéficient historiquement d’exemptions au service militaire, les besoins de l’armée se sont accrus avec la prolongation du conflit et les décisions récentes de la Cour suprême ont fragilisé le cadre juridique qui permettait leur maintien.

Le chef d’état-major Eyal Zamir a ainsi insisté à plusieurs reprises sur les besoins croissants de l’armée en effectifs. Malgré les succès revendiqués par Israël, notamment au Liban, son message est resté constant : l’armée doit se préparer à une confrontation de longue durée et disposer de ressources humaines supplémentaires. La controverse concerne principalement les hommes haredim (ultra-orthodoxes) : environ 80 000 restent exemptés ou non incorporés, alors que Tsahal compte environ 170 000 soldats d’active et peut mobiliser jusqu’à 450 000 réservistes.

Le débat dépasse désormais le cadre religieux. Le thème de « l’égalité des charges » s’est imposé dans l’espace public, tandis qu’une partie du monde ultra-orthodoxe continue de défendre les exemptions, comme en témoignent les manifestations contre l’arrestation de réfractaires.

Cette crise possède également une dimension politique immédiate. Les partis représentant les haredim (principalement les deux formations ultra-orthodoxes de la coalition, Shas et UTJ, qui font de la préservation des exemptions militaires une priorité politique) ont à plusieurs reprises menacé de quitter la coalition gouvernementale si une législation satisfaisante sur la conscription n’était pas adoptée. Nétanyahou se retrouve ainsi confronté à un dilemme majeur entre cohésion de sa coalition et demandes croissantes de l’armée.

L’après 7-Octobre

La question de la conscription n’est toutefois qu’une partie des transformations en cours. Le 7-Octobre et la guerre qui a suivi ont déplacé le débat public vers des questions de gouvernance, de sécurité et de cohésion nationale.

Les débats portent désormais sur les défaillances ayant rendu possibles les attaques, sur l’opportunité d’une commission d’enquête nationale et sur la responsabilité des différents acteurs.

Les débats sur Gaza, le Liban et les relations avec les États-Unis s’inscrivent dans cette réflexion. Une majorité de la population continue de considérer le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran comme des menaces majeures et soutient l’idée d’une politique sécuritaire ferme. Pour une partie de l’opinion, ce soutien relève davantage d’une volonté de restaurer un sentiment de sécurité après les attaques de 2023 que d’un soutien personnel à Nétanyahou.

Ces évolutions traduisent un déplacement des clivages traditionnels. Les élections à venir pourraient ainsi moins opposer droite et gauche qu’incarner différentes visions de la reconstruction du pays depuis le début de la guerre.

La question du calendrier

Les prochaines élections israéliennes ne détermineront pas seulement l’avenir politique de Nétanyahou. Elles porteront aussi sur la manière dont Israël entend préserver sa sécurité, renforcer sa cohésion nationale et préparer l’après-guerre.

Une inconnue demeure : le calendrier. Si des élections anticipées apparaissent plausibles, la politique israélienne a souvent démontré sa capacité à déjouer les pronostics. Entre crises de coalition, évolutions du contexte sécuritaire et recompositions partisanes encore inachevées, une chose paraît néanmoins acquise : la campagne a déjà commencé.

The Conversation

Elizabeth Sheppard Sellam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Israël : la campagne électorale a déjà commencé – https://theconversation.com/israel-la-campagne-electorale-a-deja-commence-284517

La Rochelle : derrière la crise des mégabassines, l’héritage des relations entre industrie portuaire et agriculture

Source: The Conversation – France (in French) – By Louise Bernard, Doctorante en sciences de gestion, La Rochelle Université

En France, les contestations contre les mégabassines ont révélé un lien longtemps invisibilisé : celui qui unit l’agriculture intensive de l’arrière-pays aux complexes portuaires, comme le port céréalier de La Rochelle-Pallice en Charente-Maritime. Derrière la crise de l’eau qui structure désormais le débat public, on retrouve l’héritage d’un modèle agro-industriel façonné par des choix politiques, économiques et logistiques anciens.


À l’été 2024, des milliers de manifestants anti-bassines se sont retrouvés à La Rochelle, marchant vers le port de La Rochelle-Pallice (aujourd’hui appelé « Port Atlantique La Rochelle »). Encadrés par les forces de l’ordre, ces derniers ont scandé, en s’approchant du port :

« Tout le monde déteste La Pallice. »

Une façon de révéler le lien entre les mégabassines, tant décriées dans l’arrière-pays agricole, et les activités du deuxième port français d’exportation de céréales. Et pour cause : le rapport entre l’émergence historique des activités agro-industrielles, le débouché portuaire et l’accaparement des ressources hydriques gagne à être explicité.

Dans un article de recherche récent, fondé sur l’analyse d’archives, nous avons retracé l’histoire de la spécialisation du territoire, l’émergence d’un récit modernisateur et enfin l’émergence des conflits et des contestations de ce récit dominant.

Consommation d’eau et cargos, l’envers des « mégabassines »

Le port de La Rochelle-Pallice s’inscrit dans une trajectoire héritée de la « révolution verte » en France. Dès les années 1960, la modernisation agricole est impulsée par l’État, sous l’égide du Commissariat général au plan, et renforcée par des lois visant à intensifier la production agricole et les échanges internationaux.

Mais ce modèle productiviste montre aujourd’hui ses limites. Dans le marais poitevin, les forages agricoles intensifs, engagés depuis les années 2000, ont entraîné une chute critique des nappes phréatiques, provoquant inversions de cours d’eau et intrusions salines.

Pour y répondre, des réserves de substitution, les « mégabassines », largement financées par des fonds publics, sont mises en place à partir de 2007 dans le bassin des Autizes (Vendée). Ces infrastructures stockent l’eau pompée en hiver afin de sécuriser l’irrigation estivale et sont présentées par leurs promoteurs comme un outil d’adaptation au changement climatique.

Leur déploiement s’accélère à partir de 2017 en Poitou-Charentes, notamment dans le bassin de la Sèvre niortaise. Cette stratégie suscite cependant une contestation croissante. Les recours juridiques se multiplient devant le tribunal administratif de Poitiers, opposant associations environnementales, coopératives agricoles et autorités préfectorales.

À partir de 2018, les critiques visant l’agro-industrie se renforcent, tandis que le développement des mégabassines sur le territoire fait face à de nombreuses contestations. En 2023, des militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion ciblent alors directement les flux céréaliers du port. Dans l’arrière-pays, le point culminant de la lutte anti-bassines et de ses répressions a lieu lors de la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres).

L’année suivante, le 20 juillet 2024, la mobilisation de La Rochelle marque un tournant. Pour la première fois, les opposants désignent publiquement les infrastructures du port de La Rochelle-Pallice comme un maillon central du système des mégabassines, alimentant un contre-récit qui remet en cause le modèle historique de développement du port et de son territoire.

Comment le lobbying a fait de La Pallice un moteur de modernisation agro-industrielle

Pour comprendre ce contre-récit, il faut d’abord revenir sur la construction du récit dominant, qui est celui de la modernisation en puissance. Il résulte d’un lobbying pro-industriel. Après 1945, la France mise sur la modernisation agricole et industrielle pour relancer son économie. En Poitou-Charentes et ailleurs, le remembrement, la mécanisation et le développement des coopératives transforment les paysages ruraux.

Dans ce contexte, le comité d’action du grand port de La Pallice est créé en 1948 pour promouvoir l’agrandissement du port de La Rochelle-Pallice et inscrire sa modernisation dans la stratégie nationale. Son objectif dépasse le simple aménagement portuaire : il souhaite faire de La Pallice un moteur de modernisation agricole et industrielle, capable de stocker et d’exporter les céréales françaises.

Pour convaincre l’État, le Comité d’action déploie une intense activité de lobbying, multipliant rapports, rencontres et plaidoyers auprès des décideurs. Très vite, ses recommandations se traduisent sur le terrain et le port se modernise : allongement des quais, automatisation du transport des grains, extension du môle d’escale et construction d’un appontement pétrolier pour soutenir la mécanisation agricole.

Parallèlement, la création de la Société d’intérêt collectif agricole (SICA), regroupant coopératives et négociants, illustre ce lien entre port et agriculture. La SICA finance et gère les silos, doublant rapidement leur capacité et dynamisant le trafic céréalier dès les années 1960.

Ces infrastructures transforment en retour le paysage de l’arrière-pays, réorganisant les champs, les routes et les infrastructures du territoire, inscrivant l’agriculture régionale dans une logique exportatrice. Le port et son arrière-pays s’influencent alors mutuellement : l’infrastructure portuaire adapte sa capacité aux besoins agricoles, voire les devance, tandis que l’agriculture régionale bénéficie de débouchés vers l’export et a facilement accès à de nouvelles ressources, notamment en termes d’engrais minéraux.

Cette figure montre l’augmentation conjointe des importations de phosphates du port de La Rochelle-Pallice, utilisés pour la fertilisation des terres, et des exportations de céréales entre 1950 et 1974.
Louise Bernard, Nina Colin, Marc Gustave reproduction tirée de l’ouvrage « Établissement portuaire de La Rochelle, Chambre de Commerce et d’Industrie », 1975., Fourni par l’auteur

Entre 1949 et 1975, cette stratégie conjointe transforme La Pallice en plateforme logistique spécialisée pour l’export, et son arrière-pays en territoire céréalier prospère.

Le discours de modernisation porté par le Comité d’action a ainsi permis la mise en place de politiques publiques favorisant le développement économique d’un système portuaire et agricole intégré. Celui-ci préfigure le modèle de la France exportatrice de céréales que nous connaissons aujourd’hui. Cet ensemble incarne ainsi un exemple précis de co-évolution entre infrastructures portuaires et territoires agricoles.




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De la modernisation agricole aux premières contestations sur l’eau

Entre 1945 et les années 1960, des tensions existent déjà, mais elles restent localisées et peu structurées. Les risques industriels, les atteintes à la santé ou à la propriété suscitent des inquiétudes, sans pour autant nourrir une critique globale de la dégradation environnementale. Ces constats rejoignent les travaux historiques sur les « Trente Glorieuses », qui rappellent que les luttes sociales et environnementales traversent la société française dès les années 1950-1960.

Les conflits prennent toutefois une autre ampleur à partir des années 1970 avec la montée en puissance de l’irrigation. La spécialisation céréalière de l’arrière-pays, notamment en Poitou-Charentes, rend alors la gestion de l’eau de plus en plus complexe et contestée. Les céréales occupent aujourd’hui plus de la moitié des surfaces agricoles, dominées par le blé et le maïs, culture particulièrement gourmande en eau et en intrants.

Longtemps marginale, l’irrigation se développe fortement après 1970, puis s’accélère dans les années 1980-1990, principalement au profit du maïs. En Charente-Maritime, des associations sont créées pour piloter forages et retenues d’eau, avec un fort soutien public et bancaire, notamment du Crédit agricole.

À la fin des années 1980, la baisse des nappes phréatiques, l’assèchement des rivières et la mortalité piscicole déclenchent une mobilisation citoyenne inédite. Des actions de protestation émergent, par exemple celles du collectif SOS Rivière, qui rassemble 700 personnes à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime) en 1988. Des sabotages d’équipements d’irrigation sont également rapportés.

Malgré l’interpellation du gouvernement en 1988 par le député de Charente-Maritime Roland Beix, la réponse de l’État demeure permissive, révélant les limites de la régulation face à un modèle agricole désormais contesté.




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Du verdissement du discours industriel à l’émergence de contre-récits militants

À partir des années 2000, des démarches de responsabilité sociétale (RSE) sont déployées en France par les milieux politiques et industriels. Ce discours est sous-tendu par l’idée que développement économique et protection de l’environnement sont compatibles. De la même manière, la transition agroécologique s’institutionnalise progressivement.

Le port de La Rochelle-Pallice s’empare du récit de la responsabilité sociale/sociétale et environnementale (RSE), tandis que l’arrière-pays intègre à petits pas les orientations agroécologiques. Toutefois, ces transformations ne visent pas à remettre en cause le récit historique de la modernisation et, par là même, à revoir fondamentalement le modèle économique qui a contribué aux crises environnementales et sanitaires du territoire.

De fait, depuis une quinzaine d’années, des recherches questionnent l’efficacité des approches de RSE, jugées trop instrumentales et centrées sur la réputation des entreprises, au détriment d’autres démarches plus collectives. Ces courants de recherche proposent de réfléchir à la façon dont les entreprises s’intègrent dans l’écosystème territorial, à leurs liens avec les autres acteurs et aux retombées des activités sur le territoire, comme le soulignait dès 2018 un avis de la Plateforme RSE. La focalisation de la RSE sur la performance financière limite l’impact territorial et la durabilité. Certains spécialistes tracent un parallèle avec les sciences économiques, incapables de remettre en cause leurs propres fondements.

Les instances de gouvernance du port de La Rochelle-Pallice ne se posent pas en instigatrices d’un changement de paradigme, mais elles souhaitent anticiper les évolutions sociétales et prendre leurs responsabilités dans leur champ de compétence. Les évolutions récentes du port (intégration à des consortiums territoriaux, anticipation des mutations des filières agricoles et énergétiques…) vont dans le sens de nouveaux récits, qui émergent sous la pression de la société civile organisée.

Mais cela sera-t-il suffisant ? Comment engager une recomposition territoriale efficace quand les acteurs et leurs intérêts sont à ce point interdépendants ?

La reconversion écologique d’une grande infrastructure portuaire ne saurait survenir sans le soutien de tous les acteurs des filières concernées, tout comme des actions isolées ne suffiront pas à infléchir la trajectoire d’un territoire.

D’autres narratifs seraient pertinents dans ce contexte, par exemple l’approche par les communs, davantage tournée vers la coopération territoriale. Celle-ci remet les communs au centre du territoire – dans notre cas, l’eau, la santé publique, la terre, l’autonomie alimentaire. Dans ce cadre, les entreprises sont amenées à réinvestir le territoire en interrogeant leur responsabilité territoriale. Les communs permettent enfin d’interroger la posture des pouvoirs publics, ainsi que les stratégies d’action de la société civile.




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The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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Coupe du monde 2026 : une nouvelle ère pour le football africain

Source: The Conversation – in French – By Wycliffe W. Njororai Simiyu, Professor and Chair of Allied Health Studies, Stephen F. Austin State University

La Coupe du monde de football masculin de 2026 marque un tournant majeur dans le paysage footballistique mondial. La décision d’élargir la phase finale du tournoi de 32 à 48 équipes a considérablement profité à la Confédération africaine de football (CAF).

En 2018 et 2022, l’Afrique était représentée par cinq nations ; cette année, un nombre record de 10 équipes prendront part à la compétition. Il s’agit, par ordre de leur classement mondial de la FIFA : le Maroc (8e), le Sénégal (14e), l’Algérie (28e), l’Égypte (29e), la Côte d’Ivoire (34e), la Tunisie (44e), la République démocratique du Congo (46e), l’Afrique du Sud (60e), le Cap-Vert (69e) et le Ghana (74e).

En tant que spécialiste des sciences du sport, j’ai consacré des décennies à étudier le football africain, notamment les performances du continent lors de la Coupe du monde. Je considère cette expansion à la fois comme un avancée durable et une récompense méritée. Elle reflète le plaidoyer soutenu du continent, son activisme dans les instances dirigeantes et ses solides performances sur le terrain. Il ne s’agit pas seulement d’avoir plus d’équipes. C’est un changement structurel majeur.

Le discours autour du football africain a évolué depuis les prédictions formulées par la star brésilienne Pelé au XXe siècle.

Après avoir parcouru le continent en 1977 et constaté l’incroyable talent des joueurs ainsi que le vivier bien établi vers le football européen, il avait prédit qu’une nation africaine remporterait la Coupe du monde avant l’an 2000. Il a par la suite repoussé son échéance à 2010. En 2026, c’est une possibilité concrète grâce à la maturité tactique du football africain.

Je m’intéresse ici à cinq tendances et défis auxquels sont confrontées les 10 équipes africaines alors qu’elles se rendent aux États-Unis, au Canada et au Mexique pour participer à la compétition, et à la manière dont cet événement pourrait se dérouler pour elles.

1. L’importance des 10 équipes

Jusqu’à présent, le processus de qualification de l’Afrique pour le tournoi était sans doute le plus impitoyable du football mondial. Des équipes solides se voyaient souvent privées de cette vitrine mondiale en raison d’un système qui ne laissait aucune marge d’erreur. Le passage à neuf places garanties – plus une dixième obtenue par le Cap-Vert grâce aux barrages intercontinentaux – reflète enfin le véritable niveau de compétitivité du continent.




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Cette expansion résout un « goulot d’étranglement géopolitique » de longue date. En doublant sa présence, la CAF permet à la Coupe du monde de mieux refléter toute la richesse du football africain.

Les supporters assisteront au retour de géants historiques comme l’Afrique du Sud et la RDC, aux côtés de prétendants de longue date comme l’Égypte et l’Algérie, et de favoris contemporains comme le Maroc et le Sénégal, créant ainsi une mosaïque tactique diversifiée.

2. L’« effet Maroc »

La Coupe du monde 2022 au Qatar a marqué un tournant. Le parcours du Maroc jusqu’en demi-finale a brisé le « plafond des quarts de finale » qui freinait les ambitions africaines depuis la campagne du Cameroun en 1990. Cette réussite a fondamentalement modifié les attentes en matière de performance des 10 équipes qui se rendront en Amérique du Nord.




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Les équipes africaines ne viennent plus à la Coupe du monde avec pour objectif principal d’éviter l’humiliation. Il règne un sentiment palpable de légitimité quant à leur présence dans les dernières phases du tournoi.

Le Maroc aborde le tournoi non pas comme un « petit poucet », mais comme l’une des têtes de série. Ce passage du statut de « participant » à celui de « prétendant » est l’évolution la plus importante du football africain au cours des quatre dernières années.

3. La vieille garde rencontre la nouvelle

La liste des participants pour 2026 est un mélange fascinant d’héritage et de nouveauté. Le retour de l’Afrique du Sud (Bafana Bafana) – après une absence de 16 ans – et de la RDC (les Léopards) – qui font leur première apparition depuis 1974 – confère un immense poids historique à cette cuvée. Ce sont des nations dotées d’une culture footballistique profondément ancrée qui ont passé des années dans le désert de la compétition.

À l’inverse, la toute première qualification du Cap-Vert (les Blue Sharks) incarne la « nouvelle garde ». Une nation comptant un peu plus de 500 000 habitants a surpassé les grandes puissances du continent. Son succès témoigne de l’efficacité du recrutement au sein de la diaspora lusophone et d’une identité tactique sophistiquée. Leur présence nous rappelle que, dans le football moderne, la stabilité organisationnelle et la clarté technique peuvent compenser le manque de moyens.

4. L’essor des tacticiens locaux

Une révolution silencieuse s’est également produite sur le banc de touche. Au cours des décennies précédentes, les fédérations africaines étaient critiquées pour leur approche consistant à « recruter un entraîneur européen à la dernière minute » – en recrutant des managers européens peu avant les grands tournois. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée.

Le succès de Walid Regragui (Maroc) et d’Emerse Faé (Côte d’Ivoire) a validé le modèle local. Huit des dix équipes africaines sont dirigées par des entraîneurs locaux ou des membres de la diaspora qui partagent un lien culturel et émotionnel avec leurs équipes.

Cette « décolonisation » technique a conduit à une meilleure gestion des joueurs et à une expression tactique plus authentique. Ces entraîneurs comprennent la dynamique transnationale des joueurs qui évoluent dans les ligues européennes d’élite mais qui reviennent avec des attentes différentes lorsqu’ils revêtent les couleurs de leur nation.

5. Naviguer dans l’immensité nord-américaine

Bien sûr, les défis sont nombreux. L’un des obstacles majeurs est d’ordre logistique. La Coupe du monde 2026 s’étend sur quatre fuseaux horaires et des climats très différents. Les distances considérables entre Vancouver, Mexico et Miami constitueront un test d’endurance. Les équipes africaines, dont l’administration et l’organisation ont toujours suscité des critiques pour leurs difficultés organisationnelles, devront se montrer à la hauteur.




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Il existe toutefois un avantage caché : la diaspora. L’Amérique du Nord abrite d’importantes communautés d’immigrants africains.

Dans des villes comme New York, Toronto, Houston et Atlanta, les équipes peuvent compter sur un soutien local important. Malgré les obstacles potentiels liés aux visas et aux déplacements pour les supporters venant directement du continent, la diaspora locale a le potentiel de transformer les stades en véritables centres animés de la culture du football africain.

Ce qu’il faut attendre des équipes

Le succès de la délégation africaine se mesurera dès le premier tour. Le tirage au sort offre à la fois des chocs à fort enjeu et de réelles opportunités.

L’Afrique du Sud devra faire face à un test difficile sur le plan psychologique dans le Groupe A, avec un match d’ouverture contre le co-organisateur, le Mexique, à Mexico – une rencontre qui exigera une immense force mentale. De même, le Sénégal et l’Algérie devront se mesurer très tôt à des poids lourds, respectivement la France et l’Argentine, des matchs qui serviront de premiers tests.

Mais le format à 48 équipes ouvre davantage de chemins vers les phases à élimination directe. L’Égypte, tirée au sort avec la Belgique, et le Maroc, qui affrontera le Brésil, disposent de la profondeur technique nécessaire pour se frayer un chemin dans leur groupe, même s’ils concèdent des points face aux favoris. Pour des débutants comme le Cap-Vert, un groupe comprenant l’Espagne et l’Uruguay représente une montagne à gravir, mais la possibilité de se qualifier parmi les meilleures troisièmes équipes permet de garder le rêve vivant.

Si ces 10 équipes parviennent à maintenir la discipline tactique dont elles ont fait preuve lors des qualifications, le tournoi de 2026 fera de l’Afrique un acteur majeur, prêt à bousculer l’ordre établi.

The Conversation

Wycliffe W. Njororai Simiyu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Coupe du monde 2026 : une nouvelle ère pour le football africain – https://theconversation.com/coupe-du-monde-2026-une-nouvelle-ere-pour-le-football-africain-284093

Corrupción, responsabilidad política y democracia: lo que cuestan los escándalos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Fernando Jiménez Sánchez, Catedrático de Ciencia política, Universidad de Murcia

Roman Samborskyi/Shutterstock

En las últimas semanas, dos autos judiciales de la Audiencia Nacional han sacudido la actualidad política española. El juez José Luis Calama ordenó registrar el despacho del expresidente José Luis Rodríguez Zapatero y varios locales vinculados a empresas de su entorno, en el marco de una investigación por indicios de tráfico de influencias y otros presuntos delitos.

Una semana más tarde, el juez Santiago Pedraz ordenó el registro de la sede nacional del PSOE en el contexto de una investigación sobre la posible financiación por el partido de una operación de acoso y destrucción de pruebas para desvirtuar investigaciones en marcha contra líderes de este partido.

Ninguno de estos hechos implica en estos momentos una culpabilidad establecida. Son indicios, no certezas. Pero su impacto sobre la opinión pública es inmediato, y sus consecuencias para la salud democrática merecen un análisis sereno, más aún cuando estas investigaciones se suman a otros casos en marcha como los que afectan a dos exsecretarios de organización del mismo partido, José Luis Ábalos y Santos Cerdán.

¿Confiamos en los políticos?

Esta acumulación de escándalos –reales, presuntos, confirmados o archivados– tiene consecuencias institucionales que los datos miden con precisión. Según el Standard Eurobarometer 104 de otoño de 2025, el último disponible, solo el 17 % de los españoles confía en los partidos políticos, frente al 81 % que declara no confiar en ellos. La confianza en el gobierno nacional se sitúa en torno al 28-30 %.

Estas cifras no son solo un termómetro del estado de ánimo: tienen efectos concretos. Cuando los ciudadanos perciben que las reglas del juego no se aplican a todos por igual, el incentivo para cumplirlas se debilita. Cuando los votantes creen que todos los partidos son igualmente corruptos, el voto pierde eficacia como mecanismo de rendición de cuentas. Y cuando las empresas perciben que el acceso a contratos públicos depende más de las conexiones que de la calidad de la oferta, la competencia real se deteriora: el Eurobarómetro flash sobre empresas de 2025 recoge que el 75 % de las empresas españolas detectó conflictos de interés en licitaciones públicas.

En democracias como la alemana, las escandinavas o la neerlandesa, los políticos afectados por un escándalo, incluso cuando son meros investigados, sin condena alguna, o los superiores de quienes lo están siendo, suelen dimitir de sus cargos públicos. No porque asuman ninguna culpabilidad penal, sino por una razón que los propios afectados suelen explicar con claridad: no quieren que las sospechas sobre su conducta personal contaminen la autoridad de la institución que representan ni erosionen la confianza ciudadana en ella.

La dimisión, en este contexto, no es una derrota sino un acto de servicio público. Es la expresión de que el cargo se ejerce en nombre de los ciudadanos y que, cuando ese ejercicio se ve comprometido por las circunstancias, lo correcto es apartarse para que la institución no sufra.

Esta cultura de la responsabilidad política no es un lujo moral: tiene efectos medibles sobre la confianza institucional. Los países donde funciona con regularidad son precisamente los que presentan niveles más altos de confianza en los partidos, en los gobiernos y en los parlamentos.

La relación causal no es sorprendente: cuando los ciudadanos ven que los políticos anteponen el interés institucional al propio, la confianza se mantiene incluso en momentos de escándalo. Y si lo que ven es resistencia, negación y supervivencia a cualquier precio, la desconfianza se generaliza y se vuelve difícil de revertir.

España ha tenido casos excepcionales de responsabilidad política voluntaria, pero no ha desarrollado una cultura sistemática en este sentido. El patrón dominante ante los escándalos ha sido la resistencia: aferrarse al cargo mientras el proceso judicial no lo impida formalmente, exigir sentencia firme como única condición de salida y tratar cualquier llamada a la dimisión como un ataque político.

El resultado está en los datos: niveles de confianza institucional entre los más bajos de la Unión Europea y una percepción de impunidad que se retroalimenta.

El caso de Estonia

La evidencia comparada ofrece, sin embargo, una perspectiva menos fatalista. Países que han superado situaciones similares –Estonia es el ejemplo más reciente en el contexto europeo– lo han hecho combinando dos tipos de cambio: por un lado, reformas institucionales concretas en materia de profesionalización de la administración pública, transparencia, financiación de partidos y contratación pública; y por el otro, el desarrollo progresivo de una cultura política donde la responsabilidad ante los ciudadanos no se reduce a sobrevivir entre elecciones.

Los dos elementos son necesarios: las reformas sin cultura de rendición de cuentas se vacían de contenido; la cultura sin reformas institucionales carece de los instrumentos para materializarse.

Los datos de encuestas muestran que los españoles no han aceptado la corrupción como un mal inevitable. De hecho, la rechazan con más intensidad que la media europea. Ese rechazo, sostenido y mayoritario, es el principal activo con el que cuenta la democracia española para salir de este círculo.

Lo que falta no es sensibilidad cívica. Lo que falta es que ese rechazo se traduzca en dos cosas a la vez: reformas institucionales que cambien los incentivos estructurales y una nueva cultura política en la que dimitir cuando las circunstancias lo aconsejan sea visto como un signo de fortaleza democrática, no de debilidad personal.

The Conversation

Fernando Jiménez Sánchez ha disfrutado de proyectos de investigación financiados por entidades públicas (Unión Europea, Agencia Estatal de Investigación) mediante proyectos de investigación obtenidos en concurrencias competitivas. Es miembro del capítulo español de Transparency International y pertenece a su consejo asesor y al de la Fundación Hay Derecho. Ambas organizaciones son asociaciones cívicas sin ánimo de lucro.

ref. Corrupción, responsabilidad política y democracia: lo que cuestan los escándalos – https://theconversation.com/corrupcion-responsabilidad-politica-y-democracia-lo-que-cuestan-los-escandalos-284249

León XIV convierte su visita a España en un gesto diplomático de alto voltaje: ¿por qué es tan importante su intervención en el Congreso?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mariola Urrea Corres, Profesora Titular de Derecho Internacional y de la Unión Europea, Universidad de La Rioja

El viaje de León XIV a España tendrá lugar del 6 al 12 de junio. De carácter apostólico, la visita contempla la presencia del sumo pontífice en Madrid, Barcelona y Canarias. León XIV quiere hacer efectiva así la voluntad del papa Francisco cuando planteó su deseo de visitar Canarias en plena crisis migratoria de 2024.

Han pasado ya quince años desde el último viaje de un papa a España. Aquella visita de Benedicto XVI a Madrid para participar en la Jornada Mundial de la Juventud no fue de Estado, a diferencia de la de León XIV, como refleja la agenda que ya se ha hecho pública. Ahí se detalla la pluralidad de actos religiosos y encuentros que mantendrá el sumo pontífice. También se describe la recepción que le brindarán los reyes en su calidad de anfitriones o el encuentro que mantendrá con el presidente del Gobierno en la Nunciatura.

La novedad tendrá lugar el 8 de junio, cuando León XIV intervendrá en una sesión conjunta del Congreso de los diputados y el Senado en la sede de la primera cámara.

Otros mandatarios en las Cortes Generales

La presencia de un mandatario en las Cortes Generales y la oportunidad de dirigirse a sus señorías es un honor reservado a quienes visitan España bajo la fórmula diplomática de viaje de Estado. El conjunto de presidentes o jefes de Estado que han disfrutado de esta distinción está documentado con detalle en el archivo del Congreso.

La primera intervención de esta naturaleza fue protagonizada el 14 de octubre de 1977 por el presidente de México, José López Portillo. El listado de mandatarios que han visitado, firmado en el libro de honor y pronunciando discursos en el Congreso, en el Senado o en una sesión conjunta de ambas cámaras es muy larga. Basta mencionar a título de ejemplo la intervención de la reina de Inglaterra, Isabel II, en 1988, la de los reyes de Suecia (1983) o la de los de Nepal (1983).

También Jacques Chirac (1999), primer presidente de la V República de Francia; el rey de Marruecos, Mohamed VI (2000); Jatami-Ardakani, presidente de Irán (2002); Nicolás Sarkozy, presidente de Francia (2009); Lula da Silva, presidente de Brasil (2003); Mahmud Abas, primera persona en ocupar el cargo de primer ministro de la Autoridad Nacional Palestina (2017); Marcelo Rebelo de Sousa, presidente de Portugal (2018); Volodímir Zelenski, presidente de Ucrania (2022), o el Sultán de Omán (2025) pudieron dirigirse a sus señorías en persona (salvo Zelenski, que lo tuvo que hacer por videoconferencia).

Ninguno de los papas que ha visitado antes España ha intervenido, sin embargo, ante las Cortes Generales. Pontífices como Francisco sí tuvieron la oportunidad de hacerlo en el Congreso de los Estados Unidos, en 2024. El papa Benedicto XVI pudo dirigirse al parlamento británico en 2010 y Juan Pablo II lo hizo ante el parlamento polaco en 1999. Pablo VI, Juan Pablo II, Benedicto XVI y el papa Francisco también dictaron sendos discursos ante la Asamblea General de Naciones Unidas y Francisco fue invitado a intervenir en el Parlamento Europeo (2014).

España, como es sabido, es un Estado aconfesional en los términos que detalla el artículo 16 de la Constitución (“Ninguna confesión tendrá carácter estatal”). Dicha aconfesionalidad ha sido calificada por el Tribunal Constitucional como una suerte de laicidad positiva que impone a los poderes públicos la obligación de mantener relaciones de cooperación con la Iglesia católica y con otras confesiones religiosas, aunque la sociedad española sea ya una sociedad fuertemente secularizada.

Nada de todo lo expuesto cuestiona ni la pertinencia ni la relevancia de la intervención del papa ante las Cortes Generales. Él es el sumo pontífice de la Iglesia católica, pero también tiene la condición de jefe de Estado como dejamos expuesto en “Franciscus: pontífice, jefe de Estado y diplomático” (https://theconversation.com/franciscus-pontifice-jefe-de-estado-y-diplomatico-254965)

Esta última consideración resulta trascendente ante un escenario internacional de extrema complejidad en el que León XIV se ha posicionado de manera clara a favor de un orden basado en reglas, algo que le ha costado el reproche directo del presidente de los Estados Unidos, Donald Trump.

La intervención de León XIV en una sesión conjunta del Congreso y Senado no puede analizarse solo como un honor protocolario. Que un pontífice solicite dirigirse a los representantes de la soberanía popular eleva el propósito de la visita apostólica y dota al mensaje que quiera compartir de una mayor significación institucional y política.

Una intervención histórica

Más allá de lo que el discurso de León XIV pueda reiterar sobre la doctrina de la Iglesia en relación con la paz y el rechazo al uso de la fuerza, resulta particularmente interesante apuntar también aquellos otros temas que podrían estar presentes en una intervención histórica llamada a incidir en el debate nacional. De todas las cuestiones a abordar al menos dos podrían estar llamadas a tener un espacio en su discurso.

El primer tema es el de la migración y su abordaje no resulta una cuestión menor por cómo se vaya a interpretar lo que el papa pudiera llegar a expresar por quienes hacen del migrante su particular chivo expiatorio. El segundo, más espinoso, está vinculado con los abusos sexuales a menores cometidos por sacerdotes. El reciente acuerdo logrado entre el Gobierno y la Conferencia Episcopal para reparar el daño provocado a las víctimas no impide un acto de reconocimiento del dolor causado que bien podría expresarse ante los representantes de la soberanía popular, junto al compromiso del Sumo Pontífice en primera persona de contribuir a generar una cultura dentro de la Iglesia capaz de evitar que estas situaciones se repitan y encuentren espacios para ser encubiertas.

La intervención ante las Cortes Generales del papa León XIV constituye, sin duda, un hecho de relevancia histórica que adquiere un mayor significado debido a la magnitud de los desafíos que representa para todos el nuevo (des)orden mundial.

The Conversation

Mariola Urrea Corres no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. León XIV convierte su visita a España en un gesto diplomático de alto voltaje: ¿por qué es tan importante su intervención en el Congreso? – https://theconversation.com/leon-xiv-convierte-su-visita-a-espana-en-un-gesto-diplomatico-de-alto-voltaje-por-que-es-tan-importante-su-intervencion-en-el-congreso-282442

Cuando la tecnología convierte el cuerpo del deportista en datos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Anton Vierietin/Shutterstock

Durante años, millones de espectadores han visto a futbolistas profesionales quitarse la camiseta para celebrar un gol. Ahora, si lo hacen, reciben como sanción una tarjeta amarilla. Por eso, es difícil ver lo que hay debajo… salvo ocasiones especiales, como la que ocurrió el pasado 26 de abril en un partido entre el Racing de Santander y el Ceuta, donde un jugador rompió la camiseta a otro y la cámara siguió a este último para hacernos partícipes del cambio de prenda. Es entonces cuando los espectadores del encuentro se preguntan, entre la curiosidad y el meme: ¿por qué lleva debajo una especie de “sujetador deportivo”?

La respuesta corta es que no es un sujetador. La larga (y mucho más interesante, hasta el punto de dedicarle este artículo) es que se trata de un arnés o chaleco de compresión. A simple vista parece una prenda íntima deportiva. Sin embargo, es una de las mejores metáforas del deporte contemporáneo: el cuerpo de un atleta ya no se entrena solo; hoy también se mide, se traduce y se convierte en datos.

Arnés de compresión, analítica móvil

En la práctica, ese arnés que usan los futbolistas no es un mero detalle estético, sino una oficina portátil de analítica deportiva. Aloja, en la parte alta de la espalda, un pequeño dispositivo GPS y otros sensores. Su función es registrar la distancia recorrida, la velocidad máxima, el número de esprints, aceleraciones, desaceleraciones y carga de trabajo, entre otras variables. También, en algunos casos, se combina con bandas de frecuencia cardiaca u otros sistemas biométricos.

¿Y es legal? El fútbol ha integrado de forma reglada la monitorización corporal. La International Football Association Board (IFAB) permite los sistemas electrónicos de seguimiento (EPTS) en competición oficial, siempre que sean seguros, estén homologados y cuenten con la aprobación del organizador. También la UEFA los admite en el campo con autorización arbitral.

Estamos normalizando el cuerpo monitorizado. Pero en este caso, se da una paradoja: mientras en el fútbol los sensores forman parte del paisaje cotidiano, en otros deportes la tecnología sigue siendo un territorio ambiguo, sospechoso o directamente prohibido.

El ejemplo más reciente lo protagonizó Carlos Alcaraz en el Open de Australia 2026, cuando la jueza de silla le obligó a quitarse una pulsera Whoop que llevaba bajo la muñequera antes de su partido contra Tommy Paul. Alcaraz explicó después, con naturalidad, que se trataba de una herramienta para controlar descanso, carga y recuperación, pero que “son reglas del torneo” y que no pasaba nada: “se quita y a funcionar”.

El cuerpo como laboratorio

En el deporte de élite, la frontera entre competir y monitorizarse hace tiempo que se desdibujó. Así, los clubes de fútbol, especialmente en las grandes ligas europeas, llevan años usando sistemas GPS de seguimiento para saber cuánto corre un jugador, cómo corre, cuándo acelera, cuándo cae su rendimiento y cuánto tarda en recuperarse.

En este ámbito, la promesa de estos dispositivos es tan sencilla como poderosa: si el cuerpo deja huellas medibles, esos datos pueden ayudar a prevenir lesiones, dosificar esfuerzos y optimizar rendimiento. Y, en una industria en la que un desgarro muscular puede costar semanas, millones y una temporada, cualquier información es una ventaja. Sobre todo, en el fútbol.

Este deporte es, por naturaleza, un deporte de cargas repetidas y de gestión colectiva. El preparador físico necesita saber si el extremo ha hecho demasiados esprints, si el mediocentro ha acumulado demasiadas desaceleraciones o si el lateral está entrando en una zona de riesgo muscular. El dato no reemplaza al ojo experto. Pero lo complementa. O, mejor dicho, lo disciplina.

Lo que antes era intuición (apreciaciones como “hoy está cargado” u “hoy llega justo”) ahora pueden expresarse en dashboards, semáforos de fatiga y curvas de recuperación.

La tecnología aceptada y sospechosa a la vez

Pero ¿por qué nadie se escandaliza cuando un futbolista lleva un sensor en el pecho, pero sí se genera polémica cuando un tenista luce una pulsera en la muñeca? La respuesta, desde luego, no es tecnológica. Es cultural y reglamentaria.

El fútbol ha integrado estos sistemas principalmente en los entrenamientos y, cuando se usan en competición, se hace dentro de un ecosistema donde el control externo ya es parte del juego: presupuestos elevados, banquillos amplios, cuerpo técnico numeroso, análisis en tiempo real, sustituciones tácticas y una larga tradición de lectura colectiva del rendimiento.

El tenis, en cambio, conserva una narrativa mucho más individualista. El jugador aparece como una figura casi autosuficiente, encerrada en la pista, limitada en la comunicación con su equipo y sometida a normas estrictas contra el coaching encubierto. En ese contexto, cualquier dispositivo corporal plantea una sospecha inmediata: ¿solo mide? ¿Transmite? ¿Puede convertirse en una vía de información externa? ¿Y recibir información?

Eso es precisamente lo que ocurrió con la pulsera de Alcaraz. La Whoop no tiene pantalla y su función principal es registrar variables fisiológicas como frecuencia cardiaca, esfuerzo, recuperación o sueño, sin mostrar datos tácticos en directo al jugador. Aun así, la jueza de silla ordenó retirarla. La polémica fue mayor porque Alcaraz ya la había usado en rondas previas, y el propio CEO de la compañía calificó la medida de “ridícula”, defendiendo que el dispositivo no ofrecía ayuda competitiva inmediata. ¿Qué significa esto? El problema no era lo que el dispositivo hacía, sino lo que podría llegar a representar.

No son esteroides, pero tampoco son neutrales

El fundador de Whoop resumió la polémica con una frase que ha llenado titulares en los periódicos de medio mundo: “los datos no son esteroides”. La frase funciona bien como titular o como estrategia comercial. Pero, también, simplifica demasiado.

Es verdad: un sensor no dopará a nadie. Ni aumenta la masa muscular, ni acelera la recuperación química, ni altera directamente el rendimiento fisiológico, pero eso no significa que sea neutral.

Los datos son poder; es el oro del siglo XXI. Y, en el deporte de élite, el poder casi siempre se traduce en “ventaja”.

Un equipo que conoce mejor la carga interna de un jugador puede ajustar mejor sus descansos. Un tenista que monitoriza con precisión cómo responde su cuerpo al calor, al estrés o a la acumulación de partidos puede planificar mejor su recuperación. Un cuerpo técnico que detecta señales tempranas de fatiga tiene más margen para intervenir antes de la lesión.

Por eso, desde el punto de vista de la regulación, la pregunta es qué tipo de ayuda constituyen y cuándo dejan de ser aceptables estos dispositivos. ¿Es legítimo recoger datos que se analizarán después del partido? Probablemente sí. ¿Es legítimo recibir información en tiempo real desde el banquillo o desde la grada? Ahí el debate cambia. ¿Y si el dispositivo no muestra nada al jugador, pero transmite a su equipo? ¿Y si esa información modifica decisiones tácticas durante el encuentro?

Del músculo al algoritmo

Lo más interesante del arnés de los futbolistas y de la pulsera de Alcaraz no es el gadget en sí. Es lo que ambos cuentan sobre una transformación más profunda. El deportista contemporáneo no solo entrena: se cuantifica. Su sueño se puntúa; su recuperación se indexa; su estrés se convierte en un número; su capacidad de sprint se traduce en una curva… En definitiva, su cuerpo es un sistema de datos interoperables.

Esto tiene ventajas evidentes: mejor prevención, mejor individualización y menos intuición ciega. Pero, también, introduce una nueva forma de dependencia. Cuando el cuerpo se convierte en panel de control, el riesgo es olvidar que no todo lo importante se deja medir. Hay días en que un jugador está “bien” según el dispositivo y mal según sus sensaciones. Y otros en los que compite por encima de lo que la métrica aconsejaría.

La prenda más política del deporte

Sin embargo, el episodio de Alcaraz recuerda que esa lógica no está distribuida de forma homogénea. Mientras que hay deportes que han naturalizado la monitorización, algunos todavía la miran con recelo y otros la abrazan en el entrenamiento y la prohíben en competición. Pero todos, tarde o temprano, tendrán que decidir dónde trazan la línea entre el cuidado legítimo del cuerpo y la ventaja tecnológica.

El futuro del deporte quizá no se juegue solo en el gimnasio o en la pista. También se juega, literalmente, por debajo de la camiseta.

The Conversation

Paula Lamo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cuando la tecnología convierte el cuerpo del deportista en datos – https://theconversation.com/cuando-la-tecnologia-convierte-el-cuerpo-del-deportista-en-datos-281542

La huella que deja el litio de las baterías en los océanos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pamela Ruiz Rodriguez, Profesora de Biología Celular, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

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El litio se ha convertido en uno de los grandes protagonistas de la transición energética debido a sus propiedades físico-químicas: es ligero, poco denso en estado sólido, presenta un elevado potencial electroquímico y una excelente conductividad eléctrica y térmica. Y eso lo convierte en materia prima clave de las baterías de coches eléctricos, teléfonos móviles y sistemas de almacenamiento de energías renovables.

Su imagen está asociada a un futuro limpio y descarbonizado. Sin embargo, como ocurre con muchos avances tecnológicos, su uso masivo plantea una pregunta incómoda: ¿qué ocurre con el litio cuando acaba en el medio ambiente, especialmente en el mar?

Estudios recientes realizados con organismos marinos muestran que este metal, considerado durante mucho tiempo poco problemático, puede dejar una huella biológica relevante en los ecosistemas marinos, incluso a concentraciones similares a las que ya se detectan en la naturaleza.

Un contaminante emergente y poco vigilado

A diferencia de otros metales ampliamente estudiados, como el mercurio o el plomo, el litio no suele figurar en los listados clásicos de contaminantes ambientales. Su impacto ecológico ha recibido mucha menos atención. Sin embargo, su producción se ha disparado en las últimas décadas y su tasa de reciclaje sigue siendo baja




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Gran parte del litio acaba en vertederos o se libera a través de aguas residuales, que los sistemas de depuración no eliminan eficazmente. Esto facilita que alcance ríos, estuarios y océanos. En condiciones naturales, las concentraciones de litio en el agua de mar son bajas. Pero en zonas con fuerte presión humana o cerca de explotaciones mineras se han registrado valores notablemente más altos.

La cuestión es si estas concentraciones, sin ser letales, pueden afectar a la salud de los organismos marinos a largo plazo. Para disipar dudas, distintos estudios han utilizado especies clave de la cadena trófica marina, como copépodos, erizos de mar, quisquillas, mejillones o poliquetos. Su diversidad en estrategias alimentarias y fases del ciclo vital permite evaluar mejor los efectos del contaminante en diferentes niveles del ecosistema.




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Más allá de la mortalidad: efectos invisibles

El litio no siempre provoca efectos inmediatos o visibles. En muchos casos, las concentraciones actuales no causan mortalidad masiva en los organismos marinos, pero sí generan efectos subletales que pueden comprometer su salud a largo plazo.

En concreto, producen alteraciones en enzimas relacionadas con el estrés oxidativo, en procesos de detoxificación y en mecanismos asociados al sistema nervioso. Tal y como ya se ha visto en investigaciones anteriores y también en las nuestras, en embriones de erizo de mar, la exposición al litio puede ralentizar el desarrollo o inducir malformaciones, incluso cuando no se produce la muerte de los organismos.




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El tiempo importa tanto como la dosis

El efecto del litio no depende únicamente de la concentración, sino también del tiempo de exposición. A medida que pasan las semanas, las respuestas biológicas se vuelven más intensas y afectan a niveles cada vez más complejos, tanto bioquímicos como enzimáticos, pasando por alteraciones celulares, hasta daños visibles en tejidos.

Cuando todos estos indicadores se analizan de forma conjunta, el resultado es claro: el estrés biológico aumenta de manera progresiva y sostenida. Es decir, exposiciones prolongadas a litio, incluso en niveles moderados, pueden generar efectos acumulativos.

Este tipo de impactos, menos evidentes pero persistentes, plantea un riesgo ecológico importante, ya que puede afectar a la reproducción, el crecimiento y la supervivencia de las especies. A largo plazo, los cambios pueden alterar el equilibrio de los ecosistemas y el funcionamiento de las cadenas tróficas.

Además, estos resultados cuestionan la idea de que todos los materiales asociados a la transición energética sean ambientalmente inocuos. El litio es indispensable para reducir las emisiones de carbono, pero su ciclo de vida completo —incluyendo su destino final— debe evaluarse con rigor.

Una transición energética verdaderamente sostenible

Los estudios no apuntan a un riesgo inmediato de colapso de los ecosistemas marinos, pero sí lanzan una advertencia clara: el litio es un contaminante emergente que merece atención, seguimiento y regulación. Entender sus efectos a largo plazo, especialmente en combinación con otros factores como el calentamiento global o la exposición simultánea a múltiples contaminantes, será clave para avanzar hacia una transición energética completa.

Porque la transición no consiste solo en cambiar las fuentes de energía, sino en garantizar que las soluciones adoptadas no generen nuevos problemas ambientales.

El litio seguirá siendo esencial para el futuro energético. Pero su historia en los océanos aún se está escribiendo. Comprenderla a tiempo será fundamental para que la transición sea realmente sostenible.

The Conversation

Pamela Ruiz Rodríguez recibe fondos de Gobierno Vasco.

Laura Noguera Sánchez recibe fondos de Universidad del País Vasco.

Urtzi Izagirre Aramayona no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La huella que deja el litio de las baterías en los océanos – https://theconversation.com/la-huella-que-deja-el-litio-de-las-baterias-en-los-oceanos-280331

‘Ps ns bro’: ¿el lenguaje digital adolescente afecta a cómo escriben y comprenden en la escuela?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mónica Belda Torrijos, Lingüística aplicada, Universidad CEU Cardenal Herrera

Luna A. Safitri/Shutterstock

Imaginemos una interacción entre dos personas, A y B, que sucede por escrito:

A: Que entra en el examen?
B: El que estamos dando de lengua y los dos últimos de historia
A: Na es imposible estudiar todo eso para mañnaa

Vista en esta pantalla, en el contexto de un artículo divulgativo, claramente choca. Probablemente tendremos que leerlo dos veces para entenderlo bien. En la pantalla del móvil de cualquier adolescente, no sorprende nada.

La mayoría de jóvenes y adolescentes se comunican cotidianamente, en cientos de mensajes digitales que envían y reciben a través de aplicaciones de mensajerías, con abreviaturas, sin tildes, sin signos de puntuación y con muchísimos emoticonos y anglicismos.

Pero ¿hasta qué punto este lenguaje afecta su capacidad de expresarse por escrito de manera más formal y sin faltas de ortografía cuando el medio es otro (un examen, un trabajo de clase)?

Del entorno digital al formal

Captura de pantalla anonimizada de un chat de participantes en el trabajo de 2º ESO.
Mónica Belda Torrijos.

La rapidez con la que se interactúa en redes favorece mensajes breves y simplificados, donde la corrección ortográfica suele quedar en un segundo plano. Los adolescentes utilizan emoticonos, imágenes, audios, vídeos cortos, stickers… para transmitir emociones, estados de ánimo o comunicarse. Las redes sociales han ampliado las posibilidades de interacción y han creado nuevos espacios de comunicación donde antes solo dependían de la escritura tradicional.

El problema surge cuando esos hábitos lingüísticos dejan de limitarse al entorno digital y se trasladan al ámbito académico. Para comprender de qué manera el lenguaje digital repercute en la escritura formal y en la comprensión lectora de los estudiantes, hemos realizado un estudio basado en la observación de interacciones digitales y en la revisión de estudios académicos previos.

De acuerdo con nuestro estudio, se produce un contagio, y los docentes se encuentran con errores frecuentes que se corresponden con la manera de escribir en redes: omisión de tildes, falta o uso incorrecto de signos de puntuación, abreviaturas, contracciones, acortamiento de palabras, textismos (“q haces?”, “k tal?”, “xfa”, “dnd”, “salu2”, “tqm” por “te quiero mucho”), uso de grafías no normativas, repetición (“holaaaa”, “graciaaaas”, “bueeeeno”, “jajajajaja”) u omisión de letras (“pa”, “toa”, “na”, estoy “cansao”), omisión de mayúsculas, anglicismos, extranjerismos, dialectalismos, creación de palabras nuevas, fragmentación de oraciones, problemas de sintaxis, dificultades de cohesión y coherencia textual, menor precisión léxica y empobrecimiento del vocabulario.




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Influencia en la comprensión lectora

Por si fuera poco, no es un fenómeno que afecte solamente a la escritura: en nuestro estudio comprobamos que determinados rasgos del lenguaje digital están asociados a dificultades concretas en la comprensión lectora, cuyo empeoramiento ha quedado reflejado en informes recientes como el de PISA 2022.

La bajada en comprensión lectora observada en este informe afectó a la mayoría de los países, aunque no a todos. El uso intensivo de entornos digitales y redes sociales aparece como uno de los factores que podrían influir, pero los datos de PISA no permiten atribuir la caída exclusivamente a ese fenómeno; también intervienen múltiples causas que interactúan entre sí, entre ellas los cambios en los hábitos de lectura, el aumento del tiempo dedicado a pantallas y diversos factores sociales y culturales.

Por ello, la influencia del lenguaje digital debe entenderse como uno de los factores que podrían contribuir a este fenómeno, dentro de un contexto más amplio.




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La lengua de Whatsapp

A partir de la observación de las interacciones digitales de 90 estudiantes de Educación Secundaria Obligatoria, identificamos varios patrones lingüísticos recurrentes.

  • La omisión de tildes apareció en el 50 % de los mensajes analizados.

  • El uso de abreviaturas estuvo presente en el 45 % de los casos.

  • La fragmentación de oraciones apareció en un 30 %. Se produce cuando no se construyen oraciones cohesionadas, se expresan ideas mediante enunciados separados breves e incompletos: “No hice los deberes. Mucho trabajo, Examen mañana. Nervios”.

  • El uso de emoticonos y stickers alcanzó un 60 %.

  • Detectamos anglicismos en el 25 % de las interacciones, con inserciones léxicas no adaptadas al español.

  • Pudimos observar 976 errores ortográficos, equivalentes al 70,4 % del total; 156 errores gramaticales, un 11,24 %; y 39 errores léxicos, un 6,9 %. A partir de estos datos comprobamos que existe una “transferencia negativa” del lenguaje digital al contexto académico.

Comprobamos también que los errores se transferían al texto académico, contrastando estos errores con los cometidos en exámenes o trabajos escolares. Esta transferencia de la pantalla al contexto formal en la escuela se ha detectado en otros estudios dentro y fuera de España.

En relación con la comprensión lectora, observamos que esta simplificación lingüística afecta especialmente a la capacidad para interpretar y redactar textos complejos.

Aliarse con las tecnologías

Las tecnologías digitales también pueden convertirse en aliadas. Existen aplicaciones educativas que pueden ayudar a reforzar la ortografía y la comprensión lectora mediante metodologías más cercanas a los intereses de los estudiantes.

Estas soluciones incluyen el uso de aplicaciones destinadas a practicar y mejorar la ortografía de manera práctica y repetitiva, además de estrategias didácticas para conectar los intereses digitales de los estudiantes con objetivos académicos y enseñar a diferenciar entre registros formales e informales.

Incluso, animar a los estudiantes a reflexionar sobre la norma digital empleada en plataformas como WhatsApp puede verse como una oportunidad para fortalecer la competencia ortográfica de los adolescentes.

Convivencia de formas de expresión

Las redes sociales han transformado la manera de comunicarse y han dado lugar a nuevas formas de expresión que conviven con la escritura formal.

Esto plantea el desafío de enseñar a los adolescentes a escribir correctamente según el contexto en el que se comuniquen: no se trata de que escriban con perfección en contextos informales en los que prima la comunicación más rápida y emotiva, pero sí que esto no dificulte ni impida un buen aprendizaje de la lengua escrita en cualquier otro contexto.

The Conversation

Mónica Belda Torrijos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ‘Ps ns bro’: ¿el lenguaje digital adolescente afecta a cómo escriben y comprenden en la escuela? – https://theconversation.com/ps-ns-bro-el-lenguaje-digital-adolescente-afecta-a-como-escriben-y-comprenden-en-la-escuela-282173

¿Erramos al pensar que todo arte urbano mejora la ciudad?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Manuel Ros García, Profesor Catedrático Área de Proyectos Arquitectónicos, Universidad CEU San Pablo

‘We dreamt an orchard this way’ es un mural diseñado por la artista Gina Kim como parte de la serie de murales AAPI de Porch Light. El mural se encuentra en la segunda planta del restaurante Vietnam, en el barrio de Chinatown de Filadelfia. Esta llamativa obra de arte fue pintada por el muralista principal Kien Nguyen, con la ayuda de Lucía Michel. Forma parte del programa Mural Arts de Filadelfia. roamer.rat/Shutterstock

Durante años hemos interpretado el arte urbano de forma incompleta. Unos lo reducen a ornamento, reclamo turístico o maquillaje de la ciudad. Otros lo miran con desconfianza, como imposición estética no solicitada. Ambas posturas resultan insuficientes.

La cuestión de fondo no es si un mural gusta más o menos, ni si una escultura urbana se vuelve reclamo fotográfico. La verdadera pregunta debería ser otra: ¿qué cambia en la experiencia cotidiana de la ciudad una intervención artística?

No hablamos solo de imagen urbana, sino de cómo una ciudad se vuelve más integral, equilibrada y significativa para quienes la habitan. Es decir, nos referimos a calidad de vida. El arte urbano puede (y tal vez debe) introducir belleza cotidiana, serenidad y reflexión, mecanismos de activación simbólica del espacio público en relación con el bienestar subjetivo.

¿Quién interviene el espacio?

Al artista urbano, expuesto a la curiosidad pública, siempre le ha interesado no pasar desapercibido. Tanto en el arte informal (el grafiti) como en el consentido, los autores siempre han reivindicado fervientemente su autoría.

Sin embargo, lo que se busca sobre todo es el efecto sorpresa como noticia asociada al arte urbano. Así, Girl with Balloon, de Banksy, sorprendió porque una imagen mínima, encontrada en la calle, abría una lectura sobre la pérdida, la infancia, la esperanza o la fragilidad.

Una niña dibujada en gris sobre una pared clara mientras observa cómo un globo con forma de corazón se escapa.
Girl with Balloon, de Banksy.
Dominic Robinson/Flickr, CC BY-NC

A su vez, la presencia de nombres reconocidos establece una jerarquía silenciosa. Esta hace que, por ejemplo, Taki 183, Keith Haring, Basquiat, Blek le Rat, Oldenburg, Banksy, OBEY y Kapoor tengan capacidad de intervenir en el espacio público y otros no. No basta con ocupar un muro o producir cualquier imagen, hace falta competencia artística, autorización o negociación, análisis del contexto, responsabilidad urbana y capacidad de generar una experiencia significativa.

Pero además, entre quienes logran dejar huella en el espacio público, no todos consiguen incidir positivamente en la calidad de vida urbana compartida.

Una pregunta más exigente

Ese es precisamente el núcleo del proyecto de investigación AUPART sobre arte urbano y calidad de vida que desarrollamos actualmente. Su punto de partida no da por hecho que cualquier obra de arte urbano mejora automáticamente el bienestar colectivo sino que busca averiguarlo.

La calidad de vida no es una magnitud simple, ni puede atribuirse directamente a un único factor. Según el marco del Indicador Multidimensional de Calidad de Vida del INE, depende de condiciones materiales, relaciones sociales, percepción del entorno, seguridad, gobernanza, bienestar subjetivo y experiencia cotidiana del lugar.

Por eso, cuando estudiamos el arte urbano nos preguntamos en qué dimensiones concretas puede influir y bajo qué condiciones puede llegar a afectar. Una obra de no debería evaluarse solo por su calidad formal, su tamaño o su firma, sino por su capacidad de comportarse como mediadora entre el espacio público y la vida urbana.

Cuando una obra funciona o fracasa

Dos proyectos con recorrido que han funcionado como mediadores han sido el Mural Arts de Filadelfia (EE. UU.), que incorpora numerosas obras que han tenido impacto en la comunidad, o el Inside Out Project impulsado por el artista urbano francés JR, que ya tiene recorrido internacional.

En nuestro estudio hemos analizado, por ejemplo, el caso de Julia, la escultura de Jaume Plensa en la plaza de Colón de Madrid. Con los resultados actualmente en proceso de revisión por pares, sería exagerado afirmar que mejora la calidad de vida en términos absolutos. Pero sí se puede interpretar como un factor de mediación urbana, una presencia artística de alta visibilidad que puede modificar la experiencia del entorno, la percepción de seguridad, el valor simbólico del lugar o la relación afectiva con esa plaza.

Fotografía de una escultura de una cabeza de mujer gigante, casi plana por los lados.
Retrato de Julia en la plaza de Colón de Madrid.
ColorMaker/Shutterstock

Ahora bien, una obra de gran valor artístico también puede fracasar socialmente si no encaja con las prácticas del espacio donde se implanta. Es el caso de Tilted Arc, de Richard Serra, una placa sólida de acero de unos 36 metros de largo instalada en 1981 en Federal Plaza, Nueva York.

La pieza fue criticada no solo por razones estéticas, sino por su efecto sobre el uso cotidiano del lugar (algo que se pretendía al instalarla, por otra parte, pero que no gustó). Al dividir la plaza, provocó que el cruce habitual de los ciudadanos por ella tuviese que modificarse y generó objeciones de seguridad y circulación. Fue retirada en 1989 tras una larga controversia pública e institucional.

No basta con verla

A menudo se cree que introducir arte urbano equivale por sí mismo a regenerar un entorno. Por ejemplo, en Wynwood, Miami (EE. UU.), el arte urbano mural generó visibilidad y marca urbana, pero la evolución del distrito condujo a una creciente comercialización, a murales por encargo cada vez más normalizados y a preocupaciones por la gentrificación desbocada y la pérdida de la comunidad creativa que le dio origen. Hubo éxito icónico y económico, pero eso no significó que hubiese regeneración social.

Entrada a una tienda y paredes pintadas.
En el barrio de Wynwood de Miami, sus murales son una atracción turística que cuenta hasta con una tienda propia.
Bada1/Shutterstock

Tampoco Mural Istanbul, en la capital turca, fue más allá. El proyecto sólo abordó el plano estético del activismo artístico, y fue interpretado como alienación social con el único pretexto de llamar la atención sobre un área de la ciudad olvidada.

Autores como los urbanistas Malcolm Miles, Ann Markusen y Anne Gadwa, el historiador de arte Miwon Kwon o el arquitecto Kevin Lynch ya advirtieron, desde perspectivas distintas, que el valor del arte público no puede separarse de la sociedad, las instituciones y el territorio que lo hacen posible.

No solo importa que la gente vea una obra. También es esencial que la recuerde, la comprenda, la aplique a su manera de entender el entorno, la analice, la evalúe y, en último término, se sienta capaz de idear algo a partir de ella. Así sucedió con el proyecto Heerlen Murals, en Países Bajos. Tras el declive minero, la ciudad utilizó el muralismo comunitario para fomentar la regeneración social y urbana, mejorar la imagen de barrios deprimidos y activar la participación entre diferentes grupos ciudadanos.

Más allá de decorar la ciudad

Por sí solo, el arte urbano no puede mejorar totalmente la vida en la ciudad. Pero sí puede contribuir a reforzar ciertas dimensiones de la calidad de vida. Y lo logra si fortalece el vínculo con el lugar, si favorece la interacción social, si refuerza la identidad compartida, si hace más comprensible el entorno y si logra aceptación cívica y respaldo institucional.

Con ello, el artista deja de ser solo productor de imágenes y se convierte en alguien capaz de activar vínculos entre la obra, el lugar y la comunidad, haciendo que el espacio público exprese memoria, valores o formas compartidas de pertenencia.

Tras los disturbios en los barrios periféricos de París en 2005, JR inició el proyecto ‘Retratos de una generación’. Fotografió y pegó retratos monumentales de jóvenes de esos barrios en la ciudad. Buscaba cambiar la imagen mediática del ‘joven peligroso’ por un rostro concreto, frontal, humano, exageradamente visible. La calle dejaba de hablar sobre ellos y empezaba a mostrarles.

Si aspiramos a ciudades más habitables, inclusivas y culturalmente vivas, debemos preguntarnos en qué condiciones una intervención artística puede producir efectos positivos verificables en el espacio público y la vida comunitaria.

Eso obligaría a preparar mejor cada intervención, diagnosticar su pertinencia social, comprobar si el lugar la necesita, analizar el contexto y asumir que el impacto del arte urbano no se mide sólo por decorar la ciudad, sino por transformar la relación de una comunidad con el lugar que habita y por reconocer el valor del espacio público como motor de aprendizaje social. Conformarse solo con tener algo bonito dejaría pasar la oportunidad de mejorar.


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The Conversation

Juan Manuel Ros García recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades
El articulo se enmarca dentro del proyecto nacional que se está desarrollando y del que soy Investigador Principal, con numero de referencia y título: PID2023-151204OB-I00 “La presencia del arte urbano en el espacio público de la ciudad como factor de influencia en la mejora de la calidad de vida de la población tras la pandemia de COVID-19” MICIU-AEI-10.13039-501100011033 y por FEDER, UE

ref. ¿Erramos al pensar que todo arte urbano mejora la ciudad? – https://theconversation.com/erramos-al-pensar-que-todo-arte-urbano-mejora-la-ciudad-280771