Il y a urgence à surveiller le glacier Wilkes, ce mastodonte de l’Antarctique qui risque de fondre

Source: The Conversation – France in French (2) – By Matt King, Professor of Polar Geodesy and ARC Laureate Fellow, University of Tasmania


L’ESSENTIEL

  • Le bassin de Wilkes, en Antarctique, est gelé, et en partie situé sous le niveau de la mer.

  • Si toute sa glace venait à fondre en raison du changement climatique, le niveau de la mer global monterait de 3 à 4 mètres. C’est déjà arrivé par le passé, à des températures que nous risquons d’atteindre.

  • Il est urgent de mieux documenter son évolution actuelle et de comprendre comment il a réagi par le passé à d’autres réchauffements.


Il y a plus d’un siècle, le géologue australien Sir Douglas Mawson a mené une expédition en traîneau sur des centaines de kilomètres de glace, jusqu’à une région reculée de l’Antarctique oriental. L’expédition a fait demi-tour après la mort tragique d’un de ses membres. Le Néo-Zélandais Cecil Madigan a mené un autre groupe à travers la banquise jusqu’à cette région avant de faire lui aussi demi-tour.

Ces explorateurs intrépides n’ont jamais mis les pieds sur une calotte glaciaire qui pourrait s’avérer cruciale pour notre avenir. À ce jour, encore, nous ne connaissons personne qui s’y soit rendu. Il est temps de changer cela.

Cette région reculée est connue sous le nom de bassin sous-glaciaire de Wilkes, une immense étendue de glace mesurant 1 400 kilomètres sur 400 kilomètres.

Or, une grande partie du bassin de Wilkes se trouve bien en dessous du niveau de la mer. Si toute la glace du bassin venait à fondre, cela ferait monter le niveau de la mer de trois à quatre mètres. Il est aussi probable que les torrents d’eau de fonte perturberaient des courants océaniques à la base de la circulation océanique, et provoqueraient des bouleversements majeurs pour la vie marine et le climat plus généralement.

Comme nous l’expliquons dans notre nouvelle étude, la région Antarctique est particulièrement vulnérable aux changements. En effet, les reconstitutions des périodes chaudes passées, pendant lesquelles le climat était 2 à 3 °C plus chaud qu’aujourd’hui, montrent que sa calotte glaciaire a rétréci de manière spectaculaire — des conditions dont nous nous rapprochons rapidement.

L’océan, grand ennemi de la glace antarctique

Malgré cela, si vous marchiez dans le bassin de Wilkes, vous ne verriez rien d’inhabituel : de la glace à perte de vue.

C’est ce qui se trouve sous la glace qui importe. Le substrat rocheux sous-jacent se situe jusqu’à 2 000 mètres sous le niveau de la mer : les bassins sous-glaciaires sont d’immenses cuvettes rocheuses remplies de glace. Aujourd’hui, la glace est suffisamment épaisse pour empêcher l’océan de pénétrer dans le bassin, mais l’océan est toujours en contact avec ses bords.

Au large de l’Antarctique oriental, la température de l’océan oscille autour de -1,8 °C. C’est froid, mais la glace est bien plus froide. Il suffirait d’une légère augmentation de la température de l’eau due au réchauffement de l’océan ou à la modification des courants océaniques pour que la glace du bord du bassin de Wilkes fonde plus rapidement et s’écoule vers l’océan.

Comme une partie du substrat rocheux du bassin de Wilkes s’incline vers les profondeurs à mesure que l’on s’éloigne de l’océan, à mesure que la glace recule, l’océan lèche davantage de glace et la faire fondre. Au bout d’un moment, le recul de la glace le long de cette pente deviendra autoentretenu et la fonte irrésistible.

Signes de changement

La plupart des données dont nous disposons sur le bassin de Wilkes proviennent d’avions équipés de radars pénétrant la glace. Celles-ci ont révélé la forme du bassin et mis en évidence sa vulnérabilité. Des observations satellitaires du bassin ont permis de capturer le premier effondrement connu en Antarctique oriental d’une plate-forme glaciaire frangeante dans l’océan dans les années 1970 ou 1980.

Mais il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons. Nous ne connaissons pas les voies par lesquelles l’eau chaude de l’océan peut atteindre la glace. Pour comprendre cela, nous devons cartographier la topographie des fonds marins. Nous manquons également de données sur l’évolution des températures océaniques. Sans ces données, nous ne pouvons pas prévoir de manière fiable à quelle vitesse la glace va fondre.

En revanche, nous en savons beaucoup plus sur le glacier Thwaites, une autre région à haut risque de l’Antarctique, qui fait l’objet de vastes programmes de recherche internationaux depuis des années.

Une animation illustrant l’écoulement de la glace au sein du bassin sous-glaciaire de Wilkes et le substrat rocheux sous la glace qui la rend vulnérable. Source : Matt King.

Les leçons du passé lointain

Au cours du Pliocène, il y a trois millions d’années, les températures atmosphériques mondiales étaient de 2 à 3 °C plus élevées qu’à l’époque préindustrielle moderne (ndt : la référence utilisée pour mesurer aujourd’hui l’augmentation des températures). La fonte des calottes glaciaires a entraîné leur recul de plusieurs centaines de kilomètres vers l’intérieur des terres, tandis que le niveau mondial des mers était de 6 à 23 mètres plus élevé. Les sédiments des fonds marins montrent que cela a radicalement modifié la forme de l’Antarctique.

Ces observations sont très préoccupantes, car la planète devrait atteindre un niveau de réchauffement similaire d’ici la fin du siècle.

Les projections indiquent que cela entraînera une accélération de la fonte et un recul spectaculaire de la calotte glaciaire du bassin de Wilkes. Ce que nous ignorons, c’est le délai dans lequel cela se produira.

Perspectives en trois dimensions montrant la forme et l’altitude de la calotte glaciaire antarctique et mettant en évidence l’emplacement des glaciers Cook et Ninnis
Cette visualisation montre l’état actuel de la calotte glaciaire du bassin sous-glaciaire de Wilkes (à gauche) et une reconstitution de celle-ci pendant la période chaude du Pliocène (à droite).
Fourni par l’auteur, CC BY-NC

Pourquoi est-il si difficile d’observer la glace ?

Le bassin sous-glaciaire de Wilkes figure parmi les endroits les moins observés de la Terre.

Ce n’est pas dû à son éloignement : il est relativement proche de l’Australie. Les habitants de Hobart, la capitale de l’état de Tasmanie, au sud de l’Australie, sont plus proches des principaux glaciers du bassin de Wilkes que d’autres régions antarctiques. Cela tient plutôt au fait que le bassin est protégé par un océan gelé — une banquise exceptionnellement épaisse, persistante et compactée.

Les images satellites peuvent fournir certaines données, mais les satellites ne voient pas à travers la glace et les océans. Les scientifiques devront s’y rendre en personne.

Cela ne sera pas facile. Accéder au bassin de Wilkes par la mer serait impossible sans les meilleurs brise-glaces. Aucun navire ne s’est jamais approché à moins de 150 kilomètres du glacier Cook, l’un des principaux glaciers du bassin de Wilkes.

Même si une expédition parvient à accéder à certaines zones, les scientifiques devront utiliser des capteurs robotisés pour cartographier de manière exhaustive les conditions océaniques et les fonds marins.

Sur terre, la station permanente la plus proche se trouve à 250 kilomètres.

La bonne nouvelle, c’est que le bassin de Wilkes devient accessible.

L’Australie, la Nouvelle-Zélande et d’autres nations de l’Antarctique sont désormais mieux à même de parcourir de longues distances pour acheminer du carburant destiné aux relevés aériens et pour approvisionner les camps de terrain isolés.

De nouvelles technologies permettent de forer à plus de trois kilomètres de profondeur jusqu’au fond de la couche de glace du bassin et de prélever des échantillons des sédiments et du substrat rocheux sous-jacents.

Toute trace d’anciennes espèces océaniques présente dans les sédiments peut servir à déterminer jusqu’où et à quelle vitesse la glace s’est retirée pendant les périodes chaudes, lorsque l’océan pénétrait dans le bassin de Wilkes.

Une affaire inachevée

Les scientifiques pensaient autrefois que l’Antarctique mettrait des siècles à changer. Mais c’était trop optimiste. La glace terrestre fond plus rapidement, la banquise recule et les glaciers flottants, appelés « plates-formes glaciaires », fondent plus vite par le dessous.

Mener des travaux de terrain dans le bassin de Wilkes nécessitera un effort multinational de plusieurs années, en mer et sur terre.

Mais nous ne pouvons pas attendre encore un siècle pour comprendre la menace que représente cet énorme réservoir de glace.

The Conversation

Matt King a reçu des financements du Australian Research Council, du gouvernement australien (département du changement climatique, énergie, environnement et eau), du CSIRO, et d’ACCESS-NRI.

Nancy A.N. Bertler a reçu des financements du ministère du commerce, de l’innovation et de l’emploi; de l’université de Victoria à Welligton, de Earth Sciences New Zealand, et de la Royal Society of New Zealand.

– ref. Il y a urgence à surveiller le glacier Wilkes, ce mastodonte de l’Antarctique qui risque de fondre – https://theconversation.com/il-y-a-urgence-a-surveiller-le-glacier-wilkes-ce-mastodonte-de-lantarctique-qui-risque-de-fondre-292791

Shampoing solide : pourquoi est-il si difficile de changer une formule et nos habitudes ?

Source: The Conversation – in French – By Véronique Sadtler, Professeure, Université de Lorraine

Entre défis de formulation et habitudes tenaces, le shampoing solide peine à s’imposer durablement. Freestocks/Unsplash, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Depuis les années 1930, le shampoing liquide a façonné nos attentes de mousse, de démêlage et de douceur.

  • Formuler un shampoing solide performant est un vrai défi technique.

  • Pour adopter durablement le solide, il faudra peut-être aussi revoir ce que nous attendons d’un shampoing.


Se laver les cheveux semble aujourd’hui d’une grande simplicité. Pourtant, nous attendons beaucoup du shampoing que nous utilisons : qu’il élimine l’excès de sébum et les salissures, mais aussi qu’il mousse suffisamment, se répartisse et se rince rapidement, tout en laissant les cheveux brillants, faciles à démêler et agréables au toucher.

À cette liste déjà longue s’ajoutent désormais souvent d’autres exigences : réduire les emballages, particulièrement les plastiques, transporter moins d’eau et, plus largement, diminuer l’impact environnemental du produit.

Le shampoing solide semble apporter une réponse à plusieurs d’entre elles. Pourtant, après un engouement rapide, sa progression marque le pas. Pourquoi ?

Du savon au shampoing moderne

Avant le développement des détergents synthétiques au XXᵉ siècle, le savon est employé pour de nombreux usages de lavage, aussi bien domestiques que pour l’hygiène corporelle. Il sert notamment à nettoyer les cheveux.

Cependant, le savon présente des limites lorsqu’il est utilisé sur les cheveux. Son caractère alcalin favorise le gonflement de la fibre et modifie l’état de sa surface. En présence d’une eau riche en calcium ou en magnésium, il peut également former des dépôts insolubles, difficiles à éliminer des cheveux et du cuir chevelu. Les cheveux peuvent alors paraître ternes, rêches et difficiles à coiffer.

Ces inconvénients conduisent au développement de produits spécifiquement conçus pour le lavage des cheveux.

Publicité pour l’un des premiers shampoings liquides commercialisé en Europe, au début des années 1930, en Allemagne
Publicité pour l’un des premiers shampoings liquides commercialisé en Europe, au début des années 1930, en Allemagne.
Wikimédia, CC BY

Le savon cède peu à peu la place à d’autres tensioactifs, dits synthétiques, qui offrent notamment la possibilité de travailler à des pH mieux adaptés aux cheveux et au cuir chevelu. Les tensioactifs sont les molécules qui permettent d’assurer le liant entre l’eau et les graisses et donc de laver. Les produits lavants utilisant ces molécules à la place du savon sont désignés sous le terme de syndets, contraction de synthetic detergents. À partir de 1930, les premiers shampoings sans savon sont commercialisés en Europe et aux États-Unis.

Au fil des décennies, la composition des shampoings se sophistique : différents tensioactifs sont associés pour ajuster le nettoyage et la mousse, des agents conditionnants facilitent le démêlage et améliorent le toucher, tandis que d’autres ingrédients agissent sur la viscosité, la stabilité ou les propriétés sensorielles du produit.

Au fil de ces innovations, le shampoing ne se contente plus de laver : il devient aussi un produit de soin et de plaisir d’utilisation.

Quand les progrès techniques deviennent des habitudes

Parallèlement, les pratiques évoluent. En France, au milieu du XXᵉ siècle, de grandes campagnes publicitaires font la promotion de l’hygiène capillaire jusque dans les écoles. Elles mettent en scène la brillance, la mousse et le plaisir du lavage.

Parmi les nombreux jeux radiophoniques, figure un « Concours de mousse », signe de la place que celle-ci prend peu à peu dans la représentation du shampoing. La mousse participe à la répartition du produit mais son abondance ne mesure pas directement l’efficacité du nettoyage. Elle joue surtout un rôle important dans la perception de la performance et l’expérience d’utilisation du shampoing. Des travaux très récents montrent que cette expérience possède même une dimension émotionnelle, jusqu’au son produit par la mousse, qui peut modifier la manière dont elle est perçue.

D’autres propriétés participent également à l’expérience d’utilisation, comme la facilité de rinçage, le démêlage ou le toucher des cheveux après séchage.

À force d’innovations, ces performances autrefois nouvelles sont devenues des critères de qualité que nous considérons désormais comme allant de soi.

Puis le shampoing devint solide

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’essor du shampoing solide, au sein d’un mouvement plus large touchant l’ensemble de la cosmétique : déodorants, nettoyants pour le visage, dentifrices ou après-shampoings se déclinent désormais sous des formes solides.

Les raisons de cet engouement sont faciles à comprendre. La quantité de produit nécessaire par usage peut être sensiblement plus faible et sa forme concentrée permet également de réduire fortement l’emballage, notamment plastique, voire de s’en passer selon les conditionnements. Cela permet aussi de réduire certains impacts environnementaux liés au transport et au conditionnement.

La faible teneur en eau modifie aussi les contraintes microbiologiques. Une enquête récente portant sur 172 shampoings solides commercialisés dans quatre pays européens montre que la présence et la concentration des conservateurs y sont moins importantes que dans les shampoings liquides.

À ces caractéristiques s’ajoute une image de simplicité et de naturalité fréquemment associée, à tort ou à raison, au format solide. Cependant, à elles seules, ces caractéristiques ne suffisent pas à garantir un meilleur bilan environnemental sur l’ensemble du cycle de vie. Par exemple, pour un shampoing, la phase d’utilisation, et notamment l’eau chaude consommée sous la douche, peut représenter une part importante des impacts.

Le mouvement a néanmoins été rapide. En France, la proportion de consommateurs ayant acheté au moins un cosmétique solide est passée de 1 % en 2019 à 7,5 % en 2021 ; le marché atteignait 85,5 millions d’euros entre novembre 2021 et octobre 2022.

Le shampoing solide est devenu l’une des vitrines les plus visibles de cette nouvelle cosmétique.

Solide ne veut pas dire savon

Le retour à une forme solide n’est pas pour autant un retour au savon. Pour conserver les performances acquises par les shampoings modernes sans retrouver notamment les inconvénients liés au caractère alcalin du savon, de nombreux shampoings solides reposent sur des tensioactifs autres que le savon : ce sont des syndets solides.

« Synthétique » ne signifie d’ailleurs pas nécessairement « issu du pétrole ». Des tensioactifs sont obtenus par synthèse chimique tout en incorporant des matières premières d’origine renouvelable, par exemple issues de corps gras, de sucres ou d’acides aminés. La molécule finale reste le résultat d’une transformation chimique.

Le format change donc profondément, mais pas nécessairement les principes chimiques du lavage. L’enjeu consiste plutôt à conserver les acquis du shampoing moderne dans une architecture très différente. Et c’est là que les difficultés commencent.

Main avec de la mousse de shampoing
La mousse, longtemps associée à l’efficacité et au plaisir du lavage, est devenue l’un des critères par lesquels nous jugeons un shampoing.
Matthew Tkoc/Unsplash, CC BY

Tous les ingrédients employés dans un shampoing liquide ne peuvent pas être transposés tels quels dans un pain solide. Certains tensioactifs sont disponibles sous forme liquide ou contiennent eux-mêmes une quantité non négligeable d’eau, ce qui restreint leur incorporation dans une formulation très peu aqueuse.

L’eau, de son côté, n’est pas un simple constituant que l’on pourrait retirer sans conséquence : elle sert de milieu de dispersion ou de solubilisation, contribue à la texture et facilite la répartition rapide du produit sur la chevelure.

Un shampoing solide ne résulte donc pas simplement du retrait de l’eau d’une formule liquide : il faut conserver les fonctions attendues du shampoing tout en construisant un produit aux propriétés physiques adaptées à sa fabrication et à son utilisation.

Passer au solide impose par conséquent de reformuler entièrement, pas seulement de concentrer une recette existante.

Les difficultés rencontrées dans les formulations solides concernent la dureté et la plasticité du pain, sa fissuration, son ramollissement, sa perte de masse à l’usage ou encore la qualité de la mousse obtenue.

Le pain doit être assez cohésif pour être fabriqué, transporté et manipulé, assez résistant pour ne pas se déliter rapidement dans l’atmosphère humide d’une salle de bains, mais suffisamment accessible à l’eau pour délivrer efficacement ses constituants pendant l’utilisation.

À ces contraintes propres au format solide, s’ajoute la nécessité de retrouver la douceur et le démêlage auxquels les shampoings liquides nous ont habitués. Le remplacement d’ingrédients conventionnels par des alternatives d’origine naturelle ou biosourcée pose aussi des défis de performance, de stabilité et de compatibilité avec les formulations.

Or, améliorer une propriété peut en dégrader une autre. C’est le quotidien de la formulation : rechercher le meilleur compromis entre performances, propriétés sensorielles et nouvelles exigences de durabilité plutôt qu’une formule parfaite qui n’existe pas.

L’écologie suffit-elle à changer nos habitudes ?

À cette difficulté technique s’en ajoute une autre : celle de nos comportements.

Après l’essor spectaculaire du début des années 2020, le marché français des cosmétiques solides a reculé de 3,2 % en volume en 2022 et 2023. Ce chiffre ne permet évidemment pas d’attribuer cette inflexion au shampoing, encore moins à sa seule sensorialité : prix, distribution, contexte économique ou évolution de l’offre peuvent également intervenir. Il montre en revanche qu’un engouement initial ne conduit pas nécessairement à l’installation durable d’une nouvelle pratique.

De surcroît, connaître les bénéfices d’une solution ou adhérer à un objectif ne suffit pas toujours à modifier les pratiques. Les comportements dépendent aussi des habitudes, des normes sociales, des contraintes matérielles et du contexte dans lequel ils s’inscrivent.

Le shampoing solide fournit un cas très concret de cette difficulté. Une étude consacrée spécifiquement aux raisons de sa non-adoption montre l’importance des habitudes et de l’image du produit. Les réponses font également ressortir des freins fonctionnels : conservation du pain sous la douche, sensation laissée sur les cheveux ou différences de performances entre produits.

Les consommateurs peuvent donc souhaiter réduire leurs emballages et la quantité d’eau transportée, tout en continuant à rechercher les qualités sensorielles acquises avec les produits qu’ils utilisent depuis longtemps.

Et si l’innovation consistait à faire évoluer nos attentes ?

Reste alors à savoir si l’écoconception doit reproduire à l’identique tout ce que plusieurs décennies d’innovation nous ont appris à attendre d’un shampoing. Une mousse un peu différente, un nouveau geste à acquérir ou une texture inhabituelle constituent-ils forcément des régressions ?

Pendant des décennies, l’innovation a façonné les produits, mais aussi les usages et les critères par lesquels nous les jugeons. La transition vers des produits plus sobres pourrait donc appeler un mouvement réciproque : continuer à améliorer leur conception, mais accepter aussi que certaines pratiques et certaines manières d’apprécier leurs performances puissent changer.

Le défi ne serait alors plus seulement de proposer le shampoing en bouteille ou sous forme solide, mais de faire évoluer ensemble les produits, leurs usages et ce que nous en attendons.

The Conversation

Véronique Sadtler ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Shampoing solide : pourquoi est-il si difficile de changer une formule et nos habitudes ? – https://theconversation.com/shampoing-solide-pourquoi-est-il-si-difficile-de-changer-une-formule-et-nos-habitudes-291635

Comment les arbres ajustent activement leur posture pour rester le plus droits possible

Source: The Conversation – in French – By Félix Hartmann, ingénieur de recherche en modélisation de la croissance des plantes, Inrae

Les arbres disposent d’outils pour percevoir leur environnement… et pour y réagir. Inrae – UCA, CC BY-SA

L’ESSENTIEL

  • Envers et contre toutes les bourrasques et les tempêtes, certains arbres poussent droit, imperturbables.

  • On sait, depuis les années 1950, que les troncs accueillent un type de bois particulier qui agit comme un muscle et peut courber la direction de pousse.

  • On réalise aujourd’hui que, aidés de plus par des outils qui leur permettent de sentir la gravité, la lumière et même leur propre courbure, ces « muscles » peuvent servir à se décourber.


Pour un arbre, pousser droit et vers le haut n’a rien d’évident. Une tempête ou un glissement de terrain peuvent l’incliner, voire le coucher à terre. Mais alors l’arbre se courbe progressivement pour que son sommet revienne vers la verticale. À l’inverse, si une trouée de lumière apparaît suite à la chute d’un voisin, l’arbre a tendance à se courber vers l’origine de la lumière.

Toutes ces courbures, dans un sens ou dans l’autre, pourraient rendre le tronc bien tortueux. Pourtant, on observe dans les futaies de grands arbres bien droits, malgré les tempêtes et les trouées de lumière.

Les arbres ont en fait une capacité d’adaptation posturale. En effet, une forme rectiligne et verticale leur assure l’accès le plus rapide à la lumière, ce qui est utile en forêt où la compétition peut être rude. Elle réduit aussi leur ploiement sous l’accroissement de leur poids et le risque de casse au vent.

Cette capacité est essentielle alors que les évènements extrêmes deviennent de plus en plus fréquents, et où les arbres subissent des coups de vent qui les renversent, des pertes de stabilité du sol ou même des glissements de terrain lors de fortes pluies…

Au cours de l’évolution, les plantes ont acquis la capacité à percevoir la direction de la gravité et celle d’où vient la lumière. Elles perçoivent aussi leur propre courbure – et nous venons de montrer comment les arbres parviennent à la corriger.

forêt
Les arbres poussent droit malgré les événements extérieurs qui influencent leur croissance. Ici, dans la forêt de hêtres des Colettes dans l’Allier, en France, connue comme l’une des plus belles hêtraies naturelles d’Europe.
Bruno Moulia, Fourni par l’auteur

Comment les plantes perçoivent leur environnement… et leur propre forme

Les plantes perçoivent leur environnement et peuvent s’y adapter grâce à plusieurs sens.

Par exemple, des photorécepteurs particuliers leur permettent de détecter une source lumineuse, c’est la « photoperception ».

Pour percevoir la direction de la gravité (« graviperception »), elles disposent tout le long de leurs tiges de cellules spécialisées qui indiquent où est le bas, grâce à de gros grains d’amidon, les « statolithes », qui s’accumulent au fond des cellules par gravité.

Ces grains rappellent les otolithes, les petits cailloux de notre oreille interne responsables de notre sens de l’équilibre. Mais alors que nos otolithes sont très sensibles aux accélérations, ce qui nous donne le tournis dans les manèges, les statolithes des plantes indiquent seulement l’inclinaison de la tige. Ils s’agitent en effet dans un milieu cellulaire très visqueux, ce qui amortit les accélérations.

Enfin, notre équipe a montré en 2013 que les plantes perçoivent leur propre courbure par « proprioception », selon un processus qu’il reste à découvrir.

Un « muscle en bois » pour se courber

En réponse à ses perceptions, un arbre peut courber activement son tronc. En effet, on sait depuis les années 1950 que le bois ne fait pas que soutenir le poids de l’arbre comme un squelette : il peut aussi servir de muscle.

Chez les espèces feuillues, ce « bois-muscle » s’appelle le bois de tension. Il se forme sur la face supérieure des tiges inclinées. Chaque nouvelle fibre de bois formée, en se contractant, contribue à courber progressivement le tronc sur des semaines ou des années (plus le tronc est épais, plus ce processus requiert de fibres). Ce bois est redouté des scieurs, car la tension accumulée du fait de gros secteurs de bois de tension peut provoquer des éclatements à l’abattage, ou des déformations après découpe.

Mais le bois de tension peut-il jouer le rôle inverse, c’est-à-dire décourber le tronc en réponse à sa proprioception ? Notre hypothèse était que du bois de tension se formerait sur la face opposée à la courbure : on aurait alors un couple de zones de bois de tension de chaque côté du tronc, qui agiraient successivement comme des muscles antagonistes, tels nos muscles dorsaux et abdominaux qui nous permettent de nous « tenir droit ».

Mais pour observer clairement la proprioception à l’œuvre, il faut annuler les autres perceptions, en particulier la photoperception et la graviperception. C’est ce que nous avons fait, grâce à un dispositif expérimental original.

Bain de lumière et manège à plantes

Nous avons placé de jeunes peupliers dans des sphères d’1,5 mètre de diamètre, à l’intérieur desquelles la lumière arrive de toutes les directions à la fois. Dans ce dispositif, la lumière est toujours utilisée par les peupliers pour leur photosynthèse, mais elle n’a aucune influence sur leur direction de croissance.

Pour étudier la croissance des peupliers, ce dispositif permet d’envoyer la lumière dans toutes les directions à la fois et de faire tourner la plante pour annuler sa perception de la gravité.
Inrae — UCA, CC BY-SA

Pour annuler la perception de la direction de la gravité, nous avons combiné la sphère avec un système déjà existant, appelé « clinostat ». Il s’agit d’un socle tournant autour d’un axe horizontal à la vitesse d’un à deux tours par minute. Lorsqu’une plante est placée dans un clinostat, ses organes sont orientés alternativement vers le haut et le bas. Les statolithes se retrouvent mis en suspension dans les cellules, répartis aléatoirement, ce qui prive la plante de la perception du haut et du bas.

Courbure et décourbure d’un peuplier

Au début de l’expérience, chaque peuplier est placé à l’horizontale dans une sphère. Le clinostat n’est pas encore activé. Le peuplier perçoit donc son inclinaison par rapport à la gravité (sans influence de la lumière) et se courbe vers le haut, comme attendu. Une dizaine de jours suffisent pour qu’une courbure bien nette apparaisse. C’est alors que le clinostat est enclenché, ce qui suspend la perception de la gravité. Il ne reste plus à l’arbre pour s’orienter qu’une seule perception, celle de sa propre courbure, la proprioception. Au cours des semaines qui suivent, le tronc du peuplier se décourbe progressivement jusqu’à devenir rectiligne.

Images en time lapse : trois positions successives du peuplier durant son mouvement de courbure vers le haut. Il repasse par ces positions (alors qu’il tourne sur lui-même) en se rectifiant.
Inrae — UCA, CC BY-SA

À la fin de l’expérience, nous avons fait des coupes transversales des troncs de peupliers. Une coloration spécifique permet de mettre en évidence le bois de tension. Et comme le bois se forme en couches successives, on peut estimer la période de production des cellules de bois à partir de leur position par rapport au centre du tronc.

schéma
Coupe transversale d’un tronc de peuplier en fin d’expérience. Le bois de tension est coloré en bleu. Il s’est formé sur la face supérieure avant l’activation du clinostat et sur la face inférieure après l’activation du clinostat.
Inrae — UCA, CC BY-SA

Sur ces coupes, nous avons observé que du bois de tension s’était formé sur la face supérieure durant la première phase de l’expérience, quand le clinostat n’était pas activé. Grâce à lui, le tronc a pu se courber vers le haut. Puis dès l’enclenchement du clinostat, cette formation de bois de tension a cessé et un nouveau bois de tension a commencé à se former sur la face opposée, comme nous en avions fait l’hypothèse.

C’était la preuve que le mouvement de décourbure du tronc a été engendré par du bois de tension, en réponse à la proprioception, et jouant un rôle équivalent à celui d’un muscle antagoniste chez un animal.

Ainsi, nous avons mis en évidence une boucle sensorimotrice de contrôle postural, une capacité que l’on pensait réservée aux seuls animaux.

S’adapter à l’environnement, sans nerfs ni cerveau

Dans l’environnement naturel de l’arbre, toutes les perceptions se combinent dans des proportions variables. L’arbre est capable d’intégrer ces différents signaux pour y réagir adéquatement en produisant du bois de tension quand il le faut, là où il le faut.

Dans des arbres non clinostatés, nous avons toujours retrouvé des secteurs de bois de tension opposés permettant de rectifier le tronc, qui avaient probablement été négligés comme des anomalies non significatives dans les études antérieures.

C’est ainsi qu’un arbre adapte constamment sa posture à son environnement, sans système nerveux central.

Des arbres en forme pour des forêts et une exploitation plus robustes

Nous l’avons vu, une forme rectiligne est essentielle pour les arbres car c’est ce qui leur permet d’accéder à la lumière et de moins ployer sous leur propre poids au risque de casser.

Mais ces capacités sensorielles et d’adaptation sont aussi utiles pour nous, les humains, afin de disposer de fûts droits et avec un bois homogène pour son usage en construction et ameublement. Si, pendant longtemps, les recherches sur la qualité des bois ont essayé de sélectionner des arbres qui ne produisaient quasiment pas de bois de tension, nos recherches montrent désormais que c’était une erreur. Pour obtenir des fûts rectilignes sans gros secteurs de bois de tension, ce qu’il faut, ce sont des arbres alliant sensibilité proprioceptive et puissance de leur bois de tension pour que les corrections de posture soient efficaces et rapides.


Le projet a bénéficié du soutien de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets (Perception de la gravité chez les plantes : de la cellule à la réponse biomécanique. — GRAP2 ANR-13-BSV5-0005. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Félix Hartmann a reçu des financements de l’ANR.

Pour les travaux discutés ici Bruno MOULIA a reçu des financements de :
French Space Agency (CNES).
IDEX-ISITE initiative 16-IDEX- 0001 and the International Research Center on Sustainable AgroEcosystems (ISITE CAP20-25).

Plus largement ses recherches ont été financées par l’ANR et par l’Europe , ainsi que, de manière ponctuelle, par le Fonds de Soutien à l’Obtention Végétale et par l’Institut Français du Caoutchouc

Mélanie Decourteix a reçu des financements dans le cadre des appels à projets du CNES, de l’IRC-SVSAE (I-SITE) de Clermont-Ferrand, de Clermont Auvergne Metropole, du département AES d’INRAe et de l’ANR.

– ref. Comment les arbres ajustent activement leur posture pour rester le plus droits possible – https://theconversation.com/comment-les-arbres-ajustent-activement-leur-posture-pour-rester-le-plus-droits-possible-292184

Le cadmium s’attaque (aussi) aux amphibiens

Source: The Conversation – in French – By Pélagie Douchez, Doctorante en écotoxicologie, Université de Lille

Chez les amphibiens, le cadmium a de nombreuses conséquences morphologiques, physiologiques et comportementales. Ici, un xénope, espèce utilisée par la recherche pour comprendre les effets de ce polluant. Holger Krisp/Wikimedia Commons, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Présent partout, le cadmium est aussi un danger pour la santé des espèces sauvages et des écosystèmes.

  • Les amphibiens font partie des vertébrés aquatiques les plus menacés et sont particulièrement sensibles à ce polluant.

  • Des études récentes pointent les effets du cadmium sur ces animaux : déformation du cœur, baisse de la reproduction, modifications du comportement…


Les récentes alertes sanitaires ont remis le cadmium sur le devant de la scène. Pour nous, chercheurs, ce n’est pourtant pas un sujet nouveau. Depuis des décennies, nous étudions ce métal, naturellement présent dans l’environnement, mais dont les concentrations ont été fortement accrues par les activités humaines.

Aujourd’hui, on sait que ce métal est cancérogène et qu’il présente des effets toxiques sur plusieurs organes. Mais le cadmium ne menace pas seulement les êtres humains : il affecte une multitude d’espèces, perturbe le fonctionnement des écosystèmes et représente un risque majeur pour la biodiversité.

L’objectif de nos recherches est de mieux comprendre les effets du cadmium, particulièrement sur les écosystèmes aquatiques, en étudiant son impact sur une espèce d’amphibien. Nos travaux ont montré des effets du cadmium sur l’activité et la morphologie cardiaque, ainsi que sur la formation des têtards et sur le comportement des animaux.

Un polluant omniprésent

Le cadmium est un composé inorganique que l’on retrouve partout dans l’environnement. Il contamine aussi bien l’atmosphère, les sols que les milieux aquatiques. Utilisé depuis plusieurs décennies, il sert notamment dans les procédés métallurgiques, la fabrication de batteries et certains usages agricoles, en particulier via les engrais phosphatés qui peuvent contenir du cadmium comme impureté.

En raison de sa persistance dans l’environnement, de sa toxicité dès de très faibles concentrations, de sa mobilité dans certains types de sols et de sa capacité à s’accumuler dans les organismes vivants, le cadmium représente une menace majeure pour la biodiversité. Il affecte l’ensemble du vivant, depuis les micro-organismes du sol jusqu’aux mammifères, en perturbant le fonctionnement des écosystèmes et en altérant de nombreuses fonctions biologiques.

Parmi les groupes les plus vulnérables figurent les amphibiens. Leur peau hautement perméable, leur cycle de vie partagé entre les milieux aquatiques et terrestres et leur mode de reproduction – la fécondation ayant souvent lieu dans l’environnement, et non pas à l’intérieur de l’organisme – les rendent particulièrement sensibles à l’exposition au cadmium. Cette vulnérabilité est d’autant plus préoccupante que les amphibiens connaissent un déclin mondial marqué. Selon l’Union internationale pour la conversation de la nature (UICN), 41 % des espèces d’amphibiens sont aujourd’hui menacées d’extinction à l’échelle mondiale. En France, toutes les espèces d’amphibiens bénéficient d’un statut de protection.

Comprendre les effets du cadmium en laboratoire

Chez l’être humain, le cadmium est classé comme cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est également reconnu pour ses effets de perturbateur endocrinien ainsi que pour sa toxicité au niveau du système nerveux, des reins et du système immunitaire. Plus récemment, des effets au niveau cardiaque ont aussi été démontrés. Ces effets toxiques sont également observés chez de nombreuses espèces animales, soulignant les risques que représente ce contaminant pour la santé des organismes et le maintien de la biodiversité.

Au laboratoire, notre objectif est de comprendre les effets du cadmium à travers une approche pluridisciplinaire et de l’échelle moléculaire jusqu’à celle de l’individu. Une meilleure compréhension des mécanismes de toxicité du cadmium devrait nous permettre d’en identifier les cibles, qui constituent les marqueurs spécifiques d’une exposition à ce contaminant. La nature de ces marqueurs dépend de l’échelle considérée : il peut s’agir de modifications comportementales ou de la présence de protéines particulières. Nous nous intéressons notamment à des biomarqueurs protéiques de contamination, dont les variations pourraient constituer des indicateurs précoces et spécifiques de l’exposition à ce contaminant chez les amphibiens.

Photo d’un xénope en laboratoire, un amphibien tâcheté au ventre blanc
Un xénope, espèce modèle pour étudier les effets du cadmium.
Pélagie Douchez/Université de Lille, Fourni par l’auteur

Notre modèle expérimental est le xénope (Xenopus laevis). Originaire d’Afrique australe, cette espèce exotique invasive en France est utilisée depuis plusieurs décennies comme organisme modèle en biologie cellulaire, en biologie du développement et en embryologie. Elle s’est également imposée plus récemment en écotoxicologie. Son développement rapide et directement dans l’eau, ainsi que sa peau perméable, facilitant l’absorption des contaminants, en font un modèle particulièrement pertinent pour l’étude des effets des polluants environnementaux.

Baisse de la fécondité et têtards désorientés

Notre protocole expérimental se concentre sur les premiers stades du développement embryonnaire. Les embryons de xénope sont exposés à différentes concentrations de cadmium, d’un niveau analogue à celui réellement rencontré dans l’environnement jusqu’à des concentrations bien plus élevées. Nous les y exposons dès la fécondation jusqu’à la fin de la formation des principaux organes, correspondant à six jours de développement. Les têtards mesurent alors environ 7 millimètres de long, ont un intestin bien enroulé et sont capables de se déplacer. Nous réalisons ensuite des études comportementales, biométriques, morphologiques et physiologiques, notamment sur les effets cardiaques du cadmium.

On observe ainsi que chez le xénope, une trop forte concentration de cadmium entraîne une diminution significative du taux de fécondation. Le taux de survie est également impacté négativement à la suite d’une exposition. Cette trop forte mortalité nous a poussés à adapter la gamme de concentration testée, en nous rapprochant considérablement des concentrations environnementales.

À l’aide d’un logiciel de tracking, nous avons suivi des têtards sains et des têtards contaminés pour mesurer plusieurs paramètres : la vitesse de nage, la distance parcourue, et leur réponse à des variations de la luminosité ainsi qu’à des vibrations mimant un prédateur. Notre étude a mis en évidence des modifications comportementales. Les têtards parcourent notamment une distance moindre lorsqu’ils sont exposés au cadmium.

Le cœur, particulièrement touché par le cadmium

Têtard déformé vu au microscope
Les têtards de xénope exposés au cadmium présentent d’importantes malformations.
Pélagie Douchez/Université de Lille, Fourni par l’auteur

Ces têtards font aussi l’objet d’études morphologiques et biométriques. Nous mesurons en particulier leur longueur et l’écart entre leurs yeux. Là aussi, nous constatons que les têtards exposés au cadmium présentent de nombreuses malformations (œdèmes, queue tordue, intestin mal enroulé) et sont significativement plus petits et mal proportionnés par rapport à des individus non exposés. Nous avons étudié des têtards jusqu’à six jours après la fécondation, ce que nous permet le cadre bioéthique, et nous n’avons donc pas eu la possibilité de savoir s’ils atteignent l’âge adulte.

Enfin, nous avons porté une attention toute particulière au système cardiaque. La transparence du têtard nous a d’abord permis d’évaluer l’activité cardiaque en comptant le nombre de battements par minute. Cette première observation montre une tachycardie significative après une exposition au cadmium. Nous avons ensuite réalisé une étude structurelle du cœur et mis en évidence une atrophie du cœur, responsable d’un volume cardiaque plus petit, ainsi d’une architecture du myocarde modifiée. Cette désorganisation des tissus cardiaques est responsable d’une capacité du cœur à se contracter dégradée. De telles anomalies ont déjà été observées dans des cardiopathies humaines, sans pour autant avoir été reliées à une exposition au cadmium.

Enfin, nous avons mis en évidence des marqueurs protéiques propres à une contamination au cadmium qui permettent, en partie, d’expliquer les anomalies cardiaques observées.

Valider la spécificité de ces biomarqueurs

Dans de futurs travaux, nous visons à élargir ces données. D’une part, nous voulons évaluer si les biomarqueurs identifiés se retrouvent également chez d’autres organismes afin de déterminer s’ils constituent des marqueurs universels d’une exposition au cadmium, travail déjà commencé sur les embryons de poisson zèbre et de poulet. Nous souhaitons également déterminer si ces biomarqueurs sont spécifiques du cadmium, ou s’ils se retrouvent également suite à l’exposition à d’autres contaminants.

Pour cela, les biomarqueurs seront analysés après exposition à d’autres contaminants environnementaux, tels que des composés œstrogéniques. L’objectif sera de vérifier que les modifications observées sont spécifiques d’une exposition au cadmium et ne résultent pas d’une réponse générale au stress chimique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Le cadmium s’attaque (aussi) aux amphibiens – https://theconversation.com/le-cadmium-sattaque-aussi-aux-amphibiens-292424

Ce que l’affaire Thélyson Orélien dit de nos représentations de l’écrivain

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Gai, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université de Caen Normandie


L’ESSENTIEL

  • L’écrivain Thélyson Orélien, auteur de C’était ça ou mourir, est accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle, ce qui suscite une vive polémique.

  • Ce débat révèle les contradictions du monde littéraire, à la fois avide de nouveaux talents et prompt à les vouer aux gémonies.

  • Cette affaire nous invite surtout à réfléchir à notre vision de la littérature et de la figure de l’écrivain.


La carrière de Thélyson Orélien est marquée du sceau d’une fulgurance qui montre, en premier ressort, les affres du traitement médiatique devenu instinctif et parfois irraisonnable : un auteur suscite l’intérêt avant même son accueil auprès du public, génère un engouement international spectaculaire, et s’impose comme un succès dans les librairies françaises.

À mesure que les premiers pions de la rentrée littéraire se sont placés, Thélyson Orélien est devenu comme une cote prometteuse, cochant les cases d’une vie marquée par l’exil, du renouveau poétique d’une prose francophone et du statut de primo-romancier goûté du microcosme littéraire, qui doit faire conjuguer ses valeurs sûres avec le besoin de revivifier son catalogue.

En quelque sorte, Thélyson Orélien a constitué une bonne carte à abattre dans le jeu, toujours difficile à emporter, qui oppose exploitation et innovation. En l’espace de quelques semaines, il est passé d’inconnu à talent à suivre, voire à nouveau génie créateur, faisant valoir auctorialité forte et intentionnalité originale, pour figurer en bonne place dans les sondages des grands prix littéraires de l’automne.

Aux premiers jours de septembre, il ressortait que la capacité analytique moderne, la sensibilité artistique contemporaine nous permettraient de ne pas manquer un grand écrivain. Mais maudit est déjà Thélyson Orélien, rappelant au passage que la forge d’un succès n’est pas tant chronologique, au sens plein du terme, que culturelle, dans ses acceptions anthropologiques.

Théorie du complot, plaisir du texte et illusion littéraire

Paradoxalement, le débat polémique qui ressort de cette affaire omet des déplacements théoriques anciens, convoquant de nouveau le tribunal littéraire. L’emballement numérique et médiatique, où les commentaires racistes font bon ménage avec une attaque frontale contre les milieux littéraires parisiens, devient alors poreux face aux questions politiques, arrêtant les industries culturelles au milieu du gué, entre problème et solution.

De ce buzz ressort une double inaptitude supposée : celle d’un auteur racisé d’être à la hauteur du sacerdoce littéraire sans recourir à un tiers ; celle d’un entre-soi avide de têtes d’affiche au risque d’entacher le patrimoine français qu’est la littérature. Le débat est d’autant plus complexe qu’il fait suite à l’affaire Nora – le limogeage d’Olivier Nora, à la tête de la prestigieuse maison d’édition Grasset depuis vingt-six ans, a entraîné le départ concerté de 200 auteurs au printemps dernier. Grasset était alors rappelé au cœur même de contradictoires des industries culturelles loin d’être neuves, notamment depuis les travaux de Theodor Adorno : une place forte du dynamisme littéraire engluée dans un groupe médias aux intentions idéologiques et politiques avérées.

Émancipation contre alinéation, manigance contre manigance, stratégie contre stratégie : dans ce contexte délétère, chaque opposant devient le complotiste de l’autre.

Mort de l’auteur

Cette polarisation met de côté l’histoire de la critique littéraire, à commencer par la réalité structurale du texte, entendu comme un dispositif hypertextuel dont les potentialités sont finalement activées par un contexte socioculturel.

Si Thélyson Orélien a probablement été sacrifié sur l’autel de l’authenticité, de l’honnêteté et de la confiance que l’on projette, à titre de contrat de lecture, dans l’exercice d’écriture, Roland Barthes avait déjà, à la fin des années 1960, décrété la mort de l’auteur au profit de l’expérience de lecture.

Chez Barthes, ce concept venait se doubler d’une autre réalité : le plaisir du texte. Et, au sein même de cette configuration critique, il relevait deux dimensions dans l’acte de lecture : d’un côté, le confort d’un rendez-vous avec le texte, par la connaissance des codes et la maîtrise de ses applications (plaisir) ; de l’autre, le choc d’une rencontre plus fortuite, qui ouvre des voies nouvelles (jouissance).

Dans chacun de ces deux possibles de l’expérience du texte, c’est bien le désir qui s’exprime, et avant tout le désir de lire, peut-être prolongé par un désir d’écrire, dans une logique résolument interpersonnelle : dire à l’autre, trouver l’autre.

Bien avant les polémiques, bien avant que son auteur soit taxé, à tort ou à raison, de faussaire ou de plagiaire, le texte de Thélyson Orélien avait conquis un public. La jouissance du texte a été indéniable.

Au cœur de cette pratique, l’écrivain travaille sur des horizons multiples, il use de « trucs », rhétoriques, poétiques, peut-être informatiques, pour atteindre un objectif relationnel. Dans la mesure où il s’adresse, par le langage, avant tout à des imaginaires, son activité relève de l’illusion. Bien avant ChatGPT, Racine l’avait posé.

Chatgpt aura-t-il le Goncourt, Pangram deviendra-t-il éditeur ?

À ce sujet épineux de l’auctorialité du texte s’ajoute celui, non moins épineux, de la place des intelligences artificielles dans nos vies culturelles. Dans le débat proposé, le vol de la créativité est posé comme un axiome : l’impression, exprimée par les journalistes et les commentateurs, que l’auteur s’est mué en usurpateur ; et plus encore, par une supercherie qui aurait ouvert une faille, que cette littérature serait dorénavant atteignable par une machine.

Dans la presse ou sur les plateaux de télévision est invoqué le spectre de la mort de la littérature. Mais quelle littérature est ici en jeu ? Celle qui parle de son temps, qui est percutée par les pratiques de son époque, signe d’un renouveau plutôt que d’une catastrophe ? Celle qui conclut un exercice laborieux d’écriture, plaçant l’auteur à mi-chemin entre le siècle et les cieux, propre à notre concept moderne de littérature ? Celle qui construit « industriellement » depuis deux cents ans des succès par la médiatisation, et élabore des publics en faisant se rencontrer horizons culturels et méthodes marketing ? Celle qui s’incarne dans un milieu, où les modes de prescription font bon ménage avec une sociabilité « de salon », déjà relayée, voire remplacée par Instagram et TikTok ?

Il convient finalement de replacer la présence même dans le quotidien, et dans nos pratiques littéraires, du dispositif technique qu’est l’intelligence artificielle.

D’un point de vue symbolique, le recours aux IA génératives résonne, dans notre inconscient collectif, comme une facilitation, assistance qui s’oppose à la rugosité du chemin de croix littéraire. Tout aussi symboliquement, il peut paraître étonnant qu’un outil construit comme une métrique (Pangram) juge la probité d’une œuvre de l’esprit par une approche probabiliste. Les lieux communs mettraient aisément face à face, dans cette pratique, la littérature et les mathématiques, et peut-être n’auraient-ils pas tort.

Par ailleurs, s’il est question de soupçon, de doute et de peur de manigance, soulignons que la paternité d’une œuvre à une intelligence artificielle a été accordée… par une autre intelligence artificielle, dont il est impossible de connaître totalement les modalités de calculs, et encore moins les objectifs.

Ici, il n’est pas question d’agiter la peur du soulèvement des machines, mais bien d’interroger la position de spoliatrice, voire de prédatrice, de l’IA, qui capte les textes littéraires comme toute autre donnée, parfois au-delà du droit. Mais il ne sert à rien de polariser de nouveau un débat, alors même que Thélyson Orélien s’est peut-être lui-même soustrait à ce cadre légal.

Alors soulevons un dernier point, peut-être plus important qu’une actualité : la présence même de la langue de l’IA dans nos pratiques, quotidiennes comme artistiques, à venir. Le roman a trouvé son public et s’est assuré un accueil critique favorable. Et s’il devait s’avérer que Thélyson Orélien a bien utilisé une IA générative, ce serait peut-être le signe que le langage de ChatGPT est déjà pour nous désirable, posant en des termes renouvelés la question philosophique de la « honte prométhéenne » établie dans les années 1950 par Günther Anders.

The Conversation

Frédéric Gai ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ce que l’affaire Thélyson Orélien dit de nos représentations de l’écrivain – https://theconversation.com/ce-que-laffaire-thelyson-orelien-dit-de-nos-representations-de-lecrivain-292932

Comment une odeur devient-elle une madeleine de Proust ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Anne-Lise Saive, Chercheuse en neurosciences cognitives et intelligence artificielle au Centre de Recherche et d’Innovation de l’Institut Lyfe, Université de Lyon


L’ESSENTIEL

  • Certaines odeurs nous renvoient directement au passé, à des souvenirs précis auxquelles elles sont intimement liées.

  • Même si le parcours des signaux liés aux odeurs à travers le bulbe olfactif et jusqu’au cerveau est particulier, l’origine de cet effet « madeleine de Proust » ne peut pas être expliquée exclusivement par des arguments d’anatomie.

  • Les émotions et les mots liés à cette odeur ont aussi un rôle dans cette mémoire « autobiographique ».


« L’odeur très sucrée du lait concentré et le côté rafraîchissant du thé thaï (…) me ramènent immédiatement en Thaïlande, où je suis née et où j’ai grandi. Je revois les rues de Pattaya où, enfant, je m’arrêtais après l’école pour m’offrir une douceur avant de rentrer chez moi. Une seule bouchée de riz gluant à la mangue suffit pour que mon palais s’active. J’en ai des frissons, les poils qui se hérissent carrément. (…) En Thaïlande, on en trouve partout, mais en France, c’est bien plus rare, donc quand j’en trouve un bon, ça m’émeut énormément. Aussitôt, j’ai l’impression d’être transportée là-bas. »

– Carine Chaumont, créatrice de contenus en ligne en lien avec la nourriture, interviewée par Marion Saive en mai 2026.

Certaines saveurs ne font pas seulement naître une sensation agréable. Le riz gluant à la mangue replonge Carine dans un moment précis de son enfance : un lieu, une période de sa vie, une situation particulière, celle de s’offrir une douceur à la sortie de l’école. Ce voyage dans le temps s’accompagne d’une émotion intense, jusqu’à provoquer des réactions corporelles.

Son témoignage illustre avec force l’effet « madeleine de Proust ». La capacité d’une odeur à faire ressurgir un épisode de notre passé avec une intensité particulière.

L’anatomie du système olfactif fournit une première piste d’explication. Contrairement à la vision, à l’audition ou au toucher, l’information olfactive atteint directement les régions cérébrales impliquées dans les émotions et la mémoire, comme l’amygdale et l’hippocampe. C’est cette proximité anatomique qui fournirait un accès privilégié des odeurs aux émotions et à la mémoire.

Mais l’anatomie ne suffit pas. Si elle expliquait à elle seule l’effet madeleine de Proust, toutes les odeurs seraient capables de nous replonger dans notre passé. Or, c’est loin d’être le cas. La plupart des odeurs que nous sentons ne sont pas liées à un souvenir précis. Alors qu’est-ce qui distingue une odeur évocatrice d’une odeur simplement connue ou agréable ?

Malgré le côté magique de ce phénomène, les odeurs n’ont pas de mystérieux pouvoirs de mémoire. Elles deviennent évocatrices lorsqu’elles laissent une trace singulière dans notre histoire personnelle.

On goûte aussi avec le nez

On associe souvent la madeleine de Proust à un plat et, par extension, au goût. Pourtant, ce que nous appelons couramment le « goût » d’un aliment repose en grande partie sur l’odorat.

La langue détecte les saveurs, comme le sucré, le salé, l’amer, l’acide et l’umami. Elle nous informe aussi sur la texture ou la température des aliments. Mais les arômes, les notes de mangue, de noix de coco, de vanille ou de café d’un dessert par exemple, sont détectés par le nez. Pendant la mastication, les molécules odorantes remontent par l’arrière de la bouche jusqu’à la cavité nasale et activent nos récepteurs olfactifs : c’est la rétro-olfaction.

Ainsi, même lorsqu’un souvenir semble déclenché par le goût d’un plat, une grande partie de son identité sensorielle est en réalité olfactive. C’est pourquoi les recherches consacrées à l’effet madeleine de Proust s’intéressent particulièrement aux odeurs.

Reconnaître une odeur ne suffit pas

Pour qu’une odeur ravive un souvenir, deux processus doivent se combiner. Il faut d’abord que notre cerveau la reconnaisse comme déjà rencontrée, puis retrouve la scène dans laquelle elle a été vécue : le lieu, le moment, les personnes présentes, l’émotion associée.

On peut donc très bien sentir une odeur et se dire « je la connais », sans parvenir à retrouver ni où, ni quand, ni avec qui on l’a sentie. La madeleine de Proust commence lorsque cette reconnaissance ouvre la porte du contexte.

C’est cette distinction que nous avons étudiée dans une étude récemment publiée dans iScience. Cent six participants ont exploré, sans consigne de mémorisation, des photographies de paysages. Différentes odeurs étaient associées à des endroits précis de chaque image. En moyenne, les participants ont reconnu environ 77 % des odeurs après quelques jours, et parmi celles qu’ils reconnaissaient, ils retrouvaient ensuite correctement leur contexte dans un peu plus de la moitié des cas.

Un souvenir d’enfance vieux de trente ans ne se réduit évidemment pas à une expérience de laboratoire menée pendant quelques jours. Mais ce type de protocole a permis d’isoler pour la première fois les deux mécanismes qui nous intéressent : reconnaître une odeur, puis récupérer ce qui lui a été associé.

Ce qui rend une odeur mémorable

Nos résultats montrent que ces deux étapes ne reposent pas sur les mêmes leviers. Pour la reconnaissance, deux facteurs ressortaient. D’abord la charge émotionnelle : plus une odeur suscitait une réaction forte, en particulier lorsqu’elle était déplaisante, plus elle avait de chances d’être reconnue.

Ensuite, la richesse de sa description : plus une personne mobilisait de mots pour caractériser l’odeur, plus elle avait de chances de la reconnaître ultérieurement. Comme si décrire finement une odeur offrait davantage de prises à la mémoire. Ainsi, les participants nommaient parfois l’odeur « eucalyptus », « fromage » ou au contraire évoquaient un contexte ou une association personnelle, par exemple « Vicks, la crème qu’on met sous le nez quand il est bouché ».

Une fois l’odeur reconnue, d’autres caractéristiques rentraient en jeu. La familiarité de l’odeur suivait une courbe en U : les odeurs très familières, mais aussi les odeurs inconnues, étaient plus fortement associées à une récupération réussie du contexte que les odeurs moyennement familières. En effet, une odeur très familière peut être liée à des souvenirs clés et fréquents de notre vécu, et ainsi facilement rappelés. À l’inverse, une odeur nouvelle se détache, nous marque davantage, et faciliterait le rappel ultérieur de l’événement.

Pour chaque participant, nous avons également étudié les mots utilisés pour décrire chaque odeur. Plus sa description était unique, c’est-à-dire différente des descriptions données pour les autres odeurs et, pour cette odeur, par les autres participants, plus cette odeur avait de chances de ré-évoquer le contexte dans lequel elle avait été sentie. Il ne s’agit donc pas de connaître le vrai nom d’une odeur ni d’utiliser un vocabulaire sophistiqué. Ce qui semble compter, c’est qu’elle occupe une place suffisamment singulière dans notre esprit.

L’odorat n’est pas une super-mémoire

Si les odeurs peuvent évoquer des souvenirs de manière spectaculaire, cela ne signifie pas que notre mémoire olfactive soit globalement meilleure.

En effet, dans une autre expérience comparant odeurs, extraits musicaux ou visages, les participants reconnaissaient mieux les musiques et les visages que les odeurs. Mais lorsqu’il fallait retrouver le contexte précis dans lequel ces indices avaient été rencontrés, les odeurs et les visages fonctionnaient mieux que la musique.

Voilà peut-être la véritable particularité de l’odorat. Il n’est pas particulièrement performant dans notre mémoire des odeurs seules mais plutôt dans le contexte associé. Or, c’est précisément ce qui définit une madeleine de Proust.

Pourquoi les odeurs nous ramènent-elles si souvent à l’enfance ?

Plusieurs études ont montré que les souvenirs autobiographiques déclenchés par des odeurs provenaient majoritairement de la première décennie de vie, alors que ceux déclenchés par des mots ou des images culminaient entre 11 et 20 ans. Ils produisent ainsi un sentiment de voyage dans le temps plus marqué que les souvenirs évoqués par des mots ou des images.

Par exemple, une étude récente menée auprès de 647 personnes montre également que leurs premiers souvenirs olfactifs étaient fréquemment liés à des expériences positives et répétées pendant l’enfance. Cela suggère qu’une odeur devient évocatrice non pas à la suite d’une exposition isolée, mais parce qu’elle s’inscrit progressivement dans un ensemble de situations, d’émotions et de contextes.

Le témoignage du chef du restaurant Syprès à Lyon l’illustre bien :

« L’odeur de la lavande me ramène immédiatement dans le jardin de ma grand-mère, à Aups, un petit village du Var où nous passions un mois en famille chaque été. (…) Des années plus tard, à Lyon, j’ai goûté une glace à la lavande chez Terre Adélice. J’ai été ému parce que, tout de suite, je me suis revu enfant en train de jouer dans les plants de lavande chez ma grand-mère. Le parfum est assez particulier et ne plaît pas à tout le monde. (…) Beaucoup disent que ça a un goût de savon ou que ça sent le sent-bon pour les toilettes, mais moi, je l’aime précisément parce qu’il réveille tous ces souvenirs. »

– Alexis Trimbour, interviewé par Marion Saive en mai 2025.

Selon notre vécu et les associations que nous avons construites, une même odeur peut ainsi prendre des significations très différentes. La lavande évoquera pour certains un savon ou un produit ménager, alors que, pour Alexis, elle est indissociable des étés passés en famille et associée au réconfort et à la joie. Une odeur évocatrice n’est donc pas porteuse d’un souvenir universel. Au contraire, elle puise sa force dans la place singulière qu’elle a acquise au fil de notre expérience personnelle.

Une madeleine de Proust pourrait se résumer ainsi : l’odeur doit laisser une trace suffisante pour être reconnue, mais aussi occuper une place suffisamment singulière dans notre mémoire pour faire ressurgir la scène à laquelle elle est associée.


Les témoignages cités dans cet article sont issus d’entretiens réalisés par la journaliste Marion Saive (la sœur de l’autrice) pour sa newsletter indépendante_ La Mère Saive _consacrée à la gastronomie, aux chefs, aux artisans et aux récits liés au goût en région lyonnaise.

The Conversation

Anne-Lise Saive ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment une odeur devient-elle une madeleine de Proust ? – https://theconversation.com/comment-une-odeur-devient-elle-une-madeleine-de-proust-291718

Comment l’odorat nous aide à comprendre l’origine et l’évolution de notre cerveau

Source: The Conversation – France in French (2) – By Anton Crombach, Chercheur, Inria

L’odorat est notre lien le plus direct avec le monde extérieur. Richárd Ecsedi/Unsplash, CC BY

L’ESSENTIEL

  • L’odorat est un sens tout à fait particulier du point de vue cérébral : c’est notre lien le plus direct avec le monde extérieur.

  • Les zones cérébrales qui contrôlent l’odorat semblent avoir très peu changé au cours de l’évolution.

  • Certains neurones du cortex olfactif de la souris ressemblent davantage à ceux des lézards ou des salamandres qu’à ceux du néocortex de la souris.


Saviez-vous que, parmi nos cinq sens, l’odorat est notre lien le plus direct avec le monde extérieur ? Les signaux liés au toucher, à la vue, à l’ouïe et au goût transitent d’abord par une région cérébrale intermédiaire (appelée le thalamus) avant d’atteindre leurs zones spécifiques dans le cortex.

En revanche, lorsque vous sentez une odeur agréable, comme celle de croissants tout juste sortis du four, ou une mauvaise odeur, comme celle d’un toast brûlé tôt le matin, les signaux provenant des molécules odorantes n’ont pas besoin de passer par le thalamus pour atteindre le cortex olfactif du cerveau. Non seulement l’odorat bénéficie de cette connexion particulière, mais, quand on y réfléchit, l’olfaction n’est rien d’autre que la détection des molécules qui nous entourent, ce qui, d’un point de vue évolutif, constitue un moyen très ancien d’apprendre à connaître son environnement. En effet, l’odorat est très répandu chez les animaux, ce qui signifie que nous pouvons comparer les cerveaux des animaux pour en savoir plus sur les origines de notre propre cerveau.

Schéma simplifié du néocortex et du cortex olfactif chez l’être humain.
Modifié à partir d’Explorebiology, Wikipedia, CC BY

Prenons un peu de recul. Lorsque l’on parle du cerveau, on pense généralement à ce qu’on appelle le néocortex. C’est la partie du cerveau qui s’est considérablement développée chez les humains et les autres primates ; il est considéré comme un élément essentiel pour comprendre des caractéristiques « avancées », telles que la conscience, l’intelligence ou le langage.

On retrouve le néocortex chez tous les mammifères, comme les souris, les chiens ou les humains, mais pas au-delà. Par exemple, les reptiles, tels que les lézards, et les amphibiens, comme les salamandres, n’en possèdent pas. Alors, d’où vient le néocortex ? Comment a-t-il évolué ?

Pour les scientifiques, cette question s’apparente à un casse-tête, comportant de nombreuses pièces connues et de nombreuses pièces manquantes. L’une des pièces manquantes réside dans le fait que le néocortex présente une apparence très différente de celle des cerveaux des lézards et des salamandres, ce qui rend difficile leur comparaison directe.

Heureusement, les humains et les souris possèdent d’autres parties du cerveau qui sont plus faciles à comparer avec les lézards et les salamandres. L’une d’entre elles est le cortex olfactif, la zone du cerveau consacrée à l’interprétation de l’odorat.

En collaboration avec Sara Zeppilli, Alexander Fleischmann (Université Brown, États-Unis) et d’autres chercheurs, nous avons entrepris d’ajouter une pièce au puzzle : une comparaison entre les neurones du cortex olfactif d’une souris, ceux de son néocortex et ceux des cerveaux des reptiles et des amphibiens.

L’analyse des neurones au niveau moléculaire constitue un moyen puissant de mieux comprendre le cerveau. Les technologies expérimentales ont énormément progressé au cours de la dernière décennie, à tel point que nous pouvons désormais déterminer systématiquement les niveaux d’expression de tous les gènes pour chaque cellule d’un tissu donné. Le niveau d’expression d’un gène indique dans quelle mesure ce dernier est nécessaire dans une cellule donnée.

Chez un animal tel que la souris, chaque cellule dispose de l’ensemble des gènes (le génome complet), mais, pour que la cellule remplisse sa fonction dans l’organisme (par exemple, un neurone doit être capable d’envoyer et de recevoir des signaux électriques), elle n’a besoin que d’un sous-ensemble de gènes. Ces informations sont précieuses pour nous, car en observant quels gènes sont exprimés, nous pouvons en apprendre beaucoup sur l’état de la cellule, sur les décisions qu’elle a prises par le passé ou sur les fonctions moléculaires qu’elle exécute. Par exemple, nous pouvons étudier l’ensemble des neurones du cortex olfactif et observer en quoi ils diffèrent des neurones du néocortex et de ceux d’autres espèces.

Décrire les gènes exprimés dans chaque type de neurones

C’est ainsi que nous avons entrepris de décrire d’abord minutieusement le cortex olfactif au niveau moléculaire. Dans l’ensemble, nous avons tiré deux conclusions principales. La première est que, à bien des égards, le cortex olfactif ressemblait à n’importe quelle autre zone corticale, mais présentait toutefois quelques différences marquantes. En nous concentrant sur les neurones, nous avons identifié les types cellulaires habituels du cortex de souris, tels que différents types de neurones excitateurs et inhibiteurs (respectivement, les neurones glutamatergiques et GABAergiques).

En examinant les différents types de neurones excitateurs, nous avons découvert qu’ils changent plus progressivement d’un type de neurone à l’autre dans le cortex olfactif que dans le néocortex. En effet, les types de cellules neuronales olfactives semblent former des gradients d’expression génique assez lisses, tandis que les types de neurones néocorticaux étaient plus nettement distincts et présentaient des changements d’expression plus brusques entre eux.

Bien que ces observations semblent assez simples, elles nous permettent d’approfondir notre compréhension du fonctionnement interne d’une cellule. D’après la théorie mathématique des systèmes dynamiques, nous savons que les modèles de changement « progressifs », par opposition aux modèles « brusques », sont susceptibles d’être générés par des mécanismes de régulation différents, c’est-à-dire par des façons différentes pour un neurone de décider quels gènes lui sont nécessaires ou non.

L’application de ces connaissances mathématiques aux données biologiques n’est pas anodine, et les réponses apportées à ce stade ne sont peut-être pas définitives, mais nous avons finalement conclu que, malgré des similitudes superficielles entre les neurones activateurs du système olfactif et ceux du néocortex, leur organisation interne est assez différente. Les neurones olfactifs de la souris décident quels gènes exprimer d’une manière assez différente de celle des neurones néocorticaux voisins – et nous avons également retrouvé certains de ces schémas olfactifs de prise de décision chez le lézard et la salamandre.

Certains neurones de souris sont plus proches de ceux des lézards que des autres neurones de souris

Cette dernière découverte, valable pour plusieurs espèces, nous a amenés à poser une question évolutive cruciale : les neurones du cortex olfactif sont-ils plus proches des autres régions cérébrales de la souris ou ressemblent-ils davantage aux neurones d’autres espèces non mammifères ?

La réponse s’est avérée surprenante. Les types de neurones du cortex olfactif de la souris ressemblent davantage à ceux des lézards ou des salamandres qu’à ceux du néocortex de la souris. C’est tout à fait remarquable, car depuis 200 millions d’années, les neurones du cortex olfactif de la souris ont évolué au côté de ceux du néocortex de la souris.

Notre deuxième découverte intéressante a été la présence d’un grand nombre de neurones de type immature (c’est-à-dire similaires aux cellules de jeunes souris) dans le cortex olfactif de souris adultes. Nous avons utilisé l’apprentissage automatique pour prédire que, au cours de la vie d’une souris, ces neurones immatures sont destinés à devenir des neurones activateurs. Nous avons émis l’hypothèse qu’ils jouaient un rôle dans la plasticité cérébrale, par exemple pour aider les souris à adapter rapidement leurs circuits neuronaux aux changements de leur environnement. Par exemple, pour détecter de nouvelles odeurs. En effet, en comparant les résultats obtenus chez nos souris de laboratoire, évoluant dans un environnement monotone, à ceux de souris d’origine sauvage vivant dans un milieu plus dynamique, nous avons pu établir que les principales différences entre les cortex olfactifs de laboratoire et sauvages se situaient au niveau des neurones activateurs.

En combinant ces deux résultats, le cortex olfactif de la souris semble avoir conservé trois caractéristiques moléculaires ancestrales, à savoir des changements progressifs dans l’expression génique entre les neurones activateurs, une similitude marquée avec des espèces éloignées sur le plan évolutif, et une plasticité cellulaire accrue grâce à la présence d’un pool de neurones immatures.

En résumé, nous avons créé une ressource sur le cortex olfactif qui profite à nos collègues intéressés par l’olfaction, l’évolution (du cerveau) et la prise de décision cellulaire. Pour nous, il s’agit d’une étude fondamentale sur laquelle nous construisons de nouveaux projets. Actuellement, par exemple, nous l’utilisons dans le cadre d’une étude visant à comprendre comment les cellules du cortex olfactif modifient leur expression génique en réponse à l’apprentissage d’une nouvelle odeur.

Cette étude comparative nous a permis de mieux comprendre à quel point la nature peut faire preuve de souplesse dans la création des types cellulaires. Grâce à l’odorat, nous avons ajouté une pièce au puzzle que constitue l’évolution du cerveau.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Anton Crombach a reçu des financements de l’ANR, l’INCa, l’Inria et les NIH (États-Unis).

– ref. Comment l’odorat nous aide à comprendre l’origine et l’évolution de notre cerveau – https://theconversation.com/comment-lodorat-nous-aide-a-comprendre-lorigine-et-levolution-de-notre-cerveau-290886

Le succès d’Angine de Poitrine annonce-t-il le retour du « rock prog » ?

Source: The Conversation – in French – By Alexander Carpenter, Professor, Musicology, University of Alberta

Le groupe de « math rock » Angine de Poitrine est partout ces temps-ci : ce duo originaire du Saguenay, au Québec, a remporté deux prestigieux prix Polaris le 22 septembre dernier et s’est récemment produit au Tonight Show, aux États-Unis, ainsi que sur des scènes à l’étranger.


Le prix Polaris récompense les albums canadiens les plus marquants et est décerné par plus de 200 critiques et commissaires. Angine de Poitrine a remporté à la fois le prix de l’album et celui de la chanson. Ce dernier est décerné conjointement par Polaris et la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.

Le groupe a connu un succès viral au début de l’année 2026 et a donné des spectacles à guichets fermés partout dans le monde.

Une grande partie de l’attention que le duo a suscitée est due à sa présence scénique excentrique et au fait qu’il se présente comme un « projet artistique anonyme ». Le guitariste « Khn » et le batteur « Klek » portent des tenues à pois et d’énormes têtes en papier mâché, et se font passer pour des vedettes rock extraterrestres.

Mais la musique du groupe, caractérisée par des mélodies microtonales, des textures denses et minutieusement construites ainsi que des rythmes décalés et complexes, a aussi captivé de nombreux mélomanes.

Au moment où le duo dominait les médias sociaux et les festivals d’été, Rush, trio emblématique du rock progressif canadien, a effectué une tournée mondiale de retour épique et très médiatisée, qui souligne près de 50 ans de présence dans l’industrie musicale. Leur popularité est-elle le signe, aussi improbable que cela puisse paraître, que nous assistons à une renaissance du rock progressif ?




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L’émergence du « rock prog »

À la fin des années 1960, influencé notamment par l’évolution du rock psychédélique, le rock progressif (ou « prog ») a vu le jour en réaction à la pop commerciale et au rock inspiré du blues. Il emprunte à d’autres traditions musicales — la musique savante, le jazz, la musique non occidentale — et met l’accent sur la virtuosité technique, les morceaux longs, l’expérimentation, les textures quasi symphoniques et les formes issues de la musique savante.

La popularité du prog a chuté brutalement au milieu des années 1970, et le genre — avec ses excès légendaires, notamment les solos interminables, les paroles abstruses et la grandiloquence — a été éclipsé par l’avènement du punk.

Rush a joué un rôle clé dans l’essor du prog. Fondé à Toronto en 1968, le groupe, qui a lancé son premier album en 1974, a su marier un hard rock aux accents de blues, dans la veine de Led Zeppelin, The Who et Cream, à la palette plus riche proposée par les groupes britanniques pionniers du rock progressif.

Les aspects progressifs de la musique de Rush comprenaient des textures de guitare atmosphériques, des lignes de basse mélodiques virtuoses, des parties de batterie techniquement exigeantes et l’utilisation de mesures asymétriques (qui regroupent les temps par cinq ou par sept, par exemple, plutôt que par quatre).

Dans les années 1980, cette approche a cédé la place à une musique plus radiophonique, ce qui a donné lieu à une succession de succès de Rush qui ont dominé les palmarès tout au long de la décennie.

Angine dans le spectre du rock progressif

Alors que Rush est issu de cette ère du rock progressif « classique », Angine de Poitrine occupe une place différente sur ce spectre.

La musique du groupe est généralement qualifiée de math rock, un sous-genre du rock progressif apparu au début des années 1990. L’auteur Jeff Gomez en a retracé l’histoire dans son récent ouvrage Math Rock, en remontant jusqu’au free jazz, au rock progressif et au thrash métal.

Bien qu’il n’y ait pas de consensus sur la signification ou la valeur de l’étiquette « math rock », on peut dire sans trop se tromper qu’il s’agit principalement de musique rock instrumentale caractérisée par un jeu virtuose et extrêmement précis, ainsi que par une grande complexité rythmique et métrique.

Non seulement cette musique recourt à des mesures asymétriques et à des phrases de longueur variable — courantes dans le prog classique —, mais elle peut aussi être polymétrique, ses lignes musicales simultanées regroupant les temps de façons différentes.

Angine de Poitrine se produit au gala du prix Polaris le 22 septembre 2026.

Parties musicales superposées et en boucle

Dans le cas d’Angine de Poitrine, le guitariste du groupe joue d’un instrument à double manche dont l’un est une basse. Les parties de guitare et de basse sont jouées en temps réel et mises en boucle. Autrement dit, elles sont enregistrées numériquement au fur et à mesure que Khn les joue, puis se répètent en boucles continues.

Les boucles se superposent les unes aux autres ; elles sont de durées variables et leurs temps sont regroupés de façons différentes. Le côté « mathématique » de cette musique réside dans la façon dont les boucles évoluent de manière cyclique et finissent par s’aligner.

L’effet est kaléidoscopique : de multiples lignes mélodiques rivalisent pour attirer l’attention de l’oreille et se déphasent les unes par rapport aux autres, ce qui crée sans cesse de nouvelles relations.

Cela nécessite une chorégraphie élaborée. La pédale de boucle et une série de pédales de volume, qui font entrer et sortir les boucles du mixage, sont posées au sol et contrôlées par les pieds du guitariste. Le batteur maintient un rythme régulier sous les parties polymétriques de guitare et de basse, tantôt en tension avec elles, tantôt en parfaite synchronisation lorsque les boucles s’alignent, ce qui donne des rythmes résolument funk.

Le nouveau Rush ?

Angine de Poitrine est-il vraiment « le nouveau Rush », comme l’ont affirmé certains fans sur les médias sociaux ?

Peut-on comparer ces deux groupes et, si oui, que nous dit cette comparaison sur l’état actuel de la musique « progressive » ?

Pendant leur tournée, les membres de Rush ont fait l’éloge d’Angine de Poitrine, y voyant certaines affinités avec leur propre tradition esthétique.

La complexité de Rush et d’Angine de Poitrine séduit particulièrement les musiciens, qui mesurent la difficulté de composer ce genre de musique et de coordonner les parties sur scène.

Mais chez Rush, l’héritage progressif est désormais éclipsé par une forte dose de nostalgie et par une série de succès radiophoniques devenus des classiques du rock.

Angine de Poitrine est indéniablement impressionnant, et le groupe est assurément passionnant à écouter et à voir en spectacle, mais les costumes, le concept de « vedettes rock extraterrestres » et l’absence de chant pourraient laisser présager une carrière de courte durée.

La création de textures musicales complexes n’a plus rien de nouveau : la technologie des boucles existe depuis une trentaine d’années, et des groupes de math rock — comme le duo post-rock de San Francisco Giraffes ? Giraffes ! — produisent une musique tout aussi excentrique et axée sur les boucles depuis le début des années 2000.


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L’essor continu de la musique moins commerciale

Peut-être n’avons-nous donc pas assisté à une véritable renaissance du rock progressif en 2026. Mais d’une certaine manière, le prog n’a jamais vraiment disparu. Non seulement des groupes comme Rush ont perduré (pendant près de 50 ans, aux côtés d’autres « dinosaures » du prog toujours actifs comme Styx et Yes), mais le penchant du rock progressif pour une musique moins commerciale, à la composition plus élaborée et aux morceaux longs, a évolué.

On le retrouve encore dans la musique de groupes prog plus récents comme Dream Theater, Porcupine Tree, Big Big Train et Wobbler, mais aussi dans celle d’artistes plus grand public comme Radiohead, Tool et Primus.

Grâce aux médias sociaux et à la diffusion en continu, la radio commerciale ne dicte plus les formes de production musicale.

Le succès de groupes comme Angine de Poitrine montre au moins que la musique rock peut bousculer nos oreilles et qu’elle n’a pas besoin d’être simplifiée à outrance ou « tiktokisée » pour trouver un public nombreux et enthousiaste.

La Conversation Canada

Alexander Carpenter ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le succès d’Angine de Poitrine annonce-t-il le retour du « rock prog » ? – https://theconversation.com/le-succes-dangine-de-poitrine-annonce-t-il-le-retour-du-rock-prog-292937

Où est passée la gauche, quand ses idées sont partout ?

Source: The Conversation – in French – By Thomas Saïas, Professeur de psychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)

À moins de deux semaines du scrutin du 5 octobre, la campagne électorale québécoise s’organise autour du coût de la vie, du logement, de la santé et de l’immigration. Mais derrière ces enjeux familiers se dessine une question plus vaste, largement absente du débat : pourquoi une société dotée d’un dense réseau communautaire et de solides traditions de solidarité peine-t-elle à traduire cette gauche sociale en projet politique collectif ?


Cette élection est, comme tant d’autres dans les démocraties occidentales, l’occasion de questionner la manière dont on débat de ces sujets. La santé devient une question d’accès aux soins, l’éducation de ressources humaines, le logement d’offre locative, les inégalités sociales de pouvoir d’achat. Une grande partie de la discussion porte sur la manière d’administrer des difficultés dont les racines sont rarement questionnées.

On cherche à améliorer, corriger, rendre performant ou flexible bien davantage qu’à discuter des choix collectifs qui déterminent en amont la répartition des ressources, des protections et des risques.

Les structures sociales de l’itinérance

Sur la question de l’itinérance, par exemple, si l’objectif de diminution est partagé par tous et que les partis en lice évoquent des investissements budgétaires visant à reloger en urgence les personnes itinérantes, seuls quelques partis (Parti Québécois, Québec solidaire) ont une approche dite « préventive » ou centrée sur l’accès prioritaire au logement.

Mais aucun ne questionne les structures sociales productrices d’itinérance.

Le Parti libéral du Québec évoque par exemple la possibilité d’accompagner les enfants placés à leur sortie des dispositifs de protection de l’enfance pour éviter les situations d’itinérance. Sans toutefois questionner la qualité des services de protection responsables de l’itinérance d’un tiers des enfants devenus adultes qui leur ont été confiés, ou les structures sociales qui préviendraient la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.




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Des mesures qui oublient les fondements

En 2026, près de 4 000 élèves québécois ont connu une interruption ou une réduction de leur scolarité pour des troubles du comportement, contre environ 1 500 en 2021. Si l’on peut discuter des ressources humaines à ajouter, on peut aussi demander comment un système scolaire en arrive à ne plus pouvoir accueillir certains enfants.

Sur la question des inégalités d’accès au logement – thème social central en contexte urbain au Québec –, le Parti libéral promet de construire à terme 100 000 logements par an, tandis que le Parti québécois propose des aides fiscales pour faciliter l’accès à la propriété. Pourtant, malgré une remontée du taux de logements vacants, les loyers moyens ont augmenté de près de 30 % entre 2022 et 2025, selon une coalition de 130 organismes qui réclame notamment un véritable contrôle des loyers et le développement du logement social.

Au-delà du nombre de logements construits, c’est donc aussi la régulation du marché immobilier qui est en jeu. Mais comment parler de régulation du marché sans parler de l’acceptation muette du marché comme socle social commun ?

La pensée politique de gauche

La logique déployée relève presque en tout temps de la pensée gestionnaire et technocratique. La bonne administration des dispositifs relaie au second plan les structures responsables des problèmes que nous rencontrons. On cesse, dans ces conditions, d’interroger les rapports de pouvoir, la distribution des ressources et notre capacité collective à transformer les conditions qui produisent les inégalités.

C’est sur ce terrain que la pensée politique de gauche s’est historiquement constituée. Or, cette interrogation structurelle paraît peu présente en 2026. L’organisation capitaliste de nos sociétés constitue la trame de fond du débat électoral, sans jamais être remise en question. On discute de productivité, d’investissements ou de fiscalité, mais beaucoup moins de la manière dont l’organisation du travail, de la propriété ou du marché contribue elle-même à produire certaines difficultés auxquelles l’action publique tente ensuite de répondre.

D’où le paradoxe : où est passée la gauche politique, alors que ses idées – et plus encore ses pratiques – semblent partout ?

L’infrastructure communautaire du Québec

Le Québec compte un peu plus de neuf millions d’habitants et son réseau communautaire est considérable : environ 10 300 organismes d’action communautaire, 137 000 personnes salariées et près de 459 000 bénévoles recensés en 2023. Pour appartenir à l’action communautaire autonome, un organisme doit être issu de la communauté, avoir une vie démocratique propre, être indépendant du réseau public et poursuivre une mission favorisant explicitement la transformation sociale.

L’action communautaire constitue un espace « politique », autonome par rapport à l’administration de l’État, dans lequel des citoyennes et citoyens définissent collectivement des problèmes auxquels ils tentent de répondre. Ce décalage est saisissant : l’infrastructure communautaire (comprendre « de gauche ») existe partout au Québec, sans traduction électorale. Le seul parti se réclamant de la gauche radicale, Québec solidaire, recueille actuellement autour de 10 % des intentions de vote (contre 15 % en 2022).

Le communautaire et la technocratie

Pourquoi cette gauche sociale, communautaire, si présente ne parvient pas à se convertir en mouvement politique crédible ?

Une première hypothèse tient à la technicisation du débat. Des choix explicitement politiques – redistribution, périmètre des services publics, organisation du travail, répartition de la richesse – sont de plus en plus présentés comme des contraintes de gestion. La pensée technocratique est ainsi parvenue à s’imposer comme inéluctable, comme unique option.




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Une seconde hypothèse tient à la fragmentation. Les mouvements féministes, écologistes, antiracistes, ou syndicaux produisent des pratiques radicales, pertinentes, mais disposent de peu d’espace politique capable de les rassembler et de constituer, à partir d’eux, un projet politique. Le Québec a pourtant connu une telle convergence au début des années 2000 : le mouvement féministe et communautaire, notamment à travers « D’abord solidaires » (2002), puis « Option citoyenne » (2004), s’est rapproché de l’Union des forces progressistes pour donner naissance à Québec solidaire en 2006. Mais il semble désormais difficile de surmonter les arguments gestionnaires, fondés sur le statu quo des institutions.

Les formations populistes de droite disposent, quant à elles, d’une grammaire immédiatement lisible : nation, identité, mérite… La gauche doit encore trouver comment faire de sa pluralité, un projet politique collectif.


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La troisième hypothèse expliquant l’atrophie de la gauche politique tient, il me semble, dans l’orchestration du débat. Discuter des solutions plutôt que de la définition du problème contribue, consciemment ou non, à reconduire le cadre existant. Il s’agit d’une stratégie active pour maintenir le statu quo. Si la question scolaire devient une question de ressources humaines, ou la question du système de santé celle du nombre de médecins, le champ des réponses est déjà tracé et les changements ne peuvent être que marginaux.

Interroger le problème lui-même permet d’envisager, au contraire, que ses causes puissent se trouver dans les structures que le débat politique tient habituellement pour acquises. Cela reviendrait à remettre en question les fondements des partis centristes qui tirent leur force de stratégies gestionnaires et bureaucrates.

Rediscuter collectivement des structures

Le paradoxe québécois rejoint ainsi une interrogation présente dans de nombreuses démocraties occidentales. La gauche n’a peut-être pas disparu des sociétés : elle demeure dans le milieu communautaire – associations citoyennes –, leurs mobilisations et les solidarités quotidiennes.

Ce qui, chez la gauche, semble aujourd’hui profondément affaibli est sa capacité à transformer ces expériences dispersées en une proposition politique : non plus seulement mieux administrer les conséquences des inégalités, mais rediscuter collectivement les structures qui les produisent.

La Conversation Canada

Thomas Saïas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Où est passée la gauche, quand ses idées sont partout ? – https://theconversation.com/ou-est-passee-la-gauche-quand-ses-idees-sont-partout-292081

Sommet de la philanthropie à Montréal : l’urgence de passer à l’acte

Source: The Conversation – in French – By Jean-Marc Fontan, Professeur émérite, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le monde fonce droit dans un mur, celui de l’effondrement des écosystèmes naturels. Il doit délaisser le modèle développemental extractiviste et s’attaquer aux causes profondes des inégalités, du racisme, des abus de pouvoir et de la dégradation des écosystèmes. Pour ce faire, la philanthropie peut devenir un formidable outil.


Quatre cents participantes et participants sont à Montréal cette semaine pour poursuivre une réflexion collective sur l’avenir de la philanthropie. Le WINGSForum réunit des professionnels, experts et scientifiques du milieu de la philanthropie évoluant dans des réseaux et des organisations du monde entier. Ils font le pont entre les univers du Nord et du Sud.

Le thème cette année est la nécessité du passage à l’acte, comme en font foi les libellés anglais et français du Forum : ACT (Activate, Collaborate, Transcend) et ACTE (Activer, Collaborer et Transcender Ensemble).

Les conversations font écho à une conjoncture marquée par l’accroissement des inégalités, la détérioration des milieux de vie, l’intensification des changements climatiques, l’érosion de la biodiversité, la montée du conservatisme et le retour en force des autoritarismes.




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Le moment présent se prête moins à des appels abstraits aux changements qu’à la mise sur pied d’initiatives concrètes — tant conservatrices que progressistes — visant à transformer en profondeur les organisations et les institutions.

La conjoncture oppose les promoteurs d’un développement hyperlibéral et extractiviste aux partisans d’une contre-hégémonie à visée émancipatrice. En toile de fond, un clin d’œil aux modes de vie des populations autochtones, présentés comme source d’inspiration pour repenser les nôtres.

Ayant développé depuis 2013 une expertise dans le champ de la philanthropie subventionnaire, et collaboré sur plusieurs projets avec l’organisation Wings dans le cadre des travaux du Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), nous endossons pleinement le sentiment d’urgence d’agir identifié par le Forum Wings en vue de réduire les inégalités sociales et de mitiger les effets négatifs de nos actions sur l’environnement.

Trois grands axes de travail

L’organisme promoteur du Forum, WINGS, est une organisation non gouvernementale représentative de la société civile internationale. Depuis sa création en 2000, elle est financée par le secteur philanthropique.

Son activité phare est la tenue de forums internationaux. Celui de Montréal est le huitième d’une lignée qui l’a vue grandir, décliner et renaître de ses cendres. Forte d’un effectif de 250 organisations membres réparties dans 60 pays, WINGS soutient le milieu philanthropique dans ses efforts pour générer du changement transformateur. L’objectif est de voir émerger un monde plus juste, équitable et durable.

Pour ce faire, trois grands axes de travail sont déployés : le développement de l’intelligence collective, le renforcement des écosystèmes philanthropiques et l’exercice d’un plaidoyer pour des politiques publiques qui peuvent favoriser l’objectif de voir émerger un « Nouveau Monde ».

S’attaquer aux causes profondes des inégalités

Le Forum de Montréal s’inscrit en complémentarité avec les deux précédents. Celui de 2020, organisé en ligne en raison de la pandémie de Covid-19, visait à imaginer le futur. Le suivant, tenu à Nairobi, au Kenya, en 2023, avait pour objectif de transformer les pratiques et les institutions.

À Montréal, on entend explorer comment la philanthropie peut évoluer vers une action coordonnée, courageuse et pratique, en particulier en s’attaquant aux causes profondes des problèmes d’aujourd’hui et en changeant la façon dont le pouvoir et les ressources sont créés, détenus et partagés.




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Pour s’attaquer à cela, trois thèmes guideront les conversations.

Le premier concerne l’activation des mécanismes qui faciliteront les changements en profondeur. Le deuxième touche les conditions propices à des partenariats forts et à des collaborations soutenues. Le troisième a trait aux façons de mobiliser les ressources requises et, surtout, au rôle des organisations philanthropiques dans les transformations à enclencher.

Le statu quo n’est plus une option

Un tel Forum prend l’aspect d’un vaste remue-méninges à l’intérieur du système philanthropique international, permettant de prendre connaissance d’avancées concrètes, de se pencher sur les conditions favorables aux actions et, possiblement, sur les verrous qui les limitent. Des innovations émergeront peut-être, pour donner l’impulsion à de nouvelles pratiques et de nouveaux comportements. Les rencontres donneront sans doute aussi l’occasion de tisser des collaborations susceptibles de se traduire en partenariats.

Un constat émerge du milieu philanthropique : le statu quo développemental n’est plus une option. Il faut réaliser un saut qualitatif d’importance pour lancer des changements systémiques. Aussi ce Forum mettra-t-il en lumière des initiatives innovatrices et parfois subversives.

De l’extérieur, il peut paraître naïf de se demander comment la philanthropie subventionnaire, adossée à des fortunes privées issues justement de processus extractivistes et de dynamiques sociales fondées sur les inégalités et la concentration des pouvoirs et des ressources, peut collaborer avec la philanthropie des ONG et des organismes communautaires. Ces derniers, qui fonctionnent avec des pouvoirs restreints et des ressources limitées, sont à bout de souffle.

La majorité des fondations philanthropiques financent peu les actions qui s’attaquent aux causes de la marginalité, que ce soit pour lutter contre la pauvreté et la discrimination, préserver nos systèmes écologiques, renforcer des pratiques démocratiques ou encore soutenir et promouvoir le vivre ensemble.

Transcender le modèle extractiviste

Échanger des informations, partager de bonnes pratiques, cerner les conditions de réussite et mettre au jour les verrous en place : tout cela suffit-il ? Pour apporter, dans des systèmes allergiques aux changements, les transformations en profondeur qui s’imposent face aux grands maux de la question sociale mondiale, doit-on faire plus qu’échanger et palabrer ?


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Poser la question, bien sûr, n’est pas y répondre. Mais Montréal peut être l’occasion de transcender le modèle développemental extractiviste et de poser les fondements d’une approche permettant de centrer les réflexions et les analyses autour des causes profondes derrière les inégalités, le racisme, les abus de pouvoir et la dégradation des écosystèmes. Une approche qui s’inspire, d’ailleurs, de celle des populations autochtones dans leur façon d’aborder les écosystèmes et d’accorder autant d’importance aux considérations sociales qu’écologiques.

WINGSForum peut être l’occasion de transcender une modernité aux commandes de sociétés informatisées fonçant droit dans un mur : celui de l’effondrement des écosystèmes naturels.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Sommet de la philanthropie à Montréal : l’urgence de passer à l’acte – https://theconversation.com/sommet-de-la-philanthropie-a-montreal-lurgence-de-passer-a-lacte-292438