Source: The Conversation – France in French (3) – By Marina Gómez de Quero Córdoba, Profesora Lectora en Grado en Enfermería, Universitat Rovira i Virgili
L’incontinence urinaire féminine n’est ni une maladie bénigne ni une conséquence « normale » liée au fait de prendre de l’âge, aux accouchements ou à la ménopause. Il s’agit d’un trouble fréquent, avec un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie. Pourtant des traitements existent et la plupart d’entre eux ne passe pas par la case « chirurgie ».
Rire, tousser ou sortir de chez soi… que se passe-t-il quand ces actions quotidiennes deviennent des sources de stress permanent ? C’est ce que vivent les millions de femmes qui souffrent d’incontinence urinaire, un problème de santé aussi fréquent que sous-diagnostiqué.
On estime qu’environ une femme sur trois souffrira d’une forme d’incontinence au cours de sa vie (Cette pathologie touche entre 25 à 40 % des femmes selon les études, précise le ministère de la santé français, NdT). Pourtant, cette réalité est souvent banalisée et passée sous silence.
Il ne s’agit ni d’une maladie bénigne ni d’une conséquence « normale » de l’âge, des accouchements ou de la ménopause. Nous parlons là d’un trouble ayant un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie des personnes qui en souffrent.
D’un point de vue physiologique, l’incontinence urinaire est due à une altération des mécanismes qui contrôlent le stockage et l’évacuation de l’urine. Dans des conditions normales, la vessie se remplit progressivement pendant que les muscles du plancher pelvien et les sphincters urétraux restent contractés, ce qui empêche les fuites. Quand ce système défaille – en raison d’une faiblesse du plancher pelvien, de lésions neurologiques, d’une hyperactivité du muscle détrusor ou de troubles hormonaux –, le contrôle volontaire de la miction est perdu.
Certains facteurs, tels que les grossesses et les accouchements, la ménopause, le vieillissement, des interventions chirurgicales subies antérieurement ou certaines maladies neurologiques peuvent contribuer à de tels changements. Cela donne lieu à différents types d’incontinence, comme l’incontinence d’effort (provoquée par un effort physique, une toux, un rire…), l’incontinence par impériosité (lorsqu’un besoin impérieux d’uriner se fait sentir et qu’une petite quantité s’échappe avant d’arriver aux toilettes) ou l’incontinence mixte.
Quand le problème n’est pas seulement physique
Pendant des années, ce problème a été abordé presque exclusivement sous l’angle physique : quelle quantité d’urine est perdue, à quelle fréquence, quel type de protection utiliser… Cependant, le véritable poids de l’incontinence ne se situe pas seulement au niveau de la vessie, mais aussi dans ce qu’elle provoque sur le plan émotionnel.
Dans une étude récemment publiée dans la revue Enfermería Clínica, nous avons examiné la situation de 200 femmes souffrant d’incontinence urinaire, suivies dans un service de soins infirmiers urologiques. Nos résultats révèlent que plus de 60 % d’entre elles présentaient des symptômes de dépression et près de 67 % manifestaient une anxiété cliniquement significative.
Même si ces données ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet direct, il s’agit néanmoins de problèmes qui coexistent et s’influencent mutuellement. Il est également probable que des facteurs antérieurs – tels qu’un passé d’anxiété ou de dépression, des maladies chroniques ou des situations de vie stressantes – contribuent à ce mal-être psychologique.
En effet, il s’agit d’une souffrance émotionnelle persistante, associée à la peur constante de pertes urinaires, à la honte sociale et au sentiment de perte de contrôle.
Vivre en état d’alerte permanent
De nombreuses femmes qui souffrent d’incontinence organisent leur vie en fonction de ce symptôme ; elles s’interrogent en permanence : « où se trouvent les toilettes », « quels vêtements porter », « combien de temps est-il possible de rester hors de chez elles », peuvent-elles pratiquer une activité physique, ou voyager…
Cette vigilance permanente génère un stress chronique : ni le corps ni l’esprit ne trouvent de répit, jusqu’à atteindre un point où cela devient épuisant.
Par ailleurs, près de 80 % des femmes que nous avons interrogées ont déclaré avoir besoin de recueillir davantage d’informations sur l’incontinence urinaire. Beaucoup se tournent vers Internet ou leur entourage, qui transmettent des informations fragmentaires, des idées reçues ou des messages contradictoires.
(Ameli, le site de l’Assurance maladie consacre un dossier complet à l’incontinence urinaire, NdT).
Les infirmières se sont imposées comme des figures clés de l’éducation à la santé et de l’accompagnement. Pourquoi ? En raison de leurs connaissances en matière de santé, de leur capacité à offrir un espace sûr où s’exprimer, du soutien émotionnel qu’elles apportent et du fait qu’elles constituent une figure (souvent féminine, ce qui aidait également) à qui confier ce qui n’avait pu être dit à quiconque pendant des années.
L’éducation à la santé ne consiste pas seulement à informer, mais aussi à expliquer en s’appuyant sur la science et les connaissances, dans un langage que les patients peuvent comprendre. Cette approche permet de mettre en place une écoute active, une validation, une régulation émotionnelle et un soutien en matière d’estime de soi.
L’incontinence urinaire a des répercussions non seulement sur cette dernière, mais aussi sur l’image corporelle, la vie sexuelle et la santé mentale. C’est pourquoi la traiter uniquement à l’aide de protections ou de solutions ponctuelles ne suffit pas. Les données scientifiques soulignent la nécessité d’une approche globale qui tienne compte à la fois des symptômes physiques et de l’impact émotionnel.
Comment diminuer l’incontinence et à qui s’adresser ?
Il existe aujourd’hui de nombreuses mesures efficaces pour réduire l’incontinence urinaire, et la plupart ne sont pas chirurgicales. L’approche principale consiste à suivre un traitement « conservateur », qui comprend notamment la rééducation du plancher pelvien à l’aide d’exercices encadrés par des professionnels, afin d’améliorer le contrôle urinaire et de réduire considérablement les fuites.
À cela s’ajoutent des stratégies telles que l’entraînement de la vessie, la modification des habitudes mictionnelles ou l’ajustement de la consommation de liquides et de caféine. L’éducation à la santé, dispensée par des infirmières ou des urologues, constitue aussi un élément essentiel pour briser les idées reçues et favoriser l’observance du traitement.
Dans certains cas, on peut recourir à des pessaires, des dispositifs en silicone que l’on insère dans le vagin pour soutenir les organes pelviens. Leur utilisation est particulièrement utile en cas de prolapsus, autrement dit lorsque la vessie, l’utérus ou le rectum descendent de leur position normale, en raison d’un affaiblissement du plancher pelvien. En outre, un traitement médicamenteux peut être prescrit au cas par cas, en fonction du type d’incontinence.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, différentes options chirurgicales peuvent être envisagées. Parmi celles-ci figure la pose d’une bande sous-urétrale, qui soutient l’urètre afin d’éviter les fuites lors d’efforts tels que la toux ou le rire. Une alternative est la colposuspension de Burch, une intervention chirurgicale qui soulève et fixe le col de la vessie. Dans certains cas, on peut également envisager la pose d’un sphincter urinaire artificiel.
En définitive, soulignons que les données scientifiques démontrent qu’une prise en charge précoce et personnalisée améliore les symptômes physiques, la qualité de vie et le bien-être émotionnel des femmes concernées par cette affection.
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Marina Gómez de Quero Córdoba ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. L’incontinence urinaire féminine : un problème sous-estimé responsable de beaucoup de souffrance – https://theconversation.com/lincontinence-urinaire-feminine-un-probleme-sous-estime-responsable-de-beaucoup-de-souffrance-282397
























