Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lee-Ann d’Alexandry, doctorante, Aix-Marseille Université (AMU)

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais quand la crainte du conflit domine, les majorités silencieuses s’effacent et les minorités bruyantes s’imposent. Kues/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons fréquemment sur les sujets politiques.

  • Lorsque la peur du débat domine, les majorités silencieuses disparaissent et les minorités bruyantes prennent toute la place.

  • Lorsque les conditions sont réunies (information, modération, représentativité, sécurité), l’autocensure diminue et une plus grande diversité s’exprime.


Pause-café au bureau. Les élections approchent. Un collègue affirme que le Rassemblement national « change la donne ». Un autre évoque le potentiel retour de François Hollande. Vous avez un avis. Peut-être même un désaccord. Vous pesez vos mots. Vous évaluez les regards. Vous imaginez les conséquences. Et finalement, vous ne dites rien.

Cette scène banale révèle un mécanisme profondément humain : dès qu’il est question de politique, nous préférons souvent nous taire. Pourquoi ? Dans les régimes autoritaires, où la censure est explicite, ce silence s’explique aisément. Mais même au sein des démocraties libérales, prendre la parole peut être intimidant.

Aux États-Unis, la sénatrice Lisa Murkowski (membre du Parti républicain, ndlr) l’a reconnu lors d’un sommet à Anchorage en avril 2025 :

« Nous avons tous peur… Moi-même, je suis souvent très anxieuse à l’idée de prendre la parole, car les représailles sont réelles, et ce n’est pas bien. »

Lorsqu’une élue exprime publiquement une telle crainte, cela interroge le climat politique. Si cette déclaration surprend dans ce que l’on considère comme la plus grande démocratie du monde, elle rappelle surtout une réalité : la peur de s’exprimer n’a pas besoin de censure institutionnelle pour s’installer.

Par crainte du jugement, pour éviter le conflit ou par simple appréhension, nous nous autocensurons. La psychologie sociale montre que ce silence n’est pas anodin : il constitue un mécanisme de protection sociale, profondément enraciné dans nos interactions quotidiennes.

Liberté d’expression et autocensure : deux phénomènes distincts

Il importe de distinguer deux niveaux souvent confondus.

La liberté d’expression est un principe juridique : le droit, garanti par la loi, d’exprimer ses opinions sans intervention arbitraire de l’État. Dans la plupart des démocraties, ce cadre demeure formellement protecteur. Pourtant, les indicateurs internationaux signalent un recul mesurable : l’Unesco relève une baisse d’environ 10 % des indicateurs mondiaux liés à la liberté d’expression depuis 2012, accompagnée d’une progression de l’autocensure chez les journalistes.

Ces dynamiques institutionnelles ne doivent toutefois pas masquer un phénomène distinct : l’autocensure volontaire dans des régimes où la liberté reste juridiquement protégée.

Aux États-Unis, 77 % des personnes interrogées déclarent se retenir régulièrement d’aborder la politique dans certaines situations. Il ne s’agit pas d’une interdiction formelle, mais d’une inhibition sociale. En France, 78 % des citoyens déclarent ne pas avoir confiance en la politique, signe d’un climat peu propice à la prise de parole. Lorsque le bénéfice perçu de l’expression s’effondre, le silence devient rationnel.

L’autocensure face à la peur du jugement et de l’isolement

Comment expliquer ce paradoxe : une liberté formelle intacte, mais une parole retenue ?

La théorie de la « spirale du silence », formulée par Elisabeth Noelle-Neumann en 1974, propose un premier cadre. Lorsque nous percevons notre opinion comme minoritaire ou socialement risquée, la peur de l’isolement nous incite à la taire. Ce silence agit comme un effet boule de neige : le mutisme de chacun alourdit la masse, donnant l’impression que cette idée est encore plus rare qu’elle ne l’est réellement.

Une méta-analyse récente montre que la perception du climat d’opinion influence effectivement l’expression politique. L’effet est particulièrement fort dans les discussions avec des proches sur des sujets moralement sensibles. Autrement dit, la pause-café ou le dîner entre amis constituent des contextes où la spirale opère avec le plus d’intensité.

Contrairement à une idée répandue, cet effet n’est pas plus faible en ligne qu’hors ligne : la dynamique du silence fonctionne aussi sur les réseaux sociaux.

Les travaux de Pew Research Center autour des révélations d’Edward Snowden l’ont montré : 86 % des Américains se disaient prêts à discuter du sujet en face à face, mais seulement 42 % des utilisateurs de Facebook ou de Twitter étaient disposés à en parler en ligne. Plus frappant encore : les individus percevant un désaccord dans leur réseau numérique étaient également moins enclins à en parler hors ligne. Le silence observé en ligne peut ainsi contaminer les conversations physiques.

À ces mécanismes s’ajoutent les cascades informationnelles décrites par les trois économistes et chercheurs en finance Bikhchandani, Hirshleifer et Welch : face à l’incertitude, nous avons tendance à imiter les choix déjà visibles, en supposant que les premiers à s’exprimer disposent de meilleures informations. Peu à peu, une opinion paraît dominante simplement parce qu’elle a été exprimée en premier ou plus fortement.

Quand le consensus se fissure : l’action corrective

Le silence n’est toutefois pas un destin inéluctable.

Des travaux récents, montrent qu’un consensus perçu comme biaisé ou injuste peut au contraire susciter une prise de parole corrective. Ce n’est pas la simple perception d’une majorité qui compte, mais le jugement porté sur sa légitimité. Si un individu estime que l’opinion dominante est erronée ou moralement problématique, et s’il se sent suffisamment légitime pour intervenir, il peut choisir de s’exprimer malgré le risque social.

La spirale du silence et l’action corrective ne s’opposent pas : elles coexistent. L’une domine lorsque le coût social perçu excède le bénéfice attendu. L’autre s’active lorsque l’enjeu moral ou identitaire rend le silence plus coûteux que la prise de parole.

Cette logique s’observe aujourd’hui dans des phénomènes tels que la cancel culture _ (boycott ou sanction publique pour des propos jugés inacceptables), ou le _call out (qui consiste à dénoncer publiquement ces propos). Selon le Pew Research Center, ces pratiques divisent profondément : pour certains, elles renforcent la responsabilité, pour d’autres, elles relèvent d’une forme de censure sociale. Dans ce contexte, la prudence devient rationnelle.

Aux Jeux olympiques d’hiver 2026, la patineuse Amber Glenn a ainsi réduit sa présence en ligne après des menaces liées à ses prises de position en faveur de la communauté LGBTQIA+. En Australie, l’annulation de l’Adelaide Writers’ Week a conduit plusieurs auteurs à organiser un événement alternatif pour défendre la pluralité des voix. Pour rappel : l’événement a été annulé à la suite d’un boycott massif (logique de cancel culture) provoqué par la déprogrammation d’une autrice palestino-australienne. Cette déprogrammation avait elle-même suscité de vives dénonciations publiques (logique de call out).

Le danger des majorités silencieuses

La démocratie se nourrit du débat et de l’expression des désaccords. Mais que se passe-t-il si tout le monde se tait ? Le miroir de l’opinion publique se fissure : les majorités silencieuses disparaissent tandis que les minorités bruyantes prennent toute la place. Le résultat est un débat public faussé, qui ne reflète plus la diversité réelle des points de vue.

Toutes les pressions sociales ne sont pas illégitimes : certaines critiques doivent pouvoir exister, surtout lorsqu’elles visent à prévenir discriminations ou agressions. Le vrai défi est de trouver l’équilibre : comment protéger la liberté d’expression tout en garantissant responsabilité et respect ?

Les recherches sur la délibération publique offrent des pistes concrètes. Les Deliberative Polls, développés par le professeur en sciences politiques James Fishkin, montrent qu’en conditions structurées – information équilibrée, modération, représentativité – les participants expriment des positions plus nuancées et moins conformistes. Lorsque le cadre sécurise l’expression et rend visible la diversité réelle des points de vue, l’autocensure diminue.

Mais au-delà de l’architecture institutionnelle, une autre voie consiste à renforcer les compétences individuelles. Plutôt que d’aménager l’environnement informationnel pour orienter subtilement les comportements, il s’agit de développer la capacité des citoyens à résister eux-mêmes à la pression conformiste : esprit critique, tolérance à la dissonance, capacité à distinguer désaccord et rejet social.

Autrement dit, la question n’est pas seulement de créer plus d’espaces de parole, mais de renforcer la souveraineté cognitive de ceux qui les habitent.


Lee-Ann d’Alexandry est l’autrice du Manuel pour ne plus être manipulé par les politiques, (De Boeck supérieur, 2026).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi nous préférons parfois nous taire sur les sujets politiques – https://theconversation.com/pourquoi-nous-preferons-parfois-nous-taire-sur-les-sujets-politiques-275750

Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte

Source: The Conversation – France in French (3) – By Guillaume Negri, Doctorant en sociologie, spécialisé en migrations et en jeunesse, Université Rennes 2


L’ESSENTIEL

  • La recherche d’un logement étudiant est un parcours du combattant.

  • Cette instabilité résidentielle a des répercussions bien au-delà de la rentrée universitaire sur les conditions d’études et de vie des jeunes.

  • Une recherche, menée en France et en Irlande, interroge les risques d’une citoyenneté différée.


À chaque rentrée universitaire, les mêmes scènes. Les files d’attente s’allongent devant les Crous, toutes les chambres universitaires ont été allouées, et les studios se visitent par grappes de candidats. La France compte aujourd’hui une chambre du Crous pour dix-sept étudiants, contre une pour quatorze en 2000, et l’offre publique ne couvre que 7 % des besoins selon le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse et le Conseil national de l’habitat.

De l’autre côté de la mer Celtique, l’Irlande fait pire encore. Fin 2025, il manquait près de 39 000 lits étudiants dans les quatre principales villes universitaires du pays. À Cork (dans le sud-ouest de l’Ilande, ndlr), où je mène une partie de mes recherches doctorales, la presse rapporte le cas d’un étudiant contraint à trois heures de trajet quotidien depuis Limerick (centre-ouest de l’Irlande, ndlr), faute de chambre abordable.

Le débat public raisonne en stocks et en flux. On y discute du nombre de places à construire et du niveau des loyers, et ces discussions enferment le problème dans l’horizon court de l’année universitaire, celui des affectations à boucler avant les premiers cours.

La sociologie des parcours de vie oblige à poser une question d’une autre portée temporelle, que ma thèse instruit en comparant la France et l’Irlande. Quelles sont les répercussions de cette instabilité résidentielle, éprouvée au seuil de la vie adulte, sur la suite d’une existence ?

Je fais l’hypothèse que le logement commande les autres étapes du passage à l’âge adulte, et que sa privation enclenche des retards en chaîne, dans la formation puis dans l’emploi. Ces retards frappent d’autant plus durement que la famille ne peut pas servir de filet.

Une précision de méthode s’impose ici : mon matériau, qualitatif, ne mesure pas ces effets de long terme ; il montre comment ils se forment, entretien après entretien, et pourquoi ils s’installent. C’est déjà beaucoup pour comprendre ce qu’une rentrée sans toit engage réellement.

Le logement, verrou du passage à l’âge adulte

Les sociologues de la jeunesse l’ont établi de longue date. On ne devient plus adulte en franchissant des seuils dans l’ordre attendu, le diplôme puis l’emploi, le départ de chez les parents puis la vie à deux. On y parvient au terme d’un processus long, fait d’allers-retours et de bifurcations.

Dans ce processus, le logement fait office de verrou. Impossible, sans adresse stable, de constituer le moindre dossier, qu’il s’agisse d’une inscription en formation, d’une bourse, d’un compte bancaire ou d’une couverture santé. Obtenir un stage ou un emploi relève alors de l’acrobatie. Même dormir et manger correctement cessent d’aller de soi.

Pour observer cette dépendance, mon enquête doctorale s’est tournée vers un public qui l’éprouve sous sa forme la plus brute, celui des jeunes exilés arrivés adolescents ou jeunes majeurs en France et en Irlande. Je les ai suivis à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à Cork au fil de 43 entretiens biographiques ; beaucoup sont scolarisés ou en formation, et tous entrent dans la vie adulte privés du filet familial dont disposent la plupart de leurs camarades.

On pourra juger leur cas trop singulier pour éclairer la condition étudiante ordinaire. Je crois l’inverse. Ce verre grossissant fait apparaître des mécanismes qui concernent, à des degrés divers, toute la jeunesse étudiante.

Des semaines passées à chercher une chambre

Les trajectoires résidentielles que j’ai reconstituées sont rarement linéaires. On y passe d’un canapé prêté à un foyer, d’une colocation à un retour chez un proche ; certains connaissent la rue. Des chercheurs européens ont baptisé ces allers-retours trajectoires « yo-yo » dès le début des années 2000, et ils ne sont pas propres aux jeunes exilés.

À l’automne 2025, Amlé, le syndicat national des étudiants irlandais, décrivait devant les parlementaires des étudiants dormant sur des canapés ou enchaînant les semaines d’auberge de jeunesse en début de trimestre ; il faisait du logement « le premier obstacle » à l’accès aux études supérieures et à leur achèvement. À l’University College Cork, le syndicat local alertait, dès 2024, sur la situation des étudiants qui sautent des repas et renoncent au chauffage afin de payer leur loyer.

Chaque déménagement subi a un coût. Des heures à éplucher les annonces et à monter des dossiers, des trajets qui s’allongent, des nuits écourtées, des amitiés qui s’étiolent. Tout ce temps et toute cette énergie sont pris sur les études.

Dès le mois de juin, la ruée sur les logements étudiants (Franceinfo, 2024).

En France, l’enquête « Conditions de vie » de l’Observatoire national de la vie étudiante documente, édition après édition, le poids du logement dans les budgets et sur les conditions de travail des étudiants. Les conséquences suivent, presque mécaniques : des cours manqués, des examens ratés, des réorientations subies, parfois un abandon.

Le phénomène est désormais visible en Irlande, où des jeunes diffèrent leur entrée à l’université ou interrompent leur cursus faute de toit.

Des retards qui s’additionnent

Pour rendre compte de ces parcours, je mobilise la notion de « vulnérabilisation », qui désigne non pas un état de fragilité constaté à un instant donné, mais un processus par lequel les difficultés engendrent les unes les autres.

Un logement perdu retarde une formation ; une formation interrompue ferme l’accès à un emploi stable ; sans emploi stable, pas de bail ; sans bail, retour à l’hébergement précaire. La boucle, une fois refermée, peut tourner des années sans que rien vienne l’interrompre de l’extérieur.

Le système français aggrave ce mécanisme pour ceux qui n’ont pas de famille-ressource. Notre modèle social repose largement sur l’hypothèse que la famille héberge, cautionne et dépanne, au point que la science politique qualifie de « familialisées » les politiques de jeunesse françaises.




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Les jeunes privés de ce filet paient le prix fort, qu’il s’agisse des jeunes exilés, des sortants de l’aide sociale à l’enfance – pour qui le passage à la majorité constitue un point de bascule vers la pauvreté – ou des étudiants en rupture familiale. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dénonçait encore en 2025 les « sorties sèches » des dispositifs de protection de l’enfance, sans solution de logement, qui conduisent des jeunes majeurs à la rue.

Le risque d’une citoyenneté différée ?

Certains des jeunes que j’ai rencontrés se trouvent, à 23 ou 25 ans, dans une situation que je propose d’appeler la « citoyenneté différée ». Formellement titulaires de droits, ils en repoussent sans cesse l’exercice effectif – étudier, travailler, habiter, participer à la vie de la cité – faute d’un ancrage résidentiel qui les rende praticables.

L’Irlande donne à voir, en grandeur nature, où mène le laisser-faire. Le logement étudiant y a été largement abandonné au marché, si bien que des établissements entiers, comme la Munster Technological University et ses 18 000 étudiants, ne disposent d’aucun parc résidentiel propre.

La France n’en est sans doute pas là ; son réseau d’œuvres universitaires, même sous-dimensionné, demeure un acquis. Encore faudrait-il cesser de traiter le logement des étudiants en simple intendance de rentrée. Une année perdue à chercher un toit ne se rattrape pas en juin ni aux sessions de rattrapage ; on la retrouve longtemps après dans les files des missions locales et des services sociaux, où l’on répare à grands frais, et pas toujours avec succès, ce qu’une chambre à loyer modéré aurait pu prévenir.

The Conversation

Guillaume Negri a reçu des financements de l’Université Rennes 2 et de la Région Bretagne pour la réalisation de son doctorat.

– ref. Une rentrée sans toit : comment la crise du logement étudiant fragilise l’entrée dans l’âge adulte – https://theconversation.com/une-rentree-sans-toit-comment-la-crise-du-logement-etudiant-fragilise-lentree-dans-lage-adulte-289101

Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anne-Laure Delaunay, Maître de conférence en transformation digitale et technologies émergentes, Institut Mines-Télécom Business School


L’ESSENTIEL

  • Lorsqu’un diagnostic de cancer touche un enfant, le quotidien et l’équilibre de la famille se recomposent.

  • Les parents passent alors par trois grandes phases : rupture, routines et retour (après l’hospitalisation).

  • Contrairement à ce que peut percevoir l’entourage, la fin des traitements intensifs n’est pas synonyme de reprise de la vie « d’avant ».


Lorsqu’un enfant est atteint d’un cancer, toute la famille entre, à des degrés différents, dans la maladie.

Valérie Donzelli l’a filmé dans la Guerre est déclarée (2011) : du jour au lendemain, parents et enfant voient leur quotidien basculer autour des soins, des décisions et de l’incertitude. Dans la série Tout va bien (2023), de Camille de Castelnau, prolonge le témoignage. Ces récits mettent en lumière une spécificité du cancer pédiatrique : les parents sont immédiatement engagés dans le parcours de soins.

Ils sont les représentants légaux de l’enfant, prennent part aux décisions et organisent sa prise en charge. Ils doivent aussi l’aider à comprendre ce qui lui arrive, le rassurer et l’accompagner pendant les traitements, dans un contexte où le lien affectif rend cette implication particulièrement intense.

Cette place singulière transforme le quotidien des parents, leur vie professionnelle, leurs relations conjugales et familiales, mais aussi leur manière d’envisager l’avenir. Et ces effets évoluent au fil de la maladie.

C’est cette trajectoire parentale, du diagnostic aux traitements puis aux retours qui suivent l’hospitalisation, que nous avons cherché à comprendre pendant près de trois ans, en partenariat avec l’association Imagine For Margo. Voici ce que nous avons appris.

Une étude sur trois ans

Nos travaux ont débuté par la diffusion d’un questionnaire en ligne auprès de parents aidants. Nous avons ensuite mené 37 entretiens d’environ une heure avec des parents volontaires. Le panel comprenait 31 mères et 6 pères.

Cette surreprésentation maternelle est également observée dans la recherche en oncologie pédiatrique, dans un contexte où les mères tendent sociologiquement à plus souvent assumer les soins et les pères le soutien financier.

Les profils des répondants sont variés : en couple ou en famille monoparentale, habitant en ville ou à la campagne, en région parisienne ou en province, avec un ou plusieurs enfants.

Nos résultats font apparaître trois grandes phases dans la trajectoire des familles : la rupture provoquée par le diagnostic, l’installation de routines pendant les traitements à l’hôpital, puis le retour à domicile et la reconstruction qui l’accompagne. Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent les grandes lignes de la trajectoire d’aidance.

La rupture

Vécu comme un « choc physique et émotionnel » (les verbatims entre guillemets sont issus du matériau empirique collecté pendant notre recherche auprès de parents aidants d’enfants atteints de cancer, NdA), le diagnostic place les parents dans une phase de sidération.

Ils sont rapidement pris dans un tourbillon médical et logistique, auquel s’ajoute la charge émotionnelle de l’annonce. À ce stade, leur première difficulté est de comprendre ce qui leur arrive.

Médulloblastome, leucémie aiguë myéloblastique, néphroblastome : le nom de la maladie s’ajoutent à ceux des traitements, des interventions et des dispositifs médicaux. Mais, lorsqu’il s’agit d’un enfant, comprendre le jargon médical ne suffit pas.

Le parent doit aussi trouver les mots pour expliquer ce qui se passe, répondre aux questions, préparer l’enfant à une opération, à une chimiothérapie ou à la perte de ses cheveux. Il cherche aussi à rendre l’épreuve plus supportable, par des cadeaux, des attentions, des rituels ou simplement une présence constante. Il doit enfin répondre aux questions des proches et les tenir au courant.

Durant cette période, beaucoup de parents mettent leurs propres besoins entre parenthèses pour se concentrer sur ceux de leur enfant. Ici commence véritablement l’entrée dans l’aidance.

Les routines

Passée cette phase de crise, l’enfant débute les traitements et la vie familiale s’organise progressivement autour de leur rythme. Chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, immunothérapie ou protonthérapie (une forme de radiothérapie très précise) peuvent se succéder pendant plusieurs mois ou années selon les protocoles. Le parcours reste éprouvant et imprévisible, mais parents et enfants finissent par développer leurs propres repères.

Ces « routines » ne doivent pas s’entendre comme un retour à un quotidien stable. Elles désignent plutôt une manière d’apprendre à vivre sous contraintes. En effet, l’hôpital reste un lieu de travail avec ses hiérarchies et ses règles. Ni membres de l’équipe soignante ni simples visiteurs, les parents doivent y trouver leur place.

Ils endossent aussi de nouveaux rôles, qui s’ajoutent à leur rôle parental :

« Je deviens à la fois le taxi de mon enfant, je deviens son infirmière parce que je dois lui donner des médicaments, je deviens sa maîtresse parce que je l’accompagne sur la scolarité… »

Ils préparent un sac pour les hospitalisations d’urgence, afin d’anticiper les périodes d’aplasie (effet secondaire de certaines chimiothérapies se traduisant par une forte diminution des globules blancs et une baisse des autres composants du sang, globules rouges et plaquettes, ndlr). Ils connaissent les routines hospitalières : l’heure du bain de l’enfant, celle de la tournée des médecins ou des « embouteillages » à la douche commune des parents, les endroits où acheter de quoi manger…

Ils retrouvent aussi les mêmes visages dans les couloirs : des soignants et parfois d’autres parents avec lesquels des liens peuvent se nouer. L’accompagnement de l’enfant malade reste souvent entre leurs mains. L’entourage prend le relais pour faire tenir le reste du foyer : repas, ménage, linge, trajets.

La fratrie occupe une place particulière dans cette organisation. Profondément affectée par la maladie, elle reste pourtant largement oubliée dans la prise en charge et dépend souvent de ces soutiens informels des proches pour préserver un quotidien aussi stable que possible.

Le retour au domicile (et le retour de bâton ?)

Lorsque les séjours à l’hôpital s’espacent, voire disparaissent, une nouvelle phase commence. Le retour au domicile s’accompagne du retour à l’école pour l’enfant et, souvent, du retour au travail pour le parent qui avait réduit ou mis entre parenthèses son activité professionnelle.

Cependant, quelle que soit la situation médicale (rémission complète ou incomplète, tumeur en dormance, traitement d’entretien) de leur enfant, tous les parents décrivent une reconstruction difficile à négocier :

« Donc il faut reprendre une vie normale, mais reprendre une vie normale quand on a vécu tout ça… on ne reprend pas notre vie d’avant, en fait. »

Ce retour au domicile éloigne aussi les parents du cadre hospitalier, de ses routines et de ses repères. La proximité avec les soignants diminue, tandis qu’autour d’eux la vie reprend son cours et que les coups de main des proches se raréfient.

Or, la fin des traitements intensifs ne signifie pas la fin de la maladie : traitements à domicile, rendez-vous de contrôle, suivi des séquelles, retour à l’école, démarches administratives… Une partie de ce qui était organisé par l’hôpital revient ainsi vers la famille, alors même qu’elle doit retrouver une place dans une vie ordinaire.

Les parents apprennent aussi à vivre avec les risques de rechute et les effets à long terme des traitements. Comme l’un d’eux le résume :

« C’est vraiment l’épée de Damoclès l’exemple le plus parlant. Même par rapport à nos familles les plus proches, c’est l’épée de Damoclès. Ils ne se rendent pas compte qu’en fait le cancer est entré dans votre famille et il n’en sort jamais vraiment, même [après] cinq, dix, quinze ans. »

De l’extérieur, cette phase peut être perçue comme une sortie de crise. Cependant, pour certains parents, elle correspond à un contrecoup après des mois de mobilisation intense ; pour d’autres, à une forme de chronicité où la maladie reste présente, mais devient moins visible.

Les fragilités physiques et psychiques accumulées pendant les séjours à l’hôpital peuvent alors devenir plus difficiles à contenir.

Adapter les dispositifs de soutien

Rupture, routines, retours : ces « trois R » dessinent donc les grandes lignes de la trajectoire d’aidance pour les parents qui doivent faire face à l’épreuve que représente le cancer de leur enfant.

En partant de nos résultats, nous avons construit, avec une vingtaine de parents, une feuille de route adaptée à ces différentes phases de l’aidance : accéder à la bonne information au bon moment, accompagner la reconstruction du projet de vie après le cancer et explorer les usages émergents de l’intelligence artificielle (IA) conversationnelle.

Cette feuille de route accorde une attention particulière au temps du retour, lorsque l’hôpital s’éloigne, mais que les effets de la maladie persistent. À ce titre, nous souhaitons proposer à l’avenir un bilan aux parents ainsi qu’un partage de témoignages d’autres personnes ayant vécu la même expérience (on parle de « pair-aidance »), notamment sur l’après-maladie, le retour au travail ou la reprise du quotidien.

The Conversation

Anne-Laure Delaunay est coordinatrice du projet intitulé “rôles des technologies dans le soutien des parents aidants d’enfants atteints de cancer”, financé par l’Institut National du Cancer et réalisé en partenariat avec l’association Imagine For Margo

Amélie Clauzel et Jamila Lahmar-Eythrib ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ? – https://theconversation.com/cancers-pediatriques-comment-les-parents-vivent-ils-et-sadaptent-ils-a-lepreuve-du-cancer-de-leur-enfant-290679

De la guerre commerciale avec les États-Unis au panier d’achat : pourquoi boycott et achat local peuvent durer… ou s’essouffler

Source: The Conversation – in French – By Fabien Durif, Professeur titulaire, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) et du Laboratoire FCI GreenUXlab, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Campagne « Je bois local, mon Donald » de Boréale, lancée en réaction aux tensions tarifaires avec les États-Unis (Les Brasseurs du Nord Agence : Bleublancrouge Médias : Espace M)

La nouvelle salve tarifaire américaine qui s’abat sur le Canada a de nouveau remis l’achat local et le boycott de produits des États-Unis à l’avant-scène. Avant la reprise des hostilités, où en étions-nous avec les intentions d’achat des Québécois ? Une fois les émotions retombées, les pratiques d’achats se sont-elles transformées en comportement durable ?


Cette nouvelle poussée de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis semble déjà raviver l’achat local. À Montréal, le détaillant Signé Local rapportait récemment 22 % de commandes supplémentaires en une fin de semaine, tandis que ses employés constataient davantage de clients demandant si les produits étaient « vraiment faits ici ».

Mais l’expérience récente invite à la prudence. Selon les données du Conseil québécois du commerce de détail, la proportion de Québécois affirmant éviter « beaucoup » les produits américains était passée de 55 % en avril 2025 à 49 % au début d’août 2026. En revanche, 81 % déclaraient encore augmenter leurs achats dans les commerces locaux.

Pourquoi certains réflexes persistent-ils alors que d’autres s’essoufflent ?

Nos travaux en marketing portent sur l’achat local, la consommation responsable et les relations entre consommateurs et acteurs des marchés, notamment via la confiance et la défiance. Nous avons suivi cette dynamique à travers quatre études menées auprès de plus de 5 000 Québécois : un millier de personnes en janvier 2025, avant le choc tarifaire ; un millier en mai, au cœur de la mobilisation ; 400 en juillet, pour comprendre ses ressorts ; puis 2 802 en janvier 2026, afin d’examiner ce qui persistait quasiment un an après les premières annonces tarifaires.

Les quatre vagues reposent sur des échantillons représentatifs du Québec issus du même panel, mais ne suivent pas nécessairement les mêmes individus d’une enquête à l’autre.

Avant Trump, l’achat local était déjà bien installé

Premier constat important : la mobilisation de 2025 n’est pas partie de zéro.

Avant même les premières annonces tarifaires, plus d’un Québécois sur deux pratiquait déjà fréquemment la consommation locale (c’est-à-dire l’achat de proximité et l’achat de produits fabriqués localement). L’achat local était donc déjà bien ancré dans les habitudes, même si son intensité avait peu évolué depuis 2010, sauf pendant la pandémie de Covid-19.

Le choc géopolitique a donc amplifié un réflexe d’achat local déjà présent, plutôt que de le faire naître.




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Boycotter américain et acheter local vont de pair

Au plus fort des tensions, en mai 2025, 76,4 % des Québécois déclaraient éviter régulièrement les produits américains, 75,1 % les boycotter explicitement et 73,9 % avoir réduit leurs achats sur Amazon. Cette tendance dépassait le Québec : en juin 2025, une enquête Léger indiquait que 53 % des Canadiens interrogés avaient diminué leurs achats sur Amazon au cours des semaines précédentes.

Le mouvement inverse était tout aussi spectaculaire : 89,5 % déclaraient acheter régulièrement des produits certifiés Aliments du Québec, 86,9 % privilégier l’achat local et 86,5 % acheter des produits certifiés Les Produits du Québec. Et 77,9 % se disaient prêts à payer davantage pour acheter local.

Boycott et achat local apparaissent ainsi comme deux faces d’une même mobilisation : sanctionner ce que l’on veut éviter et soutenir ce que l’on souhaite favoriser. Cela rejoint les recherches sur la consommation politique, qui distinguent boycott et « buycott » comme deux manières d’agir par ses choix de consommation.

Cinq façons de réagir à la crise

Cette mobilisation massive cache cependant des comportements très différents. Notre analyse fait apparaître cinq profils : 8,1 % de désengagés, 21,8 % de faiblement engagés, 26,1 % de modérément engagés, 18,2 % d’engagés pragmatiques et 25,8 % d’hyper-engagés.

Les engagés pragmatiques sont particulièrement révélateurs. Ils boycottent les produits américains aussi intensément que les hyper-engagés (environ 8,5 sur 10), mais leur soutien au local est beaucoup plus sélectif. Ils privilégient fortement les produits certifiés Aliments du Québec ou Les Produits du Québec et les détaillants locaux, mais nettement moins d’autres catégories pourtant dotées de dispositifs d’identification du local, comme le vin à la SAQ, les meubles certifiés Meubles du Québec ou les produits de quincaillerie certifiés « Bien fait ici ».




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Surtout, ces profils ne se résument pas à une question de pouvoir d’achat ou de territoire : ni le revenu du ménage ni la région de résidence ne les distinguent significativement. Nos différentes enquêtes montrent néanmoins que l’achat local tend à être davantage adopté par les consommateurs plus âgés et les francophones. Les caractéristiques sociodémographiques comptent donc, sans suffire à expliquer à elles seules l’intensité de la mobilisation.

Plus qu’une question d’identité

Notre troisième étude, menée en juillet 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 400 Québécois, permet justement de mieux comprendre ces motivations.

L’attachement au Québec compte. Mais le patriotisme économique — la conviction que ses choix de consommation peuvent soutenir l’économie d’ici — exerce un effet nettement plus fort sur la motivation à acheter localement que l’identité territoriale.

Cette motivation économique est très concrète : 79 % des répondants associent l’achat local à la préservation des emplois au Québec, 76,7 % au soutien des petites entreprises et artisans et 74,5 % au fait de faire vivre leur quartier, leur ville ou leur région.

Ainsi, acheter local en période de guerre commerciale ne consiste pas seulement à affirmer « qui nous sommes ». C’est aussi vouloir produire un effet économique tangible par son panier d’achats : préserver des emplois, soutenir des entreprises et faire circuler davantage de valeur dans l’économie locale.

Visibilité ne signifie pas nécessairement achat

Cette logique ne se traduit toutefois pas également dans tous les secteurs. En mai 2025, le déplacement des achats vers le local était nettement plus marqué dans l’alimentation que dans les autres catégories de produits.

Notre enquête permet d’aller plus loin en comparant plusieurs certifications. 71 % des répondants achetaient fréquemment des produits certifiés Aliments du Québec, contre 66,6 % pour Les Produits du Québec. Cette proportion diminuait toutefois à 34,3 % pour les produits de quincaillerie certifiés « Bien fait ici », à 34,2 % pour les vins locaux identifiés par la SAQ (Origine Québec, Préparé au Québec ou Embouteillé au Québec) et à 24,9 % pour les meubles certifiés Meubles du Québec.

Ces écarts ne signifient pas que les produits manufacturiers locaux sont difficiles à identifier. Plusieurs certifications existent précisément pour les rendre visibles et le répertoire de Les Produits du Québec compte aujourd’hui plus de 158 000 produits vérifiés. La marque de certification « Produit du Québec » bénéficie d’ailleurs d’une notoriété particulièrement élevée, à 91,1 %, qui se traduit par 67 % de compréhension et 63,5 % d’intention d’achat.

Nos analyses montrent que, au-delà de la notoriété, la valeur que le consommateur attribue à la certification, puis la confiance qu’elle suscite, sont les plus fortement associées à l’intention d’achats. D’autres facteurs, comme la disponibilité et l’accessibilité de l’offre locale, le prix ou encore la fréquence d’achat, peuvent également contribuer aux différences observées entre catégories.

L’enjeu est loin d’être marginal. Une étude récente estime que si chaque ménage québécois déplaçait seulement 25 dollars par semaine vers des produits non alimentaires fabriqués ici plutôt qu’importés, les retombées pourraient atteindre 3 milliards de dollars par année et près de 29 000 emplois.

Vouloir continuer ne signifie pas continuer

C’est ce que montre notre quatrième étude. En mai 2025, 75,9 % des répondants affirmaient vouloir maintenir leurs nouveaux comportements. Huit mois plus tard, en janvier 2026, l’achat régulier de produits certifiés Aliments du Québec était non seulement maintenu, mais passait de 71 % à 74,1 %. Pour les vêtements locaux, la trajectoire est opposée : 52,9 % à 30,2 %, une chute de près de 23 points.


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Cette comparaison ne permet pas d’isoler ce qui explique à lui seul ces trajectoires divergentes. Elle montre néanmoins quelque chose d’essentiel au moment où la guerre commerciale se ravive : une intention forte ne se transforme pas automatiquement en comportement durable.

Pour que l’achat local persiste une fois l’émotion retombée, encore faut-il que l’alternative locale soit identifiable, disponible et accessible, mais aussi que son empreinte économique soit tangible pour le consommateur : entreprises soutenues, emplois créés ou maintenus, activité économique générée et matières premières locales utilisées.

La Conversation Canada

Fabien Durif a reçu des financements de Recyc-Québec, Renaissance et Les Produits du Québec pour les éditions du Baromètre de la consommation responsable.

Hugo Vallerie et Pauline Folcher ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. De la guerre commerciale avec les États-Unis au panier d’achat : pourquoi boycott et achat local peuvent durer… ou s’essouffler – https://theconversation.com/de-la-guerre-commerciale-avec-les-etats-unis-au-panier-dachat-pourquoi-boycott-et-achat-local-peuvent-durer-ou-sessouffler-290602

La FIFA en Afrique : Gianni Infantino a-t-il vraiment contribué au développement du football ?

Source: The Conversation – in French – By Gerard A. Akindes, Adjunct associate, Northwestern University

Gianni Infantino a fait marche arrière concernant sa proposition d’ouvrir le capital de la FIFA à des investisseurs privés et se retrouve désormais au cœur d’une vive polémique. Mais cette controverse ne remet pas en cause la marchandisation croissante du football.

Gerard A. Akindes étudie l’économie politique du football africain. Ses travaux retracent la manière dont le capital, les intérêts des entreprises et les chaînes de télévision influencent ce sport dans un monde globalisé. Nous lui avons posé quelques questions.


Quel rôle joue la FIFA dans le football africain ?

La FIFA est l’instance dirigeante mondiale du football. Sa mission principale consiste à établir et à faire respecter les règles du jeu, à organiser les grands tournois internationaux tels que les Coupes du monde, et à superviser le développement de ce sport. Pour ce faire, elle s’appuie sur six confédérations continentales, dont la CAF en Afrique.

La CAF met en œuvre les normes internationales et gère les
compétitions continentales de sélections et de clubs. La majeure partie de ses revenus provient de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations et du soutien financier de la FIFA.

Le rôle de la FIFA est complexe. Elle apporte une aide au développement indispensable, mais cela rend le football africain économiquement dépendant d’elle. Comme je vais l’expliquer, cela peut également alimenter le dysfonctionnement des institutions africaines.

Les écoles constituaient traditionnellement le principal vivier de jeunes athlètes africains après l’indépendance. Mais des décennies de désinvestissement de la part des gouvernements, accélérées par les programmes d’ajustement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans les années 1990, qui ont réduit le sport scolaire, ont gravement entravé la capacité de développement du football.

Les centres de formation privés africains ont partiellement comblé ce vide. Mais ils fonctionnent principalement comme des filières orientées vers l’exportation, vidant le continent de ses talents. Parallèlement, les retransmissions par satellite des championnats européens ont captivé les supporters locaux et détourné leur attention du football local.

Dans cet écosystème fragile, la FIFA est devenue un soutien essentiel pour les fédérations nationales de football. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a transformé le Programme Goal en Programme de développement « FIFA Forward ». Il a considérablement augmenté les subventions. En 2025, il a confirmé que le programme avait injecté plus d’un milliard de dollars américains dans le football africain depuis sa création en 2016.

Le poids du financement de la FIFA par rapport au budget total d’une fédération dépend du niveau des subventions des collectivités locales et d’autres sources de revenus. Par exemple, au Togo, la FIFA finance actuellement environ 30 % du budget de la fédération nationale.

Ces subventions ont entraîné des distorsions dans la gouvernance. Des articles parus au Nigeria et au Congo, par exemple, ont mis en lumière des irrégularités financières concernant les fonds du programme « FIFA Forward ». Cela révèle d’importants problèmes de transparence dans leur gestion.

On observe une dépendance croissante vis-à-vis de la FIFA et, par conséquent, une érosion de l’autonomie politique. Les présidents des fédérations africaines de football et le président de la CAF se sont révélés incapables de s’opposer à la FIFA.

Cela se manifeste clairement par leur soutien unanime en faveur de la réélection d’Infantino en mars 2027 et de leur silence sur les abus en matière d’immigration liés à la Coupe du monde 2026 . Ils n’ont pas exprimé leur inquiétude concernant le plan d’investissement controversé lié à la Coupe du monde.

Ce schéma s’étend à la CAF elle-même. Infantino a influencé les transitions à la tête de la confédération en 2017 et 2021, choisissant lui-même son président actuel, Patrice Motsepe.

Un homme européen chauve photographié de dos au milieu d'une petite foule qui regarde deux équipes sportives africaines et des officiels s'aligner sur un terrain de sport.
Infantino assiste à un match de qualification pour la Coupe d’Afrique des nations au Soudan du Sud en 2017.
UNMISS/Flickr, CC BY-NC-ND

L’efficacité des fonds de la FIFA dépend de la manière dont ils sont gérés par les fédérations nationales de football. Sans investissements complémentaires dans l’intégrité, la compétence et la redevabilité des instances dirigeantes, les infrastructures des compétitions nationales et des clubs, ainsi que l’indépendance stratégique de la CAF, ces financements risquent de renforcer la dépendance plutôt que de favoriser une autonomie financière durable.

Les subventions de la FIFA favorisent-elles réellement le développement ?

En fin de compte, le financement de la FIFA profite peu au football de base. Il semble au contraire avoir renforcé des structures administratives alignées sur la FIFA qui privilégient les intérêts du football national d’élite, de ses infrastructures et des dotations financières des compétitions.

Cette dynamique suggère que la FIFA se préoccupe davantage du football professionnel, où les retombées politiques et l’image de marque mondiale sont plus importantes que le football de base, qui constitue pourtant le fondement de ce sport sur tout le continent.

Le programme de développement des talents de la FIFA vise à créer 20 à 30 centres de formation à travers l’Afrique d’ici 2027, mais révèle également des décalages structurels. On assiste déjà à une prolifération d’académies non réglementées en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Nigeria et ailleurs. La création de nouvelles académies financées par la FIFA soulève des questions cruciales.

Tout en formant de jeunes joueurs, vont-elles également remédier à la pénurie d’entraîneurs qualifiés pour la formation des jeunes ? Vont-elles s’intégrer aux structures des championnats nationaux pour renforcer les compétitions locales ? Vont-elles soutenir l’organisation régulière de tournois nationaux de jeunes ? Il est encore trop tôt pour évaluer leur impact. Les deux premières académies, situées en Mauritanie et à Djibouti, n’ont commencé à fonctionner qu’en 2025.




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De même, le programme « Football for Schools » d’Infantino, lancé en 2019 et présent dans 46 pays africains, fonctionne parallèlement à des écosystèmes sportifs scolaires déjà affaiblis. Il vise à utiliser le football pour enseigner des compétences de vie, et non pour améliorer la qualité de l’enseignement du football à l’école.

Concentrer le soutien financier sur des programmes d’élite à forte visibilité, tout en négligeant les difficultés structurelles et institutionnelles, perpétue un modèle d’aide donateur-bénéficiaire. Cela ne profite qu’à une frange de l’écosystème du football.

L’introduction de nouvelles compétitions d’élite telles que la prochaine Ligue des Nations ne renforcera pas nécessairement la qualité du sport scolaire existant.

La bonne gouvernance, l’organisation structurelle et le renforcement des capacités dans le football africain doivent relever de la responsabilité des gouvernements et des fédérations africaines de football. La FIFA devrait apporter son soutien là où cela est nécessaire, plutôt que de mener des projets sous son impulsion et approuvés par les gouvernements.

Le rôle de la FIFA devrait être de s’inscrire dans les visions, stratégies et plans nationaux de développement du football, et non l’inverse.

Quel est l’impact des droits de diffusion lucratifs ?

Depuis que la télévision payante s’est imposée en Afrique, à partir des années 1980, l’audience s’est progressivement orientée vers des modèles d’abonnement. Pour les téléspectateurs africains de football, cette transition s’est véritablement amorcée en 2006 lorsque Arab Radio and Television a acquis les droits de diffusion en Algérie, obligeant les téléspectateurs à acheter des décodeurs.

Sous la direction de Blatter, un accord conclu avec l’Union africaine de la radiodiffusion permettait de maintenir la diffusion en clair des tournois de la FIFA. Cet accord a expiré après la Coupe du monde 2014.
Sous Infantino, la FIFA a davantage commercialisé les droits de diffusion, en les vendant à des diffuseurs privés.

En Afrique subsaharienne, New World TV détient actuellement les droits exclusifs de la Coupe du monde. Pour éviter une exclusion totale en raison du caractère payant des retransmissions, environ la moitié des matchs font l’objet d’une sous-licence accordée aux chaînes de service public.

Cela garantit un certain accès gratuit, mais la plupart des pays de la région restent confrontés aux coûts de données les plus élevés au monde et aux frais liés aux décodeurs.

Pour la plupart des supporters ne disposant pas d’un abonnement à la télévision payante, le visionnage collectif dans les bars et les lieux publics ou le recours à des flux piratés restent les seules options accessibles.

Alors que les supporters les plus passionnés du continent doivent composer avec la télévision payante, des forfaits de données coûteux et des flux peu fiables simplement pour suivre leurs équipes lors de la Coupe du monde, les recettes record de la FIFA apparaissent moins comme un signe de progrès que comme un éloignement du football de sa vocation de « sport du peuple ».

Les pays africains pourraient-ils contribuer à maintenir Infantino à son poste ?

Depuis João Havelange, président de la FIFA de 1974 à 1998, l’Afrique constitue un bloc électoral crucial. Un candidat doit obtenir 106 voix sur les 211 associations membres au total, à condition qu’il n’y ait qu’un ou deux candidats au second tour. Les présidents de la FIFA peuvent exercer trois mandats de quatre ans.

Infantino a pris la relève pour les trois dernières années du mandat de Blatter, ce qui porte sa présidence à environ dix ans. Il pourrait briguer un nouveau mandat en 2027. Infantino reprend ainsi une stratégie politique qui rappelle celle de Blatter.

Il distribue les ressources et les privilèges en fonction des régions où il peut obtenir des voix. Les pays africains l’ont aidé à remporter l’élection en 2016 grâce à ses promesses de doubler les fonds alloués au développement.

C’est une promesse qu’il a tenue. Mais la réalité est complexe. Des avantages significatifs s’accompagnent de coûts structurels importants.

Du côté positif, la FIFA sous la direction d’Infantino a considérablement augmenté les fonds alloués au développement ; elle a porté le nombre de places attribuées à l’Afrique pour la Coupe du monde de cinq à neuf en 2026 ; et elle a apporté une aide essentielle face à la COVID-19. Du côté négatif, son programme avance sans faire l’objet d’un véritable débat de la part des dirigeants africains.

Les réformes sont acceptées sans discussion approfondie, même lorsqu’elles sont mal adaptées à l’écosystème footballistique propre à l’Afrique – comme le fait que la Coupe d’Afrique des nations se déroule tous les quatre ans au lieu de tous les deux, ou le projet abandonné de Super Ligue africaine.




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La dépendance financière peut contribuer à expliquer pourquoi les nations africaines soutiennent Infantino. Les dirigeants du football africain ont déjà manifesté leur soutien à sa réélection, et les 54 voix de l’Afrique revêtent une importance stratégique cruciale.

Même si les priorités d’Infantino, axées sur les recettes, ne correspondent pas forcément aux réalités africaines, la responsabilité première revient aux fédérations et aux dirigeants du football africain.

Ce sont eux qui connaissent le mieux les réalités du football africain et ils doivent défendre ce qui est dans l’intérêt de leurs supporters et de leurs communautés. La question qui se pose avec acuité est de savoir s’ils sont capables de faire preuve de l’autonomie et de l’intégrité nécessaires pour donner la priorité au football africain plutôt qu’à l’agenda mondial de la FIFA, tout en rendant véritablement des comptes aux jeunes joueurs et aux supporters pour qui ce sport doit toujours rester « le sport du peuple ».

The Conversation

Gerard A. Akindes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. La FIFA en Afrique : Gianni Infantino a-t-il vraiment contribué au développement du football ? – https://theconversation.com/la-fifa-en-afrique-gianni-infantino-a-t-il-vraiment-contribue-au-developpement-du-football-290761

Télétravail : les pour, les contre, et pourquoi les gens y tiennent tant

Source: The Conversation – in French – By Samuel Leduc-Frenette, Doctorant en sciences de la Terre, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Qu’est-ce qui explique la si grande popularité du télétravail auprès des employés ? Une étude qualitative a fouillé la question.


Le 6 juillet 2026, la présence minimale obligatoire de quatre jours au bureau des fonctionnaires fédéraux canadiens admissibles au travail hybride est entrée en vigueur. Pour comprendre la grogne entourant cette annonce, il est nécessaire d’aborder les avantages et les désavantages perçus du télétravail par ceux qui le pratiquent.

Les syndicats fourbissent d’ores et déjà leurs armes : ils reprochent au gouvernement fédéral un retour précipité dans des lieux exigus, et ce, alors que les négociations entourant les conditions de travail n’ont toujours pas abouti. Rappelons que leurs membres étaient astreints à une présence minimale de trois jours depuis le 9 septembre 2024.




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Plus fondamentalement, les syndicats craignent que leurs membres perdent des avantages, comme ceux en lien avec « l’équilibre travail-vie personnelle, l’inclusion et l’environnement ». Ces avantages, inclus de façon explicite dans la directive sur le télétravail en 2020 pendant la pandémie de Covid-19, ont disparu de la version du 1ᵉʳ avril 2025 du même document fédéral.

Doctorant en sciences de la Terre à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), je mène actuellement un projet de recherche sur l’empreinte carbone du télétravail. Avec une collègue à la maîtrise, Najoua El Abbadi, j’ai été amené à réaliser des entrevues semi-dirigées avec 21 membres de la communauté de l’établissement au sujet notamment de leurs comportements de déplacements et de consommation de biens en contexte de travail à distance.

Dans ce texte, je me penche sur une première tranche de données issues de ces entrevues. Cette analyse qualitative portera sur les avantages et désavantages perçus du télétravail, avec un accent particulier sur les apports moins médiatisés de ce régime de travail. Une partie des personnes répondantes ayant requis l’anonymat, je me limiterai à mentionner que ces dernières (20 sur 21) résident dans les régions de Montréal et de Québec, autour de l’un des quatre centres de l’INRS. Affiliées à une institution universitaire, elles sont donc soit étudiantes, soit travailleuses (recherche et enseignement, administration, services techniques, etc.).

Flexibilité tous azimuts

Les principaux thèmes qui ressortent de nos entrevues ne sont pas nouveaux. Dans une étude quantitative publiée en 2025, le CIRANO brosse le portrait des perceptions, positives et négatives, suivant l’application de la politique-cadre en matière de télétravail du gouvernement du Québec. On y apprend ainsi que 62 % des personnes répondantes se jugent plus efficaces en télétravail qu’au bureau. De même, 68 % voient en cette pratique une amélioration de l’équilibre travail-famille ou travail-vie personnelle.

Nos données révèlent la même chose. Les gens sont plus concentrés à la maison parce que, comme le souligne un des répondants, « il n’y a pas de collègues qui passent dire bonjour ou discuter de la vie en général ». En conséquence, ils sont plus efficaces et plus productifs par rapport à certaines tâches requérant un maximum de présence d’esprit. Une personne a même mentionné qu’elle est « mieux installée à la maison qu’au bureau au point de vue des équipements et de l’ergonomie du poste de travail », ce qui contribue à ce sentiment de mieux travailler.




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Un meilleur équilibre travail-famille est aussi mis de l’avant. « Je vais porter ma fille à l’école le matin à pied », donne en exemple un autre répondant. Dans une autre portion de notre projet de recherche, nous avons constaté que les employeurs, dans leurs politiques organisationnelles de télétravail, vantent cette flexibilité, mais que celle-ci ne doit pas profiter aux personnes au détriment de leur productivité.

Cette flexibilité, qui englobe plusieurs choses, va au-delà de la stricte conciliation travail-famille. En tête de liste se trouve la diminution du transport, qui a la cote auprès de la moitié des cas interviewés. Le temps ainsi récupéré permet de commencer le travail plus tôt ou de s’avancer dans des obligations personnelles et domestiques. « L’été, je passe la tondeuse. L’hiver, je peux déneiger la voiture », nous a-t-on confié. Ou encore : « C’est sûr qu’on peut partir une recette ou partir une brassée ou ramasser le courrier ou tout ça. » La nourriture n’est manifestement pas à négliger, alors que quatre personnes chérissent le fait de ne pas avoir à se faire de lunch et de pouvoir diversifier leurs options de repas pour dîner.

Enfin, la flexibilité facilite aussi les activités extérieures de proximité pendant les heures ouvrables. Dans notre échantillon, trois types d’activités ressortent. Premièrement, les courses, comme aller au supermarché sur l’heure du dîner. Deuxièmement, les loisirs, comme pratiquer un sport. Et troisièmement, prendre des rendez-vous personnels, comme le proverbial rendez-vous médical, et ce, sans formellement demander un congé à l’employeur. Dans tous ces cas, la flexibilité du télétravail autorise la personne à étaler différemment ses heures de travail afin de rendre possible cette activité extérieure.

Le revers de la médaille

Dans le rapport du CIRANO, la « socialisation avec les collègues », avec un taux de réponse de 80 %, est l’un des deux principaux avantages du travail du bureau. En contrepartie, « l’isolement social », à 44 %, est un problème qui peut survenir à cause du télétravail. Conformément à ces résultats, le délitement des interactions sociales est le principal inconvénient rapporté dans notre étude.

Le sentiment général est illustré par ce propos : « Des fois, on croise quelqu’un dans une journée, ça nous permet de régler une petite affaire sur le bord de la porte. Mais au lieu de ça, si on ne se croise pas, bien on va être obligé de s’écrire un courriel, puis là, tu sais, on se comprend moins bien par courriel […]. Tout devient comme un peu plus formel, plus complexe. »


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En conséquence, l’information circule moins bien. La santé mentale peut aussi en souffrir, alors que la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle devient poreuse, si elle ne disparaît pas tout simplement. Les sources de distraction, comme la présence d’autrui à la maison ou la présence visuelle des tâches domestiques qui resteront encore à faire après le travail, nuisent à la concentration.

Certaines personnes répondantes admettent elles-mêmes, ironiquement, que tous ces inconvénients (le manque d’interactions, l’isolement ou les diverses distractions) peuvent finir par nuire à l’efficacité du travail, objectif pourtant cardinal pour l’employeur.

La Conversation Canada

Samuel Leduc-Frenette a reçu des financements de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), du Partenariat Climat Montréal (PCM), de Mitacs (Mitacs Accélération) et de Loto-Québec.

– ref. Télétravail : les pour, les contre, et pourquoi les gens y tiennent tant – https://theconversation.com/teletravail-les-pour-les-contre-et-pourquoi-les-gens-y-tiennent-tant-288059

Quand les incendies s’éteignent, les sols se transforment

Source: The Conversation – France (in French) – By Murilo Veloso, Enseignant-chercheur en Science du Sol, Unité AGHYLE, Campus de Rouen, UniLaSalle


L’ESSENTIEL

  • Les feux de forêt n’endommagent pas que les arbres. Les flammes impactent aussi le sol, la vie qu’il abrite tout comme le stock de carbone qu’il détient.

  • L’ampleur des impacts varie selon les températures atteintes et de la capacité de récupération du sol.

  • Le feu a également tendance à diminuer le stock de carbone des sols.


Impossible d’être passé à côté : cet été 2026, une surface inédite de la forêt française a brûlé. Mais derrière les images spectaculaires de paysages calcinés, une autre histoire moins documentée se joue sous nos pieds. Au-delà de la végétation brûlée, le feu transforme en profondeur le sol et la vie qu’il abrite.

Surface brûlée en France. Données consultées le 21 août 2026
Surface brûlée en France. Données consultées le 21 août 2026.
Copernicus, Fourni par l’auteur

Il impacte également un patrimoine invisible : les réserves de carbone du sol, que le grand public a souvent tendance à sous-estimer. Pourtant, les sols forestiers français stockent bien souvent plus de carbone que la partie aérienne de la forêt.

Pour comprendre ces bouleversements, commençons par voir ce qu’il se passe dans le sol après un incendie.

Comment le feu impacte-t-il le sol ?

Contrairement à l’image que l’on peut avoir d’un incendie qui consumerait tout sur son passage, la chaleur pénètre généralement assez peu dans le sol. En raison de sa faible conductivité thermique, ses effets directs restent le plus souvent limités aux premiers centimètres sous la surface. Or, c’est précisément dans cette fine couche que se concentre la majorité des racines, des microorganismes et de la matière organique qui assurent la fertilité, le stockage du carbone et le fonctionnement du sol.

Une fois les flammes éteintes, le sol garde ainsi la mémoire de l’incendie, avec des conséquences qui peuvent durer des années, voire des décennies, pour la régénération des écosystèmes et pour le climat.

Des transformations de la composition chimique

Cet impact est d’abord lié à la composition chimique du sol qui va changer sous l’effet de la chaleur.

La combustion de la végétation et de l’amas de feuilles et débris végétaux morts sur le sol de la forêt (la litière forestière) laisse à la surface du sol des cendres riches en éléments minéraux, notamment en calcium, magnésium et potassium. Ces nutriments cruciaux, notamment pour la structure cellulaire, la photosynthèse et la régulation hydrique des plantes, vont dès lors être plus disponibles. À l’inverse, certains nutriments indispensables à la croissance des plantes, notamment l’azote et le soufre, peuvent être perdus par volatilisation dès 200 °C.

Les cendres, généralement alcalines, peuvent également augmenter temporairement le pH du sol.

En altérant la matière organique qui contribue à maintenir les particules du sol assemblées, l’incendie peut également fragiliser sa structure et modifier sa porosité. L’eau s’infiltre alors plus difficilement, ce qui accroît le risque de ruissellement et d’érosion.

Des variations en fonction de la température

Ces effets peuvent parfois être amplifiés par certains phénomènes. Avec la chaleur, des composés organiques issus de la végétation qui brûle peuvent se volatiliser, puis migrer dans le sol avant de se condenser sur des particules plus froides. Ils créent alors une couche hydrophobe qui repousse l’eau. Cela peut alors avoir des conséquences négatives sur la capacité de rétention de l’eau par le sol, et, en conséquence, pour le développement des végétaux.

Cette répulsion à l’eau apparaît surtout dans certaines gammes de température, entre environ 200 °C et 280 °C, tandis qu’à des températures plus élevées, les composés organiques à l’origine de cet effet peuvent à leur tour être détruits.

Des différences entre sol sableux et sol argileux

Outre la température, d’autres paramètres peuvent également modifier grandement les effets d’un incendie sur le sol : intensité, durée, quantité et nature du combustible mais aussi les propriétés du sol.

Dans un sol sableux, comme en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), par exemple, il aura une réduction plus importante de la matière organique du sol comparé à un sol argileux, comme certains sols du département de l’Aude. Cela est dû au fait que dans les sols sableux, la matière organique du sol est principalement présente sous forme de débris végétaux peu protégés, contrairement à un sol argileux où la matière organique est plus susceptible d’être présente en association avec les particules d’argiles. Cette association entre la matière organique du sol et les particules d’argiles est tellement forte qu’elle fonctionne comme une protection.

Ces sols argileux sont donc, eux, capables de stabiliser une part importante de la matière organique au contact des minéraux. Ils offrent ainsi une meilleure protection du carbone que les sols sableux.

Illustration de l’effet du feu sur un sol sableux (enrichi en matière organique particulaire) et un sol argileux (enrichi en matière organique associée aux minéraux et donc plus stable). Dans la figure, l’élément carbone est représenté par la lettre C
Illustration de l’effet du feu sur un sol sableux (enrichi en matière organique particulaire) et un sol argileux (enrichi en matière organique associée aux minéraux, et donc plus stable). Dans la figure, l’élément carbone est représenté par la lettre C.
Fourni par l’auteur

Une vie souterraine bouleversée

Les effets du feu sur les sols forestiers ne s’arrêtent pas là, car le feu ne transforme pas seulement la chimie et la structure du sol : il bouleverse également les organismes qui y vivent. Un sol abrite une communauté extrêmement diversifiée de bactéries, de champignons et d’animaux qui participent notamment à la décomposition de la matière organique et aux cycles du carbone et des nutriments. La chaleur peut provoquer très rapidement la mortalité directe d’une partie de ces organismes.

En modifiant le pH, la disponibilité des nutriments, la matière organique ou encore les propriétés physiques du sol, le feu transforme aussi dans la durée les conditions de vie et les ressources disponibles pour les organismes. Cette perturbation se traduit alors par une diminution de l’activité des champignons et microorganismes qui, par l’intermédiaire de leurs enzymes, décomposent la matière organique et rendent disponibles des nutriments précieux à la fertilité de la forêt tout entière.

Le fonctionnement biologique du sol peut ainsi rester perturbé bien après que les cendres ont disparu, avec des temps de récupération pouvant atteindre plusieurs années, voire plusieurs décennies selon la sévérité du feu et les caractéristiques de l’écosystème.

Tout le carbone part-il en fumée ?

Regardons maintenant ce qu’il se passe au niveau du stock de carbone des sols.

On pourrait penser qu’un incendie transforme une majorité du carbone du sol en CO2 qui partira dans l’atmosphère. La réalité est plus complexe. Une partie des substances carbonée de la matière organique du sol est, effectivement, consommée par les flammes. Mais une autre partie du carbone des sols n’est pas détruite : elle est transformée.

Pour comprendre cette transformation, il faut distinguer plusieurs formes de carbone présentes dans la matière organique du sol. Les formes dites « O-alkyles » correspondent principalement aux glucides, comme ceux de la cellulose et de l’hémicellulose des végétaux. Elles constituent une source d’énergie facilement accessible pour les microorganismes.

Les formes alkyles regroupent des molécules plus riches en chaînes carbonées, comme les cires ou certains lipides des plantes. Enfin, le carbone aromatique est constitué de molécules organisées en cycles carbonés, généralement plus résistantes à la décomposition biologique.

Sous l’effet de la chaleur, les formes O-alkyles et alkyles diminuent progressivement, tandis que la proportion de carbone aromatique augmente. À mesure que la température s’élève, certaines fonctions chimiques disparaissent à leur tour et les molécules se condensent, laissant un résidu de plus en plus riche en structures aromatiques : le carbone pyrogénique. Le charbon de bois en est la forme la plus visible, mais des composés similaires se forment également dans le sol après un incendie.

Du végétal au carbone pyrogénique : comment le feu transforme la matière organique.
adapté de Knicker et coll., (2007), Fourni par l’auteur

Le feu produit donc une nouvelle forme de matière organique, structurellement plus fermée et chimiquement différente de celle qui existait avant l’incendie. Ce carbone peut alors interagir avec les minéraux du sol et persister plus longtemps que la matière organique dont il est issu. On pourrait donc penser que les incendies favorisent le stockage d’une forme de carbone plus stable dans les sols. La réalité est toutefois plus nuancée.

Des scénarios différents en fonction de l’intensité

Selon l’intensité des situations, l’incendie peut entraîner une perte importante de matière organique, une simple transformation des composés les plus facilement dégradables ou encore une augmentation temporaire du carbone du sol liée à l’accumulation de résidus carbonés issus de la combustion. Ce phénomène est notamment observé dans certains systèmes de brûlis traditionnels.

Ce résultat surprenant est dû au fait que le feu consomme une partie de la matière organique, mais il génère aussi de résidus riches en carbone, comme le carbone pyrogénique, qui peuvent, dans certains systèmes, contrebalancer les pertes.

Cependant, une synthèse scientifique récente regroupant 471 études et plus de 5 000 observations à travers le monde montre que le feu tend globalement à diminuer les stocks de carbone du sol, avec des effets particulièrement marqués lorsque les incendies sont sévères ou répétés.

Après le feu, le sol continue d’évoluer

Lorsque les flammes s’éteignent, le sol n’est pas figé dans son nouvel état. Même si les sols gardent la mémoire des incendies, la végétation recommence à pousser, les microorganismes recolonisent progressivement le milieu et les cendres peuvent fournir temporairement des éléments nutritifs aux plantes. Commence alors une phase de récupération dont la vitesse et l’ampleur dépendent à la fois de la sévérité de l’incendie, des propriétés du sol et des caractéristiques de l’écosystème.

Dans certains écosystèmes, comme les savanes, les formations méditerranéennes ou les forêts sèches, le feu fait partie du fonctionnement naturel et peut contribuer au recyclage des nutriments ou au maintien de certaines espèces. Ces milieux ont évolué avec des incendies réguliers, généralement de faible intensité, qui favorise la libération de nutriments de la végétation morte et l’ouverture des espaces favorables à la germination ou à la repousse de nouvelles espèces. Certaines espèces méditerranéennes, comme le pin d’Alep ou plusieurs cistes, profitent même du passage du feu pour se régénérer. La chaleur intense des flammes fait fondre la résine qui maintenait leurs cônes fermés, libérant des milliers de graines sur un sol enrichi par les cendres.

Le problème survient lorsque le régime des feux se modifie. Un feu modéré suivi d’une recolonisation rapide n’a pas les mêmes conséquences à long terme que des incendies sévères ou répétés, qui peuvent survenir avant que le sol et la végétation aient eu le temps de récupérer. Les perturbations peuvent alors s’accumuler, entraînant des pertes de carbone et, plus largement, une altération durable du fonctionnement du sol.

Après l’incendie, faut-il intervenir ?

Puisque les sols et les écosystèmes disposent d’une capacité naturelle de récupération, faut-il intervenir après un incendie pour accélérer leur restauration ? Dans de nombreux cas, laisser le milieu récupérer naturellement peut constituer la meilleure option.

Une intervention se justifie surtout lorsque le feu a rendu le sol particulièrement vulnérable à l’érosion, aux coulées de boue ou au transfert de sédiments vers les cours d’eau et les infrastructures. Dans ces secteurs, couvrir le sol avec de la paille, des copeaux de bois ou d’autres matériaux peut protéger sa surface de l’impact des gouttes de pluie et limiter le ruissellement et l’érosion.

À l’inverse, certaines interventions menées rapidement après l’incendie peuvent aggraver les dommages. Le passage d’engins lourds, notamment lors de l’exploitation des arbres brûlés, peut compacter un sol déjà fragilisé, dégrader sa structure et accroître l’érosion.

À l’heure du changement climatique, avec des incendies plus fréquents et plus intenses, une question cruciale demeure cependant : jusqu’où les sols peuvent-ils absorber ces perturbations sans voir leur fonctionnement durablement altéré ? Pour y répondre, l’étude des mécanismes favorisant ou limitant cette résilience demeure plus que jamais cruciale.


Cet article a bénéficié de l’appui de Quentin Bordier, rédacteur scientifique. Nous le remercions pour son aide dans la vulgarisation de cette réflexion.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Quand les incendies s’éteignent, les sols se transforment – https://theconversation.com/quand-les-incendies-seteignent-les-sols-se-transforment-290544

Comment l’école maternelle s’est mise à évaluer les enfants : retour sur un siècle de transformations

Source: The Conversation – France (in French) – By Fabienne Montmasson Michel, Maîtresse de conférences en sociologie, Université de Poitiers


L’ESSENTIEL

  • En cette rentrée 2026, un nouveau programme scolaire entre en vigueur en maternelle.

  • Depuis 1977, c’est la huitième fois que les objectifs de cette école sont réécrits : que penser de cette inflation de textes officiels ?

  • Au-delà de ce qu’on apprend à l’école maternelle, ne faut-il pas s’interroger sur le projet politique qu’elle porte ?


Le 7 mai 2026, un nouveau programme d’enseignement de l’école maternelle a été publié au Bulletin officiel. C’est le huitième texte de ce type et le plus copieux qui soit sorti depuis 1977. Organisé autour d’objectifs d’apprentissage déclinés par âge, il s’inscrit dans une longue série de réécritures qui se succèdent à une cadence croissante depuis près d’un demi-siècle.

Or, entre 1921 et 1977, l’école maternelle s’est profondément transformée sans qu’aucun programme ne soit réécrit. D’autres acteurs et actrices ont alors joué un rôle décisif pour façonner ses normes : une association professionnelle, des inspectrices, des éditeurs. Comment comprendre le passage d’un âge où l’institution évoluait depuis ses forces vives à un autre où les programmes prennent une place centrale ?

Retracer cette histoire, c’est comprendre comment changent les façons de scolariser les jeunes enfants et comment se reconfigurent les inégalités sociales auxquelles l’école maternelle prétend répondre.

Un modèle scolaire qui se stabilise dans les années 1920

Quand on pense à l’école maternelle, on visualise aussitôt de petites tables, du matériel à manipuler, des activités de groupe… C’est à la fin du XIXᵉ siècle que s’est construit ce modèle pédagogique, qui s’est stabilisé dans les années 1920.

Le décret du 15 juillet 1921 fixe un cadre qui restera inchangé jusqu’en 1977 et améliore les conditions de travail des institutrices : il limite les effectifs entre 25 et 50 élèves par classe et aligne horaires et congés sur ceux des institutrices du primaire. La même année est fondée l’Association générale des institutrices d’école maternelle (Agiem), qui élabore, diffuse et légitime les normes de la « bonne » pédagogie maternelle à travers congrès, publications et expositions : activités avec du matériel pédagogique qualitatif, distinction avec l’enseignement élémentaire.

Des enfants dansent dans une salle de récréation, dans une école de Brest, dans les années 1920
Des enfants dansent dans une salle de récréation, dans une école de Brest (Finistère), dans les années 1920.
Alphonse Bocoyran, via Wikimédia

Ces normes sont portées par les inspectrices, souvent des femmes d’origines modestes en forte ascension sociale grâce aux filières d’élite de l’ordre primaire féminin (écoles normales, École normale supérieure de Fontenay). Leur vision de l’enfant s’inspire des modes d’éducation valorisés dans les milieux bourgeois.

Dès l’entre-deux-guerres, l’école maternelle se construit autour d’une tension durable : accueillir les enfants du peuple au nom d’un enfant pensé comme universel, mais selon une conception fondée sur des conceptions pédagogiques bourgeoises.

Un embourgeoisement de l’institution

Entre 1945 et les années 1970, c’est l’âge d’or de la maternelle. Aucun nouveau programme n’est publié et, pourtant, elle se transforme profondément. Le nombre d’écoles maternelles passe de 3 870 en 1948 à 18 486 en 1978 tandis que les effectifs par classe diminuent de 43 élèves en 1960 à 30 en 1980.

La préscolarisation se généralise jusqu’à atteindre la totalité des enfants de trois ans à six ans en 1994-1995. Cette expansion repose sur un investissement conjoint de l’État et des communes, finançant constructions, équipements et recrutements. Le modèle pédagogique promu depuis les années 1920 trouve alors les conditions de son déploiement.

L’Agiem, les inspectrices et les éditeurs spécialisés continuent de diffuser les normes professionnelles à travers sections locales, congrès, revues et publications. Pour ces institutrices en voie d’émancipation, l’association est aussi un espace de développement professionnel et intellectuel non mixte, à l’écart de la domination masculine qui structure l’institution scolaire.

Mais cet âge d’or est de même celui d’un embourgeoisement de l’institution. Historiquement destinée aux enfants des classes populaires, l’école maternelle attire désormais les classes moyennes et supérieures. Le profil social des enseignantes se modifie : contrairement à leurs prédécesseures souvent célibataires, elles sont nombreuses à contracter des mariages dans des milieux sociaux supérieurs et à fonder une famille.

Elles se rapprochent ainsi d’un nouveau public en attente d’une éducation culturelle plutôt que de produits scolaires tangibles. Elles valorisent un modèle inspiré par la psychologie, la psychanalyse, les arts et l’expression orale, qui fait la part belle à la créativité et aux formes d’expression personnelle. En s’ouvrant à tous et à toutes, l’institution généralise un idéal pédagogique forgé sous la IIIᵉ République, qui met à distance son public historique, les enfants des classes populaires.

L’âge de l’intégration scolaire

À partir des années 1970, l’école maternelle entre dans l’âge de l’intégration scolaire. La massification de l’enseignement secondaire et la généralisation du collège unique font émerger une préoccupation centrale : l’échec scolaire. L’école maternelle se voit assigner une mission nouvelle, inscrite dans la loi Haby de 1975 : prévenir les difficultés scolaires.

Cette réorientation s’accompagne d’une perte progressive d’autonomie. Les inspections maternelles sont fondues dans l’inspection primaire, le monopole féminin pour y enseigner disparaît. L’espace professionnel féminin autonome s’efface, même si le travail de la classe reste aujourd’hui très majoritairement féminin. La loi Jospin de 1989 rattache plus étroitement la maternelle à l’élémentaire en rapprochant la grande section du CP. Les programmes se succèdent à un rythme soutenu : 1977, 1986, 1995, 2002, 2008, 2015, 2021 puis 2026.

Dans ce nouveau cadre, le langage devient l’objet privilégié de l’intervention pédagogique. À partir des années 1970 se constitue un champ d’expertise sur la littératie précoce. Linguistes, psychologues et spécialistes de l’écrit élaborent des normes qui circulent par la recherche, la formation et l’édition pédagogique. À partir de 2002, le langage occupe la première place dans les programmes, tandis que les mathématiques s’affirment plus récemment comme seconde discipline prioritaire.




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À mesure que se multiplient supports écrits, évaluations et activités préparatoires aux apprentissages scolaires, les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) entrent en classe pour seconder des enseignantes dont le travail s’intensifie. Leur rôle pédagogique est progressivement reconnu, sans véritable revalorisation statutaire ou salariale.

La rentrée des classes en maternelle en 2005 (Archive INA).

De fait, la promesse de prévenir l’échec scolaire repose sur des normes pédagogiques socialement distinctives : on attend de l’enfant qu’il réfléchisse sur le langage, entre dans l’écrit par la littérature et l’échange verbal, apprenne de manière autonome avant même de maîtriser les techniques de l’écrit. Ce sont davantage les dispositions et les idéaux éducatifs des classes moyennes et supérieures que ceux des classes populaires. Les inégalités ne disparaissent donc pas : elles changent de forme.

La pression des évaluations

Depuis les années 1990, l’école maternelle est de plus en plus gouvernée par ses résultats. Les évaluations nationales et internationales, peu favorables à l’école française, nourrissent une succession de réformes qui renforcent les prescriptions.

Le programme de 2026 s’inscrit dans cette logique : plus long et plus détaillé que les précédents, il prolonge un demi-siècle d’inflation programmatique.

En faisant des programmes l’instrument privilégié du changement, l’institution renforce depuis cinquante ans le contrôle du travail pédagogique et les attentes adressées aux enfants, tandis que la formation continue s’est profondément transformée, privilégiant des dispositifs étroitement articulés aux prescriptions institutionnelles, au détriment des temps longs de réflexion collective sur les pratiques.

Finalement, la question est peut-être moins de savoir comment l’école maternelle doit éduquer les enfants et ce qu’elle doit enseigner que de comprendre quel projet politique elle porte, au service de quels groupes sociaux, quelles conceptions de l’enfance elle érige en normes, avec quels effets sociaux et à quel coût pour le travail de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

The Conversation

Fabienne Montmasson Michel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment l’école maternelle s’est mise à évaluer les enfants : retour sur un siècle de transformations – https://theconversation.com/comment-lecole-maternelle-sest-mise-a-evaluer-les-enfants-retour-sur-un-siecle-de-transformations-285793

Quand être trop riche devient un handicap pour une entreprise, ou les revers de l’excès de trésorerie

Source: The Conversation – France (in French) – By Charbel Cordahi, Professeur de Finance & Economie, GEM

On ne prête qu’aux riches, dit-on. Il n’est pas certain que l’adage qui s’applique aux particuliers concerne aussi les entreprises. Une trésorerie trop importante peut être mal interprétée par les actionnaires. Et si l’accumulation d’argent dormant révélait une sorte d’impasse stratégique…


« Cash is King. » Cette formule, omniprésente dans le monde de la finance, rappelle qu’une entreprise disposant de liquidités abondantes inspire généralement confiance. Ainsi, une trésorerie solide permet de faire face aux imprévus, de financer l’activité quotidienne et de traverser sereinement les périodes de ralentissement économique. Pourtant, lorsqu’elle devient durablement excessive, la trésorerie cesse d’être un atout et risque d’être perçue comme le symptôme d’une mauvaise allocation des ressources.

La trésorerie représente les liquidités immédiatement disponibles après le financement de l’actif économique, c’est-à-dire des immobilisations et des besoins liés au cycle d’exploitation. Elle regroupe les soldes bancaires créditeurs ainsi que les placements de court terme rapidement mobilisables, comme les actions échangeables en bourse ou les bons du Trésor. Elle constitue ainsi un indicateur essentiel de la santé financière d’une entreprise.

Une trésorerie suffisante traduit une capacité à honorer ses engagements et offre une marge de sécurité appréciable face aux aléas économiques.

Un rôle stratégique

Cette réserve financière joue également un rôle stratégique. Elle permet de saisir rapidement une opportunité, de financer un investissement sans recourir à l’endettement ou encore de faire face à une baisse temporaire d’activité. Dans un environnement économique incertain, cette flexibilité représente une véritable assurance.




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Mais la prudence peut se transformer en excès. Lorsqu’une entreprise accumule des liquidités importantes pendant plusieurs années sans projet clairement identifié, les investisseurs, surtout dans les entreprises cotées, commencent à s’interroger.
Pourquoi ces ressources restent-elles inutilisées ? L’entreprise manque-t-elle de perspectives de développement ? Ses dirigeants hésitent-ils à investir ? Ou bien ne parviennent-ils pas à identifier des projets suffisamment rentables ?

Autant de questions qui peuvent progressivement altérer la confiance du marché.

Le rôle de l’inflation

Le premier coût d’un excès de trésorerie est souvent invisible. Il résulte de l’inflation. Des liquidités placées sur des supports solides, comme les obligations d’État et d’entreprises de haute qualité, les dépôts bancaires à terme ou les fonds monétaires, offrent généralement un rendement limité. Si ce rendement reste inférieur à la hausse générale des prix, la valeur réelle de cette trésorerie diminue progressivement. L’entreprise conserve certes son capital en valeur nominale, mais son pouvoir d’achat financier s’érode année après année.

À cette perte s’ajoute le coût du capital. Les ressources financières d’une entreprise ne sont jamais gratuites : qu’elles proviennent des actionnaires ou des créanciers, ceux-ci attendent une rémunération en contrepartie du risque qu’ils supportent. Les créanciers perçoivent des intérêts, tandis que les actionnaires, exposés à un risque plus élevé, exigent généralement un rendement supérieur.

Le coût du capital

De cette combinaison entre fonds propres et dette naît le coût moyen pondéré du capital, c’est-à-dire le niveau minimal de rentabilité que doivent atteindre les investissements réalisés par l’entreprise. Or, ce coût est généralement supérieur au rendement obtenu sur des placements monétaires de court terme. Autrement dit, lorsque des liquidités importantes restent durablement placées sur des supports peu rémunérateurs, elles rapportent moins que ce qu’elles coûtent à l’entreprise. Dans cette situation, conserver cet excédent de trésorerie n’est plus économiquement optimal.

Les marchés financiers ne s’arrêtent pas à cette seule analyse. Ils interprètent également le niveau de trésorerie comme un signal. Une réserve de liquidités importante peut naturellement traduire une politique financière prudente ou la préparation d’investissements futurs. Mais lorsqu’aucune stratégie n’est clairement affichée, cette accumulation peut être comprise comme le signe d’un manque d’opportunités de croissance ou d’une difficulté à utiliser efficacement les ressources disponibles.

Une question théorique d’importance

La littérature financière s’est largement intéressée à cette question. La théorie du « cash-flow libre » (Free Cash Flow Theory, 1986), développée par Michael Jensen, montre qu’un excès de trésorerie accroît la marge de manœuvre des dirigeants. Ceux-ci peuvent alors être tentés de financer des projets dont la rentabilité est insuffisante plutôt que de restituer les fonds aux actionnaires. Cette situation favorise les comportements de « construction d’empire », où la croissance de la taille de l’entreprise prime sur la création de valeur.




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Cette analyse rejoint celle de la théorie de l’agence selon laquelle les intérêts des dirigeants ne coïncident pas toujours parfaitement avec ceux des actionnaires. Une trésorerie abondante offre davantage de liberté aux managers pour multiplier les acquisitions, retarder les restructurations ou engager des dépenses qui ne bénéficient pas aux propriétaires de l’entreprise. Lorsque les mécanismes de gouvernance sont insuffisants, ces comportements peuvent accroître les coûts d’agence, qui apparaissent lorsque les dirigeants d’une entreprise prennent des décisions qui servent davantage leurs propres intérêts que ceux des actionnaires, et réduire la création de valeur actionnariale.

L’influence de la gouvernance

La qualité de la gouvernance joue d’ailleurs un rôle déterminant dans la manière dont le marché apprécie les liquidités détenues par une entreprise. Lorsque les investisseurs font confiance aux dirigeants, ils considèrent que cette trésorerie sera utilisée de façon disciplinée et au service de la stratégie. À l’inverse, une gouvernance jugée faible conduit souvent les marchés à appliquer une décote à cette trésorerie, estimant qu’elle risque d’être investie dans des projets peu rentables.

D’autres approches apportent un éclairage complémentaire. La théorie du Pecking Order rappelle que les entreprises privilégient naturellement le financement interne avant de recourir à la dette ou à une augmentation de capital. Détenir des liquidités permet donc de limiter les coûts liés au financement externe et aux asymétries d’information. Mais cet avantage disparaît lorsque les réserves deviennent excessives. Les bénéfices de la flexibilité financière diminuent alors au profit des coûts d’opportunité et d’agence.

Fnege Médias, 2023.

Cette idée conduit à la notion de niveau optimal de trésorerie. L’entreprise doit trouver un équilibre entre les avantages procurés par des liquidités suffisantes (sécurité, flexibilité et réduction des coûts de financement) et les inconvénients liés à une accumulation excessive. Au-delà d’un certain seuil, chaque euro supplémentaire détenu en trésorerie crée moins de valeur que s’il était investi dans un projet rentable ou redistribué aux investisseurs.

Impact sur le prix de cession

Cette problématique apparaît avec une acuité particulière lors des opérations de cession d’entreprise. Contrairement à une idée largement répandue, une trésorerie abondante ne se traduit pas par une meilleure valorisation. Les acquéreurs évaluent d’abord la performance économique de l’activité indépendamment de sa structure financière. La trésorerie nette n’intervient qu’ensuite dans le calcul de la valeur des titres.

Une trésorerie excédentaire peut même compliquer les négociations. Elle tend à brouiller l’analyse de la performance réelle en dégradant certains indicateurs de rentabilité, comme le retour sur fonds propres, en raison du faible rendement des liquidités. Les acquéreurs demandent alors des retraitements financiers afin d’isoler la performance opérationnelle. Ils peuvent également considérer que cet excès de cash masque des besoins futurs, des risques non identifiés ou une absence de stratégie clairement définie, conduisant parfois à appliquer une décote.

L’image d’une entreprise riche en liquidités mérite donc d’être nuancée. La trésorerie demeure un élément indispensable de la solidité financière, mais elle ne crée de valeur que lorsqu’elle répond à un objectif économique précis. Lorsqu’aucun projet rentable ne justifie sa conservation, la théorie financière considère qu’il est préférable de restituer ce capital aux actionnaires, notamment sous forme de dividendes ou de rachats d’actions. L’enjeu n’est donc pas d’accumuler le plus de liquidités possible, mais de maintenir un niveau cohérent avec les besoins de l’entreprise et sa stratégie de développement. En finance, comme souvent, ce n’est pas la quantité qui importe, mais l’utilisation qui est faite des ressources disponibles.

The Conversation

Charbel Cordahi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quand être trop riche devient un handicap pour une entreprise, ou les revers de l’excès de trésorerie – https://theconversation.com/quand-etre-trop-riche-devient-un-handicap-pour-une-entreprise-ou-les-revers-de-lexces-de-tresorerie-288732

Un algorithme aide les entreprises à définir la stratégie optimale pour recycler et remettre un produit usagé à neuf

Source: The Conversation – France (in French) – By Maud Van den Broeke, Associate Professor in Operations and Supply Chain Management, IÉSEG School of Management

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du *remanufacturing* est d’environ 50 % d’une batterie neuve contre 20 % pour le recyclage. Karepastock/Shutterstock (no reuse)

La hausse des préoccupations environnementales, des réglementations plus strictes et la pression concurrentielle poussent les entreprises à adopter des stratégies de récupération des produits. Ces dernières incluent le remanufacturing – remettre un produit usagé à neuf – et le recyclage – transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières.

Les entreprises font régulièrement évoluer la part accordée au recyclage et au remanufacturing dans leurs stratégies de récupération. Par exemple, le spécialiste de l’impression Xerox privilégie le recyclage des déchets solides, mais a augmenté la part du remanufacturing de 11 % à 15 % de 2020 à 2021, tandis que le recyclage reculait de 74 % à 69 %, avant de revenir à 6 % de remanufacturing et 81 % de recyclage en 2024.

Le groupe automobile Stellantis, qui privilégiait la remise d’un produit usagé à neuf, a réorienté sa stratégie en faveur du recyclage : la part du recyclage de ses batteries en fin de vie est passée de 28,9 % à 43,4 % entre 2022 et 2023, tandis que celle du remanufacturing reculait de 45,6 % à 38,1 %.

L’ambition de notre recherche est d’aider les entreprises à bâtir une stratégie de récupération des produits cohérente et résiliente dans le temps, afin d’éviter une alternance entre remanufacturing et recyclage dictée par les contraintes du moment.

Comment avons-nous mis en évidence cette stratégie optimale ?

Notre étude propose un modèle d’optimisation pour trouver les stratégies de récupération les plus rentables pour les fabricants d’équipements d’origine, ces derniers étant en concurrence avec des remanufacturiers indépendants. Cette économie est encore peu étudiée malgré son importance industrielle. Pour ce faire, nous avons identifié dix stratégies possibles, allant de l’absence totale de récupération à la récupération complète.

La figure illustre les dix stratégies de récupération des produits (recyclage et remanufacturing) pour un ensemble donné de valeurs des paramètres.

Une telle concurrence existe déjà dans le secteur automobile, où plusieurs acteurs remanufacturiers indépendants sont présents sur le marché, tels que Terrepower et Borg Automotive, face à des équipementiers comme Valeo.

Les équipementiers et les remanufacturiers indépendants décident chacun de la quantité de produits usagés à récupérer. Les remanufacturiers indépendants consacrent les produits récupérés pour les remettre à neuf (remanufacturing), tandis que les fabricants d’origine peuvent opter soit pour le remanufacturing, soit pour le recyclage ou encore pour une combinaison des deux. Le choix optimal dépend de la concurrence, des coûts et de la demande.

Par exemple, les remanufacturiers indépendants n’entrent sur le marché que si le coût de la remise à neuf d’un produit usagé est inférieur à un seuil critique. Les entreprises peuvent identifier la stratégie la plus adaptée en faisant varier :

  • les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remise à neuf d’un produit usagé ;

  • l’efficacité des matériaux recyclés ;

  • la disposition des consommateurs à payer et leur acceptation des produits remanufacturés.

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du remanufacturing est d’environ 50 % d’une batterie neuve, contre 20 % pour le recyclage.

Dans ces conditions, notre modèle montre qu’une stratégie hybride est la plus rentable, ce qui correspond aux pratiques observées chez Stellantis. Quand les coûts de collecte sont élevés (produits lourds et dispersés), la remise d’un produit usagé à neuf reste élevé chez les fabricants d’équipements d’origine et les remanufacturiers indépendants, comme chez Caterpillar.

Pourquoi est-ce important ?

Alors que l’Union européenne veut doubler la circularité à 24 % d’ici 2030, les marchés du recyclage et du remanufacturing devraient croître. Tandis que le recyclage est déjà courant dans l’industrie, le remanufacturing reste faible (environ 2 % du marché manufacturier), malgré son fort potentiel pour la durabilité.

Notre recherche montre que les politiques favorisant la concurrence comme la responsabilité élargie du producteur, ou les objectifs de collecte de 65 % du Parlement européen, n’augmentent pas toujours la circularité ou modifient les stratégies de récupération.

Nous constatons que la concurrence des remanufacturiers indépendants peut accroître le recyclage des fabricants d’équipements d’origine et réduire leurs activités de remise à neuf de produits usagés. Cela peut expliquer la baisse du remanufacturing et la hausse du recyclage observé chez Stellantis, comme mentionné précédemment.

Pour atténuer les effets de la concurrence, les fabricants d’équipements d’origine peuvent agir via la conception des produits, ce qui limite le remanufacturing par les remanufacturiers indépendants. Ils peuvent aussi renforcer leur image de marque, comme Volvo, ou choisir la collaboration ou l’acquisition de remanufacturiers indépendants, comme Caterpillar.

Cette intégration augmente la rentabilité de la chaîne d’approvisionnement (+ 7,1 % en moyenne), mais n’est pas toujours meilleure pour l’environnement (25 % des cas).

Quelle suite donner à cette recherche ?

Ce travail fait partie d’un programme sur la durabilité. Afin de mieux éclairer les choix de stratégies de récupération, nous avons déjà mené un projet complémentaire sur le rôle de l’écoconception, l’incertitude de l’offre, de la greeness des consommateurs et les réglementations dans ces décisions.

Nous préparons des propositions de financement national pour un projet sur la collaboration dans les chaînes d’approvisionnement circulaires, en étudiant les réseaux multiacteurs et la résilience face à l’incertitude.

Les recherches futures combineront études cas multiacteurs, workshops, entreprises-chercheurs et outils d’analytique, avec une ouverture aux entreprises intéressées.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Maud Van den Broeke a reçu des financements de ANR (ANR-22-CE10-0006).

Song Liu, Stefan Creemers et Tanja Mlinar ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Un algorithme aide les entreprises à définir la stratégie optimale pour recycler et remettre un produit usagé à neuf – https://theconversation.com/un-algorithme-aide-les-entreprises-a-definir-la-strategie-optimale-pour-recycler-et-remettre-un-produit-usage-a-neuf-279825