États-Unis : les raisons pour lesquelles les travailleurs votent moins qu’avant pour le parti démocrate

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nicholas Jacobs, Goldfarb Family Distinguished Chair in American Government, Colby College; Institute for Humane Studies

Voilà plusieurs années que les démocrates états-uniens cherchent la formule magique pour reconquérir les travailleurs, électorat qui leur semblait longtemps acquis. Pour cela, ils insistent sur les questions économiques. Mais les enquêtes montrent que, entre les travailleurs et le parti, le fossé n’a cessé de se creuser depuis un demi-siècle sur des questions comme le rapport à l’équité et à l’effort individuel, sur les valeurs sociétales ou encore sur la confiance dans les institutions.


Depuis l’élection présidentielle de 2016 – année où Donald Trump a brisé le « mur bleu » des démocrates en remportant de nombreux suffrages de la classe ouvrière dans plusieurs États du Midwest –, la gauche cherche désespérément à répondre à cette question : comment regagner le soutien de la classe des travailleurs (working class) ?

Les réponses apportées prennent différentes formes. Le chevronné sénateur du Vermont Bernie Sanders fait campagne dans les circonscriptions républicaines, dénonçant l’oligarchie et la cupidité des entreprises. Son homologue du Connecticut Chris Murphy martèle que « les démocrates doivent se réapproprier leur identité de parti de la classe des travailleurs ». On a également assisté à l’émergence d’une nouvelle génération de candidats : Alexandria Ocasio-Cortez a été serveuse dans un bar, Marie Gluesenkamp Perez a travaillé en tant que mécanicienne, Graham Platner est un vétéran de l’armée arborant de nombreux tatouages… Leurs parcours de vie sont brandis en étendard pour reconquérir un électorat que le parti a longtemps cru acquis.

Graham Platner, candidat au Sénat du Maine qui apparaît comme le dernier sauveur des démocrates issu des cols bleus, a exprimé cette théorie sans détour : « Nous sommes dans une forme de guerre des classes », affirme-t-il.

« Et si le parti démocrate veut avoir un avenir auprès des travailleurs, il doit se ranger du côté des travailleurs. »

Mais qui est un « travailleur », selon lui ? Réponse :

« Essentiellement toute personne qui ne tire pas l’intégralité de ses revenus d’une immense fortune. »

La théorie est toujours la même : il existe quelque part une majorité latente de travailleurs, unie par des revendications économiques communes, qui attend d’être politiquement mobilisée pour voter en faveur des démocrates. Franklin D. Roosevelt y est parvenu avec son New Deal : ses lointains successeurs peuvent donc y parvenir à nouveau.

Je suis politologue et j’ai beaucoup travaillé sur les communautés rurales et ouvrières des États-Unis. À mon sens, l’une des questions essentielles est de savoir si ces démocrates réformistes sont réellement déterminés à comprendre les électeurs appartenant à ces catégories. Car ces derniers, comme ils le disent eux-mêmes, n’attendent pas simplement d’être mobilisés par le bon programme, le bon messager, la bonne formule. Les inviter à « combattre l’oligarchie » ne suffira probablement pas.

Les électeurs de cette classe sociale ont une vision du monde. Depuis cinquante ans, celle-ci s’est progressivement éloignée de celle du parti démocrate – non pas parce que les travailleurs ont fondamentalement changé, mais parce que les démocrates ne sont plus les mêmes.

L’identité de la classe ouvrière

Depuis le début des années 1950, l’institut d’enquêtes American National Election Studies demande aux personnes interrogées si elles se considèrent comme appartenant à la classe des travailleurs. Cet article s’appuie sur mon analyse des réponses.

Alors que la proportion des électeurs disposant d’un diplôme a augmenté, de même que les revenus des ménages, la part des Américains qui se considèrent comme appartenant à la classe des travailleurs est restée remarquablement stable : environ 35 % des électeurs au cours des soixante-dix dernières années, 38 % en 2024.

L’identité de cette classe ne se résume pas au fait de ne pas disposer d’une immense fortune personnelle. Se considérer aujourd’hui comme travailleur, c’est une façon spécifique de voir le monde.

Il existe des manières conventionnelles de définir la classe des travailleurs, mais elles passent souvent à côté de la manière dont les gens perçoivent leur propre place dans la société. En 2024, par exemple, 21 % de ceux qui s’identifient à la classe des travailleurs sont titulaires d’un diplôme universitaire, seuls 5 % appartiennent à un syndicat du secteur privé et 37 % possèdent des actions. À l’inverse, la plupart des Américains sans diplôme universitaire ne s’identifient pas à cette classe.

Les travailleurs n’ont jamais constitué un groupe votant de façon écrasante pour le parti démocrate, pas même à l’apogée de la coalition du New Deal. D’après les données recueillies par l’American National Election Studies, la part des travailleurs parmi les électeurs démocrates a atteint un pic d’environ 56 % en 1960 et n’a cessé de baisser depuis, pour s’établir aujourd’hui à un peu plus de 30 %. Parallèlement, la part des électeurs relevant de cette classe qui s’identifient comme démocrates est en baisse depuis un demi-siècle : c’était le cas de la majorité d’entre eux en 1958, ce n’est plus le cas depuis.

Ces électeurs ne sont pas devenus républicains pour autant. Ce n’est qu’en 2020 et en 2024 – une première depuis que ces enquêtes sont conduites – qu’un plus grand nombre d’électeurs de la classe des travailleurs se sont identifiés comme républicains plutôt que démocrates – et encore, avec une marge très faible. Les données dressent le tableau d’une classe ouvrière politiquement sans attache, éloignée des démocrates, non ralliée aux républicains, coincée entre les deux et éprouvant un attachement de moins en moins marqué à l’un ou l’autre des partis.

L’abandon économique

Alors, qu’est-ce qui les a poussés à se détourner du « parti de l’âne » ?

Une partie de la gauche progressiste a une réponse toute prête : les démocrates ont abandonné les travailleurs sur le plan économique – notamment sur les dossiers des échanges commerciaux, des salaires et de la politique industrielle. Les électeurs ont alors réagi de manière rationnelle. « Réglez les problèmes économiques et la coalition reviendra ». C’est sur la question des échanges commerciaux avec les pays étrangers que l’argument est le plus pertinent. En 1988, environ les trois quarts aussi bien des électeurs démocrates que des travailleurs étaient favorables à la mise en place de restrictions sur les importations pour protéger les emplois américains.

En 2024, seuls 26 % des démocrates étaient favorables à ces restrictions, tandis qu’une majorité – 54 % – des travailleurs continuait de l’être. Contrairement à la plupart des démocrates, les travailleurs, le plus souvent, ne considèrent pas que la mondialisation est dans leur intérêt.

Parallèlement à cet écart sur la question du protectionnisme, on observe un fossé grandissant en matière de valeurs – un fossé qu’aucun droit de douane ne peut combler.

Ce qu’exige l’équité

En 1984, les démocrates et les travailleurs s’accordaient largement sur l’idée qu’un traitement plus équitable des personnes réduirait les problèmes sociaux. Des divergences sont apparues après 2008 et se sont accentuées après 2016, les démocrates étant désormais à 28 % plus enclins que les travailleurs à penser que l’égalité devrait être une priorité plus importante.

En 1986, la moitié des démocrates modérés et un pourcentage légèrement inférieur de travailleurs partageaient l’idée selon laquelle les Afro-Américains ne réussissaient pas parce qu’ils ne faisaient pas assez d’efforts. En 2024, ce pourcentage n’était plus que de 13 % chez les démocrates. Il avait également baissé chez les travailleurs, mais seulement jusqu’à 32 %.

Le fossé qui s’est creusé entre eux ne s’explique pas principalement par une montée du ressentiment racial au sein de la classe ouvrière. La raison première est le glissement rapide opéré, après 2008, par le Parti démocrate vers une vision du monde qui accorde beaucoup plus d’importance aux barrières structurelles et beaucoup moins à l’effort individuel et à la responsabilité personnelle. Les travailleurs, qui ont toujours appréhendé leur propre vie à travers le prisme du travail acharné et de la récompense méritée, n’ont pas évolué sur cette question dans les mêmes proportions.

De l’alignement à la division

Sur les questions sociétales, la tendance se confirme. Ce ne sont pas les travailleurs qui ont dérivé vers la droite dans un élan de révolte réactionnaire ; ce sont les démocrates qui ont nettement mis le cap à gauche. En 1986, une proportion similaire de démocrates et de travailleurs adhérait à l’affirmation suivante : « Ce pays aurait beaucoup moins de problèmes si l’on accordait davantage d’importance aux liens familiaux traditionnels. » En 2024, un écart de 25 points s’est creusé.

Sur l’importance de la religion dans leur vie, l’écart entre démocrates et travailleurs, quasi nul au début des années 1990, est passé à 17 points en 2024. Sur l’avortement, l’écart était de 3 points en 1980 et de 30 points en 2024. Quant à la question de savoir si les niveaux d’immigration devraient être augmentés, les deux groupes étaient pratiquement sur la même ligne en 2000 – avec un soutien d’environ 8 % à cette idée –, mais, en 2020, les démocrates étaient 48 % à y être favorables, contre 24 % pour les travailleurs.

Cependant, même lorsque les électeurs de la classe ouvrière sont en principe d’accord avec un objectif politique démocrate, ils ne font pas confiance à l’institution chargée de le mettre en œuvre – une méfiance qui s’est construite au fil des décennies.

Comment fonctionne le « système »

En 1958, les électeurs issus de la classe ouvrière et les démocrates n’étaient séparés que de 5 points d’écart sur la question de savoir si le gouvernement gaspillait une partie considérable de l’argent des contribuables. En 2024, cet écart avait atteint 27 points – non pas parce que les travailleurs e avaient basculé vers un extrémisme anti-gouvernemental, mais parce que les démocrates modérés avaient considérablement renforcé leur confiance dans le gouvernement en tant qu’instrument de changement social.

Les électeurs de la classe ouvrière sont à 17 % plus susceptibles que les démocrates de considérer que les gens comme eux n’ont pas leur mot à dire sur ce que fait le gouvernement. En 2024, 88 % des travailleurs et 75 % des démocrates ont déclaré que le gouvernement était dirigé par quelques grands groupes d’intérêts. Les deux groupes s’accordent donc à dire que le système est sous emprise. Pourtant, la réponse politique des démocrates consiste invariablement à étendre le système.

Sur cette question de l’extension du rôle de l’État – des soins de santé à l’emploi en passant par les programmes environnementaux –, les démocrates et les travailleurs ont vu leurs positions diverger considérablement depuis les années 1980. En 2024, on observait des écarts de 20 à 30 points en matière d’approbation concernant la mise en place d’une assurance maladie publique, les dépenses environnementales et un programme d’emploi garanti. Sur tous les grands axes du programme économique progressiste, les démocrates se situent désormais nettement plus à gauche que les travailleurs qu’ils prétendent défendre.

Ce n’est pas seulement une guerre des classes

Depuis soixante ans, les travailleurs ne cessent de répéter aux sondeurs que le système politique ne les écoute pas. Au cours de cette même période, les démocrates se sont de plus en plus accommodés des institutions dans lesquelles les travailleurs ont de moins en moins confiance. Cette méfiance est le résultat cumulé d’expériences spécifiques : la désindustrialisation qui s’est produite sous l’œil du gouvernement, les accords commerciaux approuvés par les économistes et payés par les travailleurs, une réponse à la crise financière de 2008 qui a sauvé les banques et saisi leurs maisons, une épidémie d’opioïdes que les régulateurs n’ont absolument pas vue venir.

C’est précisément ce que la nouvelle vague de candidats réformateurs affirme vouloir rectifier. L’argument selon lequel « le bon candidat peut faire pencher la balance » n’est pas absurde. La qualité des candidats a son importance. La confiance en une personne peut se substituer à la confiance dans les institutions, du moins dans une certaine mesure. Mais les revendications économiques ne représente qu’une infime partie de ce qui ressort des réponses données par les travailleurs aux sondeurs.

Les données montrent une divergence profonde, qui dure depuis des décennies, entre la façon dont les travailleurs et les démocrates traditionnels appréhendent l’équité, le gouvernement, la responsabilité individuelle et le changement social.

Ne parler que de « guerre des classes » enferme les travailleurs dans un programme progressiste tout fait, au lieu de prendre au sérieux ce qu’ils disent réellement.

The Conversation

Nicholas Jacobs ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. États-Unis : les raisons pour lesquelles les travailleurs votent moins qu’avant pour le parti démocrate – https://theconversation.com/etats-unis-les-raisons-pour-lesquelles-les-travailleurs-votent-moins-quavant-pour-le-parti-democrate-284588

Cancer du pancréas : un médicament cible une protéine réputée « impossible à bloquer » et double la survie

Source: The Conversation – in French – By Christopher Lieu, Professor of Medical Oncology, University of Colorado Anschutz

Le cancer du pancréas est notoirement extrêmement difficile à traiter. Steve Gschmeissner/Science Photo Library via Getty Images

Le cancer du pancréas est l’un des cancers dont les taux de mortalité sont les plus élevés. Jusqu’à présent, les options thérapeutiques pour lutter contre la maladie étaient très limitées. Un médicament innovant génère de nouveaux espoirs : il est parvenu à doubler la survie médiane des patients qui l’ont reçu. Un premier pas vers de la mise au point de molécules plus efficaces ?


Depuis des décennies, le pronostic du cancer du pancréas est extrêmement sombre. Parmi les patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique entre 2015 et 2021, environ 97 % sont décédés dans les cinq ans qui ont suivi le diagnostic.

(La France est particulièrement touchée par l’augmentation du nombre de cas de cancers du pancréas : de 1990 à 2023, son taux d’incidence n’a fait qu’augmenter, selon Santé publique France qui précise que les facteurs de risque de la maladie sont encore mal connus et que la France figure parmi les pays avec des taux standardisés parmi les plus élevés du monde. Les facteurs de risque demeurent quant à eux encore mal connus, NdT.)

Parmi les raisons pour lesquelles cette maladie est si meurtrière figurent le fait qu’il n’existe pas de test de dépistage réellement efficace et que, durant les stades les plus précoces, elle évolue généralement sans symptômes perceptibles. Lorsqu’un patient présente des signes cliniques tels qu’un jaunissement de la peau (aussi appelé ictère, NdT) ou des douleurs abdominales, le cancer s’est souvent déjà disséminé à d’autres organes.

Oncologue digestif et chercheur spécialisé dans les essais cliniques de phase précoce (c’est-à-dire essais de première administration chez l’être humain ainsi qu’essais cliniques permettant de renforcer la connaissance initiale, toujours chez l’humain, des profils de tolérance, sécurité, pharmacocinétique et pharmacodynamique, NdT), j’ai pu mesurer à quel point nous manquons de thérapies efficaces pour prendre en charge les patients atteints de cancer du pancréas.

Pendant des décennies, on a considéré qu’il était impossible de cibler avec succès le mécanisme central à l’origine de la très grande majorité des cancers du pancréas. Ce constat est désormais en train d’évoluer radicalement.

En effet, un nouveau médicament s’est avéré capable de bloquer la protéine clé à l’origine du cancer du pancréas. Les patients au stade avancé de la maladie qui ont eu accès à ce traitement ont vu leur durée de survie quasiment multipliée par deux.

Des tumeurs longtemps « intraitables »

Historiquement, le traitement de référence des stades avancés de cancer du pancréas était une chimiothérapie faisant intervenir des médicaments puissants, conçus pour détruire les cellules en division rapide. Si une telle approche peut ralentir la progression de la maladie, son efficacité est souvent limitée. En effet, les cellules cancéreuses pancréatiques ont la capacité de développer une résistance à ces traitements.

Les raisons pour lesquelles le cancer du pancréas est particulièrement agressif sont à chercher du côté génétique. Plus de 90 % des tumeurs pancréatiques sont causées par des mutations du gène Kras. Ce gène code pour des protéines qui fonctionnent comme des interrupteurs commandant l’activation et la désactivation de la croissance cellulaire.

Lorsque le gène KRAS est muté, l’interrupteur se bloque en position « marche » et ordonne aux cellules, ainsi devenues cancéreuses, de se multiplier indéfiniment.

Pendant des décennies, les scientifiques ont considéré la protéine KRAS comme étant impossible à traiter grâce à des médicaments (« undruggable », en anglais) : sa surface, exceptionnellement lisse, ne présente pas les cavités moléculaires dont les médicaments classiques ont besoin pour s’y fixer et bloquer l’interrupteur.

Faute de médicaments capables de cibler cette protéine, la prise en charge du cancer du pancréas s’est donc principalement appuyée sur des agents cytotoxiques. Ceux-ci agissent davantage comme des outils grossiers que comme des instruments de précision. Avec la chimiothérapie, on tente de contrôler la maladie en mettant en œuvre une destruction cellulaire à large échelle. Ce faisant, des dommages collatéraux importants sont causés aux tissus sains, ce qui s’accompagne d’effets indésirables significatifs.

Mais les choses pourraient changer, grâce à un nouveau médicament, le daraxonrasib.

Qu’est-ce que le daraxonrasib ?

Le daraxonrasib constitue une avancée décisive dans le traitement du cancer du pancréas métastatique.

Au lieu de se lier directement à la protéine KRAS, ce médicament se fixe à une autre protéine présente dans les cellules, la cyclophiline A. Cette dernière contribue à replier les protéines dans leur structure tridimensionnelle définitive. Le complexe protéique daraxonrasib-cyclophiline A peut alors se lier à la protéine KRAS active et inhiber sa capacité à transmettre aux cellules cancéreuses le signal de prolifération.

Le laboratoire états-unien qui développe ce médicament, Revolution Medicines, a présenté le 31 mai 2026 les résultats de son essai clinique randomisé de phase 3 portant sur 500 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique ayant déjà reçu un traitement antérieur. Comparativement à la chimiothérapie standard, le daraxonrasib a presque doublé la survie globale, qui est passée de 6,7 mois à 13,2 mois après le diagnostic. Dans l’ensemble, le daraxonrasib a réduit de 60 % le risque de décès chez les patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique.

L’effet indésirable le plus fréquent a été une éruption cutanée marquée, observée chez plus de 86 % des patients de l’étude. Les patients ont également souvent présenté une stomatite – une inflammation de la muqueuse buccale se traduisant par des œdèmes (gonflements) et des lésions (aphtes) – ainsi que des diarrhées, des nausées et des vomissements.

Durant l’essai, les patients traités par daraxonrasib se sont cependant avérés beaucoup moins susceptibles d’interrompre le traitement en raison d’effets indésirables sévères que ceux sous chimiothérapie. Leur qualité de vie était aussi meilleure, et la douleur moins intense.

Prochaines étapes

Les chercheurs ont démontré qu’en ciblant la mutation génétique spécifique qui sous-tend la très grande majorité des cancers du pancréas, il est possible de lutter contre cette maladie longtemps jugée impossible à traiter de façon médicamenteuse.

La prochaine étape est désormais réglementaire : il s’agira de déterminer si ce médicament peut être prescrit en pratique clinique. Les données étant désormais officiellement publiées, Revolution Medicines, le laboratoire qui a mis au point le daraxonrasib, va solliciter l’approbation formelle de la Food and Drug Administration aux États-Unis ainsi que d’autres instances réglementaires ailleurs dans le monde.

La disponibilité du daraxonrasib pour les patients dépendra de la durée d’instruction du dossier. Cependant, étant donné que les stades avancés du cancer du pancréas sont notoirement très difficiles à traiter, les thérapies innovantes qui démontrent un bénéfice de survie aussi significatif que ce médicament bénéficient souvent d’une procédure d’examen accéléré ou prioritaire. Si celle-ci aboutit à un résultat favorable, le daraxonrasib pourrait être disponible dans les mois qui suivent l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché.

En matière de développement de médicaments, cette étape marque probablement un tournant dans la prise en charge du cancer du pancréas. Je m’attends à ce que de nouveaux essais cliniques soient mis en place, afin d’explorer l’efficacité de thérapies combinées qui associeraient les inhibiteurs de KRAS à d’autres agents thérapeutiques, afin de prévenir l’acquisition par les tumeurs d’une résistance au traitement.

Si le daraxonrasib confirme son efficacité, il pourrait ouvrir la voie, dans les années à venir, à des traitements toujours plus précis, personnalisés et performants contre le cancer du pancréas.

The Conversation

Christopher Lieu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Cancer du pancréas : un médicament cible une protéine réputée « impossible à bloquer » et double la survie – https://theconversation.com/cancer-du-pancreas-un-medicament-cible-une-proteine-reputee-impossible-a-bloquer-et-double-la-survie-284775

Les préjugés culturels dans les examens de fin d’études en Afrique de l’Ouest pénalisent de nombreux élèves

Source: The Conversation – in French – By David Baidoo-Anu, Assistant Professor, Frazer Faculty of Education, Ontario Tech University

Emmanuel Ikwuegbu/Unsplash, CC BY

Le West African Senior School Certificate (WASSCE) est un examen décisif. Depuis des décennies, il constitue la porte d’entrée vers l’enseignement supérieur dans cinq pays : le Ghana, le Nigeria, la Sierra Leone, le Libéria et la Gambie. Mais est-il équitable ?

David Baidoo-Anu et Monsurat Raji affirment que leur recherche montre que les préjugés culturels dans les questions d’examen peuvent pénaliser les étudiants. Ces biais apparaissent à travers la langue, les contextes et les exemples utilisés. Cela soulève une question de fond : que mesure réellement une évaluation standardisée lorsqu’elle prétend évaluer les « aptitudes » des élèves.


Pourquoi les élèves des cinq pays passent-ils le même examen ?

L’examen est organisé par le West African Examinations Council. Celui-ci a été créé en 1952, pendant l’ère coloniale pour superviser les examens standardisés dans les pays d’Afrique de l’Ouest qui étaient sous domination britannique.

L’objectif initial était de coordonner les évaluations dans toute la région. Les universités et les employeurs pouvaient ainsi interpréter et comparer les diplômes de manière cohérente. De leur côté, les étudiants pouvaient saisir des opportunités qui s’offraient à eux au-delà des frontières.

Bien que le système d’examens ait évolué au fil du temps, il conserve sa structure régionale. Il continue de jouer un rôle central dans l’accès à l’université, dans le recrutement professionnel et la reconnaissance des diplômes entre pays.

En quoi cela pose-t-il un problème ?

Le problème ne réside pas simplement dans le fait que les élèves de cinq pays passent un examen similaire. La véritable préoccupation est que certaines questions ne sont pas adaptées aux réalités culturelles. En d’autres termes, elles ne reflètent pas toujours le bagage linguistique, les références culturelles ou les expériences quotidiennes des élèves. Les élèves ne sont pas tous familiers avec certains exemples.

Les questions d’examen utilisent un langage, des noms, des lieux, des récits, des images, des objets et des exemples pour aider les élèves à comprendre ce qui leur est demandé. Ce sont là des éléments importants d’une évaluation à la fois équitable et de qualité. Lorsque les élèves ne comprennent pas ces références, la question peut devenir plus difficile à comprendre. Ce n’est pas que les élèves manquent de capacités, mais le contexte de la question ne reflète pas leurs expériences.

Notre recherche soutient que les systèmes d’évaluation doivent prêter davantage attention à ces aspects. Le langage, les exemples, les images et les scénarios utilisés dans les questions d’examen doivent être pertinents, équitables et adaptés aux réalités des apprenants.

En nous appuyant sur un cadre de conception des tests tenant compte de l’expérience culturelle, nous avons analysé les questions d’examen disponibles en mathématiques, en anglais et en sciences de 2019 à 2021 au Ghana et au Nigeria.

Nous avons examiné dans quelle mesure le langage, les contextes, les noms, les images, les exemples et les représentations utilisés dans les items d’examen reflétaient les sociétés et les cultures des apprenants. L’analyse portait sur les personnages, les lieux, les situations, les événements et les récits utilisés dans les questions.

Quelles sont les différences qui comptent ?

Les élèves n’interprètent pas les questions en vase clos. Ils donnent un sens aux tâches d’évaluation à travers leurs propres expériences vécues, leurs langues, leurs connaissances culturelles et leurs modes d’apprentissage.

Notre analyse des questions d’examen a révélé plusieurs sujets de préoccupation. Certaines questions supposaient une familiarité avec des références culturelles, des exemples et des expériences qui ne sont peut-être pas partagés par tous dans la région. L’une des principales conclusions était que de nombreux contextes d’examen et noms de personnages reflétaient principalement des expériences et des identités occidentales, plutôt qu’africaines. Certaines questions en anglais, par exemple, utilisaient des noms, des cadres et des contextes littéraires occidentaux peu familiers.

L’étude a également révélé que certaines questions de mathématiques et de sciences s’appuyaient fortement sur un langage technique complexe. Il n’y avait pas suffisamment de support visuel. Cela pourrait poser un problème aux élèves qui, bien qu’ils comprennent le contenu, ont du mal à interpréter le langage utilisé.

Dans plusieurs cas, les questions renvoyaient à des objets, des situations ou des expériences qui n’étaient peut-être pas familiers ou culturellement pertinents pour les apprenants africains. Cette situation pouvait affecter leur interprétation et leurs réponses.

Autre constat important : des images, des schémas et des représentations abstraites étaient parfois utilisés sans explications suffisantes. Dans certains cas, il n’y avait aucun support visuel qui aurait pu améliorer la compréhension des questions par les élèves. Dans d’autres cas, les schémas manquaient d’explications contextuelles suffisantes.

Pourquoi cet examen est-il si important ?

Les résultats de l’examen déterminent l’accès à l’université, aux bourses, à l’emploi et à la mobilité sociale future.

Au Ghana, par exemple, les élèves qui n’obtiennent pas les notes requises ne peuvent pas poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur. Certains passent des années à repasser l’examen. Des institutions telles que le Service de l’immigration du Ghana, les services de police du Ghana et les forces armées ghanéennes exigent des candidats à un emploi qu’ils réussissent des matières fondamentales telles que l’anglais et les mathématiques. L’examen n’est pas seulement un diplôme de fin d’études, c’est aussi une porte d’entrée vers l’emploi formel et les carrières dans la fonction publique.

Des rapports du Bureau national des statistiques du Nigeria indiquent que les résultats des candidats à l’examen sont généralement médiocres. En 2020, seuls 36,4 % des candidats du Nord-Est ont réussi. En 2019, seuls 47,4 % des candidats du Nord-Ouest ont réussi.

Les enjeux élevés de ces examens ont également des conséquences sur l’enseignement et l’apprentissage. Les enseignants se sentent obligés de préparer les élèves avant tout à réussir l’examen, plutôt qu’à développer une compréhension approfondie des matières.

Des examens qui ne tiennent pas compte des spécificités socioculturelles peuvent accentuer encore davantage les inégalités existantes.

Quelle solution proposez-vous ?

Nous ne soutenons pas que l’Afrique de l’Ouest doive abandonner complètement les examens régionaux ou les évaluations standardisées. Nous soutenons plutôt que les systèmes d’évaluation devraient mieux tenir compte des sociétés et des cultures des élèves. Ils doivent être plus équitables.

Un examen équitable ne consiste pas simplement à faire passer exactement le même examen à tous les élèves. Il doit offrir à tous les élèves des chances équitables de comprendre ce qu’on attend d’eux et de démontrer leurs connaissances.

Nous proposons que les concepteurs d’examens accordent une plus grande attention aux langues des élèves, à leurs expériences vécues, à leurs contextes culturels et à leurs façons de donner du sens.

Concrètement, cela implique de :

  • utiliser un langage plus clair et plus accessible dans les questions

  • inclure des supports visuels et des représentations

  • utiliser des exemples culturellement pertinents et significatifs au niveau local

  • examiner les sujets d’examen pour détecter tout biais culturel

  • impliquer des éducateurs, des élèves, des linguistes et des communautés locales de différentes régions dans la conception et la révision des épreuves.

Cette approche n’affaiblit pas les normes. Au contraire, elle renforce la validité et l’équité de l’évaluation. Elle permettrait de mesurer les connaissances et les capacités réelles des élèves plutôt que leur familiarité avec les normes culturelles dominantes ou les conventions linguistiques.

Nous proposons également que les organismes qui supervisent les examens impliquent les communautés dans l’ensemble du processus d’élaboration des épreuves.

Comment votre solution tient-elle compte des différences entre les pays de la région ?

Cette approche conserve le système d’examen régional tout en étant plus sensible aux réalités nationales et locales. Les pays participants partagent une histoire éducative commune, mais ils diffèrent en matière d’usage de la langue, de pratiques culturelles, de ressources scolaires, d’expériences rurales et urbaines, ainsi que d’exemples quotidiens familiers aux élèves.

Une approche socioculturelle adaptée exige que les organisateurs de l’examen s’assurent que les mots, les images, les exemples et les scénarios utilisés conviennent à tous les élèves, quel que soit le contexte.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Les préjugés culturels dans les examens de fin d’études en Afrique de l’Ouest pénalisent de nombreux élèves – https://theconversation.com/les-prejuges-culturels-dans-les-examens-de-fin-detudes-en-afrique-de-louest-penalisent-de-nombreux-eleves-284489

L’IA au secours des enseignants débordés ? Oui, mais à conditions

Source: The Conversation – in French – By Alice Fomen, Professeure adjointe – Faculté des sciences de l’éducation, Université de l’Ontario français

L’inclusion scolaire est devenue une priorité dans les systèmes éducatifs. Pourtant, sur le terrain, le personnel enseignant manque souvent de temps et d’outils pour la mettre en œuvre. De nouvelles approches, notamment basées sur l’intelligence artificielle générative (IAG), pourraient contribuer à réduire cet écart.


Professeure adjointe en enseignement et apprentissage, mes travaux portent sur la fracture numérique, l’inclusion scolaire et l’intégration de l’intelligence artificielle en éducation.

Une ambition forte… mais des moyens limités

L’école d’aujourd’hui porte une ambition explicite : permettre à tous les élèves de réussir, quels que soient leurs besoins, leurs capacités ou leurs parcours. L’inclusion scolaire dans les écoles élémentaires et secondaires n’est plus une option, mais une exigence reconnue à l’échelle internationale.

Si cette inclusion est évidemment louable, elle a complexifié le travail du personnel enseignant. Une question se pose alors : quels sont les moyens donnés aux enseignants pour développer des pratiques pédagogiques réellement inclusives ?

Une exigence de plus dans un quotidien déjà saturé

Différencier l’enseignement, adapter les supports, varier les modalités d’évaluation, soutenir l’engagement de tous les élèves : ces attentes sont désormais au cœur du métier d’enseignant. Elles s’appuient notamment sur des approches reconnues comme la conception universelle de l’apprentissage (CUA), qui propose d’anticiper les manières de rejoindre la diversité des profils d’apprenants dès la planification pédagogique.

En théorie, le principe est convaincant. Dans la pratique, il se heurte à une réalité bien connue : le manque de temps.

Planifier une séquence, par exemple une série de séances portant sur une notion précise comme les fractions, demande déjà un investissement important. Y intégrer des variantes pour répondre à des besoins diversifiés (sans multiplier indéfiniment les activités) représente une charge supplémentaire considérable. Finalement, l’inclusion scolaire, bien que souhaitée, devient difficile à mettre en œuvre de manière systématique.

Ce décalage entre les intentions et les conditions réelles du travail enseignant crée une tension professionnelle souvent silencieuse. On attend beaucoup, sans toujours offrir les ressources correspondantes.




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Inclusion scolaire : des enseignants engagés, mais confrontés aux limites du terrain


Une difficulté moins liée à la volonté qu’aux outils

Contrairement à certaines idées reçues, le principal obstacle à l’inclusion n’est pas le manque d’engagement du personnel enseignant. De nombreuses recherches montrent plutôt que les défis sont organisationnels et structurels.

La difficulté réside surtout dans la traduction de principes pédagogiques en actions concrètes, notamment dans la capacité du personnel enseignant à varier les façons de présenter un contenu, à offrir plusieurs moyens d’expression tout en maintenant des exigences communes, et à soutenir l’engagement de tous sans fragmenter l’activité.

Ceci révèle un enjeu central, souvent sous-estimé : la disponibilité des outils pour planifier des leçons qui tiennent compte de la diversité des profils d’élèves.

Dans ce contexte, les enseignants réclament depuis longtemps des conditions favorisant réellement l’inclusion scolaire : réduction de la taille des classes, présence accrue de personnel spécialisé, ressources adaptées, accroissement des ressources financières. Ces revendications demeurent essentielles et aucune technologie ne peut s’y substituer.

Au milieu de ces diverses contraintes, certaines équipes explorent la manière dont des outils numériques pourraient soutenir concrètement certaines dimensions du travail pédagogique.




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Offrir du soutien aux enseignants pour une inclusion scolaire réelle

L’enjeu n’est donc pas seulement de former le personnel enseignant à l’inclusion scolaire, mais aussi de leur fournir des outils capables de soutenir concrètement cette ambition. C’est dans cette perspective que certains travaux examinent le potentiel de l’IAG en éducation

Au sein du Adopt-IA Lab de l’Université de l’Ontario français (UOF), nous avons par exemple développé un outil d’IAG nommé Movari, conçu pour accompagner la planification pédagogique à partir des principes de la CUA.


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Son fonctionnement repose sur une idée simple : à partir d’une activité proposée par le personnel enseignant, l’outil génère des pistes pour en élargir l’accessibilité et la flexibilité, sans en modifier les objectifs. Par exemple, une activité de compréhension de texte telle qu’une lecture suivie de questions peut être enrichie rapidement par l’ajout d’une version audio ou l’intégration des discussions en petits groupes.

L’intelligence artificielle comme levier… sous conditions

Les IAG ne constituent pas des solutions miracles en éducation. Leur usage soulève des enjeux importants : fiabilité des suggestions, risque de dépendance, protection des données et nécessité de formation du personnel enseignant.

Aussi, un risque est celui du solutionnisme technologique : investir massivement dans des outils numériques en laissant croire que la technologie peut, à elle seule, résoudre des problèmes avant tout humains et organisationnels.

Les IAG risquent-elles donc de servir à justifier des classes toujours plus chargées, sous prétexte que la technologie pourrait « compenser » le manque de ressources humaines ? Toutes les écoles auront-elles le même accès à ces outils, aux infrastructures numériques et à la formation nécessaire ? Si leur implantation dépend fortement des moyens financiers des établissements, le risque est réel de voir s’accentuer les écarts entre écoles privées et publiques, ou encore entre milieux favorisés et défavorisés.

Ces préoccupations n’impliquent toutefois pas qu’il faille rejeter entièrement les IAG en éducation. Elles invitent plutôt à réfléchir aux conditions de leur intégration, aux finalités poursuivies et aux garde-fous nécessaires pour éviter que ces outils ne viennent remplacer des investissements humains essentiels.

Repenser l’inclusion scolaire à partir du réel

L’enjeu dépasse la seule question de l’usage des outils numériques et de l’IAG en particulier. Il concerne plus largement la manière dont les systèmes éducatifs accompagnent concrètement les transformations qu’ils appellent de leurs vœux.

Promouvoir l’inclusion scolaire sans agir sur les conditions de sa mise en œuvre revient à déplacer la responsabilité vers le personnel enseignant, sans toujours leur donner les moyens d’agir. De plus, les réponses à ces défis ne peuvent être uniquement technologiques. Les besoins exprimés depuis longtemps par le personnel enseignant, au rang desquels la réduction des effectifs dans les classes, l’accès à des ressources spécialisées et le soutien institutionnel demeurent essentiels.

Toutefois, dans un contexte où ces transformations structurelles sont souvent lentes à mettre en place, certains outils numériques peuvent offrir un soutien concret à leur pratique pédagogique.

La Conversation Canada

Je dirige actuellement le Adopt-IA Lab basé à l’université de l’Ontario français.

ref. L’IA au secours des enseignants débordés ? Oui, mais à conditions – https://theconversation.com/lia-au-secours-des-enseignants-debordes-oui-mais-a-conditions-282120

L’itinérance des femmes commence souvent avant la rue

Source: The Conversation – in French – By Mélanie Fournier, Doctorante en psychologie, itinérance féminine et expérience de l’habiter, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Nous reconnaissons l’itinérance lorsqu’elle se donne à voir dans la rue : un corps dehors, exposé, sans adresse fixe. Cette image nous arrange presque autant qu’elle nous inquiète. Elle permet de croire que le problème commence là où le domicile s’arrête. Or les trajectoires des femmes déjouent ce scénario. Elles se logent souvent dans des espaces privés, derrière des formes de stabilité apparente, là où le danger se retire du regard sans disparaître.

Pour plusieurs, le dedans n’a jamais été ce sanctuaire que célèbrent nos fictions domestiques. Il a parfois été le lieu même où la menace s’installe et devient ordinaire. Avoir un toit, dans ces conditions, ne suffit pas à être en sécurité ; encore faut-il que ce lieu puisse être habité sans reconduire ce dont il devait protéger.

Dans mes recherches doctorales en psychologie, menées auprès de femmes ayant connu l’itinérance et le relogement, j’étudie cet écart entre être logée et pouvoir habiter. Il invite à penser l’itinérance féminine au-delà de l’absence de logement, à partir d’une fragilisation du rapport au refuge lui-même.

Hors de la rue, mais pas à l’abri

Elle passe d’un divan à l’autre, accepte une chambre provisoire, reste parfois dans une relation violente ou compose avec une hospitalité qui exige quelque chose en retour. Elle n’est pas dehors. Elle n’est pourtant nulle part chez elle.

C’est ce qu’on appelle l’itinérance cachée : non pas l’absence complète de toit, mais l’impossibilité de disposer d’un lieu à soi. Cette forme d’itinérance tient souvent à une présence tolérée chez les autres, révocable, conditionnelle. Et puisqu’elle se déroule dans des espaces privés, elle demeure plus difficile à reconnaître.

Ce retrait tient aussi à une stratégie de survie. Si plusieurs femmes évitent la rue, ce n’est pas parce que leur situation serait moins grave, mais parce que l’espace public et certains refuges peuvent devenir des lieux d’exposition accrue. Les recherches documentent des risques importants de victimisation, de harcèlement et d’agression dans ces contextes. La fuite vers des espaces privés fragiles constitue alors moins une solution qu’un déplacement de l’insécurité.

Dans une étude sur la spirale de l’itinérance au féminin, une participante résumait brutalement ce choix piégé : devoir aller « chez un [homme] qui te maltraite, qui te fait tous les temps, pour avoir une adresse ». La formule est dure, mais elle dit ce que les catégories administratives peinent à saisir : l’adresse peut parfois être obtenue au prix de sa propre sécurité.

Un tiers des sans-abris recensés sont des femmes

Cette invisibilité a des effets très concrets. Les femmes apparaissent moins nombreuses dans les dénombrements de l’itinérance visible, mais elles sont fortement présentes dans ses formes cachées. Ce qui échappe au regard public échappe aussi plus facilement aux mécanismes de reconnaissance et d’intervention.

L’invisibilité devient alors une forme de preuve contre celles qu’elle efface.

Un angle mort d’autant plus préoccupant que même la part visible de l’itinérance féminine augmente. À Montréal, la proportion de femmes recensées en situation d’itinérance visible est passée de 23 % à 29 % en quatre ans. Si ce chiffre ne rend pas compte de tout le phénomène, il suffit pourtant à rappeler que cette réalité n’a rien de marginal.

Dépendance et dette implicite

Cette sous-reconnaissance tient aussi à une attente sociale persistante : une femme devrait pouvoir être accueillie quelque part. Comme si les liens familiaux, amoureux ou amicaux formaient naturellement autour d’elle un filet de protection. Tant qu’elle peut dormir chez quelqu’un, sa situation reste difficile à nommer. Or cette aide apparente peut masquer une dépendance fragile, une dette implicite, une impossibilité de choisir vraiment où rester.

Ces trajectoires correspondent rarement à une rupture nette. Elles prennent plutôt la forme d’arrangements qui semblent provisoirement tenir, jusqu’à ce qu’ils cèdent. L’itinérance féminine se loge souvent dans ce délai : avant la rue, avant l’urgence visible, au moment même où la survie dépend encore du maintien de liens parfois coûteux.

Violence dans l’enfance, départ précoce

Bien avant la rue, certaines violences s’installent dans l’espace même qui aurait dû faire abri. Une femme rencontrée dans une recherche sur le sens du chez-soi résume cette fracture précoce : « Aucun des endroits où j’ai vécu avec mes parents ne ressemblait à un chez-moi ». Elle évoque ensuite une intervention policière dans sa chambre d’enfant, au milieu de ses jouets. Ce type de récit montre que la maison peut cesser très tôt d’être associée à la protection, pour devenir un lieu d’intrusion, d’alerte ou d’exposition.

Les données québécoises vont dans le même sens : environ une personne sur 13 déclare avoir subi de la violence sexuelle de la part d’un adulte avant l’âge de 15 ans. Dans près de 9 cas sur 10, l’incident le plus grave avait été commis par une personne connue de la victime. Les départs précoces du domicile prennent alors un autre sens. Certaines filles ne quittent pas la maison par désir d’autonomie, mais parce que rester devient impossible.

La maison, censée protéger, devient le lieu du danger

Cette exposition ne disparaît pas à l’âge adulte. Après l’âge de 15 ans, une femme sur quatre rapporte avoir subi au moins une agression sexuelle — sans compter les agressions commises par un partenaire intime, qui sont comptabilisées séparément. Au Québec, 40 % des femmes de 18 ans et plus ayant déjà été dans une relation intime ou amoureuse rapportent avoir subi au moins une forme de violence par un partenaire intime au cours de leur vie. La violence conjugale et familiale devient ainsi l’un des chemins par lesquels l’espace domestique peut précipiter vers l’itinérance.

Le problème n’est pas seulement que certaines femmes subissent de la violence à la maison. C’est que cette violence vient précisément brouiller la fonction symbolique du domicile : le lieu censé protéger devient celui dont il faut se protéger.

L’itinérance féminine apparaît alors moins comme une sortie brutale hors du domicile que comme la conséquence d’un abri progressivement retourné contre celles qu’il devait protéger.

Avant l’appartement autonome, il faut des lieux de transitions

Ces réalités obligent à penser l’itinérance des femmes comme un continuum, et non comme un simple passage de la rue au logement. Avant même l’accès à un appartement autonome, il faut multiplier les lieux de transition, les centres de jour et les espaces non mixtes où les femmes peuvent retrouver un minimum d’apaisement. Ces lieux ne sont pas des solutions de second ordre : ils représentent parfois le premier espace où le corps n’a plus à demeurer continuellement en alerte.


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Mais la réponse ne peut pas s’arrêter au seuil de l’appartement. Pour plusieurs femmes, l’accès à un lieu à soi ne met pas fin à l’insécurité ; il exige un accompagnement capable de reconnaître ce que l’espace domestique peut réveiller. Le logement social avec soutien communautaire, les suivis à long terme et les approches fondées sur la santé relationnelle ne sont donc pas des ajouts périphériques aux politiques d’habitation. Ils conditionnent souvent la possibilité même de rester quelque part.

Autrement dit, il ne suffit pas de demander si une femme est logée. Il faut aussi se demander ce que ce lieu rend possible — ou impossible. Peut-elle y demeurer sans peur, sans emprise, sans disparaître à nouveau du regard social ? La rue n’est pas toujours le point de départ du danger : elle en est parfois la forme la plus visible.

La Conversation Canada

Mélanie Fournier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’itinérance des femmes commence souvent avant la rue – https://theconversation.com/litinerance-des-femmes-commence-souvent-avant-la-rue-282652

Cancer de la prostate : les activateurs de lymphocytes T « masqués », une immunothérapie prometteuse

Source: The Conversation – in French – By Sheena Cruickshank, Professor in Immunology, University of Manchester

Les lymphocytes T, un type de cellules immunitaires, peuvent s’attaquer aux cellules tumorales. Lightspring/Shutterstock

Les premiers essais cliniques faisant appel à des immunothérapies appelées « activateurs de lymphocytes T masqués » ont fait preuve d’une efficacité encourageante. Si ces résultats préliminaires restent encore à confirmer, ils font naître cependant de véritables espoirs, et pas uniquement dans le domaine de la lutte contre le cancer de la prostate.


Le VIR-5500 (développé par le laboratoire états-unien Vir Biotechnology, NdT) est un activateur de lymphocytes T « masqué » (« masked T-cell engager »).

Il a été administré (dans un essai clinique toujours en cours et non encore soumis à évaluation par les pairs) à des patients atteints d’un cancer de la prostate à un stade avancé, qui n’avait pas répondu aux autres traitements.

Les résultats initiaux (présentés en début d’année, lors du symposium 2026 sur les cancers génito-urinaires organisé par la Société américaine d’oncologie clinique, NdT) interpellent : parmi les patients ayant reçu les doses les plus élevées, 82 % ont présenté une diminution de leur taux de PSA (Prostate Specific Antigen, antigène prostatique spécifique), un marqueur couramment utilisé dans le suivi du cancer de la prostate.

Autre résultat frappant : chez près de la moitié des patients de ce groupe, une régression tumorale a également été constatée, tant au niveau du foyer primitif qu’au niveau des tumeurs métastatiques (tumeurs ayant essaimé depuis la prostate vers d’autres organes).

Les activateurs de lymphocytes T

Les cellules cancéreuses disposent de mécanismes leur permettant d’échapper à l’élimination par le système immunitaire. L’objectif des immunothérapies est de booster les capacités anticancéreuses de ce dernier pour mieux lutter contre la maladie. Elles visent tout particulièrement à contrecarrer ces stratégies d’évasion.

Diverses immunothérapies ont obtenu des succès spectaculaires ces dernières années. Cependant, de nombreux cancers, comme celui de la prostate, restent difficiles à traiter, ce qui plaide en faveur du développement d’immunothérapies plus efficaces.

Les activateurs de lymphocytes T appartiennent à une famille d’immunothérapies dont l’action consiste à rapprocher physiquement certaines cellules immunitaires (les lymphocytes T) des cellules cancéreuses. Ces médicaments agissent en se fixant à des molécules présentes à la surface de ces deux types de cellules.

Cette proximité forcée amène les lymphocytes T à libérer des substances toxiques capables de détruire les cellules cancéreuses et à déclencher une cascade de processus inflammatoires, qui favorisent l’élimination tumorale.

Il existe désormais plus de 200 activateurs de lymphocytes T différents, dont beaucoup font l’objet d’essais cliniques afin d’évaluer leur efficacité dans le traitement de toute une gamme de tumeurs, allant du myélome multiple à la leucémie, en passant par le cancer du poumon.

Les activateurs de lymphocytes T ne sont pas seulement testés contre le cancer. Ils pourraient également s’avérer utiles dans le traitement d’autres affections virales, comme l’hépatite B, qui est susceptible de provoquer une infection chronique à vie. À l’instar du cancer, le virus responsable de cette maladie peut échapper à la réponse immunitaire de l’organisme. Cependant, les activateurs de lymphocytes T favorisent une élimination plus efficace des cellules infectées.

Masquer les activateurs de lymphocyte T pour réduire leur toxicité

Les activateurs de lymphocytes T semblent très prometteurs, mais toute médaille a son revers, et ces thérapies ne font pas exception. En effet, dans certains cas, la puissante réaction inflammatoire qu’elles déclenchent peut provoquer un syndrome inflammatoire grave appelé « syndrome de libération de cytokines ».

Les cytokines sont des messagers protéiques libérés par les cellules, capables de déclencher l’inflammation. Normalement, leur sécrétion est étroitement régulée – mais dans le syndrome de libération de cytokines, elle devient excessive et incontrôlée. Cette situation peut conduire à une défaillance multiviscérale aux conséquences potentiellement mortelles.

Vue d’artiste de la libération de cytokine endommageant des cellules.
Les activateurs de lymphocytes T peuvent parfois entraîner une réponse immunitaire incontrôlée.
Mohammed Elamine Alioui/Shutterstock

Des effets indésirables inflammatoires similaires ont été observés avec d’autres immunothérapies. Cette complication est vraisemblablement liée à l’activation aiguë et intense de la réponse immunitaire.

C’est la raison pour laquelle les activateurs de lymphocytes T – et d’autres immunothérapies – doivent encore être perfectionnés, afin de diminuer leur toxicité.

Pour y parvenir, une approche consiste à concevoir des versions de ces immunothérapies initialement inactives, mais peuvent être activées une fois à l’intérieur des tumeurs.

Pour ce faire, le médicament est recouvert d’un « masque » qui l’empêche d’interagir à la fois avec les lymphocytes T et avec les cellules cancéreuses. Lorsque le médicament pénètre dans la tumeur, ce masque est dégradé par certaines molécules abondamment présentes dans les tissus cancéreux, ce qui permet au médicament d’atteindre ses cellules cibles.

Le VIR-5500, utilisé dans ce récent essai prometteur sur le cancer de la prostate, fait partie des nombreux activateurs de lymphocytes T « masqués » de cette nouvelle génération d’immunothérapies.

Le masquage permet d’obtenir un médicament non seulement efficace, mais qui pourrait aussi s’avérer plus sûr. Le fait que son activation se produise spécifiquement au sein de la tumeur devrait circonscrire la réponse anticancéreuse inflammatoire au microenvironnement tumoral, prévenant ainsi une inflammation généralisée.

Des résultats cliniques préliminaires prometteurs

Cette approche permettrait également aux activateurs de lymphocytes T d’être plus sélectifs vis-à-vis des cellules cancéreuses. En effet, certaines de leurs cibles sont susceptibles d’être exprimées par des cellules saines normales. Cette sélectivité pourrait à la fois réduire la toxicité et améliorer l’efficacité anticancéreuse de ces médicaments.

Par ailleurs, le masquage présente un avantage supplémentaire : dans l’organisme, la conversion du médicament de la forme inactive à la forme active prend du temps, ce qui a des implications concernant la dose de médicament délivrée aux patients.

Généralement, lors de l’administration d’activateurs de lymphocytes T, les patients reçoivent de faibles doses initiales, qui sont ensuite progressivement augmentées, afin de prévenir toute suractivation immunitaire aiguë. En revanche, lors de l’utilisation d’activateurs de lymphocytes T masqués, le masque permet une libération plus lente du médicament, ce qui simplifie et sécurise l’administration.

Enfin, le masque est également susceptible de protéger les molécules thérapeutiques d’une dégradation dans l’organisme, et donc de prolonger leur durée d’action.

Autre résultat notable de cet essai sur le cancer de la prostate : la grande majorité des patients ayant reçu les doses les plus élevées de VIR-5500 n’ont présenté que de légers effets indésirables inflammatoires. Au vu de la toxicité connue des activateurs de lymphocytes T, il s’agit là d’une découverte encourageante, qui laisse supposer que le masquage remplit bien son rôle de protection contre l’inflammation excessive.

Si des recherches complémentaires confirment que le masquage des activateurs de lymphocytes T permet d’obtenir des médicaments à la fois plus sûrs et plus efficaces, il deviendra possible d’élargir leur champ d’application. Ces immunothérapies pourront être combinées à des thérapies anticancéreuses plus classiques, telles que la chimiothérapie ou la radiothérapie, ce qui pourrait s’avérer encore plus efficace pour éliminer le cancer.

Des résultats cliniques préliminaires prometteurs ont aussi été obtenus avec d’autres activateurs de lymphocytes T masqués (toujours dans le contexte de la lutte contre le cancer de la prostate).

Des essais cliniques ont, par ailleurs, débuté pour tester de tels médicaments contre de nombreux autres cancers, notamment le cancer du pancréas, le cancer colorectal et le cancer du poumon. Ces essais étant tous toujours en cours, il est encore trop tôt pour mesurer pleinement l’ampleur des succès cliniques qu’ils pourraient permettre de remporter. Il faut aussi souligner que de tels essais de phase précoce portent sur un nombre limité de patients.

Enfin, il faut garder à l’esprit que ces données n’ont pas encore été soumises à l’évaluation par les pairs ; elles ont pour l’heure seulement fait l’objet de communications au cours de congrès d’oncologie. Néanmoins, si préliminaires soient-ils, ces résultats constituent un véritable espoir en matière de traitement de cancers qui résistaient jusqu’à présent aux autres immunothérapies.

The Conversation

Jonathan Worboys reçoit des financements de Wellcome et du BBSRC (Biotechnology and Biological Sciences Research Council).

Sheena Cruickshank ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Cancer de la prostate : les activateurs de lymphocytes T « masqués », une immunothérapie prometteuse – https://theconversation.com/cancer-de-la-prostate-les-activateurs-de-lymphocytes-t-masques-une-immunotherapie-prometteuse-284810

Cancer du pancréas : un médicament cible une protéine réputée « impossible à bloquer » et double les taux de survie

Source: The Conversation – in French – By Christopher Lieu, Professor of Medical Oncology, University of Colorado Anschutz

Le cancer du pancréas est notoirement extrêmement difficile à traiter. Steve Gschmeissner/Science Photo Library via Getty Images

Le cancer du pancréas est l’un des cancers dont les taux de mortalité sont les plus élevés. Jusqu’à présent, les options thérapeutiques pour lutter contre la maladie étaient très limitées. Un médicament innovant génère de nouveaux espoirs : il est parvenu à doubler la survie médiane des patients qui l’ont reçu. Un premier pas vers de la mise au point de molécules plus efficaces ?


Depuis des décennies, le pronostic du cancer du pancréas est extrêmement sombre. Parmi les patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique entre 2015 et 2021, environ 97 % sont décédés dans les cinq ans qui ont suivi le diagnostic.

(La France est particulièrement touchée par l’augmentation du nombre de cas de cancers du pancréas : de 1990 à 2023, son taux d’incidence n’a fait qu’augmenter, selon Santé publique France qui précise que les facteurs de risque de la maladie sont encore mal connus et que la France figure parmi les pays avec des taux standardisés parmi les plus élevés du monde. Les facteurs de risque demeurent quant à eux encore mal connus, NdT.)

Parmi les raisons pour lesquelles cette maladie est si meurtrière figurent le fait qu’il n’existe pas de test de dépistage réellement efficace et que, durant les stades les plus précoces, elle évolue généralement sans symptômes perceptibles. Lorsqu’un patient présente des signes cliniques tels qu’un jaunissement de la peau (aussi appelé ictère, NdT) ou des douleurs abdominales, le cancer s’est souvent déjà disséminé à d’autres organes.

Oncologue digestif et chercheur spécialisé dans les essais cliniques de phase précoce (c’est-à-dire essais de première administration chez l’être humain ainsi qu’essais cliniques permettant de renforcer la connaissance initiale, toujours chez l’humain, des profils de tolérance, sécurité, pharmacocinétique et pharmacodynamique, NdT), j’ai pu mesurer à quel point nous manquons de thérapies efficaces pour prendre en charge les patients atteints de cancer du pancréas.

Pendant des décennies, on a considéré qu’il était impossible de cibler avec succès le mécanisme central à l’origine de la très grande majorité des cancers du pancréas. Ce constat est désormais en train d’évoluer radicalement.

En effet, un nouveau médicament s’est avéré capable de bloquer la protéine clé à l’origine du cancer du pancréas. Les patients au stade avancé de la maladie qui ont eu accès à ce traitement ont vu leur durée de survie quasiment multipliée par deux.

Des tumeurs longtemps « intraitables »

Historiquement, le traitement de référence des stades avancés de cancer du pancréas était une chimiothérapie faisant intervenir des médicaments puissants, conçus pour détruire les cellules en division rapide. Si une telle approche peut ralentir la progression de la maladie, son efficacité est souvent limitée. En effet, les cellules cancéreuses pancréatiques ont la capacité de développer une résistance à ces traitements.

Les raisons pour lesquelles le cancer du pancréas est particulièrement agressif sont à chercher du côté génétique. Plus de 90 % des tumeurs pancréatiques sont causées par des mutations du gène Kras. Ce gène code pour des protéines qui fonctionnent comme des interrupteurs commandant l’activation et la désactivation de la croissance cellulaire.

Lorsque le gène KRAS est muté, l’interrupteur se bloque en position « marche » et ordonne aux cellules, ainsi devenues cancéreuses, de se multiplier indéfiniment.

Pendant des décennies, les scientifiques ont considéré la protéine KRAS comme étant impossible à traiter grâce à des médicaments (« undruggable », en anglais) : sa surface, exceptionnellement lisse, ne présente pas les cavités moléculaires dont les médicaments classiques ont besoin pour s’y fixer et bloquer l’interrupteur.

Faute de médicaments capables de cibler cette protéine, la prise en charge du cancer du pancréas s’est donc principalement appuyée sur des agents cytotoxiques. Ceux-ci agissent davantage comme des outils grossiers que comme des instruments de précision. Avec la chimiothérapie, on tente de contrôler la maladie en mettant en œuvre une destruction cellulaire à large échelle. Ce faisant, des dommages collatéraux importants sont causés aux tissus sains, ce qui s’accompagne d’effets indésirables significatifs.

Mais les choses pourraient changer, grâce à un nouveau médicament, le daraxonrasib.

Qu’est-ce que le daraxonrasib ?

Le daraxonrasib constitue une avancée décisive dans le traitement du cancer du pancréas métastatique.

Au lieu de se lier directement à la protéine KRAS, ce médicament se fixe à une autre protéine présente dans les cellules, la cyclophiline A. Cette dernière contribue à replier les protéines dans leur structure tridimensionnelle définitive. Le complexe protéique daraxonrasib-cyclophiline A peut alors se lier à la protéine KRAS active et inhiber sa capacité à transmettre aux cellules cancéreuses le signal de prolifération.

Le laboratoire états-unien qui développe ce médicament, Revolution Medicines, a présenté le 31 mai 2026 les résultats de son essai clinique randomisé de phase 3 portant sur 500 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique ayant déjà reçu un traitement antérieur. Comparativement à la chimiothérapie standard, le daraxonrasib a presque doublé la survie globale, qui est passée de 6,7 mois à 13,2 mois après le diagnostic. Dans l’ensemble, le daraxonrasib a réduit de 60 % le risque de décès chez les patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique.

L’effet indésirable le plus fréquent a été une éruption cutanée marquée, observée chez plus de 86 % des patients de l’étude. Les patients ont également souvent présenté une stomatite – une inflammation de la muqueuse buccale se traduisant par des œdèmes (gonflements) et des lésions (aphtes) – ainsi que des diarrhées, des nausées et des vomissements.

Durant l’essai, les patients traités par daraxonrasib se sont cependant avérés beaucoup moins susceptibles d’interrompre le traitement en raison d’effets indésirables sévères que ceux sous chimiothérapie. Leur qualité de vie était aussi meilleure, et la douleur moins intense.

Prochaines étapes

Les chercheurs ont démontré qu’en ciblant la mutation génétique spécifique qui sous-tend la très grande majorité des cancers du pancréas, il est possible de lutter contre cette maladie longtemps jugée impossible à traiter de façon médicamenteuse.

La prochaine étape est désormais réglementaire : il s’agira de déterminer si ce médicament peut être prescrit en pratique clinique. Les données étant désormais officiellement publiées, Revolution Medicines, le laboratoire qui a mis au point le daraxonrasib, va solliciter l’approbation formelle de la Food and Drug Administration aux États-Unis ainsi que d’autres instances réglementaires ailleurs dans le monde.

La disponibilité du daraxonrasib pour les patients dépendra de la durée d’instruction du dossier. Cependant, étant donné que les stades avancés du cancer du pancréas sont notoirement très difficiles à traiter, les thérapies innovantes qui démontrent un bénéfice de survie aussi significatif que ce médicament bénéficient souvent d’une procédure d’examen accéléré ou prioritaire. Si celle-ci aboutit à un résultat favorable, le daraxonrasib pourrait être disponible dans les mois qui suivent l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché.

En matière de développement de médicaments, cette étape marque probablement un tournant dans la prise en charge du cancer du pancréas. Je m’attends à ce que de nouveaux essais cliniques soient mis en place, afin d’explorer l’efficacité de thérapies combinées qui associeraient les inhibiteurs de KRAS à d’autres agents thérapeutiques, afin de prévenir l’acquisition par les tumeurs d’une résistance au traitement.

Si le daraxonrasib confirme son efficacité, il pourrait ouvrir la voie, dans les années à venir, à des traitements toujours plus précis, personnalisés et performants contre le cancer du pancréas.

The Conversation

Christopher Lieu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Cancer du pancréas : un médicament cible une protéine réputée « impossible à bloquer » et double les taux de survie – https://theconversation.com/cancer-du-pancreas-un-medicament-cible-une-proteine-reputee-impossible-a-bloquer-et-double-les-taux-de-survie-284775

Sexisme parlementaire en RDC : pourquoi les femmes élues restent des cibles

Source: The Conversation – in French – By Marie-Rose Tshite, PHD Student, University of Cincinnati

Le 15 mai 2026, des propos sexistes et misogynes prononcés depuis le sommet du perchoir de l’Assemblée nationale ont marqué l’actualité congolaise. Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, on voit Micheline Mpundu, députée nationale, finissant de lire sa motion d’information avant de quitter le perchoir après son intervention. Le deuxième vice-président, Christophe Mboso, présidant exceptionnellement la séance plénière, commente publiquement son physique et sa beauté depuis sa tribune : “Merci collègue, elle est très belle… hein.”

Puis, il poursuit en lingala : “Regardez-la par vous-mêmes” et rit de plus belle, en soulevant ses mains pour mimer les formes du corps de l’élue en ajoutant : “Dieu l’a créée” et “ce sont les choses (les biens) d’un autre”, sous les rires et les applaudissements visiblement nourris de l’hémicycle. Et la séance s’est poursuivie, comme si de rien n’était.

Ce n’est qu’après l’indignation de certaines figures politiques, d’acteurs sociaux et d’activistes des droits humains, ainsi qu’après des pressions internes de sa hiérarchie, que le député Mboso a fini par présenter des excuses plusieurs jours après. Sans faire l’objet d’aucune sanction.

Ce récent cas de sexisme et de violence verbale impose de se poser une fois de plus une question importante : quand les parlements africains, et congolais en particulier, cesseront-ils d’être des espaces hostiles aux femmes qu’ils sont censés représenter ?

Mes recherches doctorales en science politique explorent également les questions de masculinité au sein des organes législatifs congolais. C’est sous un angle comparatif africain que j’analyse ce que révèle cette vidéo. Je ne la vois pas simplement comme un écart de conduite isolé, mais comme un problème structurel. Dans cet article, j’interroge ainsi l’écart entre ce que les autorités de la RDC se sont engagées à garantir sur papier et ce que vivent concrètement les femmes élues.




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Analyse comparative d’un phénomène pas exclusif à la RDC

Les violences parlementaires font partie du registre étendu des violences que les femmes subissent en politique, tant en RDC qu’ailleurs. Bien avant que la vidéo mettant en cause le député Mboso ne commence à circuler à Kinshasa, d’autres scènes de sexisme dans le passé avaient déjà été documentés. Ces faits mettent en lumière la gravité du phénomène qui entrave la pleine participation des femmes en politique à tous les niveaux de prise de décision.

Cette participation féminine a connu un afflux au début des années 1990, avec les vagues de démocratisation qui avaient suscité un espoir réel, ont propulsé un nombre sans précédent de femmes dans les hémicycles africains. Le nombre de femmes législatrices avait triplé entre 1990 et 2010. Je me souviens avoir lu ces chiffres avec étonnement la première fois. On a longtemps cru, avec l’illusion tenace, que l’accès au mandat électif suffirait à transformer la culture des institutions. Cette illusion a volé en éclats, très vite. Car cette présence, et c’est là que réside le paradoxe, a été vécue comme un défi lancé au système en place.

Elle s’est ainsi heurtée à de profondes résistances structurelles, souvent émanant des collègues masculins de ces femmes, qu’ils appartiennent à l’opposition ou au même parti politique. Certains estiment en effet, et l’affirment parfois ouvertement, que la politique est un domaine réservé aux hommes, que les femmes n’y sont pas les bienvenues ou qu’elles n’y ont pas leur place.

L’Union interparlementaire, organisation mondiale réunissant tous les parlementaires nationaux, créée en 1889, l’a rigoureusement documenté. Dans son enquête mondiale de 2016, menée auprès de femmes parlementaires de 39 pays sur cinq continents, plus de 65,5 % des élues déclarent avoir subi des agressions verbales et des insultes de manière répétée au cours de leur mandat. Ces chiffres sont statistiquement inquiétants. Pourtant, ils en disent long sur les réalités parlementaires.

Ces violences, en grande partie, émanent des collègues masculins. Ce qui est intéressant avec cette étude, c’est aussi le fait qu’elle met en lumière le regard particulier que la société pose sur les femmes élues. Ce n’est pas leur bilan politique qu’on interroge, c’est leur droit même d’être là qui est questionné et débattu dans les médias. Elles ne sont pas évaluées sur leurs contributions politiques mais plutôt sur leur apparence, leur situation matrimoniale, leur conformité aux rôles traditionnels d’éducatrice ou de mère.

Et le sexisme ne s’arrête pas aux portes du Parlement. Il y entre avec les élus, s’y installe et parfois s’y exhibe depuis le perchoir lui-même, comme nous venons de le voir en RDC. L’étude régionale menée conjointement par l’UIP et l’Union parlementaire africaine (UPA) sur les parlements africains (datant de novembre 2021) confirmait que cette réalité persistait, avec des progrès insuffisants en matière de participation politique effective des femmes.




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Les applaudissements qu’on entend dans la vidéo ne sont pas anodins. Ils révèlent que le problème n’est pas M. Mboso, c’est le système qui produit et tolère ces comportements, celui-là même que la philosophe australienne Kate Manne analyse comme un mécanisme de contrôle qui maintient les femmes en position subordonnée, y compris dans les institutions dites démocratiques. Et ce contrôle ne passe pas toujours par la violence physique. Les gestes, les mots, le rire du perchoir – ce que Mona Lena Krook, spécialiste de la violence contre les femmes en politique nomme violence sémiotique – suffisent à rappeler aux femmes élues qu’elles restent, aux yeux de certains collègues, des corps avant d’être des législatrices. Une réalité illustrée par Mboso qui soulève ses mains pour reproduire le corps de sa collègue Mpundu.

La colonialité du genre, concept développé par la féministe María Lugones, explique cette naturalisation de la hiérarchie entre les sexes comme un héritage colonial et cela permet d’éclairer cette contradiction, où ont voit que les femmes parlementaires sont élues par les mêmes électeurs, dans les mêmes urnes, sous les mêmes textes constitutionnels que leurs collègues masculins. Cependant, elles restent soumises à des systèmes de contrôle patriarcal qui les réduisent, y compris depuis le perchoir, à autre chose qu’à des législatrices. Elles ont des droits égaux sur le papier, mais inégaux dans la salle.

Des cas africains

En regardant la vidéo de Mboso, beaucoup doivent avoir pensé à d’autres pays africains dont le Sénégal avec la députée Amy Ndiaye, enceinte, qui s’est fait gifler et a reçu un coup de pied au ventre en 2022, en plein hémicycle, devant des caméras. En 2025, la sénatrice Nigériane Natasha Akpoti-Uduagha s’est faite suspendre non pas a cause d’une faute professionnelle, mais pour avoir osé nommer le harcèlement sexuel qu’elle subissait de la part du président du Sénat.

Ce n’est pas un hasard du tout, si Ndiaye, Akboti-Uduaga et Mpundu qui sont trois femmes originaires de trois pays différents ont expérimentées ces cas de violences. Ce sont des faits qui démontrent que si les parlements africains tolèrent la voix des femmes, leur dignité n’est pas encore pleinement respectée.

Les cas congolais

Le 30 avril 2020, Thambwe Mwamba, ancien président du Sénat Congolais, a rabaissé une femme en pleine séance plénière, une scène diffusée sur la chaîne nationale. Il a révélé toutes les réunions secrètes qu’ils avaient eues, affirmant que la sénatrice Bijoux Ngoya l’avait approché pour solliciter son appui à sa candidature au poste de questeur du Bureau du Sénat. Il l’a subtilement accusée de lui avoir fait des avances. La séance plénière prit fin, dans le chaos, avec les indignations de plusieurs élus.

Le 15 juillet 2021, alors que la députée Christelle Vuanga démolissait les arguments d’un collègue lors d’un débat constitutionnel, Nsingi Pululu l’a interrompue par ces seuls mots en lingala : « Vous êtes une femme ». Une façon de diminuer sa capacité à s’exprimer publiquement sur cette question sensible simplement parce qu’elle est une femme.

L’affaire Mboso n’a rien de surprenant. La RDC a ratifié les conventions, adopté les lois, signé les engagements et pourtant, dans l’hémicycle, rien n’a changé. L’écart entre le texte et la pratique n’est pas nouveau et a été documenté. Ce qui est nouveau, c’est qu’on continue de faire semblant de ne pas le voir.

Une réflexion qui continue

La militante féministe française Simone de Beauvoir écrivait en 1949 que les femmes étaient définies comme « les autres ». En 2026, cette altérité persiste au Parlement congolais : les députées élues continuent d’être réduites à leur corps plutôt qu’à leurs prises de parole politiques.

Ces incidents signalent que le système patriarcal sape la démocratie de l’intérieur. Tant que les comportements sexistes resteront impunis, comme le montrent les applaudissements entendus dans la vidéo, sans aucune sanction à l’encontre de M. Mboso, le Parlement congolais restera un lieu misogyne, alors qu’il est censé représenter les femmes qui y siègent soit 65 femmes sur 477 députés, soit à peine 13 % de l’hémicycle dans un pays où elles représentent près de 51 % de la population. Le fait qu’elles ne soient pas assez représentées ne justifie en rien que l’on puisse tolérer ce genre de comportement.

D’autres parlements ont trouvé des pistes de solutions avec des campagnes #NotTheCost (NDI), #NotInMyParliament (Parlement européen) qui prouvent qu’on peut changer une culture par des sanctions concrètes et la protection des victimes. La RDC a de belles lois. Le projet sur les violences faites aux femmes examiné au Sénat en octobre 2025 en est un exemple, mais une loi sans mise en œuvre reste un vœu. Le silence n’est plus une option. Ne pas avoir sanctionné M. Mboso envoie un signal clair à toutes les femmes congolaises qui envisagent une carrière politique.

The Conversation

Marie-Rose Tshite does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Sexisme parlementaire en RDC : pourquoi les femmes élues restent des cibles – https://theconversation.com/sexisme-parlementaire-en-rdc-pourquoi-les-femmes-elues-restent-des-cibles-284574

Perú se debate entre la polarización y el voto de rechazo: ajustadísimo resultado en las elecciones presidenciales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carmen Beatriz Fernández, Profesora de Comunicación Política en la UNAV, el IESA y Pforzheim, Universidad de Navarra

Después de una campaña con un récord histórico de 35 candidatos presidenciales y tras meses discutiendo sobre fragmentación política, volatilidad electoral y crisis de representación, el país dio un giro de 360 grados y llegó en la segunda vuelta exactamente al mismo lugar donde estuvo hace cinco años: una contienda entre Keiko Fujimori y el heredero político de Pedro Castillo, Roberto Sánchez.

“¿Por quién va a votar, señor?”, preguntábamos a los taxistas con los que nos topábamos. “Por el menos malo”, solía ser la respuesta.

Aunque en la primera vuelta de 2021 competían 18 candidatos y esta vez fueron 35, el desenlace es extraordinariamente parecido. En ambos casos, siete de cada diez peruanos votaron en primera vuelta por opciones distintas de las que finalmente llegaron al balotaje.

Tras la votación, las encuestas a pie de urna daban ganadora a Keiko, mientras el conteo rápido otorgaba la victoria a Sánchez. La Oficina Nacional de Procesos Electorales ONPE señalaba en la mañana del lunes, al 93 % escrutado, que Keiko obtenía un 50.091 % y Sánchez un 49.909 %.

Empate virtual

Las informaciones disponibles antes de la jornada electoral apuntaban ya a ese empate virtual. Las encuestas simuladas, que suelen hacerse en vísperas de una elección, circulaban pródigamente por canales de WhatsApp, pese a la veda electoral. Las plataformas digitales y los mensajes de persona a persona amplificaron la difusión.

El silencio electoral y la etiqueta de “confidencial, no difundir” no hacía sino incrementar la capacidad viral de los mensajes. Recibimos seis encuestas distintas simuladas que daban el mismo resultado: una ínfima ventaja para Keiko. La diferencia entre ambos candidatos era mínima, y siempre dentro de los márgenes técnicos de error.

Keiko aventajaría a su rival en Lima, mientras Roberto Sánchez encontraría sus principales apoyos en las zonas rurales e indígenas. Era, nuevamente, un mapa electoral reconocible.

Al día siguiente el vaticinio se hizo resultado: en las encuestas de salida o exit polls, que comenzaron a circular al cerrar las mesas, Keiko ganaba por un punto; mientras que, en el conteo rápido, unas horas después, la diferencia se invertía a favor de Sánchez. La ventaja de los 0,5 puntos porcentuales se hacía realidad, todo dentro de la posibilidad del error estadístico.

Lima es de Keiko, las zonas rurales de Sánchez

La geografía política peruana parece mucho más estable que sus candidaturas. Keiko ha obtenido el 66 % de los votos en Lima, que concentra un tercio de los electores del país, mientras Sánchez ha mantenido el dominio en el sur del país, especialmente en las zonas rurales, donde el 56 % ha votado por él.

La experiencia es un grado y Keiko salió la noche electoral a decir que esperaría el recuento final. Sánchez fue por el mismo camino. Ambas sedes de fin de campaña albergaban a unos pocos seguidores, desencajados en la sede de Fuerza Popular (Fujimori) y poco convencidos en la sede de Juntos por el Perú (Sánchez). No era una noche de fiesta electoral, era la confirmación de que el Perú se había partido en dos nuevamente y se volvía a debatir entre la incertidumbre y la ingobernabilidad.

Más opciones, mayor polarización

Cuantas más alternativas ofrece el sistema, más termina reduciendo la decisión final a una confrontación entre polos. La hiperfragmentación no está produciendo mayor pluralismo. Al contrario, está produciendo polarización.

Durante la campaña de abril, describíamos al sistema político peruano como un entorno caótico, donde pequeñas variaciones podían alterar significativamente los resultados finales.




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La extrema cercanía entre los candidatos que disputaban el segundo lugar confirmó esa intuición. Entre varios aspirantes apenas existían diferencias marginales. Entre el segundo y el quinto hubo apenas dos puntos de diferencia, un cuádruple empate entre quienes aspiraban al segundo lugar.

La segunda vuelta vuelve a simplificar el abanico de la realidad política peruana en un dilema binario. Como en 2021, Perú no es una sociedad particularmente polarizada cuando se observa el posicionamiento ideológico de sus ciudadanos. Como ocurre en buena parte de América Latina, la mayoría de los electores se ubica cerca del centro. Sin embargo, las reglas de competencia terminan empujando la elección hacia opciones que muchos ciudadanos perciben como extremas.

La polarización no surge desde abajo, sino que se incentiva por la propia dinámica institucional. Por ello, la campaña de segunda vuelta parece organizada principalmente alrededor de los rechazos. Los apoyos de los candidatos eliminados importan, pero difícilmente se transfieren de manera automática. Los votos pertenecen a los ciudadanos y no a los dirigentes políticos.

Lo decisivo parece ser otra cosa: el miedo. Quienes perciben en Sánchez la continuidad del “castillismo” encontrarán incentivos para votar por Keiko Fujimori. Quienes identifican en el “fujimorismo” una amenaza para la calidad democrática harán el recorrido contrario.

Votar al mal menor

Antes del debate electoral las encuestas mostraban un 26 % de voto indeciso. Después del debate, ante una imagen de un Roberto Sánchez crecido y ganador, había bajado al 13 %, según la empresa de estudios de mercado y opinión pública CPI. Contrariamente a lo que se pudiera pensar, ese voto no iba a favor de Sánchez. El miedo había movilizado a los indecisos para que se inclinaran por Keiko: era mejor una candidata por la que no sentían simpatía, que una reedición de un Gobierno de corte populista de izquierdas.

El miedo al discurso de expropiaciones de casas, nacionalizaciones de empresas y a la intervención cambiaria –Perú tiene una de las monedas más estables de la región– dio paso al voto de la resignación: votar a Keiko, votar al mal menor. Así, una vez más, el voto a la contra adquiere más relevancia que el voto a favor.

Tomando el pulso gracias a los taxistas

En Lima, donde un 66 % de electores han votado por Fujimori, hicimos nuestro ejercicio particular de opinión pública, con los receptores de las opiniones de miles de personas que se atreven a atravesar sus caóticas calles: los taxistas.

Durante nuestra semana de observación electoral en el Perú, los taxis, Uber o Cabify se convirtieron en nuestro marco muestral.

Preguntados 14 conductores por su intención de voto, seis dijeron que votarían por Keiko. Aunque los mismos seis coincidían en que no les gustaba, todos ellos señalaban que no había otra opción. Otros cuatro manifestaron que no votaban porque eran de fuera, pero que, si pudieran hacerlo, se inclinarían también por Keiko. La razón: al ser venezolanos, reconocían en Sánchez el discurso de Hugo Chávez al inicio de su régimen. Dos no quisieron decir su voto y dos dijeron claramente que su opción era el partido de Roberto Sánchez.

En resumen, ninguno era apasionado de Keiko como su candidata, pero diez señalaban que había que votarle. Ella ha sido, en Lima, la opción para frenar a Sánchez.

Pérdida de confianza institucional

A la decisión defensiva, que intenta evitar la peor opción, se suma un elemento que diferencia esta elección de la de hace cinco años: la confianza institucional. Las controversias asociadas al desarrollo y escrutinio de la primera vuelta han debilitado la credibilidad del árbitro electoral precisamente cuando la competencia parece más cerrada.

El temor al fraude ha propiciado que los partidos y las instituciones hayan hecho un esfuerzo por la transparencia. A diferencia de las elecciones de 2021, los dos partidos han contado esta vez con un total de 100 000 personeros (testigos electorales de los partidos) para 90 223 mesas de sufragios. El Jurado Nacional de Elecciones (JNE) ha situado a 28 771 fiscalizadores para que estén presentes en las mesas y reporten las incidencia. También se han desplegado voceros en medios de comunicación y se ha presentado una web abierta a toda la ciudadanía, con información actualizada cada cinco minutos.

La jornada electoral ha trascendido sin novedades ni incidencias relevantes. El recuento de votos ha sido rápido, por la facilidad que supone la participación de solo dos candidatos. El traslado de actas y cédulas electorales ha resultado seguro. Sin embargo, las autoridades contenían la respiración para que en las elecciones no reapareciera el fantasma del fraude.

La consecuencia inevitable de un proceso polarizado ha sido un escenario de máxima incertidumbre. Una elección extremadamente ajustada, entre candidatos con elevados niveles de rechazo, en un contexto de confianza institucional disminuida.

Déjà vu peruano

El problema, sin embargo, trasciende a los candidatos. Después de 35 postulaciones presidenciales, una campaña hiperfragmentada y varios lustros de crisis política, el sistema vuelve a desembocar en el mismo dilema. La pregunta no es quién ganará la elección, sino por qué las reglas siguen produciendo sistemáticamente resultados similares.

Quizás el verdadero déjà vu peruano no es tanto la presencia recurrente de determinados candidatos, como la persistencia de un sistema que convierte la diversidad de opciones en una elección entre temores.

Y mientras eso ocurra, el país seguirá atrapado entre la fragmentación de la primera vuelta y la polarización de la segunda, reproduciendo, una y otra vez, la misma melodía electoral.

The Conversation

Las autoras han sido observadoras internacionales de la elección peruana, como parte de la misión del Observatorio Complutense de Desinformación

observadora intrenacional

ref. Perú se debate entre la polarización y el voto de rechazo: ajustadísimo resultado en las elecciones presidenciales – https://theconversation.com/peru-se-debate-entre-la-polarizacion-y-el-voto-de-rechazo-ajustadisimo-resultado-en-las-elecciones-presidenciales-284687

No publico fotos de mi hija en redes, pero sí lo hacen sus amigos: ¿qué dice la normativa?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Andrea Cantos Martínez, Profesora de la Facultad de Derecho y Ciencias Sociales, Universidad de Castilla-La Mancha

Inside Creative House/Shutterstock

Muchos padres y madres toman decisiones deliberadas para que la imagen de sus hijos no circule en internet. Por ejemplo, no abren cuentas a su nombre ni publican fotografías en sus perfiles.

Esa cautela, sin embargo, choca frontalmente con la realidad: los compañeros de sus hijos llevan móvil desde edades cada vez más tempranas y comparten espontáneamente en Instagram, TikTok o grupos de WhatsApp cualquier momento del día. El niño o la niña que no aparece en las redes de sus padres acaba apareciendo, inevitablemente, en las de sus amigos.

Los datos ilustran la magnitud del fenómeno en España. Según la Encuesta sobre Equipamiento y Uso de Tecnologías de la Información y Comunicación en los Hogares del INE, en 2025 el 67,9 % de los menores de 10 a 15 años utilizaba teléfono móvil, porcentaje que asciende al 93,9 % a los 15 años.

El estudio Infancia, adolescencia y bienestar digital (Red.es, UNICEF España, 2025), elaborado a partir de 93 153 encuestas, eleva al 92,5 % el porcentaje de adolescentes registrados en al menos una red social. España, lideró en 2025 el tiempo diario que los menores dedican a las redes sociales –una hora y 17 minutos de media–, según el séptimo informe anual de Qustodio.

Este fenómeno, al que cabe denominar sharenting horizontal –para diferenciarlo del sharenting vertical protagonizado por los propios progenitores–, plantea una pregunta de fondo: si un menor publica en sus redes la fotografía de otro menor sin consentimiento de los padres del fotografiado, ¿qué derechos se vulneran, quién responde y cómo puede reaccionar quien es perjudicado?

El marco normativo: una protección reforzada

El primer dato jurídico relevante es que los menores son titulares de los derechos al honor, a la intimidad y a la propia imagen garantizados por el artículo 18 de la Constitución Española, con una protección especial y cualificada, según palabras del propio Tribunal Supremo. Esta protección se articula sobre tres pilares.

  1. El primero es la Ley Orgánica 1/1982, que considera intromisión ilegítima la publicación de la imagen de una persona sin consentimiento del titular o, cuando es un menor sin madurez suficiente, de sus representantes legales.

  2. El segundo es la Ley Orgánica 1/1996 de Protección Jurídica del Menor, cuyo artículo 4.3 protege al menor siempresas que la publicación pueda implicar menoscabo de su honra o ir contra sus intereses. Incluso cuando consta su propio consentimiento.

  3. El tercero es el Reglamento General de Protección de Datos –RGPD– y la Ley Orgánica de Protección de Datos Personales y Garantía de los Derechos Digitales –LOPDGDD–: publicar una fotografía identificable de un menor es un tratamiento de datos personales, y por debajo de los 14 años el consentimiento corresponde a quienes ostenten la patria potestad.

A estos pilares internos se suma un marco normativo internacional: el artículo 16 de la Convención sobre los Derechos del Niño prohíbe las injerencias arbitrarias en la vida privada del niño, y la Observación General n.º 25 (2021) del Comité de los Derechos del Niño extiende expresamente esos derechos al entorno digital.

En el horizonte español, el Proyecto de Ley Orgánica para la protección de menores en entornos digitales –aún en tramitación parlamentaria con notorio retraso– elevará a 16 años la edad mínima para crear perfiles en redes sociales y tipificará nuevas conductas digitales lesivas.

¿Quién responde? Vías civil y penal

En la vía civil, los progenitores del menor fotografiado pueden ejercitar la acción de tutela prevista en el artículo 9 de la LO 1/1982 para solicitar la retirada del contenido, la declaración de intromisión ilegítima y una indemnización por daños morales.

Cuando es un menor quien difunde la imagen, el artículo 1903 del Código Civil hace responsables directos a sus padres por culpa in vigilando e in educando. Una sentencia de la Audiencia Provincial de Madrid de septiembre del pasado año exigió el consentimiento conjunto de ambos progenitores para publicar imágenes de un menor y ordenó la retirada de las fotografías ya publicadas.

La vía penal solo resulta pertinente si el menor difusor tiene entre 14 y 18 años –por debajo es inimputable conforme a la LO 5/2000– y los hechos encajan en un tipo concreto. Los más relevantes son el artículo 197 del Código Penal (apoderamiento de imágenes sin consentimiento para vulnerar la intimidad) y el artículo 197.7 del Código Penal (difusión no consentida de imágenes obtenidas en un contexto de privacidad, el llamado delito de sexting). En ambos casos, los padres del menor infractor responden solidariamente de los daños causados.

Lo que dicen los tribunales

La Sala Primera del Tribunal Supremo ha construido un test de dos preguntas para resolver conflictos entre libertad de información y derechos del menor (STS 1068/2024; STS 426/2022): ¿tenía la publicación relevancia pública suficiente? ¿Fue la afectación proporcional y necesaria?

La notoriedad pública de los padres, recuerda el Supremo, no equivale a una patente de corso y en ningún caso se transfiere a los hijos menores. En una sentencia de 2023, el tribunal reiteró que los menores ostentan esa protección “de manera especial y cualificada”: cuanto menor es la justificación informativa de la publicación –y en el sharenting horizontal entre compañeros de clase dicha justificación es, por regla general, inexistente–, mayor es el peso que debe asignarse al interés del menor fotografiado.

A escala europea, el Tribunal Europeo de Derechos Humanos condenó la fotografía de un recién nacido publicada sin consentimiento parental y el Tribunal de Justicia de la UE estableció que difundir datos personales en internet a un grupo indeterminado de personas excluye la excepción doméstica del Reglamento General de Protección de Datos. La doctrina del derecho al olvido de Google Spain (C-131/12, 2014) permite, además, exigir la desindexación de contenidos dañinos cuando la retirada directa no es posible.

Qué pueden hacer los progenitores: pasos prácticos

Conforme a la Agencia Española de Protección de Datos y la jurisprudencia analizada se traza una hoja de ruta gradual (sin ser las únicas soluciones posibles):

  1. Solicitud extrajudicial dirigida al menor difusor y a sus progenitores, pidiendo la retirada inmediata del contenido. Conviene documentarla por escrito y conservar capturas de pantalla fechadas.

  2. Notificación a la plataforma (Instagram, TikTok, WhatsApp…) mediante los formularios de denuncia por uso indebido de imagen de menor. Las plataformas están obligadas por el Reglamento General de Protección de Datos y la Ley 34/2002 de Servicios de la Sociedad de la Información a actuar diligentemente ante conocimiento efectivo del contenido ilegítimo.

  3. Reclamación ante la Agencia Española de Protección de Datos, que puede ordenar la supresión del contenido. Si la difusión alcanza a un grupo indeterminado de personas, la excepción doméstica del Reglamento General de Protección de Datos no opera.

  4. Acción civil de tutela al honor o intimidad, con posibilidad de solicitar medidas cautelares y una indemnización por daños morales, dirigida conjuntamente contra el menor difusor y sus progenitores.

  5. Denuncia cuando el contenido revele aspectos íntimos del menor fotografiado y el difusor tenga entre 14 y 18 años (artículos 197 y 197.7 del Código Penal).

  6. Ejercicio del derecho al olvido frente a los motores de búsqueda, conforme a la doctrina Google Spain, cuando el contenido se haya replicado más allá de la plataforma original.

El menú de respuestas existe: hay que saber activarlo

La protección reforzada del menor no es una aspiración: es un principio jurídico operativo que ha calado en el Tribunal Constitucional, el Tribunal Supremo, el Tribunal Europeo de Derechos Humanos y el Tribunal de Justicia de la UE y que se proyecta sobre cualquier sujeto que publique la imagen de un menor sin consentimiento de sus representantes legales, con independencia de que el medio sea un medio de comunicación, a través de un progenitor o un compañero de clase.

La especificidad del sharenting horizontal reside en que añade un eslabón inesperado a la cadena de responsables: los padres del menor que publica también responden, por culpa in vigilando e in educando. Como hemos analizado en un trabajo anterior sobre la protección jurídica en casos de autoficción, el juicio de ponderación exige atender a todos los factores relevantes: contexto, identificabilidad, finalidad y potencial de daño.

Conviene recordarlo –y difundirlo entre padres, madres y educadores– antes de que el móvil del hijo documente sin más consecuencias aparentes la vida cotidiana de otros niños que nunca dieron su permiso.

The Conversation

En mi ejercicio como abogada asesoro a empresas y particulares, pero no podrían beneficiarse del artículo en ningún caso.

ref. No publico fotos de mi hija en redes, pero sí lo hacen sus amigos: ¿qué dice la normativa? – https://theconversation.com/no-publico-fotos-de-mi-hija-en-redes-pero-si-lo-hacen-sus-amigos-que-dice-la-normativa-282334