C’est quoi, réussir sa première année post-bac ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Carine Mira, Docteure qualifiée en sciences de l’éducation et de la formation, CY Cergy Paris Université


L’ESSENTIEL

  • Les jeunes de 18-19 ans ressentent une forte pression à ne pas « se tromper » dans leur orientation post-bac.

  • Dans l’imaginaire collectif français, une trajectoire non linéaire est perçue comme un échec.

  • Le narratif du « décrochage » peut aussi s’expliquer par la manière dont les pouvoirs publics perçoivent le coût de ces trajectoires.


Réussir son orientation ? « C’est trouver sa voie directement. » Cette phrase, nous l’avons entendue de la part de nombreux jeunes en Terminale ou en première année dans le supérieur, lors de nos recherches. Ils et elles expriment un impératif à faire « le bon choix » et à ne pas « perdre de temps » sous peine de « rater leur vie ». La crainte du décrochage se manifeste tout au long de la scolarité mais est particulièrement forte au moment du choix d’orientation post-bac avec Parcoursup, puis pendant les études supérieures.

Derrière ce terme de « décrochage », plusieurs réalités coexistent : les NEET (« Not in Education, Employment or Training », en français « ni en emploi ni en formation »), celles et ceux qui s’insèrent professionnellement, qui font une pause ou qui se réorientent l’année suivante (parfois même en cours d’année).

Perçu comme un échec par les jeunes, l’arrêt d’une formation pourrait toutefois être considéré comme une étape, plutôt qu’un point final. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Afin de répondre à cette question, nous avons mené des recherches auprès de jeunes adultes de 18 ans et 19 ans au sein d’une université de grande couronne francilienne : une enquête auprès de personnes commençant leurs études en L1 et une autre auprès de décrocheuses et décrocheurs en L1.

L’orientation, un enjeu individuel où se jouent les trajectoires sociales

L’orientation du secondaire vers le supérieur est un moment où l’intérêt individuel rencontre la logique d’affectation, qui détermine les futures positions sociales. Du point de vue individuel, le jeune est en cours de constitution de son identité d’adulte avec toutes les injonctions normatives à « devenir soi et à réussir sa vie », renforcée et rendue concrète par la nécessité de « trouver son orientation ».

« Se connaître » et « connaître le champ des possibles » pour trouver « son orientation », voilà ce qui explique en grande partie la peur d’échouer des néo-étudiantes et néo-étudiants, surtout durant une phase où l’identité est en cours de construction.

La construction du choix d’orientation est un processus identitaire complexe. D’abord, selon l’image projetée de soi dans l’avenir, puis selon les rôles sexués qui peuvent « enfermer » dans des « orientations différenciées ». Il existe une zone d’alternatives acceptables pour envisager l’avenir, qui se situe de manière différenciée selon son niveau scolaire et selon son genre.

Enfin, les représentations sur les métiers comme sur les études sont essentielles pour construire sa trajectoire d’orientation. Selon les informations, connaissances, opinions et croyances, toutes les possibilités ne sont pas ouvertes. Toutes ces questions de représentations sont au fondement des choix d’orientation, qui sont vécus avec une intensité émotionnelle variable en fonction, notamment, de l’accompagnement.

La procédure Parcoursup entérine les choix qui sont faits, fonctionnant comme une « grande épreuve ». La dernière étape du choix d’orientation en fin de terminale se réalise à la rentrée, dans les amphithéâtres, lorsque les représentations fantasmées des études rencontrent la réalité. Le décalage est parfois grand et cette désillusion peut fragiliser la trajectoire des jeunes étudiantes et étudiants.

En parallèle des questions psychologiques, les jeunes vivent une étape d’affectation qui parachève le tri social entamé dès la fin du collège. L’orientation scolaire et professionnelle a ceci de spécifique qu’elle est à la fois un mouvement de construction identitaire et un moment d’attribution d’une place sociale selon le mécanisme du crédentialisme (où le diplôme est la clé d’entrée privilégiée). Cela renforce le poids du choix d’orientation, des inégalités sociales et par conséquent de la pression autour de cette question d’études supérieures ou d’insertion professionnelle.




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Le décrochage est pour certains et certaines la conséquence de facteurs sociaux et de contraintes associées. Par exemple, Laetitia, entrée en L1, a un emploi à mi-temps à côté, nécessitant un passage de chaque année en deux ans ; puis, Seb, vivant à deux heures de l’université, partagea une chambre avec ses frères, donc sans espace à soi pour travailler ; Zara raconte que, quand elle vient à l’université, elle a « l’impression de ne pas y être » à cause de la solitude.

Le choix d’orientation est posé de manière majeure en terminale, mais la construction individuelle n’est pas terminée, des fluctuations dans les projections peuvent donc se produire. Par ailleurs, des effets d’inégalités et de situations sociales non anticipées peuvent avoir des conséquences durant les années d’études.

Reconsidérer la « réussite »

Considérant ces éléments psychologiques et sociaux structurant la vie des jeunes de 18-19 ans, pourquoi continuer à considérer la performance académique comme l’unique réussite ? Que faire des trajectoires parallèles, des questionnements et des changements d’avis ? Que faire des situations de vie évolutives ? Ne pourrait-on pas considérer une première année post-bac comme apprentissage des codes du supérieur pour décider, en connaissance, de la suite à donner à son parcours ?

De surcroît, l’évolution technologique très rapide avec l’émergence de l’IA et les enjeux autour du dérèglement climatique vont nécessairement induire des inflexions dans de nombreux métiers (certains devront devenir « verts » ou, au moins, « verdissants »).

Dans ce contexte, un choix d’orientation fait en 2026 peut conduire vers un besoin de formation complémentaire ou même d’une réorientation ultérieure, simplement du fait de la modification de ce métier, voire de sa disparition.

Le concept de « décrochage » : une vision gestionnaire de l’action publique ?

Ces idées entrent en contradiction avec l’impératif d’économies de l’action publique. Pour l’État, le décrochage en premier cycle (les trois premières années dans le supérieur) coûte environ 534 millions d’euros, sans compter la restauration, l’hébergement et la médecine scolaire. La moitié de ces frais est imputable à la première année d’études : seuls 49 % des L1 passent en L2 et 29,5 % obtiennent leur licence en trois ans. Ces 265 millions d’euros liés à la L1 se décomposent en 160M€ pour le redoublement (50 000 personnes) et 105 millions d’euros pour les sorties sans diplôme (33 000 personnes).

Le rapport 2025 de la Cour des comptes, entièrement consacré aux politiques publiques en faveur des jeunes, encourage les universités à faire mieux pour accompagner le premier cycle :

« La réussite en licence est donc fondamentale aussi bien pour les jeunes que pour l’économie générale du système de formation. »

Certes, les 534 millions d’euros du « décrochage » sont conséquents et dans une période d’austérité financière, la question du coût se pose. Toutefois, la conséquence de ce souci financier induit, nous semble-t-il, une définition de la réussite qui serait de passer en année supérieure. Toutes les déviations, bien que faisant l’objet de dispositifs universitaires tels que les césures, les réorientations en cours ou en fin d’année, ne seraient alors que des déviations par rapport à la norme de passage en L2 et d’obtention de la licence en 3 ans.

Ces déviations induiraient au mieux un coût individuel et sociétal surajouté, au pire, un sentiment d’échec et une perte de confiance en soi des jeunes en études. De plus, appréhender ces trajectoires à l’aune d’un échec ou d’un trop dépensé pour les finances publiques, remettrait toute la responsabilité sur les étudiantes et les étudiants et conduirait à une forte stigmatisation.

Cette « peur d’échouer » augmenterait encore la pression durant la phase Parcoursup, dans une forme de boucle de renforcement.

L’accrochage ou le décrochage dans les études supérieures est un enjeu complexe : psychologique, social, sociologique, pédagogique et institutionnel. Réduire cette question à une « bonne orientation » est sans doute une vision restrictive, conduisant à dramatiser les décisions prises en terminale, en intériorisant l’objectif de performance de réussite, alors qu’elles ne sont qu’une étape dans le processus de construction des individus. Quelques pistes pour aller plus loin : faire évoluer les modalités pédagogiques, dépasser la norme de la linéarité des trajectoires pour envisager la non-linéarité (y compris dans les aides et bourses), mieux accompagner l’arrivée dans le supérieur (quitte à passer plus de temps à accueillir).

The Conversation

Carine Mira a un poste de post-doctorante financé par un PIA NCU au sein de CY Cergy Paris Université.

– ref. C’est quoi, réussir sa première année post-bac ? – https://theconversation.com/cest-quoi-reussir-sa-premiere-annee-post-bac-288549

La BCE subventionne déjà les banques commerciales : pourquoi pas la transition écologique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jézabel Couppey-Soubeyran, Maîtresse de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


L’ESSENTIEL

  • La Banque centrale européenne exerce, sans le nommer tel quel, un pouvoir de subvention, au bénéfice exclusif des banques commerciales.

  • Les intérêts payés aux banques commerciales atteignent 360 milliards d’euros depuis 2022.

  • Techniquement, rien n’empêcherait la BCE de subventionner la bifurcation écologique.


Trois cent soixante milliards d’euros ! C’est plus du tiers du besoin d’investissements additionnels dont les pays membres de l’Union européenne ont besoin selon le rapport Draghi pour « numériser et décarboner l’économie et accroître notre capacité de défense ».

C’est aussi à peu près la somme d’intérêts versés par la Banque centrale européenne (BCE) – depuis le resserrement de sa politique monétaire en 2022 après la pandémie de Covid-19 jusqu’à aujourd’hui – aux banques commerciales de la zone euro, sans rien leur demander en échange.

Près de 360 milliards d’euros d’intérêts

Il convient de rappeler que les banques commerciales ont elles aussi une banque, la banque centrale.

Sur leur compte à la banque centrale, les banques commerciales doivent toujours avoir en réserve de quoi se régler entre elles les paiements qui font suite à ceux de leurs clients déposants. Il y a une part de réserves obligatoires – égales à au moins 1 % des dépôts de leurs clients depuis 2012 contre 2 % auparavant – que la BCE ne rémunère plus depuis 2023 et des réserves excédentaires qu’elle rémunère à son taux directeur plancher, le taux des facilités de dépôts.

En 2023, la BCE remonte son taux de la facilité de dépôts jusqu’à 4 % en réponse à l’inflation. Les réserves des banques sont encore gonflées de toutes les liquidités obtenues après la crise financière et pendant la pandémie de Covid-19
– entre 3 000 milliards et 4 000 milliards d’euros environ de réserves excédentaires en 2023.

En cette année, la BCE paye aux banques commerciales de la zone euro quelque 126 milliards d’euros d’intérêts. En cumulé entre 2022 – où les réserves des banques étaient au plus haut et les taux directeurs au plus bas (0 %) – et 2026 – où les réserves excédentaires sont redescendues à 2 300 milliards d’euros environ avec un taux de la facilité de dépôts de 2,5 % –, elle verse pas loin de 360 milliards d’intérêts aux banques.

Au profit des banques

La Banque centrale européenne ne demande rien aux banques commerciales en échange ; c’est un versement sans contrepartie.

Elle n’a pas besoin de ressources préexistantes pour payer ces intérêts. De même qu’elle crée à partir de rien (ex nihilo) la monnaie qu’elle prête aux banques commerciales quand elles en ont besoin, ou celle pour payer les titres qu’elle achète quand elle estime nécessaire de soutenir le marché, elle crée aussi de la monnaie pour payer des intérêts aux banques.

Avec une différence à noter à l’actif du bilan (ce qu’elle possède) de la banque centrale :

  • dans le premier cas, elle enregistre un prêt à son actif que les banques lui remboursent ;

  • dans le deuxième cas, elle enregistre un titre, souvent des obligations publiques ;

  • dans le troisième cas, celui du paiement d’intérêts, rien ne vient à son actif.

Autrement dit, quand elle verse des intérêts aux banques, la BCE crée une « subvention » à partir de rien !

Bien que la BCE justifie ce versement d’intérêts en expliquant qu’il est devenu indispensable au pilotage de sa politique monétaire, il s’agit bien d’une subvention comme la qualifient Paul De Grauwe et Yuemei Ji dans les colonnes du blog CEPR/VoxEU, en 2023, « Monetary policies that do not subsidise banks ».

Pourquoi ne pas mettre ce pouvoir de créer des subventions à partir de rien au service de la collectivité en contribuant au financement de transition écologique ?

Investissements écologiques non rentables

Les investissements que requiert la transition écologique et sociale sont indispensables et, pour une part, non rentables : l’isolation thermique, la rénovation des écoles et des hôpitaux ou la création d’espaces verts dans les villes pour les adapter au réchauffement climatique.

Aucun de ces projets ne dégage de rendement financier susceptible de rembourser un emprunt. Ils ne sont pas finançables à crédit ; ils nécessitent des subventions.

Peut-il s’agir de subventions classiques allouées par l’État, financées par la dette publique ou l’impôt ? En partie seulement et à la condition de trouver des marges de manœuvre sur le marché de la dette comme des politiques spécifiques de rachat de titres – quantitative easing –, des emprunts réalisés en commun par les États de la zone euro – en émettant des eurobonds –, des réformes fiscales ou de réorienter des subventions existantes.

Mais ce ne sera pas à la hauteur des besoins pour trois raisons :

  • la dette publique ne peut pas continuellement augmenter sans coûter de plus en plus cher ni finir par susciter la défiance des investisseurs ;

  • l’augmentation des impôts est difficile à soutenir politiquement dans une société où l’injustice fiscale a érodé l’adhésion à l’impôt ;

  • ces deux sources classiques de financement public nécessitent un taux de croissance suffisamment élevé, sinon elles se tarissent. La Banque de France ne prévoit qu’une croissance à 0,9 % en 2027 et à 1,2 % en 2028. Et, de toute façon, peut-on concilier la quête de croissance et le respect des limites planétaires ? Probablement pas.

Une subvention ni payante ni remboursable

Une « subvention monétaire » émise par la banque centrale ouvrirait une source complémentaire de subventions qui ne pèserait pas sur la dette. Du point de vue de son émetteur, la BCE, ce mode de création monétaire viendrait explicitement compléter ceux dont elle dispose déjà – quand elle prête aux banques, quand elle achète des titres.




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Du point de vue de ses bénéficiaires, un ensemble d’acteurs non bancaires >/br>– ménages, entreprises, associations, ou les collectivités locales –, la subvention monétaire ne serait ni payante – pas de paiement d’intérêt – ni remboursable. Elle n’exigerait pas non plus de céder un titre.

Ce serait de la « monnaie sans dette » adaptée au financement de l’indispensable non rentable, distincte de la « monnaie-dette » issue du crédit, qui ne finance que ce qui est suffisamment rentable pour en payer le prix et la rembourser.

Monnaie magique ?

Serait-ce de la monnaie « magique » ?

Pas plus magique que la monnaie créée par le crédit ou par des achats de titres. À chaque fois, c’est un pur jeu d’écritures comptables : la banque inscrit simultanément à l’actif de son bilan, le crédit qu’elle octroie ou le titre qu’elle achète et, à son passif, le dépôt qui en résulte pour le bénéficiaire.

Les crédits, ou les achats de titres, font les dépôts.

Techniquement, rien n’empêche une banque centrale d’émettre de la monnaie sans l’adosser à un prêt ou à un achat de titre. La preuve : celles de l’Eurosystème rémunèrent les réserves des banques sans l’adosser à un actif. L’absence d’actif en contrepartie créerait une perte au bilan de la banque centrale, mais cela ne l’empêcherait pas de fonctionner.

On peut également imaginer l’enregistrement d’un actif non exigible qui valoriserait l’impact écologique ou social de la subvention monétaire. L’émission de la subvention se ferait alors sans déséquilibrer le bilan de la banque centrale ; cette dernière poserait ainsi un premier jalon de comptabilité écologique à son bilan.

Commencer à petite échelle

Serait-ce une planche à billets inflationniste ? Absolument pas.

Ces montants seraient fléchés vers des dépenses d’investissement spécifiquement éligibles au dispositif. Ils seraient bien inférieurs à ceux des achats de titres pendant la gestion des crises financière et sanitaire – jusqu’à environ 130 milliards d’euros mensuels (pic de juin 2020) d’assouplissement quantitatif déployés par l’Eurosystème dans le cadre de ses programmes PEPP et APP.

On pourrait commencer à petite échelle, avec une émission pour l’ensemble de la zone euro de l’ordre de 0,5 % du PIB ; soit environ aussi 0,5 % de la masse monétaire. L’objectif : disposer d’un montant de subventions monétaires compris entre 10 milliards et 15 milliards d’euros par an pendant trois ans – soit environ un milliard d’euros par mois – pour un pays comme la France, et d’environ 90 milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne
– soit 7,5 milliards d’euros mensuels.

La lutte contre l’inflation climatique

L’inflation n’est pas qu’un phénomène monétaire, elle résulte également du dérèglement climatique qui affecte le prix des matières premières agricoles ou de notre dépendance aux énergies fossiles. De ce point de vue, la subvention monétaire aiderait à lutter contre l’inflation climatique et la fossilflation.




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Un dispositif de régulation éviterait que, au fil de sa circulation, cette monnaie permanente rende la masse monétaire excessive.

Des microtaxes permettraient de faire refluer de la monnaie vers la BCE pour être détruite en cas d’inflation jugée trop élevée. Elles n’excluraient pas les instruments plus classiques de politique monétaire, comme les réserves obligatoires ou les taux directeurs, afin de ralentir la création monétaire des banques lorsque c’est nécessaire.

Création de deux institutions

Assurément, un tel pouvoir ne saurait être laissé à la seule discrétion des banques centrales ou d’une technocratie européenne. Il appelle une gouvernance démocratique et collégiale, partagée avec des représentants de la société civile – syndicats, associations environnementales, élus locaux.

Dans notre essai, le Pouvoir de la monnaie, avec Pierre Delandre et Augustin Sersiron, nous préconisons la mise en place de deux institutions :

  • un Institut d’émission, adossé à la BCE, chargé d’indiquer le montant de subvention monétaire à créer ;

  • une Caisse de développement durable (CDD) chargée d’allouer les subventions selon les critères d’éligibilité. Elle fonctionnerait en réseau, aux échelles européenne, nationale et même locale au plus près des besoins des acteurs   ménages, associations, collectivités, entreprises –, porteurs de projets d’investissements indispensables mais non rentables.

Ces deux institutions partageraient le pouvoir de la monnaie avec la société civile.

En accord avec l’article 123 du TFUE

Serait-ce contraire au mandat de la banque centrale ?

La compatibilité serait nécessairement âprement discutée par les juristes de la BCE, mais il n’y a pas d’incompatibilité explicite et rédhibitoire. La subvention monétaire n’irait pas à l’État, mais au réseau de caisses de développement durable, donc n’enfreindrait pas l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Elle irait dans le sens de la stabilité monétaire, puisqu’elle aiderait à lutter contre une source d’inflation sur laquelle le taux directeur ne peut pas agir ; elle irait aussi dans le sens de la stabilité financière en réduisant le recours à l’endettement. En somme, conformes aux missions de la BCE.

À la différence d’un programme de rachats de titres publics, qui enrichit d’abord les détenteurs de dette, la subvention monétaire n’aurait pas d’effet inégalitaire : elle ne créerait pas de rente.

La subvention monétaire offrirait une voie que la dette, seule, ne peut ouvrir. La volonté bute peut-être ici sur un manque de capacité : on ne veut que ce qu’on peut ! C’est à cette incapacité que viendrait remédier la subvention monétaire.

The Conversation

Jézabel Couppey-Soubeyran est membre de l’Institut Veblen

– ref. La BCE subventionne déjà les banques commerciales : pourquoi pas la transition écologique ? – https://theconversation.com/la-bce-subventionne-deja-les-banques-commerciales-pourquoi-pas-la-transition-ecologique-288239

Minerais, pêche, tourisme : les trois fronts de l’exploitation en Antarctique en question à l’horizon 2048 ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédéric Martineau, PhD – Relations Internationales. Spécialisation en Diplomatie des affaires, Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS)


L’ESSENTIEL

  • Contrairement à une idée reçue, l’interdiction d’exploiter les ressources minérales de l’Antarctique n’expirera pas en 2048 : cette date ouvre seulement une possibilité de réexamen du protocole qui interdit cette exploitation.

  • En revanche, alors que le sous-sol reste largement inexploré, la pêche et le tourisme se développent rapidement.

  • Le principal risque pour le système de protection de l’Antarctique ne réside donc pas dans une hypothétique ruée vers le pétrole en 2048, mais dans l’érosion actuelle des mécanismes de coopération et de conservation.


Le sous-sol, la pêche et le tourisme sont les trois ressources du continent blanc. Le premier est protégé par une interdiction d’exploitation sans terme, dont on annonce à tort l’expiration en 2048. Les deux autres sont déjà exploités, sous des règles beaucoup plus souples, qui fissurent l’édifice juridique construit depuis la signature du traité sur l’Antarctique en 1959.

Tous les deux ou trois ans, la même nouvelle refait surface : la Russie aurait découvert sous la mer de Weddell des réserves de pétrole représentant le double des réserves saoudiennes, et le traité protégeant l’Antarctique expirerait en 2048.

Les deux affirmations sont fausses. Mais elles occupent tout l’espace médiatique, au point de masquer deux autres risques : ceux liés à la surpêche et à la hausse significative du tourisme.

Les ressources minérales : un eldorado sous scellés

Environ 98 % du continent est recouvert de glace, jusqu’à près de cinq kilomètres d’épaisseur, mais une étude publiée dans Nature Climate Change estime que la fonte, dans le scénario d’émissions de gaz à effet de serre (GES) le plus élevé, pourrait libérer de la glace 120 000 km² de terres d’ici à 2300, soit une surface émergée 5,5 fois plus importante qu’aujourd’hui. Cependant, les prétendues richesses de son sous-sol procèdent d’une extrapolation, car avant sa dérive vers le pôle Sud, l’Antarctique était soudé à l’Australie, à l’Inde, à l’Afrique et à l’Amérique du Sud, où des gisements ont été identifiés.

Le rapport de référence de l’Office of Technology Assessment du Congrès américain, publié en 1989, concluait par une phrase que rien n’a démentie : « Aucune occurrence minérale n’a été explorée par forage. » Quant aux hydrocarbures, les chiffres qui circulent varient entre 36 milliards de barils et 500 milliards de barils, mais il ne s’agit que d’estimations théoriques, et non de réserves prouvées par des forages.

L’exploitation a été envisagée. La convention de Wellington, ou Convention sur la réglementation des activités relatives aux ressources minérales de l’Antarctique (ou CRAMRA, son acronyme en anglais) adoptée en 1988, organisait un régime d’autorisation minière ; elle n’entra jamais en vigueur, la France et l’Australie ayant refusé de la ratifier en 1989 au motif que réglementer, c’était autoriser. Un régime d’exploitation, même contraignant, légitimait l’idée d’une activité minière et ouvrait la porte à des pressions futures. Néanmoins, de l’absolue nécessité de mettre en place un cadre réglementaire pour faire face au risque d’une exploitation minière en Antarctique est né le protocole de Madrid, signé en 1991 et en vigueur depuis 1998. Ce texte fait de la zone du traité (toute la région située au sud du 60ᵉ parallèle) une « réserve naturelle, consacrée à la paix et à la science » et pose à son article 7 une interdiction sans durée :

« Toute activité relative aux ressources minérales, autre que la recherche scientifique, est interdite. »

2048 n’est pas une date d’expiration du traité de l’Antarctique, juste la première année où n’importe quelle partie consultative pourra demander une conférence de réexamen du fonctionnement du protocole. Si, à cette date, les conditions de majorité seront assouplies puisque l’unanimité absolue ne sera plus requise, l’article 25 assortit l’interdiction d’une condition suspensive : elle demeure tant qu’un régime minier obligatoire n’est pas lui-même en vigueur. La lever supposerait donc de réussir ce qui a échoué en 1989. La seule brèche identifiée par les juristes est une clause de retrait à deux ans de préavis, au prix diplomatique que l’on devine.

Le contentieux est ailleurs : l’usage du prétexte scientifique pour détecter des ressources en hydrocarbures. Le levé sismique marin est l’outil qui sert, ailleurs, à cartographier un potentiel pétrolier.

Depuis 1998, l’entreprise publique russe Rosgeo mène de telles campagnes dans l’océan Austral ; au moins six ont visé la mer de Weddell depuis 2011. En mai 2024, devant la Chambre des communes britannique, le géopoliticien Klaus Dodds a exposé le risque que ces données « puissent être interprétées comme de la prospection plutôt que comme de la recherche scientifique ». Le Foreign Office a répondu qu’aucun élément ne permettait de conclure à une violation.

L’échéance de 2048 ne concerne que le minerai. La pêche, notamment au krill, et les navires de croisière, eux, n’ont pas attendu.

La pêche : un eldorado déjà ouvert

Avec une biomasse estimée entre 300 millions et 500 millions de tonnes, le krill antarctique nourrit baleines, manchots et phoques et, de plus en plus, les élevages de saumons. Durant la décennie 2013-2023, la Norvège a réalisé 63,6 % des captures et la Chine 17,1 %. La légine australe, poisson à forte valeur ajoutée, complète le tableau ; elle a longtemps fait l’objet d’une pêche intensive et a conduit à renforcer la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) dans l’océan Austral.

Le régime applicable n’a rien d’une interdiction. La Convention sur la conservation de la faune et de la flore marine de l’Antarctique (CCAMLR), en vigueur depuis 1982 dans le cadre du traité sur l’Antarctique, est un texte hybride : c’est un accord de conservation de l’écosystème qui institue une organisation régionale de gestion des pêches, mais son article II assimile la « conservation » à l’« utilisation rationnelle ». Elle réunit 27 membres et décide par consensus, ce qui induit que chacun y dispose de la possibilité de bloquer les décisions.

Le dispositif de précaution reposait sur deux chiffres : une limite préventive de 5,61 millions de tonnes, jamais approchée, et surtout un « seuil de déclenchement » de 620 000 tonnes, réparti par sous-zones depuis 2009 pour éviter que la pêche ne se concentre devant les colonies de prédateurs. Cette répartition est arrivée à échéance en 2021 et n’a pas été prorogée en octobre 2024. Depuis, la pêche se déroule légalement sans aucune contrainte de répartition spatiale, alors que, comme le rappelle Claire Christian, de la Coalition pour l’Antarctique, elle se déploie précisément là où se trouvent « des centaines de milliers de manchots et de baleines ». La raréfaction de leur nourriture dans leurs zones d’alimentation habituelles impacte le succès reproducteur et les effectifs diminuent, car les trajets pour accéder à la ressource augmentent tandis que les baleines qui peinent à reconstituer leurs réserves se retrouvent parfois prises dans les filets de krill.




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La 44ᵉ réunion de la Commission, tenue à Hobart (Australie) du 20 au 31 octobre 2025, n’a rien débloqué. Un texte de remplacement porté par l’Union européenne a échoué faute de consensus ; une proposition norvégienne visant à porter la limite annuelle de 620 000 tonnes à près de 1,2 million de tonnes a été écartée. Quant aux trois projets d’aires marines protégées (péninsule, Antarctique de l’Est, mer de Weddell), ils restent bloqués par la Russie et par la Chine, qui étendent l’une et l’autre leurs opérations dans ces espaces.




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Fait nouveau, et lourd de sens : en 2025 et en 2026, la pêcherie a atteint ses quotas bien plus tôt que prévu. Le plafond théorique est devenu une contrainte réelle, au moment précis où le mécanisme censé le répartir a disparu.

Le tourisme : un eldorado autorégulé

Le tourisme antarctique connaît une forte croissance. En vingt ans, le nombre de visiteurs est passé de 25 000 (2003-2204) à plus de 100 000 durant la saison 2023-2024. Près de 98 % de l’activité se concentre sur la péninsule, où quelques sites (Neko Harbor, Whalers Bay, Danco) reçoivent chacun près de deux cents escales par saison.

Si elle a jusqu’ici essentiellement été le fait de croisiéristes, près de 50 opérateurs et plus de 70 navires proposant la destination Antarctique, l’offre évolue. Plusieurs entreprises se sont positionnées sur le segment des activités aériennes et à l’intérieur des terres qui ne représentaient qu’environ 1 % du marché, mais pour lesquelles la croissance attendue est de 35 %.




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Ici, la régulation repose pour l’essentiel sur l’autodiscipline de l’IAATO, l’association des voyagistes, qui n’a aucun droit de vote mais exerce une influence sur les Réunions consultatives du Traité sur l’Antarctique (RCTA), l’organe exécutif. Elles n’ont produit, pour l’essentiel, que des résolutions peu contraignantes. Un processus consacré à l’élaboration d’un cadre global a bien été lancé en 2023 et doté d’une feuille de route en 2024 ; il reste encore en négociation.

Les touristes peuvent désormais accéder au continent blanc pour une excursion d’une journée ou un trajet d’une semaine. Ski, alpinisme, marathons, visites de colonies de manchots empereurs, mariages ou cohabitation scientifique, l’imagination des opérateurs paraît sans limite pour satisfaire une clientèle avide de nouveaux espaces.

Le tourisme contribue à l’optimisation budgétaire de la logistique des programmes scientifiques nationaux antarctiques. Mais la proximité entre science et commerce pourrait freiner le mécanisme d’inspection prévu par le système du Traité de l’Antarctique, si des parties prenantes soucieuses de réduire leur coût préféraient la logique financière au respect du sanctuaire. Le protocole de Madrid prévoit une évaluation des impacts par chaque État partie, le préalable obligatoire à toute opération en Antarctique. Elle doit être menée par l’organisateur de l’activité sous le contrôle de son autorité nationale. Cependant, les critères retenus ne garantissent pas vraiment la minimisation de l’empreinte environnementale ; ils sont parfois contournés ou mesurés à l’aune de la géoéconomie. C’est le cas par exemple des campements démontés chaque saison et pas inspectés.

Une fréquentation excessive et mal maîtrisée ne peut que participer d’une augmentation des risques et des fragilités que subit la faune, en particulier les manchots empereurs impactés par le recul de la banquise. Certains pays comme la Norvège, en 2025 à la 47ᵉ réunion consultative, ont défendu un gel du développement touristique jusqu’à l’adoption de règles communes en matière de durabilité. D’autres considèrent que les outils de gestion existants sont suffisants.

Trois régimes, une même faiblesse

Cette comparaison révèle la nature inégale des règles qui encadrent ces trois domaines. Une interdiction sans terme pour le minerai ; une autorisation gérée par consensus pour la pêche ; une autorégulation professionnelle adossée à du droit mou pour le tourisme. Plus la ressource est effectivement exploitable aujourd’hui, plus la règle est faible.

L’échéance de 2048 ne concerne que l’interdiction d’exploiter le minerai, encore réaffirmée par les 29 Parties consultatives à Santiago (Chili) en 2016 comme la « priorité la plus élevée ». La pêche et le tourisme n’ont jamais eu besoin d’attendre une conférence de réexamen. Ces deux activités se développent, et leurs garde-fous s’effacent en temps réel : une mesure de conservation non prorogée en 2024, trois projets d’aires marines protégées bloquées depuis près de dix ans, un cadre touristique annoncé en 2023 et toujours en discussion en raison de son amplitude.

Le point commun est le mécanisme, pas la matière. Les trois régimes reposent sur le consensus, et le consensus suppose que personne n’ait intérêt à le rompre. C’est cette condition-là qui s’érode, et elle s’érode bien avant 2048.

The Conversation

Frédéric Martineau est président de l’Amicale des missions australes et polaire ( AMAEPF).

– ref. Minerais, pêche, tourisme : les trois fronts de l’exploitation en Antarctique en question à l’horizon 2048 ? – https://theconversation.com/minerais-peche-tourisme-les-trois-fronts-de-lexploitation-en-antarctique-en-question-a-lhorizon-2048-292751

Les pays africains riverains de la mer Rouge face à des risques croissants avec l’expansion des Houthis

Source: The Conversation – in French – By Burak Şakir Şeker, Associate Professor, Department of International Relations, Ankara Hacı Bayram Veli University

La prise de contrôle par les Houthis de plusieurs zones de la côte yéménite de la mer Rouge offre à ce groupe armé une nouvelle plateforme pour perturber le trafic maritime international. Le groupe a pris le contrôle du port de Mokha, de l’île de Mayyun (Périm), ainsi que des îles de Zuqar et de l’archipel des Hanish, situées à environ 160 km au nord du détroit de Bab el-Mandeb. Ces zones étaient auparavant contrôlées par les forces gouvernementales yéménites.

Le détroit de Bab el-Mandeb est un goulet d’étranglement maritime d’environ 32 km de large. Il se situe entre la péninsule Arabique au nord-est et la Corne de l’Afrique au sud-ouest. Il relie directement la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien.

Cette configuration géographique revêt une importance particulière. L’île de Mayyun, par exemple, divise le détroit en deux chenaux empruntés par la marine marchande internationale. Historiquement, environ [12 % du commerce maritime mondial] emprunte la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb. Sénat français – Le détroit de Bab el-Mandeb Le versant africain du détroit, situé entre Djibouti et l’Érythrée, n’est pas contrôlé par les Houthis.

Mais l’avancée de ce groupe en septembre 2026 a de graves implications économiques et sécuritaires pour l’Égypte, l’Éthiopie, Djibouti et l’Érythrée, et pourrait aggraver les conflits existants en Somalie et au Soudan.

Les Houthis sont un mouvement soutenu par l’Iran qui contrôle une grande partie du Yémen et qui combat le gouvernement internationalement reconnu du pays depuis qu’il a pris la capitale Sanaa, en 2014.

J’ai étudié la géopolitique et la sécurité maritimes mondiales, notamment les questions relatives à la mer Rouge, pendant plus de deux décennies. À mon sens, la menace houthiste n’est pas seulement d’ordre logistique. Elle représente également un danger stratégique pour les États africains riverains de la mer Rouge.

Le littoral africain revêt soudainement une importance accrue aux yeux des acteurs extérieurs qui souhaitent surveiller, contenir ou contourner la voie maritime située en face d’eux. Les Houthis occupent désormais des positions armées autour du détroit, rapprochant ainsi la menace de cette voie maritime stratégique.




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Dans l’état actuel des choses, un groupe armé non étatique soutenu par l’Iran pourrait être en mesure de déployer des missiles, des mines et des vedettes rapides sur une longue portion de la côte orientale de la mer Rouge.

Dans le même temps, l’Iran conserve la capacité de bloquer le détroit d’Ormuz. Cela accroît le risque de perturbation simultanée dans ces deux goulets d’étranglement maritimes importants. Cela pourrait priver les navires de toute route sûre pour traverser la mer Rouge.

Les risques pour l’Afrique

Les perturbations en mer Rouge se répercutent en cascade sur quatre aspects des économies africaines : les coûts du transport maritime et de l’assurance, les recettes portuaires, les prix de l’énergie et des denrées alimentaires, ainsi que les risques liés à la sécurité maritime.

États de la mer Rouge

Égypte

L’Égypte est exposée au risque financier direct le plus important. En 2024, la baisse du trafic dans le canal de Suez, liée notamment aux attaques des Houthis contre les navires marchands en mer Rouge, a entraîné, selon les autorités égyptiennes, une perte d’environ 7 milliards de dollars de recettes liées aux droits de transit.

Les recettes ont atteint 4,67 milliards de dollars américains pour l’exercice 2025-2026, soit une hausse de 23 % par rapport à l’année précédente. Mais si le détournement du trafic maritime se poursuit, il pourrait rapidement réduire, voire annuler, cette amélioration des recettes.

Djibouti, Éthiopie et Érythrée

Plus de 3700 personnes fuyant les hostilités dans l’ouest du Yémen ont rejoint les côtes septentrionales de Djibouti. La reprise des combats a porté à 141.972 le nombre de personnes déplacées depuis le début de l’escalade, en septembre 2026.

Djibouti est également une voie commerciale essentielle pour l’Éthiopie, qui est enclavée. L’Éthiopie réalise environ 95 % de ses échanges commerciaux via Djibouti.

L’Érythrée est également vulnérable sur le plan géopolitique. Sa position géographique la rend attractive pour l’Arabie saoudite et l’Égypte, qui souhaitent s’assurer que l’Iran et les Houthis n’exercent pas une influence trop importante sur la rive africaine de la mer Rouge. Elle est également désormais impliquée dans la reprise du conflit en Éthiopie.

Somalie et Soudan

La crise liée aux Houthis vient aggraver les crises existantes en Somalie et au Soudan.

Les Houthis et le groupe terroriste somalien al-Shabaab se sont échangé des armes, des technologies de drones et des formations en contrepartie d’un soutien aux activités de piraterie au large des côtes somaliennes. Cette coopération intervient alors qu’une mission de l’Union africaine en Somalie tente de contenir al-Shabaab.

En conséquence, le nombre d’actes de piraterie au large des côtes somaliennes a bondi en 2026, atteignant son plus haut niveau depuis dix ans en 2026. En septembre 2026, la Somalie a adopté un projet de loi contre la piraterie visant à prévenir les enlèvements en mer.




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Au Soudan, le soutien de l’Iran s’est étendu à certaines composantes des Forces armées soudanaises. Celles-ci combattent les Forces de soutien rapide (FSR), qui bénéficient notamment du soutien des Émirats arabes unis.

À la mi-2024, les Houthis auraient commencé à transférer des armes à l’armée soudanaise pour le compte de l’Iran. Le Trésor américain a sanctionné en 2024 le directeur chargé des acquisitions d’armes des Forces armées soudanaises, puis, en 2025, des acteurs islamistes soudanais en raison notamment de leurs liens avec l’Iran.

Les implications sont préoccupantes : la rive africaine de la mer Rouge est désormais davantage exposée aux réseaux d’influence et d’approvisionnement liés aux Houthis et à l’Iran.

La lutte pour le contrôle politique

Les bouleversements géopolitiques actuels en mer Rouge sont antérieurs à l’offensive des Houthis.

En janvier 2024, l’Éthiopie a signé un protocole d’accord avec la région séparatiste du Somaliland afin d’obtenir un accès à sa façade maritime sur le golfe d’Aden et à une base navale. En échange, elle s’est engagée à envisager la reconnaissance de cette région.

La Somalie, l’Érythrée et l’Égypte se sont opposées à cet accord. Moins d’un an plus tard, les trois pays ont mis en place mécanisme de sécurité conjoint.

Depuis lors, la coopération régionale en matière de sécurité s’est accélérée. Le 30 juillet 2026, l’Arabie saoudite a accueilli à Riyad une réunion au cours de laquelle 14 pays, dont l’Égypte, Djibouti, le Soudan et la Somalie, ont annoncé la création de l’Alliance multinationale de défense maritime.

Les Émirats arabes unis — à la suite d’affrontements avec les forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen en décembre 2025 — et l’Éthiopie, pays enclavé, en sont exclus.




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Dans le même temps, un alignement concurrent regroupant les Émirats arabes unis, Israël et l’Éthiopie a vu le jour, renforcé par la reconnaissance du Somaliland par Israël en décembre 2025.

De l’autre côté se trouvent la Somalie, la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite.

L’Iran a également cherché à s’assurer une présence militaire le long du corridor de la mer Rouge, notamment au Soudan.

L’Érythrée, quant à elle, utilise son littoral stratégique pour renforcer sa position régionale et faire contrepoids à l’Éthiopie.

Il en résulte une lutte d’influence croissante dans laquelle les puissances du Moyen-Orient tirent davantage parti de la position stratégique de l’Afrique.

Que faire ?

Aucun État africain ne peut à lui seul protéger le détroit de Bab al-Mandeb, mais les gouvernements peuvent atténuer certaines conséquences en diversifiant l’accès aux ports et les voies commerciales intérieures. Un levier plus direct consiste à améliorer les capacités de sécurité maritime au niveau régional.

En août 2026, les États signataires du Code de conduite de Djibouti et de son amendement de Djeddah se sont engagés à mettre en place une force opérationnelle combinée pour lutter contre la piraterie.

Le succès de cette initiative dépendra de la capacité des gouvernements à fournir les navires, les renseignements, le personnel et les cadres juridiques nécessaires pour en faire un mécanisme de sécurité opérationnel.

Les États africains ne définissent pas encore l’agenda stratégique global, mais leur contrôle des points d’étranglement maritimes renforce leur poids diplomatique. Le défi consiste à tirer parti de ce poids sans devenir les relais d’un conflit plus large au Moyen-Orient.

The Conversation

Burak Şakir Şeker does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Les pays africains riverains de la mer Rouge face à des risques croissants avec l’expansion des Houthis – https://theconversation.com/les-pays-africains-riverains-de-la-mer-rouge-face-a-des-risques-croissants-avec-lexpansion-des-houthis-292492

¿Por qué se producen desahucios?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Nasarre Aznar, Derecho civil, Derecho de la vivienda, Universitat Rovira i Virgili

BalkansCat/Shutterstock

Desde la Gran Recesión que afectó a la economía mundial a partir de 2007, los desahucios entraron de lleno en las preocupaciones de la sociedad española. El estallido de la burbuja inmobiliaria en España se unió a la subida de tipos y el aumento del paro provocado por la crisis global, e hizo que muchas familias se vieran imposibilitadas de pagar –bien sus hipotecas, bien sus alquileres–, y perdieran sus viviendas.

Han pasado casi 20 años desde entonces y la preocupación se mantiene. Desde mediados de 2024, las ejecuciones hipotecarias, a diferencia de los desahucios arrendaticios, han sufrido un repunte en algunas comunidades autónomas, especialmente en Andalucía y Cataluña según datos del INE.

Propietarios, arrendatarios y okupas

Los desahucios pueden ser de tres tipos: a los propietarios –como consecuencia de la ejecución de la hipoteca por impago–, a los arrendatarios –si dejan de pagar la renta, si maltratan la vivienda, si tienen un mal comportamiento o si, a la terminación del plazo contratado o legal, no abandonan la vivienda voluntariamente– y a los okupas.

El fundamento de estos tres desahucios es distinto, aunque el resultado sea el mismo (el abandono forzosa de la vivienda o lanzamiento):

  • El primero, porque se incumplieron los pagos prometidos del préstamo concedido –generalmente cientos de miles de euros a pagar en varias décadas– sin el cual no se podría haber realizado la compra de la vivienda, que se puso como garantía de la devolución del dinero prestado.

  • El segundo, porque el arrendatario, que vive en una casa ajena y debe compensar al propietario por ello mediante el pago de la renta, debe cumplir con los pagos y con el plazo de duración de su derecho a usar la vivienda.

  • El tercero, porque el okupa entra y se mantiene en un inmueble ajeno sin título alguno.

Estas reglas se amparan en los principios del Derecho civil, que nos acompañan desde hace miles de años, y se fundamentan en la obligación de cumplir lo acordado (pacta sunt servanda).

Pero los desahucios se dan en todos los países europeos, como explicamos en nuestro trabajo Homeless prevention in the context of evictions (2016), e incluso, en muchos casos, en más medida que en España.

El descontrol de deuda en contexto europeo

Un buen indicador para ver el riesgo de desahucio es el sobreendeudamiento familiar a causa de la vivienda (hogares que dedican más del 40 % de sus ingresos al sostén de la misma) en las ciudades, lo que hace aumentar el riesgo de impago (de la hipoteca o del alquiler).

Atendiendo a Eurostat, en 2025, tanto la media europea de sobreendeudamiento familiar en las ciudades a causa de la vivienda (9,6 % de las familias) como la de los países del norte de Europa (como Dinamarca, Noruega, Suecia, los Países Bajos o Alemania) son más altas que en España (8,2%). En Dinamarca el triple, y en Noruega el doble, por ejemplo.

En la misma línea, los datos de la OCDE de 2024 muestran las elevadas tasas de desahucios en Dinamarca, Finlandia, Reino Unido y Bélgica, comparadas con España.

Durante décadas, en la política de estos países ha prevalecido el alquiler sobre la compra de vivienda, lo que ha terminado provocando la concentración de la vivienda en cada vez menos manos (fondos inversiones, extranjeros, segundas y ulteriores residencias), convirtiendo a la gente con menos recursos en dependientes (en muchos casos, a perpetuidad, dados los precios) de ellos. Han creado sociedades de ricos propietarios y de pobres inquilinos, a las que los países mediterráneos éramos ajenas gracias a una propiedad privada de las viviendas muy distribuida. Esto ha cambiado desde que la Unión europea ha venido dificultando el acceso a la financiación hipotecaria de la familias, en España claramente desde la Ley 5/2019.

La vivienda subsidiada

En el otro lado del problema están comunidades como, por ejemplo, Cataluña, donde hay más de 105 000 personas en lista de espera para una vivienda social, al tiempo que la que está actualmente gestionada acumula una deuda de 39 millones de euros en 2025, según la propia Agencia de la vivienda de Cataluña.

En principio, los poderes públicos son los que deben crear las condiciones para que las familias puedan procurarse una vivienda por sus propios medios; pero, ante los desahucios, las administraciones públicas deben evitar que la persona que se encuentre ante esta situación quede desamparada, ofreciéndole una alternativa habitacional. Solo así se cumple plenamente el art. 47 CE.

De llegarse a aprobar las medidas previstas en el Proyecto de Decreto Ley de Vivienda decaído en julio de 2026 respecto a los desahucios, las comunidades autónomas tendrían que ofrecer una vivienda alternativa a las familias afectadas. En caso de no hacerlo, se invalidaría el lanzamiento y la comunidad autónoma tendría que cubrir los impagos del inquilino y pagar el alquiler al casero, si este no es un gran tenedor, afectando así a sus propias cuentas, como lo demuestra la experiencia en Polonia.

The Conversation

Nuestro grupo de investigación, Eurohousing, está financiado por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

– ref. ¿Por qué se producen desahucios? – https://theconversation.com/por-que-se-producen-desahucios-292812

Repas à un euro dans les restaurants universitaires : il fallait penser à la logistique avant

Source: The Conversation – in French – By Gilles Paché, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Aix-Marseille Université (AMU)


L’ESSENTIEL

  • La généralisation du repas à un euro accroît la fréquentation de restaurants universitaires déjà fortement sollicités.

  • Servir davantage de repas à l’heure du déjeuner suppose d’adapter toute la chaîne logistique des Crous.

  • L’enjeu ne se limite donc pas au financement de la mesure, il réside aussi dans la capacité à absorber la demande supplémentaire.


Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans les restaurants universitaires. Pour accompagner la mise en œuvre, l’État a prévu 50 millions d’euros en 2026, destinés notamment à compenser la baisse du prix payé et à financer des mesures d’accompagnement pour les Crous (centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires).

Une récente étude rappelle toutefois que si l’alimentation étudiante dépend du prix, l’accessibilité physique et cognitive joue également un rôle majeur pour favoriser l’évolution des pratiques. Cette observation vaut aussi pour la restauration universitaire : rendre le repas moins cher stimule la demande. Encore faut-il disposer des moyens pour absorber ce surcroît.

Au-delà du budgétaire

La question qui se pose désormais est donc moins celle du prix que celle de la capacité physique à assurer le service. Un repas à un euro dans un « Resto U » n’est pas une simple question budgétaire, mais renvoie à une chaîne logistique complexe : denrées à commander et éventuellement à stocker, cuisines à dimensionner, équipements à faire fonctionner, personnels à recruter, lignes de self à alimenter, tables à libérer et salles à nettoyer…




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Cette chaîne doit en outre fonctionner dans un temps contraint, car, selon les Crous, 55 % des passages se concentrent entre 12 heures et 13 heures, dont 30 % sur la tranche 12 heures-12 h 30. Ce qui compte dans un Resto U est donc le nombre de repas qu’il est possible de servir en « flux tendus ». Avec le repas à un euro, et l’explosion induite de la demande, la contrainte semble avoir été largement mésestimée.

Une hyperpression omniprésente

Les difficultés ne sont pas apparues avec la généralisation du repas à un euro, même si celle-ci les accentue. Depuis la pandémie de Covid-19 et les crises géopolitiques successives, les Crous font face à une progression rapide de leur fréquentation. En 2023-2024, plus de 42,8 millions de repas ont été servis, soit environ 6 millions de plus en un an. Le Sénat relève que 4,5 millions de repas supplémentaires sont notamment liés à la mise en œuvre du repas à un euro pour les étudiants boursiers et en situation de précarité, conduisant à une situation d’hyperpression. Le réseau des Crous a encore franchi un seuil en 2025 avec 44,2 millions de repas, soit 600 000 de plus qu’en 2024.

Cette trajectoire ascendante change la manière d’envisager la dimension capacitaire. La généralisation du repas à un euro intervient alors que l’activité de restauration des Crous est sous tension, notamment en matière de ressources humaines.

Un rapport du Sénat avait d’ailleurs anticipé la difficulté, estimant que l’universalisation du repas à un euro « ne pourrait [pas] être absorbable pour les Crous du fait de l’afflux de repas qui en résulterait ». Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de savoir combien coûte aux finances publiques un repas à un euro (environ 8 euros en 2026…), mais aussi « combien de repas supplémentaires peut-on effectivement mettre à disposition des étudiants dans de bonnes conditions ? ».

Gare aux goulets d’étranglement

Penser la logistique, c’est précisément penser ensemble les flux, les infrastructures, les capacités et les besoins, plutôt que de considérer séparément chacun des éléments, comme le précisait Aurélien Rouquet avec sa défense d’un « ministère de l’aménagement et de la logistique ». Dans une chaîne de service, cette vision systémique conduit à une règle élémentaire : la capacité globale est déterminée par ses maillons les plus contraints.

Une cuisine peut produire davantage sans que cela fasse disparaître une file d’attente à la caisse. Une salle peut accueillir davantage d’étudiants sans que les lignes de distribution suivent. Recruter ne sert pas davantage si les locaux, les équipements ou les espaces de circulation forment autant de goulets d’étranglement.

Les pouvoirs publics n’ignorent pas totalement la question puisque des investissements ont été engagés avant la généralisation du repas à un euro. Le gouvernement défend ainsi la création de 3 157 places supplémentaires à la rentrée 2024 et 2 613 à la rentrée 2025, précisément pour répondre à la hausse continue de fréquentation. Le dispositif comprend également des moyens supplémentaires consacrés aux personnels et aux infrastructures. Le constat n’est donc pas celui d’une absence d’action, mais plutôt celui d’un écart entre la stimulation de la demande et les capacités nécessaires pour y faire face.

La charrue avant les bœufs

C’est ici que se situe un décalage temporel à l’origine de ce que les économistes appellent un « effet d’hystérésis » : une décision tarifaire peut être prise rapidement à l’échelle nationale, tandis qu’une capacité de restauration se construit lentement au fil des études, des financements, des marchés publics, des travaux, des équipements et des recrutements. La réponse publique reconnaît désormais cette contrainte.

Le gouvernement indique ainsi consacrer 5 millions d’euros aux investissements urgents dans les infrastructures de restauration. Il mentionne également des réflexions sur l’organisation plus efficace de la pause méridienne. En d’autres termes, la logistique est bien identifiée comme une condition de réussite, mais elle intervient après que le prix a immédiatement stimulé la demande, comme si l’on avait mis la charrue avant les bœufs…

Le prix face au mur de la capacité

La généralisation du repas à un euro révèle une difficulté plus générale de l’action publique : une politique peut stimuler la demande sans que l’offre suive le rythme. Le phénomène est connu dans les systèmes de santé. Lorsque la demande de soins excède les capacités disponibles, l’ajustement ne passe pas par les prix, mais par les délais.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne ainsi que les temps d’attente augmentent lorsque la demande dépasse l’offre, contrainte par les personnels, équipements et infrastructures. Ce mécanisme éclaire le cas de la restauration universitaire. Une baisse du prix génère davantage de repas sans créer ni caisses supplémentaires, ni mètres carrés, ni personnels. Quand le prix baisse sans que la capacité augmente, le rationnement ne disparaît pas, il change de forme en se transformant en congestion, en attente et en temps perdu.

France TV, 2026.

Une étude menée dans un restaurant universitaire américain conclut certes qu’une allocation plus efficace des personnels vers les postes les plus sollicités réduit sensiblement les temps d’attente, mais une telle optimisation partielle ne saurait se substituer à un accroissement des capacités lorsque la demande additionnelle excède durablement l’offre.

Dans les Restos U français, l’évaluation doit donc intégrer les places disponibles, la capacité de production horaire, les effectifs mobilisables, les surfaces disponibles et les temps de rotation. L’enjeu réside ici dans l’adéquation (pour l’instant, ratée) entre ambition sociale de la mesure et capacités matérielles requises pour sa mise en œuvre.

Vaine promesse ?

Le repas à un euro nous rappelle qu’une politique publique ne peut être évaluée uniquement à partir de son coût budgétaire. Le prix d’une prestation sera parfois décidé pour répondre à des objectifs sociétaux (légitimes), tandis que la construction d’une capacité logistique se pense dans le temps long.

En ce qui concerne le repas à un euro, la promesse tarifaire a été placée au premier plan sans que la planification des opérations soit traitée avec la même urgence. Ainsi qu’on pouvait le craindre, les conséquences furent très vite visibles, avec des files d’attente qui s’allongent, un temps de déjeuner qui se réduit, et des étudiants qui renoncent parfois à se nourrir, comme les chaînes de télévision se sont plu à le médiatiser en septembre 2026.

La réaction ne s’est pas fait attendre de la part du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous). Dès le 24 septembre, il a été demandé aux Crous de bloquer par affichage l’accès de nouveaux étudiants à chaque Resto U dès lors que la capacité maximale d’accueil est atteinte. En clair, il s’agit d’empêcher les équipes de poursuivre leur activité au-delà de ce qu’elles peuvent assurer en toute sécurité.

Pour les étudiants, voilà une belle occasion de redécouvrir une vieille leçon logistique. Lorsque la demande excède fortement les capacités disponibles et que le prix ne joue pas son rôle de régulateur, c’est tout simplement une gestion de la pénurie qui s’impose. Hélas, il s’agit d’une étude de cas qui sort des salles de cours pour trouver une application concrète à l’entrée des Restos U.

The Conversation

Gilles Paché ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Repas à un euro dans les restaurants universitaires : il fallait penser à la logistique avant – https://theconversation.com/repas-a-un-euro-dans-les-restaurants-universitaires-il-fallait-penser-a-la-logistique-avant-292802

Faut-il acheter une IA plus fiable, ou payer pour la corriger ?

Source: The Conversation – in French – By Engin Iyidogan, Professor de finance, SKEMA Business School


L’ESSENTIEL

  • Pour limiter les erreurs de l’intelligence artificielle (IA), les entreprises peuvent s’offrir un modèle plus fiable ou renforcer leur processus de vérification de ses réponses.

  • Comme le souligne une recherche, cet arbitrage dépend essentiellement de la valeur stratégique de leurs usages.

  • Une traduction maladroite d’une réunion en interne utilisée en marketing n’a pas le même poids qu’un mauvais conseil juridique.


En pratique, toute entreprise qui déploie un assistant conversationnel se heurte tôt ou tard au même problème : l’outil produit une réponse fausse, mais formulée avec assurance. On appelle cela une « hallucination » ; une réponse plausible contient une information inventée.

Le premier réflexe ? Changer d’outil en choisissant un modèle plus récent, plus cher et réputé plus fiable. L’autre voie consiste à conserver son modèle bon marché et à faire relire ses réponses par un humain. Les deux démarches visent le même résultat : moins de réponses erronées transmises au client. Les deux ont un coût. Dans une étude récente, nous modélisons ce choix.

Cet arbitrage est déjà très concret. La Banque de France observe une diffusion très large de ces outils dans les entreprises françaises, même si leurs gains de productivité restent limités.

Payer le modèle ou payer la relecture

Il faut déjà le préciser : choisir un modèle plus fiable ne supprime pas le travail de contrôle. Une étude parue en 2025 a testé des outils juridiques professionnels présentés « sans hallucination ». Dans les tests, entre 17 % et 33 % des réponses contenaient des informations fausses ou attribuaient à une source des affirmations qu’elle n’étayait pas.

Ce contrôle peut prendre plusieurs formes : adosser l’outil à une base de sources validées, produire plusieurs réponses et ne garder que celles qui concordent ou faire relire la réponse par un salarié. Aucune de ces méthodes n’est gratuite. Chacune mobilise des ressources de calcul ou du temps de travail.




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Notre modèle met en regard ces deux dépenses. D’un côté, le coût d’accès au modèle payé à son fournisseur. De l’autre, le coût du contrôle organisé par l’entreprise elle-même. Dans les deux cas, l’entreprise achète la même chose : de la fiabilité.

Mais quelle solution revient le moins cher ?

Point de bascule

Notre exemple illustre un point de bascule possible. Lorsque les usages à portée stratégique deviennent plus fréquents, payer davantage pour un modèle plus fiable peut devenir préférable à un modèle bon marché assorti d’un contrôle plus poussé. La réduction du risque d’erreur justifie le surcoût.

Ce qui déclenche cette bascule, dans notre modèle, n’est pas l’arrivée d’une génération de modèles plus performants, mais la composition des usages de l’entreprise, c’est-à-dire la part de ses requêtes pour lesquelles une réponse fausse coûte réellement cher.

Plus la part des usages à fort enjeu est grande, plus l’effort de vérification nécessaire est important, et donc coûteux. Deux entreprises équipées du même outil peuvent avoir intérêt à faire des choix opposés. Utiliser cet outil dans un service client généraliste ou dans un service de conformité n’expose pas aux mêmes risques.

Encore faut-il préciser ce qu’est un « fort enjeu ». Deux ordres de grandeur se cachent derrière ce mot, et notre modèle les sépare : ce que rapporte une bonne réponse d’une part, et ce que coûte une réponse fausse d’autre part. La seconde porte un nom, l’« aversion aux hallucinations », et elle ne se déduit pas de la première. Deux services peuvent gagner le même temps sur un premier jet.

Alors qu’une formule marketing maladroite se réécrit, une réponse fausse sur une obligation réglementaire se paie. C’est cette seconde grandeur qui range les usages à fort enjeu : le conseil juridique, la santé et l’octroi de crédit tout en haut de l’échelle, la traduction interne ou le résumé de réunion tout en bas. Le tri de candidatures, lui, occupe une position plus inconfortable. Le gain attendu y est modeste, le coût d’une erreur ne l’est pas.

Faire soi-même ou faire faire

Reste à savoir qui exécute ce contrôle : soit l’entreprise elle-même, soit un prestataire qui lui vend un service déjà vérifié. Une étude portant sur 3 143 entreprises souligne que les entreprises européennes font souvent les deux à la fois, achetant des solutions prêtes à l’emploi et développant leurs propres outils en interne.

Notre modèle éclaire ce dosage minutieux. Quand le contrôle est externalisé, la facture couvre trois éléments : l’accès à l’intelligence artificielle, le travail de vérification et la marge économique du prestataire.

La marge du prestataire peut sembler n’être qu’un supplément négociable ; c’est tout le contraire. Pour le client, négocier pour baisser cette marge revient à acheter une autre prestation moins cher parce que le contrôle y est moins poussé.

Ce que notre modèle ne dit pas

Le contrôle en interne soulève une question distincte que notre modèle ne tranche pas.

Si l’entreprise cherche à éviter de payer la marge d’un prestataire, elle doit encore organiser et suivre le travail de vérification. L’internalisation ne garantit pas, à elle seule, sa qualité. Le travail de vérification ne disparaît jamais ; il change de forme. Facturé par le prestataire, ce dernier devient du temps de travail en interne que les budgets isolent rarement en tant que tel.

Si l’entreprise repère l’erreur, elle sanctionne son prestataire. Mais que se passe-t-il lorsqu’elle ne la repère pas ?

Le risque est réel, car une hallucination est précisément une réponse fausse qui a l’air juste. Or, dans notre modèle, le prestataire vérifie parce qu’il craint de perdre le contrat et la marge qu’il en tire. Si le client laisse passer les erreurs, cette crainte s’estompe. Le prestataire peut alors relâcher son contrôle sans que cela se voie.

Notre modèle ne prend en compte que les erreurs qui coûtent à l’entreprise. Une réponse fausse peut pourtant nuire à d’autres : un client mal renseigné, un candidat écarté à tort, etc. Reste à savoir qui paiera les pots cassés.

The Conversation

Engin Iyidogan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Faut-il acheter une IA plus fiable, ou payer pour la corriger ? – https://theconversation.com/faut-il-acheter-une-ia-plus-fiable-ou-payer-pour-la-corriger-288222

Suplemento cultural: Lorca no vuelve porque no se había ido

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Fotograma de la película _La bola negra_. Carla Oset/Atresmedia

Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.


Nunca una película española había sonado tanto en la denominada “campaña de premios” cinematográficos internacionales. Desde que se estrenó en Cannes en mayo, La bola negra, de Javier Calvo y Javier Ambrossi (“los Javis”) ha aparecido en todas las quinielas de los críticos y periodistas como uno de los filmes que puede alzarse con numerosas nominaciones a los óscar. Hace unas semanas, la Academia de Cine española la eligió oficialmente como su representante para el óscar a Mejor Película Internacional y en el Festival de Cine de Toronto se alzó con el Premio del Público, un galardón que podría parecer simplemente popular pero que augura éxitos a quienes se hacen con él.

En el centro del fenómeno, y con permiso de Penélope Cruz, hay un nombre: Federico García Lorca. Artífice del borrador original de La bola negra, un documento de cuatro páginas en el que esbozaba una historia que quedó inacabada por su asesinato, Lorca permea la narración aunque no sea el personaje principal. Mezclando un posible argumento de su obra con La piedra oscura, la dramaturgia de Alberto Conejero en la que un soldado franquista vigila a su prisionero, Rafael Rodríguez Rapún, último compañero sentimental de Lorca, los Javis tejen un melodrama épico queer con vocación de película clásica que, de momento, y tras su estreno en España, arrasa por donde va.

¿Qué hizo que el poeta, el actor, el dramaturgo pasase de ser un hombre de la cultura en los años 20 y 30 del siglo XX a un símbolo cien años después? María Isabel Calle Romero desgrana las diferentes etapas que ha vivido la figura de Federico García Lorca.

Precisamente en el Festival de Cine de San Sebastián se presentó el documental La voz quebrada, de Manuel Menchón, en el que, entre otras cosas, se rescatan las últimas imágenes descubiertas de Federico García Lorca en movimiento. Conocemos cómo era y cómo se movía Lorca, cómo escribía, pero no sabemos, como detalla Manuel Molina Prados, qué voz tenía.

Por eso los Javis, en su nueva fábula, han intentado otorgarle una.

Shakira de ida y vuelta

Cuando hablamos de la explosión de la música en español en los últimos años, nos fijamos en muchos artistas que empezaron en la década de 2010 (Bad Bunny, Karol G, Rosalía…). Pero había quien llevaba dando guerra desde mucho antes y que ha conseguido, a lo largo de toda su carrera, moverse dentro de las reglas de la industria hasta conseguir transformar estas reglas a su favor. Esa persona es Shakira, inmersa estos días en su segunda semana de residencia en Madrid.

Y si nos remontamos al siglo XIX podemos rastrear cómo la historia musical española está desde mucho antes irremediablemente atada a la de América Latina, y viceversa. El flamenco, un género nacido en la península, no se entiende sin todas las influencias que se cruzaron a ambos lados del Atlántico y que se alimentaron mutuamente.

Mirar desde otro ángulo

Una de mis obras favoritas es Rosencrantz y Guildenstern han muerto, una reinterpretación que Tom Stoppard hizo de dos personajes muy secundarios de Hamlet. Hurgar en las posibilidades dramáticas que presentan quienes no protagonizan los relatos que han pasado a la historia pero que, sin embargo, están presentes en ellas es un ejercicio que los escritores llevan haciendo mucho tiempo. Circe, de Madeline Miller, se centra en un personaje de la Odisea y le da nueva entidad. El mismo éxito musical y cinematográfico de los últimos años, Wicked, revisita El mago de Oz desde otro punto de vista.

Por eso resulta muy interesante la nueva serie, estrenada hace unos meses, La otra hermana Bennet, que presenta una vida, y una versión alternativa, para Mary Bennett, una de las hermanas de las protagonistas de Orgullo y prejuicio y tal vez uno de los personajes más ridiculizados de la familia. Basada en la novela homónima, nos enseña las infinitas posibilidades que tiene volver a releer los clásicos cambiando, simplemente, el lugar en el que ponemos el foco.

Anacronismos ¿sí o no?

Cada vez que se estrena un filme vagamente histórico, muchos se desesperan intentando descubrir si lo que se ve en la pantalla es fiel a la realidad de la época en la que parece suceder. Nos fijamos en ropajes, formas de hablar y actitudes, pero es extraño que prestemos atención a las emociones, cuando ellas también varían.

La importancia que se le daba a unos sentimientos y no a otros ha cambiado a lo largo de la historia. Los conflictos pueden resonar pero no ser los mismos y, muchas veces, a la hora de buscar la forma de armar un relato, los escritores o guionistas apelan a la forma de sentir contemporánea al periodo en el que lo desarrollan, pero no necesariamente al momento que retratan en él. ¿Es esto un error, o una forma de acercarnos a otras gentes de otros tiempos y otros lugares?

A veces sucede, sin embargo, que en la realidad somos testigos de algo que, de tan extraordinario, parece falso, como si saliese de una película. Y así lo decimos. Desde hace más de cien años, el séptimo arte se utiliza para comparar, revisitar y retratar también nuestra propia vida.

Faltas en el aire

A principios de mes fallecía Gloria Steinem y nos quedábamos sin otra gran personalidad de los siglos XX y XXI. Le pedimos a Socorro Suárez Lafuente, catedrática de la Universidad de Oviedo, impulsora de los estudios de género, que nos recordase por qué el activismo de Steinem había recuperado y actualizado las demandas feministas que habían comenzado con Christine de Pizan y la “querella de las mujeres” en el siglo XV.

Suárez Lafuente fue quien presentó la candidatura de Steinem al Premio Princesa de Asturias de Comunicación y Humanidades 2021, lo que hizo que la estadounidense acabase consiguiendo el galardón, así que es una gran voz para hablar de ella.

No son solo términos

Hay en asturiano una palabra que usamos mucho y que no tiene traducción a otras lenguas: repunante. Aunque parezca semejante a repugnante, no es así. Alguien repunante es alguien que protesta por todo y al que nada le parece bien. Hasta quienes apenas hablan asturiano en Asturias lo dicen. Pero cuando se escapa en una conversación con gente de fuera de la región (o, como diría la escritora Aitana Castaño, subpajarianos), es fácil que ambas palabras se confundan y se mezcle su significado.

Explicar repunante es explicar una cultura. Igual que decir tapas define algo de España, morriña indica un sentimiento arraigado en Galicia o commute determina la rutina anglosajona del viaje (muchas veces muy largo) de ida y vuelta al trabajo.

Por eso traducir no es solo cambiar unas palabras por otras sino intentar transmitir, en otro idioma, una forma de ver el mundo.

The Conversation

– ref. Suplemento cultural: Lorca no vuelve porque no se había ido – https://theconversation.com/suplemento-cultural-lorca-no-vuelve-porque-no-se-habia-ido-290681

Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas par rapport à la France ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Amaury Goguel, Economist & Academic Dean of the MSc Financial Markets & Investments. Co-author of the book "Managing Country Risk in an Age of Globalization", SKEMA Business School


L’ESSENTIEL

  • La Chine est la première puissance économique en parité de pouvoir d’achat et la deuxième en valeur nominale.

  • Entre démographie, inégalités et dépendance à son secteur industriel, la République populaire de Chine garde un PIB par habitant beaucoup plus faible que la France.

  • Le calcul de son indice de développement humain (IDH) conduit à ouvrir de nouvelles perspectives.


La Chine a annoncé en septembre 2025 qu’elle renonçait à son statut de pays en développement au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Malgré cette annonce, le premier ministre chinois Li Qiang affirme lors d’une intervention majeure en marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) que la Chine reste un pays à revenu intermédiaire et donc que « la Chine restera toujours un pays en développement ».

Avec 17 368 milliards d’euros, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale en PIB nominal – 2 981 milliards d’euros pour la France – et la première puissance mondiale devant les États-Unis en PIB en parité de pouvoir d’achat (PIB PPA). Ce dernier s’élevant à 36 497 milliards d’euros en Chine.

Pourtant, en 2025, le PIB par habitant atteignait 25  975 euros en Chine contre 58 651 euros en France selon les données Banque mondiale.

Alors, comment expliquer ce contraste ?

Près de 1,4 milliard d’habitants

La première explication est d’ordre démographique. La Chine compte près de 1,4 milliard d’habitants, contre environ 69 millions en France. La richesse créée est répartie entre une population presque vingt fois plus nombreuse.

Le vieillissement de la population accentue ces difficultés. Depuis 2022, le nombre de décès dépasse celui des naissances ; la population en âge de travailler diminue rapidement. Selon le Fonds monétaire international (FMI), cette évolution pourrait accroître fortement les dépenses liées aux retraites puisqu’un nombre réduit d’actifs doit générer la richesse redistribuée à une population inactive plus nombreuse.

Population de la Chine.
Department of Economic and Social Affairs — ONU

Cette situation est connue sous le terme de « dividende démographique inversé » théorisé notamment par David Bloom, David Canning et Jaypee Sevilla.

La conséquence : une baisse de la croissance économique. Les travaux du FMI estiment qu’à moins d’un gain d’efficacité massif – automatisation, hausse de l’âge de la retraite –, la contraction de la force de travail retirera entre 0,5 et 1 point de croissance annuelle du PIB par habitant à la Chine sur les deux prochaines décennies.

Fortes inégalités

Le PIB par habitant présente d’autres limites importantes. Il s’agit d’une moyenne, qui peut masquer des écarts considérables entre les habitants d’un même pays. La Chine présente des inégalités de revenus similaires aux États-Unis et très supérieures à la France.

Coefficient de Gini de la Chine.
Word Inequality Database

Les travaux du World Inequality Lab fondé et co-dirigé par Thomas Piketty montrent que les 10 % des Chinois les plus riches captent environ 42 % du revenu national, contre seulement 15 % pour la moitié la moins aisée de la population.

Activités industrielles

La démographie et les inégalités économiques n’expliquent pas tout. Le modèle économique chinois repose encore largement sur l’industrie, les exportations et la construction.

La raison principale réside dans le surinvestissement dans les infrastructures lourdes, le logement et les usines d’assemblage, qui génèrent des marges faibles par rapport aux services à forte intensité de propriété intellectuelle – R&D, conseil, logiciels.

Le secteur industriel produit des biens, mais il crée moins de richesse par salarié que les activités dans les services numériques, la recherche, la finance ou le conseil. Une étude met en évidence que pour générer un dollar de PIB, la Chine déploie 70 % de capital productif en plus que les économies occidentales.

Le secteur immobilier en Chine illustre les déséquilibres du modèle chinois. Pendant près de vingt ans, la construction a constitué l’un des principaux moteurs de la croissance – jusqu’à 30 % du PIB. Les ménages ont investi massivement dans le logement, tandis que les collectivités locales dépendaient largement de la vente de terrains pour financer leurs dépenses.

Les économistes Kenneth Rogoff et Yuanchen Yang montrent que la crise immobilière pèse désormais sur l’investissement, la consommation et la croissance potentielle de la Chine avec des finances locales paralysées, une hausse de l’épargne de précaution et une faible consommation induite.

La sempiternelle dépendance de la croissance chinoise aux exportations pose un autre problème. Lorsque le gouvernement de la République populaire de Chine subventionne massivement certaines industries jugées prioritaires, les exportations de ces dernières finissent surtout par soutenir les consommateurs occidentaux. Certes, la Chine développe un leadership technologique et industriel sans pareil, mais au détriment du pouvoir d’achat domestique.

Réinvention du modèle socio-économique

Si le PIB par habitant mesure la richesse produite en moyenne par une personne, cet indicateur ne résume pas à lui seul le niveau de développement d’une économie. Il ne traduit pas véritablement une capacité de résilience d’un pays.

L’économiste Amartya Sen souligne qu’un pays peut produire moins, mais offrir un niveau de vie plus élevé grâce à des services publics, un système de santé performant ou une économie plus équilibrée. C’est le cas de la France qui présente un PIB par tête d’habitant en PPA nettement plus faible que les États-Unis, mais un IDH (Indice de Développement Humain) similaire.

L’évaluation du développement des pays doit intégrer leur capacité de résistance face à d’éventuelles évolutions défavorables du contexte mondial à moyen terme. L’efficacité et la conversion des richesses produites, l’inclusion sociale et la souveraineté économique sont désormais indispensables pour apprécier le véritable niveau de développement d’une économie.

Une question fondamentale demeure : la Chine parviendra-t-elle à réinventer son modèle socio-économique pour offrir à ses citoyens les standards de vie d’une nation développée, ou le choc démographique figerait-il ses inégalités avant qu’elle n’atteigne le haut du classement de l’IDH ?

The Conversation

Amaury Goguel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas par rapport à la France ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-pib-par-habitant-en-chine-reste-t-il-bas-par-rapport-a-la-france-288026

Las ciudades sostenibles empiezan mucho antes del primer ladrillo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carmen Esther Falcón-Pérez, Profesora Titular de Universidad de Economía Financiera y Contabilidad. Instituto Tides., Universidad de Las Palmas de Gran Canaria

Cuando pensamos en una ciudad sostenible solemos imaginar edificios eficientes, carriles bici o grandes parques urbanos. Pero las ciudades empiezan mucho antes de que se construya la primera vivienda. Comienzan sobre un plano.

Cada vez que un ayuntamiento decide cómo crecerá una ciudad en los próximos años, lo hace a través del planeamiento urbanístico: las normas y planos que determinan qué usos podrá tener cada terreno. Así se establece dónde habrá viviendas, colegios, parques o zonas para actividades económicas. Son decisiones que condicionarán cómo crecerán nuestras ciudades durante las próximas décadas.

Aunque físicamente nada haya cambiado todavía, esas decisiones pueden generar importantes expectativas sobre el futuro de un territorio.

Del planeamiento urbanístico al derecho adquirido

Y esas decisiones no se convierten en una realidad hasta que no se han llevado a cabo. Así, desde el punto de vista de los propietarios de un terreno, éstos no pueden considerar suyo un futuro desarrollo urbanístico solo porque aparece previsto en un plan.

Por ejemplo, que un plan urbanístico reserve una zona para un futuro barrio no significa que sus propietarios hayan adquirido ya el derecho a desarrollarlo.

Pongamos otro ejemplo. Imaginemos una zona agrícola situada en las afueras de una ciudad cuyos terrenos pertenecen a distintos propietarios. El plan urbanístico prevé que dentro de unos años pueda transformarse en un nuevo barrio residencial. Sin embargo, mientras no se cumplan las condiciones que exige la ley, sus propietarios siguen teniendo el mismo suelo que tenían antes. La posibilidad de que algún día se construyan viviendas en esa zona es, por el momento, una expectativa de futuro y no un derecho adquirido.

La Ley de Suelo y Rehabilitación Urbana establece que esos derechos no nacen automáticamente con la aprobación del plan urbanístico. Antes deben cumplirse una serie de requisitos.

Entre otras obligaciones, es necesario urbanizar el suelo, es decir, dotarlo de calles, aceras, alumbrado y redes de suministro. También es preciso reservar parte del terreno para equipamientos públicos, como parques o colegios, y los propietarios deben asumir los costes y beneficios que genera la transformación urbanística.

El planeamiento urbanístico lo aprueba la Administración, normalmente la administración local (ayuntamientos). Pero eso no significa que sea el ayuntamiento quien tenga que urbanizar directamente el suelo. En muchos casos, son los propios propietarios de los terrenos los que deben asumir las obligaciones y los costes necesarios para transformar dicho suelo, de acuerdo con lo que establece la legislación urbanística.

Así, quienes se benefician del desarrollo urbano también deben contribuir a hacerlo posible. Además, una parte del suelo transformado se destina a usos que benefician al conjunto de la ciudadanía.

Solo cuando esas obligaciones se cumplen nace el derecho a desarrollar el suelo conforme al uso previsto en el plan urbanístico.

Además, los instrumentos de planeamiento están sometidos a evaluación ambiental y deben tener en cuenta cuestiones como la protección de los recursos naturales, los riesgos naturales o el impacto de la transformación del suelo.

¿Cuándo deja de ser una expectativa?

La legislación urbanística establece con claridad cuándo nace el derecho a desarrollar un suelo. Sin embargo, todavía quedaba una cuestión por aclarar: ¿es ese también el momento en que ese derecho pasa a pertenecer jurídicamente al propietario y puede producir efectos económicos?

Dicho de forma sencilla, la pregunta es cuándo una expectativa de futuro deja de ser solo una previsión contenida en un plan urbanístico y pasa a convertirse en un derecho efectivamente adquirido.

En una reciente investigación, he podido identificar este momento: cuando la legislación urbanística reconoce que el propietario ha cumplido las condiciones necesarias para adquirir el derecho urbanístico es también cuando ese derecho puede considerarse definitivamente adquirido desde el punto de vista jurídico y económico.

Esta conclusión tiene importantes implicaciones. Significa que el desarrollo urbano no puede apoyarse únicamente en expectativas sobre lo que un suelo podría llegar a ser algún día, sino en situaciones jurídicas ya consolidadas.

El suelo como punto de partida de ciudades sostenibles

Cuando hablamos de sostenibilidad urbana pensamos a menudo en soluciones tecnológicas o ambientales. Sin embargo, ésta también depende de las decisiones que tomamos sobre el suelo y sobre la forma en que planificamos su transformación.

Un planeamiento sostenible debe favorecer un crecimiento ordenado y no disperso de las ciudades, facilitar el acceso a vivienda, servicios y transporte, y evitar un consumo innecesario de suelo, teniendo en cuenta al mismo tiempo la protección de los espacios naturales y agrícolas.

El suelo es un recurso limitado. La manera en que regulamos su utilización y las condiciones que exigimos para su desarrollo condicionan no solo el diseño de nuestras ciudades, sino también su futuro económico, social y ambiental. Su transformación está sujeta a unas condiciones y controles que buscan que sea compatible con el interés general y con la protección del territorio.




Leer más:
La ciudad no termina en la superficie: el papel del suelo en la sostenibilidad urbana


Por tanto, mucho antes de que aparezcan las grúas o se coloque el primer ladrillo, ya estamos definiendo cómo será el desarrollo urbano. Saber cuándo una previsión urbanística deja de ser una expectativa y se convierte en un derecho adquirido es esencial para comprender cómo planificamos el territorio en el que viviremos mañana.


Este artículo se publicó originalmente en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.


The Conversation

Carmen Esther Falcón-Pérez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Las ciudades sostenibles empiezan mucho antes del primer ladrillo – https://theconversation.com/las-ciudades-sostenibles-empiezan-mucho-antes-del-primer-ladrillo-292493