Djen Djen : ce qu’un port algérien révèle des mutations des routes maritimes mondiales

Source: The Conversation – in French – By Xavier Carpentier-Tanguy, Indopacifique, Géopolitique des mondes marins, réseaux et acteurs de l’influence, diplomatie publique, Sciences Po

Vue aérienne du port international de Djen Djen, en Algérie. Le port fait l’objet d’un projet d’extension, afin de devenir une plateforme logistique majeure en Méditerranée.
Sandervalya/Wikimédia, CC BY-NC

L’ESSENTIEL

  • Le 25 janvier 2026, en Algérie, la première opération de transbordement à l’échelle nationale a été réalisée dans le port de Djen Djen, à mi-chemin entre le canal de Suez et le détroit de Gibraltar.

  • Avec ce type d’opérations, il devient un point de passage majeur des flux internationaux, y compris lorsque les marchandises ne sont pas destinées au marché algérien.

  • De la Méditerranée à l’Arctique, la puissance se joue désormais dans la capacité à contrôler les points de passage et, surtout, à autoriser les bifurcations des routes maritimes.


En janvier 2026, le port algérien de Djen Djen, dans la wilaya de Jijel, a accueilli le Xin Yong Chang 19, venu de Chine avec une cargaison représentant 800 EVP (l’EVP, ou « équivalent vingt pieds », correspond à la capacité d’un conteneur standard long d’environ six mètres), dont un lot de 200 EVP a été déchargé puis rechargé sur un autre navire à destination de Saint-Pétersbourg, en Russie.

La nature exacte des marchandises et le nom du second navire n’ont pas été rendus publics. Selon l’entreprise portuaire, l’opération constituait une première en Algérie. Si 200 EVP pèsent peu à l’échelle mondiale, leur statut douanier mérite l’attention, car le transbordement fait passer une marchandise d’une coque à l’autre sans qu’elle soit dédouanée. Ces conteneurs ont donc transité d’un navire à l’autre sans entrer dans le circuit d’importation algérien.

Dès lors, le port n’apparaît plus comme une destination faite de quais et d’un hinterland, mais comme un relais dynamique. Djen Djen fonctionne comme un point de rupture de charge : une marchandise entre dans un réseau méditerranéen, change de navire, puis poursuit sa route. Le même mois, le port accueillait aussi l’Istanbul Bridge, le plus grand porte-conteneurs jamais reçu dans un port algérien – celui-là même qui, quelques mois auparavant, avait inauguré la liaison du service arctique de Sea Legend, compagnie maritime conteneurisée contrôlée par des intérêts chinois.

Ce sont deux événements distincts, mais qui placent d’emblée le port sous le double signe de la Méditerranée et de l’Arctique. L’Algérie ne clôt pas le flux mais elle en transforme la trajectoire.

Djen Djen : quand l’infrastructure attend son réseau

En 2009, l’opérateur portuaire et logistique émirati DP World, basé à Dubaï, a pris en charge l’exploitation de Djen Djen dans le cadre d’une concession de trente ans et d’une coentreprise algéro-émiratie. Djen Djen devait devenir une plate-forme de transbordement méditerranéenne.

Le pari repose d’abord sur la géographie : le port se situe à moins de cinquante milles nautiques – environ 93 kilomètres – de la grande route maritime reliant Suez à Gibraltar, ce qui limite l’allongement du trajet nécessaire pour y faire escale.

Il repose aussi sur l’extension du terminal, qui lui permet désormais d’accueillir des porte-conteneurs d’une capacité maximale de 6 000 EVP, contre 2 500 auparavant et relève le tirant d’eau à quatorze mètres. Cette expansion traduit une attente : celle d’un réseau capable de justifier ce chantier.

La propriété du port, l’usage des réseaux

Il serait trompeur de parler de privatisation. Le port demeure algérien, et l’exploitation du terminal associe l’entreprise portuaire à un groupe de Dubaï appartenant à un système mondial. La souveraineté sur l’ouvrage et l’organisation des circulations ne se tiennent pas dans la même main.

Un port vaut par les réseaux qui l’empruntent et par les routes qu’il ouvre, bien plus que par son acte de propriété. Des services réguliers ont raccordé Djen Djen aux rotations méditerranéennes, dont la ligne TMX2 de CMA CGM qui relie le nord de la Turquie à Annaba et Djen Djen, en passant par Malte, l’Italie et Marseille.

L’opération de janvier ajoute un degré supplémentaire : le port ne se contente plus d’être desservi, il redistribue les conteneurs vers d’autres destinations.

Le navire fantôme de Saint-Pétersbourg

La destination – Saint-Pétersbourg –est connue, mais le navire qui a emporté les 200 conteneurs vers la Baltique n’a pas été précisé. Le transbordement atténue ainsi la visibilité de l’itinéraire, et rien n’autorise à affirmer que ces conteneurs ont ensuite emprunté la route maritime du Nord. Le lien avec l’Arctique relève d’une logique structurelle plutôt que d’un itinéraire précis.

L’Arctique entre en saison régulière – à petite échelle

En septembre 2025, l’armateur Sea Legend a effectué une traversée unique entre la Chine et l’Europe par la route maritime du Nord. L’Istanbul Bridge, d’une capacité de 4 890 EVP, a quitté Ningbo-Zhoushan le 23 septembre et accosté à Felixstowe, au Royaume-Uni, le 13 octobre, après environ vingt jours de navigation. Après des escales à Hambourg, à Gdansk et à Rotterdam, il est reparti vers l’Asie par le canal de Suez. Ce retour dit l’essentiel de ce que la route arctique représente aujourd’hui – et de ce qu’elle ne représente pas encore.

L’expérience change d’échelle cette année. Sea Legend programme des départs hebdomadaires entre la mi-août et fin octobre sous la marque China-Europe Arctic Express, avec sept navires de 1 528 à 4 890 EVP partant de Ningbo-Zhoushan et ayant pour destinations Felixstowe, Rotterdam (Pays-Bas), Wilhelmshaven (Allemagne) et Gdynia (Pologne). Les 8 traversées confirmées cette saison démontrent une certaine prudence quand l’armateur avait d’abord évoqué 16 traversées annuelles.

Il y aura donc huit rotations pour toute la saison, alors que la route de Suez, malgré la crise de la mer Rouge, écoule chaque semaine plusieurs fois ce volume.

Tout ce qui transite par le Nord : des modules, du gaz… et des permissions

La saison arctique permet la circulation de biens de consommation, mais aussi d’éléments particulièrement stratégiques. Le 19 juillet 2026, par exemple, deux navires lourds ont accosté au chantier russe de Belokamenka, après trois mois de mer depuis la Chine, et y ont débarqué les deux premiers des 14 modules que réclame le troisième train de liquéfaction d’Arctic LNG 2, le projet gazier de Novatek interrompu par les sanctions.

L’imagerie satellitaire fournie par SynMax à High North News les montre déposés le 28 juillet dans un chantier qui ne manifeste pourtant aucun signe de reprise.

C’est alors le point de départ qui constitue le véritable signal. Sept modules au moins demeurent en Chine, et deux d’entre eux viennent de quitter les chantiers de Zhoushan pour le port de Zhangjiagang, déjà utilisé pour ce type d’expédition dans des conditions que les observateurs décrivent comme aménagées pour échapper au regard. Un autre navire lourd a quitté Zhuhai, port jusqu’ici étranger à ce trafic, et vient d’entrer dans la route maritime du Nord.

Ce déplacement rejoint exactement ce que l’opération algérienne montre à échelle réduite. Si Djen Djen l’a annoncé par communiqué et que Zhangjiagang l’organise dans la discrétion, les deux ports procèdent bien de la même démarche : ils déplacent le lieu où la marchandise change de coque. Dans le cas de la fermeture d’une route habituelle, l’endroit où les cargaisons passent d’un navire à l’autre est le premier susceptible de changer.

Le levier de pouvoir consiste à doser

La route maritime du Nord reste soumise à des contraintes lourdes : saisonnalité, variabilité des glaces, rareté des infrastructures, assurance majorée, régime réglementaire russe. Il serait prématuré d’en faire un remplaçant de Suez (Égypte). La crise de la mer Rouge l’a montré : un réseau peut fonctionner différemment sans même que l’ancienne route disparaisse. Le détour par le cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud) n’a pas supprimé Suez, il a démontré la substituabilité.

On dirait volontiers que la puissance appartient à qui peut bifurquer. Mais l’option arctique n’est disponible qu’à celui qui obtient le permis de transit, l’escorte, la classe du navire et la couverture d’assurance. Ce qui se contrôle n’est plus tant le passage, que la qualification de l’accès au passage. La Russie ne tient pas la route maritime du Nord comme se contrôle un détroit : elle en régule l’accès.

L’Union européenne (UE) doit fermer son marché au gaz naturel liquéfié russe dès le 1er janvier 2027. La difficulté majeure de Novatek ne porte pas sur l’achèvement de son troisième train, mais sur la disponibilité de coques capables d’emporter la production. Une exemption introduite dans le 21ᵉ paquet de sanctions de l’UE, en juillet 2026, autorise toutefois les opérateurs européens à continuer de transporter ce gaz vers des clients hors UE, au titre de contrats antérieurs à 2022 et dans la limite des volumes de 2025. Ce qui se décide là concerne le service – affrètement, assurance, courtage – et le degré auquel on l’autorise.

Nul n’est besoin d’exercer une contrainte, comme une fermeture totale, quand un réglage gradué des autorisations suffit : celui qui en maîtrise l’intensité détient parfois plus de pouvoir que le propriétaire de l’infrastructure.

Capter, recomposer, bifurquer – sous condition

Trois opérations se dessinent alors le long des mêmes flux, et chacune prolonge la précédente. Tanger Med les capture à l’entrée de la Méditerranée ; une fois captés, Djen Djen propose de les recomposer par transbordement ; et là où la recomposition ne suffit plus, la route maritime du Nord ouvre une bifurcation vers l’Asie. D’un maillon à l’autre, la maîtrise des flux se joue ainsi moins sur le tracé de la route que sur les dispositifs permettant de les capter, de les recomposer ou de les réorienter.

Deux cents EVP changent de navire en Algérie, des modules industriels changent de port d’embarquement en Chine, des marchandises empruntent le Nord sous permis russe. Aucune liaison directe ne relie ces opérations, mais elles participent d’une même évolution : les routes maritimes forment désormais des faisceaux de parcours possibles.

La puissance ne tient donc plus au seul contrôle d’un point de passage ; elle réside aussi dans la capacité d’autoriser, d’orienter ou d’interdire les bifurcations.

The Conversation

Xavier Carpentier-Tanguy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Djen Djen : ce qu’un port algérien révèle des mutations des routes maritimes mondiales – https://theconversation.com/djen-djen-ce-quun-port-algerien-revele-des-mutations-des-routes-maritimes-mondiales-289933

Comment est fabriqué un billet de banque ? Dans les coulisses de la Banque de France depuis Napoléon Bonaparte

Source: The Conversation – France (in French) – By Mathieu Bidaux, Docteur, Chercheur associé au laboratoire GRHIS, Université de Rouen Normandie

Billet de cent nouveaux francs type 1959 représentant Bonaparte, peint par Henri Clément-Serveau (1886-1972). Comme un clin d’œil de la Banque de France à son fondateur du Premier Empire. Fourni par l’auteur

Alors que la Banque centrale européenne organise un vote pour choisir sa nouvelle gamme de coupures d’euros, revenons sur la fabrication des billets, qui suit un processus bien défini avant de parvenir dans vos mains. Panorama historique et pratique des billets émis par la Banque de France, du papier à l’illustration par les plus grands artistes, en passant par l’impression sur les presses à taille-douce.


Au début étaient le papier et l’imprimerie.

Aujourd’hui, l’outil industriel de la Banque de France a la capacité d’imprimer jusqu’à trois milliards de billets par an, dans le respect des standards techniques, de qualité et de traçabilité les plus exigeants.

Plus de la moitié de la production de l’imprimerie de Chamalières (Puy-de-Dôme), celle de la Banque de France, est consacrée à l’impression de devises destinées à une vingtaine de pays dans le monde. Depuis sa création le 18 janvier 1800, ou 28 nivôse an VIII, par Napoléon Bonaparte, la Banque de France a émis plus de cent billets de banque différents.

Durant ma thèse portant sur l’histoire de la fabrication des billets de banque, j’ai découvert un secteur industriel de haute précision au service de la sécurité et de la confiance dans la monnaie.

C’est ce que je vous invite à découvrir.

Privilège d’émission

Dès la fondation de la Banque de France par Napoléon Bonaparte en 1800, l’institut d’émission fabrique ses billets de banque. Les coupures de 500 francs et de 1 000 francs représentent de fortes sommes, plus d’un an de traitement annuel d’un ouvrier ou d’un domestique !

Les billets sont échangeables « au porteur et à vue » contre des espèces métalliques à tout moment. Les billets doivent être bien sécurisés pour protéger les stocks d’or et d’argent de la banque d’émission.

En 1803, la Banque de France obtient le privilège d’émission à Paris puis le monopole est étendu à tout le pays en 1848. C’est de la loi qu’elle tire sa légitimité.

Billet de 500 francs de la Caisse de comptes courants, émission du 21 février 1800.
Banque de France

La Banque de France, bien qu’entreprise privée à ses débuts, assure un service public. Le monopole d’émission pouvait, théoriquement, lui être retiré. Elle entoure la fabrication de sa monnaie de précautions et le fait savoir pour susciter la confiance des usagers de ses billets.

Elle s’adjoint les services de papetiers et d’imprimeurs fiduciaires, une industrie graphique bien spécifique. La confection du papier, d’abord sous-traitée (avant d’être internalisée en 1875), est alors surveillée par des commissaires de la Banque de France.

Coton, ramie, chanvre… ou polymère

Un papier à billet n’est pas un papier ordinaire.

Le choix des matières premières est primordial pour obtenir les propriétés voulues du papier : le craquant, une résistance aux pliures, la solidité pour allonger la durée de vie du billet de banque, la résistance à l’humidité. Le coton et le chanvre étaient utilisés pour les plus petites valeurs faciales.

À partir de la fin du XIXᵉ siècle, la ramie, cette ortie de Chine, était employée pour les plus grosses coupures de la Banque de France. Aujourd’hui, les billets en euros sont fabriqués avec du coton venant de Madagascar.

Autrefois, des billets étaient fabriqués à partir de ramie ou ortie de Chine (Boehmeria nivea).
Wikimédia

La fabrication du papier fiduciaire s’est perfectionnée avec le temps. Des éléments de sécurité sont incorporés : le filigrane, le fil de sécurité, le fil magnétique codé, les fibrettes invisibles, mais réagissant à la lumière UV, enfin des « signes banque centrale » connus d’elle seule.

D’autres banques centrales ont fait le choix d’abandonner le papier pour du polymère et ses variantes. Ce matériau plastique offre une durée de vie plus longue que le papier et résiste mieux aux manipulations dues à la circulation fiduciaire, notamment dans les pays chauds et humides.

Papeterie fiduciaire

Au fur et à mesure des progrès des industries graphiques et de la segmentation du circuit de fabrication, la Banque de France embauche les meilleurs spécialistes de cette corporation : graveurs, imprimeurs-typographes, lithographes, photographes, chimistes, broyeurs d’encres, ingénieurs, photograveurs, galvanosplastes, conducteurs de presse, margeurs ou receveurs.

À partir de 1875, la Banque de France dispose d’une papeterie fiduciaire : l’usine de Biercy en Seine-et-Marne, fermée en 1934. D’abord louée, son achat est entériné grâce à une invention révolutionnaire de son ingénieur centralien Paul Dupont : la machine à papier qui porte son nom. Elle permet la fabrication feuille à feuille en continu d’un papier offrant les garanties de sécurité voulues.

Évolution du nombre d’ouvriers par presse à l’imprimerie de la Banque de France, de 1857 à 1894.
Fourni par l’auteur

Depuis lors, la Banque de France ne s’est jamais séparée d’une papeterie en propre. Celle de Vic-le-Comte dans le Puy-de-Dôme, dont la construction a débuté pendant la Première Guerre mondiale, se modernise. Elle est l’héritière de ce passé industriel.

Appel aux artistes les plus talentueux

Les billets de la Banque de France ont été conçus par les artistes les plus reconnus de leur temps.

On fait appel au graveur général des monnaies, aux experts sollicités lors de l’émission des assignats pour tirer les leçons de cet échec traumatisant, aux dessinateurs les plus talentueux. Jean-Bertrand Andrieu, Jacques-Jean Barre, Charles Normand, Charles Percier, Guillaume Cabasson, Paul Dujardin et François Flameng – auteur du plus beau billet du monde, selon les numismates français, les experts des monnaies, le 1 000 francs Flameng type 1897… – figurent parmi les artistes demandés.

Billet de 1 000 francs Flameng type 1897 : considéré comme l’un des plus beaux billets français, imprimé en 4 couleurs, transformé en 1918 avec une valeur faciale de 5 000 francs et émis à partir de 1938.
Banque de France, Fourni par l’auteur

Les scientifiques de renom sont également sollicités, comme le chimiste Jean-Baptiste Dumas, le physicien Claude Pouillet ou encore le chimiste Marcellin Berthelot, tous trois membres de l’Académie des sciences. Par leurs réflexions, ils ont tracé les premières grandes lignes de la protection du billet de banque : choix des encres, sélection des couleurs pour lutter contre les faux par photographie ou apposition d’un enduit gras contre le décalquage des faux par lithographie.




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Les ingénieurs formés à l’École centrale ont ensuite succédé à ces pionniers de cette industrie fiduciaire française et l’ont modernisée constamment : rationalisation du circuit de fabrication, introduction des presses à vapeur ou invention de la presse typographique quatre couleurs (en avance sur l’industrie graphique générale !).

Employer les machines les plus précises

Les presses ont été achetées chez les imprimeurs de ville. Elles ont été adaptées à l’impression des billets par les ingénieurs de la Banque de France.

À la toute fin du XIXᵉ siècle, la Banque de France commence à concevoir ses propres presses, comme la presse typographique quatre couleurs conçue par le directeur Dupont et le constructeur Édouard Lambert, une innovation importante sécurisant les billets.

Machine à papier mise au point par l’ingénieur français Dupont pour fabriquer de façon homogène le papier à l’échelle industrielle.
Fourni par l’auteur

Puis les agents de la Banque de France ont mis au point la presse à taille-douce dans les années 1920-1930. L’encre taille-douce est responsable du relief que l’on ressent sous les doigts, au toucher ! Autrement dit, une sécurité palpable.

De nos jours, le constructeur Giori est le leader des presses à taille-douce, et Kœnig & Bauer le leader des presses à billets, puisque 90 à 95 % des billets sont imprimés par ses machines.

Encre optique variable (OVI), comme l’encre émeraude sur les billets en euros fabriquée en Suisse par SICPA, encre qui réagit aux UV, encre qui disparaît sous infrarouges, sécurité anti-imprimantes, encre taille-douce en relief perceptible au toucher, minilettres, microlettres… la combinaison des signes fait la sécurité. La confiance est ainsi matérielle.

Contrôle qualité

L’industrialisation de la fabrication s’explique à la fois par le besoin de fabriquer la quantité nécessaire de billets et par l’indispensable standardisation de chaque coupure, et ce, afin de détecter un faux qui ne serait pas strictement identique. Autrefois, l’opération de vérification se faisait manuellement et visuellement et était un travail essentiellement féminin. Il est aujourd’hui fait par des machines qui détectent les « fautés », ces billets qui présentent un défaut.

Cette étape est indispensable à la protection des billets contre les reproductions tentées par les contrefacteurs.

Tout ce circuit de fabrication est sans cesse perfectionné pour garder une longueur d’avance sur les progrès de l’industrie générale et sur les faussaires. L’industrie fiduciaire est décidément une industrie de haute technologie au service de la confiance.




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Le nouveau centre industriel fiduciaire en cours de construction à Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme) pour la Banque de France, prolongeant le circuit de fabrication du papier déjà situé dans cette localité, doit pérenniser cette tradition d’excellence française et, comme le fait la Banque nationale suisse, poursuivre cette émulation entre industriels du fiduciaire.

En attendant, il est possible de voter pour choisir les graphismes préférés de vos prochains euros.

The Conversation

Mathieu Bidaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment est fabriqué un billet de banque ? Dans les coulisses de la Banque de France depuis Napoléon Bonaparte – https://theconversation.com/comment-est-fabrique-un-billet-de-banque-dans-les-coulisses-de-la-banque-de-france-depuis-napoleon-bonaparte-285174

Vers une consigne pour les bouteilles en plastique ? Face à un problème complexe, gare aux solutions simplistes

Source: The Conversation – France (in French) – By Jeanne Perez, Chercheuse postdoctorale en géographie sociale et rudologie, Le Mans Université


L’ESSENTIEL

  • Ce que l’on nomme plastique masque une multitude de matériaux et de réalités économiques différentes.

  • Face à ce tableau complexe, la réponse aux pollutions engendrées ne saurait être ni universelle ni, exclusivement, technique.

  • La proposition, au printemps 2026, de mettre en place une consigne pour les bouteilles plastique en est une illustration.


En mai 2026, le président Emmanuel Macron remettait sur la table, à l’occasion d’un salon sur l’économie circulaire, la proposition de consigne pour les bouteilles plastiques afin d’améliorer leur taux de collecte. Les consommateurs paieraient quelques centimes à chaque achat qu’ils récupéreraient sous forme de bon lorsqu’ils rapporteraient la bouteille.

L’idée, très critiquée par les associations et les collectivités qui organisent la collecte de déchets plastiques, illustre la simplification qui règne souvent autour de la question du plastique.

Les déchets plastiques sont, en effet, généralement présentés comme un problème environnemental bien défini auquel il suffirait d’apporter des solutions techniques : mieux trier, mieux recycler ou développer le réemploi.

Cette apparente évidence est pourtant trompeuse, car le terme générique de « plastique » cache en fait une multitude de matériaux, d’usages, d’intérêts économiques et de filières de gestion qui ne répondent ni aux mêmes contraintes ni aux mêmes logiques.

À l’heure où ces débats reviennent au cœur du débat public, il est nécessaire de dépasser les solutions toutes faites pour comprendre la complexité du problème qu’elles prétendent résoudre.

Les plastiques, une famille vaste et hétérogène

Parler du plastique au singulier conduit à masquer une réalité profondément hétérogène. Les plastiques constituent une vaste famille de matériaux synthétiques composés de polymères auxquels sont ajoutés de nombreux additifs et charges afin d’en modifier les propriétés. Couleur, souplesse, résistance mécanique, tenue à la chaleur ou aux rayons UV : chaque formulation répond à des besoins spécifiques.

Cette diversité explique en grande partie leur succès. D’abord utilisés comme substituts à certaines matières naturelles, les plastiques se sont progressivement imposés dans tous les secteurs de l’économie : emballages, bâtiment, transports, agriculture, électronique ou textile. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la production mondiale est passée de 234 millions de tonnes en 2000 à 460 millions en 2019 et pourrait encore tripler d’ici 2060.

Cette croissance repose précisément sur la multiplication des types de plastiques. On distingue généralement trois grandes familles : les thermoplastiques, qui peuvent être refondus et remodelés ; les thermodurcissables, dont la structure est irréversiblement modifiée lors de leur fabrication ; et les élastomères, caractérisés par leur élasticité.

À ces familles s’ajoutent des plastiques composites, des emballages multicouches, des fibres textiles synthétiques ou encore des colles, peintures et revêtements à base de polymères.

Une bouteille d’eau, un pare-chocs automobile, une éolienne ou une paire de chaussures appartiennent ainsi tous à l’univers des plastiques sans partager les mêmes propriétés ni les mêmes usages. Ce que nous appelons communément « plastique » recouvre ainsi en réalité une multitude de matériaux différents.

Or, cette diversité n’est pas seulement une question de vocabulaire ou de chimie. Elle conditionne directement ce qu’il sera possible de faire de ces matériaux une fois devenus déchets.

Des possibilités de recyclages inégales

En effet, les propriétés des matériaux influencent leur devenir. Ce qui est conçu en amont détermine ce qui pourra être réalisé en aval.

La diversité des plastiques constitue un avantage considérable pour l’industrie, qui peut adapter les matériaux à une multitude de fonctions. Mais elle devient un obstacle lorsqu’il s’agit de les collecter, les trier, les recycler ou les réemployer. Chaque type de plastique nécessite des procédés spécifiques de traitement et, dans de nombreux cas, les différences de composition empêchent leur recyclage conjoint.

Les emballages multicouches des briques alimentaires, qui associent plusieurs matériaux pour améliorer la conservation des aliments, sont difficiles (mais non impossibles) à traiter et à recycler.
Tetrapak, CC BY-SA

Tous les plastiques ne sont d’ailleurs pas recyclables. Les thermodurcissables ne peuvent pas être refondus une fois fabriqués et les emballages multicouches, qui associent plusieurs matériaux afin d’améliorer les performances de conservation ou de résistance, demeurent particulièrement difficiles à traiter. Aussi, en pratique, seuls les thermoplastiques sont théoriquement recyclables, et encore, uniquement lorsque les filières existent.

En outre, être recyclable en théorie ne signifie pas être recyclé en pratique. Même parmi les emballages en thermoplastiques, les trajectoires diffèrent fortement. Certains disposent de filières de recyclage matures, d’autres de filières émergentes, tandis que d’autres restent sans solution de valorisation à grande échelle.




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Des performances limitées en France

La bouteille transparente en polyéthylène téréphtalate (PET) constitue, à cet égard, une exception plus qu’une règle. Parce qu’elle est fabriquée à partir d’un même polymère et bénéficie d’une filière de collecte, tri et recyclage bien identifiée, elle peut dans certains cas être recyclée en nouvelle bouteille.

Ce recyclage « en boucle fermée » reste toutefois rare. La plupart des plastiques recyclés suivent une logique de « boucle ouverte ». Le matériau perd progressivement certaines de ses propriétés et est réorienté vers d’autres usages. Une bouteille transformée en fibre textile en constitue l’exemple le plus connu. Cette trajectoire illustre une réalité souvent oubliée : recycler ne signifie pas nécessairement reproduire à l’identique.

Ainsi, les circulations des plastiques ne se jouent pas au moment où ils deviennent des déchets. Elles sont largement déterminées en amont, lors de leur conception, de leur fabrication et de leur mise sur le marché.

Cette réalité contribue alors à expliquer pourquoi les performances françaises du recyclage demeurent limitées. Selon le ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, les taux peinent à décoller sur le territoire national, avec une production annuelle de 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques, soit environ 70 kg par an par habitant, seulement 23 % des déchets plastiques sont recyclés contre 41 % de plastiques incinérés et 36 % mis en décharge et quelques 100 000 tonnes de plastiques se retrouvant dans l’environnement.




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Une complexité des acteurs

Cette diversité des circulations ne résulte toutefois pas uniquement des propriétés des matériaux. Elle est également le produit des choix, des intérêts et des rapports de force entre les nombreux acteurs qui organisent la production, la consommation et la gestion des déchets plastiques.

Les plastiques mobilisent une grande diversité d’acteurs tout au long de leur cycle de vie : producteurs de polymères issus de la pétrochimie, plasturgistes qui transforment ces matières en emballages ou en produits, marques et distributeurs qui les mettent sur le marché, éco-organismes chargés d’organiser et de financer une partie de leur gestion en fin d’usage, collectivités territoriales responsables du service public des déchets, opérateurs de collecte et de tri, recycleurs, entreprises du réemploi, associations environnementales et consommateurs.

Tous participent aux trajectoires des matériaux, mais pas avec les mêmes ressources, les mêmes responsabilités ni les mêmes intérêts.

Des divergences d’intérêts

  • Les producteurs de polymères et les transformateurs ont intérêt à maintenir des débouchés pour les matières plastiques qu’ils fabriquent.

  • Les entreprises qui mettent des produits sur le marché cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, qu’ils soient issus de matières vierges ou recyclées, tout en répondant aux exigences réglementaires croissantes.

  • Les collectivités doivent organiser la collecte et le traitement des déchets tout en maîtrisant les coûts supportés par les finances publiques.

  • Les recycleurs dépendent quant à eux de la disponibilité de flux suffisamment importants et homogènes pour rentabiliser leurs installations.

  • Les associations environnementales défendent généralement des stratégies de réduction à la source, de réemploi et de limitation des pollutions.

  • Quant aux consommateurs, ils se trouvent au croisement de ces différentes logiques, à la fois usagers des produits plastiques et acteurs du tri ou du réemploi.

Ces intérêts parfois divergents expliquent pourquoi les débats sur les plastiques sont si difficiles à trancher. Derrière des questions apparemment techniques se jouent en réalité des enjeux économiques, territoriaux, sociaux et politiques.




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Les bouteilles consignées, un débat qui illustre la complexité du sujet

La controverse autour de la consigne pour recycler les bouteilles en plastique en fournit une bonne illustration. Elle ne porte pas seulement sur la performance de ce recyclage, elle soulève également des questions relatives au financement du service public des déchets, à la maîtrise des matières collectées ou encore à la répartition des responsabilités entre acteurs de la filière.

Ainsi, gérer les plastiques apparaît moins comme un problème unique que comme la rencontre de multiples enjeux. Reconnaître cette complexité ne signifie pas renoncer à l’action. Cela implique au contraire de concevoir des politiques capables d’articuler les différentes étapes du cycle de vie des matériaux et les multiples acteurs qui y participent.

Le défi n’est donc peut-être pas de gérer « le plastique », mais d’admettre qu’il n’existe pas. Derrière ce singulier commode se cache une multitude de matériaux, d’usages, de filières et d’intérêts qui ne relèvent ni des mêmes contraintes ni des mêmes solutions.

Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir comment recycler davantage, mais quelles formes de production, de consommation et de responsabilité collective nous souhaitons organiser autour de ces matériaux.

The Conversation

Jeanne Perez a reçu des financements de ANR-PERE-0002

– ref. Vers une consigne pour les bouteilles en plastique ? Face à un problème complexe, gare aux solutions simplistes – https://theconversation.com/vers-une-consigne-pour-les-bouteilles-en-plastique-face-a-un-probleme-complexe-gare-aux-solutions-simplistes-285960

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Source: The Conversation – in French – By Cécile Vangrevenynge, Chargée de marketing digital et des partenariats, The Conversation

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Mieux diagnostiquer et prendre en charge les règles douloureuses dès l’adolescence

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nadjib Mohamed Mokraoui, Médecin épidémiologiste, doctorant au Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations (CESP), équipe Épidémiologie Gynécologique (EpiGyn), Inserm. Travaux de recherche portant sur l’endométriose, Inserm; Université Paris-Saclay


L’ESSENTIEL

  • Chez les adolescentes, les douleurs des règles, ou dysménorrhée, représentent le symptôme gynécologique le plus fréquent.

  • On déplore un retard dans la prise en charge des formes sévères qui affectent pourtant santé, qualité de vie et scolarité.

  • Des études s’intéressent aux liens entre dysménorrhées précoces et douleurs chroniques pelviennes ou liées à l’endométriose.


Chaque mois, des millions d’adolescentes vivent leurs règles dans la douleur. Pour certaines, il s’agit d’un inconfort passager. Pour d’autres, la douleur est telle qu’elle peut aboutir à une marginalisation sociétale.

Pourtant, ces douleurs restent encore largement banalisées, souvent considérées comme un phénomène « normal », parfois même reléguées derrière des formules floues dans les justificatifs d’absence, comme de simples « problèmes féminins ».

Des douleurs de règles fréquentes dès l’adolescence

Cette normalisation n’est pas sans conséquence. Chez les adolescentes, la douleur des règles – ou dysménorrhée – constitue le symptôme gynécologique le plus fréquent.

Des études suggèrent que ce symptôme peut affecter jusqu’à 70 % des jeunes filles et qu’environ 10 à 15 % d’entre elles sont susceptibles de présenter une forme sévère (grade 3 selon l’échelle d’Andersh et Milsom) qui se caractérise par des douleurs intenses, résistantes aux traitements usuels, avec un impact majeur sur la vie quotidienne : absentéisme scolaire estimé de 2 à 5 jours par cycle, limitations des activités sportives et sociales et troubles de santé mentale associés, tels que l’anxiété et la dépression.

Ces douleurs sévères peuvent constituer le premier signe de pathologies comme l’endométriose, une maladie qui touche environ 1 femme sur 10 et dont le diagnostic survient encore, en moyenne, dans un délai de 7 ans à 10 ans après les premiers symptômes.

Retard dans le diagnostic, aussi dans la prise en charge

Mais cette manière de poser le problème mérite d’être revisitée. Au-delà du retard diagnostique, c’est souvent la prise en charge elle-même qui est tardive.

Les recommandations récentes insistent sur l’importance de reconnaître précocement les symptômes, en particulier la douleur, chez les adolescentes. Repenser ces douleurs précoces comme un signal clinique à part entière permet ainsi de déplacer le débat du retard diagnostique vers un véritable retard de prise en charge.

Toutes les patientes ne développeront pas nécessairement une maladie identifiée. Chez certaines adolescentes, ces douleurs répétées pourraient, à elles seules, favoriser l’installation progressive de douleurs pelviennes chroniques.

Des travaux en neurosciences ont montré que des stimulations douloureuses répétées peuvent entraîner une hypersensibilisation du système nerveux – un phénomène appelé « sensibilisation centrale » – rendant la douleur plus intense et persistante. Dans le domaine des douleurs pelviennes, ces mécanismes sont désormais bien documentés.

Entre sous-reconnaissance des symptômes et risque de chronicisation, laisser ces douleurs évoluer sans prise en charge adaptée n’est donc pas sans conséquence.

L’adolescence, fenêtre d’intervention sous-exploitée

L’adolescence représente une période clé. C’est à ce moment que débutent les menstruations, mais aussi que se structurent les réponses du système nerveux à la douleur.

Plusieurs études suggèrent que des douleurs répétées à un âge précoce sont associées à un risque accru de douleurs chroniques à l’âge adulte.

À l’inverse, une prise en charge adaptée et précoce, médicamenteuse ou non, pourrait contribuer à limiter la chronicisation de la douleur et améliorer la qualité de vie à long terme pour soulager les personnes qui souffrent de dysménorrhées, aussi dans les situations d’endométriose.

Parmi les pistes actuellement explorées figurent aussi de nouvelles approches de neuromodulation, comme la stimulation électrique transcutanée (TENS), mais aussi des stratégies pharmacologiques visant plus spécifiquement les mécanismes à l’origine des contractions et de la douleur utérines.

Autrement dit, les règles douloureuses ne sont pas seulement un symptôme à soulager ponctuellement : elles constituent une opportunité d’intervention préventive encore largement sous-exploitée.

Changer de regard : de la banalisation à la prévention

Aujourd’hui, la prise en charge des dysménorrhées reste souvent tardive et fragmentée. Elle repose principalement sur des traitements symptomatiques, proposés lorsque la douleur devient trop intense.

Mais cette approche atteint ses limites. En continuant à considérer ces douleurs comme normales, on retarde leur reconnaissance et leur prise en charge, laissant parfois s’installer des mécanismes de chronicisation.

Repenser ces douleurs comme un signal d’alerte – et non comme une fatalité – implique un changement de paradigme : passer d’une médecine réactive à une approche préventive.

Intervenir tôt : une approche en développement

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet PRECURSOR, un projet national français visant à évaluer l’impact d’une prise en charge précoce et multidisciplinaire des dysménorrhées primaires sévères chez les adolescentes.

Déjà soutenu par de nombreux acteurs – notamment les filières d’endométriose, à travers leurs annuaires de professionnels de santé couvrant l’ensemble du territoire ainsi que des associations de patientes et des fondations –, le projet s’appuie sur une stratégie de repérage précoce. Celle-ci repose sur des structures de proximité, en particulier les pharmacies, mais également les établissements scolaires et les réseaux spécialisés de santé.

Le projet se déploiera sur une durée de cinq ans, avec un début du recrutement prévu au cours de l’année.

L’objectif est d’agir dès les premiers symptômes, en proposant une prise en charge globale combinant traitements médicaux (hormones/antalgiques), approches non médicamenteuses (comme la neurostimulation ou la kinésithérapie) et accompagnement psychologique.

Un enjeu de santé publique

Les douleurs menstruelles sévères affectent la scolarité, la santé mentale et la qualité de vie de nombreuses adolescentes. Elles s’inscrivent aussi dans un contexte plus large de sous-reconnaissance des douleurs féminines.

Au-delà de l’impact individuel, cette question pose également celle de l’organisation du système de santé. Une reconnaissance plus précoce des symptômes et une prise en charge adaptée dès l’adolescence pourraient, à terme, s’avérer moins coûteuses que des prises en charge tardives, souvent plus complexes et prolongées.

En réduisant le risque de chronicisation et les parcours de soins fragmentés, une approche préventive pourrait contribuer à une utilisation plus efficiente des ressources de santé.

Agir tôt, c’est reconnaître que ces douleurs ne sont ni anodines ni inévitables. C’est aussi saisir une opportunité unique : celle d’intervenir avant que la douleur s’installe durablement.

La douleur ne devrait jamais être un rite de passage.

Et si, finalement, la prévention des douleurs chroniques commençait dès les premières règles ?

The Conversation

Nadjib Mohamed Mokraoui a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose (FRE), de la Fondation Apicil, de l’Institut UPSA de la douleur, de la Fondation URGO.

– ref. Mieux diagnostiquer et prendre en charge les règles douloureuses dès l’adolescence – https://theconversation.com/mieux-diagnostiquer-et-prendre-en-charge-les-regles-douloureuses-des-ladolescence-290110

Le lithium au Sahel : comment les groupes armés tirent profit de la ruée mondiale vers ce minéral stratégique

Source: The Conversation – in French – By Bradley A. Mortin, PhD Candidate, King’s College London

Chaque batterie de véhicule électrique, de smartphone ou d’ordinateur portable repose sur un élément essentiel : le lithium.

Ce minerai stratégique est au cœur de la transition mondiale vers des énergies plus propres. Le lithium alimente les batteries rechargeables. Garantir son approvisionnement est donc une priorité économique et géopolitique.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale de lithium avec le développement des véhicules électriques et du stockage des énergies renouvelables. L’Afrique, en particulier le Sahel, joue un rôle de plus en plus important dans la recherche de sources d’approvisionnement. Les principaux producteurs actuels sont le Chili, l’Australie et la Chine.

Le Sahel est une zone semi-aride qui s’étend d’ouest en est en Afrique, entre le désert du Sahara au nord et les savanes tropicales au sud.

Dans cette vaste région, les groupes armés trouvent de nouveaux moyens de tirer profit de l’essor du commerce du lithium. Plus de 40 000 tonnes de lithium sont déjà extraites chaque année des gisements africains pour les consommateurs internationaux. Ce chiffre devrait atteindre environ 500 000 tonnes dès 2030.

Je suis chercheur spécialisé en géopolitique et en études sur les conflits. Dans une étude récente, j’ai examiné les liens entre l’expansion de l’extraction du lithium et les conflits dans le Sahel. J’ai étudié le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et le Nigeria.

J’ai constaté que les industries du lithium en pleine expansion s’insèrent progressivement dans les conflits existants. Elle est aussi liée aux activités des groupes insurgés et à la contrebande transfrontalière. Tous ces phénomènes sont favorisés par une gouvernance défaillante.

Par exemple, les groupes djihadistes et criminels — en particulier Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (
ISWAP) — profitent du faible contrôle de l’exploitation minière du lithium pour générer des revenus et étendre leurs opérations.

Je soutiens que si les gouvernements du Sahel ne renforcent pas leur contrôle, le lithium risque de devenir une nouvelle ressource finançant les conflits plutôt que le développement. Là où la gouvernance est défaillante, des minerais précieux tels que l’or et les diamants ont déjà alimenté des conflits.

Le lithium au Sahel

Chaque batterie de véhicule électrique, de smartphone ou d’ordinateur portable repose sur un élément essentiel : le lithium.

Ce minerai stratégique est au cœur de la transition mondiale vers des énergies plus propres. Le lithium alimente les batteries rechargeables. Garantir son approvisionnement est donc une priorité économique et géopolitique.

L’Agence internationale de l’énergie prévoit une augmentation de la demande mondiale de lithium avec le développement des véhicules électrictiques et du stockage des énergies renouvelables. L’Afrique, en particulier le Sahel, joue un rôle de plus en plus important dans la recherche de sources d’approvisionnement. Les principaux producteurs actuels sont le Chili, l’Australie et la Chine.

Le Sahel est une zone semi-aride qui s’étend d’ouest en est en Afrique, entre le désert du Sahara au nord et les savanes tropicales au sud.

Sur la piste de l’argent

Comme toute organisation, les groupes armés ont besoin d’argent pour financer leurs opérations.

Ils imposent des taxes aux mineurs et contrôlent l’accès aux sites miniers. Ils perçoivent également des redevances auprès des négociants et des transporteurs qui acheminent des minerais à travers leur territoire, et assurent la « sécurité » là où les gouvernements ne le peuvent pas.

Ce faisant, ils assument certaines des fonctions habituellement dévolues à l’État. Mes recherches qu’avec l’expansion de l’extraction du lithium, ces mêmes systèmes s’adaptent à ce nouveau marché de matières premières.

J’ai examiné des données provenant du Nigeria, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad afin de déterminer pourquoi certaines industries émergentes du lithium sont plus vulnérables à l’exploitation par des groupes criminels et terroristes que d’autres.

J’ai comparé plusieurs facteurs: la gouvernance, la présence d’une exploitation minière artisanale, l’influence des groupes insurgés et l’accessibilité des itinéraires de contrebande transfrontaliers. Je me suis appuyé sur des bases de données sur les conflits, des études géologiques, des reportages médiatiques et des publications d’organisations africaines et internationales.

J’ai constaté que la vulnérabilité globale de chaque pays dépend de la solidité des institutions locales, des contrôles aux frontières et de la gouvernance.

Nigéria : L’exploitation minière du lithium connaît une expansion rapide, mais reste largement informelle et échappe au contrôle des pouvoirs publics. Des groupes criminels tirent parti de l’absence de réglementation. Ils exigent des paiements de protection et infiltrent aussi bien les chaînes d’approvisionnement légales qu’illégales.

Mali : Des groupes armés ancrés dans l’économie aurifère du pays ont commencé à appliquer des modèles similaires de taxation et d’extorsion dans les régions productrices de lithium. La faiblesse des institutions de l’État et la persistance du conflit ont accru le risque d’exploitation.

Burkina Faso : Des groupes djihadistes ont utilisé des réseaux miniers informels pour générer des revenus grâce au lithium et renforcer leur influence locale. Le contrôle limité de l’État dans les zones reculées a permis aux groupes armés de prélever des taxes et de réglementer l’extraction.

Niger : L’instabilité politique et l’affaiblissement des contrôles aux frontières à la suite du coup d’État de 2023 ont accru le risque de contrebande de minerais. Les itinéraires de trafic utilisés pour l’or et les armes sont en train d’être adaptés au lithium.

Tchad : La faiblesse de la gouvernance et la corruption facilitent le commerce transfrontalier illicite. Cela crée des vulnérabilités susceptibles d’être exploitées.

Lorsque les gouvernements réglementent efficacement l’exploitation minière et conservent le contrôle des chaînes d’approvisionnement en minerais — comme l’a fait le Botswana avec les diamants —, les recettes générées sont plus susceptibles de soutenir les infrastructures, les services publics et la croissance économique.

Dans les pays examinés dans mon étude, où la gouvernance est plus faible et le contrôle de l’État plus limité, les groupes armés parviennent à s’immiscer dans les chaînes d’approvisionnement.

Les perspectives

La transition mondiale vers des énergies plus propres dépend de l’augmentation de la production de lithium. Mais la hausse de la demande incite également à accélérer l’extraction. Cela peut dépasser la capacité des gouvernements à mettre en place une réglementation et une surveillance efficaces.

Les batteries qui doivent contribuer à réduire les émissions de carbone dans le monde pourraient donc, indirectement, aider à financer certains groupes armés les plus meurtriers d’Afrique.

La solution consiste à mieux réguler le lithium.

  1. Les gouvernements devraient intégrer les mineurs artisanaux et à petite échelle dans l’économie formelle. Cela peut se faire par le biais de licences, de protections juridiques et de marchés transparents. L’autorité de l’État doit être rétablie dans les régions minières.

  2. Les organisations régionales devraient renforcer les systèmes de suivi transfrontalier des minerais et partager les renseignements sur le commerce illicite.

  3. Les gouvernements africains devraient investir davantage dans la transformation du lithium plutôt que d’exporter du minerai brut.

Mais il n’existe pas de solution unique valable dans tous les contextes.

La formalisation de l’exploitation minière artisanale est susceptible d’être plus efficace là où les gouvernements contrôlent leur territoire. Le partage de renseignements est important lorsque les itinéraires de trafic traversent plusieurs pays – comme au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La transformation nationale du lithium peut apporter des avantages à long terme dans les pays dotés d’institutions plus solides et capables de soutenir le développement industriel.

Ces recommandations s’appuient sur des approches déjà adoptées ailleurs en Afrique. Il existe des initiatives régionales de traçabilité des minerais dans la région des Grands Lacsainsi que des efforts menés par des pays comme le Zimbabwe pour promouvoir la transformation locale du lithium.

Les réserves de lithium de l’Afrique pourraient contribuer à alimenter l’une des transformations technologiques marquantes de ce siècle. Elles pourraient également ouvrir un nouveau chapitre dans la longue histoire des conflits liés aux ressources naturelles.

L’avenir dépendra des gouvernements chargés de cette ressource.

The Conversation

Bradley A. Mortin does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Le lithium au Sahel : comment les groupes armés tirent profit de la ruée mondiale vers ce minéral stratégique – https://theconversation.com/le-lithium-au-sahel-comment-les-groupes-armes-tirent-profit-de-la-ruee-mondiale-vers-ce-mineral-strategique-289925

Pour devenir un meilleur leader, eh bien, dansez maintenant…

Source: The Conversation – France (in French) – By Secil Bayraktar, Professeur de Management, TBS Education

Et si la pratique de la danse formait de meilleurs leaders ? Loin d’être un simple loisir, la danse permet de développer des compétences clés du leadership, des savoir-être plus que jamais indispensables. Car un bon danseur, à l’image d’un bon leader, doit posséder une connexion à soi, aux autres et à son environnement.


Qu’est-ce qu’un bon danseur de salsa ? Un danseur qui connaît parfaitement les figures et les enchaîne en rythme, qui guide sa partenaire tout en lui permettant d’improviser, qui maîtrise l’espace, sait capter la lumière et le regard des spectateurs et, bien sûr, qui endosse la responsabilité du moindre faux pas.

Cette description peut être transposée sans difficulté à l’art de diriger. De la même manière que les danseurs de salsa ou de tango, les leaders, en effet, doivent être capables de tracer leur voie d’un pied ferme, imperturbables et souriants, mais avec tous les sens aux aguets, connectés de mille façons à des environnements instables, complexes et mouvants. Aucun leader n’agit seul : il évolue dans un système de relations, de contraintes et d’opportunités interdépendantes.

La danse, comme formation au leadership ? La suggestion peut sembler osée, mais, en réalité, elle est plus pertinente qu’on ne l’imagine et enseigner ainsi sur le dance floor l’art de diriger se révèle une idée fructueuse.




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Être ou ne pas être dans le flow

Comme le danseur sur la piste, le leader, en effet, doit être totalement présent dans l’action, se sentir dans le flow. Pas question de relâcher l’attention, d’être là et ailleurs à la fois. Pour parvenir à cette concentration et à cette disponibilité, il doit, évidemment, s’être entraîné pour maîtriser les pas… pardon, maîtriser les règles de son métier.

L’esprit suffisamment libre, il peut ainsi rester en alerte, suivant en permanence les évolutions du marché (la musique et son rythme), les réalités du terrain où il évolue (la piste) et les actions de ses concurrents (les couples avec lesquels il partage la piste), tout cela sous le regard des parties prenantes (les spectateurs).

Il doit enfin réussir à guider ses collaborateurs (partenaires) en posant le cadre, mais en leur laissant de l’espace pour déployer leur créativité, rayonner, s’épanouir.

Cultiver les connexions

En filant jusqu’au bout cette métaphore de la danse, nous avons identifié six connexions que le leader doit veiller à cultiver pour arriver à bon port sous les bravos du public.

La connexion du danseur avec son corps, ses émotions, tout d’abord. Pour diriger, il importe de se connaître, de savoir identifier ses points forts et ses limites personnelles, d’être bien ancré. Ce n’est pas une activité purement cérébrale.

La connexion entre partenaires sur le dance floor est aussi inspirante. L’un conduit et l’autre suit. Les rôles sont différenciés, mais rien n’est possible sans confiance mutuelle entre les partenaires, sans écoute active ni réactions rapides aux signaux envoyés.

Quand le mouvement est cocréation

Une pression très légère de la main sera suffisante pour faire tourner telle danseuse, tandis qu’une débutante aura besoin d’un geste plus appuyé. On expérimente sur le dance floor cette relation subtile. La danse est harmonieuse quand le mouvement est cocréation.

Au tango tout particulièrement, les figures sont précises, l’anticipation des prochains pas, indispensable. Mais le couple gagnant ne déroule pas une chorégraphie planifiée, la cocréation est continue.

Vouloir tout organiser à l’avance dans le moindre détail est contre-productif, sur le dance floor comme dans l’entreprise.

De l’importance d’une bonne écoute

Pour une prestation réussie, la qualité de l’écoute est aussi essentielle. La musique donne le tempo, il faut la suivre et s’adapter. C’est aussi le cas dans l’univers économique, où les ruptures de rythme se succèdent : innovations technologiques, nouvelles concurrences, crises… Le pas se ralentit parfois, on diminue temporairement l’activité. Et puis, soudain, la cadence devient plus rapide, de nouvelles possibilités surgissent. Un manager qui continue à danser sur l’ancien tempo risque vite d’être dépassé.

Encore faut-il composer avec la piste elle-même : trop étroite, encombrée ou glissante, elle impose d’adapter ses pas. De même, les contraintes du contexte, les ressources disponibles ou les opportunités du terrain peuvent, elles aussi, freiner ou faciliter l’action.

Ajuster en permanence ses mouvements à ceux des autres couples est également nécessaire pour éviter les collisions sur la piste où l’on se croise. Dans l’entreprise aussi, aucun acteur n’évolue seul. Concurrents, partenaires, fournisseurs, clients et régulateurs façonnent ce qui est possible.

Le leader doit donc avoir un cap, une direction, mais il doit veiller à garder une capacité de manœuvre, trouver des espaces libres pour déployer son action.

TedX Mines Nancy, 2020.

Vibration

Le regard des spectateurs symbolise, quant à lui, l’image que l’on donne dans un contexte où la réputation est un atout central, où les parties prenantes tolèrent de moins en moins les sorties de route, où l’on demande aux entreprises de se montrer socialement et environnementalement responsables.

Il ne s’agit pas seulement de réaliser une performance impeccable, mais de créer une atmosphère, de transmettre une vibration. Pour beaucoup de managers, l’enjeu n’est donc pas de contrôler davantage, mais d’apprendre à mieux écouter, à sentir le moment juste et à laisser de l’espace aux autres.

On l’apprend ainsi en dansant : le leadership est affaire de connexion – à soi, aux autres, et au rythme du monde qui nous entoure.

The Conversation

Secil Bayraktar ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pour devenir un meilleur leader, eh bien, dansez maintenant… – https://theconversation.com/pour-devenir-un-meilleur-leader-eh-bien-dansez-maintenant-280951

Si la España de hoy no es la misma que la de hace un siglo, ¿tiene sentido fijarnos en el pasado para conservar al lobo?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alejandro Martínez Abraín, Profesor Titular, Facultad de Ciencias, Departamento Biología, Área de ecología, Universidade da Coruña

Ejemplar de lobo ibérico. Pablo Santana Duran/Shutterstock

En conservación, se da como una verdad establecida que conocer la distribución pasada de una especie es clave para entender su ecología y que eso ha de ser útil para preservarla (de la extinción regional) ahora y más adelante. Tanto es así que hasta los criterios orientadores que ofrece la legislación ambiental en España para determinar si una especie tiene un estatus de conservación “vulnerable” contienen esa idea como un punto a evaluar.

Sin embargo, estudiar las consecuencias ecológicas (negativas y positivas) del abandono rural durante los últimos 60 años nos llevó a plantearnos si la distribución de los grandes mamíferos carnívoros ibéricos a principios del siglo pasado es realmente el mejor espejo en el que mirarnos. El mejor objetivo a alcanzar en el futuro.

En un reciente estudio, publicado en el Journal for Nature Conservation, analizamos los pros y los contras de este objetivo conservacionista en relación al oso pardo, el lince ibérico y, sobre todo, el lobo.

Menos ovejas en el campo

La duda emergía especialmente por el gran papel que en el pasado debieron jugar los enormes rebaños de ovejas pastoreados en régimen extensivo en los campos y montes en la ecología trófica del lobo.

La oveja es el mamífero doméstico con el tamaño idóneo para ser depredado por el lobo en su estado adulto (terneras y potros lo serían en el caso de vacas y caballos). En España, la relevancia económica de este bóvido durante varios siglos ha llevado incluso a la creación de instituciones únicas como la Mesta (Honrado Consejo de la Mesta de Pastores del Reino de Castilla), fundada en 1273 por Alfonso X el Sabio.

Además, los montes estaban casi desprovistos de grandes mamíferos herbívoros, salvo en contados enclaves protegidos por normas reales, tanto por destrucción del hábitat (desmonte de bosques en el medievo para su puesta en cultivo) como por persecución intensa en tiempos de subsistencia.

Por ejemplo, cazar jabalíes en la Edad Media era tan apreciado por la nobleza y la realeza como cazar osos. Nada que ver con la situación actual en la que los jabalíes abundan en los medios rurales y urbanos. Para muestra se puede visitar la iglesia de San Francisco de Betanzos en la que reposan los restos de Fernán Pérez de Andrade, uno de los nobles gallegos más poderosos, dentro de un sepulcro de piedra sostenido por un jabalí y un oso.

Así pues, analizamos las estadísticas disponibles en la literatura especializada sobre el cambio en la proporción de ganado ovino versus ganado vacuno. En todas las regiones estudiadas, menos en una (la Subbética), la abundancia relativa de las ovejas disminuyó con mayor o menor fuerza desde 1865 hasta 1999. Es decir, la presencia de ovejas se desplomaba en las zonas sur de la península ibérica, la cordillera Penibética, Pirineos centrales, norte de la Península, Pirineos orientales, Galicia, Sistema Central, Cantábrico oriental y región astur-leonesa.

Gráfico que muestra cómo, en general, ha disminuido la proporción de ovejas respecto a ganado vacuno en España
Variación de la proporción de ovejas respecto a ganado vacuno entre 1865 y 1999 en distintas regiones de España.
Alejandro Martínez

Independientemente del número total de ovejas, durante la segunda mitad del siglo XX y en lo que llevamos del XXI, su presencia en el campo ha experimentado profundos cambios, que sin duda tienen repercusiones para los lobos. Muchas ovejas –de variedades más productivas– permanecen estabuladas, lo que facilita el trabajo de los pastores. Muchos cultivos de montaña han sido abandonados y ya no constituyen zonas de pasto para los rebaños. Apenas hay pastores disponibles más allá de los que nos brinda la inmigración humana. Los desplazamientos trashumantes se realizan principalmente por medio de camiones o del ferrocarril.




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Más ciervos, corzos y jabalíes

Además, las poblaciones de presas silvestres se han recuperado en gran medida, como reflejan, por ejemplo, los accidentes de tráfico relacionados con ciertos animales y las pólizas de seguros que los cubren. En el monte ibérico hay muchos más ciervos, corzos o jabalíes que hace 100 años. Y eso significa más comida alternativa para los lobos. Rayones, bermejos, corcinos y cervatillos son presas fáciles para un grupo familiar de lobos. Y cazarlos les supone un menor riesgo de represalias humanas.

Tres ciervos hembra adultos y cuatro crías corren por una llanura de pasto seco salpicada de encinas
Ciervos en el Parque Nacional de Cabañeros.
Virginia Torralba/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Por todo ello, sugerimos que el estatus de amenaza del lobo ibérico y las perspectivas de éxito en su conservación pasan hoy en día más por la disponibilidad de presas silvestres. De esta forma, su distribución presente y futura se verá condicionada por la densidad de esas presas más que por la del ganado, al contrario de lo que debía de suceder antaño.

Finalmente, recurrimos al concepto de capacidad cultural de carga (emulando la capacidad de carga biológica) para recordar que con especies con las que pueden surgir conflictos humanos-fauna salvaje, la distribución futura de esas especies estará muy condicionada por el grado de tolerancia o aceptación social de las mismas. Una capacidad que afortunadamente es modificable si se realizan las campañas adecuadas de concienciación y preparación social para la vuelta de las especies temporalmente perdidas. Algo que ha sido y está siendo vital para el regreso de osos y linces, por ejemplo.




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Así pues, sugerimos revisar los criterios orientadores que hagan referencia a distribuciones antiguas de las especies a la hora de decidir su grado de amenaza. Aunque biológicamente sea de gran interés saber dónde llegó a haber lobos a principios del siglo XX, ligados a la actividad ganadera, ahora toca mirar hacia adelante en un país que en poco se parece al que fue.


Luis Llaneza, consultor medioambiental y experto en gestión y conservación de grandes mamíferos, ha participado en la elaboración de este artículo.


The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Si la España de hoy no es la misma que la de hace un siglo, ¿tiene sentido fijarnos en el pasado para conservar al lobo? – https://theconversation.com/si-la-espana-de-hoy-no-es-la-misma-que-la-de-hace-un-siglo-tiene-sentido-fijarnos-en-el-pasado-para-conservar-al-lobo-289165

La cirugía estética ha salido de las consultas: así crean nuevos estándares de belleza la televisión y las redes sociales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan José Aguilón Leiva, Profesor Ayudante Doctor. Departamento de Fisiatría y Enfermería, Universidad de Zaragoza

shutterstock

Hace apenas unos años la mayoría de los procedimientos de medicina estética quedaban en el ámbito privado de la consulta, entre el profesional y el paciente. Hoy basta con acceder a cualquier red social para encontrarse con cientos de publicaciones sobre estas intervenciones. Lo que antes era un acto sanitario, ahora también forma parte del contenido digital que consumimos cada día.

Este cambio va mucho más allá de una cuestión estética. Puede influir en cómo percibimos los beneficios de estos procedimientos, sus riesgos y, en última instancia, en las decisiones que tomamos sobre nuestra propia salud. ¿Estamos normalizando la medicina estética sin apenas darnos cuenta?

De la consulta a las redes sociales

La medicina estética no es un fenómeno nuevo. Lo que sí ha cambiado de forma radical es la manera en que la sociedad accede a la información sobre estos procedimientos y construye su percepción sobre ellos. Ahora la primera toma de contacto ya no se limita al ámbito sanitario.

Las redes sociales se han convertido en un escenario donde millones de usuarios se exponen a contenidos relacionados con la medicina estética. En los entornos digitales, personas influyentes, personajes televisivos y otros creadores de contenido comparten sus tratamientos, muestran sus resultados y relatan sus experiencias con un lenguaje cercano.

Todo esto crea el formato idóneo para captar la atención de la audiencia. Lo que antes parecía reservado a una minoría forma ahora parte de las conversaciones cotidianas.

El antes y el después: el foco en los resultados

Las redes sociales muestran una versión muy concreta de la medicina estética. Los procedimientos suelen presentarse a través de imágenes del antes y el después, con vídeos y relatos en primera persona que ponen el foco en los resultados estéticos. Este tipo de contenidos ayudan a moldear la percepción que la sociedad tiene de ellos.

Esta tendencia se refleja en un reciente trabajo de fin de grado realizado en la Universidad de Zaragoza. En él se analizaron las publicaciones compartidas por los participantes de uno de los programas televisivos con mayor audiencia entre la población joven española: La isla de las tentaciones.

Los resultados mostraron que 7 de cada 10 participantes se habían sometido a procedimientos de medicina estética y habían compartido esa experiencia en sus redes sociales. Además, la mayoría de esos jóvenes (79 %) recurrieron a estos tratamientos en más de una ocasión, sobre todo en el caso de las mujeres. Las infiltraciones de ácido hialurónico fueron el procedimiento más frecuente: casi la mitad se había sometido a ellas (47 %).

Esta investigación también reveló que este tipo de contenidos era cada vez más frecuente entre las sucesivas ediciones analizadas. Tres cuartas partes de esas publicaciones estaban vinculadas a colaboraciones con clínicas estéticas.

¿Pero cómo se transmite el mensaje en las redes sociales? La mayoría de las publicaciones proyectan una imagen idealizada de los procedimientos de medicina estética, centradas casi exclusivamente en los cambios obtenidos. Y quedan relegados a un segundo plano otros aspectos igualmente esenciales, como los posibles efectos adversos.

Esta forma de comunicar resulta especialmente dañina en el ámbito de la salud. Una selección parcial o incompleta de la información puede influir en la manera en que las personas comprenden una enfermedad, valoran un tratamiento y toman decisiones relacionadas con su propia salud. También puede contribuir a normalizar estos procedimientos al presentarlos como prácticas sencillas, accesibles y rápidas, sin contextualizar adecuadamente los riesgos ni las limitaciones clínicas.

Lo que queda fuera del relato

Ninguna de las publicaciones analizadas hacía referencia a las posibles complicaciones, efectos adversos, limitaciones o cuidados posteriores asociados a estos procedimientos. Tampoco se explicaba que muchos de ellos requieren revisiones periódicas o futuras intervenciones para mantener los resultados a lo largo del tiempo.

Esta circunstancia cobra todavía mayor importancia si se tiene en cuenta que buena parte de los contenidos analizados respondían a colaboraciones promocionales con clínicas estéticas y eran difundidos por personas con una gran capacidad para influir en miles de seguidores, especialmente jóvenes.

Cuando un procedimiento sanitario se comunica con una finalidad predominantemente comercial, el equilibrio informativo deja de ser una cuestión deseable para convertirse en una responsabilidad. Presentar únicamente los beneficios y omitir los riesgos dificulta que las personas puedan tomar decisiones verdaderamente informadas sobre su propia salud.

Más allá de la estética

La creciente presencia de la medicina estética en las redes sociales refleja un cambio que va mucho más allá de la comunicación de unos determinados procedimientos. Cuando estas intervenciones pasan a formar parte del contenido digital que consumimos a diario también pueden influir en la construcción de los estándares de belleza, en la percepción del propio cuerpo y en las decisiones relacionadas con la salud.

En este escenario, conviene preguntarse hasta qué punto elegimos libremente. O si, sin apenas darnos cuenta, estamos normalizando modelos e ideales de belleza que el entorno digital presenta como cotidianos y deseables.


En este artículo ha participado Lorena Eizaguerri Burillo, graduada en Enfermería.


The Conversation

Juan José Aguilón Leiva es investigador efectivo de SAPIENF (B53_23R), Grupo de Referencia de la Universidad de Zaragoza reconocido por el Gobierno de Aragón.

– ref. La cirugía estética ha salido de las consultas: así crean nuevos estándares de belleza la televisión y las redes sociales – https://theconversation.com/la-cirugia-estetica-ha-salido-de-las-consultas-asi-crean-nuevos-estandares-de-belleza-la-television-y-las-redes-sociales-287263

No solo estómago e intestino: tres zonas corporales redescubiertas que cambian cómo entendemos la nutrición

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Miguel Soriano del Castillo, Catedrático de Nutrición y Bromatología del Departamento de Medicina Preventiva y Salud Pública, Universitat de València

surprisestock/Shutterstock

Cuando pensamos en nutrición, casi siempre imaginamos los mismos protagonistas: boca, estómago, intestino, hígado, páncreas y, quizá, microbiota. Sin embargo, el cuerpo humano no funciona por compartimentos aislados. Comer no es solo introducir alimento en un tubo digestivo, sino también salivar, tragar, transportar, distribuir líquidos, activar defensas, mover grasas por la linfa, comunicar tejidos y sostener órganos.

En los últimos años, tres estructuras han despertado especial interés: las glándulas salivales tubariales, el intersticio y el mesenterio. Las tres tienen algo en común: actúan como zonas de interfaz, conectando alimentación, hidratación, absorción, transporte, inmunidad y metabolismo.

Las glándulas tubariales: comer también depende de tragar bien

En 2021, se describieron mediante técnicas de imagen unas estructuras glandulares situadas en la parte posterior de la nasofaringe –cerca de la región donde se abre la trompa de Eustaquio– que no encajaban con las descripciones anatómicas clásicas.

En realidad, las glándulas salivales tubariales no digieren grasas, no absorben aminoácidos y no regulan la glucosa, pero pueden tener importancia en algo mucho más básico: mantener húmeda y lubricada una zona clave para tragar, más allá de la boca.

La saliva ayuda a formar el bolo alimenticio, facilita la deglución, participa en el gusto, protege mucosas y contribuye a las primeras fases de la digestión. Cuando su producción o distribución se altera, pueden aparecer sequedad (xerostomía), dificultad para tragar (disfagia), cambios en el sabor y menor apetito. En pacientes con cáncer de cabeza y cuello, estas alteraciones pueden comprometer de forma clara su ingesta y estado nutricional.

Por eso, las glándulas salivales tubariales interesan especialmente en radioterapia de cabeza y cuello. Si una zona glandular se irradia sin reconocer su posible función, podría contribuir a producir efectos secundarios. Desde el punto de vista nutricional, no es algo menor: una persona que no puede tragar bien no se alimenta bien. Así, las glándulas recientemente descubiertas ayudan a recordarnos que la nutrición empieza antes del estómago.

El intersticio: el agua que comunica los tejidos

El segundo ejemplo es el intersticio, descrito como una red de espacios llenos de líquido dentro y entre tejidos. La noticia fue presentada en muchos medios como el descubrimiento de un “nuevo órgano”, aunque esa etiqueta ha sido discutida. Lo importante no es tanto el nombre como la idea: el líquido intersticial no es un simple relleno pasivo entre células.

Desde el punto de vista de la nutrición, puede entenderse como un territorio de intercambio. Los nutrientes absorbidos en el intestino pasan a la sangre, pero para llegar a muchas células deben atravesar el espacio extracelular, donde se mueven agua, electrolitos, glucosa, aminoácidos, ácidos grasos, señales inmunitarias, metabolitos, productos de desecho… Por eso, la nutrición no termina cuando los nutrientes cruzan la pared intestinal.

¿Y cómo llegan realmente a los tejidos? La respuesta implica sangre, linfa, endotelio (capa interna de los vasos sanguíneos y linfáticos), matriz extracelular (red que sostiene y conecta las células) y el propio líquido intersticial. Es decir, involucra una anatomía de distribución que muchas veces queda fuera de los mensajes nutricionales simplificados. El agua corporal no está solo en la sangre o dentro de las células: se reparte entre compartimentos. Por eso, beber agua y mantener una dieta adecuada afecta, más allá de la digestión, al medio líquido donde viven nuestras células.

El mesenterio: la autopista entre el intestino y el resto del organismo

Hasta hace poco se creía que el tercero de nuestros protagonistas, el mesenterio, consistía en una serie de pliegues que sujetaban partes del intestino. Sin embargo, una investigación anatómica de 2022 reveló que en realidad se trataba de una estructura con entidad funcional propia. Es verdad que el mesenterio sostiene el intestino, pero no es solo un “soporte”: contiene vasos sanguíneos, vasos y ganglios linfáticos, nervios y tejido adiposo. Es, en definitiva, una autopista entre el intestino y el resto del organismo.

Su relevancia nutricional resulta indudable. Tras la digestión, muchos nutrientes pasan a la sangre a través de vasos que viajan por el mesenterio. Las grasas siguen una ruta especial: para transportarlas, el intestino las convierte en unas partículas llamadas quilomicrones, que pasan al sistema linfático y, desde allí, a la circulación sanguínea.

Además, el mesenterio tiene una dimensión inmunológica. El intestino está expuesto constantemente a alimentos, bacterias, metabolitos y moléculas extrañas. Por eso, el tejido inmune asociado al intestino debe aprender a tolerar lo útil y responder ante lo peligroso. El mesenterio participa en ese diálogo entre dieta, microbiota, inmunidad e inflamación.

Desde esta perspectiva, no es solo anatomía: se trata de metabolismo organizado en tejido.

Una nueva forma de enseñar nutrición

Estas tres estructuras no cambian las recomendaciones básicas, pero sí enriquecen la forma de explicar la nutrición. Nos obligan a pasar de una visión centrada solo en nutrientes a una visión anatómica, funcional e integrada.

Las glándulas tubariales nos recuerdan que alimentarse requiere saliva, lubricación y deglución; el intersticio, que el agua y los nutrientes deben circular entre células y tejidos; y el mesenterio, que absorber no es solo atravesar la pared intestinal: también implica transportar, defender y comunicar.

Quizá el mensaje más interesante sea que la nutrición no ocurre solo en el plato y el intestino: comer es un acto anatómico completo que implica a todo el cuerpo.

The Conversation

José Miguel Soriano del Castillo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. No solo estómago e intestino: tres zonas corporales redescubiertas que cambian cómo entendemos la nutrición – https://theconversation.com/no-solo-estomago-e-intestino-tres-zonas-corporales-redescubiertas-que-cambian-como-entendemos-la-nutricion-286055