Une brève histoire des méthodes managériales

Source: The Conversation – France (in French) – By Régis Martineau, Phd. en Management, ICN Business School

Comment bien manager ? Cette question est régulièrement remise à l’ordre du jour suivant un cycle, où la préoccupation sociale est éclipsée puis remise au centre de l’attention. Retour sur plus d’un siècle de management.

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec la Revue française de gestion, qui a fêté ses 50 ans en 2025.


On sait depuis Schumpeter que le capitalisme, sous le coup des différentes révolutions technologiques, ne cesse de s’adapter et d’évoluer. Mais on s’intéresse moins à la manière dont les organisations ont fait évoluer leurs méthodes de management pour accompagner ces mutations.

Il est donc intéressant, à l’heure où le management algorithmique déferle sur les organisations, de se retourner sur cette évolution, et de remarquer que ces méthodes ne suivent pas un mouvement linéaire (du plus simple au plus sophistiqué), comme on aurait pu le penser, mais oscillent plutôt entre fermeture et ouverture.

Émergence de l’organigramme

Même s’il existait une pensée gestionnaire sophistiquée dès le XVIe siècle dans les organisations pré-modernes (la comptabilité en partie double, par exemple, remonte au XVe siècle), le management traditionnel était assez peu formalisé. De réels dispositifs de gestion formalisés et largement diffusés apparaissent avec l’arrivée de l’énergie à vapeur et des chemins de fer. En effet, pour faire face à la difficulté de gérer leur taille et leur complexité, de grandes organisations dispersées géographiquement s’appuient sur les lignes hiérarchiques, représentées dans des organigrammes (1850-1870).

En contraste avec l’entreprise traditionnelle qui prévalait avant, l’organisation se professionnalise, avec des délégations de responsabilités claires, et des systèmes de surveillance étroits très peu soucieux des conditions de vie des ouvriers. En réaction, des grèves et des mouvements sociaux secouent alors le monde occidental. Apparaît alors une forme de paternalisme très empreinte de charité religieuse (1870-1900).




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Certains capitaines d’industrie se chargent en effet de la mission d’éduquer le « bas peuple » qui, autrement, livré à lui-même, a la fâcheuse tendance à se livrer à l’ivrognerie (ou, pire, à prêter l’oreille aux agitateurs socialistes). Dans le monde anglo-saxon, se développent par exemple les YMCA (les Young Men’s Christian Association) ; et en France, on voit l’apparition des familistères, comme celui de Guise, que l’on peut encore visiter aujourd’hui, voulu par l’industriel Godin.

Un éternel recommencement

On voit naitre un schéma qui se reproduira dans les cycles suivants : dans un premier temps, des méthodes managériales, en réponse à des changements technologiques, cherchent à trouver une organisation efficace, sans vraiment porter attention aux travailleurs qui n’y sont vus que comme les rouages d’une machine ; puis, dans un deuxième temps, sous la pression des mouvements sociaux et de dysfonctionnements récurrents, de nouvelles méthodes managériales prennent davantage en compte les besoins des individus au travail et font une meilleure part à leurs initiatives.

À partir de 1860, acier et électricité viennent révolutionner les manières de construire les chemins de fer, puis toute l’industrie. Les organisations apprennent à organiser les processus de production, de plus en plus complexes, de manière plus rationnelle. C’est là que Taylor expérimente et met au point le management scientifique (1900-1925), qui soumettra l’ouvrier aux cadences de la machine.

Ensuite, l’histoire est bien connue : en réaction aux dysfonctionnements et aux conséquences aliénantes du management scientifique, des psychosociologues comme Elton Mayo ou Kurt Lewin portent l’attention sur les conditions de travail des salariés. Ces théoriciens du mouvement des relations humaines (1925-1955) démontrent que les employés sont avant tout des êtres sociaux guidés par un besoin d’appartenance et de reconnaissance. Des systèmes de compensation, des méthodes de prise de décision participative et de job enrichment apparaissent.

L’organisation comme un programme d’ordinateur

Ce schéma fermeture/ouverture se poursuit avec la révolution technologique suivante : celle de l’automobile et de l’essence. En réaction à la diversification et à la complexification des marchés et des clients, l’organisation multidécisionnelle se développe, permettant de poursuivre des stratégies de différenciation ; et, dans le même temps, la métaphore de l’organisation comme un programme d’ordinateur (c’est-à-dire un système à rationaliser) domine cette période (1955-1975). Les employés sont largement absents de ces dispositifs.

En réaction (et à cause de la concurrence des entreprises japonaises), un nouveau dispositif, le Total Quality Management, se développe (1975-1990). Ici, la place du travail est centrale : les employés sont vus comme des ressources et sont encouragés à s’exprimer et à participer à l’organisation du processus de production. De même, dans les années 80, on se rend compte de l’importance de la culture organisationnelle pour canaliser l’implication, la motivation et la loyauté des employés.

Retour aux collectifs de travail

Mais, ensuite, les progrès informatiques permettent de plus en plus de standardiser et de rationaliser les interfaces entre services afin de faciliter le flux d’informations intra et inter-firmes (1990-2000). Des systèmes comme ceux de l’entreprise SAP sont diffusés à grande échelle et de manière standardisée, mais ces dispositifs sont critiqués pour leur tendance à être implémentés de manière top down. Depuis, différentes tendances apparaissent, qui visent toutes à porter davantage attention aux collectifs de travail et aux connaissances tacites : Knowledge Management, communautés de pratiques, méthodes agiles, entreprises libérées ou encore coworking spaces.

À chaque fois, en réaction à des modèles managériaux trop standardisés présentés comme des solutions ‘ready-made’, voire des solutions miracles, des dispositifs moins rationalistes et plus attentifs à l’humain sont apparus. Aujourd’hui, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, on voit se développer le management algorithmique.

Et, là encore, un premier mouvement de fermeture est observé : la surveillance des employés se fait plus étroite, plus intrusive, et plus opaque. Mais, déjà, de plus en plus d’appels à une IA plus ouverte se font entendre, préfigurant peut-être un nouveau cycle où des méthodes managériales innovantes redonneraient, à nouveau, une place centrale aux individus au travail.

The Conversation

Régis Martineau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une brève histoire des méthodes managériales – https://theconversation.com/une-breve-histoire-des-methodes-manageriales-282795

Comment gérer ses émotions lorsqu’on est en pleine transition professionnelle. Surtout lorsqu’on retrouve un travail

Source: The Conversation – France (in French) – By Thomas Pirsoul, Postodoctoral researcher, Université de Liège

Dans une étude, cinq grands profils émotionnels ont été identifiés : optimistes, confiants, sensibles aux enjeux, inquiets, intenses, ambivalents intenses et modérés. PeopleImages/Shutterstock

Face à un marché de l’emploi toujours plus incertain et des transitions professionnelles de plus en plus complexes, une question centrale émerge : comment vivons-nous ces transformations sur le plan émotionnel, et comment apprendre à mieux les traverser ? Du passage du secondaire à l’université, de l’université au monde du travail et du non-emploi à l’emploi, une qualité reste essentielle, celle de l’intelligence émotionnelle.


Les transitions professionnelles constituent une véritable épreuve émotionnelle qui débute bien avant la survenue effective de l’événement. Différents travaux soulignent que les individus n’anticipent pas leur transition de la même manière, surtout sur le plan émotionnel.

Certaines personnes éprouvent des émotions négatives intenses, telles que l’anxiété, la peur ou la tristesse, susceptibles d’être associées à une plus grande incertitude. D’autres, au contraire, anticipent cette étape avec un haut niveau d’émotions positives, comme l’espoir ou l’enthousiasme, qui peuvent jouer un rôle protecteur soutenant la motivation et la persévérance.

La réalité de l’expérience émotionnelle est souvent plus complexe. La plupart des personnes font l’expérience d’émotions mixtes, c’est-à-dire une combinaison simultanée d’émotions positives et négatives. Cette « mixité » émotionnelle reflète la réalité des transitions professionnelles : une étape marquée à la fois par les menaces perçues – incertitude, crainte du nouveau – et par les opportunités présentes – nouveau départ, accomplissements possibles.

Nos recherches récentes que nous avons menées avec des collègues belges et français mettent en lumière ce rôle des émotions mixtes et de l’intelligence émotionnelle dans nos parcours professionnels, notamment dans la transition vers l’enseignement supérieur, la transition entre l’école et un travail, ou pour trouver un emploi.

Alors, comment mieux naviguer dans des eaux incertaines ?

Gymnastique émotionnelle

Que ressent-on quand on espère trouver un emploi, réaliser une transition professionnelle… mais que rien n’est certain ? À cet égard, nous distinguons deux types d’émotions prospectives : les émotions anticipatoires, ce que l’on ressent maintenant face à un événement futur et les émotions anticipées, ce que l’on pense ressentir lorsqu’il surviendra.

Au travers d’une série de recherches auprès d’étudiants et de chercheurs d’emploi, cinq grands profils émotionnels ont été identifiés, vivant différentes transitions majeures comme le passage du secondaire à l’université, de l’université au monde du travail et du non-emploi à l’emploi.

Optimistes confiants

Ils regroupent une minorité d’individus à environ 15 %. Ils vivent des émotions positives – espoir, confiance – à la perspective de la transition et imaginent ressentir surtout de la joie et de la fierté en cas de réussite, tout en minimisant les émotions négatives possibles.

Sensibles aux enjeux

Le plus fréquent à environ 31 %. Ces individus se projettent positivement, sans grande anxiété anticipatoire. Cependant, lorsqu’ils envisagent des transitions, ils anticipent à la fois de fortes émotions positives – joie, fierté ou soulagement – et négatives – déception, culpabilité ou tristesse – montrant une sensibilité élevée aux deux issues possibles.

Inquiets intenses

Ce profil concerne une proportion plus réduite à environ 15 %. Ces personnes se projettent avec inquiétude et nervosité, doutant de leur réussite. Ils imaginent malgré tout ressentir des émotions intenses, positives si la transition se passe bien, négatives si elles échouent.

Ambivalents intenses

Environ 19 % des individus. Ces personnes vivent un mélange d’espoir et d’anxiété lorsqu’elles envisagent la transition, et anticipent à la fois fortement les émotions positives et négatives, qu’elles soient liées à une réussite ou un échec.

Modérés

Ce profil est fréquent à environ 20 %. Il se caractérise par des niveaux modérés d’émotions anticipatoires, mais plus faibles que ceux des autres profils. Les émotions anticipées, positives comme négatives, y sont également présentes, mais à des intensités plus basses. Ces individus envisagent les deux issues possibles, mais de manière atténuée.

Nos travaux rappellent que se projeter vers l’avenir professionnel ne se résume pas à une analyse rationnelle des options disponibles ; c’est un exercice émotionnel complexe, où se mêlent attentes, peurs, souvenirs passés et normes sociales.

Intelligence émotionnelle

Une piste souvent avancée pour gérer ces transitions est celle de l’intelligence émotionnelle (IE), c’est-à-dire la capacité à identifier, comprendre, réguler et utiliser ses émotions et celles des autres, de manière constructive.




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Dans une étude publiée en 2022, des chercheurs ont montré que les individus présentant une intelligence émotionnelle plus élevée ont tendance à aborder les transitions professionnelles avec davantage d’enthousiasme, de fierté et de détermination. En parallèle, ils sont moins enclins à ressentir de la peur, de la nervosité ou encore de la contrariété.

Dans une méta-analyse de 148 études portant sur plus de 50 000 participants, il a également été observé que l’intelligence émotionnelle est étroitement liée à plusieurs indicateurs clés du développement de carrière. Les personnes émotionnellement intelligentes sont plus lucides face à l’incertitude, prennent de meilleures décisions, et se sentent plus capables de relever les défis professionnels.

L’intelligence émotionnelle se manifeste également sous forme de profils distincts. Une étude récente souligne que certains individus parviennent à la fois à comprendre leurs émotions, tout en les régulant. Cette configuration favorise une posture proactive et confiante face aux transitions professionnelles. D’autres, en revanche, disposent d’une bonne capacité de prise de conscience émotionnelle, mais rencontrent davantage de difficultés à réguler ce qu’ils ressentent. Cette dissociation les expose à un risque accru de se sentir moins efficaces face aux obstacles.

Soutien personnalisé

Ces travaux ont des implications concrètes. Les conseillers en emploi et en orientation, psychologues du travail et institutions d’accompagnement pourraient s’en inspirer pour proposer un soutien plus personnalisé. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les compétences techniques, il serait judicieux de prendre en compte les profils émotionnels des personnes accompagnées.

Par exemple, un profil « trop positif » pourrait masquer une forme de déni, tandis qu’un profil « anxieux mixte » pourrait bénéficier d’outils de régulation émotionnelle. De même, développer l’intelligence émotionnelle pourrait devenir un objectif en soi, au même titre que l’apprentissage de techniques de recherche d’emploi.

À ce titre, des études ont déjà mis en évidence qu’une formation à l’intelligence émotionnelle permettant d’augmenter l’attractivité auprès d’un panel de recruteurs, diminuer les difficultés dans les prises de décision liées à la carrière et à augmenter la probabilité de retour à l’emplo i.

Considérer ses émotions

Dans un monde professionnel marqué par l’incertitude, la complexité et les ruptures de parcours, les émotions ne sont plus un simple bruit de fond. Elles constituent une boussole intérieure, souvent négligée, mais pourtant essentielle.

En investissant dans le développement de notre intelligence émotionnelle, nous ne faisons pas qu’améliorer notre bien-être au travail : nous devenons aussi plus autonomes, plus résilients et mieux préparés à faire face aux défis du XXIe siècle. Il est temps que les politiques de l’emploi et l’orientation professionnelle prennent au sérieux cette dimension trop longtemps ignorée.


Cet article a été rédigé avec l’aide d’Arnaud Stiepen, expert en vulgarisation scientifique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment gérer ses émotions lorsqu’on est en pleine transition professionnelle. Surtout lorsqu’on retrouve un travail – https://theconversation.com/comment-gerer-ses-emotions-lorsquon-est-en-pleine-transition-professionnelle-surtout-lorsquon-retrouve-un-travail-277022

Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Vallet, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes (UGA)

À la fin du XIXe siècle aux États-Unis, Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) plaide pour la « femme nouvelle », en inscrivant le genre au cœur des sciences économiques. Face à un capitalisme conçu par et pour les hommes, elle met en lumière l’interdépendance des sphères domestique et professionnelle. L’enjeu : créer de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement.


S’il est commun aujourd’hui de lier les questions de genre à celles des sciences économiques, l’histoire de la discipline nous révèle qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Les sciences économiques ont été, et demeurent, une science androcentrique, à savoir un monde envisagé du point de vue des hommes.

C’est pourquoi il est fondamental de revenir au temps des pionniers qui ont insisté sur la primordialité du lien entre genre et sciences économiques. À bien des égards, c’est le cas de Charlotte Perkins Gilman, une écrivaine états-unienne de l’ère progressiste américaine (1890-1920), membre de l’American Economic Association de 1892-1893 à 1895-1896.

« L’homme doit travailler pour être pleinement humain, et la femme aussi », souligne-t-elle en 1895.

Durant cette période marquée par le triptyque industrialisation-urbanisation-immigration qui transforma durablement les États-Unis, elle fut à l’avant-garde de nouvelles réflexions sur le lien précédemment évoqué. Elle publia des livres avec des contributions innovantes telles que Women and Economics (1898), The Home. Its Work and Influence (1903), mais aussi des fictions comme Herland (1915).

Fondé sur un travail d’archives relatif à son œuvre réalisée en 2021, et s’appuyant sur une publication récente sur sa vision de l’économie du foyer, cet article vise à présenter la contribution de cette autrice à la pensée économique.

Indépendance économique des femmes

The Forerunner est une revue mensuelle dirigée par Charlotte Perkins Gilmore entre 1909 et 1916.

Ses différents travaux, au même titre que ses nombreux articles de journaux qu’elle écrivit, dont dans le mensuel The Forerunner, lui permirent de diffuser sa conception nouvelle de l’économie. Progressiste, Charlotte Perkins Gilman visait à déterminer un ordre collectif capable de promouvoir le bien commun dans une société états-unienne en pleine transformation. Si elle porta une attention particulière à la condition des femmes – le terme « féminisme » n’est entré dans le lexique politique états-unienne que dans les années 1910 –, elle se considérait davantage comme une « humaniste » plutôt que strictement « féministe » :

« J’abhorre qu’on me qualifie de féministe », rappelle-t-elle.

Sur ce plan, l’originalité de la pensée de Charlotte Perkins Gilman fut d’insister sur la centralité de l’indépendance économique des femmes par le travail salarié, grâce à une nouvelle articulation entre les sphères domestique, professionnelle et politique :

« L’indépendance économique des femmes implique un changement dans le foyer et dans les relations familiales », souligne-t-elle.

Contrairement à des féministes de l’époque, qui telle Hubertine Auclert en France, priorisent l’acquisition de droits politiques pour les femmes –, droit de vote essentiellement –, Charlotte Perkins Gilman considère que l’obtention de tels droits est dénuée de sens si les femmes ne possèdent pas les capacités économiques réelles de les exercer.

« La banderole proclame “l’égalité devant la loi”, la part de la femme dans la liberté politique ; mais l’axe principal du progrès est et a toujours été l’égalité et la liberté économiques », affirme-t-elle.

Près de 147 357 travailleurs masculins pour 2 femmes

Dans cette perspective, Charlotte Perkins Gilman propose de changer la condition des femmes sur le marché du travail. Dans les États-Unis d’avant les années 1920, la plupart des emplois sur le marché du travail états-unien – particulièrement dans l’industrie – ne sont pas accessibles aux femmes. Par exemple, les industries du fer et de l’acier emploient à l’époque 147 357 travailleurs masculins pour seulement 2 femmes, dans tout le pays.

Les femmes salariées se concentrent dans certains services à la personne, et dans des industries telles que le textile, l’agroalimentaire et le tabac qui englobent les trois quarts des emplois industriels féminins. Elles représentent 20 % de la population active en 1920.




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Cette situation pose problème pour Charlotte Perkins Gilman : les femmes, pourtant de plus en plus diplômées, ne se voient offrir que de mauvais emplois. Elles restent sous la domination économique des hommes. Ces derniers contrôlent les principales activités, créant de facto une mauvaise allocation des ressources, aussi bien pour les femmes que pour la société dans son ensemble.

Femmes dans la sphère domestique

Charlotte Perkins Gilman prêche pour un changement profond du statut et du rôle des femmes dans la sphère domestique, victimes d’une division du travail économique qui leur est défavorable :

« Nous sommes à nouveau aveuglés par la division primitive du “ travail de l’homme ” et du “ travail de la femme ”, et par l’honneur et le déshonneur accumulés arbitrairement attachés à chacun », dit-elle.

Elle insiste en particulier sur le mariage, une institution androcentrique, qui confine les femmes à des fonctions économiques non valorisées bien qu’essentielle :

« Cela suppose soit que le mari soit l’employeur et la femme l’employée, soit que le mariage soit un partenariat et que la femme contribue autant que le mari à la création de richesse. »

Charlotte Perkins Gilman.
Wikimedia

Cette situation pose un problème majeur pour la société états-unienne en recherche d’un nouvel ordre économique, social et moral. Dans son esprit, des femmes non épanouies par leur travail sont de moins bonnes mères. Son objectif est de réformer les institutions pour une « maternité efficiente » ; les femmes doivent pouvoir mieux concilier leurs activités productives et activités reproductives. Le travail devient un devoir moral pour les femmes :

« Une race de femmes cantonnées au rôle de cuisinières et de domestiques n’offre pas une maternité aussi noble que le monde en a besoin », affirme-t-elle.

« Nouvelle femme »

Compte tenu de ce constat, Charlotte Perkins Gilman milite pour l’émergence de la « nouvelle femme ». Ce terme est forgé par la féministe Sarah Grand, caractérisant la nouvelle génération de femmes adultes des années 1890, dont le potentiel économique doit être exploité différemment. Avec ce modèle à l’esprit, Charlotte Perkins Gilman suggère des changements dans deux directions interdépendantes :

  • Faire en sorte que les activités économiques ne dépendent pas uniquement du marché, institution supposée neutre dans la distribution des positions économiques, ce en fonction du mérite individuel. Selon elle, le marché doit être régulé, puisqu’il existe des relations non marchandes dans la société, mais aussi par la mainmise des hommes sur les principales activités économiques. Pour les femmes comme pour la société, il est crucial de valoriser les relations basées sur la réciprocité et la redistribution.

  • Construire une démocratie économique reposant « sur la liberté des femmes », soit un système fondé sur la coopération au sein de l’industrie. Cette société forgerait des relations non oppressives, non hiérarchiques entre les individus, nécessitant un nouveau type de division du travail entre hommes et femmes.

À une époque où la création de grandes entreprises inquiète comme fascine, Charlotte Perkins Gilman propose d’externaliser à cette structure les activités de préparation des repas, de ménage comme de garde d’enfants. La conséquence envisagée : une baisse des coûts de production.

Une consacrée à Charlotte Perkins Gilman dans The Atlanta Journal-Constitution.
Wikimedia

L’utopie « Herland »

L’objectif de Charlotte Perkins Gilman n’est pas uniquement de féminiser la sphère productive, mais de promouvoir de nouvelles formes d’organisation du travail plus inclusives, plus coopératives et de facto plus efficientes collectivement. Elle en fait la démonstration dans son utopie Herland, une société sans hommes où règne l’abondance économique, la coopération sociale et l’épanouissement des femmes.




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Dans ce roman, en l’absence d’hommes, les femmes se voient offrir un large éventail de tâches productives, en fonction de leurs compétences et de leurs préférences personnelles. À Herland, la société est conçue comme une chaîne cohérente d’individus ayant réussi à créer à la fois croissance économique et liens sociaux :

« Avec tous nos efforts, ce pays pourra subvenir aux besoins d’un nombre indéterminé de personnes, en leur offrant le niveau de paix, de confort, de santé, de beauté et de progrès auquel nous aspirons », décrit-elle.

Regard critique sur son œuvre

Au regard de ce qui précède, il importe de souligner l’originalité des propositions économiques de Charlotte Perkins Gilman. Bien que non économiste de formation, elle est parvenue par son expérience, ses intuitions fondatrices ou comme ses relations avec de nombreux chercheurs en sciences sociales influents de l’époque – Edward Bellamy ou Edward Alsworth Ross en particulier –, à montrer qu’il n’est pas possible de réfléchir à l’économie sans s’intéresser aux questions de genre.

Cela n’empêche pas d’adopter un regard critique sur son œuvre, concernant sa vision du féminisme ou par le fait qu’elle s’adresse avant tout – et de façon « brutale » pour les autres catégories selon nos standards actuels – aux femmes blanches de la classe moyenne états-unienne. À l’image du nom donné à son journal The Forerunner, Charlotte Perkins Gilman est une précurseure. Elle a ouvert la voie à nombre d’économistes. Et à ce titre, son œuvre est incontournable et inestimable.

The Conversation

Guillaume Vallet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Charlotte Perkins Gilman, l’économiste qui dénonce l’enfermement domestique des femmes – https://theconversation.com/charlotte-perkins-gilman-leconomiste-qui-denonce-lenfermement-domestique-des-femmes-273378

Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective

Source: The Conversation – France (in French) – By Marion Trommenschlager, Chercheure en sciences de l’information-communication, laboratoire PREFics, Université Rennes 2

Le numérique a promu une vague de figures d’entrepreneur, de Mark Zuckerberg à Jeff Bezos, bientôt rejoints par celles de l’IA, comme Sam Altman. Mais si les récits, notamment médiatiques, adorent cette représentation, la réalité est beaucoup plus nuancée. Au-delà de ces individus plus ou moins héroïsés, la contribution des écosystèmes au succès des uns et des autres doit être rappelée.


La couverture médiatique et politique des récentes vagues d’IA met au premier plan des visages (Sam Altman, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Peter Thiel…), et tend à personnifier la dynamique technologique. La success story devient l’histoire d’un fondateur héroïque, nous noterons d’ailleurs l’absence de fondatrice. Cette lecture simplificatrice masque pourtant la réalité des processus d’innovation, qui sont des produits collectifs et territorialisés, construits par des alliances entre universités, financeurs, marchés publics, incubateurs et réseaux locaux. Déconstruire ces récits individuels pour rendre visibles les mécanismes concrets autour de l’innovation apparaît plus que jamais indispensable. Récemment, nous avons d’ailleurs assisté à une panoplie de discours alarmistes sur les risques de l’IA par les dirigeants eux-mêmes (Sam Altman chez Open AI, Dario Almodei chez Anthropic) de l’industrie de l’IA.

S’agit-il d’alertes sincères ou d’une stratégie de renforcement de leur influence afin de pousser à une régulation qui viendrait davantage toucher les petites start-up et l’open source, plutôt que les grands acteurs déjà installés ? Des prises de paroles que le français Arthur Mensch (Mistral AI), interrogé par le Monde, qualifie « de distraction » occultant le réel enjeu actuel du secteur, celui d’un système oligarchique de l’information, « le vrai risque de l’intelligence artificielle à venir, c’est celui de l’influence massive sur la manière dont les gens pensent et sur la manière dont ils votent ».

Identification politique

La mise en récit des fondateurs n’est pas qu’un biais journalistique : c’est une force performative (c’est-à-dire la capacité d’un récit à produire lui-même la réalité qu’il décrit) qui guide l’action collective. En érigeant un visage seul en porte-voix, le récit facilite l’identification politique et médiatique d’un protagoniste, canalise l’attention publique et légitime des modèles d’organisation particuliers : la scalabilité, la disruption, la domination des marchés globaux.

Anthony Galluzo, chercheur en sciences de gestion, a montré combien le mythe du fondateur héros (ou founder as hero structure les imaginaires entrepreneuriaux contemporains. Or, cette visibilité masque les ressources et les relations qui rendent ces trajectoires technologiques possibles.




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Un triptyque gagnant

Les écosystèmes d’innovation se sont constitués progressivement dès l’après-guerre, et surtout à partir des années 1950, autour d’un triptyque : acteurs académiques, industriels et publics. Aux États-Unis, l’industrialisation des campus (comme Stanford), les transferts technologiques issus de la recherche universitaire, les commandes gouvernementales (défense, spatial), rejoints plus tard par le capital-risque, ont façonné des réseaux d’acteurs interconnectés.

Dès les années 1990, le concept de « triple hélice », en reprenant la collaboration entre l’université, l’industrie et l’État, rend compte de ces imbrications. Il montre comment l’innovation naît d’alliances et se renforce par des institutions, des financements et des infrastructures partagées.

La voie française

Les modèles californien et français diffèrent fortement, l’un articulé autour du capital-risque et des transferts universitaires, l’autre structuré depuis une dizaine d’années par une orchestration étatique (structuration de la French Tech, intervention de Bpifrance, politiques territoriales). Reste que ces deux modèles obéissent à une dynamique profonde commune : l’innovation n’émerge pas d’un acte solitaire mais d’un jeu d’alliances entre acteurs publics, privés et académiques.

Bien que les trajectoires californiennes et françaises se différencient par leurs histoires, leurs ressources et leurs cultures institutionnelles, la différence tient moins au principe collectif qu’à la manière dont ce collectif est financé, organisé et raconté. Malgré les différences marquées dans la façon de produire l’innovation, la Californie n’est pas l’anti-modèle d’une innovation « collective », elle en est au contraire l’une des origines historiques et l’un des laboratoires les plus aboutis. Autrement dit, on n’entreprend pas seul, les succès attribués aux « fondateurs » sont en réalité le produit d’assemblages collectifs, de ressources partagées et de choix politiques et financiers convergents.

Mécanique de l’innovation

Les trajectoires technologiques se construisent au quotidien par des mécanismes concrets et différents selon les acteurs. D’un côté, les fonds de capital-risque légitiment des projets par leur choix d’investissement. En sélectionnant certains modèles et en signalant leur attractivité, ceux que l’on nomme également VC pour Venture Capital, orientent quelles typologies d’innovations accèdent aux ressources et ont la visibilité nécessaire pour se développer.

Les laboratoires publics et universitaires, de leur côté, orientent les agendas de recherche en fonction des expertises locales, des financements disponibles et des besoins territoriaux (santé, mobilité, cybersécurité, etc.). Ces ressources de connaissance et de formation façonnent les capacités d’apparition de filières.

Un acheteur stratégique

L’État, quant à lui, opère par institutionnalisation : appels à projets, critères d’éligibilité, structurent les grandes orientations souhaitables. Mais l’État peut aussi agir comme acheteur stratégique (contrats publics, commandes), le cas particulièrement aux États-Unis, ce qui oriente directement les marchés et les priorités technologiques indépendamment des logiques de marché pures.

Auprès des entrepreneurs, ces trois parties (financeurs privés, centres de recherche et action publique) produisent des « chemins obligés » par lesquels certaines innovations émergent tandis que d’autres restent marginales.

L’IA révélatrice des récits dominants

La montée de l’IA générative révèle au grand jour les hiérarchies de puissance entre acteurs, ce que la chercheuse Kate Crawford décrit comme la matérialité politique de l’IA, à la fois une infrastructure, une industrie et un régime d’extraction. Cette matérialité politique se combine ici à la mise en récit, pour consolider des positions dominantes. La rivalité géopolitique autour de l’IA se raconte souvent comme une « guerre ». Dans cette dramaturgie, chaque espace construit ses propres héros pour justifier une prétention au leadership mondial. La discipline révèle, tout autant qu’elle renforce, des ordres organisationnels préexistants.

Le cas de l’IA chinoise dont tout le monde parlait il y a 18 mois semblait emprunter un autre modèle. En Chine, l’IA est pilotée par une stratégie d’autonomie technologique ( « Made in China 2025 »), avec des investissements massifs dans les puces et l’open-source, et des acteurs comme DeepSeek qui bousculent les équilibres mondiaux.

La personnalisation du récit et la centralité des logiques de marché contribuent à marginaliser d’autres trajectoires d’innovation qui peinent à entrer dans les cadres de légitimation dominants. Des contre-modèles émergent (avec par exemple la civic tech plus largement développée à Los Angeles, ou encore à Taïwan) mais restent fragmentaires face aux flux de capitaux et aux narrations globalisantes.

Arte 2024.

(Ré)investir le débat dans l’innovation

Comprendre les mécaniques concrètes (critères de sélection, de financement, modalités d’achats publics) permet d’identifier des leviers politiques pour orienter l’allocation des ressources. D’autre part, instituer des dispositifs de délibération (conseils citoyens, procédures de co-conception des priorités technologiques) semble nécessaire pour inscrire l’innovation dans un horizon démocratique. Pour le formuler plus directement, il ne s’agit pas seulement d’aider les start-up, mais de déterminer collectivement qui décide des finalités de l’innovation, selon quels critères et au profit de quels usages.

Si les débats médiatiques actuels privilégient souvent l’angle géopolitique dans la quête de la maîtrise technologique, cette perspective, aussi cruciale soit-elle, ne doit pas dissimuler que les trajectoires technologiques se fabriquent au quotidien par des choix nationaux et locaux.

Aux vues des élections de 2027, rappeler que l’innovation est aussi une affaire de proximité, de décisions d’achats locaux, de politiques d’accueil des acteurs, de priorités de services publics, revient à replacer la tech au cœur du débat démocratique. Reprendre la main sur l’innovation, c’est d’abord rendre ces mécanismes lisibles et co-décidables.

The Conversation

Marion Trommenschlager ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le mythe du fondateur : quand la Silicon Valley exporte ses récits jusqu’à occulter le fait que l’innovation est d’abord collective – https://theconversation.com/le-mythe-du-fondateur-quand-la-silicon-valley-exporte-ses-recits-jusqua-occulter-le-fait-que-linnovation-est-dabord-collective-278456

La curiosité, angle mort du management

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoît Meyronin, Professeur senior à Grenoble Ecole de Management, GEM

Mais pourquoi la curiosité n’est-elle jamais mise en avant comme une valeur positive du management ? Peut-être parce que la notion est ambiguë et peut renvoyer à l’indiscrétion, voire à des comportements intrusifs, quand la curiosité est, d’abord et avant tout, intérêt pour autrui. Décryptage d’une notion qui gagnerait à être davantage mobilisée et vécue dans les entreprises. Par les directions, les managers et les autres…


Un collègue rencontre des difficultés dans sa vie personnelle, ou bien la mission qui lui a été confiée dépasse ses capacités. Peu importent les raisons de ces difficultés, deux postures sont possibles : la « dictature du jugement », ou la curiosité (chercher à comprendre pourquoi il en va ainsi).

En effet, « on jugera que tel ou tel collaborateur ne fait pas correctement son travail, qu’il n’est pas sérieux, qu’il se laisse aller, mais à aucun moment on ne s’interrogera sur les raisons d’un tel comportement ».

À l’inverse, la curiosité est cet élan qui nous fait aller au-delà des apparences, pour rechercher les motifs, et, ce faisant, créer les conditions d’une résolution. Ce n’est jamais une garantie. Mais le fait de juger et de condamner a-t-il jamais démontré sa performance ?

Prendre soin

La curiosité est aussi une manière d’incarner une forme de prendre soin, tout autant qu’une condition. Il est intéressant de noter ici qu’il existe un lien ontologique entre la notion de care et la curiosité : « Son sens premier, selon Littré, c’est soin, souci », rappelle Jean-Pierre Martin. Elle « procède d’une attention affectueuse au monde. Le curieux, c’est d’abord celui qui s’inquiète, et qui a grand soin. Curieux et curé ont la même racine latine : cura. Être curieux, avoir cure ».

On peut ainsi considérer que la_ curiosité procède d’une vision humaniste du management_, vision qui se fonde sur le postulat suivant : « Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître ».

Du personnel à l’organisationnel

Que la curiosité relève ou non d’une posture personnelle, elle doit aussi pouvoir figurer au rang des pratiques culturelles promues par l’entreprise : être tout à la fois cultivée en soi, et développée à l’échelle de l’organisation comme une pratique managériale.

Or, si 38 % des managers révèlent un niveau élevé de curiosité, 43 % appartiennent à la catégorie modérée, et 18 % semblent faire preuve d’un faible niveau de curiosité. Ce sont là les résultats d’un score développé par Todd KASHDAN, professeure à George Mason University : le Curiosity Index, pour lequel près de 2.000 managers, dans six pays, ont été interrogés (en dehors de la France).

Elle stimule la créativité, favorise la coopération entre les services ou encore la satisfaction et l’engagement des collaborateurs : elle témoigne aussi d’un climat de confiance et de sécurité psychologique avérés.

De multiples bénéfices

Pour Francesca Gino, professeure à Harvard, elle est un puissant levier de transformation, car elle aide à rendre plus agiles les organisations. Bien plus, elle nous invite à ne pas faire de suppositions relativement aux autres (qui sont-ils vraiment ?), à oser explorer des alternatives : ne pas simplement rechercher les informations qui valident nos croyances, mais quêter tout autant celles qui viennent les contredire.

Dans cet article, elle fait ainsi état d’une étude portant sur dix centres de relation client qui montre que les nouveaux collaborateurs les plus curieux, sont aussi ceux qui sont les plus performants dans la relation client. En effet, ils n’hésitent pas, par exemple, à solliciter leurs collègues plus anciens pour mieux maîtriser leur nouveau métier, en leur posant des questions.

Sans curiosité, nous sommes face à ces silos que déplorent les organisations : « Nous vivons dans des mondes cloisonnés et incurieux les uns des autres », écrit Jean-Pierre Martin, membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Le philosophe évoque ainsi les ravages de l’incuriosité. Car la curiosité est, selon lui, « une passion pour les autres. […] C’est un antidote à l’indifférence. […] C’est le désir de connaître le monde de l’autre […] l’amour de l’altérité. […] C’est aller vers l’autre ».

Une valeur d’entreprise ?

Encouragez vos équipes à poser des questions, lors des séminaires et réunions. Lors de ces mêmes temps, sollicitez leurs avis et leurs idées en vous montrant sincèrement curieux de leurs retours et suggestions. À l’occasion d’une tournée terrain, posez-leur des questions plutôt que de parler. Favorisez les temps d’exploration, idéalement de façon formelle (libérez du temps pour la veille, des projets connexes ou annexes à l’activité professionnelle, comme l’a fait 3M, l’inventeur du post-it).

Vous pouvez aussi mesurer la maturité de votre organisation et bâtir un plan d’action spécifique, en intégrant la curiosité parmi les valeurs de votre organisation. Vous pouvez reconnaître les efforts, même (et surtout) s’ils n’aboutissent pas (une forme de droit à l’erreur). Vous pouvez organiser des Why ? Days pour encourager les équipes à poser des questions qu’elles n’osent peut-être pas évoquer ordinairement. Vous pouvez, enfin, ritualiser des Vis ma vie et des benchmarks pour explorer d’autres réalités. Encouragez les modalités d’enrichissement des connaissances.

Mieux recruter

Faites de la curiosité un critère de recrutement comme le font déjà de grandes marques.

Faites-en, pour finir, un critère d’évaluation. La curiosité doit ainsi devenir une pratique valorisée dans l’organisation, une posture vécue et observable, ritualisée : un élément du langage managérial.

Nombre d’organisations pratiquent le rituel des cinq pourquoi, afin d’inviter leurs équipes à réinterroger leurs pratiques – pourquoi faites-vous cela ? Quel sens cela a-t-il pour nos clients ? Etc. Se poser ces questions, c’est par essence se montrer curieux. Elle est donc déjà présente, sans être nommée, dans des méthodes de gestion et dans de nombreuses organisations.

Comprendre le travail du terrain

C’est le cas chez SNCF Réseau, où l’un des marqueurs de l’entreprise consiste à ritualiser des visites de terrain, comme nous l’a indiqué Christel PUJOL, la DGRH de l’entreprise, lors d’une interview. C’est une formidable opportunité pour se montrer curieux des équipes, de leurs métiers, en assumant le fait de ne pas tout connaître, en soulignant à l’inverse son désir de mieux savoir.

En allant eux-mêmes sur le terrain, via des tournées dûment préparées et débriefées, les dirigeants ont donc la possibilité de se montrer curieux des réalités du travail et de leurs équipes. L’authenticité perçue de la rencontre et de la disponibilité fera le reste – ou non.

De nombreux freins existent pourtant. L’application stricte des procédures, des règles, des processus peut générer une culture de la soumission à l’existant, une obéissance aveugle, une atrophie de l’attention. Ensuite, il y a la peur : pour un dirigeant, cela peut être perçu comme une marque de faiblesse (« Comment ? Il ne sait pas ? »).

Si l’on reconnaît à ces derniers un rôle d’exemplarité, alors il devient difficile d’envisager une telle culture au sein d’une organisation si eux-mêmes ne questionnent pas leurs propres croyances.

Concluons cet article par une histoire vraie : « L’idée de l’appareil photo instantané Polaroid est née d’une question posée par un enfant de trois ans. La fille de l’inventeur Edwin Land était impatiente en effet de voir une photo que son père venait de prendre. Lorsqu’il lui expliqua que la pellicule devait être développée, elle s’interrogea à voix haute : « Pourquoi devons-nous attendre la photo ? »

The Conversation

Benoît Meyronin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La curiosité, angle mort du management – https://theconversation.com/la-curiosite-angle-mort-du-management-280068

Ebola outbreak declared a global health emergency – what you need to know

Source: The Conversation – UK – By Alimuddin Zumla, Professor of Infectious Diseases and International Health, UCL

The World Health Organization (WHO) has declared the Ebola outbreak in the Democratic Republic of the Congo a “public health emergency of international concern”, with cases now confirmed in neighbouring Uganda. Here is what you need to know.

What is Ebola?

Ebola is a serious potentially fatal infectious disease. It causes fever, damage to blood vessels, and in severe cases, bleeding, organ failure and death. It was first identified in 1976 in central Africa and most outbreaks have occurred there since.

What is Bundibugyo virus, and how is it different from “regular” Ebola

Ebola is actually a group of related viruses. The most well-known and deadly is the Zaire strain, which has caused the largest outbreaks. Bundibugyo is a different strain, first identified in Uganda in 2007.

The Bundibugyo virus tends to kill around 30-50% of those infected – serious, but slightly lower than some Zaire outbreaks.

To put that in context, seasonal flu kills fewer than one in 1,000 people. COVID killed around one to two in 100 people early in the pandemic. Ebola is therefore far more deadly than most diseases most people have encountered. Outcomes depend on factors like how quickly someone receives care, the strength of the local health system and whether the patient has other underlying conditions.

Existing Ebola vaccines were designed for the Zaire strain and may not protect against Bundibugyo.

How does Ebola spread from person to person?

Ebola spreads through direct contact with an infected person’s body fluids, such as blood, vomit, diarrhoea, sweat or semen. This most commonly happens when caring for sick patients, during traditional burial practices involving the body, or through contact with infected animals. Ebola does not spread through the air like flu or COVID, and people are not contagious before their symptoms begin.

Why has this outbreak appeared in Uganda, and could it spread internationally?

Uganda borders the Democratic Republic of the Congo, where Ebola outbreaks occur regularly. People, animals and goods move frequently across that border, which can allow disease to spread before it is detected. International spread via air travel is possible but unlikely to cause a major global outbreak – Ebola requires close physical contact to spread, and international monitoring and airport screening systems help catch cases early.

What is a “public health emergency of international concern”?

This is the World Health Organization’s highest level of global health alert. It signals that an outbreak poses a potential international risk and that countries need to work together urgently. It helps unlock funding, technical support and faster international cooperation. It does not mean a global pandemic is inevitable. It is a tool to mobilise a rapid, coordinated response.

What are the symptoms of Bundibugyo virus disease?

Early symptoms are similar to flu or malaria: fever, tiredness, headache, muscle pain and sore throat. As the illness progresses, patients may develop vomiting, diarrhoea, abdominal pain, a rash, confusion and shock. Some patients experience bleeding, though this is not universal. Because the early symptoms overlap with many common diseases, laboratory testing is needed to confirm the diagnosis.

Why do Ebola outbreaks keep occurring in the DRC?

Scientists believe Ebola lives naturally in certain fruit bats. Outbreaks usually begin when people come into contact with infected animals – for example, through hunting or handling wildlife. The DRC experiences repeated outbreaks because of dense forests, high human-wildlife contact, weak health infrastructure, conflict, poverty and limited access to medical care. Climate change and deforestation may increase the risk further.

If there is no vaccine, what treatments are available?

There is no approved vaccine or targeted treatment for Bundibugyo virus specifically. Patients are treated with supportive care, meaning medical treatment that keeps the body functioning while it fights the infection. This includes fluids, oxygen, nutritional support and treating complications. Good supportive care can significantly improve a patient’s chances of survival. Researchers are actively studying antiviral drugs and antibody treatments that might work against multiple Ebola strains.

What is being done to stop the outbreak?

Health authorities, supported by the WHO and international partners, are working to identify cases quickly, isolate patients, trace people who may have been exposed, and educate communities. Safe burial practices are also critical. The global capacity to respond to Ebola has improved greatly over the past decade, with better laboratory testing, faster information-sharing, and stronger regional coordination.

Is there an Ebola vaccine? If not, are there developments in this field?

Yes, two vaccines exist for the Zaire strain of Ebola and have proven highly effective. However, neither is approved for Bundibugyo virus. Scientists are now working urgently to develop vaccines that protect against multiple Ebola strains at once. New antibody treatments that could work across different strains are also in development, with promising results in early research. The current outbreak has reinforced how important it is to invest in these broader tools before the next crisis strikes.

The Conversation

Alimuddin Zumla does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ebola outbreak declared a global health emergency – what you need to know – https://theconversation.com/ebola-outbreak-declared-a-global-health-emergency-what-you-need-to-know-283130

The Pennine hills are full of holes – here’s how they’re helping fight climate change

Source: The Conversation – UK – By Adam Johnston, Honorary Research Associate in Peatland Hydrology, University of Manchester

Excavators cut shallow areas in the peatlands as part of a project to develop more wetlands. Adam Johnston, CC BY-SA

Thousands of holes are appearing in the Pennine hills, as part of efforts to improve carbon storage by restoring damaged peatland.

Peat itself is carbon rich and so as it grows it will help to capture the CO₂ that is produced by industrial fossil fuel use that is warming the atmosphere.

Meanwhile, damaged or drained peatlands turn into a carbon source, releasing greenhouses gases themselves. About 15% of the world’s peatlands have been drained, making these kind of restoration projects essential.

But now a new project is attempting to bring these wetlands back to life. On Holcombe Moor in the West Pennines, 3,000 bunds were created in 2021, with a further 700 in 2024 as part of Natural England’s Nature for Climate Peatland Grant Scheme. Improvements are already starting to be seen.

What’s the history here?

The hills of the West Pennines are no stranger to holes, with a long history of lead and coal mining stretching back to the Roman period.

Coal fired the mills nearby during the industrial revolution in cities such as Manchester, Leeds and Sheffield. Smoke drifted back to the hills, carrying the heavy metal impurities of lead and arsenic from coal burning.

The industrial legacy remains visible in the elevated concentrations of heavy metals near the soil surface, which made it difficult for most plants to survive. Areas were stripped of all vegetation, leaving expanses of exposed soil. In the most affected places, these erosional gullies cut deep into the surface, turning places like Kinder Scout into a moonscape.

What was exposed and eroded so quickly had taken over 8,000 years to form. Much of the Pennines are covered in blanket peatland, a type of bog made through the slow accumulation of partially decayed plant matter (the type of soil we call peat).

The conditions for peat to form require a delicate balance, with the water table maintained high enough to limit the decomposition of plant matter, while still allowing plants to grow. Not just any plant can tolerate these harsh growing conditions. One species is truly specialised to bog life and forms the main building block of peat itself – Sphagnum.

A close up of Sphagnum moss.
The Sphagnum moss being used in the peatlands project.
Adam Johnston, CC BY-SA

Finding a super moss

Sphagnum moss is the key ecosystem engineer in peatlands, holding up to 20 times its weight in water to maintain the saturated conditions needed for its growth.

When in a healthy state, new Sphagnum grows up through the older moss, raising the water table with it to leave the older moss submerged, partially decayed, which forms the peat itself. Bogs grow only millimetres per year, but over millennia this can build several metres of peat.

The organic nature of peat means it is carbon rich, so much so that UK peatlands store over 3 billion tonnes of carbon, around ten times more than all UK woodland carbon stocks.

Restored wetlands could also help protect the area from wildfires at the UK starts to see more extreme temperatures.

A close up of a bund pool with a measuring stick in it.
Measuring a bund pool.
Adam Johnston., CC BY-SA

Human pressure and pollution

With human pressures, including past industrial pollution, bog growth has been disrupted. Sphagnum has disappeared from these peatlands.

Now, peatland restoration efforts are under way. From the early 2000s organisations including Moors for the Future Partnership have spent decades blocking gullies to raise water tables, reseeding bare peat and planting Sphagnum moss, transforming the worst affected peatlands from dark moonscapes to vibrant green moss-scapes.

Though blocking erosional gullies with stone or timber dams has proven successful in deeply eroded peat, restoring flatter moorland plateaux presents a different set of challenges. Namely, how to restore the wet conditions required to encourage more Sphagnum moss to grow. However, this hasn’t stopped restoration organisations from trying a novel restoration method which might work to restore flatter peatlands.

Five years on from the start of the project, the original bunds are covered with grasses and many pools are now brimming with Sphagnum moss, looking more like natural bog pools.

Scallop bunds are crescent-shaped pools, created by digging shallow scrapes in the peat surface using special low impact excavators. The aim is to capture surface water which would otherwise run quickly off the hill after rainfall. The water stored in bund pools helps to maintain wetter conditions at the bog surface for Sphagnum moss to re-establish and grow on moorland plateaus.

The National Trust, in partnership with the University of Manchester, is undertaking long-term research to understand the potential for bunds as a peatland restoration method.

The 2025 drought followed one of the driest springs in England for over 100 years.

It provided the first test of extreme weather in this peat bund experiment. Preliminary monitoring during the 2025 drought suggests bunded areas remained wetter for longer than unrestored peat, helping to maintain wetter conditions near the peat surface for longer – the conditions required to support Sphagnum growth.

The excavator machines up on the hills today don’t signal a return to the industrial past, but an attempt to restore the damage it left behind.

The Conversation

Adam Johnston has received funding from charities delivering peatland restoration

ref. The Pennine hills are full of holes – here’s how they’re helping fight climate change – https://theconversation.com/the-pennine-hills-are-full-of-holes-heres-how-theyre-helping-fight-climate-change-282925

Why European households throw away so much food – and how to curb the waste mountain

Source: The Conversation – UK – By Ian Williams, Professor of Applied Environmental Science, University of Southampton

ArieStudio/Shutterstock

Europe is wasting huge amounts of food while millions of people globally experience hunger. Wars in Ukraine and the Middle East have squeezed supply chains. The cost of living crisis has pushed many families to the edge.

Without strengthening environmental sustainability, supply chain resilience and household affordability, food security risks will increase significantly. Yet households still throw away huge amounts of edible food. This is not just waste. It is lost calories, lost money and a growing climate problem.

My team’s new analysis of European households find they discard more than 70kg of food per person each year. An estimated 69 million tonnes of food was wasted in Europe and the UK in 2025 according to our calculations, based on average food waste for the EU and the UK, and the current combined population. But it’s a global problem: around the world in 2022 – the latest year we have data for – households, retail and food service wasted 1.052 billion tonnes.

The European Commission reports that a four‑person household would save €400 (£346) per year on food that is ultimately wasted. But the problem is not simply about money. The main drivers of food waste are lack of knowledge and understanding, as well as health-related concerns about supposedly out-of-date food, plus an increase in eating for convenience.

Here’s why Europeans waste food and what we should do about it.

Shopping: why we buy more than we eat

Promotions and panic buy triggers push people to buy more than they need. Multi-buy deals, three-for-two and buy-one-get-one-free offers nudge shoppers to take more than they need. Time pressure and shopping while hungry make this worse. Our analysis shows planning matters: people who check their fridge and shop with a list waste less.

Retail design plays a key role. Large pack sizes and limited small portion options mean single households buy food they cannot finish. Near-expiry discounts can help, but only if shoppers have a plan to use or freeze the food. Retail nudges must be paired with household tools, not left to chance.

hand scraping food waste from chopping board into bin
When people understand the difference between quality and safety, they throw away less.
Pormezz/Shutterstock

Once food is home, everyday management determines whether it is eaten or discarded. Confusion over date labels is a major driver of avoidable waste. Many people treat “best before” as a safety cutoff. They throw food away to avoid the risk of illness. This fear outweighs guilt about wasting food. Simple clarity on labels would cut discards fast.

Storage skills matter too. Freezing, batch cooking and first in, first out routines (using oldest stock first, with newest stock used last) dramatically reduce spoilage. Frozen food is wasted far less than fresh. Teaching basic storage and quick preservation techniques is a high‑return, low‑cost fix.

Food planning can be hard: modern life is busy – people eat on the go and many rely on convenience meals. That convenience culture increases waste. Social norms push buying too much food. Hosting, hospitality and the desire to offer choice leads households to cook more than they need. In some cultures, abundance equals care – and that creates more uneaten food being left on plates.

Income alone does not explain the pattern. We found no simple link between national GDP (the standard measure of the size of an economy and of economic growth) and household food waste. Wealthier countries can waste less, but the relationship is inconsistent and shaped by local habits, tourism and measurement methods. The real drivers are behavioural and contextual.

Next steps

Our study points to three clear ways to strengthen policy and build resilience of food supply chains by cutting waste.

First, fix the signals. Standardise date labels and run a public information campaign. When people understand the difference between quality and safety, they throw away less.

Second, change retail practices. Encourage smaller pack sizes, resealable formats and messaging on promotions to encourage items are frozen for a future date. Incentivise supermarkets to sell imperfect produce and to price near expiry items clearly to encourage people to buy them.

Third, support households directly. Fund community cooking classes, fridge management campaigns and simple digital tools that track what’s in the home. Invest in kerbside food collections and food digestion treatment so unavoidable waste is diverted from landfill.

No single policy will solve household food waste. Interventions must combine retail reform, clear regulation and consumer support. They must be tailored to local cultures and household types and designed to strengthen the maintenance of food security.

We can cut household food waste quickly by encouraging clear labels, smarter shopping and better storage. Small changes at home add up to big savings for the planet and for family budgets.

The next step is simple: design policies that work for people where they live, shop and cook. That not only cuts down on food waste – we will also save money, emissions and dignity (by enabling people to access and use food without shame or judgement and without the need for charitable food banks).

This all increases our food security. The solutions are practical, cheap and ready to scale. There is no time to waste.

The Conversation

Ian Williams receives funding from UK Research Councils, including the Engineering and Physical Sciences Research Council’s Impact Acceleration Account.

ref. Why European households throw away so much food – and how to curb the waste mountain – https://theconversation.com/why-european-households-throw-away-so-much-food-and-how-to-curb-the-waste-mountain-282198

Raghu Rai: the trailblazing photographer who documented the vast diversity of a changing India

Source: The Conversation – UK – By Parvati Nair, Professor of Hispanic, Cultural and Migration Studies, Queen Mary University of London

In April, as India’s governing Hindu nationalist Bharatiya Janata Party (BJP) ran elections in parts of the country, a visionary Indian passed away. He went quietly, much as he had lived, and left behind a vast photographic archive of the world’s most populous nation.

Raghu Rai (1942-2026) was India’s foremost photographer. Born prior to independence in what is now Pakistan, he and his family were one of the many millions forced to relocate during Partition.

For more than 60 years, Rai created a continuous visual record of India post-independence. He photographed major national figures, important moments in the country’s complex development, and the wide diversity – geographic, religious, cultural, social and ethnic – that shapes what it means to be Indian.

In subtle but persistent ways, his images challenged the country’s current dominant narratives. His work raised doubts about rigid nationalist rhetoric, government policies, and some of the questionable myths that underpin the ideology and politics of Hindu nationalism.

Photographs of a changing nation

Rai rose to international fame when he became the first Indian to join the renowned photographic agency Magnum. Well before then, though, his images were in the global daily press. As such, his photography is intrinsically woven into how India came to be thought of at home and abroad.

Rai shot both in colour and black-and-white, his aesthetic turning ordinary moments into fragments of awe, insight and grace. His lens captured the breadth of India – from Kashmir to Kerala, and from the Himalayas to the Arabian Sea.

He photographed major establishment figures and the many unpredictable moments of everyday life, including quiet, personal scenes of reflection. His subjects ranged from leaders such as Indira Gandhi, the Dalai Lama and Mother Teresa to the landscapes and ordinary people of rural and urban India.

Thematically, Rai’s images spanned city life, spiritual journeys, landscapes and many other aspects of Indian society. They were often shot from a wide-angled lens that framed social scenes. His images of classical Indian musicians offer proof of how photographs can hold the flow and rhythm of music through nuanced attention to tonality, mood and evocation.

But perhaps most haunting is his photograph of a dead infant buried in rubble. It was captured in the aftermath of the world’s worst industrial tragedy, the Bhopal disaster of 1984.

Over 500,000 people in the vicinity of the Union Carbide India Limited pesticide plant were exposed to the highly toxic gas methyl isocyanate. The child’s open, sightless eyes force the viewer to look this horror in the face.

In Rai’s wide-ranging photographs, the nation appears in transformation. His work helped Indians to see themselves as part of this larger national movement, connected through shared relationships and interactions. In his images, you can see the colours, contrasts, tensions and energy of Indian life, captured in brief moments that seem to flow into one another.

To consider the panorama of his work is to see India not as divided or hierarchical, but as a complex, interconnected mix of people and cultures.

A spiritual exploration

Rai’s death marks the end of an era of photojournalism forged in pre-digital times. Much changed in his lifetime, but his dedication to photography was, as he put it, a spiritual exploration. His work reflects this search for revelation across the length and breadth of India.

This idea of “quest” should be heeded. Its relevance is more urgent today than ever, as India’s Hindu nationalist government finds yet more ways to extend its grip on this vast and diverse nation – promoting the view that to be truly Indian, one must adhere to its ideology.

Rai’s images go beyond what is shown in the frame, opening up possibilities that aren’t fully defined or explained. His work traces the evolution of India over more than half a century, and proposes endless facets of the country in ways that build connections across geographies, perspectives and people.

The Conversation

Parvati Nair does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Raghu Rai: the trailblazing photographer who documented the vast diversity of a changing India – https://theconversation.com/raghu-rai-the-trailblazing-photographer-who-documented-the-vast-diversity-of-a-changing-india-282934

80 % des engrais utilisés en Afrique sont importés : comment les systèmes alimentaires peuvent s’adapter au choc iranien

Source: The Conversation – in French – By Jaron Porciello, Visiting Fellow in the School of Integrative Plant Science, Cornell University

Le conflit dans le golfe Persique perturbe l’approvisionnement en engrais, et les systèmes alimentaires africains risquent d’en pâtir.

Les systèmes agroalimentaires (les activités qui relient les personnes, les investissements et les décisions impliqués dans la production et la distribution de denrées alimentaires et de produits agricoles) dépendent d’un flux constant d’intrants tels que les engrais, ainsi que des marchés, des infrastructures et des décisions politiques et commerciales.

Ces systèmes alimentaires peuvent absorber les chocs et trouver de nouveaux moyens de maintenir l’approvisionnement même sous pression. Mais ils sont également fragiles. Une perturbation dans une partie du système a des répercussions sur les autres, comme le montre clairement le conflit en Iran qui a éclaté fin février 2026.




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Voici comment la guerre contre l’Iran affecte les agriculteurs et les systèmes alimentaires d’Afrique subsaharienne : les pays du Golfe (dont l’Iran) sont le plus grand exportateur au monde d’ingrédients pour engrais. À lui seul, l’Iran est le quatrième plus grand exportateur mondial d’urée, un ingrédient clé des engrais – et l’un des moins chers

Le Nigeria, le Ghana, le Togo, le Kenya, la Tanzanie et l’Afrique du Nord achètent tous de l’urée depuis l’Iran.

Le Qatar est un autre producteur et exportateur clé d’urée. Mais il a cessé de produire de l’urée début mars 2026. En effet, il a besoin de gaz pour la fabriquer – et ses usines de gaz ont été touchées par des missiles iraniens.

Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, étroit passage situé près de l’Iran, a baissé de 95 % depuis le début de la guerre. Cela signifie que les engrais qui continuent d’être produits dans les pays du Golfe ne peuvent plus quitter la région.

C’est une mauvaise nouvelle pour l’Afrique subsaharienne, qui importe environ 80 % des engrais qu’elle utilise. Ces importations proviennent de notamment de la Russie,, d’Europe, de l’Ukraine, de l’Inde, de la Chine et des États du Golfe. Le Malawi, par exemple, importe 52 % de ses engrais du Golfe. Le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud importent également des ingrédients des pays du Golfe et les utilisent pour fabriquer des engrais qu’ils exportent.




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Les prix des engrais ont déjà augmenté. Et, contrairement au pétrole, il n’existe pas de réserve stratégique coordonnée au niveau international pour les engrais. Lorsque l’approvisionnement est perturbé, il le reste.

Je suis chercheure et praticienne et j’étudie comment les données et les politiques peuvent être mises à contribution pour prendre de meilleures décisions dans les systèmes alimentaires et l’agriculture. Récemment, j’ai fait partie d’une équipe qui a étudié les moyens de mettre fin à la faim et à toutes les formes de malnutrition en modifiant le système agroalimentaire afin que les aliments nutritifs soient plus disponibles, abordables et accessibles aux communautés pauvres, souvent rurales.

Nous nous intéressons tout particulièrement aux types d’interventions susceptibles d’attirer des investissements tant du secteur privé que du secteur public.

Nos recherches ont montré que la nourriture en Afrique est souvent disponible, mais qu’elle n’est pas abordable, sûre ou suffisamment variée pour constituer une alimentation saine. Par exemple, au cours des 50 dernières années, les politiques gouvernementales ont favorisé les subventions, les incitations tarifaires et les programmes d’achat visant la culture de denrées de base (maïs, blé, riz). Mais à elles seules, ces cultures ne sont pas très riches en nutriments. Se focaliser principalement sur elles équivaut à marginaliser les aliments plus riches en nutriments.

Nos recherches ont mis en évidence plusieurs moyens permettant aux systèmes agroalimentaires africains de fournir des aliments plus nutritifs à l’avenir. Cela est possible même lorsque l’approvisionnement en engrais est limité. Nous en présentons quelques-uns ci-dessous.

De la pandémie à la guerre en passant par Ormuz : les chocs liés aux engrais en Afrique

Les perturbations dans l’approvisionnement en engrais et les dommages causés aux systèmes agroalimentaires en Afrique ne sont pas un phénomène nouveau.

Entre 2020 et 2024, les chaînes d’approvisionnement en engrais ont été mises à rude épreuve par la COVID-19, puis par la guerre en Ukraine. Les agriculteurs africains ont amorti ces chocs en réduisant la quantité d’engrais utilisée pour leurs cultures. Mais cela a entraîné une baisse des rendements, une diminution des revenus et un resserrement des budgets des ménages.




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Il est important de rappeler que l’approvisionnement en engrais est étroitement lié à des décennies de politiques de subvention, d’investissements publics et de débats sur le type d’agriculture que les gouvernements africains devraient promouvoir. Ces approvisionnements sont très contestés et politisés, façonnés autant par l’histoire et le pouvoir que par les données agronomiques et les choix économiques des ménages.

La menace actuelle de pénurie n’est qu’une partie du tableau.

Dix moyens pour les pays africains de s’en sortir en utilisant moins d’engrais

Les systèmes alimentaires africains qui survivront à la crise des engrais liée à la guerre en Iran seront ceux qui mettront en place des programmes axés sur la nutrition et continueront d’investir dans des innovations réduisant la dépendance aux engrais.

Notre rapport identifie dix interventions à fort impact qui améliorent la nutrition et les résultats alimentaires. Plusieurs d’entre elles sont particulièrement pertinentes à l’heure actuelle :

  • Les agriculteurs devraient commencer à cultiver des fruits, des légumes et des légumineuses, et pratiquer l’agroforesterie. Cela améliore la santé des sols et permet de produire des aliments riches en nutriments.

  • Les potagers familiaux peuvent améliorer l’alimentation et la sécurité alimentaire des ménages, à condition que les personnes bénéficient d’une formation et d’une éducation nutritionnelle.

  • L’aquaculture (poisson) et l’élevage durables, y compris la volaille, stimulent la production et la consommation de protéines.

  • Les cultures biofortifiées, telles que les haricots riches en fer cultivés au Rwanda et les patates douces à chair orange au Mozambique, intègrent directement les nutriments dans la culture pendant la production. Comme elles contiennent plus de nutriments, elles ne gaspillent pas autant d’engrais.

  • Les infrastructures de stockage et de distribution réduisent la détérioration des aliments. Elles améliorent également la qualité des aliments.

  • Les aliments peuvent être enrichis (en y ajoutant des vitamines et minéraux essentiels) lors de leur transformation. Cela améliore la valeur nutritionnelle sans nécessiter de changements dans les méthodes de culture.

  • Des pratiques de manipulation des denrées alimentaires et de gestion agricole doivent être mises en place pour garantir la sécurité sanitaire des récoltes.

  • L’éducation nutritionnelle contribue à faire de meilleurs choix alimentaires au quotidien afin que, lorsque la nourriture est disponible, elle permette d’adopter une alimentation plus variée et plus nutritive.

  • Les programmes de protection sociale, tels que les transferts monétaires et les bons alimentaires, aident les familles lorsque les prix augmentent.

  • La fourniture de repas scolaires spécialement conçus pour être nutritifs offre un retour sur investissement élevé.

La marche à suivre

Nos recherches soulignent que ces interventions ne peuvent fonctionner que sous la forme d’un ensemble ou d’un paquet de mesures de soutien. La question du genre est également importante. Nos recherches ont montré que les femmes ne parviennent pas toujours à manger des aliments riches en nutriments, même lorsqu’il y en a davantage à la maison.

Ces interventions représentent ce qui fonctionne aujourd’hui. Mais les gouvernements et les chercheurs devraient également voir plus loin. Par exemple, des scientifiques du Centre for Research on Programmable Plant Systems, (dont des chercheurs de l’université Cornell) mettent au point des plantes spécialisées appelées « plantes indicatrices ». Une plante dite “indicatrice” est généralement placée stratégiquement dans un champ de cultures pour servir de système d’alerte précoce.

Ils ont par exemple mis au point un plant de tomate qui vire au rouge vif lorsque la présence d’azote dans le sol tombe à des niveaux critiques. Ce plant fournit aux agriculteurs des informations précises et en temps réel sur les besoins de leurs champs.

Des outils comme ceux-ci pourraient transformer la relation que les agriculteurs entretiennent avec les engrais. Ils permettent, en effet, de réduire le gaspillage, de diminuer les coûts et d’intégrer une forme « d’intelligence fertilisante » au sein même du système agricole.

The Conversation

Jaron Porciello bénéficie d’un financement du BMZ allemand et de la Fondation Gates.

ref. 80 % des engrais utilisés en Afrique sont importés : comment les systèmes alimentaires peuvent s’adapter au choc iranien – https://theconversation.com/80-des-engrais-utilises-en-afrique-sont-importes-comment-les-systemes-alimentaires-peuvent-sadapter-au-choc-iranien-282621