Le footballeur Kylian Mbappé est parfois critiqué pour son jeu insuffisamment défensif. Or, ces propos se basent sur ce qu’ils voient en ignorant les consignes qui lui ont été données. Au-delà du football, cette attitude se retrouve souvent dans le monde professionnel. Elle révèle surtout un dysfonctionnement de l’entreprise.
Kylian Mbappé ne revient pas toujours défendre. Tout le monde l’a vu. Tout le monde a un avis. Mais avant de conclure qu’il ne fait pas son travail, une question mérite d’être posée : savons-nous réellement ce que Didier Deschamps lui demande de faire ?
Il ne revient pas. Il marche parfois. Il laisse ses coéquipiers défendre sans lui. À l’approche du Mondial 2026, les critiques s’étaient accumulées. Des statistiques sur le faible volume d’actions défensives de Kylian Mbappé ont circulé. Le verdict est rapidement tombé ! « Il ne fait pas assez d’efforts », « il joue pour lui », « il n’est pas assez collectif ». Pourtant, peu d’observateurs connaissent précisément la consigne.
Déviation par rapport au comportement attendu
On entend régulièrement dans le football actuel que « tout le monde doit défendre ». À force d’être répétée, cette affirmation finit par devenir une norme implicite : celui qui ne défend pas semble dévier du comportement attendu. Or cette norme suppose que le même comportement est attendu de tous les joueurs, indépendamment du rôle que leur attribue leur sélectionneur. C’est précisément cette hypothèse que le débat sur Mbappé invite à interroger.
Didier Deschamps l’a placé dans l’axe et lui a confié le brassard de capitaine. Mbappé lui-même rappelle que l’efficacité de l’attaque dépend de la coordination, des mouvements, du positionnement et des rotations entre les joueurs. Autrement dit, son rôle ne peut pas être compris isolément. On juge donc un comportement visible sans connaître ce qui était demandé.
Une erreur de raisonnement courante
C’est une erreur de raisonnement très courante. Nous observons ce qu’un individu fait ou ne fait pas et nous en déduisons ce qu’il vaut. Mais un comportement ne dit rien par lui-même. Il ne prend son sens qu’au regard de ce qu’on attendait de la personne. Sans cette information, le jugement est aveugle.
Nous commettons exactement la même erreur au travail, tous les jours. C’est peut-être même l’une des sources fréquentes du sentiment d’injustice au travail. Nous avons parfois l’impression d’être évalués sur ce qui se voit, plutôt que sur ce qui nous était réellement demandé.
Un commercial passe ses journées au téléphone, en rendez-vous ou à déjeuner avec des clients. Pour ses collègues qui ne voient pas directement son activité, il peut donner l’impression d’être peu présent, voire peu impliqué. Derrière ce jugement, une norme implicite : un bon salarié serait d’abord un salarié visible à son poste. Mais prospecter, négocier et entretenir des relations font précisément partie de son métier.
Des exemples dans la vie professionnelle
Un salarié quitte systématiquement le bureau à 17 heures. Certains collègues y voient un manque d’investissement. Là encore, une norme culturelle implicite agit. La personne qui reste tard serait plus engagée que celle qui part à l’heure. Pourtant, il a peut-être simplement terminé ce qu’on lui demandait, tandis que celui qui reste jusqu’à 20 heures compense une mauvaise organisation.
Un manager passe ses journées en réunion. On peut avoir l’impression qu’il ne produit rien. La norme implicite : travailler c’est produire quelque chose de directement observable. Pourtant, si son rôle consiste à coordonner des équipes, ces réunions sont précisément son travail.
L’activité visible ou l’objectif ?
Dans chaque cas, l’erreur est la même ; on juge l’activité visible sans connaître l’objectif assigné. Cette erreur est d’autant plus tentante que l’effort visible rassure. Quelqu’un qui court, qui reste tard, qui répond vite ou qui enchaîne les réunions, donne des signes immédiatement lisibles d’engagement. À l’inverse, celui qui marche, part à l’heure ou travaille loin du regard collectif, paraît plus suspect. Mais ces signes disent parfois peu de la contribution réelle. Ils disent surtout ce qui est facile à observer.
M6 Infos 2026.
Pourquoi cette erreur est-elle si fréquente ? Parce que, contrairement aux objectifs, les comportements sont toujours visibles. On voit Mbappé marcher mais on ne voit pas les consignes de Deschamps. On voit le salarié partir à 17 heures mais on ne voit pas ce qu’il avait à accomplir dans sa journée.
Quelle définition du « bon » travail ?
Le problème n’est donc pas seulement individuel. Quand une organisation laisse ses attentes implicites, elle pousse chacun à interpréter les comportements à partir de ses propres critères. Certains valorisent la présence, d’autres la réactivité, d’autres encore la disponibilité permanente. Faute de cadre partagé, chacun fabrique sa propre définition du « bon travail ».
C’est cette asymétrie qui explique un sentiment que beaucoup connaissent. Celui d’être jugé sur de mauvais critères. D’être évalué sur ce qu’on voit de nous plutôt que sur ce qu’on nous a demandé d’accomplir. Ce sentiment n’est pas toujours une illusion. Il reflète souvent une réalité. Les attentes n’ont pas été rendues suffisamment lisibles, ni pour la personne évaluée, ni pour ceux qui l’observent. Quand les rôles restent flous, chacun finit par juger avec les critères qu’il voit.
Alors, Mbappé doit-il défendre ? Peut-être. Peut-être pas. La réponse dépend du rôle que Didier Deschamps lui a confié, et c’est précisément ce que nous ignorons. Pour que le débat soit bien posé, avant de juger un collaborateur, un collègue… ou un joueur de foot et avant de dire que son comportement est acceptable ou non, interrogeons-nous d’abord sur les objectifs qui lui ont été réellement assignés.
Laurent Modolo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Le monde du football s’est emparé de la question de la diversité, non sans que quelques tensions soient observées. Mais comment est accueillie cette démarche ? Une analyse de plusieurs milliers de publications en ligne révèle une réalité subtile. Où l’on révèle que pour le public, toutes les formes de diversité ne se valent pas !
Nelson Mandela affirmait que « le sport a le pouvoir d’unir les gens comme peu d’autres choses le font ». Cet idéal est au cœur du message de la FIFA pour la Coupe du monde 2026, présentée comme une célébration de l’unité, de la diversité et de l’inclusion.
Mais cette symbolique s’accompagne de tensions. Dans un contexte mondial marqué par les débats sur l’immigration, l’identité nationale et les droits des personnes LGBTQ+, la Coupe du monde continue de susciter des controverses autour du visa d’un arbitre somalien, des déplacements des supporters et de la participation de l’Iran. Comme lors du débat autour du brassard « OneLove » en 2022, le football reste un espace central où se cristallisent des enjeux sociétaux plus larges et souvent polarisés.
Ces discussions ne s’arrêtent pas aux stades. Elles se prolongent sur les réseaux sociaux, où, chaque publication, campagne ou prise de position est immédiatement amplifiée, commentée et débattue à grande vitesse. Dans cet environnement, les fédérations, sponsors et marques doivent composer avec une forte visibilité mais aussi une exposition accrue aux réactions publiques. Une question centrale émerge alors : comment communiquer efficacement sur la diversité et l’inclusion dans un espace aussi fragmenté et polarisé ?
Une diversité pénalisante ?
Pour répondre à cette question, nous avons analysé plus de 6 000 publications Facebook et Instagram issues de neuf fédérations européennes de football. En nous appuyant sur des entretiens avec des experts du secteur, nous avons distingué sept dimensions de la diversité : le genre, la race et l’origine ethnique, l’âge, le handicap, la religion et la culture, l’orientation sexuelle et la classe sociale.
Pris dans leur ensemble, les contenus liés à la diversité semblent générer en moyenne moins d’engagements que les autres publications. Ce résultat, cohérent avec certaines études antérieures, peut facilement conduire à une lecture simpliste selon laquelle la diversité serait « pénalisante » sur les réseaux sociaux. Une telle interprétation serait toutefois trompeuse.
En réalité, l’analyse par dimension révèle une structure beaucoup plus fine des réactions du public. Les publications mettant en avant la diversité de genre ou d’âge suscitent en moyenne moins d’engagements. À l’inverse, celles illustrant la diversité raciale génèrent davantage de réactions positives sur Facebook comme sur Instagram. Ces différences importantes expliquent en partie pourquoi la littérature scientifique est souvent contradictoire : certaines recherches isolent une seule dimension de la diversité, tandis que d’autres les agrègent en un indicateur unique. Nos résultats montrent que la diversité et l’inclusion ne forment pas un concept homogène, mais un ensemble de dimensions distinctes, susceptibles de déclencher des réponses sociales, émotionnelles et culturelles très différentes selon les publics.
Un enjeu de communication
Ces résultats déplacent la question centrale, puisqu’il ne s’agit pas de savoir si les organisations doivent communiquer sur la diversité et l’inclusion, mais comment elles doivent le faire de manière pertinente et contextualisée.
Premièrement, les organisations doivent aller au-delà des messages génériques sur l’inclusion et identifier précisément quelles dimensions de la diversité elles mettent en avant dans leur communication. Les réactions des publics dépendent fortement du contexte culturel, du secteur d’activité, mais aussi des normes implicites propres à chaque communauté en ligne. Une marque de grande consommation, une entreprise technologique ou une université peuvent ainsi observer des dynamiques très différentes, voire opposées. L’enjeu n’est donc pas de suivre une recette universelle, mais de comprendre les attentes et sensibilités de sa propre audience.
Deuxièmement, il est essentiel de distinguer communication et impact. Les contenus où la diversité est intégrée de manière naturelle dans la communication quotidienne tendent à générer des performances plus solides que ceux reposant principalement sur des campagnes explicites, des slogans ou des hashtags dédiés. Cela ne remet pas en cause la légitimité des prises de position publiques, mais suggère que leur efficacité dépend fortement de leur cohérence avec l’ensemble du discours de marque et de leur intégration dans des contenus perçus comme authentiques.
L’équipe TV 2026.
Des effets discrets à ne pas ignorer
Troisièmement, il faut dépasser une lecture strictement quantitative de l’engagement. Si certains contenus liés à la diversité génèrent moins de « j’aime » ou de commentaires, ils peuvent néanmoins avoir un effet plus discret mais stratégique : celui de modifier la composition de l’audience engagée. Nos analyses exploratoires suggèrent en effet que certains types de contenus attirent des publics plus diversifiés selon différentes dimensions identitaires. Autrement dit, la valeur de ces communications ne réside pas uniquement dans le volume d’interactions, mais également dans la capacité à élargir et diversifier la base sociale de l’engagement, ce qui constitue un enjeu croissant pour les organisations.
À mesure que la Coupe du monde 2026 se déroule, le football continuera de générer des débats sur l’identité, l’appartenance et la représentation, bien au-delà des terrains. Ces discussions se joueront autant sur les réseaux sociaux que dans les stades, et chaque prise de position y sera immédiatement interprétée et discutée dans des environnements souvent polarisés.
Pour les organisations sportives comme pour les marques, l’enjeu n’est plus de déterminer si la diversité a sa place dans la communication. Il s’agit désormais de reconnaître qu’elle est multidimensionnelle, que les publics sont hétérogènes, et que la performance d’une stratégie de communication ne peut être réduite aux seuls indicateurs d’engagement à court terme.
Les auteurs ont reçu une subvention de l’Union des associations européennes de football (UEFA).
Arno De Caigny et Kristof Coussement ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
Una versión de este texto se publicó por primera vez en nuestro boletín Suplemento cultural, un resumen quincenal de la actualidad cultural y una selección de los mejores artículos de historia, literatura, cine, arte o música. Si quiere recibirlo, puede suscribirse aquí.
Cuando se estreno La llegada en cines, algunos lingüistas se enfadaron por la prominencia que la película le daba a la hipótesis de Sapir-Whorf, según la cual el lenguaje determina el pensamiento. Es una hipótesis muy discutida en ese campo científico que, no obstante, acababa siendo un maravilloso recurso narrativo. Si no han visto ese filme, háganlo. Los extraterrestres nunca trajeron tanta poesía a la Tierra como en esa ocasión.
Desde que comencé a trabajar en The Conversation he aprendido mucho sobre el poder del lenguaje y la influencia que tiene en la sociedad gracias a nuestras autoras –y lo digo en femenino porque suelen ser mujeres–. Sin abrazar la polémica hipótesis antes mencionada, ellas han explicado el impacto que tienen en la mente las palabras que usamos y cómo en cierta forma configuran nuestra forma de movernos por el mundo.
A Iraide Ibarretxe-Antuñano acudí en busca de respuestas tras habernos pasado semanas en España escuchando la expresión, notablemente eufemística, “prioridad nacional” para definir políticas discriminatorias y racistas. Ella nos ayuda a descifrar que su vaguedad es parte de su éxito. ¿De quién hablamos cuando decimos “prioridad nacional”? ¿Cómo sabemos que es una categoría fija e inmutable?
Esos cancerberos
Y hablando de palabras… estamos en época de Mundial y, también, de Odisea (sí, como ya decíamos, es el clásico de moda este verano). Es un buen momento para unir ambos temas y reflexionar sobre el lenguaje que utilizamos para describir el balompié (ojalá se vuelva a poner de moda un término tan precioso) y los vínculos que tiene con la Antigüedad.
Desde el nombre de algunos equipos al apelativo de algunas posiciones en el campo, los clásicos siempre están ahí.
La mujer y la leyenda
Eva es un mito universal, sea uno creyente o no. La historia de la mujer que no siguió las normas, que desobedeció, y nos condenó a todos a vivir con dolor ha atravesado los milenios mientras cumplía muchos de sus objetivos. Entre ellos se encuentra, por supuesto, el de destacar que las señoras somos sucedáneos de los señores y que lo mejor que podemos hacer es decir sí a todo porque cuando pensamos por nosotras mismas la liamos.
Este mensaje nocivo es lo que han querido discutir, a lo largo de los siglos XX y XXI, diferentes autoras hispanoamericanas. Así, novelas y obras le han tendido la mano a esa mujer icónica y han decidido contar su historia desde otro punto de vista.
De Yes a Rodrigo Cuevas
Hoy en la sección musical hay de todo un poco. Por un lado, hablamos del rock progresivo, ese fenómeno de masas en los 70 que quiso fusionar la música culta con el gusto popular. Aunque se dice que el género desapareció hace décadas, a tenor de las lecturas y los comentarios que ha provocado el artículo, podemos dudar de esta afirmación. Si se sigue escuchando algo… ¿ha muerto o sigue de parranda?
David Uclés, en La península de las casas vacías, invirtió la cronología de esa pregunta. Si alguien ha vivido una época anterior a la de la composición de una melodía ¿acaso no tiene un escritor derecho a jugar con el tiempo para darle el poder escucharla en la ficción? La novela está salpicada de referencias musicales que saltan la cuarta pared y en muchas ocasiones se revelan como anacronismos pero que siempre buscan enriquecer la experiencia del lector.
Y hablando ya de la historia de España, volvamos nuestra vista a los Coros y Danzas, a la preservación (y, en algunos casos, manipulación) del folclore tradicional en una senda que nos lleva de la Sección femenina –ahí es nada– al cabaret de Rodrigo Cuevas.
Les années 1960 constituent une période charnière dans l’histoire d’Abdullah Ibrahim. C’est à cette époque que le maître sud-africain s’est progressivement imposé sur la scène internationale comme pianiste de jazz. Il y a posé les bases du style qui fait aujourd’hui sa renommée, alors même que son œuvre continue d’être célébrée
On se souvient surtout de lui pour avoir su créer des paysages sonores typiquement sud-africains : des harmonisations d’hymnes religieux, les rythmes ghoema du Cap et les appels islamiques à la prière. Son interprétation sur scène se caractérisait par une simplicité raffinée et une grande grande respiration musicale.
Ce tournant musical s’est accompagné d’un cheminement spirituel qui a conduit à sa conversion à l’islam et à son changement de nom : il est passé de Dollar Brand à Abdullah Ibrahim en 1968.
The World of Dollar Brand est une série d’articles qu’Abdullah Ibrahim a écrits et publiés dans le journal Cape Herald en 1968 et 1969. Ces textes éclairent les épreuves qu’il a traversées ainsi que son évolution musicale après son départ d’Afrique du Sud pour l’Europe en 1962.
Comme je l’explique dans mon étude consacrée aux artistes de jazz sud-africains et à l’exil, il est peut-être impropre de qualifier cette période d’« exil » dans le cas d’Abdullah Ibrahim. Lui et son épouse, la jazziste et militante Sathima Bea Benjamin, sont revenus en Afrique du Sud de juillet 1968 à mai 1969, puis de nouveau en 1970 et en 1974.
Cependant, à mesure que l’Afrique du Sud s’éloignait physiquement, elle gagnait en présence dans la poétique du son et du discours d’Ibrahim. Ces premières années d’absence d’Afrique du Sud révèlent les facettes les moins connues de sa carrière musicale.
Pourtant, à travers sa musique, ses écrits et ses interviews de cette époque, nous pouvons retracer la manière dont Ibrahim imaginait et construisait l’Afrique musicalement. Il cherchait à exprimer une identité ancrée dans ses racines africaines.
Les années d’« exil »
Né au Cap en 1934, Adolph Johannes (Dollar) Brand était un pianiste prolifique sur la scène des boîtes de nuit sud-africaines depuis l’âge de 17 ans.
Lorsqu’il quitta l’Afrique du Sud avec Benjamin en 1962, il jouissait déjà d’une solide réputation. Il avait collaboré au premier disque de bebop sud-africain, Verse 1 des Jazz Epistles, aux côtés de figures de proue du jazz sud-africain telles que Kippie Moeketsi, Hugh Masekela et Jonas Gwangwa.
Dans sa biographie, Benjamin se souvient que le couple « mourait littéralement de faim faute d’opportunités » à l’époque du régime de la minorité blanche et de l’apartheid. L’état d’urgence déclaré après le massacre de Sharpeville de 1960 a étouffé la scène du jazz sud-africain. Avec l’aide d’un ami proche, Paul Meyer, Ibrahim et Benjamin sont partis pour Zurich.
Ils sont arrivés dans le froid glacial de l’hiver suisse, dans une chambre infestée de punaises de lit, et ont eu du mal à trouver du travail. Ibrahim a écrit dans le Cape Herald que son premier point de contact à Zurich était le Club Africana, mais que les responsables y avaient trouvé sa musique «trop moderne». Il a finalement « réussi à trouver le ton juste » auprès des gérants du club – ce qui laisse entendre qu’il a dû faire un certain compromis musical de son côté – et a décroché un contrat de quatre mois et demi par an avec ses compatriotes sud-africains Johnny Gertze à la basse et Makaya Ntshoko à la batterie.
Malgré ces difficultés, cette période a marqué une évolution majeure de sa musique. Il s’est consacré à d’intenses heures de pratique au piano, allant même jusqu’à faire de l’exercice physique pour « soutenir une longue période de jeu à deux mains ». Il a perfectionné ses compétences de soliste et a fait évoluer sa manière de composer.
Il écrit :
Beaucoup des formes musicales, principalement inspirées des modèles américains, avec lesquelles je travaillais en Afrique du Sud étaient devenues contraignantes. J’ai créé de nouvelles pièces qui m’offraient une liberté totale et la possibilité d’improviser… avec de nombreux schémas rythmiques s’appuyant sur la pulsation… comme fondement.
L’accent mis sur la pulsation – les plus petites unités de temps régulières en musique – plutôt que sur la mesure (généralement organisée en groupes de deux, trois ou quatre temps formant un motif régulier et répétitif, par exemple : UN deux trois, UN deux trois) montre qu’Abdullah Ibrahim s’inspire des traditions musicales africaines.
De courtes lignes de basse répétées en boucle structurent les morceaux, pendant que la main droit improvise librement dessus. Ce cycle court est une marque de fabrique de nombreuses traditions musicales africaines.
La rencontre avec Duke Ellington
Un événement marquant du séjour d’Ibrahim à Zurich fut sa rencontre avec la star américaine du jazz Duke Ellington en 1963. L’histoire est bien connue. Ellington se produisait à Zurich et Benjamin le convainquit de venir écouter un set du Dollar Brand Trio. Visiblement impressionné, Ellington invita Benjamin et Brand à enregistrer avec lui à Paris, quelques semaines plus tard.
Cela donne lieu à deux albums : Duke Ellington presents the Dollar Brand Trio (1964), et A Morning in Paris de Benjamin (sorti seulement en 1997). Le soutien d’Ellington a sans aucun doute ouvert des portes à Ibrahim, même si sa carrière attendra plusieurs années avant de décoller.
Les voyages d’Ibrahim entre 1962 et 1965 témoignent des difficultés qu’il rencontrait pour gagner sa vie. Il se produisait dans des festivals européens et multipliait les contrats. Ses passages, de 1963 à 1965, au Jazzhus Montmartre de Copenhague ont donné lieu à l’enregistrement live publié sous le titre Anatomy of a South African Village (1965) et Round Midnight at the Montmartre (sorti seulement en 1988).
On peut y entendre certaines de ses « nouvelles formes ». Après un séjour à Londres, Ibrahim et Benjamin s’installèrent à New York en 1965. La ville devint leur port d’attache pour les quatre décennies suivantes.
Le concert en solo
Ibrahim donne son premier concert en solo au célèbre Carnegie Hall le 10 octobre 1965, ce qui le propulsa sur la scène jazz new-yorkaise de manière hautement symbolique.
Le concert était en grande partie organisé par lui-même, ce qui lui rappelle les débuts de sa carrière en Afrique du Sud.
Dans ce concert, sa préférence pour le piano solo est déjà perceptible. Dans le Cape Herald, il déclarait :
La formation habituelle avec basse et batterie devenait trop restrictive et il était assez difficile de trouver un bassiste capable de jouer les passages rapides que je souhaitais.
Ce furent des années difficiles pour Ibrahim. Malgré l’aide généreuse des Ellington, il ne trouvait pas de travail. Il se consacra corps et âme à la pratique et à l’étude des partitions, déclarant :
La forme du piano solo commençait à prendre forme.
La conversion à l’islam
Ibrahim et Benjamin sont retournés en Afrique du Sud pendant dix mois en 1968 et 1969. C’est à cette époque que Dollar Brand s’est converti à l’islam. Ibrahim décrit cette période comme un temps de purification et de quête spirituelle qui a conduit à sa conversion.
Cette période reflétait l’évolution technique de sa pratique musicale, qu’Ibrahim a décrite dans une interview à la radio BBC comme étant liée à évolution personnelle.
Selon une critique parue dans le Cape Herald à propos de son premier concert à Kensington, au Cap, son public avait du mal à suivre cette nouvelle direction.
Bien que la silhouette montée sur scène « fût bel et bien le bon vieux Dollar, débraillé mais très apprécié », le critique rapporte que « Dollar s’est mis à jouer pour lui-même, et des morceaux complètement déjantés ont commencé à planer bien au-dessus des têtes du public ». Les spectateurs murmuraient, s’agitaient, puis finirent par crier : « Retourne en Amérique ! ».
Si Ibrahim avait perdu son public du Cap dès 1968, sa musique a su le reconquérir à son retour en 1974. Avec le producteur Rashid Vally, il a enregistré l’un de ses albums les plus connus, Mannenberg – is where it’s happening (1974).
Dans le morceau « Mannenberg », le cycle musical court refait son apparition, mais cette fois sous la forme familière du motif marabi, pilier du jazz sud-africain depuis les années 1920, qui constitue la colonne vertébrale de cette pièce.
Associés aux timbres distinctifs des saxophones des musiciens du Cap Robbie Jansen et Basil Coetzee, ces sons sont devenus synonymes d’un foyer auquel Ibrahim n’avait accès que par l’imagination et par le son, après avoir quitté le pays en 1974 pour un exil qui allait devenir définitif.
Ces mélodies résonneront lors du concert-hommage gratuit organisé en son honneur au Cap le 29 juin.
Cet article fait référence aux écrits d’Ibrahim publiés dans le Cape Herald. Ce journal anti-apartheid a cessé de paraître en 1986 et, bien que ces articles soient disponibles dans les archives, il n’existe pas de lien vers ceux-ci en ligne.
Stephanie Vos travaille à l’université de Stellenbosch.
Source: The Conversation – in French – By Guy Richard, Directeur de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Inrae
« Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs », s’alarmait, en 2002, Jacques Chirac en utilisant la formule du physicien Jean-Paul Deléage, disparu en 2023.Joey Senft/Unsplash, CC BY
Les dernières canicules en Europe ont pris de court les populations et les pouvoirs publics, mais pas les scientifiques qui alertent depuis des décennies sur le réchauffement climatique. Pourquoi, dès lors, n’ont-ils pas été plus écoutés ?
L’histoire contemporaine des alertes environnementales trouve l’un de ses moments fondateurs dans la publication, en 1962, de Silent Spring (Printemps silencieux) par Rachel Carson (1907-1964). En révélant les effets délétères des pesticides sur la santé humaine et les écosystèmes, la biologiste américaine inaugure une forme moderne d’alerte fondée sur l’expertise scientifique. Son ouvrage a contribué à transformer les politiques environnementales, mais a également suscité de vives réactions de la part des industriels concernés. Ceux-ci ont contesté à la fois ses conclusions et sa crédibilité.
Rachel Carson, pionnière de la lutte contre les pesticides.
Depuis lors, les alertes se sont multipliées : pluies acides, destruction de la couche d’ozone, changement climatique, désertification, érosion de la biodiversité ou pollutions chimiques. Pourtant, malgré l’accumulation des connaissances scientifiques, elles demeurent souvent remises en cause, ignorées ou accueillies avec scepticisme.
Les alertes ne restent pas nécessairement lettre morte. Printemps silencieux, par exemple, a débouché sur une large interdiction du DDT. Les travaux des chimistes Mario Molina et Frank Rowland ont conduit à une interdiction progressive des CFC, principales substances appauvrissant la couche d’ozone. Dans ces deux cas, des solutions de substitution assez simples à mettre en œuvre ont rapidement émergé ; ce qui a pu limiter le coût du changement tout en faisant émerger des acteurs économiques favorables à cette transition.
Mais même ces changements ne se sont pas faits sans résistances. Dans la plupart des cas, on doit s’interroger sur les raisons qui rendent si difficile de faire entendre ces alertes.
Des risques que nous percevons de moins en moins
Les premières alertes environnementales portaient souvent sur des nuisances locales : fumées industrielles, rivières polluées, déchets toxiques ou intoxications chimiques. Elles étaient fréquemment relayées par les populations directement concernées – riverains, pêcheurs, agriculteurs ou associations de victimes. Les populations éloignées des zones concernées percevaient rarement le problème, comme nous sous-estimons souvent les pollutions engendrées dans les pays en développement par notre consommation.
Aujourd’hui, les principaux enjeux environnementaux présentent une difficulté supplémentaire. Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou la perturbation des grands cycles biogéochimiques résultent de l’accumulation de millions de décisions individuelles et collectives. Leurs effets apparaissent parfois à l’autre bout du monde et souvent plusieurs décennies après leurs causes.
Plus les problèmes deviennent globaux, moins ils sont directement perceptibles. La plupart d’entre nous ne voient ni l’augmentation de la concentration atmosphérique en CO₂, ni l’érosion de la diversité génétique des espèces, ni l’acidification progressive des océans.
La disparition des insectes pollinisateurs ou le déclin des populations d’oiseaux communs passent largement inaperçus pour les non-spécialistes, a fortiori avec une population massivement urbanisée. Ce n’est qu’à travers des suivis scientifiques réalisés sur plusieurs décennies que ces tendances deviennent visibles.
Une amnésie générationnelle
Prenons l’exemple des oiseaux communs. Beaucoup ont le sentiment d’en voir encore dans leur jardin. C’est ce qu’on appelle l’« amnésie écologique ».
En France, la mesure du déclin des populations d’oiseaux n’apparaît clairement qu’en réunissant les observations recueillies depuis plus de trente ans par des milliers d’observateurs bénévoles. Ces derniers ont suivi un protocole identique dans toute la France, à travers le Suivi temporel des oiseaux communs (STOC), coordonné par la Ligue de protection des oiseaux et le Muséum national d’histoire naturelle.
Sans cet effort de long terme, cette érosion resterait largement invisible. Nous savons, grâce à ce travail minutieux, que les populations d’oiseaux ont décliné de 57 % depuis 1980 dans les plaines agricoles.
Le suivi temporel des oiseaux communs dans les Pyrénées.
Les alertes environnementales contemporaines reposent ainsi de moins en moins sur l’observation d’événements intelligibles et de plus en plus sur l’interprétation de séries de données accumulées au cours de plusieurs décennies.
De même, personne ne perçoit directement une hausse moyenne de la température mondiale d’environ 1,3 °C. Celle-ci n’apparaît qu’à travers l’accumulation de millions de mesures réalisées sur l’ensemble de la planète. Inversement, les épisodes de 1976 ou de 2003 sont toujours dans les mémoires et alimentent l’idée que « [la canicule,] ce n’est pas nouveau ».
Le « paradoxe de l’environnementaliste »
Un paradoxe supplémentaire complique la situation. Malgré la multiplication des alertes, une grande partie de l’humanité a connu au cours des dernières décennies une amélioration de ses conditions de vie : allongement de l’espérance de vie, recul de certaines formes de pauvreté, accès accru à l’éducation, à l’énergie ou aux soins. Cette situation correspond à ce que certains chercheurs ont appelé le « paradoxe de l’environnementaliste ».
Les alertes décrivent ainsi des dégradations peu ou pas perceptibles par la population. À l’inverse, les bénéfices des activités qui les provoquent demeurent largement visibles dans l’expérience quotidienne.
Face à ces phénomènes, l’expérience personnelle ne suffit donc plus. Les alertes environnementales reposent de plus en plus sur la médiation de la science.
De fait, les scientifiques ont appris à détecter des dégradations invisibles à l’échelle individuelle, à identifier les causes, à anticiper les conséquences futures et à explorer les réponses possibles. Sans les mesures atmosphériques, les suivis de biodiversité, les modèles climatiques ou les études épidémiologiques, une grande partie des atteintes environnementales contemporaines resterait encore imperceptible.
Cette situation crée cependant une difficulté. La science parle un langage qui n’est pas celui du débat public. Elle raisonne en probabilités, en scénarios, en marge d’erreur et en niveaux de confiance. Elle expose ses controverses et ses incertitudes. Cette prudence constitue une force, du point de vue de la connaissance. Mais elle peut devenir une faiblesse dans l’espace médiatique ou politique, où les messages simples et catégoriques circulent souvent plus facilement.
Par exemple, les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) n’annoncent pas un futur unique, mais explorent plusieurs trajectoires possibles en fonction de différents scénarios d’émissions. Les conclusions sont exprimées sous forme de probabilités ou de niveaux de confiance. Cette manière de raisonner est indispensable à la démarche scientifique, mais contraste avec l’attente fréquente de réponses simples et définitives.
Pour la plupart des citoyens, il est impossible de vérifier personnellement ces résultats. L’adhésion repose donc largement sur la confiance accordée aux institutions scientifiques et à leur méthode. Or, cette confiance n’est plus aussi évidente qu’elle a pu l’être.
Cette dépendance à l’expertise scientifique rend également les individus plus sensibles à certains mécanismes psychologiques bien identifiés. De nombreux travaux en sciences comportementales, notamment ceux du psychologue et économiste Daniel Kahneman ou de la psychologue Elke Weber, montrent que nous avons tendance à privilégier les bénéfices immédiats, les situations familières et les informations compatibles avec nos valeurs ou nos intérêts.
Or, les alertes environnementales demandent souvent l’inverse. Elles invitent à prendre au sérieux des risques futurs, à envisager des transformations profondes et à accepter des messages complexes ou anxiogènes.
Dans le même temps, les environnements numériques facilitent la circulation de récits concurrents qui proposent des explications plus simples du monde. Ces récits offrent souvent davantage de certitudes, désignent clairement des responsables et procurent un sentiment d’appartenance à une communauté partageant les mêmes convictions.
La recherche (par exemple, les travaux du chercheur en sciences cognitives Stephan Lewandowsky) montre que leur attractivité ne dépend pas seulement du niveau d’éducation ou d’information. Elle répond également à des besoins psychologiques et sociaux : réduire l’incertitude, préserver une identité collective ou maintenir un sentiment de contrôle sur les événements. La difficulté des alertes environnementales tient donc aussi à la concurrence entre différents récits du réel.
Quand les alertes semblent remettre en cause la prospérité
Une autre singularité des alertes environnementales est qu’elles concernent souvent des activités qui ont largement contribué à l’amélioration du bien-être humain. L’industrialisation, l’exploitation des énergies fossiles, l’intensification agricole ou le développement des transports ont permis des progrès considérables en matière de santé, d’alimentation, de mobilité ou de richesse matérielle.
Cette situation distingue les alertes environnementales de nombreuses autres alertes sanitaires ou techniques. Ces dernières portent souvent sur des produits ou des pratiques dont les bénéfices apparaissent limités au regard des dommages qu’ils provoquent. Ainsi, l’interdiction des chlorofluorocarbures (CFC), responsables de la destruction de la couche d’ozone et utilisés notamment dans le fonctionnement de réfrigérateurs et de climatiseurs, a été facilitée par l’existence de substituts techniques rapidement disponibles.
Cette situation distingue les grands enjeux environnementaux contemporains d’alertes sanitaires plus anciennes qui ont pu être résolues sans remettre en cause l’organisation générale de l’économie. Ainsi, l’interdiction progressive de l’amiante ou la suppression de l’essence plombée ont porté sur des produits clairement identifiés, pour lesquels des solutions de remplacement ont progressivement été développées.
À l’inverse, réduire la dépendance aux combustibles fossiles suppose de transformer simultanément les systèmes énergétiques, les transports, une partie de l’industrie, l’agriculture ou encore l’aménagement des territoires. Les alertes environnementales contemporaines mettent ainsi en question des activités qui restent associées, dans l’expérience collective, au progrès matériel et à l’amélioration des conditions de vie.
Les scientifiques qui identifient les causes des dégradations environnementales sont ainsi conduits à interroger des technologies, des secteurs économiques et des modes de vie qui demeurent étroitement liés à notre prospérité.
Le « biais de statu quo »
Cette difficulté est renforcée par ce que les psychologues et les économistes comportementaux appellent le « biais de statu quo » : face à l’incertitude, nous avons spontanément tendance à préférer les situations existantes, même lorsqu’elles comportent des risques à plus long terme.
Même lorsque des alternatives existent, elles apparaissent souvent comme des promesses futures, alors que les coûts du changement semblent immédiats : investissements, transformations industrielles, modifications des habitudes de consommation ou craintes pour l’emploi.
L’alerte environnementale ne demande donc pas seulement de reconnaître un risque. Elle invite aussi à réévaluer certains fondements matériels du développement contemporain.
Depuis plusieurs décennies, enfin, de nombreux travaux ont documenté les stratégies mises en œuvre par certains secteurs économiques pour retarder ou affaiblir les régulations. Par exemple : financement de recherches destinées à entretenir la controverse, campagnes de communication, lobbying politique ou mise en avant systématique des incertitudes résiduelles.
Les historiens des sciences Naomi Oreskes et Erik M. Conway ont montré comment certains acteurs industriels ont développé des stratégies visant moins à réfuter les résultats scientifiques qu’à maintenir l’impression d’une controverse permanente. Ceci notamment en finançant des recherches ou des expertises mettant en avant des explications alternatives susceptibles de détourner l’attention des causes les mieux établies. Ces pratiques ont été documentées dans les domaines du tabac, des pluies acides, des pesticides – où de multiples facteurs alternatifs ont été invoqués pour relativiser la responsabilité des néonicotinoïdes dans le déclin des pollinisateurs – et, surtout, du changement climatique.
Les stratégies ont cependant évolué. Pendant longtemps, il s’agissait principalement de contester certains résultats scientifiques. Aujourd’hui, les attaques visent plus largement la crédibilité des scientifiques, des institutions de recherche ou de la démarche scientifique elle-même, comme le montrent Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant et Tamara Ben Ari.
Cette évolution intervient dans un contexte où la confiance envers les institutions est fragilisée et où la diffusion de récits concurrents est devenue plus rapide et plus massive.
Faire reconnaître des connaissances dérangeantes
Les alertes environnementales ne sont pas les seules à rencontrer des résistances. L’histoire des lanceurs d’alerte, des controverses sanitaires ou des révélations politiques montre que les sociétés n’accueillent pas sans résistance les informations qui remettent en cause des intérêts établis ou des représentations dominantes. Depuis le mythe de Cassandre, condamnée à annoncer des catastrophes sans jamais être crue, jusqu’aux débats contemporains sur le climat ou la biodiversité, le problème n’est donc pas seulement de produire des connaissances, mais de faire accepter des informations dérangeantes.
Les alertes environnementales ne posent donc pas seulement la question des connaissances scientifiques. Elles révèlent une transformation plus profonde : à mesure que les risques deviennent globaux, diffus et différés, l’expérience individuelle ne suffit plus à les appréhender. Les alertes environnementales reposent désormais largement sur des connaissances auxquelles le public doit faire confiance, sans pouvoir les vérifier directement.
Cette situation ouvre aussi un espace particulièrement favorable aux stratégies de manipulation : lorsque les faits ne peuvent plus être directement éprouvés, la confiance accordée à ceux qui les établissent devient elle-même un enjeu du débat public, voire un objet de confrontation politique ou économique. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire des savoirs, mais de préserver les conditions qui permettent à une expertise indépendante d’être reconnue comme suffisamment crédible pour éclairer les choix collectifs.
Jean-Michel Salles a reçu des financements de l”ANR au cours de sa carrière, mais pas directement sur cette thématique..
Guy Richard et Michel Colombier ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By María del Mar Crespí Ferriol, Profesora Titular Laboral de Derecho del Trabajo y Seguridad Social, Universitat de les Illes Balears
Los datos no dejan lugar a dudas: el absentismo por incapacidad temporal lleva años creciendo en España. En poco más de una década, el número de trabajadores de baja médica se ha multiplicado por dos y medio. Solo en 2023, las incapacidades temporales supusieron cerca de 369 millones de jornadas de trabajo perdidas, el equivalente a que un millón de personas estuvieran de baja cada día del año.
El crecimiento del gasto asociado a esta prestación ha situado el fenómeno en el centro del debate político, empresarial y sindical. Sin embargo, la tentación de encontrar soluciones sencillas lleva a veces a simplificar un problema complejo. En él confluyen factores médicos, laborales, económicos y jurídicos que deben analizarse de forma conjunta.
Desde la perspectiva de la salud, el incremento del absentismo guarda una estrecha relación con el envejecimiento de la población trabajadora, el aumento de las enfermedades crónicas y el crecimiento de los problemas de salud mental.
A lo anterior se añaden determinadas condiciones de trabajo, como la elevada intensidad laboral, las jornadas irregulares o los riesgos psicosociales (estrés, acoso, agotamiento), que deterioran la salud de los trabajadores y aumentan la probabilidad de bajas médicas. En este ámbito todavía existe un amplio margen de mejora en prevención y vigilancia epidemiológica. Por ejemplo, un estudio realizado en Navarra estimó que un 17 % de los trastornos mentales podían tener un origen laboral no detectado.
La asistencia sanitaria constituye otro elemento decisivo porque cuanto más rápida y eficaz es la atención médica, menor suele ser la duración de las incapacidades temporales. En España, un trabajador espera de media 121 días para ser operado por la sanidad pública. Esta demora prolonga la ausencia y, además, empeora el pronóstico y la recuperación. En esta línea, los recientes acuerdos que permiten a las mutuas colaborar en el tratamiento de enfermedades traumatológicas pueden contribuir a acortar estos procesos.
Reincorporación laboral
Junto a la recuperación médica, en las enfermedades duraderas resulta igualmente importante facilitar el retorno al trabajo. La experiencia de varios países europeos demuestra que las reincorporaciones progresivas, mediante reducciones temporales de jornada o adaptaciones del puesto, favorecen la recuperación y disminuyen el riesgo de recaídas.
La falta de estas medidas en España tiene consecuencias graves. Por ejemplo, se ha estimado que un 18 % de las mujeres que dejaron su empleo tras superar un cáncer de mama podrían haber seguido trabajando si hubieran contado con apoyos para reincorporarse. La reciente propuesta de facilitar una reincorporación progresiva tras el alta médica se mueve en esa dirección.
La situación económica también desempeña un papel relevante. No es casualidad que el crecimiento actual de la incapacidad temporal comenzara en 2012, coincidiendo con la recuperación del empleo tras la crisis económica. Cuando el riesgo de despido es elevado y encontrar otro empleo resulta difícil, los trabajadores son más reticentes a solicitar una baja médica. Cuando el mercado laboral mejora y esa presión disminuye, las incapacidades temporales también aumentan.
Estas normas han modificado los incentivos que influyen sobre las decisiones de los trabajadores y pueden haber favorecido el aumento de las bajas. Sin embargo, esto no significa que esas ausencias sean enteramente fraudulentas. Una mayor protección también puede haber reducido el número de trabajadores que antes acudían a trabajar estando enfermos.
En definitiva, ninguna explicación aislada permite comprender el crecimiento del absentismo y ninguna solución sencilla permitirá resolverlo. Las respuestas más eficaces pasan por combinar políticas de prevención, una asistencia sanitaria más ágil, medidas de retorno progresivo al trabajo y un marco normativo equilibrado. El objetivo debe ser proteger la salud de los trabajadores sin renunciar a una gestión eficiente de las ausencias laborales.
María del Mar Crespí Ferriol no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.
Mientras usted lee este artículo, miles de personas estarán en el agua (mar, piscina, río o embalse) bañándose, practicando deporte, mejorando su salud o trabajando. La inmensa mayoría volverá a casa sin incidentes. Lamentablemente, algunas personas no lo harán o volverán con secuelas serias y permanentes.
¿Por qué se ahogan personas que saben nadar? Seguimos asociando la seguridad acuática casi exclusivamente con la capacidad de mantenerse a flote, pero no son conceptos equivalentes.
Evolución en el aprendizaje de la natación
Durante buena parte del siglo XX, el objetivo de aprender a nadar como mera capacidad de no hundirse tenía todo el sentido. Aprender a flotar, respirar y desplazarse en el agua supuso un enorme avance para millones de personas, pues estas competencias proporcionan una primera capa de protección frente al ahogamiento.
Sin embargo, muchos ahogamientos (mortales y no mortales) afectan a personas que saben nadar, incluso a aquellas que nadan muy bien. En muchos casos, lo que falla no es la falta de competencia natatoria, sino la capacidad para identificar y comprender el riesgo real, así como las decisiones que se toman.
Saber nadar ya no es suficiente
Existe una diferencia sustancial entre saber nadar (desplazarse en el agua sin apoyarse en el suelo y sin material de flotación) y estar preparado para desenvolverse con seguridad en cualquier entorno acuático. El común denominador de las piscinas familiares, las playas con oleaje, los ríos con corriente o los embalses con fondos impredecibles es que todos estos espacios tienen agua, pero presentan riesgos completamente distintos. La técnica de nado puede ser similar, pero las decisiones y las capacidades requeridas para bañarse con seguridad en cada escenario no son las mismas.
En los últimos años, la enseñanza tradicional de la natación ha evolucionado hacia un concepto mucho más amplio: la competencia acuática. Este enfoque integra las habilidades motrices con el conocimiento del medio, la identificación de peligros, la regulación emocional y la toma de decisiones responsables y ajustadas a la realidad individual.
La educación que puede salvar vidas
Cuando se analizan los accidentes y los datos nacionales de ahogamientos, aparecen patrones sorprendentemente similares. Entrar en zonas de baño sin socorristas, ignorar las banderas y las señales de seguridad, bañarse tras consumir alcohol u otras sustancias, comportarse de forma imprudente, sobrestimar las propias capacidades y subestimar las condiciones del medio o rescatar a otras personas sin la debida preparación son situaciones que se repiten una y otra vez. Tampoco es infrecuente la falta de supervisión del baño de las personas más desprotegidas frente al ahogamiento (menores, mayores y personas con discapacidad). Salvo excepciones, el factor común no suele ser la falta de habilidad física, sino la toma de decisiones desafortunadas.
Esta realidad obliga a replantear cómo educamos a la población. Si enseñamos educación vial para conducir vehículos o caminar por las calles, hábitos saludables para prevenir enfermedades o primeros auxilios para responder ante una emergencia, ¿por qué no educamos también para convivir con seguridad en un medio al que millones de personas estarán expuestas durante toda su vida?
Precisamente desde esta perspectiva nace el concepto de alfabetización acuática, esto es, de educación acuática preventiva en el ámbito escolar. Parte de una idea sencilla: la prevención de los ahogamientos comienza mucho antes de entrar al agua. Comienza cuando la población joven e infantil empieza a comprender el medio acuático, a reconocer sus límites y a tomar decisiones responsables.
La escuela constituye un escenario privilegiado para desarrollar esta cultura preventiva. Igual que educa para la salud, la economía, la sostenibilidad o la convivencia, también puede contribuir a que toda la población se relacione con el agua (disfrutar, practicar deporte, trabajar, mejorar la salud, etc.) de forma segura durante toda la vida.
Siete decisiones que pueden evitar un ahogamiento
Además de la importancia de elegir zonas de baño vigiladas por socorristas y con servicios de emergencia, la seguridad también depende de las decisiones cotidianas que cada persona toma antes y durante el baño.
No confunda saber nadar con ser inmune al ahogamiento. La técnica natatoria no elimina los riesgos de una corriente, un oleaje intenso, un cambio brusco de profundidad, una pérdida de conocimiento o un problema con la fauna acuática. Evite nadar o bucear en solitario, no se aleje de la orilla y practique actividades y deportes acuáticos con material de seguridad (chalecos salvavidas, tubos de flotación, etc.).
Antes de entrar al agua, valore el medio y piense de forma realista si podrá salir. El estado del agua, las características del entorno, las corrientes, la meteorología o la profundidad pueden dificultar o impedir su salida.
Bañeras en el pozo de las paredes de Navacepeda de Tormes, en el lecho del río Barbellido. Angel L/Shutterstock
Respete las normas de seguridad. Las banderas, la señalización y las recomendaciones o apercibimientos del personal de rescate deben entenderse como herramientas de prevención que pueden salvarle la vida a usted y a su familia.
Ayudar sin comprometer nuestra vida. Ante una persona que se ahoga, debe llamar al personal de rescate. Si está sólo, ayude desde fuera del agua con medios de alcance o de flotación que pueda acercar o arrojar a quien se ahoga. Elija siempre zonas de baño vigiladas por socorristas, pues los rescates son maniobras muy peligrosas que deben ser realizadas por profesionales.
Vigilar continuamente a las personas más desprotegidas frente al ahogamiento (menores, mayores y personas con discapacidad). Los ahogamientos de estas personas pueden producirse silenciosamente en piscinas familiares que carecen de vallado perimetral. Sobre todo, durante la comida o la siesta y en cuestión de segundos; sin que nadie se percate. Otro problema de las piscinas son los atrapamientos. Instale rejillas anti-atrapamiento en los sumideros de fondo y facilite el acceso directo al apagado de la depuradora. En estos casos, la velocidad de actuación es vital.
No ceda a la presión del grupo y no se exponga a riesgos innecesarios. Si cree que aceptar un reto propuesto por el grupo puede comprometer su seguridad, no lo acepte. A veces, esta decisión marca la diferencia entre la vida y la fatalidad.
Nunca entre al agua bajo los efectos del alcohol o de otras sustancias. El alcohol, las drogas y ciertos medicamentos pueden condicionar la percepción de la realidad, alterar el comportamiento y comprometer la capacidad para responder adecuadamente ante una situación complicada e inesperada.
Cada ahogamiento representa una tragedia personal y familiar, pero también una oportunidad para reflexionar sobre cómo debemos educar a nuestra sociedad. Durante el siglo XX aprendimos a movernos en el agua. El gran desafío del siglo XXI consiste en comprender, respetar y convivir de forma segura con este medio.
Porque la mejor prevención contra el ahogamiento no empieza cuando alguien cae al agua. Comienza mucho antes, cuando educamos a las personas para vivir en, sobre y alrededor del agua.
Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.
La configuración urbana influye directamente en la distribución espacial de las temperaturas. La abundancia de superficies impermeables, el predominio de materiales con alta capacidad de absorción térmica y la escasez de vegetación favorecen la acumulación de calor durante el día y su liberación lenta durante la noche. Como resultado, determinados barrios presentan una mayor exposición al estrés térmico.
Ante este escenario, surge el concepto de refugio climático como una estrategia de adaptación urbana, que ofrece condiciones ambientales más confortables durante episodios de calor extremo gracias a la presencia de sombra, vegetación, agua y diseño bioclimático.
Estos espacios reducen la temperatura ambiente, proporcionan refugio temporal a la población y pueden encontrarse en parques urbanos, jardines, corredores verdes, plazas arboladas, patios escolares adaptados o equipamientos públicos acondicionados para ofrecer confort térmico. Su función no es solo reducir la temperatura, sino también mejorar la salud, favorecer la cohesión social y aumentar la resiliencia urbana frente al cambio climático.
Desde la planificación urbana, los refugios climáticos pueden clasificarse en tres categorías: refugios verdes (parques, jardines y corredores ecológicos), refugios azules (espacios asociados al agua, fuentes, láminas de agua y zonas húmedas urbanas) y refugios interiores climatizados (bibliotecas, centros culturales, centros de mayores y equipamientos públicos).
Por otro lado, las soluciones basadas en la naturaleza también contribuyen a mitigar el calor. Entre ellas destacan el incremento del arbolado urbano para proporcionar sombra y enfriamiento mediante evapotranspiración, la creación y ampliación de parques y zonas verdes, el desarrollo de corredores ecológicos que conecten espacios verdes y faciliten la circulación del aire, la implantación de cubiertas y fachadas vegetales en edificios, la recuperación de cursos de agua urbanos y elementos de agua adaptados al contexto climático local y la renaturación de espacios degradados y superficies impermeabilizadas.
Estas medidas generan beneficios múltiples, entre ellos la reducción del efecto isla de calor, la mejora de la biodiversidad urbana, la captura de carbono, la regulación hídrica y el aumento del bienestar psicológico de la población.
Zonas verdes y refugios climáticos en Madrid
Madrid ha comenzado a incorporar estrategias de adaptación climática basadas en la naturaleza mediante iniciativas de renaturalización y ampliación de la infraestructura verde urbana. Espacios como Madrid Río, Casa de Campo y Parque de El Retiro desempeñan un papel fundamental como áreas de regulación térmica y refugio climático. Asimismo, diversos proyectos municipales promueven la plantación de árboles, la mejora de patios escolares y la creación de itinerarios peatonales más confortables frente al calor.
No obstante, persisten desafíos relacionados con la distribución desigual de las zonas verdes entre distritos, la disponibilidad de agua para el mantenimiento de la vegetación y la necesidad de integrar criterios climáticos en todas las escalas del planeamiento urbano. Todavía no se dispone de una red única y plenamente consolidada de refugios climáticos por distritos. Sin embargo, desde 2025, el Ayuntamiento ha impulsado distintos espacios identificados como refugios climáticos, apoyándose en bibliotecas, centros culturales, centros de mayores, equipamientos municipales y grandes parques urbanos.
Madrid muestra una desigual distribución de los refugios climáticos. Los distritos periféricos con mayor presencia de zonas verdes (Moncloa-Aravaca, Fuencarral-El Pardo o Barajas) presentan mejores condiciones de confort térmico que los distritos densamente urbanizados como Centro, Tetuán, Usera o Puente de Vallecas.
Los refugios climáticos y las soluciones basadas en la naturaleza emergen como herramientas eficaces para reducir la vulnerabilidad térmica y mejorar la calidad de vida de la población. La expansión de la infraestructura verde, la renaturación de espacios urbanos y la creación de refugios climáticos deben considerarse elementos fundamentales de las estrategias de adaptación urbana sostenible, contribuyendo a construir una ciudad más resiliente, saludable y habitable ante los desafíos climáticos futuros.
Julián Briz Escribano es presidente y fundador de PRONATUR, miembro de la Academia Francesa de Agricultura, miembro de las Juntas directivas de la World Green Infrastructure Network y la Federacion Europea de Infraestructuras Verdes EFB.
Isabel de Felipe Boente pertenece a la Junta Directiva de PRONATUR.
Más allá de la competición deportiva, el Mundial de la FIFA 2026 también impulsa nuevas formas de interacción en las redes sociales. La viralización del “reto del beso” y fenómenos como los “Passport Bros” muestran cómo el entretenimiento puede reforzar desigualdades de género y relaciones de poder.
La experiencia de seguir el Mundial ha dejado de estar circunscrita a la retransmisión televisiva. En la actualidad, se desarrolla en un ecosistema digital continuo, impulsado por plataformas como TikTok y YouTube, donde la participación de los usuarios antes, durante y después de los encuentros redefine las prácticas de consumo deportivo.
Consciente de que las nuevas generaciones consumen el deporte de forma diferente, la FIFA ha convertido TikTok en uno de los principales canales para acercar el Mundial al público joven. A través de creadores de contenido con acceso a entrenamientos, zonas mixtas y otros espacios habitualmente reservados a la prensa, el torneo se narra desde una perspectiva más cercana, espontánea y emocional en la que las historias de los aficionados y los protagonistas conviven con la información deportiva tradicional.
Para muchas personas jóvenes, el Mundial es mucho más que fútbol: es un espacio para compartir, comentar y vivir el torneo en comunidad. Las redes sociales se han convertido en el lugar donde expresan sus emociones, interactúan con otros aficionados y construyen parte de su identidad digital. Hoy, seguir el Mundial también significa formar parte de la conversación que lo rodea.
Besos a mujeres de 48 países
En este caldo de cultivo surge el reto de besar a una chica de los 48 países de la Copa, una moda viral donde los participantes intentan besarse con personas de diferentes nacionalidades presentes en el torneo. Lo que a simple vista parece un juego lúdico de la fiesta mundialista se ha viralizado en zonas de México, mostrando a extranjeros besando a mujeres locales frente a la cámara para maximizar los likes y la visibilidad digital.
Aunque pueda parecer una simple broma viral, el “reto del beso” también refleja dinámicas sociales más profundas. Su popularidad coincide con el fenómeno de los “Passport Bros”, hombres occidentales que viajan a países del Sur global en busca de mujeres a las que consideran más “tradicionales” o sumisas.
Diversos estudios sobre turismo sexual y relaciones de género advierten de que este tipo de discursos reproducen estereotipos sexistas y jerarquías poscoloniales, al presentar a las mujeres como un objeto de deseo asociado a su nacionalidad.
En el ecosistema digital, este proceso deriva en una cosificación extrema. El cuerpo de las mujeres se reduce a una representación visual que demanda validación mediante el contador de likes.Los algoritmos de las plataformas amplifican estos contenidos porque generan mayor engagement emocional, premiando la conversión de sujetos en objetos consumibles.
Esta dinámica empuja a las jóvenes a una autoobjetivación constante: crecen en un entorno que las obliga a vigilar su físico y a compararse exhaustivamente con modelos inalcanzables, lo que a menudo genera sentimientos de ansiedad y humillación.
Dónde están los límites del consentimiento
La búsqueda constante de la viralidad también tiene su lado menos visible. Cuando el objetivo es conseguir más visualizaciones o interacciones, es fácil que los límites del consentimiento queden en un segundo plano y que conductas invasivas se presenten como simples bromas o desafíos inofensivos. Lo que parece entretenimiento puede contribuir, poco a poco, a normalizar formas de violencia simbólica.
En el entorno digital, donde el acoso puede ocurrir las 24 horas del día, se produce una desensibilización ante la vulneración de la intimidad ajena, permitiendo que el sexismo se reformule en nuevos modos de expresión que el público asimila como simple diversión.
Objetivo: conseguir un deporte inclusivo
Ante este panorama, es fundamental recuperar el deporte como una herramienta de inclusión social y formación en valores.
Iniciativas como el programa “Fit for Life” de la UNESCO proponen utilizar la educación física para desafiar los estereotipos de género y empoderar a las niñas y mujeres, promoviendo al mismo tiempo cambios en el comportamiento de hombres y niños. El deporte inclusivo debe servir para generar resiliencia y habilidades sociales como la resolución de conflictos y el pensamiento crítico, alejándose del modelo puramente mercantilista y excluyente.
La solución también pasa por una alfabetización digital crítica. Es necesario que la educación prepare a la juventud para comprender y cuestionar las lógicas de poder que operan tras las modas y los retos virales. Esto implica fomentar la responsabilidad ética en el uso de las tecnologías, enseñando a identificar cuándo una interacción lúdica se convierte en una forma de dominio o cosificación. Promover masculinidades igualitarias es otro pilar clave.
Necesitamos modelos de masculinidad que no se basen en la posesión o la validación sexual pública, sino en el respeto y la igualdad. Educar en un uso crítico de las redes sociales implica que los jóvenes dejen de ser objetos de una economía de la atención basada en la exposición y aprendan a construir relaciones auténticas, al margen de los algoritmos y la búsqueda constante de validación. Porque el Mundial debería ser una celebración compartida, no un escaparate dominado por las corporaciones y los likes.
Daniel Ruiz Martínez es miembro de Espacio de Hombres por la Igualdad de Jaén.
Anna Giulia Ceron y Rubén Gregorio Pérez García no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.
Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carmen Beatriz Fernández, Profesora de Comunicación Política en la UNAV, el IESA y Pforzheim, Universidad de Navarra
Llegan donantes a un centro de recolección de ayuda para las víctimas de los terremotos del 24 de junio de 2026 (Maracaibo, Venezuela).Humberto Matheus/Shutterstock
Los terremotos del 24 de junio han dejado una Venezuela enlutada. Las cifras son espeluznantes. Cuesta escribir, a ratos cuesta respirar. En menos de dos semanas los venezolanos hemos aprendido que un punto en la escala de Richter implica 32 veces más potencia destructiva que nuestra anterior gran referencia sísmica: el terremoto del 29 de julio de 1967.
Las imágenes del desastre 59 años después son absolutamente devastadoras. Sus cifras lo son aún más: cientos de edificios derrumbados, carreteras partidas, miles de familias buscando a sus desaparecidos. Como aditivo a la tragedia, ha quedado al desnudo un Estado indolente e incompetente que ha abandonado su responsabilidad de proteger a la ciudadanía.
El doblete sísmico del día de San Juan puso a prueba no solo la infraestructura del país, sino también la solidez de su tejido social. Casi al mismo tiempo que llegaban las primeras imágenes de la destrucción, surgían otras muy distintas: ingenieros que ofrecían evaluar viviendas de manera gratuita, médicos y psicólogos organizando atención voluntaria, empresas prestando maquinaria pesada para la remoción de escombros, iglesias montando refugios improvisados, universidades coordinando brigadas de ayuda, y cocinas comunitarias que surgían en cuestión de horas.
En internet iban apareciendo múltiples iniciativas colaborativas para evaluar los daños en las infraestructuras, buscar desaparecidos, localizar mascotas u ofrecer horas de voluntariado. Asimismo, desde Madrid, Bogotá, Miami, Lima o Buenos Aires, los venezolanos emigrados organizaban campañas de ayuda para personas a las que, con toda probabilidad, nunca llegaran a conocer.
Pensadores del capital social
El filósofo y político liberal francés Alexis de Tocqueville habría reconocido inmediatamente este paisaje. Ya hace casi dos siglos quedó maravillado ante el fenómeno asociativo en Estados Unidos. En su libro La democracia en América (1835), aseguró que la vitalidad de la democracia estadounidense se debía, en gran medida, a la costumbre de los ciudadanos de formar asociaciones voluntarias (religiosas, cívicas, políticas, recreativas) para resolver problemas comunes.
En el pensamiento de Tocqueville, la fuerza de una democracia no radica solo en sus instituciones formales sino en la capacidad de sus ciudadanos para asociarse libremente y resolver de manera colectiva los problemas sociales.
Muchas décadas más tarde, Robert Putnam retomaría esa misma idea y la popularizaría bajo el concepto de capital social (1993). Las conexiones entre las personas, las redes comunitarias y las normas de reciprocidad y confianza que surgen de ellas son fundamentales para el buen funcionamiento de las democracias, las economías y las sociedades. Lo ocurrido en Venezuela durante estas semanas constituye una muy buena demostración contemporánea de esa idea.
Capital social venezolano
Con los estragos provocados por el doblete sísmico se ha visto cómo, mientras el aparato estatal venezolano mostraba enormes limitaciones para responder, la sociedad civil reaccionó con una velocidad y una eficacia sorprendentes. Miles de voluntarios comenzaron a actuar sin esperar instrucciones.
Naturalmente, en la tragedia también aparecen las miserias. Se ha visto corrupción, especulación, abusos de todo tipo, violencia sexual y delincuencia. Las catástrofes no producen solo héroes. Pero las sociedades no se juzgan por sus patologías sino por sus comportamientos predominantes. Y lo predominante en Venezuela han sido la cooperación, la confianza y la solidaridad.
La reconstrucción tras la catástrofe no debe limitarse a las infraestructuras físicas sino también aprovechar la oportunidad de construir una nueva arquitectura institucional. Y, para que sea duradera, deberá edificarse sobre la roca más firme que ha revelado esta tragedia: el capital social de los venezolanos.
Por algo la confianza de los venezolanos descansa hoy mucho más en la sociedad civil que en el Estado. Los datos para Venezuela de una encuesta regional realizada entre el 26 y el 30 de junio sobre valoración gubernamental, riesgo político, polarización y confianza de los ciudadanos, muestra que la confianza del venezolano reside, primordialmente, en su sociedad civil y en los cuerpos de primera respuesta ante las emergencias, mientras que las instituciones políticas tradicionales enfrentan una gran crisis de legitimidad.
Este dato resulta particularmente significativo después de casi tres décadas de un proyecto político que intentó sustituir los vínculos horizontales de la solidaridad por relaciones verticales de patronazgo y dependencia con el Estado.
Merecedores de confianza
El mapa de la confianza de los venezolanos muestra el claro liderazgo de la sociedad civil. Los actores con mayor nivel de confianza son los médicos y el personal de salud, seguidos por los bomberos y las empresas del sector privado.
También las ONG, las fundaciones y las entidades religiosas gozan de una confianza mayoritaria, y, en los primeros días tras la tragedia, se han consolidado como intermediarios clave para la distribución eficiente y confiable de ayuda.
El contraste es enorme con los resultados obtenidos por el Gobierno: el 53 % de los encuestados lo califica de “Muy malo”. estos datos sugieren que la seguridad de la reconstrucción no debe depender de los esquemas militares y estatales que se han venido en los últimos tiempos como de una nueva arquitectura civil y ciudadana.
Hace falta dinero
Ninguna arquitectura institucional será suficiente si Venezuela no consigue atraer inversores para financiar su recuperación. Para el consultor político estadounidense Joe Napolitan, los factores más valorados por los inversores son la estabilidad política y un gobierno democrático. La reconstrucción física requiere capital financiero, pero este solo llegará si se consolidan unas reglas claras, con seguridad jurídica y paz social.
La reconstrucción también depende de la capacidad de activar redes de cooperación global. La percepción ciudadana sobre los actores internacionales define un camino claro para las alianzas. El Gobierno de los Estados Unidos lidera las expectativas de apoyo (75 %), seguido por las ONG internacionales (63 %) y la Unión Europea (59 %). Este bloque se percibe como el garante financiero y técnico necesario para los proyectos de gran envergadura.
En relación con las relaciones regionales, hay un respaldo claro a la cooperación con los gobiernos de Colombia (55 %) y Brasil (47 %), lo que refuerza la idea de una reconstrucción con enfoque integrador en la región. Sin embargo, es claro el rechazo a las alianzas ideológicas, que muestran los índices de confianza más bajos hacia China (39 %), Rusia (32 %), Irán (27 %) y Cuba (26 %).
Estos datos confirman que cualquier propuesta para la reconstrucción nacional debe incorporar a la sociedad civil y al sector privado, como motores esenciales. No puede ser un órgano controlado por la cúpula militar o política pues carecen de la confianza necesaria para movilizar recursos y voluntades. La reconstrucción nacional no puede ser un retorno al pasado, sino la creación de una institucionalidad que se apoye en el capital social venezolano.
Más allá de las fronteras
La reconstrucción del país es una tarea de la patria global. Una diferencia fundamental entre la Venezuela de 1967 y la de 2026 es que entonces su sociedad coincidía con su territorio. En 2026 no.
La enorme diáspora venezolana de la última década, cercana a los 8 millones de personas en todo el mundo, no refleja una nación partida sino una extensión de su capital social. Los emigrantes venezolanos tienen niveles educativos superiores al promedio y su juventud representa una oportunidad estratégica para la sostenibilidad del país. La revolución digital ha permitido que el capital social venezolano emigre sin romperse, manteniendo vínculos afectivos y políticos activos.
La nueva institucionalidad debe integrar formalmente a estos profesionales –ingenieros en Chile, médicos en Houston, periodistas en Madrid–, que ya han mostrado su capacidad para actuar como un solo cuerpo logístico mediante redes digitales y plataformas de ayuda colaborativa.
La reconstrucción debe ser, por tanto, un proceso donde el capital social trabaje de la mano con el sector privado y la comunidad internacional para llenar el vacío dejado por un Estado cuya credibilidad terminó de desplomarse el 24 de junio de 2026.
Carmen Beatriz Fernández no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.