Avant Epstein, le scandale sexuel qui a forcé la Grande-Bretagne à changer sa loi

Source: The Conversation – in French – By Claire Cunnington, Research associate, University of Sheffield

L’enquête du « Pall Mall Gazette » fut reprise dans de nombreuses publications. Ici l’Illustrated Police News du 2 mai 1885. Royal Historic Society

Loin d’être une spécificité de notre époque, les scandales mettant en cause des hommes puissants pour des abus sexuels existaient déjà au XIXe siècle. Retour sur une affaire qui a transformé le droit britannique tout en laissant la plupart des responsables impunis.


Des médias mettent au jour un scandale : un réseau d’hommes riches et puissants abuse de jeunes adolescentes. L’indignation se propage rapidement et l’opinion publique exige des autorités qu’elles rendent les preuves publiques et traduisent les responsables en justice. Pourtant, le système protège nombre d’entre eux et rares sont ceux qui subissent de véritables conséquences. Il ne s’agit pas de Jeffrey Epstein, mais d’un scandale qui a éclaté dans le Londres victorien.

Nos recherches s’intéressent aux femmes et aux jeunes filles au cœur de cette affaire. En juillet 1885, le Pall Mall Gazette publie une série d’articles sous le titre « The Maiden Tribute of Modern Babylon » (« Le sacrifice des jeunes filles de la Babylone moderne »). Ils révèlent l’existence d’un système d’abus et de traite de jeunes filles. Dès leur publication, le scandale éclate. Le Parlement est submergé de pétitions et une immense manifestation est organisée à Hyde Park.

Les députés sont contraints de réagir en adoptant une loi qui relève de 13 à 16 ans l’âge légal du consentement des jeunes filles aux relations sexuelles. Les archives de ces événements sont conservées à la Women’s Library de la London School of Economics, dont une partie est présentée dans l’exposition actuelle, The Women’s Library at 100.

William Thomas Stead en 1881.
The W.T. Stead Resource Site

Le scandale marquait l’aboutissement de plusieurs années de campagne en faveur d’un relèvement de l’âge du consentement. Jusque-là, les projets de loi allant dans ce sens étaient restés lettre morte au Parlement. Selon les rumeurs qui circulaient parmi les militants et les responsables politiques, certains députés étaient eux-mêmes coupables d’abus sur de jeunes filles. Certains opposants soutenaient même ouvertement qu’une telle réforme risquerait d’exposer leurs propres fils à des poursuites judiciaires.

Face à l’inaction des pouvoirs publics, les militants se tournèrent vers W.T. Stead, rédacteur en chef du Pall Mall Gazette. La militante féministe Josephine Butler, des responsables de l’Armée du Salut et Stead menèrent une enquête sur l’exploitation sexuelle des enfants, se rendant aussi bien dans des maisons closes que dans des foyers d’accueil. Pour démontrer que le recrutement et la traite de très jeunes filles étaient bien une réalité, Stead alla jusqu’à « acheter » une adolescente de 13 ans, Eliza Armstrong, avant de l’envoyer en France, où elle fut prise en charge par l’Armée du Salut.

Josephine Butler le résume ainsi dans une lettre à une amie : « Oh ! Quelles horreurs nous avons vues ! »

Le scandale londonien

Les articles entraînaient les lecteurs au cœur du mécanisme de recrutement et d’exploitation de jeunes filles. Ils décrivaient toute une industrie organisée autour de leur exploitation : des recruteurs et tenanciers de maisons closes, des médecins qui « certifiaient » leur virginité, ainsi que des sages-femmes chargées de soigner leurs blessures après les abus.

La série fut rapidement reprise par des journaux du monde entier sous le nom de « scandale de Londres », suscitant toutes les spéculations sur l’identité des hommes mis en cause. À New York, on racontait que de nombreuses personnalités américaines fréquentaient les établissements de la célèbre tenancière de maisons closes Mrs Jeffries. Le journal militant The Sentinel alla jusqu’à désigner certains de ses clients : des députés, des lords, des ducs, le prince de Galles et le roi Léopold II de Belgique.

Le portrait de Mrs Jeffries publié par le journal.
Sheffield Gender History

Sous la pression de l’indignation populaire, les députés adoptèrent dès le mois d’août le Criminal Law Amendment Act. Outre le relèvement de l’âge du consentement des jeunes filles, cette loi créa dans l’urgence de nouvelles infractions liées au recrutement de jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle et à la tenue de maisons closes.

Certaines de ces dispositions eurent toutefois pour effet d’accroître la répression contre les femmes plutôt que contre ceux qui les exploitaient. Ainsi, lorsque deux travailleuses du sexe ou plus partageaient un même logement pour assurer leur sécurité, elles pouvaient être poursuivies pour tenue de maison close — une disposition toujours en vigueur aujourd’hui. Un amendement de dernière minute présenté par le député Henry Labouchere criminalisa également toute relation sexuelle consentie entre hommes. C’est sur le fondement de cette nouvelle infraction que le écrivain Oscar Wilde fut condamné une dizaine d’années plus tard.

Ironie de l’histoire, seuls Stead et plusieurs de ses collaborateurs furent finalement condamnés à l’issue de cette affaire. Ils furent emprisonnés pour l’enlèvement d’Eliza Armstrong. Pendant ce temps, les hommes accusés par les militants d’avoir exploité sexuellement des mineures ne furent ni poursuivis ni sanctionnés.

Les leçons pour aujourd’hui

Cette histoire offre plusieurs enseignements. Le premier est que certaines personnes très puissantes n’ont aucun intérêt à voir disparaître l’exploitation sexuelle des enfants, ce qui rend les réformes réellement efficaces particulièrement difficiles à mettre en œuvre. Ce n’est que sous la pression de l’opinion publique que de nouvelles lois furent finalement adoptées en 1885. Mais élaborée dans l’urgence, marquée par le conservatisme de l’époque et la volonté de préserver les intérêts des élites masculines, cette législation demeurait profondément imparfaite et empreinte de moralisme.

Le deuxième enseignement est que les victimes et les survivantes de violences sont trop souvent accusées, ignorées ou instrumentalisées à des fins politiques. La couverture médiatique du scandale du « Maiden Tribute » servit ainsi différents objectifs. En France comme aux États-Unis, elle fut présentée comme la preuve de la décadence de l’aristocratie. Quant aux jeunes filles exploitées, la bonne société les considérait comme des « filles perdues ». Comme l’affirmait le député Charles Hopwood à la Chambre des communes, les jeunes filles des classes populaires « qui se retrouvaient dans la rue […] étaient familiarisées avec ces choses dès leur plus jeune âge et étaient tout à fait capables de se débrouiller seules ».

MP Charles Hopwood
Le député Charles Hopwood affirmait que les jeunes filles des classes populaires « qui allaient dans les rues […] étaient familiarisées avec ces choses dès leur plus jeune âge et étaient parfaitement capables de se débrouiller seules ».
WikiCommons

En rejetant la faute sur les victimes, l’attention se détournait des recruteurs, comme Mrs Jeffries, qui offraient aux jeunes filles une échappatoire à l’extrême pauvreté ou les attiraient avec de fausses promesses d’emplois légitimes. Les méthodes de recrutement et de contrainte décrites dans les années 1880 ressemblent fortement à celles utilisées aujourd’hui dans les réseaux de traite. Même les jeunes filles qui tiraient un bénéfice financier de leur exploitation en subissaient de lourdes conséquences sur leur santé physique et mentale.

Troisième enseignement : les institutions déploient souvent des efforts considérables pour dissimuler ce type d’abus. Dans le Londres victorien, des policiers étaient achetés, et l’un de ceux qui refusa de se laisser corrompre fut poussé vers la sortie. Plus tôt en 1885, des militants avaient engagé des poursuites privées contre Mrs Jeffries après que la police eut refusé d’aller plus loin dans l’enquête. Pendant le procès, le juge rappela à plusieurs reprises aux témoins de ne pas citer le nom des clients, et Mrs Jeffries plaida coupable avant la fin des débats, évitant ainsi que sa clientèle prestigieuse ne soit révélée. Elle s’en tira avec une simple amende au lieu d’une peine de prison. En 1887, elle fut de nouveau poursuivie en vertu de la nouvelle loi ; ses clients, eux, ne le furent jamais.

Il n’est jamais facile d’amener les puissants à rendre des comptes. Parmi les principales figures mises en cause dans le scandale du Maiden Tribute, une seule personne finit en prison : Mary Jeffries. Les hommes, eux, n’eurent jamais à répondre de leurs actes, si ce n’est à travers les rumeurs qui circulaient sur leur implication.

Cette histoire livre ainsi plusieurs enseignements pour aujourd’hui : exercer une pression constante sur les responsables politiques afin qu’ils agissent rapidement et efficacement, se méfier des dirigeants qui instrumentalisent les affaires d’abus pour conquérir le pouvoir, enquêter sans relâche sur les mécanismes de corruption institutionnelle et veiller à ce que l’argent et l’influence ne permettent pas aux auteurs de violences d’échapper aux conséquences de leurs actes. Plus que tout, il faut écouter les victimes et les survivantes, et placer leur parole au cœur de toute réponse.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Avant Epstein, le scandale sexuel qui a forcé la Grande-Bretagne à changer sa loi – https://theconversation.com/avant-epstein-le-scandale-sexuel-qui-a-force-la-grande-bretagne-a-changer-sa-loi-281457

La « malédiction » du « Titanic » et la vie oubliée de la fille du capitaine

Source: The Conversation – in French – By Caroline Cauchi, Reader in Creative Writing, University of Hull

Réduite pendant des décennies au rôle de « fille du capitaine du Titanic », Helen Melville Smith fut aussi une pionnière de l’aviation, une passionnée d’automobile et une femme qui refusa de se laisser définir par le deuil. Son histoire révèle les angles morts de notre mémoire collective.


Un paquebot réputé insubmersible, un iceberg et une catastrophe entrée dans la culture populaire : le naufrage du Titanic est l’un des événements les plus souvent racontés de l’histoire moderne. Mais cette familiarité a un prix. À force d’être répétés, les récits simplifient ce qui s’est réellement passé et réduisent les personnes qui l’ont vécu à une histoire trop schématique.

Les récits du naufrage du Titanic se concentrent souvent sur le drame lui-même, en oubliant ce qui s’est passé ensuite. Bien après la catastrophe, celle-ci a continué de marquer profondément de nombreuses vies, y compris celles de personnes qui n’étaient même pas à bord du navire.

L’une d’elles est Helen Melville Smith, la fille du capitaine Edward Smith, qui commandait le paquebot lors de son voyage inaugural. En menant les recherches pour mon nouveau roman, Daughter of the Titanic (non traduit), j’ai été de plus en plus frappée non par l’ampleur de la catastrophe elle-même, mais par les vies silencieusement façonnées par ses conséquences. Melville avait 14 ans lorsque son père disparut avec le navire, en avril 1912. Du jour au lendemain, elle hérita non seulement d’un deuil intime, mais aussi d’une identité publique qu’elle n’avait pas choisie : celle de « la fille du capitaine », à jamais associée à une tragédie dont elle n’avait pas été témoin, mais à laquelle elle ne pouvait échapper.

La suite de son existence est souvent racontée sous l’angle de la fatalité. Au cours des décennies suivantes, son mari mourut dans un accident, sa mère fut tuée dans un accident de la route, son fils trouva la mort pendant la Seconde Guerre mondiale et sa fille succomba à la poliomyélite.

Pris ensemble, ces événements peuvent facilement être interprétés comme une prétendue « malédiction du Titanic ». Aussi récemment qu’en juillet 2025, un article du Daily Mail revenait sur la vie de Melville en suivant cette logique, présentant des drames sans lien entre eux comme les chapitres d’un destin inexorable.

Les travaux en psychologie et les recherches sur la construction narrative du sens montrent depuis longtemps que les êtres humains sont naturellement enclins à rechercher des motifs et des liens, en particulier après des événements traumatiques. Comme l’a montré le psychologue Jerome Bruner, nous donnons du sens à notre expérience en la transformant en récit, en organisant les événements dans une histoire qui leur confère une cohérence. Lorsque plusieurs tragédies surviennent, nous avons tendance à les relier pour en faire une suite porteuse de sens.

Le Titanic renforce encore cette tendance. Parce que la catastrophe occupe une place si importante dans la mémoire collective, elle exerce une sorte de gravité narrative. Les vies qui lui sont liées sont happées dans son orbite, interprétées à travers son prisme et réduites à de simples prolongements de son histoire. Le naufrage est ainsi devenu, à bien des égards, un mythe moderne : un événement historique transformé en récit symbolique, à travers lequel on interprète des existences bien postérieures.

Pourtant, Melville ne se résume pas à la catastrophe. Elle apprit à piloter des avions à une époque où l’aviation en était encore à ses débuts et demeurait particulièrement dangereuse. Elle conduisait des voitures de sport, fréquentait les milieux mondains et artistiques, et conserva une certaine notoriété qui nuance l’image d’une vie entièrement écrasée par le drame. Les photographies prises plus tard la montrent élégante, sûre d’elle et pleinement engagée dans la vie publique, malgré les épreuves qu’elle avait traversées.

À l’époque, l’aviation et l’automobile étaient associées à la modernité, au glamour et au goût du risque. L’enthousiasme de Melville pour ces deux passions laisse entrevoir une femme attirée par l’expérience plutôt que par le repli sur soi. Il se dessine ainsi le portrait non seulement d’une fille, d’une épouse et d’une mère endeuillée, mais aussi d’une femme restée curieuse, socialement active et déterminée à vivre pleinement.

Les récits publics cherchent souvent à figer les individus dans un rôle, en particulier lorsqu’ils sont liés à un grand événement historique. Pourtant, les personnes concernées continuent de façonner leur existence d’une manière qui déborde ces récits. L’histoire de Melville n’est donc pas seulement celle d’une succession de pertes. C’est aussi celle d’une négociation permanente entre l’expérience intime et les attentes du public, entre une identité héritée et la volonté de tracer sa propre voie.

La vie après la catastrophe

La vie de Melville met aussi en lumière un problème plus général dans notre manière de raconter l’histoire. Les catastrophes ne s’achèvent pas lorsque la crise immédiate prend fin. Elles continuent longtemps à façonner les représentations, les réputations, les identités et les interprétations, parfois sur plusieurs générations. Pourtant, les récits populaires privilégient presque toujours le moment de l’impact plutôt que ses conséquences. Le Titanic est sans cesse reconstruit comme un spectacle (le naufrage, l’héroïsme, les défaillances) tandis que les effets plus discrets et durables passent au second plan.

En privilégiant l’événement plutôt que ce qui lui succède, nous réduisons l’histoire à une succession de moments spectaculaires, au lieu de la considérer comme un processus qui se prolonge dans le temps. La vie de Melville offre un contrepoint à cette vision en déplaçant le regard de la catastrophe elle-même vers ses effets persistants. Pourquoi sommes-nous si enclins à voir, dans une succession de drames, les signes du destin, d’une malédiction ou d’une fatalité ? Et que se passe-t-il lorsque ces schémas narratifs sont plaqués sur des vies bien réelles ?

Dans le cas de Melville Smith, l’idée d’une « malédiction du Titanic » impose une cohérence là où il n’y en a peut-être aucune, condensant des décennies d’existence en un récit unique, simple à comprendre. Ce faisant, elle en vient à présenter le simple fait d’avoir survécu comme une forme de malheur.

Ce processus n’a rien de neutre. Les historiens, les journalistes et les romanciers – dont je fais partie – contribuent à façonner la manière dont les vies sont retenues par la mémoire collective et, parfois, réduites à un récit simplificateur. Cela nous confère une responsabilité éthique : résister à la tentation d’imposer des schémas narratifs qui rendent les existences plus cohérentes ou plus satisfaisantes qu’elles ne l’ont réellement été, et rester attentifs à leurs contradictions, à leur complexité et à leur réalité.

La vie de Melville résiste à ce type de conclusion toute faite. Elle est marquée par l’indépendance, la persévérance et les contradictions, autant de dimensions qui s’accordent mal avec le récit qu’on a voulu lui imposer. Prendre cette réalité au sérieux, ce n’est pas seulement redonner sa place à une figure oubliée, c’est aussi reconnaître les limites des grilles de lecture à travers lesquelles nous cherchons à la comprendre.

L’histoire du naufrage du Titanic se poursuit dans les existences qu’il a façonnées – des vies qui ne peuvent être réduites à cette seule tragédie sans perdre ce qui faisait leur profonde humanité.

The Conversation

Caroline Cauchi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La « malédiction » du « Titanic » et la vie oubliée de la fille du capitaine – https://theconversation.com/la-malediction-du-titanic-et-la-vie-oubliee-de-la-fille-du-capitaine-286331

3I/Atlas, une comète venue d’une autre étoile qui ne ressemble à rien de connu dans le Système solaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Matthew Hopkins, Postdoctoral Fellow, University of Canterbury

Une image de 3I/Atlas prise par le télescope spatial Hubble montre le cocon de poussière en forme de goutte qui s’échappe de son noyau solide et glacé. NASA, ESA, David Jewitt (UCLA); Image Processing: Joseph DePasquale (STScI)

Troisième objet interstellaire jamais détecté, 3I/Atlas ne ressemble à aucune comète du Système solaire. Sa composition et son âge exceptionnel en font un précieux témoin de la jeunesse de notre galaxie.


Des astronomes viennent de révéler de nouveaux détails sur la composition et l’âge d’une comète de passage, née autour d’une étoile lointaine. Ils concluent de leurs travaux que la composition de 3I/Atlas est radicalement différente de celle de tous les objets connus de notre Système solaire.

Trois études, publiées récemment et ici, apportent ainsi un nouvel éclairage sur les origines de cette comète hors du commun. 3I/Atlas semble s’être formée dans un environnement très froid, il y a environ 12 milliards d’années.

La comète est un objet interstellaire (interstellar object, ou ISO), c’est-à-dire un astéroïde ou une comète provenant de l’extérieur du Système solaire. Il s’agit du troisième objet de ce type jamais identifié, après 1I/ʻOumuamua et 2I/Borisov. Elle a été découverte il y a presque exactement un an, alors qu’elle arrivait de l’espace interstellaire sur une trajectoire traversant le Système solaire interne avant de s’en éloigner de nouveau.

Ces origines lointaines rendent les objets interstellaires particulièrement fascinants pour les astronomes, car ils constituent des fragments matériels d’autres systèmes planétaires, apportés jusqu’à nous par les courants gravitationnels de la galaxie et que nous pouvons étudier sans quitter le confort de notre propre Système solaire.

En tant que comète, 3I/Atlas contenait des glaces qui se sont sublimées, c’est-à-dire qu’elles sont passées directement de l’état solide à l’état gazeux. En se réchauffant sous l’effet du Soleil, ces gaz se sont échappés de la comète, donnant naissance à une spectaculaire chevelure (ou coma), l’enveloppe lumineuse qui entoure son noyau, ainsi qu’à une longue queue.

Une comète ne possède pas de source de lumière propre. La poussière présente dans sa chevelure réfléchit la lumière du Soleil, tandis que ses composés volatils (des substances qui se vaporisent ou se subliment facilement) émettent une fluorescence.

Mais il ne s’agit pas d’un simple spectacle lumineux : chaque molécule fluorescente laisse une empreinte spectrale dans la lumière qui parvient jusqu’à nos télescopes. Ces signatures permettent d’identifier les composés chimiques présents dans la comète.

Pour les révéler, les astronomes décomposent la lumière en ses différentes longueurs d’onde grâce à une technique appelée spectroscopie. Ils peuvent ainsi déterminer la composition chimique de la comète.

Un cocktail chimique inédit

Les observations ont révélé que 3I/Atlas renferme un mélange d’eau, de dioxyde et de monoxyde de carbone, de méthane, de cyanures, de sulfures, ainsi que d’atomes de fer et de nickel à l’état libre. Pris séparément, ces composés n’ont rien d’inhabituel : ils sont régulièrement détectés dans les comètes de notre propre Système solaire. En revanche, leurs proportions diffèrent nettement dans 3I/Atlas. Sa forte teneur en dioxyde de carbone (CO2) et sa faible abondance en ammoniac (NH3) trahissent son origine extérieure au Système solaire.

Les molécules constituées d’atomes appartenant à différents isotopes (des variantes d’un même élément chimique) présentent également des signatures spectrales légèrement différentes. Grâce à l’éclat de 3I/Atlas et à la puissance des plus grands télescopes, les astronomes ont pu distinguer ces signatures et mesurer les rapports isotopiques de la comète.

L’une des nouvelles études, publiée dans Nature, s’appuie sur les signatures spectrales de l’eau et du dioxyde de carbone mesurées par le télescope spatial James Webb pour déterminer le rapport entre les deux principaux isotopes du carbone, le 12C et le 13C, présents dans 3I/Atlas, ainsi que son rapport deutérium/hydrogène (D/H), le deutérium étant une forme lourde de l’hydrogène.

Ces résultats sont particulièrement enthousiasmants, car les rapports isotopiques d’un objet interstellaire comme 3I/Atlas sont censés refléter ceux du disque protoplanétaire dans lequel il s’est formé. Ils permettent donc de reconstituer avec une grande précision les conditions de sa formation, ainsi que les caractéristiques de l’étoile autour de laquelle il est né.

L’eau de 3I/Atlas présente un rapport deutérium/hydrogène (D/H) d’environ 1 %, soit une valeur nettement supérieure à celle mesurée dans toutes les comètes connues du Système solaire.

De telles concentrations en deutérium ne se rencontrent que dans des environnements extrêmement froids, où la température est inférieure à 30 kelvins (-243 °C). Dans ces conditions, les atomes d’hydrogène « ordinaires » sont progressivement remplacés par des atomes de deutérium, plus lourds, dans la glace d’eau qui recouvre de minuscules grains de poussière. Avec le temps, ces grains glacés s’agglomèrent pour former des comètes.

Une voyageuse venue des premiers âges de la galaxie

Le rapport 12C/13C de 3I/Atlas est lui aussi exceptionnel, bien supérieur à toutes les valeurs mesurées dans le Système solaire. Ce rapport isotopique fonctionne comme une véritable horloge cosmique. Au début de l’histoire de l’Univers, la première génération d’étoiles produisait un carbone très riche en 12C par rapport au 13C. Puis, au fil des cycles de naissance et de mort des étoiles, ce rapport a progressivement diminué. Si 3I/Atlas présente une valeur aussi élevée, c’est qu’elle s’est formée très tôt dans l’histoire de la Voie lactée, il y a environ 12 milliards d’années.

Des études menées peu après sa découverte avaient déjà suggéré que 3I/Atlas était probablement âgée d’au moins 7 milliards d’années, d’après sa vitesse. Son ancienneté est donc désormais étayée par plusieurs indices indépendants.

Si le ciel nocturne, au-delà des confins du Système solaire, peut sembler immuable, l’Univers comme notre galaxie évoluent bel et bien, à l’échelle de milliards d’années.

NEO Surveyor
La future mission NEO Surveyor de la NASA devrait permettre de découvrir d’autres objets interstellaires.
NASA

Lorsque 3I/Atlas s’est formée, l’Univers était encore dans sa prime jeunesse et la Voie lactée était encore en train de se construire, au gré de violentes collisions et fusions avec d’autres galaxies.

Si l’étoile autour de laquelle 3I/Atlas s’est formée avait une masse comparable à celle du Soleil, elle a probablement déjà achevé son existence. Les objets interstellaires qu’elle a éjectés peu après sa naissance, comme 3I/Atlas, lui ont ainsi survécu.

Au cours des dix prochaines années, de nouveaux télescopes de pointe dédiés à la découverte d’objets célestes, comme le NEO Surveyor de la NASA et l’observatoire Vera C. Rubin, au Chili, devraient multiplier par dix le nombre d’objets interstellaires connus. Cette moisson offrira aux astronomes une véritable archive fossile de l’évolution des systèmes planétaires tout au long de l’histoire de la Voie lactée.

The Conversation

Matthew Hopkins a reçu une bourse Elaine P. Snowden Fellow à l’université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande.

– ref. 3I/Atlas, une comète venue d’une autre étoile qui ne ressemble à rien de connu dans le Système solaire – https://theconversation.com/3i-atlas-une-comete-venue-dune-autre-etoile-qui-ne-ressemble-a-rien-de-connu-dans-le-systeme-solaire-286883

Les algues ne sont pas des plantes… et six autres faits surprenants sur la flore aquatique

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alexander Bowles, Glasstone Research Fellow, Plant Science, University of Oxford

L’utriculaire est une plante carnivore aquatique rare.
Maximillian cabinet/Shutterstock

Des plantes sans racines, d’autres carnivores, certaines capables de fleurir sous l’eau… Les plantes aquatiques ont développé des adaptations spectaculaires qui défient notre vision du monde végétal.


À l’abri des regards, sous la surface des eaux, se déploie un monde végétal d’une étonnante inventivité et parmi les plus importants sur le plan écologique.

Comme je le souligne dans une publication récente, les plantes aquatiques ont développé une extraordinaire diversité d’adaptations pour vivre sous l’eau. Certaines fleurissent sous la surface, d’autres capturent des animaux grâce à d’ingénieux pièges. Voici sept faits qui montrent à quel point ces organismes remarquables bousculent nos idées reçues sur ce qu’est une plante et sur les stratégies qu’elle déploie pour survivre.

1. Les plantes n’en finissent pas de retourner à l’eau

Quand on pense aux plantes, on imagine spontanément les forêts, les prairies ou les champs. Pourtant, au cours de leur histoire évolutive, les plantes sont retournées à de nombreuses reprises dans le milieu aquatique, là même où elles sont apparues. Il y a environ 500 millions d’années, elles ont conquis les terres émergées. Depuis, nombre d’entre elles ont fait le chemin inverse. Les scientifiques estiment que le mode de vie aquatique est apparu indépendamment plus de 100 fois au sein de différents groupes de plantes.

Les nénuphars font flotter leurs feuilles à la surface, les lentilles d’eau dérivent librement et les herbiers marins vivent entièrement immergés dans l’océan. Certains de ces groupes sont retournés à l’eau il y a plus de 100 millions d’années. Cette réapparition répétée des plantes aquatiques constitue l’un des exemples les plus spectaculaires de l’évolution convergente dans la nature.

2. Les plantes qui n’en sont pas

Parmi les organismes les plus visibles sous la surface de l’eau figurent les algues. Elles réalisent la photosynthèse et ressemblent souvent à des plantes sous-marines. Pourtant, malgré les apparences, les algues ne sont pas de véritables plantes.

Des algues
Les algues ne sont pas des plantes.
divedog/Shutterstock

Les algues marines appartiennent en réalité à plusieurs lignées d’algues distinctes dans l’arbre du vivant. Les laminaires géantes, qui forment de véritables forêts sous-marines, sont des algues brunes. Le nori et la dulse sont des algues rouges, tandis que la laitue de mer appartient aux algues vertes.

Contrairement aux plantes, elles ne possèdent ni véritables racines, ni tiges, ni feuilles, et ne produisent ni fleurs ni graines. Leur ressemblance avec les plantes rappelle toutefois que l’évolution peut conduire à des formes très similaires chez des organismes pourtant très éloignés, lorsqu’ils sont confrontés aux mêmes contraintes environnementales.

3. Des plantes qui vivent dans les profondeurs

Les plantes ont besoin de lumière pour réaliser la photosynthèse, ce qui les cantonne généralement aux milieux terrestres ou aux eaux peu profondes. Pourtant, certaines mousses aquatiques survivent à des profondeurs étonnantes. La faucillette courbée (Drepanocladus aduncus) a ainsi été observée à 140 mètres sous la surface dans les eaux exceptionnellement limpides de Crater Lake, dans l’État américain de l’Oregon. Il s’agit de la plante aquatique connue poussant aussi sur terre qui vit à la plus grande profondeur, environ la hauteur de la cathédrale de Strasbourg.

Des mousses de grande profondeur ont également été recensées dans des lacs de Nouvelle-Zélande, d’Antarctique et d’autres régions. Elles prospèrent dans des environnements si profonds qu’ils sont presque totalement privés de lumière et où très peu d’animaux peuvent survivre.

4. Des plantes sans racines

Les racines sont l’une des caractéristiques emblématiques des plantes. Elles les ancrent dans le sol et y puisent l’eau ainsi que les nutriments. Pourtant, de nombreuses plantes aquatiques ont considérablement réduit leur système racinaire, et certaines semblent même avoir complètement perdu leurs racines.

La Wolffia est aussi surnommée le « caviar vert » en raison de ses qualités nutritionnelles.
Suphap Donwun/Shutterstock

La vie sous l’eau change les règles du jeu. L’eau et les nutriments dissous entourent directement la plante, rendant les vastes systèmes racinaires beaucoup moins utiles que sur terre. De nombreuses espèces aquatiques absorbent ainsi les nutriments directement par leurs feuilles et leurs tiges.

Les lentilles d’eau en offrent l’un des exemples les plus extrêmes. Certaines espèces ne possèdent qu’une seule racine, contrairement à des parentes comme la grande lentille d’eau, qui en développe plusieurs. Quant aux espèces du genre Wolffia – les plus petites plantes à fleurs du monde –, elles n’ont plus aucune racine et flottent librement à la surface de l’eau. Un individu mesure à peine un millimètre de long et ses fleurs ne dépassent pas 0,3 millimètre.

5. Des plantes carnivores sous l’eau

Toutes les plantes aquatiques ne se contentent pas de la lumière du Soleil et des nutriments dissous dans l’eau. Certaines complètent leur alimentation en capturant et en digérant de petits animaux.

Les exemples les plus spectaculaires sont les utriculaires (Utricularia), un groupe de plantes aquatiques dépourvues de racines que l’on trouve dans les eaux douces du monde entier. Leurs feuilles se sont transformées en minuscules pièges en forme de vessie qui créent un vide en expulsant l’eau contenue dans leur cavité.

Les utriculaires sont un véritable cauchemar pour les minuscules animaux.
JIANG TIANMU/Shutterstock

Lorsqu’un minuscule animal effleure les poils sensitifs situés à l’entrée du piège, une trappe s’ouvre brusquement et la proie est aspirée en moins d’une milliseconde. Les pièges des utriculaires figurent ainsi parmi les mouvements les plus rapides du règne végétal. S’ils capturent le plus souvent de petits invertébrés aquatiques, il leur arrive aussi de piéger des larves de poissons et des têtards.

Ce mode de vie carnivore permet aux utriculaires de prospérer dans des eaux pauvres en nutriments, où la plupart des autres plantes peinent à survivre.

6. Une pollinisation portée par les courants

Quand on pense à la pollinisation des plantes, on imagine volontiers des abeilles butinant de fleur en fleur par une belle journée ensoleillée. Mais sous l’eau, la pollinisation devient beaucoup plus compliquée. Au lieu de compter sur les insectes ou le vent, de nombreuses plantes aquatiques, comme les herbiers marins, utilisent directement les courants pour transporter leur pollen jusqu’à sa destination.

Sur terre, les plantes attirent leurs pollinisateurs en diffusant des parfums dans l’air. Sous l’eau, en revanche, ces signaux volatils sont inefficaces. Cette contrainte a conduit à un changement évolutif : les plantes entièrement aquatiques, comme les herbiers marins, ont perdu les gènes responsables de la production de ces composés odorants. Ne procurant plus d’avantage, ils ont progressivement disparu au cours de l’évolution.

7. Les herbiers marins et les mangroves, de puissants puits de carbone

Les herbiers marins et les mangroves capturent et stockent le carbone dans leurs tissus ainsi que dans les sédiments qui les entourent, ce qui les classe parmi les puits de carbone naturels les plus efficaces de la planète. Ensemble, ils emmagasinent ce que les scientifiques appellent le « carbone bleu » : le carbone piégé dans les écosystèmes côtiers, où il peut rester stocké pendant des siècles, voire des millénaires.

Les mangroves stockent des quantités de carbone insoupçonnées.
Ethan Daniels/Shutterstock

À l’échelle mondiale, ces écosystèmes – herbiers marins et mangroves – stockent 11,5 milliards de tonnes de carbone. Les mangroves représentent à elles seules le plus grand réservoir de carbone bleu, avec 6,5 milliards de tonnes.

Qu’elles capturent leurs proies en quelques fractions de milliseconde, poussent dans une quasi-obscurité ou stockent du carbone pendant des siècles, les plantes aquatiques témoignent de l’extraordinaire capacité du vivant à s’adapter.

The Conversation

Alexander Bowles a reçu une bourse « Glasstone Fellowship » à l’Université d’Oxford.

– ref. Les algues ne sont pas des plantes… et six autres faits surprenants sur la flore aquatique – https://theconversation.com/les-algues-ne-sont-pas-des-plantes-et-six-autres-faits-surprenants-sur-la-flore-aquatique-286882

Sénégal : les leçons de trois alternances politiques depuis 2000

Source: The Conversation – in French – By Abdou Fattah Niane, ensiegnant-chercheur, Université Gaston Berger

Le Sénégal a connu trois changements de pouvoir depuis 2000. Le pays confirme ainsi sa capacité à organiser le transfert du pouvoir par les urnes, malgré des poussées de violence. Mais ces changements successifs ont-ils abouti aux transformations économiques, sociales, politiques et institutionnelles attendues par les citoyens ? Vingt-cinq ans après la première alternance, et alors que la troisième, portée par le parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) en 2024, semblait annoncer une nouvelle ère politique fondée sur la souveraineté et la rupture, des tensions sont apparues au sommet de l’État entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

Dans cet entretien avec The Conversation Africa, le politiste Abdou Fattah Niane analyse les évolutions de la démocratie au Sénégal, ses manifestations, ses défis et ses limites.

Que révèlent les alternances successives au Sénégal depuis 2000 ?

On peut constater une tendance à la banalisation. L’alternance est intervenue trois fois. Mais on note des différences et des permanences.

Concernant les différences, le changement du personnel dirigeant a été relativement pacifique en 2000, tandis qu’il a été conflictuel en 2012 et violent en 2024. Il y aurait une accentuation de la violence, vue sous cet angle. Dans la même perspective, il convient de distinguer le mécanisme et le processus.

Si on considère uniquement le moment où le verdict des urnes est accepté et où le pouvoir change effectivement de mains, la rotation des élites gouvernantes est relativement pacifique. En revanche, si on porte l’attention sur le temps qui sépare deux élections présidentielles et / ou législatives, les différences apparaissent.

Il suffit de comparer les épisodes de violences électorales en 2011 et en 2023. Les violences ont été plus meurtrières en 2023 qu’en 2011. En fait, le champ politique, les acteurs, les attitudes et les pratiques politiques évoluent. C’est donc en fonction de ces évolutions qu’on apprécie la nature, la valeur et la portée des alternances sénégalaises.

Concernant les permanences, outre le caractère relativement pacifique du moment qui consacre la rupture, il y a surtout les limites des réponses apportées par les politiques publiques mises en œuvre après chaque alternance. En effet, au regard des attentes des populations, on constate des frustrations, se manifestant par un décalage entre les aspirations et les réalités.

L’insuffisance et la précarité des emplois, l’émigration clandestine, la réduction du pouvoir d’achat des populations montrent que les résultats des politiques publiques sont limités.

Avec Pastef au pouvoir, assiste-t-on à la reproduction de schémas observés après les alternances de 2000 et de 2012 ?

Tout dépend de la perspective privilégiée. Mais l’alternance est, en principe, porteuse de changement, de dynamiques nouvelles. Elle permet – in fine – le plein emploi des ressources humaines, intellectuelles d’un pays. Dès lors, avec PASTEF, il y a une plus forte présence des technocrates dans l’espace politique. Cela montre le caractère novateur de la troisième alternance au point qu’on a pu parler de « révolution ». Toujours est-il que dans une perspective démocratique, l’alternance oscille entre le changement et la continuité.

Par ailleurs, sur le plan opérationnel et par rapport aux performances économiques, les avancées restent insuffisantes. Les défis juridiques et politiques persistent également avec la méfiance entre acteurs politiques, le désaccord sur les institutions. Tout cela montre une certaine permanence offrant un scénario du déjà-vu. Mais le « ticket » au sommet de l’État entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko laisse la place à une rupture politique majeure au sein de la majorité gouvernante.

Exception faite de la crise politique de 1962 ayant opposé le président Léopold Sédar Senghor au président du Conseil Mamadou Dia sur le partage du pouvoir, un tel schéma est inédit sur le plan strictement politique. Il reste à évaluer les impacts économiques et sociaux découlant de cette discordance entre les majorités gouvernantes.

Dans quelle mesure les tensions actuelles illustrent-elles les ambiguïtés institutionnelles que vous mettez en évidence dans votre étude ?

Il est surtout question du potentiel contestataire des populations qui s’accroît mais aussi d’un consensus a minima entamé en deux années seulement d’exercice du pouvoir. La conjonction de ces deux tendances installe un climat anxiogène de part et d’autre.

Le problème de la conservation du pouvoir se pose aussi. Les contextes sont différents. La prochaine élection présidentielle prévue en 2029 apparaît désormais comme un enjeu voire un point de discorde. Les élites dirigeantes ont du mal à mettre en œuvre leurs propres consensus.

Les divergences politiques impactent l’appareil administratif. Cela risque d’affecter les performances économiques et de créer un climat social délétère. Les tensions actuelles seraient porteuses de régressions sur plusieurs plans. Dans ce contexte, le potentiel de contestation des populations rendrait possible une action collective qui se poserait comme une alternative à une alternance mal négociée.

Quelles leçons les dirigeants actuels devraient-ils tirer des alternances précédentes pour éviter les erreurs du passé ?

Je crois que les populations sénégalaises sont devenues plus exigeantes. Le développement des réseaux sociaux et la transnationalisation des revendications ont eu un impact assez fort. Après un quart de siècle d’expérimentation de l’alternance au pouvoir, les citoyens sénégalais semblent être globalement conscients de leurs capacités et de leurs possibilités. Les dirigeants actuels ont la responsabilité historique de préserver la stabilité politique et de créer les conditions de l’épanouissement de ces populations.

L’élection est un indicateur de l’expression démocratique. Elle est un moyen de conservation du pouvoir. Elle est aussi un procédé de réalisation de l’alternance. Elle contribue à stabiliser le régime politique. Il est donc important de respecter le calendrier électoral républicain.

Quant à l’action collective, elle permet certes d’envoyer des requêtes aux gouvernants entre deux alternances, mais les citoyens sénégalais gagneraient à activer et à insister sur le recours aux répertoires d’actions pacifiques. Ces derniers sont illimités. Faire preuve d’imagination et d’inventivité relativement aux contextes et aux circonstances, tel est le défi à relever.

Le bilan des trois alternances montre que les pertes en vies humaines sont excessives et il convient de prohiber de nouveaux abus.

Les profils des nouveaux dirigeants avaient suscité beaucoup d’espoirs. Mais le changement politique s’inscrit sur la longue durée, surtout dans un contexte international marqué par des incertitudes géopolitiques.

The Conversation

Abdou Fattah Niane does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Sénégal : les leçons de trois alternances politiques depuis 2000 – https://theconversation.com/senegal-les-lecons-de-trois-alternances-politiques-depuis-2000-285083

Étés caniculaires, sécheresses, vagues de chaleur et incendies : voici ce que révèlent les données historiques sur l’évolution du climat canadien

Source: The Conversation – in French – By Victoria Slonosky, Affiliate Researcher, Department of Geography, McGill University

Ces derniers temps, tornades, inondations, feux de forêt et tempêtes font régulièrement la une des journaux et sont considérés comme les signes avant-coureurs d’une catastrophe climatique imminente.

Le terme « sans précédent » revient souvent dans les reportages, mais ces phénomènes météorologiques perturbateurs sont-ils vraiment inhabituels pour les différents climats du Canada ? Comment le savoir ? On a l’impression d’être pris dans un océan d’événements, de statistiques et de crises, sans point d’ancrage ni repère.

Comme de nombreux scientifiques, les climatologues se tournent vers l’histoire pour établir une base à partir de laquelle travailler dans un monde en transformation. Les repères de crue et les pluviomètres datent de plusieurs millénaires. Quant aux thermomètres et aux baromètres modernes, ils ont été inventés au milieu du XVIIe siècle. Les données météorologiques et climatiques sont donc consignées depuis longtemps, ce qui nous permet aujourd’hui de disposer de plusieurs siècles de journaux météorologiques et d’archives climatiques.

Au Canada, les premiers relevés instrumentaux remontent à la première moitié du XVIIIe siècle, avec des relevés effectués dans la région de la baie d’Hudson dans les années 1730 et à Québec dans les années 1740. Nous détenons ainsi des données s’étendant sur plusieurs siècles.

Grâce à ces archives, nous avons accès à des connaissances à une très grande échelle, dans le temps comme dans l’espace. Lorsque nous avons en main des documents originaux, nous pouvons consulter des relevés météorologiques réalisés à des intervalles de quelques heures. Cela nous permet de suivre des événements intenses, mais brefs, tels que des averses soudaines provoquant des crues éclair, ainsi que des variations et des changements progressifs qui s’opèrent au fil des siècles.

En 2020, j’ai créé avec des collègues une association à but non lucratif appelée Open Data Rescue, dont la mission est de localiser, de transcrire et d’analyser des archives météorologiques et climatiques.

Grâce au soutien d’Environnement et Changement climatique Canada, nous avons retrouvé des données météorologiques et climatiques canadiennes concernant 50 sites dans des sources d’archives situées à l’étranger, principalement à la National Archives and Records Administration et au National Center for Environmental Information aux États-Unis, ainsi qu’à la bibliothèque et archives du Met Office au Royaume-Uni.

Notre recherche

Nous avons rencontré plusieurs défis pour transcrire des relevés météorologiques des XVIIIe et XIXe siècles et les utiliser à des fins d’analyse climatique. Tout d’abord, de nombreux relevés conservés dans le nord et le nord-ouest du Canada étaient envoyés par la poste à la Smithsonian Institution, à Washington, sous forme de registres mensuels.

On peut imaginer, à titre d’exemple, leur périple en canot ou en traîneau à chiens de Fort Rae, sur le Grand Lac des Esclaves, jusqu’à York Factory, sur la côte ouest de la baie d’Hudson, puis jusqu’à Washington. Les documents sont évidemment abîmés, déchirés et maculés d’encre, ce qui rend la reconstitution du texte original complexe, voire impossible.

Les observations ou les unités sont parfois difficiles à convertir. Avant la mise au point d’anémomètres fiables, la vitesse du vent était mesurée de diverses manières, principalement à l’aide d’échelles de force du vent basées sur des indices environnementaux tels que le bruissement des feuilles, le balancement des arbres, la fumée s’échappant des cheminées, ainsi que grâce à l’échelle de Beaufort.

Les membres du Corps du génie royal, en tant qu’ingénieurs, enregistraient la force du vent en livres par pouce carré en utilisant des livres et des onces. La conversion de toutes ces valeurs en mètres par seconde a nécessité des recherches approfondies.

Notre analyse des données météorologiques infrajournalières de la vallée du Saint-Laurent nous a permis de tirer une conclusion contre-intuitive : bien qu’il fasse moins froid — on observe en effet une nette tendance au réchauffement des températures hivernales les plus basses —, il n’est pas certain qu’il fasse plus chaud qu’auparavant en été, pendant la journée, dans le sud-ouest du Québec.

Même si nous sommes actuellement confrontés à des dômes de chaleur et à des températures en hausse, les récits du passé d’étés caniculaires, de sécheresses sévères, de vagues de chaleur et d’incendies trouvent aujourd’hui un écho particulier. Au-delà des gros titres, nous devrions peut-être accorder autant d’attention aux conséquences des hivers plus doux — avec des cycles répétés de gel-dégel entraînant des surfaces verglacées et une hausse des accidents — qu’aux vagues de chaleur à mesure que le climat évolue.

La crue de la rivière Rouge de 1826

Reportage de la CBC sur la crue de la rivière Rouge de 1826.

Les inondations constituent un autre défi auquel nous sommes confrontés depuis longtemps. La crue de la rivière Rouge en 1826, dans ce qui est aujourd’hui le Manitoba, a été catastrophique. Survenant au terme de deux années de mauvaises récoltes, elle a frappé une population déjà mise à rude épreuve et affamée, qui a dû faire face à l’une des plus grandes inondations des 500 dernières années.

Cet événement a conduit au transfert du siège social de la Compagnie de la Baie d’Hudson d’Upper Fort Garry, situé dans l’actuelle Winnipeg, vers Lower Fort Garry, un site mieux protégé contre les inondations situé à 40 kilomètres au nord. Des ouvrages de protection contre les inondations ont été construits autour de la ville à la suite d’autres crues qui ont eu lieu au XIXe siècle, dans le but d’atténuer les catastrophes futures.

Le fait que nos ancêtres, qui disposaient de bien moins de ressources que nous, aient eu à affronter des événements similaires à ceux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui est rassurant. Il se peut que nous devions revoir certains de leurs choix pour trouver un meilleur équilibre entre notre volonté de contrôler notre environnement et les réalités de la vie sur une planète en constante évolution.

La restauration des zones humides pour remplacer les ouvrages de protection contre les inondations en béton en est un exemple. Nous avons fait preuve d’adaptabilité et de résilience par le passé. Nous devons continuer à le faire à l’avenir, tout en étant de plus en plus conscients des conséquences de nos actes.

La Conversation Canada

Victoria Slonosky est affiliée à Open Data Rescue. Les travaux de recherche présentés dans cet article ont été menés grâce à un financement d’Environnement et Changement climatique Canada, dans le but de retrouver et de transcrire des documents historiques.

– ref. Étés caniculaires, sécheresses, vagues de chaleur et incendies : voici ce que révèlent les données historiques sur l’évolution du climat canadien – https://theconversation.com/etes-caniculaires-secheresses-vagues-de-chaleur-et-incendies-voici-ce-que-revelent-les-donnees-historiques-sur-levolution-du-climat-canadien-286899

Avec « The Mandalorian », comprendre les enjeux derrière les métaux rares

Source: The Conversation – in French – By Olivier Pourret, Enseignant-chercheur en géochimie et responsable intégrité scientifique et science ouverte, UniLaSalle

Un détour par la fiction pour mieux comprendre les enjeux stratégiques et environnementaux de l’exploitation des terres rares. Allociné

Armures étincelantes, forges ancestrales et batailles galactiques : dans l’univers de Star Wars, le « beskar » occupe une place à part. Ce métal légendaire, au cœur de l’identité mandalorienne, est réputé presque indestructible. Il résiste aux tirs de blaster et autres pistolasers, supporte des températures extrêmes et constitue un héritage transmis de génération en génération.


Avec la sortie en salle, le 20 mai dernier, de The Mandalorian and Grogu, premier film Star Wars à retrouver les écrans de cinéma depuis l’Ascension de Skywalker en 2019, le « beskar », matériau légendaire, revient au centre du récit. Présenté comme quasiment indestructible, capable de résister aux tirs de blaster et même aux sabres laser, le beskar appartient évidemment au domaine de la fiction.

Pourtant, derrière cette invention scénaristique se cache une réalité étonnamment familière : notre monde dépend lui aussi de matériaux rares, concentrés dans quelques régions du monde, convoités par les grandes puissances et devenus indispensables au fonctionnement des technologies modernes. La galaxie de Star Wars n’est peut-être pas aussi éloignée de nos préoccupations géologiques qu’elle en a l’air.

Un métal fictif qui ressemble à nos ressources stratégiques

Dans The Mandalorian, le beskar est bien davantage qu’un simple matériau. Il est rare, convoité, difficile à extraire et étroitement associé à une région unique de la galaxie : la planète Mandalore. Sa possession confère un avantage décisif, qu’il soit militaire, politique ou symbolique.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle de certaines matières premières que géologues et économistes qualifient aujourd’hui de « critiques » ou de « stratégiques ». Ces ressources sont indispensables au fonctionnement de technologies essentielles, mais leur production demeure concentrée dans un nombre limité de pays, créant des dépendances parfois importantes.

Les terres rares en constituent sans doute l’exemple le plus connu. Derrière ce nom se cache un groupe de 17 éléments chimiques utilisés dans les aimants permanents des éoliennes, les moteurs de véhicules électriques, les smartphones ou encore certains équipements militaires. D’autres métaux, comme le cobalt, le gallium, le germanium ou l’indium, jouent également un rôle central dans les batteries, les semi-conducteurs ou les écrans tactiles.

Comme le beskar, ces ressources se distinguent moins par leur valeur marchande que par leur importance stratégique.

Production mondiale de cobalt.
Olivier Pourret, données USGS, Fourni par l’auteur
Production mondiale de terres rares.
Olivier Pourret, données USGS, Fourni par l’auteur

Leur répartition géographique est également très inégale. En 2025, la Chine assure près de 69 % de la production mondiale de terres rares et domine largement leur transformation industrielle. La République démocratique du Congo fournit quant à elle près des trois quarts du cobalt extrait dans le monde. Cette concentration crée une dépendance structurelle pour les grandes puissances industrielles, à l’image de celle que connaît la galaxie fictive de Star Wars vis-à-vis du beskar de Mandalore.

Quand la géologie rejoint la science-fiction

Les créateurs de Star Wars n’ont évidemment pas conçu le beskar comme un objet géologique. Pourtant, les propriétés qu’ils lui attribuent présentent une certaine cohérence avec ce que nous connaissons des matériaux les plus performants développés par l’industrie moderne.

Le beskar est présenté comme un alliage plutôt que comme un élément pur. Ce choix est particulièrement crédible. Dans le monde réel, les matériaux aux propriétés mécaniques exceptionnelles résultent presque toujours d’associations complexes entre plusieurs éléments chimiques.

L’acier inoxydable combine ainsi fer, chrome et nickel. Les alliages de titane utilisés dans l’aéronautique incorporent de l’aluminium et du vanadium. Les superalliages employés dans les turbines aéronautiques peuvent contenir une dizaine d’éléments différents afin de résister simultanément aux contraintes mécaniques, à l’oxydation et aux températures extrêmes.

La résistance thermique du beskar évoque également certains métaux réfractaires bien connus des géologues et des métallurgistes. Le tungstène, par exemple, possède la température de fusion la plus élevée parmi les métaux connus, atteignant 3 422 °C. Le rhénium, plus rare encore, est utilisé dans les composants soumis à des températures particulièrement élevées, notamment dans l’industrie aéronautique.

Barres, cristaux et tube de tungstène.
Alchemist/Wikimedia, CC BY

Quant à sa capacité à absorber des impacts sans se rompre, elle rappelle les recherches menées depuis une vingtaine d’années sur les alliages à haute entropie. Ces matériaux de nouvelle génération associent plusieurs éléments en proportions voisines, produisant des combinaisons inédites de dureté, de résistance mécanique et de résistance à la corrosion.

Bien sûr, aucun de ces matériaux ne pourrait réellement arrêter un sabre laser. Mais la logique scientifique qui sous-tend le beskar apparaît moins fantaisiste qu’il n’y paraît au premier abord.

Des ressources au cœur des rapports de puissance

La comparaison devient encore plus frappante lorsqu’on s’intéresse à la géopolitique des ressources.

Dans l’univers du Mandalorian, le contrôle du beskar constitue un enjeu de pouvoir majeur. Les conflits qui entourent son extraction, sa circulation et sa réappropriation participent directement à l’équilibre politique de la galaxie. L’histoire récente fournit plusieurs exemples comparables.

En 2010, dans un contexte de tensions territoriales avec le Japon, la Chine a temporairement restreint ses exportations de terres rares. L’événement a provoqué une forte inquiétude parmi les industriels dépendants de ces matériaux et a accéléré les réflexions sur la diversification des approvisionnements.

Plus récemment, Pékin a instauré des restrictions à l’exportation concernant le gallium, le germanium, puis d’autres matériaux stratégiques utilisés dans les semi-conducteurs et les technologies de défense.

Ces épisodes rappellent que les matières premières critiques ne constituent pas seulement des ressources économiques. Elles représentent également des instruments d’influence et de souveraineté.

Face à ces enjeux, l’Union européenne a adopté en 2024 le Critical Raw Materials Act, destiné à renforcer la sécurité d’approvisionnement en matières premières critiques, à développer les capacités de recyclage et à diversifier les sources d’importation. Les États-Unis poursuivent des objectifs similaires à travers différents programmes de soutien à l’industrie minière et métallurgique.

Face à cette dépendance, deux grandes stratégies s’offrent aux pays importateurs : diversifier les sources d’extraction ou apprendre à récupérer ce que l’on a déjà consommé. C’est cette deuxième voie, celle du recyclage, que la série illustre, sans le savoir, avec une grande précision.

Le recyclage, ou l’art mandalorien appliqué à nos déchets

L’un des aspects les plus intéressants de la série réside peut-être dans la place accordée au recyclage du beskar. À plusieurs reprises, le personnage de l’armurière récupère d’anciens fragments de métal pour les fondre et leur donner une nouvelle forme. Dans la fiction, ce geste possède une dimension culturelle et spirituelle forte : il permet de préserver un héritage tout en l’adaptant aux besoins du présent.

Cette pratique fait écho à un défi bien réel. Aujourd’hui, moins de 1 % des terres rares contenues dans les produits en fin de vie sont effectivement recyclées. Les obstacles sont nombreux : faibles concentrations dans les objets, difficultés de démontage, coûts élevés des procédés de récupération ou encore insuffisance des filières de collecte.

Pourtant, les millions de véhicules électriques, d’éoliennes et d’équipements électroniques actuellement en circulation constituent déjà un immense gisement urbain de métaux stratégiques.

De nombreux programmes de recherche européens et asiatiques cherchent ainsi à développer de nouvelles méthodes permettant de récupérer le néodyme des aimants permanents ou le cobalt contenu dans les batteries. À leur manière, ces chercheurs pratiquent eux aussi une forme de forge moderne : ils transforment les déchets technologiques d’aujourd’hui en ressources stratégiques de demain.

Ce que le beskar révèle de notre monde

Au fond, The Mandalorian ne raconte pas une histoire de métallurgie. La série parle avant tout d’identité, de transmission, de mémoire collective et de résilience culturelle.

Mais si le beskar occupe une place aussi centrale dans cet univers, c’est précisément parce qu’il matérialise ces enjeux sous une forme immédiatement compréhensible. La rareté de la ressource, la dépendance qu’elle crée et les conflits qu’elle suscite donnent une profondeur supplémentaire aux thèmes explorés par la fiction.

Comme souvent, la science-fiction agit ici comme un miroir. Elle déplace les questions dans une galaxie imaginaire pour mieux éclairer celles qui traversent notre propre société.

Les terres rares, le cobalt ou le gallium ne bénéficient pas de l’aura mythique du beskar. Leurs noms sont moins évocateurs et leurs propriétés moins spectaculaires. Pourtant, ils jouent un rôle tout aussi déterminant dans les transformations technologiques, énergétiques et géopolitiques du XXIᵉ siècle.

La fiction n’invente donc pas tant qu’elle ne révèle. En imaginant un métal rare dont le contrôle influence le destin d’une galaxie entière, Star Wars nous invite à porter un regard nouveau sur les ressources dont dépend notre propre avenir.

Ignorer cette réalité, c’est avancer dans la galaxie sans armure : vulnérable, exposé, dépendant des autres.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Avec « The Mandalorian », comprendre les enjeux derrière les métaux rares – https://theconversation.com/avec-the-mandalorian-comprendre-les-enjeux-derriere-les-metaux-rares-285780

Les États-Unis à l’heure des christianismes concurrents

Source: The Conversation – in French – By Blandine Chelini-Pont, Professeur des Universités en histoire contemporaine et relations internationales, Aix-Marseille Université (AMU)

Aux États-Unis, la religion demeure un facteur majeur de la vie politique et des comportements électoraux. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, elle est également mobilisée pour légitimer des politiques intérieures et une vision particulière de l’ordre international. Cette évolution alimente une confrontation entre des interprétations concurrentes du christianisme, qui reflètent la profonde polarisation de la société américaine.


Dans la plupart des démocraties occidentales, le fait religieux a été significativement marginalisé dans l’espace politique. En la matière, les États-Unis font exception. Les débats collectifs y demeurent en effet empreints d’un haut niveau élevé de religiosité et les références confessionnelles y sont très visibles.

Cette permanence a conduit de nombreux chercheurs, comme Kenneth D. Wald ou Michael O. Emerson à s’intéresser prioritairement à la relation entre appartenance religieuse et comportement électoral. Les enquêtes menées depuis plusieurs décennies montrent en effet que les affiliations confessionnelles constituent l’un des meilleurs prédicteurs des préférences partisanes.

Toutefois, les évolutions observées depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 invitent à élargir l’analyse. La religion n’est pas seulement une variable permettant d’expliquer les comportements politiques ; elle est aussi une ressource explicitement mobilisée par des acteurs concurrents afin de légitimer des projets de société, des orientations gouvernementales et des visions de l’ordre international.

La religion comme variable structurante du comportement électoral

L’élection présidentielle de 2024 a confirmé la persistance du facteur religieux dans la compétition électorale américaine. Malgré les transformations démographiques et l’augmentation de la proportion de citoyens se disant dénués d’affiliation religieuse, les appartenances confessionnelles demeurent fortement corrélées aux préférences partisanes.

Le principal soutien électoral de Donald Trump continue d’être constitué par les chrétiens blancs conservateurs. Les évangéliques blancs représentent à cet égard le groupe le plus solidement ancré dans la coalition républicaine. Leur soutien repose à la fois sur des positionnements classiques en matière de principes moraux — opposition à l’avortement, défense des libertés religieuses ou nominations judiciaires conservatrices – et sur le fait qu’ils ont davantage tendance à se représenter l’identité nationale américaine comme étant l’héritière d’un passé chrétien particulier. Cette orientation s’inscrit dans le développement du nationalisme chrétien, entendu comme la conviction selon laquelle les États-Unis seraient fondamentalement une nation chrétienne dont les institutions devraient refléter davantage les valeurs religieuses traditionnelles.

Si cette sensibilité demeure particulièrement forte parmi les évangéliques blancs, elle dépasse aujourd’hui largement ce seul groupe. À la présidentielle de 2024, Donald Trump a enregistré une progression auprès des électeurs hispaniques ainsi que, dans une moindre mesure, parmi certains segments de l’électorat afro-américain.

Face à cette coalition conservatrice, le Parti démocrate continue de s’appuyer sur un ensemble plus hétérogène associant protestants afro-américains, catholiques hispaniques, musulmans, juifs américains et individus sans affiliation religieuse. Les « nones », qui représentent désormais près d’un tiers de la population adulte, constituent l’un des segments les plus fidèles à la coalition démocrate. La religion conserve ainsi sa fonction classique de structuration des comportements électoraux.

La religion comme ressource de légitimation des politiques intérieures

Depuis 2025, la religion intervient bien au-delà de la seule sphère électorale. Elle constitue désormais un registre explicite de justification de l’action publique.

L’administration Trump s’appuie sur une coalition associant évangéliques conservateurs, nationalistes chrétiens, certains courants catholiques post-libéraux et diverses composantes du conservatisme culturel américain. Ces acteurs partagent le diagnostic d’un déclin moral de la société américaine provoqué par la sécularisation, le multiculturalisme et les politiques de diversité. Dans cette perspective, la lutte contre le wokeism occupe une place centrale, qui dépasse la critique culturelle ou la reformulation des débats publics.

Depuis 2025, elle se traduit par une série de mesures visant à supprimer ou à restreindre des politiques publiques considérées comme inspirées par les principes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Plusieurs programmes fédéraux ont été interrompus ou réorganisés, tandis que les administrations ont reçu pour instruction de mettre fin à certaines formations relatives aux discriminations systémiques, aux biais implicites ou aux politiques de diversité.

Cette approche s’étend également au secteur universitaire. L’administration fédérale a cherché à conditionner les financements fédéraux à l’abandon de dispositifs d’inclusion jugés discriminatoires, tout en soutenant les initiatives visant à limiter ou à supprimer certaines politiques de discrimination positive.




À lire aussi :
Harvard face à l’administration Trump : une lecture éthique d’un combat pour la liberté académique


Tout cela participe d’un projet plus large visant à restaurer ce que ses promoteurs considèrent comme les fondements culturels, moraux et civiques traditionnels de la société américaine. Autrement dit, le christianisme conservateur ne sert plus seulement à interpréter le monde ; il contribue à légitimer une reconfiguration concrète de l’État fédéral, de l’université, de l’administration et des politiques publiques. Le nationalisme chrétien fournit ici un cadre idéologique particulièrement important. Il permet de présenter certaines politiques publiques comme des instruments de réaffirmation d’une identité nationale supposément menacée. Les politiques migratoires restrictives sont ainsi souvent justifiées au nom de la protection de la civilisation américaine et de ses fondements culturels.

Parallèlement, certains courants plus radicaux développent une réflexion critique à l’égard du libéralisme politique lui-même. Les milieux dominionistes – croyance que les chrétiens doivent prendre le contrôle de toutes les sphères de la société (gouvernement, éducation, médias, etc.) pour établir un ordre biblique, inspiré de la Genèse – au sein du protestantisme pentecôtiste ou certains auteurs catholiques post-libéraux contestent les principes traditionnels de séparation entre sphère religieuse et sphère politique et envisagent des formes plus étroites d’articulation entre pouvoir et christianisme.

Cette dynamique a suscité une contre-mobilisation religieuse inattendue. À partir de 2025, de nombreuses Églises protestantes historiques, des organisations œcuméniques et, surtout, plusieurs institutions catholiques se sont engagées dans une critique croissante des politiques migratoires de l’administration Trump, et leurs universités ont résisté à la suppression des politiques de diversité. Leurs prises de position s’appuient sur des références religieuses relatives à l’accueil de l’étranger, à la protection des plus vulnérables et à la dignité humaine.

Le rôle du catholicisme apparaît particulièrement significatif. Alors que les catholiques blancs avaient largement soutenu Donald Trump en 2024, une partie importante des institutions catholiques a progressivement pris ses distances avec nombre d’orientations gouvernementales, dont la suppression de l’agence USAid. La doctrine sociale de l’Église offre à cet égard un cadre normatif alternatif fondé sur le bien commun, la solidarité et la protection des migrants.

Parallèlement, plusieurs mouvements chrétiens progressistes ont gagné en visibilité. Ils cherchent à démontrer que les références religieuses peuvent également servir à défendre la justice sociale, la lutte contre les inégalités ou la protection des minorités. La religion devient ainsi un terrain de confrontation politique directe entre des interprétations concurrentes du christianisme.

La religion comme matrice de visions concurrentes de l’ordre international

Cette concurrence religieuse se prolonge aujourd’hui dans le domaine des relations internationales.

Le premier terrain de confrontation concerne le rapport à l’Europe et à la Russie. Une partie de l’entourage trumpiste développe une lecture civilisationnelle des relations internationales dans laquelle le principal clivage n’oppose plus démocraties et régimes autoritaires mais défenseurs et adversaires de l’héritage chrétien occidental. Les critiques adressées à l’Union européenne portent ainsi moins sur des désaccords stratégiques que sur la dénonciation de son supposé abandon des valeurs chrétiennes traditionnelles.

Le deuxième dossier concerne Israël. Pour une partie importante du protestantisme évangélique conservateur, le soutien à l’État hébreu ne relève pas uniquement de considérations géopolitiques. Il possède également une dimension théologique héritée du sionisme chrétien. Israël est alors conçu comme un acteur central du plan divin et comme un élément constitutif de la civilisation judéo-chrétienne.

Le troisième débat porte sur la guerre et sur les conditions légitimes du recours à la force. Certains milieux évangéliques développent une lecture providentialiste de l’histoire dans laquelle les États-Unis seraient investis d’une mission particulière. La figure de Donald Trump est parfois présentée comme celle d’un dirigeant choisi pour restaurer la grandeur nationale face aux menaces contemporaines.

Face à ces lectures, les Églises protestantes historiques, de nombreuses institutions catholiques et le Vatican défendent une vision davantage centrée sur le droit international, la coopération entre les peuples et les principes de la guerre juste.

Trump contre Léon XIV : une bataille pour l’autorité morale

Cette opposition traverse désormais le christianisme américain lui-même. Une partie importante des catholiques demeure proche du camp républicain. Une autre se reconnaît davantage dans les positions du nouveau pape. Les protestants historiques, les organisations œcuméniques et de nombreux mouvements de justice sociale se situent également dans cette seconde perspective. L’affrontement entre Donald Trump et Léon XIV constitue aujourd’hui l’expression la plus visible de cette polarisation religieuse.




À lire aussi :
« Magnifica Humanitas » : le manifeste politique de Léon XIV


Les désaccords relatifs aux migrations, aux conflits armés ou au rôle des institutions internationales renvoient en réalité à deux conceptions distinctes de l’ordre mondial. L’une privilégie la souveraineté nationale, les rapports de puissance et la défense des civilisations ; l’autre insiste sur l’universalité de la dignité humaine, la coopération internationale et le multilatéralisme.

Au fond, le débat dépasse largement la seule question religieuse. Il porte sur la définition même de l’ordre politique contemporain. Faut-il privilégier la puissance ou le droit ? La nation ou l’humanité ? La civilisation ou l’universalité ? À travers ces interrogations, ce sont deux visions concurrentes du christianisme qui structurent aujourd’hui une part croissante de la vie politique américaine. C’est dans cette concurrence entre usages rivaux du christianisme que réside aujourd’hui l’une des clés d’interprétation de la polarisation politique américaine.

The Conversation

Blandine Chelini-Pont ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les États-Unis à l’heure des christianismes concurrents – https://theconversation.com/les-etats-unis-a-lheure-des-christianismes-concurrents-285305

Affaire Lyhanna : « Les défaillances de la gendarmerie et de la police sont d’abord liées à un manque de moyens humains »

Source: The Conversation – in French – By Olivier Cahn, Professeur de droit, Université Paris Nanterre

Comment expliquer les défaillances des services d’enquête dans l’affaire Lyhanna ? Les gendarmes et les policiers, chargés des missions de police judiciaire, sont en sous-effectif, à l’instar des magistrats. Submergés de dossiers, ils peinent à hiérarchiser les priorités, alors que les directives ministérielles multiplient les criminalités prioritaires. Entretien avec le professeur de droit Olivier Cahn.


The Conversation : Après le meurtre de la petite Lyhanna, on a beaucoup parlé des dysfonctionnements de la justice, un peu moins des défaillances de la gendarmerie nationale. En l’occurrence, on reproche aux gendarmes de Lectoure (Gers) de ne pas avoir auditionné le suspect, pourtant accusé d’une cinquantaine de viols sur une autre enfant. Que s’est-il passé ?

Olivier Cahn : Dans leur pré-rapport, l’inspection générale de la gendarmerie nationale et l’inspection générale de la justice considèrent que la plainte déposée par la mère de Rosa en août 2025 a été bien prise en charge par le parquet et la gendarmerie de Toulouse. Puis la procédure a été transmise au parquet d’Auch en raison de la domiciliation de la victime, mais par courrier postal, générant un premier retard.

La première observation, c’est donc que les outils informatiques du ministère de la justice et de l’intérieur sont largement obsolètes et que les informations circulent mal. Il n’existe pas de circulation fluide de l’information – ni entre les tribunaux ni entre les tribunaux et les services de sécurité intérieure.

Le second problème réside dans le pilotage de l’enquête par les gendarmes de Lectoure. Le pré-rapport reconnaît la charge de travail extraordinaire de la substitut du procureur d’Auch. Cette juridiction est confrontée à un nombre d’affaires d’infractions à caractère sexuel sur mineur « nettement supérieur à celui de la moyenne » des tribunaux judiciaires équivalents (en 2025, 167 affaires). Au 1er juin 2026, 154 enquêtes pour de tels faits étaient enregistrées, dont 62 depuis moins de six mois, 30 dans une période allant de six mois à un an, 44 depuis un à deux ans et 18 depuis deux à trois ans, pour une ancienneté moyenne de 11,3 mois.

Ces procédures sont traitées par le substitut du procureur de la République en charge des mineurs qui, en cette qualité, traite les signalements, représente le ministère public devant le tribunal pour enfants, assure le suivi des structures d’accueil de mineurs et les relations avec la protection judiciaire de la jeunesse, l’aide sociale à l’enfance et l’éducation nationale et gère la boîte à lettres spécifique destinée aux signalements prioritaires adressés par les institutions (éducation nationale, hôpitaux, etc.). En outre, il est compétent en matière d’atteintes aux personnes, de violences intrafamiliales, d’infractions à la législation sur les étrangers et il participe à la permanence générale du parquet, à la représentation du ministère public aux audiences correctionnelles et à la rédaction des règlements définitifs.

Sans que cela puisse surprendre, le parquet a délégué l’enquête à la gendarmerie, ce qui est la norme : les procureurs, n’ayant pas le temps de traiter toutes les procédures, délèguent, hors cas exceptionnel, les enquêtes aux officiers de police judiciaire.

Le pré-rapport suggère que le gendarme, directeur d’enquête, n’a peut-être pas perçu le caractère prioritaire de ce dossier, sur lequel son attention n’avait pas été attirée par le procureur. Je resterais néanmoins prudent, car il semblerait aussi que le parquet et la gendarmerie aient voulu « bétonner » la procédure, en procédant à une série d’actes d’enquête avant de convoquer l’individu suspecté. En effet, ce dernier avait déjà bénéficié d’un classement sans suite dans une affaire précédente et les enquêteurs ont peut-être voulu « sécuriser » son placement en garde à vue. On pourrait alors difficilement considérer que cela constitue une faute dans la conduite de l’enquête.

Quelle est la dimension structurelle de ces défaillances ?

O. C. : Les tribunaux sont confrontés à un nombre assez considérable d’affaires d’agressions sexuelles sur mineurs. Ainsi, par exemple, selon le pré-rapport, la région de gendarmerie Occitanie a connu, entre 2021 et 2025, une augmentation de 45 % des affaires d’infractions sexuelles sur mineurs et, s’agissant particulièrement du groupement de gendarmerie départementale du Gers, de 27 % de ces affaires, quand les effectifs ont été accrus de moins de 5 % et que le « trou à l’emploi » (mutations, détachements et arrêts de travail) dans la gendarmerie principalement concernée est de 5 à 7 militaires sur un effectif de 26.

S’il faut se féliciter de l’augmentation du nombre de plaintes pour des infractions sexuelles sur mineurs, qui témoigne de la libération de la parole des victimes et du changement d’attitude des parents, qui n’hésitent plus à dénoncer les faits, il n’en demeure pas moins que cet afflux de procédures pèse sur les services de police judiciaire. Ainsi, en l’espèce, le pré-rapport montre la grande implication de la mère de la petite Rosa, qui avait déposé plainte à Toulouse et qui a appelé à de très nombreuses reprises les services de police et de justice, pour leur mettre un peu la pression.

Mais, dès lors que, comme c’était le cas dans le Gers, les services judiciaires et de police croulent sous les dossiers en attente ou en cours de traitement, ils ont inévitablement du mal à prioriser et ne disposent pas d’un temps suffisant à consacrer à chaque affaire pour pouvoir finement distinguer l’urgent de l’impérieux.

Gérald Darmanin avait pourtant donné des directives pour prioriser les affaires de violences sexuelles sur mineurs…

O. C. : Quand tout est prioritaire, plus rien n’est prioritaire. Gérald Darmanin, au ministère de l’intérieur comme à celui de la justice, pratique la fait-diversification de la politique pénale. Les services reçoivent constamment des notes qui créent de nouvelles priorités, en fonction des émotions de l’opinion ou de l’électorat qu’il souhaite satisfaire. Ces notes exigent systématiquement des parquets et des services de police judiciaire un traitement « ferme, rapide et prioritaire » – c’est, à peu près, les termes employés.

On peut citer les Jeux olympiques et les opérations « Place nette » contre le narcotrafic, qui ont beaucoup mobilisé les services. Certaines directives sont plus démagogiques : par exemple, Gérald Darmanin a fait une priorité de la lutte contre les rodéos motorisés. La note précisait le nombre de rodéos qu’il fallait traiter chaque semaine et elle était renouvelée tous les printemps, obligeant alors les services de police à délaisser leurs dossiers en cours pour faire le chiffre réclamé.

En quoi a consisté la réforme de la police voulue par Gérald Darmanin, en 2023, qui visait, déjà, à résorber les procédures en souffrance ?

O. C. : En 2023, la loi a profondément modifié l’organisation de la police nationale en supprimant l’échelon régional. La gendarmerie n’était pas concernée. L’objectif initialement affiché était, entre autres, de contribuer à résorber le stock de procédures d’enquête en souffrance, alors évalué à 3 millions.

Le pré-rapport permet de constater que deux ans après la réforme, rien n’a été résolu, qu’il reste des stocks considérables d’affaires en souffrance au niveau territorial, en zone police ou en zone gendarmerie. En mars 2026, le ministère de l’intérieur continue d’admettre le chiffre d’environ 3 millions de procédures en souffrance, confirmant l’effet modeste de la réforme de 2023.

Avant 2023, l’organisation du traitement des procédures judiciaires au sein de la police distinguait les affaires locales ou d’une gravité mineure, qui étaient traitées par la sécurité publique, et les affaires plus graves ou complexes, qui étaient confiées, au niveau régional, aux services régionaux de police judiciaire (SRPJ) ou aux sections de recherches de la gendarmerie et, lorsqu’elles impliquaient une dimension (inter)nationale, aux offices centraux.

La loi a supprimé l’échelon régional de la police nationale et, désormais, l’échelon (inter)départemental est censé traiter tous les dossiers, de la délinquance du quotidien (cambriolages ou petites violences) jusqu’aux actes graves, comme les violences sexuelles sur mineurs. Seuls les dossiers de dimension (inter)nationale continuent d’être traités par les offices centraux.

Le niveau régional était celui de l’efficacité, abaissant les entraves à l’enquête induites par la compétence territoriale plus limitée des juridictions, alors que la police judiciaire voit aujourd’hui sa compétence circonscrite au département. Il n’est pas extravagant d’imaginer que, s’agissant en l’espèce de départements limitrophes, l’intervention d’un service doté d’une compétence régionale aurait été appropriée.

Mais les SRPJ ont été supprimés et les sections de recherches de la gendarmerie – encore une fois pour préserver des ressources humaines limitées – ne prennent pas en charge des affaires considérées comme dénuées de complexité en matière d’investigations, telles les affaires d’infractions sexuelles sur mineur, lorsque l’auteur est identifié.

Y a-t-il aussi un problème d’effectifs dans la police judiciaire ?

O. C. : La police judiciaire, qui était autrefois la mission la plus prestigieuse, est désormais délaissée, malgré des plans de recrutement. Travailler dans un service spécifique de la police judiciaire – contrairement à l’activité judiciaire de la sécurité publique – est un sacerdoce : c’est être sur le pont en fonction des opérations, sans emploi du temps fixe, avec une vie personnelle qui est largement dépendante de l’activité du service. Cela ne correspond plus aux mentalités des générations qui rejoignent les forces de sécurité intérieure.

Il y a des propositions gouvernementales pour améliorer les conditions de travail et la rémunération, mais les syndicats ne considèrent pas qu’elles sont suffisamment attractives pour remédier aux difficultés constatées.

Par ailleurs, les plans de recrutement ne prévoient l’embauche que de 700 enquêteurs de police. Or, l’Association nationale de la police judiciaire estime que c’est très insuffisant : les besoins seraient de l’ordre de 12 000 fonctionnaires.

Que contient la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles promise par le premier ministre et réclamée par les associations et quelle analyse en faites-vous ?

O. C. : Selon son exposé des motifs, la proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants, du 2 décembre 2025, « embrasse l’ensemble des sphères dans lesquelles les violences s’exercent : justice, police, santé, éducation, travail, enfance, enseignement supérieur, numérique, etc., (…) s’attaque à toutes les formes de violences sexistes ou sexuelles envers les femmes et les enfants, qu’elles se produisent au sein de la famille ou en dehors, en ligne ou hors ligne, dans les commissariats ou les tribunaux, dans la sphère médicale ou professionnelle et dans le cadre du système prostitutionnel (…) [et] vise à supprimer les angles morts du droit, à mieux protéger les publics les plus exposés (femmes et enfants en situation de handicap, femmes migrantes, mineurs) et à garantir un accompagnement digne, une prise en charge adaptée, une justice accessible et une prévention des violences enfin efficace ».

Son inscription à l’agenda du Parlement a été annoncée par le premier ministre et elle devrait être examinée en septembre. Mais, elle ne réglera pas le problème du manque d’effectifs des services de police judiciaire. Il faut reconstruire des services dotés d’une compétence territoriale plus large et qui coopèrent entre eux, mais aussi prévoir des moyens importants – humains, matériels, de communication entre les services –, qui – n’en déplaise au président de la République – ont clairement manqué dans le traitement de l’affaire Lyhanna.

La justice pénale française dispose de quatre fois moins de procureurs que les pays comparables et, si le nombre d’agents de la force publique par habitant est satisfaisant, soit 37 pour 10 000 habitants en France, au regard de 32,5 pour 10 000 habitants en moyenne au sein de l’Union européenne, le nombre d’agents exerçant en police judiciaire demeure inférieur à 10 % des effectifs et diminue régulièrement.

Le fait d’avoir un parquet spécialisé et peut-être des services d’enquête spécialisés n’aurait-il pas du sens ?

O. C. : Un parquet national se justifie quand des individus ou des groupes criminels opèrent sur différents points du territoire, voire de manière transnationale. C’est le cas pour le parquet national financier, le parquet national antiterroriste et pour le parquet anti-criminalité organisée. Cette dimension n’existe pas lorsque l’on considère la criminalité sexuelle contre les enfants ou intrafamiliale.

Aussi, la création de juridictions spécialisées ne me semble pas justifiée. D’autant moins que la spécialisation de certains procureurs et policiers entraîne la surcharge de travail de leurs collègues qui travaillent dans les services « ordinaires » et que nous ne disposons pas d’un nombre suffisant de magistrats et d’enquêteurs pour nous le permettre.

En revanche, le résultat recherché par la création de juridictions spécialisées pourrait amplement être obtenu en continuant, et en renforçant, la spécialisation des acteurs à l’intérieur des parquets et à l’intérieur des services de police judiciaire. À Toulouse, la prise en charge de la plainte de Rosa par des professionnels formés a permis que soit menée une enquête efficace et de qualité. Il y a déjà des progrès en la matière dans certains services, il faut continuer en ce sens.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

Olivier Cahn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Affaire Lyhanna : « Les défaillances de la gendarmerie et de la police sont d’abord liées à un manque de moyens humains » – https://theconversation.com/affaire-lyhanna-les-defaillances-de-la-gendarmerie-et-de-la-police-sont-dabord-liees-a-un-manque-de-moyens-humains-286577

GPA à l’étranger et reconnaissance de filiation en France : la Cour de cassation acte un profond changement de logique

Source: The Conversation – in French – By Valérie Depadt, Maître de conférences en droit, Université Sorbonne Paris Nord

Le 3 juillet 2026, la Cour de cassation a rendu un avis très attendu concernant la filiation des enfants nés grâce à une gestation pour autrui effectuée à l’étranger. Bien que cette pratique soit interdite en France, la Cour considère que « compte tenu de l’intérêt supérieur de l’enfant », cet interdit ne permet pas, à lui seul, de refuser la reconnaissance de la filiation. Une décision qui acte un changement profond de logique.


La gestation pour autrui (GPA) – autrement dit, le fait, pour une femme, de porter un enfant pour le compte d’un couple de « parents d’intention » à qui il sera remis après sa naissance – demeure interdite en France. Néanmoins, les questions qu’elle soulève continuent d’alimenter les débats juridiques.

Il en est ainsi notamment de la transcription, sur les registres de l’état civil français, des actes de naissance des enfants nés à l’étranger grâce à ce processus. Ce sujet, depuis près d’une vingtaine d’années, n’a jamais longtemps quitté la scène juridique, nourrissant une jurisprudence particulièrement médiatique.

Il est revenu sous le feu des projecteurs via le cas d’un couple d’hommes français, installé au Canada (où la gestation pour autrui est légalement autorisée) : ayant eu recours à deux GPA, dont sont nés trois enfants, ils ont demandé que la filiation déjà obtenue au Canada soit aussi reconnue en France.

La Cour de cassation (la plus haute juridiction française), en cette matière, se trouve confrontée à deux exigences apparemment contradictoires : d’un côté, le respect de la prohibition de la gestation pour autrui, inscrite à l’article 16-7 du Code civil ; de l’autre, la nécessité de protéger les droits des enfants nés à l’étranger.

Afin de mesurer toute la portée des deux arrêts rendus le 3 juillet 2026 par l’Assemblée plénière de cette instance, il est utile de revenir sur les principales étapes de ce parcours jurisprudentiel.

D’un refus absolu à une ouverture progressive

Dans un premier temps, la Cour de cassation s’est opposée à toute transcription des actes de naissance d’enfants nés d’une gestation pour autrui à l’étranger. Cette position a notamment été illustrée par l’arrêt Mennesson du 17 décembre 2008.

Elle fut remise en cause quelques années plus tard, à la suite des condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme, fondées sur l’atteinte portée au droit des enfants au respect de la vie privée.

En 2015, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation admet la transcription des actes étrangers dès lors qu’ils sont « conformes à la réalité » au sens de l’article 47 du Code civil, selon lequel un acte d’état civil étranger fait foi dès lors que les faits qu’il relate correspondent à la réalité.

Cependant, cette réalité demeure alors entendue comme celle de l’accouchement : ainsi, seuls pouvaient être transcrits les actes désignant comme parents le père biologique et la femme ayant accouché, autrement dit les personnes génétiquement liées à l’enfant.

Deux ans plus tard, en 2017, la Première chambre civile admet explicitement la possibilité pour le parent d’intention (non génétiquement lié à l’enfant) de l’adopter.

Mais le véritable tournant allait survenir durant l’année 2019.

La transcription totale de l’acte de naissance

Saisie pour avis par la Cour de cassation française, la Cour européenne des droits de l’homme indique, dans un avis consultatif publié le 10 avril 2019, que les États doivent permettre l’établissement de la filiation avec le parent d’intention. Elle n’impose pas pour pour autant la transcription de l’acte de naissance. L’adoption peut donc être le moyen de remplir cette obligation.

Pourtant, à l’étonnement d’une large partie de la doctrine, le 4 octobre de la même année, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation française se prononce pour la transcription complète de l’acte de naissance, en soulignant toutefois la spécificité de cette solution au cas d’espèce, en raison de la longueur de la procédure : les fillettes, dont la situation avait donné lieu à l’arrêt de 2008, étaient à cette époque âgées de 19 ans…

Deux mois plus tard, la Cour de cassation réaffirma néanmoins sa position, et l’étendit, en ordonnant la transcription totale d’un acte de naissance qui désignait le père biologique et son compagnon ou son époux en tant que parents, dès lors que l’acte en question s’avérait probant au sens de l’article 47 du Code civil.

La notion de « réalité » visée par l’article 47 cesse dès lors d’être exclusivement biologique : elle s’apprécie désormais au regard de la filiation légalement établie dans le pays d’origine.

En ordonnant la transcription totale de l’acte de naissance, alors que la Cour européenne laissait à la France le choix de l’adoption, la Cour de cassation a fait preuve d’une certaine audace au regard du droit français.

Le coup d’arrêt de la jurisprudence de 2019 par la loi de 2021

On a pu voir dans cette décision de la Cour de cassation un appel au législateur, afin qu’une solution légale soit donnée. Si cette hypothèse est correcte, on peut considérer que l’appel a été entendu.

En effet, la loi du 2 août 2021 est venue porter un coup d’arrêt à ce mouvement jurisprudentiel.

En précisant que la réalité des faits déclarés dans l’acte étranger doit être appréciée « au regard de la loi française », le législateur a entendu « acter le fait que l’acte de naissance d’un enfant né d’une GPA à l’étranger, qui désigne la mère d’intention comme mère, n’est pas conforme à la réalité, puisque, en droit français, la mère est celle qui accouche, hors hypothèse de l’adoption ».

Le simple ajout, dans l’article 47 du Code civil, de la courte mention « au regard de la loi française » a donc transformé l’interprétation de ce texte.

La réforme laisse cependant intacte une autre voie de reconnaissance des filiations établies hors de nos frontières : l’exequatur des décisions étrangères.

La voie de l’exequatur

L’exequatur est un terme juridique désignant la décision par laquelle une autorité judiciaire d’un État reconnaît et autorise l’exécution sur son territoire d’une décision rendue par une juridiction étrangère, ou parfois d’une sentence arbitrale internationale.

L’exequatur n’est pas une simple formalité. Il permet au juge français de contrôler qu’une décision étrangère remplit les conditions requises pour produire ses effets en France, notamment qu’elle ne méconnaît pas les principes essentiels de l’ordre juridique français.

L’intérêt de l’exequatur tient à ce qu’il obéit à une logique différente de celle de la transcription.

La transcription suppose un contrôle de l’acte de naissance étranger au regard de l’article 47 du Code civil et conduit le juge à apprécier la « réalité » des faits déclarés selon les exigences du droit français. L’exequatur, au contraire, n’a pas pour objet le contrôle d’un acte d’état civil, mais celui d’une décision juridictionnelle étrangère.

Autrement dit, dans le contentieux de la transcription, le juge français confronte l’acte de naissance étranger à la conception française de la filiation.

En revanche, dans le contentieux de l’exequatur, il n’appartient plus au juge de rediscuter cette filiation : il vérifie seulement que la décision étrangère a été rendue dans des conditions compatibles avec l’ordre public international français.

Le contrôle se déplace donc de la filiation elle-même vers le jugement qui l’établit.

L’avantage de l’exequatur sur la transcription

Il faut souligner ici que la transcription est une formalité « de publicité » : elle ne fait que constater la filiation établie à l’étranger, sans la créer.

À la différence d’un jugement qui établit la filiation et bénéficie de l’autorité de la chose jugée, la transcription n’empêche donc pas une contestation ultérieure de l’acte.

En revanche, à l’instar de l’adoption, l’exequatur présente un avantage sur la transcription : une fois prononcé, il confère en principe un caractère incontestable à la filiation établie.

Dans ce contexte, on comprend que la majorité des parents d’intention se tournent aujourd’hui vers cette procédure.

Les arrêts du 3 juillet déplacent donc le centre de gravité du débat, jusque-là fixé sur la notion de « réalité » au sens de l’article 47 du Code civil. Ce n’est plus principalement la conformité de l’acte de naissance étranger au regard de l’article 47 qui est contrôlée, mais les conditions dans lesquelles une juridiction étrangère a établi la filiation.

La motivation de la décision de la Cour de cassation

Le cas à l’origine de ce changement de logique était celui d’un couple d’hommes français, installé au Canada (où la gestation pour autrui est légalement autorisée), ayant eu recours à deux GPA, dont sont nés trois enfants.

Les juridictions canadiennes ont établi la filiation des enfants à l’égard des deux hommes, en les désignant comme leurs parents légaux. De retour en France, ces derniers ont demandé l’exequatur de ces décisions afin qu’elles produisent leurs effets sur le territoire français.

Par deux arrêts du 4 juin 2024, la Cour d’appel de Paris a accueilli les demandes d’exequatur des jugements canadiens désignant le couple comme parents (jugeant que lesdites décisions produiraient les effets d’une adoption plénière en France).

Cependant, la procureure générale auprès de la Cour d’appel de Paris a formé deux pourvois en cassation contre ces arrêts, qui ont donc été renvoyés devant l’Assemblée plénière de la Cour de cassation.

La formation la plus solennelle de la Cour de cassation était questionnée sur deux points :

  • la régularité des décisions canadiennes au regard de l’ordre public international ;

  • les effets de l’exequatur en droit français.

Régularité des décisions étrangères : le rôle central du juge français

À la question de la régularité des décisions au regard de l’ordre public international, l’Assemblée plénière de la Cour de cassation affirme que, si la prohibition de la gestation pour autrui constitue un principe d’ordre public international français, elle ne peut, à elle seule, justifier le refus de reconnaître une décision étrangère établissant la filiation d’un enfant né d’une GPA.

Le juge doit concilier cette interdiction avec le droit de l’enfant au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l’article 8 de la CEDH et son intérêt supérieur protégé par l’article 3 de la Convention de New York du 20 novembre 1989 relative aux droits de l’enfant, l’un et l’autre participant de l’ordre public international français.

La Cour confirme ainsi que le contrôle du juge français ne porte plus sur la réalité de la filiation elle-même, mais sur la décision étrangère qui l’a établie. Le lien génétique n’est plus un paramètre de ce contrôle.

Le juge de l’exequatur doit en revanche procéder à un certain nombre de vérifications. À partir de la décision étrangère ou de documents équivalents, il doit notamment s’assurer que la mère porteuse a donné un consentement libre et éclairé, que les droits des personnes impliquées ont été respectés et que l’intérêt de l’enfant a été préservé. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’exequatur est refusé.

La motivation de la décision étrangère doit donc permettre au juge français d’une part d’identifier la qualité des personnes ayant participé au projet parental d’autrui, d’autre part de s’assurer que les parties au contrat de gestation pour autrui (principalement la mère porteuse), ont consenti aux modalités et effets prévus par le contrat de gestation.

Effets de l’exequatur en droit français

Concernant le second questionnement, à savoir les effets de l’exequatur en droit français, la Cour de cassation rappelle que :

« Le juge de l’exequatur, lorsqu’il se prononce sur la régularité internationale de la décision étrangère, ne peut procéder à la révision au fond de celle-ci, et, d’autre part, qu’une fois revêtue de l’exequatur, une décision étrangère ne peut davantage être modifiée. »

Les juges de la Cour d’appel de Paris ont donc été censurés pour avoir jugé que la décision d’exequatur produirait en France les effets d’une adoption plénière des enfants, bien que la décision revêtue de l’exequatur ne fût pas un jugement d’adoption.

En définitive, les arrêts du 3 juillet 2026 ne consacrent pas la gestation pour autrui en droit français. Ils rappellent en revanche que son interdiction ne saurait, à elle seule, faire obstacle à la reconnaissance d’une filiation régulièrement établie à l’étranger.

Lorsqu’en 2021, le législateur s’est abstenu de remettre en cause le recours à l’exequatur, l’a-t-il fait délibérément, afin de préserver cette possibilité ?

Si tel n’est pas le cas, il lui appartient désormais d’intervenir expressément.

À défaut, l’exequatur pourrait bien s’imposer comme la principale voie de reconnaissance en France des filiations établies à l’étranger à la suite d’une GPA.

The Conversation

Valérie Depadt ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. GPA à l’étranger et reconnaissance de filiation en France : la Cour de cassation acte un profond changement de logique – https://theconversation.com/gpa-a-letranger-et-reconnaissance-de-filiation-en-france-la-cour-de-cassation-acte-un-profond-changement-de-logique-282083