« Heated Rivalry », la romance gay qui réenchante l’imaginaire érotique des femmes hétérosexuelles

Source: The Conversation – in French – By Mathilde Plard, Chercheuse CNRS – UMR ESO, Université d’Angers

Mettant en scène une romance gay dans le milieu du hockey, la série, dont Connor Storrie (à gauche) et Hudson Williams (à droite) interprètent les rôles principaux, rencontre un succès vertigineux. HBO MAX

La série canadienne, devenue en quatre mois le plus grand succès de fiction jamais diffusé par HBO Max, a un public aux deux tiers féminin. Comment expliquer cet engouement pour une romance entre deux joueurs de hockey ?


Heated Rivalry raconte l’histoire d’amour secrète de deux joueurs de hockey, l’un canadien, l’autre russe, étalée sur dix ans. Diffusée d’abord par Crave puis intégrée au catalogue HBO Max, la série a atteint, fin janvier 2026, 10,6 millions de spectateurs par épisode aux États-Unis selon le magazine Variety.

Surprise : selon les données de la plateforme, son audience est passée de 53 % de femmes au 22 décembre 2025 à environ deux tiers à la fin de la première saison. Ce paradoxe en dit long sur l’état du désir contemporain – et sur la place que prennent les imaginations queer dans nos vies intimes.

Un succès mondial inattendu

Les chiffres sont vertigineux. La série passe de 30 à 324 millions de minutes streamées entre la première semaine et la finale. La firme Parrot Analytics enregistre, au Canada, une demande 49 fois supérieure à la moyenne des séries. Les ventes papier du roman original de Rachel Reid bondissent de 8 000 % entre novembre 2025 et janvier 2026. Sur le site Reddit, le sous-forum r/HeatedRivalryTV compte 137 000 membres en avril 2026 ; le hashtag #TheCottage circule sur TikTok comme un mot de passe affectif.

En Russie, la série est piratée massivement malgré la loi anti-LGBTQIA+. À New York, le maire Mamdani en conseille la lecture en pleine tempête de neige ; à Ottawa, le premier ministre Mark Carney enfile son fleece (veste en laine polaire) sur le tapis rouge.

L’hétéropessimisme : nommer une fatigue

Le théoricien Asa Seresin a forgé en 2019 un concept qui éclaire ce moment : l’« hétéropessimisme ». Ni rejet militant ni transformation effective : il s’agit d’une lassitude diffuse, d’une désaffiliation performative avec un régime intime jugé décevant. On reste hétéro, mais on s’en plaint, en ligne, entre ami·es, dans les fictions qu’on consomme.

Billy Holzberg et Aura Lehtonen, dans Feminist Media Studies, ont montré à partir de la série télévisée britannique Fleabag que l’hétéropessimisme constitue « la dernière étape de la sensibilité postféministe ». L’héroïne éponyme passe la série à dénoncer, face caméra, la médiocrité des hommes et l’inconfort du sexe hétérosexuel – mais l’horizon qu’elle s’autorise reste strictement hétéro. Sa grande liaison, en saison 2, est un prêtre catholique qui choisit Dieu : un objet de désir « déjà inaccessible », ce qui permet justement à la fantaisie romantique de rester intacte. Et quand des possibles queer surgissent – Fleabag cherche à séduire des femmes, et c’est avec son amie Boo qu’elle connaît l’intimité la plus vraie –, ils sont aussitôt désamorcés, traités avec le même détachement cynique. La série « critique les contraintes de l’hétérosexualité tout en les épousant » : elle réinvestit l’hétéronormativité en répudiant les attachements queer qui pourraient en sortir ; exemple frappant d’hétéropessimisme.

Cette fatigue est documentée. La sociologue Jane Ward parle d’une « tragédie de l’hétérosexualité » (2020) : asymétrie persistante du plaisir, charge mentale épuisante. Elle se traduit en pratiques massives. Sur Archive of Our Own, principale plateforme mondiale de fans de fiction, la romance entre hommes (M/M) est devenue la catégorie la plus populaire. Comme le souligne, en 2015, le chercheur spécialiste de littérature gay et lesbienne Guy Mark Foster dans Journal of Bisexuality : il s’agit moins de voyeurisme que d’une « identification croisée » mobilisant chez la lectrice une bisexualité psychique souvent inavouée.

L’attachement de millions de spectatrices à Shane et Ilya de Heated Rivalry n’est donc pas l’exotisation passive d’un désir qui ne les concerne pas – c’est la mobilisation, par le détour, de désirs propres qu’elles n’ont pas appris à reconnaître.

Les marges queer comme horizon utopique

C’est ici que la philosophie queer offre un outil précieux. José Esteban Muñoz, chercheur américain travaillant sur l’étude des performances, la culture visuelle, et la théorie queer, défendait une idée forte dans son essai Cruising Utopia (2009) : la culture queer est un atelier de l’imagination, un laboratoire où s’invente un autre rapport au désir, au temps, au plaisir.

« Le queer est essentiellement l’horizon de la possibilité. »

Autrement dit, une promesse de mondes plus habitables qui n’appartient pas aux seules personnes LGBTQIA+ : elle rayonne, elle déborde, elle inspire au-delà de ses inventeurs.

Heated Rivalry rend ce rayonnement visible. Les femmes qui plébiscitent la série y trouvent un répertoire concret de gestes que la culture hétérosexuelle dominante leur refuse : le consentement enthousiaste explicité à l’écran (porté par le travail de la coordinatrice d’intimité Chala Hunter, qui parle d’une « tendresse délibérée », la vulnérabilité partagée, la tendresse sans condescendance, le désir réciproque, la disponibilité émotionnelle.

Un réenchantement en temps d’hétéropessimisme, en somme : la fiction queer ne libère pas ses spectatrices de l’hétérosexualité. Elle leur ouvre une fenêtre. Elle réenchante leur capacité d’attendre mieux !

Quatre mécanismes au travail

L’analyse fait apparaître quatre rouages convergents.

D’abord, la suspension du regard masculin. En l’absence de corps féminin dans le cadre érotique, le circuit visuel qui transforme les spectatrices en spectatrices-de-soi-comme-objet – ce que Laura Mulvey appelait le male gaze (1975) – est désactivé. Sur Reddit, le mot qui revient le plus pour décrire l’expérience est « safe ».

Ensuite, la caméra caressante : la mise en scène prend son temps, dans ce que la critique du Monde décrit comme « une délicatesse qui rappelle celle de Normal People, mêlée à un grand respect mutuel et une douceur qui n’empêchent pas la crudité » (Fournier, 2026).

Troisième rouage, la temporalité longue de la narration : la relation entre Shane et Ilya se déploie sur dix ans. Sam McBean, spécialiste britannique de la sexualité dans la culture contemporaine et des théories queer, montrait en 2018 que cette « temporalité de la longue durée » est précisément ce qui offre une alternative à la « temporalité de l’événement » à laquelle les sexualités minoritaires sont habituellement confinées.

Enfin, la réciprocité radicale : les deux personnages sont également vulnérables, également amoureux, sans le « trope hétérosexuel familier, où l’un des partenaires arrache la vulnérabilité à l’autre ».

Le sociologue du sport australien Matthew Klugman a documenté, en 2015, combien cette charge homoérotique travaille déjà silencieusement la culture sportive masculine réelle – les supporters déclarant aimer leurs héros « in an absolutely gay way ».

Une fenêtre, non une libération

Heated Rivalry ne renverse pas l’ordre patriarcal. La série montre des hommes beaux, blancs, riches, sportifs : un répertoire encore étroit du désirable. Les médias queer rappellent à juste titre que la précarité des vies LGBTQIA+ réelles y est largement effacée.

Une précision empirique s’impose : sur Archive of Our Own, où la romance entre hommes domine, le public est massivement queer. L’enquête démographique de référence montre que, en 2024, seul·es 12 % des utilisateur·ices s’y déclarent hétérosexuel·les (contre 38 % dix ans plus tôt) et à peine 57 % s’identifient comme femmes.

L’audience télévisée majoritairement féminine n’équivaut donc pas à une audience exclusivement hétérosexuelle. Mais l’essentiel se joue bien là : une œuvre issue des marges queer rencontre un public féminin que ces marges n’avaient pas explicitement visé. L’horizon que dessine Muñoz est universel par destination. Il appartient à celles et à ceux qui s’en saisissent – à condition de ne pas oublier d’où vient cet horizon.

Que faire de ce signal ?

L’engouement pour Heated Rivalry est à la fois un symptôme et une promesse.

Symptôme, parce qu’il dit la fatigue d’une moitié de l’humanité face à la culture intime hétéronormée. Promesse, parce qu’il indique où les imaginations se tournent quand on leur ouvre une porte.

La tâche politique consiste à transformer cette ouverture imaginaire en pratiques concrètes : éducation au consentement, partage de la charge affective, soutien aux droits queer. La fiction ne suffira pas. Mais elle indique le cap.

The Conversation

Mathilde Plard prépare un article académique sur la réception de Heated Rivalry par le public féminin hétérosexuel pour le Journal of Fandom Studies (numéro spécial coordonné par Y. Gonzales et K. Crowe, USC Annenberg, à paraître en 2027). Elle ne reçoit aucun financement, n’a aucun lien capitalistique ni consultatif avec les diffuseurs (Crave, HBO Max) ou l’éditeur (Harlequin/Carina Press) des œuvres analysées.

ref. « Heated Rivalry », la romance gay qui réenchante l’imaginaire érotique des femmes hétérosexuelles – https://theconversation.com/heated-rivalry-la-romance-gay-qui-reenchante-limaginaire-erotique-des-femmes-heterosexuelles-284246

Microbiotes : le lien invisible entre agriculture, alimentation et santé

Source: The Conversation – in French – By Michel Duru, Directeur de recherche honoraire, UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae

Notre santé dépend autant de ce que nous mangeons que de la manière dont nos aliments sont produits. De récentes recherches montrent ainsi combien les microbes du sol, des plantes et de notre intestin sont étroitement liés. Une réalité qui invite à repenser en profondeur nos systèmes agricole et alimentaire.


Plus de 2 milliards d’humains sont touchés par des maladies chroniques liées à l’alimentation : diabète, maladies cardiovasculaires, cancers ou maladies neurodégénératives. En France, 14,2 millions de personnes étaient prises en charge au titre d’une affection de longue durée, soit environ 21 % de la population française en 2022.

Une santé dégradée, des crises liées

En outre, ces pathologies progressent, y compris chez les moins de 45 ans. Contrairement à une idée répandue, la génétique n’explique qu’environ 20 % de ces maladies. L’environnement, et en particulier l’alimentation, joue en revanche souvent un rôle déterminant.

Dans le même temps, notre alimentation exerce une pression considérable sur l’environnement. Elle est responsable d’environ 22 % des émissions de gaz à effet de serre, d’une grande partie des émissions d’azote réactif, notamment les nitrates et l’ammoniac, et elle constitue la première cause de perte de biodiversité terrestre. Les sols agricoles, quant à eux, sont souvent dégradés, appauvris en matière organique et en vie biologique.


Fourni par l’auteur

Ces crises, sanitaire et écologique, sont généralement traitées séparément. Mais si elles étaient en réalité les différentes facettes d’un même problème ? C’est précisément l’idée portée par l’approche « One Health » (« Une seule santé »), qui repose sur un principe simple : la santé humaine dépend de celle des animaux et des écosystèmes. Au cœur de cette approche se trouvent les microbiotes, ces communautés de microorganismes, bactéries, champignons, virus, qui vivent dans tous les milieux.




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Le microbiote, un acteur clé dans notre intestin

Notre intestin abrite des milliards de microorganismes. Ce microbiote joue un rôle essentiel dans la digestion, la production de vitamines, la régulation du système immunitaire et le contrôle de l’inflammation. Lorsqu’il est déséquilibré (on parle de « dysbiose »), le risque de maladies augmente.

De nombreuses études établissent aujourd’hui des liens entre microbiote déséquilibré et maladies chroniques : obésité, diabète, maladies inflammatoires, voire troubles neurologiques. Ce microbiote est fortement influencé par notre environnement, et notamment par notre alimentation. Ce que nous mangeons façonne sa composition et ses fonctions.

Du sol à l’intestin : une continuité du vivant au travers des microbiotes

Dans les sols agricoles, le vivant comprend la macrofaune (les vers de terre), la mésofaune (les acariens), la microfaune (les nématodes, des minuscules vers ronds) et les microorganismes, comme les champignons et les bactéries qui constituent le microbiote. Tous jouent un rôle fondamental. Un gramme de sol peut contenir jusqu’à 10 milliards de microorganismes. Cette biodiversité invisible assure des fonctions essentielles : fertilité des sols, nutrition et régulation des maladies des plantes.

Les plantes interagissent en permanence avec les microbes, notamment au niveau des racines. Ces interactions influencent la composition nutritionnelle des aliments, mais aussi leur richesse microbienne. Des aliments issus de systèmes agricoles favorisant la biodiversité microbienne présentent une plus grande diversité bactérienne et une meilleure densité nutritionnelle. Autrement dit, la santé humaine commence dans le sol, bien avant l’assiette.

Des sols pauvres en biodiversité

Mais au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle, la santé des sols s’est dégradée du fait de la diminution des apports de matières organiques et de labours profonds. De manière concomitante, la forte réduction du nombre d’espèces et de variétés cultivées ainsi que la simplification des paysages agricoles ont nécessité une utilisation élevée en engrais et pesticides de synthèse rendant la santé des plantes dépendante de ces intrants.

En effet, ces pratiques ont entrainé la perte des régulations biologiques qui permettaient de lutter contre les bioagresseurs, autrement dit les « nuisibles » des cultures, et ont perturbé les microbiotes du sol, réduisant leur diversité et affaiblissant leur capacité à réguler naturellement les maladies et à fournir des nutriments.

Une alimentation qui appauvrit le microbiote

À l’autre bout de la chaine agroalimentaire, on constate également que dans les pays occidentaux, les produits ultratransformés représentent aujourd’hui environ 35 % des apports caloriques, voire davantage chez les jeunes. Ces aliments sont souvent pauvres en fibres, riches en sucres, graisses et additifs, et appauvris en micronutriments.

Or, les fibres alimentaires sont essentielles pour nourrir le microbiote intestinal. En France, la consommation moyenne est d’environ 20 grammes par jour, contre 30 grammes recommandés. À cela s’ajoute un déficit en nutriments clés : près de 90 % de la population manque d’oméga-3, pourtant essentiels pour réguler l’inflammation.

Une alimentation qui perturbe le microbiote

Au-delà des carences, certains composants de notre alimentation peuvent perturber directement le microbiote.

L’exposition aux pesticides, notamment à travers l’alimentation, peut altérer la composition des bactéries intestinales. Les additifs alimentaires, en particulier les émulsifiants et certains édulcorants, peuvent aussi réduire la diversité bactérienne, fragiliser la barrière intestinale et favoriser l’inflammation chronique.

Par ailleurs, une consommation excessive de viande issue d’élevages intensifs peut accentuer ces déséquilibres. Ces produits sont souvent plus riches en acides gras pro-inflammatoires (oméga-6) et plus pauvres en oméga-3. Une alimentation trop riche en protéines animales et pauvre en fibres favorise le développement de bactéries produisant des métabolites potentiellement délétères, au détriment de celles qui génèrent des composés protecteurs, comme les acides gras à chaîne courte.

L’effet combiné de ces facteurs contribue à appauvrir le microbiote intestinal et à altérer ses fonctions, renforçant le lien entre alimentation moderne et maladies chroniques.

Un cercle vicieux entre alimentation et agriculture

Un cercle vicieux s’installe ainsi entre systèmes agricoles simplifiés, aliments appauvris et dégradation des microbiotes. D’un côté, l’agro-industrie, du fait de sa logique économique fondée sur la réduction des coûts à travers les économies d’échelle, tend à soutenir une agriculture spécialisée intensive pour fabriquer des aliments ultratransformés. Elle reste ainsi peu réceptive aux pratiques agricoles durables comme la diversification des cultures, l’introduction de légumineuses ou les associations culturales, pourtant bénéfiques pour la vie des sols. D’un autre côté, ces produits, largement promus par un marketing agressif, orientent les choix alimentaires et encouragent leur consommation.

D’autre part, les élevages intensifs, sans lien au sol car dépendant beaucoup de soja importé, contribuent fortement à la déforestation, aux déséquilibres des cycles de l’azote et à l’appauvrissement de la biodiversité en France et aux Amériques.

Face à ces constats, des alternatives existent.

Restaurer des sols vivants

Du côté de l’agriculture, il s’agit de restaurer des sols vivants, capables de fonctionner comme des écosystèmes. Cela passe par la diversification des cultures, la réduction des intrants chimiques, l’apport de matière organique ainsi que la réduction du travail du sol.

Ces pratiques, souvent regroupées sous le terme d’« agroécologie », s’appuient sur les processus naturels plutôt que de les remplacer. On parle aussi d’« agriculture régénératrice » où le travail du sol ainsi que les pesticides tendent de plus en plus à n’être utilisés qu’en dernier recours.

Repenser l’élevage

En élevage, l’enjeu est de reconnecter les animaux aux territoires. Les systèmes herbagers permettent de valoriser les prairies, de stocker du carbone et de produire des aliments plus riches en oméga-3. Pour les élevages de porcs et de volailles, une meilleure intégration avec les cultures et l’utilisation de ressources locales, comme le lin, permettent de réduire les impacts environnementaux et d’améliorer la qualité nutritionnelle des produits.

La question n’est donc pas seulement « quelle quantité de viande consommer ? » (environ 400 grammes par semaine au lieu de près de 900 en France), mais « quelle viande, et issue de quels systèmes ? ».

Vers une vision intégrée de la santé

Ces évolutions invitent à repenser la santé comme un enjeu systémique. L’approche « One Health » propose de considérer la santé comme une propriété émergente d’un système global reliant humains, animaux et écosystèmes.

Certaines pistes illustrent cette convergence. Le développement des légumineuses, par exemple, permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux engrais azotés, tout en apportant des fibres bénéfiques pour la santé. De même, des produits animaux issus de systèmes herbagers ou enrichis en oméga-3 peuvent contribuer à moduler l’inflammation chronique à bas bruit. Par ailleurs, certains composants alimentaires, comme les fibres ou certaines algues, peuvent limiter l’absorption de certains toxiques et favoriser leur élimination. Le microbiote intestinal joue un rôle central dans ces processus : certaines bactéries peuvent transformer des composés indésirables, moduler leur absorption et renforcer la barrière intestinale.

Longtemps, la santé a été envisagée comme une affaire strictement individuelle. Les avancées scientifiques récentes montrent, au contraire, qu’elle dépend étroitement du vivant qui nous entoure – et de celui qui vit en nous. Prendre soin de notre santé implique donc aussi de prendre soin des sols, des plantes et des écosystèmes.

The Conversation

Michel Duru du conseil scientifique PADV (Pour une Agriculture Du Vivant).

ref. Microbiotes : le lien invisible entre agriculture, alimentation et santé – https://theconversation.com/microbiotes-le-lien-invisible-entre-agriculture-alimentation-et-sante-284859

Coupe du monde de football 2026 : faut-il craindre une hausse des violences envers les femmes ?

Source: The Conversation – in French – By Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School

Visuel de la campagne « No more Injury Time » de l’ONG britannique Solace Women’s Aid à l’occasion de l’Euro 2024. Le slogan est un jeu de mots, « Injury time » signifiant « temps additionnel » dans un match de football, mais aussi « le moment des blessures » en traduction littérale.
Solace Women’s Aid

Plusieurs études montrent que les grands événements sportifs internationaux s’accompagnent souvent d’une hausse des violences conjugales. Le format élargi du Mondial 2026 – qui concerne plus d’équipes nationales et génère plus de matchs, donc plus de retransmissions susceptibles de provoquer des consommations d’alcool excessives, propices aux violences domestiques – pourrait accentuer ce phénomène. Face à ce risque, associations et autorités de plusieurs pays ont multiplié les campagnes de sensibilisation et les dispositifs d’aide aux victimes de violences conjugales et, au-delà, aux supportrices de football.


Depuis le coup d’envoi donné le 11 juin, le monde vit au rythme de l’effervescence autour de la Coupe du monde masculine de football, organisée jusqu’au 19 juillet dans trois pays hôtes : au Canada, au Mexique et – principalement – aux États-Unis. L’engouement collectif autour de cet événement, organisé une fois tous les quatre ans, est colossal.

L’édition 2026 suscite aussi régulièrement des polémiques : le degré de démocratie des pays hôtes, le coût économique et environnemental, les problèmes liés à la chaleur ou à l’altitude à laquelle se tiendront certains matchs, la marchandisation des fan-zones… Un autre sujet, toutefois, est assez rarement abordé : les violences faites aux femmes.

Le taux de violences envers les femmes pourrait-il augmenter lors de la Coupe du monde de football 2026 ? Indépendamment de ce risque, quelles sont les mesures qui ont été prises pour protéger les femmes durant le Mondial 2026 ?

Un phénomène international

Plusieurs études montrent que, dans de nombreux pays, les grandes compétitions de football sont associées à une augmentation du nombre de violences conjugales, appelées également « violences domestiques ».

L’une de ces études, menée dans plus de 700 villes et comtés aux États-Unis en 2011, révèle que les appels signalant des violences domestiques sont plus nombreux pendant la saison de la National Football League (NFL), avec des pics en cas de défaite de l’équipe soutenue. D’après cette même étude, la violence domestique, principalement envers les femmes et au sein des foyers, augmente de 10 % les jours où se déroulent les matchs de la NFL.




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Une autre étude, publiée dans le Journal of Research in Crime and Delinquency en 2014, rapporte que, dans le nord-ouest de l’Angleterre (lieu de collecte des données), chaque soir de match de la sélection anglaise durant les Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010, le taux de violences conjugales augmentait de 38 % en cas de défaite et de 26 % en cas de victoire ou après un match nul… et encore de 11 % le lendemain. Les auteurs indiquent aussi que le taux des violences domestiques était beaucoup plus élevé lorsque les Three Lions jouaient le week-end.

Un article du National Centre for Domestic Violence (Royaume-Uni) fait également état d’une hausse de 25 % des violences conjugales les jours de match de l’équipe d’Angleterre lors de la Coupe du monde 2018.




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Le constat est le même à l’échelle internationale. Selon une publication conjointe de l’Unesco et d’ONU Femmes :

« Partout dans le monde, le nombre de signalements de violences conjugales à la police augmente avec une prévisibilité déprimante lors de grands événements sportifs, tels que la Coupe du monde – dans certaines communautés, cette hausse dépasse même un tiers. »

Quelques facteurs aggravants

Soulignons d’abord que ni le football ni le Mondial en soi ne sont responsables des violences faites aux femmes. L’alcool non plus. En revanche, le lien entre le football, l’alcool et la violence est très fort chez certains supporters. Durant la Coupe du monde 2018, par exemple, le taux de violences conjugales commises par les supporters « alcoolisés » en Angleterre augmentait de 47 % les jours où l’équipe nationale remportait ses matchs.

Dona Jones, commissaire de police dans le Hampshire, rappelle d’ailleurs que « sous l’effet de l’alcool et de l’intensification des émotions, ces tournois peuvent créer un climat propice à la commission d’actes de violence conjugale ».

À côté de l’alcool, deux autres facteurs pourraient conduire à une augmentation du taux de violences envers les femmes lors de la Coupe du monde 2026.

D’abord, le nouveau format XXL du tournoi. Pour la première fois de l’histoire, 48 nations sont en lice (contre 32 depuis 1998) pour un total de 104 matchs (contre 64 lors des sept éditions précédentes) qui s’étalent sur cinq semaines et non plus sur un mois. Plus de matchs égale plus de diffusions télévisées, ce qui représente plus de risque de violences envers les femmes.

Ensuite, le coût exorbitant des billets pour assister aux matchs, sans compter les dépenses pour le voyage et le logement que doivent régler les supporters étrangers, limite la capacité de milliers de fans fidèles à se déplacer pour soutenir leur équipe. Par conséquent, l’exclusion de la ferveur du Mondial pourrait engendrer une certaine frustration chez certains supporters, laquelle pourrait se traduire par une augmentation des violences envers les femmes lors de cette 23ᵉ édition.

Les mesures prises

En amont du Mondial 2026, les trois pays hôtes ont coordonné leurs campagnes de sensibilisation, sous le slogan général « La violence à l’égard des femmes n’est pas un jeu ». En outre, leurs entités nationales respectives en charge de la lutte contre les violences faites aux femmes (le Réseau national des refuges du Mexique, l’organisation Refuges pour femmes du Canada et le Réseau national pour mettre fin à la violence domestique des États-Unis) ont pris des mesures visant à protéger et à accompagner les femmes tout au long de la compétition, notamment avec des lignes téléphoniques disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 en cas de besoin.

En Angleterre, comme durant les deux précédentes Coupe du monde (2018 et 2022), les autorités et les associations ont lancé des campagnes de sensibilisation choc, dont celle du Hampshire Domestic Abuse Partnership avec le slogan « When is kick-off at your place ? », que nous pouvons traduire par « C’est quand, le coup d’envoi chez vous ? » (le terme « Kick-off » a une autre signification pour les femmes victimes de violences conjugales durant les compétitions sportives : il représente les coups qu’elles subissent, généralement à la fin des matchs).

En parallèle, l’association Women Aid a lancé une autre campagne de sensibilisation, tout aussi poignante, avec le slogan « 11.37 pm, Kick off », diffusée sur différents supports (panneaux numériques, camionnettes mobiles, affiches) et dans différents lieux (centres-villes, gares, près des fan-zones…). L’heure indiquée dans la campagne n’est pas anodine. Cette heure (23 h 37), calculée à partir des données relatives aux matchs et aux habitudes des supporters, représente l’heure moyenne à laquelle les supporters rentrent chez eux après le coup de sifflet final en Angleterre. Cette campagne vise ainsi à sensibiliser la société à la réalité des femmes victimes de violences domestiques lors des grands tournois de football dans le pays, d’autant que, durant cette édition 2026, les matchs diffusés en direct le sont relativement tard en heure locale anglaise.

En France, la branche française de l’association Her Game Too a déployé un dispositif « de sensibilisation et de signalement des violences sexistes et sexuelles » dans les bars diffusant les matchs de la Coupe du monde. Après tout, les femmes sont, elles aussi, des fans de football ! Certes, longtemps considérées comme peu authentiques ou ignorantes des règles du football, ou perçues sous le prisme des rôles familiaux (la sœur, la petite amie, l’épouse du « vrai supporter » masculin), les supportrices de football ont aujourd’hui toute leur place dans l’univers footballistique, et leur nombre ne cesse d’augmenter dans le monde. Il est donc essentiel de protéger les supportrices, et ce, quel que soit leur nombre, dans les bars ou dans tout autre lieu qui retransmet ou diffuse des matchs en direct.

Dans cette optique, une « Fan-zone sans alcool », portée par la marque Lego, a été installée à Paris pour permettre aux familles de suivre quelques diffusions de matchs sans crainte de violences sous l’emprise de l’alcool.

Il est important de continuer à informer et à sensibiliser le public aux violences faites aux femmes, y compris celles commises lors de grands événements sportifs comme la Coupe du monde de football, ainsi que de rappeler quelques numéros nationaux de référence pour l’écoute et l’assistance des femmes victimes de violences, durant et après le Mondial 2026.

The Conversation

Allane Madanamoothoo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Coupe du monde de football 2026 : faut-il craindre une hausse des violences envers les femmes ? – https://theconversation.com/coupe-du-monde-de-football-2026-faut-il-craindre-une-hausse-des-violences-envers-les-femmes-285265

Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Éric Muraille, Biologiste, Immunologiste. Directeur de recherches au FNRS, Université Libre de Bruxelles (ULB)

En rompant leurs liens avec les universités israéliennes, plusieurs universités européennes revendiquent une responsabilité morale face à la guerre à Gaza. Une évolution qui interroge les principes traditionnels de liberté académique et de neutralité institutionnelle.


À la suite de l’intensification du conflit israélo-palestinien, les militants propalestiniens ont organisé en 2024 de vastes manifestations dans les universités américaines. Ils dénonçaient un génocide commis à Gaza et exigeaient que les institutions académiques rompent leurs liens avec Israël.

Ce mouvement a gagné l’Europe. En réponse, les autorités académiques de certaines universités ont imposé un boycott institutionnel des universités israéliennes. Cet article tente de mettre en évidence l’ampleur de ce boycott en Europe ainsi que les arguments avancés par les autorités académiques pour le justifier.

Histoire des boycotts académique

L’appel au boycott d’universités d’un pays pour les punir ou exercer une pression sur leur gouvernement n’est pas nouveau. Après la Première Guerre mondiale, les scientifiques allemands et autrichiens furent interdits de participer aux conférences et aux agences scientifiques internationales. Ce boycott punitif ne prit fin qu’en 1926, lorsque l’Allemagne fut invitée à rejoindre la Société des Nations.

Selon l’historien Michael D. Gordin, ce boycott, comme ceux contre l’Allemagne nazie ou contre l’URSS en représailles à l’invasion de l’Afghanistan, étaient partiels et se sont avérés inefficaces. Le seul boycott réputé pour avoir eu un impact sur une communauté scientifique et un régime politique serait le boycott contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud entre 1960 et 1990.

L’efficacité de ce boycott peut s’expliquer par sa longue durée, par le consensus sur sa nécessité en raison du racisme du régime politique de l’Afrique du Sud et par la petite taille de la communauté scientifique sud-africaine. Toutefois, conclure qu’il aurait joué un rôle décisif dans la chute du régime d’apartheid semble exagéré. En effet, ce boycott était associé à de sévères sanctions économiques américaines ainsi qu’à une profonde crise structurelle interne du système socioéconomique de l’Afrique du Sud.

Au début des années 2000, des figures scientifiques défendant la cause palestinienne ont appelé à un boycott académique d’Israël. Cette demande s’est intensifiée lorsque des associations palestiniennes se sont unies dans le mouvement « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » (BDS). En réaction, l’American Association of University Professors (AAUP) a exprimé son opposition à tout boycott systématique d’une institution universitaire. Ce refus a également été défendu par certains journaux scientifiques, comme le British Medical Journal.

Le principe du boycott académique viole les normes académiques traditionnelles et les droits fondamentaux

La liberté académique, telle que formulée par l’AAUP en 1915, protège les activités d’enseignement et de recherche des professeurs. La neutralité institutionnelle de l’université, le fait qu’elle s’abstienne de prendre position sur des sujets controversés ou qu’elle s’érige en acteur politique, est considérée comme une condition nécessaire à la liberté académique. Cette dernière est elle-même vue comme indispensable à la progression des connaissances scientifiques.

La liberté académique ne protège pas explicitement le droit des chercheurs à choisir librement leurs collaborateurs. Toutefois, la recherche scientifique repose sur un niveau d’organisation autonome impliquant des réseaux de collaboration universitaires internationaux. Il est également documenté qu’une réduction de la coopération scientifique internationale peut entraîner un déclin de la production scientifique. Ainsi, l’International Science Council, qui compte 135 organisations scientifiques, défend l’universalité de la science et « s’oppose à la discrimination fondée sur des facteurs tels que le sexe, l’origine ethnique, la citoyenneté, et l’opinion politique ». Du point de vue du droit international, le principe du boycott des scientifiques d’un pays contredit également le « droit à la science » garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Sur ces bases, les chercheurs Blakemore, Dawkins, Noble et Yudkin considèrent qu’un boycott académique ne devrait être utilisé qu’en tout dernier recours et uniquement si les conditions suivantes sont remplies :

  • il existe de bonnes raisons de croire qu’un boycott aiderait à changer le comportement inacceptable d’un régime ;

  • la répulsion envers le régime doit être largement partagée …

  • le boycott fait partie d’un programme plus large de mesures, qui inclut des mesures diplomatiques, des sanctions économiques et culturelles.

Le boycott académique institutionnel contre Israël est minoritaire

Ces conditions n’étant pas remplies, il n’est pas surprenant de constater que, en août 2025, seuls 48 établissements d’enseignement supérieur en Europe avaient officiellement adopté un boycott partiel ou total des institutions israéliennes. Ce qui représente moins de 6 % des quelque 900 établissements reconnus par l’Association européenne des universités.

Ce graphique illustre le pourcentage d’universités de chaque pays ayant adopté un boycott académique partiel ou total d’Israël en juillet 2025. Les chiffres indiquent le nombre total d’universités concernées dans chaque pays.
Fourni par l’auteur

Les pays avec la plus forte proportion d’universités ayant déclaré un boycott académique officiel d’Israël sont la Belgique (100 %), les Pays-Bas (50 %), la Norvège (36,3 %) et l’Espagne (23,6 %). L’exceptionnalité belge est confirmée par le rapport du Samuel Neaman Institute qui classe la Belgique comme le pays européen présentant le plus haut taux d’incident de boycott en 2024.

Il est à noter qu’un « boycott caché » envers les chercheurs israéliens a également été documenté. Celui-ci, de par sa nature, est difficilement quantifiable.

L’émergence de nouvelles normes académiques inspirée par les luttes du Sud global

Dans leur communication commune, les recteurs des universités belges affirment que le choix de boycotter Israël est un « choix moralement responsable » et que « tenir Israël responsable des violations persistantes des droits de l’homme n’est pas une position idéologique, mais un impératif moral et juridique ». La rhétorique des recteurs belges reflète donc clairement un appel à la « responsabilité morale », qu’ils placent au-dessus des normes académiques traditionnelles proscrivant les boycotts.

Ce positionnement traduit l’influence en Europe de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) reprise par le mouvement BDS. Dans son appel, PACBI affirme qu’Israël exerce une domination coloniale sur les Palestiniens et soutient que les universités participent activement au maintien de ce système. Dès lors, la communauté scientifique internationale aurait une responsabilité morale de boycotter les institutions académiques israéliennes. Cet argumentaire entre en tension avec la conception traditionnelle de la liberté académique où les chercheurs sont supposés être autonomes vis-à-vis des gouvernements et ne peuvent être tenus responsables des politiques étatiques.

Le positionnement des recteurs belges s’inscrit également dans l’ordre international construit après 1945 autour des droits humains universels. Le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P), approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en 2005, a renforcé l’idée qu’il existe une obligation collective de s’opposer aux formes graves d’oppression et aux crimes contre l’humanité. Cette obligation légale est cependant celle des États et non celle des individus ou des universités.

Ainsi, le débat autour des boycotts académiques oppose deux conceptions très différentes de la liberté académique et ne peut se réduire à une simple opposition entre partisans et opposants à Israël.

Les dangers d’une transformation des universités en acteurs politiques

Les nouvelles normes académiques incluant une responsabilité morale pourraient encourager les autorités académiques à adopter des positions officielles sur chaque conflit international. Dans un monde de plus en plus marqué par des différends territoriaux, les boycotts académiques pourraient se banaliser et entraîner la résurgence de mouvements scientifiques nationalistes là où ils avaient disparu, un résultat qui représenterait une profonde régression.

Les boycotts ont un coût direct pour les universités. Par exemple, la Floride a inscrit des universités belges sur une liste noire pour avoir boycotté Israël. La rectrice de l’Université de Gent Petra De Sutter a admis que son université a perdu de nombreux partenariats et évoque la diminution du nombre de projets de recherche, des financements alloués à la recherche et du nombre de doctorats.

La politisation croissante des universités pourrait changer la perception publique et gouvernementale des institutions et de l’expertise académiques. Les universités pourraient devenir des cibles politiques, ce qui affecterait leur financement. La confiance envers les diplômés pourrait s’éroder, alimentant le ressentiment populaire envers les élites et contribuant à la montée du populisme.

Plus important, si l’expertise académique et scientifique devenait perçue comme politiquement orientée, sa crédibilité en tant que fondement objectif des délibérations publiques serait gravement compromise. Les conséquences à long terme de l’abandon de la neutralité institutionnelle par les universités au profit de l’activisme politique justifient donc un examen approfondi et soutenu.

Face à ces menaces, plus de 160 universités américaines, dont Columbia, Cornell, Harvard, Princeton et Stanford, ont officiellement adopté en 2024 et en 2025 des politiques de neutralité ou de retenue institutionnelle. En France, Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris, a imposé en 2025 un principe de « réserve institutionnelle » afin de préserver la pluralité d’opinion et l’organisation de débats pluralistes sur le campus. Certains auteurs dénoncent ces choix comme étant une « stratégie fondée sur la peur » servant un agenda politique conservateur et un « mécanisme pour échapper à la responsabilité, masquer le pouvoir et perpétuer l’inégalité ».

Les débats sur la neutralité institutionnelle et les boycotts académiques sont donc loin d’être clos. Ils dépassent le cadre du conflit israélo-palestinien et ont pour enjeu la redéfinition des missions des universités.

The Conversation

Eric Muraille a reçu des financements de FRS-FNRS (Belgium)

Joël Kotek ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques – https://theconversation.com/le-boycott-academique-contre-israel-est-minoritaire-et-traduit-lemergence-de-nouvelles-normes-academiques-284203

Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Munemo, Professor of Economics, Salisbury University

« Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le commerce est autant une question de sécurité qu’une question économique. »

C’est ce qu’a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en février 2026, lors d’un discours prononcé à la Conférence de Munich sur la sécurité.

Même si elle parlait de l’Europe, ses propos résonnent fortement en Afrique.

Les 54 économies du continent sont confrontées à une triple tension à laquelle il n’existe pas de solution facile.

Premièrement, elles doivent rester suffisamment intégrées à l’économie mondiale pour se développer. Deuxièmement, elles doivent prendre suffisamment de recul pour se protéger économiquement contre l’instrumentalisation délibérée des dépendances extérieures. On parle alors de “l’intrumentalisation de l’interdépendance”. Elle consiste à exploiter la position d’un pays au sein des réseaux économiques et technologiques mondiaux pour exercer une influence politique ou faire pression sur d’autres pays. Et troisièmement, elles doivent rester suffisamment ouvertes pour se diversifier au-delà des matières premières — qui représentent plus de 60 % du total des exportations de marchandises dans 45 pays africains — s’ils veulent bâtir une prospérité durable et réduire leur vulnérabilité aux chocs liés aux prix des matières premières.

En tant qu’économiste qui étudie le commerce et le développement en Afrique, je ne pense pas que la réponse à cette interdépendance instrumentalisée soit le repli sur soi ou de l’économie mondiale. Le véritable défi pour l’Afrique consiste à trouver un équilibre entre interdépendance, sécurité économique et diversification. Il ne s’agit pas de choisir un objectif au détriment des autres. Ce sera l’un des défis politiques les plus importants du continent dans les années à venir.

Comment l’interdépendance est-elle devenue une arme ?

Pour comprendre pourquoi cet équilbre est si difficile à gérer, il est utile de saisir ce qui a changé. Lorsque l’économie mondiale était régie par des règles et des normes communes, des années 1990 aux années 2010, une intégration économique plus poussée présentait certains avantages. Les pays qui s’intégraient aux chaînes d’approvisionnement mondiales et attiraient des capitaux étrangers connaissaient une croissance plus rapide. L’interdépendance était un atout.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère marquée par l’utilisation délibérée des « goulots d’étranglement » — ces espaces économiques et géographiques essentiels au fonctionnement d’une économie mondiale interdépendante — comme instruments de coercition. En 2025, la Chine a imposé de vastes contrôles à l’exportation des terres rares, portant un coup dur aux pays importateurs profondément intégrés à ses chaînes d’approvisionnement en minerais.

Les États-Unis ont à maintes reprises utilisé le dollar et les technologies de pointe en matière de semi-conducteurs comme armes contre leurs adversaires.

Les conséquences peuvent être brutales et graves. Début 2026, l’Iran a perturbé le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz – le plus important goulet d’étranglement géographique au monde, qui achemine chaque jour environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux chaque jour, sans qu’il n’existe d’itinéraires alternatifs.

Les pays africains, notamment l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda — qui tirent chacun plus de la moitié de leurs importations de pétrole du Moyen-Orient — ont été confrontés à une flambée immédiate et inattendue des coûts énergétiques. Leur situation budgétaire n’était pas en mesure d’absorber ce choc.

Les prix des engrais et des denrées alimentaires ont suivi la même tendance. Les marchés financiers ont été secoués et les transferts de fonds des travailleurs de la diaspora de la région du Golfe vers des économies fortement dépendantes, telles que les Comores, la Gambie, le Lesotho et le Libéria, ont chuté brutalement.

Le moment était particulièrement mal choisi. L’Afrique venait d’enregistrer sa croissance la plus rapide depuis une décennie — 4,5 % en 2025, selon le FMI. La Banque mondiale a revu ses prévisions à la baisse, tablant désormais sur une croissance régionale de 4,1 % en 2026.

Aujourd’hui, le monde qui rendait l’intégration si attrayante est désormais un espace vulnérable où des acteurs extérieurs peuvent exploiter les dépendances à des fins géopolitiques.

Dcrypter le dilemme à trois dimensions

Face à cette situation, la réponse la plus tentante consiste à réduire les interdépendances. Pourtant, l’histoire montre que le repli économique peut coûter cher. La vague protectionniste des années 1930 — lorsque les pays ont érigé des barrières commerciales et se sont repliés sur eux-mêmes — a contribué à l’effondrement du commerce mondial et a aggravé la Grande Dépression.

L’intégration n’est pas seulement un risque. C’est une source de prospérité qui justifie, en premier lieu, le renforcement de la résilience.

La Banque mondiale prévoit que d’ici 2026, les pays africains non riches en ressources naturelles afficheront un revenu par habitant supérieur de près de 20 % à leur niveau de 2014.

Renoncer à l’ouverture économique pour réduire sa vulnérabilité reviendrait à sacrifier la croissance nécessaire à la stabilité et à la sécurité économiques à long terme. Pire encore, si chaque pays africain cherche à réduire sa dépendance à l’égard des marchés mondiaux, cela diminue la valeur de ces marchés pour ceux qui continuent d’y participer. Cela pousse alors d’autres pays à s’en retirer à leur tour, créant ainsi un cercle vicieux.

Cette dynamique est déjà à l’œuvre dans d’autres pays. Les politiques américaines « Buy American » ont incité l’UE à mettre en place des mesures similaires « Buy European ». Les économistes appellent cela le « cercle vicieux de la fragmentation ».

De plus, la mise en place de chaînes d’approvisionnement alternatives au niveau national est coûteuse pour les pays qui se retirent. Le remplacement des réseaux de production internationaux bien établis nécessite des investissements importants et peut entraîner une hausse des coûts pour les entreprises et les consommateurs. Le FMI a alerté sur les conséquences d’une fragmentation : baisse des revenus pour tout le monde.

La diversification et la sécurité économique peuvent aussi entrer en conflit. La diversification économique impliquerait de réorienter les économies africaines, en les éloignant de l’extraction des matières premières pour se tourner vers un secteur privé plus large, et de répartir les relations commerciales entre plusieurs partenaires. Elle est essentielle tant pour la prospérité à long terme que pour réduire l’exposition aux chocs liés aux prix des matières premières.

Par exemple, le Rwanda et la Côte d’Ivoire, qui se sont diversifiés pour réduire leur dépendance vis-à-vis des matières premières, devraient afficher d’ici 2026 des revenus par habitant supérieurs de plus de 45 % à leurs niveaux de 2014.

À l’inverse, l’Angola et la République du Congo, qui sont restés fortement dépendants des exportations de pétrole, devraient afficher des revenus par habitant inférieurs de plus de 25 % à leurs niveaux de 2014. Une décennie après l’effondrement des cours du pétrole, ils ne se sont toujours pas remis de cette crise.

Les ressources naturelles génèrent à elles seules environ 62 % du PIB africain, selon la Banque africaine de développement. Pour dépasser cette concentration, il faut à la fois une diversification et une intégration plus poussée, qui permette l’accès aux investissements étrangers, aux transferts de technologie et à des marchés plus vastes.

Mais c’est précisément cette intégration plus poussée qui crée les vulnérabilités que les grandes puissances ont appris à exploiter. La rivalité entre les États-Unis et la Chine ainsi que la crise iranienne l’ont clairement démontré. L’objectif de diversification ne peut être poursuivi sans l’ouverture qui engendre des risques pour la sécurité. Il s’agit là d’une véritable tension structurelle que les décideurs politiques doivent savoir gérer.

Stratégies pour gérer cette triple tension

La solution ne consiste pas à choisir un objectif au détriment des autres. Trois stratégies, mises en œuvre de manière combinée, peuvent faire progresser ces trois objectifs simultanément.

Poursuivre la sécurité de manière collective, et non unilatérale. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est l’instrument le plus important du continent pour éviter le cercle vicieux de la fragmentation. Un marché continental intégré de 1,4 milliard de personnes :

  • crée la masse critique nécessaire pour attirer des investissements étrangers diversifiés

  • confère aux pays africains le pouvoir de négociation collectif leur permettant de traiter avec les grandes puissances en position de force

  • favorise le développement de chaînes d’approvisionnement intra-africaines qui réduisent la dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs, sans pour autant sacrifier les acquis de l’intégration.

Dans le contexte actuel, la ZlECAF (zone de libre-échange continental africaine) n’est pas seulement un projet de libéralisation des échanges. Il s’agit d’une stratégie de sécurité.

Cibler la diversification des partenaires. Toutes les relations commerciales ne présentent pas le même niveau de risque. L’objectif est de s’ouvrir de manière plus stratégique à l’économie mondiale en élargissant les liens commerciaux et d’investissement avec une grande palette de partenaires, en particulier dans les secteurs où il existe plusieurs fournisseurs et marchés. Cela réduit la dépendance vis-à-vis d’un seul pays et limite la capacité d’un partenaire à utiliser les liens économiques comme moyen de pression.

Devenir indispensable dans les chaînes d’approvisionnement critiques. La forme la plus durable de sécurité économique ne consiste pas à réduire sa dépendance vis-à-vis des autres, mais à faire en sorte que les autres dépendent de vous. L’Afrique occupe de véritables positions stratégiques dans plusieurs minerais essentiels aux technologies d’énergie propre. En voici quelques exemples.

La République démocratique du Congo représente environ 65 % de la production mondiale de cobalt. L’Afrique du Sud domine le marché des métaux du groupe du platine. La Guinée détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite. La Zambie est un important producteur de cuivre et le Zimbabwe est l’un des plus grands producteurs mondiaux de lithium.

La stratégie d’indispensabilité consiste à tirer parti de ces atouts : transformer le cobalt en RDC plutôt que d’exporter le minerai brut, développer l’enrichissement du platine en Afrique du Sud et mettre en place une infrastructure de chaîne d’approvisionnement en batteries autour des richesses minérales existantes.

Bien menée, cette stratégie favorise à la fois la diversification (en remontant la chaîne de valeur, loin des exportations de matières premières brutes), renforce la sécurité (en créant des dépendances qui dissuadent la coercition) et approfondit l’intégration selon les propres conditions de l’Afrique.

La perturbation du détroit d’Ormuz au début de l’année 2026 a été un signal d’alarme. Elle a démontré que les vulnérabilités créées par des décennies d’intégration ouverte sont bien réelles, que des acteurs extérieurs sont prêts à les exploiter et que les conséquences pour les économies africaines peuvent être rapides et graves. Mais la réponse n’est pas le repli sur soi. La croissance de l’Afrique s’est construite, en partie, sur son engagement dans l’économie mondiale. Le défi, désormais, est rendre cette ouverture plus résiliente.

The Conversation

Jonathan Munemo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ? – https://theconversation.com/le-commerce-mondial-devient-une-arme-comment-les-economies-africaines-peuvent-elles-se-proteger-285730

La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laëtitia Guilhot, Maître de conférences HDR en sciences économiques, Université Grenoble Alpes (UGA)

Il n’y a pas si longtemps, la Chine était vue comme l’« usine du monde », le pays où les industries européennes étaient délocalisées. Petit à petit, son statut change. Un des secteurs emblématiques est celui de l’énergie solaire photovoltaïque, où l’étape du rattrapage industriel est révolue. Aujourd’hui, la Chine est aussi une usine à innovations.


En 2024, la Chine s’est imposée comme le premier investisseur mondial en recherche et développement (R&D), avec 27,4 % des dépenses totales contre seulement 4 % en 2000. Cette dynamique lui permet de consolider sa position de leader mondial dans un nombre croissant de « technologies critiques », en particulier dans le secteur des panneaux solaires photovoltaïques, où elle atteint 80 % de la production mondiale.

Grâce à une stratégie évolutive et une implication forte et efficace de l’État, la Chine a largement dépassé le stade d’« usine du monde » pour devenir à la fois le leader industriel, technologique et scientifique dans le secteur du solaire photovoltaïque (PV).




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L’enjeu pour l’Europe et les États-Unis est dorénavant de ne pas accumuler un retard irrattrapable dans la course à l’innovation, dans ce secteur clé pour la décarbonation de nos économies.

Une domination mondiale de la production

Il n’a pas fallu plus de dix ans à la Chine pour littéralement évincer du marché des panneaux solaires les trois puissances de la fin du XXᵉ siècle : Europe, États-Unis, Japon. En 2002, les parts de marché globales de ces trois puissances étaient d’environ 80 % et celle de la Chine marginale. En 2012, la tendance était déjà inversée, avec 70 % pour la Chine et moins de 10 % pour les trois anciennes puissances solaires.

Depuis, les positions chinoises se sont encore renforcées dans l’ensemble des segments de la chaîne de valeur.

Dotée d’un savoir-faire indiscutable en matière de production de masse, elle s’est concentrée durant la décennie 2000 sur le développement de ses capacités industrielles dans les segments à fort potentiel (wafer, cellules et modules) ; puis, dans les années 2010, sur celui du silicium où sa dépendance extérieure était initialement la plus forte, en facilitant les transferts de technologies étrangères et en recourant à un soutien public massif.

Ainsi, la percée des entreprises chinoises se manifeste aujourd’hui sur les cinq segments de la chaîne de valeur : silicium, lingot, wafer, cellules et panneaux.

schéma
Les étapes de la chaîne de valeur du photovoltaïque à base de silicium.
Elsa Couderc, avec des images Wikipédia, CC BY-SA

Cette position industrielle lui a permis de cibler d’abord la demande occidentale, mais la baisse des subventions sur ces marchés après 2010 a poussé le gouvernement chinois à renforcer la croissance de la demande intérieure, en s’appuyant sur des interventions publiques fortes et ciblées notamment à travers son système de planification et, à partir de 2015, une réforme du marché de l’électricité très favorable aux énergies renouvelables.

Au milieu des années 2010, cependant, des surcapacités de production importantes amènent les autorités publiques chinoises à inciter les firmes nationales à élargir leurs débouchés internationaux en direction des pays en développement, en particulier vers les marchés émergents, notamment le continent africain. Il faut bien noter que cette nouvelle stratégie s’est avérée pertinente grâce à une baisse drastique des coûts du kilowatt-heure photovoltaïque.

En rendant accessible cette énergie aux pays en développement pour répondre à leurs immenses besoins en énergie, la Chine a renforcé son image de puissance responsable.

Par sa capacité à satisfaire la demande nationale et mondiale de panneaux solaires, la Chine contribue ainsi à la transition énergétique et à la décarbonation de l’électricité. En 2024, la puissance du parc installé en Chine a atteint 1 048,5 gigawatts-crête, soit 46,7 % de l’ensemble des capacités installées dans le monde (le watt-crête désigne la puissance nominale d’une installation photovoltaïque dans des conditions optimales d’ensoleillement et de température).




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Cependant, on peut toujours s’interroger sur la capacité de la Chine à devenir leader sur des technologies de pointe. Est-elle encore l’atelier du monde dans le photovoltaïque comme ailleurs ou bien a-t-elle, aujourd’hui, généré une capacité à se placer à l’avant-garde de la recherche et de l’innovation ?

La Chine a acquis le leadership technologique

Quatre catégories de technologies solaires photovoltaïques se distinguent, suivant les matériaux utilisés :

  • le silicium cristallin, qui compte à lui seul pour plus de 97 % du marché total en 2024, avec un rendement de conversion énergétique dépassant les 20 % pour les modules solaires industriels ;

  • les couches minces – principalement à base de tellurure de cadmium (CdTe), de cuivre, indium, gallium et sélénium (CIGS) ou de silicium amorphe –, qui couvrent 2,2 % du marché total en 2024, avec un rendement plus faible et des usages plus spécifiques ouvrant la voie vers des modules solaires flexibles, légers et performants sous faible éclairement ;

  • les cellules « émergentes » à colorants, à base de pérovskite hybride et les cellules organiques : aucune n’est encore présente en masse sur le marché ; mais elles sont néanmoins porteuses de promesses en matière de réduction de l’impact environnemental de la production solaire ;

  • les multijonctions, très performantes, mais encore très coûteuses sont souvent réservées aux applications militaires et spatiales.

Pour ces quatre catégories, la Chine domine quantitativement et qualitativement sur les dépôts de demandes de brevets. Ainsi, entre 1990 et 2022, 40 % des inventions brevetées sont chinoises, sur 57 000 au total. L’effort d’innovation se concentre, en Chine comme ailleurs, sur les cellules émergentes (un peu plus de 28 000 brevets, dont environ 40 % pour la Chine), puis sur la cellule solaire conventionnelle en silicium cristallin de première génération, ou c-Si (près de 20 000, dont environ 50 % pour la Chine).

De plus, la Chine est en tête des citations de brevets pour les cellules c-Si et émergentes : à la fois dans le top 10 % (le seuil caractérisant des inventions « majeures ») et dans le top 1 % (seuil des innovations « de rupture »).

Cette progression rapide et durable de la Chine sur les brevets touchant aux technologies déjà exploitées industriellement permet de conclure que le learning by doing a été le principal moteur de la construction de la prééminence chinoise.

Le photovoltaïque est en effet un secteur où le taux d’apprentissage (baisse du coût pour chaque doublement de la capacité à technologie donnée) est reconnu parmi les plus élevés (de 20 à 30 %, selon une estimation de l’Agence internationale de l’énergie, 2020) et donc parmi les plus propices aux gains d’échelle et de compétitivité pour les firmes et les pays se positionnant sur des technologies bien maîtrisées.

La domination de la Chine se confirme aussi pour les technologies émergentes

La Chine s’impose ainsi comme le premier pôle scientifique mondial dans la recherche sur le solaire de prochaine génération.

Une analyse bibliométrique de la production scientifique dans des revues à comité de lecture sur les segments les plus en pointe – à savoir les cellules solaires émergentes – offre un aperçu de l’effectivité et de la pérennité de la puissance scientifique chinoise. En effet, ces technologies ont le potentiel de briser le quasi-monopole actuel du silicium cristallin, en raison de leurs promesses d’efficacité énergétique, de coûts de production et d’impacts environnementaux plus faibles grâce à des procédés de dépôts peu énergivores et par impression grande surface.

Ainsi, la Chine a réalisé en 2023 plus de 50 % de la production scientifique sur les pérovskites hybrides (la technologie émergente la plus dynamique depuis 2012) et 55 % pour le photovoltaïque organique. Les cellules solaires à colorant connaissent un déclin relatif depuis 2014. La Chine y avait atteint un pic de publications, avant d’être dépassée par l’Inde en 2021 – un recul qui s’explique principalement par le report des efforts de recherche vers les pérovskites hybrides.

Dans le domaine du photovoltaïque, comme dans d’autres, il n’est pas incongru de parler d’un « choc chinois ».

En 2018, l’administration américaine a adopté la China Initiative, dont l’objectif affiché était de lutter contre l’espionnage scientifique et industriel en restreignant les collaborations scientifiques avec des chercheurs chinois. Mais l’effet principal de cette tentative d’isolement de la recherche chinoise a été un redéploiement des collaborations vers les partenaires alternatifs aux Américains, en particulier la Corée du Sud et l’Allemagne permettant la croissance continue de la production scientifique chinoise contrairement à celle des États-Unis, qui décline depuis cette date.

Qui plus est, une proportion croissante des publications les plus citées dans les journaux les plus prestigieux est désormais réalisée par des équipes uniquement chinoises, hors collaborations internationales, ce qui confirme son autonomie scientifique grandissante.


Le projet Transition énergétique en Chine : Nouvelles orientations économiques et politiques – TEChNOPE (ANR-18-CE05-0011) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Laëtitia Guilhot a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR)

Guillaume Wantz a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Pierre Berthaud a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche

André Meunié et Marina Flamand ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire – https://theconversation.com/la-chine-epicentre-industriel-et-scientifique-de-lenergie-solaire-283717

Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal !

Source: The Conversation – France in French (2) – By Monica Baciu, Professeur Neurosciences Cognitives, Université Grenoble Alpes (UGA)

« Comment ça s’appelle déjà ? » Le mot est là. On le sent à notre portée, presque accessible, « sur le bout de la langue », mais impossible de le prononcer immédiatement. Alors on contourne, on reformule, on attend quelques secondes. Puis, souvent, le mot revient. Ce phénomène, très courant à partir du milieu de la vie, est généralement perçu comme un signe inquiétant du vieillissement. Pourtant, nos recherches en neurosciences cognitives racontent une histoire bien plus nuancée, et surtout bien moins pessimiste.


Depuis plusieurs années, nos travaux étudient la manière dont le cerveau vieillit et réorganise ses fonctions de langage. Les résultats obtenus depuis 2021 montrent que les difficultés à retrouver ses mots ne traduisent pas nécessairement un déclin global de la mémoire ou de l’intelligence. Elles reflètent surtout une transformation progressive des stratégies utilisées par le cerveau pour accéder au langage.

Contrairement aux idées reçues, les mots ne disparaissent pas de notre mémoire avec l’âge. Les connaissances restent globalement très solides, et le vocabulaire continue même souvent de s’enrichir grâce à l’expérience accumulée au fil des années. Ce qui change davantage, c’est la rapidité avec laquelle le cerveau accède à ces connaissances.

Parler est une action extrêmement sophistiquée

Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que parler est une opération extrêmement sophistiquée. Lorsque nous produisons un mot, le cerveau doit d’abord activer son sens, par exemple l’idée d’un objet, d’une personne ou d’une action, puis retrouver sa forme sonore avant de préparer son articulation.

Dans nos travaux récents sur le vieillissement du langage, nous distinguons notamment deux dimensions essentielles.
La première est la dimension sémantique, c’est-à-dire le sens des mots, les connaissances et les associations construites par l’expérience. La seconde est la dimension phonologique, qui correspond aux sons permettant de prononcer les mots. Par exemple, lorsque vous prononcez le mot « chat », vous récupérez d’abord sa représentation mentale en mémoire, puis vous transformez cette représentation en une série de sons qui rend possible son articulation.

Avec l’âge, les systèmes liés au sens restent particulièrement robustes. En revanche, l’accès à la forme sonore exacte des mots devient parfois moins fluide, car plus vulnérable aux effets de l’âge. En somme, le cerveau retrouve bien l’idée du mot, mais sa récupération phonologique nécessite une mobilisation accrue des ressources cognitives. C’est précisément ce qui produit l’impression du « mot sur le bout de la langue ».

De nouvelles stratégies

Nos recherches menées depuis 2021 montrent cependant que le cerveau ne subit pas passivement ces changements. Il développe au contraire de nouvelles stratégies d’adaptation.

À mesure que les traitements rapides fondés sur les sons des mots deviennent moins efficaces, le cerveau s’appuie davantage sur les connaissances sémantiques, le contexte et l’expérience accumulée. Les mécanismes phonologiques et sémantiques ne sont pas mutuellement exclusifs et continuent de fonctionner en interaction. Toutefois, les modifications cérébrales associées au vieillissement sain semblent progressivement accroître la contribution des systèmes sémantiques, qui participent alors à la compensation des fragilités phonologiques.

Autrement dit, lorsque l’accès direct à un mot devient plus difficile, le cerveau compense en mobilisant davantage le sens et les associations d’idées. Cette réorganisation s’accompagne également d’une implication plus importante de systèmes liés à l’attention et aux organes de sens qui aident à sélectionner l’information pertinente.

Nos travaux plus récents montrent que ces adaptations ne concernent pas uniquement le langage lui-même. Elles reflètent une réorganisation plus interactive du fonctionnement cérébral au cours du vieillissement qui impacte notamment la mémoire et l’attention.

À partir d’environ 55 ans, nous observons des modifications progressives dans les réseaux cérébraux impliqués dans le langage et la communication. Cette réorganisation se manifeste également à l’échelle des réseaux cérébraux. Des travaux récents en magnétoencéphalographie (MEG) suggèrent notamment qu’il tend à regrouper davantage les représentations sémantiques en unités plus larges et plus stables en les associant à des représentations visuelles ou motrices. Pour reprendre notre exemple, le traitement du mot « chat », de sa récupération en mémoire à son articulation, serait davantage médié par l’image, le son ou le mouvement, pour faciliter le langage.

Nos recherches, menées ces trois dernières années, suggèrent également que ces changements répondent à une logique énergétique plus générale du cerveau. Avec le vieillissement, certaines connexions cérébrales longues et coûteuses, comme celles du système phonologique, deviennent plus vulnérables. En réponse, le cerveau tend à privilégier des circuits plus locaux, plus économes en énergie, des critères auxquels semblent répondre les systèmes liés au sens et à l’expérience.

Le vieillissement cérébral apparaît ainsi moins comme une dégradation brutale que comme une recherche permanente d’équilibre entre efficacité de traitement et économie d’énergie.

La réserve cognitive

Il est également important de souligner que cette évolution varie fortement d’un individu à l’autre. Certaines personnes conservent une grande fluidité verbale très tard dans la vie, tandis que d’autres présentent des difficultés plus précoces. Une partie de ces différences est liée à ce que les neurosciences appellent la réserve cognitive.

La réserve cognitive correspond à la capacité du cerveau à s’adapter aux changements et à mobiliser des stratégies alternatives. Elle est influencée par de nombreux facteurs comme le niveau d’éducation, les activités intellectuelles, les interactions sociales, l’activité physique ou encore le multilinguisme. Plus cette réserve est importante, plus le cerveau semble capable de compenser les effets du vieillissement.

C’est précisément cette diversité de trajectoires individuelles que nous étudions aujourd’hui afin de mieux comprendre pourquoi certains cerveaux restent particulièrement adaptatifs avec l’âge et d’identifier plus précocement les trajectoires de vulnérabilité grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse des réseaux cérébraux.

Ces travaux participent à une transformation plus large de la manière d’aborder la santé cérébrale. Aujourd’hui, les recherches visent de plus en plus à détecter les premiers signes de fragilité avant l’apparition de troubles cognitifs plus importants. Par exemple, l’augmentation des sensations de « mot sur le bout de la langue » précède des difficultés cognitives mesurables dans d’autres domaines cognitifs. C’est dans ce contexte qu’émergent les centres de santé du cerveau, qui développent des approches de prévention fondées sur l’identification précoce des individus qui pourraient ressentir des ralentissements de leurs compétences cognitives, mais sans que les mesures objectives montrent de déficit de ces fonctions.

En conclusion, lors du vieillissement cognitif sain, le mot finit presque toujours par revenir. Et lorsqu’il tarde un peu, cela ne signifie pas forcément que le cerveau perd ses capacités. Cela peut simplement indiquer qu’il est en train de modifier ses stratégies pour continuer à fonctionner autrement.

The Conversation

Monica Baciu a reçu des financements de l’ANR et du CNRS (programmes Défi 80|PRIME 2022).

Clément Guichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal ! – https://theconversation.com/vous-perdez-vos-mots-cest-tout-a-fait-normal-284255

Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir

Source: The Conversation – in French – By Jason Walker, Program Director & Associate Professor Master of Psychology Health and Wellness & Master of Industrial-Organizational Psychology, Adler University

Au début de votre carrière, on vous donnera sans doute le conseil suivant : « Si quelque chose ne va pas, adressez-vous aux RH. » Ce conseil peut sembler pratique et rassurant, mais il ne tient pas compte de certaines nuances.

Une leçon que beaucoup apprennent tardivement, souvent à leurs dépens, est que les ressources humaines ne sont pas conçues pour défendre les intérêts individuels des employés. Leur fonction première est de protéger l’organisation pour laquelle elles travaillent.

Il ne s’agit pas là d’une critique à l’encontre des professionnels des RH. La plupart d’entre eux sont bien intentionnés, prévenants et soucieux de l’équité et du bien-être des employés.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.

La question ne porte pas tant sur les individus que sur la structure organisationnelle. La fonction principale des RH consiste à gérer les risques organisationnels, ce qui implique notamment de réduire les risques juridiques, de garantir la conformité aux exigences des organismes de réglementation, de recruter et de licencier des employés, ainsi que de gérer les problèmes internes.

Les organismes professionnels reflètent cette vision. La Society for Human Resources Management, le plus grand organisme professionnel de ressources humaines au monde, définit clairement que les RH sont responsables de la conformité, de la gestion des risques liés au personnel et de l’efficacité organisationnelle.

La mission première des RH n’est pas de protéger les intérêts individuels des employés lorsque ceux-ci entrent en conflit avec ceux de l’organisation.

Si le bien-être et la performance des employés sont en phase avec les objectifs de l’organisation, les RH peuvent se révéler extrêmement utiles. Mais lorsque ces intérêts divergent, ce sont généralement les priorités de l’organisation qui priment. Il est essentiel de le comprendre très tôt pour bien mener sa carrière.

Les ressources humaines ne sont pas neutres

Les jeunes professionnels ont tendance à croire que les RH représentent un médiateur neutre chargé de résoudre les conflits dans l’entreprise, mais ce n’est pas le cas.




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Dans la pratique, les RH sont intégrées à la hiérarchie de l’organisation. Ses responsables relèvent habituellement de la direction générale et leur performance est évaluée en fonction de leur capacité à gérer efficacement les risques institutionnels.

En raison de cette position structurelle, les professionnels des RH doivent trouver un équilibre entre les préoccupations des employés et les risques juridiques, financiers et réputationnels de l’entreprise.

Lorsque les conflits portent sur des problèmes interpersonnels courants ou des malentendus concernant les politiques, les RH peuvent intervenir et les résoudre rapidement. Mais lorsque les plaintes visent des employés très productifs ou des cadres supérieurs, la situation peut se compliquer.

Selon des études, les employés qui génèrent des revenus, apportent du prestige ou exercent une influence bénéficient d’une protection de la part de la direction, même lorsque leur comportement est préjudiciable, car ils sont perçus comme des atouts précieux pour l’organisation.

Prendre parole peut comporter des risques

Ces dernières années, de nombreuses organisations ont mis en place une culture visant à « libérer la parole », encourageant leurs employés à signaler tout comportement répréhensible.

En principe, ces initiatives témoignent d’un engagement en matière de responsabilisation. Les données révèlent toutefois une réalité plus complexe.

Selon l’enquête mondiale sur l’éthique de 2023, près de la moitié des employés ayant dénoncé un comportement répréhensible ont déclaré avoir subi des représailles par la suite.

Celles-ci ne sont pas toujours explicites. Elles peuvent se traduire par une réduction des opportunités d’évolution professionnelle, une exclusion des projets importants, une détérioration des relations professionnelles ou des évaluations de performance négatives.

Même lorsque les représailles sont subtiles ou indirectes, leurs répercussions peuvent se propager à l’ensemble de l’organisation. Lorsque des collègues constatent que le fait d’exprimer des préoccupations entraîne des représailles, ils sont moins enclins à le faire à leur tour. Il en résulte un effet de musellement qui diminue le signalement des fautes professionnelles, malgré l’existence de mécanismes officiels.

Si dénoncer les fautes professionnelles reste important, il est judicieux de comprendre les risques et les mesures de protection existantes avant de le faire.

Les enquêtes internes protègent l’institution

Les enquêtes internes sont un autre exemple du rôle structurel des ressources humaines. Il s’agit de procédures officielles menées par les RH lorsque quelqu’un dénonce une faute professionnelle, un cas de harcèlement ou de violation des règles.

Elles visent généralement à déterminer si les politiques internes ou les obligations légales ont été violées. Dans la pratique, la question qui se pose souvent est : « Quelqu’un a-t-il enfreint les politiques ? », plutôt que : « Quelqu’un a-t-il subi un préjudice ? »

Les professionnels des RH sont généralement chargés de réaliser des enquêtes internes. Si beaucoup d’entre eux possèdent une solide expérience en matière de relations avec les employés, la plupart n’ont reçu aucune formation officielle en matière d’enquêtes.

Par conséquent, les investigations sont souvent menées par des personnes dont l’expertise réside davantage dans la gestion des ressources humaines que dans les méthodes d’enquête.

Les études consacrées aux systèmes de conformité dans les entreprises démontrent que les procédures internes visent généralement à garantir la validité juridique des décisions et à limiter la responsabilité de l’organisation, plutôt qu’à défendre les intérêts des employés.




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Autrement dit, dès qu’un problème sur le lieu de travail fait l’objet d’une enquête officielle, le processus est souvent dicté par des considérations liées aux risques juridiques et organisationnels.

Les ressources humaines peuvent néanmoins être un allié

Cela ne signifie pas pour autant que les RH doivent être perçues comme des ennemis. Dans les organisations où la direction accorde la priorité à l’éthique, à la sécurité psychologique, à la responsabilité et à l’équité, le service des ressources humaines peut devenir un allié.

Les RH définissent notamment les politiques qui délimitent les comportements inacceptables, mettent en place des programmes de formation pour les expliquer aux employés et établissent des canaux de signalement pour les plaintes.

Cependant, même les professionnels des RH les plus engagés agissent dans le cadre d’un mandat structurel visant à protéger leur institution. Comprendre cette distinction permet d’aborder les défis rencontrés au travail avec des attentes claires.


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Si l’on souhaite faire part de ses préoccupations aux ressources humaines, il peut être utile de consigner minutieusement les incidents, de bien comprendre les politiques de l’entreprise et de connaître les droits des salariés. Il faut également savoir reconnaître les cas où il peut être nécessaire de recourir à des canaux de signalement externes et se familiariser avec ces procédures.

Dans la mesure du possible, il faut essayer de résoudre les problèmes à un stade précoce, avant qu’ils ne deviennent des dossiers officiels traités par les RH. Une fois qu’une affaire est prise en charge par les RH, l’accent est souvent mis sur la documentation de la situation et la gestion des risques juridiques ou organisationnels.

En comprenant comment les organisations fonctionnent réellement, on ne gère plus sa carrière en se basant sur des suppositions et on peut le faire de manière plus stratégique.

La Conversation Canada

Jason Walker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir – https://theconversation.com/le-role-des-ressources-humaines-est-il-daider-les-employes-voici-ce-que-les-jeunes-professionnels-doivent-savoir-279497

Violences sexuelles sur mineurs : deux siècles de bruit médiatique et d’inertie

Source: The Conversation – in French – By Anne-Claude Ambroise-Rendu, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Malgré les révélations qui éclatent régulièrement dans l’actualité à leur sujet, les violences sexuelles sur mineurs restent invisibilisées dans la société, et la protection au quotidien des enfants et des adolescents reste défaillante. Remise en perspective de cette inertie, qui persiste face à la libération de la parole, alors que des associations continuent de se mobiliser chaque semaine en mémoire de la jeune Lyhanna, retrouvée morte dans le Gers, le 4 juin 2026.


La déferlante médiatique du traitement de l’affaire Lyhanna témoigne de l’incapacité qui est toujours et encore celle de notre société à entendre, à voir et donc à répondre à la question des violences sexuelles exercées sur les mineurs.

Elle rappelle aussi ce qu’ont été les flux et les reflux qui ont marqué l’histoire des révélations médiatiques de ces violences. Pour spectaculaires qu’elles aient été, elles ont eu peu d’effets pratiques quant à la protection au quotidien des enfants et adolescents.

Des victimes effacées par le bruit médiatique ?

Ce crime et sa découverte provoquent la stupeur pourtant, la « révélation » n’est pas inédite.

Déjà, le 19 août 1988, au journal télévisé de 20 heures sur Antenne 2, la journée d’information sur les violences sexuelles subies par les enfants impulsée par Hélène Dorlhac, secrétaire d’État à la famille, était annoncée par Christine Ockrent en ces mots, sur un ton grave :

« Il faut en parler, il faut oser en parler, malgré la gêne, les tabous et le risque aussi de briser des silences qui ne sont pas toujours ceux de l’ignorance. Les enfants aussi sont victimes des perversités et des violences sexuelles dans des proportions qu’on ose à peine imaginer : une fille sur quatre, un garçon sur huit. »

Après les évocations régulières, faites par la Gazette des tribunaux, au début du XIXᵉ siècle, des affaires de criminalité sexuelle sur mineurs, la fin du siècle donnait au sujet, par la voie de la presse généraliste et notamment de la presse populaire, une visibilité réelle. Autour de 1898 et du vote de la loi sur la répression des violences, voies de fait, actes de cruauté et attentats commis envers les enfants, les récits d’abus sexuels et d’incestes se multipliaient dans les colonnes de faits divers, conjuguant euphémisme et moralisme sans s’intéresser de près aux victimes de ces actes « immoraux » et « odieux ».

Interview d’Anne-Claude Ambroise-Rendu sur la littérature et la prise de conscience des violences sexuelles sur mineurs (Association Stop aux violences sexuelles, 2017).

Outre que le soupçon pesait très lourd alors sur la parole de l’enfant, les effets à long terme du crime n’étaient guère envisagés. De surcroît, les journaux privilégiaient nettement les affaires sanglantes, et donc les viols suivis d’assassinats, et passaient encore assez largement sous silence l’ordinaire plus quotidien des violences sexuelles perpétrées dans le cadre supposé protecteur des relations familiales ou de voisinage, c’est-à-dire l’attentat à la pudeur sans violence.

Les deux premiers tiers du XXᵉ siècle ne dérogent pas à cette règle de l’ellipse, qui élimine en quelque sorte les victimes de la scène d’un drame avant tout perçu comme une atteinte à la morale sociale et à l’honneur, et les médias abordent même sensiblement moins le sujet. Néanmoins, en 1948, le Monde, relatant le viol et le meurtre d’une petite fille de 9 ans, reconnaît que le « drame [est] hélas assez banal en soi ».

Mais cette banalité-là reste encore largement liée au meurtre : la pédocriminalité n’est pas clairement identifiée comme telle par la presse.

Le tournant des années 1980

Radio et télévision entrent en lice à la fin des années 1970 et se font l’écho du vaste débat qui anime une partie de la société. En libérant la parole et les corps, les années qui suivent Mai-68 marquent une rupture incitant les médias à explorer les silences de l’intimité et à dénoncer les tabous.

La publicité nouvelle faite à la pédophilie et à sa défense prend une dimension politique : en l’inscrivant dans une remise en question globale et radicale de l’ordre social et moral, les défenseurs d’une pratique pédophile exempte de violence et de contrainte tentent de lui attribuer une légitimité et d’en faire une véritable culture. Les enfants ont aussi droit à la sexualité, clament-ils, donnant de fait davantage de visibilité à la question.

Le climat change nettement avec les années 1980 : la famille est revalorisée et la protection de l’enfance redevient un souci majeur. Les voix dissidentes des années précédentes se taisent peu à peu.

En 1986, lors des débats des Dossiers de l’écran, Alain Gérôme donne directement et conjointement la parole à trois femmes ayant été victimes de pères ou de frères incestueux ou ayant dénoncé les agissements d’un époux incestueux, parmi lesquelles Eva Thomas qui vient de publier le Viol du silence, et à des téléspectateurs aux avis partagés. Le standard téléphonique SVP 11 11 est submergé par une véritable « avalanche de témoignages », la plupart dénonciateurs. Le lendemain, la presse écrite tout entière donne un très large écho à ce moment télévisuel, annonçant : « La honte a changé de camp. »

Après l’émission de Mireille Dumas Bas les masques sur l’enfance violée, en avril 1995, éclate l’affaire Dutroux et la dramatisation des propos médiatiques s’accentue notablement. Les médias découvrent le marché de la pédophilie (baby porno, tourisme sexuel, etc.), et la presse et la télévision affermissent inexorablement les liens entre actes pédophiles et violence meurtrière en amalgamant assassins et violeurs.

Les développements de l’affaire d’Outreau (2004-2005), dans laquelle 13 accusés sur 17 sont finalement blanchis, incitent les médias à un revirement, véritable contre-déferlante médiatique : la parole de l’enfant est l’objet de nouvelles prudences, voire d’un retour en force du soupçon, l’expertise psychiatrique est relativisée, la magistrature critiquée et la question de l’erreur judiciaire, si présente au XIXᵉ siècle, est revivifiée.

À partir de 2017, les vagues successives des différents #MeToo (#BalanceTonPorc, #MeTooinceste) et, en 2020 et 2021, la publication successive du Consentement, de Vanessa Springora, et de la Familia Grande, de Camille Kouchner, relancent la dynamique de la « révélation ».

Une inertie face aux violences sexuelles

Après des décennies d’une médiatisation faite de flux et de reflux, l’ordinaire des violences sexuelles est encore largement invisibilisé. Pour un meurtre qui défraie la chronique, des milliers de cas de violences sexuelles beaucoup plus ordinaires ne passent pas la rampe de l’exposition médiatique, même lorsqu’elles sont révélées à la justice.

Tout se passe souvent comme, si en dépit de l’histoire, du Code pénal et de l’indignation générale que suscitent ces actes, la violence extrême et la brutalité létale demeuraient la mesure étalon du crime. Les institutions ne sont pas seules en cause parce qu’elles témoignent, telles qu’elles sont, de la répugnance du « système » à affronter ce qui n’est pas seulement une question, mais bien un problème.

L’attentat à la pudeur a bien été qualifié de crime dès 1810, crime précisé et élargi en 1832 avec l’attentat sans violence sur mineur, mais l’exercice de la justice n’étant pas toujours fidèle à l’esprit du Code pénal, ces affaires judiciaires ont été régulièrement traitées soit avec répugnance, soit avec négligence.

La croissance des dénonciations depuis les années 1980, dans le contexte d’un élargissement général du champ des comportements sanctionnés, et l’augmentation des condamnations pour viol montrent qu’il ne se passe pas rien et que les choses avancent. Reste qu’aujourd’hui encore 86 % des plaintes sont classées sans suite, chiffre qui témoigne de la difficulté de la police comme de la justice à entendre la parole des plaignant·es et à la considérer comme un élément susceptible d’établir la réalité du crime.

La législation a n’est pas seule en cause, même si, depuis le Code pénal de 1810, les lois, y compris celles de la République, sont rédigées et votées par des hommes, pour des hommes. La loi de juillet 1989, allongeant les délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs, a été portée par des femmes de gauche : Michèle André, Denise Cacheux, Frédérique Bredin et Yvette Roudy, soutenues par Roselyne Bachelot.

Et la législation sur les violences sexuelles sur mineurs a connu des ratés évidents : la loi de décembre 1980 redéfinissant le viol et le code de 1994 ont marqué une régression par rapport au code de 1810 en transformant le crime d’attentat à la pudeur sans violence en délit d’atteinte sexuelle. Mais c’est surtout la mise en œuvre qui pèche, c’est-à-dire la prise en compte effective et pratique par la justice et l’ensemble du corps social de cette criminalité.

La pensée dominante crée un effet de système qui, d’une part, renforce la possibilité de l’emprise et, d’autre part, contribue à la tolérance de la délinquance sexuelle : cet effet s’appelle la domination masculine. Une domination valorisant historiquement une sexualité masculine prédatrice et conquérante qui se manifeste des blagues sexistes au viol et, profondément incorporée par les individus hommes et femmes, fait le lit des abus.

The Conversation

Anne-Claude Ambroise-Rendu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences sexuelles sur mineurs : deux siècles de bruit médiatique et d’inertie – https://theconversation.com/violences-sexuelles-sur-mineurs-deux-siecles-de-bruit-mediatique-et-dinertie-285500

« Je vais engager un tueur à gages » : la toxicité de nature criminelle dans les jeux vidéo en ligne

Source: The Conversation – in French – By Thomas Burelli, Professeur en droit, Section de droit civil, Université d’Ottawa (Canada), membre du Conseil scientifique de la Fondation France Libertés, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Des menaces de mort explicites, des insultes racistes et du harcèlement grave demeurent présents dans League of Legends, l’un des jeux vidéo les plus populaires au monde, malgré leur interdiction par la loi et par Riot Games.


Alors que la partie de jeu vidéo en ligne vient de se terminer, des joueurs commentent les statistiques et leurs erreurs ou réussites. Jusqu’à ce que l’un d’eux, visiblement excédé par la tournure des évènements, lance : « i hire hitman on you/watch back irl » (« Je vais engager un tueur à gages/fais gaffe à toi dans la vraie vie) ». Non il ne s’agit pas de fiction : nous avons personnellement fait l’expérience de menaces de mort directes et explicites sur le célèbre jeu en ligne League of Legends de la compagnie Riot Games.

Les menaces extrêmes côtoient en fait une foule de comportements problématiques, allant du harcèlement aux propos racistes, sexistes ou homophobes, en passant par les appels au suicide. Cela fait partie du quotidien de nombreux joueurs de jeux vidéo en ligne. Il est néanmoins très difficile d’évaluer avec précision l’ampleur de ces phénomènes dans la mesure où les plates-formes ne partagent pas toujours publiquement les données relatives à la modération.

La persistance de ces comportements nous interpelle dans la mesure où il s’agit de crimes, au sens du droit pénal, dans la plupart des pays à travers le monde. Il s’agit également de comportements qui sont en général explicitement interdits par les plates-formes de jeu dans leurs conditions générales de vente.

En tant que professeur et doctorant spécialisés en droit des jeux vidéo à l’Université d’Ottawa, cette situation nous apparaît totalement inacceptable et particulièrement risquée pour une plate-forme de jeu en ligne.

Un système opaque

Il existe bien des mécanismes pour dénoncer les joueurs qui adoptent des comportements répréhensibles.

Le traitement des plaintes est néanmoins déconcertant : d’une part, les victimes ne sont pas nécessairement tenues informées par l’opérateur du jeu d’éventuelles sanctions qui seraient prises contre les auteurs de menaces de mort. D’autre part, il est possible d’observer que les comptes des auteurs ne sont pas systématiquement fermés.

En d’autres termes, Riot Games semble, dans une certaine mesure, tolérer que des auteurs d’infractions pénales continuent de jouir de sa plate-forme.




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Un conflit d’intérêts préoccupant

Selon Riot Games, les comportements véritablement problématiques ne concerneraient qu’une infime minorité de joueurs :

« Les données montrent que seuls 5 % des joueurs se comportent de manière perturbatrice systématiquement […]. Mais les 95 % restants sont des joueurs réguliers qui perdent leur sang-froid de temps à autre. » (Traduction libre)

Or, Riot Games ne communique pas sur le volume des comportements problématiques et le nombre de personnes affectées. Selon certaines estimations, ce 5 % en question représenterait tout de même plus de 6 millions de joueurs à travers le monde.

Mais de façon plus préoccupante, nous sommes contraints de croire sur parole une compagnie qui, en matière de comportements abusifs, n’a aucun intérêt à être transparente afin de préserver sa réputation, d’autant plus si les statistiques ne sont pas flatteuses.

Un problème minimisé

Les études scientifiques sur le sujet ainsi que les sondages auprès des joueurs viennent par ailleurs nuancer les affirmations de Riot Games. Selon une étude scientifique publiée en 2024, les discours haineux et les menaces de mort sont respectivement présents dans 3,4 % et 7 % des matchs analysés (à l’échelle mondiale des dizaines de millions de matchs ont lieu chaque jour).

Par ailleurs, Riot Games met l’emphase sur la fréquence des comportements et non sur leur nature pour les qualifier de problématiques.

Doit-on en conclure que des menaces de mort par des joueurs qui « perdent leur sang-froid de temps en temps » seraient acceptables ? Et que signifie de temps en temps ? Une fois par semaine ? Une fois par mois ? Riot Games met ainsi sur un pied d’égalité tous les comportements problématiques, ceux qui ne sont pas illégaux (la triche, le sabotage, etc.) et les comportements interdits par la loi (les menaces de mort, les insultes à caractère haineux, etc.).

Ceci est extrêmement problématique, car ces comportements ne sont pas équivalents.


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Le désintérêt de Riot Games

Nous avons demandé à un responsable de la compagnie Riot Games pourquoi les comportements toxiques criminels tels que les menaces de mort ne font pas l’objet de sanctions strictes et dissuasives pour les joueurs (par exemple une exclusion permanente du jeu). Voici sa réponse : « Pensez-vous qu’il est approprié de bannir définitivement quelqu’un la première fois qu’il est toxique dans le chat ? » (Traduction libre). Encore une fois, il est question de la fréquence des actes et non de leur nature et de leur gravité.

Un autre responsable de Riot Games a déclaré publiquement : « Les menaces de mort et le harcèlement direct sont bien sûr interdits et constituent des problèmes relativement marginaux. Je m’attendrais également à ce que ces questions soient principalement traitées en privé » (Traduction libre).

Quand bien même il s’agirait de comportements « nichés » (ce que les données contredisent), ce qui importe, c’est la gravité des actes et l’importance qui leur est donnée. En l’occurrence, d’autres comportements répréhensibles, comme la triche, sont traités de façon beaucoup plus sérieuse par Riot Games.

Dans ces circonstances, de nombreux joueurs ne prennent pas au sérieux les conséquences associées aux comportements toxiques criminels. Ils savent que, d’une manière ou d’une autre, ils pourront continuer à jouer.

Quel risque pour les plates-formes ?

Les comportements problématiques qui ont cours dans les jeux de la compagnie Riot Games sont en général peu connus du grand public. En effet, contrairement aux réseaux sociaux, ces comportements ont lieu dans le cadre de parties impliquant un nombre restreint de participants. S’ils ne sont pas enregistrés par les joueurs au moyen de photos ou d’impression écran, ils disparaissent une fois la partie terminée.

Cependant, à mesure que les sports électroniques se popularisent, que les compétitions se multiplient et que les médias généralistes s’y intéressent, les risques réputationnels pour une compagnie comme Riot Games augmentent. Ces risques sont liés à la fois à la présence de ces comportements et aux manières par lesquelles Riot Games décide de les traiter.

La récente fusillade survenue dans une école secondaire de Tumbler Ridge illustre les risques. OpenAI détenait des informations sur les intentions de la tireuse alléguée, mais n’a pas prévenu les autorités publiques. OpenAI a dû s’expliquer auprès des autorités canadiennes et fait aujourd’hui l’objet de poursuites par les familles des victimes. La situation est similaire avec Riot Games, qui détient des données relatives aux menaces de mort sur sa plate-forme, mais n’agit pas toujours en conséquence.




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Quels recours pour les joueurs qui subissent ces comportements ?

Les comportements toxiques criminels sont devenus pour beaucoup de joueurs des comportements qui font en quelque sorte partie du jeu. Ils ont été normalisés et certains joueurs y sont désensibilisés. Il est néanmoins important, selon nous, de ne pas les accepter et de faire comprendre à une compagnie comme Riot Games qu’elle doit en faire plus.

Pour cela, les joueurs peuvent documenter les cas de toxicité criminelle auxquels ils sont confrontés. Il est pertinent de les communiquer à la plate-forme, même si les démarches peuvent être fastidieuses et ne pas mener à des sanctions efficaces. Afin de faire pression sur la plate-forme et de sensibiliser le grand public à ces enjeux, ces comportements peuvent être partagés publiquement sur les réseaux sociaux. Ceci pourrait encourager les plates-formes à agir afin de préserver leur réputation.

Finalement, il est possible d’envisager des actions collectives dans les territoires qui autorisent ce type de recours. Des joueurs ayant subi des comportements toxiques criminels pourraient ainsi se regrouper afin de tenter d’obtenir une réparation de la part des plates-formes. Notons que les actions collectives dans le domaine des jeux vidéo se multiplient ces dernières années : à propos des potentiels effets néfastes des jeux vidéo sur la santé des enfants, ou encore à propos de la protection des données personnelles des joueurs.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. « Je vais engager un tueur à gages » : la toxicité de nature criminelle dans les jeux vidéo en ligne – https://theconversation.com/je-vais-engager-un-tueur-a-gages-la-toxicite-de-nature-criminelle-dans-les-jeux-video-en-ligne-283856