Restriction calorique : Certains nutriments présents dans les aliments peuvent-ils allonger la durée de vie en bonne santé ?

Source: The Conversation – in French – By Justin Roberts, Professor of Nutritional Physiology, Anglia Ruskin University

Conjuguée à la pratique d’une activité physique régulière, une alimentation variée et équilibrée reste le moyen le plus sûr d’améliorer ses chances de vieillir en bonne santé. Tatjana Baibakova/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Des travaux ont démontré que, chez l’animal, réduire les apports énergétiques en diminuant la quantité de nourriture augmente l’espérance de vie.

  • Chez l’être humain, cependant, les données disponibles ne confirment pas ces résultats pour l’instant.

  • L’adoption d’une alimentation variée et équilibrée, conjuguée à la pratique d’une activité physique adaptée et régulière, demeure la meilleure façon d’améliorer ses chances de vieillir en bonne santé.


Incitations à suivre des programmes de jeûne, prise de compléments alimentaires, routines quotidiennes minutieuses… Scroller sur les réseaux sociaux nous expose rapidement à une foule de conseils censés nous faire vivre plus longtemps. Mais vivre jusqu’à un âge avancé n’est pas systématiquement synonyme de bonne santé ni de vie en autonomie.

Avec l’âge, on constate une diminution de la masse musculaire et de la force, celle de l’aptitude physique aérobie (évaluée par la mesure de la consommation maximale d’oxygène – ou VO₂ max –, la condition aérobie commence à décroître entre 20 et 30 ans, NDT), ou encore l’existence d’une « inflammation liée à l’âge » (une inflammation chronique de bas grade). Si ces évolutions concernent tout le monde, elles varient considérablement d’une personne à l’autre. On sait aujourd’hui que l’activité physique et le sommeil peuvent notamment influer sur la manière dont nous vieillissons, et que les revenus, la qualité du logement, l’accès aux soins ainsi que l’environnement (au sens large) jouent eux aussi des rôles importants, tout comme l’alimentation.

En ce qui concerne cette dernière, l’une des pistes les plus étudiées pour agir sur le vieillissement est la restriction calorique : il s’agit de réduire l’apport énergétique d’environ 20 à 40 % tout en continuant de couvrir les besoins en nutriments essentiels. Si la restriction calorique a déjà fait ses preuves chez l’animal, les résultats sont moins probants en ce qui concerne l’être humain, mais les recherches se poursuivent. Voici ce qu’il faut en retenir.

Espérance de vie, vieillissement en bonne santé : de quoi parle-t-on ?

Les chercheurs font la distinction entre l’espérance de vie en bonne santé à la naissance et l’espérance de vie en bonne santé, autrement dit le nombre d’années pendant lesquelles une personne peut s’attendre à vivre en « pleine santé », sans incapacité ni maladie chronique. En 2021, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’espérance de vie mondiale s’établissait à 71,4 ans, contre 61,9 ans pour l’espérance de vie en bonne santé, soit un écart de neuf ans et demi. Une autre étude estime que cet écart s’est creusé dans 203 des 204 pays et territoires étudiés entre 1990 et 2023.

(En France, les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques indiquent que, depuis 2008, l’espérance de vie sans incapacité à la naissance progresse à un rythme proche de celui de l’espérance de vie : les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité et les hommes 63,7 ans. Des durées supérieures respectivement de dix et huit mois aux moyennes européennes – 63,3 ans pour les femmes et 62,8 ans pour les hommes, NDT).

La notion de « vieillissement en bonne santé » de l’OMS adopte quant à elle une définition un peu plus large, centrée sur les capacités qui permettent à chacun de faire ce à quoi il tient : accomplir les tâches du quotidien, entretenir des relations, apporter sa contribution à la société. De ce point de vue, vieillir en bonne santé signifie que l’on vit tout en étant capable de composer avec un (ou plusieurs) problème de santé.

Enfin, la notion de « durée de vie en bonne santé fonctionnelle » désigne ainsi la période pendant laquelle une personne conserve les capacités nécessaires pour vivre de manière autonome.

Pourquoi la restriction calorique intéresse-t-elle les chercheurs ?

Les travaux scientifiques ont démontré que la restriction calorique peut allonger la durée de vie d’organismes allant de la levure aux rongeurs, même si ses effets varient selon l’espèce, le patrimoine génétique, le sexe, l’âge et l’alimentation. En ce qui concerne notre espèce, cependant, les données sont moins probantes.

Le plus vaste essai de longue durée consacré à la restriction calorique chez l’être humain, baptisé CALERIE (Comprehensive Assessment of Long-term Effects of Reducing Intake of Energy, en français l’Évaluation globale des effets à long terme d’une réduction de l’apport énergétique), a suivi, pendant deux ans, 218 adultes en bonne santé, sans obésité. Les participants affectés au groupe « restriction » ont réduit leurs apports énergétiques de 12 % en moyenne.

Chez eux, plusieurs indicateurs liés à la santé cardiovasculaire et métabolique se sont améliorés, parmi lesquels la pression artérielle, la sensibilité à l’insuline et les marqueurs sanguins de l’inflammation. Les participants ont également perdu environ 5,4 kg de masse grasse et 2 kg de masse maigre, tandis que leur densité minérale osseuse diminuait légèrement au niveau du rachis et de la hanche.

Si l’essai a bien porté sur des biomarqueurs du vieillissement, il n’a toutefois pas permis d’établir que la restriction calorique prolonge la durée de vie, en bonne santé ou non. Par ailleurs, maintenir sur le long terme une telle restriction peut s’avérer difficile.

Pour cette raison, certains chercheurs s’intéressent aussi à des composés capables d’agir sur les processus cellulaires impliqués dans le vieillissement. L’idée serait d’agir sur les mécanismes activés par la restriction calorique, mais sans qu’il soit nécessaire de manger nettement moins. De tels composés sont qualifiés de « mimétiques de la restriction calorique », et il s’en trouve un certain nombre dans notre alimentation.

Ces mimétiques pourraient atténuer certains signaux associés à la croissance cellulaire, stimuler l’autophagie – le processus par lequel les cellules recyclent leurs composants endommagés –, influer sur la manière dont les cellules perçoivent leur statut énergétique, sur leur fonctionnement métabolique ou encore sur la capacité des mitochondries à produire de l’énergie (les mitochondries sont les « centrales énergétiques » des cellules).

Toutefois, pour l’instant, les résultats obtenus proviennent pour l’essentiel d’études sur des cellules et des animaux. Il faut garder à l’esprit que le fait qu’un composé soit capable d’agir sur un mécanisme cellulaire donné ne suffit pas nécessairement à améliorer la santé ou à allonger la durée de vie.

Que montrent les études chez l’être humain ?

Penchons-nous sur quelques études qui ont été menées chez l’être humain. Premier exemple : la spermidine. Ce composé est présent dans le germe de blé, les champignons, les légumineuses et les fruits à coque. Une étude observationnelle (étude durant laquelle les scientifiques suivent les participants sans modifier leurs traitements ou modes de vie habituels, contrairement aux études interventionnelles, NDT) menée auprès de 23 894 adultes américains a révélé qu’un apport estimé plus élevé en spermidine était associé à un moindre risque de décès au cours du suivi, que ce soit « toutes causes confondues » ou en raison de problèmes cardiovasculaires uniquement.

Ce résultat n’établit pas pour autant de lien de cause à effet : il se pourrait en effet que les personnes qui consomment davantage d’aliments riches en spermidine aient une alimentation globalement plus saine, ou qu’ils se distinguent des autres participants par diverses caractéristiques susceptibles d’expliquer ces résultats.

En 2018, un petit essai pilote d’une durée de trois mois, portant sur un effectif de 30 personnes âgées, avait un temps laissé penser que la spermidine pouvait améliorer la mémoire. Mais un essai randomisé de plus grande ampleur, mené sur douze mois et 100 personnes âgées présentant un déclin cognitif n’a pas permis de confirmer ce résultat : publiés en 2022, ces nouveux travaux ont révélé que la prise d’un complément riche en spermidine n’améliorait pas le critère principal de l’essai, à savoir les performances en matière de mémoire, par rapport au placebo.

Outre la spermidine, d’autres composés ont été proposés comme potentiels mimétiques de la restriction calorique, car on les pense capables de reproduire certains de ses effets cellulaires : le resvératrol, présent dans le raisin et les baies, les catéchines, que l’on trouve dans le thé vert et le cacao, ou encore la quercétine, qui proviennent de l’oignon et de la pomme.

En 2017, des travaux menés sur un effectif de 30 adultes âgés de 65 à 80 ans (12 hommes et 18 femmes) suggèrent qu’une supplémentation en resvératrol associée à de l’exercice physique pourrait améliorer plusieurs paramètres concernant la force musculaire, la puissance et la résistance à la fatigue. Une autre étude, menée sur 36 personnes âgées prenant de la quercétine tout en suivant un programme de renforcement musculaire de six semaines, a révélé que les muscles des genoux des participants développaient davantage de force. Cependant, ce résultat ne s’est pas traduit, dans les faits, par une amélioration en matière de résolution de tâches physiques. Les consommateurs de quercétine n’avaient, par exemple, pas plus de facilité que les autres à se lever d’une chaise.

Si ces deux études suggèrent certains bénéfices pouvant influer sur la durée de vie en bonne santé, il est important de souligner qu’elles ont toutes deux testé uniquement des compléments alimentaires, et non des aliments entiers. En outre, aucune n’a cherché à savoir si les mécanismes supposés de la restriction calorique étaient bel et bien à l’origine des changements observés.

Parmi les autres composés mimétiques de la restriction alimentaire figure l’urolithine A, produite par certaines bactéries intestinales capables de dégrader des substances appelées ellagitanins (ou tanins ellagiques), présentes notamment dans la grenade et la noix. Un essai mené sur 66 adultes âgés de 65 à 90 ans, révèle qu’une supplémentation en urolithine A a amélioré l’endurance musculaire et certains indicateurs de la santé mitochondriale, sans toutefois améliorer significativement les critères principaux de l’étude, à savoir la distance parcourue lors d’un test de marche de 6 minutes et la capacité des muscles à produire de l’énergie.

Enfin, un autre essai financé par l’industrie et mené chez des adultes d’âge mûr a fait état d’une amélioration de la force musculaire, de l’aptitude physique aérobie et de la vitesse de marche sous urolithine A, mais pas de la puissance musculaire maximale. Ces résultats témoignent de bénéfices fonctionnels, mais ils ne démontrent pas que la consommation de grenades ou de noix produirait des effets similaires ni que l’urolithine A soit capable d’allonger la durée de vie en bonne santé.




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En l’état actuel des connaissances, que retenir ?

Les recherches sur ces composés pourraient aider les scientifiques à comprendre comment les cellules réagissent à certains nutriments et améliorer les connaissances en matière de vieillissement. Toutefois, actuellement, aucune donnée scientifique ne plaide pour la consommation de fortes doses d’un composé ou d’un autre, a fortiori sous forme de compléments alimentaires.

En revanche, les connaissances scientifiques actuelles concernant les habitudes de vie sont claires. Une étude publiée en 2025, menée sur plus de 105 000 adultes suivis sur une période allant jusqu’à 30 ans, a démontré que plusieurs régimes étaient associés au fait d’atteindre un âge avancé sans maladie chronique majeure, tout en restant en bonne santé cognitive, physique et mentale.

Ces régimes faisaient généralement la part belle aux fruits, aux légumes, aux céréales complètes, aux fruits à coque, aux légumineuses et aux acides gras insaturés (comme les oméga-3). Un apport en protéines de bonne qualité est également important pour préserver la masse musculaire, en particulier lorsque cet apport s’accompagne d’exercices de renforcement musculaire.

Il s’agit là d’un autre point important : l’activité physique est essentielle pour préserver les capacités fonctionnelles. Au Royaume-Uni, il est préconisé aux personnes âgées de pratiquer au moins deux jours par semaine des activités qui améliorent la force, l’équilibre et la souplesse, en complément d’une activité aérobie régulière.

(en France, des exercices de souplesse (de souplesse (yoga, tai chi, étirements, voire simplement faire le ménage…) sont préconisées durant au moins dix minutes et au moins deux fois par semaine, en complément de renforcement musculaire (marche, gymnastique dans l’eau, gymnastique d’entretien, vélo, jardinage)).

En matière d’alimentation, les régimes méditerranéens et régimes traditionnels d’Okinawa ont été associés à des chances plus élevées de vieillissement en bonne santé (sans toutefois que ces associations permettent d’attribuer leurs bienfaits à tel ou tel mimétique en particulier). Les premiers privilégient généralement les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les fruits à coque et l’huile d’olive. Les seconds reposent quant à eux sur la patate douce et les légumes, accompagnés de produits dérivés du soja ainsi que de petites quantités de poisson.

Des aliments contenant des mimétiques présumés de la restriction calorique peuvent aussi trouver leur place dans une alimentation variée et nourrissante, si on le souhaite. Il reste néanmoins encore à démontrer que ces composés reproduisent chez l’humain les effets de la restriction calorique ou allongent la durée de vie en bonne santé, raison pour laquelle ils continuent de susciter l’intérêt des scientifiques.

En définitive, pour qui souhaite améliorer ses chances de vieillir en bonne santé, les données les plus solides actuellement disponibles pointent plutôt en faveur de l’adoption d’une alimentation variée et nutritive conjuguée à la pratique d’une activité physique régulière.

The Conversation

Le professeur Roberts a bénéficié de financements de recherche sans rapport avec cet article.

– ref. Restriction calorique : Certains nutriments présents dans les aliments peuvent-ils allonger la durée de vie en bonne santé ? – https://theconversation.com/restriction-calorique-certains-nutriments-presents-dans-les-aliments-peuvent-ils-allonger-la-duree-de-vie-en-bonne-sante-292806

Le scrutin sénatorial favorise-t-il les communes rurales et la droite ?

Source: The Conversation – in French – By Arnaud Brennetot, Géographie politique, Université de Rouen Normandie

En septembre 2026, juste avant le renouvellement d’un peu plus de la moitié des sièges au Sénat, le groupe Les Républicains (LR) représente à lui seul 37 % de la chambre haute. Si l’on élargit à la majorité de droite et du centre, le pourcentage atteint 65,5 %. Sénat

L’ESSENTIEL

  • Le 27 septembre 2026, 178 des 348 sièges du Sénat seront renouvelés.

  • Le mode de scrutin avantage les communes de moins de 5 000 habitants, qui obtiennent proportionnellement plus de délégués, les grands électeurs, que les grandes villes.

  • Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas ce déséquilibre territorial qui explique la domination de la droite au Sénat.


Le 27 septembre 2026 se tiendront les élections sénatoriales à l’issue desquelles un peu plus de la moitié des 348 sièges seront renouvelés. Comme bien souvent, ce scrutin retient peu l’attention des médias. Si l’effervescence suscitée par la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 détourne l’attention du scrutin sénatorial, des causes plus structurelles jouent également.

Le caractère indirect de l’élection en fait avant tout une affaire d’élus locaux. Par ailleurs, le mode de scrutin est souvent accusé, à gauche en particulier, d’être peu représentatif de la population et de favoriser des candidats âgés, conservateurs et issus des campagnes. Le fait que le Sénat soit composé d’une majorité quasi inamovible de forces de droite et de centre droit donne du crédit à une telle hypothèse et pose la question de la légitimité démocratique d’une chambre qui n’a connu qu’une seule alternance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre 2011 et 2014.

Pour ses défenseurs, cependant, le Sénat n’a pas vocation à représenter la population, mais plutôt les collectivités territoriales, mission que lui reconnaît officiellement l’article 24 de la Constitution.

Se pose alors la question de savoir si le scrutin actuel permet une représentation équitable des territoires ou si, au contraire, il privilégie certains types au détriment d’autres. Le Sénat est-il véritablement une chambre dévolue à la défense des intérêts de la ruralité ?

Des communes rurales inégalement surdotées en grands électeurs

En France, les sénateurs sont élus par un collège électoral composé d’environ 160 000 grands électeurs : 95 % d’entre eux sont désignés par les conseils municipaux, les autres étant les parlementaires, les conseillers départementaux et régionaux.

Par leur poids écrasant, les délégués municipaux déterminent l’issue du vote des grands électeurs. Au sein de chaque département, le nombre de délégués dépend du nombre de conseillers municipaux, lui-même déterminé par le nombre d’habitants de chaque commune.

Le nombre de délégués municipaux n’est pas strictement proportionnel à la population résidente et dépend également de sa répartition entre les communes.

Les communes comptant peu d’habitants bénéficient d’un nombre de délégués proportionnellement plus élevé que les communes plus peuplées :

  • les communes de moins de 5 000 habitants pèsent 37 % de la population, mais réunissent 53,3 % des délégués municipaux ;

  • les communes de plus de 20 000 habitants rassemblent 39,7 % de la population, mais seulement 23,6 % des délégués municipaux ;

  • seules les communes entre 5 000 et 20 000 habitants ont un poids électoral proportionnel à leur population.

Le scrutin sénatorial surdote donc les communes les moins peuplées au détriment des communes urbaines de plus de 20 000 habitants.

Écart entre le poids démographique des communes et leur poids dans le collège des délégués municipaux élisant les sénateurs

Données : Insee et Sénat. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l’auteur

Cette distorsion est cependant inégale selon les départements. L’écart entre le pourcentage que représentent les communes de moins de 5 000 habitants dans le collège électoral et leur pourcentage dans la population permet de mesurer le niveau de surdotation dont elles bénéficient. Ce niveau varie de 0,1 % dans les Hauts-de-Seine à 21,3 % dans la Marne.

Les départements pour lesquels le niveau de surdotation des petites communes pèse le plus sont situés dans le nord et l’est du Bassin parisien, les Pyrénées et la Corse. Au contraire, cette surdotation est beaucoup plus faible dans le Grand Ouest, le centre et l’ouest du Bassin parisien, le sud du Massif central et le Midi provençal.

Écart entre le poids des communes de moins de 5000 habitants dans le collège électoral et leur poids dans la population (en %)

Données : Ministère de l’intérieur, Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l’auteur

Ce niveau de surdotation dépend de la conjugaison de deux facteurs :

  • l’étendue des communes rurales ;

  • les contrastes de densités de population au sein d’un même département.

La surdotation tend tout d’abord à augmenter là où les densités de population sont faibles et où la superficie des communes est réduite. À densité de population égale, un département comptant beaucoup de communes peu étendues (les Hautes-Pyrénées ou la Seine-Maritime, par exemple) a un niveau de surdotation plus élevé qu’un département dont la taille moyenne des communes est plus grande (les Landes ou les départements du Grand Ouest, par exemple).

Par ailleurs, l’effet de la surdotation dont bénéficient les communes rurales est majoré si le département dans lequel elles sont situées compte des communes urbaines dotées d’un nombre réduit de sièges rapporté à leur population. C’est la raison pour laquelle les communes rurales de départements, tels que la Lozère, la Haute-Saône ou la Meuse, bénéficient d’une surdotation moindre que celles de la Haute-Garonne ou de la Côte-d’Or, qui profitent de la présence des communes peuplées et sous-dotées des agglomérations toulousaine et dijonnaise.

La droite profite-t-elle de l’avantage accordé aux espaces de faibles densités ?

La somme des résultats obtenus par les candidats aux élections sénatoriales de 2020 et de 2023 révèle que les forces de droite et de centre droit ont obtenu 56,3 % des voix de grands électeurs, celles de gauche 35 %, celles d’extrême droite 4,4 % et celles du centre 3,1 %. À l’instar des précédents scrutins, les deux dernières élections sénatoriales ont été majoritairement favorables à la droite.

Cependant, les meilleurs scores obtenus par les candidats de droite ne sont pas nécessairement repérables dans les départements où le niveau de surdotation des communes rurales est le plus élevé. Les communes rurales de Seine-Maritime, de Haute-Garonne ou de l’Aude bénéficient d’un niveau élevé de surdotation sans que les résultats de la droite y soient élevés. Inversement, celle-ci obtient de très bons résultats dans des départements comme la Meuse, l’Orne ou la Haute-Loire alors que les communes rurales n’y sont pas particulièrement surdotées.

Pourcentage de voix exprimées en faveur des candidats de droite et de centre droit lors des élections sénatoriales de 2020 et de 2023

Données : Ministère de l’intérieur/Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l’auteur

La position majoritaire de la droite tient-elle alors à la façon dont les sièges sont répartis entre les différents départements ?

Le nombre de sénateurs attribué à chaque département varie de 1 pour les départements les moins peuplés (la Lozère, la Creuse, le Territoire de Belfort) à 12 pour le département de Paris.

Ramené à la population, le nombre de sénateurs pour 100 000 habitants s’établit à 0,48, mais varie dans un rapport de 1 à 5,3 selon les départements, la Creuse bénéficiant d’un taux de 1,73 pour 100 000 habitants quand l’Hérault ne dépasse pas 0,33.

Nombre de sénateurs rapporté à la population des départements

Données : Ministère de l’intérieur/Insee. Réalisation : Brennetot, 2026, Fourni par l’auteur

Dans l’ensemble, ce taux est plus faible dans les départements accueillant une métropole (la Loire-Atlantique, la Haute-Garonne, la Gironde, etc.).

Au contraire, il est plus élevé dans la diagonale des faibles densités, des Ardennes aux Hautes-Pyrénées, l’Orne, la Mayenne, les Alpes du Sud et la Corse. Cependant, cette surdotation profite également à d’autres types de départements : le département de Paris et les départements ultramarins présentent, par exemple, un nombre de sénateurs pour 100 000 habitants supérieur à la moyenne nationale.

Cette diversité de profil de départements surdotés explique que les partis de droite et de centre droit n’en bénéficient pas de façon notable : dans l’Hémicycle actuel, alors que la droite a obtenu 59,5 % des sièges des départements sous-dotés, ce taux atteint 62,2 % pour les départements surdotés.

Ce faible écart tient au fait que, parmi les départements surdotés, la droite n’a obtenu que 4 des 12 sénateurs parisiens et 2 des 11 sénateurs des quatre départements et régions d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion). Les surdotations départementales prévues par le scrutin sénatorial ne bénéficient donc pas particulièrement à la droite.

Au-delà joue également le fait que la géographie du vote de droite aux élections sénatoriales est complexe. Lors des élections de 2020 et de 2023, le nombre de voix obtenues par les candidats de droite a été fort dans beaucoup de départements caractérisés par de faibles densités. On constate cependant des exceptions notables dans le Sud : l’Ariège, les Hautes-Pyrénées, la Lozère, le Lot-et-Garonne, la Corrèze, les Alpes-de-Haute-Provence votent peu à droite.

Inversement, les candidats de droite recueillent une part importante des suffrages des grands électeurs dans plusieurs départements plus denses et urbanisés. C’est le cas des Alpes-Maritimes, du Var, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, du Territoire de Belfort, de la Moselle, de la Marne et de l’Oise.

Le maintien de la prépondérance de la droite au Sénat semble donc moins s’expliquer par des biais territoriaux liés au mode de scrutin que par un fort ancrage à droite de nombreux élus locaux, même lorsqu’ils sont sans étiquette. Ces soutiens locaux, rendus secrets par la confidentialité du vote des grands électeurs à l’échelle infra-départementale, sont particulièrement nets dans les départements de la France de l’Est et du Centre-Ouest (Vendée, Orne), qu’ils soient plutôt ruraux, urbains ou présentant un profil mixte.

Dans le contexte actuel de recomposition des clivages politiques, reste désormais à savoir si ce soutien majoritaire des élus locaux aux forces de droite est susceptible d’évoluer vers l’extrême droite, cette dernière ayant renforcé son ancrage local.

The Conversation

Arnaud Brennetot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le scrutin sénatorial favorise-t-il les communes rurales et la droite ? – https://theconversation.com/le-scrutin-senatorial-favorise-t-il-les-communes-rurales-et-la-droite-292145

L’Église face aux violences sexuelles : une lente conversion à la prise en compte des victimes

Source: The Conversation – in French – By Anne Lancien, chercheuse en science politique, Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • Longtemps, l’Église catholique a sanctionné les clercs auteurs de violences sexuelles, mais sans transparence et en demandant aux victimes de se taire.

  • Depuis les années 1990, des scandales ont contraint l’Église à changer d’approche. En France, plusieurs dispositifs prennent désormais en charge les victimes.

  • Pourtant, des résistances demeurent, comme l’illustre l’opposition des évêques de France à la levée du secret de la confession.


Écartons une idée reçue : l’Église catholique n’avait pas ignoré, avant l’éclatement des scandales au cours de ces dernières années, la question des violences sexuelles exercées par ses clercs.

Elle avait produit un système de régulation morale qui, sur le fondement d’une dénonciation des atteintes à la « pureté », sanctionnait les violences commises en son sein contre les fidèles. Le pape Pie XI avait par exemple, au début des années 1920, rappelé l’iniquité du « crime de sollicitation », qui consiste, pour un prêtre, à demander à ses pénitents des faveurs sexuelles en échange de l’octroi de l’absolution. En 1962, le Saint-Siège, réitérant la doctrine, y adjoint explicitement le crime de pédophilie. Dans tous les cas, les sanctions peuvent aller jusqu’à la « réduction à l’état laïc ».

L’Église avait installé aussi un régime de sanction administrative. Lorsqu’un « cas difficile » ou « douloureux », selon le langage préconciliaire, était attesté, à la suite du repérage d’un supérieur, d’une rumeur insistante ou de la plainte d’un parent, il n’était pas rare que le coupable fût déplacé souvent au sein du même diocèse, parfois même à l’extérieur de son diocèse d’exercice, sans être privé pour autant de toute mission éducative auprès des enfants.

L’institution avait établi enfin un dispositif d’accompagnement psychologique. Il s’agissait de restaurer le prêtre coupable d’atteinte aux bonnes mœurs, et notamment de pédophilie, dans son habitus sacerdotal. Un organisme, le Secours sacerdotal, créé en 1953, rebaptisé Entraide sacerdotale au moment du concile, est spécialement consacré à cette mission. Tout au long des années 1960-1970, il dirigera les clercs agresseurs vers des établissements de santé et, parfois, avec l’accompagnement d’un psychologue de ville, vers des monastères.

Le système semble complet. Il comporte cependant une faille dirimante : outre qu’il entend régler les problèmes en interne, sans jamais faire intervenir la puissance publique, il ne place pas la victime au premier rang de ses préoccupations. Il n’est pas rare, jusqu’aux années 2000, qu’on demande aux parents et aux enfants de faire silence sur l’agression.

L’idée est alors de faire valoir une « culture de l’honneur » : il faut sauver la réputation de l’institution et de sa hiérarchie. Par un effet de sa réflexion interne, elle-même engendrée par les mutations à l’œuvre dans la société globale, l’Église catholique a modifié ses positions au cours des deux décennies qui viennent de s’écouler : elle a, de manière parfois résistible, pris en compte le nouvel éthos en faisant valoir désormais une « culture de la victime ».

La révélation des violences dans les années 1990

Tout remonte aux années 1990-2000. L’institution catholique se trouve percutée par des révélations qui viennent interroger sa manière d’agir sur la question des violences sexuelles en son sein. Certaines de ces révélations viennent de l’extérieur. La presse fait état de l’existence en Australie, dans la très catholique Irlande, aux États-Unis plus encore, de l’existence, au sein même de l’institution, de foyers de prédation. Le procès du père Edward Pipala, en particulier, révèle, au début des années 1990, non point seulement l’ampleur des crimes individuels commis par le prêtre, mais également l’impéritie de l’archidiocèse de New York dans le traitement du dossier.

En France même, les événements se précipitent. Dans la deuxième moitié des années 1990, des lanceurs d’alerte, comme la médecin et théologienne Marie-Jo Thiel, interviennent devant les évêques pour les aviser de la souffrance, parfois insurmontable, des enfants victimes et les appeler à mettre en place une véritable politique de prévention, publiquement assumée, des actes pédophiles. Ils trouvent bientôt l’appui des médias et des juges, comme on le voit, en 2001, avec la condamnation à trois ans de prison (avec sursis) de l’évêque de Bayeux-Lisieux par le tribunal correctionnel de Caen pour n’avoir pas dénoncé les crimes sexuels de l’un de ses prêtres.

L’épiscopat prend, au début des années 2000, quelques mesures inédites. Il instaure en particulier un guide de bonnes pratiques et établit les premières cellules d’écoute. Très vite cependant, le dispositif entre en sommeil. Il faut attendre la révélation publique en 2016 – sous l’effet de la mobilisation des associations de victimes comme La Parole Libérée – des crimes de l’abbé Preynat pour que l’épiscopat français s’engage de nouveau dans le combat contre la pédocriminalité cléricale.

Le choc du rapport Sauvé en 2021

Entre 2016 et 2018, l’Église renoue donc, mais avec plus d’énergie qu’hier, avec le schéma, fondé sur le triptyque information, écoute, signalement, du début des années 2000. On se dit cependant qu’il faut aller plus loin. L’idée d’une commission d’enquête, que l’Église instituerait, et dont plusieurs pays anglo-saxons ont fait l’expérience, fait son chemin.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), installée début 2019, réunit des chercheurs en sociologie, histoire, droit, médecine, anthropologie, des hauts fonctionnaires (magistrats, inspecteurs généraux), des avocats et des magistrats, des spécialistes de l’aide aux victimes. Elle mène, de janvier 2019 à l’été 2021, tout un travail d’enquête, aboutissant au rapport Sauvé, remis le 5 octobre 2021 aux dirigeants de l’Église.

Le rapport Sauvé relève que, de 1950 à 2020, environ 330 000 personnes
– mineurs et personnes vulnérables – auraient été agressées dans le cadre de l’Église. Il annonce le chiffre, probablement inférieur à la réalité de 3 000 prêtres et religieux auteurs de violences sexuelles. Il demande à l’Église de remiser sa pratique traditionnelle de gestion des violences sexuelles, qui, le plus souvent, s’articulait autour du déplacement du prêtre fautif et de la silenciation de l’enfant violenté. La commission insiste pour que l’institution catholique « répare » le crime par une politique de reconnaissance des victimes, qui s’exprimerait sur le terrain financier, mais aussi sur le terrain mémoriel.

Le rapport, qui crée un choc dans l’opinion, est bien reçu par les victimes et leurs associations. Le monde catholique, si l’on excepte une minorité en son sein qui doute de l’importance des chiffres, et ses évêques même le jugent salutaire.

Ce que propose l’Église de France

Rapidement après la publication du rapport, les institutions (la Conférence des évêques de France et la Conférence des religieux et religieuses de France) mettent en place des groupes de travail qui proposent un ensemble de recommandations à l’Assemblée des évêques réunis à Lourdes à l’été 2023. Parallèlement, deux commissions de réparations sont instaurées, la commission Reconnaissance et réparation, pour les victimes de religieuses et religieux, et l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, pour les victimes de prêtres diocésains.

Ces deux instances indépendantes proposent une écoute, un accompagnement des victimes, une reconnaissance des violences subies et une réparation financière. Elles tentent de pallier les limites de la justice formelle, qui parfois ne peut pas juger les causes qui lui sont soumises (en raison, par exemple, de l’application des règles de prescription), qui punit et sanctionne certes, mais qui ne permet pas toujours de « réparer » l’existence des victimes.

Une autre évolution consiste en la création d’un tribunal pénal canonique national, en décembre 2022, suivant une recommandation de la Ciase. Cette instance composée de clercs, mais aussi de laïcs est une première dans le monde catholique. Elle peut juger d’affaires jusque-là traitées, sous l’égide de l’évêque du lieu, à l’échelle diocésaine, et prononcer des peines allant jusqu’à l’excommunication.

Le retour des controverses

Si ces diverses évolutions ont illustré une réelle volonté d’adaptation de l’Église, les associations et les victimes ont pourtant jugé ces initiatives trop timorées.

L’opinion engagée relève d’abord la persistance des violences sexuelles au cours de la période récente. L’agression n’est pas simplement une affaire du passé ; elle a continué de travailler l’Église tout au long de la période récente. En 2023, la presse divulgue les violences commises au sein de l’institution Notre-Dame-de-Bétharram. Plus de 200 anciens élèves dénoncent des cas d’agressions physiques, psychologiques et sexuelles subies au sein de l’établissement.

À cette affaire récente fait écho la révélation, à l’été 2024, de la part d’ombre de l’abbé Pierre, figure catholique iconique de l’engagement auprès des plus précaires. C’est une déflagration au sein de la société française. Tout l’effort de transparence entrepris par l’Église depuis la publication du rapport de la Ciase menace ruine : il est de nouveau reproché à l’institution de refuser d’établir la vérité sur les ecclésiastiques coupables d’agressions sexuelles.

La réaction du pape François n’aide pas dans ce contexte de sidération. S’il reconnaît que le Vatican était informé des dérives sexuelles du cofondateur du mouvement Emmaüs, au moins depuis la mort de ce dernier, il ajoute ne pas savoir si l’institution avait été au courant de ses agissements auparavant et même ne pas avoir songé à creuser davantage la question.

Les critiques portent également sur le manque de transparence de l’Église. La question du secret de la confession l’illustre. Si en octobre 2021, deux tiers des catholiques s’expriment en faveur de la levée du secret de la confession (69 %, dont 54 % de pratiquants réguliers), les évêques s’y opposent systématiquement.

Ainsi en va-t-il de Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France de 2019 à 2025, qui déclare que le secret de la confession est « plus fort que les lois de la République » en octobre 2021 ; mais aussi de la Conférence des évêques qui s’oppose vigoureusement à cette levée un temps évoquée dans la proposition de loi visant à protéger les enfants et à lutter contre les violences en milieu scolaire, adoptée en juin 2026.

Ce parcours montre malgré tout qu’un tournant a été pris au sein de l’institution catholique. Dans un monde encore marqué par la puissance de l’habitus hiérarchique, l’Église parvenait encore à faire valoir une culture du secret, afin de défendre son honneur et la réputation de ses clercs. Le monde séculier l’a rattrapée. À l’heure de #MeToo, elle n’échappe aux influences de la société séculière : elle est aujourd’hui, dans un univers soumis aux requêtes de l’égalité et de la publicité, conduite à faire valoir, elle aussi, la figure de la victime comme nouvelle figure du sacré – non sans que s’affirment ici ou là des réflexes de résistance.

The Conversation

Anne Lancien a reçu des financements de l’ANR (ANR Access ERC) et du Bureau central des cultes

Philippe Portier a été membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), dite Commission Sauvé. Il a été en charge de la recherche socio-historique sur la pédocriminalité dans l’Église depuis 1950.

– ref. L’Église face aux violences sexuelles : une lente conversion à la prise en compte des victimes – https://theconversation.com/leglise-face-aux-violences-sexuelles-une-lente-conversion-a-la-prise-en-compte-des-victimes-292634

Différend France-Vanuatu sur les îles Matthew et Hunter : l’option de la cogestion

Source: The Conversation – in French – By Florian Aumond, Maître de conférences en droit public, Université de Poitiers


L’ESSENTIEL

  • Le Vanuatu a saisi la Cour internationale de justice pour contester la souveraineté française sur les îles Matthew et Hunter, dans l’océan Pacifique Sud, et demander la fixation d’une frontière maritime entre les deux États.

  • Derrière le contentieux territorial se joue un affrontement plus large autour de la place de la France dans le Pacifique.

  • Faute d’accord sur la souveraineté, la cogestion pourrait offrir une voie de sortie, permettant à la France et au Vanuatu de gérer ensemble les îles sans renoncer à leurs revendications respectives.


Le prétoire de la Cour internationale de justice s’est enrichi d’une nouvelle affaire contentieuse, à la suite du dépôt le 31 août dernier d’une requête du Vanuatu contre la France. Il porte sur « la souveraineté de Vanuatu sur les îles Umaenupne (Matthew) et Umaeneg/Leka (Hunter) » et « l’établissement d’une frontière maritime unique entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux de Vanuatu et de la France (en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie) ».

La poursuite de la procédure est suspendue à l’acception par la France de la juridiction de la Cour internationale de justice pour trancher ce différend.

Réservant leur réponse sur ce point, les autorités françaises ont en revanche, au lendemain de la saisine vanuataise, réaffirmé par la voix de la ministre déléguée chargée de la francophonie et des partenariats internationaux la position « claire et ferme » de Paris, « une position de dialogue, une position d’ouverture » mais qui « est surtout un rappel de la souveraineté de la France sur ces îles ».

Cette double affirmation peut sembler paradoxale : quel peut être l’objet du « dialogue » et comment peut s’exprimer l’« ouverture », dès lors que la question de la « souveraineté » semble non négociable ? Une telle contradiction peut en réalité être levée en suspendant le règlement de la question de la souveraineté sur les îles, objet du différend, tout en instituant un régime de cogestion.

Les îles Hunter et Matthew se trouvent à l’est de la Nouvelle-Calédonie.
Eric Gaba/Wikimedia, CC BY-NC

« Du dialogue à la justice internationale »

L’activation de la voie judiciaire constitue pour le Vanuatu la poursuite de discussions diplomatiques par d’autres moyens. Cette décision prend acte de l’échec des négociations relancées en juillet 2023 à la suite de la visite d’Emmanuel Macron sur l’île océanienne et dont le premier cycle avait suivi celle de son premier ministre (Jotham Napat) à l’Élysée en juillet 2025. Le second, qui s’est tenu fin juin 2026 à Paris, n’a pas permis de concilier les positions des deux États.

Ces difficultés à s’accorder peuvent surprendre : l’opposition se concentre sur le statut de deux îlots inhabités et désertiques d’une superficie inférieure à 1 kilomètre carré. C’est oublier la forte dimension affective, gonflée d’un nationalisme parfois opportunément ravivé (cela est très clair actuellement autour des îles Falkland/Malouines), que suscitent certaines îles, y compris lorsqu’elles sont inhabitées.

C’est méconnaître également le contexte général dans lequel s’inscrit l’opposition entre la France et le Vanuatu.

L’État océanien l’inscrit dans un narratif de décolonisation et adosse ses revendications à une solidarité mélanésienne traduite par son soutien au Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) – qui le lui rend en soutenant sa revendication.

L’île Hunter. Comme l’île Matthew, à 74 kilomètres de là, elle est rattachée à la Nouvelle-Calédonie depuis 1976. Le Vanuatu, devenu indépendant du Royaume-Uni en 1980, estime que ces îles devraient lui être attribuées.
Befa34/Wikimedia, CC BY-NC

La question néo-calédonienne est d’ailleurs centrale pour le devenir des îles Matthew et Hunter, rattachées administrativement, en droit français, au Caillou dont elles sont distantes d’environ 400 kilomètres (elles se situent à environ 300 kilomètres de Vanuatu). En outre, les violences ayant secoué l’île en mai 2024 et l’instabilité qui y prévaut depuis fragilisent la volonté de Paris de faire de la Nouvelle-Calédonie un pilier de la stratégie française en Indo-Pacifique. La France cherche par ailleurs à ménager ses relations avec cette enclave francophone dans un environnement anglophone. L’affirmation, a priori paradoxale, d’une volonté de dialogue ne transigeant pas avec l’expression d’un attachement à la souveraineté traduit cette dialectique.

Quatre façons de sortir du face-à-face

La diplomatie est, pour reprendre la formule du politiste britannique Paul Sharp, « l’art de gérer des séparations ». Elle vise à dépasser le point de tension ou de désaccord, ou à suspendre le règlement afin d’empêcher qu’il n’entrave l’établissement ou n’enraye la poursuite des relations entre les deux protagonistes.

La première solution est classiquement privilégiée pour les différends territoriaux. Elle décline une palette de solutions dont la première, la plus évidente, consiste à attribuer le territoire disputé à l’un ou à l’autre des États le revendiquant. Il s’agit d’un jeu à somme nulle où la victoire (totale) de l’un implique la défaite (totale) de l’autre. Il est inenvisageable que cette solution soit atteinte par la voie diplomatique en ce qui concerne Matthew et Hunter, l’intransigeance de Paris n’ayant d’égale que celle exprimée par Port-Vila ; en revanche, elle pourrait résulter du traitement judiciaire du différend par la Cour internationale de justice.

Cette première option se coule parfaitement dans l’organisation contemporaine de l’ordre politico-juridique international. La nouvelle projection cartographique du monde que la France vient d’adopter n’y change rien : la taille relative des continents peut être modifiée, le globe reste suturé par des frontières délimitant des territoires au sein desquels les États exercent leur souveraineté à titre exclusif.

Un territoire, un État (souverain). Un tel schéma n’est pas bouleversé si l’on envisage une deuxième hypothèse de règlement du contentieux franco-vanuatais : le territoire disputé serait divisé, chacun s’en voyant attribuer une partie. Solution adoptée par exemple en juin 2022 pour l’île Hans, revendiquée par le Danemark et le Canada, elle pourrait, dans le cas de Matthew et Hunter, se traduire par l’allocation d’une île à chacun des deux États. Rien ne laisse cependant supposer qu’elle ait été sérieusement envisagée.

La souveraineté n’est plus, comme le prétendait au XVIe siècle Jean Bodin, une « puissance perpétuelle et absolue » ; elle ne caractérise pas davantage une puissance nécessairement exclusive. L’histoire regorge d’exemples de condominiums, par lesquels deux (ou plusieurs) États s’accordent pour exercer conjointement l’intégralité des compétences à l’égard d’un territoire n’appartenant à aucun des deux mais à la « communauté internationale partielle » qu’ils forment à cette fin. On s’émancipe ainsi du modèle exclusiviste classique (un territoire, un État).

L’île des Faisans, située à l’embouchure de la Bidassoa, fleuve frontalier hispano-français, offre un exemple remarquable d’une telle configuration : chaque État exerce alternativement (tous les six mois) le droit de police sur une île leur appartenant « par indivis » depuis 1856.

Cette troisième option suppose pour les États un renoncement à disposer séparément de leur souveraineté, ce qui semble pour l’heure difficilement envisageable concernant Matthew et Hunter. Tel n’est pas le cas avec une quatrième option. Elle consiste en l’adoption d’un traité n’ayant ni pour objet ni ne devant avoir pour effet de contester les prétentions concurrentes des deux États concernant la souveraineté à l’égard d’un territoire disputé, mais visant à déterminer les finalités et modalités de sa gestion. Une telle solution se prévaut également de précédents historiques. Elle a par exemple été retenue en 1855 dans le Traité de Shimoda par le Japon et la Russie concernant les îles Sakhaline et Kouriles, ou encore en 1939 par les États-Unis et le Royaume-Uni au sujet des îles Canton et Enderbury.

Et si la souveraineté restait en suspens ?

L’accord de ne pas être d’accord concernant le statut d’un territoire pour lequel des États conviennent néanmoins de s’entendre sur sa gestion s’applique surtout en Antarctique depuis la signature du traité de Washington le 1er décembre 1959.

Ce traité n’entend ni valider ni récuser les prétentions alors avancées par sept États (dont la France avec la Terre Adélie) à l’égard de « secteurs » découpant partiellement le continent en cônes ayant pour base la côte et pour sommet le pôle sud géographique ; il n’a pas davantage pour objet, ni ne doit avoir pour effet, de rejeter ni de consacrer le refus opposé à ces revendications par les cinq autres signataires originaires (dont les États-Unis et l’URSS). Le remarquable tient au fait que cette solution de gel des positions à l’égard des prétentions territoriales des uns, de leur rejet par les autres, positions maintenues depuis, n’a pas empêché le développement d’un système normatif et institutionnel admirable à bien des égards.

Le « modèle antarctique » a d’ailleurs déjà été mobilisé dans le cadre d’un différend territorial portant sur un autre îlot inhabité et de très petite taille situé à l’ouest de l’Océan indien, l’île Tromelin.

L’accord-cadre de cogestion, signé entre la France et l’île Maurice le 7 juin 2010, qui le consacre n’est cependant toujours pas entré en vigueur, le Parlement français n’en ayant à ce jour par autorisé la ratification. La crainte d’une perte de souveraineté, agitée par certains parlementaires et relayée par certains partis politiques, explique ce maintien dans les limbes juridiques. Elle méconnaît en réalité l’esprit et la lettre d’un accord dont le préambule évoque explicitement « la volonté des deux États à mettre en place (…) un partenariat actif (…) sans renonciation à leurs droits de souveraineté ou à leurs revendications territoriales ». L’accord dissocie ainsi clairement les revendications territoriales des questions liées à la recherche archéologique, à l’environnement et aux ressources halieutiques – toutes questions relevant d’une cogestion par les deux États et dont le texte pose les contours.

Un modèle similaire pourrait être envisagé pour Matthew et Hunter – comme, du reste, pour d’autres petites îles inhabitées disputées à la France, qu’il s’agisse de Tromelin ou de trois des îles Éparses (Glorieuses, Basas da India et Europa) dans le canal du Mozambique. Il n’emporterait aucun renoncement, de part et d’autre, à la souveraineté. Il supposerait en revanche de s’accorder sur le régime applicable en matière notamment d’exploitation des ressources essentiellement halieutiques et de protection de l’environnement, comme d’envisager un dispositif de prise de décision en commun. Ce qui impliquerait certes de s’entendre sur l’articulation à opérer entre des finalités potentiellement concurrentes.

Les besoins, notamment économiques, ne sont assurément pas les mêmes. Au souhait prêté au Vanuatu de développer l’activité de pêche autour des deux îles pourrait être opposée la volonté française d’instituer un régime ambitieux de protection de l’environnement, exclusif de toute activité d’exploitation. Au risque du reste d’une certaine instrumentalisation, observée ailleurs, s’il s’agit de s’en saisir pour soutenir sa prétention territoriale. L’argument écologique ne peut par ailleurs être mobilisé pour refuser l’accès aux îles aux peuples autochtones du sud de Vanuatu pour des raisons spirituelles.

La voie d’un accord est donc étroite. Elle avait néanmoins déjà été esquissée en 2021 par Louis Maupou, alors président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, qui avait proposé « dans le cadre de la coopération régionale (…) la mise en place d’un “parc de la paix” sur les îles Matthew et Hunter, qui pourrait être géré avec le pays frère le Vanuatu ».

The Conversation

Florian Aumond ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Différend France-Vanuatu sur les îles Matthew et Hunter : l’option de la cogestion – https://theconversation.com/differend-france-vanuatu-sur-les-iles-matthew-et-hunter-loption-de-la-cogestion-291790

Créer du vin sans alcool commence dès la plantation d’une vigne

Source: The Conversation – France (in French) – By Sylvaine Castellano, Directrice de la recherche, EM Normandie

On ne transforme pas n’importe quel vin en bon vin sans alcool. La qualité de ces vins ne se décrète pas a posteriori, mais aux premières étapes de la viticulture. Le choix du cépage, de la région de production, dont le climat a une forte influence, et les méthodes de vinification importent beaucoup.


Le marché des vins sans alcool et à faible teneur en alcool, ou no-Low, est aujourd’hui l’un des segments les plus dynamiques de l’industrie mondiale des boissons. Certes, sa part reste modeste – moins de 1 % des volumes mondiaux – mais sa croissance dépasse largement celle du vin conventionnel. Selon les projections, les boissons sans alcool pourraient progresser d’environ 7 % par an d’ici la fin de la décennie.

La dynamique est portée par des mutations profondes des comportements : modération, recherche de bien-être, évolution des normes sociales de consommation, etc.

Pour affirmer durablement sa croissance, le vin sans alcool doit relever une question centrale : celle de la qualité. Car le vin sans alcool n’est pas un vin ordinaire auquel on aurait simplement retiré l’éthanol. Retirer l’alcool, c’est modifier en profondeur l’équilibre même du vin. L’alcool n’est pas qu’un chiffre sur une étiquette. Il participe à la rondeur, à la sensation de chaleur, au transport des composés aromatiques volatils, à l’équilibre entre sucre, acidité et amertume. Il structure l’ensemble.

Pratiques viticoles modifiées

Supprimer ou altérer la teneur en alcool, c’est modifier l’architecture sensorielle du vin. Après la désalcoolisation, l’acidité ressort davantage, la texture s’amincit et certains déséquilibres deviennent visibles. L’alcool agit comme un stabilisateur global du goût du vin.

La désalcoolisation n’est jamais neutre : elle oblige à repenser le produit. Plus le vin de départ est fragile, plus les ajustements deviennent nécessaires. Autrement dit, la qualité finale dépend non seulement de la performance des technologies de désalcoolisation, mais surtout de la manière dont le vin initial est « pensé ».

Au-delà de l’équilibre physico-chimique, le développement du vin sans alcool interroge une norme implicite de qualité historiquement associée au degré, à la concentration et à la puissance. En bousculant ce référentiel valorisé, le segment no-low ne pose pas seulement un défi technique, il introduit une pratique nouvelle dans un univers fortement institutionnalisé.

Produire un vin destiné à être désalcoolisé suppose d’anticiper cette finalité dès le vignoble. La désalcoolisation devient un principe structurant des pratiques viticoles, et non plus une simple correction en cave.

La matière première reste décisive

Les technologies de désalcoolisation ont considérablement progressé. Osmose inverse, nanofiltration, pervaporation permettent aujourd’hui de réduire l’éthanol tout en limitant les pertes aromatiques et phénoliques. Pourtant, ces outils ne compensent pas un vin mal adapté.

Des recherches récentes montrent que la composition du vin de base est déterminante. Un vin destiné à être désalcoolisé doit d’une part présenter un potentiel alcoolique naturellement modéré afin de limiter la quantité totale d’éthanol à extraire, et d’autre part réduire l’impact sur l’équilibre sensoriel et l’énergie nécessaire au procédé.

Le vin de base doit afficher une acidité maîtrisée, car celle-ci devient plus saillante après désalcoolisation. Il doit également posséder une richesse suffisante en polyphénols, des composés naturels qui influencent sa couleur, son goût et sa structure de manière à compenser la perte de structure liée au retrait de l’alcool.

La suppression de l’alcool agit donc comme un révélateur : un vin trop acide ou peu expressif du point de vue aromatique ne devient pas meilleur après le traitement.

Ce déplacement du centre de gravité productif modifie les frontières symboliques du métier. La viticulture, traditionnellement orientée vers l’expression d’un terroir et d’une typicité, intègre désormais une logique d’adaptation à un segment spécifique. La pratique n’est plus uniquement guidée par la continuité patrimoniale, mais par une anticipation des contraintes technologiques et de marché.

Paradoxe climatique

C’est ici qu’apparaît une tension majeure.

La viticulture est confrontée au réchauffement climatique. Sous l’effet de l’augmentation des températures, l’accumulation des sucres progresse plus rapidement que la maturation aromatique et phénolique. Ainsi, le degré alcoolique potentiel augmente plus vite que la complexité sensorielle.

Le segment no-low exige précisément l’inverse : limiter l’accumulation des sucres tout en obtenant une maturité aromatique complète. Vendanger plus tôt contient le degré potentiel, mais expose à une acidité relativement élevée et une complexité aromatique qui n’est pas pleinement développée.

L’équation est particulièrement délicate : produire un vin compatible avec le segment no-low suppose de dissocier, autant que possible, accumulation de sucre et qualité sensorielle – un défi agronomique qui se joue d’abord au vignoble.

Cette tension révèle un déplacement des critères de réussite au sein du champ viticole. Là où la montée en degré et la concentration ont longtemps constitué des marqueurs valorisés, la capacité à maîtriser finement le potentiel alcoolique devient, dans le segment no-low, un indicateur de compétence.




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Choix stratégique du cépage

Toutes les variétés de cépages ne réagissent pas de la même manière à la désalcolisation.

Un bon nombre de cépages, notamment lorsqu’ils sont cultivés sous des climats chauds et secs, accumulent rapidement les sucres sans que l’acidité, les arômes et les composés responsables de la structure du vin évoluent au même rythme. Ils peuvent alors produire des vins très alcoolisés dont l’équilibre devient plus difficile à préserver après désalcoolisation.

À l’inverse, certains cépages aromatiques comme le riesling, le muscat ou le sauvignon blanc conservent une forte expression sensorielle même à maturité alcoolique modérée, grâce à leur richesse en composés variétaux volatils. La variabilité génétique dans la vitesse d’accumulation des sucres et dans la dynamique aromatique est aujourd’hui bien documentée.

Obtenir des raisins équilibrés, à faible degré potentiel et dotés d’une bonne maturité aromatique, constitue désormais un véritable défi agronomique.

Le choix des cépages ne dépend donc pas seulement de critères techniques. Il touche aussi aux règles des appellations, qui reposent sur des traditions et des pratiques établies depuis longtemps. Le développement des vins no-low oblige ainsi le secteur viticole à trouver un équilibre entre innovation et respect de l’identité des vins.




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Repenser la conduite du vignoble

Les pratiques culturales jouent également un rôle clé.

Dans les régions chaudes et sèches, où les raisins ont tendance à accumuler rapidement les sucres, certaines pratiques mises en œuvre après le début de la maturation – comme la gestion du feuillage ou un contrôle adapté de l’apport en eau – peuvent ralentir cette accumulation, tout en laissant aux arômes, à la couleur et aux tanins le temps de se développer.

Équation économique fragile

Cette réorientation n’est pas neutre sur le plan économique. Adapter le matériel végétal, ajuster les pratiques culturales et investir dans des technologies de désalcoolisation représentent des investissements spécifiques. Malgré sa croissance rapide, le segment sans alcool demeure quantitativement limité. La stratégie ne devient viable que si le produit final s’inscrit dans un positionnement premium crédible ou de débouchés à l’export structurés.




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Le succès du no-low dépendra moins de la seule performance technologique que de sa capacité à offrir une qualité perçue comme stable, différenciée et cohérente avec son prix.

Changement de paradigme

Il dépendra également de sa capacité à construire une légitimité durable. Dans un secteur où la tradition constitue un capital symbolique central, l’acceptation du vin sans alcool suppose un travail de reconnaissance auprès des producteurs, des prescripteurs et des consommateurs.

L’enjeu n’est pas seulement économique : il est institutionnel.

Ce renversement ne relève pas uniquement d’une innovation technique. Il engage un processus d’institutionnalisation progressif, au cours duquel les pratiques, les normes et les représentations du « bon vin » sont discutées, ajustées et parfois contestées. Le No-Lo devient ainsi un révélateur des tensions contemporaines entre tradition et innovation au sein de la viticulture.

La technologie peut corriger partiellement un vin inadapté ; elle ne peut pas créer ex nihilo l’équilibre qui n’a pas été construit au vignoble. Le vin sans alcool ne s’élabore pas uniquement en cave. Il se construit à la vigne.

Et c’est probablement là, dans l’adaptation agronomique plus que dans la seule sophistication des technologies de désalcoolisation que se jouera l’avenir qualitatif et économique de cette catégorie émergente.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Créer du vin sans alcool commence dès la plantation d’une vigne – https://theconversation.com/creer-du-vin-sans-alcool-commence-des-la-plantation-dune-vigne-274133

Développons les capacités créatives des universités

Source: The Conversation – France (in French) – By Guy Parmentier, Professeur des universités à Grenoble IAE, Grenoble IAE Graduate School of Management

La créativité des personnes dépend du contexte organisationnel. Guy Parmentier et Bérangère Szostak illustrent les enjeux de développer les capacités créatives des organisations par l’exemple des universités.


Lors des résultats donnés par le Conseil européen de la recherche (ou ERC) sur le financement de projets de recherche d’excellence, les universités françaises ont affiché des réactions contrastées, certaines se sont félicitées du nombre de lauréats dans leurs laboratoires, tandis que d’autres, malgré une hausse des candidatures, ont déploré des résultats en deçà de leurs espérances.

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche a souligné une progression de 11,6 % des propositions pour les Starting Grants (contre 12,5 % au niveau européen), et une présence française dans 21 des 66 projets retenus pour les Synergy Grants (contre 29 pour l’Allemagne). Si ces chiffres méritent d’être salués, ces résultats invitent aussi à une réflexion plus large : comment stimuler et encourager, dans la durée, la créativité scientifique qui fait la force des laboratoires français ?




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Car la question n’est pas seulement quantitative. Les projets financés par l’ERC, souvent à la pointe de l’innovation, témoignent d’une audace intellectuelle et d’une créativité remarquables. Mais pour que cette dynamique perdure, il faut interroger les conditions mêmes dans lesquelles s’épanouit la recherche.

Au-delà des outils

Une étude récente publiée dans la Revue française de gestion identifie cinq dimensions clés pour renforcer la capacité créative des organisations, que ce soit des entreprises ou des organismes publics, y compris les universités. Ces leviers, indissociables, dessinent une feuille de route pour transformer l’essai.

Si les sciences expérimentales et la santé, par exemple, dépendent de machines et d’infrastructures de pointe, la créativité scientifique exige aussi des méthodes et des espaces de connaissance. Cela passe par exemple par l’accès à des bases de données performantes, la maîtrise des outils d’intelligence artificielle, la formation aux méthodes de créativité ou encore l’adoption de nouvelles méthodes de recherche. Sans ces ressources, les chercheurs, fussent-ils les plus brillants, voient leur potentiel bridé.

Par ailleurs, l’ouverture est une condition pour qu’une fertilisation croisée soit possible. Les idées naissent souvent au confluent des disciplines et des secteurs. Les chercheurs doivent être encouragés à participer à des communautés scientifiques variées, à s’engager dans des projets interdisciplinaires, ou à collaborer avec des industriels, des usagers ou des acteurs socio-économiques. Ces interactions, trop souvent reléguées au second plan, sont pourtant un terreau fertile pour l’innovation.

La créativité, une question d’agilité

La socialisation, ou l’art de confronter les idées, est la troisième des conditions. Ainsi, les séminaires, conférences et ateliers ne sont pas de simples exercices académiques ; ce sont des lieux où les hypothèses se confrontent, s’enrichissent et se précisent. Pour que ces échanges portent leurs fruits, ils doivent s’inscrire dans un climat bienveillant, porté par des directions (unités de recherche, présidences d’universités, tutelles ministérielles) qui valorisent l’audace plutôt que la prudence. Un mot d’encouragement, une reconnaissance publique des initiatives risquées, mais prometteuses, peuvent faire toute la différence. Ce soutien passe aussi par des paroles encourageantes et optimistes de la part des organismes de tutelles.

La recherche sur la capacité créative des organisations insiste sur le développement de l’agilité organisationnelle. En effet, dans un monde où les défis scientifiques et sociétaux évoluent à un rythme effréné, les universités doivent pouvoir s’adapter rapidement. Cela suppose des marges de manœuvre – financières, humaines, administratives – et des processus décisionnels moins rigides. Or, aujourd’hui, les chercheurs se heurtent trop souvent à des budgets contraints et à des procédures bureaucratiques qui étouffent l’initiative.

De l’urgence à professionnaliser la gestion des idées

Enfin, il existe une compétence à professionnaliser davantage : la gestion des idées. Collecter, évaluer, stocker et valoriser les idées devrait être une priorité stratégique. Pourtant, les universités forment peu leurs chercheurs à ces pratiques. Sans une gestion rigoureuse de ce « capital idée », beaucoup de pistes prometteuses se perdent en route. Les chercheurs doivent être formés à ces activités, et encouragés à le faire en étant valorisés dans leur engagement.

Un dernier point est important pour soutenir les idées créatives des chercheurs. Toujours selon la recherche sur la capacité créative des organisations, les cinq dimensions évoquées plus haut s’expriment d’autant mieux si elles sont soutenues par un climat créatif qui se caractérise par une claire vision de ce que veut faire l’organisation, des ressources stables, un management des équipes constructif, une diversité dans les équipes et une ambiance de travail conviviale et stimulante.

Un enjeu scientifique… mais pas seulement

Qu’en est-il dans les universités à l’heure des réductions de budgets de fonctionnement et de l’inflation de contraintes administratives ? La France peut s’enorgueillir de ses lauréats à l’ERC, mais ces succès ne doivent pas masquer les fragilités structurelles de son système de recherche. Pour que la créativité scientifique ne soit pas l’apanage de quelques-uns, mais une dynamique collective, il est urgent de repenser l’environnement dans lequel évoluent les chercheurs. Cela passe par des budgets sécurisés à la hauteur des enjeux, une réduction des freins bureaucratiques, et une culture organisationnelle qui ose faire confiance.

Les universités françaises ont le potentiel pour être des foyers d’innovation de classe mondiale. Ce potentiel ne se réalisera pleinement que si les conditions sont réunies pour équiper, ouvrir, socialiser, rendre agiles et professionnaliser la gestion des idées. L’enjeu n’est pas seulement scientifique : il est aussi économique, social et démocratique.

The Conversation

Guy Parmentier a reçu des financements de l’ANR pour projet CCO

Bérangère Lauren SZOSTAK est vice-présidente Recherche, Innovation et Créativité de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. A ce titre, elle représente son établissement dans plusieurs instances (conseil d’administration de la Fondation Sciences du Patrimoine, conseil de surveillance de l’IHU SEPSIS, comité de direction innovation du PUI IAUPS…).

– ref. Développons les capacités créatives des universités – https://theconversation.com/developpons-les-capacites-creatives-des-universites-287236

Ose-t-on encore dire « Je ne sais pas » ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Carré, Professeur, directeur de Excelia Communication School, chercheur associé au laboratoire CIMEOS (U. de Bourgogne) et CERIIM (Excelia), Excelia

Admettre que l’on ne sait pas, c’est plus difficile qu’il n’y paraît. Saydung/Pixabay, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Il est très fréquent que nous soyons persuadés de savoir quelque chose, en raison d’un biais psychologique appelé l’« aisance cognitive ».

  • Mais si nous sommes réticents à admettre que nous ne savons pas, c’est aussi parce que l’avouer nous fait perdre la face, d’un point de vue social.

  • Avec l’avènement de l’intelligence artificielle générative, cette tendance s’accentue fortement : l’IA donne l’illusion d’un savoir immédiatement accessible et toujours juste, ce qui est loin d’être le cas.


Quelle mer borde le nord de la Crète ? Quelle est la capitale de l’Australie ? Beaucoup d’entre nous éprouvent, l’espace d’un instant, une sensation particulière : celle de le savoir, juste avant de constater que la réponse manque ou que nous n’en sommes pas certains. L’impression de savoir arrive avant la vérification et lui sert souvent de substitut.

Reconnaître qu’on ignore, dire simplement « Je ne sais pas », devient un geste rare. Trois ressorts l’expliquent : une illusion interne qui nous fait croire que l’on sait, une délégation du savoir à des outils toujours plus rapides et l’intelligence artificielle (IA) qui pousse cette délégation à son terme.

Croire savoir

Il y a pire que ne pas savoir : croire savoir. Le psychologue Daniel Kahneman, qui a passé sa carrière à cartographier les biais de notre jugement, a donné un nom à cette sensation : l’« aisance cognitive ». Une information fluide, simple, déjà entendue se traite sans effort, et cette facilité même prend l’apparence de la justesse. Kahneman le montre par l’expérience : une même affirmation imprimée dans une police nette et contrastée passe pour plus vraie que lorsqu’elle apparaît dans un caractère pâle et brouillé. La lisibilité tient lieu de preuve.

L’aisance cognitive endort ainsi la vigilance qui, autrement, susciterait un « Je ne sais pas » de bon aloi. L’ignorance étouffée dès sa naissance demeure d’abord une ignorance que l’on perçoit à peine.

L’aveu coûte cher pour une autre raison, tenant à ce que le sociologue Erving Goffman appelait la « face » : reconnaître une lacune expose, là où l’assurance rassure. Ce coût varie d’ailleurs selon celui qui interroge : on avoue sans peine son ignorance à un proche, bien moins volontiers à un supérieur, à un examinateur ou devant un public, où l’on préfère souvent risquer une réponse.

Cette difficulté grandit à mesure que la réponse arrive en deux secondes, puisque la lacune se comble avant même que la gêne de l’ignorance se fasse sentir. Une question se pose alors : que devient ce mécanisme quand une machine remplit le vide, avant qu’on ait éprouvé la sensation de l’ignorance ?

Délégation… de savoirs

Il y a quarante ans, reconnaître une lacune impliquait une petite épreuve : ouvrir un dictionnaire, consulter un ouvrage, interroger quelqu’un de plus savant. L’ignorance coûtait un effort et le « Je ne sais pas » gardait un sens plein. Internet a réduit ce coût, l’IA l’a ramené près de zéro.

Réduire le coût de l’accès nous donne le sentiment du savoir plutôt que le savoir lui-même. La psychologie a décrit ce glissement bien avant les agents conversationnels. En 2011, les psychologues Betsy Sparrow et Daniel Wegner ont montré que, lorsqu’une information nous paraît durablement accessible, nous retenons mieux où la retrouver que l’information elle-même, comme si notre mémoire se déplaçait [du contenu vers son point d’accès](https://www.science.org/doi/10.1126/science.1207745](https://www.science.org/doi/10.1126/science.1207745).

Le psychologue Matthew Fisher et ses collègues ont prolongé cette analyse par une série de neuf expériences : après une recherche en ligne, les participants se jugent plus capables d’expliquer par eux-mêmes des sujets qu’ils n’ont fait que consulter, comme si le savoir stocké sur le réseau était devenu le leur.

Avec le dictionnaire, nous déléguions le stockage ; avec le moteur de recherche, la localisation ; avec l’IA, nous commençons à déléguer la formulation, la hiérarchisation et parfois le jugement lui-même. À ce stade, la délégation change de nature. Un moteur de recherche laisse subsister une friction : il renvoie à plusieurs sources, parfois discordantes, dont la confrontation peut éveiller le doute.

Une IA générative répond au contraire d’un seul tenant, dans une formulation fluide et tranchée qui efface cette friction. Elle fournit une réponse même lorsque les éléments lui manquent et signale rarement ses propres limites. Lui déléguer notre jugement revient alors à emprunter son assurance, jusque dans les cas où le doute serait la meilleure réponse.

Ce basculement tranche avec ce que la recherche établit sur la réception d’un conseil. D’ordinaire, une personne accueille l’avis d’autrui avec prudence, un réflexe que les spécialistes nomment egocentric discounting : elle bouge peu et conserve l’essentiel de son opinion de départ. Cette réserve protège le jugement propre. Devant l’IA, elle s’affaiblit : on renonce plus volontiers à son avis initial pour se ranger au sien, comme si la fluidité de sa réponse levait la méfiance qu’un conseil humain rencontre d’ordinaire.

Cette observation appelle une vérification, puisqu’elle suggère que l’IA réduit jusqu’à notre disposition à suspendre notre jugement, une hypothèse que l’on peut tester en laboratoire.

La capacité à douter et notre envie de le faire

Prolongeant des travaux amorcés dès 2024, qui montraient déjà que la seule mention d’un conseil « généré par une IA » suffit à provoquer une surconfiance, Chiara Marcoccia, Walter Quattrociocchi et Valerio Capraro ont mené récemment cette vérification à l’aide de cinq expériences réunissant plus de 3 000 participants.

Leur trouvaille tient au choix des questions. Au lieu de faits vérifiables en ligne, ils ont interrogé sur des détails visuels minuscules de films – la couleur d’un maillot dans Joue-la comme Beckham, le véhicule d’un personnage dans une comédie italienne… –, choisis pour leur absence quasi totale du Web, ce qui pousse les modèles à halluciner. L’IA se trompait donc presque à chaque fois.

Ce dispositif sépare deux choses d’ordinaire confondues, le recours à l’IA et la justesse de sa réponse. Suivre l’IA menait ici à l’erreur, si bien que la déférence observée échappe à l’explication commode d’une délégation raisonnable à un outil fiable.

Les résultats de cette étude toute récente, diffusée en ligne avant sa publication dans une revue, sont éloquents. On y lit que le simple accès à l’IA fait chuter de façon statistiquement significative la volonté de suspendre son jugement : le « Je ne sais pas », qui recueillait près de la moitié des réponses, se réduit à quelques pour cent. Les participants répondent davantage, se trompent bien plus souvent puisque le conseil était faux, et se déclarent pourtant plus confiants.

Plus d’assurance, moins d’exactitude. L’effet tient même quand la réponse arrive sans demande, affichée d’office, à la manière des résumés automatiques que Google, entre autres, place désormais en tête de ses résultats.

Les chercheurs ont aussi introduit une récompense : quelques centimes gagnés pour une bonne réponse, perdus pour une mauvaise. Sans retrouver la prudence de ceux qui n’avaient pas accès à l’IA, les participants la consultent alors moins et répondent mieux. L’IA n’entame donc pas notre capacité à douter, mais notre envie de le faire.




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Les victimes de discrimination choisissent les recommandations basées sur l’IA plutôt que les conseils humains


Sauver le « Je ne sais pas »

Leur conclusion se laisse reprendre telle quelle : à mesure que les réponses de l’IA se répandent et s’imposent sans qu’on les sollicite, la volonté de dire « Je ne sais pas » figure parmi les premières pertes de notre commerce avec les machines. Préserver le jugement humain tiendra peut-être moins à rendre l’IA plus exacte qu’à réapprendre quand lui faire confiance, quand s’en défier et à oser, dans le doute, reconnaître les limites de ce que nous savons.

Voilà une alternative à étudier : halluciner en confiance ou accepter de suspendre son jugement, oser dire « Je ne sais pas », avant d’aller chercher et de vérifier par soi-même.

Et si jamais on vous pose la question : la capitale de l’Australie est Canberra, souvent confondue avec Sydney (avec deux y). La Crète est bordée au nord par la mer de Crète, prolongement de la mer Égée, et au sud par la mer de Libye (avec un i puis un y).

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Emmanuel Carré ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ose-t-on encore dire « Je ne sais pas » ? – https://theconversation.com/ose-t-on-encore-dire-je-ne-sais-pas-291801

Quiz – Comment soignait‑on la gueule de bois autrefois ?

Source: The Conversation – in French – By Julien Talbot, Responsable de la stratégie digitale, The Conversation

La purgation faisait partie des remèdes contre la gueule de bois prescrits au Moyen Âge. Tacuinum sanitatis

Alors que la médecine moderne a profondément transformé notre compréhension des effets de l’alcool, a-t-elle pour autant révolutionné la manière de soigner la gueule de bois ? Des croyances de l’Antiquité aux recommandations des médecins et auteurs de traités diététiques au fil des siècles, les remèdes ont évolué… mais certaines pratiques surprenantes ont traversé les époques. Entre traditions, anecdotes historiques et découvertes insolites, ce quiz vous invite à remonter le temps pour tester vos connaissances sur l’ivresse, ses effets et les moyens imaginés pour les soulager.

Avant de jouer, prenez quelques minutes pour lire l’article « Comment soignait‑on la gueule de bois autrefois ? ».

3, 2, 1… À vous de jouer !



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– ref. Quiz – Comment soignait‑on la gueule de bois autrefois ? – https://theconversation.com/quiz-comment-soignait-on-la-gueule-de-bois-autrefois-292721

Infrastructures sportives au Sénégal : quel modèle de financement après les Jeux olympiques de la jeunesse ?

Source: The Conversation – in French – By Djibril Diouf, enseignant-chercheur, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Le Sénégal a consacré d’importants investissements à la construction, la réhabilitation et la modernisation de ses infrastructures sportives pour accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) prévus du 31 octobre au 13 novembre 2026. Des infrastructures ont été construites ou réhabilitées à Dakar, Diamniadio et Saly, les trois localités qui vont accueillir les compétitions. Ces équipements soulèvent une question qui dépasse la seule organisation des Jeux. Comment l’État doit-il les financer, les gérer et les entretenir durablement après la compétition ?

Pour les chercheurs Djibril Diouf, spécialiste des partenariats public-privé, et Amadou Moctar Ndiouck, spécialiste du droit et du management des infrastructures sportives, les JOJ pourraient contribuer à faire évoluer le modèle sénégalais. Dans cet entretien, ils analysent la place respective de l’État, des collectivités et du secteur privé dans le financement des équipements sportifs et les conditions nécessaires pour assurer leur utilisation, leur entretien et leur rentabilité sociale après les Jeux.


Les investissements consentis pour les Jeux olympiques de la jeunesse peuvent-ils changer durablement le modèle de financement des infrastructures sportives au Sénégal ?

Dans le contexte des Jeux olympiques de la jeunesse, l’État a privilégié le modèle de financement massif direct avec l’appui de partenaires : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), l’Agence française de développement (AFD), etc.

Évidemment, l’appui conséquent des partenaires influe sur le modèle de financement par l’importance des fonds mobilisés à l’occasion des JOJ. Cependant, si le modèle de financement s’adosse toujours à des financements publics ou des financements issus de partenariats public-privé, il inclut la gestion durable des infrastructures sportives. A ce titre, dans le cadre de leur héritage, il peut introduire l’avènement des acteurs privés.

Quelle place l’État devrait-il accorder au secteur privé dans le financement et la gestion des infrastructures sportives après les JOJ ?

De la charte du sport de 1984 aux articles 36 à 51 du nouveau code du sport, adopté le 11 mai 2026 par l’Assemblée nationale du Sénégal, le rôle de l’État et des collectivités locales dans la réalisation des infrastructures sportives est mis en exergue.

L’État et les collectivités locales ont l’obligation de construire des installations sportives au profit des acteurs du sport. Mais, en pratique et en l’absence de politiques publiques volontaristes en matière de construction d’infrastructures, excepté à l’occasion d’événements sportifs, le recours au secteur privé reste nécessaire.

À cet égard, la loi sur les contrats de partenariat public-privé adoptée en 2021 constitue une ouverture qui apporte des solutions novatrices en matière de réalisation d’infrastructures sportives. Ce modèle de financement a été utilisé dans la réalisation de l’autoroute à péage ou de l’aéroport international Blaise Diagne de Dakar. Il est possible d’en faire usage pour renforcer la participation du secteur privé dans la réalisation et la gestion d’équipements sportifs publics, tout en assurant leur rentabilité financière et sociale.

L’implication du secteur privé facilite la mobilisation de fonds privés pour pallier les insuffisances des financements publics. Elle permet également, du point de vue de la gestion des équipements sportifs, d’apporter une expertise technique favorisant une gestion financière qui contribue à maintenir ces équipements aux normes internationales, tout en permettant à toutes les populations d’y accéder.

Comment éviter que les infrastructures réhabilitées pour les JOJ deviennent, après les Jeux, des équipements coûteux à entretenir ?

Les infrastructures sportives réhabilitées se trouvent principalement à Dakar, Diamniadio et Saly. Il ne s’agira pas d’appliquer un modèle d’entretien uniforme pour les trois sites. Les réalités ne sont pas identiques.

Par exemple, pour le stade Iba Mar Diop, qui se situe dans la ville de Dakar, il va falloir impliquer l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar via l’Institut national supérieur de l’éducation populaire et du Sport (INSEPS) qui a son siège sur le site depuis 1982. Une mise à la disposition de l’INSEPS aussi bien du stade Iba Mar Diop que de la piscine olympique y contribuera. Des fonctions de service pourraient être développées dans ce cadre, ce qui facilitera leur entretien et leur rentabilité financière.

Pour le site de Diamniadio, l’Office de gestion des infrastructures sportives (OGIS), rattaché au ministère des Sports, peut valablement s’occuper des infrastructures éloignées des centres urbains. Celles-ci ne mobilisent du public qu’à l’occasion d’événements sportifs majeurs.

L’OGIS est un établissement public à caractère industriel et commercial. À ce titre, il est dans le secteur marchand et peut assurément contribuer à la rentabilité financière et sociale des infrastructures sportives.

Sur Saly, les infrastructures se trouvent sur un site touristique et balnéaire. Il est fort probable que l’implication du secteur privé soit plus avantageuse. Celui-ci apporte dans la gestion des infrastructures sportives une touche professionnelle qui procure une qualité de service et favorise leur durabilité.

Au-delà des grands événements sportifs, quel modèle de financement permettrait au Sénégal de développer des infrastructures accessibles à tous ?

Évidemment, le modèle de financement reposant sur les investissements publics propres et le partenariat public-privé s’intéresse aux infrastructures sportives d’envergure en mesure d’accueillir les événements sportifs majeurs. Toutefois, depuis 2025, le ministère des Sports a initié, à titre expérimental, un programme d’infrastructures de proximité avec la réalisation de 25 plateaux multifonctionnels dans 25 communes du Sénégal. Cette initiative est à saluer.

Autant les infrastructures sportives de taille importante sont nécessaires pour les évènements majeurs, autant celles de proximité sont vitales et doivent être valorisées. Dans toutes les localités, les
activités physiques et sportives prennent différentes formes (compétition, loisir, santé, etc.) et doivent être prises en charge par l’État et les collectivités locales à travers leurs budgets respectifs.

Enfin, dans le cadre de la coopération internationale bilatérale, certains pays tels que la Chine et la Russie privilégient la construction et la réhabilitation d’infrastructures sportives dans les pays du Sud, notamment dans le cadre de leurs projets pour le Sénégal.

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The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Infrastructures sportives au Sénégal : quel modèle de financement après les Jeux olympiques de la jeunesse ? – https://theconversation.com/infrastructures-sportives-au-senegal-quel-modele-de-financement-apres-les-jeux-olympiques-de-la-jeunesse-292141

Baleines, mangroves, phytoplancton… captent-ils vraiment notre CO₂ ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Marina Lévy, Directrice de l’Institut de l’Océan, océanographe, Sorbonne Université; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)


L’ESSENTIEL

  • Les écosystèmes marins – des mangroves aux baleines, en passant par le phytoplancton – contiennent du carbone et le font circuler dans l’océan. Certains en concluent, un peu rapidement, que protéger la biodiversité marine permet de limiter le changement climatique.

  • Cet argument est inexact : cela ne permettrait pas nécessairement de retirer de l’atmosphère l’excédent de CO₂ produit par les activités humaines. En effet, augmenter ou restaurer la biomasse marine n’accroîtrait que très faiblement la capacité globale de l’océan à absorber nos émissions.

  • Nous mettons en garde contre de telles approches. D’autant plus que cet argument n’est pas nécessaire : la biodiversité marine mérite d’être préservée indépendamment de son impact sur le cycle du carbone.


Une baleine peut peser plusieurs dizaines de tonnes et contient du carbone. Les mangroves captent du CO₂ et ces écosystèmes sont particulièrement efficaces pour stocker ce carbone dans le sol. Le phytoplancton absorbe du CO₂ par photosynthèse et alimente une « pompe biologique » qui transporte du carbone vers les profondeurs de l’océan.

Tout cela est vrai. De là à conclure hâtivement que protéger les baleines, restaurer les mangroves ou préserver le phytoplancton permettrait à l’océan d’absorber une part importante du CO₂ que nous émettons et ainsi de limiter le changement climatique, il n’y a qu’un pas. Un pas qui est souvent franchi – à tort – dans les discours visant à protéger l’océan.

Ces dernières années, en effet, cette idée s’est imposée à travers des expressions particulièrement évocatrices. Les baleines sont présentées comme des espèces « ingénieures » de l’océan et, de plus en plus, comme des puits de carbone en puissance. Les mangroves, les herbiers marins ou les marais salants sont de plus en plus souvent présentés comme de puissantes solutions de « carbone bleu ».

Derrière ces exemples s’est installée l’idée que nous aurions besoin d’un océan « en bonne santé » pour nous protéger du changement climatique. Ce récit est séduisant parce qu’il permet de réunir deux impératifs : protéger la biodiversité et lutter contre le changement climatique. Mais que signifie un océan « en bonne santé » lorsqu’on parle de carbone ?

Ce discours entretient une confusion entre deux choses très différentes : le rôle essentiel du vivant dans le cycle naturel du carbone océanique et le mécanisme par lequel l’océan absorbe aujourd’hui une partie du CO₂ supplémentaire que les activités humaines injectent dans l’atmosphère.

Dans une étude récemment publiée dans la revue scientifique Science Advances, nous avons remis à plat l’ensemble du cycle du carbone océanique, depuis le carbone dissous dans l’eau de mer jusqu’au phytoplancton, aux poissons, aux baleines et aux écosystèmes côtiers. Les ordres de grandeur qui en ressortent permettent de porter un nouveau regard sur ces idées devenues très populaires.

L’océan, un immense réservoir de carbone… dont une fraction à peine se trouve dans le vivant

Commençons par regarder où se trouve le carbone dans l’océan. L’océan contient environ 37 570 milliards de tonnes (gigatonnes) de carbone. Mais l’immense majorité de ce carbone n’est pas contenue dans les organismes vivants : environ 37 563 gigatonnes de ce carbone (soit 99,98 %) se trouvent sous des formes non vivantes, essentiellement du carbone inorganique dissous dans l’eau de mer.

Les mangroves captent du CO₂ par photosynthèse et stockent une partie de ce carbone dans leur biomasse et dans les sols côtiers.
Judith Rosentreter/Southern Cross University

À côté, les stocks contenus dans le vivant paraissent minuscules : environ 5,9 gigatonnes dans l’ensemble de la biomasse marine (bactéries, plancton, poissons et autres animaux marins) et 3,3 gigatonnes dans les écosystèmes côtiers dits de « carbone bleu », c’est-à-dire essentiellement les mangroves (2,6 gigatonnes), mais aussi les marais salants (0,1 gigatonne), les herbiers marins (0,2 gigatonne) et les macroalgues (0,4 gigatonne).

Cela ne signifie pas que le vivant ne joue pas un rôle majeur dans le cycle du carbone, bien au contraire. Le phytoplancton prélève du CO₂ par photosynthèse. Une partie de la matière organique ainsi produite quitte les eaux de surface et est transportée vers les profondeurs, avant d’être en grande partie reminéralisée. Cette « pompe biologique » contribue puissamment à maintenir beaucoup plus de carbone dans les profondeurs qu’à la surface.

Fonctionnement de la pompe biologique de carbone dans l’océan.

Mais il s’agit là du cycle naturel du carbone : le carbone organique qui descend vers les profondeurs est, en grande partie, reminéralisé et transformé en carbone inorganique dissous, dont une partie finit par être ramenée vers la surface par la circulation océanique.

La question qui nous intéresse, dans le cadre du changement climatique, est différente : quels mécanismes permettent l’absorption par l’océan d’une partie du CO₂ supplémentaire que nous émettons ?

Le puits de carbone océanique, très différent du puits de carbone terrestre

Depuis le début de l’ère industrielle, la concentration de CO₂ dans l’atmosphère augmente. Ce déséquilibre entre l’atmosphère et l’océan entraîne une augmentation du transfert de CO₂ vers l’océan. Une fois dissous, une partie de ce carbone est transportée vers l’intérieur de l’océan par la circulation. C’est ce que l’on appelle le puits de carbone océanique : l’absorption nette par l’océan d’une partie du CO₂ ajouté à l’atmosphère par les activités humaines.

Au cours des dix dernières années, ce puits a capté environ 2,7 gigatonnes de carbone par an, environ 2,5 dans l’océan ouvert et 0,2 dans les eaux côtières. Il est essentiellement dû à des processus physico-chimiques : l’augmentation du CO₂ atmosphérique accroît son transfert vers l’océan, sa chimie permet de le stocker en grande quantité sous forme dissoute et la circulation océanique l’entraîne vers les profondeurs de l’océan.

C’est une différence importante avec ce qui se passe sur les continents. Lorsque la concentration de CO₂ augmente dans l’atmosphère, elle stimule la photosynthèse des plantes. Cet effet fertilisant du CO₂ contribue au puits de carbone terrestre, dont la taille est assez proche, en ordre de grandeur, de celle du puits de carbone océanique.

Mais dans l’océan, l’augmentation du CO₂ dissous ne provoque pas, à l’échelle globale, d’augmentation comparable de la photosynthèse du phytoplancton. Le carbone inorganique est déjà très abondant dans l’eau de mer et la croissance du phytoplancton est généralement limitée par d’autres facteurs : la lumière et surtout la disponibilité de nutriments, comme l’azote, le phosphore ou le fer.

Autrement dit, le vivant joue un rôle fondamental dans la répartition naturelle du carbone dans l’océan, mais ce sont les mécanismes physico-chimiques qui sont le moteur du puits de carbone qui capte l’excédent de carbone anthropique depuis le début de l’ère industrielle. Cette distinction est importante, car elle change la manière dont on interprète les effets de la dégradation ou de la restauration des écosystèmes marins.




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Éliminer le CO₂ grâce au puits de carbone océanique, une bonne idée ?


Restaurer les écosystèmes peut-il renforcer ce puits ?

Revenons aux baleines et aux mangroves. Les activités humaines ont incontestablement réduit la quantité de carbone contenue dans les écosystèmes marins. La biomasse des écosystèmes de « carbone bleu » a ainsi perdu environ 0,45 gigatonne de carbone par rapport à son état antérieur aux perturbations humaines – dont 0,25 pour les seules mangroves –, soit un peu plus de 10 %. La perte est estimée à 0,12 gigatonne pour le reste de la biomasse marine, soit environ 2 %. On estime donc la perte totale à 0,57 gigatonne de carbone.

Les baleines offrent un exemple particulièrement frappant. La biomasse de l’ensemble des mammifères marins ne contient aujourd’hui qu’environ 0,004 gigatonne de carbone. La chasse, principalement la chasse à la baleine, aurait fait disparaître environ 0,016 gigatonne de carbone. Il y aurait donc aujourd’hui, selon ces estimations, cinq fois moins de baleines ! Les incertitudes sont importantes, mais l’ordre de grandeur est instructif.

Mais comparons maintenant ces pertes à ce qui s’est passé, simultanément, dans le gigantesque réservoir de carbone non vivant. Depuis le début de l’ère industrielle, l’océan a accumulé environ 167 gigatonnes de carbone d’origine anthropique, essentiellement sous forme de carbone inorganique dissous. Cent soixante-sept milliards de tonnes, contre 0,57 : les ordres de grandeur ne sont tout simplement pas les mêmes.

On comprend alors pourquoi restaurer les écosystèmes marins ne peut avoir qu’un effet limité sur le puits de carbone océanique. Cela ne signifie pas que les quantités de carbone qu’ils contiennent ou qu’ils échangent avec l’atmosphère sont négligeables, mais que celles-ci ne sont pas du même ordre de grandeur. La dégradation des écosystèmes de carbone bleu aurait réduit d’environ 0,1 gigatonne de carbone par an leur absorption nette de CO₂ atmosphérique, ce qui doit être comparé aux 2,7 gigatonnes par an capturées par le puits de carbone océanique. Restaurer intégralement ces écosystèmes ne transformerait donc pas radicalement la capacité de l’océan à absorber nos émissions de CO₂.

Dans un scénario optimiste de restauration, l’absorption supplémentaire de carbone représenterait environ 1 % des émissions anthropiques actuelles. Quant aux baleines, le rétablissement des populations à leurs niveaux antérieurs à la chasse industrielle aurait un effet infime sur le bilan global du carbone. Il en va de même pour la pêche, qui prélève chaque année environ 0,015 gigatonne de carbone sous forme de poissons, soit une quantité très faible au regard des flux du cycle global du carbone. Réduire la pêche peut être indispensable pour restaurer certaines populations et préserver le fonctionnement des écosystèmes marins, mais il ne faut pas en attendre un effet très fort sur le puits de carbone océanique, contrairement à ce qui est parfois suggeré.




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Protéger les écosystèmes marins pour les bonnes raisons

Faut-il en conclure que restaurer les mangroves, protéger les baleines ou préserver les écosystèmes marins ne sert à rien ? Bien sûr que non.

Les écosystèmes marins abritent une biodiversité irremplaçable, fournissent de la nourriture à des milliards de personnes et soutiennent de nombreuses activités économiques. Les mangroves, les marais salants ou les herbiers contribuent également à protéger les littoraux contre l’érosion et les submersions. Préserver des écosystèmes fonctionnels est aussi essentiel pour leur permettre de résister autant que possible aux bouleversements provoqués par le changement climatique.

Mais présenter leur protection avant tout comme une solution permettant de capter davantage de CO₂ peut devenir contre-productif. Cela conduit à leur attribuer un potentiel d’atténuation du changement climatique que les ordres de grandeur ne justifient pas.

La protection de la biodiversité marine et la lutte contre le changement climatique sont évidemment liées. Le changement climatique transforme déjà profondément les écosystèmes marins, et réduire les émissions de gaz à effet de serre est indispensable pour limiter ces bouleversements. Mais cela ne signifie pas que restaurer ces mêmes écosystèmes puisse, en retour, compenser une part importante de nos émissions.

Vouloir faire de la protection de l’océan une solution d’atténuation du changement climatique risque même de brouiller deux impératifs qui se suffisent à eux-mêmes : protéger les écosystèmes marins parce qu’ils sont essentiels au fonctionnement de l’océan et aux sociétés humaines d’une part, et réduire nos émissions de CO₂ parce que c’est le principal levier dont nous disposons pour limiter le changement climatique d’autre part. Les baleines, les mangroves ou le phytoplancton ne compenseront pas le carbone que nous continuons à émettre et n’ont pas à absorber notre CO₂ pour mériter d’être protégés.

The Conversation

Marina Lévy a reçu des financements de l’ANR

Laurent Bopp a reçu des financements de l’union européenne, de l’ANR et de Schmidt Sciences.

Laure Resplandy a reçu des financements de l’Université de Princeton et de l’ENS.

– ref. Baleines, mangroves, phytoplancton… captent-ils vraiment notre CO₂ ? – https://theconversation.com/baleines-mangroves-phytoplancton-captent-ils-vraiment-notre-co-286200