On expédie au Sud nos déchets… et nos responsabilités

Source: The Conversation – in French – By Rachida Bouhid, Ph.D Scholar, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Les pays industrialisés envoient des millions de tonnes de vêtements, d’équipements électroniques et d’autres produits usagés vers le Sud. Ils se débarrassent en même temps des coûts environnementaux et sanitaires générés par la production, la consommation et la mise au rebut de ces produits.


À Accra, au Ghana, des milliers de vêtements de seconde main arrivent chaque semaine dans le marché de Kantamanto, l’un des plus importants centres de revente textile au monde. Une partie de ces vêtements trouvera un nouvel acheteur et prolongera sa durée de vie. Mais une autre partie, composée d’articles invendables ou de mauvaise qualité, finira dans des dépotoirs, des cours d’eau ou des sites d’enfouissement informels.

Les mécanismes de responsabilité environnementale qui accompagnaient ces produits lors de leur mise en marché en Europe ou en Amérique du Nord ne les ont pas suivis au Ghana.

Cette situation illustre le paradoxe, rarement discuté, de matières circulant aujourd’hui à l’échelle mondiale, alors que les responsabilités environnementales ne franchissent pas les frontières nationales.

Lorsque nous déposons un téléphone usagé dans un point de collecte, donnons des vêtements à un organisme ou remplaçons un ordinateur devenu obsolète, nous avons souvent l’impression d’avoir accompli notre part du travail environnemental. Pourtant, l’histoire de ces objets ne s’arrête pas là. Beaucoup d’entre eux commencent ailleurs une seconde vie, ou une fin de vie, parfois à des milliers de kilomètres.

Chaque année, des millions de tonnes de vêtements, d’équipements électroniques et d’autres produits usagés circulent des pays industrialisés vers les pays du Sud.

Des circuits complexes et difficiles à suivre

Cet enjeu a été exposé lors du colloque « Quand les Suds inspirent le Nord », tenu dans le cadre du 93e Congrès de l’Acfas, auquel j’ai assisté dans le cadre de mes recherches sur la gouvernance des modèles organisationnels et sur les défis à la transition vers une économie circulaire territorialisée.

Lors de son intervention d’ouverture, Jocelyne Landry Tsonang du Réseau africain de l’économie circulaire, a rappelé que, quand les produits voyagent souvent sans que les mécanismes de responsabilité élargie des producteurs, les écotaxes ou les ressources financières associées ne les suivent. Les coûts environnementaux et sociaux liés à la fin de vie des produits sont alors transférés vers des territoires qui disposent généralement de moins de moyens pour les gérer.




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À cet égard, le cas des déchets électroniques est particulièrement révélateur. Selon le rapport du Global E-waste Monitor 2024, le monde a généré 62 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques en 2022. Pourtant, seulement 22,3 % de ces déchets ont été officiellement collectés et recyclés dans des filières documentées. Le reste emprunte souvent des circuits difficiles à suivre, alimentant des marchés mondiaux complexes.

Comme l’a montré le géographe Josh Lepawsky, dans Reassembling Rubbish, un article publié en 2018), les déchets électroniques ne constituent pas simplement un flux linéaire allant du Nord vers le Sud. Ils circulent à travers des réseaux mondialisés où se croisent réemploi, réparation, récupération de matières et démantèlement. Toutefois, même lorsque ces flux créent de la valeur économique, les risques environnementaux et sanitaires demeurent souvent concentrés dans les territoires où les produits terminent leur parcours.

La distribution inégale de la pollution

Dans plusieurs villes africaines, des récupérateurs extraient du cuivre, de l’aluminium et d’autres métaux contenus dans les appareils électroniques usagés. Leur travail permet de récupérer des ressources qui seraient autrement perdues. Pourtant, ces activités sont fréquemment réalisées sans équipements de protection adéquats, dans des conditions précaires et avec une faible reconnaissance institutionnelle.




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Cette situation illustre ce que l’anthropologue Max Liboiron appelle une distribution inégale de la pollution. Dans Pollution is Colonialism, publié en 2021, elle montre que les dommages environnementaux ne sont jamais répartis de manière neutre. Certaines populations bénéficient davantage des systèmes économiques tandis que d’autres en assument une part disproportionnée des conséquences.

Le textile constitue un autre exemple frappant. Chaque année, d’importants volumes de vêtements usagés sont exportés vers des marchés de seconde main en Afrique, en Amérique latine ou en Asie. Lorsqu’une partie importante des lots est composée de vêtements de mauvaise qualité, invendables ou difficilement recyclables, les territoires d’arrivée héritent d’un problème de gestion des déchets qu’ils n’ont pas créé.

Le marché de Kantamanto illustre bien cette tension. Souvent présenté comme un exemple réussi d’économie circulaire grâce à l’importance des activités de réemploi et de réparation qui s’y développent, il doit également composer avec d’importants volumes de vêtements devenus impossibles à revendre. Les coûts environnementaux liés à ces produits sont ainsi transférés vers les territoires d’arrivée plutôt qu’assumés par les marchés qui les ont mis en circulation.

Mieux intégrer les pratiques d’économie circulaire

Selon une analyse faite en 2017 au Copernicus Institute of Sustainable Development de l’université d’Utrecht, l’économie circulaire est généralement définie comme un modèle visant à réduire l’extraction de ressources et la production de déchets grâce à des stratégies de réemploi, de réparation, de recyclage et de prolongation de la durée de vie des produits. Toutefois, comme le soulignaient déjà en 2015 dans Economy and Society des chercheurs qui étudiaient le sujet dans le contexte de l’Union européenne, les débats sur la circularité se concentrent souvent sur les flux de matières et les innovations techniques, en laissant dans l’ombre les dimensions sociales, politiques et territoriales de ces transformations.

Cette critique est particulièrement pertinente dans le contexte des échanges nord-sud. Les travaux réunis dans le numéro spécial de VertigO de décembre 2024 consacrés à l’économie circulaire dans le Sud global, montrent que les pratiques circulaires, loin de se limiter aux modèles institutionnels promus dans les pays industrialisés, reposent sur des systèmes locaux de réparation, de réutilisation et de récupération qui existent depuis longtemps, souvent en dehors des cadres formels.

Les acteurs de ces systèmes participent à la création de valeur, à la réduction du gaspillage et à la circularité des ressources. Pourtant, ils demeurent rarement intégrés aux mécanismes de financement ou de gouvernance associés à l’économie circulaire.

La question dépasse donc le recyclage. Elle touche à la manière dont les responsabilités sont réparties à l’échelle mondiale. Les mouvements transfrontaliers de déchets dangereux sont encadrés par la Convention de Bâle, mais les défis demeurent nombreux lorsqu’il s’agit de produits usagés, de textiles ou d’équipements électroniques destinés à la réutilisation.

Une approche plus globale de la responsabilité

Dans ce contexte, plusieurs chercheurs plaident pour une approche plus globale de la responsabilité. Les bénéfices associés à la mise en marché d’un produit et les coûts liés à sa fin de vie ne devraient pas s’arrêter aux frontières : une économie circulaire réelle et durable supposerait non seulement la circulation des matières, mais aussi celle des responsabilités, des financements et des mécanismes de protection.


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L’enjeu n’est donc pas de mettre fin aux échanges internationaux de biens usagés. Dans plusieurs régions du monde, ces flux soutiennent des activités économiques essentielles, favorisent le réemploi et créent des emplois locaux. Le véritable enjeu est plutôt de faire en sorte que les responsabilités financières et réglementaires s’appliquent encore lorsque les produits traversent les frontières.

Le Canada n’échappe pas à cette réflexion. Nos systèmes de recyclage, de consignes et de responsabilité élargie des producteurs demeurent largement conçus à l’intérieur de frontières nationales ou provinciales. Pourtant, les chaînes de valeur des produits que nous consommons sont mondiales, tout comme les conséquences de leur fin de vie.

Mieux trier nos déchets demeure un important premier pas. Mais une véritable transition circulaire exige également de nous demander où vont les objets lorsqu’ils quittent nos maisons, qui les prend en charge et avec quels moyens. Si nos déchets voyagent à l’échelle mondiale, nos responsabilités environnementales devraient faire de même.

La Conversation Canada

Rachida Bouhid ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. On expédie au Sud nos déchets… et nos responsabilités – https://theconversation.com/on-expedie-au-sud-nos-dechets-et-nos-responsabilites-284391

Dans le massif des Bauges, le mystère de l’or qu’on trouve au milieu des calcaires

Source: The Conversation – in French – By Patrick De Wever, Professeur, géologie, micropaléontologie, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Dans le Chéran, principale rivière du massif des Bauges, on peut retrouver des pépites d’or. Mais d’où vient cet or ? Florian Pépellin, CC BY-SA

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la 17e étape le 22 juillet 2026, entre Chambéry et Voiron, fait passer les coureurs par le massif des Bauges. Contre toute attente, on peut trouver de l’or dans la partie occidentale du massif, pourtant totalement calcaire : une anomalie géologique, car l’or est généralement associé au granite ou au quartz ! Ils auraient été apportés là par les glaciers qui recouvraient jadis le massif.


Des mines d’or sont connues depuis longtemps dans les Alpes, notamment dans le massif de l’Oisans. Mais on retrouve aussi de l’or en des lieux plus inhabituels, par exemple au niveau de la rivière du Chéran, qui passe sous le pont de l’Abime. Ici, les roches sont totalement calcaires, il n’y a ni granite, ni masses de quartz, où l’on peut généralement retrouver des paillettes d’or.

L’origine de l’or du Chéran a longtemps été un mystère – qui aurait même causé la ruine de Madame de Warens (proche de Jean-Jacques Rousseau) en 1754, qui croyait à la possibilité de construire des mines d’or dans la région. Mais aujourd’hui, on connaît les raisons de sa présence. Explications.




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Aux origines de l’or du sous-sol

L’or que nous exploitons trouve son origine dans les profondeurs de la Terre. Les gisements d’or accessibles résultent de processus géologiques, qui ont permis de transférer et de concentrer cet élément dans des zones spécifiques de la croûte terrestre. Il s’agit principalement de processus magmatiques, sédimentaires et hydrothermaux, auxquels sont associées des circulations de fluides.

Une mine d’or est un site d’extraction ou un gisement d’or. Cet or peut être natif (c’est-à-dire, constitué soit essentiellement d’un seul élément chimique, soit en association avec d’autres éléments chimiques précis) ou inclus dans du minerai d’où l’on peut l’extraire.

Différentes techniques existent pour extraire l’or. Concernant l’or que l’on trouve dans des roches ou dans des sédiments qui résultent de l’altération de la roche-mère, il ne subit pas de transformation. Il s’agit en effet d’un élément extrêmement stable et inaltérable.

On le retrouve alors dans des sédiments alluviaux. Les minéraux lourds, comme les paillettes d’or, se déposent préférentiellement dans les zones où la vitesse de l’eau diminue, telles que les méandres des rivières, les zones de confluence, ou encore à l’intérieur de poches d’alluvions. Ce mécanisme aboutit, au fil du temps, à la concentration de ces minéraux dans des dépôts localisés appelés « placers ». Le terme « placer » provient du mot espagnol « placer », signifiant « lieu sablonneux ».

Comme d’autres métaux, l’or est présent à l’état de traces dans beaucoup d’autres roches terrestres, mais sa concentration est multipliée par mille à un million dans les gisements exploités.

Les gisements d’or se trouvent dans des roches très siliceuses, et généralement des roches d’origine magmatiques, tels les granites et même plus précisément associés à des filons de quartz. En France, les plus connues sont celles du Limousin et de Bretagne. On les trouve aussi dans des sédiments issus de ces roches, sortes de sables fins de certaines vallées dans les Pyrénées et les Alpes.

L’or peut être facilement séparé des autres grains grâce à sa grande densité. En effet, l’or est bien plus lourd que le plomb et que les autres minéraux. Ainsi, un litre d’or pèse plus de 19 kg, contre seulement 11 kg pour le plomb. C’est ainsi que l’orpailleur peut l’extraire en jouant avec la gravité, grâce à la technique de la batée.

La ruée vers l’or des Bauges

Des mines d’or sont connues depuis toujours dans les Alpes, notamment dans le massif de l’Oisans, dont les roches correspondent bien à celles habituellement connues pour en contenir. C’est-à-dire, des granites, comme dans le massif Central, par exemple sur les sites de Saint-Yrieix-la-Perche ou Salsigne.

Au nord-ouest du massif des Bauges, sur le flanc sud du Semnoz, la rivière du Chéran passe sous le Pont de l’Abime, près de 100 m plus haut, avant de descendre vers la Vallée du Rhône. Elle est connue pour avoir été explorée pour son or – et même un or très pur si l’on en croit Pline l’Ancien qui disait que là était l’or le plus pur des Gaules. L’orpaillage se faisait surtout au niveau du village d’Allèves, au pont de l’Abime et en aval, vers Alby-sur-Chéran.

Gravure représentant des orpailleurs au travail.
De Re Metallica, XVIᵉ siècle

L’exploitation, connue des Romains, s’arrêta vers la fin du XVIIIe siècle, même s’il y eut un fugace regain d’intérêt au XIXe siècle lors de la ruée vers l’or en Californie. Fugace, mais célèbre, car c’est à cette époque qu’un dénommé « La Biola », Joseph Domenge de son état civil, a trouvé en 1863, non plus les habituelles paillettes, mais une pépite de plus de 43,5 grammes (soit env. 2cm3), de 23 carats : presque de l’or pur ! Elle est aujourd’hui exposée au musée d’Annecy.

Une question se pose alors : on se trouve pourtant à la sortie occidentale du massif des Bauges, qui est totalement calcaire. Il n’y a ni granite, ni masses de quartz. On ne devrait donc pas trouver d’or ici, alors quel est ce prodige ? La seule explication plausible est qu’il y ait été apporté d’ailleurs. Mais comment a-t-il pu arriver là ?




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L’explication climatique

Il y a quelques 40 000 ans, à l’époque glaciaire, le Massif des Bauges était noyé sous la glace. En effet, lors des glaciations quaternaires, le glacier isérois, issu des bassins de la Tarentaise et du Beaufortain, atteignait environ 1800 à 2000 m d’épaisseur au niveau d’Albertville. Il passait donc au dessus de tous les cols de l’est du massif des Bauges et s’écoulait d’est en ouest dans le massif. Il atteignait encore 1200 m d’épaisseur au niveau du pont de l’Abime. Les glaciers descendaient ensuite jusqu’à proximité de Bourg-en-Bresse et jusqu’à Lyon.

Extension des glaciers alpins (en bleu) lors des dernières glaciations (Riss : -370 000 à -130 000 ans, Wurm : -1150 000 à -11700 ans). Ils ont ennoyé la plupart du massif des Bauges. La flèche pointe où de l’or a été trouvé (dont la plus grosse pépite connue). Aujourd’hui encore, des orpailleurs amateurs y passent leurs vacances.
Fourni par l’auteur

Or, les glaciers de montagne transportent beaucoup de matériaux (de très gros à très fin), qu’ils ont « râpé » en se déplaçant. On les retrouve notamment dans les moraines, c’est-à-dire des débris rocheux érodés ayant été transportés par un glacier ou une nappe de glace.

On rencontre, par exemple sur le Parking du pont de l’Abîme, une ancienne moraine. Elle fut longtemps ignorée, jusqu’à ce que des travaux d’aménagement routier la révèle. On y a trouvé des éléments et même des blocs de roches de la Tarentaise et du Beaufortain, provenant donc de près de 50 kilomètres plus à l’est.

Moraine du parking du pont de l’Abime. Le dépôt est caractéristique d’une moraine : un mélange d’éléments très fins, dominants, jusqu’à des blocs de plusieurs dizaines de centimètres.
G. Egoroff, Fourni par l’auteur

Ainsi, l’or trouvé dans le Bauges ne viendrait non pas des calcaires baujus – ce qui semblait illogique au plan géologique – mais de roches cristallines (granites, gneiss…) des Alpes internes, et qui auraient été là apportées par les glaciers qui recouvraient jadis le Massif des Bauges.

Une autre hypothèse existe, tout en relevant de la même logique. Cette origine pourrait être plus ancienne encore, et alors non pas glaciaire, mais liée à l’érosion marine, bien plus vieille encore : entre 20 et 10 millions d’années dans les marnes et grès molassiques tertiaires.

Le mystère de l’or du Chéran est aujourd’hui levé, mais la leçon reste entière : nos paysages sont le résultat d’une longue histoire au cours de laquelle sont superposés, entremêlés des éléments de temporalités très différentes. En définitive, pour qui veut découvrir le passé en les étudiant, les roches ne sont pas un simple grimoire, mais bien un palimpseste.

The Conversation

Patrick De Wever est membre de

SGF : Société Géologique de France, SGN Société Géologique du Nord, SAGA société amicale des géologues amateurs, AGA : Association géologique auboise

ref. Dans le massif des Bauges, le mystère de l’or qu’on trouve au milieu des calcaires – https://theconversation.com/dans-le-massif-des-bauges-le-mystere-de-lor-quon-trouve-au-milieu-des-calcaires-287423

Dans « Histoire de jouets 5 », c’est la technologie vs les jouets – un dilemme auquel les familles sont aussi confrontées

Source: The Conversation – in French – By Natalie Kirby, Postdoctoral Fellow, Department of Psychology, Université de Montréal

La franchise Histoire de jouets est appréciée partout dans le monde. Sa popularité vient notamment de la place centrale qu’occupent la joie et les liens formés par le jeu dans l’histoire. Ce sont des thèmes auxquels tant les enfants que les parents peuvent s’identifier.

Dans les quatre premiers films, Histoire de jouets a exploré l’amitié, la capacité à surmonter les difficultés et ce que signifie grandir. Ces thèmes demeurent au cœur du cinquième volet, mais le film aborde également un enjeu particulièrement d’actualité : l’utilisation des technologies par les enfants, notamment les tablettes, les téléphones, les ordinateurs et les télévisions.

En tant que chercheuses en psychologie qui étudient le développement de l’enfant et le jeu, nous considérons que Histoire de jouets 5 est une occasion parfaite d’examiner ce que la recherche nous apprend sur les rôles du jeu et des technologies numériques dans la vie des enfants, ainsi que sur les moyens dont disposent les parents pour favoriser un équilibre sain entre les deux.

Trailer for « Toy Story 5. »

L’importance des jouets et du jeu

Tout au long du film, les spectateurs sont témoins de la joie pure et toute simple que ressent Bonnie lorsqu’elle crée un univers entier avec ses jouets. Comme spectateurs, ces scènes nous réchauffent le cœur. Si cette réaction s’explique peut-être en partie par la nostalgie, la recherche montre clairement que le jeu imaginatif et interactif est important pour le développement positif des enfants.

Les enfants ont besoin d’interactions en personne, souvent facilitées par le jeu, pour acquérir des habiletés prosociales comme la communication, la coopération et la capacité de résoudre des problèmes.

Le jeu interactif avec des pairs est aussi particulièrement important pour favoriser le développement des compétences sociales et émotionnelles des enfants, qui leur permettent d’établir et de maintenir des relations. Or, ces bienfaits clairs et bien établis du jeu peuvent être perturbés lorsque la technologie entre en scène.

« L’ère des jouets est révolue »

Histoire de jouets 5 commence toutefois par une scène troublante. Jessie et Pile-Poil se retrouvent devant une multitude de jouets abandonnés dans la cour des voisins. Ils affirment que « l’ère des jouets est révolue ». Les deux jouets grimpent sur le toit de la maison et constatent avec horreur que, dans toutes les autres maisons de la rue, de petits visages sont rivés à des écrans. Toutes, sauf un enfant : Bonnie.

Les données confirment cette réalité d’enfants absorbés par les écrans. En effet, plus de la moitié des enfants de moins de cinq ans dépassent les recommandations de temps d’écran pour leur groupe d’âge, selon une synthèse des études publiées en anglais incluant plus de 89 000 enfants (dont près de la moitié provenaient d’Amérique du Nord). De même, la moitié des enfants américains de moins de huit ans possèdent leur propre appareil numérique, des chiffres comparables au Canada.

Un temps d’écran excessif, particulièrement chez les jeunes enfants, peut avoir des effets négatifs sur le développement du langage, sur l’apprentissage et sur le développement des relations avec les pairs, notamment parce qu’il réduit la fréquence à laquelle les enfants ont des interactions enrichissantes par le jeu.

Les rapports complexes entre technologie et liens sociaux

Il est néanmoins important de se souvenir que la technologie n’est pas entièrement néfaste. Bien que les écrans peuvent remplacer certaines formes de jeu en personne, imaginatif et actif qui soutiennent le développement des enfants, ils peuvent aussi aider certains d’entre eux à créer des liens.

C’est ici que Histoire de jouets 5 propose une histoire plus nuancée qu’une simple opposition entre de « bons jouets » et une « mauvaise technologie ». Lorsque Bonnie reçoit une tablette de ses parents, celle-ci semble lui offrir ce qui lui manquait : une porte d’entrée vers les relations avec ses pairs. Cependant, l’utilisation de la tablette finit par prendre le dessus sur le jeu, sans lui procurer de relations authentiques.

Le film montre également que le simple fait de se trouver à proximité d’autres enfants tout en utilisant un appareil ne suffit pas nécessairement à créer des interactions ou des relations significatives. La création de liens dépend de la manière dont la technologie est utilisée. Est-ce que les enfants l’utilisent seuls ? Est-ce que des adultes sont présents pour les aider à enrichir les écrans par des expériences partagées et ludiques ?

Lorsqu’ils sont utilisés de manière réfléchie et avec un encadrement approprié, les outils numériques peuvent soutenir l’apprentissage collaboratif, les interactions entre pairs et les liens sociaux. Pour certains enfants neurodivergents ou marginalisés, les jeux et les interactions en ligne ou par l’intermédiaire d’un écran peuvent même être bénéfique en réduisant la pression ressentie, offrant un environnement familier et en créant des occasions de rencontrer d’autres personnes qui partagent leurs intérêts.

Le défi ne consiste donc pas nécessairement à choisir entre les jouets et les technologies numériques, mais plutôt à préserver les bienfaits du jeu pour le développement, tout en aidant les enfants à utiliser les technologies de façon à soutenir les relations plutôt qu’à les remplacer.

Comment favoriser un équilibre sain

Pour la plupart des familles, éliminer complètement les technologies est probablement une solution peu réaliste ou peu pratique. Néanmoins, il existe de nombreuses ressources pouvant aider les parents à trouver un équilibre entre les appareils numériques et le jeu.

Voici trois pistes pour commencer :

Donnez l’exemple — Le film montre à quel point la technologie s’est facilement intégrée à la vie familiale quotidienne. Même les adultes utilisent souvent leur téléphone au quotidien, notamment lors d’interactions avec d’autres. Or, les enfants n’apprennent pas qu’à partir des règles établies par les adultes, mais aussi par les comportements que ceux-ci adoptent. Ranger les appareils pendant les conversations, les repas, les jeux et les moments de détresse permet de montrer aux enfants que les relations exigent parfois toute notre attention.

Créer un ‘régime’ de jeu équilibré — Veillez à ce que votre enfant ait un régime équilibré comprenant du temps d’écran encadré, du jeu physique, du temps à l’extérieur, des activités créatives, du jeu collaboratif avec des pairs et d’autres activités sédentaires appropriées, comme les jeux de société.

La création d’un plan familial d’utilisation des médias peut contribuer à cet équilibre. Une approche équilibrée peut soutenir le développement global et l’apprentissage des enfants, tout en favorisant leur santé physique et mentale.

N’ayez pas peur de combiner technologie et jouetsHistoire de jouets 5 se termine par une forme de jeu imaginatif dans laquelle la technologie est intégrée aux jouets. Il y a certes lieu d’être sceptique de cette représentation compte tenu des expériences et produits dérivés lucratifs associés à la franchise, dont une tablette-jouet destinée aux enfants d’âge préscolaire, qui pourrait potentiellement servir de passerelle vers d’autres produits technologiques de la marque.

Néanmoins, il est important pour les parents de savoir qu’avec une supervision et des limites appropriées, ils peuvent encourager une utilisation des appareils qui enrichit les interactions de leur enfant en favorisant la collaboration et la communication.


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Il est également important de ne pas se laisser submerger par la culpabilité. Nous utilisons tous les technologies, que ce soit pour communiquer, nous détendre, travailler ou lire des articles d’actualité.

Mais il est bon de se rappeler que rien ne remplace véritablement les liens que nous créons les uns avec les autres dans la vie réelle. Prenez donc un moment pour lever les yeux de votre écran, de peur de manquer la chevauchée de 50 Buzz Lightyear traversant votre maison.

La Conversation Canada

Natalie Kirby reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Audrey-Ann Deneault reçoit du financement des Instituts de recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en sciences humaines.

ref. Dans « Histoire de jouets 5 », c’est la technologie vs les jouets – un dilemme auquel les familles sont aussi confrontées – https://theconversation.com/dans-histoire-de-jouets-5-cest-la-technologie-vs-les-jouets-un-dilemme-auquel-les-familles-sont-aussi-confrontees-287345

Avec « Confessions II », Madonna orchestre un écosystème de marque complet

Source: The Conversation – France (in French) – By Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC – École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École

Ce que Madonna met en scène depuis le printemps n’est pas la promotion de son nouvel album mais bien un écosystème de marque complet, où le disque lui-même semble presque devenir le produit dérivé de sa propre campagne.


Le 4 juin 2026, Madonna surgit sans prévenir sur une scène suspendue au-dessus de Times Square. Cinquante mille personnes se massent dans le carrefour new-yorkais, la circulation s’arrête, les images inondent les réseaux sociaux en quelques minutes.

Le lendemain soir, la star présente en avant-première mondiale au Festival de Tribeca un film de treize minutes accompagnant son nouvel album, avant de converser sur scène avec le journaliste et animateur Anderson Cooper. Un mois plus tard, le 3 juillet, Confessions II paraît enfin, salué par la critique comme son meilleur disque en vingt ans. Et le 19 juillet, la chanteuse de 67 ans s’est produite à la mi-temps de la finale de la Coupe du monde de football au MetLife Stadium, aux côtés de Shakira, Justin Bieber et BTS ; il s’agit du premier show de mi-temps de l’histoire de la compétition.

Cette accumulation donne le tournis, et c’est précisément l’effet recherché.

Madonna – Confessions II Live in NYC.

La suite comme actif de marque

Tout part d’un choix éditorial : Confessions II est la suite assumée de Confessions on a Dancefloor (2005), l’un des plus grands succès commerciaux de la chanteuse. Madonna y retrouve le producteur Stuart Price, reprend les codes visuels de l’époque (la pochette fait écho à celle de 2005, dans une position similaire mais inversée) et justifie ce retour par une formule qui peut faire office de baseline : « Le monde traverse une période très sombre et les gens ont besoin de danser ».

Cette logique de suite, empruntée à Hollywood et à ses franchises, transforme la nostalgie en actif stratégique. Nous l’avions analysée dans nos travaux sur le traitement médiagénique de Batman : les grands univers de fiction hollywoodiens ne se contentent pas d’enchaîner les suites, ils transforment leur promotion en expérience immersive, à l’image de la campagne « Why So Serious ? » qui invitait les spectateurs à devenir citoyens de Gotham un an avant la sortie de The Dark Knight. Madonna transpose exactement cette mécanique de franchise à la pop : elle sécurise l’attention d’un public acquis, celui qui dansait sur « Hung Up » en 2005, tout en offrant un point d’entrée narratif aux nouvelles générations. On ne découvre pas un album mais on habite son univers.

L’apparition surprise de Madonna à Coachella pendant le concert de Sabrina Carpenter illustre cette mécanique : la chanteuse y portait la même tenue que vingt ans plus tôt, lors de son passage au festival pour l’ère Confessions originelle, avant d’interpréter en duo le single « Bring Your Love ». Le clin d’œil s’adresse aux fans historiques tandis que le duo avec l’icône pop du moment s’adresse à leurs enfants.

Sabrina Carpenter x Madonna – Bring Your Love – En direct de Coachella 2026.

S’infiltrer là où la publicité n’est pas attendue

Le deuxième pilier de la campagne illustre une hyperpublicitarisation, c’est-à-dire une hypertrophie de la communication des marques, qui se déploient en dehors des espaces publicitaires dédiés et instillent des discours à finalité promotionnelle dans tous les interstices potentiellement fertiles de l’espace médiatique et culturel.

Publicité et « média-morphoses »

Depuis avril, les utilisateurs de Grindr, application de rencontre LGBTQ, voient surgir dans leur grille un profil affiché « à 0 mètre » de leur position : celui de Madonna. En cliquant, ils tombent sur un message vocal (« Bonjour Grindr, c’est mother. Je voulais aller là où se trouve l’action la plus chaude ») et sur la précommande d’un vinyle picture disc exclusif. L’application présente l’opération comme la plus importante activation commerciale de son histoire, prolongée par une soirée confidentielle au club The Abbey de West Hollywood puis par le lancement du Mois des Fiertés à Times Square. En investissant cet espace pour communiquer, Madonna ne fait pas de publicité auprès de la communauté gay : elle réinvestit un espace culturel qu’elle contribue à façonner depuis quarante ans, et l’opération est reçue comme un hommage plus que comme une intrusion.

On retrouve la même logique avec TikTok qui a construit autour de l’album sa plus grande campagne musicale de l’année : une première écoute mondiale diffusée en direct depuis la soirée de lancement londonienne, en compagnie de Bob The Drag Queen, une expérience intégrée à l’application (défis interactifs, récompenses, cadres de profil) et surtout deux pop-up stores éphémères, les « House of Confessions », ouverts simultanément à New York et à Londres les 3 et 4 juillet, avec installations immersives, espaces de création de contenus pensés pour être filmés et vinyle en édition limitée estampillé TikTok.

Ces dispositifs relèvent de ce que le marketing nomme l’activation de marque : la création d’évènements auxquels la cible participe physiquement, pour mémoriser la marque et renforcer sa relation émotionnelle avec elle. Du concert surprise de Times Square à la soirée « Club Confessions » de The Abbey, toute la campagne fonctionne sur ce registre participatif. La plateforme ne diffuse plus la promotion mais devient le lieu physique et numérique où l’album s’expérimente. Nos travaux sur les nouveaux espaces d’influence montrent d’ailleurs comment ces dispositifs plateformisés brouillent les frontières entre contenu, commerce et communauté, la plateforme devant elle-même publicité.

Qu’est-ce que L’activation de marque ?

Un film plutôt qu’un clip : le récit s’étoile

Troisième étape de cet écosystème de marque, le film de 13 minutes « Confessions II » réalisé par le duo TORSO et construit autour des six premiers titres de l’album.

Présenté à Tribeca devant un public privé de téléphones (verrouillés dans des pochettes scellées), truffé de seize apparitions de célébrités, de Benedict Cumberbatch à Kate Moss en passant par Julia Garner et Lourdes Leon, la fille de Madonna, il a ensuite été mis en ligne sur YouTube trois jours plus tard. « Une vidéo, ça fait… cheap. C’était bien quand il n’y avait que MTV et moi. Cette époque-là est révolue » a justifié Madonna sur la scène du Beacon Theatre, actant la mort du clip promotionnel classique.

Madonna – « Confessions II – Le Film »

Ce glissement du clip vers l’œuvre cinématographique renvoie aux concepts de médiagénie et de transmédiagénie forgés par le chercheur Philippe Marion : certains récits possèdent une capacité d’étoilement et de propagation à travers différents médias. Dans nos travaux sur les récits de marque, nous faisions l’hypothèse que plus un récit de marque est médiagénique, plus il s’impose comme un récit médiatique à part entière, faisant oublier son origine commerciale. C’est exactement ce qui se joue ici : légitimé par un festival de cinéma, démultiplié sur YouTube, réservé en exclusivité aux 2800 spectateurs de la première, le film n’est plus perçu comme une publicité pour l’album mais comme une œuvre. La marque Madonna s’étoile de support en support, chacun apportant sa valeur propre au récit.

Le 19 juillet : apothéose d’un dispositif

Reste la question générationnelle que la campagne traite avec une précision chirurgicale. Duo avec Sabrina Carpenter pour la génération Z, collaborations avec Stromae, Feid et Martin Garrix pour élargir les territoires musicaux et géographiques, chanson coécrite avec sa fille Lourdes Leon pour la dimension intime, et sur TikTok, où la chanteuse compte plus de cinq millions d’abonnés, un « Madonna Summer » qui voit de jeunes utilisateurs danser sur des titres sortis avec leur naissance. La nostalgie des uns devient la découverte des autres, et l’algorithme se charge de la conversion.

Le show de la mi-temps de la finale de la Coupe du Monde de football, dimanche 19 juillet, a parachevé l’édifice. Devant 80 000 spectateurs et des milliards de téléspectateurs, Madonna a ouvert le concert au son de “Music”, surgissant dans l’arène du MetLife Stadium à bord d’un buggy conduit par Ronaldo et Ronaldinho, les deux légendes brésiliennes du ballon rond. Onze minutes de spectacle qui ont étiré la pause réglementaire de quinze à vingt-sept minutes : même le temps du football se plie désormais au temps du divertissement et des marques. Madonna y a rejoué, à l’échelle planétaire, ce que toute sa campagne raconte depuis trois mois et ce qu’elle affirme elle-même dès l’ouverture de l’album : « La piste de danse n’est pas qu’un lieu, c’est un seuil, un espace rituel où le mouvement remplace les mots ».

The Conversation

Frédéric Aubrun ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avec « Confessions II », Madonna orchestre un écosystème de marque complet – https://theconversation.com/avec-confessions-ii-madonna-orchestre-un-ecosysteme-de-marque-complet-287313

Canicule : quelles protections le droit offre-t-il aux travailleurs ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Michel Miné, Professeur du Cnam, titulaire de la chaire Droit du travail et droits de la personne, Lise/Cnam/Cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Ce qu’il faut retenir :

· Tout employeur doit évaluer les risques liés à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense et mettre en œuvre une politique de prévention.
· Des seuils de 28 °C, 30 °C et 33 °C sont reconnus pour la préservation de la santé des travailleurs.
· En cas de carence de l’entreprise, les salariés peuvent compter sur le CSE, les médecins du travail, l’inspection du travail ou les préfets.


Comme l’indique le ministre du Travail, le changement climatique entraîne la survenue de vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Elles constituent désormais une réalité affectant chaque année les personnes au travail, plus particulièrement les « premiers de corvée » qui œuvrent à l’extérieur ou exercent leurs métiers dans des lieux où la température est déjà élevée.

De fortes dégradations des conditions de travail et de la santé des salariés sont constatées : aggravation de la pénibilité, malaises, déshydratation, risques psychosociaux dus aux situations de tension, coups de chaleur, accidents liés à l’altération de la vigilance et surmortalité au travail.

Des accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur sont notifiés par le ministère du Travail : sept en 2024 et neuf en 2025. La majorité est survenue dans le cadre d’une activité professionnelle de construction et travaux (BTP) ou d’agriculture. Des enquêtes sont en cours concernant des accidents du travail mortels survenus en mai et juin 2026.

Alors, que dit le droit ?

Nouvelles règles

Le décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur constitue une première étape de l’adaptation du code du travail aux nouvelles réalités climatiques. Un arrêté du 27 mai 2025 détermine le niveau de danger de chaque vague de chaleur, épisode de chaleur intense et période de canicule, par le biais du dispositif de vigilance élaboré par Météo-France – niveaux de vigilance jaune, orange ou rouge.

En application de son obligation légale de sécurité, tout employeur est « obligé d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs dans tous les aspects liés au travail ».

L’employeur doit évaluer les risques liés à l’exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense, en intérieur ou en extérieur, avec la contribution des représentants des travailleurs au comité social et économique (CSÉ).

Puis le document unique d’évaluation des risques professionnels répertorie les risques liés aux fortes chaleurs, pour chaque unité de travail en tenant compte de l’impact différencié de l’exposition au risque en fonction du sexe. Ce DUERP est accessible à tous les travailleurs concernés dans l’entreprise.

Politique de prévention

Dans le prolongement, l’employeur doit définir et mettre en œuvre, après consultation des élus du CSE, une politique de prévention efficace pour protéger les salariés au regard de ces risques.

Dans chaque entreprise d’au moins cinquante salariés, un programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT) fixe « la liste détaillée des mesures devant être prises au cours de l’année à venir au regard de ces risques, précisant pour chaque mesure ses conditions d’exécution, des indicateurs de résultat et l’estimation de son coût, ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre ».

Selon la démarche de prévention primaire, qui s’attaque aux causes des risques, prévues par la loi et par un accord national interprofessionnel, l’employeur doit en premier lieu « éviter le risque », éviter la rencontre de l’être humain avec le danger constitué par les fortes chaleurs, « Combattre le risque à la source » et « Adapter le travail à l’homme » (les méthodes de travail notamment).

Ne pouvant supprimer le danger, il doit limiter l’exposition des travailleurs par différentes mesures :

  • « La mise en œuvre de procédés de travail ne nécessitant pas d’exposition à la chaleur » ;

  • « Des moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire sur les surfaces exposées » ;

  • « L’adaptation de l’organisation du travail, et notamment des horaires de travail, afin de limiter la durée et l’intensité de l’exposition et de prévoir des périodes de repos » avec par exemple la modification des horaires en commençant plus tôt – si les moyens de transport le permettent –, l’allongement des durées des pauses, etc.

Adaptation aux secteurs d’activité

Le travail est à adapter suivant les secteurs.

En complément, selon la démarche de prévention secondaire, qui s’attaque aux effets des risques, l’employeur doit mettre à disposition des travailleurs de « l’eau potable fraîche », des « équipements de protection individuelle », etc.

Le recours au télétravail peut permettre d’éviter des conditions de transport en commun éprouvantes, mais n’est pas une solution satisfaisante pour les salariés dont les logements sont encore plus mal isolés que leurs bureaux.

Quand un département est placé en vigilance orange ou rouge, les entreprises dont l’activité est affectée par la canicule peuvent solliciter le bénéfice de l’activité partielle.

Des dispositions spécifiques sont prévues par le Code rural et pour le bâtiment et les travaux publics, notamment le régime d’indemnisation intempéries applicable lors des canicules.

En revanche, les travailleurs dits indépendants qui livrent des repas à domicile, sous la subordination des plateformes numériques, sont oubliés.

Le code du travail peut être complété par des dispositions conventionnelles, de branche et d’entreprise, portant sur la prévention de l’exposition aux « températures extrêmes ».

Par ailleurs, des dispositions seraient à abroger comme le décret permettant de supprimer le repos hebdomadaire pendant les périodes de vendanges, les températures pouvant alors être élevées et la durée hebdomadaire du travail portée à 60 heures.

Seuil de 28 °C, 30 °C et 33 °C

Des textes réglementaires demeurent à préciser pour devenir opérationnels et assurer la protection effective des travailleurs. En voici quelques illustrations.

Dans les locaux fermés où les travailleurs sont appelés à séjourner, l’air est renouvelé de façon à « éviter les élévations exagérées de température ». Aucune indication précise n’y figure.




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Travailler en cas de forte chaleur, que dit le droit ?


Et encore, dans le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP), « il est interdit d’affecter les jeunes aux travaux les exposant à une température extrême susceptible de nuire à la santé ». À quel niveau se situe cette « température extrême » ?

Pour l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), la chaleur peut constituer un risque professionnel ayant de graves effets sur la santé, augmentant les risques d’accidents du travail. Les seuils sont de 30 °C pour une activité sédentaire et de 28 °C pour un travail nécessitant une activité physique. Le travail au-dessus de 33 °C présente des dangers pour la santé des travailleurs.

La CNAMTS préconise l’évacuation des locaux au-delà de 34 °C, en cas d’« arrêt prolongé des installations de conditionnement d’air dans les immeubles à usage de bureaux ».

En cas de température « élevée », au regard notamment des recommandations de l’INRS, et de carence de l’entreprise en matière de prévention, plusieurs droits peuvent être mobilisés pour protéger la santé des travailleurs.

Droit d’alerte des élus du CSE

Tout représentant des travailleurs au CSE peut déclencher un droit d’alerte pour « danger grave et imminent ». L’employeur doit procéder immédiatement à une enquête avec l’élu du CSE et prendre les mesures nécessaires pour permettre aux travailleurs « d’arrêter leur activité et de se mettre en sécurité en quittant immédiatement le lieu de travail. »

En cas de divergence sur la réalité du danger ou la façon de le faire cesser, le CSE est réuni d’urgence, dans un délai n’excédant pas 24 heures. À défaut d’accord entre l’employeur et la majorité du CSE sur les mesures à prendre, l’inspection du travail est saisie immédiatement par l’employeur.

Actions du médecin du travail, de l’inspection du travail et de préfets

Lorsque le médecin du travail constate la présence d’un risque comme une température élevée pour la santé de travailleurs, « il propose par un écrit motivé et circonstancié des mesures visant à la préserver ». « L’employeur prend en considération ces propositions et, en cas de refus, fait connaître par écrit les motifs qui s’opposent à ce qu’il y soit donné suite ».

L’inspecteur du travail lorsqu’il « constate un risque sérieux d’atteinte à l’intégrité physique d’un travailleur » résultant de l’inobservation de certaines dispositions du code du travail peut saisir le juge judiciaire statuant en référé pour voir « ordonner toutes mesures propres à faire cesser le risque » telles que la fermeture temporaire d’un atelier ou chantier.

Sur le rapport de l’inspection du travail constatant une situation dangereuse, le directeur régional du travail peut mettre en demeure l’employeur de prendre « des mesures ou actions de prévention du risque professionnel lié à l’exposition aux épisodes de chaleur intense ». Cette procédure qui prévoit un délai de mise en conformité de 8 jours n’a pas d’effet immédiat sur la situation des travailleurs concernés.

Lors de la canicule en juin, des arrêtés préfectoraux ont décidé de suspendre les activités de chantier dans le secteur du BTP, réalisées en extérieur, entre 12 heures et 20 heures ou entre 13 heures et 22 heures, pendant toute période de vigilance rouge. Ces arrêtés sont fort pertinents et révèlent les insuffisances de la législation.

Il serait en particulier nécessaire d’étendre le pouvoir d’arrêt temporaire de travaux des Inspecteurs du travail, déjà prévu dans différentes situations (chute de hauteur, etc.), au risque causé par les températures élevées.

Droit de retrait et droit à réparation

Le salarié peut de sa propre initiative se retirer de « toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ».

Il peut le faire en fonction de son appréciation subjective du danger lié à la chaleur, selon ses paramètres personnels (état de santé, sexe, âge, etc.), au regard des mesures préventives prises ou non par l’entreprise, des horaires de travail, etc. Le salarié continue alors de percevoir sa rémunération et ne peut être ni sanctionné ni licencié.

En cas de dégradation de la santé causée par l’exposition à de fortes chaleurs, dans tout contentieux, civil, social ou pénal, le Document unique d’évaluation des risques professionnels, conservé par l’employeur pendant 40 ans, sera examiné. Les carences de l’employeur en matière d’évaluation et de prévention pourront donner lieu à réparation indemnitaire pour les salariés, notamment par le biais de la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, et à sanction pour l’entreprise défaillante (le défaut de tenue ou de mise à jour est sanctionné par une amende administrative ou pénale.

The Conversation

Michel Miné est membre du Réseau académique de la Charte sociale européenne (RACSE).

ref. Canicule : quelles protections le droit offre-t-il aux travailleurs ? – https://theconversation.com/canicule-quelles-protections-le-droit-offre-t-il-aux-travailleurs-287609

Qu’arrive-t-il à votre sang lorsque vous êtes stressé ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Lewis Fall, Senior Lecturer in Human Physiology, University of South Wales

Le stress a aussi des effets sur de sang, et ils surviennent rapidement. PeopleImages/Shutterstock

L’ESSENTIEL
  Le stress psychologique aigu augmente la production de radicaux libres ;
  Ces molécules déclenchent une cascade de modifications qui vont influer sur la coagulation sanguine ;
  Ces travaux préliminaires pourraient ouvrir de nouvelles pistes pour diminuer le risque cardiovasculaire.
  


« C’est dans la tête. »

Nous avons tous déjà entendu cette phrase.

Lorsque les échéances professionnelles s’accumulent, que les soucis financiers persistent ou qu’une prise de parole en public imprévue se profile, nous avons tendance à considérer l’anxiété sous un angle purement psychologique – une épreuve que l’on surmonterait à force de volonté.

Mais notre organisme ne sépare pas le psychologique du physique. Le cerveau n’est pas une île, et l’anxiété ne reste pas confinée entre nos deux oreilles. Elle déclenche une cascade de modifications biochimiques rapides, qui se propagent dans la circulation sanguine et affectent l’organisme de manière mesurable.

Mes collègues et moi-même avons, dans une nouvelle étude, capturé en temps réel ce lien entre le corps et l’esprit en temps réel. En soumettant des volontaires en bonne santé à un test de stress mental aigu en laboratoire, nous avons découvert que ce dernier agit comme un véritable catalyseur, au sens chimique du terme. En quelques minutes, il augmente la production de molécules hautement réactives appelées radicaux libres. Ces molécules modifient à leur tour la manière dont se forment les caillots sanguins.

Pour le dire autrement : le stress psychologique peut physiquement agir sur le sang, le remodelant et le rendant plus susceptible de coaguler.

Les scientifiques savent depuis des décennies que le stress chronique est néfaste pour le cœur. De vastes études de population ont, à de nombreuses reprises, identifié le stress émotionnel comme étant un facteur de risque de maladie cardiovasculaire. En revanche, la manière précise dont une émotion pouvait mener à des modifications biologiques susceptibles d’accroître le risque cardiovasculaire demeurait moins claire.

Des perturbations de l’hémostase

Lorsque nous subissons un stress psychologique, l’équilibre délicat de l’hémostase – le système qui maintient la fluidité du sang tout en le préparant à prévenir les saignements en cas de besoin – se trouve perturbé. Le sang évolue alors vers ce que les scientifiques appellent un état d’hypercoagulabilité, autrement dit une propension accrue à coaguler.

Au sein de la communauté scientifique, le mécanisme à l’origine de ce phénomène demeurait sujet à débat.

Selon certains chercheurs, l’activation du système immunitaire par le stress provoquerait une inflammation généralisée. Pour d’autres, tenants de l’hypothèse de l’hémoconcentration, le stress concentrerait le sang à mesure que la tension artérielle augmente.

Avec mes collègues, nous soupçonnions qu’il pouvait exister une autre explication : le véritable instigateur de ces changements serait le stress oxydant, que l’on peut voir comme une « explosion » de radicaux libres. Déclenchée par la réponse fondamentale de l’organisme au stress, celle-ci agirait comme un interrupteur capable de modifier directement, en amont, les propriétés structurelles du sang.

Mettre le stress à l’épreuve

Pour tester cette hypothèse, nous avons mené une étude croisée randomisée et contrôlée auprès de huit jeunes hommes en bonne santé, âgés de 18 à 30 ans.

Cet échantillon peut sembler étonnamment restreint, mais les expériences qui examinent les modifications biologiques chez des sujets humains, dans des conditions de laboratoire rigoureusement contrôlées, sont complexes, chronophages et coûteuses. Plutôt que de rechercher des tendances généralisables à l’échelle d’une population, ce type d’étude vise avant tout à mettre au jour les mécanismes sous-jacents à l’œuvre dans l’organisme.

Chaque participant s’est rendu deux fois dans notre laboratoire, à une semaine d’intervalle. Lors d’une de ces deux visites, il restait au repos, tranquillement assis. Lors de l’autre, il se soumettait au test de stress social de Trèves, la référence, dans le domaine de la recherche, en matière d’induction d’un stress psychologique aigu. L’ordre des deux visites était entièrement aléatoire.

Ce test, qui reproduit les pressions sociales du quotidien, est délibérément inconfortable. Les participants disposaient de cinq minutes pour préparer un discours avant de le prononcer devant une caméra et un jury au visage impassible. Juste avant qu’ils ne commencent à parler, leurs notes leur étaient retirées.

Immédiatement après cette épreuve, on leur demandait de réaliser un exercice de calcul mental, en comptant à rebours à partir de 2003 par intervalles de 17. À la moindre erreur, ils devaient recommencer depuis le début.

Nous avons prélevé des échantillons sanguins immédiatement avant et après chacune des deux séances. Pour mesurer les radicaux libres, nous avons eu recours à une technique très sensible, la spectroscopie de résonance paramagnétique électronique. Nous avons également analysé la structure des caillots sanguins au moment de leur formation, ce qui nous a permis d’observer l’effet du stress sur le sang à l’échelle microscopique.

Photo d’un homme à l’air stressé.
Le cerveau n’est pas une île, et l’anxiété ne reste pas confinée entre nos deux oreilles.
PeopleImages/Shutterstock

Des modifications biologiques conséquentes

Les résultats que nous avons obtenus se sont révélés frappants. Lors de la séance de repos, la chimie sanguine des participants est restée stable. Après le test de stress, en revanche, deux phénomènes se sont produits simultanément : le taux de radicaux libres a augmenté et la structure des caillots sanguins s’est trouvée entièrement transformée.

Nous avons observé une hausse du radical libre ascorbate, le marqueur du stress oxydant que nous avions choisi. Celle-ci indique que le stress émotionnel accroît rapidement le stress oxydant dans l’organisme. Dans le même temps, les caillots en formation sont devenus plus volumineux, plus denses et la fibrine – les fibres protéiques qui confèrent au caillot son armature – y était plus étroitement compactée. Nous avons également relevé des indices montrant que le stress activait une composante du système de coagulation appelée voie intrinsèque.

Autre point tout aussi important à souligner : nous n’avons trouvé aucune preuve que le stress modifiait la viscosité ou la densité du sang. Ce résultat remet en question l’idée selon laquelle le stress agirait principalement en concentrant le sang.

Nos observations suggèrent au contraire que le stress modifie la qualité et l’architecture même du caillot. Elles apportent de nouveaux éléments montrant que même de brèves périodes de stress psychologique peuvent déclencher des modifications biologiques rapides associées à un potentiel de coagulation accru.

D’autres recherches seront nécessaires

Si nos travaux fournissent des indices importants sur la manière dont le stress psychologique affecte l’organisme, leurs résultats doivent être interprétés avec la prudence qui s’impose. Ils ne signifient pas que les personnes qui vivent une présentation professionnelle stressante ou une journée de travail difficile seront immédiatement victimes d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral. Les maladies cardiovasculaires surviennent dans des contextes bien plus complexes que cela.

En outre, cette étude n’ayant porté que sur huit jeunes hommes en bonne santé, pour déterminer la portée de ces résultats, d’autres travaux devront être menés sur des cohortes plus vastes, incluant des femmes, des personnes âgées et des personnes atteintes de maladies cardiovasculaires.

Ces découvertes pourraient néanmoins ouvrir de nouvelles pistes pour réduire le risque cardiovasculaire. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les aspects psychologiques du stress, de futures recherches pourraient tenter de cibler les voies biochimiques sous-jacentes, afin de déterminer si cela permettrait de protéger le système cardiovasculaire de certains effets physiques.

The Conversation

Lewis Fall ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Qu’arrive-t-il à votre sang lorsque vous êtes stressé ? – https://theconversation.com/quarrive-t-il-a-votre-sang-lorsque-vous-etes-stresse-286281

Covid long : et si ce n’était pas une seule maladie, mais plusieurs ?

Source: The Conversation – in French – By David Smadja, Professeur des Universités – Praticien hospitalier, Hopital Europeen Georges Pompidou, Université Paris Cité

L’ESSENTIEL
  Les causes du Covid long, un syndrome post-infectieux qui affecte des millions de personnes dans le monde, demeurent mal comprises ;
  Des travaux récents suggèrent que deux mécanismes pourraient participer au Covid long : une anomalie dans la formation de nouveaux vaisseaux sanguins et une inflammation de leur paroi interne ;
  Cibler une molécule intervenant dans la formation des vaisseaux sanguins pourrait améliorer certains symptômes du Covid long. Un essai clinique baptisé BASECOVID est en cours de lancement pour tester cette hypothèse.
  


Le syndrome post-Covid-19, communément désigné sous l’expression « Covid long », est désormais officiellement reconnu comme une complication chronique de l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2. Il est susceptible de survenir après des formes initiales de la maladie de gravité variable, y compris chez des patients ayant présenté une infection aiguë peu sévère.

Sa prévalence exacte du Covid long demeure difficile à établir, en raison de l’hétérogénéité des définitions utilisées, des populations étudiées et de l’évolution des variants viraux.

On estime cependant qu’à l’heure actuelle, plusieurs millions de personnes dans le monde présentent des symptômes persistants ayant un impact significatif sur leur qualité de vie, leur activité professionnelle et leur autonomie.

Pour mieux prendre en charge ces patients, médecins et scientifiques travaillent à élucider les causes du Covid long. Parmi les hypothèses formulées à l’heure actuelle, l’hypothèse vasculaire figure en bonne place pour expliquer certains symptômes. Explications.

Qu’est-ce que le Covid long ?

Selon la définition proposée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce syndrome correspond à la persistance, à la récidive ou à l’apparition de symptômes, généralement trois mois après l’infection initiale, durant au moins deux mois, sans qu’un autre diagnostic puisse expliquer le tableau clinique.

L’expression clinique du Covid long est particulièrement polymorphe. Plus de deux cents manifestations ont été décrites, ce qui suggère que l’atteinte touche potentiellement de multiples organes (on parle d’atteinte « multisystémique »).

Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont : une fatigue profonde, une intolérance à l’effort, une dyspnée, des douleurs thoraciques, des palpitations, des troubles neurocognitifs (« brain fog », ou « brouillard cérébral », en français), des dysfonctionnements du système nerveux autonome (le système nerveux qui contrôle les fonctions involontaires du corps, comme la respiration, la digestion…), des douleurs musculaires (myalgies), des douleurs articulaires (arthralgies), des troubles du sommeil, des symptômes digestifs ainsi que des manifestations anxiodépressives.

À ce jour, aucun traitement spécifique n’a démontré une efficacité suffisante pour modifier l’évolution du syndrome. La prise en charge repose principalement sur une approche multidisciplinaire individualisée associant évaluation clinique globale, traitement symptomatique, rééducation adaptée, accompagnement psychologique et coordination des différents professionnels de santé.

Les recommandations internationales insistent sur la nécessité d’un suivi précoce et personnalisé afin de limiter les conséquences fonctionnelles, sociales et professionnelles de cette affection devenue un enjeu majeur de santé publique.

Des causes encore à élucider

Les études épidémiologiques ont identifié plusieurs facteurs associés à un risque accru de développer un Covid long. Parmi ceux-ci on peut notamment citer le fait d’être de sexe féminin, l’âge avancé, l’obésité, le tabagisme, la préexistence de comorbidités (hypertension artérielle, dyslipidémies – anomalies du cholestérol et des triglycérides –, maladies cardiovasculaires ou diabète de type 2), ainsi que la sévérité de l’épisode infectieux initial.

Sur ce dernier point, il faut cependant souligner que le Covid long peut également toucher des sujets jeunes et auparavant en bonne santé.

Les mécanismes responsables du Covid long demeurent incomplètement élucidés, notamment parce que cette affection est probablement multifactorielle.

Pour mieux les cerner, plusieurs hypothèses non exclusives sont actuellement explorées. Parmi celles-ci, on peut citer la persistance, dans le corps des patients, du virus lui-même ou d’antigènes (les antigènes sont des fragments de molécules capables de déclencher une réponse immunitaire – en l’occurrence des fragments de molécules virales), ou encore une dérégulation chronique du système immunitaire.

Au sein de notre équipe, nous avons choisi d’explorer l’hypothèse d’une dysfonction persistante des vaisseaux sanguins, dans la continuité de nos travaux menés pendant la phase aiguë de la Covid-19. À cette époque, nous avions démontré que l’infection par le SARS-CoV-2 provoquait des altérations des vaisseaux sanguins (altérations que nous avions caractérisées de manière approfondie).

Deux mécanismes impliquant les vaisseaux sanguins

Nos précédents travaux ont mené à l’identification de deux mécanismes distincts de dysfonctionnements vasculaires susceptibles de contribuer à la sévérité de la phase aiguë du Covid-19.

Le premier de ces mécanismes correspond à une « activation » de l’endothélium vasculaire, la couche de cellules qui tapisse l’intérieur de tous les vaisseaux sanguins. En d’autres termes, ces cellules passent d’un état quiescent (« au repos »), antithrombotique et anti-inflammatoire, à un état pro-inflammatoire et procoagulant. On parle alors d’« endothéliopathie inflammatoire ».

Ce dysfonctionnement endothélial, qui favorise l’inflammation, pourrait participer à l’obstruction de la microcirculation pulmonaire, à la formation de microthromboses (autrement dit, de micro-caillots) et, plus largement, aux complications thromboemboliques (formation de caillots pouvant bloquer les vaisseaux) observées chez les patients atteints de formes sévères de Covid-19.

Nous avons également démontré que l’administration de corticostéroïdes – le traitement de référence des formes sévères de Covid-19 (celles qui nécessitent une oxygénothérapie) – atténue significativement les marqueurs de cette activation endothéliale, ainsi que l’état procoagulant des cellules qui tapissent les vaisseaux sanguins.

Le second mécanisme susceptible de contribuer à la sévérité de la phase aiguë du Covid-19 que nous avons identifié correspond à une formation de nouveaux vaisseaux sanguins (aussi appelée « angiogenèse ») pathologique. Au niveau pulmonaire, cela se traduit par la formation de réseaux de vaisseaux anormaux. Cette réponse vasculaire s’accompagne d’une augmentation, dans le sang, de la concentration de plusieurs messagers chimiques qui favorisent la prolifération et le remodelage vasculaires.

Mais quel est le rapport entre ces observations, qui concernent les formes aiguës de la maladie, et le Covid long ?

Forts de ces résultats, nous avons cherché à déterminer si ces deux signatures vasculaires persistaient au-delà de la phase aiguë, en étudiant la situation des premiers patients atteints de Covid long pris en charge à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP).

Des problèmes vasculaires chez les patients Covid long

Dans un premier temps, nous avons cherché à déterminer si les molécules témoignant de l’endothéliopathie inflammatoire et de l’angiogenèse pathologique (on parle de « biomarqueurs » de ces deux affections) persistaient dans le sang des patients atteints de Covid long.

La réponse s’étant avérée positive, nous avons, dans un second temps, cherché à déterminer la contribution potentielle de ces deux dysfonctionnements aux symptômes prolongés subis par les patients.

Les résultats de ces premiers travaux, publiés en 2023, ont mis en évidence une corrélation entre les biomarqueurs circulants de l’angiogenèse et la sévérité des anomalies de la fonction pulmonaire chez des patients présentant un Covid long.

À notre connaissance, il s’agit de la première étude ayant évalué de manière exhaustive les biomarqueurs de la dysfonction endothéliale, tout en les confrontant à des explorations de la fonction respiratoire, dans le contexte des séquelles post-aiguës de l’infection par le SARS-CoV-2.

Nos résultats suggèrent qu’une activation prolongée des voies proangiogéniques pourrait contribuer à la persistance des séquelles respiratoires observées après l’infection par le SARS-CoV-2.

Parmi les biomarqueurs analysés, une protéine appelée facteur de croissance de l’endothélium vasculaire A (VEGF-A) s’est avérée être le meilleur prédicteur d’une diminution de la capacité de diffusion pulmonaire du monoxyde de carbone, ainsi que de la présence d’anomalies au scanner thoracique.

Ces observations nous ont conduits à formuler l’hypothèse qu’une inhibition ciblée de la voie du VEGF-A pourrait représenter une stratégie thérapeutique innovante pour améliorer les symptômes respiratoires du Covid long.

Cette hypothèse a conduit au développement de l’essai clinique BASECOVID, en cours d’inclusion à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP).

Son objectif est d’évaluer l’efficacité et la tolérance d’une approche thérapeutique ciblant le VEGF-A.

La fatigue chronique, résultat d’une souffrance vasculaire persistante ?

Dans un second travail, publié en 2025, nous avons montré que les cellules endothéliales circulantes étaient significativement plus élevées dans le sang de patients atteints de Covid long présentant une fatigue chronique.

Les cellules endothéliales circulantes sont des biomarqueurs reconnus de l’atteinte de la paroi interne des vaisseaux sanguins. Il s’agit de cellules qui se détachent de la paroi des vaisseaux sanguins, en réponse à une agression ou à une dysfonction vasculaire. Leur augmentation traduit ainsi une souffrance persistante de l’endothélium vasculaire.

La fatigue chronique, plus qu’une simple fatigue
  Cliniquement, la fatigue chronique observée dans le Covid long dépasse largement la simple sensation de fatigue. Il s’agit d’un épuisement physique et mental persistant, souvent aggravé après un effort, même minime (on parle de « malaise post-effort »), qui limite fortement les activités quotidiennes et n’est pas amélioré par le repos.

Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la physiopathologie du Covid long. Ils suggèrent que certains symptômes, en particulier la fatigue chronique, pourraient être associés à une forme spécifique de dysfonction vasculaire. Celle-ci serait distincte des mécanismes angiogéniques que nous avions précédemment identifiés.

Pas « un » Covid long, mais « des » Covids longs ?

Pris ensemble, ces travaux renforcent l’idée que le Covid long ne constitue pas une entité homogène. Ce syndrome regroupe probablement plusieurs phénotypes biologiques et cliniques reposant sur des mécanismes vasculaires différents.

En d’autres termes, il n’existerait donc vraisemblablement pas « un » Covid long, mais « des » Covids longs, chacune pouvant relever de processus spécifiques, et en particulier de maladies vasculaires différentes.

Les raisons expliquant cette diversité sont encore mal comprises. Il est probable que plusieurs facteurs interviennent simultanément : des prédispositions génétiques individuelles, l’âge, le sexe, les comorbidités cardiovasculaires ou métaboliques, le statut immunitaire, la sévérité de l’infection initiale, ou encore des facteurs environnementaux et liés au mode de vie.

Il est également possible que, selon les patients considérés, différents mécanismes biologiques prédominent (persistance virale, dérégulation immunitaire, dysfonction vasculaire ou neurologique), expliquant ainsi l’existence de plusieurs phénotypes de Covid long.

Des implications qui s’étendent au-delà du Covid

On sait que certaines personnes développent aussi des syndromes post-infectieux dans le contexte d’autres infections virales, notamment celles dues au virus d’Epstein-Barr (responsable de la mononucléose infectieuse), à certains virus grippaux, au virus Ebola, au SARS-CoV-1 (responsable du syndrome respiratoire aigu sévère) ou encore au virus de la dengue.

Plusieurs de ces syndromes partageant des symptômes similaires (fatigue chronique, intolérance à l’effort ou troubles cognitifs), il serait intéressant, dans les années à venir, de déterminer si l’une ou l’autre des altérations endothéliales pourraient constituer un mécanisme commun à plusieurs de ces syndromes post-viraux.

En attendant d’en savoir plus, dans le contexte du Covid long, nos découvertes ouvrent la voie à une médecine plus personnalisée, fondée sur l’identification de biomarqueurs permettant de mieux caractériser les patients, de comprendre l’origine de leurs symptômes et, à terme, de proposer des traitements ciblés adaptés à chaque profil biologique.

The Conversation

David Smadja est Responsable de la commission santé du Think Tank Le laboratoire de la République. L’équipe de recherche dirigée par le Professeur David Smadja a reçu des financements de l’ANR, de l’ANRS MIE, de la fondation air liquide et du consortium EU-Response pour travailler sur les thématiques de COVID-19 et de COVID Long.

ref. Covid long : et si ce n’était pas une seule maladie, mais plusieurs ? – https://theconversation.com/covid-long-et-si-ce-netait-pas-une-seule-maladie-mais-plusieurs-213578

La selección: Mundial 2026, entre el espectáculo teledirigido y el juego libertario

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jordi Sánchez Navas, Editor. Delegación México, The Conversation

azrin_aziri/Shutterstock

Ayer se jugó en el área metropolitana de Nueva York la final del Mundial 2026, que dio el título a España. Puedo adjetivar esta presentación hasta la hipérbole épica, pero el globo tendrá poco recorrido. Lleva inflado desde el 11 de junio por los atentos cronistas de la actualidad mundialista. Una cobertura que convierte cada pieza informativa en espita de gas emocional.

En la edición en español de The Conversation no tenemos sección de deportes, pero ni el fútbol ni su gran cita global nos resultan ajenos. Sencillamente, pensamos que ya hay demasiados canales que ofrecen el mismo menú. Por eso optamos por lo que más nos gusta: conectar el conocimiento experto con la vida de la gente. Y lo que se vive en la víspera de esta final histórica es un torrente de pasión, pero también la culminación de un evento magno y poliédrico, cuyas luces y sombras atraviesan el prisma de la realidad actual.

Conceptos como identidad, diversidad, migración, geopolítica, greenwashing, justicia, tecnología, lingüística cognitiva, matemáticas y geometría, neuropsicología, sociología, viralidad y sharenting ruedan en nuestro portal al ritmo del balón.

En tiempos de economía de la atención, el Mundial se ha convertido en el mejor vehículo para las marcas que quieren formar parte de la conversación. También es pasto de influencers sin escrúpulos, que hacen del “reto del beso” un ejercicio de cosificación y exponen a la persona como sujeto consumible.

El mismo esférico que vivió sus mejores momentos cuando inspiró la gran fiesta popular comunitaria sucumbe hoy a la lógica del negocio digital.

El Mundial 2026 representa para nuestros expertos un “punto de inflexión en la sociología del deporte”. Estadios pagados con dinero público se pueblan de creadores de contenido, élites corporativas y afortunados que pueden adquirir entradas convertidas en artículos de lujo. Las pantallas gigantes de las fan zones atraen las mareas humanas que antes poblaban las gradas. ¿Para quién es el torneo? Eterna pregunta que flota en el aire.

Un aire cada vez más contaminado, por mucho que la FIFA se empeñe en escenificar la ecoimpostura de su Estrategia de Acción Climática. Cosmética ambiental desmentida por la lógica amplificada del espectáculo global, que ha pasado de 32 a 48 selecciones y de 64 a 104 partidos repartidos en tres países sedes. Si tenemos en cuenta que el transporte representa el 85 % de la huella de carbono que genera el certamen, las ambiciosas metas para alcanzar la neutralidad climática encajan una goleada.

Tampoco goza de gran credibilidad el videoarbitraje (VAR), que llegó hace unos años como garante de la justicia deportiva envuelto en el halo salvador de la tecnología. Durante el torneo se ha revelado tan intervencionista como inconsistente. Una herramienta sujeta a la discrecionalidad interpretativa.

La sospecha sobre una posible experiencia de la competición trazada desde el VAR se quedó corta cuando el flamante premio FIFA Paz, Donald Trump, agarró el teléfono para pedirle a su amigo Gianni Infantino que le quitara la tarjeta roja al delantero de la selección estadounidense Folarin Balogun. Dicho y hecho. Sucede que, desde la perspectiva del derecho deportivo, la decisión sí se atenía a la normativa, como explica otro de nuestros autores.

A la sonrojante injerencia política se suman las controversias por la denegación de visa de entrada a EE. UU. de un árbrito somalí, considerado el mejor de África, las discriminaciones sufridas por el seleccionado iraní o el travel ban a los aficionados haitianos. Todo ello ha hecho que las cuestiones sociales y políticas hayan subido al marcador de la opinión pública como nunca antes.

Esta deriva incluye debates sobre migración e identidad nacional, salpimentados por el expresidente español Mariano Rajoy, quien sentenció a una Francia “sin franceses”. Si las naciones son comunidades imaginadas, la que Rajoy tiene en mente supura racismo y etnocentrismo.

Frente a estas visiones sobre pertenencia y representación, un investigador recuerda en The Conversation Europe la frase de Mandela: “El deporte tiene el poder de unir a las personas como pocas otras cosas lo hacen”. La declaración tiene especial vigencia en un contexto donde muchos jugadores representan a países en los que no han nacido.

En cuanto a Francia, la mayoría de los jugadores mundialistas nacidos en este país militan en otras selecciones. Esto refleja el vigor de las identidades múltiples en el fútbol moderno y en la sociedad.

Esta realidad saltará mañana al césped gracias a la diversidad del combinado español. Frente a él, una Argentina envuelta en la fuerza simbólica de los mitos clásicos. Y es que la competencia se juega también en el terreno de la metáfora. Allí, el mejor “arquitecto” del juego, Lionel Messi, se mide al fabricante de “túneles”, Lamine Yamal. Este último, ejemplo vivo de cómo el futbolista se forja en la calle pero termina de aprender y autorregular en el entrenamiento estructurado.

No es solo vocabulario. Es un filtro cognitivo que determina la respuesta emocional y modula el arco de la pasión futbolística. El eje que va del nacionalismo tribal a la sinfonía coral. Una partitura donde la réplica del adversario representa la nota necesaria para ejecutar esa esperada obra total. Ojalá mañana la vivamos y el público vibre con la magia de este juego libertario, sin renunciar al entendimiento y la conciencia crítica.

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ref. La selección: Mundial 2026, entre el espectáculo teledirigido y el juego libertario – https://theconversation.com/la-seleccion-mundial-2026-entre-el-espectaculo-teledirigido-y-el-juego-libertario-287754

Quel consentement autochtone ? Ce que nous apprend un exemple venu d’ailleurs

Source: The Conversation – in French – By Margaux Maurel, Doctorante en affaires internationales spécialisée sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux des projets d’infrastructure et d’énergie dans les pays du Sud Global et l’activisme transnational. Chercheuse affiliée au CERIUM, HEC Montréal

La question de l’adhésion ou du rejet de projets d’énergie ou d’infrastructure par les communautés autochtones fait de plus en plus la manchette, au Québec comme ailleurs. L’étude d’un cas aux Philippines fait ressortir les réalités complexes qui se jouent sur le terrain, au-delà d’une opposition binaire.


Le Canada, comme bien d’autres pays, a une histoire houleuse avec les communautés autochtones qui peuplent son territoire. Au Québec, les grands barrages et autres projets énergétiques sont souvent au cœur des conflits. Récemment, la communauté innue de Pessamit, sur la Côte-Nord, a rejeté un accord négocié entre son Conseil de bande et Hydro-Québec.

Différentes communautés autochtones résistent aussi à des projets des industries minières, pétrolière et gazière à travers le pays.

Elles s’opposent à l’exploitation de leurs terres et mettent en lumière le non-respect des obligations de consulter du gouvernement et des compagnies, ainsi que leur tendance à négocier bilatéralement avec chaque communauté plutôt que collectivement.

Cependant, certaines communautés consentent à certains projets sur leurs territoires ancestraux, pourtant au cœur de leur identité culturelle, de leur souveraineté territoriale et de leurs moyens de subsistance. Comprendre pourquoi peut venir éclairer nos débats actuels.

En tant que doctorante en affaires internationales à HEC Montréal et chercheuse affiliée au CÉRIUM, mes travaux portent sur les résistances plurielles à l’extractivisme minier dans le cadre de la transition énergétique mondiale. Avec Dominique Caouette, titulaire de la Chaire d’études asiatiques et Indo-Pacifiques, et Dalia Aktouf, titulaire d’une maitrise en sciences politiques de l’Université de Montréal, nous nous sommes intéressés au cas de la province d’Agusan del Norte, aux Philippines.

Notre étude, destinée à être publiée dans un numéro spécial sur les cosmopolitiques autochtones, que prépare la revue Les Cahiers du CIERA (Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones) révèle des dynamiques plus complexes que ce qui est souvent perçu.

Tensions internes et dynamiques de pouvoir

Dans le nord de l’île de Mindanao, un territoire ancestral appartenant à cinq clans autochtones a été exploité par la compagnie Agata Mining Ventures Inc pour un projet de mine de nickel. Notre cochercheuse Dalia Aktouf y a mené 40 entretiens pendant plusieurs mois avec les différents clans Mamanwa et Mamanwa-Manobo.

Cette étude nous amène à reconnaître la complexité de l’agentivité politique des communautés autochtones. Elles ne constituent pas des groupes homogènes et adoptent des stratégies diverses et complexes face à l’extraction minière. Ainsi, leurs positions face aux projets miniers sont marquées par des tensions internes, des dynamiques de pouvoir, des compromis et des formes d’engagement ambivalent.




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Avec la colonisation espagnole au XVIe siècle, les peuples autochtones ont connu une importante dépossession territoriale, ainsi qu’une marginalisation politique et économique. Au cours du XXe siècle, ils ont obtenu progressivement une reconnaissance juridique de l’État. La Loi sur les droits des peuples autochtones (IPRA) de 1997 en constitue la pierre angulaire. L’IPRA les reconnaît comme premiers habitants de l’archipel et leur offre la possibilité d’obtenir des droits fonciers grâce aux certificats de titre de domaine ancestral.

Bien que l’IPRA reconnaisse ces droits, elle perpétue cependant des formes de contrôle étatique. En effet, elle insère ces territoires dans son modèle de développement capitaliste et extractif régi par la loi minière philippine de 1995. De plus, cela s’accompagne simultanément d’une intégration dans des structures de gouvernance étatique qui limitent l’autonomie de ces communautés.

Abandon et mépris institutionnel

Cette marginalisation historique, politique et économique des communautés autochtones aux Philippines explique en partie pourquoi des formes alternatives de reconnaissance, telles que celles offertes par les compagnies minières, peuvent être valorisées par ces communautés.

Les récits des clans révèlent une expérience historiquement marquée par l’insécurité territoriale, la dépossession et des violences symboliques et matérielles. Cette marginalisation façonne les perceptions que les communautés autochtones ont d’elles-mêmes et des acteurs extérieurs, telles les autorités gouvernementales et les entreprises minières. Lors des entretiens, les communautés décrivent un sentiment d’abandon et de mépris institutionnel.

Le territoire ancestral se révèle être pour ces communautés un enjeu existentiel, bien au-delà des catégories juridiques. Un chef de clan interrogé dans le cadre de notre étude déclare : « Cette terre est notre hôpital, car c’est là que nous pouvons trouver des plantes médicinales. C’est aussi un marché, car c’est là que nous pouvons trouver de la nourriture ».

Ainsi, la non-reconnaissance par l’État des territoires ancestraux ne constitue pas seulement une injustice juridique ou économique. Il s’agit d’une négation de l’existence sociale, culturelle et politique de ces communautés.

Cette marginalisation historique des peuples autochtones, à la fois symbolique, politique et territoriale, façonne une quête de reconnaissance profondément ancrée. Elle vise la dignité, la visibilité et ainsi que la légitimité politique.

Une reconnaissance sélective et conditionnelle

Dans ce contexte, le secteur minier apparaît paradoxalement comme l’un des rares espaces où l’identité autochtone et les droits territoriaux font l’objet d’une reconnaissance institutionnelle. Les compagnies minières ont l’obligation de mener un processus de consentement préalable, libre et éclairé. Cependant, cette reconnaissance politique reste limitée et asymétrique. Elle ouvre des espaces de participation sans remettre en cause les structures de pouvoir existantes. En revanche, elle produit un sentiment de reconnaissance dans un contexte d’invisibilisation historique.

De plus, la reconnaissance du domaine ancestral apparaît non pas en opposition à l’extraction minière, mais en articulation avec celle-ci. À Agusan del Norte, la reconnaissance légale du domaine ancestral s’est opérée simultanément au développement des activités minières. Les processus d’évaluation d’impact environnemental et social participent également à une forme de coproduction du territoire.

Un des leaders interrogés pour notre étude explique que ces évaluations ont impliqué des consultations dans chaque clan, permettant d’intégrer des éléments de connaissance locale dans les accords formels signés avec la compagnie et les autorités. Plusieurs membres associent directement l’arrivée de la mine à un processus de reconnaissance territoriale et culturelle. Un pêcheur décrit : « Nos traditions étaient en train de mourir lentement, mais, lorsque l’exploitation minière est arrivée, elles ont commencé à renaître ».

La reconnaissance culturelle se manifeste aussi à travers la valorisation de l’identité autochtone, le soutien, notamment financier, à certaines pratiques et la prise en compte partielle des sites sacrés. Toutefois, elle reste sélective et conditionnelle, dépendante de sa compatibilité avec les opérations minières.

La reconnaissance économique constitue quant à elle une dimension centrale, dépassant la simple compensation monétaire pour opérer une transformation du statut social des communautés. Les redevances minières sont décrites par plusieurs comme ayant amélioré les conditions de vie.

Un consentement ambivalent

Les récits recueillis montrent cependant que cette reconnaissance est perçue comme partielle, conditionnelle et parfois instrumentalisée.

Ces tensions révèlent le caractère ambigu de la reconnaissance. Elle peut être perçue comme une source de réparation symbolique pour les communautés. Cependant, elle contribue également à la stabilisation et la légitimation de l’extraction minière sur les terres ancestrales.




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Malgré leur inclusion dans certains dispositifs liés au projet extractif, les communautés restent invisibilisées dans les récits nationaux de « réussite » minière. Cette reconnaissance apparaît donc comme sélective et définie selon des critères externes plutôt que par les communautés elles-mêmes.

Ainsi, le cas d’Agusan del Norte révèle la dynamique complexe que nous venons de décrire, qui se déploie en quatre temps : une marginalisation historique qui produit une quête de reconnaissance en dehors de l’État ; l’émergence des compagnies minières comme fournisseurs d’une reconnaissance que l’on peut qualifier d’« extractive » ; les limites et les contradictions de cette reconnaissance ; et enfin la production d’un consentement ambivalent.


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Le concept de « reconnaissance extractive » permet de dépasser les lectures binaires du consentement autochtone, au-delà de l’adhésion totale ou de la contrainte passive. Il vient éclairer des enjeux jusque chez nous au Canada, à l’heure du renouveau minier lié à la transition énergétique.

Dès lors, il s’agit de s’interroger sur des mécanismes de consultations réels qui prennent en compte les dynamiques de pouvoir au sein même des communautés autochtones. Il convient aussi de replacer le processus de consentement dans un contexte historique de dépossession et de marginalisation de la part de l’État, canadien ou québécois, envers les peuples autochtones.

La Conversation Canada

Dominique Caouette a reçu des financements du CRSH (Conseil de recherches en sciences humaines du Canada)

Margaux Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quel consentement autochtone ? Ce que nous apprend un exemple venu d’ailleurs – https://theconversation.com/quel-consentement-autochtone-ce-que-nous-apprend-un-exemple-venu-dailleurs-246208

¿Cuánto vale una estrella? Lo que la Copa del Mundo 2026 ganada por la Roja puede aportar a la economía española

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jorge Martín Magdalena, PhD in Economic and Business Sciences / Associate Lecturer in Universidad Pontificia Comillas-ICADE, Universidad Pontificia Comillas

Rodri levanta la Copa del Mundial de Fútbol tras derrotar a Argentina en la final. The White House

La euforia que este domingo ha inundado las calles españolas no es solo una cuestión de orgullo deportivo. Mientras los aficionados celebraban el gol de Ferran Torres que ha dado a España su segunda estrella, los economistas observamos un fenómeno que va más allá del césped: ganar la Copa del Mundo también mueve la economía. Aunque no de la forma en que suele imaginarse.

Ganar no es lo mismo que organizar

Cuando se habla del impacto económico del Mundial casi siempre se piensa en el país que lo organiza: estadios llenos, hoteles a rebosar, grandes obras. Sin embargo, los estudios llevan décadas enfriando ese entusiasmo. Las previsiones oficiales siempre prometen más de lo que llega: dan por hecho que cada euro gastado se convertirá en varios euros de ingresos… y eso casi nunca ocurre.

Las ciudades estadounidenses que acogieron el Mundial de 1994 esperaban ganar 4 000 millones de dólares y terminaron perdiendo hasta 9 300 millones. La aplaudida Alemania (2006) no logró reducir el paro en ninguna de sus doce sedes. En Sudáfrica (2010), cada turista extra que atrajo el torneo costó unos 13 000 dólares. Y Catar se gastó unos 220 000 millones de dólares (un año entero de su PIB ) en organizar, en 2022, el Mundial más caro de la historia.

Ganar es otra cosa

El campeón se lleva toda la visibilidad sin pagar la factura: hasta medio punto de PIB que viene de fuera. El estudio más completo hasta la fecha lo publicó en 2024 el economista Marco Mello.

Tras analizar datos trimestrales de la OCDE desde 1961, concluyó que el país que gana el Mundial crece, durante el medio año posterior a la final, casi medio punto más de lo que habría crecido sin el título (0,48 puntos porcentuales). Para España, eso equivale a unos 8 000 millones de euros. Eso sí, la alegría dura poco: hacia el tercer trimestre el crecimiento vuelve a su ritmo habitual.

Curiosamente, el impulso no procede de que los campeones consuman más, sino que viene de fuera: las exportaciones crecen entre cinco y seis puntos más rápido tras la victoria.

La clave es la visibilidad

Si la final de Catar 2022 fue vista por unos 1 500 millones de personas, esta de 2026 rozó los 2 200 millones. Ninguna campaña publicitaria puede comprar algo así: durante semanas, el nombre del país campeón, y sus productos y servicios, ocupan el escaparate del mundo.

¿No será simple efecto de tanta cobertura mediática? Mello lo comprobó comparando a los campeones con los subcampeones, que disfrutan de una exposición casi idéntica: solo los primeros reciben el impulso. El premio es ganar, no llegar a la final.

Del césped a la bolsa

El efecto llega incluso a los mercados. Tras el título de 2010, las acciones de las dos grandes empresas turísticas españolas, Iberia y Sol Meliá, subieron más de lo esperado durante más de tres semanas. Juan Luis Nicolau, autor de un estudio sobre el tema, lo atribuye al refuerzo de la marca España: la victoria hace que el país acuda antes a la mente del turista que planea sus vacaciones.

Aunque conviene no exagerar: análisis posteriores muestran que España fue el único campeón reciente en el que sus empresas turísticas reaccionaron al alza.

La fiebre del fútbol

Hay otro legado menos conocido y sorprendentemente duradero. En Francia, la asistencia a los estadios de la liga creció casi un 20 % el año siguiente al título de 1998 y acumulaba un 46 % tres años después.

España vivió algo parecido tras el Mundial femenino de 2023: las licencias de fútbol femenino aumentaron un 23 % en una sola temporada y hoy superan las 127 000, casi el doble que antes del título. La euforia colectiva se convierte en una afición estable y esa afición en industria.

Este título llega para España en un mejor momento económico que el de 2010, eclipsado por la crisis financiera. Hoy, con una economía que crece por encima de la media europea, el terreno es más fértil para ver mejoras en los ingresos.

Una advertencia de cara a 2030

Distinguir entre ganar y organizar importa porque España será anfitriona del Mundial de 2030. Aquí aparece una paradoja curiosa: organizar apenas renta económicamente, pero sí deportivamente. Jugar en el propio continente mejora la clasificación final en unas tres posiciones y eleva en 12 puntos la probabilidad de llegar a cuartos, y ser anfitrión aumenta la probabilidad de ganar cada partido. Quizá el mejor negocio de 2030 no esté en los estadios ni en los turistas, sino en que la Roja repita título y vuelva a capturar el dividendo del campeón.




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La victoria del domingo es, en definitiva, una buena noticia económica para España: mayor PIB durante unos meses, empresas turísticas más valiosas y una afición que crece. Y todo, sin pagar estadios: solo jugando mejor que nadie.

La pregunta que queda abierta es si en 2030, cuando sí le toque pagar las infraestructuas, España sabrá recordar la lección de 2026: lo que de verdad renta no es organizar el Mundial, sino ganarlo.

The Conversation

Jorge Martín Magdalena no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Cuánto vale una estrella? Lo que la Copa del Mundo 2026 ganada por la Roja puede aportar a la economía española – https://theconversation.com/cuanto-vale-una-estrella-lo-que-la-copa-del-mundo-2026-ganada-por-la-roja-puede-aportar-a-la-economia-espanola-287934