Comment les sols sont devenus un enjeu climatique ? Le regard de la sociologie

Source: The Conversation – in French – By Céline Granjou, directrice de recherches, Inrae

Longtemps pensés uniquement à l’aune de leur fertilité, les sols sont aujourd’hui redécouverts pour leur statut de puits de carbone. Autrement dit, leur capacité à séquestrer le carbone en fait des contributeurs de premier plan à la lutte contre le changement climatique. Une étude sociologique menée auprès de scientifiques, politiques et acteurs publics territoriaux met en évidence cette redéfinition climatique des sols et ses conséquences concrètes.


Si le rôle climatique des forêts comme puits de carbone est connu depuis les années 1990, celui des sols l’est moins. Ces derniers contiennent pourtant trois fois plus de carbone et jouent un rôle clef dans son cycle global. Lors de la COP21 à Paris en 2015, le gouvernement français avait lancé l’initiative 4 pour 1000 afin d’encourager les agricultrices et agriculteurs à séquestrer du carbone dans les sols.

En augmentant les stocks de carbone des sols, la démarche visait à compenser les émissions fossiles tout en améliorant la qualité des sols. Mais la capacité des sols à séquestrer du carbone requiert l’adoption de pratiques agricoles spécifiques : implantation de couverts végétaux, réduction du labour, plantation de haies ou d’arbres, ou encore restitution à la terre des résidus de cultures comme les pailles. La préservation des zones humides, des forêts et des prairies, dont les sols sont particulièrement riches en carbone, contribue aussi à atténuer le changement climatique.

Comment ces diverses pratiques de séquestration du carbone modifient-elles les conceptions des sols ? L’équipe du projet ANR Posca a mené une vaste enquête sociologique pour répondre à cette question. À la clé, plus de 250 entretiens approfondis avec des scientifiques, des décideurs publics, des agents de collectivités territoriales et des acteurs agricoles.

Cette enquête montre que l’essor des pratiques de séquestration s’accompagne d’une redéfinition climatique des sols. Longtemps considérés principalement sous l’angle de la fertilité agricole, les sols sont désormais également vus comme des puits de carbone. Et cela, dans une large gamme de mondes sociaux : la recherche scientifique, mais également les politiques agricoles nationales et les territoires.




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Des recherches pour penser les sols à l’aune du climat

Il y a plusieurs décennies que les scientifiques travaillent sur le carbone des sols, souvent appréhendé en termes de matière organique ou d’humus. Ce carbone est en effet essentiel dans la fertilité des sols. Mais depuis le début des années 1990, une partie de leurs recherches se focalise désormais sur la description et la modélisation du rôle que joue le carbone des sols dans le changement climatique.

Les chercheurs ont notamment adapté leurs questions de recherche afin d’interroger les processus qui permettent de stabiliser le carbone dans les sols. Cela a permis de faire évoluer les modèles représentant ces mécanismes, dans le but de contribuer à améliorer les scénarios climatiques. Ils ont également créé de nouvelles infrastructures de surveillance des stocks de carbone dans les sols à l’échelle nationale, et noué de nouvelles collaborations avec les sciences du climat.

Les enjeux climatiques ont par ailleurs conduit les scientifiques des sols à produire de nouveaux travaux d’expertise, à la fois dans le cadre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à l’échelle internationale, mais aussi à l’échelle nationale, pour estimer le potentiel de stockage du carbone dans les sols. Ces réorientations de leurs travaux permettent de fournir des éléments d’appui aux politiques publiques et aux développements économiques liés à la séquestration du carbone.

Les chercheuses et chercheurs ont ainsi transformé leurs agendas et pratiques de recherche pour produire des connaissances qu’ils estiment utiles à la lutte contre le changement climatique. Mais cela n’a pas été sans créer de nouvelles tensions au sein de cette discipline, notamment autour de la question de l a non-permanence du carbone dans les sols.

Des crédits carbone pour les sols agricoles qui stockent

De nouvelles conceptions climatiques des sols sont également véhiculées par l’initiative du 4 pour 1000, depuis sa publication fin 2015 par le ministère de l’Agriculture. Cette initiative tire son nom du calcul selon lequel augmenter tous les ans d’environ 0,4 % le stock global de carbone contenu dans les sols permettrait de compenser l’augmentation annuelle des émissions de gaz à effet de serre.

Plus récemment, une étude coordonnée par Inrae a permis de préciser le potentiel de séquestration des sols nationaux. Celui-ci équivaut à environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole en France – soit 6,5 % du total des émissions nationales. Certes, c’est loin de pouvoir compenser l’ensemble des émissions nationales de gaz à effet de serre, mais cela reste une contribution bienvenue à l’effort d’atténuation, que le gouvernement souhaite encourager.

Cette promesse de séquestration est d’autant plus mise en avant aujourd’hui qu’elle permet de repositionner le secteur agricole comme solution au changement climatique, dans une période où celui-ci est fortement critiqué – quand bien même le secteur reste émetteur net de gaz à effet de serre.

Le gouvernement français a ainsi lancé son label bas carbone (LBC) fin 2018. Cadre de certification des réductions d’émissions et des pratiques séquestrantes, il vise, entre autres, à rétribuer les efforts des agriculteurs qui adoptent de nouvelles pratiques vertueuses. Il permet notamment d’attester du nombre de tonnes de carbone séquestrées, pour que les agriculteurs puissent vendre les crédits carbone correspondant à des entreprises ou des collectivités. Le principe est celui du marché carbone : ces acheteurs pourront, à leur tour, alléguer d’une contribution à l’effort d’atténuation du changement climatique.

Le label bas carbone contribue à véhiculer une vision des sols agricoles comme puits de carbone optimisables grâce aux changements de pratiques agricoles. Pour autant, son impact reste actuellement limité, car les projets qui en relèvent mobilisent finalement très peu la séquestration du carbone, mais plutôt des pratiques de réduction des émissions.

Des collectivités qui quantifient le carbone dans leurs sols

Depuis 2016, une nouvelle législation exige par ailleurs que les collectivités de plus de 20 000 habitants évaluent le potentiel de séquestration de carbone par les forêts et les sols. Elles doivent ainsi concevoir un plan climat air énergie territorial (PCAET) qui mesure, entre autres, la quantité de carbone contenu dans les sols et détaille des stratégies possibles pour augmenter ces stocks. La réglementation reste cependant muette sur les moyens et les outils utiles pour quantifier et gérer les stocks de carbone des sols.

Dans ce contexte, les collectivités territoriales mobilisent divers instruments de quantification du carbone des sols. Les analyses de terre étant longues et coûteuses à mettre en œuvre, ces outils reposent généralement sur des données et des modèles numériques qui prédisent l’évolution des stocks de carbone en fonction de différents scénarios de gestion.

L’Ademe a par exemple développé l’outil Aldo, qui permet aux fonctionnaires territoriaux et aux bureaux d’études d’obtenir aisément des valeurs de stocks de carbone.

Agro-Transfert, un organisme de recherche et développement agricole, a également créé l’outil Simeos-AMG. Initialement pensé pour aider les agriculteurs à conserver des sols fertiles et riches en matière organique, il est désormais mobilisé par les professionnels agricoles pour connaître l’impact carbone de leurs pratiques, ainsi que par certaines administrations territoriales pour concevoir leur plan climat air énergie territorial. Le carbone des sols devient ainsi un nouvel objet d’action publique dans les territoires.

Vers une redéfinition climatique des sols

Notre recherche a ainsi mis en lumière la façon dont les sols se trouvent redéfinis à l’aune des enjeux climatiques, que ce soit dans les mondes de la recherche scientifique, des politiques agricoles nationales ou des territoires. Nos résultats montrent que cette climatisation des sols se traduit d’ores et déjà concrètement par de nouvelles pratiques, des engagements et des instruments inédits qui se développent.

Les sols ne sont par ailleurs pas réduits au rôle de simples réservoirs de carbone à optimiser. L’enquête révèle que nombre d’acteurs, en particulier scientifiques, rappellent que ce carbone à séquestrer peut être relargué dans l’atmosphère, notamment si les pratiques agricoles de séquestration ne sont pas maintenues sur le long terme.

De ce fait, il est crucial d’inscrire ces changements dans le long terme. Et cela d’autant plus que ces pratiques sont aussi alignées avec des gains en termes de fertilité et de qualité des sols, les principales préoccupations dont ils faisaient jusqu’ici l’objet. La redéfinition climatique des sols relie ainsi les questions d’atténuation climatique avec les questions de maintien de la fertilité agricole et de conservation de la qualité des sols.

The Conversation

Céline Granjou a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche pour le projet ANR-20-CE26-0016

Antoine Doré a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

Hélène Guillemot a reçu des financements de l’ANR pour le projet POSCA.

Laure Manach a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche et de la Fondation TTI.5.

Léo Magnin a reçu des financements de Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre du projet POSCA.

Robin Leclerc a reçu des financements de l’ANR

Stéphanie Barral a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche.

ref. Comment les sols sont devenus un enjeu climatique ? Le regard de la sociologie – https://theconversation.com/comment-les-sols-sont-devenus-un-enjeu-climatique-le-regard-de-la-sociologie-281474

La majorité des Français n’est pas concernée par l’impôt sur l’héritage, mais pense l’être quand même

Source: The Conversation – in French – By Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Economie, INSEEC Grande École

Une étude souligne que 74 % des répondants sont incapables de citer le seuil d’imposition de l’impôt sur l’héritage. Koldunov/Shutterstock

Une majorité de Français souhaite une baisse des droits de succession. Deux visions s’opposent : réduire les inégalités dès la naissance en taxant plus, ou diminuer l’impôt sur l’héritage pour valoriser ceux qui travaillent toute leur vie pour leur descendance. Mais de quoi parle-t-on au juste ? De quels montants ? Qui est concerné ? Quelles sont les tendances ?


« Des héritages passent de génération en génération, vous savez ce truc qui vous tombe du ciel. Il y a un moment où ça suffit ! » C’est par ces mots prononcés le 15 octobre dernier que la Présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a ravivé le serpent de mer de la taxation des successions.

Un débat de société qui ne laisse personne indifférent. Si les Français se prononcent majoritairement pour une baisse des droits de succession – 84 % dans un sondage d’avril 2024 –, dans les faits, seule une minorité est réellement concernée par le paiement de ces derniers. Par exemple, en ligne directe (parents-enfants), seuls 13 % des ménages dont le montant de l’héritage excède les 100 000 € sont assujettis au paiement de droits de succession.

Aujourd’hui, l’ampleur des montants en jeu est inédite. La « grande transmission » du patrimoine détenu par les générations du baby-boom est estimée à 9 000 milliards d’euros d’ici 2040.

Cet article vise à poser les termes d’un débat qui dépasse largement le cadre de l’analyse économique pour embrasser des dimensions morales, philosophiques, et politiques.

De quoi parle-t-on ?

Créés en France en 1791, les droits de succession taxent la part d’héritage reçue par chaque héritier, en fonction de son lien de parenté avec le défunt.

Concrètement, le barème de l’impôt sur l’héritage prévoit :

  • Un taux de 5 % en deçà de 8 072 € jusqu’à 45 % au-delà de 1,805 million d’euros pour les enfants et petits-enfants, selon la valeur des biens hérités ;

  • 30 à 45 % pour les fratries selon la valeur des biens hérités ;

  • 55 % pour les neveux, nièces, et autres parents jusqu’au 4e degré inclus ;

  • 60 % pour les parents au-delà du 4e degré ou les personnes sans lien de parenté ;

  • Et une exonération pour le conjoint.

Des abattements personnels sont possibles, à condition que les héritiers n’en aient pas déjà bénéficié dans les 15 ans précédents le décès dans le cadre d’une « donation du vivant ». Ils sont de 100 000 € pour un enfant, un père ou une mère, 15 932 € pour un frère ou une sœur, 7 967 € pour un neveu ou une nièce et 1 594 € en l’absence d’un autre abattement applicable.

Au cours des dernières années, la progression des recettes de l’impôt sur l’héritage a été spectaculaire, passant de 7 milliards d’euros en 2011 à 16,6 milliards d’euros en 2023. Les principales raisons de cette progression sont naturellement à aller chercher dans la mortalité d’une population vieillissante, mais aussi dans la hausse de la valeur des actifs, immobilier en tête.

La France taxe plus que ses voisins

La France présente un des taux d’imposition, théorique comme effectif, parmi les plus élevés du monde. Avec un score de 0,74 % en 2021, la part des impôts sur les successions et donations, exprimée en point de PIB, y est la plus forte de tous les pays de l’OCDE.

Par ailleurs, alors que la tendance à la fiscalisation des héritages est à la baisse dans les pays développés, la France présente, avec la Corée du Sud, une progression sensible. De nombreux pays ont fait le choix d’abolir les droits de succession, parmi lesquels le Canada avant 1980, l’Inde en 1985, l’Autriche en 2008, la Hongrie en 2010 ou la Norvège en 2014. Les raisons invoquées par ces États : présenter un système fiscal attractif, et inciter à l’épargne et l’investissement.

Vision libérale vs sociale

L’argument selon lequel il serait injuste de taxer les économies réalisées après une vie à contribuer à l’État Providence revient très souvent dans le débat quand la parole est donnée aux citoyens, comme le souligne la chercheuse Stefanie Stantcheva. Les économistes, quant à eux, posent les termes du débat autrement. En simplifiant, nous pourrions évoquer une confrontation entre deux écoles de pensée.

Libérale : taxation contre-productive

L’impôt sur l’héritage découragerait les individus à être aussi productifs que possible de leur vivant. Ce déficit d’exploitation du plein potentiel de l’individu, dans la production comme l’investissement, finirait par éreinter la production de richesse nationale, au détriment de tous, à commencer par les classes populaires les plus dépendantes des mécanismes de redistribution.

Cette vision est portée par des économistes comme Milton Friedman, Gary Becker, Robert Barro, Thomas Sowell ou James Buchanan.

Sociale : réduire les inégalités à la naissance

Cette vision considère que la taxation des héritages, à plus forte raison dans un contexte où les revenus du capital sont prépondérants, permettrait à davantage d’individus à réaliser leur plein potentiel par une meilleure redistribution des richesses.

Elle est défendue par des économistes comme Thomas Piketty, Anthony Atkinson, Joseph Stiglitz, Emmanuel Saez ou Gabriel Zucman.

Les études cassent les préjugés

Dans un monde ouvert où les États n’hésitent pas à se livrer une concurrence fiscale pour attirer les capitaux, les hauts patrimoines pourraient déménager vers des contrées jugées plus accueillantes, de façon à échapper à la fiscalité sur les successions. Dans leur étude, les économistes Enrico Moretti et Daniel J. Wilson mettent en exergue un effet peu significatif des écarts d’imposition sur les choix de localisation des hauts patrimoines.




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Les économistes Jonathan Goupille-Lebret et Jose Infante se sont, quant à eux, intéressés à l’impact de l’augmentation du taux d’imposition de l’héritage sur la valeur du patrimoine transmis. Ils constatent un effet de substitution réel, mais modéré. Une augmentation de 10 % des droits de succession se traduirait ceteris paribus par une baisse de 2,5 % de la valeur du patrimoine transmis. Ces résultats peuvent s’expliquer par l’impréparation de certaines successions, notamment en cas de décès prématuré, ou par le fait que les impôts en question devront être acquittés par les héritiers sans affecter le niveau de vie de l’individu.

Si les effets d’une augmentation des droits de succession sur les comportements individuels ne sont pas bien documentés, leur effet sur la capacité des populations profitant de la redistribution à améliorer sensiblement leur niveau de vie, et à bénéficier d’une réelle mobilité sociale, n’est pas vraiment démontré non plus. Même des économistes tels que Gregory Mankiw ou James Mirrlees, a priori favorables à la fiscalisation des successions, reconnaissent que cela ne peut être fait sans étudier sérieusement les potentiels effets contre-productifs qu’ils pourraient engendrer.

60 % des Français surestiment l’impôt sur l’héritage

De nombreux mécanismes d’exonération – du démembrement de propriété, à la fiscalité sur les assurances-vie en passant par différentes dépenses fiscales catégorielles (dont le « pacte Dutreil ») – viennent réduire l’assiette de l’impôt sur l’héritage, mais contribuent également à en fausser sa perception auprès des Français.

Une enquête de France Stratégie de 2018 révélait, à ce titre, que seuls 15 % des Français parvenaient à situer correctement le taux moyen effectif d’imposition en ligne directe (entre 5 % et 10 %), quand ils étaient 60 % à le surestimer ; 74 % des répondants s’avéraient incapables de citer le seuil d’imposition ou la part des ménages français concernés par cet impôt.

Sans doute seraient-ils étonnés d’apprendre que 87,1 % des héritages en France sont inférieurs à 100 000 euros, et que la transmission médiane (par héritage et donation) est de l’ordre de 41 100 euros.

Les enfants héritent de plus en plus tard

Cette situation est à inscrire dans un contexte macroéconomique d’un patrimoine qui croît plus vite que le revenu, et dont la répartition dans la population est des plus inégales. En 2025, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) indique que le patrimoine est passé de 4,5 fois le revenu disponible des ménages en 2000 à 6 fois en 2021. Les transmissions peuvent contribuer à figer des situations selon des principes liés au hasard de la naissance davantage que sur les mérites.

Estimation de l’âge moyen des enfants au décès de leurs parents, 1980-2070. Les enfants des hommes décédés en 1980 avaient en moyenne 37 ans en 1980, ils auront 57 ans en 2070.
France Stratégie

Ce débat, nous l’avons vu, dépasse largement le cadre de l’analyse économique pour embrasser des dimensions philosophiques. Et tandis que l’horloge tourne, la société française connaît une transition démographique inédite qui, par le jeu de l’allongement de l’espérance de vie, voit également reculer inexorablement l’âge auquel les enfants héritent. Un âge avancé qui est moins propice à l’investissement, lequel alimente l’économie, qu’à l’épargne, qui la prive de son carburant.

The Conversation

Julien Pillot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La majorité des Français n’est pas concernée par l’impôt sur l’héritage, mais pense l’être quand même – https://theconversation.com/la-majorite-des-francais-nest-pas-concernee-par-limpot-sur-lheritage-mais-pense-letre-quand-meme-280506

Many of the Caribbean’s most important reefs are going unprotected

Source: The Conversation – USA (2) – By Sara M. Melo Merino, Postdoctoral Fellow in Marine Science, Smithsonian Institution

A researcher checks on corals in Banco Chinchorro, off Quintana Roo, Mexico. Lorenzo Alvarez-Filip

Living by the sea in the tropics means being exposed to some of nature’s most powerful forces. Hurricanes can bring storm surges, flooding and destructive waves that threaten homes, infrastructure and livelihoods.

For many communities, coral reefs are a natural first line of defense against these storms. The reefs’ rugged structures break the incoming waves, reducing the waves’ energy by as much as 97%. Globally, reefs prevent about US$4 billion a year in storm damage. Without them, studies suggest, the damage would double.

Yet, these vital ecosystems are under increasing pressure. Rising ocean temperatures, pollution and coastal development are driving the loss of reef-building corals – the species that create the physical structure of coral reefs and underpin their ability to protect coastlines and provide habitat for marine life.

Protecting key coral reefs from these human-caused stresses could help the reefs continue to reduce future storm damage.

But which reefs should be prioritized?

An aerial view of a reef just off shore.
Reefs visible just offshore protect the coastline of Puerto Morelos, Mexico, in part by breaking waves during storms.
Lorenzo Alvarez-Filip

We study coral reefs and marine environments. In a new research paper, we examined the likely impact that future warming will have on reefs across the Caribbean over the coming decades, including which reefs are most likely to persist under rising temperatures. Then we looked at which reefs were likely providing the greatest protective benefits for coastlines based on their functional characteristics.

The results show that about half of all the reefs with the greatest potential to continue to protect coastlines as the oceans warm are currently unprotected from human harms.

The Caribbean’s hidden coastal defenders

The value of coral reefs is evident along the Mexican Caribbean coast, where tourism is a major economic driver and the main source of income for local communities. The tourism industry there can generate up to $15 billion in a single year. Much of that value depends directly or indirectly on healthy coral reefs.

Losing the reefs would not only affect fish that rely on coral structures for habitat, and the livelihoods of people who depend on them, it would also cost millions of dollars in increased storm damage. An estimated 105,800 people, along with buildings and other infrastructure worth $858 million, are located in coastal areas protected by reefs in the Mexican Caribbean alone.

An overhead view of a dense coral reef.
Elkhorn corals (Acropora palmata) are among the most important corals in the Caribbean. They can form dense clusters that are highly effective at taking the energy out of waves.
Lorenzo Alvarez-Filip

The role of reefs becomes especially clear during extreme events.

In 2005, Hurricane Wilma, a Category 5 storm, struck the coast of Quintana Roo in the Yucatán Peninsula, Mexico. Near the small town of Puerto Morelos, the coral reefs broke the waves, helping lower the wave height that had reached nearly 36 feet (11 meters) offshore to less than 6 feet (2 meters) near the coast. The reefs near Puerto Morelos are part of a protected national park where public access to the reefs is heavily regulated.

Not all reefs protect the coast equally

However, not all reefs provide the same level of protection for coastlines. Our research shows that the differences depend on the reef engineers – the coral species that built the reef.

Reefs dominated by large, complex and rigid corals, such as thickets of elkhorn corals, create rough, elevated structures that can break and slow incoming waves, providing the greatest protection. In contrast, reefs made up of smaller or flatter species offer less resistance.

Knowing which reefs deliver the greatest structural protection can help countries and communities prioritize protecting them from human pressures, such as pollution and ship traffic.

We found that of the highest-priority reefs – based both on functionality and how well they are expected to survive rising water temperatures by midcentury – only 54% were protected. In the Caribbean’s western, southwestern and Florida ecoregions, priority reefs were most likely to be in formal marine protected areas, while the Greater Antilles and Bahamas had several unprotected reefs.

The Bahamas, Puerto Rico, Turks and Caicos, and Cuba have many high-value reefs that remain unprotected, meaning there are opportunities to increase protection on these important reefs. The reefs that we identified as important for conservation based on their physical functionality have also been reported to support high levels of biological diversity.

A coral reef with large groups of corals.
Reefs dominated by complex and rigid structures are often the most functional for protecting coastlines. They also provide important habitat for fish.
Lorenzo Alvarez-Filip

While a large percentage of coral reefs off Belize, Honduras and Puerto Rico are protected, we found that several reefs with the greatest potential for protecting coastlines were not within marine protected areas.

Why does this matter in a warming world?

Ocean warming is driving more severe and frequent coral bleaching events. When water temperatures rise too high, corals expel zooxanthellae – the algae that live in their tissues, provide them with energy and give corals their color. If heat stress is too intense or prolonged, many corals won’t recover.

As corals die, the reef structures they built break down and lose complexity over time. The coastal defenses they provide disappear.

At the same time, high-intensity hurricanes are becoming more frequent.

This creates a dangerous combination: stronger storms hitting coastlines that are less protected.

Protecting coral reefs is essential, not only for the sake of marine biodiversity, but for safeguarding coastal communities, their economies and the millions of people who live there.

The Conversation

Sara M. Melo Merino received a scholarship from Secretaría de Ciencia, Humanidades, Tecnología e Innovación
(Secihti No. 246257).

Lorenzo Alvarez-Filip and Steven Canty do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Many of the Caribbean’s most important reefs are going unprotected – https://theconversation.com/many-of-the-caribbeans-most-important-reefs-are-going-unprotected-281490

L’incontinence urinaire féminine : un problème sous-estimé responsable de beaucoup de souffrance

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marina Gómez de Quero Córdoba, Profesora Lectora en Grado en Enfermería, Universitat Rovira i Virgili

L’incontinence urinaire féminine n’est ni une maladie bénigne ni une conséquence « normale » liée au fait de prendre de l’âge, aux accouchements ou à la ménopause. Il s’agit d’un trouble fréquent, avec un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie. Pourtant des traitements existent et la plupart d’entre eux ne passe pas par la case « chirurgie ».


Rire, tousser ou sortir de chez soi… que se passe-t-il quand ces actions quotidiennes deviennent des sources de stress permanent ? C’est ce que vivent les millions de femmes qui souffrent d’incontinence urinaire, un problème de santé aussi fréquent que sous-diagnostiqué.

On estime qu’environ une femme sur trois souffrira d’une forme d’incontinence au cours de sa vie (Cette pathologie touche entre 25 à 40 % des femmes selon les études, précise le ministère de la santé français, NdT). Pourtant, cette réalité est souvent banalisée et passée sous silence.

Il ne s’agit ni d’une maladie bénigne ni d’une conséquence « normale » de l’âge, des accouchements ou de la ménopause. Nous parlons là d’un trouble ayant un impact biologique, psychologique et social profond, qui affecte la qualité de vie des personnes qui en souffrent.

D’un point de vue physiologique, l’incontinence urinaire est due à une altération des mécanismes qui contrôlent le stockage et l’évacuation de l’urine. Dans des conditions normales, la vessie se remplit progressivement pendant que les muscles du plancher pelvien et les sphincters urétraux restent contractés, ce qui empêche les fuites. Quand ce système défaille – en raison d’une faiblesse du plancher pelvien, de lésions neurologiques, d’une hyperactivité du muscle détrusor ou de troubles hormonaux –, le contrôle volontaire de la miction est perdu.

Certains facteurs, tels que les grossesses et les accouchements, la ménopause, le vieillissement, des interventions chirurgicales subies antérieurement ou certaines maladies neurologiques peuvent contribuer à de tels changements. Cela donne lieu à différents types d’incontinence, comme l’incontinence d’effort (provoquée par un effort physique, une toux, un rire…), l’incontinence par impériosité (lorsqu’un besoin impérieux d’uriner se fait sentir et qu’une petite quantité s’échappe avant d’arriver aux toilettes) ou l’incontinence mixte.

Quand le problème n’est pas seulement physique

Pendant des années, ce problème a été abordé presque exclusivement sous l’angle physique : quelle quantité d’urine est perdue, à quelle fréquence, quel type de protection utiliser… Cependant, le véritable poids de l’incontinence ne se situe pas seulement au niveau de la vessie, mais aussi dans ce qu’elle provoque sur le plan émotionnel.

Dans une étude récemment publiée dans la revue Enfermería Clínica, nous avons examiné la situation de 200 femmes souffrant d’incontinence urinaire, suivies dans un service de soins infirmiers urologiques. Nos résultats révèlent que plus de 60 % d’entre elles présentaient des symptômes de dépression et près de 67 % manifestaient une anxiété cliniquement significative.

Même si ces données ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet direct, il s’agit néanmoins de problèmes qui coexistent et s’influencent mutuellement. Il est également probable que des facteurs antérieurs – tels qu’un passé d’anxiété ou de dépression, des maladies chroniques ou des situations de vie stressantes – contribuent à ce mal-être psychologique.

En effet, il s’agit d’une souffrance émotionnelle persistante, associée à la peur constante de pertes urinaires, à la honte sociale et au sentiment de perte de contrôle.

Vivre en état d’alerte permanent

De nombreuses femmes qui souffrent d’incontinence organisent leur vie en fonction de ce symptôme ; elles s’interrogent en permanence : « où se trouvent les toilettes », « quels vêtements porter », « combien de temps est-il possible de rester hors de chez elles », peuvent-elles pratiquer une activité physique, ou voyager…

Cette vigilance permanente génère un stress chronique  : ni le corps ni l’esprit ne trouvent de répit, jusqu’à atteindre un point où cela devient épuisant.

Par ailleurs, près de 80 % des femmes que nous avons interrogées ont déclaré avoir besoin de recueillir davantage d’informations sur l’incontinence urinaire. Beaucoup se tournent vers Internet ou leur entourage, qui transmettent des informations fragmentaires, des idées reçues ou des messages contradictoires.

(Ameli, le site de l’Assurance maladie consacre un dossier complet à l’incontinence urinaire, NdT).

Les infirmières se sont imposées comme des figures clés de l’éducation à la santé et de l’accompagnement. Pourquoi ? En raison de leurs connaissances en matière de santé, de leur capacité à offrir un espace sûr où s’exprimer, du soutien émotionnel qu’elles apportent et du fait qu’elles constituent une figure (souvent féminine, ce qui aidait également) à qui confier ce qui n’avait pu être dit à quiconque pendant des années.

L’éducation à la santé ne consiste pas seulement à informer, mais aussi à expliquer en s’appuyant sur la science et les connaissances, dans un langage que les patients peuvent comprendre. Cette approche permet de mettre en place une écoute active, une validation, une régulation émotionnelle et un soutien en matière d’estime de soi.

L’incontinence urinaire a des répercussions non seulement sur cette dernière, mais aussi sur l’image corporelle, la vie sexuelle et la santé mentale. C’est pourquoi la traiter uniquement à l’aide de protections ou de solutions ponctuelles ne suffit pas. Les données scientifiques soulignent la nécessité d’une approche globale qui tienne compte à la fois des symptômes physiques et de l’impact émotionnel.

Comment diminuer l’incontinence et à qui s’adresser ?

Il existe aujourd’hui de nombreuses mesures efficaces pour réduire l’incontinence urinaire, et la plupart ne sont pas chirurgicales. L’approche principale consiste à suivre un traitement « conservateur », qui comprend notamment la rééducation du plancher pelvien à l’aide d’exercices encadrés par des professionnels, afin d’améliorer le contrôle urinaire et de réduire considérablement les fuites.

À cela s’ajoutent des stratégies telles que l’entraînement de la vessie, la modification des habitudes mictionnelles ou l’ajustement de la consommation de liquides et de caféine. L’éducation à la santé, dispensée par des infirmières ou des urologues, constitue aussi un élément essentiel pour briser les idées reçues et favoriser l’observance du traitement.

Dans certains cas, on peut recourir à des pessaires, des dispositifs en silicone que l’on insère dans le vagin pour soutenir les organes pelviens. Leur utilisation est particulièrement utile en cas de prolapsus, autrement dit lorsque la vessie, l’utérus ou le rectum descendent de leur position normale, en raison d’un affaiblissement du plancher pelvien. En outre, un traitement médicamenteux peut être prescrit au cas par cas, en fonction du type d’incontinence.

Lorsque ces mesures ne suffisent pas, différentes options chirurgicales peuvent être envisagées. Parmi celles-ci figure la pose d’une bande sous-urétrale, qui soutient l’urètre afin d’éviter les fuites lors d’efforts tels que la toux ou le rire. Une alternative est la colposuspension de Burch, une intervention chirurgicale qui soulève et fixe le col de la vessie. Dans certains cas, on peut également envisager la pose d’un sphincter urinaire artificiel.

En définitive, soulignons que les données scientifiques démontrent qu’une prise en charge précoce et personnalisée améliore les symptômes physiques, la qualité de vie et le bien-être émotionnel des femmes concernées par cette affection.

The Conversation

Marina Gómez de Quero Córdoba ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’incontinence urinaire féminine : un problème sous-estimé responsable de beaucoup de souffrance – https://theconversation.com/lincontinence-urinaire-feminine-un-probleme-sous-estime-responsable-de-beaucoup-de-souffrance-282397

Bubble tea, fluffy pancakes, corn dogs… quand la nouvelle street food des réseaux sociaux pose aussi une question de santé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Anne Parizot, Professeur des universités en sciences de l’information et de la communication émérite, Université Bourgogne Europe

Marqueurs d’une nouvelle street food mondialisée, bubble tea, fluffy pancakes et corn dogs séduisent par une esthétique attractive, ludique ou des textures étonnantes, et sont largement popularisés sur TikTok, Instagram, etc. Mais ces aliments sont généralement trop gras, trop sucrés, trop salés et ultratransformés. Consommés régulièrement, au goûter ou en snack, ils posent des questions de santé que la recherche devra explorer.


Textures spectaculaires, couleurs vives et hashtags gourmands : une nouvelle génération de street food est pensée autant pour être photographiée et partagée en ligne que dégustée, comme le fameux chocolat de Dubaï, contribuant à leur succès mondial.




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Le bubble tea – une boisson remplie de perles noires remontant à la surface d’un thé lacté –, le fluffy pancake – un pancake épais tremblant comme un soufflé –, ou encore le corn dog, une saucisse panée qui s’étire en longs fils de mozzarella fondue… largement diffusés sur les réseaux sociaux, tous illustrent la transformation du rapport contemporain à l’alimentation. Manger devient une expérience visuelle, sociale et numérique.

Si ces produits sont séduisants par leur créativité et leur dimension ludique, ils soulèvent aussi une question de santé publique. Derrière leur esthétique attractive se cachent souvent des préparations qui contiennent beaucoup de sucre, de matières grasses ou de sel, dont la consommation répétée peut contribuer à des déséquilibres alimentaires.

Une street food mondialisée

Dans les villes européennes, vitrines colorées de bubble tea, piles de fluffy pancakes tremblotants ou corn dogs géants envahissent désormais rues commerçantes et centres commerciaux. Issus de Taiwan, du Japon, de Corée du Sud ou des États-Unis, ils incarnent une street food globalisée qui circule rapidement entre les cultures urbaines.

Traditionnellement définie par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations, 1990) comme la vente d’aliments et de boissons prêts à consommer dans l’espace public, la street food s’est largement transformée. Food trucks, marchés éphémères, festivals culinaires font désormais de la rue une scène gastronomique où la nourriture devient un phénomène pratique, culturel et médiatique.

En France, France Update relève que cette restauration rapide reprend même des produits du terroir, illustrant ce que le quotidien le Monde qualifie de « terroir sur le pouce »… bien loin cependant des produits du terroir sains comme les légumes oubliés.




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Une esthétique sensorielle… mais des aliments gras, sucrés, ultratransformés…

La nouvelle street food vise à créer des textures inédites et une expérience gustative immédiate. Son succès repose largement sur les textures et les couleurs. Perles moelleuses du bubble tea, légèreté des pancakes soufflés et croustillant des corn dogs produisent une expérience sensorielle forte.

Ces recettes mobilisent souvent sucre, amidon, matières grasses, additifs et autres marqueurs d’ultratransformation destinés à stabiliser les textures ou à renforcer l’attrait visuel.




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Cette recherche d’effets sensoriels contribue toutefois à des compositions nutritionnelles qui font la part belle au sucre, aux graisses ou au sel, ce qui soulève des questions de santé publique lorsque ces produits deviennent des consommations régulières.

Zoom sur trois icônes alimentaires virales

  • Le bubble tea ou boba tea, né à Taiwan (1980), associe thé sucré, lait (ou crème végétale) et perles de tapioca gélifiées. Son succès repose aussi sur son aspect ludique et son vocabulaire marketingboba, chewy pearls, creamy milk tea – à l’image des références proposées par les marques Tiger Sugar ou encore Moomin Boba. Pourtant, un verre standard peut contenir entre 30 et 60 g de sucre, ce qui peut favoriser surconsommation calorique, caries et/ou prise de poids.

Les hashtags (#bubbletea, #boba, #bobalife, #foodie) associent le produit à un univers de convivialité (partage), de gourmandise (sucré, perles) et de style de vie (lifestyle). Sur TikTok, la présence de #fyp (en toutes lettres_for you page_, qui signifie « page personnalisée »), et #foryou (« pour toi ») associés à bubble tea indiquent l’intégration du produit dans les circuits viraux et de découverte algorithmique.

Leur esthétique, souvent décrite comme fluffy (« moelleuse »), airy (« aérée »)_ ou cloud-like (« comme un nuage »), alimente leur viralité sur les réseaux sociaux. Mais accompagnés de sirop, de crème, ils atteignent facilement 350 à 500 kcal par portion, avec un apport glucidique rapide.

Leur diffusion mondiale s’accompagne d’hashtags (#fluffypancakes, #soufflepancake, #foodporn, #brunch) soulignant texture et esthétique : le pancake tremblotant devient un spectacle culinaire, valorisant l’aérien, le léger « soufflé », le cloud-like envoie à l’esthétique et à la viralité dans les hashtags Instagram (#ふわふわパンケーキ ou #soufflepancakes), la wobble (tremblement), la hauteur et le visuel parfaits pour les photos et l’expérience sensorielle « airy », « soft », « jiggly » (tremblotant) révèlent une nouveauté tactile par rapport aux pancakes classiques. Sensation et visuel sont valorisés avant même de nommer l’ingrédient.

Ils combinent saucisse et pâte de maïs frite, servie sur un bâtonnet. Une version korean corn dog propose des variantes garnies de mozzarella, enrobées de chapelure panko ou même de morceaux de pommes de terre.

Les vidéos du spectaculaire cheese pull (étirement spectaculaire du fromage) participent à leur diffusion virale par l’intermédiaire de termes sensoriels : crunchy (croustillant), gooey (collant), cheesy (fromageux) mettant l’accent sur la texture et la gourmandise. Sur TikTok, les hashtags (#koreancorndog, #cheesepull, #foodadventures, #foodlover) renvoient à une isotopie de la découverte et de la viralité voire de fusion avec des spécialités locales.

Si on croit la liste des ingrédients qui entrent dans la conception des corn dogs (fromage, pâte de maïs, etc.), Leur profil nutritionnel fait toutefois craindre un apport élevé en graisses et en sel.

Ainsi, nourriture, langage et images participent à la construction d’un imaginaire gastronomique partagé. Les recettes sont reprises par les sites de cuisine pour les réaliser à la maison.

Mais alors qui est la cible ?

Nous formulons l’hypothèse, qui devra être confirmée, que l’influence des réseaux sociaux et le langage utilisé suggèrent que les publics visés seraient les suivants :

1 – Les jeunes urbains (15-35 ans) constitueraient le cœur de cible : ils sont particulièrement sensibles aux tendances alimentaires, à la nouveauté et à l’esthétique visuelle des produits.

2 – Les utilisateurs actifs des réseaux sociaux sont également visés : préparations colorées et photogéniques sont conçues pour être partagées en ligne, transformant l’acte de consommation en contenu numérique.

3 – Les curieux gastronomiques, enfin, sont attirés par l’expérimentation culinaire et les textures inédites (chewy, mousseux, croustillant).

Le langage marketing contribue à construire cette identité sociale : rapide, visuel et largement anglophone, il valorise le plaisir immédiat et la visibilité sur les réseaux plus que la dimension nutritionnelle.

Une étude récente sur l’impact des plateformes examine l’usage du bubble tea comme objet culturel et instrument de « gastrodiplomatie » pour Taïwan.

Entre plaisir alimentaire et enjeu de santé

Les nouvelles icônes de la street food racontent finalement autant notre manière de manger que notre manière de communiquer : dans les villes connectées, l’alimentation n’est plus seulement une question de goût ou de nutrition, mais aussi d’images, de langage et d’identité sociale. Mais si ces tendances révèlent une créativité culinaire mondiale, ces produits de la street food cachent, derrière leur dénomination et caractéristiques linguistiques et/ou photographiques, des produits alimentaires trop gras, trop sucrés, – bref, des bombes caloriques – également ultratransformées.

Ces produits ne sont pas nécessairement problématiques lorsqu’ils sont consommés occasionnellement. L’enjeu de santé publique réside davantage dans leur banalisation dans les pratiques alimentaires quotidiennes quand ils sont consommés comme snacks ou goûters. La question n’est pas de les interdire, mais de rappeler l’importance de la modération et d’une alimentation équilibrée. Des versions allégées – réduction du sucre, cuisson au four, ingrédients moins transformés – permettent également de concilier plaisir et attention nutritionnelle.

Cet article s’inscrit dans une réflexion plus large sur les transformations contemporaines des cultures alimentaires et des pratiques de consommation dans les espaces urbains.

The Conversation

Anne Parizot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Bubble tea, fluffy pancakes, corn dogs… quand la nouvelle street food des réseaux sociaux pose aussi une question de santé – https://theconversation.com/bubble-tea-fluffy-pancakes-corn-dogs-quand-la-nouvelle-street-food-des-reseaux-sociaux-pose-aussi-une-question-de-sante-281296

Button-pushing explorers: How to grasp that AI agents can do amazing things while knowing nothing

Source: The Conversation – USA – By Ji Y. Son, Professor of Psychology, California State University, Los Angeles

The simple process of taking an action, assessing what happens and adjusting can lead to smart-seeming behavior. Westend61 via Getty Images

The nonprofit ARC Prize Foundation on May 1, 2026, released the results of a new benchmark: a test of an AI system’s ability to solve a game. The results were striking – humans scored 100%, while the most advanced AI systems scored under 1%.

At first glance, this may be surprising to users of AI who are impressed by its polished essays, codebases and multistep projects generated in seconds. How can these brilliant AI systems struggle with these simple Tetris-shape puzzles?

That confusion points to a risk: AI is becoming integrated into everyday life faster than people can make sense of it.

We are cognitive psychologists who study how to teach difficult concepts. To recognize the limits and risks of today’s AI agent systems, it’s important for people to grasp that the systems can both accomplish superhuman feats and make mistakes few humans would. To that end, we propose a new way to think about AIs: as button-pushing explorers.

Mental models for AI

We teach college students, a group rapidly incorporating AI tools into their daily routines. That gives us regular opportunities to ask what they think is going on with AI. The answers vary widely. One student said that someone at OpenAI or Anthropic is reading and approving every response the system generates. Another, more succinctly, said, “It’s magic.”

These responses illustrate two tempting ways of making sense of AI. At one extreme, AI is treated as an inscrutable black box – a powerful but ultimately mysterious force. At another, people explain it using the same assumptions they use to understand other humans: that its outputs reflect reasoning or judgment.

The worry is that these misinterpretations don’t go away as users gain more experience interacting with AI, and they might get reinforced. When AI performs well, its output can feel like evidence of understanding or confirmation that it really is something like magic. That apparent success makes it harder to question what the system is actually doing. Biases can seem logical or inevitable; harmful behavior can look like a deliberate choice or even fate, as if it could not have gone any other way.

Cognitive scientist Anil Seth explains why AIs don’t have – and won’t have – consciousness.

Saying that AI models are shaped by patterns in data, training processes and system design is true, but that’s too abstract to tell people when to trust the systems’ outputs or when they might fail. To help people avoid misplaced trust in AI, AI literacy efforts will need to include some mechanistic understanding of what produces their behavior – explanations that are perhaps not perfectly accurate but useful. Statistician George Box once wrote, “All models are wrong, but some are useful.”

Researchers have come up with several mental models for large language models. One is “stochastic parrot,” which shows that the models use statistical methods – stochastic refers to probabilities – to mimic responses with no understanding of meaning. Another is “bag of words,” which emphasizes that the models are collections of words – for example, all English words found on the internet – with a mechanism for giving you the best set of words based on your prompt.

These ways of thinking about large language models were never meant to be complete accounts of the systems. But the metaphors serve an important cognitive purpose: They push back against the idea that fluent language is necessarily caused by humanlike understanding.

But as the AI systems people use are increasingly powerful agents capable of stringing together actions on their own, it’s important for people to have a different kind of mental model: one that explains how they act. One place to find such a model is in earlier research on AI systems that learned to play Atari 2600 games. These systems didn’t understand the games the way humans do, but they still managed to rack up a lot of points.

The simple loop: Act, observe, adjust

Imagine a neural network, a relatively simple kind of AI model, placed into a video game it has never seen before. It does not “understand” the game like a human would. It has no idea whether it’s shooting space invaders or navigating an ancient pyramid. It doesn’t know the goals or rules.

Instead, it learns to play through a simple loop: Take an action – move left, jump, shoot – observe what changes, and then adjust. If an action leads to a good outcome, such as gaining points, it adjusts to become more likely to take similar actions in similar situations. If it leads to a bad outcome, such as losing a life, it adjusts in the opposite direction.

Even this simple mechanism can produce surprisingly capable behavior. Over time, by repeating this loop, the neural networks learned to play a wide range of Atari games – but not all games.

There is one game that famously stumped these early neural networks: Montezuma’s Revenge. To make progress, a player must carry out a long sequence of actions – climbing ladders, avoiding obstacles, retrieving keys – before receiving any reward at all. Unlike simpler games, most actions offer very little immediate feedback. The game required something like goal-directed, long-term planning.

Early neural networks would try a few actions, receive no reward and fail to make further progress through Montezuma’s underground pyramid. From the system’s perspective, all actions looked equally useless. But researchers made a breakthrough by changing the feedback signal. Instead of rewarding only success, they also rewarded the system for doing something new. The rewards were for visiting parts of the game it had not seen before or trying actions it had not previously taken. This tweak encouraged exploration.

In 2016, Google DeepMind rewarded its AI model for exploration – try something, see what happens, adjust – while playing the Atari 2600 game Montezuma’s Revenge, which dramatically improved the AI’s performance on the game that’s notoriously difficult for AIs.

With that change, performance improved dramatically. The neural network began navigating obstacles, taking multiple steps toward goals and adapting when things went wrong. From the outside, this kind of behavior can look like planning or problem-solving. But what looks like planning was not caused by sophisticated planning abilities. The underlying mechanism is still the same simple loop: act, observe, adjust.

This kind of system isn’t a stochastic parrot or a bag of words. It’s closer to a button-pushing explorer: something that doesn’t understand the world in a human sense but moves forward by pushing buttons, seeing what happens and adjusting what it does next.

From video games to modern AI agents

Today’s AI systems can do far more than play games like Montezuma’s Revenge. They can coordinate tools, write and run code, and carry out multistep projects. The range of possible actions is much larger, and the environments in which they operate are increasingly complex.

But these agents are still fundamentally button-pushing explorers. The behavior can be sophisticated, but the process that produces it is not. Humans can often infer how a new environment works after just a few observations. Systems that rely on these feedback loops cannot. They need to try many actions and see what happens before they can make progress.

This helps explain both the strengths of these AI systems and some of their most concerning failures. What these agents learn depends on what is being rewarded. And in real-world systems, those reward signals are often imperfect.

AI systems that conduct negotiations aim to maximize their client’s interests, sometimes with deceptive tactics. Rental pricing software used by landlords ends up price fixing. Marketing tools generate persuasive but misleading reviews.

These systems aren’t trying to be evil or greedy. They are adjusting to the signals they are given. From the button-pushing explorer perspective, these failures are downright predictable.

Effective AI literacy means holding two ideas at once: These systems can do surprisingly complex things, and they are not doing them the way humans do. If AI is seen as humanlike or magical, its outputs feel authoritative. But if it is understood, even imperfectly, as a button-pushing explorer shaped by feedback, people are likely to ask better questions: Why is it doing this? What shaped this behavior? What might it be missing?

That’s the difference between being impressed by AI and being able to reason about it.

The Conversation

Ji Y. Son receives research funding from the Gates Foundation and Valhalla Foundation.

Alice Xu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Button-pushing explorers: How to grasp that AI agents can do amazing things while knowing nothing – https://theconversation.com/button-pushing-explorers-how-to-grasp-that-ai-agents-can-do-amazing-things-while-knowing-nothing-281498

You can change your emotions – but it’s a 2-step process that takes some effort

Source: The Conversation – USA – By Christian Waugh, Professor of Psychology, Wake Forest University

You don’t need to be stuck on a negative feeling. RealPeopleGroup/E+ via Getty Images

Picture Gigi, having a chat with her boss, when the meeting takes a sharp turn. Gigi’s boss tells her that her work has been lacking recently and that maybe she needs to stay late a couple of evenings to make it up. Surprised by her boss’s remarks, she feels the rumblings of anxiety rising in her mind and body. Psychology research suggests that Gigi feels anxious because she interpreted her boss’s remarks as something threatening that perhaps she can’t handle.

Just as Gigi starts frantically looking online for new jobs, she spies the “employee of the month” plaque on her desk from last year. She thinks to herself that maybe she can get back to her old form. She has changed her initial view of the situation (need to run away from a threat) to a new one (let’s rise to the challenge), causing her anxiety to subside. Psychologists call this process reappraisal.

Studies show that reappraising emotional situations is a powerful way to change how you feel. When you find the silver linings in bad situations or give others and yourself the benefit of the doubt, it can help you feel better.

I’m a psychology researcher who’s interested in how people change their emotions. Gigi may feel a little less anxious in the moment, but does she truly believe that she can make up the work on time and regain her former glory? My colleagues and I set out to investigate whether it’s possible to start the process of reappraisal without going all the way through with it. Are people getting the full benefit from trying to think differently about their emotions?

Reappraisal has multiple steps

When my colleague Kateri McRae and I first started thinking about what it means to fully reappraise emotional experiences, we were struck by something we saw in the emotion regulation research. Almost all of the studies treated reappraisal as a one-step process. Researchers would ask participants to “reappraise this to make yourself feel better” and then measure the effects.

Man with downcast eyes sits with elbows on knees and fists to temples
Intentionally finding a new way to think about how you’re feeling can help you start changing your emotions.
Maskot via Getty Images

However, theories about how people regulate their emotions suggest that, like any effortful psychological process, reappraisal involves multiple steps.

When you want to change how you’re feeling, you first generate a reappraisal. You bend and stretch your mind to come up with some alternative way to look at the situation. For Gigi, seeing the employee of the month plaque helped. She could have also thought of her boss’s previous compliments or how it felt to get projects done early.

After you generate a reappraisal, it might seem like you’re done, but you’re not. That alternative interpretation is fragile and must compete with your original take that’s driving your emotion. Somehow you need to strengthen that reappraisal so it can stick.

We call this implementation – when you focus and elaborate on that reappraisal to really change your mind about the situation. For Gigi, she may continue to think about all the ways that she can be a great employee so that it lodges firmly in her mind and makes her anxiety truly disappear.

We tested this idea in a study. We showed 89 undergraduate participants images of negative situations and asked them to first just generate a reappraisal of the image that could help them feel better about it. For example, they might see a picture of a frail man in a hospital bed and tell themselves that the man is getting good treatment and will be better soon. Then, we showed them the image again and asked them to focus and elaborate in their mind on their reappraisal.

Participants felt a little better after generating a reappraisal, but they felt much better after implementing it by focusing and fleshing out the details. In a follow-up study, we showed that these emotional boosts persisted when viewing the images later.

Choosing to commit to feeling better

So we experimentally showed that people reappraise their feelings in two steps. So what? That’s probably what everyone does naturally, anyway, right?

This was the next question we sought to answer. We conducted a study with 52 undergraduate participants like the earlier one, but with a twist. This time, after participants generated a reappraisal, we gave them a choice to continue the reappraisal process by implementing it or to stop the process by distracting themselves.

Participants chose to continue reappraising their emotions only about half the time. Even though reappraisal made participants feel better about the emotional images, there were still many times when they stopped the process prematurely and did not enjoy its full benefits.

Young woman looks out window holding tablet and pen
Successfully reappraising your emotions calls for not giving up on the process too soon.
whitebalance.space/E+ via Getty Images

In real life

These studies showing the benefits of fully following through on emotional reappraisals are lab experiments, but they have implications for how people try to help themselves feel better in real life.

First, it’s hard to intentionally change how you think about something, and people tend to dislike continuing to do hard things. Indeed, in our choice study, people opted to give up on reappraising when they weren’t feeling its benefits early on. Knowing this human tendency might give you the best chance of continuing reappraisal even when it doesn’t feel like it’s working or is hard.

Second, people often get reappraisals from others, and it’s tempting to think that hearing a new perspective is all you need. Indeed, we have unpublished data that shows that participants feel pretty good when receiving a reappraisal from someone else about their own situation. But other people cannot change your mind for you. You must do that yourself if you want to truly feel better.

Next time you’re in an unpleasant situation like Gigi’s, don’t just cursorily think that you can rise to the challenge. Really think through the situation and let your new perspective become your only one.

The Conversation

Christian Waugh receives funding from National Institutes of Health.

ref. You can change your emotions – but it’s a 2-step process that takes some effort – https://theconversation.com/you-can-change-your-emotions-but-its-a-2-step-process-that-takes-some-effort-280000

Genome sequencing is rewriting the history of disease outbreaks – but without social context, it can tell only part of the story

Source: The Conversation – USA – By Marc Zimmer, Professor of Chemistry, Connecticut College

A pathogen’s genome acts as a biological record of where it came from and how it spread. Westend61/Getty Images

Fingerprinting transformed police investigations by making it possible to place a suspect at a crime scene with physical evidence. Similarly, genome sequencing has changed how disease detectives study outbreaks by allowing them to read a pathogen’s genes as a biological record of where it came from and how it spread.

One way to think about sequencing is to imagine a virus or bacteria’s genome as a recipe book. Each gene is a recipe for making a protein. When scientists sequence a pathogen, they read the order of the genetic letters in those recipes.

Over time, small changes appear in the recipes as the pathogen mutates. By comparing those changes in samples collected from different places and times, researchers can determine which infections are related and estimate when and where the pathogen entered a population.

Scientists have used sequencing in this way to track outbreaks of COVID-19, Ebola, mpox and foodborne illnesses. This information helps public health investigators connect cases that might otherwise seem unrelated.

Genomic sequencing helps researchers keep track of virus variants.

Still, genomic sequencing has limits. It can show that different pathogen strains are related, but it cannot fully explain why an outbreak began in one place, why it spread in a particular direction, or how human behavior shaped its course. Answering those questions requires combining genomic data with historical records, archaeological artifacts, trade records and epidemiological investigations.

I am a chemist and the author of “Diseases Without Borders: Plagues, Pandemics, and Beyond,” a book for young adults on infectious disease and the ways it has shaped human history. In my research, I’ve found that while the genome can help researchers trace the evolutionary trail of a pathogen, other fields are needed to explain the environmental conditions that allowed this trail to become an outbreak.

Ancient DNA tells only part of the story

Advances in DNA sequencing and extraction over the past decade have made it possible to recover fragments of ancient DNA from bones and teeth. Researchers can use these genomes to study a metaphorical molecular fossil record of microbial evolution.

The Black Death, one of the deadliest pandemics in history, shows both the power and the limits of sequencing.

The infectious disease behind the Black Death, plague, is caused by the bacterium Yersinia pestis. DNA recovered from the teeth of people buried more than 5,000 years ago in what is now Sweden revealed the existence of an ancestral form of Y. pestis that had not yet adapted to fleas.

About 2,000 years later, the bacterium made an important evolutionary shift: It gained the ability to survive in fleas and pass back and forth between humans, rats and other mammals via flea bites. That change made the pathogen far more dangerous and helped pave the way for three great plague pandemics that followed: the Justinianic Plague from the sixth to eighth century; the Black Death and later waves from the 1300s into the 1700s; and the third pandemic from the 19th to mid-20th centuries.

But how and why did plague emerge and move through human societies with such devastating results? Genetic results alone are not enough to answer these questions.

When gravestones become genetic evidence

Geneticists needed archaeologists, paleoclimatologists and historians to complete the picture of the plague pandemics. The genome revealed the lineage. Other disciplines supplied the historical and environmental context.

Two 14th-century graveyards in what is now Kyrgyzstan provide a striking example of how historical evidence can guide genetic investigations into the origins of a pandemic.

Historian Philip Slavin noticed archival records pointing to an unusual number of gravestones from 1338 and 1339. Some of those tombstones explicitly referred to a pestilence as the cause of death.

That clue led to the next stage of the investigation, where archaeologist Maria Spyrou and her team extracted and sequenced ancient DNA from the skeletal remains of seven people buried in the graves and found genetic traces of Yersinia pestis in three of the skeletons. These strains were close precursors of the strain linked to the Black Death and ancestors of several modern Y. pestis lineages.

Map of locations of the Kara-Djigach and Burana archaeological sites in Kyrgyzstan, a map of graves color-coded by age and presence of Y. pestis, a horizontal bar chart of grave numbers over time, and a tombstone with a pestilence-associated inscription
The top map shows the locations of the gravesites in modern-day Kyrgyzstan, with regions of Y. pestis outbreaks shaded in blue. The map on the bottom left shows tombstones, burial dates and evidence of Y. pestis infection in a part of Kara-Djigach cemetery. The map on the bottom right shows annual numbers of tombstones from the archaeological sites of Kara-Djigach and Burana. And the artifact is a tombstone from the Kara-Djigach cemetery, part of the inscription reading ‘This is the tomb of the believer Sanmaq. [He] died of pestilence.’
Spyrou et al./Nature, CC BY-SA

This major finding was still not the whole story. It could explain where the Black Death pandemic began but not how the disease spread across Asia to Europe. Researchers found a potential answer to this question in artifacts buried at the site, which included pearls from the Indian Ocean, Mediterranean coral and foreign coins. Those objects suggested that the region was connected to long-distance trade networks.

Once the gravestones, skeletal remains, written records and trade goods were considered together, a richer picture emerged. Researchers could place the pathogen in a specific time and place and connect it to the networks of human movement that may have carried plague westward.

Sequencing provided the biological clue, revealing the pathogen’s identity and ancestry. History and archaeology turned that clue into a plausible narrative.

From ancient DNA to modern outbreaks

Genomic sequencing isn’t limited to examining outbreak cold cases. It is also researchers’ tool of choice for understanding new diseases.

When the first reported COVID-19 cases emerged in 2019, researchers quickly sequenced the virus and found that it was closely related to the virus that caused the 2002 SARS outbreak. This placed the new virus within a known family of pathogens.

Later genomic sequencing helped reveal the scale of a major superspreading event: the 2020 Biogen conference in Boston.

The biotech company Biogen brought together about 175 European and American executives at a moment when COVID-19 was only beginning to spread in the United States. In Europe, COVID-19 was also escalating, with northern Italy reporting locally transmitted clusters just days before the meeting. After the meeting, many Massachusetts cases were linked to the conference.

A 2020 Biogen conference in Boston is considered a superspreader event for COVID-19.

Researchers then analyzed thousands of viral genomes from patients in Massachusetts and elsewhere. One viral genome carried a unique genetic signature traceable to a European attendee at the conference. It matched viruses circulating in Europe but also had an additional mutation that appeared to have arisen during the attendee’s travel to Boston or early in the conference.

Because that altered sequence appeared only in people with direct or indirect ties to the meeting, it served as a genetic marker for the COVID-19 strain originating at the Biogen conference. By comparing it with other viral sequences in national databases, researchers tracked the strain associated with the conference to 29 states and several other countries.

Interviews and contact tracing alone couldn’t have made that chain of infection so clear because people may not know exactly when they were exposed, especially when infections spread through brief encounters, via travel or large meetings.

When genomes join the investigation

Genome sequencing has rewritten the history of disease by giving scientists a way to read a pathogen’s own record of change.

It can link ancient graves to later pandemics and trace a modern outbreak from one conference room to cases across a continent.

But the greatest strength of genome sequencing lies in partnership. Sequencing does not replace history, archaeology or public health investigation. It gives them a new molecular partner.

Combining work from these fields produces a fuller and more accurate account of how disease moves through the world.

The Conversation

Marc Zimmer does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Genome sequencing is rewriting the history of disease outbreaks – but without social context, it can tell only part of the story – https://theconversation.com/genome-sequencing-is-rewriting-the-history-of-disease-outbreaks-but-without-social-context-it-can-tell-only-part-of-the-story-279963

The Cherokee Bible, one of the language’s first books, is a window between worldviews

Source: The Conversation – USA (3) – By Margaret Bender, Professor of Anthropology, Wake Forest University

Sequoyah’s invention of a Cherokee syllabary helped translate the Bible soon after missionaries’ arrival. Wesley Fryer/Cherokee Heritage Center via Wikimedia Commons, CC BY

If you wanted to learn the Cherokee language in the 1990s, there weren’t many written resources: three dissertations from the 1970s and ’80s, one textbook and a handful of college classes in North Carolina and Oklahoma. Even on most Cherokee land, it was unusual to see street or building signs in this endangered Indigenous language.

There are nearly 500,000 enrolled members in the three federally recognized Cherokee Tribes: the Cherokee Nation and United Keetoowah Band, both based in Oklahoma, and the Eastern Band of Cherokee Indians, based in North Carolina. Only about 2,000 of those members speak Cherokee as a first language.

But over the past few decades, opportunities for learners of all ages have exploded. One of the authors of this article, Thomas Belt – a first-language speaker from Oklahoma – has been honored to play a role in that resurgence, working as a teacher, curriculum developer and language consultant. Today there is bilingual signage throughout the Eastern Cherokee reservation, in the Cherokee Nation capital of Tahlequah, Oklahoma, and on tribal buildings and some private businesses throughout Cherokee country.

Cherokees of all ages and in communities across the U.S. are working to revitalize the language in new ways, from apps, games and videos to social media, music and immersion schools.

Today, about 2,000 people speak Cherokee as a first language.

Amid all this innovation, there is also a 200-year-old resource that language learners turn to: the Cherokee translation of the Christian Bible.

New writing system

Translating the Bible into Cherokee began early in the 19th century, shortly after Protestant missionaries arrived in the Cherokee Nation – centered mainly in what are now western North Carolina, north Georgia and eastern Tennessee.

A painted portrait of a man in a blue coat and red turban smoking a pipe, pointing to a chart of letter-like symbols.
Sequohay’s writing system used a syllabary, not an alphabet.
Henry Inman/National Portrait Gallery via Wikimedia Commons

In 1821, the brilliant Cherokee Sequoyah invented a writing system for the Cherokee language. First, he identified all the vowels, consonants and combinations of them used in the Cherokee language. He then invented and taught characters for every syllable – making his writing system a syllabary rather than an alphabet that assigns a character to each individual consonant or vowel.

The elegance of the system made it easy for speakers to learn, and Cherokee literacy rates were reportedly high soon after its invention. The 1828 launch of the bilingual Cherokee Phoenix, the first Native American newspaper in the U.S., is testimony to the writing system’s popularity.

It also made it easy for the Cherokee to read the Bible, once it had been translated. Teams of Euro-American missionaries and Cherokee converts produced a Cherokee version of the Book of John in 1824. A complete Cherokee New Testament and most of the Old Testament emerged in the following decades.

3 options

For language learners today, the Cherokee Bible is much more than a source of words. In our 2025 book “The New Voice of God,” we found that the text captures the cross-cultural encounter that produced it. The translation does more than show how the Cherokee interpreted Christian theology; it is a window into the Cherokee worldview.

At the time, Cherokee did not have words for many of the concepts found in the Bible – hypocrisy, poverty, power and king, to name just a few. In such situations, translators have three options.

One is to use loan words, borrowed from the foreign language. Texts heavy with loan words, though, often require special training or guides in order for the general public to read them. We did not find any true loan words in the parts of the Bible we studied.

A second option is semantic extension: using a word whose meaning is similar in some way, creating a kind of cross-cultural metaphor. This happens frequently in the Cherokee translation. For example, sheep and shepherds appear frequently in the Bible, but sheep are not indigenous to the Americas. Instead, the translation uses the word for deer, “ahwi,” to translate sheep and represents a shepherd as “ahwi diktiya,” or deer-watcher.

The third option is to create a new descriptive word, a process also seen throughout the translation. For example, the Cherokee word for idols is “unehlanvhi diyelvhi,” meaning imaginary gods.

Cultural differences

In some cases, translators’ challenges suggested deep differences between a Western worldview and their own.

Christian missionaries’ culture drew a clear distinction between the sacred and the secular. In Cherokee culture, however, science, ritual and belief are tightly intertwined.

Specialized Christian terms such as resurrection, repentance, sin, purity, baptism, salvation and blessing didn’t translate well into that worldview. The expression of those concepts in Cherokee thus reads as more ordinary and accessible than in English.

‘Child’ of God

Major differences between the grammars of Cherokee and English also shaped how Cherokee Christians reframed biblical concepts. For example, Cherokee has no gendered pronouns: no equivalents of he, she, him, her, his or hers. This means that beings who are not clearly recognizable as human men or women, such as angels, devils and God, come across as gender-neutral in the Cherokee translation.

God becomes masculine only when referred to as a father, as in “ogidoda,” “our father.” Instead, the Cherokee Bible most commonly translates God as “unehlanvhi,” which is usually interpreted as meaning a gender-neutral creator. Jesus is described as the “uwetsi,” or child, of God – even though there is a fuller Cherokee phrase, “uwetsi atsusa,” boy child, that could have clearly identified Jesus as the son of God.

In English, some speakers consider “mankind” to refer to both men and women. But in Cherokee, the word for man, “asgaya,” is not interpreted that way. Whenever the word man appears in English translations of the Bible, the Cherokee word “yvwi,” person, is used, or occasionally “kilo,” someone. This inclusivity would have resonated much better with traditional Cherokee culture, which was more egalitarian and matrilineal, with ancestry and property passed down through mothers.

Learning today

A man in a blue suit speaks at a lectern as women in bright pink and red outfits sit behind him.
Principal Chief of the Cherokee Nation Chuck Hoskin Jr. speaks at the Cherokee Immersion School on Dec. 3, 2021, in Tahlequah, Okla.
AP Photo/Michael Woods

The Bible plays various roles in today’s Cherokee language learning, including as a source of vocabulary. For example, the most widely used online Cherokee dictionary gives Genesis 28:18 as its sample text for the word “go’i,” oil. But it also models how to form fluent phrases and sentences, mark transitions, narrate events and correctly use Cherokee’s complex grammar.

Perhaps even more importantly, the Cherokee Bible offers invaluable insight into Cherokee-specific meanings, interpretations of social and spiritual concepts, and a benchmark for understanding how the language has changed. Though the history of the relationship between Christian missionaries and Indigenous people is complex, this historic text is supporting an impressive contemporary wave of cultural and linguistic renewal.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Cherokee Bible, one of the language’s first books, is a window between worldviews – https://theconversation.com/the-cherokee-bible-one-of-the-languages-first-books-is-a-window-between-worldviews-271717

Sur Internet, une « mise en procès permanente » de la grosseur malgré les discours sur l’acceptation de soi

Source: The Conversation – in French – By Yann Bruna, Maître de conférences en sociologie, Université Paris Nanterre

Si de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui contre les jugements sur l’apparence et les normes corporelles dominantes, la grossophobie persiste, creusant les vulnérabilités et engendrant l’autocensure. Cadres d’émancipation, les réseaux sociaux sont aussi source de violences. Regard d’ensemble avec les premiers résultats de l’enquête « Grosseur en ligne ».


Comme le montre la sociologie du corps, les morphologies participent de systèmes de classement qui naturalisent les hiérarchies sociales. Ainsi, la minceur apparaît comme un « capital corporel » pour les femmes et les classes moyennes en quête ou en défense de leur position, tandis que la grosseur fonctionne comme un stigmate, renvoyant à une « maladie de la volonté », à un manque de discipline et à des modes de vie disqualifiés.

Pourtant, l’essor du « body positivisme » participe à brouiller ces hiérarchies. Porté aujourd’hui principalement par des créatrices de contenu en ligne, ce mouvement valorise des corps minorisés et dénonce la grossophobie.

Dans quelle mesure ces discours d’acceptation de soi et de critique des normes corporelles dominantes coexistent-ils avec la forte sensibilité aux remarques d’autrui ? Dans quelle mesure cette sensibilité aux discours des pairs, des proches et du personnel médical entre-t-elle en tension avec la légitimité limitée accordée à ces mêmes autres ?

Pour répondre à ce questionnement, nous nous appuyons sur l’exploitation des premiers résultats de l’enquête quantitative « Grosseur en ligne ». Celle-ci a été administrée à 850 individus résidant en France métropolitaine confrontés, pour une très large majorité, à des discours sur leur poids ou leur morphologie au cours de leur vie.

Indépendance déclarée face aux jugements, vulnérabilité incorporée

Nos résultats confirment un paradoxe déjà documenté dans notre précédente recherche qualitative : les enquêtés affirment massivement que la seule parole pleinement légitime sur leur corps est la leur, plus encore chez les femmes (tableau 1). Mais, dans le même temps, ils font part d’une forte sensibilité aux remarques de toutes les figures proposées, y compris celles considérées comme peu, voire pas du tout légitimes (tableau 2).

Lecture : 25,8 % des hommes enquêtés considèrent leurs parents tout à fait légitimes à s’exprimer sur leur morphologie.
Fourni par l’auteur
Lecture : 59,8 % des femmes enquêtées se déclarent fortement affectées par les remarques de leurs parents sur leur morphologie.
Fourni par l’auteur

Cette tension peut se comprendre comme l’effet d’un double processus. D’un côté, la diffusion des discours d’acceptation de soi et, plus largement, d’une normativité croissante de l’authenticité et de l’auto‑expression en ligne, encourage à revendiquer la maîtrise de la définition de son corps. De l’autre, la persistance de rapports de pouvoir incorporés donne aux paroles parentales, conjugales et médicales une efficacité symbolique forte, y compris lorsque leur légitimité est explicitement contestée.

Les différences de genre renforcent ce résultat : les femmes sont davantage socialisées à se penser comme jugées sur leur apparence. Mais elles sont aussi plus nombreuses à se doter de ressources en ligne pour reprendre la main sur le récit de leur corps. Les hommes sont moins souvent les cibles de remarques explicites sur leur poids. Notre enquête ajoute qu’ils sont moins enclins à se dire affectés par ces potentielles remarques, et qu’ils sont moins présents dans les espaces numériques de politisation de la grosseur.

La récurrence des remarques sur le poids joue également un rôle majeur sur la légitimité accordée au médecin, comme le montre le graphique ci-dessous.

Lecture : 9,5 % des personnes subissant souvent des remarques sur leur poids pensent que le médecin est tout à fait légitime à s’exprimer sur leur morphologie.
Fourni par l’auteur

Pour aller plus loin, il est à noter que les cadres et personnes diplômées du supérieur contestent davantage la légitimité des médecins. Mais elles se déclarent plus fortement affectées que les autres par les remarques sur leurs corps émanant de ces personnes à fort capital symbolique. De leur côté, les employés/ouvriers reconnaissent plus volontiers la légitimité de ces mêmes figures tout en se disant moins affectés par leurs remarques.

L’autonomie discursive est donc à la fois une valeur et un capital. On peut plus aisément se déclarer comme la seule personne légitime à s’exprimer sur son propre corps lorsque l’on dispose des ressources nécessaires pour faire face aux institutionnalisations des jugements (médicaux, professionnels, familiaux).

Accepter la grosseur ou accepter sa grosseur ? Des réceptions socialement distribuées

Les données sur l’auto‑assignation invitent à distinguer les modalités de présentation de soi en fonction, au moins en partie, de l’appartenance à différentes catégories sociales. Par exemple, les étudiants s’éloignent d’un vocabulaire pathologisant (« obèse », 0,2 %) et se retrouvent davantage dans une terminologie anglophone plus engagée (« small fat », « plus size »), tandis qu’une proportion importante d’entre eux se définit comme « normaux » (28,8 %). Plus préoccupés par le corps « qui devrait être », les cadres et professions intermédiaires parlent davantage « d’avoir des formes » ou « d’être en surpoids » (tableau 3).

Lecture : Pour parler de leur morphologie, 11,9 % des étudiants enquêtés se décrivent prioritairement comme des personnes « plus size ».
Fourni par l’auteur

Dans la continuité, les personnes les plus dotées en capital culturel sont également plus nombreuses à suivre des comptes qui théorisent la grossophobie et à se doter d’arguments pour contester la médicalisation du poids. Surtout, au moment de l’abonnement, elles ne sont pas attentives aux mêmes éléments. 17,9 % des plus diplômées expliquent que le fait qu’un influenceur ou une influenceuse cite des sources dans ces contenus est essentiel pour obtenir leur adhésion, contre 3,8 % chez les non-diplômées.

L’enquête montre par ailleurs que les personnes diplômées du supérieur sont plus nombreuses à répondre qu’elles ont parfois du mal à trouver les corps gros « jolis » (48,9 % pour les titulaires d’un Master ou équivalent, contre 11 % pour les personnes sans diplôme), ce qui témoigne de la persistance de l’esthétique dominante, même chez celles et ceux qui la critiquent voire la combattent en théorie.

À l’autre pôle, les employés, ouvriers et moins diplômés mobilisent davantage le terme d’« obésité », médicalement construit, utilisent moins les labels militants et s’approprient moins les ressources scientifiques véhiculées par les influenceuses. Ils et elles se trouvent davantage enfermés dans une pathologisation du poids « qui devrait être, mais qu’ils et elles n’ont pas », peu armés pour contester le discours d’expertise alors qu’ils et elles entretiennent des rapports plus conflictuels avec l’autorité médicale.

La possibilité de transformer le stigmate en identité revendicable est donc inégalement distribuée. En ce sens, le « body positivisme » et les mouvements en ligne de lutte contre la grossophobie ne produisent pas mécaniquement une « démocratisation » de l’acceptation de soi : ils semblent offrir des ressources supplémentaires à celles et ceux qui disposent déjà de capitaux pour les mobiliser, tandis que d’autres restent davantage assignés à une expérience individualisée et plus irréversible de « problème de poids ».

L’ambivalence des espaces numériques comme lieux de résistance

L’enquête permet aussi de nuancer l’image des réseaux socionumériques comme simples amplificateurs de violence ou comme cadres d’émancipation. D’un côté, ils apparaissent comme des espaces d’entre‑soi informés et protecteurs : plus de la moitié des répondant·es les utilisent pour écouter des personnes concernées et pour se documenter sur la grosseur, tandis qu’une grande majorité rejoint des groupes privés, filtre les contenus, bloque ou signale des comptes agressifs. Une grande partie de répondants explique construire leur propre « bulle de filtre », où l’exposition à la violence symbolique est réduite et où la parole des « expertes par appartenance », c’est-à-dire ici des créatrices de contenus, est privilégiée.

D’un autre côté, ces mêmes réseaux représentent des dispositifs de gouvernement de soi : hommes et femmes se distinguent entre une volonté bien plus forte chez les premiers d’entamer un parcours de perte de poids, quand les secondes souhaitent plutôt parvenir à accepter leur propre corps :

Lecture : parmi leurs usages des réseaux sociaux en lien avec la grosseur, 19,2 % des femmes les utilisent prioritairement pour acquérir et/ou partager de nouvelles connaissances.
Fourni par l’auteur

Nombre d’enquêtés décrivent aussi des feeds « en tension » où coexistent contenus « body positivistes » et contenus de fitness, de régimes, de « bodygoals », tandis que les pratiques de retouche des photos (se montrer « à son avantage » sur les profils publics, moduler l’apparence selon le contexte – CV, applications de rencontre, famille) témoignent d’un ajustement permanent de la mise en visibilité de soi au regard anticipé d’autrui. Une fois de plus, ce sont les femmes enquêtées qui déclarent davantage s’être déjà retenues de poster des photos d’elles en ligne que les hommes (51 % contre 41,4 %).

En somme, les espaces numériques permettent certes de recomposer les regards, mais cette recomposition s’opère à partir d’inégalités préexistantes : ils offrent des opportunités d’acceptation et de résistance qui sont elles‑mêmes traversées par les rapports de genre et de classe. C’est précisément dans cet entre‑deux – entre promesse d’émancipation en ligne et persistance des contraintes matérielles et symboliques hors ligne – que se joue l’expérience contemporaine de la grosseur.

The Conversation

Pour réaliser cette enquête, Yann Bruna a reçu des financements de recherche de la MSH Mondes (Université Paris-Nanterre).

ref. Sur Internet, une « mise en procès permanente » de la grosseur malgré les discours sur l’acceptation de soi – https://theconversation.com/sur-internet-une-mise-en-proces-permanente-de-la-grosseur-malgre-les-discours-sur-lacceptation-de-soi-281173