Informer sur les catastrophes à l’époque du Japon féodal : le rôle des « kawaraban »

Source: The Conversation – in French – By César Castellvi, Sociologue, maître de conférences en études japonaises, Université Paris Cité

Estampe représentant deux _yomiuri_, des vendeurs ambulants de *kawaraban*, réalisée par Kunichika Toyohara (1835-1900) en 1867 ou 1868. Dès le XVIIᵉ siècle, le colportage permettait de contourner l’interdiction de ces publications. Kenji Morita, 2026., Fourni par l’auteur

Comment les catastrophes naturelles étaient-elles couvertes avant l’apparition de la presse moderne ? Au Japon, la réponse se trouve dans des publications populaires diffusées dans les villes : les kawaraban. En mêlant information et divertissement, ces feuillets pouvaient paraître quelques jours à peine après un séisme, un incendie, mais aussi relater toutes sortes de faits divers. Retour sur l’histoire d’un format médiatique méconnu, qui a su contourner la censure pour faire circuler des nouvelles dans le Japon d’avant le XXᵉ siècle.


Le Japon est un pays régulièrement frappé par de nombreux cataclysmes naturels. Tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques, typhons et inondations y font naturellement l’objet d’une couverture particulière par les médias du pays. Mais alors que l’arrivée de la presse moderne dans l’archipel ne remonte qu’au début des années 1870, que sait-on de la période qui précède ? Partir de cette question nous amène à nous intéresser au rôle joué par un format médiatique aujourd’hui disparu, mais qui a circulé dans les rues des grandes villes japonaises entre la fin du XVIIᵉ et les premières années du XXᵉ siècle : les kawaraban.

Les kawaraban étaient des feuillets illustrés incluant des commentaires, imprimés par xylographie et diffusés dans les centres urbains du pays. L’origine de leur nom est assez obscure. Littéralement, on pourrait traduire ce terme par « imprimés sur tuile ». On sait aujourd’hui que cette appellation est en réalité une référence à leur piètre qualité. Leur aspect donne en effet le sentiment que la matrice ayant servi à leur impression aurait été réalisée avec la même argile que celle utilisée pour fabriquer les tuiles de l’époque.

De fait, si on les compare aux estampes produites à la même période et qui allaient émerveiller le public occidental à la suite de l’ouverture du pays dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les kawaraban n’offraient généralement pas un grand raffinement esthétique. Mais leur principal intérêt est ailleurs.

Des publications à la réputation sulfureuse

Les effets conjugués de l’accès à la lecture d’une partie importante de la population et du développement des techniques d’impression ont largement contribué à renforcer la culture de l’édition et l’industrie du livre dans le Japon des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. C’est dans les marges de ce monde florissant que les kawaraban se sont développés, sans que l’on puisse aujourd’hui en identifier les auteurs.

Sur bien des points l’on peut considérer les kawaraban comme les ancêtres de la presse à sensation moderne. Accessibles aux franges populaires urbaines, ils remplissaient une double fonction, à la fois informative et divertissante. À une époque où la censure demeurait la règle et où la liberté d’expression était encore loin d’être un droit fondamental, les sujets proscrits étaient nombreux : interdiction d’évoquer ou de critiquer le pouvoir politique, qu’il s’agisse du shogun installé dans la capitale, Edo – ancien nom de Tokyo –, ou des seigneurs à la tête des différents fiefs, ou de parler des relations avec l’étranger. Les premiers kawaraban traitaient de cas de suicides retentissant, de vendettas entre clans rivaux, d’histoires de vengeance et de toutes sortes de faits divers présentés comme extraordinaires.

Pourtant, ces imprimés étaient introuvables dans les nombreuses librairies qui prospéraient dans les différents centres urbains du pays. Leur interdiction remonte à la fin du XVIIᵉ siècle. Pour obtenir ces feuillets illégaux, il fallait s’adresser à des vendeurs qui déambulaient dans les rues, généralement par deux et le visage à moitié couvert. Ces colporteurs de nouvelles, appelés yomiuri, faisaient la promotion de leurs publications en présentant leur contenu de manière tapageuse dans l’espoir de susciter l’intérêt des passants, un peu à la manière des camelots de journaux de l’âge d’or de la presse en France.

Incendies et séismes, des sujets majeurs

Parmi les sujets de prédilection de cette forme de presse populaire, les kawaraban consacrés aux catastrophes tenaient une place de choix. La plus grande collection encore accessible aujourd’hui est conservée à l’Université de Tokyo. Comprenant plus de 570 pièces, près de la moitié d’entre elles porte sur les catastrophes qui s’abattaient sur l’ensemble du territoire, preuve que le sujet y tenait une place centrale. Parmi les plus courantes, il faut notamment mentionner les tremblements de terre ainsi que les incendies.

Si la rapidité de production de ces imprimés était de toute évidence loin d’égaler celle des journaux et des médias contemporains, certaines éditions pouvaient être réalisées seulement quelques jours après une catastrophe. Les kawaraban pouvaient proposer des descriptions des zones détruites par un incendie. Certains incluaient également des informations sur les différents lieux où les personnes sinistrées pouvaient trouver une aide matérielle.

Les textes pouvaient aussi contenir des messages invitant les individus séparés de leur famille à prendre au plus vite contact avec leurs proches afin de ne pas les laisser dans l’inquiétude. Ce souci de transmettre des informations rassurantes à la population n’est pas sans rappeler l’approche adoptée par de nombreux médias contemporains.

Se rendre utile pour vendre

Pour espérer bien vendre un kawaraban, il fallait soit qu’il représente une forme de divertissement, soit qu’il comporte des informations utiles, voire les deux.

Les éditions consacrées aux catastrophes se distinguaient de celles portant sur les récits de vengeance ou les faits divers sensationnels par la relative précision des informations qu’elles proposaient. Cette caractéristique a également rendu possible une reconnaissance implicite de leur utilité sociale par le pouvoir politique. En effet, malgré leur illégalité, ces imprimés ont continué à circuler avec une certaine liberté dans les rues d’Edo et d’Osaka.

Ce fut particulièrement le cas pendant les années 1850, une période marquée par plusieurs séismes d’ampleur qui ont touché la côte pacifique et la région d’Edo. Cette situation s’explique notamment par la clémence dont faisait preuve le pouvoir lorsque les kawaraban contribuaient à diffuser des informations utiles à la population. Les éditeurs de ces publications étaient parfaitement conscients de cet avantage. Il n’était ainsi pas rare de voir apparaître, au détour d’un texte, quelques louanges adressées aux autorités afin de ne pas s’attirer leurs foudres.

Kawaraban publié en 1855 donnant avec précision la liste des riches marchands ayant contribué financièrement au soutien des victimes du séisme.
Kenji Morita, 2026., Fourni par l’auteur

Malgré cette tolérance relative, ces publications n’en demeuraient pas moins illégales. Mais d’où leurs éditeurs tiraient-ils donc leurs informations ? De même, comment celles-ci pouvaient-elles circuler d’une région à l’autre ? L’historien Kenji Morita met en avant le rôle essentiel joué par les messagers chargés d’acheminer le courrier et les marchandises dans le Japon de l’époque d’Edo.

Littéralement appelés « jambes ailées » (hikyaku), ces individus avaient la particularité de circuler de quartier en quartier, notamment dans les villes, mais aussi de province en province lorsqu’ils étaient chargés des communications officielles. Ils avaient ainsi accès à des informations de première main et constituaient des sources de choix pour les producteurs de kawaraban.

L’humour pour surmonter l’épreuve

Parmi les kawaraban consacrés aux catastrophes qui nous sont parvenus, une catégorie en particulier peut sembler singulière : celle des « images de poisson-chat » (namazu·e). Si ces estampes bénéficient d’un niveau de réalisation plus élevé que les kawaraban les plus rudimentaires, leur caractère illégal et l’anonymat de leurs auteurs permettent de les rattacher à ce format médiatique.

Kawaraban de type namazu·e publié en 1855 et représentant, à l’aide de jeux de mots, les professions gagnantes et perdantes à la suite du grand tremblement.
Kenji Morita, 2026., Fourni par l’auteur

L’utilisation du poisson-chat (namazu·e) s’explique par une croyance largement répandue à l’époque, selon laquelle les tremblements de terre étaient provoqués par un gigantesque silure vivant sous l’archipel.

Ces kawaraban représentent ainsi de nombreux poissons-chats anthropomorphes censés incarner le séisme et ses effets sur la société. Sur un ton toujours teinté d’humour et d’un certain cynisme, certaines illustrations mettent en avant l’impossibilité de faire confiance au poisson-chat afin de souligner le caractère inéluctable et imprévisible des tremblements de terre. D’autres montrent des poissons-chats réincarnés en artisans tirant profit des destructions des habitations pour obtenir de nouvelles commandes.

Pour bien comprendre la manière dont ces messages à caractère humoristique pouvaient être interprétés, il faut prendre en compte un autre message implicite, souvent présent dans ce genre de kawaraban. Plus qu’une interprétation en termes de châtiment frappant un monde corrompu, c’est l’idée d’un nouvel ordre à venir qui revient de manière récurrente. Ainsi, si certains perdent la vie, d’autres peuvent aussi espérer tirer parti de la situation pour se reconstruire. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le recours à l’humour en période de grandes difficultés pour une partie de la population touchée par une catastrophe.

Enfin, il faut rappeler qu’à l’âge d’or des kawaraban entre les années 1850 et 1870, l’exigence d’objectivité ou de véracité de l’information n’était pas encore à l’ordre du jour. Nous étions à une époque où information et divertissement ne s’étaient pas encore véritablement séparés. Ce mélange des genres allait d’ailleurs perdurer dans les premiers temps de la presse moderne, qui se développa progressivement au cours des dernières décennies du XIXᵉ siècle. Les deux formats, kawaraban et journaux, ont d’ailleurs coexisté jusqu’au début du XXᵉ siècle.

The Conversation

César Castellvi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Informer sur les catastrophes à l’époque du Japon féodal : le rôle des « kawaraban » – https://theconversation.com/informer-sur-les-catastrophes-a-lepoque-du-japon-feodal-le-role-des-kawaraban-288955

Faut-il s’inquiéter de la « starlinkisation » de l’accès à Internet en Afrique ?

Source: The Conversation – in French – By Maxim Haba, Docteur en droit public, Université de Bordeaux


L’ESSENTIEL

  • En mai 2026, le réseau Internet par satellite Starlink, de la société SpaceX d’Elon Musk, avait réussi à s’implanter dans plus de la moitié des 54 États du continent africain.

  • Du point de vue de ces États, le recours aux installations des géants du numérique répond à la volonté de garantir un accès universel à Internet haut débit. Cette solution renforce toutefois leur dépendance à des infrastructures appartenant à des opérateurs non nationaux.

  • Les États africains sont ainsi confrontés à un arbitrage entre quête de souveraineté numérique et amélioration de la connectivité. Face à la starlinkisation de l’accès à Internet, leurs stratégies varient.


L’accès à Internet en Afrique est marqué par une forte dépendance aux infrastructures numériques, en particulier aux câbles sous-marins, qui appartiennent à des opérateurs privés souvent non nationaux. La quasi-totalité du marché africain de la connectivité est contrôlée par les géants du numérique
– Google, Meta, Microsoft… Cette dépendance technologique est renforcée par l’avènement d’un « nouveau » venu : Starlink. Il s’agit d’une solution de connexion à Internet par voie satellitaire promue par la société américaine d’Elon Musk, SpaceX. L’entreprise ambitionne de devenir un fournisseur d’accès à Internet de premier plan en Afrique.

Pour autant, la starlinkisation de la connexion à Internet en Afrique soulève plusieurs questions substantielles. Dès lors que les infrastructures et les données des États africains reposent sur des constellations de SpaceX, la question de leur souveraineté numérique se pose avec acuité. À cela s’ajoute le difficile équilibre entre, d’une part, le désir exprimé par certains États d’une inclusion numérique passant par l’accès universel à un réseau de qualité et, d’autre part, la volonté de certains gouvernements d’exercer un contrôle sur la possibilité pour les habitants de leurs pays d’accéder librement à Internet.

Une « starlinkisation » fulgurante de l’accès à Internet en Afrique

La constellation Starlink semble décidément conquérir le continent.

Concrètement, depuis sa première entrée sur le marché africain en janvier 2023 via le Nigeria, le fournisseur d’accès à Internet a obtenu des autorisations pour le déploiement de son service dans 29 pays africains – dont dix d’Afrique de l’Ouest, quatre d’Afrique centrale, huit d’Afrique de l’Est et cinq d’Afrique australe (chiffres de mai 2026)

Parallèlement à cet usage encadré, on assiste dans plusieurs États à une utilisation non régulée ou « clandestine » du réseau. En effet, les États dans lesquels la société SpaceX ne dispose pas de licence considèrent sans surprise comme illégal l’usage personnel ou à titre commercial des services Starlink, généralement au motif que l’entreprise ne respecte pas le cadre juridique applicable au secteur des communications électroniques.

À titre d’exemple, l’Autorité gabonaise chargée de la régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) a annoncé dans un communiqué l’interdiction d’installer, d’utiliser et de commercialiser les offres Starlink sur le territoire du Gabon. L’Arcep a également précisé les sanctions – peine de prison et sanctions pécuniaires –encourues par les contrevenants.

Dans la même logique, en Guinée, l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) a rappelé dans un communiqué du 30 mars 2026 l’interdiction faite aux utilisateurs de commercialiser le Wi-Fi fourni par le réseau Starlink dans le cadre des « Wi-Fi zones », faute de délivrance d’une licence ou d’une autorisation préalable auprès du régulateur. Plus encore, des agents de l’ARPT ont été dépêchés sur le terrain pour désinstaller et confisquer les équipements Starlink utilisés par les « revendeurs » de Wi-Fi.

Starlink et la souveraineté numérique des États africains : entre méfiance et enthousiasme

La souveraineté numérique se traduit par la maîtrise étatique de l’ensemble des segments du numérique – protocoles, infrastructures, données, réseau et espace informationnel – sans dépendance subie à des opérateurs extérieurs. En Afrique, la notion de souveraineté numérique semble bornée à l’ambition des États de réduire leur dépendance aux diktats des géants du numérique par la construction d’infrastructures nationales et le contrôle du réseau au moyen de la réglementation ou de la régulation.

La starlinkisation de l’accès à Internet en Afrique met en lumière une position binaire des États en matière de souveraineté.

Certains se montrent méfiants quant au déploiement du réseau Starlink. La raison officiellement invoquée est la non-conformité du fournisseur aux textes juridiques portant sur le secteur des télécommunications. Mais l’interdiction du réseau Starlink pourrait s’expliquer par un motif inavoué. En effet, certains États africains s’adonnent à la pratique de la coupure ou du blocage intentionnel d’Internet.

Face à ces mesures de blocage, les internautes africains ont pris l’habitude de recourir à des moyens de contournement des opérateurs de communication électronique traditionnels. Ainsi, l’utilisation « clandestine » du réseau Starlink pourrait être considérée comme un moyen d’affaiblir l’efficacité des mesures de blocage d’Internet. Plus précisément, en l’absence de licence ou d’autorisation préalable délivrée par les autorités nationales, ces dernières ne peuvent pas contraindre Starlink à se soumettre aux mesures de blocage. Dès lors, son utilisation peut être perçue par les États bloquant Internet comme une « porte dérobée » aux injonctions étatiques.

D’autres États ont autorisé le déploiement du réseau Starlink, considérant qu’il pourrait permettre un accès universel à l’Internet haut débit, notamment dans les zones considérées comme des « déserts numériques ». Particulièrement dépendants des infrastructures physiques terrestres – tels que la fibre optique ou les câbles sous-marins – et de leur lot de failles et de l’inaccessibilité des réseaux, certains États africains voient dans la solution Starlink une alternative pouvant favoriser une large inclusion numérique.

Toutefois, cette starlinkisation renforce la logique de dépendance des États à des opérateurs numériques étrangers, en particulier à SpaceX.

En effet, la société de Musk s’ajoute à la liste des géants du numérique qui contrôlent la quasi-totalité des infrastructures physiques du réseau Internet en Afrique, à savoir Google, Meta, Amazon… Les données et les échanges générés sur le continent transitent également par les installations de ces opérateurs privés. Il en découle une délégation par les États africains des infrastructures et des données numériques de leurs populations, avec les risques que cela occasionne
– surveillance étrangère, espionnage, usage illicite des données à des fins commerciales, etc.

Des États en quête de contrôle du réseau Starlink ?

Face aux risques de « perte de contrôle » par les États sur le réseau Starlink, deux pratiques ont cours en Afrique.

D’un côté, les États qui considèrent comme illégales l’installation, l’utilisation et la commercialisation de Starlink utilisent des moyens juridiques et techniques pour mettre en pratique les interdictions émises. Cela passe généralement par des injonctions faites à SpaceX de couper l’accès au réseau Starlink. En outre, les États concernés peuvent recourir aux techniques de brouillage des signaux ou au déploiement des agents sur le terrain afin de désinstaller les équipements du fournisseur.

De l’autre côté, certains États ont opté pour une régulation supervisée. C’est le cas de la Côte d’Ivoire. L’autorisation de Starlink par l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI) a été soumise à la possibilité d’interrompre l’accès au réseau. En outre, les États africains ayant émis des autorisations peuvent user de leviers juridiques
– suspension ou annulation de la licence — pour garder un contrôle sur les activités.

En définitive, la starlinkisation de l’accès à Internet en Afrique favorise l’accès universel à un réseau de qualité tout en renforçant la dépendance des États africains aux géants du numérique. Ce dernier phénomène entraîne une perte progressive de la souveraineté des États sur les infrastructures physiques du réseau Internet.

Dès lors, pour les États africains, l’essor de l’accès à Internet à travers le réseau Starlink impose de trouver la ligne de crête entre recherche d’une inclusion numérique et quête d’une souveraineté numérique. Cela passe sans aucun doute par une régulation respectueuse des droits des internautes africains.

The Conversation

Maxim Haba est docteur en droit public de l’Université de Bordeaux. Il est spécialisé en droit public du numérique. Il est également délégué territorial du Défenseur des droits.

ref. Faut-il s’inquiéter de la « starlinkisation » de l’accès à Internet en Afrique ? – https://theconversation.com/faut-il-sinquieter-de-la-starlinkisation-de-lacces-a-internet-en-afrique-287464

La selección: a la sombra de la Luna

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lorena Sánchez, Responsable de Eventos. Editora de Ciencia y Tecnología, The Conversation

Donatas Dabravolskas/Shutterstock

La astronomía tiene algo de efecto ansiolítico. El cielo por encima de las nubes reconforta. Uno mira las estrellas y el alma viaja ligera, años luz. Los astros lejanos se adivinan mires desde donde mires, desde hogares en duelo, desde pastos quemados, desde fronteras infames. La Luna y el Sol son gratis. El cielo se rige por leyes anteriores al comercio, y no hay mercader que pueda vender un eclipse.

A partir de las 19:00 horas del próximo 12 de agosto vamos a vivir en España una experiencia para la que basta con unas gafas seguras y mirar hacia donde atardece. Durante algo más de dos horas, estaremos a la sombra de la Luna. Viviremos una falsa noche de acontecimientos afortunados: bajará la temperatura, cambiará el viento, los animales se inquietarán como lo hicieron sociedades que aún no habían domado las matemáticas para predecir danzas cósmicas.

Un suceso así afecta al conjunto de la sociedad. Interpela al cine, a la historia, a la literatura, a la política, y por supuesto, a la ciencia.

El cine recogió el impacto de los eclipses desde sus orígenes. Georges Méliès lo contó como un romance en blanco y negro en El eclipse: el cortejo entre el Sol y la Luna (1907). En literatura, viajan de Homero a Virginia Woolf casi siempre acarreando malos presagios. Lo babilonios ya sabían predecir eclipses, pero ni griegos ni romanos soltaron del todo la mano de los dioses para mover la Luna. En China, el mito de un dragón celestial explicó los eclipses durante milenios. “La imagen es poderosa: un dragón celestial devorando el Sol, mientras en la Tierra, el pueblo, aterrorizado, hace sonar tambores y gongs para espantarlo y salvar la luz del día”, escribe el astrónomo Javier Armentia, autor del artículo.

También es un fenómeno político. Organizar un país para un acontecimiento multitudinario implica, como explica en esta entrevista el secretario de Estado de Ciencia Juan Cruz Cigudosa, a “13 ministerios y todas las comunidades autónomas”. Y trae dinero: “Cerca de seis millones de personas pernoctarán en la franja de totalidad, casi medio millón más que el año pasado. Supondrá un impacto económico adicional cercano a los 348 millones de euros”, explica Cigudosa.

En cuanto a la salud, están activas todas las alarmas para informar del alto riesgo ocular de observar el eclipse sin las gafas adecuadas, 30 000 veces más oscuras que unas gafas de sol normales.

Pero es la ciencia la que se frota las manos ante un eclipse. Es la que puede explicar con milimétrico detalle qué ocurrirá el día 12 de agosto en el cielo.

Algún día no habrá eclipses totales. La Luna se aleja de la Tierra con lentitud de película francesa. Dentro de mil millones de años será ya demasiado remota para cubrir el disco solar. Ahora, todavía, el Sol y la Luna comparten en el cielo el mismo tamaño ilusorio –la estrella unas cuatrocientas veces mayor, la Luna cuatrocientas veces más cercana–. Esa coincidencia geométrica hace posible este instante. Convengamos en llamarla fortuna.

Segundos antes del eclipse total, lo que queda de Sol son las perlas de Baily, puntos de luz en el borde de la Luna. Ocurren porque la superficie de nuestro satélite tiene la belleza de lo impuro, no es lisa. Tiene montañas, cráteres y valles profundos. La luz del Sol se cuela a través de estos huecos del relieve lunar y así aparece un collar de cuentas de luz.

Entonces es el momento de observar la corona del Sol. Un espectacular halo de luz blanca. Es la atmósfera que envuelve al Sol. El campo magnético da forma y guía el plasma de la corona, creando arcos, plumas y estructuras filamentosas visibles a simple vista solo durante un eclipse total. Parecerá un girasol de luz blanca.

Sin darnos cuenta, también seremos testigos de cómo el Sol, un peso pesado en el tejido del espacio-tiempo, curva la luz de los astros.

Otra feliz coincidencia es que el eclipse se producirá en el punto de máxima actividad de las Perseidas (las “lágrimas de San Lorenzo”). La nave Tierra andará cruzando el campo sembrado de escombros y polvo cósmico que desprende el cometa 109P/Swift-Tuttle, un gigantesco cuerpo de hielo y roca que orbita alrededor del Sol cada 133 años. Nos deja 100 meteoros por hora cruzando el cielo nocturno.

¡Tanta fortuna junta! Habría que estar a la altura y pedir a los astros deseos que merezcan la pena.

The Conversation

ref. La selección: a la sombra de la Luna – https://theconversation.com/la-seleccion-a-la-sombra-de-la-luna-289258

Chanel à Biarritz, ou l’art de transformer la mémoire en capital

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathalie Darras, Maître de conférences, Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

Mais qu’allait faire la maison Chanel à Biarritz ? Pour son défilé croisière signé Matthieu Blazy, c’est le casino de la ville qui a été retenu en avril dernier. Photos du défilé Chanel

Le retour de Chanel à Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, où Gabrielle Chanel avait développé sa maison de couture à partir de 1915, ne constitue pas seulement une célébration patrimoniale. Il montre comment une entreprise familiale peut convertir son passé en ressource économique, symbolique et stratégique – et contribuer ainsi à rendre le luxe plus acceptable.


Le 28 avril 2026, Chanel a présenté, au Casino municipal de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), sa collection croisière 2026-2027, la première conçue par Matthieu Blazy pour la maison. Le choix de la ville n’avait rien d’anodin. Gabrielle Chanel y avait installé en 1915 une maison de couture dans la Villa Larralde. Le défilé a coïncidé avec l’ouverture d’une boutique éphémère dans cette villa, progressivement rachetée par Chanel. La maison présente elle-même le choix de Biarritz comme un « retour aux sources ».

Plus d’un siècle après l’installation de Gabrielle Chanel à Biarritz, ce retour relie ainsi un lieu fondateur, l’arrivée d’un nouveau directeur artistique et la volonté de la maison d’inscrire le changement dans une continuité historique. Dans un secteur où presque toutes les marques revendiquent un héritage, posséder une histoire ne suffit plus ; il faut la rendre visible et crédible. Trois mécanismes ont été mobilisés dans ce cas : la richesse socioémotionnelle, le capital symbolique et l’usage stratégique du passé.




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Préserver plus qu’une valeur financière

Non cotée en Bourse, Chanel demeure contrôlée par la famille Wertheimer. Cette structure lui permet d’inscrire ses décisions dans un temps long, à l’écart des attentes trimestrielles auxquelles doivent répondre les entreprises cotées. En 2025, l’entreprise a annoncé 19,3 milliards de dollars (16,7 milliards d’euros, ndlr) de chiffre d’affaires, en hausse de 2 % à taux de change constant, et 4,7 milliards de dollars de résultat opérationnel.

Ce modèle ne peut être compris à travers la seule recherche du profit. Les entreprises familiales cherchent aussi à préserver le contrôle, l’identité, la réputation et la transmission.

Gomez-Mejia et al. ont introduit l’expression de « richesse socio-émotionnelle » pour désigner les bénéfices non financiers que les familles retirent du contrôle de leur entreprise. Berrone et al. en ont ensuite précisé les différentes dimensions : l’identification à l’entreprise, les liens sociaux, l’attachement émotionnel et la transmission aux générations suivantes. Autrement dit, une famille propriétaire ne cherche pas seulement à gagner de l’argent. Elle veut aussi conserver une histoire, une réputation et une capacité de décision. Cette approche aide à comprendre le maintien d’un capital fermé ou des investissements patrimoniaux dont la rentabilité immédiate reste difficile à mesurer.

Gabrielle Chanel sur la plage à Biarritz dans les années 1920.
Archives privées/DR. Chanel.

Chez Chanel, cette indépendance actionnariale fait écho à l’un des traits les plus valorisés dans le récit de Gabrielle Chanel : sa volonté farouche de préserver son autonomie. L’entreprise Chanel s’est pourtant construite grâce à des soutiens financiers et à des alliances commerciales, notamment avec les frères Paul et Pierre Wertheimer, ascendants des actuels propriétaires.

Transformer le patrimoine en capital symbolique

Le deuxième mécanisme est la transformation du patrimoine en capital symbolique. Chez Bourdieu, cette notion renvoie au prestige et à la légitimité qu’un acteur tire de ressources économiques, sociales ou culturelles dès lors qu’elles sont reconnues comme légitimes.

Dans le luxe, une maison ne vend pas seulement un objet. Elle vend aussi une origine, une rareté et une place dans l’histoire culturelle. L’installation à Biarritz donne une réalité concrète au récit de Chanel en reliant une collection contemporaine à un épisode attesté de l’histoire de sa fondatrice. Une date, une villa, une archive ou un territoire soutiennent un discours d’authenticité plus efficacement qu’une campagne affirmant simplement que la maison est ancienne.

Le rachat de la Villa Larralde renforce cette matérialité, puisque la maison Chanel réintègre le lieu à son patrimoine immobilier, commercial et culturel. Le parcours de Gabrielle Chanel, associé à l’indépendance et à la remise en cause des conventions vestimentaires, nourrit également le prestige de la marque.

Sélectionner le passé pour construire le présent

Une entreprise ne mobilise jamais toute son histoire. Elle choisit les personnages, les lieux et les événements qui correspondent le mieux à l’identité qu’elle souhaite défendre. Le retour à Biarritz relève de cette logique de sélection. La présence de Gabrielle Chanel dans la ville est attestée, mais le choix de remobiliser cet épisode dans l’histoire de la marque répond à un enjeu actuel : inscrire l’arrivée de Matthieu Blazy dans une continuité qui dépasse les changements de créateurs.

Ce procédé rappelle la notion de « tradition inventée », développée par Hobsbawm et Ranger (1983). L’expression ne désigne pas nécessairement la fabrication d’un passé fictif. Elle décrit aussi la réactivation sélective d’un passé réel afin de produire un sentiment de continuité.

Cette mémoire n’est ni brute ni neutre. Gabrielle Chanel avait elle-même façonné son personnage public en sélectionnant ou en réinterprétant certains épisodes de son parcours, en en taisant ou en recréant d’autres. L’entreprise hérite donc d’un récit déjà construit.

France 3, Nouvelle-Aquitaine 2015.

Du storytelling au « storyproving »

Pendant longtemps, les maisons de luxe ont fondé leur légitimité sur le « storytelling », soit l’histoire d’un fondateur, d’un geste créatif ou d’une origine. Mais cela ne suffit pas toujours, car quasiment toutes les marques peuvent désormais produire un récit sur leur authenticité.

On pourrait qualifier l’évolution actuelle de passage du storytelling au storyproving. Il ne s’agit plus seulement de raconter l’histoire de l’entreprise, mais de fournir des éléments qui lui donnent une réalité matérielle. Les lieux historiques, les archives et les ateliers deviennent alors des preuves.

La Villa Larralde à Biarritz associe une origine historique, une activité commerciale et un futur espace de valorisation des savoir-faire. Mais une preuve matérielle ne rend pas le récit complet. Biarritz confirme l’ancienneté de la présence de Chanel dans la ville, tout en mettant en lumière un épisode particulier. Le storyproving ne supprime donc pas la sélection du passé : il donne une forme tangible aux fragments choisis.

Rendre le luxe acceptable

Cette transformation de l’histoire en preuve répond à un ultime enjeu, l’acceptabilité du luxe. Fondé sur la rareté, la distinction et l’exclusivité, celui-ci peut entrer en tension avec les inégalités, les préoccupations environnementales, ou encore une demande croissante de transparence.




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Parler de « luxe acceptable » ne signifie pas qu’une communication patrimoniale suffirait à neutraliser les critiques. La notion renvoie à la capacité des maisons à produire des justifications crédibles.

Le luxe peut être défendu au nom de la création et des métiers d’art, mais critiqué pour son ostentation, son élitisme et ses effets sociaux ou environnementaux. Le patrimoine permet alors de présenter l’objet comme le résultat d’une histoire et de savoir-faire transmis, et non plus seulement comme un signe de richesse.

Cette légitimité reste toutefois insuffisante. Une histoire prestigieuse ne répond pas aux questions de traçabilité, de conditions de travail ou d’impact environnemental. Comme le montrent Berrone et al. dans leur analyse de la richesse socioémotionnelle, la volonté de protéger l’identité et la réputation familiales peut favoriser une vision à long terme, mais aussi compliquer les transformations qui menacent les équilibres établis.

Pour devenir acceptable, le luxe ne peut donc pas seulement prouver qu’il vient de loin. Il doit montrer que ses pratiques présentes sont cohérentes avec les valeurs d’excellence, de durabilité et de responsabilité qu’il associe à son héritage. Dans le luxe contemporain, la bataille de la légitimité se joue moins sur la mémoire elle-même que sur la capacité à en faire une preuve – non seulement d’authenticité, mais aussi d’acceptabilité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Chanel à Biarritz, ou l’art de transformer la mémoire en capital – https://theconversation.com/chanel-a-biarritz-ou-lart-de-transformer-la-memoire-en-capital-288625

Quand un simple T-shirt blanc devient tellement luxueux qu’il peut coûter plus de 500 euros

Source: The Conversation – France (in French) – By Rémi Le Goff, Professeur en stratégie et entrepreneuriat, Montpellier Business School

Sur quel levier les marques de luxe s’appuient-elles pour nous faire acheter un T-shirt blanc basique à plusieurs centaines d’euros, alors qu’on peut trouver un équivalent pour moins de 20 euros dans la fast-fashion, ou pour quelques dizaines d’euros dans des alternatives plus responsables ?


Ces dernières années, une tendance forte s’est imposée dans le luxe. On l’appelle le quiet luxury, ou luxe discret. Cette tendance repose sur une idée simple : proposer des produits au design minimaliste à des prix élevés.

Concrètement, le minimalisme consiste à aller à l’essentiel. Pas de logo, moins de détails, des lignes simples, peu ou pas d’ornement. Si le minimalisme peut évoquer le raffinement et le bon goût, il fait aussi apparaître un paradoxe.




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En effet, le quiet luxury masque les indices dont les consommateurs ont besoin pour évaluer la valeur d’un produit. Sans logo, sans nom de marque, sans monogramme, un produit de luxe minimaliste peut ressembler, au premier regard, à un produit ordinaire. Face à ce type de produit, l’acheteur potentiel se retrouve dans une forme d’incertitude quant à la valeur réelle du produit.

Les indices proposés par les marques de luxe

Assez logiquement, les marques de luxe engagées dans le quiet luxury cherchent à nous accompagner face à cette incertitude en nous donnant des indices de prestige. Un vendeur peut mentionner qu’un produit est signé par un designer reconnu ou mettre en avant l’histoire de la marque et son savoir-faire. S’il s’agit d’un achat en ligne, la renommée de la plateforme peut servir d’indice. S’il s’agit d’un achat en boutique, l’environnement raffiné peut jouer ce rôle.

T-shirts blancs en coton au design minimaliste.
CC BY

La présence de ces indices est donc un bon moyen pour signaler un savoir-faire, la qualité des matériaux, et ainsi justifier le prix du produit. Ces indices sont donc des leviers pour les marques de luxe, mais ils fonctionnent de manière assez étonnante.

Un effet inattendu des indices de prestige

L’étude que nous avons réalisée montre que la présence d’indices de prestige aide à mieux évaluer le prix d’un produit. Cependant, l’influence directe qu’ont ces indices sur notre disposition à payer pour un produit, dont la simplicité reste souvent associée à un coût de production relativement bas, est en fait très faible. En revanche, l’étude met en lumière que ces indices de prestige influencent fortement notre estimation de ce que les autres seraient prêts à payer pour ce même produit.

En tant que consommateurs, nous pouvons rester perplexes face à un T-shirt blanc vendu 800 euros. Nous pouvons penser qu’il ne vaut pas ce prix, mais nous restons convaincus qu’une masse invisible d’experts, d’amateurs de design ou de consommateurs initiés saura en reconnaître la valeur. Nous supposons que ces observateurs avertis sauront lire la qualité et le luxe dans la simplicité, là où nous restons nous-mêmes incertains face à l’ambiguïté du design minimaliste.

Mieux, face à cette incertitude, nous pouvons passer outre notre propre jugement pour nous aligner sur celui de cette masse invisible d’experts. En achetant un produit au design minimaliste, nous achetons aussi l’idée que d’autres savent quelque chose que nous ne savons pas.

Mettre en scène le « quiet luxury »

Tout l’enjeu pour les marques de luxe engagées dans le quiet luxury est alors de transformer leurs boutiques et leurs points de vente digitaux en temples de la suggestion. Leur objectif est de nous amener, à travers différents indices de prestige, à penser qu’une élite invisible a donné son approbation pour ce produit au design minimaliste, et que son prix est justifié.

WSJ (en anglais), 2025.

Puisque nous doutons de la valeur réelle du prix de ce produit au design minimaliste, les vendeurs n’ont pas intérêt à vanter notre coup d’œil lorsqu’ils nous voient sortir du portant un article qui ressemble à s’y méprendre à un autre, y compris à des alternatives plus abordables. Ils vont plutôt suggérer, plus subtilement, qu’une foule invisible d’experts valide ce produit.

Ils mettent ainsi en scène un consensus social autour de celui-ci. Ils peuvent, par exemple, évoquer le fait que tous les directeurs artistiques et acheteurs mode de Paris s’arrachent cette ligne, ou encore expliquer que, dans la haute couture, cette coupe est reconnue comme une prouesse technique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quand un simple T-shirt blanc devient tellement luxueux qu’il peut coûter plus de 500 euros – https://theconversation.com/quand-un-simple-t-shirt-blanc-devient-tellement-luxueux-quil-peut-couter-plus-de-500-euros-284777

Ceuta et Melilla : l’histoire d’un différend qui façonne encore les relations entre le Maroc et l’Espagne

Source: The Conversation – in French – By Moha Ennaji, Professor, Université Sidi Mohammed Ben Abdellah

Les flux migratoires massifs de mai 2021 et, plus récemment, du 30 juillet 2026, ont une nouvelle fois placé les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au cœur du débat public euro-méditerranéen.

Ces événements tragiques soulèvent des questions qui dépassent largement la seule question migratoire. Ils renvoient à la longue histoire des relations entre le Maroc, l’Espagne et l’Europe, ainsi qu’à la question plus générale de la persistance de territoires européens sur le continent africain.

Les drames humains liés aux tentatives de franchissement des frontières de Ceuta et de Melilla doivent naturellement être considérés avant toute analyse. Des hommes, des femmes et des enfants, souvent poussés par la pauvreté, le désespoir ou l’absence de perspectives économiques, ont trouvé la mort ou ont été blessés en tentant de rejoindre l’Europe.

La réponse à de telles tragédies ne saurait se limiter au renforcement des dispositifs de surveillance et à l’adoption d’une approche exclusivement sécuritaire de la gestion des frontières. Elle exige également une réflexion sur les causes structurelles des migrations, sur les inégalités entre les deux rives de la Méditerranée et sur la responsabilité partagée des États européens et africains.

Pour avoir étudié les migrations marocaines vers l’Europe, notamment les points emblématiques des migrations irrégulières comme Ceuta et Melilla, je trouve que cet épisode démontre à quel point les deux enclaves constituent un espace où se croisent des enjeux migratoires, économiques, sécuritaires et diplomatiques.

Dans mon ouvrage Les Nouveaux défis de la migration Maghreb-Europe, j’ai également rappelé que Ceuta compte parmi les frontières terrestres les plus sensibles de l’Union européenne, alors même qu’elle se situe géographiquement sur le continent africain.

Un différend persistant

Situées sur la côte nord-africaine, Ceuta et Melilla, connues au Maroc sous les noms de Sebta et de Melilia, sont aujourd’hui administrées par l’Espagne. Leur statut fait l’objet d’un différend politique persistant entre le Maroc et l’Espagne.

Le Maroc considère en effet que ces territoires relèvent de son intégrité territoriale, tandis que l’Espagne soutient que les deux villes constituent une partie intégrante de son territoire national. Cette divergence de positions ne peut être comprise sans revenir sur l’histoire complexe de la présence européenne sur la côte nord-africaine.




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Ceuta possède une histoire particulièrement ancienne. Au cours de l’Antiquité et du Moyen Âge, la ville passa successivement sous l’autorité de différentes puissances politiques. Elle fut notamment intégrée à des territoires contrôlés par les dynasties musulmanes qui régnèrent sur le Maghreb occidental et al-Andalus (la péninsule Ibérique sous domination musulmane).

Les périodes almoravide (1040 – 1147), almohade (1121 – 1269) et mérinide (1244 à 1465) constituent, à cet égard, des phases particulièrement importantes de l’histoire politique et culturelle de la région du détroit de Gibraltar.

En 1415, Ceuta fut conquise par les Portugais sous le règne du roi Jean Ier. Cet événement, l’un des premiers épisodes majeurs de l’expansion maritime portugaise, est souvent considéré comme l’un des préludes à l’expansion européenne outre-mer. Par la suite, lorsque la Couronne portugaise passa sous le contrôle de la monarchie des Habsbourg en 1580, Ceuta se retrouva sous l’autorité du même souverain que l’Espagne.

Après la restauration de l’indépendance portugaise en 1640, la ville choisit néanmoins de demeurer fidèle à la monarchie espagnole. Ceuta passa ainsi sous souveraineté espagnole, tandis que le Portugal recouvrait son indépendance.

Une longue histoire de conquêtes

L’histoire de Melilla est différente. La ville fut conquise par les forces castillanes le 17 septembre 1497.

Sans jamais perdre son statut espagnol, Melilla est rapidement transformée en place forte militaire pour contrer les menaces en Afrique du Nord et sécuriser la Méditerranée. La présence espagnole à Melilla s’inscrit donc dans une trajectoire historique distincte de celle de Ceuta.

Ces deux trajectoires historiques montrent que la question de Ceuta et de Melilla ne peut être réduite à une opposition simpliste entre deux récits nationaux concurrents. Elle est plutôt le produit d’une longue histoire de conquêtes, de rivalités impériales, de recompositions territoriales et de transformations du concept même de souveraineté.

Les travaux d’historiens tels que Fernand Braudel ont montré que la Méditerranée devait être appréhendée comme un espace historiquement interconnecté, façonné par des circulations humaines, commerciales, culturelles et politiques qui sont largement antérieures à la formation des États-nations modernes.

L’un des principaux arguments avancés par le Maroc repose sur l’histoire précoloniale de la souveraineté marocaine et sur la continuité de l’autorité du sultan sur de vastes territoires du Maghreb occidental.

L’historien marocain Abdallah Laroui a souligné la nécessité d’éviter d’appliquer mécaniquement aux sociétés précoloniales les catégories territoriales propres à l’État-nation contemporain.

Cette observation est essentielle. La conception européenne moderne de la frontière, fondée sur une délimitation territoriale précise et sur une juridiction juridiquement homogène, ne correspond pas toujours aux formes de souveraineté qui prévalaient au Maghreb avant la colonisation.

Les revendications marocaines

C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner les revendications marocaines concernant Ceuta, Melilla et les autres possessions espagnoles situées sur la côte nord-africaine.

Après l’indépendance du Maroc en 1956, la question des frontières héritées de la période coloniale devint une composante importante du débat politique national. Le nationalisme marocain, porté notamment par le roi Mohamed V, défendit la récupération des territoires considérés comme ayant été détachés du Maroc au cours de la période coloniale.

Cette politique s’inscrivait dans le contexte plus large de la décolonisation. La récupération de Tarfaya en 1958 et celle de Sidi Ifni en 1969, deux autres possessions espagnoles, constituèrent des étapes importantes dans la consolidation territoriale du Maroc indépendant.

Le Sahara marocain, anciennement administré par l’Espagne, constitue, à certains égards, un cas juridiquement et politiquement comparable à la question de Ceuta et de Melilla si l’on considère l’héritage de la présence coloniale espagnole en Afrique du Nord et les relations géopolitiques entre le Maroc et Madrid. Cependant, ces questions diffèrent fondamentalement sur le plan du droit international et des revendications de souveraineté.

Un paradoxe géopolitique

Cette situation engendre un paradoxe géopolitique singulier. Les deux villes sont placées sous souveraineté espagnole, intégrées au cadre institutionnel européen et géographiquement enclavées dans le territoire marocain. Elles constituent également des points de passage importants pour les échanges commerciaux, la mobilité humaine et les migrations.

La question migratoire a profondément transformé la portée stratégique de ces territoires. Ceuta et Melilla sont devenues des espaces où se matérialise physiquement la frontière extérieure de l’Europe et la présence territoriale héritée de l’histoire coloniale.

Un instrument de pression diplomatique

Le Maroc pourrait tirer de cette expérience une leçon importante : les différends territoriaux de longue durée ne sont pas nécessairement condamnés à rester figés. Ils peuvent être abordés au moyen de négociations progressives, de mesures de confiance et de mécanismes de coopération permettant de dissocier, au moins temporairement, les questions de souveraineté des nécessités pratiques de la vie quotidienne.

Il importe également de reconnaître que la question migratoire ne peut être durablement résolue par la seule militarisation des frontières. Les événements de 2021 et de 2026 ont démontré que les frontières de Ceuta et de Melilla peuvent également servir d’instruments de pression diplomatique.

Ces crises migratoires ont mis en lumière la vulnérabilité de ces enclaves et leur instrumentalisation potentielle dans les tensions géopolitiques entre l’Espagne et le Maroc. L’afflux de dizaines de milliers de migrants en quelques heures soulève régulièrement des questions sur le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne.

L’usage de la pression migratoire sert de moyen d’ajustement ou de rappel de force dans les négociations bilatérales ou multilatérales. La coopération migratoire entre Rabat et Madrid devrait donc s’inscrire dans une stratégie plus large, fondée sur le développement économique, la mobilité légale, la lutte contre les réseaux criminels et la protection des droits fondamentaux.

Une nouvelle voie

La revendication marocaine de Ceuta et de Melilla constitue une position politique et historique ancienne. L’Espagne, de son côté, défend une position de souveraineté fondée sur l’histoire de son administration des deux villes ainsi que sur leur intégration juridique et institutionnelle à l’État espagnol. Entre ces deux positions, le temps est peut-être venu de rechercher une voie nouvelle, fondée non pas sur la confrontation, mais sur la négociation.

L’avenir de Ceuta et de Melilla ne sera probablement pas déterminé par la seule force des revendications historiques. Il dépendra surtout de la capacité des acteurs concernés à élaborer une solution politique qui tienne compte à la fois de l’histoire, du droit international, des réalités humaines et des intérêts légitimes des populations concernées.

The Conversation

Moha Ennaji does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ceuta et Melilla : l’histoire d’un différend qui façonne encore les relations entre le Maroc et l’Espagne – https://theconversation.com/ceuta-et-melilla-lhistoire-dun-differend-qui-faconne-encore-les-relations-entre-le-maroc-et-lespagne-288991

La Ruta 66 cumple 100 años: ¿qué estamos celebrando realmente?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Daniel Milowski, Adjunct Professor of History, Arizona State University

Un tramo de la Ruta 66 en Albuquerque, Nuevo México, fotografiado el 7 de junio de 2026. Los pueblos y ciudades situados a lo largo de la carretera se están preparando para celebrar el centenario de esta emblemática vía. Heather Diehl/Getty Images

Hace casi un siglo, el 11 de noviembre de 1926, la Asociación Americana de Funcionarios Estatales de Carreteras y la Oficina de Carreteras Públicas adoptaron un sistema uniforme de numeración de carreteras estadounidense junto al mapa correspondiente. Este sistema sustituía un confuso entramado de carreteras y caminos por una red oficial aprobada por las autoridades viarias federales y estatales.

Desde entonces, un pequeño grupo de estas carreteras ha alcanzado el estatus de icono cultural. Están la Ruta 1, que serpentea desde Maine hasta Florida, y la Ruta 101, famosa por sus majestuosas vistas del océano Pacífico. También la Ruta 6, que quedó inmortalizada en En el camino, la novela clásica de Jack Kerouac.

Sin embargo, la más famosa es, sin duda, la Ruta 66, apodada la “calle principal de Estados Unidos” y la “carretera madre”.

No obstante, ahora que se acerca su centenario, me pregunto qué es, exactamente, lo que se va a celebrar.

Como historiador de la Ruta 66, he escrito sobre cómo, en realidad, existen dos versiones de este tramo de carretera de 2 448 millas (3 940 kilómetros).

Está la carretera real, que reflejó la expansión de las infraestructuras del país en el siglo XX. Y está la carretera mítica: un icono cultural impregnado de nostalgia por una idea específica del siglo XX de romanticismo, aventura, libertad y el Oeste americano.

La 66 estuvo a punto de no existir

Mientras los comisarios de carreteras estatales de la década de 1920 discutían sobre los detalles del nuevo sistema de autopistas del país, daban prioridad a los números de carretera que terminaban en cero, ya que indicaban una ruta que atravesaba todo el país. La idea era que estas rutas atraerían la mayor parte del tráfico y, con ello, el mayor volumen de negocio.

El comisario de Carreteras del Estado de Oklahoma, Cyrus Avery, había impulsado la idea de una carretera entre Chicago y Los Ángeles con el fin de dinamizar el tráfico por el Medio Oeste. Sugirió llamarla Ruta 60, reclamando así un codiciado número que atravesara el país de costa a costa.

Pero los comisionados de Kentucky y Virginia se opusieron, señalando que la carretera propuesta por Avery no iba de costa a costa. Como alternativa, sugirieron el 62. Avery respondió con un número que, en su opinión, sonaba mejor: el 66.

Una vez zanjada la controversia sobre la numeración, se aprobó el mapa del primer sistema de autopistas de Estados Unidos. Pero pasarían otros 12 años antes de que la Ruta 66 estuviera completamente construida, convirtiéndose así en la primera autopista estadounidense en estar asfaltada de extremo a extremo.

Aventura, redención y reinvención

Aunque se tardó más de una década en completar todo su tramo físico, la creación del mito de la Ruta 66 comenzó casi de inmediato.

La construcción de la carretera apenas había comenzado cuando Avery, John T. Woodruff y otros destacados líderes cívicos a lo largo del trazado de la autopista se reunieron en enero de 1927 para fundar la Asociación de la Autopista 66 de EE. UU. con el fin de promover los viajes a lo largo de la ruta.

La asociación comenzó a promocionar la Ruta 66 como la mejor forma de viajar por la costa oeste e incluso registró como marca un eslogan para la carretera: “La calle principal de Estados Unidos”. La asociación también patrocinó eventos como la carrera Trans-American Footrace para ayudar a dar a conocer la Ruta 66.

La competición, que comenzó el 4 de marzo de 1928 en Los Ángeles, recibió una amplia cobertura mediática. Los periodistas describieron de forma apasionante las épicas luchas de los corredores, acompañadas de vívidas descripciones del paisaje del suroeste. El resultado fue que la Ruta 66 quedó indisolublemente ligada a las ideas de aventura y romanticismo en el subconsciente colectivo de Estados Unidos.

Durante la Gran Depresión y los años del Dust Bowl, miles de migrantes procedentes de las Grandes Llanuras y del Medio Oeste viajaron hacia el oeste por la Ruta 66, con la esperanza de reconstruir sus vidas en California.

El autor John Steinbeck bautizó a la Ruta 66 como la “Carretera Madre” en Las uvas de la ira, comparándola con un cordón umbilical que llevaba a los refugiados de Oklahoma que huían del Dust Bowl hacia una nueva vida en California. Trabajando para la Administración de Seguridad Agrícola, la fotógrafa Dorothea Lange documentó a los mismos “Okies” que Steinbeck había novelado.

Su fotografía de 1938, Familia en la carretera, captaba a un matrimonio y a sus dos hijos pequeños haciendo autostop en la Ruta 66, cerca de Weatherford (Oklahoma), tras haber perdido su granja.

Fotografía en blanco y negro de un coche antiguo que arrastra un remolque con sus pertenencias por un tramo polvoriento de la carretera.
Para las familias devastadas por la Gran Depresión y el Dust Bowl, la Ruta 66 sirvió como vía hacia la redención y la reinvención, lo que inspiró al escritor John Steinbeck a llamarla ‘La Carretera Madre’.
Bettmann/Getty Images

Juntos, Steinbeck y Lange contribuyeron a dotar a la Ruta 66 de nuevos significados vinculados a la pérdida y la redención. Posteriormente, tras la Segunda Guerra Mundial, la Ruta 66 pasó a simbolizar el auge de la posguerra.

La canción de Bobby Troup de 1946 “(Get Your Kicks) on Route 66”, grabada por primera vez por el Nat King Cole Trio, convirtió la carretera en un rito de iniciación de la posguerra. Millones de estadounidenses se lanzaron a pasar sus vacaciones familiares en el suroeste de Estados Unidos por la Ruta 66, alojándose en moteles familiares de carretera, comiendo hamburguesas en cafeterías iluminadas con neones y posando junto a enormes monumentos situados al borde de la carretera.

Mito frente a realidad

Pero las imágenes icónicas y los mitos de la Ruta 66 suelen estar en contradicción con la realidad de la carretera.

He llegado a considerar que la canción de Troup resume la tensión entre estas dos versiones de la Ruta 66.

En 1946, cuando Nat King Cole grabó “(Get Your Kicks on) Route 66”, ni él ni su banda pudieron “divertirse” en la Ruta 66. Esto se debió a que pocos establecimientos situados a lo largo de la carretera estaban dispuestos a atenderles. Las copias del Green Book de la época de Jim Crow –un directorio de establecimientos que acogían a los viajeros negros– muestran lo escasas que eran las opciones.

Cartel descolorido con el logotipo de la Ruta 66 y el texto «Get Your Kicks».
La canción ‘(Get Your Kicks on) Route 66’ contribuyó a inmortalizar la carretera en la cultura estadounidense.
Al Drago/Getty Images

No fue hasta la aprobación de la Ley de Derechos Civiles de 1964 –y los posteriores esfuerzos del Departamento de Justicia para garantizar su cumplimiento– cuando las instalaciones y los servicios turísticos a lo largo de la Ruta 66 pasaron a estar disponibles por igual para todos los estadounidenses, independientemente de su raza.

Sin embargo, para cuando los moteles, restaurantes, talleres mecánicos y gasolineras de la carretera se abrieron a todos los viajeros, el declive de la Ruta 66 ya había comenzado.

La Ley Federal de Ayudas a las Carreteras de 1956 impulsó la construcción de nuevas autopistas interestatales de acceso limitado. Estas nuevas autopistas de la posguerra daban prioridad a los desplazamientos rápidos entre las grandes ciudades y sus suburbios, a donde los estadounidenses acudían en masa.

Sin embargo, la rapidez en los desplazamientos se produjo a costa de los pequeños pueblos que quedaban al margen de las nuevas autopistas, privando a muchos negocios de la Ruta 66 de los clientes que necesitaban para sobrevivir.

Un motel de carretera al atardecer con un coche clásico aparcado en el aparcamiento y un gran letrero de neón azul y rosa que reza
Los letreros de neón de gran tamaño, como el de este motel de la Ruta 66, animaban a los conductores cansados a parar y alojarse, pero estos establecimientos no estaban al alcance de todos los viajeros.
«Al

En contraste con los antiguos negocios familiares, las cadenas nacionales de moteles, restaurantes y gasolineras dominaban las nuevas salidas de las autopistas interestatales. En lugar de arriesgarse a exponerse al escrutinio del Departamento de Justicia en materia de derechos civiles, dejaron claro que daban la bienvenida a todos los viajeros, lo que alejó aún más a los conductores de los establecimientos más antiguos.

Ahora, cuando la Ruta 66 cumple 100 años, existe una brecha entre cómo la recuerdan algunos y cómo funcionaba para la mayoría. Viajar libremente por la carretera y “disfrutar de la aventura” era un privilegio reservado a los estadounidenses blancos. Gran parte de la iconografía de la Ruta 66 surgió de las primeras campañas de marketing de la Asociación de Carreteras dirigidas a los estadounidenses blancos. Es probable que pocos afroamericanos o viajeros latinos sientan la misma nostalgia.

Hoy en día, gran parte de la nostalgia por la Ruta 66 tiene un aire de “vuelta a los años 50” que ensalza la América anterior a los derechos civiles como una época más pura, más sencilla y más auténtica. Esta América de falsa autenticidad refleja mejor el lugar en el que algunos estadounidenses desearían vivir hoy en día: una tierra menos complicada y menos diversa, llena de aventuras, romance y oportunidades, en lugar de la América matizada y compleja en la que realmente viven.


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The Conversation

Daniel Milowski no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La Ruta 66 cumple 100 años: ¿qué estamos celebrando realmente? – https://theconversation.com/la-ruta-66-cumple-100-anos-que-estamos-celebrando-realmente-288113

La huelga de los ribosomas: por qué el cuerpo enferma por piezas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Núria Corbella Rius, Doctoranda en Genética, Universitat de Barcelona

Representación de un ribosoma, estructura de la célula que se encarga de fabricar las proteínas a partir de las intrucciones que le llegan del ADN a través del ARN mensajero (ARNm). Steven McDowell/Shutterstock

Imagine que un componente esencial deja de funcionar en cada célula de su cuerpo al mismo tiempo. Lo lógico sería que todo el organismo fallara, pero a veces ocurre algo más desconcertante: solo ciertos tejidos enferman, mientras el resto continúa funcionando con normalidad.

Esta es la paradoja de las ribosomopatías, un grupo de enfermedades raras que plantea una de las preguntas más intrigantes de la biología: ¿cómo puede un defecto presente en todo el cuerpo provocar efectos tan específicos?

Para entenderlo, debemos fijarnos en una pieza fundamental de la vida: los ribosomas.

Las fábricas de proteínas de la célula

Cada célula contiene miles de ribosomas. Son estructuras formadas por ARN ribosomal (ARNr) y proteínas que funcionan como auténticas fábricas: sintetizan proteínas a partir de la información contenida en el ARN mensajero (ARNm).

Una forma sencilla de entenderlo es imaginar el ADN como un libro de recetas. El ARNm sería la copia de una receta concreta, y el ribosoma, el cocinero que sigue esas instrucciones para preparar el plato final: la proteína.

Este proceso, llamado traducción, es extremadamente preciso y, sin él, la vida no sería posible. Su importancia es tal que los ribosomas apenas han cambiado a lo largo de la evolución: desde las bacterias hasta los humanos, son sorprendentemente similares.

Su fabricación supone un enorme esfuerzo para la célula. En células en crecimiento se generan miles de subunidades ribosómicas por minuto, implicando un proceso muy costoso desde el punto de vista energético. Y, aun así, a veces fallan.

Cuando los ribosomas fallan

Cuando esto ocurre, aparecen las ribosomopatías: enfermedades raras causadas por defectos en la formación o el funcionamiento de los ribosomas. Aunque afectan a un proceso común en todas las células, sus consecuencias son muy diversas. Algunas se manifiestan desde el nacimiento y afectan al desarrollo del rostro o a la audición, como ocurre en el síndrome de Treacher Collins.

También son frecuentes las alteraciones en la sangre y los huesos, los retrasos en el crecimiento o las dificultades en el desarrollo del cerebro. Además, algunos pacientes presentan un mayor riesgo de desarrollar cáncer.

Actualmente no existen tratamientos que corrijan el origen del problema. Las terapias disponibles se centran en aliviar los síntomas, lo que a menudo implica tratamientos prolongados, con efectos secundarios, y años de seguimiento médico desde la infancia.

Un mismo error, efectos distintos

Aquí aparece la gran pregunta: si todas las células necesitan ribosomas, ¿por qué no todas enferman? Podemos imaginar las células como una cocina con varios fogones: todas usan la misma receta (el ARNm) y los mismos utensilios defectuosos, pero algunas consiguen cocinar bien, otras queman el plato y otras ni siquiera logran prepararlo.

Una posible explicación es que no todos los tejidos tienen las mismas exigencias. Algunas células, como las de la médula ósea, se dividen rápidamente y necesitan producir proteínas de forma masiva, lo que las hace más vulnerables ante cualquier fallo en la maquinaria.

Otra posibilidad es que no todas las instrucciones genéticas se utilicen con la misma facilidad: algunas son más difíciles de “leer” y, cuando los ribosomas escasean o funcionan mal, son las primeras en fallar, afectando especialmente a los tejidos que dependen de ellas.

Además, cada vez hay más evidencias que sugieren que los ribosomas no son idénticos: pequeñas diferencias en su composición podrían hacer que algunos estén especializados en producir proteínas concretas. Así, un error específico afectaría solo a los ribosomas de ciertos tejidos.

Probablemente, la respuesta sea una combinación de todos estos factores.

Exceso de protección

Por otra parte, los problemas en los ribosomas no solo afectan a la producción de proteínas: también activan mecanismos de defensa celular, como la proteína p53, conocida como el “guardián del genoma”.

Esta proteína puede frenar la división celular o inducir la muerte de la célula para evitar daños mayores. Tal protección, sin embargo, tiene un coste: la pérdida de células en tejidos sensibles, lo que contribuye a muchos de los síntomas de las ribosomopatías.

Curiosamente, aunque las ribosomopatías se asocian a una menor multiplicación celular, muchas de ellas presentan con el tiempo un mayor riesgo de cáncer. Este fenómeno, conocido como la paradoja de Dameshek, sugiere que la activación prolongada de medidas de defensa como p53 favorece la aparición de células capaces de escapar a estos controles y crecer sin freno.

Así, lo que empieza como un mecanismo de protección puede convertirse, con el tiempo, en una vía de escape.

Lo que estas enfermedades nos enseñan

Las ribosomopatías nos obligan a replantearnos una idea que parecía evidente: que todas las células responden igual ante un mismo problema. Y no es así. Entender por qué algunas fallan mientras otras resisten no solo es clave para desarrollar mejores tratamientos, sino también para comprender procesos fundamentales como el desarrollo del cáncer.

Porque entender lo más básico puede ser, precisamente, lo que nos permita explicar, y algún día tratar, lo más complejo. Incluso cuando ese problema empieza en algo tan pequeño como un ribosoma.

The Conversation

Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation

ref. La huelga de los ribosomas: por qué el cuerpo enferma por piezas – https://theconversation.com/la-huelga-de-los-ribosomas-por-que-el-cuerpo-enferma-por-piezas-288833

¿Cómo pueden los audiolibros ayudar a los niños y niñas con dislexia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nadina Gómez Merino, Profesora Ayudante Doctor. Departamento de Psicología Evolutiva y de la Educación. Miembro de ERI-Lectura, Universitat de València, Universitat de València

Pixel-Shot/Shutterstock

“No lo entiendo”. “No lo pillo”. “Estoy cansado”. Son frases que suelen escucharse a niños y niñas con dislexia, un trastorno del desarrollo que afecta a la capacidad de leer.

Estos niños necesitan más tiempo y más oportunidades de formación (practicar más la lectura) para alcanzar un nivel de lectura similar al de sus compañeros sin dislexia y, por esta razón, pueden verse atrapados en un círculo vicioso: les cuesta leer, esto les angustia y, como resultado, evitan la lectura y se pierden los beneficios que un libro puede aportarles.

Letras, sonido y cerebro

La dislexia puede manifestarse de diversas formas. A veces consiste en una dificultad para reconocer palabras familiares, ya almacenadas en el cerebro: es el caso de la dislexia superficial. En este caso, lo más característico es que quien la padece lea a una velocidad más lenta.

Cuando el síntoma más destacable es leer más despacio palabras desconocidas o confundirlas con otras, se denomina dislexia fonológica. Afecta al proceso de reconocer cada letra y relacionarla con el sonido que representa, algo que se conoce como “decodificación”. Quienes padecen este tipo de dislexia tienen muchas dificultades para ampliar su vocabulario a través de la lectura.

Dislexia y comprensión lectora

Cuando leemos para comprender un texto ponemos en marcha varios mecanismos. Por ejemplo, activamos herramientas de control que nos llevan a releer una frase que no hemos entendido o a deducir por contexto palabras que no conocíamos. Pero estos mecanismos y muchos otros más no pueden funcionar de manera eficiente si el cerebro está saturado con otros mecanismos como la decodificación, en el caso de las personas con dislexia.

Podríamos comparar esta situación con hacer malabares: cuando tenemos buena habilidad podemos jugar con muchas pelotas sin que ninguna caiga, pero en cuanto nos pasan una de mayor tamaño que no controlamos puede que tengamos que jugar con menos pelotas para mantener esa al vuelo.

Si quitamos la decodificación de la ecuación, quitamos esa pelota grande a la persona con dislexia y le permitimos disfrutar de otros beneficios que generalmente suelen acompañar más a los textos escritos que al habla. Por ejemplo, escuchar oraciones más complejas o vocabulario nuevo.

Una mejor comprensión de lo que ‘entra’ por el oído

Cuando escuchamos un audiolibro, ponemos en práctica la comprensión auditiva sin necesidad de decodificación. El esfuerzo mental se enfoca en la comprensión del lenguaje.

Sin la presión de decodificar símbolos escritos, la persona con dislexia puede disfrutar más escuchando el texto y centrarse en el contenido, lo que le ayudará a mejorar su vocabulario. Por tanto, la llegada de los audiolibros podría representar un nuevo paradigma de intervención para las personas con dislexia fonológica, ya que podrían ofrecer una nueva forma de experimentar la lectura a través de la comprensión auditiva.

Los audiolibros: aliados de la comprensión lectora

Los estudiantes con dislexia comprenden mejor cuando el contenido se presenta mediante audio o mediante sistemas de texto a voz, especialmente cuando el objetivo es aprender una materia y no evaluar la capacidad de leer.

Además, implicarse en la escucha puede ayudar a mejorar su confianza y motivación para leer. Si se combina la lectura con la escucha, es decir, se lee el mismo texto que se está escuchando, podemos facilitar la comprensión y la memorización del material de estudio.

Romper el círculo vicioso

Dado que los audiolibros ya forman parte de nuestra vida cotidiana, tiene sentido aprovechar sus ventajas. La ventaja más importante que ofrecen es su potencial para romper el círculo vicioso que experimentan las personas con dislexia fonológica, reduciendo la angustia asociada a la lectura. Además, ayudan a mejorar la atención y la capacidad de escucha.

Otras estrategias pueden ser la lectura en voz alta: para un niño o niña con dislexia, escuchar a un adulto o compañero leer en voz alta le permite atender al contenido y modelar la lectura.




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Diferencias con la lectura

Conviene especificar aquí que, aunque tanto leyendo como escuchando utilizamos la memoria y la atención, no podemos decir que escuchar un libro sea equiparable a leerlo. El lector puede retroceder, releer y repasar si no ha entendido una frase o una palabra; es decir, mantiene una actitud activa hacia la comprensión. En cambio, cuando escuchamos un texto la actitud que adoptamos es más pasiva. Para el aprendizaje, es preferible una actitud activa.

Pero sin ser exactamente lo mismo que leer, escuchar historias puede ser una manera de disfrutar de muchos beneficios sin asociar los libros a un esfuerzo excesivo o una sensación de fracaso. Los audiolibros ofrecen una puerta de entrada más accesible a la literatura para los niños y niñas con dislexia, permitiéndoles disfrutar sin las barreras que el texto escrito puede imponer.

En definitiva, el consenso actual es que los audiolibros son una herramienta de accesibilidad muy valiosa para las personas con dislexia. Facilitan el aprendizaje, la comprensión y el gusto por la lectura, pero no sustituyen la intervención dirigida a desarrollar las habilidades lectoras. La combinación de enseñanza especializada, práctica de lectura y apoyo mediante audiolibros podría ofrecer buenos resultados.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. ¿Cómo pueden los audiolibros ayudar a los niños y niñas con dislexia? – https://theconversation.com/como-pueden-los-audiolibros-ayudar-a-los-ninos-y-ninas-con-dislexia-285452

Cuando el miedo decide: creencias políticas y giro conservador en América Latina

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Álvaro Ledesma de la Fuente, Profesor de Filosofía, Universidad de La Rioja

Keiko Fujimori votaba el pasado 7 de junio en la segunda vuelta de las elecciones que le darían la presidencia de Perú. mbzfotos/Shutterstock

En las últimas citas electorales de América Latina se constata un giro conservador entre una parte del electorado. La victoria de José Antonio Kast en Chile y las ajustadas victorias de Keiko Fujimori en Perú y Abelardo de la Espriella en Colombia confirman el fortalecimiento de fuerzas que prometen restaurar el orden mediante el endurecimiento de las penas y el aumento del poder policial y militar.

Los reiterados mensajes populistas y referentes a la seguridad parecen configurar un nuevo sentido común de época. Según este, el acercamiento a Estados Unidos ofrece un rumbo adecuado para sus sociedades, cuando lo cierto es que ese país constituye el mayor polo de inestabilidad del mundo actual.

¿Es posible justificar esta creencia? ¿Existe alguna responsabilidad social por mantener convicciones políticas que no se encuentran asentadas en datos empíricos suficientes? Y, sobre todo, ¿qué ocurre cuando esas creencias se convierten en decisiones cuyas consecuencias recaen sobre otras personas?

El barco que no debió zarpar

En 1877, el filósofo británico William Kingdon Clifford planteó un problema semejante mediante la historia de un armador. El propietario dudaba del estado del barco que estaba a punto de zarpar: era antiguo, había recorrido muchas millas y quizá no resistiría otro embate con el mar. Una inspección a fondo, sin embargo, habría supuesto retrasar el viaje y asumir un coste considerable. En lugar de investigar, el armador prefirió silenciar sus dudas. Se convenció de que el barco ya había superado otras travesías y de que sus constructores eran competentes. Finalmente, permitió que partiese. La embarcación naufragó y no hubo supervivientes.

Para Clifford, el armador no era responsable simplemente por haber sostenido una creencia falsa, sino por haberla aceptado sin examinar las evidencias que tenía a su alcance. Tampoco era el resultado final lo que determinaba la moralidad de su conducta. Aunque el barco hubiese llegado a puerto, habría seguido actuando de forma irresponsable, ya que sustituyó la investigación por una convicción tranquilizadora y obligó a los pasajeros a soportar las consecuencias de su posible error. Como escribe el filósofo en La ética de la creencia: “creer algo basándose en una evidencia insuficiente es malo siempre, en cualquier lugar y para todo el mundo”.

La responsabilidad política de creer

La dimensión política de esta tesis resulta evidente. Las decisiones electorales no se limitan a expresar una identidad privada, pues contribuyen a determinar las condiciones bajo las cuales vivirán otras personas.

Quien apoya una política punitiva participa en una decisión que puede ampliar la violencia estatal, reducir garantías jurídicas o concentrar sus efectos sobre grupos sociales a los que, en muchas ocasiones, no pertenece. La pregunta de Clifford no sería si el electorado tenía derecho a votar por una determinada opción, sino si poseía razones suficientes para aceptar las premisas sobre las que descansaba su decisión.

¿Existen pruebas de que el aumento de las penas reduce por sí mismo la violencia? ¿Se han considerado los efectos sociales de la militarización? Cuando estas preguntas son sustituidas por apelaciones genéricas al miedo, al orden o a la autoridad, la creencia política comienza a parecerse a la del armador: ofrece tranquilidad inmediata a costa de trasladar el riesgo a otros.

La responsabilidad de esta situación no se puede distribuir por igual, pues son los dirigentes quienes explotan el miedo y los medios los que convierten la inseguridad en espectáculo. Pero el ciudadano que asiste a ello no es un sujeto pasivo ni está eximido de revisar las razones que orientan su voto.

James: el riesgo de esperar

Casi veinte años después, William James respondió a Clifford en La voluntad de creer. Aunque el ensayo fue formulado originalmente en relación con la creencia religiosa, su argumento posee un alcance mayor. James no sostiene que podamos creer cualquier cosa ni que la convicción personal deba imponerse sobre las evidencias. Su objeción es más precisa: existen situaciones en las que la razón no dispone de pruebas concluyentes y, sin embargo, la decisión no puede aplazarse.

James denomina “opción genuina” a aquella que reúne tres condiciones: debe ser viva, porque las alternativas han de presentarse como posibilidades reales para quien decide; obligada, porque abstenerse equivale en la práctica a escoger una de ellas; e importante, porque está en juego algo decisivo y quizá irreversible. En estas circunstancias, esperar una evidencia definitiva no siempre constituye una posición neutral.

Una elección política puede reunir esas condiciones. Las candidaturas son opciones efectivas, la votación tiene una fecha y sus resultados condicionarán la vida común. Se puede votar, abstenerse o mantener una posición escéptica, pero ninguna actitud permite situarse fuera de la decisión.

James distingue así dos exigencias que no necesariamente coinciden: debemos evitar aceptar una falsedad, pero también debemos intentar reconocer la verdad. Hay situaciones en las que esperar todos los datos disponibles significa permitir que continúe una injusticia o dejar que otros decidan.

Entre la credulidad y la inacción

El desacuerdo entre Clifford y James no enfrenta a un defensor de la razón con un apologista de la irracionalidad. Ambos se preguntan cómo debemos decidir cuando nuestro conocimiento es limitado, pero conceden prioridad a peligros distintos. Clifford teme que una creencia insuficientemente examinada provoque daños irreparables; James teme que el deseo de no equivocarnos nos impida actuar o transformar una situación.

El primero representa un imperativo crítico: evitar el error y exigir evidencias antes de aceptar una afirmación. El segundo acentúa un imperativo noético: asumir el riesgo de una decisión cuando esta puede permitirnos alcanzar una verdad o producir una realidad que de otro modo permanecería clausurada.

Retomando la cuestión inicial, parece que una convicción política no queda justificada por el hecho de ser mayoritaria o emocionalmente comprensible. La incertidumbre global actual empuja a muchos gobiernos a una hoja de ruta conservadora donde las políticas reaccionarias de construcción de un enemigo exterior o interior pueden suponer un poderoso reclamo electoral.

También sucede en España, aunque el peligro invocado no se corresponda con los datos disponibles ni con la situación real de la sociedad. Cuando el miedo sustituye al examen y los costes del error recaen sobre quienes no han elegido asumirlos, creer deja de ser un asunto privado y se convierte en una forma de ejercer poder sobre los demás.

El avance conservador en América Latina no solo enfrenta diferentes programas de gobierno, sino también distintas formas de interpretar la inseguridad, la autoridad y el papel de Estados Unidos en la región. Disputar ese nuevo sentido común exige someter las creencias a examen y hacer visibles las vidas sobre las que recaerán los posibles errores.

The Conversation

Álvaro Ledesma de la Fuente no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cuando el miedo decide: creencias políticas y giro conservador en América Latina – https://theconversation.com/cuando-el-miedo-decide-creencias-politicas-y-giro-conservador-en-america-latina-288584