Africa Forward : changer le nom du sommet France-Afrique peut-il changer l’image de la France en Afrique ?

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

Co-organisé par la France et le Kenya à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, le sommet France-Afrique se présente comme un rendez-vous consacré aux partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance. Il affiche l’ambition de renouveler les relations entre la France et les pays africains.

Cette année, le sommet Afrique-France adopte un nouveau nom : Africa Forward. Il se tient aussi dans un nouveau lieu et s’accompagne d’un nouveau récit. Ce changement traduit une volonté de renouveler la communication diplomatique française en Afrique. Mais une perception ne se transforme pas par le vocabulaire seul. Elle dépend aussi de la cohérence entre les mots, les actes et la mémoire des relations passées.

À première vue, il pourrait s’agir d’un simple changement d’appellation. Le traditionnel sommet France-Afrique, devenu Afrique-France, adopte désormais un nom anglophone : Africa Forward. Pourtant, en Sciences de l’information et de la communication (SIC), un changement de nom n’est jamais neutre. Il ne modifie pas seulement une étiquette ; il propose un nouveau cadre d’interprétation.

Le terme Forward projette une image de mouvement, d’avenir et de croissance. Il suggère que l’Afrique avance, et que la France entend s’inscrire dans cette dynamique plutôt que l’organiser depuis une position centrale.

Mais ce rebranding peut-il réellement transformer les perceptions de la France en Afrique francophone ? Ou risque-t-il d’être perçu comme un ajustement plus sémantique que substantiel ?

En tant que chercheur en Sciences de l’information et de la communication ayant étudié les dynamiques informationnelles, les récits d’influence et les vulnérabilités numériques en Afrique et dans l’océan Indien , j’analyse ici Africa Forward comme une tentative de recadrage narratif de la relation franco-africaine, dans un contexte de concurrence accrue des récits d’influence.

Un rebranding comme mise en scène du renouvellement

L’ancien imaginaire du sommet France-Afrique reste fortement marqué par l’histoire postcoloniale. Même lorsque les formats diplomatiques ont évolué, cette appellation continue de renvoyer, dans de nombreux espaces politiques et médiatiques africains, à une relation perçue comme asymétrique entre la France et ses anciennes colonies. Elle évoque aussi la mémoire de la Françafrique, associée à des relations politiques, économiques, militaires et symboliques longtemps jugées opaques et verticales.

C’est ce cadre qu’Africa Forward cherche à déplacer. Le mot « France » disparaît du premier plan, l’Afrique est placée au centre, et le terme anglais Forward introduit une idée de projection, de modernité et d’élan collectif. Le changement ne se limite donc pas à une nouvelle appellation : il reconfigure la scène d’énonciation. L’Afrique est présentée comme sujet du mouvement, tandis que la France semble vouloir s’inscrire dans cette dynamique plutôt que l’organiser depuis une position centrale.

Dans cette perspective, Africa Forward peut être analysé comme une mise en scène diplomatique du renouvellement. Le sommet ne se contente pas d’annoncer une nouvelle relation ; il cherche à la rendre visible. Le nom anglais, le choix de Nairobi, la valorisation de l’innovation, de la jeunesse, des diasporas, des entrepreneurs et des investisseurs composent une scénographie précise d’une Afrique en mouvement, à laquelle la France entend désormais s’associer.

Organiser ce sommet au Kenya, pays anglophone et extérieur à l’ancien espace colonial français, permet de rompre symboliquement avec le tête-à-tête entre la France et l’Afrique francophone. Cette géographie du sommet constitue déjà un message. La France cherche à ne plus être perçue seulement comme une puissance liée à son passé colonial, mais comme un partenaire parmi d’autres dans une Afrique continentale, multipolaire et tournée vers les marchés mondiaux.

Le rebranding comme opération de recadrage narratif

D’après les sciences de l’information et de la communication, Africa Forward peut être analysé comme une opération de recadrage narratif. Il ne s’agit pas seulement de changer le nom d’un sommet, mais de modifier le cadre dans lequel la relation franco-africaine doit être comprise.

Ce rebranding opère trois déplacements. Le premier est temporel : le terme Forward substitue à la mémoire du passé un imaginaire d’avenir, d’innovation et de croissance. Le deuxième est symbolique : l’Afrique est placée au centre du nom et devient, au moins dans le discours, le sujet principal du mouvement. Le troisième est économique : la relation est moins formulée dans le registre de l’aide que dans celui du partenariat, de l’investissement, de l’entrepreneuriat et du financement privé.

Ce glissement permet à la France de s’adresser à de nouveaux publics : entrepreneurs, investisseurs, diasporas, jeunes leaders, acteurs culturels et sociétés civiles. La relation n’est donc plus seulement diplomatique. Elle devient aussi communicationnelle, économique, culturelle et aussi générationnelle.

Mais ce recadrage intervient dans un contexte de fragilisation de l’image française en Afrique, marqué par les critiques contre la présence militaire française, les retraits du Sahel, les recompositions géopolitiques et la montée de discours souverainistes. Africa Forward peut être ainsi interprété comme une tentative de réparation réputationnelle en ce sens qu’il ne s’agit pas seulement de parler d’innovation ou d’investissement, mais aussi de reconstruire une légitimité.

C’est ici que la communication institutionnelle rencontre sa limite. Un nouveau récit peut proposer une image renouvelée, mais sa crédibilité dépend de la cohérence entre les énoncés affichés et les pratiques effectivement observables.

Les perceptions ne changent pas par décret

Un rebranding ne produit pas mécaniquement l’adhésion. Il propose un cadre, mais sa réception dépend de la crédibilité de l’émetteur, de la cohérence entre les mots et les actes, de la mémoire collective, des expériences vécues et des récits concurrents.

Africa Forward peut ainsi être reçu de deux manières. Il peut apparaître comme le signe d’un renouvellement réel si le sommet débouche sur des engagements concrets, co-construits et visibles pour les acteurs africains. Mais il peut aussi être perçu comme une opération essentiellement sémantique si les pratiques restent jugées verticales, asymétriques ou guidées d’abord par les intérêts français.

Ce changement de nom s’inscrit donc dans une bataille plus large des récits d’influence en Afrique. La France n’est plus seule à produire un récit sur l’Afrique. Le continent est désormais traversé par une concurrence accrue entre puissances extérieures — Chine, Russie, Turquie, pays du Golfe, Inde, États-Unis — tandis que les acteurs africains, les médias locaux et les plateformes numériques contribuent eux aussi à produire des récits de souveraineté, d’émergence et de puissance.

Dans ce contexte, la communication diplomatique française ne peut plus fonctionner comme un récit dominant. Elle devient un récit parmi d’autres, exposé à la comparaison, à la critique et à la contestation. L’enjeu d’Africa Forward n’est donc pas seulement diplomatique. Il est informationnel. Il concerne la capacité de la France à produire un récit crédible dans un espace africain attentif aux signes de respect, de réciprocité et de souveraineté.

Changer de nom ne suffit pas

Le rebranding d’un sommet peut être utile. Il peut marquer une rupture, ouvrir une nouvelle séquence et donner un signal politique. À cet égard, Africa Forward est plus qu’un simple changement de façade . Il traduit la volonté de sortir d’un imaginaire usé et d’inscrire la France dans une Afrique pensée comme partenaire, marché, puissance démographique et acteur géopolitique.

Mais ce changement restera fragile s’il n’est pas accompagné d’une transformation des pratiques. Pour être crédible, Africa Forward devra démontrer que l’Afrique n’est pas seulement placée au début du nom, mais aussi au centre du processus décisionnel. Il devra montrer que la jeunesse, les entrepreneurs, les sociétés civiles et les diasporas ne sont pas seulement convoqués comme symboles de modernité, mais reconnus comme acteurs réels de la relation.

L’enjeu ne se limitera donc pas à la visibilité médiatique du sommet de Nairobi. Il se mesurera dans la durée à travers le suivi des engagements, l’équilibre des partenariats, l’écoute des perceptions africaines et la capacité de la France à inscrire son action dans un récit partagé.

The Conversation

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L’Ukraine comme « Ur-Heimat » : quand la guerre devient une bataille pour les origines indo-européennes

Source: The Conversation – in French – By Adrien Nonjon, Chargé de cours, Institut catholique de Paris (ICP)

*Bataille entre les Slaves et les Scythes* (1881), Viktor Vasnetsov. Le tableau a été commandé au célèbre peintre russe par un mécène afin de décorer le bâtiment des chemins de fer de la ville de Donetsk, ville ukrainienne annexée par la Russie en 2022. En réalité, aucun affrontement entre ces deux peuples ne s’est jamais produit. Musée Tretiakov, Moscou

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le conflit est généralement analysé à travers ses dimensions géopolitique et militaire. Mais il s’inscrit aussi dans une bataille moins visible : celle des récits des origines. Mobilisée par certaines franges des extrêmes droites russe comme ukrainienne, l’hypothèse indo-européenne alimente des imaginaires identitaires et ésotériques qui, bien que marginaux, contribuent à donner un sens plus profond – et parfois mythologique – à la guerre.


L’hypothèse indo-européenne, comme mythe politique des origines, irrigue de nombreuses factions extrêmes droitières partout en Europe. Des idéologues et des combattants impliqués dans le conflit russo-ukrainien l’utilisent, d’un côté comme de l’autre de la ligne de front, pour justifier cette guerre. Il s’agit, selon eux, d’une bataille pour l’Ur-Heimat (terme linguistique allemand signifiant littéralement « patrie originelle » et désignant le premier foyer d’une proto-langue) indo-européen, les plaines ukrainiennes étant considérées comme le berceau de la culture Yamna (Néolithique final : de 3600 à 2300 avant notre ère). Celle-ci, d’après certaines théories archéologiques, linguistiques et phylogénétiques consécutives aux travaux controversés de l’anthropologue Marija Gimbutas (1921-1994), représenterait le point d’éclosion et de diffusion d’un supposé peuple indo-européen primitif.

Depuis février 2022 et l’invasion de son territoire par la Russie, l’Ukraine n’est pas seulement devenue le théâtre d’un affrontement armé. Sous les décombres des villes bombardées et dans les steppes striées de tranchées, des fouilles archéologiques illégales conduites par l’armée russe témoignent d’une guerre qui se joue aussi dans les profondeurs du sol afin d’arracher au passé quelque chose que l’histoire officielle ne semblait plus fournir.




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Si Vladimir Poutine légitime le déclenchement et la continuité de son « opération militaire spéciale » par, entre autres, la nécessité pour la Russie de réintégrer à son espace national les anciens territoires de la Rous’ de Kiev, berceau de l’orthodoxie slave orientale, le recours à l’hypothèse indo-européenne renvoie à une question identitaire plus profonde encore, touchant aux racines « ethno-raciales » de l’ensemble de l’Europe.

Plus que purement historique, cette hypothèse s’est aussi vue liée à des considérations d’ordre métaphysiques et cosmogoniques, empruntant parfois les chemins singuliers de l’ésotérisme et de l’occultisme. Bien entendu, la guerre actuelle ne saurait être uniquement expliquée par une analyse de ces considérations, qui peuvent passer pour folkloriques et marginales ; mais elles nourrissent de puissants imaginaires politiques.

Hyperborée et la question indo-européenne

L’hypothèse indo-européenne est née, au XIXᵉ siècle, de la grammaire comparée inventée par le linguiste allemand Franz Bopp, avant d’être rapidement intégrée aux perspectives racialistes et évolutionnistes de cette période. Elle a été ensuite réappropriée par les mouvements völkisch, en Allemagne et en Autriche, puis par le national-socialisme, qui l’a utilisée pour démontrer « scientifiquement » la supériorité de la « race » aryenne.

Dès cette première phase d’existence, elle a pu être mêlée à des considérations ésotériques et occultistes, en étant associée par endroits à des thèses spécifiques, comme celle de l’existence d’une « tradition primordiale » aux origines nordiques et hyperboréennes.

Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, la Nouvelle Droite française s’en saisit – en s’appuyant sur les travaux en mythologie comparée de Georges Dumézil – pour affirmer une unité ethnique et culturelle proprement européenne. Des courants, tels que la théorie des anciens astronautes de Robert Charroux (1909-1978), issus du réalisme fantastique, ont pu la véhiculer sous ses aspects ésotériques et pseudo-archéologiques, participant de sa diffusion dans des marges politiques.

Toutefois, la question des origines indo-européennes ne saurait être réductible, en Russie comme en Ukraine, à ces seules théories occidentales. Le mouvement slavophile pose ainsi dès 1830 les premières bases d’une réflexion sur l’identité russe, comme civilisation organique distincte de l’Occident rationnel et individualiste, où la Russie serait la gardienne d’une vérité spirituelle originelle, la sobornost’, soit une communauté organique des âmes fondée sur l’orthodoxie.

L’Ukraine impériale voit également émerger la question des origines. Des figures comme Mykhaïlo Hroushevsky (1866-1934) puisèrent dans la mythologie pour nourrir une identité culturelle vivante. Ensuite, durant l’entre-deux-guerres, l’Ukraine voit fleurir diverses tentatives de synthèses entre nationalisme ukrainien, néo-paganisme slave et références aux origines aryennes, comme celle de Volodymyr Shaïan (1908-1974), fondateur de l’Ordre des Chevaliers solaires. Selon lui, l’Ukraine incarnerait l’un des derniers bastions d’une civilisation aryenne authentique, héritière d’une sagesse védique – l’hindouisme étant considéré ici comme la dernière survivance de la tradition indo-européenne – opposée à la décadence occidentale et aux influences chrétiennes.

L’Arbre de vie, tableau de Viktor Krijanivskiy, peintre apprécié des adeptes des théories de Sylenko.
San zav/Wikipedia, CC BY-NC-SA

Le régime soviétique ne fait pas disparaître ces courants. Encouragés par le régime stalinien, des archéologues et préhistoriens, comme Boris Rybakov (1908-2001), construisent une archéologie nationale russo-soviétique qui, sans verser dans l’ésotérisme des origines aryennes, prépare le terrain à des instrumentalisations ultérieures par les mouvements néo-païens des années 1990.

En exil depuis 1920, Nikolaï Troubetskoï (1890-1938) mobilise ses compétences de spécialiste des langues indo-européennes pour affirmer la spécificité civilisationnelle eurasiatique, opposée à l’« égocentrisme romano-germanique » qu’il dénonce comme une forme d’ethnocentrisme déguisé en universalisme. Du côté ukrainien, Shaïan et son disciple Lev Sylenko (1921-2008) développent un système de croyances « natif » faisant de l’Ukraine « l’ancienne Oriana, berceau des Aryens ».

Au même moment, le mythe du Livre de Veles – ensemble de tablettes prétendument gravées au IXe siècle et retraçant l’histoire des ancêtres slaves depuis leur origine aryenne jusqu’à la Rous’ de Kiev – est forgé dans le but d’attester l’antiquité de l’Ukraine et sa distinction de la Russie.

La perestroïka puis la chute de l’URSS en 1991 libèrent ces divergences accumulées. Ainsi, le mouvement nationaliste, antisémite et mystique russe Pamiat’ (« Mémoire ») constitue la première organisation à mobiliser ouvertement un imaginaire des origines slaves et aryennes mêlé d’ésotérisme orthodoxe. Cette diffusion passe aussi, par d’autres canaux plus diffus, des mouvements néo-païens russes et ukrainiens à l’hyperboréisme, porté entre autres par Aleksandr Asov (né en 1964), courant pseudo-historique qui considère le continent mythologique d’« Hyperborée » comme le foyer d’une civilisation slave arctique, ancêtre de toutes les civilisations humaines.

Tableau représentant l’Hyperborée, par le peintre russe Vsevolod Ivanov (né en 1950).
Vsevolod Ivanov/VK/Life.ru

L’ultime bataille pour l’Ur-Heimat

En Russie, Alexandre Douguine (né en 1962) a construit sa théorie politique, qui défend la nécessité de bâtir un empire s’étendant de Brest à Vladivostok, en s’appuyant notamment sur l’hypothèse indo-européenne. S’inspirant d’auteurs comme le SS Hermann Wirth, le néo-fasciste Julius Evola et l’ésotériste René Guénon, il considère que les peuples européens sont tous issus d’un même foyer originel, « Arctogaïa » (sa propre version du mythe hyperboréen), et qu’il en découlerait une « tradition primordiale » les unifiant tous – dont le reliquat le plus efficient se logerait aujourd’hui au sein des rites de l’Église orthodoxe des Vieux-croyants.

Il publie ainsi en 1993 la Théorie hyperboréenne, ouvrage qui constitue l’un des soubassements ésotériques de son projet politique. Pour lui, la modernité occidentale, représentée par l’idéal démocratique, le libéralisme social et le matérialisme philosophique, représente un risque existentiel et la corruption la plus totale de cette « tradition primordiale ». La modernité et le progressisme dénatureraient l’humanité tout en pervertissant les fondamentaux identitaires des peuples européens.

Dans une perspective eschatologique, et pour éviter l’« avènement de l’Antéchrist » (dont les germes sont, selon lui, portés par le libéralisme), Douguine considère la Russie, par son ancrage traditionaliste, comme le Kathekon (la force qui retient, précisément, l’Antéchrist). Ainsi, selon lui, la guerre en Ukraine est une nécessité tout autant identitaire – porter l’avènement des peuples slaves comme préservateurs de la « tradition primordiale » et comme condition d’émergence de l’Empire eurasiatique – que métaphysique –, car elle contribue à la destruction de l’Occident « satanique ». En réintégrant l’Ur-Heimat ukrainien à la Mère Patrie, la Russie s’assurerait ainsi une première victoire décisive dans son rôle de Kathekon, entamant dès lors un processus de retour définitif à la Tradition, vers un nouvel Âge d’Or.

Certains idéologues ukrainiens d’extrême droite ont construit, sur les mêmes fondements mythologiques, une thèse exactement opposée. Là où Douguine fait de la Russie le Kathekon aryen contre l’Occident dissolvant, ces courants mobilisent le même Ur-Heimat, les mêmes symboles hyperboréens, la même cosmologie des origines, mais pour des conclusions diamétralement opposées.

Selon eux, la Russie n’est pas, contrairement à ce qu’affirme Douguine, l’héritière de la tradition indo-européenne nordique, mais au contraire le produit d’un métissage avec les peuples turco-mongols de la steppe orientale, métissage qui l’aurait définitivement éloignée de l’héritage aryen originel. Cette thèse plonge ses racines dans une tradition intellectuelle ancienne, comme celle de Franciszek Duchinski (1816-1893), qui affirmait dans les années 1860 que les Russes n’étaient pas des Slaves mais des Touraniens – ensemble de peuples turciques et finno-ougriens –, ou encore dans les travaux de l’école anthropologique ukrainienne du XIXᵉ siècle, notamment ceux de Fedir Vovk (1847-1918).

C’est sur ce soubassement historique et pseudo-scientifique que les idéologues ukrainiens radicaux contemporains proches de partis et mouvements, tels Patriote d’Ukraine ou Assemblée sociale-nationale, construisirent leur inversion du schéma douguiniste. La Russie y est décrite comme un empire de la steppe orientale, héritier de la Horde d’or, dont l’expansion vers l’ouest représente la même menace existentielle que les invasions mongoles médiévales. En résistant, l’Ukraine ne défend pas seulement son territoire national, elle défend la frontière de l’Ur-Heimat aryen contre son occupation par la Horde.

Traductions du mythe

Loin d’être confinées à ces seules marges politiques et philosophiques, ces théories s’inscrivent dans une multitude de variations sur le champ de bataille, qu’il soit idéologique ou militaire.

Emblème du groupe d’extrême droite russe Roussitch, présent sur le front ukrainien aux côtés des séparatistes pro-russes dès 2014.
Wikimedia, CC BY

En effet, l’une des caractéristiques les plus troublantes du conflit russo-ukrainien est précisément la porosité des discours et leurs syncrétismes. On peut ainsi observer un glissement jusque dans les discours de Vladimir Poutine lui-même. Le président russe mobilise un argument d’antériorité historique et ethnique qui, sans verser dans le vocabulaire explicitement aryen, repose, à travers les références à la Rous’, sur la même logique fondamentale des origines communes et de l’héritage indivis.

Ce récit opère exactement à l’échelle de l’histoire médiévale ce que la cosmologie douguinienne opère à l’échelle de la préhistoire indo-européenne : il postule une unité originelle trahie par la modernité, dont la guerre est la restauration violente et nécessaire. L’Église orthodoxe russe obéit au même schéma narratif. Le patriarche Kirill a présenté la guerre en Ukraine, dès les premières semaines qui ont suivi l’invasion, comme une « guerre sainte » contre la décadence morale occidentale.

Sur le terrain militaire proprement dit, l’empreinte idéologique est visible dans la composition, les pratiques et les symboles de certaines unités combattantes russes et ukrainiennes, qui constituent un observatoire privilégié de la façon dont les imaginaires ésotériques des origines se traduisent en motivations combattantes et en identités guerrières. Les bataillons de volontaires qui ont afflué vers les deux côtés du front, dès 2014, puis en masse après février 2022 forment un spectre idéologique d’une grande diversité, mais dont les franges les plus radicales témoignent d’une continuité troublante avec les imaginaires que nous avons examinés.

Emblème du bataillon ukrainien Azov.
Wikimédia, CC BY

Nombreux sont ainsi, du côté ukrainien, mais aussi du côté russe, les combattants qui arborent ouvertement des symboles SS, des tatouages runiques et des références à l’ésotérisme aryen illustrant la présence de courants qui voient dans le conflit une bataille pour la défense ou la reconquête du foyer hyperboréen, de l’Ur-Heimat.

Il convient cependant de ne pas surestimer la cohérence idéologique de ces positionnements. Dans bien des cas, les prises de position des droites radicales sur la guerre en Ukraine ont été déterminées moins par une réflexion sur l’hypothèse indo-européenne que par des calculs politiques immédiats, des allégeances géopolitiques préexistantes, des financements et des intérêts matériels qui n’ont rien de métaphysique. Elles restent cependant le témoignage d’une crise ambiante où les métarécits refont leur apparition.


Cet article a été co-rédigé avec Cédric Lévêque, docteur en anthropologie sociale, et Thibault Brice, étudiant en master de philosophie analytique (Université de Genève), co-fondateurs de la revue Cosmos.

The Conversation

Adrien Nonjon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’Ukraine comme « Ur-Heimat » : quand la guerre devient une bataille pour les origines indo-européennes – https://theconversation.com/lukraine-comme-ur-heimat-quand-la-guerre-devient-une-bataille-pour-les-origines-indo-europeennes-281940

Madeleine Ly-Tio-Fane, aux origines conceptuelles de l’Indo-Pacifique français

Source: The Conversation – France in French (3) – By Paco Milhiet, Visiting fellow au sein de la Rajaratnam School of International Studies ( NTU-Singapour), chercheur associé à l’Institut catholique de Paris, Institut catholique de Paris (ICP)

*Portrait de Pierre Poivre (1719-1786), administrateur colonial et agronome français*, auteur inconnu. Pierre Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon (noms de l’époque des îles Maurice et de La Réunion) de 1766 à 1772, a joué un rôle clé dans l’expansion de la présence française dans la région aujourd’hui appelée Indo-Pacifique.
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La notion d’« Indo-Pacifique » est devenue un point focal de la diplomatie française, Emmanuel Macron n’hésitant pas à ériger la vaste zone ainsi désignée en « priorité stratégique ». Si la formule est désormais usuelle dans l’espace public, on ne sait généralement pas qu’elle a été employée pour la première fois en tant que notion géopolitique par une historienne des épices, Madeleine Ly-Tio-Fane, afin de décrire l’expansion coloniale française du XVIIIᵉ siècle.


Madeleine Ly-Tio-Fane (1928-2011) est une figure intellectuelle singulière. Originaire de l’île Maurice, elle fait de sa fonction de bibliothécaire au Mauritius Sugar Industry Research Institute le point de départ d’une œuvre d’historienne consacrée aux sciences naturelles et aux échanges dans l’océan Indien. Ses travaux s’intéressent particulièrement à l’action de trois botanistes français et à leur rôle dans l’introduction d’espèces végétales – notamment celles produisant des épices – aux îles de France (Maurice) et de Bourbon (La Réunion) : Pierre Poivre (1719-1786) ; Jean-Nicolas Céré (1738-1810) et Pierre Sonnerat (1748-1814).

Un article en particulier a retenu notre attention : « Pierre Poivre et l’expansion française dans l’Indo-Pacifique », publié en 1967 dans le Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient. À notre connaissance, il s’agit de la première fois que la terminologie « Indo-Pacifique » est mobilisée dans sa dimension proprement géopolitique pour qualifier l’entreprise française dans la région. Ly-Tio-Fane, le temps d’un article, se serait-elle donc muée en géopoliticienne ?

Histoire d’une dénomination géographique

Le terme « Indo-Pacifique » n’a certes pas été inventé par l’universitaire mauricienne. Il fait une incursion précoce dans les sciences sociales dès le XIXᵉ siècle sous la plume du naturaliste britannique James Logan (1819-1869), avant d’être repris par le géopoliticien allemand Karl Haushofer (1869-1946) dans l’entre-deux-guerres.

En France, d’autres cadres analytiques prévalent : Extrême-Orient, Asie-Pacifique, bassin Pacifique. Il faudra attendre l’élaboration d’une stratégie Indo-Pacifique par Emmanuel Macron, en mai 2018, pour que la nomenclature s’impose. Elle est désormais largement reprise par les administrations et autorités concernées ainsi que par certains universitaires.

C’est donc à une Mauricienne, Madeleine Ly-Tio-Fane, que revient le mérite d’avoir conceptualisé ce vocable dans son acception française, cinquante ans avant le président français. Sous sa plume, l’Indo-Pacifique désigne l’arc d’une expansion coloniale française des bastions de Bourbon (aujourd’hui La Réunion, NLDR) et de l’île de France (nom de l’île Maurice pendant la colonisation française de 1715 à 1810, NLDR) jusqu’aux confins polynésiens. Dans un XVIIIᵉ siècle en pleine effervescence, à l’heure où science et conquête géopolitique avançaient de concert, le parcours singulier de Pierre Poivre incarne cette période charnière de la projection européenne dans l’espace indo-pacifique.

Pierre Poivre, une géopolitique des épices à la française

Mettre fin au monopole hollandais sur les épices : tel fut le grand projet de Pierre Poivre.

Longtemps contrôlé par les marchands arabes, le commerce des épices dans l’océan Indien constitue un enjeu stratégique séculaire, exacerbé par l’arrivée des puissances européennes à partir de 1498, quand Vasco de Gama double le cap de Bonne espérance. Après la domination portugaise, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) verrouille ce commerce dès les années 1620 et s’y impose comme actrice hégémonique par la coercition et la destruction.

Au début du XVIIIᵉ siècle, le monopole batave vacille : la montée en puissance britannique et la recomposition des échanges euro-asiatiques (essor du café, du thé et du textile) redéfinissent les équilibres commerciaux. La France, chassée d’Amérique du Nord en 1763, tente de s’immiscer dans ce marché lucratif en acclimatant sur ses propres territoires les plantes qui fournissent les précieuses épices.

L’homme qui incarne cette ambition est Pierre Poivre. Initialement destiné aux ordres religieux, il part en Asie en 1741 en tant que missionnaire appartenant aux missions étrangères de Paris et découvre, au contact des archipels indonésiens, la richesse que les Hollandais tirent du monopole des épices. Botaniste autant que commerçant, il renonce au sacerdoce et rentre en France pour convaincre la Compagnie française des Indes orientales d’engager une politique d’acclimatation aux Mascareignes françaises.

Il effectue plusieurs voyages dans l’archipel indonésien, d’où il rapporte clandestinement des plants, sans parvenir à les implanter durablement à l’île Maurice (alors nommée île de France depuis que les Français en ont pris possession en 1715). Nommé en 1767 intendant des îles de France et de Bourbon, il dispose enfin des leviers institutionnels nécessaires à son grand projet.

L’île Maurice, territoire pivot des ambitions coloniales françaises en Indo-Pacifique

Point d’appui militaire et escale indispensable pour le commerce vers les comptoirs indiens (Pondichéry, Mahé, Chandernagor, Yanaon et Karikal), l’île de France a rapidement vocation à devenir le centre du dispositif français dans l’espace indo-pacifique.

Alors que l’île était administrée par la Compagnie des Indes depuis 1721, le roi Louis XV ordonne en août 1764, de rétrocéder le territoire à la Couronne. Les objectifs assignés aux administrateurs sont multiples : stimuler le commerce du royaume en créant un débouché pour les denrées métropolitaines ; développer la production locale d’épiceries alors monopolisées par les Hollandais et les Anglais ; et surtout établir un point de transit fiable sur la route de l’Asie permettant de radouber les vaisseaux, et de renouveler les provisions et les équipements, sans dépendre d’escales sous contrôle étranger.

Derrière ce « rôle écrasant » conféré au territoire, tout reste pourtant à construire : cadre administratif, urbanisation, agriculture, agrandissement du port. Les transferts étatiques alloués à la colonie étant dérisoires, celle-ci doit subvenir à ses propres besoins, notamment par le commerce des épices. Telle est précisément la mission confiée à Pierre Poivre.

Fort d’une connaissance intime des réseaux politiques locaux acquise au fil de ses voyages, Poivre identifie les zones où ni les Anglais ni les Hollandais n’exercent de contrôle effectif. Trois expéditions aux Moluques sont organisées ; bientôt, des liens avec la population de Gebe sont établis, et des plants de girofliers et des graines de muscadier sont ramenés à Maurice. Les botanistes Jean-Nicolas Céré et Joseph Hubert, disciples de Pierre Poivre, réussiront l’exploit d’acclimater ces deux espèces à Maurice et à La Réunion. Le giroflier s’acclimate avec succès à Maurice, qui devient à la fin du siècle un producteur significatif. La muscade connut des résultats plus mitigés.

Au-delà des épices, l’intendant Pierre Poivre, également commissaire général de la Marine, va chercher à transformer l’île de France en centre de gravité de l’expansion française dans l’espace indo-pacifique, bien au-delà de l’océan Indien.

Horizons Indo-Pacifiques : de l’île de France à la « nouvelle Cythère »

Madeleine Ly-Tio-Fane, archives à l’appui, retranscrit longuement les espoirs et ambitions que l’intendant nourrit depuis son « boulevard » de l’île de France.

Dans l’océan Indien d’abord : cartographie des courants et des moussons, recherche de routes plus rapides vers les comptoirs indiens, implantation des épices aux Seychelles, quête obstinée de l’île imaginaire de Juan de Lisboa.

Dans l’océan Austral ensuite : convaincu qu’un continent austral encore inconnu permettrait de contrôler à terme le commerce entre l’Asie et l’Amérique, Poivre soutient les expéditions de Kerguelen et de Marion-Dufresne.

Enfin, le commissaire général de Marine prospecte aussi le Pacifique : à l’heure où Bougainville vient de conclure son premier tour du monde et a découvert « la nouvelle Cythère » (Tahiti), il plaide pour que l’île Maurice devienne « un tremplin de l’essor français vers le Pacifique », et que les nouvelles expéditions appareillent de Port-Louis plutôt que de métropole. La colonie de l’île de France a également vocation à devenir le « fil d’Ariane » de tout projet d’expansion française dans la zone Indo-Pacifique.

Cette dynamique expansionniste en Indo-Pacifique ne se limite pas à la seule initiative de Poivre. Elle s’inscrit dans un contexte d’émulation collective qui anime toute une génération d’explorateurs, d’hommes de science et de navigateurs français qui ont croisé Pierre Poivre à l’île de France, foyer intellectuel autant que logistique : Bouvet de Lozier, Surville, Bougainville, Marion-Dufresne, Commerson, Jeanne Baret, Le Gentil, Véron, le Chevalier Grenier et bien d’autres…

Sans oublier le tristement célèbre Ahutoru, premier Tahitien embarqué en France hexagonale par Bougainville, dont la présence à Paris nourrit les réflexions des philosophes, notamment Diderot dans le Supplément au voyage de Bougainville. Le Polynésien croisera également le chemin de Pierre Poivre à Maurice, mais meurt malheureusement à Madagascar en 1772 et ne reverra jamais son île.

Si ces voyages constituent des avancées notables d’un point de vue scientifique, ils révèlent aussi la tension entre une ambition géopolitique et les contraintes matérielles d’une colonie fragile, encore en quête de ses fondements économiques. Ces expéditions coûteuses sont menées alors que l’île manque de tout. Poivre et ses visées expansionnistes seront ainsi vivement critiqués, notamment par son successeur Jacques Maillart-Dumesle.

Portrait du Dr Madeleine Ly-Tio-Fane.
Edinburgh University Press/José Forget

Entre idéal scientifique et ambitions coloniales

Démesurée ou pas, la vision indo-pacifique de Pierre Poivre et le rôle central qu’il confère à l’île de France esquisse les contours d’un continuum stratégique français reliant l’océan Indien à l’Asie du Sud-Est et, au-delà, au Pacifique océanien.

Paradoxalement, la réussite du projet d’implantation des épices clôt ce premier élan expansionniste français dans la région qui sera sans lendemain. Les guerres de l’Empire vont mobiliser ailleurs les énergies et les flottes, reléguant ces ambitions indo-pacifiques à un horizon différé, qui ne sera pleinement réactivé qu’au XIXᵉ siècle. Symbole s’il en est, l’île Maurice passe sous souveraineté britannique en 1814.

À travers l’étude de l’odyssée de Pierre Poivre et de sa quête de la maîtrise du commerce des épices, Madeleine Ly-Tio-Fane retranscrit parfaitement la dichotomie de cette première entreprise française : entre idéal scientifique porté par des personnages aux destins extraordinaires, enfants de la philosophie des Lumières, et zones d’ombre d’un projet avant tout colonial, mercantiliste et expansionniste. Une ambition illusoire et inachevée, mais dont les traces structurent encore la géographie politique française contemporaine.

The Conversation

Paco Milhiet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Madeleine Ly-Tio-Fane, aux origines conceptuelles de l’Indo-Pacifique français – https://theconversation.com/madeleine-ly-tio-fane-aux-origines-conceptuelles-de-lindo-pacifique-francais-281838

Le manque de soins palliatifs en Afrique francophone n’est pas une fatalité

Source: The Conversation – in French – By Fernanda Bastos, chercheure, Universidad de Navarra

Imaginez qu’un membre de votre famille souffre d’un cancer avancé. La douleur est intense, constante. Vous cherchez de la morphine orale, l’un des médicaments essentiels pour soulager cette souffrance. Dans de nombreux pays francophones d’Afrique, vous aurez peu de chances d’en trouver : ni dans un centre de santé rural, ni dans une pharmacie de la capitale, ni parfois même dans un hôpital universitaire.

Cette situation n’est pas accidentelle. Elle résulte de décennies de sous-investissement, de cadres réglementaires restrictifs, d’un manque de formation et d’une faible intégration des soins palliatifs dans les systèmes de santé.

Les soins palliatifs désignent l’ensemble des soins destinés à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de maladies graves, évolutives ou incurables, ainsi que celle de leurs proches. Ils visent à soulager la douleur et les autres symptômes physiques, mais aussi à apporter un soutien psychologique, social et spirituel. Contrairement à une idée reçue, ils ne se limitent pas aux derniers jours de vie : ils peuvent être initiés dès le diagnostic d’une maladie sérieuse, en parallèle des traitements curatifs.

Des organisations comme Human Rights Watch avaient déjà alerté sur cette réalité. Notre étude, publiée en 2026 dans la revue Médecine Palliative, permet de la mesurer pour la première fois à l’échelle régionale à l’aide d’indicateurs standardisés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mes recherches doctorales portent sur l’évaluation du développement des soins palliatifs en Afrique, aux niveaux régional et national. L’étude présentée ici, dont je suis co-auteure, s’inscrit dans cette démarche et constitue la première analyse comparative des pays francophones du continent fondée sur le cadre standardisé de l’OMS, afin de mesurer les inégalités d’accès aux soins essentiels.

Ce que nous avons mesuré

Notre équipe a évalué la structure de développement des soins palliatifs dans 22 pays francophones d’Afrique, à partir de 14 indicateurs de l’OMS couvrant six dimensions : les politiques de santé, l’accès aux médicaments essentiels, la formation des professionnels, la recherche, les services spécialisés et l’autonomisation des personnes et des communautés.




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Le constat est préoccupant. Parmi ces pays, trois sur quatre se situent encore au stade « émergent », soit le niveau le plus faible de développement. Seul le Maroc atteint le niveau « établi » selon le classement mondial des soins palliatifs publié en 2025, indiquant qu’une majorité des dimensions structurelles nécessaires au développement durable des soins palliatifs sont en place, malgré des lacunes persistantes. Les écarts avec les pays africains non francophones sont statistiquement significatifs dans trois domaines essentiels : l’accès aux médicaments, la formation et les services spécialisés.

Ces résultats signifient que des personnes atteintes de cancer, de VIH avancé, de tuberculose sévère, de démence ou d’autres maladies graves risquent de vivre et de mourir avec des souffrances évitables, sans accompagnement adapté. La situation est encore plus préoccupante pour les enfants : dans 77 % des pays étudiés, aucun service spécialisé en soins palliatifs pédiatriques n’existe. De nombreux pays ne disposent pas de formulations médicamenteuses adaptées aux enfants, les privant même des traitements de base contre la douleur.

Pourquoi ce retard ?

Le développement des soins palliatifs en Afrique s’est accéléré à partir des années 1980 et 1990, notamment en réponse à l’épidémie de VIH et à la progression des cancers. Une partie des soutiens internationaux s’est historiquement structurée autour de certains pays anglophones, comme l’Ouganda, le Kenya ou l’Afrique du Sud, laissant les pays francophones plus souvent en marge. Ce déséquilibre a laissé des traces structurelles profondes, encore visibles aujourd’hui, y compris dans la production scientifique.

Entre 2017 et 2023, les pays anglophones d’Afrique ont publié environ quinze fois plus d’articles scientifiques sur les soins palliatifs que les pays francophones — un écart qui reflète non seulement un investissement historique inégal, mais aussi des barrières linguistiques, un accès limité aux bases de données internationales et un manque de financement dédié à la recherche locale. Cette invisibilité scientifique entretient l’invisibilité politique : ce qui n’est pas documenté est rarement priorisé.

À cela s’ajoutent des obstacles réglementaires persistants. Un clinicien du Burkina Faso nous l’a résumé ainsi :

Au niveau rural, la morphine orale est inexistante du fait de la non-formation du personnel et de la lourdeur des textes réglementaires.

Dans plusieurs pays, l’usage médical des opioïdes (substances psychoactives très puissantes qui agissent sur le système nerveux central) reste encadré par des textes très restrictifs, la morphine étant davantage perçue comme une substance à contrôler que comme un médicament essentiel. Résultat : la morphine orale, pourtant inscrite depuis longtemps sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS, reste très peu disponible dans les structures de santé primaires, en particulier en milieu rural.

Le Maroc et le Bénin montrent que le changement est possible

Ces inégalités ne sont ni inévitables ni irréversibles. Le Maroc est aujourd’hui le pays francophone africain le plus avancé en soins palliatifs. Une réforme réglementaire adoptée en 2013 a assoupli les règles de prescription des opioïdes. Toutes les facultés de médecine enseignent désormais les soins palliatifs, intégrés dans l’offre de soins essentielle.

Le Bénin offre une leçon complémentaire. Depuis 2018, la pharmacie d’un grand hôpital universitaire produit localement une solution orale de morphine à partir de poudre importée, grâce à un partenariat avec l’Ouganda et au soutien de coopérations internationales — réduisant la dépendance aux importations et facilitant l’accès au traitement. En 2020, une loi a reconnu les soins palliatifs comme un droit du patient et une responsabilité de l’État, et le pays dispose aujourd’hui d’un plan national dédié.

Que faut-il faire ?

La priorité est politique : reconnaître les soins palliatifs comme une composante ordinaire des systèmes de santé. Les gouvernements doivent les intégrer dans les lois nationales et la couverture sanitaire universelle, désigner des responsables au sein des ministères et réviser les réglementations des opioïdes. Sans cadre politique, les initiatives restent isolées et fragiles.

La formation est un levier tout aussi essentiel. Au Cameroun, 71 % des écoles d’infirmiers proposent déjà un enseignement en soins palliatifs — un point de départ, mais qui doit devenir obligatoire et harmonisé. La recherche locale, publiée en français et accessible aux décideurs, doit également être renforcée. Les organisations régionales et internationales sont bien placées pour soutenir les pays les moins avancés et accompagner ce plaidoyer. Parmi elles, l’Association africaine de soins palliatifs (APCA), la Fédération internationale de soins palliatifs (FISP), le Centre africain de recherche de soins de fin de vie (ACREOL) et l’Alliance mondiale contre le cancer (AMCC) disposent de l’expérience et des réseaux nécessaires pour faciliter le mentorat, le partage d’expériences et le dialogue politique entre pays.

Une question de justice

D’ici 2060, le nombre de personnes ayant besoin de soins palliatifs en Afrique subsaharienne devrait presque tripler, selon une étude publiée dans The Lancet Global Health. Sans changement, de nombreux patients mourront sans médicaments disponibles, sans professionnel formé, sans service accessible. Améliorer ces indicateurs, c’est ouvrir la possibilité de réduire cette souffrance pour des millions de personnes.

Les soins palliatifs ne sont pas un luxe réservé aux pays riches. Le retard observé en Afrique francophone n’est pas une fatalité. Il est le reflet de choix politiques, de priorités de financement et d’inégalités historiques qui peuvent et doivent être corrigés.

La question n’est donc plus seulement de mesurer l’inégalité. Elle est de décider collectivement de la réduire.

The Conversation

Fernanda Bastos does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le manque de soins palliatifs en Afrique francophone n’est pas une fatalité – https://theconversation.com/le-manque-de-soins-palliatifs-en-afrique-francophone-nest-pas-une-fatalite-282867

How does street lighting impact wildlife and when should we turn off the lights?

Source: The Conversation – France – By Samuel Challéat, Chercheur, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

As part-night lighting (i.e., turning off streetlights in the middle of the night) becomes more widespread among local authorities, three studies focusing, respectively, on robins, toads and bats show that, often, turning off the lights for a few hours is not enough to restore natural night. In terms of biodiversity, the challenge is not just about switching off the lights, but knowing when and where to do so.

In recent years, switching off street lighting in the middle of the night has turned out to be a no-brainer for several challenges: reducing energy bills, demonstrating a commitment to energy efficiency, and limiting light pollution and its effects on ecosystems.

From a biodiversity perspective, the best solution would be to have no lighting at all.

But this option clashes with other legitimate uses of night-time spaces: our own! This leaves one question: is switching off the lights for a few hours in the middle of the night really enough to reduce the impact of light on biodiversity? Not necessarily: its effects on organisms depend on the context – location, large-scale light landscape, weather conditions – and the species concerned.

A widespread measure whose biological effects remain poorly understood

Not all species actually use night-time in the same way. The early evening, the middle of the night and the hours leading up to dawn are often associated with different behaviours: foraging, movement, returning to roost, falling asleep and waking up, communication… In this context, part-night lighting may limit certain effects of light pollution on biodiversity… or miss the mark entirely if it doesn’t coincide with species’ peak activity times.

Another important point: switching off lights locally does not necessarily mean returning to total darkness. In towns and cities, nearby lighting – streetlights on adjacent streets, shop signs, shop windows or private lighting – as well as light scattered by clouds often maintain residual brightness. And this effect is not limited to urban zones: in rural areas too, the light halo from towns and cities can remain visible for several dozen kilometres (approx. 15 miles). For the species most sensitive to light, the difference between periods when lights are on and off may, therefore, be minimal, even when public lighting is switched off locally. A local council’s switch-off schedule is therefore not sufficient, on its own, to describe the actual lighting conditions to which animals are exposed.

The European robin, commonly found in cities: switching off the lights in the middle of the night isn’t enough

the European robin (_Erithacus rubecula_)
The European robin (Erithacus rubecula).
Giles Laurent, CC BY

This is what we observe in the European robin. For this diurnal bird, part-night lighting is not sufficient, in an urban context, for restoring activity patterns comparable to those observed in unlit areas. Even when streetlights are switched off between 11:00 pm and 6:00 am, the birds tend to sing earlier in the morning and later in the evening than in truly dark areas.

Spectogram of the European robin’s song.
Fourni par l’auteur

To test this effect in the Nantes metropolitan area (Loire-Atlantique department) in France, we compared three types of site: unlit sites, sites lit up all night, and sites where street lighting is switched off for part of the night.

We used a simple indicator: the European robin’s song. By recording the soundscape over several days, we can reconstruct the species’ singing patterns across the entire day-night cycle and see how they vary according to light conditions.

The result is clear: sites where lighting is cut off in the middle of the night often look more like sites lit all night than unlit ones. The gap appears mainly at key moments for this species, at dawn and dusk – respectively around 40 minutes before sunrise and 20 minutes after sunset – which correspond to its peak vocal activity.

The familiar bird song of robins, as well as those of the Eurasian wren, chaffinches and blackcaps.
Laurent Godet, Fourni par l’auteur737 ko (download)

In our study, the peak in the “dawn chorus” occurs on average before sunrise, by a matter of tens of minutes. However, it is precisely at this time, in an urban landscape that is already well lit, that part-night lighting is barely distinguishable from continuous lighting.

This is no doubt due to the central roles dawn and dusk play in diurnal species: these transitions serve as reference points for synchronising daily rhythms. Many lighting systems still leave lights on in the early evening and switch them back on before dawn. In other words, lights are switched off in the middle of the night, but are kept on at the two times that matter most for synchronising activity.

For a robin, this shift can have very real consequences: singing earlier also means defending its territory earlier, interacting differently with other birds, and bringing forward essential activities such as foraging or attracting a mate.

The data alone does not allow us to conclude that there is a direct effect on reproduction or survival. However, it does show that part-night lighting does not automatically bring the situation back to normal, particularly in urban areas where darkness is often incomplete even when a street or neighbourhood is in the dark.

A bat from Réunion: switching lights off slightly earlier could make all the difference

A free-tailed bat native to the island of Réunion (_Mormopterus acetabulosus_)
A free-tailed bat native to the island of Réunion (Mormopterus acetabulosus).
Paul Jossigny, CC BY

For the free-tail bat, a nocturnal bat endemic to Réunion, bringing forward the switch-off times by two hours is enough to mitigate the effect of the lighting at the start of the night. However, this effect persists at the end of the night, when lighting in the morning is switched on early.

We studied this species, Mormopterus francoismoutoui, in a setting that allowed us to go beyond a simple comparison between lit and unlit sites. For one month, at certain sites, the part-night lighting scheme was altered: the streetlights were switched off two hours earlier than usual. This allowed us to compare the situation before and after this change at the same sites, alongside unlit control sites. Bat activity was monitored acoustically, using recording devices to capture their echolocation calls. This is not a direct count of individuals, but an indicator of their activity.

Free-tailed bats in Réunion flying out of a roost.
Samuel Challéat, CNRS Nocturnal Environment Observatory, UMR Géode, Fourni par l’auteur

The results show that as long as the streetlights remain on, bats are detected more frequently near the lit areas, particularly at the beginning and end of the night, i.e. during their peak activity periods. When the evening switch-off is brought forward, this effect disappears at the start of the night: the light no longer “structures” their activity as it did before. However, a difference tends to persist before dawn, which is consistent with the morning switch-on remaining unchanged. Bats therefore still seem to be attracted to lit areas during their peak of activity before dawn, particularly when the weather was favourable.

This result highlights an important point: the effectiveness of part-night lighting depends on how much it overlaps with the activity rhythms of the species present. Turning off the lights in the middle of the night may have little effect if a species concentrates its movements and foraging at the beginning or end of the night. Conversely, a seemingly modest adjustment – in this case, switching off the lights two hours earlier in the evening – may be enough to mitigate the effect of lighting for part of the night.

However, we must exercise caution when interpreting these findings. A higher presence near streetlights does not necessarily mean that light is beneficial. It may reflect an opportunity, for example, if insects are attracted to the light but it may also indicate more ambiguous effects: altered movement patterns, a concentration of individuals in certain areas, increased competition, or greater exposure to predators. In other words, these results primarily show a redistribution of activity over time and space, without allowing us to conclude that artificial lighting is, in itself, beneficial or harmful.

For toads, partial switch-off remains only a partial solution

Spiny toad (_Bufo spinosus_)
Spiny toad (Bufo spinosus).
Frank Vassen, CC BY

For the spiny toad (Bufo spinosus), a primarily nocturnal amphibian, part-night lighting mitigates certain effects of artificial light to some extent, without recreating the conditions of a truly dark night.

The spiny toad is a common species in southern and western France, frequently found near inhabited areas, including urban and suburban settings. For its very close relative, the common toad (Bufo bufo), artificial light at night is already known to affect behaviour, physiology and even gene expression in cells: over 1,000 genes malfunction when the animals are exposed to low-intensity light at night! However, in these animals, activity is often most pronounced at the start of the night, suggesting that part-night lighting can, at best, only mitigate the effects.

What is meant by ‘gene expression’?

  • Gene expression refers to the way in which an organism “activates” or “deactivates” certain genes, depending on the time of day, the environment or the state it is in. Not all genes are active all the time. Depending on whether it is day or night, or whether an animal is resting, active or under stress, certain genes are activated more than others. This enables the production of the molecules necessary for the organism to function. To say that artificial light can alter gene expression therefore means that it does not merely change the visible behaviour of animals: it can also profoundly affect their biological functioning.

We tested this hypothesis experimentally on individuals from one of the areas least affected by light pollution in western France – in Mayenne and Orne. Three groups were formed: one group was kept in natural darkness, one group was exposed to low light levels throughout the night (0.5 lux) and one group was subjected to a part-night lighting scheme between 11:00 pm and 5:00 am, but with the same light intensity of 0.5 lux for the rest of the night. After at least nine days of exposure, we monitored the males’ activity via video during the night.

The distance travelled varied little between the different groups, no doubt partly due to the experimental setup. However, one finding stands out clearly: the longer the toads are exposed to light, the more time they spend in their shelter. The individuals subjected to part-night lighting occupy an intermediate position between those placed in darkness and those exposed to light all night. This is also the only group to show a resumption of activity after the lights were switched back on at 5:00 am.

For a toad, this can have very real consequences: spending more time in hiding potentially means having less time to forage for food, find a mate or move to another site. The surge in activity observed when the lights were switched on again could represent extra energy spent or a source of stress. Part-night lighting therefore reduces certain behavioural effects, but for these animals it does not seem to be equivalent to a completely unlit night.

We still do not know whether this attenuation also results in a reduction in the physiological or genetic effects of artificial light. We also need to gain a better understanding of the impact of a sudden change in light intensity, both when the lights are switched off and when they are switched back on.

A common finding: the importance of key moments during the night

It would be an oversimplification to conclude that part-night lighting is pointless. However, our findings serve as a reminder that it is primarily designed with human night-time activities in mind – when public spaces are less busy and traffic is lighter – rather than with the times when light has the greatest influence on biodiversity.

In our three studies, it is precisely the early and late hours of the night that appear to be decisive. For robins, maintaining light at dusk and dawn is sufficient for sustaining shifts in activity, even when the lights are switched off in the middle of the night. For free-tail bats, bringing forward the evening switch-off reduces the effect of light at the start of the night but not at the end of the night if the morning switch-on remains unchanged. Where toads are concerned, switching the lights back on at the end of the night revives activity at a time when it would normally be decreasing. In all three cases, the conclusion is the same: to be effective, part-night lighting must coincide with the periods when species are most sensitive to light and produce a genuinely perceptible reduction in brightness.

Finally, describing part-night lighting simply as “turning lights off” can be misleading. This method of managing street lighting also involves abrupt, artificial transitions: switching on, switching off, and switching on again, which can disrupt organisms. Turning off the lights in the middle of the night is, therefore, not just about less light: it is also another way of artificially dividing up the night.

What are the implications for local action?

These findings do not, of course, provide a one-size-fits-all solution. However, they suggest three key measures if we are to ensure that part-night lighting also benefits biodiversity.

Firstly, adjust lighting schedules around dusk and dawn, which are often crucial for species’ rhythms and activity. Secondly, reduce light spill from areas that remain lit – adjacent streets, shop signs, private lighting – so that switching off the lights results in a real reduction in brightness. Finally, adapt the lighting strategy to suit different locations – city centres, residential areas, the outskirts of nature areas – rather than applying the same rule everywhere.

Such planning decisions are best informed by both environmental expertise and residents’ experience, so as to identify sensitive locations and times, make decisions transparently, and then adjust the choices in light of feedback and observations.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Samuel Challéat is coordinator of the CNRS Nocturnal Environment Observatory, director of CNRS GDR 2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment), and deputy director of UMR 5602 GÉODE (Geography of the Environment, CNRS, Toulouse 2 University). He has received funding from La Réunion National Park as part of the FENOIR programme, and from the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI) as part of the OUTRENOIR programme.

Jean Secondi est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS

Kévin Barré est membre de l’Observatoire de l’environnement nocturne du CNRS et du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS. Il a reçu des financements du Parc national de La Réunion et de la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) du CNRS

Laurent Godet is a member of UMR 6554 LETG, the CNRS Nocturnal Environment Observatory, and the CNRS GDR2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment). He has received funding from the Réunion National Park, the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI) and the Fondation de France as part of the LARN project.

Léa Mariton is a member of the CNRS Nocturnal Environment Observatory and of the CNRS GDR 2202 LUMEN (Light & Nocturnal Environment). She has received funding from La Réunion National Park and from the CNRS Mission for Transversal and Interdisciplinary Initiatives (MITI).

Thierry Lengagne est membre du GDR2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne) du CNRS.

ref. How does street lighting impact wildlife and when should we turn off the lights? – https://theconversation.com/how-does-street-lighting-impact-wildlife-and-when-should-we-turn-off-the-lights-282757

Philadelphia will celebrate Ona Judge Day to honor Martha Washington’s enslaved maid who made a daring escape to freedom

Source: The Conversation – USA – By Timothy Welbeck, Director of the Center for Anti-Racism, Temple University

The National Park Service removed an exhibit on slavery at the President’s House site in Philadelphia on Jan. 22, 2026. AP Photo/Matt Rourke

On the evening of May 21, 1796, Ona Judge made the daring decision to free herself.

Considering the prominence of her owner, the laws of the time and the dangerous trek to New Hampshire, a place where she could discreetly live freely, the act carried remarkable risk. Nevertheless, she slipped out of the President’s House undetected while the first family dined.

The house, then located at the intersection of 6th and Market streets in Philadelphia, served as the first executive mansion. It stood mere feet from Independence Hall, where the nation adopted its lofty language regarding freedom.

Panels with pictures and text affixed to the exterior of a building
The slavery exhibition at Independence Hall opened in December 2010. It was the first slavery memorial on federal land in U.S. history.
Michael Yanow/NurPhoto via Getty Images

Years later, Judge described her narrow escape to Rev. Benjamin Chase in an interview for the abolitionist newspaper The Liberator. Judge told Chase, “I had friends among the colored people of Philadelphia, had my things carried there beforehand, and left Washington’s house while they were eating dinner.”

Prior to her escape, Judge served as a chambermaid in the President’s House. She spent years tending to Martha Washington’s every need: bathing and dressing her, grooming her hair, laundering her clothes, organizing her personal belongings, and even periodically caring for her children and grandchildren.

Being a chambermaid also included grueling daily tasks such as maintaining fires, emptying chamber pots and scrubbing floors.

Even though she engaged in this arduous labor as property of the Washingtons, living in Philadelphia provided Judge a glimpse of what freedom could eventually look like for her. Historians estimate that 5% to 9% of the city’s population at the time were free Black people. Prior to her escape, Judge befriended several of them.

Dark, moody painting depicting Black woman taking care of children by a fireplace
An oil painting titled ‘Mt. Vernon Kitchen’ by Eastman Johnson, 1864.
Mount Vernon Ladies’ Association

In the spring of 1796, the Washingtons prepared to return to Virginia to resume private life. President Washington issued his farewell address in the fall of 1796, but he told family and close confidants of his plans earlier in the year.

During that time, Martha Washington made arrangements for their pending return to Mount Vernon. Her plans included bequeathing Ona Judge to her granddaughter, Elizabeth Parke Custis, as a wedding gift. Upon learning this, Judge made plans of her own.

In her interview with Chase she explained, “Whilst they were packing up to go to Virginia, I was packing to go, I didn’t know where; for I knew that if I went back to Virginia, I should never get my liberty.”

As a civil rights lawyer and professor in the Africology and African American Studies department at Temple University in Philadelphia, I study the intersection of race, racism and the law in the United States. I am pleased that the city of Philadelphia has decided to honor May 21 as “Ona Judge Day” starting this year, as I believe Judge’s story is vital to the telling of America’s history, despite attempts by the Trump administration to erase that legacy.

Dismantling history

Erica Armstrong Dunbar, a professor of African American Studies at Emory University, tells Judge’s fascinating story in her book “Never Caught: The Washingtons’ Relentless Pursuit of their Runaway Slave Ona Judge.”

Before January 2026, those who wished to learn about Judge could literally stand on the same walkway in Philadelphia where Judge once stood when she chose to flee. Several footprints, shaped like a woman’s shoes and embedded into the pathway outside of where the President’s House once stood, memorialize the beginning of Judge’s journey. These footprints composed part of an exhibit examining the paradox between slavery, freedom and the nation’s founding.

The exhibit, “Freedom and Slavery in the Making of a New Nation,” also included 34 explanatory panels bolted onto brick walls along that sidewalk. They provided biographical details about the nine people the Washingtons owned while living in the presidential mansion. The exhibit presented the sobering reality that our nation’s first president enslaved people while he held the nation’s highest office.

Colorful illustration on a panel on wall of brick building
These and other panels discussing the founders’ owning of slaves were removed in late January 2026, after an executive order issued by President Donald Trump in March 2025 called to eliminate materials deemed disparaging to the Founding Fathers or the legacy of the United States.
Matthew Hatcher/Getty Images

This changed in late January when the National Park Service dismantled the slavery exhibit at Philadelphia Independence National Historic Park. The removal sparked intense, immediate outrage from people across the country dismayed by the attempt to suppress unfavorable aspects of American history.

Philadelphia Mayor Cherelle Parker responded swiftly. “Let me affirm, for the residents of the city of Philadelphia, that there is a cooperative agreement between the city and the federal government that dates back to 2006,” she said in a public statement. “That agreement requires parties to meet and confer if there are to be any changes made to an exhibit.”

The city of Philadelphia later sued Interior Secretary Doug Burgum and National Park Service acting Director Jessica Bowron. Pennsylvania subsequently filed an amicus brief in support of the city’s lawsuit.

After an inspection of the exhibit’s panels, U.S. District Judge Cynthia Rufe, who oversaw the case, ruled that the government must mitigate any potential damage to them while they are stored.

Civil rights activist and Philadelphia-based attorney Michael Coard had an opportunity to visit and examine the exhibits in storage prior to a ruling from Rufe that ultimately ordered their restoration. Coard led the fight to create and preserve the exhibit and later led the fight to restore it.

Man in overcoat and sunglasses holds up phone, with brick walls around him
Philadelphia-based attorney Michael Coard, who helped lead the effort to create the exhibition, visited the site after its removal.
AP Photo/Matt Rourke

Limiting discussion of race

In ruling to “reinstall all panels, displays, and video exhibits that were previously in place,” Rufe referenced George Orwell’s “1984.” She chided the federal government’s efforts to “dissemble and disassemble historical truths.” Critics had raised similar concerns and argued that the National Park Service’s dismantling of the exhibit was an attempt to “whitewash history” and erase stories like Ona Judge’s.

Avenging the Ancestors Coalition, a Philadelphia-based organization dedicated to preserving Black history, has scheduled a celebration on May 21, 2026, at Independence Hall to honor Ona Judge Day and Judge’s courageous escape more than two centuries ago.

Organizers feel greater urgency to share this history around slavery in the U.S. because of actions by the federal government that seek to suppress it. For example, the Trump administration has restored and reinstalled two Confederate monuments of Albert Pike in Washington and Arlington National Cemetery, while it removed the slavery exhibit in Philadelphia.

Moreover, during the first week of his second term, Trump signed multiple executive orders to eliminate
diversity, equity and inclusion policies.

Similarly, during the first Trump administration, the federal government engaged in various efforts to counterbalance the 1619 Project, a project spearheaded by Pulitzer-winning journalist Nikole Hannah-Jones that discussed the 400th anniversary of slavery’s beginnings in America. The 1619 Project spawned yearslong backlash. This included the 1776 Commission, created during the first Trump administration, which tried to discredit the conclusions of the 1619 project.

It is all part of a broader pattern across the country to limit how public institutions broach topics pertaining to race and racism.

This pattern has intensified as the United States prepares to celebrate the 250th anniversary of the framers signing the Declaration of Independence. As the nation celebrates its history, it must decide how much of it to explore.

_This is an updated version of an article originally published on Feb. 11, 2026.

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The Conversation

Timothy Welbeck has colleagues and affiliates who are members of Avenging the Ancestors Coalition, an organization which is mentioned in this article.

ref. Philadelphia will celebrate Ona Judge Day to honor Martha Washington’s enslaved maid who made a daring escape to freedom – https://theconversation.com/philadelphia-will-celebrate-ona-judge-day-to-honor-martha-washingtons-enslaved-maid-who-made-a-daring-escape-to-freedom-283353

Special courts helps veterans stay out of jail – but funding cuts to VA and government programs are threatening their work

Source: The Conversation – USA (3) – By Jamie Rowen, Associate Professor of Legal Studies and Political Science, UMass Amherst

Veterans from past wars and those returning from ongoing wars will need the country’s continued support. SDI Productions/E+ via Getty Images

Memorial Day is an apt time to reflect on the long-term consequences of war. Among them are substance use, mental health problems, homelessness and jail time for those who served in the military.

About 8% of all Americans in prisons or jails are veterans, according to the Council on Criminal Justice, a nonpartisan think tank. Veterans end up incarcerated largely because of substance use and mental health disorders, both of which also contribute to homelessness.

For more than 15 years, one tool for helping veterans break out of addiction has been Veterans Treatment Courts. These programs help veterans accused or convicted of crimes address the challenges driving their involvement in the criminal legal system.

Veterans Treatment Courts require a dedicated clinician and need to provide access to counseling, housing support and other social services to meet veterans’ needs. For this, they must have funding from the government. As a legal scholar studying the use of criminal law to aid veterans, my research shows that these programs, which exist in every state except Connecticut and Vermont, can be very effective. But they only work when they have the staffing and the resources to support veterans’ complex needs.

However, since 2025, massive cuts to the Department of Veteran Affairs as well as to publicly funded healthcare such as Medicaid and Medicare, which are widely used by veterans, are making it harder for veterans to access healthcare.

What are Veterans Treatment Courts?

Veterans Treatment Courts are a subset of the drug treatment courts that were created by judges and criminal legal reformers beginning in 1988. These courts are an alternative to jail for people arrested or convicted for crimes that may be related to substance use disorders.

The idea was to allow courts to address the root causes of criminal behavior rather than simply punish people who committed crimes. Specialized treatment courts were soon developed to provide support for specific issues, such as mental health, or to groups accused of specific crimes, such as sex work.

Veterans treatment courts aim to help people address the underlying issues that lead them to commit crimes.

In 2008, a judge in Buffalo recognized that veterans in his drug treatment court would benefit from support from other veterans and the comprehensive services from the VA. So he launched a distinct program just for veterans that soon received national media attention. Veterans Treatment Courts now operate in over 745 courthouses.

Eligibility varies across courts, but typically requires that the person have served in the military and that the crime they committed is not considered so serious that it deserves incarceration. While these programs are funded through a variety of sources, such as local and state governments, the federal government offers tens of millions of dollars every year for local courthouses to set up Veterans Treatment Courts.

Veterans Treatment Courts have a variety of requirements for participants. Once admitted to the program, participants must attend a hearing where they talk to the judge about how they are doing. They must also take drug tests and attend therapy appointments. They may also have to show that they have stable housing and employment and that they have performed community service or engaged in other activities that indicate they are connected to their communities and therefore at lower risk for substance use or criminal behavior.

If participants meet program requirements, they graduate. Graduation usually means some sort of legal benefit, such as dropped charges and fines or the termination of probation.

Resources are key to success

Advocates suggest that Veterans Treatment Courts are more effective than jail or prison in preventing people from committing new crimes, and that treatment courts in general cost less than incarceration. But studies on whether they help veterans more than alternatives such as drug treatment courts or a regular criminal court have been inconclusive.

My research shows that treatment courts, in general, are most effective if they have dedicated staff and access to services to address substance use as well as housing insecurity. That level of support is exactly what the VA provides.

Veterans with VA benefits not only receive outpatient and inpatient substance use treatment, but they are able to access federally funded education and housing support unavailable to most U.S. citizens. Even Veterans Treatment Court participants who are ineligible for VA healthcare benefit from the unique levels of public support and state-funded programs for veterans in the U.S.

All this gives Veterans Treatment Courts the resources to help their participants more than other treatment courts or regular criminal courts can.

A person, visible torso down, walks through an economically stressed urban area, with a mural of an American flag behind them.
There’s a strong connection between veteran homelessness and incarceration.
Spencer Platt/Getty Images News

A program under threat

Recognizing the connection between veteran homelessness and incarceration, the federal government has put millions of dollars into the VA to help veterans in the criminal legal system. Congress annually authorizes tens of millions of dollars to support VA clinicians working in Veterans Treatment Courts. In January 2026, Congress even created a new center dedicated to this goal.

However, despite this support, the federal funding cuts for both the VA and mental health treatment more generally present numerous challenges for Veterans Treatment Courts. Tens of thousands of VA employees have left the agency since President Donald Trump took office. This has lead to staffing shortages that undermine care for all veterans.

Staff stability is especially important for these programs’ viability and success. My research shows that funding cuts lead to high turnover and low morale. When the Department of Health and Human Services sent a notice canceling US$2 billion worth of funding in January 2026, treatment courts were scrambling to figure out how they could staff their programs. Though this money was restored, the cancellation showed treatment court staff that their work could end without warning.

Given that the country’s criminal legal system is already overburdened, enabling Veterans Treatment Courts to do their vital work does more than help veterans. In my view, this program also models how comprehensive social services can help people struggling with substance use disorders, mental health problems, housing insecurity and other challenges.

As people recover from past wars and return from ongoing conflicts, they will need the country’s continued investment to reintegrate and thrive.

The Conversation

Jamie Rowen receives funding from the National Science Foundation.

ref. Special courts helps veterans stay out of jail – but funding cuts to VA and government programs are threatening their work – https://theconversation.com/special-courts-helps-veterans-stay-out-of-jail-but-funding-cuts-to-va-and-government-programs-are-threatening-their-work-275742

What Jefferson and Madison would have thought about ‘rededicating’ the US to God

Source: The Conversation – USA (3) – By Steven K. Green, Professor of Law, Director of the Center for Religion, Law & Democracy, Willamette University

Many of the thousands of letters between the two founders attest to their deep commitment to religious freedom. AlexanderZam/iStock via Getty Images Plus

Thousands of Americans prayed on the National Mall on May 17, 2026, during “Rededicate 250”: a day-long rally to “come together in prayer and worship ahead of the nation’s 250th birthday,” as organizers described it. U.S. House Speaker Mike Johnson, one of many Republican politicians and conservative Christian leaders to speak, led a prayer to “rededicate the United States of America as one nation under God.”

Planned by Freedom 250, a public-private partnership, the rally prompted criticism that it blurred the lines separating church and state. According to the Pew Research Center, 73% of adults agree that religion should be kept separate from government policies, and only 19% of Americans say the United States should stop enforcing that principle.

But figures allied with the Trump administration have challenged the premise that the U.S. government should be – or was meant to be – separate from religion. In 2023, Johnson remarked that “The separation of church and state is a misnomer … it comes from a phrase that was in a letter that Jefferson wrote. It’s not in the Constitution. And what he was explaining is they did not want the government to encroach upon the church – not that they didn’t want principles of faith to have influence on our public life.”

As a scholar of American legal and religious history, I have written extensively about the development of religious freedom in the U.S., and the origins of the separation of church and state.

Two of the Founding Fathers shaped American views on these topics more than any other: Thomas Jefferson and James Madison. Yet their views have also become lightning rods for controversy as the “wall” between church and state comes under scrutiny.

My 2024 book, “The Grand Collaboration,” seeks to answer several questions: What was Jefferson’s and Madison’s understanding of religious freedom? And why were they so deeply committed to that principle?

Bedrock of law – in Virgina and beyond

Jefferson wrote the Virginia Bill for Religious Freedom in 1777, the most comprehensive declaration of religious freedom at the time. The bill guaranteed freedom of conscience, protected religious assemblies from government oversight, prohibited government funding of religious institutions and boldly declared that religious opinions were outside the authority of civil officials.

An obelisk-shaped grave sits in a grassy area with trees.
Thomas Jefferson asked that his gravesite commemorate three of his accomplishments, including writing Virginia’s statute for religious freedom.
Christopher Hollis/Wikimedia Commons

Several years later, Madison guided these ideals into law. His “Memorial and Remonstrance Against Religious Assessments,” a protest against a proposal to support Christian teachers with tax money, affirmed the values of church-state separation and religious equality. He helped defeat the proposal – and set the stage for Virginia to adopt Jefferson’s bill.

As president, Jefferson went on to pen a letter to a Baptist association in Connecticut where he immortalized the phrase “a wall of separation between church and state.”

The Bill of Rights contains two clauses about religion, both in the First Amendment: that “Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof.”

What qualifies as “establishment of religion,” however, is open to debate.

In 1947, the U.S. Supreme Court embraced church-state separation as the guiding principle for interpreting the religion clauses, relying extensively on the two Virginians’ writings and actions. As Justice Hugo Black wrote, “In the words of Jefferson, the clause against establishment of religion by law was intended to erect ‘a wall of separation between Church and State.’”

The duo’s documents served as the authority for the legal principle of church-state separation, and for more than five decades, their bona fides remained unquestioned in the law.

Shift at SCOTUS

Criticism of church-state separation intensified in the 1980s. As the religious right grew into a political force, commentators argued that the concept was anti-religious and did not represent the prevailing views about church and state during the founders’ time.

In recent decades, such arguments have attracted politicians and jurists, including members of the Supreme Court. Justice Clarence Thomas has written that the court’s earlier separationist interpretations of the Constitution “sometimes bordered on religious hostility.” Legal scholar Philip Hamburger has declared that “the constitutional authority for separation is without historical foundation” and “should at best be viewed with suspicion.”

Several recent Supreme Court decisions have rejected a separationist approach to church-state matters. For example, the conservative majority has allowed taxpayer dollars to be used at religious schools, the display of religious symbols on government property, and religious expression by public school employees.

In a 2022 dissent, Justice Sonia Sotomayor bemoaned that the court has turned the separation of church and state from a “constitutional commitment” to a “constitutional violation.”

The justices’ earlier reliance on Jefferson and Madison has borne the brunt of criticism that their views on church-state matters did not represent their peers, or that neither man was in favor of separation as he has been portrayed.

Exchange of ideas

To better understand Jefferson’s and Madison’s beliefs, I examined many of the 2,300 letters between the two on “Founders Online,” a National Archives website. I also looked at correspondence with other acquaintances.

Both founders had deistic leanings, meaning they believed in a supreme being, but thought science and reason were the best paths to understanding religion. They were only nominally observant Christians, but more protected from religious intolerance than other “dissenters” due to their high social standing and affiliation with the Anglican Church.

A formal portrait of a man staring at the viewer, with white hair, a white shirt with a high neck, and a black jacket.
Thomas Jefferson’s official presidential portrait, painted around 1800 by Rembrandt Peale.
White House History via Wikimedia Commons

All the more striking, then, that they worked throughout their lives to advance religious freedom.

Religious matters were never far from their minds. For instance, in Madison and Jefferson’s exchanges discussing the need for a bill of rights, freedom of conscience was invariably at the top of the list. Both were convinced that government should avoid supporting religion, even if no particular religion was given preference. They also insisted that people should have broad religious freedoms.

These views were clearly on the vanguard, but other religious rationalists and religious dissenters also advocated a comprehensive understanding of religious freedom.

Both men were committed to advancing religious freedom because they saw it as deeply entwined with freedom of inquiry and conscience. “Reason and free enquiry are the only effectual agents against error,” Jefferson wrote in 1784. Allowing people to investigate ideas freely “will support the true religion,” because “Truth can stand by itself.”

Similarly, Madison declared “the freedom of conscience to be a natural and absolute right.”

In their view, free inquiry was the fount of other rights. Religious freedom, for example, was a subset of freedom of conscience. And a healthy separation of church and state was key to ensuring those freedoms.

‘A pillar of support’

The letters reveal the extent to which Jefferson and Madison complemented and reinforced each other’s attitudes toward church and state. They also reveal the close intellectual and emotional affection that each man held for the other, and how much each man valued the other’s support.

A portrait of a man with white hair, a white shirt with a high neck, and a black jacket.
A portrait of James Madison by Chester Harding, painted around 1829, a few years before his death.
Daderot/National Portrait Gallery via Wikimedia Commons

In their final exchanges before Jefferson’s death on July 4, 1826, he implored Madison, “To myself, you have been a pillar of support thro’ life. Take care of me when dead, and be assured that I shall leave with you my last affections.”

Madison responded with similar affection: “You cannot look back to the long period of our private friendship & political harmony, with more affecting recollections than I do.”

Jefferson’s and Madison’s half-century of collaboration on behalf of religious freedom and equality is an important chapter in the nation’s founding history. I believe its legacy should be remembered and celebrated, not discarded.

This is an updated version of an article originally published on June 25, 2024.

The Conversation

Steven K. Green does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. What Jefferson and Madison would have thought about ‘rededicating’ the US to God – https://theconversation.com/what-jefferson-and-madison-would-have-thought-about-rededicating-the-us-to-god-283311

Innovar en el campo también es cosa de mujeres, pero ellas lo hacen de otra manera

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Almudena Gómez-Ramos, Profesor Titular de Economía, Sociología y Política Agraria, Universidad de Valladolid

Zoteva/Shutterstock

El sector agrario atraviesa una profunda transformación impulsada por los ajustes que exige el mercado, el impacto del cambio climático y las crecientes demandas ambientales procedentes de Europa. En este contexto, la innovación ya no es una opción, sino una condición imprescindible para la supervivencia. Quienes no logran adaptarse corren el riesgo de quedar fuera, como ya está ocurriendo con numerosas explotaciones que desaparecen o son absorbidas por otras de mayor tamaño.

En España, menos de tres de cada diez explotaciones agrarias están dirigidas por mujeres y, en promedio, son más pequeñas y menos rentables. Aun así, muchas agricultoras y ganaderas lideran transformaciones clave en el medio rural mediante la innovación, la diversificación y nuevas formas de producir y comercializar, aunque a menudo su papel siga siendo poco visible.

Durante décadas, el trabajo de las mujeres en la agricultura y la ganadería ha quedado diluido en el ámbito familiar, como si fuera una prolongación natural de los cuidados y no una actividad económica con identidad propia. No es que no participaran: es que su contribución rara vez se reconocía como tal. Esa invisibilidad histórica sigue proyectando su sombra en el presente. Persisten esos roles asignados y una falta de autovaloración de su trabajo y de lo que este implica.

Y es ahí donde reside la paradoja: aunque las mujeres siguen siendo minoría en la titularidad de las explotaciones, están protagonizando una parte significativa de los procesos de innovación que están transformando el sector agrario.

Algo está cambiando en el campo

Hoy, muchas agricultoras y ganaderas no solo participan en la actividad agraria, sino que están impulsando formas distintas de innovar. Porque innovar en el campo no consiste únicamente en incorporar maquinaria más avanzada o adoptar nuevas tecnologías –aunque ellas también lo hacen–. Es, cada vez más, repensar el modelo productivo, explorar nuevas formas de comercialización, diversificar actividades o reconstruir vínculos con el territorio.

En este terreno, las mujeres están ampliando los límites de lo que entendemos por innovación. Junto a las mejoras técnicas, es frecuente encontrar iniciativas que combinan producción y transformación. También apuestan por la venta directa o los circuitos cortos, incorporan el agroturismo o generan redes de colaboración entre productoras. Son estrategias que no solo buscan rentabilidad económica, sino también sostenibilidad, arraigo territorial y calidad de vida.

Este enfoque más amplio no es casual. Responde, en muchos casos, a una manera distinta de entender la explotación agraria: no solo como una unidad productiva, sino como un proyecto vital. La innovación, así, deja de ser una decisión puntual para convertirse en un proceso continuo de adaptación, aprendizaje y conexión con el entorno.

En este punto, conviene preguntarse si estamos entendiendo la innovación con mirada adecuada. Muchas iniciativas impulsadas por mujeres no se reconocen porque no encajan en indicadores centrados en la tecnología o la productividad, lo que evidencia la necesidad de ampliar cómo se define y mide la innovación agraria. Además, estas innovaciones suelen basarse en la colaboración, el intercambio de conocimiento y la cooperación entre actores. Reconocerlas y valorarlas resulta esencial para promover un modelo agrario más territorial, cohesionado y sostenible para las comunidades rurales.

El potencial transformador convive con una realidad llena de obstáculos

Las mujeres siguen siendo minoría en la titularidad de las explotaciones, especialmente en las de mayor tamaño y rentabilidad. También tienen menor acceso a las ayudas de la PAC (Política Agraria Común), en parte asociadas con estructuras productivas que históricamente las han excluido. La mayor parte de las ayudas que reciben las explotaciones en Europa están vinculadas a la superficie cultivada, lo cual perpetúa la brecha de género respecto al importe medio recibido.

A ello se suman barreras menos visibles, pero igualmente decisivas. La falta de tiempo derivada de la sobrecarga de cuidados, la escasez de servicios en el medio rural o la ausencia de referentes femeninos en posiciones de liderazgo limitan sus oportunidades de emprender y consolidar proyectos innovadores. En muchos casos, no se trata de falta de capacidad o de iniciativa, sino de un entorno que no está diseñado para ellas.

El territorio tampoco ayuda. En amplias zonas rurales, la despoblación, el envejecimiento y la falta de infraestructuras dificultan el acceso a formación, mercados o redes de apoyo. La conectividad digital, clave para muchos procesos innovadores, sigue siendo insuficiente en algunos espacios. Innovar, en estas condiciones, exige un esfuerzo añadido.

En los últimos años se han incorporado desde la PAC medidas orientadas a favorecer la participación de las mujeres en el sector primario. Pero la mayor parte de estas intervenciones siguen operando bajo una lógica aparentemente neutral que, en la práctica, reproduce desigualdades. No basta con incluir a las mujeres como beneficiarias: es necesario revisar las reglas del juego. De lo contrario, las políticas actúan sobre los síntomas de la desigualdad, pero no sobre las causas que la generan.

Porque la cuestión de fondo no es solo cuántas mujeres hay en el sector, sino en qué condiciones participan, qué capacidad de decisión tienen y si el propio sistema les está permitiendo –o impidiendo– ser verdaderas agentes de transformación.

Ante esta coyuntura, las agricultoras reclaman políticas más adaptadas al territorio, menos burocracia y mayor presencia en los espacios de decisión. También demandan medidas concretas para reducir la incertidumbre en el sector agrario, mejorar el acceso a la tierra y al asesoramiento, facilitar la conciliación, reforzar las infraestructuras rurales y simplificar los marcos normativos.

Ha llegado el momento de cambiar la mirada

No se trata solo de incorporar más mujeres al campo, sino de reconocer su papel clave en la transformación del medio rural. Muchas respuestas a desafíos como la sostenibilidad, la cohesión territorial o el relevo generacional pasan por las formas de innovación que ellas impulsan. El futuro agrario depende también del modelo de desarrollo que se quiera promover. En un modelo vinculado al territorio, las mujeres ya están marcando el camino.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Innovar en el campo también es cosa de mujeres, pero ellas lo hacen de otra manera – https://theconversation.com/innovar-en-el-campo-tambien-es-cosa-de-mujeres-pero-ellas-lo-hacen-de-otra-manera-282096

¿Habla un ‘buen’ español Bad Bunny?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lourdes Moreno Cazalla, Doctora en Comunicación. Autora del estudio para el Observatorio Nebrija del Español "El boom de la música urbana latina y la expansión del español a nivel global", Universidad Nebrija

Ahora mismo, hablar de música en español a nivel internacional es hablar de Bad Bunny. agustin.photo/Shutterstock

Para la Real Academia Española, un “piquete” es algo que pincha, una herida pequeña o un grupo de huelguistas que bloquea el acceso a una fábrica. Es una palabra asociada a daño o conflicto.

Sin embargo, cuando Bad Bunny entona en “NUEVAYoL” aquello de “Tú tiene’ piquete, mami, yo también”, no está hablando de sindicatos ni de cicatrices. Está apelando a algo invisible, casi metafísico, una mezcla de autoconfianza, de actitud y estilo, una forma muy específica de caminar por el mundo.

“Piquete” tiene ese significado en jerga boricua, una de las características lingüísticas de la música del cantante. Otra es que el puertorriqueño carga con otra objeción recurrente, que “no se le entiende”.

El artista que ha llevado el español a más escenarios globales que ningún otro en la historia reciente es, al mismo tiempo, uno de los más criticados por su forma de hablarlo. Objeciones como “no sabe hablar”, “deforma el idioma”, “no vocalizase repiten en redes con una regularidad que dice más sobre qué versión del español consideramos legítima para representarnos en el mundo que sobre la lengua del artista.

‘Las termino con la L, con la R suenan mal’

Estos comentarios apuntan a una disputa que enfrenta el hasta hace un tiempo entendido como español normativo, codificado, académico, con el español que se habla en las esquinas de Vega Baja (Puerto Rico), en los mensajes de voz de cualquier ciudad latinoamericana, en los barrios de Estados Unidos o en las comunidades autónomas de España. Es desde este último desde el que se expresa Bad Bunny.

Desde sus primeros éxitos, parte de las críticas se centraron en la propia variedad lingüística que utiliza. Su forma de hablar con rasgos característicos del español caribeño, como la aspiración o pérdida de consonantes finales, el léxico coloquial puertorriqueño, el uso del spanglish o fenómenos como el lambdacismo –la sustitución de la /r/ por la /l/ en determinadas posiciones– han sido frecuentemente señalados como ejemplos de un supuesto “mal español”.

‘La gente tiene que dejal de sel tan estúpido y pensal que conocen la vida de lo’ famoso’‘, canta Bad Bunny en ‘Nadie sabe’.

Sin embargo, lo que antes se percibía como local o marginal hoy circula a escala global. Millones de personas consumen, repiten y reconocen expresiones, pronunciaciones y estructuras propias del español boricua. No necesariamente porque comprendan todos sus matices, sino porque forman parte de una identidad cultural reconocible.

Según los datos del informe “Del artista al sistema: Bad Bunny y la circulación global del español en la música digital” que hemos publicado en el Observatorio Nebrija del Español, tras la Super Bowl canciones como “NUEVAYoL” registraron búsquedas en Shazam desde países como Alemania, Italia, Francia y Reino Unido. Es decir, oyentes en mercados no hispanohablantes y que no entienden completamente el idioma lo consumen y lo buscan activamente.

Bad Bunny ha logrado invertir, para amplios sectores de la audiencia global, los prejuicios sobre el género urbano latino.

‘Baby, tú lo hace’ como si supiera’

Y si ese mismo efecto arrastra consigo al español ¿se puede aceptar la música y rechazar el acento?

La investigadora Sheila Rodríguez Madera es especialista en estudios socioculturales sobre Puerto Rico y coautora de The Bad Bunny Enigma (2024). Su argumento es que el cantante “no huye de esa condición; la performativiza. Se mueve dentro de estructuras coloniales –la industria cultural global, el mercado norteamericano–, pero las subvierte desde adentro, afirmando su acento, su jerga y su mirada local. Esa tensión lo vuelve figura de resistencia simbólica: visibiliza la precariedad y el despojo energético (por ejemplo en ‘El apagón”), mientras desplaza los límites de lo posible dentro del espectáculo”.

Su decisión de cantar y hablar en español puertorriqueño en el prime time estadounidense, en los Grammy, en los Oscar, en el show del medio tiempo de la Super Bowl, no es una renuncia a adaptarse al mercado anglosajón. Todo lo contrario: es la evidencia de que su música no necesita traducirse.

Durante décadas, muchos artistas latinos tuvieron que publicar en inglés o en spanglish para desarrollar su expansión internacional. Con un catálogo cien por cien en español, el puertorriqueño emplea el inglés mezclado con el español en sus intervenciones públicas para hacerse entender, y en sus letras incorpora jerga y expresiones como “janguear” (del inglés “to hang around”, ‘pasar el rato’).

Bad Bunny en el Tiny Desk de la radio pública estadounidense, NPR.

Esta idea, reformulada por la lingüista cubanoestadounidense Ofelia García en 2014, se refiere a la práctica de los hablantes bilingües o multilingües que movilizan un repertorio lingüístico único y fluido, sin tratar sus lenguas como compartimentos estancos. No se reduce a un cambio de código, sino que es una forma de habitar la lengua que refleja biografías complejas, identidades fronterizas, historias de migración y resistencia. La propuesta de Bad Bunny puede leerse desde ahí, porque no traduce su lenguaje para adaptarse al mercado global, sino que desplaza las condiciones de inteligibilidad de ese mercado.

‘Ahora todos quieren ser latinos, pero les falta sazón’

En ese contexto el 18 de febrero de 2026, la Academia Puertorriqueña de las Letras reconocía a Bad Bunny por su “aportación a la difusión global de la lengua española”. Y era explícita en sus razones:

“el proyecto cultural de Martínez Ocasio ha ayudado a superar prejuicios hacia las formas comunicativas propias de las hablas populares, urbanas, juveniles o en contacto con otras lenguas. Pese a la marcada localidad de las referencias y formas lingüísticas empleadas en sus composiciones, su mensaje ha logrado trascender fronteras geográficas, nacionales, generacionales e ideológicas”.

La Academia no ha reconocido al boricua a pesar de su forma de hablar. Lo ha hecho precisamente por ello.

Si la misión de una lengua es comunicar y generar comunidad, el impacto de Benito Martínez Ocasio es incuestionable. Ha conseguido que términos como “bellaquera”, “chambear” o “piquete” sean entendidos de Madrid a Tokio, y que el oyente global lo acepte.




Leer más:
La música en español conquista el mercado anglosajón


No obstante, como señala en nuestro estudio la doctora en Estudios Culturales Nathaly Gómez Gómez, “no basta que el mercado se abra a que escuchen español, sino habría que preguntarse de qué español estamos hablando, desde qué territorios, bajo qué estéticas, qué cuerpos vuelven a ser los dominantes”. Su argumento es que la expansión puede consolidar una hegemonía caribeña y puertorriqueña dentro del español, dejando fuera otras diversidades latinoamericanas. “Más que ampliar una pluralidad, el sistema puede terminar incentivando otras versiones de lo mismo y reforzando una idea hegemónica de lo latino”.

El “caso Bad Bunny” obliga tanto a revisar la neutralidad en la expansión del español como a superar el elitismo lingüístico. Los datos y la evidencia cultural en el ecosistema digital apuntan a que el español que suena a nivel global no es el estándar: la variante más escuchada del planeta pertenece a una isla de tres millones de habitantes. Esto no es un síntoma de decadencia o de marginalidad, sino una prueba de la extraordinaria salud y elasticidad de nuestro idioma. Al final, el español tiene hoy el “piquete” que la calle le otorga.


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The Conversation

Lourdes Moreno Cazalla no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Habla un ‘buen’ español Bad Bunny? – https://theconversation.com/habla-un-buen-espanol-bad-bunny-283037