Madagascar : comment un fait divers devient par les réseaux sociaux le symptôme d’une insécurité nationale

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

À Madagascar, un fait criminel local peut rapidement être commenté sur Facebook comme le signe d’une insécurité généralisée. Comment s’opère ce basculement ?
Une étude que j’ai menée au sein de l’Observatoire des dynamiques stratégiques Afrique–Océan Indien (ODS-AOI), du 1er janvier au 15 septembre 2026, a analysé 81 publications de cinq médias malgaches et 7 476 contributions d’internautes.

Elle montre que l’intensité émotionnelle ne suffit pas à expliquer la construction du sentiment d’insécurité. Le mécanisme le plus fortement associé à son expression est la généralisation : le passage d’un événement particulier à un diagnostic beaucoup plus large sur la sécurité du pays.

L’étude ne mesure ni la criminalité réelle ni l’opinion de l’ensemble des Malgaches. Elle cherche à comprendre comment un fait circule, est reformulé et finit parfois par devenir le symbole d’une situation nationale.

Chercheur en sciences de l’information et de la communication (SIC), spécialisé dans les questions de gouvernance numérique, je propose ici d’expliquer comment le sentiment d’insécurité se construit et circule sur les réseaux sociaux, à partir du cas de Facebook à Madagascar.

De la circulation de l’information à la construction du problème public

Un fait divers ne reste pas identique lorsqu’il circule. La recherche en SIC parle de « trivialité » pour désigner la manière dont une information se transforme à mesure qu’elle est reprise, commentée et déplacée d’un contexte à l’autre.

Sur Facebook, un article peut ainsi être résumé, extrait de son contexte ou rapproché d’expériences personnelles ou d’affaires antérieures. Ses éléments factuels demeurent, en principe, vérifiables. Mais son cadrage, ses interprétations et ses usages sociaux évoluent au fil des publications, des commentaires et des partages puis investissent de nouvelles significations. La circulation de l’information constitue donc également une production collective de sens.

Dans le corpus étudié, le mécanisme le plus marqué est celui de la généralisation : on passe de « ce crime, à cet endroit » à l’idée que « plus personne n’est en sécurité dans le pays ».

Ce résultat est particulièrement net, au point que les chances relatives d’exprimer un sentiment d’insécurité sont environ trente fois plus élevées lorsqu’une forte généralisation apparaît dans une contribution.

Cette association ne démontre pas de causalité, mais souligne l’importance du changement d’échelle : un événement local devient la preuve supposée d’une situation nationale.

Facebook n’est pas seulement un outil de diffusion de contenu. Dans certaines séquences de discussion, il peut également constituer l’une des scènes d’une «arène publique», c’est-à-dire un espace où un trouble devient visible, fait l’objet d’interprétations et de controverses, où ses causes et ses responsabilités sont discutées et où il peut progressivement être constitué en problème public.

Les internautes ne se contentent alors pas de réagir à l’information. Par leurs commentaires, leurs récits et leurs prises de position, ils peuvent contribuer à définir les enjeux du problème, à en attribuer les causes et les responsabilités, à identifier les acteurs ou les institutions appelés à intervenir et à formuler des attentes en matière de réparation ou d’action publique.

Les commentaires peuvent ainsi prolonger ou transformer le cadrage initial proposé par les médias. Dans le corpus étudié, le périmètre du danger s’élargit fréquemment du quartier à la ville, puis au pays.

L’émotion intervient également, mais de façon plus nuancée. La peur et la colère sont associées au sentiment d’insécurité, mais beaucoup moins fortement que la généralisation. L’émotion attire donc l’attention et favorise la réaction ; elle n’explique pas, à elle seule, le passage à un diagnostic national.

Quand la défiance rencontre les logiques de la plateforme

La confiance accordée aux institutions joue également un rôle. Lorsque la défiance envers la police, la justice ou les autorités apparaît dans une contribution, les chances d’y observer un sentiment d’insécurité sont environ deux fois plus élevées.

La question n’est alors plus seulement « sommes-nous en sécurité ? », mais aussi « qui peut établir ce qui s’est réellement passé ? ».

Les internautes discutent les versions, les sources et la crédibilité des porte-parole. Cette dynamique explique pourquoi une communication simplement rassurante peut s’avérer insuffisante : affirmer qu’une situation est maîtrisée ne répond pas toujours à une demande de preuves.

Facebook contribue enfin à structurer cette circulation grâce à ses commentaires, ses réactions, ses notifications et ses métriques de visibilité. Mais notre étude ne permet pas d’isoler un effet d’amplification algorithmique qui aurait un impact sur la viralité des contenus.

L’amplification observée apparaît ainsi moins comme un simple effet de taille d’audience que comme un phénomène sociotechnique, c’est-à-dire un phénomène qui ne s’explique ni uniquement par la technologie ni uniquement par les comportements sociaux, mais par l’interaction entre les deux.

Elle résulte de l’articulation entre les caractéristiques du contenu, les dynamiques propres à la communauté qui s’en saisit et les possibilités d’interaction offertes par la plateforme — commenter, répondre, partager ou réagir.

Dans cette perspective, les fonctionnalités techniques ne déterminent pas à elles seules la circulation, mais elles offrent des prises que les utilisateurs et les collectifs activent de manière différenciée.

Les données étudiées montrent ainsi que des pages disposant d’une audience relativement limitée peuvent susciter des séquences de discussion particulièrement intenses. Le nombre d’abonnés ne suffit donc pas, à lui seul, à rendre compte de la capacité conversationnelle d’une publication dans la mesure où celle-ci dépend également de l’engagement du public, des interactions entre participants et de la configuration sociotechnique dans laquelle le contenu circule.

Communiquer autrement en situation de crise

Ces résultats ont des conséquences concrètes pour la communication de crise dans le contexte malgache. Face à la généralisation, il ne suffit pas de rassurer. Il serait opportun de recontextualiser les faits en précisant où, quand et dans quelles circonstances ils se sont produits.

Face à la défiance, l’autorité institutionnelle doit surtout devenir vérifiable. Publier une chronologie, distinguer les faits établis des hypothèses et expliquer ce qui reste à confirmer peut être plus efficace qu’un message affirmant simplement que « la situation est sous contrôle ».

L’enjeu n’est pas de faire taire les conversations, mais de comprendre le récit qui s’y construit.

Notre étude montre qu’entre un événement criminel et l’impression d’une insécurité généralisée, il intervient tout un processus de sélection, de reformulation, de généralisation et de mise en doute.

Comprendre cette construction informationnelle ne revient pas à nier la réalité de la violence. Cela permet d’identifier le moment où un fait local devient le symbole d’un pays entier — et d’intervenir sur le récit sans occulter les faits.

The Conversation

Fabrice Lollia est fondateur de l’Observatoire des Dynamiques Stratégiques Afrique Océan Indien.

– ref. Madagascar : comment un fait divers devient par les réseaux sociaux le symptôme d’une insécurité nationale – https://theconversation.com/madagascar-comment-un-fait-divers-devient-par-les-reseaux-sociaux-le-symptome-dune-insecurite-nationale-293028

Vaut-il mieux manger de petits poissons ou de grands poissons ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Gauthier Schaal, Maître de Conférences en biologie marine, Université de Bretagne occidentale

Parmi les centaines d’espèces consommées dans le monde, les petits poissons pélagiques (sardines, maquereaux, anchois, harengs) sont ceux qui procurent le plus d’avantages nutritifs et qui renforcent de cette manière la sécurité nutritionnelle. Sue Winston/Unsplash, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • On a tendance à manger plus de grands poissons que de petits poissons.

  • Pourtant privilégier les petits poissons a plus d’un intérêt pour la santé humaine.

  • La pêche des petits poissons impacte également moins les écosystèmes.


La consommation de poisson bénéficie d’une image très positive auprès des consommateurs européens, surfant notamment sur la vague de ce qu’on appelle la Healthy Food et de la mode de la cuisine japonaise.

Le poisson est perçu comme une nourriture nutritive, peu grasse, riche en micronutriments, et dont l’impact environnemental associé à sa production est relativement faible en comparaison de la viande.

Le succès des gros poissons

Alors que les consommateurs différencient généralement très précisément les espèces à l’origine de la viande qu’ils consomment (poulet, bœuf, porc…), le poisson est généralement considéré dans sa globalité, indépendamment des espèces concernées.

Or, là où moins d’une dizaine d’espèces animales terrestres sont communément consommées pour leur viande, les poissons dits « communs » regroupent plusieurs dizaines d’espèces.

Parmi les poissons les plus consommés en Europe, les grosses espèces, comme le saumon, le cabillaud (nom alimentaire de la morue) ou le thon (il s’agit en réalité de plusieurs espèces regroupées sous cette appellation générique), se taillent la part du lion (de mer), représentant plus d’un quart de la quantité totale consommée.

À l’inverse, les petites espèces, regroupées sous le terme de « petits poissons pélagiques » (sardines, anchois, maquereaux, harengs…) représentent une quantité bien plus faible. Là où les gros poissons bénéficient généralement auprès du consommateur d’une image de nourriture nutritive, saine et naturelle, la perception des petits poissons pélagiques est plutôt celle d’une nourriture certes goûteuse, mais globalement plus traditionnelle, et pour tout dire, un peu vieillotte.

Alors a-t-on raison de privilégier les gros aux petits poissons ?

Plus d’avantages nutritifs chez les petits poissons

De manière générale, tous les poissons sont d’excellentes sources nutritives, et bien que leur composition en nutriments varie d’une espèce à une autre, tous sont de bonnes sources de macro et micronutriments, parmi lesquels le fer, le zinc, le calcium, le sélénium ainsi que les acides gras poly-insaturés oméga-3.

Ces derniers composés sont essentiels au bon fonctionnement de l’organisme (système immunitaire, développement nerveux, échanges cellulaires), et les carences peuvent induire des dysfonctionnements graves au plan nerveux, pouvant aller jusqu’au développement de maladies neurodégénératives ou de cancers. Parmi les oméga-3 les plus intéressants d’un point de vue métabolique, l’acide docosahéxaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA) sont quasiment exclusifs aux produits de la mer.

Synthétisés par les microalgues puis transférés le long de la chaîne alimentaire par le biais des organismes aquatiques, les humains dépendent presque exclusivement des produits de la mer pour acquérir ces composés.

Si tous les poissons marins en contiennent en quantités notables, les poissons de l’ordre des Clupéiformes, qui incluent sardines, anchois et harengs, sont connus pour être les plus riches en EPA et en DHA de tous les poissons ainsi qu’en calcium et en zinc.

Ainsi, parmi les centaines d’espèces de poissons consommées à l’échelle mondiale, les petits poissons pélagiques sont certainement ceux qui procurent le plus d’avantages nutritifs. Ils contribuent ainsi pleinement à la sécurité nutritionnelle.

Cette problématique est particulièrement prégnante dans les régions intertropicales, où une part importante de la population demeure exposée à l’insécurité alimentaire. En Afrique de l’Ouest, par exemple, on estime que celle-ci concernait 61,6 % de la population sur la période 2022-2024.

Dans ce contexte, la consommation de poisson, et plus généralement de produits de la mer, représente un potentiel important pour atteindre l’objectif de sécurité alimentaire énoncé par les Nations unies en 2015 comme l’un des 17 grands objectifs de développement durable à l’échelle planétaire.

Quid des polluants ?

En dépit de leur forte valeur nutritive, les poissons sont également soumis aux différentes pollutions qui affectent le milieu marin et qui peuvent s’accumuler dans leur chair, représentant in fine un risque potentiel associé à leur consommation. Deux mécanismes expliquent cette accumulation :

  • la bioaccumulation, phénomène par lequel les polluants que les organismes ne sont pas capables d’éliminer s’accumulent dans leurs tissus ;

  • la bioamplification, phénomène par lequel un prédateur accumule les polluants contenus dans la chair de ses proies.

Ainsi, à la fois du fait de la bioamplification et de la bioaccumulation, les gros poissons, qui vivent plus longtemps et sont généralement situés au sommet des chaînes alimentaires, sont théoriquement les plus susceptibles de présenter des niveaux de contamination associés à des risques sanitaires pour les polluants capables de se bioamplifier.

L’exemple le plus marquant est celui du mercure, soumis à ces deux mécanismes. On a ainsi pu observer chez certains grands prédateurs marins des concentrations en mercure dépassant toutes les normes internationales. Dans l’estuaire du Saint-Laurent au Québec (Canada), les carcasses de bélugas échouées sont ainsi traitées comme des déchets toxiques, en dehors des circuits classiques d’équarrissage.

Ce schéma général, qui décrit bien comment certains polluants comme le mercure s’accumulent plus chez les gros poissons que chez les petits, n’est cependant pas valable pour tous les polluants. Les poissons, comme tous les organismes marins, sont en effet soumis à un cocktail de polluants (métaux lourds, polluants organiques persistants, micro et nano-plastiques), qui ont des origines et des voies de contamination diverses, et face auxquels les poissons disposent des capacités de détoxification qui varient en fonction du polluant, et surtout de l’espèce concernée.

L’importance du contexte local

Au-delà de ces mécanismes généraux, il reste néanmoins important de mentionner que l’un des principaux facteurs contrôlant les niveaux de contamination des poissons en divers polluants reste le contexte local. Ainsi, indépendamment de la taille de l’organisme et de la nature du polluant considéré, s’il provient d’un milieu fortement contaminé, il sera plus susceptible de présenter lui-même des niveaux de contamination importants.

Dans une étude comparative des niveaux de contamination en divers polluants parmi plusieurs espèces de poissons marins des trois grandes façades maritimes de France hexagonale, il a ainsi pu être montré que les petites roussettes (Scyliorhinus canuicula) présentaient des niveaux de contamination en arsenic et en mercure entre trois et cinq fois plus élevés en Manche orientale que dans le golfe de Gascogne.

À l’inverse, le merlan (Merluccius merluccius) était huit fois plus contaminé au mercure dans le golfe du Lion, en Méditerranée, que dans le golfe de Gascogne. De même, la pêche des sardines en baie de Seine a été suspendue pendant près de douze ans en raison de leurs niveaux en polluant organique d’origine industrielle (ou PCB) et n’est de nouveau ouverte que depuis 2022, pour les mois d’avril à juin.

Au-delà du choix entre petit et gros poissons, l’origine géographique revêt donc une importance fondamentale en matière de risque sanitaire potentiel.

Quels impacts sur les écosystèmes ?

Enfin, au-delà des bénéfices nutritionnels et des risques potentiels associés à la présence de différents contaminants dans les poissons, un dernier point à considérer concerne les effets associés à leur capture ou à leur production.

La demande mondiale en saumon a conduit à la multiplication des fermes aquacoles intensives, dont les impacts sur l’environnement sont documentés :eutrophisation à proximité des installations, dissémination de pathogènes vers les populations sauvages, échappement d’individus qui viennent s’hybrider avec les populations sauvages.

Par ailleurs, l’alimentation de ces saumons d’élevage est essentiellement basée sur des farines animales produites à partir de petits poissons pélagiques dont la pêche industrielle entre en compétition avec la pêche artisanale de subsistance dans de nombreux pays qui en dépendent pour assurer leur sécurité alimentaire.

Enfin, les densités de poissons dans ces installations aquacoles, qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilogrammes par mètre cube, posent également des questions fondamentales en matière de bien-être animal.

Les pêcheries thonières en milieu tropical, qui sont à l’origine de l’essentiel des conserves retrouvées en grande surface, ont également des conséquences importantes sur l’environnement, notamment en lien avec les captures accessoires qu’elles engendrent.

Dans le Pacifique oriental, on estime ainsi que, entre 1993 et 2009, en moyenne plus de 45 000 requins, 3 600 raies Manta et plusieurs dizaines de tortues marines sont capturés chaque année. Si les pêcheries thonières n’en sont pas les uniques responsables, elle joue un rôle incontestable dans le déclin de plus de 70 % des populations de requins à l’échelle mondiale de 1970 à 2018.

À l’inverse, du fait de leur durée de vie plus courte, leur maturité précoce et leurs forts taux de reproduction, les petits poissons pélagiques sont relativement moins sensibles à la pression de pêche. Si de nombreuses populations sont néanmoins surexploitées dans le monde, l’atteinte de niveaux d’exploitation cohérents avec un renouvellement naturel des stocks représente un objectif plus réaliste.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Gauthier Schaal a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, de l’Union Européenne (programmes Biodiversa, FEAMPA).

Alice Guillot a reçu des financements de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de ISblue (ANR17-EURE-0015), de l’Union Européenne (Biodiversa), et de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO).

– ref. Vaut-il mieux manger de petits poissons ou de grands poissons ? – https://theconversation.com/vaut-il-mieux-manger-de-petits-poissons-ou-de-grands-poissons-291616

Quand le régime de Mussolini faisait espionner un opposant par son propre frère

Source: The Conversation – in French – By Agnès De Féo, Sociologue, chercheuse associée Iremam, Aix-Marseille Université (AMU)

Attilio De Feo (1894-1982), peintre et photographe italien, antifasciste exilé en France.

L’ESSENTIEL

  • En accueillant son frère et son neveu chez lui, Attilio De Feo, antifasciste exilé à Paris, ignorait qu’il abritait deux mouchards à la solde de la police politique fasciste.

  • De Feo n’a cessé de dénoncer le nationalisme fasciste et l’impérialisme colonial et de contester l’« italianité » mise en avant par le Duce.

  • Paradoxalement, l’espionnage familial qu’il a subi a permis de préserver sa pensée : les rapports de renseignement documentent ses analyses politiques, notamment sa prédiction de la chute de Mussolini.


Cette histoire est celle de mon grand-père.

L’historiographie du fascisme italien s’est longtemps consacrée aux manifestations visibles du régime de Benito Mussolini. Aujourd’hui, l’étude des trajectoires individuelles des exilés antifascistes (fuorusciti) permet de comprendre comment les régimes totalitaires corrompent les liens sociaux et familiaux pour annihiler toute forme de dissidence, en traquant les opposants où qu’ils se trouvent, jusque dans leur exil.

L’exhumation des archives policières par l’historien italien Giuseppe Galzerano révèle la mécanique de cet espionnage domestique.

L’appareil policier et la trahison fraternelle

La trajectoire d’Attilio De Feo (1894-1982) incarne cette dynamique de la persécution. Né dans le Cilento (province de Salerne), cet artiste peintre et photographe diplômé de l’Académie des beaux-arts de Naples arrive en France en juillet 1932 avec un passeport officiel, justifiant son départ par des impératifs professionnels. Son installation à Paris le plonge dans le monde cosmopolite et intellectuel de l’antifascisme italien.

Autoportrait, Attilio De Feo (huile sur toile).

Rapidement devenu un opposant au régime du Duce, il se livre à une activité militante par voie postale. Il expédie à ses proches en Italie des lettres et des journaux hostiles à la dictature, afin d’éveiller leur conscience politique et de les convaincre de la nocivité du fascisme.

Dès juin 1933, un dossier individuel est ouvert au nom d’Attilio De Feo au sein du Casellario Politico Centrale (CPC) du ministère de l’intérieur fasciste, l’organisme chargé de ficher les éléments subversifs à l’étranger ainsi que les membres de l’opposition restés en Italie. Dans ce dossier sont archivés sa correspondance interceptée, les rapports d’espions et les documents officiels qui décrivent ses moindres faits et gestes.

Fiche d’Attilio De Feo dans le Casellario Politico Centrale (CPC). Le casier politique central est le fichier de la police politique du régime fasciste de Mussolini pour enregistrer et surveiller tous les opposants politiques, qualifiés de subversifs.

En 1934, il devient un membre actif du groupe antifasciste Giustizia e Libertà, fondé à Paris par Carlo Rosselli. Quelques années plus tard, son frère aîné, Francesco Paolo De Feo, s’installe chez lui à Paris.

Ce que mon grand-père ignore, c’est que ce frère a été enrôlé comme informateur aux ordres de l’Organisation de la surveillance et de la répression de l’antifascisme (OVRA), la police politique secrète de Mussolini. Francesco Paolo entraîne son propre fils, Domenico, dans cette entreprise de délation.

Le 30 janvier 1937, Domenico De Feo (neveu d’Attilio) écrit à Benito Mussolini pour dénoncer l’antifascisme de son oncle qu’il qualifie de reptile.

Pendant des années, profitant de l’hospitalité et de la confiance d’Attilio, le frère et le neveu vont fouiller ses papiers personnels, surveiller ses fréquentations amicales et politiques, et envoyer des rapports réguliers à Rome contre rémunération.

Déconstruire l’« italianité »

Depuis son logement parisien du XVIIᵉ arrondissement, l’artiste élabore une critique radicale de l’appareil idéologique mussolinien. Alors que le régime exalte une « italianité pure, indéfectible, incommensurable », mon grand-père en dénonce le vide dans une lettre cinglante, datée de février 1937, à Catello Tarallo, frère de son épouse, avocat resté au pays :

« Quels grands mots ! Mais qui, pour moi, ne signifient absolument rien. (…) Si tu es fier de tels sentiments, moi, lorsque je pense à l’Italie d’aujourd’hui, à l’Italie de Mussolini, j’ai honte d’être italien. »

Face au repli nationaliste des Chemises noires, l’artiste revendique une identité internationaliste :

« Je suis un internationaliste, c’est-à-dire un homme qui aime son pays autant que les autres pays, qui aime les Italiens autant que les autres peuples (…). Ce n’est pas le bon Dieu, mais des voleurs qui créent les frontières. »

Cet internationalisme se traduit par une condamnation absolue de l’impérialisme colonial. Neuf mois après la victoire italienne sur l’Éthiopie par la prise d’Addis-Abeba en mai 1936, Attilio écrit à Catello pour prendre le contre-pied du discours officiel, qualifiant cette campagne de « plus honteuse victoire de l’histoire d’Italie ».

Le 22 mai 1937, l’espion Pietro Francolini, informé par Francesco Paolo De Feo, rapporte un appel téléphonique entre Giustizia e Libertà et Attilio De Feo, dont il transmet la photo.

Il dénonce les milliards engloutis en Afrique qui auraient dû être dépensés en Italie « pour construire des routes, des écoles, des fontaines, installer l’électricité, le gaz ». Pour lui, l’agression d’un peuple souverain relève de « la loi de la jungle ». Il prophétise que, dans l’histoire, la figure du dictateur de Rome sera celle d’un « barbare », tandis que celle du Négus, l’empereur d’Éthiopie défendant sa patrie, « brillera comme celle du défenseur des droits humains les plus élevés et les plus sacrés ».

L’intuition prophétique saisie par l’espionnage

L’analyse des rapports de l’OVRA met au jour la capacité d’Attilio à anticiper l’évolution politique de son pays.

Le 11 mai 1937, l’espion Pietro Francolini transmet à Rome un rapport officiel. Il y indique que Francesco Paolo a rapporté une affirmation de son frère : la chute de Mussolini est inéluctable et imminente, et au régime fasciste succédera une dictature militaire de transition ayant à sa tête le maréchal Badoglio.

Cette intuition se réalisera six ans plus tard, le 25 juillet 1943, lorsque le roi Victor-Emmanuel III destituera le Duce et chargera Pietro Badoglio de diriger le nouveau gouvernement.

Le photographe de la mémoire antifasciste

L’action de mon grand-père dépasse le cadre épistolaire pour s’inscrire dans l’histoire visuelle de la résistance antifasciste. En juin 1937, il devient le photographe officiel des funérailles nationales des frères Carlo et Nello Rosselli, leaders du mouvement Giustizia e Libertà assassinés en France par la Cagoule sur ordre direct de Rome.

Début du cortège à la Maison des syndicats (33 rue de la Grange-aux-Belles, Paris Xᵉ). Aldo Garosci tient un coussin avec les vêtements de Carlo Rosselli durant la guerre civile espagnole. Avec Renato Pierleoni, Lionello Venturi, Alberto Cianca, Olga Levi Treves, Paolo Treves, Marion Cave Rosselli, Piero Treves, Emilio Lussu et Alberto Tarchiani.
Attilio De Feo/Archivio Istoreto, Turin

Ce rassemblement réunit plus de 100 000 personnes à Paris. Les clichés pris par De Feo, sur lesquelles on reconnaît les figures de proue de l’exil (Emilio Lussu, Francesco Fausto Nitti, Silvio Trentin), capturent le deuil collectif et formalisent la légitimité politique de la résistance.


Attilio De Feo/Archivio Istoreto, Turin
Une marée humaine de manifestants et de citoyens, estimés à plus de 100 000 personnes, est venue rendre un dernier hommage aux deux icônes de la lutte antifasciste. Les frères Rosselli n’étaient pas seulement des dissidents en exil, mais aussi des figures majeures pour l’ensemble de la gauche européenne et pour la résistance intellectuelle. La foule se dirige vers le cimetière du Père-Lachaise en suivant les deux corbillards, occupant entièrement la chaussée et les trottoirs.
Attilio De Feo/Archivio Istoreto, Turin

Cette activité militante représentait un grand risque. Apparaître dans ces cortèges exposait les exilés à une inscription immédiate au fichier des subversifs à Rome et à des représailles de l’OVRA sur le sol français. L’assassinat des Rosselli venait de prouver que le bras armé de Mussolini pouvait frapper en plein cœur de la France. En mobilisant les droits démocratiques de leur pays d’accueil, mon grand-père et ses camarades ont structuré la mémoire de leur combat.

L’épreuve de la guerre et la sentence définitive

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale accentue la radicalité d’Attilio De Feo. En octobre 1939, dans une lettre à sa belle-sœur Giovanna, épouse de Catello, il conserve une confiance absolue dans l’effondrement des dictatures totalitaires :

« Quoi qu’il en soit, la France et l’Angleterre vaincront certainement, et l’on pourra enfin respirer un peu d’air pur et libre. Une chose est sûre : l’heure a sonné. La fin des brigands est certaine. »

Attilio constate la faillite de ses proches restés en Italie, qu’il attribue directement à leur soumission au fascisme. S’en prenant à son beau-frère Catello, il assimile la parole du fasciste local à celle du dictateur allemand :

« Ton mari est comme une monnaie qui n’a plus cours. Sa parole vaut celle d’Hitler, elle n’a plus aucune valeur. »

C’est dans cette même lettre qu’il livre sa sentence sur ceux qui servent l’idéologie totalitaire :

« Je hais les fascistes parce qu’ils sont malhonnêtes, faux, menteurs et, surtout, lâches. »

Après l’Occupation, Attilio De Feo a poursuivi son engagement militant au sein des réseaux de résistance d’immigrés italiens autour de Toulouse, en Haute-Garonne. À la Libération, il a participé à la prise d’assaut du consulat d’Italie à Toulouse, qui est alors devenu un quartier général pour épurer les réseaux fascistes.

Réunion du comité de libération de Toulouse, 1944. Attilio De Feo est assis, en costume blanc. Il sera nommé consul provisoire d’Italie à Toulouse à la Libération.

Francesco Paolo et son fils Domenico ont tous deux été démasqués en Italie, voyant leurs noms figurer sur la liste noire des informateurs et des espions de l’OVRA, publiée le 2 juillet 1946.

En déployant une surveillance considérable et en rétribuant le propre frère et le neveu d’Attilio De Feo pour le trahir, la machine totalitaire a involontairement sauvegardé le témoignage d’une pensée humaniste, intègre et visionnaire. C’est là que réside le paradoxe de cette oppression : en documentant minutieusement chacun de ses pas, les archives de la police politique ont échoué à le faire disparaître. Éclairés aujourd’hui par le travail de l’historien Giuseppe Galzerano, ces dossiers secrets nous donnent enfin un accès direct à la vie et à la pensée d’Attilio De Feo.

The Conversation

Agnès De Féo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quand le régime de Mussolini faisait espionner un opposant par son propre frère – https://theconversation.com/quand-le-regime-de-mussolini-faisait-espionner-un-opposant-par-son-propre-frere-292259

De la grossesse à l’accouchement, les pères s’impliquaient déjà dans la naissance des enfants aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles

Source: The Conversation – in French – By Emmanuelle Berthiaud, Maîtresse de conférences en histoire moderne et contemporaine, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

*La Visite à la nourrice* (vers 1775), par Jean-Honoré Fragonard. Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • L’investissement dans la paternité n’est pas une invention contemporaine.

  • Déjà, aux XVIIIᵉ et au XIXᵉ siècles, des hommes s’engageaient avec leurs épouses dans les préparatifs de naissance.

  • Cette expérience intime peut s’assortir d’un certain paternalisme et, parfois, suscite des tensions conjugales.


Aujourd’hui, plus de 90 % des pères en France assistent à la naissance de leur bébé, une présence souvent associée à l’émergence, depuis les années 1970, de « nouveaux pères », très tôt investis auprès de leur enfant.

Les périodes antérieures sont volontiers réduites à l’image d’un accouchement exclusivement féminin, dont le père serait absent – à l’exception des naissances royales – et le médecin la seule présence masculine. Cette opposition mérite d’être nuancée. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, dans un contexte de transformation des modèles familiaux, la mise au monde, le plus souvent réalisée à domicile, n’exclut pas nécessairement les pères ni ne les laisse indifférents.

Variable selon les milieux, les configurations conjugales et les circonstances, leur implication dans la grossesse et l’accouchement est plus ancienne qu’on ne le suppose souvent. À partir d’une recherche publiée dans les Annales de démographie historique, on se concentrera ici sur les pères des élites, pour lesquels la documentation (lettres, sources autobiographiques, images) est la plus abondante et permet de saisir au plus près les formes de cet investissement.

Entre émotions et participation aux préparatifs

Dans une société où la procréation reste une finalité essentielle du mariage, la paternité assure à l’homme une pleine reconnaissance sociale et atteste sa virilité. Dès les premiers signes de grossesse, certains futurs pères s’y investissent : parfois premiers confidents de leur épouse, ils veillent à sa santé et se projettent dans l’arrivée de l’enfant.

Les correspondances du XVIIIᵉ siècle révèlent souvent leur émotion et leurs inquiétudes. Marc de Bombelles, diplomate au service de Louis XVI, se réjouit ainsi en 1778 dans une lettre à son épouse Angélique du « fruit de [leur] amour » qu’elle pourrait porter, tout en redoutant les dangers d’une éventuelle grossesse.

En 1850, Pierre-Joseph Proudhon exprime lui aussi une vive exaltation à l’annonce de sa future paternité :

« Cette nouvelle m’a été bien douce. Le célibataire ne peut imaginer (…) ce qu’est l’amour conjugal et paternel. »

La Tendresse conjugale, par Louis-Leopold Boilly (autour de 1810)
La Tendresse conjugale (autour de 1810), par Louis-Léopold Boilly.
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Cette implication ne se réduit pas aux sentiments. Les futurs pères prennent souvent part aux préparatifs de la naissance : choix du prénom, des parrains et marraines, du lieu de naissance, du mode d’allaitement ou du praticien ; ils financent les dépenses et peuvent aider à préparer le trousseau de l’enfant.

Cette participation reste toutefois inégalitaire : l’autorité masculine peut imposer le choix du lieu des couches ou de l’accoucheur, contre les souhaits de l’épouse et au détriment de ses liens familiaux.

Paternalisme et tensions conjugales

La grossesse est aussi un temps de surveillance et de conseils. Dans les élites instruites, notamment au siècle des Lumières, alors que la santé des femmes et des enfants devient un enjeu social majeur, les hommes s’informent et prescrivent parfois la conduite à tenir.

Fort d’une expérience antérieure et de ses lectures, Gabriel-Honoré Riquetti, comte de Mirabeau, prodigue ainsi à Sophie de Monnier, enceinte de ses œuvres en 1777, de nombreux conseils sur son alimentation, son habillement et ses activités. Balzac, Proudhon ou encore Michelet adoptent au XIXᵉ siècle une attitude comparable, à la fois protectrice et directive.

Cette sollicitude témoigne d’un investissement réel, mais aussi d’un paternalisme qui confère à l’homme savoir, autorité et responsabilité envers une compagne jugée vulnérable, surtout si elle est plus jeune. Dans les couples très unis, l’attention portée au corps enceint favorise toutefois une intimité accrue.

Le Mariage a la ville -- L’accouchement, par Abraham Bosse
Le Mariage à la ville – L’Accouchement (1633), par Abraham Bosse.
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Cette proximité cependant est loin d’être générale. La grossesse peut au contraire révéler ou exacerber les tensions conjugales. Certains maris se montrent indifférents aux maux de leur femme, jalousent l’enfant à venir, s’opposent aux dépenses ou à l’influence de la belle-famille. D’autres supportent mal une maternité qui transforme le corps de leur compagne et modifie les rapports conjugaux. Certains personnages de Guy de Maupassant, aux fortes résonances autobiographiques, l’illustrent : dans Une vie (1883) comme dans Mont-Oriol (1887), la reproduction suscite désintérêt, dégoût, voire fuite devant la paternité.

L’investissement masculin n’obéit donc à aucune évolution linéaire : l’arrivée de l’enfant peut renforcer les liens du couple, comme révéler une distance, voire libérer une violence masculine nouvelle.

Les angoisses de l’accouchement

L’accouchement porte cette expérience à son paroxysme. Dans un contexte de forte mortalité maternelle (de 1 à 3 % des accouchements au XVIIIᵉ siècle) et où la douleur est réputée inévitable, la naissance suscite une angoisse considérable, particulièrement lors des premières couches.

Les pères cherchent souvent à rejoindre leur compagne à l’approche du terme ; lorsqu’ils sont éloignés, ils réclament des nouvelles immédiates, d’abord de la mère, puis de l’enfant. Mirabeau veut ainsi savoir au plus vite que Sophie « vit » et « ne souffre plus ». La joie de devenir père ne dissipe donc jamais complètement la peur de perdre la mère ou le nouveau-né.

Contrairement à une idée reçue, les pères des élites assistent assez fréquemment à tout ou partie de l’accouchement à cette époque. Leur exclusion systématique de la salle de naissance est liée au passage à l’accouchement hospitalier dans la première moitié du XXᵉ siècle. À domicile, leur présence peut revêtir plusieurs formes : encourager leur épouse, lui tenir la main ou soutenir son corps pendant les efforts.

Dans la gravure d’Abraham Bosse, l’Accouchement (1633), le mari rassure la parturiente et partage l’espoir que le danger est passé. Dans une Scène de naissance anonyme (v. 1800), il semble maintenir son dos au moment de l’expulsion. Sans faire du père un acteur central de l’accouchement, ces gestes donnent à la naissance une dimension conjugale.

Accouchement, peinture française anonyme vers 1800
Scène de naissance (vers 1800), peinture française anonyme.
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La présence masculine est aussi une expérience de dépossession. Face à la douleur, les pères ne peuvent guère agir ; ils voient leur épouse affronter une épreuve dont ils ne partagent ni les sensations ni les risques. Les normes de genre s’en trouvent souvent inversées : la femme manifeste endurance et courage tandis que l’homme apparaît inquiet, passif, parfois effondré.

Dans l’Amour (1859), Michelet évoque ces pères « défaits, pâles, anéantis », incapables de maîtriser le cours de l’événement. L’intervention d’un accoucheur peut encore accentuer ce sentiment d’impuissance, le mari devant confier la femme aimée aux soins et au regard d’un autre homme.

Reconnaissance et normes de genre

Tous les pères ne réagissent pas de la même manière. Si certains restent pendant tout l’accouchement, d’autres quittent la pièce lors de l’expulsion, parfois à la demande de l’épouse, soucieuse de les épargner. Marie-Thérèse Ollivier écrit ainsi à propos de son mari, ancien ministre de Napoléon III :

« Les douleurs devenant plus fortes, j’allai enfin me coucher, et j’obtins enfin d’Émile qu’il me laissât. Le pauvre ami alla se promener dans le jardin. »

D’autres pères se signalent par leur absence, qui ne signifie pas nécessairement le désintérêt : elle peut tenir aux obligations professionnelles, aux usages familiaux ou à l’incapacité à supporter le spectacle de la souffrance. Elle peut cependant révéler une faible implication dans la grossesse et la vie conjugale, comme chez le poète Paul Verlaine, absent toute la journée de la naissance de son fils en 1871 et déclarant que « les femmes et les enfants, c’était dégoûtant ; qu’on était bien assez bête de se marier ».

Après la naissance, les récits masculins de la découverte de l’enfant oscillent entre fierté, soulagement et fascination. La formule récurrente « ma femme m’a donné un fils » exprime la reconnaissance, souvent admirative, envers l’épouse, qui a surmonté douleurs et danger de mort. Si la préférence pour le garçon demeure forte, l’essor de l’idéal du mariage d’amour favorise une valorisation plus sensible de l’enfant, fille ou garçon, comme prolongement de l’être aimé.

Bien avant l’époque actuelle, des pères ont donc pu s’impliquer dès la grossesse et pendant l’accouchement comme soutien affectif, témoin inquiet et parent en devenir. Cette expérience montre que l’engagement précoce envers l’enfant n’est ni une invention contemporaine ni une spécificité féminine.

The Conversation

Emmanuelle Berthiaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. De la grossesse à l’accouchement, les pères s’impliquaient déjà dans la naissance des enfants aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles – https://theconversation.com/de-la-grossesse-a-laccouchement-les-peres-simpliquaient-deja-dans-la-naissance-des-enfants-aux-xviii-et-xix-siecles-291741

¿Deberían separarse las campañas de vacunación de gripe y covid-19?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ángela Domínguez García, Catedrática Medicina Preventiva y Salud Pública, Departamento de Medicina, CIBER Epidemiología y Salud Pública, Universitat de Barcelona

Pixel-Shot/Shutterstock

Con la llegada del otoño y el descenso de las temperaturas, las campañas de vacunación frente a los virus respiratorios vuelven a situarse en el centro del debate de salud pública. La inmunización no solo constituye la herramienta más efectiva para prevenir formas graves de infección y evitar ingresos hospitalarios: también evita la sobrecarga asistencial en la atención primaria y los servicios de urgencias durante los picos de mayor circulación epidémica.

La recomendación de vacunarse cada temporada responde a una necesidad epidemiológica por la constante evolución de patógenos como el SARS-CoV-2 y el virus de la gripe, unida a la pérdida progresiva de la inmunidad adquirida con el paso del tiempo.

Las vacunas empleadas en cada campaña se formulan cada año de manera específica y adaptada para responder a las variantes y cepas circulantes más recientes que han sido identificadas por las redes globales de vigilancia coordinadas por la Organización Mundial de la Salud.

El objetivo primordial de los programas de vacunación no es prevenir la infección, como comúnmente se cree, sino reducir la gravedad de la enfermedad, el riesgo de la hospitalización, el ingreso en Unidades de Cuidados Intensivos y el fallecimiento en aquellas personas que presentan un mayor riesgo de complicaciones.

En el caso de la covid-19, a diferencia de lo que ocurría en el momento de pandemia, en que la vacunación era masiva, la estrategia ha cambiado: ahora se centra en la protección específica de la población vulnerable y la optimización de los recursos del sistema sanitario. Pero ¿coincide con la población a la que se protege frente a la gripe? No exactamente.

¿Podrían escindirse las campañas?

Aunque ambas infecciones son de origen respiratorio, sus metas y las poblaciones a las que se dirigen no son idénticas.

En España, la vacunación contra la covid-19 se enfoca, sobre todo, en la prevención de cuadros graves. Está recomendada para mayores de 70 años, personas institucionalizadas en residencias y cuidadoras, embarazadas, población con condiciones de riesgo a partir de 12 años de edad y de alto riesgo o inmunodepresión a partir de 6 o más meses.

Para la covid-19 se recomienda una dosis de vacuna en la población diana independientemente del número de dosis recibidas con anterioridad (incluso ninguna dosis previa) y del número y gravedad de infecciones previas. Y se respeta un intervalo mínimo de 3 meses desde la dosis previa o infección documentada. Las personas inmunodeprimidas y mayores de 6 meses pueden requerir dosis adicionales

La vacunación antigripal persigue tanto la protección individual frente a formas graves como la reducción de la transmisión comunitaria. Por ello, amplía el umbral de edad a partir de los 60 años e incluye colectivos no contemplados en la vacunación general de covid-19, como la población infantil (de 6 a 59 meses) y el personal de servicios esenciales. Comparte con la covid-19 la indicación en personas con condiciones de riesgo, embarazadas y personal sanitario.

En los grupos de población diana se administra una sola dosis de vacuna de gripe, excepto en prematuros e inmunodeprimidos, que pueden requerir pautas especiales.

Por todo ello, una cuestión a debate es si las campañas de vacunación frente a la gripe y la covid-19 deben permanecer unificadas o si convendrá separar sus calendarios en el futuro.

La covid-19 no es tan estacional como la gripe

Otro factor a tener en cuenta es que, a diferencia de la gripe, que presenta una estacionalidad invernal más marcada con ondas epidémicas habitualmente entre noviembre y febrero, el SARS-CoV-2 muestra un comportamiento estacional incierto y errático.

El virus que ocasiona la covid-19 intercala repuntes epidémicos fuera del periodo invernal debido a la aparición de variantes emergentes y a la pérdida paulatina de la inmunidad colectiva. Por eso no resulta extraño que irrumpa en pleno verano.

Coadministración: ventajas y seguridad

A pesar de las diferencias en el comportamiento de ambos virus, la coadministración de las vacunas frente a la gripe y la covid-19 en una misma cita se mantiene como la opción preferente por distintas razones.

La primera es pura eficiencia: la administración simultánea en el centro de salud simplifica la logística, optimiza el tiempo de los profesionales y evita múltiples desplazamientos por parte de las personas usuarias. Esto es especialmente importante en aquellas personas que tienen más dificultad para el acceso a los sistemas sanitarios, como son las mujeres mayores, las cuidadoras o las personas con discapacidad.

Además, administrarlas de forma conjunta garantiza una mayor tasa de vacunación en aquellos grupos en los que coinciden ambas recomendaciones (especialmente personas mayores de 70 años y residentes en centros sociosanitarios).

Por supuesto, también se elige esta opción porque la seguridad de la coadministración está más que demostrada: la evidencia avala que la administración de ambas vacunas de forma conjunta en brazos distintos es segura y no disminuye la respuesta inmunitaria ni de la vacuna antigripal ni de la vacuna contra la covid-19.

Se vacunan unos pocos, pero ganamos todos

Aunque las nuevas variantes del virus logren escapar parcialmente nuestras defensas, lo que permite que sigan produciéndose infecciones leves o reinfecciones en personas vacunadas, la protección frente al riesgo de ingreso hospitalario sigue siendo alta. Mantener coberturas de vacunación elevadas en las personas en situación de mayor vulnerabilidad es la intervención de mayor impacto para proteger la salud de quien se vacuna y de las personas que le rodean y para evitar el tensionamiento de los servicios sanitarios.

Así también se protege al Sistema Nacional de Salud y le permite continuar con la actividad asistencial durante los meses de máxima intensidad epidémica.

La vacunación debe acompañarse de recordatorios y citación activa, de la recomendación de los profesionales sanitarios y de una comunicación transparente sobre beneficios y efectos adversos.

Se deben eliminar las barreras y facilitar la vacunación a todos los grupos diana de la campaña de vacunación. Todo ello contribuirá a reforzar la confianza en la vacunación y la probabilidad de que las personas con mayor riesgo reciban la vacuna, sin duda una de las medidas más importantes para minimizar el efecto de los virus respiratorios.


Artículo escrito con el asesoramiento de la Sociedad Española de Epidemiología.


The Conversation

Ángela Domínguez García es investigadora del proyecto financiado PI24/00692 del Instituto de Salud Carlos III e investigadora col·laboradora de proyectos europeos: Grant Agreement 101233259-SHIELD y 101233394-HEP-HOP. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es Coordinadora del Grupo de Trabajo de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE.

Isabel Aguilar Palacio recibe fondos del Instituto de Salud Carlos III y del Gobierno de Aragón para proyectos de investigación y de la Comisión Europea y de la Innovative Health Initiative como experta. Es miembro de la Junta Directiva de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE).

Pere Godoy es catedrático de Medicina Preventiva y Salud Publica en la Universidad de Lleida e investigador principal de proyectos financiados por el Instituto de Salud Carlos III. Es miembro del Consell Assessor en Vacunacions de l’Agència de Salut Pública de Catalunya. Es miembreo del grupo de Vigilancia de la Salud Pública y de Vacunas e Inmunización de la Sociedad Española de Epidemiología (SEE) y miembro de la Comisión Asesora de Comunicación de la SEE. Ha sido presidente de la SEE.

– ref. ¿Deberían separarse las campañas de vacunación de gripe y covid-19? – https://theconversation.com/deberian-separarse-las-campanas-de-vacunacion-de-gripe-y-covid-19-293713

Trois cartes pour comprendre les annonces d’investissements industriels en France

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathan Gouin, Chercheur en géographie politique et économique, Université Le Havre Normandie


L’ESSENTIEL

  • Avec sa troisième Stratégie nationale bas carbone, la France impose aux entreprises de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2030.

  • Une analyse souligne que la géographie de la décarbonation de l’industrie et celle de la réindustrialisation « verte » sont les deux faces d’une même pièce.

  • D’anciens bastions industriels attirent les investissements, de Dunkerque à Fos-sur-Mer.


Depuis 2021, la France connaît une vague d’investissements dans de nouveaux secteurs industriels – hydrogène ou batteries électriques – et dans la décarbonation des anciennes industries sidérurgiques et pétrochimiques. Cette dynamique est soutenue par plusieurs politiques industrielles, comme la Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné et la Stratégie nationale sur les batteries.

Pour analyser cette tendance, nous avons constitué une base de données réalisée dans le cadre du projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique dans la Vallée de la Seine ». Notre découverte ? Les investissements industriels annoncés en France sont concentrés dans les ports et les anciens bastions industriels, qui ont connu depuis des décennies des vagues de désindustrialisation.

Cette situation n’est pas propre à la France ; ils concernent d’autres pays comme le Royaume-Uni.

L’objectif de cet article est de dépasser une lecture simpliste en termes de « dépendance au sentier » qui consisterait à conclure que cette concentration a lieu là où sont présentes les industries à décarboner.

Car il faut considérer plusieurs facteurs : les effets de masse critique, que ce soit des fournisseurs et des clients, l’existence préalable d’infrastructures, ainsi que l’action publique à différentes échelles – de l’Union européenne, aux État en passant par les opérateurs de réseaux.

Zones industrialo-portuaires

Si la réalité de la réindustrialisation de la France fait l’objet de débats, nous pouvons affirmer que :

  • des mutations industrielles de grande ampleur sont en cours, en lien avec la décarbonation de l’économie ;

  • les investissements liés à la décarbonation ne sont pas uniformes et se concentrent notamment dans quelques territoires maritimes.

Depuis 2022, les territoires maritimes de quatre grands ports captent 25 % des montants d’investissements annoncés en France : Haropa, fruit de la fusion des ports du Havre, Rouen et Paris, Dunkerque, Marseille-Fos et Nantes-Saint-Nazaire. En 2023, 43 % des montants annoncés pour toute la France, soit 12 milliards d’euros d’investissement, concernent ces quatre zones industrialo-portuaires.

Ces anciennes zones industrielles bénéficient d’un savoir-faire industriel et surtout d’infrastructures telles que des terminaux portuaires spécifiques, ou des réseaux de pipelines. Ces atouts facilitent l’arrivée de ces investissements massifs.

Montants des investissements industriels annoncés par commune, entre 2008 et 2025.
Projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique dans la Vallée de la Seine », Fourni par l’auteur

À Dunkerque (Nord), les projets de gigafactories côtoient la transformation de la sidérurgie d’ArcelorMittal. À Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), les investissements annoncés concernent aussi bien l’hydrogène que les carburants de synthèse ou la production de panneaux photovoltaïques. Dans la vallée de la Seine, les projets portent notamment sur l’hydrogène, le recyclage et les carburants de synthèse.

Un observateur attentif notera que certains de ces projets annoncés sont à l’arrêt, ou abandonnés, comme la giga-usine de panneaux solaires de Carbon à Fos-sur-Mer ou la plus grande usine de recyclage moléculaire des plastiques Eastman à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime).

L’existence d’une masse critique

Sans surprise, les investissements dans la décarbonation se situent dans les espaces fortement carbonés. La carte des émissions de CO₂ en France est très proche de la carte des investissements. Depuis 2020, le coefficient de corrélation entre les émissions de CO₂ et les montants investis – agrégés par commune – est de 0,77 ; ce qui indique une forte corrélation.

Émissions de gaz à effet de serre en France.
Cédric Rossi, 2026

En revanche, les mécanismes sous-jacents sont moins connus et tout aussi importants. L’analyse des motivations des industriels dans le cadre du projet « Réindustrialisation, Transitions et Logistique » montre que les investissements dans les zones les plus carbonées sont en partie motivés par l’existence d’une masse critique.

Masse critique de clients, par exemple pour les usines d’hydrogène qui trouvent à proximité d’importants clients souhaitant décarboner leur process industriel. Masse critique de fournisseurs de CO₂, concernant par exemple les projets de captage de CO₂ pour l’incorporer dans des carburants de synthèse – e-SAF pour l’aviation, e-methanol.

Le fait de disposer d’émetteurs importants de CO2 devient paradoxalement un atout !

Du rôle des politiques publiques

Un autre facteur déterminant concerne les politiques publiques déployées à plusieurs échelles. Ces dernières priorisent la décarbonation des activités industrielles les plus émettrices de CO₂, la création de nouveaux secteurs énergétiques et des infrastructures permettant de les déployer.

Au niveau européen, on retrouve ainsi le Green Deal ou le package Fit for 55. Ces mesures ne ciblent pas directement les anciens territoires industriels français ; toutefois, en identifiant les industries qui y sont implantées, elles les priorisent indirectement.




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Au niveau hexagonal France 2030 se focalise explicitement les projets de décarbonation de l’industrie, d’hydrogène, de recyclage ou de batteries, avec le support de l’Ademe. Les subventions sont décisives, comme à Dunkerque où le projet Prologium a bénéficié de 1,5 milliard d’euros d’aides de l’État et où le four électrique d’Arcelor est financé à hauteur de 50 % par l’État.

Carte des zones industrielles bas-carbone.
Réalisée par les auteurs, d’après les données de l’Ademe, CC BY

L’exemple des Zones industrielles bas carbone, programme piloté par l’Ademe visant au déploiement de solutions innovantes pour atteindre la neutralité carbone en 2050, identifie les territoires les plus émetteurs (Figure 3), dans les grands ports maritimes et dans les anciens bastions industriels de l’est de la France et du Rhône.

Les opérateurs d’infrastructure – électricité avec RTE, gaz avec Natran – conforte cette géographie en priorisant le déploiement de capacité électrique et de transport de nouvelles molécules, comme l’hydrogène ou le CO₂, dans les anciennes zones industrielles.

Zones prioritaires de déploiement des capacités électriques pour RTE et projet de réseau de distribution d’hydrogène de Natran.
RTE, 2025 ; Natran, 2025, CC BY

Incertitudes d’une réindustrialisation durable

Une question demeure : ces nouveaux investissements vont-ils permettre de compenser les crises passées et les fermetures annoncées dans des entreprises de l’ère du carbone ?

Malgré les promesses, les incertitudes entourant les projets de gigafactories dans les Hauts-de-France, les arrêts des projets Carbon à Fos-sur-Mer ou Eastman à Port-Jérôme-sur-Seine, en raison des atermoiements des réglementations européennes, laissent planer le doute. La concentration actuelle des investissements ne garantit pas encore une réindustrialisation durable, mais expose ces territoires aux incertitudes des transformations en cours.

The Conversation

Nathan Gouin a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”

Marie-Laure Baron a reçu des financements de Délégation Interministérielle au Développement de Vallée de la Seine, dans le cadre du projet “Réindustrialisation, Transitions et Logistique”.

– ref. Trois cartes pour comprendre les annonces d’investissements industriels en France – https://theconversation.com/trois-cartes-pour-comprendre-les-annonces-dinvestissements-industriels-en-france-291592

Une hypothèse a longtemps exclu les femmes des études sur la santé. Et si elle était fausse ?

Source: The Conversation – in French – By Maureen MacDonald, Professor of Kinesiology and Provost and Vice President Academic, McMaster University

Nous faudra-t-il remettre en question une grande partie de ce que nous croyons savoir sur la santé et la condition physique des femmes ?

Après des décennies pendant lesquelles les femmes étaient totalement exclues d’un grand nombre d’études, ou leur participation à celles-ci était considérablement réduite, les chercheurs de plusieurs domaines scientifiques, dont le mien (la physiologie de l’exercice), devront répondre à cette question.

Ces pratiques ont longtemps orienté notre compréhension d’enjeux allant de la performance sportive aux bienfaits de l’exercice. Nous avons en effet supposé qu’il était acceptable de généraliser aux femmes les résultats d’études menées auprès d’hommes.

Il ne s’agit pas seulement d’anciennes études datant d’une époque où les femmes étaient systématiquement exclues de nombreux domaines, mais aussi d’études effectuées au cours des 20 dernières années, alors que beaucoup de gens croyaient que la recherche avait comblé son retard sur cet aspect.

Pourquoi les femmes ont-elles été écartées des études ?

L’exclusion des femmes des études est principalement due à l’incertitude quant à la manière de prendre en compte les fluctuations liées aux menstruations ou à la contraception hormonale.

Ne sachant pas comment ni dans quelle mesure ces facteurs pouvaient influer sur la fonction musculaire, par exemple, les chercheurs ont tout simplement inclus moins de femmes, voire aucune, dans leurs études, en se fondant sur des hypothèses erronées.

Cette situation rappelle l’époque plus lointaine où les femmes n’étaient pas autorisées à participer aux Jeux olympiques et où on les dissuadait de pratiquer des sports, sous prétexte que cela pouvait nuire à leur santé physique ou à leur fertilité.

Une étude récente a notamment permis de sortir de l’impasse dans mon domaine : elle a révélé que les cycles menstruels n’avaient généralement pas d’incidence significative sur le fonctionnement des vaisseaux sanguins et qu’il n’existait pas de différences notables au niveau musculaire ou en matière de performance entre les femmes qui utilisent une contraception hormonale et celles qui n’en utilisent pas.

Grâce à ces résultats, nous avons pu dépasser les conclusions d’une étude de 1995 qui avait abouti à la conclusion inverse et que les chercheurs de mon domaine citaient pour justifier l’exclusion des femmes, prétextant que les variables étaient trop complexes et impossibles à exploiter. Je faisais partie de ces chercheurs.

Remise en question

En 2018, la proposition d’évaluer la validité de ce raisonnement est venue d’étudiants, comme c’est souvent le cas pour les idées novatrices. Ninette Shenouda et Stacey Priest, toutes deux inscrites au cycle supérieur, ont voulu savoir sur quoi reposaient ces hypothèses. Nous avons alors décidé de les examiner de plus près.

Nous avons considéré toutes les variables étudiées dans le cadre de nos travaux, telles que la santé des vaisseaux sanguins et du cœur pendant l’exercice, et avons mesuré l’influence de la phase du cycle menstruel ou de la contraception orale sur celles-ci. Nous avons observé qu’il n’y avait pas de différences significatives selon le jour du cycle.

Des résultats similaires ont depuis été constatés dans plusieurs autres domaines de la physiologie de l’exercice, notamment en ce qui concerne le lien entre la phase du cycle menstruel et les réponses à la musculation.

Nous avions écarté les femmes sans raison, et personne n’avait pris la peine de vérifier si cela se justifiait. J’étais alors doyenne de la faculté des sciences de mon université, et il a fallu qu’une étudiante intervienne pour que nous remettions en question notre façon de faire. Cela m’a rappelé que la diversité des points de vue enrichit la science.

Cette nouvelle perspective nous confronte à une lacune importante dans nos connaissances, puisque nous ignorons dans quels domaines les hommes et les femmes se ressemblent et dans lesquels ils sont très différents.

Je pense à nos collègues en médecine et à ce qu’ils ont appris lorsqu’ils ont revu certaines hypothèses concernant la recherche sur les crises cardiaques. Pendant trop longtemps, nous ne savions pas que les symptômes et les résultats cliniques pouvaient varier considérablement entre les femmes et les hommes. Maintenant qu’ils en sont conscients, les médecins améliorent la façon dont on soigne les femmes… ainsi que les hommes.

Que nous reste-t-il à découvrir ?




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Combler les lacunes

Pour les chercheurs, c’est l’occasion d’approfondir leurs connaissances et de découvrir des informations susceptibles d’améliorer la vie de chacun d’entre nous.

Tout comme beaucoup de nos collègues d’autres établissements, nous travaillons aujourd’hui à combler d’énormes lacunes dans les données scientifiques et à élaborer de nouvelles données dont tout le monde pourra profiter.

Certaines de ces données révèlent des différences importantes entre les femmes et les hommes. D’autres concluent à l’absence de différences significatives dans certains domaines. Toutes ces connaissances sont essentielles.


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Maintenant que nous nous attaquons aux obstacles à l’inclusion des femmes dans les études de recherche, nous pouvons commencer à élargir notre champ d’action en comparant, par exemple, des femmes à toutes les étapes de leur vie.

J’encourage tous les chercheurs de différents domaines scientifiques à faire l’effort, eux aussi, de vérifier s’ils ne sont pas passés à côté de certains aspects importants.

La science a toujours évolué à mesure que de nouvelles données devenaient disponibles. Grâce à ces nouvelles informations, nous pouvons continuer nos recherches, et ce, dans l’intérêt de tous.

La Conversation Canada

Maureen MacDonald bénéficie d’un financement du Conseil des sciences naturelles et de l’ingénierie du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation et de l’université McMaster.

– ref. Une hypothèse a longtemps exclu les femmes des études sur la santé. Et si elle était fausse ? – https://theconversation.com/une-hypothese-a-longtemps-exclu-les-femmes-des-etudes-sur-la-sante-et-si-elle-etait-fausse-292039

Faut-il couper les ponts avec certains amis ?

Source: The Conversation – in French – By Gio Dolcecore, Assistant Professor, Social Work, Mount Royal University

Face à un ami jugé « toxique », les réseaux sociaux proposent souvent une réponse simple : couper les ponts. Or, les amitiés difficiles ne se résument pas toujours à un choix entre tout endurer ou tout laisser tomber : certaines peuvent être réparées ou réajustées. Voici comment distinguer les relations à réparer, à réajuster ou à quitter.


Ces messages sont omniprésents sur les médias sociaux et s’inscrivent désormais dans une « culture de la rupture » plus large, qui encourage les gens à se détourner des relations qu’ils jugent épuisantes sur le plan émotionnel ou néfastes.

Établir des limites et reconnaître les schémas relationnels malsains peuvent constituer d’importantes formes d’autoprotection. Mais lorsqu’elle s’applique aux amitiés, cette approche peut réduire une relation complexe à deux choix : tolérer la situation ou y mettre fin.

Avant de décider quoi faire avec un « ami toxique », il vaut la peine de se poser une question plus fondamentale : qu’est-ce qu’une amitié, et qu’attendons-nous d’elle ?


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.


Pourquoi l’amitié est importante

Les amitiés de qualité contribuent de manière significative à notre santé, notre bonheur et notre bien-être général.

C’est à travers nos relations avec les autres que nous apprenons à nous connaître. Comme les amitiés sont le fruit d’un choix, elles nous offrent l’occasion de rechercher des personnes qui nous poussent à nous dépasser, nous font découvrir de nouvelles expériences et nous soutiennent dans des situations difficiles.

Cela revêt une importance particulière à une époque où la solitude et l’isolement social sont devenus des enjeux majeurs de santé publique. Des recherches décrivent la solitude comme une expérience subjective qui peut survenir même lorsque nous sommes entourés d’autres personnes. Tant la quantité que la qualité des relations comptent.




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Une enquête a révélé que 21 % des adultes déclaraient éprouver un profond sentiment de solitude. Parmi ceux qui se sentaient seuls, 57 % ont indiqué qu’ils se sentaient incapables de se dévoiler tel qu’ils sont vraiment aux autres.

La solitude n’est pas seulement un problème individuel. Il existe des conditions politiques, sociales et environnementales plus larges qui peuvent rendre plus difficiles les liens significatifs et le sentiment d’appartenance.

Le fait d’être entouré de gens ne signifie pas nécessairement que l’on se sente en lien avec eux. Les relations d’amitié dans lesquelles on se sent compris, soutenu et libre d’être soi-même revêtent une importance cruciale.

Le contrat d’amitié

Nous ne sommes pas toujours d’accord sur ce qu’implique l’amitié. Contrairement aux relations amoureuses, les amitiés reposent sur un contrat social beaucoup plus souple.

Deux personnes peuvent se considérer comme des amis proches tout en ayant des idées très différentes sur ce que cela signifie. À quelle fréquence devrions-nous communiquer ? Dans quel délai faut-il répondre à un texto ? Quel genre de soutien pouvons-nous attendre ?

Le mot « ami » désigne de nombreux types de relations différentes. Certains amis sont ceux qu’on appelle en cas de crise. D’autres sont liés au travail, au sport ou à des passe-temps. Certains, qu’on voit rarement, n’en restent pas moins extrêmement importants, tandis que d’autres, qui occupaient autrefois une place centrale dans notre vie, assument progressivement un rôle différent.

Une femme est assise à une table, faisant défiler son téléphone en souriant, tandis qu’une autre femme fouille dans un réfrigérateur tout en lui parlant
Les amitiés prennent de nombreuses formes, allant des relations de toute une vie aux liens qui évoluent avec le temps.
(Unsplash)

Recherchez les tendances, pas les incidents isolés

Vivre une situation difficile avec un ami ne signifie pas nécessairement que cet ami est problématique. Une amitié toxique se caractérise par des tendances récurrentes qui nuisent au bien-être d’une personne. On peut citer, par exemple, les schémas de manipulation, les atteintes aux limites personnelles, le mépris ou les manœuvres visant à culpabiliser.

Il est important de se rappeler que les gens évoluent constamment et qu’un épisode isolé ne dit pas grand-chose de la capacité d’une personne à changer. L’une des distinctions les plus importantes est celle entre un incident isolé et un schéma récurrent.

Le fait qu’un ami annule un souper une fois n’est pas la même chose que le fait qu’il ne tienne constamment pas compte de votre temps. Le fait qu’un ami soit moins disponible pendant une période difficile n’est pas la même chose qu’une relation où le soutien est systématiquement à sens unique.




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Les conflits, les déceptions et les attentes non comblées font partie des relations. Le tort causé, c’est autre chose.

Les questions les plus utiles sont les suivantes : que se passe-t-il réellement dans cette amitié ? S’agit-il d’un conflit ponctuel ou d’un schéma récurrent ? Comment devrais-je réagir à ce schéma ?


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Réparer lorsque c’est possible

Lorsqu’une amitié devient difficile, trois possibilités s’offrent à nous : réparer, réajuster ou lâcher prise. Dans Big Friendship, Aminatou Sow et Ann Friedman remettent en question l’idée selon laquelle les amitiés profondes devraient se vivre sans effort.

Au contraire, elles soutiennent que les amitiés étroites exigent de l’attention et une capacité d’adaptation, car les gens et les circonstances changent. La perfection et la facilité sont des objectifs irréalistes pour l’amitié ; les malentendus et les conflits sont inévitables, et il est important de trouver la capacité de guérir.

La réparation prend tout son sens lorsqu’un problème est survenu, mais que les deux personnes accordent toujours de l’importance à la relation. Cela ne signifie pas faire comme si de rien n’était. Cela peut impliquer d’exprimer ce qui nous a blessés, d’écouter le point de vue de l’autre, d’assumer nos responsabilités le cas échéant et de trouver une voie à suivre.

Cela exige également de reconnaître que le malaise n’est pas toujours le signe d’un préjudice. Un ami qui formule une remarque franche peut faire preuve de bienveillance plutôt que de critique.




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Quand les amitiés doivent évoluer

Il arrive parfois qu’une amitié ait tout simplement changé. Le sociologue William Rawlins explique comment les amitiés peuvent rester actives, devenir dormantes ou conserver leur importance même lorsqu’elles ne font plus partie de notre quotidien.

Une amitié peut passer d’une catégorie à l’autre à mesure que nos vies évoluent, ce qui nous oblige à ajuster nos attentes. Se réajuster, c’est permettre à une amitié de prendre une nouvelle forme plutôt que de considérer le changement comme un échec.

Un ami proche peut devenir quelqu’un que l’on voit de temps à autre. Une amitié au travail peut s’estomper après qu’une personne a changé d’emploi. Une amitié d’enfance peut perdurer, mais avec des attentes différentes.

Parfois, la question n’est pas de savoir si quelqu’un doit rester dans nos vies, mais quelle place cette personne peut réellement y occuper. Mettre des mots sur ce qui change permet aux deux amis d’avoir leur mot à dire sur l’évolution de la relation.

Deux jeunes hommes assis sur un banc. L’un détourne le regard de l’autre
Des conversations franches peuvent aider les gens à décider si une amitié peut être réparée ou doit évoluer.
(Unsplash)

Quand il faut mettre fin à une amitié

Prendre l’amitié au sérieux ne signifie pas préserver toutes les relations. Des préjudices persistants, des violations répétées des limites ou un refus constant d’assumer ses responsabilités peuvent rendre la réparation d’une relation dangereuse.

Parfois, il est nécessaire de lâcher prise. La capacité de l’amitié à s’étirer et à s’adapter ne signifie pas qu’elle doive s’étirer indéfiniment.

Lâcher prise peut signifier mettre fin explicitement à une amitié ou prendre davantage de distance.

Mais même lorsqu’il est nécessaire de mettre fin à une amitié, cette perte peut tout de même faire mal. Les amitiés peuvent prendre fin de manière active, par exemple à la suite d’un conflit, ou se dissoudre plus passivement à mesure que les personnes s’éloignent progressivement l’une de l’autre.

Ces deux formes de perte peuvent susciter des émotions complexes, notamment des sentiments de solitude, de tristesse, de remords ou même de soulagement.

Une amitié mérite qu’on la pleure

Lorsque nous avons le choix quant à la manière dont une amitié prend fin, nos valeurs peuvent guider nos actions suivantes. Dans la mesure du possible, une conversation peut permettre aux gens de tourner la page plutôt que de laisser des ressentiments inexprimés : c’est l’occasion d’être entendu, de reconnaître ce que l’amitié a signifié et de dire au revoir.

Bien sûr, il n’est pas toujours possible ni sans risque de clore la relation ensemble. Dans ces cas-là, nous pouvons tout de même trouver des moyens de parler de ce deuil avec une personne de confiance ou un thérapeute.

Prendre l’amitié au sérieux, c’est aussi prendre sa perte au sérieux. On peut décider qu’une amitié ne peut plus durer tout en faisant le deuil de ce qu’elle a été, de ce qu’on espérait qu’elle devienne ou de la place que cette personne occupait autrefois dans notre vie.

Il ne faut pas fuir les sentiments difficiles et complexes. Il y a quelque chose d’admirable à aimer de tout son cœur malgré la possibilité d’un chagrin futur. Les amitiés méritent d’être aimées – parfois l’espace d’un instant, parfois toute une vie, et parfois quelque part entre les deux.

La Conversation Canada

Gio Dolcecore ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Faut-il couper les ponts avec certains amis ? – https://theconversation.com/faut-il-couper-les-ponts-avec-certains-amis-293272

Cómo organizar una empresa familiar para facilitar su salida a los mercados de internacionales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lucía Garcés Galdeano, Profesora Titular de Universidad. Departamento de Gestión de empresas, Universidad Pública de Navarra

Cherdchai101/Shutterstock

En España, las empresas familiares son la columna vertebral de la economía: representan el 92 % del tejido empresarial, generan el 70 % del empleo privado y aportan el 57,8 % del valor añadido bruto del país. Tienen fortalezas que pocas organizaciones pueden igualar: visión a largo plazo, compromiso con el legado y una cultura de confianza que favorece la inversión sostenida en innovación.

Y, sin embargo, hay un dato que llama la atención: solo exporta el 10 % de las empresas familiares españolas, frente al 13 % de las no familiares. ¿Significa esto que innovan menos o que son menos competitivas que las de fuera? Hemos investigado al respecto y los resultados apuntan a una explicación distinta: el problema no es la capacidad de innovar sino cómo se organiza la familia dentro de la empresa.

Innovar no basta

La textos sobre internacionalización empresarial han asumido durante décadas que innovar es el principal empujón hacia el exterior: mejores productos o procesos generan ventajas que se pueden explotar en otros mercados. El modelo de Upsala describe el proceso como una secuencia progresiva de detección de oportunidades y compromiso de recursos fuera del país.

Pero hay un paso que se suele pasar por alto: en una empresa familiar, decidir comprometer esos recursos no es una cuestión puramente económica. Pesa también lo que los investigadores llaman la “riqueza socioemocional”: el control sobre el negocio, la identidad familiar, el legado y la reputación.

Lejos de ser un lastre, estos valores son parte de lo que hace especiales a estas empresas. La cuestión es cómo se canalizan.

No importa cuánta familia hay, sino dónde está

Analizamos cerca de 8 000 observaciones de más de 1 500 pymes familiares manufactureras españolas entre 1996 y 2020 para intentar contestar a la pregunta: ¿cómo la presencia de la familia en distintos niveles directivos modera la relación entre innovar y exportar?

El resultado es claro: la implicación familiar ayuda a internacionalizarse, pero el efecto depende de dónde se concentra esa implicación, no de cuánta haya. Cuando los familiares ocupan puestos operativos el efecto es muy positivo pues actúan como bisagra entre la visión estratégica y la operación diaria, y eso hace que la innovación se traduzca en más ventas internacionales. Su compromiso con el legado, su conocimiento del día a día del negocio y su implicación directa generan mayor confianza interna y una ejecución más sólida de las estrategias.

En cambio, cuando los familiares dominan el equipo directivo prevalece una lógica más protectora: preservar el control y la autonomía puede pesar más que arriesgarse a la incertidumbre de salir fuera. No es que la familia no quiera crecer: es que el instinto de proteger lo construido compite con el impulso de expandirse. Ese freno se vuelve estadísticamente significativo cuando los familiares superan el 67 % del equipo directivo.

La combinación que funciona

Nuestros resultados no sugieren que la familia deba alejarse de la dirección. Su implicación sigue siendo una ventaja real: las relaciones de confianza y los vínculos emocionales generan un capital social interno que facilita compartir conocimiento y reduce la incertidumbre ante los mercados exteriores. De hecho, cuando se combina con capacidad innovadora, la implicación familiar refuerza la internacionalización.

El problema no es la familia en sí, sino dónde se concentra dentro de la estructura de gobierno de la empresa. Lo que proponemos es una estructura de gobernanza que combine dos piezas:

  1. Un equipo directivo con presencia de profesionales externos, que aporten conocimiento de los mercados internacionales y experiencia en la gestión de la incertidumbre global.

  2. Una presencia familiar fuerte en los puestos operativos para que la cultura organizacional y el compromiso se transformen en ejecución de calidad.

Esta combinación no diluye el carácter familiar de la empresa: lo refuerza. Si los directivos externos aportan perspectiva, los familiares aportan, en el día a día, cohesión y compromiso a largo plazo.

Juntos consiguen que la innovación se convierta en crecimiento internacional sostenido.

Diseño organizacional y políticas públicas

Las administraciones públicas ofrecen programas de apoyo a la internacionalización, que suelen centrarse en proporcionar financiación o información sobre los mercados exteriores. Pero si el freno real para salir a los mercados exteriores está en cómo se organiza el gobierno de la empresa, llega un punto en que esas medidas ya no avanzan.

De ahí la necesidad de que existan programas de mentoring para aquellos miembros de la familia que quieren asumir roles operativos de peso, incentivos para atraer talento directivo externo, o talleres de gobernanza familiar pensados específicamente para la internacionalización.

Mirada a largo plazo y paciencia

Las empresas familiares tienen algo que pocas organizaciones logran replicar: un compromiso genuino con el proyecto, una mirada que va más allá del corto plazo y una cohesión interna que es, en sí misma, una ventaja competitiva. Son justo los ingredientes que exige la internacionalización: paciencia, tolerancia a la incertidumbre y capacidad de ejecución sostenida.

El reto, entonces, no es cambiar la naturaleza de la empresa familiar, sino organizar mejor su talento. Cuando la familia ocupa el lugar adecuado dentro de la estructura, la salida hacia los mercados internacionales fluye de manera natural. Y eso, en el fondo, es lo que distingue a las empresas familiares que mejor compiten en los mercados.

The Conversation

Lucía Garcés Galdeano recibe fondos de proyecto de investigación TED2021-132446B-I00 (MICIN/AEI/10.13039/501100011033) y de la Unión Europea NextGenerationEU/PRTR y del proyecto de investigación PID2020-115018RB-C31 (AEI/FEDER, UE) financiado por el Ministerio de ciencia, Innovación y Universidad y FEDER.

Alfonso Hernández Vivanco recibe fondos del proyecto de investigación PID2022-141597NA-I00 (MICIU/AEI /10.13039/501100011033) financiado por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades de España.

Claudio Cruz Cázares recibe fondos del proyecto de investigación PID2022-141597NA-I00 (MICIU/AEI /10.13039/501100011033) financiado por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades de España.

Diana-Andreea Filipescu no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cómo organizar una empresa familiar para facilitar su salida a los mercados de internacionales – https://theconversation.com/como-organizar-una-empresa-familiar-para-facilitar-su-salida-a-los-mercados-de-internacionales-286976

Saturados de política y peor informados: la paradoja del 29-N

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Oliver Serrano León, Director y profesor del Máster de Psicología General Sanitaria, Universidad Europea

Master1305/Shutterstock

La convocatoria de elecciones generales en España para el 29 de noviembre no pone en marcha únicamente un proceso electoral. También intensifica todo un ecosistema de comunicación política en el que partidos, candidatos, medios de comunicación, tertulianos, creadores de contenido y ciudadanos tratarán de colocar determinados temas, mensajes e interpretaciones en el espacio público.

Durante las próximas semanas será difícil no encontrarnos con declaraciones, respuestas, encuestas, entrevistas, vídeos, memes o polémicas relacionadas con la campaña. La información política ocupará cada vez más espacio en periódicos, televisiones, redes sociales y pantallas.

Pero estar más expuestos a la política no significa necesariamente estar mejor informados sobre ella. De hecho, puede ocurrir justo lo contrario.

Una campaña también es una competición por nuestra atención

La comunicación política siempre ha intentado captar la atención de los ciudadanos. Lo que ha cambiado es el entorno en el que esa competición se produce.

A los mensajes de partidos y candidatos y a su cobertura en prensa, radio y televisión se suma ahora un flujo continuo de contenidos digitales. Una declaración puede convertirse en pocos minutos en titular, vídeo, publicación en redes sociales, fragmento viral, meme, comentario de un creador de contenido y mensaje reenviado por WhatsApp.

El ciudadano no recibe, por tanto, únicamente más información. Recibe más versiones, interpretaciones, reacciones y reformulaciones del mismo contenido político. Y nuestra capacidad para atender a todo ello sigue siendo limitada.

Cuando la cantidad de información que debemos procesar aumenta, necesitamos decidir qué leemos, qué ignoramos y a qué dedicamos nuestros recursos cognitivos. En un periodo electoral, esta presión puede desembocar en sobrecarga informativa: la sensación de recibir más información política de la que podemos procesar adecuadamente.

Un estudio publicado en 2026 en American Politics Research analizó precisamente la sobrecarga de noticias electorales. A partir de datos de la campaña presidencial estadounidense de 2016, encontró que cuanto mayor era la percepción de saturación, mayor era también la probabilidad de evitar deliberadamente las noticias relacionadas con las elecciones.

Es una paradoja importante para la comunicación política: la enorme cantidad de mensajes destinados a informar, persuadir o movilizar puede contribuir también a que una parte de la ciudadanía decida desconectar.

Cuando protegernos de la campaña significa dejar de informarnos

Es fácil reconocer esa sensación. Después de escuchar durante días hablar de un mismo asunto podemos cambiar de canal, dejar de abrir determinadas noticias o deslizar rápidamente una publicación cuando advertimos que vuelve a tratar sobre política.

Desde el punto de vista psicológico tiene sentido. Si la exposición continuada a información política empieza a producir cansancio, estrés o frustración, evitarla reduce inmediatamente ese malestar.

El problema aparece cuando dejamos de evitar solamente el ruido y empezamos a esquivar también información que podría ser relevante para comprender las opciones políticas entre las que debemos decidir.

Una investigación sobre evitación de noticias en España señala precisamente el estrés, la sobrecarga informativa, el escepticismo hacia los medios y la polarización política entre los elementos que intervienen en este fenómeno.

Y no hablamos de un comportamiento marginal. El informe Digital News Report 2026, elaborado por el Reuters Institute y la Universidad de Oxford, indica que el 37 % de los encuestados españoles evita las noticias en alguna medida.

La información política nos encuentra

Hay otra transformación fundamental para entender las campañas actuales. Hace unas décadas era relativamente sencillo decidir cuándo exponernos a información política: podíamos comprar un periódico, escuchar la radio, ver un informativo o seguir un debate electoral.

Había, al menos en parte, una decisión consciente de entrar en contacto con esos contenidos. Sin embargo, las redes sociales han difuminado esa frontera.

Podemos entrar en Instagram para ver qué hacen nuestros amigos y encontrarnos con un vídeo de un candidato. Abrir TikTok buscando entretenimiento y recibir una pieza sobre una propuesta electoral. Entrar en X por cualquier otro motivo y toparnos con una polémica política. O consultar WhatsApp y descubrir un mensaje sobre las elecciones enviado por un familiar.

La investigación denomina a este fenómeno “exposición incidental a información política”: encontrarnos con ese tipo de contenidos sin haberlos buscado deliberadamente.

Un trabajo sobre información política y exposición incidental en España, Argentina, Chile y México señalaba ya cómo el consumo informativo había dejado de constituir una actividad separada para integrarse en nuestra conexión cotidiana al entorno digital.

Esta exposición puede tener ventajas: permite que personas que no buscan información política entren en contacto con ella. Sin embargo, la evidencia sobre sus efectos en el aprendizaje no es uniforme.

Algunos estudios encuentran ganancias de conocimiento, mientras que otros observan efectos nulos o incluso negativos. Los resultados parecen depender de la plataforma y, especialmente, de cómo procesamos el contenido encontrado. Encontrarnos accidentalmente con información política no garantiza, por sí solo, que aprendamos sobre ella.

“Si pasa algo importante, ya me enteraré”

Este nuevo ecosistema comunicativo ha generado incluso otra percepción estudiada por los investigadores: la news-finds-me perception, que podríamos traducir como la sensación de que “las noticias me encontrarán”.

Consiste en pensar que no hace falta buscar activamente información porque, si sucede algo importante, acabaremos enterándonos a través de las redes sociales, amigos, familiares o compañeros.

Aplicado a una campaña electoral, supone confiar en que los mensajes políticos verdaderamente relevantes terminarán apareciendo en nuestro entorno digital.
El problema es que esa sensación de estar suficientemente informado puede ser engañosa.

Un estudio longitudinal (realizado a lo largo de un periodo prolongado) encontró que quienes confiaban más en que las noticias acabarían llegando hasta ellos utilizaban menos las fuentes informativas tradicionales y, con el tiempo, presentaban también un menor conocimiento político.

Podemos, por tanto, estar constantemente rodeados de comunicación política y al mismo tiempo saber poco sobre las cuestiones políticas que se están discutiendo.

Nuestro muro no es un programa electoral

A ello se añade otro cambio importante: cuando dejamos de buscar activamente información política y dependemos de las plataformas para encontrarla, delegamos parte de nuestra dieta política en sus sistemas de selección y recomendación.

Nuestro muro no constituye un resumen neutral de las posiciones de los partidos, ni está diseñado para ofrecernos una representación ordenada de los principales asuntos de una campaña electoral.

Encontrarnos con veinte contenidos políticos a lo largo del día tampoco significa haber recibido veinte informaciones diferentes. Podemos haber visto veinte versiones de la misma polémica. Esta distinción es fundamental: exposición política, información política y conocimiento político no son necesariamente lo mismo.

Podemos sentirnos saturados de política porque hemos visto continuamente nombres de candidatos, declaraciones, enfrentamientos y vídeos y, sin embargo, saber poco sobre sus propuestas concretas, los problemas que pretenden resolver o las consecuencias de las políticas que plantean.

Aquí, la alfabetización informacional adquiere también una dimensión política. Una investigación publicada en Computers in Human Behavior encontró que determinadas competencias para navegar, seleccionar, valorar y comprender información en redes sociales se relacionan con una menor sensación de sobrecarga informativa.

Informarse más no siempre es comprender mejor la política

La respuesta tampoco parece consistir en permanecer conectados permanentemente a la campaña. Podemos comenzar el día consultando titulares políticos, recibir notificaciones durante la mañana, escuchar una tertulia, encontrar vídeos electorales en las redes sociales y terminar la jornada leyendo la última polémica. Nada garantiza que esa exposición constante nos ayude a comprender mejor las alternativas políticas.

Quizá resulte más útil cambiar cantidad por calidad. Elegir deliberadamente algunas fuentes, reservar momentos concretos para informarnos, buscar las propuestas originales cuando un asunto nos interese y diferenciar entre una información política y las múltiples reacciones que genera puede ayudarnos a recuperar cierto control sobre nuestra atención.

Es algo parecido a lo que plantea el JOMO, o “alegría de desconectarse”: desconectar durante determinados periodos no significa necesariamente desentenderse de aquello que ocurre.

Aplicado a una campaña electoral, podríamos hablar incluso de una suerte de JOMO político. No necesitamos conocer cada declaración, cada enfrentamiento y cada reacción en tiempo real para tomar una decisión informada.

El reto no consiste en dejar de informarnos sobre política, sino en conseguir que el enorme volumen de comunicación política no termine sustituyendo la comprensión por la simple exposición.

Porque quizá una de las paradojas de las campañas contemporáneas sea precisamente esa: nunca habíamos tenido tanta información política a nuestro alcance y, al mismo tiempo, tanta necesidad de aprender a decidir a cuál merece la pena prestar atención.

The Conversation

Oliver Serrano León no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Saturados de política y peor informados: la paradoja del 29-N – https://theconversation.com/saturados-de-politica-y-peor-informados-la-paradoja-del-29-n-293594