Source: The Conversation – in French – By Alma-Pierre Bonnet, Senior Lecturer in British Studies, Université Jean Moulin Lyon 3
L’ESSENTIEL
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Le débat sur l’Union européenne revient au premier plan au Royaume-Uni, sous l’impulsion du nouveau premier ministre Andy Burnham, favorable à un rapprochement avec l’UE, voire à un retour en bonne et due forme.
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Le contexte semble favorable : popularité en baisse de Reform UK, principal parti anti-UE, évolution démographique de l’électorat et volonté accrue d’une partie des nations constitutives du Royaume-Uni de se lier de nouveau à l’UE.
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Un retour dans l’UE reste toutefois très hypothétique : Burnham devra choisir entre plusieurs options, du simple rapprochement à la réadhésion, tout en affrontant d’importants obstacles politiques, constitutionnels et diplomatiques.
Dix ans après le référendum par lequel les Britanniques ont décidé, à une majorité de 51,9 %, que le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne, le Brexit demeure un totem pour les conservateurs et une grande réussite aux yeux du parti de droite radicale Reform UK, successeur du UKIP et du Brexit Party.
Les travaillistes, eux, ont longtemps peiné à adopter une position claire sur cette question. Et voilà que, à peine entré au 10, Downing Street, le nouveau premier ministre travailliste, Andy Burnham, a décidé de mettre un coup de pied dans la fourmilière en envisageant ouvertement un retour du pays au sein de l’UE.
Un « dé-Brexitage » est-il possible ?
L’appartenance à l’UE de nouveau au cœur des discussions
Si elle n’a jamais véritablement quitté le débat politique, la question européenne est récemment revenue sur le devant de la scène, avec force. L’imprédictibilité de la présidence états-unienne, et son ingérence dans la composition même du Royaume-Uni (Donald Trump s’étant dit favorable à une réunification de l’Irlande) ont remis en cause la relation (supposément) spéciale entre Londres et Washington.
Au sein de l’UE, le projet « Made in Europe », qui vise à favoriser les producteurs européens au détriment des fournisseurs extérieurs — notamment chinois mais aussi, par la force des choses, britanniques — inquiète Londres, qui redoute que ces nouvelles règles ne limitent l’accès de ses entreprises au marché européen.
Mi-septembre, le sommet des chefs de gouvernements gallois, écossais et nord-irlandais a soulevé un point important : le renforcement des velléités indépendantistes dans chacune de ces trois régions est corrélé à la volonté de retourner dans l’UE.
C’est dans ce contexte délicat que, le 29 septembre, Andy Burnham a prononcé un discours remarqué devant le congrès de son parti à Liverpool. Concernant l’Europe, il a estimé que le Brexit avait fait « plus de mal que de bien » et qu’il fallait envisager un rapprochement avec l’UE, ce qu’il a plus tard confirmé dans une série d’interviews avec les médias britanniques. Le gouvernement serait même en train de tester l’électorat en vue d’un retour au sein de l’UE. Si le projet est ambitieux, sa réalisation soulève de nombreuses interrogations.
Le rapport ambigu du Labour à l’UE
Le rapport entre le Parti travailliste et l’UE est complexe et a été marqué par une multitude de changements de positions. Lors du référendum de 2016, les travaillistes, alors dans l’opposition, ont été critiqués pour ne pas avoir proposé une approche cohérente et une position arrêtée. La majorité de leurs députés, et une grande partie de leurs électeurs jeunes, ont fait campagne pour le « Remain » (le maintien au sein de l’Union) alors que leur chef de l’époque Jeremy Corbyn (2015-2019), classé très à gauche, a toujours fait part de sa méfiance envers une UE jugée anti-sociale et trop libérale sur le plan économique, et n’a appelé à voter en faveur du « Remain » que du bout des lèvres. Deux salles, deux ambiances et au final, un message peu clair.
Après Corbyn, une frange relativement europhile a pris le pouvoir, mais Keir Starmer (chef du parti de 2020 à 2026, et premier ministre durant les deux dernières années, à la suite de la victoire de sa formation aux législatives de 2024) est resté timide sur la question, de peur de s’aliéner certaines circonscriptions pro-Brexit, notamment dans le Nord de l’Angleterre.
Le nouveau chef, Andy Burnham, est un europhile convaincu, même s’il a dû faire preuve de prudence lors de l’élection partielle qui lui a permis de devenir député (condition sine qua non pour être premier ministre), parce que la majorité des électeurs de sa circonscription, Makerfield, avait voté pour le Brexit. Il a toutefois affirmé qu’il voulait voir son pays réintégrer l’UE de son vivant et il n’a eu de cesse, depuis son arrivée au pouvoir, de pousser dans cette direction.
Le contexte international et domestique semble signaler qu’il s’agit du bon moment pour le faire.
Un alignement des planètes ?
Le Royaume-Uni et l’UE doivent organiser un sommet fin novembre pour renforcer leurs liens et aller plus loin que l’approche prudente de « réinitialisation » (reset) de Keir Starmer. Un rapprochement d’autant plus plausible que, actuellement, la popularité de Reform UK, radicalement opposé à toute main tendue vers l’UE, semble faiblir, alors que celle de Burnham est relativement haute.
Le président français himself a salué le possible retour du Royaume-Uni au sein de l’UE, même si cette éventuelle rentrée doit se faire sur les termes et conditions proposés par l’UE. Concernant la politique interne, la perspective d’un retour couperait (pour un temps) l’herbe sous le pied des indépendantistes des nations celtiques qui font d’une adhésion à l’UE un cri de ralliement contre le système centralisateur de Westminster.
Enfin, si le vote pour le Brexit ne se résume pas seulement à une question d’âge, cet aspect ne saurait être négligé. Les cohortes âgées ont eu tendance à voter pour la sortie alors que les plus jeunes sont souvent plus europhiles. Dès lors, certains électeurs de 2016 ne sont plus là et d’autres qui ne pouvaient pas voter, ou qui ne se sont pas déplacés, auront l’opportunité de se faire entendre.
Les diverses options envisagées
Si le programme sur lequel les travaillistes ont été élus en 2024 établit des lignes rouges concernant un retour dans le marché commun, l’union douanière ou la liberté de mouvement, Burnham semble contempler différentes options et affirme qu’aucune solution ne sera négligée d’ici au sommet de novembre, en fonction des sondages d’opinion, de la consultation de certains acteurs économiques et financiers et de l’accueil de Bruxelles.
Il n’écarte donc ni un statu quo ni une demande de réaccession en bonne et due forme, ni toutes les possibilités situées entre ces deux extrêmes : le modèle suisse, qui implique une contribution financière et la liberté de circulation des personnes ; l’adhésion à l’Espace économique européen qui comprend les quatre libertés fondamentales du marché unique (libre circulation des marchandises ; des personnes ; des services ; des capitaux) ; ou encore le statut de « membre associé », comme celui récemment proposé au Canada, dont les contours restent flous.
Ce projet de « dé-Brexitage » (il sera d’ailleurs intéressant de voir les néologismes qui ne manqueront pas de l’accompagner) pose toutefois plusieurs problèmes de taille. D’un point de vue personnel, prendre un tel risque signifie la fin de la lune de miel pour Burnham, ce dont il a parfaitement conscience, comme l’atteste son discours devant le congrès travailliste, le 29 septembre :
« L’espoir naît de l’honnêteté, et nous retrouverons l’espoir. Mais avant tout, l’honnêteté. Elle consiste à dire ce que les hommes politiques évitent généralement de dire. Je vais le dire sans détour. La Grande-Bretagne s’est engagée sur la mauvaise voie depuis longtemps. Désindustrialisation. Déréglementation. Privatisation. Austérité. Brexit. Je suis prêt à prendre des mesures que mes prédécesseurs n’auraient pas prises. Je romprai avec la ligne suivie ces 40 dernières années et mettrai la Grande-Bretagne sur une nouvelle voie. »
Sous l’angle constitutionnel, il doit là aussi faire un choix difficile : proposer un nouveau référendum ou introduire le retour comme promesse électorale dans le programme travailliste de 2029 (date supposée des prochaines élections générales). Chacune de ces deux options risque de rouvrir des plaies qui ne sont pas encore cicatrisées et donner des arguments faciles aux conservateurs et à Reform UK.
Enfin, si l’Europe semble encline à un retour, cela ne se fera pas sous n’importe quelle condition. Il faudra la garantie qu’un nouveau référendum ne sera pas organisé dans un futur proche (ce qui devrait être relativement clair à la lumière des résultats des élections générales de 2029 si les travaillistes y obtiennent une majorité significative).
Le nœud des deux côtés de la Manche sera aussi de savoir si le pays pourra bénéficier des mêmes avantages qu’avant sa sortie, notamment en termes de contribution au budget européen : si oui, il serait difficile de « vendre » ce projet aux 27 ; si non, il serait plus compliqué de convaincre la majorité des Britanniques du bien-fondé d’un retour…
Dès son accession au pouvoir, Burnham a mis l’accent sur sa capacité à proposer de nouvelles idées et des solutions concrètes pour bousculer le statu quo. Cette ambition européenne reflète cette volonté, mais elle préfigure d’importants défis dans un pays où la question identitaire, qui, pour certains, inclut pleinement un rejet de l’UE, reste extrêmement délicate.
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Alma-Pierre Bonnet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Guess who’s back ! Le Royaume-Uni va-t-il revenir au sein de l’Union européenne ? – https://theconversation.com/guess-whos-back-le-royaume-uni-va-t-il-revenir-au-sein-de-lunion-europeenne-293622













