Un carnet de Mozart retrouvé à la BnF révèle le talent méconnu d’une de ses élèves

Source: The Conversation – in French – By Stacy Olive Jarvis, PhD Candidate in in Musicology, University of Birmingham


L’ESSENTIEL

  • Un carnet retrouvé à la BnF conserve les leçons de composition données par Mozart à Marie-Louise de Guînes en 1778.

  • Les exercices révèlent le travail de l’élève et permettent de dépasser le jugement sévère que Mozart portait sur elle.

  • – Le manuscrit éclaire le rôle souvent oublié des femmes et des salons privés dans la vie musicale de l’époque.


Un petit carnet conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) vient de révéler son secret : il s’agit de l’une des découvertes les plus importantes sur Wolfgang Amadeus Mozart depuis plusieurs décennies.

Ses 44 pages retracent les leçons de composition que Mozart donna à Paris en 1778 à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, une jeune aristocrate qui excellait à la harpe. Le manuscrit a été identifié en février 2026 par François-Pierre Goy, conservateur au département de la Musique de la BnF. En examinant ce carnet jusque-là non attribué, il y a reconnu l’écriture de Mozart. Son identification a ensuite été confirmée par Laurence Decobert, spécialiste des manuscrits du compositeur, puis par Armin Brinzing, directeur de la Bibliotheca Mozartiana à Salzbourg, qui a authentifié le document.

Le Concerto pour flûte et harpe, K. 299 de Mozart.

Entre mai et juillet 1778, Mozart donna presque chaque jour des leçons de composition à Marie-Louise. Le carnet récemment découvert contient des exercices ainsi que sept courtes pièces pour flûte et harpe. Mais son principal intérêt tient au fait qu’il conserve, sur les mêmes pages, les traces du travail du professeur et de son élève. Leurs écritures musicales s’entremêlent : Mozart propose des idées, les corrige et les développe, tandis que son élève les recopie, les complète et expérimente à son tour.

Ces pages donnent ainsi à voir l’enseignement de la composition presque en direct, au fil des corrections, des passages recopiés et des idées échangées entre le maître et son élève.

Au-delà du jugement de Mozart

Mozart n’était guère élogieux à l’égard de son élève. Dans une lettre adressée à son père, Leopold, le 14 mai 1778, il se plaint qu’elle n’a « aucune idée ». Dans une lettre ultérieure, il se montre tout aussi sévère sur ses aptitudes à la composition. Ces remarques ont largement façonné l’image laissée par Marie-Louise : celle d’un personnage secondaire dans la biographie de Mozart, fille de son mécène, techniquement douée mais supposément dépourvue d’inspiration. Le manuscrit permet aujourd’hui de dépasser ce jugement.

Plusieurs exercices du carnet sont entièrement de la main de Marie-Louise. Six des pièces pour flûte et harpe sont achevées, même si elles partent d’idées proposées par Mozart. La septième reste inachevée et est suivie de six pages blanches – peut-être parce que ses leçons ont pris fin lorsqu’elle s’est mariée, le 26 juillet de la même année.

Le carnet ne permet pas de savoir jusqu’où le talent de Marie-Louise aurait pu se développer. Il montre en revanche clairement que son éducation musicale ne se limitait pas à la pratique de la harpe : elle s’investissait aussi pleinement dans l’apprentissage de la composition.

Pour les femmes du milieu social de Marie-Louise, la vie musicale se déroulait en grande partie dans la sphère privée. Elles apprenaient à jouer d’un instrument et se produisaient devant leurs invités. Certaines achetaient également des partitions, commandaient des œuvres ou faisaient appel à des musiciens professionnels. Ces réunions pouvaient d’ailleurs jouer un rôle important dans la carrière de ces derniers : se produire dans un salon privé pouvait permettre à un compositeur de se faire connaître d’un futur mécène ou de décrocher une nouvelle commande.

L’écriture de Marie-Louise est particulièrement précieuse, car elle permet de retracer sa propre participation aux leçons. On peut suivre sa manière de travailler au fil des exercices, plutôt que de s’en remettre uniquement au jugement de Mozart sur ses capacités. Pour beaucoup d’autres femmes, les traces qui subsistent sont bien plus ténues : parfois une simple feuille de musique ou une mention dans une lettre.

Le salon, une véritable institution musicale

Cette réalité fait largement écho à mes propres recherches sur la culture musicale européenne du XIXe siècle, en particulier sur les salons – ces réunions privées où les musiciens se produisaient devant des mécènes influents et nouaient des relations avec eux –, ainsi que sur le mécénat et les réseaux musicaux dont les archives ont conservé la trace.

Comme l’explique la musicologue Rebecca Cypess dans Women and Musical Salons in the Enlightenment, les salons faisaient le lien entre sphère publique et sphère privée. La maîtresse de maison était libre de choisir qui inviter dans son salon et quelles œuvres y faire jouer. Elle disposait ainsi d’une véritable influence culturelle, à une époque où les institutions musicales officielles n’offraient que très peu de possibilités aux femmes.

Cette influence reposait toutefois sur une position privilégiée. C’est grâce à la fortune et au statut social de sa famille que Marie-Louise eut accès à l’enseignement de Mozart. Pour autant, la musique jouée dans les demeures de l’élite a contribué au développement de la culture musicale de l’époque, même si l’histoire l’a ensuite souvent réduite au seul nom du célèbre compositeur.

Les compositions récemment retrouvées ont été jouées pour la première fois en public à la BnF le 21 juin 2026, par la flûtiste Mathilde Calderini et le harpiste Nicolas Tulliez. Le concert a été enregistré, puis diffusé par France Musique.

On comprend aisément pourquoi la découverte d’un manuscrit inédit de Mozart a suscité l’intérêt des admirateurs du compositeur. Mais ce carnet est aussi celui de Marie-Louise. Son écriture apparaît tout au long des exercices, offrant un témoignage rare sur une pratique musicale qui se déroulait généralement dans la sphère privée et dont l’histoire écrite n’a que rarement conservé la trace.

The Conversation

Stacy Olive Jarvis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Un carnet de Mozart retrouvé à la BnF révèle le talent méconnu d’une de ses élèves – https://theconversation.com/un-carnet-de-mozart-retrouve-a-la-bnf-revele-le-talent-meconnu-dune-de-ses-eleves-292699

Nous avons presque tous tendance à tourner à gauche en marchant, et la science ignore pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Iñaki Echeverría Huarte, Assistant Professor, Universidad de Navarra

Ces recherches pourraient aider à mieux concevoir les espaces très fréquentés afin de fluidifier les déplacements des piétons et de limiter les croisements et les encombrements. Goinyk Production/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • En groupe, nous avons tendance à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

  • Ce biais persiste quels que soient l’environnement, la culture ou les interactions entre piétons.

  • – Il existe déjà chez les individus marchant seuls, mais son origine reste inexpliquée.


Cette histoire a débuté, comme tant d’autres dans l’histoire des sciences, par quelque chose que nous ne cherchions pas. En 2020, pendant la pandémie de Covid-19, nous étudiions une question très concrète : comment les gens se déplacent-ils dans un espace clos lorsqu’on leur demande de garder leurs distances ? En visionnant encore et encore les images, nous avons remarqué quelque chose d’étrange : presque tous les participants décrivaient des boucles dans la même direction, toujours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Plus étonnant encore, aucun ne semblait s’être rendu compte qu’il le faisait.

Pour un physicien, cela ressemble à un cas d’école de « comportement émergent » : un phénomène collectif qui naît d’une multitude de petites interactions, soit entre les individus, soit entre les individus et leur environnement. Ce sont les deux principales hypothèses que nous avons cherché à tester séparément.

La pièce n’y était pour rien

Nous avons d’abord soupçonné les interactions entre les piétons et les murs de la pièce. Une étude antérieure en neurosciences avait montré que les droitiers ont tendance à tourner à gauche et les gauchers à droite, un léger biais lié à de petites différences entre les deux hémisphères du cerveau. Comme la majorité des participants de notre première expérience étaient droitiers, il était raisonnable de supposer que ce mouvement collectif en boucle n’était rien d’autre que la somme de préférences individuelles, les murs qui les entouraient transformant ces trajectoires en un mouvement circulaire.

Connaissant désormais la préférence de chacun, nous pouvions constituer des groupes en fonction de ce critère et observer ce qui se passait. Si les murs et le fait d’être droitier ou gaucher expliquaient le phénomène, un groupe de gauchers ou, mieux encore, composé uniquement de personnes ayant tendance à tourner à droite aurait dû finir par inverser le sens de rotation et se déplacer dans le sens des aiguilles d’une montre. Cela ne s’est jamais produit. Que nous remplissions la pièce de personnes tournant spontanément à droite ou de gauchers, la tendance à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre persistait.

Peut-être était-ce alors la simple présence des murs qui orientait les déplacements. Pour le savoir, nous avons transposé l’expérience à l’extérieur, dans une très grande cour d’école de 3 000 mètres carrés, sans murs pour la délimiter, et laissé plus d’une centaine d’adolescents marcher sans aucun repère pour les guider. Non seulement le mouvement de rotation persistait, mais il devenait encore plus marqué. La pièce n’était donc manifestement pas en cause.

La culture n’y était pour rien non plus

Restait notre deuxième suspect : la manière dont nous interagissons les uns avec les autres. Lorsque deux piétons se retrouvent face à face, chacun se décale sur le côté, ce qui conduit au phénomène bien connu de formation de files.

Mais le côté que nous choisissons n’est pas le fruit du hasard : il est généralement déterminé par le côté de la route où l’on conduit. En Espagne, comme dans le reste de l’Europe continentale, nous nous décalons vers la droite, laissant ainsi de l’espace sur notre gauche pour que la personne arrivant en face puisse faire de même.

Nous avons alors émis l’hypothèse que ce mouvement dans le sens inverse des aiguilles d’une montre n’était peut-être qu’une manifestation de ce phénomène. Si, à chaque rencontre, les piétons ont tendance à se décaler vers la droite, ils finissent par marcher en longeant le mur situé à leur droite et donc par tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Si cette hypothèse était juste, une foule japonaise devrait tourner dans le sens des aiguilles d’une montre puisque, au Japon, on conduit et on se décale vers la gauche, et que les files de piétons se forment donc du côté opposé à celui observé en Espagne.

Vue aérienne d’une cour d’école, avec des points de couleur représentant les personnes qui s’y déplacent.
Image tirée de l’une de nos études, où l’on distingue clairement la tendance générale à se déplacer en spirale dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (en bleu).
Fourni par l’auteur

Nous avons contacté un collègue à Tokyo, convaincus qu’il constaterait que la foule tournait dans le sens des aiguilles d’une montre. Mais ces nouvelles expériences se sont soldées par un nouvel échec : la foule japonaise tournait elle aussi dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Notre hypothèse était donc fausse.

Restait une explication culturelle : une habitude acquise au fil du temps, comme celle de tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre sur la quasi-totalité des pistes d’athlétisme. Nous nous sommes donc intéressés à des enfants de maternelle, qui ont encore à peine commencé à intégrer les conventions du monde adulte. Loin de s’atténuer, leur tendance à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre était la plus forte que nous ayons mesurée.

La réponse est en nous

Si l’explication ne venait ni du groupe, ni de l’environnement, ni de nos habitudes sociales, il ne restait plus qu’une piste : une caractéristique propre à chaque individu, d’ordre biomécanique ou profondément ancrée dans le cerveau.

Pour le vérifier, nous avons demandé à plus de 200 volontaires de marcher seuls, l’un après l’autre, dans un espace vide. Sans personne à éviter ni foule à suivre, une nette majorité d’entre eux se déplaçaient toujours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Pendant des décennies, les chercheurs de notre domaine ont considéré que des comportements collectifs comme celui-ci naissaient des interactions entre les piétons. Dans ce cas précis, les données montrent exactement le contraire : ce comportement est déjà présent chez une personne qui marche seule. En intégrant dans un modèle les seules données relatives aux déplacements individuels, nous avons même réussi à reproduire le mouvement circulaire de l’ensemble de la foule. Ici, contrairement à ce qui se produit avec les phénomènes collectifs émergents, le tout n’est pas supérieur à la somme de ses parties : il lui est exactement identique.

Et voici la conclusion, en toute franchise : nous ne savons toujours pas ce qui provoque ce biais à l’échelle individuelle. Nous avons cherché un lien avec le fait d’être droitier ou gaucher, le pied dominant, l’œil dominant, le sexe, etc., sans rien trouver. Des études menées sur des personnes marchant les yeux bandés, qui ont tendance à dévier en décrivant une spirale d’un côté ou de l’autre, suggèrent une explication plus profonde : peut-être de légères asymétries de l’oreille interne, qui modifieraient imperceptiblement notre perception de la ligne droite. Mais en l’état actuel des connaissances, nous ne pouvons pas expliquer ce phénomène.

Quoi qu’il en soit, savoir que cette tendance vient de l’individu plutôt que du groupe est déjà précieux et pourrait modifier notre façon de modéliser et de concevoir les espaces que nous partageons, notamment les aéroports, les gares ou les musées, où la fluidité des déplacements est essentielle.

Cette tendance à partir vers la gauche se retrouve même chez les animaux, par exemple dans les bancs de poissons ou dans les « moulins » en spirale formés par les fourmis légionnaires. La force qui pousse un être humain marchant seul à dévier vers la gauche pourrait donc, en définitive, être bien plus ancienne que l’humanité elle-même.

The Conversation

Iñaki Echeverría Huarte bénéficie d’un financement du projet PID2023-146422NB-I00, financé par le MICIU/AEI/10.13039/501100011033 avec des fonds du FEDER de l’Union européenne.

Ángel Garcimartín Montero bénéficie de financements de l’Agence nationale espagnole de la recherche.

Iker Zuriguel Ballaz bénéficie d’un financement du projet PID2023-146422NB-I00, financé par le MICIU/AEI/10.13039/501100011033 avec des fonds du FEDER de l’Union européenne.

– ref. Nous avons presque tous tendance à tourner à gauche en marchant, et la science ignore pourquoi – https://theconversation.com/nous-avons-presque-tous-tendance-a-tourner-a-gauche-en-marchant-et-la-science-ignore-pourquoi-293284

Des Portugais aux Américains, une bataille de cinq siècles pour le contrôle d’Ormuz et de Bab el-Mandeb

Source: The Conversation – in French – By Ibrahim Al-Marashi, IE School of Humanities, IE University; California State University San Marcos


L’ESSENTIEL

  • Depuis le XVe siècle, Chinois, Portugais, Néerlandais et Britanniques ont tenté de dominer Ormuz et Bab el-Mandeb.

  • La maîtrise de ces détroits a reposé tour à tour sur la puissance navale, le commerce, les ports et les alliances locales.

  • – L’histoire montre que contrôler ces passages stratégiques ne suffit jamais à contrôler durablement les régions qui les entourent.


Ces derniers mois, les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb sont devenus synonymes de rivalités géopolitiques. Qui contrôle ces étroits passages maritimes maîtrise les flux de navigation entre la mer d’Arabie, la mer Rouge et l’océan Indien – et, avec eux, une part essentielle du commerce mondial.

Mais les conflits autour de ces détroits sont presque aussi anciens que le commerce maritime moderne lui-même. La guerre entre les États-Unis et l’Iran autour de ces points de passage stratégiques n’est que le dernier épisode d’une histoire vieille de plusieurs siècles, au cours de laquelle des puissances extérieures à la région ont cherché à exercer leur influence sur le Moyen-Orient, voire à le dominer, par la mer.

La Chine des Ming offre l’un des premiers exemples d’une puissance extérieure à la région projetant son influence grâce à sa puissance navale et à la diplomatie. En 1405, l’amiral, explorateur et diplomate musulman chinois Zheng He entreprit la première de sept expéditions à travers l’océan Indien. À la tête de flottes comptant plus de 300 navires, il atteignit la ville d’Ormuz vers 1414, puis Aden, au Yémen, avant de franchir le détroit de Bab el-Mandeb pour entrer en mer Rouge.

Cette présence chinoise dans l’océan Indien, parfois qualifiée de Pax Sinica, ne reposait pas sur le contrôle des détroits. Elle permit plutôt d’établir une forte présence commerciale, fondée sur des démonstrations de puissance navale, des missions diplomatiques et de lucratifs échanges de présents. Contrairement aux puissances coloniales qui lui succédèrent, Zheng He n’établit pas de colonies à Ormuz ni le long des côtes de la péninsule Arabique. Il s’inséra dans le système commercial déjà mis en place par les marchands arabes, persans, indiens et est-africains de la région.

Ces expéditions montrent aussi les limites d’une puissance maritime dont les ambitions dépassent les capacités. Après la dernière expédition de Zheng He, dans les années 1430, le changement de priorités de la dynastie Ming mit un terme à ces voyages. L’État n’était plus disposé à investir dans sa marine et dans son entretien.

Aujourd’hui, la Chine invoque les expéditions de Zheng He pour donner une légitimité historique à ses relations avec le Moyen-Orient. Pékin présente ses investissements actuels dans les infrastructures, l’énergie et les ports, comme celui de Gwadar, au Pakistan, comme le prolongement d’une relation ancienne et pacifique remontant aux routes de la soie de l’époque pré-moderne.

Au XVIe siècle, cependant, l’essor du trafic maritime mondial et l’arrivée des puissances coloniales européennes allaient bientôt ouvrir une nouvelle ère, marquée par des tentatives plus violentes et agressives de prise de contrôle des détroits.

La domination navale portugaise

Les Portugais, eux, innovèrent dans le domaine naval en imposant une forme plus coercitive de puissance maritime, fondée notamment sur l’emploi de canons lourds à bord de navires capables de naviguer en haute mer. En 1513, Afonso de Albuquerque attaqua Aden dans l’espoir de contrôler l’accès à la mer Rouge. Il échoua à s’emparer de cette ville fortifiée, située sur le continent et entourée d’un relief montagneux escarpé.

Comme les États-Unis allaient à leur tour le constater plusieurs siècles plus tard, la supériorité navale ne se traduisait pas nécessairement par une victoire rapide sur terre. Les navires de guerre portugais pouvaient détruire des bâtiments ennemis et bombarder un port, mais dominer les eaux au large ne signifiait pas contrôler les territoires situés à l’intérieur des terres.

En 1515, Albuquerque parvint toutefois à s’emparer de la ville d’Ormuz, où il imposa le cartaz, un permis payant que les marchands devaient obtenir pour naviguer dans le golfe Persique et l’océan Indien. Ce système de contrôle et de taxation du commerce maritime est, dans son principe, comparable au péage que l’Iran cherche aujourd’hui à instaurer.

Ruines à Ormuz.
Les ruines d’un fort portugais du XVIe siècle sont encore visibles aujourd’hui sur l’île d’Ormuz, en Iran.
ImanFakhri/wikimedia commons, CC BY-SA

Cette « Pax Lusitana » fut plus violente que la Pax Sinica qui l’avait précédée. En 1622, les forces de la dynastie safavide d’Iran s’allièrent aux navires de la Compagnie anglaise des Indes orientales pour chasser les Portugais d’Ormuz et ouvrir le commerce à d’autres puissances.

Britanniques et Néerlandais prennent le relais

Après l’éviction des Portugais, Ottomans, Safavides, Omanais, Néerlandais et Anglais rivalisèrent pour le contrôle de la région. Le système reposait alors sur les puissants navires européens, mais aussi sur les souverains locaux, qui contrôlaient à la fois les ports et les marchandises qui y transitaient.

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales fit son entrée dans ces eaux en 1614. Soutenue par des navires lourdement armés, elle s’établit dans le port de Mokha, au Yémen.

Après l’expulsion des Portugais, les Néerlandais obtinrent des privilèges commerciaux en 1623 et entrèrent en concurrence avec les marchands britanniques à Bandar Abbas, principal comptoir commercial du golfe Persique, situé face à Ormuz.

Une carte néerlandaise de la ville fortifiée d’Ormuz, datant de 1617.
Une carte néerlandaise de la ville fortifiée d’Ormuz, datant de 1617.
Willem Blaeu/wikimedia commons

Si les Britanniques étaient connus pour le commerce du thé, les Néerlandais finirent par dominer celui du café. Jusque-là aux mains des marchands établis à Mokha, ce commerce échappa au monopole yéménite lorsque les Néerlandais parvinrent à faire sortir clandestinement des plants de café arabica du Yémen pour les introduire sur l’île indonésienne de Java, où ils furent ensuite cultivés à très grande échelle.

Les Néerlandais montrèrent ainsi que l’équilibre des puissances maritimes pouvait aussi être bouleversé par le contrôle de la production et du commerce, et pas seulement par les canons et la contrainte.

Cependant, lorsque les Britanniques s’emparèrent d’Aden en 1839, ils prirent l’avantage. Ils conclurent des accords avec les souverains et les tribus voisines du sud du Yémen, qui leur assurèrent de fait le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb à l’aube de l’ère industrielle.

Aden devint rapidement une station de ravitaillement en charbon pour les navires ainsi qu’un centre de communications, relié à l’Inde par des câbles télégraphiques. Lorsque le canal de Suez fut inauguré en 1869, les Britanniques dominèrent également ce point de passage stratégique, la mer Rouge constituant désormais la route maritime la plus courte vers l’Inde, joyau de leur empire colonial.

L’hégémonie britannique en vint rapidement à reposer sur des navires de guerre à vapeur et un réseau de ports, mais aussi sur des prêts et des traités. Elle s’appuyait en grande partie sur des relais locaux établis le long des côtes, d’Aden jusqu’au Koweït.

Quelles leçons pour les États-Unis aujourd’hui ?

Après la Seconde Guerre mondiale, l’équilibre des puissances bascula une nouvelle fois. Les États-Unis prirent le relais du Royaume-Uni, déployant des bases militaires et des groupes aéronavals et vendant des armes en échange d’un accès au pétrole du Golfe. En 1980, le président américain Jimmy Carter déclara que toute tentative soviétique de prendre le contrôle du Golfe serait considérée comme une attaque contre les intérêts américains et repoussée par la force militaire.

Quarante-cinq ans plus tard, Donald Trump a de fait – quoique peut-être involontairement – démantelé la doctrine Carter. Si des bâtiments de la marine américaine sont aujourd’hui présents dans le détroit d’Ormuz pour garantir la liberté de navigation, c’est la guerre lancée par Trump en février 2026 qui a, en premier lieu, mis en péril le trafic maritime, en poussant l’Iran à perturber en représailles les échanges commerciaux dans le Golfe.

L’histoire montre que les puissances extérieures à la région peuvent imposer leur domination maritime, mais jamais durablement. La Chine a renoncé à ses grandes expéditions navales, le Portugal a perdu Ormuz, les Néerlandais ont recentré leurs ambitions sur Java et les Britanniques ont fini par quitter Aden. Chaque fois, la domination a changé de mains lorsque les puissances en place se sont trouvées engagées sur trop de fronts, que de nouvelles technologies sont apparues ou que les alliances locales se sont recomposées.

L’Iran et les Houthis, qui se sont récemment emparés de Mokha, n’ont pas besoin de groupes aéronavals pour peser sur le trafic maritime. Leurs missiles, leurs mines et leurs drones suffisent à faire grimper le coût des assurances et, par conséquent, celui du transport maritime. Malgré leur puissance navale, les États-Unis ne peuvent ignorer le poids des sociétés et des forces politiques locales autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Tous les empires qui les ont précédés en ont fait l’expérience : contrôler un passage maritime stratégique ne signifie pas contrôler les territoires, les sociétés et les rapports de force politiques qui l’entourent.

The Conversation

Ibrahim Al-Marashi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Des Portugais aux Américains, une bataille de cinq siècles pour le contrôle d’Ormuz et de Bab el-Mandeb – https://theconversation.com/des-portugais-aux-americains-une-bataille-de-cinq-siecles-pour-le-controle-dormuz-et-de-bab-el-mandeb-293454

La campaña a favor de los cursos de creole en las escuelas aviva el sentimiento antihaitiano en la República Dominicana

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Kendall Medford, Postdoctoral Scholar at the Africana Research Center, Penn State

Unos jóvenes de ascendencia haitiana pasan el rato en la comunidad de Batey La Lima, rodeada por una enorme plantación de caña de azúcar en la ciudad costera de La Romana, en la República Dominicana. AP Photo/Matias Delacroix

A principios de septiembre de 2026, un legislador de la República Dominicana presentó un proyecto de ley que obligaría a todas las escuelas públicas de ese país caribeño a ofrecer cursos de creole (criollo) haitiano. La propuesta provocó una reacción pública rápida y fuerte.

Desde entonces, los medios de comunicación y los analistas dominicanos y haitianos han debatido las ventajas y los retos a los que, sin duda, se enfrentará la propuesta si llega a someterse a votación, y mucho más si se implementa. Tal como están las cosas, el nivel de oposición política y social hace que la propuesta tenga pocas posibilidades de salir adelante.

Gran parte de las críticas se han centrado en cuestiones relacionadas con la soberanía nacional dominicana, ya que Haití y la República Dominicana comparten una isla. Aunque ambas naciones han estado separadas y son independientes desde el siglo XIX, los nacionalistas dominicanos suelen destacar un período de 22 años, de 1822 a 1844, durante el cual las tropas haitianas ocuparon la República Dominicana. De hecho, el Día de la Independencia que se celebra cada 27 de febrero en la República Dominicana conmemora su independencia de Haití en 1844, no de España, su antigua potencia colonial.

Algunos grupos nacionalistas dominicanos consideran que exigir a los estudiantes que estudien el creole haitiano es un paso más hacia una “unificación” no deseada de la isla que, según ellos, se ha estado planeando desde esta ocupación.

La inmigración haitiana hacia la República Dominicana suele describirse como una invasión pacífica que no cesa. – una narrativa nacionalista que se ha perpetuado por parte de los políticos dominicanos durante más de 50 años.

El creciente número de inmigrantes haitianos en la República Dominicana —las estimaciones oscilan entre 500 000 y varios millones de personas— suele alimentar estos temores nacionalistas.

En ciertos sectores, especialmente en la agricultura y la construcción, los haitianos constituyen la abrumadora mayoría de la fuerza laboral.

A pesar de la reacción negativa, el creole es una parte indeleble de la República Dominicana y los migrantes lo han mantenido vivo en el país durante cientos de años. Sin embargo, el creole ha sido excluido sistemáticamente de los espacios públicos donde cabría esperarlo, como en la señalización o en espacios públicos, tales como los hospitales, donde los migrantes podrían necesitar un intérprete.

El creole y la diáspora haitiana

A lo largo del último siglo, los haitianos se han trasladado en gran número a la vecina República Dominicana, formando la diáspora más grande del Caribe y representando casi la mitad de toda la población migrante de la región.

Esta inmigración aumentó considerablemente tras el asesinato de 2021 del presidente de Haití, Jovenel Moïse, un suceso que sumió aún más al país en un período de inestabilidad económica y violencia de pandillas.

Todo ello hace que el creole haitiano sea la segunda lengua más hablada en la República Dominicana, después del español. El creole haitiano, o Kreyòl, es la lengua nacional de Haití, junto con el francés, y es la única lengua que habla toda la población.

Aunque a menudo se le menosprecia calificándolo de «dialecto» del francés o de «francés chapucero», el creole es una lengua plenamente constituida con su propia academia de lengua, ortografía y gramática. Es lengua oficial de Haití desde 1987.

Una persona sostiene una bandera en una manifestación.
Partidarios del grupo nacionalista «Antigua Orden Dominicana» participan en una protesta contra la inmigración haitiana en Santo Domingo el 27 de abril de 2025.
Stringer/AFP via Getty Images

Mis investigaciónes muestran que muchos dominicanos de ascendencia haitiana crecen hablando el creole en casa como primera lengua, especialmente en la región fronteriza y en los enclaves haitianos repartidos por todo el país. En estas comunidades, es común que los haitianos y los dominicanos convivan, trabajen juntos y formen hogares con matrimonios mixtos, en los que los niños aprenden tanto el creole como el español.

Una realidad multicultural

Debido a la amplia difusión del creole en el país, ya se han hecho llamados para enseñar este idioma en las escuelas dominicanas, aunque han sido rechazados rotundamente.

En 2017, por ejemplo, el presidente del sindicato nacional de maestros —la Asociación Dominicana de Profesores— declaró públicamente que sería un error enseñar el creole en las escuelas, ya que eso haría que los dominicanos comenzaran a «actuar y pensar como haitianos».

Estas actitudes contra los haitianos reflejan los matices abiertamente raciales del debate sobre la inmigración. Académicos e intelectuales han argumentado desde hace tiempo que el rechazo y el odio hacia los haitianos por parte de algunos sectores de la sociedad dominicana son, en realidad, un rechazo a la negritud que representa la identidad y la cultura haitianas. Estas actitudes antinegras permiten a los políticos convertir a los haitianos en chivos expiatorios de los problemas de la sociedad dominicana.

Pero para Julio César Beltré, el diputado que propusó el proyecto de ley, la medida es una cuestión de sentido común. Como nativo de la provincia de Azua, cerca de la frontera entre República Dominicana y Haití, afirma que ve a diario la necesidad de saber creole en su pueblo natal, y sostiene que el conocimiento del creole ofrecería una “ventaja práctica” a los dominicanos en los ámbitos empresariales, laborales y sociales que comparten con los haitianos.

«Aprender un idioma vecino», añadió, «no significa adoptar una identidad ni una postura política. Es simplemente una herramienta de comunicación».

Desde que presentó el proyecto de ley, Beltré ha participado en varios programas matutinos y noticieros populares dominicanos para hablar sobre la legislación y responder a las críticas que ha recibido. Para muchos, uno de los aspectos más sorprendentes de la propuesta es que Beltré es miembro del partido gobernante del país, el Partido Revolucionario Moderno (PRM), que en los últimos años se ha hecho famoso por su enfoque estricto y brutal hacia la inmigración haitiana.

Una vista aérea de una gran multitud en una calle.
En 2024, la gente espera en Ouanaminthe, Haití, para cruzar a la República Dominicana.
AP Photo/Matias Delacroix

En julio, el gobierno anunció que había deportado a más de 226 000 haitianos solo en el primer semestre del año. El partido ha sido criticado a nivel internacional por violaciones a los derechos humanos contra los inmigrantes haitianos. El 14 de septiembre, el presidente dominicano Luis Abinader —del PRM— dijo que la propuesta no refleja la postura del partido y que no la apoya «en lo más mínimo».

Apoyo en la calle

Aunque la mayoría de los titulares se han centrado en la reacción negativa al proyecto de ley, hay muchas voces dominicanas que se están manifestando a favor. Ante el crecimiento de la población haitiana en la República Dominicana, el siguiente paso lógico, en opinión de muchos ciudadanos, es una política educativa nacional.

El medio de comunicación El Avance salió a la calle para entrevistar a transeúntes dominicanos sobre la propuesta, y muchos afirmaron que apoyan el proyecto de ley. «Compartimos fronteras», dijo una persona. «Tenemos que saber qué dicen nuestros vecinos». Jonatan Familia, presentador del popular programa de noticias De Último Minuto, dijo que cree que enseñar creole enriquecería el sistema educativo y beneficiaría a los estudiantes dominicanos.

El secretario de relaciones públicas del sindicato nacional de maestros también ha apoyado públicamente la iniciativa, lo que supone un cambio radical con respecto a la postura que adoptó el grupo hace una década.

Superar la barrera del idioma

A pesar de la reacción negativa actual, las organizaciones dominicanas han desarrollado y ofrecido cursos de creole durante décadas. En las décadas de 1980 y 1990, Radio Enriquillo —una emisora regional de la Iglesia católica— ofrecía clases de creole haitiano en toda la región sur del país.

Algunas escuelas e instituciones imparten clases de este idioma de manera activa; según mis cálculos, al menos 15. La universidad pública más prestigiosa del país, la Universidad Autónoma de Santo Domingo, ha ofrecido cursos de creole en su campus principal, ubicado en la capital, desde hace más de una década. Además de estos cursos semestrales para estudiantes, también ofrecen cursos de nueve semanas los sábados, que están abiertos al público en general. Más recientemente, varios de sus campus satélites en todo el país han comenzado a impartir clases de este idioma.

El gobierno dominicano también ofrece capacitación en lengua creole a algunos funcionarios públicos. El INESDYC, el organismo de capacitación académica del Ministerio de Relaciones Exteriores, ofrece tres niveles diferentes de cursos de creole, así como un curso de conversación para sus futuros diplomáticos. Por otro lado, Western Union —cuyos servicios financieros permiten a los migrantes haitianos enviar remesas a Haití— ha comenzado en los últimos años a ofrecer cursos de introducción al creole para su personal.

Las limitaciones que la barrera del idioma impone entre los haitianos y los dominicanos han sido reconocidas tanto por instituciones públicas como privadas y religiosas, las cuales han buscado remediarla cada una a su manera, de forma fragmentaria.

Aunque se espera que este proyecto de ley sea rechazado en la votación plenaria, es evidente que ha desencadenado un acalorado debate nacional en torno a la política educativa para el creole haitiano. Queda por ver si esta nueva iniciativa dará lugar a un cambio en la política nacional, pero los indicios apuntan a que la opinión pública podría estar inclinándose poco a poco a su favor.

_Nota editorial: Desde la publicación original de este artículo, Beltré ha retirado la propuesta. Sin embargo, el diputado afirma la importancia de un debate nacional sobre el tema. _

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Kendall Medford no trabaja para ninguna empresa u organización que pudiera beneficiarse de este artículo, ni presta servicios de consultoría a ninguna de ellas, ni posee acciones de ninguna de ellas, ni recibe financiamiento de ninguna de ellas, y no ha revelado ninguna afiliación relevante más allá de su cargo académico.

– ref. La campaña a favor de los cursos de creole en las escuelas aviva el sentimiento antihaitiano en la República Dominicana – https://theconversation.com/la-campana-a-favor-de-los-cursos-de-creole-en-las-escuelas-aviva-el-sentimiento-antihaitiano-en-la-republica-dominicana-293318

Olympe Bhêly-Quenum a 100 ans : l’écrivain béninois qui a élargi les frontières de la francophonie

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

Dans la géographie des littératures africaines de langue française, le Bénin occupe une place singulière. L’ancien Dahomey a été l’un des premiers foyers d’émergence d’une littérature écrite en français en Afrique occidentale. Félix Couchoro publie L’Esclave dès 1929 et Paul Hazoumé fait paraître en 1938 Doguicimi, vaste roman historique consacré au royaume du Dahomey. L’école coloniale, la formation d’une élite lettrée et le développement d’une presse locale ont contribué à cette effervescence intellectuelle, nourrie également par des traditions orales dont les récits et les formes narratives passent progressivement dans l’écriture en français.

Olympe Bhêly-Quenum s’inscrit dans cette histoire tout en appartenant à une autre génération. Son itinéraire accompagne le passage du Dahomey colonial à l’État indépendant et l’émergence d’un espace littéraire africain qui ne se définit plus seulement par son rapport à la puissance coloniale.

En tant que chercheur en études francophones, je m’intéresse depuis plusieurs années à la manière dont les écrivains africains de langue française construisent leur place dans un espace littéraire marqué à la fois par l’héritage colonial, les indépendances et les mécanismes internationaux de reconnaissance.

Après avoir étudié ces questions à travers la consécration des écrivains africains francophones et les trajectoires des écrivains maghrébins d’expression française, le cas d’Olympe Bhêly-Quenum permet de déplacer le regard vers le Dahomey, devenu Bénin, et vers une histoire littéraire particulièrement précoce en Afrique de l’Ouest.

Alors que l’écrivain béninois fête ses 100 ans, cet article revisite sa place singulière dans l’histoire des littératures africaines de langue française.

Écrire au moment de l’indépendance

Son livre Un piège sans fin paraît chez Stock en 1960, l’année même où le Dahomey accède à l’indépendance. Le roman raconte la destinée tragique d’Ahouna : après la destruction de son mariage, celui-ci s’engage dans une errance qui le conduit au meurtre, à la prison, aux travaux forcés puis à la mort.
Cette coïncidence avec l’indépendance pourrait inviter à lire le roman d’abord à travers le prisme politique. Or Bhêly-Quenum choisit une autre voie. L’ordre colonial et sa justice sont présents, mais ils s’intègrent à une tragédie plus vaste où interviennent la passion, la violence, les contraintes sociales, la vengeance et la fatalité. Là où Mongo Beti ou Ferdinand Oyono placent directement la critique du système colonial au centre de plusieurs de leurs romans, Bhêly-Quenum s’intéresse davantage aux individus pris dans des forces sociales et morales qui les dépassent.

Cette dimension devient encore plus manifeste avec Le Chant du lac, publié chez Présence Africaine en 1965 et récompensé l’année suivante par le Grand prix littéraire d’Afrique noire. Le récit met en scène une communauté vivant dans la crainte des puissances mystérieuses d’un lac. Lorsque celles-ci sont finalement affrontées, les prétendus dieux apparaissent comme des créatures qui peuvent être combattues et tuées.

Il serait cependant réducteur d’y voir une simple victoire de la raison sur la superstition. La disparition des puissances du lac délivre les habitants de la peur tout en ébranlant un imaginaire qui organisait leur rapport au monde. Bhêly-Quenum ne choisit donc ni la célébration d’une tradition immuable ni son rejet au nom de la modernité. Il transforme plutôt cette tension en matière romanesque.

Au carrefour des réseaux littéraires africains

Bhêly-Quenum n’est pas pour autant un écrivain solitaire. Son parcours journalistique le place au cœur des débats intellectuels des années d’indépendance. Il dirige La Vie africaine jusqu’en 1964, fonde ensuite avec son épouse le magazine bilingue L’Afrique actuelle et travaille à l’Unesco.

Sa trajectoire déborde surtout les frontières de la seule francophonie. Le sommaire du numéro 18 de Transition (1965) réunit notamment Olympe Bhêly-Quénum, Christopher Okigbo, Nadine Gordimer et Chinua Achebe. Il ne faut pas en déduire des relations personnelles qui ne sont pas documentées, mais cette proximité éditoriale montre que Bhêly-Quenum participe à une conversation intellectuelle africaine traversant les anciennes frontières coloniales.

Présence Africaine constitue l’autre espace essentiel de cette circulation. Autour d’Alioune Diop, la revue et la maison d’édition sont alors un carrefour des débats sur la Négritude [1], la décolonisation et l’avenir des cultures africaines.

Plusieurs ouvrages de Bhêly-Quenum y paraissent ou y sont réédités. Il participe donc pleinement à cet espace intellectuel sans pour autant adopter le programme esthétique et politique de la Négritude. Ses romans privilégient les destins individuels et les tensions internes aux sociétés plutôt que l’affirmation d’une identité africaine unifiée.

Une présence discrète dans le canon francophone

La place de Bhêly-Quenum est ainsi paradoxale. Publié chez Stock et Présence Africaine, lauréat du Grand prix littéraire d’Afrique noire, traduit et étudié, il ne peut guère être qualifié d’écrivain marginal. Il n’a pourtant jamais bénéficié de la visibilité des poètes sénégalais Léopold Sédar Senghor ou martiniquais Aimé Césaire, ni de celle qu’acquerra plus tard le romancier ivoirien Ahmadou Kourouma.

Bhêly-Quenum résumait lui-même cette situation lorsqu’il déclarait, à propos de sa notoriété, « Connu, non, mais mes œuvres, certainement ». La formule distingue avec justesse la circulation des livres de la médiatisation de leur auteur. Son œuvre a connu une forme de reconnaissance durable mais discrète, passant notamment par l’école, l’université, la traduction et les rééditions.

Cette position permet aussi de mieux comprendre l’histoire littéraire béninoise. Bhêly-Quenum vient après Félix Couchoro et Paul Hazoumé et appartient, avec Jean Pliya, à une génération qui donne aux lettres du Dahomey une visibilité nouvelle au moment des indépendances. Le succès du Chant du lac en 1966 précède d’ailleurs d’un an le Grand prix littéraire d’Afrique noire attribué à Pliya pour Kondo le requin.
Plus tard, Jérôme Carlos et Florent Couao-Zotti prolongeront cette histoire dans des contextes littéraires profondément transformés.

Une autre manière de penser la francophonie

C’est sans doute ici que la relecture de Bhêly-Quenum prend tout son sens aujourd’hui. Son parcours montre combien la littérature francophone africaine s’est construite dans des espaces de circulation qui excèdent la relation entre les anciennes colonies et Paris. Ouidah, Cotonou, Dakar ou Paris participent d’une même géographie littéraire à laquelle s’ajoutent les revues, les maisons d’édition, les traductions et les échanges avec les écrivains anglophones.

Un piège sans fin et Le Chant du lac témoignent ainsi d’un moment où des écrivains africains s’approprient une langue héritée de la colonisation sans que celle-ci détermine entièrement leur horizon littéraire. Bhêly-Quenum l’utilise pour explorer la violence, la croyance, la fatalité et les transformations des sociétés africaines plutôt que pour illustrer une identité prédéfinie.

Son œuvre conduit dès lors à déplacer la question de la francophonie. Il ne s’agit plus seulement de savoir quelle place les écrivains africains occupent dans un ensemble littéraire francophone dont le centre serait ailleurs. Il faut aussi mesurer combien des écrivains comme Bhêly-Quenum ont contribué, depuis l’Afrique et par leurs circulations internationales, à transformer cet ensemble et à redéfinir ce que nous appelons aujourd’hui la littérature francophone.

[1]: La Négritude désigne le mouvement littéraire et intellectuel qui se développe dans les années 1930 autour notamment d’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. En réaction à l’ordre colonial et aux politiques d’assimilation, ses auteurs revendiquent les cultures, les expériences historiques et les identités noires.

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Christophe Premat est professeur en études culturelles francophones à l’Université de Stockholm. Il vient de consacrer un ouvrage avec Buata Malela sur les figures intellectuelles africaines. L’ouvrage est édité chez Hermann en 2025 et s’intitule Sensibilités intellectuelles africaines – Du discours occidental aux voix africaines (1988-2022).

– ref. Olympe Bhêly-Quenum a 100 ans : l’écrivain béninois qui a élargi les frontières de la francophonie – https://theconversation.com/olympe-bhely-quenum-a-100-ans-lecrivain-beninois-qui-a-elargi-les-frontieres-de-la-francophonie-293229

Cómo tres potencias coloniales obtuvieron (y luego perdieron) el control sobre los estrechos de Ormuz y Bab el-Mandeb

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ibrahim Al-Marashi, IE School of Humanities, IE University; California State University San Marcos

Curioussnapshots/Shutterstock

En los últimos meses, el estrecho de Ormuz y Bab el-Mandeb se han convertido en sinónimo de disputas geopolíticas. Quien controle estas estrechas vías navegables gobierna el flujo del tráfico marítimo desde el mar Arábigo y el mar Rojo hasta el océano Índico y, con ello, una parte de vital importancia del comercio mundial.

Sin embargo, el conflicto en torno a estos estrechos es casi tan antiguo como el propio comercio marítimo moderno. La guerra entre EE. UU. e Irán por estos cuellos de botella no es más que el último capítulo de una historia centenaria en la que potencias extrarregionales han intentado influir o dominar Oriente Medio por mar.

La China de la dinastía Ming ofrece uno de los primeros ejemplos de una potencia extranjera que proyectaba su poder a través del poderío naval y la diplomacia. En 1405, el almirante, explorador y diplomático chino musulmán Zheng He se embarcó en la primera de siete expediciones a través del océano Índico. Al mando de flotas de más de 300 embarcaciones, llegó a la ciudad de Ormuz alrededor de 1414 y posteriormente a Adén, en Yemen, tras atravesar Bab el-Mandeb para adentrarse en el mar Rojo.

Esta Pax Sinica no controlaba los estrechos. En cambio, estableció una sólida presencia comercial basada en demostraciones de poderío naval, misiones diplomáticas y lucrativos intercambios de regalos. A diferencia de las potencias coloniales posteriores, Zheng He no estableció colonias en Ormuz ni a lo largo de la costa árabe. En su lugar, se integró en el sistema comercial ya existente, establecido por los comerciantes árabes, persas, indios y de África Oriental de la región.

Los viajes también ponen de manifiesto los límites de un poder marítimo excesivamente extendido. Tras la última expedición de Zheng He en la década de 1430, los cambios en las prioridades de la dinastía Ming pusieron fin a los viajes. El Estado no estaba dispuesto a invertir en su armada ni en su mantenimiento.

Hoy en día, China invoca los viajes de Zheng He para otorgar legitimidad histórica a las relaciones entre China y Oriente Medio. Pekín presenta sus inversiones modernas en infraestructuras, energía y puertos, como Gwadar en Pakistán, como el resurgimiento de una relación antigua y pacífica que se remonta a la Ruta de la Seda premoderna.

Sin embargo, allá por el siglo XVI, el aumento del tráfico marítimo mundial y la llegada de las potencias coloniales europeas marcarían pronto un giro hacia esfuerzos más violentos y agresivos por controlar los estrechos.

El dominio naval de Portugal

Los portugueses fueron innovadores en el ámbito naval, al introducir una forma más coercitiva de poder marítimo mediante el uso de cañones pesados en buques de alta mar. En 1513, Afonso de Albuquerque atacó Adén en un intento por controlar el acceso al mar Rojo. No logró conquistar la ciudad fortificada del interior, rodeada de un terreno montañoso y escarpado.

Tal y como Estados Unidos aprendió siglos más tarde, la superioridad naval no se traducía en una victoria inmediata en tierra. Los buques de guerra portugueses podían destruir embarcaciones y bombardear un puerto, pero dominar las aguas que rodeaban un puerto no era lo mismo que controlar el territorio que había detrás de él.

Sin embargo, en 1515, Albuquerque logró tomar la ciudad de Ormuz, donde impuso el cartaz, un permiso de pago que autorizaba a los comerciantes a navegar por el golfo y el océano Índico. Esta regulación del comercio es, en esencia, lo que el peaje de Irán está intentando hacer en la actualidad.

Las ruinas de un fuerte de piedra
Todavía se pueden ver las ruinas de un fuerte portugués del siglo XVI en la isla de Ormuz, en Irán.
ImanFakhri/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Esta Pax Lusitana fue más violenta que su predecesora china, y en 1622, las fuerzas de la dinastía safávida iraní y los buques de la Compañía Inglesa de las Indias Orientales unieron sus fuerzas para expulsar a los portugueses de Ormuz y abrir el comercio.




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La toma de control por parte de británicos y holandeses

Una vez expulsados los portugueses, las fuerzas otomanas, safávidas, omaníes, holandesas e inglesas compitieron por el control. El sistema estaba dominado por poderosos barcos europeos y por gobernantes locales que controlaban tanto los puertos como las mercancías que circulaban por ellos.

La Compañía Neerlandesa de las Indias Orientales entró en estas aguas en 1614. Respaldada por barcos fuertemente armados, se estableció en el puerto de Mokha, en Yemen.

Tras la expulsión de Portugal, los holandeses obtuvieron privilegios comerciales en 1623 y compitieron con los comerciantes británicos en Bandar Abbas, la principal estación comercial del Golfo situada frente a Ormuz.

Un mapa dibujado a mano de una localidad costera.
Un mapa holandés de la ciudad fortificada de Ormuz, que data de 1617.
Willem Blaeu/Wikimedia Commons

Mientras que los británicos eran famosos por el comercio del té, los holandeses llegaron a controlar el del café. Anteriormente dominio exclusivo de los comerciantes con sede en Mocha, los holandeses rompieron el monopolio de Yemen sobre el comercio del café introduciendo de contrabando plantas de café arábica en la isla indonesia de Java, donde se cultivaron a gran escala.

De este modo, los holandeses demostraron que el equilibrio del poder marítimo podía cambiar mediante el control de la producción y el comercio, en lugar de mediante cañones y coacción.

Sin embargo, una vez que los británicos conquistaron Adén en 1839, tomaron la iniciativa. Firmaron acuerdos con los gobernantes y tribus vecinas del sur de Yemen que les otorgaron el control de facto sobre Bal al-Mandab en los albores de la era industrial.

Adén se convirtió pronto en una estación naval de abastecimiento de carbón y en un centro de comunicaciones, conectada con la India mediante cables telegráficos. Cuando se inauguró el Canal de Suez en 1869, los británicos también dominaron este punto estratégico, ya que el mar Rojo ofrecía la ruta marítima más corta hacia su colonia de la Corona en la India.

La hegemonía británica pronto pasó a basarse en buques de guerra de vapor y puertos, así como en préstamos y tratados. Gran parte de ello se sostenía gracias a aliados locales a lo largo de la costa, que se extendía desde Adén hasta Kuwait.

Lecciones para los EE. UU. de hoy

Tras la Segunda Guerra Mundial, el equilibrio de poder volvió a cambiar. Estados Unidos sustituyó al Reino Unido con bases, grupos de portaaviones y ventas de armas a cambio del petróleo del golfo Pérsico. En 1980, el presidente estadounidense Jimmy Carter declaró que cualquier intento soviético de controlar el golfo se consideraría un ataque a los intereses estadounidenses y se contrarrestaría con fuerza militar.

Si avanzamos 45 años en el tiempo, vemos que Trump ha desmantelado de hecho (aunque quizá de forma involuntaria) la doctrina Carter. Si bien los buques de guerra estadounidenses se encuentran ahora en el estrecho de Ormuz para proteger la libertad de navegación, fue la guerra de febrero de 2026 iniciada por Trump la que puso en peligro el tráfico marítimo en primer lugar, ya que llevó a Irán a interrumpir el comercio del golfo como represalia.




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La lección histórica es que, si bien la hegemonía marítima extrarregional es posible, es temporal y efímera, tan fugaz como las olas que la transportan. China abandonó sus flotas, Portugal perdió Ormuz, los holandeses se centraron en Java y Gran Bretaña abandonó Adén. El dominio cambió cuando las potencias hegemónicas se extendieron en exceso, las tecnologías cambiaron y las alianzas locales se reajustaron.

Irán y los hutíes, que recientemente se han apoderado de Mokha, no necesitan flotas de portaaviones. En cambio, sus misiles, minas y drones convierten el coste de los seguros marítimos en un arma. A pesar de todo su poderío naval, Estados Unidos no puede eliminar la capacidad de acción local de las sociedades que rodean Ormuz y Bab el-Mandeb. Todos los imperios que le han precedido han descubierto que controlar un punto estratégico no se traduce en el control del mundo político y de la voluntad que lo rodea.

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Ibrahim Al-Marashi no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Cómo tres potencias coloniales obtuvieron (y luego perdieron) el control sobre los estrechos de Ormuz y Bab el-Mandeb – https://theconversation.com/como-tres-potencias-coloniales-obtuvieron-y-luego-perdieron-el-control-sobre-los-estrechos-de-ormuz-y-bab-el-mandeb-293004

Ceuta 2021 y 2026: las estadísticas oficiales omiten los datos de las dos grandes crisis migratorias

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alessandro Indelicato, Professor, Universidade de Vigo

Sopotnicki/Shutterstock

En mayo de 2021, varios miles de personas cruzaron a Ceuta en menos de 48 horas. El informe oficial del Ministerio del Interior correspondiente a esas fechas señala: “Los datos relativos a Ceuta no recogen la entrada de inmigrantes irregulares que se produjo los días 17 y 18 de mayo”.

En julio de 2026 se repitió un episodio de magnitud considerablemente mayor. El informe de esas fechas indica: “Los datos relativos a Ceuta no incluyen cifras del día 30 y 31 de julio, que requieren un análisis específico”.

Son dos textos diferentes que dicen lo mismo con cinco años de diferencia. El Ministerio del Interior no incluye en sus estadísticas oficiales los días en los que se produjo cada crisis. No se trata de un error puntual de un informe concreto, sino de un procedimiento que se repite ante un mismo tipo de episodio. Como resultado directo de esto, los picos de mayor magnitud de la serie quedan fuera del propio registro que debería documentarlos.

Cuando las estadísticas oficiales enmascaran la realidad

Utilizar la migración como herramienta de presión entre Estados no es un fenómeno hipotético: ya ha ocurrido en la frontera de la Unión Europea con Bielorrusia, y también está documentado, con matices distintos, en las relaciones de Turquía y Libia con la UE.

El caso de Ceuta aporta una nueva pieza a esta literatura. Cuando dos episodios presentan similitudes operativas relevantes y la documentación disponible aporta indicios compatibles con una posible instrumentalización, el modo en que el Estado receptor interpreta y presenta públicamente esos hechos puede variar de un episodio a otro. Si las estadísticas oficiales sigan excluyendo los días en que realmente ocurre cada crisis, cada vez será más difícil documentar e interpretar nuevos episodios a medida que se vayan produciendo.

Llevo años investigando la migración y, últimamente, he participado en COREnet, una red de investigación europea para el intercambio de información crítica sobre el tema. Esto me ha permitido cruzarla con otros fenómenos: religión, guerra y geopolítica. A partir de ahí empecé a analizar la frontera de Ceuta con una pregunta muy concreta: ¿qué pasa cuando la migración deja de ser un fenómeno puramente social y empieza a ser utilizada como instrumento de presión entre Estados?

Migración coercitiva instrumentalizada

En la literatura académica, a esto se le llama migración coercitiva instrumentalizada (CEM). El concepto fue definido por la politóloga Kelly Greenhill hace más de una década en su libro Weapons of Mass Migration. Según esta teoría, un Estado o un actor no estatal crea o amenaza con facilitar deliberadamente un flujo migratorio hacia otro país con el fin de obtener concesiones políticas. No es un concepto marginal. La propia Unión Europea lo introdujo en su marco legal en 2024 a través del Reglamento (UE) 2024/1359, en respuesta al caso de Bielorrusia. En 2021, el régimen de Alexander Lukashenko trasladó a miles de personas desde Minsk hasta la frontera con Polonia y Lituania. Ello como represalia por las sanciones europeas tras el presunto fraude electoral de 2020.

Para examinar hasta qué punto los episodios de Ceuta presentan rasgos compatibles con esta categoría, reconstruí la serie de llegadas irregulares a Ceuta, Melilla y Canarias desde 2018. Usé como fuente los informes quincenales del Ministerio del Interior. Sobre esa base construí un análisis estadístico de series temporales interrumpidas para las seis crisis migratorias más relevantes del periodo. Este incluyó validación de pruebas placebo (se repite el mismo análisis estadístico, pero usando datos falsos o modificados donde no debería existir impacto).

Una exclusión estadística que se repite

El hallazgo más significativo no aparece en la magnitud de las cifras, sino en cómo se registran. La exclusión de los datos correspondientes a los ingresos masivos de mayo de 2021 y julio de 2026 se repite de forma significativa y revela un patrón operativo similar en ambos episodios.

La documentación de inteligencia y seguridad disponible, desclasificada en el caso de 2026, permite identificar indicios de una dinámica comparable.

Respecto a los sucesos de 2026, varias informaciones periodísticas publicadas en septiembre de este año señalan la existencia de un informe del Centro Nacional de Inmigración y Fronteras (CENIF), remitido a la Audiencia Nacional, que incluiría fotografías de agentes marroquíes –uniformados y de paisano– guiando el flujo de personas hacia puntos concretos de acceso.

La dirección general de la Policía Nacional negó públicamente la existencia de un informe que atribuyera esa planificación a las autoridades marroquíes. Ningún medio ha tenido acceso directo y verificado al documento. Este contraste entre lo publicado y lo desmentido oficialmente no permite dar por probada una decisión política al más alto nivel del Gobierno marroquí, pero sí ilustra, una vez más, la misma tensión entre discurso oficial y evidencia disponible.

Una respuesta política distinta ante un patrón similar

Lo que sí marca diferencia entre los dos episodios es la respuesta política. En 2021 ,el Gobierno mantuvo durante meses un discurso explícito de coerción. La ministra de Defensa, Margarita Robles, habló de la situación como “chantaje”, hasta la reconciliación diplomática de marzo de 2022.

En 2026 se dio otra secuencia. El 31 de julio el presidente del Gobierno, Pedro Sánchez, calificó lo sucedido como “ataque a la integridad territorial”, un lenguaje tan contundente como el de 2021. Pero a finales de agosto la cobertura informativa ya apuntaba al agradecimiento por la “cooperación” marroquí. En su comparecencia del 3 de septiembre, el presidente de gobierno español encuadró el episodio dentro de un “patrón recurrente y estacional”.

La ciencia política da explicaciones a este tipo de divergencias sin necesidad de presuponer mala fe. Los ejecutivos tienden a gestionar el coste político doméstico de una crisis antes que atribuir con precisión una responsabilidad externa. Sobre todo cuando el señalado es un país del que depende de muchas cosas, entre ellas la cooperación en materias como la pesca, la seguridad o el futuro control migratorio.

Por qué es relevante más allá de este caso

Que las estadísticas oficiales omitan episodios como los de mayo de 2021 y julio de 2026 no impide que la información acabe conociéndose a través de la prensa, de organismos como el Parlamento Europeo o de trabajos como este. Pero sí determina en qué condiciones se conoce: con retraso, de forma fragmentada y en función de quién la haga pública primero.

Mientras tanto, el relato político de cada episodio ya se ha consolidado en la opinión pública. Compite con una versión de los hechos reconstruida más tarde, con menos capacidad de marcar el encuadre inicial.

La consecuencia no es que estos episodios queden ocultos –claramente no lo están–, sino que la ventana en la que define cómo se interpretan políticamente se cierra antes de que exista un relato verificado de forma independiente. Y esa ventana, como muestra la comparación entre 2021 y 2026, es donde se decide si un episodio se recuerda como coerción, como crisis humanitaria o como una anécdota estacional más.

The Conversation

Alessandro Indelicato no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Ceuta 2021 y 2026: las estadísticas oficiales omiten los datos de las dos grandes crisis migratorias – https://theconversation.com/ceuta-2021-y-2026-las-estadisticas-oficiales-omiten-los-datos-de-las-dos-grandes-crisis-migratorias-292850

Yolanda Díaz opta a la dirección de una Organización Internacional del Trabajo en plena crisis

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ivan Williams Jimenez, Profesor Derecho del Trabajo y Seguridad y Salud Laboral, Universidad Carlos III

Imagen promocional del evento público interactivo con los candidatos celebrado el 23 de septiembre. De izquierda a derecha, Gilbert Houngbo, Yolanda Díaz y Javier González-Olaechea. Organización Internacional del Trabajo (OIT)

El próximo 16 de noviembre de 2026, en el marco de la 358.ª reunión del Consejo de Administración de la Organización Internacional del Trabajo (OIT) en Ginebra, se decidirá por votación secreta quién dirigirá durante el periodo 2027-2032 una de las organizaciones más antiguas del sistema de Naciones Unidas.

No se trata de un trámite burocrático más: es la primera vez en más de una década que el cargo se disputa entre tres candidaturas con perfiles y programas claramente diferenciados. Este hecho se registra en un momento en que la propia institución atraviesa la crisis financiera y de credibilidad más profunda desde su fundación en 1919. El proceso se produce en un contexto de confrontación geoeconómica y polarización social marcado por la inteligencia artificial, la transición climática y la erosión del multilateralismo.

Tres candidaturas, tres apuestas

El actual director general, Gilbert Houngbo, de Togo, busca la reelección. Su campaña se apoya en el argumento de la continuidad y la experiencia institucional, pero llega condicionada por la gestión de la crisis presupuestaria que enfrenta la organización.

Yolanda Díaz, vicepresidenta segunda y ministra de Trabajo y Economía Social de España, propone justo lo contrario: una OIT distinta, más democrática y más moderna. Su experiencia incluye reformas laborales negociadas con sindicatos y empresarios, y una ley pionera para regular el trabajo en plataformas digitales. Si gana, se convertirá en la primera mujer al frente de la institución. Su desempeño político ha estado marcado por una apuesta explícita por la renovación del marco normativo laboral ante las transformaciones derivadas de la digitalización y las nuevas formas de empleo.

Javier González-Olaechea, excanciller de Perú, es el tercero en la carrera. Su idea central es ambiciosa: una Carta Global de Derechos Laborales que reúna, en un solo texto, los grandes principios que la OIT ha construido en más de cien años. Su candidatura, sin embargo, no está exenta de controversia. Algunas de sus posiciones conservadoras en materia de política nacional e internacional han atraído la atención y causado recelo en ciertos sectores.

Sostenibilidad financiera y futuro institucional de la OIT

Ninguna lectura de este proceso electoral puede prescindir de su telón de fondo financiero. Países como Estados Unidos, cuya aportación representa el 22 % del presupuesto de la Organización, adeuda a la OIT cantidades significativas por el impago de sus cuotas. Para hacer frente a esta crisis financiera, la dirección saliente ha respondido con medidas de contingencia que incluyen un ajuste que eliminaría 120 puestos de trabajo de un total de 3 400, además de la congelación de nuevas contrataciones.

Esta fragilidad financiera no es un accidente coyuntural. Representa el síntoma de una crisis más amplia del multilateralismo, que afecta a numerosas instituciones nacidas para gestionar la interdependencia global. Desde la ONU hasta sus agencias especializadas ven cuestionado su financiamiento por potencias que, simultáneamente, exigen mayor injerencia sobre su funcionamiento interno.

Por qué el momento importa para el futuro del trabajo

Los tres programas coinciden, con matices, en señalar la irrupción de la inteligencia artificial, el cambio climático y las nuevas formas de empleo como los grandes desafíos regulatorios de la próxima década. A esto se suman la expansión del trabajo informal y de plataformas, la persistencia de brechas de género en el mercado laboral global, y las tensiones entre competitividad empresarial y derechos laborales en cadenas de suministro cada vez más fragmentadas.

Ninguno de estos fenómenos respeta fronteras nacionales, lo que hace que la capacidad de la OIT para fijar estándares mínimos compartidos –y no solo recomendaciones simbólicas– sea, si acaso, más urgente que en cualquier momento de las últimas décadas.

El candidato que resulte elegido deberá reforzar la capacidad de la OIT para promover un marco de gobernanza laboral basado en el respeto y la aplicación efectiva de las normas internacionales del trabajo, el impulso del trabajo decente y el fortalecimiento de empresas sostenibles e inclusivas. Su liderazgo debería contribuir a equilibrar las crecientes asimetrías de poder en la economía global, fortaleciendo el papel de las instituciones públicas, el diálogo social y la participación democrática de las personas trabajadoras.

Nuevas formas de empleo, IA y transición climática

Al mismo tiempo, la organización necesita una profunda modernización para responder a los grandes desafíos que están transformando el mundo del trabajo, entre ellos la expansión de nuevas formas de empleo, el impacto disruptivo de la inteligencia artificial y las consecuencias laborales de la transición climática. Todo ello exige una mayor cooperación para el desarrollo, un renovado compromiso con el multilateralismo y un esfuerzo por superar las dinámicas de polarización que han marcado los debates más recientes.

Asimismo, la sostenibilidad futura de la OIT dependerá de su capacidad para afrontar su actual fragilidad financiera mediante una estrategia diversificada de recursos, que incluya una mayor movilización de contribuciones voluntarias, alianzas de cooperación y mecanismos innovadores de financiación compatibles con su mandato y su independencia institucional.

En definitiva, la próxima dirección general deberá combinar visión estratégica, capacidad reformadora y compromiso con la justicia social para adaptar la OIT a las realidades del siglo XXI sin renunciar a sus principios fundacionales.

Los tres candidatos prometen, cada uno a su manera, reconstruir esa credibilidad. Pero ninguno puede hacerlo solo con un buen discurso. Necesitan resolver, al mismo tiempo, dos cosas que rara vez van juntas en el corto plazo: recuperar el dinero y recuperar la confianza.

Antes de la decisión definitiva, la comunidad internacional tuvo ocasión de conocer y escuchar públicamente a las personas candidatas en un acto interactivo organizado por la OIT el pasado 23 de septiembre. Una oportunidad que permitió contrastar sus visiones sobre el futuro del trabajo y el papel que la organización deberá asumir.

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Ivan Williams Jimenez es profesor de Derecho del Trabajo y consultor e investigador independiente.

– ref. Yolanda Díaz opta a la dirección de una Organización Internacional del Trabajo en plena crisis – https://theconversation.com/yolanda-diaz-opta-a-la-direccion-de-una-organizacion-internacional-del-trabajo-en-plena-crisis-292421

¿Y si los impuestos ayudaran a atenuar la crisis de la vivienda?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Antoni Bergas Forteza, Profesor de Derecho Financiero y Tributario, Universitat de les Illes Balears

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En ciudades como Madrid, Barcelona o Palma, el precio de los inmuebles ha aumentado de forma constante durante los últimos años, alejándose progresivamente de la capacidad económica de quienes viven y trabajan en estos territorios. Esto hace que comprar una casa sea cada vez más difícil, especialmente para los jóvenes.

Ante esta situación, el debate suele centrarse en la necesidad de construir más viviendas, regular los alquileres o restringir las prácticas especulativas. Sin embargo, existe una herramienta que a menudo pasa desapercibida: la fiscalidad.

Impuestos, ¿para qué?

Los impuestos no solo sirven para recaudar dinero. También pueden utilizarse para orientar comportamientos y corregir situaciones que generan desigualdad. De hecho, la Constitución española reconoce el derecho a una vivienda digna y establece que los poderes públicos deben impedir la especulación del suelo. Aunque este derecho no puede exigirse directamente ante los tribunales, sí debería inspirar las políticas públicas, incluidas las tributarias.

La pregunta es sencilla: ¿podrían algunos impuestos ayudar a que los residentes tengan más facilidades para acceder a una vivienda y, al mismo tiempo, desincentivar determinadas operaciones especulativas?

El problema no es solo la escasez de vivienda

La actual crisis inmobiliaria es diferente a la de 2008. Entonces el problema derivaba de una burbuja asociada a un exceso de construcción y de crédito. Hoy sucede justamente lo contrario: existe una demanda creciente frente a una oferta insuficiente.

A ello se añaden que la vivienda se ha convertido en un activo de inversión muy atractivo. Además, la presencia de compradores internacionales, con un alto poder adquisitivo, ejerce una presión adicional sobre los precios.

Como resultado, quienes buscan comprar su primera vivienda compiten en el mismo mercado con inversores que persiguen rentabilidades económicas. Aunque ambos tienen derecho a participar en el mercado inmobiliario, parece razonable preguntarse si deberían recibir exactamente el mismo tratamiento fiscal.




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Una idea sencilla: premiar la residencia, no la nacionalidad

En los últimos años han surgido propuestas para limitar la compra de viviendas por parte de extranjeros o no residentes. Sin embargo, este tipo de restricciones choca con principios fundamentales de la Unión Europea, como la libre circulación de capitales.

Existe una alternativa menos controvertida jurídicamente. En lugar de distinguir entre españoles y extranjeros, podría distinguirse entre personas que tienen una vinculación efectiva con un territorio y quienes adquieren inmuebles sin haber residido previamente en él. No se trataría de prohibir ninguna compra ni de impedir inversiones, sino de dar un tratamiento fiscal más favorable a quienes acrediten una residencia efectiva prolongada.

Por ejemplo, una persona que lleva viviendo diez, quince o veinte años en una ciudad podría beneficiarse de una menor carga fiscal cuando compra su primera vivienda habitual. En cambio, quien adquiere una segunda residencia de alto valor o realiza una inversión inmobiliaria sin haber tenido una vinculación previa con el territorio, asumiría una tributación mayor.

La lógica es sencilla: favorecer el uso residencial de la vivienda frente a su utilización meramente financiera. Además, este criterio no depende de la nacionalidad. Un ciudadano alemán, francés o italiano que lleve años residiendo, por ejemplo, en Palma tendría el mismo derecho a beneficiarse de estas ventajas fiscales que cualquier ciudadano español en la misma situación.




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El impuesto que grava la compra de viviendas podría reformarse

La principal figura tributaria afectada sería el Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales (ITP), que se paga al adquirir una vivienda usada. Actualmente, la cuota se determina fundamentalmente en función del valor del inmueble. Sin embargo, podría incorporarse un segundo elemento: la residencia efectiva previa del comprador.

La idea sería combinar dos criterios:

  1. El valor de la vivienda, que seguiría reflejando la capacidad económica del contribuyente. Quien compra una vivienda de varios millones de euros posee una capacidad económica mayor que quien adquiere una vivienda modesta.

  2. La residencia efectiva, que permitiría reconocer la función social de la vivienda. A más años de residencia acreditados, menor podría ser el tipo aplicable. También se tomaría en cuenta, obviamente, el destino o uso del bien inmueble como vivienda habitual.

Nuestra propuesta, desarrollada en un estudio más amplio, plantea un sistema de este tipo. No se trata tanto de recaudar menos como de redistribuir mejor la carga tributaria. Las reducciones para quienes buscan acceder a una vivienda habitual podrían compensarse mediante una mayor tributación a las adquisiciones de elevado valor o con finalidad inversora.




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¿Y qué hacer con la especulación?

La otra cara del problema es la especulación inmobiliaria. Cuando una vivienda se compra para revenderla poco después obteniendo una ganancia rápida (flipping), la operación contribuye a incrementar los precios del mercado. Esta práctica puede resultar perfectamente legal, pero también puede generar efectos sociales negativos, especialmente en territorios donde la oferta de vivienda es limitada.

Algunos países han desarrollado mecanismos específicos para desincentivar estas operaciones. Alemania constituye uno de los ejemplos más conocidos. Allí existe una tributación específica sobre las ganancias obtenidas cuando un inmueble se vende dentro de determinados plazos. Si la vivienda ha constituido la residencia habitual del propietario, la tributación puede quedar excluida. La lógica subyacente es diferenciar entre quien utiliza la vivienda para vivir y quien la utiliza para especular.

En España existe el Impuesto sobre el Incremento de Valor de los Terrenos de Naturaleza Urbana, popularmente conocido como “plusvalía municipal”, un tributo local que grava el aumento de valor del suelo urbano desde su compra hasta su transmisión (por venta, herencia o donación). Sin embargo, este impuesto ha sido objeto de numerosas controversias jurídicas y ha llegado a ser declarado inconstitucional en los tribunales.

Una posible reforma consistiría en transformarlo en un impuesto contra la especulación inmobiliaria: en lugar de gravar de forma genérica las transmisiones, podría concentrarse en aquellas operaciones que generen elevadas plusvalías en periodos cortos de tiempo y que evidencien un propósito principalmente especulativo.

La vivienda no puede ser solo un activo financiero

El aumento de la oferta, la planificación urbana, la promoción de vivienda pública y la colaboración entre las administraciones y el sector privado son imprescindibles para paliar la crisis de la vivienda. Pero no hay que ignorar que los impuestos pueden influir en el mercado inmobiliario.

Cuando una vivienda deja de ser accesible para las familias y pasa a comportarse exclusivamente como un activo financiero, la neutralidad puede resultar insuficiente. Precisamente por eso la fiscalidad puede desempeñar un papel importante: ayudar a quienes necesitan una vivienda y no buscan simplemente invertir en ella.

La cuestión no es elegir entre políticas fiscales o políticas de vivienda, sino comprender que si ambas actúan de manera complementaria, pueden contribuir a que el mercado inmobiliario responda mejor a su función social de proveer de un techo a las familias.

The Conversation

Antoni Bergas Forteza no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Y si los impuestos ayudaran a atenuar la crisis de la vivienda? – https://theconversation.com/y-si-los-impuestos-ayudaran-a-atenuar-la-crisis-de-la-vivienda-293140

Dislexia: lo que de verdad funciona

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Miguel López Zamora, Profesor de Psicología Evolutiva y de la Educación, Universidad de Málaga

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Enseñar a leer a un niño con dislexia no requiere una técnica nueva. Requiere enseñarle de forma explícita qué sonido tiene cada letra, empezar pronto y dedicarle muchas horas. Así lo indica el análisis conjunto de 40 años de estudios con más de 6 000 escolares: sus resultados coinciden en muchas investigaciones distintas, no en una sola.

La dislexia es una dificultad para reconocer palabras escritas con rapidez y precisión. Tiene origen en el cerebro y un fuerte componente hereditario. No depende de la inteligencia ni del esfuerzo, y dura toda la vida.

En español, las letras suenan casi siempre igual. Por eso los niños con dislexia dejan pronto de fallar al leer, pero siguen leyendo muy despacio: en estos casos, la velocidad es la gran diana del tratamiento.

Qué enseñar

La mejor noticia que se desprende de estas conclusiones es que la intervención en la dislexia no requiere una técnica revolucionaria, sino algo que siempre ha funcionado y se puede seguir haciendo. Lo que más influye no es el nombre del programa, ni que sea multisensorial, neuroeducativo o gamificado. Es la dosis: a más horas de clase, más avance.

Y el formato también cuenta. Las sesiones rinden más una a una o en grupos muy pequeños, con un plan ordenado y sostenido en el tiempo.

En escritura ocurre algo parecido: enseñar la correspondencia entre sonidos y letras y las reglas de ortografía da buenos resultados. También funciona trabajar las piezas con las que se forman las palabras: raíces, prefijos y sufijos. Memorizar palabras sueltas, en cambio, apenas ayuda.




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Cómo enseñar

Hay dos maneras de enseñar a leer. Mientras que los métodos globales parten de palabras con significado y esperan que el niño descubra solo cómo funcionan las letras, los métodos fonéticos hacen lo contrario: enseñan qué sonido corresponde a cada letra, una a una. Es lo que los especialistas llaman decodificación, es decir, asociar cada grafema con su fonema, y constituye la base para unir letras y formar palabras. El enfoque fonético resulta especialmente natural en lenguas transparentes como el español, donde cada letra suena casi siempre igual.

Ante estos dos métodos, la evidencia es contundente. En 2000, el National Reading Panel de Estados Unidos, un comité de expertos encargado por el Congreso, publicó la mayor revisión realizada hasta entonces sobre cómo enseñar a leer en inglés, que se ha convertido en la gran referencia sobre este tema. Su análisis de la enseñanza fonética concluyó que el método fonético supera con diferencia a los métodos globales y a los que no enseñan los sonidos de forma sistemática.

Además, el informe advierte de los peligros del método global, que ha tenido gran peso en las escuelas estadounidenses. Como los niños empiezan trabajando con palabras y no con sonidos, este método puede esconder los fallos y problemas del niño con dislexia, retrasar su diagnóstico y hacer perder un tiempo indispensable en su intervención. Por otra parte, la decodificación debe enseñarse de forma explícita dentro de un programa que trabaje también el vocabulario para maximizar sus resultados.




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Cuándo empezar

Cuanto antes, mejor: la enseñanza explícita de la decodificación funciona más al iniciarse el aprendizaje de la lectura, y la intervención en la dislexia debe comenzar en cuanto se detectan las dificultades.

No se trata de adelantar la edad a la que se empieza a leer, sino de no retrasar esta enseñanza. El análisis del panel estadounidense muestra que la enseñanza fonética es casi el doble de eficaz en los primeros cursos que más tarde. Aun así, no hay garantías para todos.

Cuando hace falta más apoyo

Incluso con los mejores métodos y técnicas, entre un 2 % y un 6 % de los niños sigue sin leer con soltura. Para ellos se ha desarrollado el modelo de respuesta a la intervención (RTI). Su idea central es no esperar a que el niño acumule años de fracaso para reconocer que tiene un problema. En lugar de eso, se comprueba desde el principio cómo responde a una buena enseñanza.

Para ello, se evalúa a toda la clase, se refuerza en grupo pequeño a quien lo necesita y se intensifica la ayuda si no avanza. Así, la decisión de dar más apoyo llega a tiempo y se basa en cómo aprende el niño, no en cuánto ha fallado.

Conviene señalar que estos alumnos mejoran, pero rara vez alcanzan a sus compañeros. Y aunque cuanto antes es mejor, no es tarde si se diagnostica en secundaria: los adolescentes también mejoran, sobre todo con vocabulario y comprensión.




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Pantallas

La tecnología se empieza a usar para la intervención en lectoescritura, pero su aplicación es desigual. Por ejemplo, las aplicaciones de lectura están ahora mismo de moda, pero dan resultados modestos.

Además, hay que tener en cuenta que lo que se lee en pantalla no se entiende igual de bien que lo que se lee en papel, como demostró un estudio con 170 000 participantes.

Con juegos y programas de intervención como GraphoGame y con los libros infantiles digitales sucede lo mismo: las pantallas solo ayudan cuando hay un adulto al lado. Y como dato curioso, los videojuegos de acción parecen ayudar a los niños con dislexia entrenando su memoria y atención, aunque falta investigar más.

En resumen, la tecnología ayuda, pero no sustituye al maestro, al logopeda ni al libro de papel.

Mitos

La dislexia no es un problema de la vista. Un estudio con casi 6 000 niños no halló relación entre los defectos oculares y la dificultad para leer. Tampoco funcionan las gafas ni las láminas de colores, como las del método Irlen, ni las tipografías para disléxicos. Lo que sí ayuda algo es separar más las letras, aunque no es un tratamiento.

En clase circulan otras ideas sin respaldo. Adaptar la enseñanza al estilo visual, auditivo o manual de cada alumno no tiene apoyo experimental. Y dejar que el niño trabaje por su cuenta fomentando su autonomía funciona peor con quien aún está aprendiendo, que es justo el caso de un niño o niña con dislexia. Nada de esto se acerca a la eficacia de enseñar la decodificación de forma explícita.

El mensaje para familias y maestros es sencillo: detectar pronto, enseñar de forma explícita e intensa y trabajar en grupos pequeños.

Y cuidar dos cosas más: la velocidad lectora y las ganas de leer. La tecnología, como complemento y con un adulto cerca. Lo nuevo suena bien, pero lo que más ayuda a leer sigue siendo leer, con buena guía y durante el tiempo necesario.

The Conversation

Miguel López Zamora no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Dislexia: lo que de verdad funciona – https://theconversation.com/dislexia-lo-que-de-verdad-funciona-283601