Ce que les critiques numériques de Marc Levy disent de notre rapport ambivalent aux best-sellers

Source: The Conversation – in French – By Juliette Parmentier, Doctorante en communication & en interaction humain-machine sur l’influence du numérique sur les pratiques culturelles, Université Libre de Bruxelles (ULB); Université de Namur

Marc Levy en tête de gondole, dans un supermarché d’Angoulême, en Charente, en septembre 2026. Auchan Hypermarché Angoulême/Page Facebook

L’ESSENTIEL

  • Sur les plateformes littéraires en ligne, la parole est aux lectrices et lecteurs « ordinaires », loin des mondanités du monde de l’édition.

  • Marc Levy, fort de 27 romans traduits en 50 langues, ayant vendu à ce jour plus de 50 millions de livres, fait naturellement partie des auteurs critiqués sur ces plateformes.

  • L’analyse de ces critiques révèle une réception mitigée des romans de Marc Levy, qui montre à quel point la lecture est une pratique socialement située.


En 2023, le Figaro provoquait un tollé en publiant un article sobrement intitulé « Marc Levy contre Guillaume Musso : qui est le plus nul ? ». Notant le dernier ouvrage de Marc Levy 2 sur 20 pour son « rapport qualité-prix » et 25 sur 20 pour sa « niaiserie », le journal achevait ainsi d’entériner le conflit l’opposant aux critiques littéraires traditionnels, qui avait conduit Levy à fustiger dès 2019 « [l]e ghetto culturel germano-pratin » ayant « décrété que la chose la plus suspecte, en littérature, c’est la quantité de livres vendus ». Il ajoutait :

« On n’est pas loin de ces critiques de musique classique du début du XXᵉ siècle qui estimaient que le jazz n’était pas de la musique parce que populaire », concluant que « [l]a seule vérité est chez le lecteur. Le reste n’a pas d’importance ».

Redonner la parole aux lecteurs ordinaires, c’est justement la promesse des plateformes littéraires numériques. Sur Babelio, Goodreads, Livraddict, SensCritique et l’ensemble des plateformes culturelles qui ont fleuri sur Internet ces quinze dernières années, chaque utilisateur est en effet invité à commenter librement – et publiquement – ses lectures.

De quoi produire chaque année quelques millions de critiques – dont plusieurs milliers sur les livres de Marc Levy. En 2025, la principale plateforme littéraire francophone, Babelio, revendiquait plus de 2 millions d’utilisateurs, quand Goodreads, son principal concurrent anglophone racheté par Amazon en 2013, en comptait environ 150 millions.

Une micro-analyse de ces critiques permet ainsi de décortiquer ce qui se joue lorsqu’un lecteur (francophone) parle d’un ouvrage de Marc Levy.

Marc Levy, toujours dédaigné en ligne ?

Il n’est aucun article écrit sur Marc Levy qui ne rappelle les chiffres vertigineux entourant sa production littéraire : « Écrivain français le plus lu au monde », avec « plus de 50 millions de livres » vendus, 27 romans, « traduits en 50 langues ».

S’il a ces dernières années été détrôné en tête des ventes françaises par Guillaume Musso, Virginie Grimaldi, Joël Dicker ou Mélissa Da Costa (pour les francophones), il reste tout de même pour beaucoup le symbole des « romans de gare » – populaires au double sens du terme : des livres très vendus et associés à un lectorat moins doté en capitaux économiques et culturels.

Pour Marc Levy, cette réputation est à l’origine du dédain des critiques littéraires traditionnels. Son premier livre, Et si c’était vrai…, totalise par exemple plus de 1,5 million de ventes pour ses diverses rééditions depuis sa première parution en 2001, mais n’a que très rarement été mentionné dans les médias (journaux, télévision, radio).

Selon Électre, une base de données destinée aux professionnels du livre, le roman a d’ailleurs surtout été évoqué dans des médias régionaux (Ouest-France, le Parisien) et jamais dans des émissions ou des magazines nationaux, comme la Grande Librairie ou le Monde des livres. Cet écart entre succès commercial et mauvaise réception critique correspond bien à la « loi d’airain » qui « s’exerce en vérité en France, selon laquelle la rareté des lecteurs (…) est un signe de distinction, alors que la littérature populaire ne peut être goûtée d’un large public qu’en raison de sa médiocrité. »

Ce « snobisme » des critiques littéraires contribue assurément à nourrir la « méfiance envers (…) la parole consensuelle des grands titres de médias » dont parlait Aneta Bassa dans sa thèse, et qui « pousse le lecteur à se mettre à l’écoute d’autres lecteurs qui partagent la même expérience », dont la parole est jugée plus fiable.

Marc Levy, dédaigné par les médias traditionnels, reçoit-il un accueil plus chaleureux en ligne ? Oui, incontestablement – ce qui, au vu de l’article du Figaro, reste un moindre exploit.

Sur les plateformes, ses ouvrages recueillent de nombreuses critiques très positives ; Et si c’était vrai… figure parmi les 150 livres les plus commentés de SensCritique. Cependant, les plateformes n’échappent pas à cette loi implacable. Sur le même site, par exemple, la tendance générale est claire : plus un livre est populaire et mis en avant, plus sa note moyenne diminue. Et si c’était vrai… n’obtient donc qu’un timide 4,4 sur 10 de moyenne, le plaçant cette fois environ en 30 000ᵉ position des livres les mieux notés de la plateforme.

« Alors oui, c’est du Marc Levy, mais… »

La réception mitigée des best-sellers se retrouve dans la façon même dont sont rédigées les critiques. Les lecteurs, même lorsqu’ils apprécient les romans de Marc Levy, semblent avoir intégré le jugement normatif porté sur son œuvre.

Leurs avis mettent ainsi en scène une forme de recul réflexif, comme pour se justifier d’avoir apprécié cet auteur dont la critique traditionnelle réprouve les écrits, parlant régulièrement de leur affection sur le mode de l’aveu :

« J’ai aimé ce livre. Et ouais, je l’assume (à moitié en fait, parce que j’aurais mis une note plus haute si personne [ne] pouvait la voir) »

– Critique de « Sept jours pour une éternité… » sur SensCritique.

Un certain nombre de critiques positives sont ainsi rédigées en suivant le modèle « C’est du Levy, oui mais… » :

« Alors ouais, c’est du Marc Lévy. (…) Ouais, c’est convenu et prévisible. Mais, c’est bien. »

– Critique de « Sept jours pour une éternité… » sur SensCritique.

Globalement, le nom de Marc Levy est employé par ses fidèles comme par ses détracteurs comme le serait le nom d’une marque. Le label « Marc Levy » est supposé renvoyer à des propriétés implicitement connues de tous : des histoires et un style simples, faciles à suivre et centrés sur les émotions des personnages.

Les romans critiqués sont ainsi fréquemment remis en perspective de la bibliographie complète de l’auteur comme un produit dans une gamme : « Je suis déçue de ce Marc Levy », « Du bon Marc Levy comme on l’aime », « Pas vraiment convaincue par mon premier Marc Levy » (critiques de La prochaine fois sur Livraddict).

Des commentaires virulents

Marc Levy est donc précédé par sa réputation, et nombreux sont les lecteurs évoquant « la honte, celle d’être surpris en pareille compagnie, car un livre de Levy, ça se dissimule comme un ami qui fait tache » (critique de Et si c’était vrai… sur Babelio).

Souvent, les lecteurs n’ayant pas apprécié le roman semblent ainsi ressentir le besoin de se dédouaner de leur lecture en présentant des circonstances atténuantes : c’était leur premier Marc Levy, l’auteur n’avait pas encore sa réputation actuelle, ils n’ont pas acheté le livre, ils n’avaient plus que ça à lire…

« J’ai lu un Marc Levy. Un seul, celui-ci. Il traînait sur la table basse de l’endroit où je passais mes vacances, c’était à l’époque où le monde découvrait l’écrivain. »

– Critique de Et si c’était vrai… sur SensCritique.

Les commentaires virulents sont monnaie courante sur les plateformes littéraires. L’écrivain Aurélien Bellanger déclarait, par exemple, lors d’une interview :

« Ce que je redoute le plus au monde, c’est les critiques sur Babelio. »

Il semble cependant clair que peu de livres recueillent des avis aussi véhéments que ceux de Marc Levy. C’est un classique bourdieusien : la mise en scène de ses goûts culturels passe avant tout par l’expression de ses dégoûts – par l’humour (« Excellent pour tous les problèmes de tables bancales ou pour faire cale-pied du camping-car en vacances », critique de Et si c’était vrai… sur SensCritique), par le mépris (« L’amour présenté ne vous fera rêver que si vous avez un QI de poireau », critique de Et si c’était vrai… sur SensCritique) ou plus directement encore (« Une daube. Une insulte à la littérature », critique de Sept jours pour une éternité… sur Babelio).

Certains lecteurs jouent même de sa réputation au deuxième degré en « défiant le conformisme de l’anticonformisme » :

« Parce que ne pas aimer Marc Levy, c’est devenu mainstream ! »
– Critique de « Sept jours pour une éternité… » sur SensCritique.

Ces exemples montrent bien la dimension narrative de la critique sur la plateforme. La lecture, rappelle Cécile Barth-Rabot, est « une pratique particulièrement classante » : s’afficher comme lecteur dans une société où la lecture est sans cesse présentée comme « en crise » est une posture sociale.

Parler de Marc Levy, c’est ainsi dire beaucoup de soi, et de l’image de lecteur que l’on aimerait se construire – « lettré branché » ou lecteur « cool », détaché des hiérarchies littéraires traditionnelles. D’ailleurs, les sociologues spécialistes des pratiques littéraires le savent bien : les discours des lecteurs sont à prendre avec des pincettes parce ce qu’ils « reflètent plutôt les représentations de la lecture des personnes interrogées que leur pratique réelle ».

La dimension sociale du best-seller

Cet exemple constitue donc une énième preuve, s’il en fallait encore, que nos goûts culturels ne se constituent pas en dehors du discours ambiant. Comme l’écrit Vincent Descombes :

« Ne croyons pas qu’une œuvre fasse autorité parce qu’elle aurait été lue, étudiée et finalement jugée convaincante. C’est le contraire : on lit parce qu’on est déjà convaincu. Les œuvres sont précédées d’une rumeur. »

Il est d’ailleurs intéressant de constater que les critiques des ouvrages de Marc Levy sur Goodreads – plateforme anglophone comprenant aussi des ouvrages en français – sont nettement moins virulentes que celles publiées sur les plateformes françaises.

Le cas de Marc Levy est en ce sens symptomatique de la dimension sociale des best-sellers mise en avant par Matthieu Letourneux :

« Le best-seller, on le commente, se le prête ou se l’offre, on énonce des jugements sur ses lecteurs, etc. Il est un objet chargé de signification sociale et en tire une part importante de son attrait, puisque le lire (ou refuser de le lire), c’est entrer dans le jeu collectif. »

En d’autres termes, et toujours sous la plume de Bourdieu :

« C’est déjà exister dans un champ que d’y produire des effets, fût-ce de simples réactions de résistance ou d’exclusion. »

Les acteurs légitimes du champ littéraire consacrent donc souvent ceux qu’ils cherchent à exclure – ce qui, pour un auteur aussi souvent taxé de mercantilisme que Marc Levy, ne constitue sans doute pas une mauvaise publicité.

The Conversation

Juliette Parmentier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ce que les critiques numériques de Marc Levy disent de notre rapport ambivalent aux best-sellers – https://theconversation.com/ce-que-les-critiques-numeriques-de-marc-levy-disent-de-notre-rapport-ambivalent-aux-best-sellers-292690

Trois idées reçues sur l’adaptation au changement climatique

Source: The Conversation – France (in French) – By Christophe Buffet, et chercheur en adaptation à l’AFD et professeur affilié à la Paris Climate School de Sciences Po, Agence Française de Développement (AFD)

Des cultures irriguées devant des feux de forêts, en Utah, aux États-Unis. Mike Newbry/Unsplash, CC BY

L’ESSENTIEL

  • En parallèle de l’atténuation des gaz à effet de serre, l’adaptation au changement climatique devient plus urgente que jamais.

  • Cette notion reste cependant mal comprise. On peut, par exemple, penser qu’elle n’est qu’un enjeu local ou bien qu’il faut attendre des données plus robustes pour l’implémenter.

  • Christophe Buffet, chercheur en adaptation à l’Agence française de développement et professeur affilié à la Paris Climate School de Sciences Po, nous propose un tour d’horizon des idées reçues auxquelles il est régulièrement confronté.


Partout sur la planète, les effets du changement climatique deviennent de plus en plus inquiétants : canicules et incendies en Europe cet été, glissement de terrain suivi d’une inondation dramatique au Népal, ou encore sécheresses en Amérique du Sud, en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est du fait d’un phénomène El Niño particulièrement intense.

Face à ces réalités, l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre reste primordiale mais l’adaptation n’en reste pas moins impérative, afin d’« éviter l’ingérable, mais aussi de gérer l’inévitable » pour reprendre une expression du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Cependant, l’adaptation demeure parfois mal comprise. Voici quelques idées reçues qu’il serait temps de remettre en question.

L’adaptation, c’est pour les pays pauvres

Les records de températures que l’on constate été après été le montrent bien, le changement climatique n’est plus un horizon lointain, mais une réalité concrète, et l’Europe est même une des régions du monde où le climat change le plus vite. Des chercheurs tels que le géographe Alexandre Magnan avaient beau avoir souligné, dès 2013, que tous les pays étaient bel et bien concernés, il a longtemps subsisté l’idée que l’adaptation était un enjeu principalement pour les pays les plus pauvres et que les pays développés ne devaient qu’atténuer les émissions.

Une autre idée fausse a également pu circuler : l’adaptation ne serait qu’un aveu de défaite par avance, voire un risque de distraction par rapport à l’essentiel, la transition énergétique.

Depuis lors, nombre de pays vulnérables ont développé des expertises et expériences qui peuvent éclairer les enjeux d’adaptation en France et en Europe. Parmi les exemples pourraient figurer le système de suivi, d’évaluation et d’apprentissage de l’adaptation du Sénégal ou les stratégies de réutilisation des eaux usées dans de nombreux pays du bassin méditerranéen, qui semblent à bien des égards plus avancées que ce que l’on connaît en France.

Ces deux exemples, parmi bien d’autres, sont soutenus par le programme AdaptAction de l’Agence française de développement (AFD). Malheureusement, l’aide publique au développement (APD) se retrouve aujourd’hui largement amputée au moment même où ces potentiels échanges de savoirs et d’expérience « des Suds vers le Nord » deviennent plus cruciaux.

Il faut de meilleures données pour de meilleures décisions

Les données scientifiques sur les évolutions du climat et les impacts sur les territoires et l’économie restent des socles incontournables. Néanmoins, malgré des travaux déjà bien établis, on continue souvent de nourrir l’idée qu’il faudrait systématiquement de nouvelles données pour de meilleures décisions.

En réalité, ce qui freine aujourd’hui l’adaptation relève sans doute moins d’un déficit de données que d’un déficit de gouvernance : comment imaginer des solutions robustes à long terme, au-delà de la gestion immédiate des urgences ? La question ne se tranche pas simplement avec des projections d’impacts, mais avec de nouvelles méthodologies issues des sciences humaines et sociales. Celles-ci permettent de construire collectivement des solutions et de réduire les risques de voir une partie de la population s’adapter en laissant de côté les plus vulnérables, voire, dans les cas les plus manifestes de maladaptation, que certains s’adaptent au détriment d’autres groupes, en redistribuant les risques plutôt qu’en les diminuant.

Tout comme pour la transition énergétique – voire encore plus ? – l’adaptation devrait ainsi constituer un nouveau contrat social à établir dans un contexte inédit de dégradation de l’habitabilité des territoires. Il reste également à mieux mesurer les progrès réalisés (ou non). Là encore, les sciences humaines et sociales, en l’occurrence la géographie humaine mobilisée par Alexandre Magnan et Virginie Duvat, proposent des méthodologies qualitatives qui complètent les indicateurs quantitatifs actuellement en débat dans les COP.

L’adaptation est locale

C’est vrai : l’adaptation est contextuelle. Elle est ancrée dans des spécificités biophysiques mais aussi socio-économique et politique de chaque territoire. Ainsi, une solution à un endroit peut se révéler inadéquate ailleurs.

D’où l’importance d’initiatives telles que le Global Adaptation Mapping Initiative (GAMI) qui a mis en commun les bibliographies de centaines de chercheurs pour mieux documenter, de manière collaborative, ce qui fonctionne, où et pourquoi ; avec désormais de nouvelles perspectives offertes par l’intelligence artificielle pour mettre en lien des dizaines de milliers de cas d’étude de langues différentes.

Néanmoins, la recherche montre de manière croissante que l’adaptation devrait aller bien au-delà des contextes locaux, en prenant plus en compte la complexité des connexions entre territoires.

De fait les risques ne connaissent pas de frontières : les dramatiques inondations qui ont affecté le Népal sont survenues à la suite de l’effondrement d’une masse considérable de roches et de glace au Tibet. Parmi les multiples leçons apprises figurent la nécessité d’un protocole d’alerte entre la Chine et le Népal.

On voit également de plus en plus de risques importés depuis des territoires lointains : la sécurité alimentaire du Sénégal, par exemple, est en partie liée à la résilience des riziculteurs d’Asie du Sud et du Sud-Est. Les effets du changement climatique se propagent ainsi d’un pays à l’autre et génèrent des risques en cascade pour les sociétés, les économies et les écosystèmes. Aussi, les stratégies nationales et les projets d’adaptation devraient désormais intégrer pleinement ces risques climatiques transfrontaliers.

Les moyens à mobiliser pour être à la hauteur de ces chantiers, que ce soit au niveau international ou en France, sont considérables. Mais ils ne sont pas que financiers : on constate partout que ce sont des ressources humaines adéquates qui font la différence. En ce sens, les initiatives existantes, depuis l’Office for Climate Education jusqu’au Least Developed Countries (LDC) Universities Consortium on Climate Change (LUCCC), en passant par la Paris Climate School lancée en septembre par Laurence Tubiana à Sciences Po, figurent parmi les plus importants catalyseurs de transformation.

Ici et là-bas, il ne s’agit pas moins que de former les futurs auteurs du Giec, mais aussi les citoyens, décideurs et entrepreneurs de l’adaptation aux climats d’aujourd’hui et de demain.


Ces idées, et bien d’autres, seront discutées et développées dans la conférence « Comment – et jusqu’où – pouvons-nous nous adapter ? » que l’AFD organise les 6 et 7 octobre à Paris et en ligne, avec plus de 15 auteurs du Giec ainsi que des décideurs et des praticiens inspirants du monde entier.

The Conversation

Christophe Buffet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Trois idées reçues sur l’adaptation au changement climatique – https://theconversation.com/trois-idees-recues-sur-ladaptation-au-changement-climatique-293481

Comment des crottes de brebis ou du crottin de chevaux sauvages peuvent modifier un paysage

Source: The Conversation – France (in French) – By Tatin Laurent, Docteur en écologie, biologiste de la conservation de la nature, chercheur associé IMBE/Université Avignon, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale

Un bousier *Geotrupes ssp.*, un cheval de Przewalski, un panorama du Causse Méjean. Clémentine Mutillod/Claudia Feh/Juan Sanchez, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • En Europe, les troupeaux d’élevage ont en grande partie remplacé les herbivores sauvages. Ce changement impacte l’ensemble des écosystèmes pâturés.

  • Pour le mesurer, une étude a comparé le devenir des déjections de brebis, de chevaux domestiques et de chevaux sauvages sur un même territoire en Lozère.

  • Des insectes bousiers interagissaient avec toutes ces déjections différentes, mais pas de la même façon ni avec les mêmes conséquences pour les écosystèmes.


Un changement majeur s’est opéré depuis la sédentarisation de l’humain : les paysages européens autrefois pâturés par des ongulés sauvages (aurochs, bison, cheval, élan, etc.) abritent désormais majoritairement des herbivores domestiques voués à l’alimentation humaine. Le fait de soumettre ces herbivores à un contrôle de la reproduction, de l’alimentation et des aspects sanitaires, a modifié de manière fondamentale le fonctionnement d’écosystèmes jadis pâturés par des herbivores libres d’exprimer tous leurs comportements. Cette modification est notable même lorsqu’on fait pâturer des élevages sur de vastes espaces et selon les règles du pastoralisme.

Mais que se passe-t-il alors lorsque les herbivores sont gérés à nouveau plus librement ? Ou lorsqu’on réintroduit des ongulés sauvages ?

Les steppes du Causse Méjean

En France, un endroit est particulièrement propice pour répondre à ces questions. Il s’agit du Causse Méjean, en Lozère, où depuis trente ans, vit une population de chevaux de Przewalski gérée par l’association Takh.

Également appelés takhi, ces chevaux vivaient à l’état sauvage en Asie centrale depuis au moins cinq mille ans avant d’être exclusivement maintenus en parc zoologique entre 1969 et 1992. Mais depuis 1993, 11 individus ont été introduits à des fins de préservation de l’espèce et de l’écosystème steppique de cette partie du parc national des Cévennes, où leurs descendants vivent aujourd’hui de façon autonome. Non loin d’eux, sur le même plateau calcaire qui culmine à 1 250 mètres, pâturent également des brebis depuis plus de mille ans et des chevaux domestiques y sont aussi élevés de manière extensive depuis une vingtaine d’années pour les courses d’endurance.

Cette situation permet donc de comparer aujourd’hui sur un même territoire, l’impact de ces différents groupes d’herbivores sur la biodiversité du Causse Méjean.

Regarder du côté des bousiers

C’est précisément ce que nous avons voulu faire, en nous intéressant notamment aux bousiers, des insectes coléoptères dits « coprophages » qui se nourrissent des déjections d’herbivores. Certains bousiers pondent leurs œufs à l’intérieur même des déjections, ou juste à côté. D’autres vont déplacer des morceaux de matière fécale et les enterrer plus loin pour que la femelle puisse pondre dedans.

Par leur activité, ces petits animaux jouent ainsi un rôle essentiel dans les écosystèmes pâturés en permettant le recyclage des matières fécales, en enrichissant le sol des nutriments qu’elles contiennent, rendus ainsi plus disponibles pour les plantes.

Originellement associés aux ongulés sauvages, les bousiers ont largement bénéficié, depuis la domestication, des ressources fécales distribuées par les races domestiques dans la plupart des paysages européens.

Des indicateurs biologiques pertinents

Toutefois, ces insectes sont sensibles à la variabilité des pratiques d’élevage. La temporalité et la pression du pâturage, la nature des espèces d’ongulés présentes et leur alimentation, sont autant de facteurs qui peuvent agir sur la diversité et l’abondance locale des bousiers, ces paramètres modulant à leur tour leurs rôles dans l’écosystème.

Par conséquent, ils constituent des indicateurs biologiques pertinents pour évaluer les effets des grands herbivores sur le fonctionnement des écosystèmes et pour mesurer les impacts des modes de gestion de ces animaux.

L’objectif de notre recherche était donc d’estimer les influences des différents modes de pâturage sur la composition des communautés de bousiers mais aussi sur leurs rôles, et en particulier sur la dégradation des déjections.

La composition des déjections

Pour cela, nous avons, dans un premier temps, analysé la composition physique et chimique des déjections de brebis, de chevaux domestiques et de takhi qui ont révélé des différences pouvant potentiellement influencer leur utilisation par les bousiers.

Les excréments de brebis sont ainsi moins humides et contiennent moins de fibres végétales non digérées, mais ils sont plus riches en azote. C’est en effet une spécificité des ruminants que de pouvoir extraire davantage de nutriments des plantes consommées grâce à leur double digestion.

Les crottins des chevaux domestiques présentent des caractéristiques opposées avec une fraction plus importante de fibres végétales non digérées. Étonnamment, c’est entre ces deux extrêmes que se placent les crottins des takhi. Si la différence entre ruminant (brebis dans notre cas) et monogastrique (chevaux dans notre cas) est bien connue, celle mesurée entre les deux types d’équidés n’était pas vraiment attendue.

La plus grande autonomie laissée aux takhi, qui ne bénéficie ni d’apport de nourriture ni de prophylaxie, pourrait bien expliquer ce résultat original. Le microbiome de ces chevaux est en effet plus diversifié que celui de leurs homologues domestiques, qui eux reçoivent apports de nourriture et soins antiparasitaires.

Or les bousiers sont sensibles à ces paramètres : alors qu’ils extraient principalement la fraction liquide des déjections, rejetant les parties fibreuses, ils vont tirer parti des nutriments, et en particulier de l’azote. De prime abord, on peut donc penser que, pour ces coléoptères, les excréments des chevaux domestiques devraient être de moindre qualité nutritive comparativement aux autres.

Quelles différences dans les espèces de bousiers présentes ?

Que peut-on maintenant constater lorsqu’on regarde les espèces de bousiers présentes ?

Malgré de légères différences, les communautés de bousiers dans les trois régimes de pâturage étudiés sont globalement constituées des mêmes espèces, même si le nombre d’espèces présentes était sensiblement moindre dans les parcours à brebis, dont les déjections semblaient pourtant plus nourrissantes. De plus, les effectifs de certaines espèces de bousiers différaient entre les modalités de pâturage, reflétant des exigences écologiques divergentes.

Comment expliquer tout cela ? En regardant d’abord la répartition des déjections dans l’espace. Les coléoptères coprophages prospectent activement leur environnement à la recherche de ressources dont la distribution est peu prédictible et la disponibilité fugace. Ainsi, la dispersion des déjections peut localement favoriser certaines espèces au détriment d’autres. Les brebis, qui défèquent volontiers après une phase de repos (après la nuit, mais aussi à la mi-journée pour ruminer), concentrent la ressource quand les chevaux, eux, défèquent tout au long de la journée. Ces derniers répartissent donc leurs crottins de manière beaucoup plus uniforme dans l’espace comme dans le temps.

Chez les takhi, qui sont socialement structurés en groupes familiaux (un étalon et de 1 à 10 juments) et en groupes d’étalons célibataires, les déjections sont aussi des « supports de communication » : les étalons déposent leurs crottins sur ceux de leurs juments ou lors de rencontres avec d’autres mâles, produisant ainsi des piles de crottins qui peuvent atteindre un mètre de diamètre. Ce comportement n’est pas observé chez les chevaux domestiques, car étalons et juments sont séparés et ne se rencontrent que lors de saillies organisées.

Ces différences affectent-elles l’utilisation des déjections par les coléoptères coprophages ?

L’impact de la dégradation des déjections

Étonnamment, nous avons observé qu’un plus grand nombre de bousiers présents dans un pâturage donné n’était pas nécessairement corrélé avec une dégradation plus rapide des déjections. Concrètement, alors que l’abondance de ces insectes était plus élevée là où pâturaient les chevaux domestiques, le niveau de dégradation de leurs crottins était pourtant bien plus faible que celui des crottes de brebis (à masses égales).

Il se pourrait bien que les crottes de brebis, plus facilement assimilables que les crottins de chevaux (pour lesquels une partie plus importante d’éléments grossiers reste au sol), soient davantage visitées par des espèces connues pour exporter rapidement les matières fécales. À l’inverse, les espèces de bousiers qui pondent directement à l’intérieur ou à l’aplomb des déjections ont été observées en plus grands effectifs chez les takhi où les piles de crottins sont plus fréquentes que chez les chevaux domestiques. La dégradation de la matière fécale des takhi est donc sensiblement différente de celle des brebis qui est davantage visitée par les espèces de bousiers prélevant des fragments de déjection sous forme de pilules pour les enterrer un peu plus loin, assurant alors un recyclage plus dispersé dans l’espace.

Au regard de ces résultats, nous pouvons tirer comme conclusion que le type d’herbivores au pâturage n’a pas un impact drastique sur la composition du cortège global d’espèces de bousiers : nous constatons une certaine plasticité vis-à-vis des déjections étudiées. En revanche, des différences dans le mode de gestion de ces herbivores et dans la nature des déjections qu’ils produisent peuvent moduler l’abondance des différentes espèces, avec un impact bien visible sur le recyclage de la matière organique.

Dans notre cas, ce n’est donc pas tant le nombre d’espèces que des variations sensibles dans les effectifs de certaines d’entre elles qui ont un impact sur le fonctionnement de l’écosystème. En termes de conservation ou de restauration des espaces naturels, il demeure ainsi important d’anticiper l’impact potentiel de l’arrivée d’ongulés sur des guildes animales et végétales impliquées dans des fonctions écologiques existantes des écosystèmes pâturés.

Plutôt que de promouvoir un seul type de pâturage ou bien seulement l’introduction d’un ongulé sauvage pour tenter de ré-ensauvager une zone et retrouver ainsi des écosystèmes anciens, il conviendrait plutôt d’encourager la cohabitation de différents ongulés et de différents modes de gestion de ces herbivores dans des paysages en parti réensauvagés. Cette diversité permet également le maintien d’une production alimentaire et une activité économique locale.


Les auteurs tiennent à adresser plusieurs remerciements. Les accès aux sites abritant les trois herbivores étudiés ont été possibles et facilités par l’association Takh pour le cheval de Przewalski, Gaëtan Lamorinière pour les chevaux d’endurance de la Fichade (à Vébron en Lozère) et Benjamin Lamorinière pour les brebis de la Fajole (à Vébron en Lozère) ainsi que le Parc national des Cévennes.

The Conversation

Tatin Laurent est membre de l’UICN et a reçu des financements du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Espace sous la forme d’un contrat doctoral pour une étudiante de l’Ecole doctorale 536 Sciences et Agrosciences de l’Université d’Avignon.

Clémentine Mutillod a reçu des financements du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Espace sous la forme d’un contrat doctoral de l’Ecole doctorale 536 Sciences et Agrosciences de l’Université d’Avignon.

Elise Buisson a reçu des financements du Ministère de l’Enseignement Supérieure, de la Recherche et de l’Espace, sous la forme d’un contrat doctoral pour un étudiant, de Ecole Doctorale 536 Sciences et Agrosciences d’Avignon Université.

Thierry Dutoit a reçu des financements du Ministère de l’Enseignement Supérieure, de la Recherche et de l’Espace, contrat doctoral de Ecole Doctorale Sciences et Agrosciences de l’université d’Avignon.

Pierre Jay-Robert et William Perrin ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Comment des crottes de brebis ou du crottin de chevaux sauvages peuvent modifier un paysage – https://theconversation.com/comment-des-crottes-de-brebis-ou-du-crottin-de-chevaux-sauvages-peuvent-modifier-un-paysage-290388

Protection de l’enfance : quels modèles d’alimentation ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Emilie Potin, Professeure de sociologie, Université Rennes 2


L’ESSENTIEL

  • Dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance, l’organisation des repas, très cadrée, peut revêtir un aspect familial.

  • Certains jeunes s’adaptent facilement aux horaires et aux menus, d’autres adoptent des attitudes défensives.

  • Leur rapport à l’alimentation est très lié à ce qu’ils pensent de leur mesure de placement et du lieu d’accueil.


Face aux sujets qui font l’actualité de la protection de l’enfance, faits divers ou réformes, l’alimentation peut apparaître comme une question anecdotique. Pourtant, le contenu des assiettes raconte, à travers une pratique quotidienne incontournable, à la fois la manière dont la collectivité protège, le travail des professionnels chargés de prendre soin des jeunes comme les expériences des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance.

C’est ce que montrent les recherches menées dans le cadre du programme ATABLE, soutenu par l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE et la Région Bretagne, par les équipes des laboratoires LiRIS-UR2, Arènes-EHESP et du LABERS-UBO ainsi que l’association « Aux goûts du jour » qui accompagne les foyers d’accueil sur les questions alimentaires.

Un encadrement fort

Les foyers d’accueil donnent accès à un ensemble de ressources : des équipements (cuisine, mobilier, électroménager), de la vaisselle adaptée mais aussi des repas réguliers, consistants et élaborés par les soins de professionnels chargés pour partie à cette activité.

Quatre repas par jour sont systématiquement prévus : petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner. Les déjeuners et dîners contiennent le plus souvent une entrée, un plat de résistance et un dessert. Et ces ressources n’échappent pas aux jeunes dont les expériences familiales sont souvent marquées par la pauvreté.

Pour ceux qui ont appris à gérer les questions alimentaires pour eux, pour leur fratrie et/ou pour leurs parents, le relief de ce qui s’offre dans l’accueil devient révélateur d’un rapport social d’âge et de responsabilité. Angie, 14 ans, témoigne :

« Chez moi, je faisais la cuisine parce que ma mère, elle est fatiguée et tout. Ici, je ne vois pas forcément l’utilité de cuisiner. Quand je cuisinais, avant, c’était plus pour aider ma mère. (…) Vu qu’il y a des gens qui font pour moi, on va dire qu’ici, du coup, je n’en vois pas trop l’utilité. »

Les tablées des foyers d’accueil sont aujourd’hui des petits collectifs dans des maisons composées de six à dix enfants. Pour les accompagner au quotidien, on compte bien plus de professionnels : éducateur, veilleur de nuit, agent d’entretien, chef de service, psychologue et maîtresse de maison. Dans cette maison sans famille, la maîtresse de maison se charge de l’organisation alimentaire dans un contexte budgétaire contraint (en moyenne 5 euros par jour par personne). Elle gère les approvisionnements et les menus, elle cuisine et veille à respecter les normes nutritionnelles en vigueur.

Ambiance familiale

L’esprit familial de cette restauration est visible dans les appellations des repas : les enfants racontent que ce ne sont pas les pâtes carbonara dans l’absolu qu’ils aiment mais « les carbo d’Ingrid » (la maîtresse de maison) ; idem pour « le hachis parmentier d’Aymeric » (l’éducateur). C’est cette familiarité dans la recette et le fait de la reconnaître qui témoigne de cette connaissance qui se construit dans le proche. Entre Aymeric et Ingrid, la main qui cuisine saura être reconnue même dans un test à l’aveugle.

Derrière l’alimentation des mineurs confiés se répondent à la fois des injonctions normatives au nom de la protection des enfants, des manières de prendre soin et aussi des pratiques gestionnaires de la vie d’un collectif. Des normes sanitaires et juridiques enserrent aussi les [pratiques éducatives].


Fourni par l’auteur

Dans la majorité des maisons d’enfants, les aliments sont conservés dans des placards fermés à clé et/ou dans un garde-manger également verrouillé. La gestion des clés revient aux adultes du lieu d’accueil afin d’ouvrir et de fermer les réserves au moment de la préparation des repas et à la fin du service. La régulation des accès vise à assurer que le système alimentaire pensé par les adultes au regard de leur système de contraintes (horaires de travail, budget, gestion des stocks…) soit applicable.

La consistance des repas et le cadrage en termes d’organisation tendent dans une certaine mesure vers la restauration collective. Seulement, d’autres éléments comme les recettes et la manière de les cuisiner de manière personnalisée orientent plutôt le curseur du côté d’une alimentation familiale, et dans ce cas elle est plutôt typique des familles nombreuses.

Des expériences liées au rapport avec la mesure de placement

Habitudes alimentaires, horaires des repas, accès à la nourriture, choix des plats… Tous ces éléments s’imposent avec la mesure de placement. Ici, les enfants résistent à ce qui leur est proposé comme plat. Ils ne mangent pas ou peu au grand désespoir de la maîtresse de maison qui s’active en cuisine. Là, ils s’adaptent, voire ils dévorent, qu’importe le contenu… comment l’expliquer ? La qualité des mets ? Le soin porté à la cuisine ? La capacité à comprendre les goûts et les dégoûts des enfants ? Ou peut-être que le rapport à l’alimentation se construit ailleurs, dans ce que le placement charrie comme rejet ou adhésion.

Le rapport à l’alimentation apparaît fortement lié au rapport au lieu d’accueil, voire dans certaines situations au rapport au placement. Les mineurs qui ne se sentent pas à leur place dans le lieu d’accueil ou dans la mesure de placement l’expriment notamment dans leur appréciation du contenu des assiettes. L’intégration d’un nouveau modèle alimentaire semble ainsi dépendre de la conviction que le placement fait sens, que le lieu d’accueil est adapté.

Hicham, 16 ans, est placé depuis près d’un an. Il a grandi dans un département d’outre-mer français et est arrivé seul à 10 ans dans l’Hexagone où il a été hébergé par différents membres de sa famille. Il est en mesure d’intégrer un nouveau modèle car il a la conviction qu’il lui sera profitable au regard des éléments qui ont conduit au placement. Il raconte les différences en termes d’aliments, de cuisine, d’horaires et se présente comme un jeune qui n’est pas « difficile ».

Il explique qu’il n’a généralement pas faim lorsque les éducateurs l’appellent pour les repas et qu’il mange « parce qu’il faut manger ». Hicham s’adapte au contenu de l’assiette, aux horaires, aux ambiances des repas. Il précise aussi que, lorsqu’il ne sera plus placé, il reprendra ses habitudes alimentaires, y compris les horaires, tels qu’il les connaissait avant le foyer.

Des stratégies d’auto-défense

D’autres situations portent les stigmates physiques ou moraux de ce que les violences endurées ont construit dans les corps ou dans le rapport au corps. Ici, se remplir ou jeûner met les corps à l’épreuve et peut se lire comme une stratégie d’auto-défense qui mobilise une communauté d’adultes. Enfin, dans d’autres situations, les oppositions, les résistances sont fortement visibles et mettent à mal les règles du vivre ensemble. L’alimentation est rejetée, disqualifiée au même titre que l’ensemble des éléments de la vie de la maison d’enfants (personnes, activités).

Betty, 16 ans, est accueillie depuis six mois et ne se sent pas à sa place, trop loin de la métropole voisine à 70 kilomètres. Elle cherche à changer de territoire et à faire entendre son besoin de ne plus vivre en collectif. Elle veut un logement solo, en ville. Elle est très critique vis-à-vis de la nourriture servie, elle fuit les repas et refuse de manger.

Betty témoigne de difficultés de santé récentes, marquées par une perte de poids importante et des troubles digestifs. Elle décrit des sensations de gonflement de l’estomac, des douleurs et des remontées acides qui limitent sa prise alimentaire. Elle indique qu’un suivi médical est en cours afin d’identifier l’origine de ces problèmes, avec des examens réalisés et d’autres à venir. Elle cherche un moyen de partir du lieu d’accueil et est accompagnée par le service concerné.

Les tablées des foyers d’accueil témoignent des formes d’encadrement qui pèsent sur l’enfance protégée avec un ensemble de règles et de rôles à intégrer. Dès lors que l’on s’approche des assiettes et de la manière dont elles se remplissent et se vident, ce sont les formes d’adaptation mises en place par les principaux concernés qui donnent à voir combien le rapport à la mesure de protection de l’enfance (et aux modalités d’accueil) oriente le rapport à l’alimentation.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Emilie Potin a reçu des financements de l’ONPE et de la Région Bretagne pour ce programme.

– ref. Protection de l’enfance : quels modèles d’alimentation ? – https://theconversation.com/protection-de-lenfance-quels-modeles-dalimentation-290798

Pourquoi le bonheur des enfants doit être une priorité politique

Source: The Conversation – France (in French) – By Francis Munier, Maître de Conférences, économiste, Université de Strasbourg, Université de Strasbourg


L’ESSENTIEL

  • Le bien-être des enfants devrait être au cœur des politiques publiques. La collectivité y gagnerait financièrement, mais pas seulement.

  • Malgré les déclarations, la France ne dispose pas d’indicateurs spécifiques ni d’un organisme consacré à cette question. À la différence d’autres pays.

  • Pourtant des solutions existent et permettent de mesurer l’impact d’une politique sur les plus jeunes.


Nos sociétés savent mesurer le produit intérieur brut, le coût d’un kilomètre d’autoroute, le rendement d’un point d’impôt… sauf, précisément, ce qui finalement devrait compter le plus : le bonheur des enfants.

Or, le mal-être des jeunes s’installe dans les pays riches depuis les années 1980. L’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, estime que 13 % des moins de 19 ans souffrent d’un trouble psychique, le plus souvent dépressif ou anxieux, et que le suicide figure parmi les premières causes de décès chez les 15-19 ans dans l’Union européenne (UE) ; 47 % des 19-24 ans européens déclarent des difficultés psychologiques sur un an.

En France, la dépression touche plus de 20 % des 18-24 ans en 2021 contre près de 12 % en 2017, et 25 % des 15-29 ans en 2025. Gallup et PISA enregistrent partout un recul de la satisfaction de vie chez les adolescents.

Un enfant heureux, un adulte heureux !

Au-delà de ce constat et des réponses à apporter, pourquoi une nation devrait-elle s’en soucier ? Une première réponse est parce que l’enfance décide de presque tout ce qui suit. Dans The Origins of Happiness, les économistes Andrew Clark, Richard Layard et leurs collègues ont suivi des vies entières. Le meilleur prédicteur de la satisfaction de la vie d’un adulte n’est ni son diplôme ni son revenu, mais sa santé émotionnelle d’enfant.

Or, un adulte équilibré travaille mieux, tombe moins malade, sollicite moins les services de soin et d’aide sociale. Investir dans le bonheur des plus petits est sans doute l’investissement public au rendement le plus élevé qui soit, car ses effets se cumulent sur toute une vie. Un enfant heureux est, presque littéralement, un trésor pour la collectivité.

L’enfant n’est pas qu’un futur contribuable

Il y aurait pourtant un contresens à ne défendre le bonheur des enfants que par son utilité future. Axel Honneth rappelle que le tout premier lien social se noue dans la reconnaissance affective du nourrisson comme personne, et non comme simple corps à nourrir. C’est dans la sphère de l’amour que l’enfant acquiert une confiance en soi.

Les deux autres sphères viendront plus tard compléter ce socle. La reconnaissance par le droit, l’égale dignité que la justice reconnaît à chacun, fonde le respect de soi. La reconnaissance par la solidarité, l’estime que la société et la nation accordent à ce que chacun leur apporte, nourrit l’estime de soi. À l’inverse, le manque de reconnaissance (le mépris) blesse la personne dans chacune de ces dimensions. La maltraitance, la violence et l’indifférence ruinent la confiance de l’enfant, le déni de droits atteint le respect de soi, le dénigrement social mine l’estime de soi. La reconnaissance est un pilier majeur du bonheur (voir F. Munier, « La reconnaissance amicale ».

Espace des sciences, 2019.

Un retard français

Certes, la santé mentale des plus jeunes est devenue une priorité affichée, désignée Grande cause nationale en 2025 puis prolongée en 2026. Elle irrigue la démarche « École promotrice de santé » et le développement des compétences psychosociales en classe. L’étude nationale Enabee mesure, à grande échelle, le bien-être des enfants de 3 ans à 11 ans. Le Haut Commissariat à la protection de l’enfance reflète cette volonté.

Le kit pédagogique consacré aux séances d’empathie à l’école rappelle que ces compétences s’enseignent et que leur développement produit des bénéfices documentés comme un climat scolaire apaisé avec un recul du harcèlement, une meilleure santé mentale et une réussite des apprentissages. La France a également rejoint la grande enquête internationale Children’s Worlds Survey. En résumé, la connaissance existe, et les données sont disponibles.

Malgré ces avancées, la France reste, de notre point de vue, en retard. L’application et l’impact de la loi Sas de 2015,, qui visait à développer de nouveaux indicateurs de bien-être, demeurent très limités. Il n’existe ni institution proprement spécifique ni calcul du well-being-adjusted life year ou WELLBY (ni a fortiori du C-WELLBY ; C pour child, enfant) dans les outils budgétaires.

Une unité de compte pour le bonheur

Les économistes du bonheur proposent, en effet, une unité, le WELLBY, comme le gain d’un point de satisfaction de vie, sur une échelle de 0 à 10, pendant une année, pour une personne. Il devient ainsi possible de placer les politiques publiques sur une même échelle et de les comparer, à euros constants, selon le bonheur qu’elles produisent.

Le Royaume-Uni est le plus avancé, avec le WELLBY intégré au Green Book du HM Treasury du ministère britannique des finances, pour l’évaluation économique des politiques, des programmes et des projets publics.

Dans la même veine, le groupe WEGo (Nouvelle-Zélande, Écosse, Pays de Galles, Finlande et Islande) affiche la volonté de piloter ses budgets par le bien-être.

Le C-WELLBY, ou la même dignité « comptable » pour les enfants

Faute de mesure comparable à celle effectuée pour les adultes, le bien-être subjectif des enfants pèse peu, voire pas du tout, dans les arbitrages. C’est ce vide que comble une avancée récente. Le chercheur Isaac Parkes a proposé le C-WELLBY.

Au-delà de l’âge de 10 ans, les questions portant sur la satisfaction de sa vie se révèlent fiables et s’appliquent directement. En deçà, à un âge où la capacité de réflexion se construit encore, on procède par correspondance. Un questionnaire ad hoc est converti en équivalents de bien-être, chaque point gagné correspondant à une fraction de C-WELLBY.

Concrètement, un programme qui améliore le score d’un enfant produit une valeur sociale chiffrable par an et par enfant. Un cours de théâtre, un soutien aux familles fragiles, la mise en place d’institutions et de moyens budgétaires pour lutter contre la violence envers les enfants, une pédagogie pour l’empathie peuvent ainsi être évalués pour ce qu’ils apportent vraiment à une vie d’enfant.

Toutefois, des limites de l’utilisation de cette mesure existent. L’enfant qui a intériorisé la violence peut aussi sous-déclarer sa détresse, si bien que le C-WELLBY risque, dans ce cas de figure, de sous-mesurer exactement les atteintes les plus graves.

L’approche indique pourquoi le bien-être des enfants importe et de quoi il est fait et le C-WELLBY ne sert que de moyen pour la défendre, jamais de fondement. L’outil parle le langage des budgets ; la reconnaissance, elle, parle celui de la dignité, qui ne se chiffre pas.

Le C-WELLBY n’a de sens que s’il sert cette reconnaissance. Il n’apprend rien que nous ne sachions déjà, que le bonheur d’un enfant a une valeur en soi infinie, et pas seulement parce qu’il prépare l’adulte de demain, il traduit cette évidence en un chiffre, et lui donne ainsi le poids qui lui manquait dans les arbitrages publics.

Changer de perspective

Reste donc une étape qui fait défaut. En effet, une séance d’empathie ou un dispositif contre le harcèlement sont exactement le type d’interventions dont le C-WELLBY permettrait de chiffrer l’effet sur le bien-être de chaque enfant. Ainsi, il serait possible dans un second temps de mettre en regard leur impact, à euros constants, avec celui d’autres usages de l’argent public. C’est un outil budgétaire capable de saisir l’impact réel des politiques publiques sur le bonheur des enfants, et de le faire peser dans les arbitrages.

Le plan national « santé mentale » incarne, certes, sur une dimension du bien-être, le passage du principe à l’action. Ce plan raisonne, cependant, en indicateurs d’activité (nombre de personnes formées, de patients pris en charge, de structures déployées) et non en bien-être valorisé.

Revenons sur la récente étude Enabee, menée auprès des enfants de 3 ans à 11 ans, elle a été pensée pour « produire des résultats utiles à l’amélioration des politiques publiques ». Il manque toutefois, à nos yeux, l’outil budgétaire permettant de donner une valeur sociale du bonheur des enfants pour orienter les choix publics.

Une mesure élargie

Ainsi, la loi Sas pose le principe d’une mesure élargie. Le plan « santé mentale » déploie l’action sur une dimension clé. Enabee produit, pour les enfants, la donnée concrète et répétée. Le C-WELLBY fournirait l’outil qui pourrait convertir cette donnée en argument budgétaire.

La matière première existe, il ne manque que l’étape de valorisation sur la base d’une unité unique d’arbitrage, tout en prenant en considération la distance nécessaire qui ne peut pas être que technique, mais aussi philosophique et éthique.

Un changement de paradigme dans les choix de politiques publiques en plaçant le bonheur des enfants non plus à la marge, mais au cœur de la décision est possible.




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La protection de l’enfance, point de bascule

C’est là que la protection de l’enfance devient déterminante. Les enfants, dont le bien-être est le plus menacé, sont aussi ceux qui pèsent le moins dans les statistiques, faute de voix pour les porter. Leur donner un poids mesurable, c’est rendre leur souffrance opposable aux arbitrages qui les ignorent. À une condition, toutefois, que l’instrument ne devienne jamais une froide comptabilité. Le chiffre doit servir l’attention non la remplacer.

Voilà l’équilibre à tenir. Des outils rigoureux pour que le bonheur des enfants cesse d’être une dimension négligée des politiques publiques, et une exigence morale qui interdit de réduire l’enfant à un futur rouage économique.

Il est temps que la France évalue ses budgets à l’aune de ce qu’ils font au bonheur des plus jeunes. Non parce qu’un enfant heureux deviendra un adulte rentable, même si c’est vrai, mais parce qu’une société se juge à la manière dont elle considère les enfants.

The Conversation

Francis Munier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi le bonheur des enfants doit être une priorité politique – https://theconversation.com/pourquoi-le-bonheur-des-enfants-doit-etre-une-priorite-politique-287108

Quel est l’impact des décisions de la Banque centrale européenne sur les ménages modestes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Matthieu Picault, Professeur de Finance , LEM-CNRS 9221, IÉSEG School of Management


L’ESSENTIEL

  • La nouvelle hausse de l’inflation a poussé la Banque centrale européenne (BCE) à augmenter ses taux directeurs – 2,5 % pour le taux de dépôt.

  • Entre lutte contre l’inflation, baisse des crédits et réduction de l’activité, les hausses de ces taux ont des conséquences pour les ménages modestes.

  • En luttant contre l’inflation, la BCE peut contribuer à ralentir l’économie française et d’augmenter le chômage.


Entre août 2025 et août 2026, les prix payés par les ménages ont progressé de 2,4 % sur le territoire national. Ce regain d’inflation contraste avec le repli observé depuis le pic de 2022, année où l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait porté l’inflation annuelle à un niveau record de 5,2 %.

Cette inflation vient affecter le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, disposant d’un niveau d’épargne plus faible et avec un niveau de vie relativement faible – appartenant aux 20 % des ménages les plus faibles pour l’Insee et 40 % pour la Drees.

Pour contrôler cette inflation et remplir son objectif premier de maintenir la stabilité des prix, la Banque centrale européenne (BCE) relève son taux directeur pour le refinancement des banques à 2,65 % et le taux de dépôt à 2,5 % en septembre 2026.

Mais quels sont les enjeux réels d’une telle décision pour les ménages modestes, plus exposés dans leur vie quotidienne à une hausse des prix ?

Si notre étude souligne que les décisions prises par la BCE concernent en premier lieu les banques, principaux vecteurs de transmission de la politique monétaire, elles exercent également une influence sur la consommation des ménages par le canal du crédit bancaire.

Faciliter ou limiter les crédits

Afin de maintenir la stabilité des prix, la BCE dispose de différents outils. Le principal : le taux de refinancement des banques.

Concrètement, quand une banque souhaite prêter de l’argent à un ménage avec un projet d’investissement, elle doit disposer des fonds nécessaires. Si ce n’est pas le cas, une option est d’emprunter auprès de la banque centrale. Le taux appliqué à cet emprunt est le taux de refinancement – actuellement de 2,65 %. Les ménages empruntent ensuite à un taux plus élevé, incluant une prime de risque destinée à couvrir le risque de non-remboursement et une marge permettant à la banque de couvrir ses coûts et générer un bénéfice.

Quand l’inflation est faible, la BCE instaure une politique monétaire expansive, ou accommodante. Le taux de refinancement est plus faible, facilitant l’octroi de crédit par les banques. À l’inverse, pour lutter contre une inflation importante, ce taux est plus élevé. Il restreint à dessein la capacité des banques à obtenir des liquidités et de facto à prêter aux ménages. C’est ce qu’on appelle une politique monétaire restrictive.

Perte de pouvoir d’achat

Dans un contexte inflationniste accompagné d’une hausse des taux d’intérêt, les ménages perdent simultanément deux leviers pour maintenir leur consommation : la capacité d’emprunt, rendue plus coûteuse, et le pouvoir d’achat, rogné par la hausse des prix.

Ce second levier pourrait être préservé si les revenus progressaient au même rythme que les prix. Or, en France, les revenus progressent moins vite que les prix. La conséquence ? Une perte réelle de pouvoir d’achat. En 2023, les 10 % des Français les plus pauvres subissent une contraction de leur niveau de vie de -1 %. Pour ces ménages les plus modestes, qui ne peuvent ni emprunter ni puiser dans une épargne insuffisante, ce décrochage entre revenus et prix est particulièrement brutal.




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C’est précisément pourquoi l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la BCE revêt une importance sociale. En cherchant à contenir l’inflation, elle limite la dégradation du pouvoir d’achat de ceux qui n’ont aucun autre filet de protection.

Moins d’emplois et moindres salaires

Si la politique monétaire de la BCE influence directement le pouvoir d’achat des ménages par le canal du crédit aux particuliers, elle affecte indirectement leur quotidien via le marché du travail. Comment ? En facilitant ou en restreignant l’accès au crédit pour les entreprises.

Une entreprise qui évolue dans un contexte où l’obtention d’un crédit est aisée pourra plus facilement investir, embaucher ou mieux rémunérer ses salariés. A contrario une politique monétaire restrictive, dans un contexte inflationniste, augmente dans un premier temps les coûts du crédit aux entreprises.

Entre juillet 2021 et juillet 2023, alors que le taux directeur de la BCE passe de 0 à 4 %, le taux d’emprunt des entreprises françaises augmente de 1,08 % à 4,42 %. Une entreprise n’empruntant plus investit moins. À cette baisse d’investissements s’ajoutent des coûts de production élevés, une demande pour les biens et services en baisse due à la diminution du pouvoir d’achat, le tout contribuant à une chute du chiffre d’affaires menant à des destructions d’emplois.

Les ménages les plus modestes sont les plus exposés aux fluctuations du marché du travail, notamment au chômage.

Par exemple, les jeunes sont les premiers à subir les changements de cycle économique induits par la politique monétaire.

Les chiffres l’attestent en France : entre le dernier trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2026 (dernière donnée disponible), le taux de chômage des jeunes entre 15 et 24 ans (selon la mesure du BIT) a augmenté de 5 points, passant de 16,6 % à 21,6 %. Sur la même période, le taux de chômage de l’ensemble des actifs, indépendamment de leur âge, ne progresse que de 0,8 %.

Augmentation des inégalités de patrimoine

En plus de leurs revenus et de leurs emplois, la politique monétaire influence le patrimoine des ménages.

Ainsi, la compression des taux de crédit, tombés à 1,06 % en décembre 2021, favorise la demande de biens immobiliers, poussant les prix à la hausse. Au troisième trimestre 2022, le prix des logements anciens progresse de + 6,4 % sur un an.

Or, 30 % des ménages les moins dotés possèdent moins de 40  000 euros de patrimoine, composé quasi exclusivement de livrets d’épargne réglementée et sans exposition à l’immobilier. Ils ne bénéficient pas de cette hausse des prix immobiliers, et la valeur de leur patrimoine n’en est pas accrue.

Compte tenu de ces disparités, les effets de la politique monétaire de la BCE peuvent détériorer la situation des ménages modestes en creusant les inégalités de patrimoine existantes.

En définitive, l’inflation n’affecte pas le pouvoir d’achat des ménages modestes de manière isolée ; elle interagit avec la réponse de la politique monétaire pour produire un effet cumulatif. La politique monétaire agit moins comme un simple correctif que comme un amplificateur des dynamiques de prix, avec des répercussions particulièrement marquées pour les ménages les plus modestes.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Quel est l’impact des décisions de la Banque centrale européenne sur les ménages modestes ? – https://theconversation.com/quel-est-limpact-des-decisions-de-la-banque-centrale-europeenne-sur-les-menages-modestes-284478

La Conversación Docente: lo que pasa en el aula no se queda en el aula

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

Drazen Zigic/Shutterstock

El número de estudiantes universitarios ha alcanzado en España máximos históricos, pero si un día cualquiera nos asomamos a un aula universitaria lo más probable es que no lo notemos, porque la veremos medio vacía. La percepción de muchos profesores está respaldada por un reciente estudio de la Universitat Autónoma de Barcelona: casi la mitad de los universitarios no van a clase. ¿Falta de interés? Nuestros expertos apuntan en otras direcciones.

Como explican Mª Ángeles Quesada Cubo, Daniel Valdivia Alonso y Javier Águila Díaz, de la Universidad Pablo de Olavide, “no acudir a una clase no siempre indica apatía. A veces esconde una decisión racional. Cuando una clase se percibe como tiempo de baja rentabilidad, la asistencia cae, aunque el interés por la asignatura exista”. Esta concepción “bancaria” de la enseñanza tiene su origen, muchas veces, en los propios métodos que se usan, como muestra el análisis de Esther Nieto, de la Universidad de Castilla La-Mancha: “el profesorado, fuente del saber, ‘deposita’ sus conocimientos en la mente del alumnado, al que se le pide que los memorice y repita”, y además, lo hace con un material que ya está disponible en internet (sea en forma de diapositivas y presentaciones o de lecturas y ejercicios). ¿Para qué madrugar y desplazarse si lo que vamos a aprender lo podemos leer desde la comodidad de nuestra habitación?

Ambos artículos proponen varias maneras de transformar la clase en algo más dinámico, participativo, con un valor añadido que la haga imprescindible.

Pero es que, además, estar en el aula no es solo aprender. No vamos a la universidad, o al colegio, o al instituto, únicamente para mejorar nuestros conocimientos. Antonio Vicente Jiménez, de la Universidad de Castilla La-Macha, ha escrito una defensa de las clases presenciales en seis puntos, de la mano María Zambrano, Vargas Llosa o Antonio Machado. “La universidad no sólo forma profesionales, forma personas”, explica. Compartir espacio físico con otros humanos nos saca de nuestro aislamiento digital, de nuestras cámaras de eco; nos obliga a parar, a reflexionar, a alejarnos del ruido, algo no solo menos, sino más necesario hoy que ayer. En otras palabras: lo que pasa en un aula no es un mero trámite. No termina cuando hacemos el examen y aprobamos la asignatura. Nos puede acompañar toda la vida.

Esta quincena hemos publicado además artículos sobre por qué
un chiste o una canción funcionan tan bien en la enseñanza primaria; qué contribuye al éxito de los programas bilingües; cómo funciona el aprendizaje servicio en la universidad; lo que de verdad funciona para los estudiantes con dislexia; el papel del lenguaje oral en la comprensión lectora; y las dificultades para acceder a la universidad de los estudiantes con discapacidad.

Finalmente, les invito a disfrutar con nuestra selección artículos apasionantes para leer y discutir en el aula: desde si la IA podría realmente acabar con la humanidad, a una historia del colonialismo y su papel en la lucha contra la malaria, pasando por la relación de los precios de los alquileres con la antigua Roma, el número de palabras que “perdemos” al año, por qué parece que los algoritmos saben cómo nos sentimos y la diseñadora que revolucionó el diseño informático con los Macintosh.

Y antes de despedirme: ¡muy feliz Día del Docente! Hoy especialmente quiero aprovechar para darles las gracias por leernos. La conversación docente nació hace dos años y medio del deseo de ser útiles y acercar la investigación al día a día del aula. Ojalá estemos consiguiéndolo. Feliz lectura, y feliz semana.

The Conversation

– ref. La Conversación Docente: lo que pasa en el aula no se queda en el aula – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-lo-que-pasa-en-el-aula-no-se-queda-en-el-aula-293566

La selección: los videojuegos y el arte

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Claudia Lorenzo Rubiera, Editora de Arte y Humanidades, The Conversation

Jason y Lucia, protagonistas de _GTA VI_, en una de las viñetas creadas para la promoción del videojuego. Rockstar Games

Queda poco más de mes y medio para que salga a la venta Grand Theft Auto VI, probablemente el videojuego más esperado de la historia. Quienes son ajenos a este sector no entienden la revolución que puede suponer su salida, más de medio siglo después de la creación de la primera consola, pero afortunadamente Ricardo Fernández Rafael lo contextualiza en su estupendo artículo.

Cuando hablamos de cifras, a veces el impacto de los videojuegos puede abrumar. En España, el sector facturó 2 293 millones de euros en 2025. Para hacernos una idea, la recaudación total de los cines nacionales en ese mismo año fue de alrededor de 453 millones de euros. La comparativa es algo engañosa porque, por supuesto, a estas alturas el cine implica mucho más que las proyecciones en salas y porque, no obstante, hablamos de que en España 22,8 millones de personas juegan a videojuegos mientras que alrededor de 65 millones van al cine.

Sin embargo, 22,8 millones de personas siguen siendo muchísimas personas eligiendo algo.

Una de las razones de su éxito puede ser que los videojuegos, como su propio nombre indica, ofrecen la oportunidad de jugar. Es decir, frente a un libro o una película, el participante es parte activa en la historia, se sumerge en un mundo en el que no solo hace lo que otros han dicho que hagan sino que decide.

Eso abre la puerta a diversos aprendizajes, porque lo que pasa en la ficción no se queda solo allí: las decisiones morales que tomamos son virtuales pero la justificación que alegamos es real. Al ser inmersivos, los videojuegos ofrecen posibilidades narrativas infinitas. De enseñar historia y poner al jugador en la piel de otros seres a crear nuevas mitologías a partir de las ya existentes.

El mundo exterior se introduce en el de los videojuegos a medida que la tecnología va evolucionando. De hecho, estas mejoras hacen que tengamos que prestarle atención a los datos que compartimos con las empresas tecnológicas involucradas. La inteligencia artificial, por supuesto, no iba a ser menos y cada vez más historias acuden a la IA para transformar la experiencia del jugador. Pero, igual que la realidad tiene efecto en el sector, se da el camino inverso y los videojuegos modifican aspectos de la vida real. Por ejemplo, el léxico.

Con todos estos datos, un debate que sigue abierto es si los videojuegos son entretenimiento o arte. Quienes argumentan esto último alegan que, detrás del negocio, se requieren creativos que lleven a cabo las historias. De hecho, aunque no es fácil escribir un relato que deje las decisiones finales en manos del jugador, el guion de videojuegos exige las mismas habilidades que otros formatos basados en la palabra escrita: la novela, el teatro o el cine.

Ahora bien, ¿estamos preparados para admitir esta artisticidad y, por ejemplo, condecorar a los guionistas de videojuegos igual que hacemos con otros escritores? Como dice Andrés Porras Chaves, a veces conviene dar paso “a nuevas posibilidades inexploradas”.

The Conversation

– ref. La selección: los videojuegos y el arte – https://theconversation.com/la-seleccion-los-videojuegos-y-el-arte-291917

Gane o pierda la extrema derecha en las elecciones de Brasil, ¿respetará la democracia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Débora Thomé, Professora, Instituto Brasileiro de Ensino, Desenvolvimento e Pesquisa (IDP) ; Fundação Getulio Vargas (FGV); Associação Brasileira de Ciência Política (ABCP)

La primera vuelta de las elecciones de 2026 en Brasil, celebrada este domingo, concluyó con una contundente victoria del Partido Liberal (PL), de extrema derecha. Flávio Bolsonaro, hijo del expresidente encarcelado Jair Bolsonaro, se impuso al actual presidente, Luiz Inácio Lula da Silva, con más del 47 % de los votos válidos. Su partido también se hizo con los bloques mayoritarios tanto en la Cámara de Diputados –la cámara baja del Congreso de Brasil– como en el Senado, además de en cinco gobiernos estatales.

Los politólogos ya habían pronosticado este escenario. A pesar de que las encuestas mostraban mejores resultados para el Partido de los Trabajadores (PT) de Lula, se observó un cambio en los votos en los últimos días de la campaña, impulsado por el sentimiento anti-PT y el descontento alimentado en gran medida por las expectativas no satisfechas de los consumidores. Esto ocurrió incluso en un momento de baja inflación y bajo desempleo.

Aun así, la carrera sigue muy abierta, ya que los dos candidatos se dirigen ahora a una segunda vuelta el 25 de octubre.

Un proceso electoral sin incidentes graves por ahora

Las elecciones por sí solas no construyen la democracia. Pero, por citar solo a dos figuras fundamentales de la ciencia política, Joseph Schumpeter y Adam Przeworski, las elecciones libres son una de las condiciones necesarias para su existencia: un sistema en el que los líderes compiten periódicamente por los votos y el candidato derrotado acepta su fracaso.

Cabe destacar que se trata de una visión instrumental y, como tal, es fuertemente cuestionada por quienes esperan de la democracia algo más que simples elecciones. Pero precisamente por eso merece la pena recordarlo tras la primera vuelta de las elecciones en Brasil. Poder elegir gobiernos a través de las urnas, respetando el resultado, sin que nadie tome las armas ni organice protestas en un cuartel militar, no es cosa menor.

Desde 1989, año de las primeras elecciones presidenciales directas en Brasil tras el fin de la dictadura militar, el Partido de los Trabajadores ha sido uno de los principales contendientes políticos, situándose sistemáticamente entre las dos primeras agrupaciones.

En siete de las diez elecciones desde entonces, el candidato presidencial del PT fue Lula. Ganó tres de ellas y ahora vuelve a estar en la segunda vuelta.

En las tres últimas votaciones (2018, 2022 y 2026), el otro lado de la contienda ha estado ocupado por la extrema derecha, representada por Jair Bolsonaro en las dos primeras y –ahora que se encuentra bajo arresto domiciliario– por su hijo, Flávio.

En 2018, Jair Bolsonaro salió victorioso. La derecha se reorganizó en torno a él, centrándose principalmente en agendas morales conservadoras, como la defensa de los valores cristianos, el apoyo a la dictadura militar y la oposición a los derechos sexuales y reproductivos, con un fuerte énfasis en el refuerzo de los roles de género tradicionales.

En 2022, Lula, que había sido detenido acusado de presunta implicación en escándalos de corrupción, se presentó de nuevo a las elecciones y, esta vez, salió victorioso, derrotando a Jair Bolsonaro, que buscaba la reelección. En un flagrante desprecio incluso por los principios más básicos de la democracia, los partidarios de extrema derecha de Bolsonaro ocuparon carreteras y cuarteles militares al día siguiente de las elecciones (una clara señal de su negativa a aceptar la derrota).

Aunque al principio mostraron una actitud moderada, regresaron tras la toma de posesión en una acción orquestada el 8 de enero de 2023, cuando grupos organizados de seguidores de Bolsonaro irrumpieron y destrozaron las sedes de los tres poderes del Estado en el Distrito Federal, imitando la toma del Capitolio de EE. UU. del 6 de enero de 2021. Los actos de vandalismo en el Congreso Nacional, el Palacio del Planalto y el Tribunal Supremo Federal dieron lugar a la condena de cientos de seguidores de Bolsonaro.

Dada la gravedad de los hechos, el propio Bolsonaro fue condenado a prisión por el Tribunal Supremo Federal (STF) como líder de la organización criminal que intentó dar un golpe de Estado, junto con altos mandos militares y un diputado federal.

Encuestas erráticas

Esta será la tercera elección en la que los partidarios del PT y los de Bolsonaro se enzarzarán en una reñida carrera por la presidencia que llegará hasta la segunda vuelta. A lo largo de toda la campaña de este año, las predicciones de las encuestas no se han mantenido constantes durante más de una semana seguida. Los estudios de ciencias políticas ofrecen algunas pistas para explicarlo.

El PT cuenta con una base fiel que le garantiza alrededor del 30 % de los votos, mientras que el bando anti-PT representa otro 30 % aproximadamente. No todos los izquierdistas son partidarios del PT, ni todos los votantes anti-PT apoyan a Bolsonaro, pero ambos grupos suelen solaparse.

Artículos recientes señalan que la identificación con la derecha también se ha afianzado entre los votantes, más allá del mero apoyo a Bolsonaro. Además, hay datos que indican que las mujeres muestran una mayor preferencia por Lula, mientras que los evangélicos tienen una predilección aún mayor por Bolsonaro, ya sea el padre o el hijo.

Las segundas vueltas rara vez alteran el resultado de la primera vuelta (aunque sea posible). El patrón según el cual los candidatos que se presentaban a la reelección tenían más posibilidades de ganar ha ido cambiando. Y en América Latina, la “marea rosa” de gobiernos de izquierda ha sido sustituida por una ola de candidatos de extrema derecha que han salido victoriosos, como ha ocurrido en Argentina y Chile.

Una vez finalizadas las elecciones, debemos velar por la solidez de las instituciones, yendo mucho más allá de la mera garantía de unos comicios justos para preservar la democracia. Esto es especialmente cierto en un contexto en el que la extrema derecha –que ha atacado las instituciones en numerosas ocasiones y niega sistemáticamente la ciencia (como vimos durante la pandemia de la covid-19)– contará con los bloques más numerosos en el Congreso y podría incluso hacerse con la presidencia.

Por lo tanto, la labor de estas instituciones –compuestas por personas con diferentes preferencias políticas– cobra aún mayor importancia. Depende de ellas garantizar unas normas que se apliquen a todos y que permitan, aunque sea mínimamente, la independencia de los tres poderes del Estado, así como unas elecciones justas y periódicas con oponentes políticos que puedan ganar o perder.

Defender la democracia, tanto en la victoria como en la derrota

Con la mirada puesta en América Latina, pero profundamente preocupado por la situación en Estados Unidos, Adam Przeworski –el académico conocido por su concepción minimalista de la democracia– llamó la atención sobre dos puntos en una conferencia celebrada en París el pasado mes de mayo. Según el politólogo, no podemos dar por sentado que la democracia deja de existir cuando sale elegido un candidato que no nos gusta; al contrario, esto demuestra que el sistema funciona correctamente.

Por otra parte, señaló que en EE. UU., la erosión de la democracia durante el segundo mandato de Donald Trump ha estado amenazando la posibilidad de celebrar elecciones justas y periódicas en las que se acepte la derrota. Esto sirve de advertencia para Brasil.

No sabremos quién será el próximo presidente de Brasil hasta el 25 de octubre. Sea quien sea el vencedor, la regla sigue siendo la misma: las elecciones deben ser justas y el perdedor debe aceptar el resultado.

En este aspecto, las dos partes no tienen el mismo historial. Lula perdió tres elecciones presidenciales consecutivas y, sin embargo, los miembros del Partido de los Trabajadores no fueron a Brasilia a asaltar el Congreso. No se puede decir lo mismo de la extrema derecha. La última vez que perdió, estallaron los disturbios del 8 de enero de 2023, durante los cuales no se respetó ni siquiera el concepto más básico de democracia.

Por esta razón, el compromiso que se espera ahora de la extrema derecha brasileña es doble.

Si pierde, debe aceptar la derrota. Si gana, debe gobernar dentro de las normas que le permitieron la victoria, respetando al poder judicial, a la prensa, a la oposición y la posibilidad de ser derrotada dentro de cuatro años.

Un gobierno democrático debe ir más allá, garantizando que los diferentes grupos tengan acceso al poder y que se reduzca la desigualdad. Pero sin este primer paso, ningún otro es posible. Es este compromiso el que la extrema derecha debe garantizar.


Este artículo es fruto de una colaboración entre The Conversation Brasil y la Asociación Nacional de Posgrado en Ciencias Sociales de Brasil (ANPOCS). Débora Thomé presentará una de sus ponencias en el 50.º Congreso Anual de la ANPOCS, que tendrá lugar del 7 al 9 de octubre. Consulte el programa completo aquí.


The Conversation

Débora Thomé no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Gane o pierda la extrema derecha en las elecciones de Brasil, ¿respetará la democracia? – https://theconversation.com/gane-o-pierda-la-extrema-derecha-en-las-elecciones-de-brasil-respetara-la-democracia-293585

“¿Qué cree que le falta a la divulgación mexicana?”, una de las grandes preguntas en el encuentro con la comunidad investigadora de la UDG

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Jordi Sánchez Navas, Editor. Delegación México, The Conversation

El periodista de The Conversation Jordi Sánchez Navas durante su participación en CUAltos. CC BY

¿Queda alguna pregunta más? El guante lanzado por el director de la división de Ciencias Sociales y de la Cultura de CUAltos, Luis Aguilar, fue rápidamente recogido por una joven muy “trucha” (expresión popular mexicana para referirse en México a una persona lista y atenta a lo que pasa).

“¿Qué cree que le falta todavía a la divulgación mexicana?”

La pregunta se inscribió en el contexto de la Máster Class “Del conocimiento al impacto”, impartida el pasado 25 de septiembre en el Centro Universitario de Los Altos de la Universidad de Guadalajara (CUAltos). Al término de la charla, docentes y estudiantes de posgrado reflexionaron sobre cómo comunicar la investigación con claridad, rigor e impacto social. Y entonces llegó aquella pregunta para la que apenas hubo un breve espacio para responder en el directo. “¿Que le hace falta a México…?

Eran las seis de la tarde del viernes de una semana intensa, que había transcurrido entre presentaciones, cabildeo de pasillo y ponencias.

Congreso Sinergia Científica

Además de en CUAltos, The Conversation también estuvo presente en el Congreso Sinergia Científica, que reunió al ecosistema de investigación de la UdeG, celebrado entre el 22 y el 24 de septiembre en la Biblioteca Pública del Estado de Jalisco. En este foro, presentamos una conferencia titulada “¿Cómo lograr que tu investigación tenga impacto internacional?”.

En esta ocasión el evento había sido organizado por la Vicerrectoría Adjunta Académica y de Investigación, y sirvió para conectar al talento de la segunda universidad pública del país, con más de 2 300 miembros adscritos al Sistema Nacional de Investigadoras e Investigadores (SNII) repartidos por 19 centros universitarios, 108 centros de investigación, 45 institutos y 366 laboratorios.

Durante el turno de preguntas, Eduardo Santana Castellón, director y fundador del Museo de Ciencias Ambientales, el mayor de su clase en toda América, preguntó si
The Conversation puede ofrecer una herramienta para impactar en ámbitos de decisión ciudadana. Y la respuesta fue un rotundo sí. Sirvió de ejemplo la cobertura sobre los hechos acaecidos este verano en la ciudad autónoma española de Ceuta y la crisis migratoria. Pero, sobre todo, para indicar que The Conversation es una plataforma abierta a universidades y centros de investigación de América latina.

Había llegado el final de la semana, era momento de descansar. Pero ¿cómo se puede desconectar cuando dejamos sin contestar una pregunta importante? Sin la brevedad que exige el directo, creo que la respuesta a la pregunta de la joven en CUAltos merece ampliarse desde los entornos científicos mexicanos:

-“¿Qué cree que le falta todavía a la divulgación mexicana?”

En mi experiencia como periodista, pongo en el primer puesto de la lista tomar conciencia de la importancia de participar. Y The Conversation es un espacio abierto para hacerlo. La voz de expertos y expertas es fundamental para responder a los grandes dilemas de nuestro tiempo.

The Conversation

– ref. “¿Qué cree que le falta a la divulgación mexicana?”, una de las grandes preguntas en el encuentro con la comunidad investigadora de la UDG – https://theconversation.com/que-cree-que-le-falta-a-la-divulgacion-mexicana-una-de-las-grandes-preguntas-en-el-encuentro-con-la-comunidad-investigadora-de-la-udg-293006