D’une algue au cerveau : l’étonnante histoire du Nobel de médecine 2026

Source: The Conversation – France in French (2) – By Robert Lucas, Professor, Neuroscience, University of Manchester


L’ESSENTIEL

  • Le prix Nobel de médecine 2026 récompense la découverte de protéines permettant de contrôler des cellules nerveuses grâce à la lumière.

  • Cette technique, l’optogénétique, permet d’étudier très précisément le fonctionnement du cerveau.

  • Déjà testée pour restaurer partiellement la vision, elle pourrait ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.


Les scientifiques qui ont découvert comment contrôler les cellules du cerveau grâce à la lumière ont remporté cette année le prix Nobel de physiologie (ou médecine). Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel ont été récompensés pour leurs recherches sur les « canaux ioniques activés par la lumière et l’optogénétique ».

Peter Hegemann, de l’université Humboldt de Berlin, et Georg Nagel, de l’université de Wurtzbourg, cherchaient à comprendre comment une minuscule algue unicellulaire appelée Chlamydomonas perçoit la lumière. Cette capacité n’est pas propre aux animaux dotés d’yeux : dans l’ensemble du monde vivant, des organismes utilisent la lumière pour appréhender leur environnement et réagir à ses changements. Même les organismes unicellulaires possèdent des protéines sensibles à la lumière. Elles leur permettent de se déplacer vers une source lumineuse ou de s’en éloigner, de produire de l’énergie et de s’adapter aux différentes contraintes imposées par le cycle de 24 heures.

Hegemann et Nagel ont découvert que Chlamydomonas possède un mécanisme de détection de la lumière d’une remarquable ingéniosité, qui repose sur une seule protéine appelée channelrhodopsine.

La channelrhodopsine est intégrée à la membrane externe de la cellule de l’algue. Une partie de la protéine est tournée vers l’eau à l’extérieur de la cellule, tandis qu’une autre se trouve du côté intérieur. La protéine contient également une petite molécule appelée rétinaldéhyde, capable d’absorber la lumière.

Lorsque la lumière atteint le rétinaldéhyde contenu dans la channelrhodopsine, celui-ci change de forme. Cette transformation entraîne à son tour une modification de la forme de la protéine. Un minuscule canal s’ouvre alors à travers la membrane cellulaire. Des particules chargées positivement, notamment des ions sodium, peuvent ainsi passer de l’eau située à l’extérieur de l’algue vers l’intérieur de la cellule. Ce déplacement de particules chargées déclenche dans l’algue un signal qui lui permet de se déplacer.

Certes, il est formidable d’avoir su répondre à une question biologique aussi intéressante, mais pourquoi récompenser ces travaux par le prix Nobel de physiologie ou médecine ? La réponse réside dans le fonctionnement des cellules nerveuses. Celles-ci contrôlent leur activité grâce au déplacement de particules chargées, appelées « ions », à travers leur membrane. Lorsque des ions chargés positivement pénètrent dans une cellule nerveuse, ils peuvent accroître son activité.

Les chercheurs ont compris que s’ils parvenaient à introduire la channelrhodopsine dans des cellules nerveuses, ils pourraient peut-être les activer simplement en les éclairant. C’est précisément ce qu’ont ensuite réussi à faire Hegemann, Nagel et le troisième lauréat du prix Nobel, Karl Deisseroth, psychiatre et bio-ingénieur à l’université Stanford, en Californie.

Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel, lauréats du prix Nobel de médecine 2026.
Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel, lauréats du prix Nobel de médecine 2026.
Ill. Niklas Elmehed © Nobel Prize Outreach, CC BY

Activer les cellules nerveuses grâce à la lumière

La capacité à contrôler les cellules nerveuses grâce à la lumière s’appelle l’optogénétique. Elle est devenue un puissant outil de recherche, car elle permet aux scientifiques d’activer ou de désactiver des groupes précis de ces cellules et d’observer ce qui se produit.

Les scientifiques commencent par introduire le gène de la channelrhodopsine dans les cellules nerveuses qu’ils souhaitent étudier. Ce gène est généralement transporté à l’intérieur les cellules par un virus (lequel a été modifié afin qu’il ne puisse pas provoquer de maladie). Les cellules produisent alors la protéine channelrhodopsine, qui les rend sensibles à la lumière.

Chez des animaux comme la souris, les scientifiques peuvent alors envoyer de la lumière dans le cerveau à l’aide d’une fine fibre optique. Lorsque la lumière atteint les cellules, la channelrhodopsine ouvre son canal et les cellules s’activent. Les cellules nerveuses voisines qui ne possèdent pas cette protéine ne sont, elles, pas affectées.

La lumière peut ainsi être dirigée vers une toute petite zone du cerveau et allumée ou éteinte extrêmement rapidement. L’optogénétique constitue désormais un outil particulièrement puissant pour étudier le fonctionnement du cerveau. Par exemple, si les scientifiques veulent savoir si un groupe particulier de cellules nerveuses intervient dans la mémoire, le sommeil, les sensations ou encore le mouvement, ils peuvent activer ces cellules grâce à la lumière et observer ce qui se passe.

Lors d’une expérience menée en 2012, une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a administré à des souris une légère décharge électrique dans une cage conçue spécifiquement. Grâce à l’optogénétique, les chercheurs ont marqué les cellules nerveuses du centre de la mémoire du cerveau qui étaient actives pendant cette expérience de conditionnement de la peur. Quelques jours plus tard, dans une autre cage, ils ont activé ces mêmes cellules à l’aide de lumière. Les souris se sont alors figées de peur, comme si elles se souvenaient de la décharge électrique.

Les souris qui n’avaient pas reçu de décharge ne se sont pas figées, ce qui a montré que la lumière réactivait un souvenir précis. Deisseroth est l’un des auteurs de cette étude.

On le voit, l’optogénétique a profondément transformé la manière dont les scientifiques étudient le fonctionnement du cerveau et du système nerveux. Mais elle pourrait également, à l’avenir, devenir un outil thérapeutique. Des essais cliniques précoces menés sur des personnes atteintes de dégénérescence de la rétine sont en cours. Les chercheurs introduisent des protéines sensibles à la lumière dans les cellules nerveuses qui subsistent dans la rétine après la disparition de celles qui détectent normalement la lumière, les bâtonnets et les cônes. Les cellules restantes peuvent ainsi devenir sensibles à la lumière, ce qui permet de restaurer en partie la vision.

Les chercheurs étudient également la possibilité d’utiliser un jour l’optogénétique pour traiter certaines maladies neurologiques, notamment la maladie de Parkinson et l’épilepsie.

Le prix Nobel de cette année récompense des travaux qui ont commencé par une question pouvant sembler très théorique : comment Chlamydomonas fait-elle pour nager vers la lumière ? Cette question n’avait aucune application pratique évidente. Elle ne comblait aucun besoin urgent en matière de santé humaine et ne semblait pas non plus ouvrir la voie à des applications lucratives.

Pour cette raison, le succès de l’optogénétique illustre l’importance de continuer à poser des questions dans le seul but de comprendre le monde qui nous entoure : il est impossible de prévoir où les connaissances ainsi acquises finiront par nous mener.

The Conversation

Robert Lucas reçoit des financements du Conseil européen de la recherche (ERC), du Wellcome Trust, de l’UKRI (par l’intermédiaire du Medical Research Council et du Biotechnology and Biological Sciences Research Council) et de Fight for Sight. Il est également désigné comme inventeur dans des brevets portant sur l’utilisation de l’opsine des bâtonnets pour restaurer la vision.

– ref. D’une algue au cerveau : l’étonnante histoire du Nobel de médecine 2026 – https://theconversation.com/dune-algue-au-cerveau-letonnante-histoire-du-nobel-de-medecine-2026-293723

Alliés potentiels, non convaincus, détracteurs… comment dépasser les clivages créés par les ZFE ?

Source: The Conversation – in French – By Carole Treibich, Enseignant chercheur en économie, Université Grenoble Alpes (UGA)


L’ESSENTIEL

  • En France, les zones à faibles émissions (ZFE) se trouvent au cœur d’une saga politique et réglementaire ; accusées d’être socialement injustes, elles alimentent la défiance d’une partie de la population.

  • Des travaux de recherche ont identifié six profils types de réaction face aux ZFE, qui permettent de mieux comprendre les attitudes sociales en présence.

  • À la clé, une bonne nouvelle : le groupe des « enthousiastes » est le plus représenté, le second étant celui des « alliés potentiels », convaincus des bienfaits de la ZFE pour la santé publique, mais inquiets de ses potentielles répercussions sociales. Un groupe qu’il est possible de convaincre à travers des mesures d’accompagnement ciblées.


Le 8 octobre 2026, les zones à faibles émissions (ZFE) reviennent au cœur du débat politique, avec l’examen d’une proposition de loi du Rassemblement national (RN) lors de sa niche parlementaire. Celle-ci vise à les supprimer définitivement, quelques mois après une première tentative avortée.

Quinze ans de ZFE en France : les grandes étapes réglementaires.
H. Bouscasse et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Cette chronologie témoigne d’une défiance vis-à-vis des ZFE, accusées d’être socialement injustes. L’argument est le suivant : elles ne bénéficieraient qu’aux habitants aisés des centres urbains au détriment des ménages modestes qui vivent en périphérie et qui, faute de moyens financiers ou d’alternatives de transport, verraient leur accès au centre-ville restreint, ce qui pourrait également limiter leurs possibilités d’emploi.

Une campagne de désinformation médiatique visant à discréditer les ZFE a encore amplifié le sentiment d’injustice sociale.




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Des travaux que nous avons menés menés à Grenoble (Isère) sur la vulnérabilité des ménages face aux ZFE montrent qu’il est possible d’identifier précisément les ménages les plus vulnérables et, parmi eux, ceux qui ne peuvent pas s’adapter à la ZFE. Ce sont ces derniers, finalement peu nombreux, que les dispositifs d’accompagnement ciblent en priorité.

Quels sont les liens entre adhésion aux mesures d’accompagnement et soutien aux ZFE ? Une nouvelle recherche que nous avons récemment publiée dans Transport Policy dresse six profils types. D’abord, trois groupes plutôt favorables : les enthousiastes, les anti-dérogations et les non concernés. Puis trois autres profils plus ou moins critiques : les alliés potentiels, les non-convaincus et les détracteurs.

Alors que les ZFE continuent de déchaîner les passions, ces résultats sont précieux, car ils peuvent permettre de mieux cibler les mesures d’accompagnement.

Des bénéfices démontrés à l’étranger

Trente ans après les premières ZFE instaurées en Suède, et avec près de 300 ZFE aujourd’hui en Europe, il est établi qu’elles ont conduit à une réduction des émissions de NO2 et de PM¹⁰ de 5 % à 25 %, des maladies cardiovasculaires ou encore du diabète. Elles permettent même de rattraper les déficits de développement pulmonaire causés par la pollution atmosphérique chez les enfants, ce qui est déterminant pour prévenir la morbidité respiratoire et cardiovasculaire à l’âge adulte.

Ces bénéfices dépassent la seule santé physique. À Londres (Royaume-Uni), la mise en place de la ZFE s’est accompagnée d’une baisse de 18,5 % des arrêts maladie, entraînant une amélioration significative de la productivité du travail. Les habitants y déclarent également être plus heureux, avoir une meilleure estime de soi et ressentir moins d’anxiété.

Les bénéfices sont également d’ordre économique : une analyse coûts-bénéfices estime que la ZFE londonienne génère environ 37 millions de livres sterling d’économies par an (soit près de 43 millions d’euros) pour l’ensemble de la population.




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Dépasser la tension entre justice sociale et environnement : l’exemple de Grenoble

Dans notre étude, nous explorons, sur la base d’une enquête réalisée à Grenoble avant la mise en place de la ZFE dans l’agglomération, une voie pour concilier justice sociale et efficacité environnementale et sanitaire, à travers la mise en place de mesures d’accompagnement des ZFE. Nous avons ainsi analysé les liens entre soutien à la ZFE et soutien à des mesures visant soit à renforcer son ambition environnementale et sanitaire, soit à améliorer son équité sociale, en facilitant l’adaptation des ménages les plus modestes.

Les mesures d’accompagnement que nous avons considérées sont celles envisagées par les décideurs politiques avant la mise en place de la ZFE.

  • Trois consistaient en des dérogations destinées à répondre à des préoccupations sociales : pour les artisans et les commerçants ambulants, certains véhicules de service public et les personnes en situation de handicap.

  • Deux autres favorisaient l’utilisation de la voiture particulière (un programme de mise au rebut pour l’achat d’un véhicule plus récent et l’autorisation de circuler dans la ZFE en cas de covoiturage), qui visaient également à répondre aux préoccupations des usagers ne disposant pas d’autres options de transport ou préférant ne pas renoncer à l’utilisation de la voiture.

  • D’autres visaient à encourager le transfert modal.

Cinq mesures, en particulier, avaient pour objectif d’encourager l’utilisation des transports en commun :

  • l’amélioration du réseau de transports en commun à l’intérieur de la zone ;

  • l’amélioration du réseau à l’extérieur de la zone ;

  • l’extension des parkings relais à proximité des transports en commun ;

  • la mise en place d’un titre de transport unique valable sur l’ensemble du réseau de transports en commun du département ;

  • et enfin, la réduction des tarifs des transports en commun.

Une autre mesure favorisait le vélo, tandis que la dernière mesure consistait en un service de conseil personnalisé destiné à aider les usagers à adapter leur mobilité dans la ZFE.




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Les six profils identifiés face aux ZFE

Notre analyse a permis d’identifier six attitudes types face aux ZFE, représentées dans le schéma ci-dessous.

Derrière le débat sur les ZFE, six profils aux attentes très différentes.
H. Bouscasse et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Une majorité de répondants était favorable à la mise en place de la ZFE. Dans ce groupe de personnes favorables, trois profils émergent.

  • Les « enthousiastes », groupe le plus important (32 % des répondants), soutiennent toutes les mesures d’accompagnement et sont fermement convaincus des effets positifs de la ZFE sur la qualité de l’air et la circulation.

  • Les « anti-dérogations » (15 %) sont très convaincus des bénéfices sanitaires de la ZFE, enjeu d’autant plus important à leurs yeux qu’ils vivent plus souvent en centre-ville. Ils s’opposent aux dérogations susceptibles d’en réduire l’ambition environnementale et sanitaire.

  • Le soutien à la ZFE des « non concernés » (8 %) semble découler du fait qu’ils ne sont pas impactés (car vivant en dehors du centre-ville) et ne se soucient guère des implications sociales, rendant ce soutien d’autant plus fragile qu’ils ne sont pas de fervents défenseurs de l’environnement.

Parmi les personnes opposées ou neutres vis-à-vis de la ZFE, trois autres profils se dégagent.

  • Les « alliés potentiels » (deuxième groupe le plus représenté, avec 19 % des répondants) soutiennent toutes les mesures d’accompagnement, particulièrement les conseils personnalisés. Convaincus des effets positifs de la ZFE, ils sont néanmoins inquiets des répercussions sociales potentielles (peut-être parce qu’ils ont des revenus relativement modestes), ce qui freine leur soutien à la ZFE. Ce groupe est particulièrement important à cibler pour les décideurs locaux. Répondre à leurs préoccupations (peur d’une vulnérabilité économique accrue) par des mesures d’accompagnement appropriées, notamment des conseils personnalisés, pourrait les rallier à la ZFE.

  • Les « non-convaincus » (17 %) doutent surtout de l’efficacité de la ZFE. Inquiets de ses conséquences sociales, ils soutiennent néanmoins la plupart des mesures d’accompagnement, à l’exception des conseils personnalisés, perçus comme coûteux et inefficaces.

  • Enfin, les « détracteurs » (9 %) avouent un désintérêt pour l’environnement et une attitude négative à l’égard du vélo. Pour eux, la ZFE n’a aucun intérêt, et ils ne soutiennent aucune des mesures. Tenter de convaincre ce groupe semble vain. Ils pourraient cependant représenter une forte opposition à sa mise en œuvre.




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Ce que cela change pour l’action publique

Des campagnes de communication ciblées, axées à la fois sur les impacts de la pollution atmosphérique sur la santé, les inégalités socio-économiques et spatiales d’exposition et sur les bénéfices avérés des ZFE en Europe, pourraient réduire la méconnaissance ou la sous-estimation de ces bénéfices et ainsi renforcer l’adhésion aux ZFE. Mais la communication à elle seule ne suffira probablement pas. L’efficacité et l’équité perçues doivent être abordées conjointement.

Notre analyse met en évidence le défi que représente la mobilisation des « alliés potentiels » sans compromettre le soutien des « anti-dérogations », afin de susciter une large adhésion du public. Cela nécessite de répondre aux préoccupations en matière d’équité sociale des « alliés potentiels », en particulier celles des ménages résidant en dehors du périmètre de la ZFE, qui peuvent se sentir limités dans leur capacité à s’adapter.

À cette fin, il est essentiel de combiner le déploiement d’une ZFE avec des mesures qui :

  • d’une part, renforcent la crédibilité des bénéfices attendus en matière de santé (et évitent ainsi les dérogations généralisées),

  • et, d’autre part, apportent des solutions adaptées aux ménages. L’introduction de dérogations très ciblées, adaptées à des situations spécifiques, pourrait apaiser les inquiétudes concernant une vulnérabilité accrue en matière de mobilité chez les ménages défavorisés, sans compromettre l’efficacité environnementale de la ZFE.

À Grenoble, des dérogations ciblées permettent d’apporter des solutions concrètes aux ménages les plus exposés.
Pixabay

De telles flexibilités existent déjà : dans la métropole de Lyon (Rhône), la dérogation « Petit rouleur » permet par exemple de circuler jusqu’à 52 jours par an avec un véhicule normalement concerné par les restrictions. À Grenoble aussi, un certain nombre de dérogations ciblées existent.

Les services de conseil personnalisés en mobilité constituent un autre outil prometteur. À Grenoble, à l’issue d’un entretien visant à évaluer la capacité de chaque individu à s’adapter à la ZFE, notamment en matière de transfert modal, les participants peuvent bénéficier d’un forfait de mobilité de 1 000 euros. Utilisable pendant un an, il peut être utilisé pour la location à long terme de vélos classiques ou électriques, l’achat d’abonnements aux transports en commun ainsi que pour des services d’autopartage ou de covoiturage.

L’enjeu global dépasse la question de la survie des ZFE qui, même si elles survivent à cette niche parlementaire, auront du mal à se relever de ces attaques répétées. Il s’agit surtout de reconnaître qu’il est possible d’améliorer la qualité de l’air, et la santé de tous, de réduire les inégalités d’exposition et de diminuer la place de la voiture dans nos déplacements. L’actualité – en lien, notamment, avec le prix des carburants – nous rappelle que la dépendance à l’automobile ne cesse de peser sur le budget des ménages, en particulier les plus modestes, tout en fragilisant la sécurité énergétique de la France et en aggravant le réchauffement climatique.

Rappelons que la pollution de l’air est responsable de 5 à 7 % de la mortalité européenne et de 7 % de la mortalité en France. Dans les zones urbaines françaises, ce sont les ménages les plus modestes qui sont les plus exposés à une piètre qualité de l’air et ceux dont la santé aurait le plus à gagner de son amélioration.

C’est pourquoi la Directive européenne sur la qualité de l’air vise le « zéro pollution » à l’horizon 2050. Sa transposition nationale, qui doit être réalisée avant la fin de cette année, nécessitera d’abaisser drastiquement les seuils réglementaires de pollution atmosphérique afin de s’aligner sur ces nouvelles normes. Est-ce que supprimer les ZFE sans alternative est vraiment la meilleure manière de s’y préparer ?

The Conversation

Sandrine Mathy a reçu des financements de l’ADEME (Programme Primequal) pour le projet QAMECS-SHS, de Grenoble Alpes Métropole (projet PERCEPOL), et de l’ANR dans le cadre du programme “Investissements d’avenir” (ANR- 15-IDEX-02) pour les projets MOBILAIR et ACME .

Carole Treibich, Hélène Bouscasse et Rim Rejeb ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Alliés potentiels, non convaincus, détracteurs… comment dépasser les clivages créés par les ZFE ? – https://theconversation.com/allies-potentiels-non-convaincus-detracteurs-comment-depasser-les-clivages-crees-par-les-zfe-292801

L’histoire d’Argos, le fidèle chien d’Ulysse, éclaire la place des animaux dans la Grèce antique

Source: The Conversation – in French – By Susanna Phillippo, Senior Lecturer in Classics, Newcastle University

Dans l’Odyssée, Argos (ici peint par Briton Riviere en 1873) n’est pas qu’un chien : il incarne les liens entre humains et animaux dans la Grèce antique Universal Pictures/Granger Historical Picture Archive

L’ESSENTIEL

  • Dans l’Odyssée, le chien Argos incarne la fidélité et les ravages du temps qui passe.

  • Les animaux occupent une place importante dans la littérature et l’art de la Grèce antique, où ils sont souvent représentés comme des compagnons.

  • Les animaux ne sont pas de simples figurants : ils participent pleinement au récit homérique.


L’Odyssée d’Homère, avec ses monstres fabuleux et son récit haletant de l’endurance humaine, était un candidat idéal pour le dernier blockbuster hollywoodien de Christopher Nolan. Mais au milieu de cette débauche de fantastique et de drames héroïques, deux scènes beaucoup plus simples figurent parmi les plus mémorables du poème. Toutes deux mettent en scène des animaux.

La première est celle, bouleversante et tragiquement brève, des retrouvailles entre le héros (incarné dans le film par Matt Damon) et son fidèle chien Argos. Un épisode d’une grande sobriété, qui éclaire pourtant avec force les grands thèmes de l’Odyssée : la patience, la fidélité et la perte.

La seconde montre le cyclope anthropophage révéler, contre toute attente, une facette plus tendre. Il s’adresse à son bélier préféré en l’appelant Pepon, un terme affectueux qu’Homère réserve par ailleurs aux amis proches et aux membres de la famille. Le cyclope se demande à voix haute si l’animal souffre de la perte de l’œil de son maître ou s’il partage son désir de vengeance.

Ces deux épisodes illustrent la remarquable capacité d’Homère à ancrer le monde héroïque dans toute la richesse de l’expérience humaine, tout en soulignant les liens fondamentaux entre les êtres humains et le monde naturel. L’univers foisonnant des héros homériques ne se limite pas aux monstres fabuleux, aux divinités toutes-puissantes et aux aristocrates : il est aussi peuplé d’hommes et de femmes ordinaires, ainsi que d’animaux.

Les liens entre les humains et les animaux dans la poésie grecque antique

Les liens qui unissent les humains et les animaux, qu’ils soient des compagnons de travail ou non, sont abondamment représentés dans la littérature comme dans les arts visuels de la Grèce antique. L’épouse d’Ulysse, Pénélope, possède des oies domestiques qui, dit-elle, « réchauffent son cœur » lorsqu’elle les voit. Dans un rêve, un aigle les tue, et Pénélope pleure leur disparition.

Dans l’autre grande épopée d’Homère, l’Iliade, Hector demande à ses chevaux de se souvenir de la bouillie sucrée que son épouse leur préparait avant même de s’occuper de son mari. Quant aux chevaux d’Achille, ils pleurent la mort de son ami Patrocle. Figés par le chagrin, ils demeurent immobiles « comme une colonne dressée sur la tombe d’un homme ou d’une femme ».

Dans la littérature grecque plus tardive, il existe un important corpus d’épitaphes consacrées à la mémoire des chiens. Le poète Simonide, qui vécut aux VIᵉ et Vᵉ siècles avant notre ère, est parfois considéré comme l’auteur de ce vibrant hommage, gravé sur la stèle funéraire d’une chienne de chasse :

« Bien que tu sois morte, Lycas la chasseuse, j’imagine que les bêtes sauvages tremblent encore devant tes os blancs dans ce tombeau. Ta bravoure est connue du haut Pélion, de l’Ossa qui se voit de loin et des sommets du Cithéron avec leurs pâturages solitaires. »

Les liens entre les humains et les animaux dans l’art grec antique

De nombreuses recherches montrent que les chiens de travail comme les chiens de compagnie sont très largement représentés dans les peintures sur céramique et les sculptures grecques. La base de données des céramiques du Beazley Archive, à Oxford, recense plus de 1 400 représentations de chiens sur des vases datés de 700 à 200 avant notre ère. Des exemples encore plus anciens nous sont également parvenus.

D’un côté du vase figure un homme retenant un chien en laisse dans chaque main. À sa gauche se tient un taureau, peint en silhouette et couvert de taches, tourné vers la droite mais la tête orientée vers la gauche
Cratère en cloche conservé dans les collections du British Museum.
The Trustees of the British Museum, CC BY

Les collections du British Museum conservent notamment un bol de la période mycénienne (entre 1750 et 1050 avant notre ère), l’époque où se déroulent les épopées homériques. On y voit un homme peinant à maîtriser deux petits chiens particulièrement fougueux tenus en laisse.

Même si les preuves de l’utilisation des chiens à la guerre par les Grecs restent limitées, les peintures sur vase représentant des guerriers faisant leurs adieux à leur famille montrent souvent un chien. Celui-ci peut être interprété soit comme accompagnant le guerrier au combat, soit comme restant auprès de ceux qui demeurent au foyer.

Dans un registre plus domestique, les chiens apparaissant sous les lits de banquet des hommes participant à un symposium, où l’on boit du vin (et s’adonne à d’autres plaisirs du corps), constituent un thème récurrent de l’iconographie grecque. C’est le cas, par exemple, d’un célèbre vase corinthien datant de 600 à 590 avant notre ère.

Le monument funéraire de la jeune Euchalia
Le monument funéraire de la jeune Euchalia.
Kerameikos Museum, CC BY

Si les chiens, notamment les chiens de chasse, peuvent apparaître dans l’art et sur les monuments funéraires comme des marqueurs de statut social, ils sont aussi représentés dans des scènes qui suggèrent un véritable lien d’affection. Un relief découvert à Sparte montre un homme assis, entouré des attributs de son rang, tandis qu’un petit chien se dresse contre ses genoux pour attirer son attention.

Sur les reliefs funéraires de l’Athènes classique, ces petits chiens constituent un motif récurrent. Ils accompagnent le plus souvent des personnages jeunes, et tout particulièrement des enfants.

L’un des exemples les plus connus est le monument funéraire de la jeune Euchalia. On l’y voit entourée de ses parents, de sa grand-mère et d’un petit chien dressé sur ses pattes arrière, les pattes posées contre ses genoux. Il s’agit probablement d’un maltais (Canis melitaeus), un petit chien de compagnie réputé dans l’Antiquité pour son caractère affectueux et sa douceur.

Ce que symbolise Argos

Les chiens n’étaient pas toujours perçus de manière positive dans le monde antique : le mot « chien » était employé comme une insulte, aussi bien envers les femmes qu’envers les hommes dans les épopées homériques. Mais la fidélité d’Argos témoigne à la fois de la valeur d’Ulysse aux yeux de sa propre société et de celle de cette société elle-même, malgré les bouleversements et le déclin qu’elle traverse.

Si le retour d’Ulysse à Ithaque est indispensable, il ne peut réussir sans le soutien de personnages humbles et profondément humains comme le porcher Eumée. Et il a peut-être aussi besoin de la confirmation intime que lui apporte la fidélité inébranlable d’Argos.

L’épisode d’Argos fait écho au début du chant XIV, lorsque Ulysse rentre pour la première fois chez lui. Les chiens de garde de la ferme du porcher Eumée ne le reconnaissent pas et s’apprêtent à l’attaquer :

« Et aussitôt les chiens aboyeurs virent Ulysse, et ils accoururent en hurlant ; mais Ulysse plein de ruse s’assit, et le bâton tomba de sa main. Alors il eût subi un indigne traitement auprès de l’étable qui était à lui ; mais le porcher accourut promptement de ses pieds rapides ; et le cuir lui tomba des mains et, en criant, il chassa les chiens à coups de pierres. »

Cette scène rappelle avec force combien l’absence d’Ulysse a été longue et à quel point lui et sa patrie sont devenus étrangers l’un à l’autre. Ce contraste est renforcé lorsque son fils, Télémaque, arrive à son tour : les mêmes chiens l’accueillent avec l’affection que manifestera plus tard Argos envers Ulysse.

Cette scène fait douloureusement écho à celle où Ulysse assiste, impuissant, aux retrouvailles affectueuses entre le porcher Eumée et son propre fils, Télémaque, qui ne le reconnaît pas. Tous deux s’étreignent « comme un père et son fils ». Un rappel cruel de tout ce qu’Ulysse a perdu pendant sa longue absence.

Dans l’histoire d’Argos, l’Odyssée mêle avec une remarquable habileté réalisme, ironie et émotion. Homère oppose la vigueur du chien dans sa jeunesse à l’état d’abandon dans lequel il se trouve lorsqu’il retrouve enfin son maître : couché sur un tas de fumier, couvert de parasites.

Le lien affectif entre les deux est intact, mais les retrouvailles physiques sont impossibles. Malgré ses oreilles dressées et sa queue qui remue, Argos est trop faible pour s’approcher d’Ulysse. Quant à celui-ci, profondément ému, il n’ose pas laisser paraître qu’il l’a reconnu, de peur de révéler son identité à un moment critique, alors que les prétendants qui convoitent Pénélope sont prêts à le tuer.

Dans un dénouement aussi émouvant que réconfortant, le fidèle compagnon a la chance de revoir une dernière fois son maître avant de mourir. Mais ces retrouvailles incomplètes laissent un sentiment d’accomplissement contrarié qui met en lumière le versant le plus sombre de l’histoire d’Ulysse : malgré tout ce qu’il retrouve, certaines pertes causées par une si longue absence ne pourront jamais être réparées.

L’héroïsme et les exploits héroïques occupent une place centrale dans les poèmes homériques et y sont constamment célébrés. Mais ces œuvres rendent aussi hommage aux relations ordinaires entre les êtres humains et les animaux. Elles en pleurent la fragilité autant qu’elles en célèbrent la beauté, suggérant que ces liens valent autant que les exploits des héros, sinon davantage, parce qu’ils leur survivent.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. L’histoire d’Argos, le fidèle chien d’Ulysse, éclaire la place des animaux dans la Grèce antique – https://theconversation.com/lhistoire-dargos-le-fidele-chien-dulysse-eclaire-la-place-des-animaux-dans-la-grece-antique-288398

Sénégal : après la dette cachée, quel rôle pour le FMI ?

Source: The Conversation – in French – By Souleymane Gueye, Professor of Economics and Statistics, City College of San Francisco

Le Sénégal se trouve devant un paradoxe historique. Après avoir découvert que sa dette était bien plus élevée que les chiffres officiellement communiqués, le pays s’apprête à accepter un nouveau programme avec le FMI destiné à rétablir ses équilibres budgétaires et à restaurer la soutenabilité de sa dette.

Le pays doit aujourd’hui assainir des finances publiques dont les déséquilibres ont échappé, pendant des années, à la surveillance du FMI qui l’accompagne depuis des décennies.

Avec une dette publique révisée à 132 % du PIB, un besoin de refinancement de 11,6 milliards de dollars en 2026, un service de la dette absorbant 25 % des recettes fiscales et une crédibilité financière dégradée, le Sénégal doit impérativement restaurer ses marges budgétaires.

Dans ce contexte, l’accord technique avec le FMI est présenté comme une nécessité. Ayant étudié les politiques et les prescriptions du FMI, je m’interroge sur les limites de ce dispositif de surveillance et les risques d’un remède qui pourrait reproduire les mêmes erreurs.

Le paradoxe du FMI

Le paradoxe est saisissant : le FMI intervient pour résoudre une crise de dette dont il n’avait pas anticipé toute l’ampleur. Il demande désormais davantage de transparence, une meilleure gestion de la dette, une rationalisation des dépenses et une mobilisation accrue des recettes.

Ces mesures sont nécessaires. Mais pourquoi n’ont-elles pas su prévenir l’émergence d’une telle vulnérabilité ? Il serait trop facile de faire supporter aux citoyens l’essentiel du coût de la correction, alors que le système de surveillance n’a pas détecté à temps l’ampleur du problème.

La situation relative à cet accord est désormais alarmante. D’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, ce programme est accordé au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), destinée à apporter une aide financière à moyen terme aux pays à faible revenu confrontés à des difficultés prolongées de balance des paiements.

Il repose sur une logique de consolidation budgétaire. Celle-ci pourrait avoir de lourdes conséquences sociales et économiques, comme ce fut le cas dans les années 1980 avec les programmes d’ajustement structurel.




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En effet, le Sénégal risque de payer deux fois : une première fois pour les erreurs et les engagements du passé, et une seconde fois pour les corriger. Cette correction passerait par une politique fiscale restrictive. Celle-ci repose notamment sur une réduction drastique des dépenses publiques, une réforme des subventions à l’énergie et la privatisation de certains secteurs importants de l’économie.

Cette stratégie de restauration des équilibres budgétaires réduira davantage les marges budgétaires de l’État et pourrait reproduire le cycle suivant : endettement → crise → ajustement → restructuration → retour aux marchés → nouveaux emprunts → nouvelle crise. Or, l’objectif du gouvernement devrait être d’en sortir, et non de le reproduire avec l’intention de restructurer prématurément la dette.

La souveraineté ne peut pas être sous-traitée

Le Plan de redressement économique et social (PRES), porté par le gouvernement dirigé par l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, reposait sur un principe central : subordonner tout programme extérieur aux priorités économiques nationales.

L’objectif était de transformer structurellement l’économie sénégalaise et de renforcer son autonomie. Il s’agissait ainsi d’éviter le cercle vicieux de la dépendance et de la pauvreté : faible transformation productive → déficit → dette → ajustement → investissement insuffisant → nouvelle dette.

En revanche, la logique du FMI s’articule autour de la stabilisation du cycle financier tout en ignorant le cycle productif. Si la stabilisation devient l’horizon ultime de ce nouvel accord, le Sénégal risque de perdre une partie de sa capacité à définir ses priorités et ses programmes économiques et sociaux. Ce serait très malheureux après deux années de gestion active de la dette et d’allégement du coût de la vie pour les ménages sénégalais sans appui financier du FMI.

Le FMI doit être un instrument, pas le planificateur économique. Il serait aberrant de demander au Sénégal de rompre avec le FMI aujourd’hui. Mais le pays doit résoudre cette question vitale : comment utiliser le FMI sans le laisser devenir l’architecte principal de la politique économique nationale ?




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Tout programme doit conduire vers l’autonomie financière. Ainsi, le plan de traitement de la dette doit être conçu pour libérer des ressources financières pour l’industrie, l’agriculture , la transformation locale des ressources minières/ d’hydrocarbures, et les infrastructures productives.

Ce plan ne doit pas être utilisé uniquement comme un levier pour amortir une dette de 4 517 milliards de francs CFA et contribuer au rétablissement de sa soutenabilité.

Les difficultés économiques du Sénégal surpassent la problématique de la dette : l’économie produit et transforme peu, importe beaucoup, crée trop peu d’emplois et dépend des financements extérieurs. Le pétrole et le gaz doivent servir à transformer ce modèle d’endettement, non à en repousser la réforme.

Un programme de stabilisation des équilibres budgétaires

Le nouveau programme du FMI doit être compris pour ce qu’il est : un programme de stabilisation et de restructuration de la dette, avec des conditionnalités classiques : réduction du déficit budgétaire estime a 7.6 % du PIB, maîtrise des dépenses gouvernementales, notamment les dépenses d’investissement, mobilisation des recettes et réformes économiques.

Il repose notamment sur une modification de l’intervention de l’État, une réorientation des subventions qui passent de 428 millions à 1,35 milliard de dollars dans le nouveau projet de loi de finance rectificative (PLFR) et un plan de traitement de la dette. Ceci n’est rien d’autre qu’un plan d’ajustement structurel.

Assainir les finances publiques n’est pas transformer une économie. Le Sénégal doit absolument éviter cette approche.
Si le Sénégal, à travers cet accord, parvient à réduire ses déficits, restaurer la soutenabilité de la dette , et à retrouver l’accès aux marchés financiers internationaux sans transformer structurellement sa base productive, la crise ne sera pas résolue : elle aura été simplement repoussée.

Ce que nous enseignent les autres pays

L’expérience du Ghana et de la Zambie illustre parfaitement cette distinction. Au Ghana, le programme du FMI et la restructuration ont amélioré les équilibres macroéconomiques et la dette. En 2025-2026, la croissance économique et le taux d’inflation ont évolué favorablement. Mais les difficultés économiques et sociales demeurent.

En Zambie, la restructuration et la consolidation budgétaires ont amélioré les indicateurs de la dette et certaines dépenses sociales ont été protégées. Mais la pauvreté et les inégalités restent criantes et une nouvelle restructuration a été nécessaire. Un programme peut donc stabiliser les finances sans transformer profondément l’économie.




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Le Sénégal doit travailler avec le FMI pour faire valider son cadrage macroéconomique aujourd’hui, sans devenir dépendant du FMI demain. Le gouvernement doit rester maître de ses choix. La discipline budgétaire est nécessaire, mais l’austérité ne peut devenir une stratégie de développement. Et c’est là ou les autorités doivent être fermes durant les phases de négociation et de confirmation du programme.

Construire son propre plan de sortie de crise

Quel programme le Sénégal peut-il construire avec le FMI sans abandonner ses propres priorités et sa souveraineté économique ?

Le pays doit élaborer son propre plan national de sortie de crise et de transformation économique, négocié avec ses partenaires mais conçu à partir de ses intérêts économiques. À défaut de poursuivre le PRES, il y a urgence à convoquer des États généraux de l’économie pour concevoir un plan économique et social qui mettra le Sénégal sur la trajectoire des économies émergentes.

Deux objectifs sont indissociables : assainir les finances publiques aujourd’hui et transformer structurellement l’économie pour éviter la prochaine crise. Cela suppose de protéger l’investissement productif, mobiliser les recettes, réduire le train de vie de l’État, développer l’épargne nationale, mobiliser la diaspora et réduire la dépendance aux emprunts extérieurs.

Surtout, il faut produire davantage, transformer localement les ressources, exporter davantage de produits finis, et créer des emplois durables. Les hydrocarbures offrent une occasion exceptionnelle, mais aussi un risque s’ils financent surtout les dépenses courantes ou de nouveaux emprunts.

Sortir du cycle

Le Sénégal doit assumer ses responsabilités : clarifier la gestion passée de la dette, renforcer la transparence et consolider les institutions de contrôle. Mais la crise doit aussi remettre en cause un modèle trop dépendant de l’endettement extérieur et encore insuffisamment productif.

C’est cela, la véritable souveraineté économique : accepter l’aide dont le pays a besoin sans abandonner le droit de définir son avenir. Le Sénégal ne doit pas seulement chercher à redevenir un bon emprunteur. Il doit devenir une économie suffisamment productive pour avoir de moins en moins besoin d’emprunter.

La crise actuelle peut être une menace ou une opportunité historique. Si les autorités se contentent de restructurer la dette, ils gagneront peut-être du temps. Par contre, s’ils utilisent cette crise pour transformer profondément l’économie, le système de financement et les institutions, le Sénégal changera de trajectoire.

Le véritable enjeu dépasse le financement obtenu : le Sénégal utilisera-t-il ce programme pour seulement restaurer ses comptes ou pour reconstruire son économie ? La première option sortira peut-être le pays de la crise de l’endettement et restaurera progressivement la crédibilité financiere; mais la seconde l’en sortira durablement.

Le Sénégal a besoin du FMI pour franchir un moment difficile. Mais il ne doit pas lui confier la définition de son avenir. La réussite ne se mesurera pas à notre capacité à rembourser davantage de dettes, mais à notre capacité à bâtir une économie qui en aura besoin de moins en moins.

Le véritable plan de sortie de crise ne doit donc pas seulement nous permettre de sortir du cycle de la dette : il doit nous permettre de ne plus y revenir.

The Conversation

Souleymane Gueye receives funding from Fulbright. He is affiliated with the American Economic Association.

– ref. Sénégal : après la dette cachée, quel rôle pour le FMI ? – https://theconversation.com/senegal-apres-la-dette-cachee-quel-role-pour-le-fmi-291627

Le long voyage du riz, de la préhistoire aux rizières du monde entier

Source: The Conversation – in French – By Garritt C. Van Dyk, Senior Lecturer in History, University of Waikato

Au VIIIᵉ siècle, les Maures venus d’Afrique du Nord ont introduit le riz dans la péninsule Ibérique, où sa culture s’est progressivement implantée. Matheus Bertelli/Pexels

L’ESSENTIEL

  • Né en Chine, en Inde et en Afrique, le riz possède plusieurs foyers de domestication.

  • Migrations, guerres, commerce et esclavage ont permis sa diffusion sur tous les continents.

  • Aliment de base pour plus de 3,5 milliards de personnes, le riz doit aujourd’hui s’adapter au défi climatique.


Le riz est l’aliment le plus consommé au monde. Chaque jour, il nourrit plus de 3,5 milliards de personnes. Il est profondément ancré dans l’alimentation, les rituels du quotidien, les langues et les traditions spirituelles, au point qu’on en oublie souvent son importance.

Mais d’où vient le riz ? Et comment s’est-il diffusé jusqu’à devenir l’un des piliers de la sécurité alimentaire mondiale ?

Les premières origines en Chine et en Inde

Dans le bassin inférieur du fleuve Yangtsé, en Chine, le riz Oryza sativa poussait déjà il y a 100 000 ans. Les premiers groupes humains l’ont récolté il y a environ 24 000 ans, avant de commencer à le cultiver il y a 13 000 ans.

Au fil des générations, la sélection des plants les plus intéressants a progressivement transformé cette plante sauvage. Il y a environ 11 000 ans, elle était devenue une variété domestiquée, distincte de son ancêtre sauvage.

Les chercheurs débattent encore de l’apparition des premières formes de riz domestiqué en dehors de la Chine. Des indices montrent toutefois qu’une culture du riz s’est développée en parallèle en Inde, le long du Gange, dans l’actuel Uttar Pradesh, dès 6500 avant notre ère.

Selon une hypothèse, les deux principales sous-espèces de riz – le riz à grains courts (japonica) et le riz à grains longs (indica) – auraient évolué séparément : la première en Chine, la seconde en Inde. D’autres chercheurs estiment que le riz indica est issu d’un croisement entre un riz sauvage local indien et le riz japonica, introduit en Inde vers 2500 avant notre ère.

Le riz africain : une autre histoire des origines

Une autre espèce de riz, Oryza glaberrima, est apparue en Afrique environ 2 000 ans après la domestication du riz par les agriculteurs d’Asie.

Le riz africain produit des rendements inférieurs à ceux des variétés asiatiques, mais il résiste beaucoup mieux à la sécheresse et aux ravageurs. Il supporte des conditions climatiques extrêmes, les parasites et les virus, et peut prospérer sur des sols pauvres, sans irrigation ni désherbage.

Deux femmes devant un bol de riz sec sur un marché
Le riz africain est mieux adapté au climat sec et rude de l’Afrique de l’Ouest.
Kold Shots/Pexels

Mais le riz africain est davantage sujet à l’égrenage : ses grains tombent naturellement avant la récolte, au lieu de rester attachés à la plante. Au fil d’un long processus de sélection, les variétés asiatiques ont été modifiées pour ne plus perdre spontanément leurs grains avant la récolte, ce qui a permis d’augmenter fortement les rendements.

Migrations, guerres, commerce et esclavage

Les migrations des premiers agriculteurs ont contribué à diffuser la culture du riz dans toute l’Asie du Sud-Est.

Des vestiges archéologiques datant d’il y a 4 000 ans montrent que les techniques de culture ont été introduites dans plusieurs régions de l’Asie du Sud-Est – correspondant aujourd’hui au Vietnam, au Cambodge, au Myanmar et à la Thaïlande – par des migrants venus du sud de la Chine, plutôt que transmises par les populations voisines ou développées localement.

Les chercheurs estiment que ce même processus a sans doute accompagné la diffusion du riz dans de nombreuses autres régions d’Eurasie, au fil de son expansion à travers le monde.

Les mouvements de troupes ont eux aussi favorisé la diffusion du riz vers de nouvelles régions du monde. Les naturalistes qui accompagnaient les campagnes d’Alexandre le Grand en Inde rapportèrent ainsi du riz dans la Grèce antique et en Macédoine vers 320 avant notre ère.

Au VIIIe siècle, les Maures venus d’Afrique du Nord – des territoires correspondant aujourd’hui au Maroc et à l’Algérie – introduisirent le riz dans la péninsule ibérique. Plus tard, au XIe siècle, les croisés de retour du Moyen-Orient en rapportèrent à leur tour de petites quantités en Europe.

À partir du IIe siècle, le commerce terrestre le long de la route de la soie et les échanges maritimes entre l’océan Indien et la Méditerranée ont de leur côté permis au riz d’atteindre l’Asie centrale et l’Europe. Son transport étant coûteux, le riz importé était alors un produit de luxe, au même titre que les épices exotiques, plutôt qu’un aliment de base.

Un rouleau ancien jauni montrant cinq hommes en train de récolter du riz
Daté d’avant 1353, d’après des illustrations du XIIᵉ siècle, ce rouleau intitulé « Culture du riz » représente les travaux de culture et de récolte du riz en Chine.
The Met

À partir du XVIe siècle, la colonisation et la traite transatlantique des esclaves ont introduit le riz sur le continent américain. Les colons espagnols ont apporté les variétés asiatiques en Amérique centrale et en Amérique du Sud, tandis que la traite transatlantique a introduit les espèces de riz africaines en Amérique du Nord.

Les Africains réduits en esclavage, originaires de la « côte du riz » en Afrique de l’Ouest, ont apporté avec eux des techniques d’irrigation et de travail du sol à la houe, permettant d’adapter la culture du riz aux conditions climatiques de l’Amérique du Nord. Par un tragique effet pervers, cette expertise a contribué à intensifier la traite des esclaves : l’amélioration de la production rizicole facilitait l’alimentation d’une population toujours plus nombreuse de personnes réduites en esclavage.

Le riz, au cœur des rituels

L’importance du riz dans de nombreuses cultures se retrouve dans la vie quotidienne, les pratiques culturelles, les rites et les traditions. En Thaïlande, sa place centrale se reflète jusque dans la langue : l’expression kin khao, qui signifie « allons manger », se traduit littéralement par « manger du riz ».

Chaque année, au cours de la première quinzaine de mai, des cérémonies royales organisées au Cambodge, au Myanmar, en Thaïlande et au Japon marquent le début de la saison de la culture du riz.

Toujours en Thaïlande, le roi et la reine président d’ailleurs chaque année la cérémonie bouddhique royale des semailles ainsi que la cérémonie royale brahmanique du labour. Prières et offrandes y sont associées pour appeler des récoltes abondantes.

Au Japon, la plantation symbolique du riz par l’empereur est suivie, en juin, du rituel shinto Mibu no Hana Taue. Cérémonie qui rend hommage à la divinité du riz à travers un cortège de bœufs richement décorés, de costumes traditionnels, de chants et de musique.

Idem dans les rituels hindous, où le riz occupe une place centrale de la naissance jusqu’à la mort. Le premier aliment solide donné à un enfant est traditionnellement du riz sucré, à l’occasion du rite de passage de l’annaprashana. Le riz est aussi offert en guise de bénédiction lors des mariages et accompagne les défunts comme offrande destinée à leur voyage vers l’au-delà.

L’avenir du riz

La culture traditionnelle du riz est très gourmande en eau. En outre, les émissions de méthane issues des rizières en font la troisième plus importante source d’émissions agricoles liées à l’alimentation dans le monde.

De nouvelles techniques sont actuellement mises au point afin de réduire l’impact environnemental de la riziculture tout en maintenant des niveaux de production capables de répondre à une demande croissante.

La clé pourrait toutefois se trouver dans le passé. Des chercheurs analysent l’ADN de variétés anciennes de riz dans l’espoir de créer un nouvel hybride capable, une fois encore, de transformer la manière dont le riz nourrit l’humanité.

The Conversation

Garritt C. Van Dyk a bénéficié d’un financement du Getty Research Institute.

– ref. Le long voyage du riz, de la préhistoire aux rizières du monde entier – https://theconversation.com/le-long-voyage-du-riz-de-la-prehistoire-aux-rizieres-du-monde-entier-288943

El Nobel que ilumina el cerebro: por qué la optogenética ha cambiado por completo la neurociencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Celia Garau, Profesora Titular Laboral – Neurofisiología – UIB – IdISBa (Institut d’Investigació Sanitària Illes Balears), Universitat de les Illes Balears

peterschreiber.media/Shutterstock

¿Cómo podemos saber qué hace realmente un grupo concreto de neuronas en el cerebro?

Quienes estudiamos circuitos neuronales nos planteamos constantemente preguntas de este tipo. Podemos observar qué áreas cerebrales se activan mientras un animal se mueve, aprende, siente miedo o busca comida. Pero queda una pregunta mucho más difícil —y más interesante—: ¿esas neuronas simplemente se activan mientras ocurre algo o son realmente responsables de que ocurra?

La optogenética cambió radicalmente nuestra capacidad para contestar a esa pregunta. Y quienes la hemos utilizado sabemos hasta qué punto modifico también nuestra manera de pensar los experimentos.

Esa revolución acaba de ser reconocida con el Premio Nobel de Fisiología o Medicina 2026, concedido a Karl Deisseroth, Peter Hegemann y Georg Nagel por sus descubrimientos sobre canales iónicos activados por luz y la optogenética. Su historia es un magnífico ejemplo de por qué la investigación básica es tan importante.

De un alga al cerebro

Hegemann y Nagel estudiaban en algas unas proteínas sensibles a la luz, las canalrodopsinas, capaces de abrir canales en la membrana celular. ¿Qué tenía aquello que ver con nuestro cerebro? Ahí reside una de las bellezas de la ciencia. Deisseroth y su equipo demostraron que estas proteínas podían hacer que las neuronas, modificadas con técnicas genéticas para expresarlas, respondieran a la luz, activándose o inhibiéndose.

Como muchos grandes avances, detrás de la optogenética hay una historia colectiva. Edward Boyden, autor de un trabajo de 2005 que demostró el control óptico de neuronas en milisegundos, y Gero Miesenböck, pionero en controlar neuronas con proteínas sensibles a la luz, fueron también decisivos en su desarrollo.

De repente, teníamos un interruptor capaz de dirigirse a tipos concretos de neuronas y encenderse o apagarse en milisegundos.

De observar el cerebro a interrogarlo

A los científicos la optogenética nos ha ayudado a “desenredar el cableado” de nuestras cabezas. La concesión del Nobel reconoce el valor que tiene usar la luz no solo para observar ese entramado, sino para intervenir y averiguar qué hace cada circuito. Y aquí está, a mi entender, la verdadera revolución.

Imaginemos que un conjunto de neuronas se activa cuando un animal come. Podemos sospechar que regula la ingesta. Pero correlación no implica causalidad. ¿Qué sucede si las activamos nosotros? ¿Empieza el animal a comer? ¿Y si las inhibimos? Podemos hacer lo mismo con circuitos relacionados con el movimiento, el sueño, la memoria, el miedo o la agresividad.

Conceptualmente elegante y técnicamente más sencilla de lo que a priori pueda parecer, la optogenética consiste, en esencia, en introducir una proteína sensible a la luz en una población neuronal genéticamente seleccionada, hacer llegar luz mediante una fibra óptica implantada con precisión quirúrgica y observar qué cambia al activar o silenciar esas células mientras el animal realiza un comportamiento.

Para quienes estudiamos circuitos cerebrales, es difícil no entusiasmarse con este tipo de experimentos. El salto conceptual es alucinante. Dejamos de conformarnos con preguntar qué neuronas están activas. Podemos intervenir y preguntar al circuito: ¿tú qué haces?

Es más, ya no solo preguntamos únicamente qué hace una región cerebral, sino qué células, dentro de qué circuito y en qué momento son necesarias para una función. Y ese “cuándo” importa: podemos intervenir en milisegundos, al ritmo al que el cerebro convierte actividad neuronal en comportamiento.

La optogenética permite manipular tipos neuronales o incluso conexiones concretas entre regiones cerebrales. Y sigue evolucionando, con herramientas cada vez más precisas para activar o inhibir poblaciones específicas y combinar esa manipulación con técnicas que registran actividad, estudian conectividad o identifican las células de un circuito.

Mucho más que “controlar el cerebro con luz”

Aunque es tentador pensar que el siguiente paso será usar la optogenética para tratar enfermedades neurológicas o psiquiátricas, trasladarla al cerebro humano plantea dificultades evidentes.

Pero eso no le resta valor: comprender qué circuitos se alteran en una enfermedad, qué neuronas están implicadas y dónde podríamos intervenir ya supone un avance enorme.

Para quienes intentamos entender cómo los circuitos cerebrales generan movimiento, memoria, emociones o comportamiento, ese pequeño interruptor de luz ha cambiado las reglas del juego.

The Conversation

Celia Garau no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. El Nobel que ilumina el cerebro: por qué la optogenética ha cambiado por completo la neurociencia – https://theconversation.com/el-nobel-que-ilumina-el-cerebro-por-que-la-optogenetica-ha-cambiado-por-completo-la-neurociencia-293638

Entre el bolsonarismo y un Lula 4.0: Brasil vota dividido y habrá segunda vuelta presidencial

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Asbel Bohigues, Profesor de Ciencia Política, Universitat de València

Acto electoral del candidato Flávio Bolsonaro en Río de Janeiro el pasado 16 de agosto. Focus Pix/Shutterstock

Brasil ha votado este domingo 4 de octubre para elegir al presidente y vicepresidente de la República, los gobernadores y las asambleas legislativas de los Estados, la totalidad de la Cámara de Diputados y dos tercios del Senado. Más de 158 millones de brasileños y brasileñas estaban llamados a las urnas.

El senador Flávio Bolsonaro ha sido el candidato más votado en las presidenciales, con el 47,03 % de los votos válidos, frente al 45,16 % del actual presidente, Luiz Inácio Lula da Silva. Ninguno ha superado el 50 % necesario para ganar en primera vuelta, por lo que ambos volverán a enfrentarse el próximo 25 de octubre.

El primer balance favorece a la derecha y, especialmente, al bolsonarismo, que refuerza su presencia institucional y llega con ventaja a la segunda vuelta. Sin embargo, la presidencia de la República sigue abierta. Queda por ver si Brasil tendrá un cuarto mandato de Lula o si el apellido Bolsonaro regresará a la presidencia.

Bolsonaro: un liderazgo familiar

La ausencia de Jair Bolsonaro, padre de Flávio, en esta contienda tiene una explicación judicial. En 2023, el Tribunal Superior Electoral lo inhabilitó durante ocho años por abuso de poder político. En 2025 llegó la condena penal por la trama golpista destinada a impedir la alternancia tras las elecciones de 2022. La candidatura de su hijo mayor se produce, por tanto, en un contexto marcado por las consecuencias de aquella derrota y del intento antidemocrático de revertirla.

Aunque se había barajado una candidatura presidencial del gobernador de São Paulo, Tarcísio de Freitas, Jair Bolsonaro eligió respaldar a su hijo Flávio. La dimensión familiar del bolsonarismo va más allá de la presidencia. Su mujer Michelle Bolsonaro y su hijo Carlos Bolsonaro han sido electos para el Senado, mientras que Jair Renan Bolsonaro y Renato Bolsonaro, hijo y hermano del expresidente, respectivamente, han obtenido escaños en la Cámara de Diputados.

Estos resultados apuntan a la consolidación de un liderazgo personal y familiar, articulado a través del Partido Liberal (PL).

Ejes de campaña

La inseguridad, el coste de vida y el endeudamiento de los hogares han ocupado un lugar central en la campaña. A estas preocupaciones se ha añadido la relación con Estados Unidos. Las disputas por los aranceles de la administración Trump y la designación por parte de Estados Unidos de dos grupos criminales brasileños, Primeiro Comando da Capital y el Comando Vermelho, como organizaciones terroristas han incorporado una dimensión internacional al debate electoral.

Otro asunto destacado ha sido el escándalo del Banco Master, cuyo antiguo propietario, Daniel Vorcaro, está siendo investigado por un presunto fraude financiero. Sus ramificaciones alcanzan a figuras de todos los sectores políticos y al propio Supremo Tribunal Federal.




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Polarización máxima

La campaña presidencial ha vuelto a organizarse alrededor de dos grandes polos: la izquierda liderada por Lula y la derecha articulada por el bolsonarismo. Ambos candidatos concentraron conjuntamente más del 92 % de los votos válidos: Flávio Bolsonaro ha obtenido 56,1 millones de sufragios frente a los 53,9 millones de Lula da Silva. Las demás candidaturas quedaron a considerable distancia de los dos favoritos. Ninguna alcanzó el 3 % de los votos. El tercer puesto corresponde al escritor de autoayuda Augusto Cury, con el 2,89 %.

La segunda vuelta del 25 de octubre resolverá quién gobernará Brasil durante los próximos cuatro años. Lula debe remontar una diferencia de unos 2,2 millones de votos. Las candidaturas eliminadas para la segunda vuelta suman aproximadamente el 7,8 % de los votos válidos, algo más de nueve millones de sufragios que son decisivos.

El predominio de candidaturas de derecha entre los eliminados ofrece a Flávio una reserva potencial de apoyos mayor. Al igual que en Chile el año pasado y en Colombia hace unos meses, la derecha tiene a priori más margen que la izquierda para crecer.

La competencia ajustada entre ambos candidatos ya aparecía en los últimos sondeos. La encuesta de Quaest publicada en la víspera situaba a Lula en el 46 % y a Flávio en el 45 %, dentro del margen de error. Las urnas han colocado por delante al candidato del PL. Su crecimiento en los últimos sondeos, acompañado del retroceso de otras candidaturas, sugiere una concentración del voto de derechas en torno a su candidatura.

Por su parte, los resultados legislativos confirman la persistencia de la fragmentación partidista y el fortalecimiento del Partido Liberal. Con 121 de los 513 diputados, el PL ocupará cerca del 24 % de la Cámara y tendrá la mayor bancada desde 1994. En el Senado, la proyección es de 28 de los 81 escaños, algo más de un tercio del total. Será también la primera fuerza de esta cámara.

Contexto regional

La elección brasileña tiene una dimensión que trasciende sus fronteras. En 2022, la victoria de Lula se inscribió en un ciclo regional marcado por el llamado “giro a la oposición”.




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Gobiernos de distinto signo perdían las elecciones y la alternancia se convertía en la tendencia dominante. El regreso de la izquierda a Brasil formaba parte de ese proceso de castigo a los oficialismos.

En 2026, una eventual victoria de Flávio Bolsonaro reforzaría el avance de la derecha en América Latina. Brasil podría sumarse a Chile, Honduras, Colombia y Perú como otro país en el que las derechas ganan las elecciones y se alinean más con Trump 2.0.

Desde su regreso a la presidencia, Trump ha combinado el respaldo retórico a candidaturas afines con distintas formas de intervención y presión más propias del hard power (poder duro), desde la operación militar en Venezuela hasta el bloqueo de Cuba. Así, aliados y aliadas de Trump están ganando elección tras elección. A pesar de la gran heterogeneidad y realidad social y económica de cada país, América Latina es cada vez más afín a Estados Unidos (a Trump, para ser más precisos). El Escudo de las Américas cuenta cada día con más miembros, y quizá sume otro el próximo 1 de enero, cuando inicie el nuevo mandato presidencial brasileño.

Resiliencia democrática

En ciencia política, una de las definiciones más conocidas y minimalistas de la democracia corresponde al politólogo Adam Przeworski, quien afirmó: “es un sistema en el que los partidos (de gobierno) pierden las elecciones”. Brasil sería un caso más en esta definición mínima, pero hay más en juego.

El regreso de Lula en 2023 tras la presidencia de Bolsonaro padre se vivió en muchos sectores como una suerte de restauración democrática. El informe de V-Dem de 2026 identifica su victoria en 2022 como el punto de inflexión que permitió revertir el proceso de erosión democrática.




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Estamos asistiendo en vivo y en directo a un test de las teorías sobre resiliencia democrática. O, si se prefiere, sobre cómo pueden morir las democracias.

Se ha escrito mucho sobre cómo se erosiona una democracia desde dentro, cómo actúan autócratas electos y cómo hacer para derrotarlos en unas elecciones. La novedad en el actual panorama político tiene que ver con lo que sucede después. Es decir, con el modo de mantener a esa fuerza poco o nada democrática alejada del poder.

Estas elecciones muestran lo que ya vimos en EE. UU. en 2024: que se haya derrotado a una fuerza de derecha antidemocrática no significa que esta desaparezca y no vuelva a ganar. En Brasil, la posible victoria de Bolsonaro, ahora Flávio y no Jair, podrían confirmar esta tendencia.

The Conversation

Asbel Bohigues no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Entre el bolsonarismo y un Lula 4.0: Brasil vota dividido y habrá segunda vuelta presidencial – https://theconversation.com/entre-el-bolsonarismo-y-un-lula-4-0-brasil-vota-dividido-y-habra-segunda-vuelta-presidencial-293586

Repunte de covid-19 en España: lo que dicen los datos sobre bebés, mayores y vacunación

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Daniel Sepúlveda Crespo, Investigador Miguel Servet, Instituto de Salud Carlos III

Un compañero que tose en la oficina, un hijo que vuelve de la guardería con mocos, un padre mayor al que el malestar no se le acaba de quitar. Si esas escenas le suenan de las últimas semanas, no son solo impresiones. El último informe del Instituto de Salud Carlos III (ISCIII), correspondiente a la semana 39 de 2026 (21-27 de septiembre), confirma que las infecciones respiratorias agudas han cruzado en España el umbral epidémico, aunque con una intensidad baja. En la vigilancia epidemiológica, la intensidad no mide la gravedad de la enfermedad, sino cuánta transmisión hay en comparación con temporadas anteriores. El virus que más pesa en esa subida no es el de la gripe, que todavía no ha llegado, sino el SARS-CoV-2.

¿Hay motivo para preocuparse? Los datos apuntan a un aumento esperable, que conviene seguir con atención pero que, por ahora, no se sale de lo habitual.

Una ola que acaba de empezar

En la semana 39, algo más de una de cada cuatro muestras analizadas en atención primaria dio positivo a covid-19 en España, frente a apenas un 4 % de la gripe. La incidencia estimada rondó los 120 casos por cada 100 000 habitantes y la hospitalización, los 1,7. Conviene matizar que es un cálculo del ISCIII a partir de los casos que se atienden en los centros de salud, no el total de contagios reales, muchos de los cuales ni siquiera se diagnostican.

Son cifras en aumento, pero del mismo orden que las de la onda del año pasado, que alcanzó su máximo en la semana 38 con 92 casos por 100 000 y 1,6 hospitalizaciones. La palabra “onda” describe bien lo que ocurre: un virus respiratorio no se propaga de manera uniforme, sino que sube durante unas semanas, llega a un máximo y desciende, como una ola. Lo que vemos ahora es el arranque de una de ellas, y todavía no sabemos dónde estará su cima.

Figura 1. Tasa estimada de covid por temporada. Vigilancia en atención primaria. Temporadas 2022-2023 a 2025-2026. Fuente: SiVIRA.
CC BY-NC-SA

¿Algo fuera de lo normal?

Nada sugiere que lo sea. El SARS-CoV-2 no sigue un calendario estacional estricto, pero en los últimos años ha dado con frecuencia ondas a finales del verano y en otoño, y su tamaño varía mucho de un año a otro. Según el Ministerio de Sanidad, la temporada 2024-2025 dejó unos 886 000 casos estimados; la de 2025-2026, mucho más suave, unos 210 000.

¿Por qué ahora? La microbióloga María del Mar Tomás, portavoz de la Sociedad Española de Enfermedades Infecciosas y Microbiología Clínica (SEIMC), señala dos factores: la pérdida progresiva de inmunidad, sobre todo en mayores y personas con enfermedades de base, y el regreso a los espacios cerrados tras el verano. Tampoco cree que el repunte se deba a una variante más agresiva.

Hay, eso sí, una variante en el radar, BA.3.2, con muchas mutaciones en la proteína que el virus usa para entrar en las células. La Organización Mundial de la Salud la vigila desde diciembre de 2025 y no ha encontrado indicios de que cause una enfermedad más grave. Los datos genómicos públicos llegan solo hasta la primavera, de modo que no permiten atribuirle el aumento actual.

Los más pequeños y los más mayores

Como en otras ondas, no todos los grupos de edad la notan igual. En la semana 38, la tasa de casos atendidos por covid-19 en menores de un año pasó de 124 a 226 por 100 000, la más alta de todas las edades. También subió con fuerza entre los mayores de 70 años. En los más pequeños aumentan además la bronquitis y la bronquiolitis, aunque no pueden atribuirse solo a la covid-19, porque las provocan varios virus.

Vacunarse a tiempo

Las campañas de gripe y covid-19 se despliegan por fases y cada comunidad fija su calendario. Galicia ya ha empezado por las residencias, y Madrid y Cataluña lo hacen a comienzos de octubre.

Sanidad recomienda la vacuna del covid-19 a las personas de más de 70 años, a quienes residen en centros sociosanitarios, a las embarazadas y a quienes tienen condiciones de riesgo. El personal sanitario y los convivientes de personas vulnerables también pueden recibirla. Basta una dosis, respetando tres meses desde la última dosis o infección. Vacunar a la gestante protege además al recién nacido durante sus primeros meses. Las dosis se han actualizado a la variante XFG por recomendación de la Agencia Europea del Medicamento.

Conviene tener claro qué se puede esperar de ella: la vacuna previene sobre todo la enfermedad grave y la muerte, y frena menos el contagio. Es como un abrigo que no impide notar el frío, pero evita que acabe en neumonía.

Lo que falta por saber

Las cifras citadas son estimaciones de una red de centros centinela, se revisan con el tiempo y no son comparables entre comunidades autónomas. Falta saber hasta dónde crecerá la onda y si la gripe y el virus respiratorio sincitial se sumarán en las próximas semanas. Los informes semanales serán la mejor guía.

Un repunte esperable no es un repunte irrelevante. Los más expuestos a complicaciones son los más pequeños y los más mayores. Para los mayores y las personas de riesgo, la vacuna llega con la onda ya iniciada, pero aún a tiempo de protegerlos en las semanas que quedan por delante. Para el resto, entender cómo se comporta el virus ayuda a no alarmarse y a no despreocuparse. La covid-19 ya no es una emergencia, pero sigue siendo un virus con el que toca convivir cada otoño.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Repunte de covid-19 en España: lo que dicen los datos sobre bebés, mayores y vacunación – https://theconversation.com/repunte-de-covid-19-en-espana-lo-que-dicen-los-datos-sobre-bebes-mayores-y-vacunacion-293470

Un ratón con un cerebro parcialmente humano

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lluís Montoliu, Investigador científico del CSIC, Centro Nacional de Biotecnología (CNB – CSIC)

Pogodina Natalia/Shutterstock

En la mitología griega, la Quimera era una especie de monstruo que lanzaba fuego por la boca, con la parte delantera de un león, el tronco de una cabra y la trasera de un dragón.

En el mundo real, los biólogos hablamos de quimeras para referirnos a seres vivos que, sin llegar a las dimensiones de esa criatura mitológica imposible, contienen células de origen genético diferente. El ejemplo más reciente lo encontramos en el ratón que acaba de crear Sergiu Pasca, de la Universidad de Stanford (EE. UU.), en cuyo cerebro ha implantado neuronas humanas que rellenaron su hipocampo (sede de la memoria) y su corteza cerebral.

El experimento, dado a conocer en la revista Nature, valida la creación de quimeras interespecíficas (es decir, que combinan varias especies) para investigar, in vivo, cómo funcionan las neuronas humanas. Pero la historia viene de largo.

Cerebro de un ratón quimérico complementado con neuronas humanas (en verde y rojo) intermezcladas con neuronas del ratón (en azul). Fotografía del laboratorio de Sergiu Pasca en la Universidad de Stanford. Artículo original en Nature.
Nature 2026

Quimeras de roedor

Tradicionalmente, las quimeras han sido una herramienta muy útil para avanzar en nuestro conocimiento sobre el desarrollo embrionario. En mamíferos, las primeras quimeras de ratón intraespecíficas –creadas mezclando células embrionarias de dos cepas genéticamente distintas de ratón, es decir, dentro de la misma especie– se obtuvieron en los años sesenta de forma independiente, por la estadounidense Beatriz Mintzy y por el polaco Andrzej Tarkowski.

Años más tarde, en 1984 para ser exactos, Allan Bradley obtuvo quimeras a partir de embriones de ratón inyectados con células pluripotentes embrionarias de otro ratón. Pero tuvimos que esperar casi cuarenta años para que, en 2023, el laboratorio de Zhen Liu, en China, reportara la creación de las primeras quimeras en un primate no humano, un macaco cangrejero.

Aprendimos a mezclar células embrionarias de dos especies distintas

Desde hace algunos años también sabemos que es posible desarrollar quimeras interespecíficas, es decir, obtenidas mezclando células embrionarias de dos especies distintas, algo a todas luces asombroso.

Los experimentos pioneros mezclando embriones de rata y células embrionarias de ratón (y viceversa), ambos roedores, los publicó el laboratorio de Hiromitsu Nakauchi, de la Universidad del Tsukuba (Japón), en un artículo publicado en la revista científica Cell en 2010. Este laboratorio fue capaz de crear un ratón cuyo páncreas tenía origen en las células embrionarias pluripotentes de rata inyectadas en un blastocisto de ratón.

La propuesta abría la posibilidad de desarrollar quizá órganos humanos “a la carta” dentro de otros animales, algo que siete años más tarde exploró el laboratorio de Juan Carlos Izpisúa-Belmonte. El investigador y su equipo crearon fetos de cerdo que incorporaban un número limitado de células humanas en su cuerpo, en varios órganos.

Un éxito más impactante aún se logró en 2023 por parte del laboratorio de Liangxue Lai, en China, que generó un feto de cerdo cuyos riñones derivaban, en aproximadamente el 50 % de sus células, de células pluripotentes embrionarias humanas inyectadas en el blastocisto de un cerdo genéticamente modificado para que no pudiera desarrollar riñones.

Por el camino también se hicieron experimentos éticamente muy discutibles al intentar inyectar células pluripotentes embrionarias humanas en embriones de macaco, para crear quimeras mono-humano. Afortunadamente, la biología impidió que estos embriones quiméricos progresaran más allá de unos pocos días después de la implantación, antes de degenerar.

Neuronas que se mezclan y conectan

Sergiu Pasca tomó en 2022 una ruta diferente para crear animales quiméricos. En lugar de inyectar células embrionarias pluripotentes de una especie en el blastocisto de otra, como proponían otros científicos, lo que hizo fue inyectar neuronas humanas derivadas de un organoide de cerebro humano en el cerebro de ratas recién nacidas, entre los tres y los siete días después de nacer. Dichas neuronas humanas, en un número limitado, crecieron y se entremezclaron con las neuronas de la rata hasta conseguir generar conexiones que les permitían reaccionar al tocar los bigotes de la rata, una prueba irrefutable de que estaban activas.

Sin embargo, esta aproximación presentaba limitaciones evidentes, dado que las neuronas humanas tenían que “hacerse sitio” en el desarrollo del propio cerebro de la rata y, como consecuencia, no podían ocupar demasiado espacio.

Ahora, en 2026, Sergiu Pasca ha subido la apuesta con un experimento todavía más sorprendente. Ha usado una estrategia de inactivación genética para generar un ratón carente de corteza cerebral e hipocampo. Y ha inyectado en el cerebro de este ratón células neuronales humanas derivadas de un organoide de cerebro, para que colonizaran las áreas que faltaban y complementarán así el desarrollo del cerebro del ratón con neuronas humanas. El resultado es un ratón cuyo cerebro está esencialmente formado de neuronas humanas –no es lo mismo, ojo, que generar un ratón con un cerebro humano– y cuyo comportamiento no dista del de otros ratones control, silvestres.

Los “ratones complementados”, como les llaman, no manifiestan ciertos comportamientos extraños –falta de coordinación motora fina y alteraciones en la memoria de trabajo– que sí aparecen en los ratones genéticamente modificados que carecen de corteza cerebral e hipocampo.

No obstante, en los ratones complementados no se consiguió reproducir completamente la estructura laminar, en capas bien definidas de neuronas, que caracteriza a la corteza cerebral. Además, mostraron anomalías en la marcha, en la forma de moverse, cuando les faltaba oxígeno. Quizás, apuntan los autores, porque el desarrollo de las neuronas humanas habitualmente requiere mucho más tiempo (6 a 12 meses) que el de las neuronas del ratón (5 semanas).

Lo que queda demostrado es que las neuronas de los roedores y las de los humanos pueden entenderse y entremezclarse en estas quimeras. De hecho, se integran en el desarrollo del sistema nervioso central del ratón, supliendo con su función la ausencia de las propias neuronas del ratón que faltaban. Absolutamente increíble.

Límites éticos

Este desarrollo ofrece la posibilidad de evaluar funcionalmente neuronas humanas afectadas por algún trastorno neurológico in vivo, en un animal completo. Pero también abre espacio a la reflexión.

Para empezar, ¿cómo llamamos entonces a este “nuevo” ratón? ¿Deberíamos esperar que se comporte como un simple roedor o que muestre algún comportamiento que sea más cercano a los primates? ¿Podemos adelantar comportamientos que sugieran algún tipo de consciencia (una característica humana) en especies que habitualmente no la tienen, como los roedores?

Sin duda se hace necesaria una reflexión ética sobre estos animales quiméricos roedor-humano (y que podrían extenderse a cerdos-humanos o incluso macacos-humanos), creados en el laboratorio, para establecer los límites de estas técnicas.

¿Cuál va a ser el estatus legal y la protección de las criaturas resultantes? ¿El mismo que el de cualquier animal? ¿El que disfrutan los seres humanos? ¿O algo intermedio? Quedan muchas dudas por resolver y, en cierto modo, ya vamos tarde.


Una versión de este artículo fue publicada originalmente en el blog GenÉtica.

The Conversation

Los contenidos de esta publicación y las opiniones expresadas son exclusivamente las del autor y este documento no debe considerar que representa una posición oficial del CSIC ni compromete al CSIC en ninguna responsabilidad de cualquier tipo.

– ref. Un ratón con un cerebro parcialmente humano – https://theconversation.com/un-raton-con-un-cerebro-parcialmente-humano-292922

Paradojas inalcanzables: un recorrido de la lógica a la poesía

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gemma De Les Coves, Investigadora ICREA y profesora en el Departamento de Ingeniería, Universitat Pompeu Fabra

ILUSTRACIÓN: MARESSA-ANDRIOLI/ ISTOCK Ilustración: Maressa-Andrioli/iStock

A veces, basta una frase para poner en jaque a la lógica: “Esta frase es falsa”. Si es verdadera, es falsa; si es falsa, es verdadera. Ese nudo conceptual –la combinación de autorreferencia y negación– ha acompañado al pensamiento occidental durante siglos y reaparece, una y otra vez, en algunos de los descubrimientos más profundos de la ciencia y la filosofía.

Por ejemplo, si digo “Soy una mentirosa”, podemos concluir que estoy mintiendo si y solo si no estoy mintiendo. No podemos asignar un valor de verdad coherente a mi oración –mi oración trasciende el conjunto de frases verdaderas o falsas–. Si intentamos solucionarlo añadiendo un tercer valor de verdad, como “semicierta” o “indefinida”, podré construir una nueva paradoja que escapará de la nueva clasificación. Y así sucesivamente ad infinitum.

¿Qué me permite construir esta oración? Un lenguaje donde pueda formular la referencia a mí misma, así como la negación. “Soy honesta” o “Esta frase es verdadera” contienen autorreferencia sin negación, y no resultan problemáticas. “Esto no es una manzana” contiene negación sin autorreferencia, por eso, no plantea retos lógicos. La autorreferencia unida a la negación conforman un ataque desconcertante y poderoso, que nos deja sin lugar donde refugiarnos de inconsistencias. Como un uróboro que muerde su propia cola venenosa y pone en cuestión su propia existencia.

El alcance de la paradoja de autorreferencia y negación es espectacular. Primero, por la cantidad de escenarios donde se puede formular: se puede reencarnar, esencialmente, en toda actividad intelectual que se refleje en la lógica, si la última es lo bastante expresiva. Segundo, por su persistencia: no hay forma sencilla o plenamente satisfactoria de resolver la paradoja. Su honda huella se encuentra en el corazón de algunos de los resultados más profundos en matemáticas, informática, semántica, teoría de la elección social e, incluso, la filosofía.

Por ejemplo, en teoría de conjuntos, Bertrand Russell nos urge a considerar la colección de todos los conjuntos que no se contienen a sí mismos. Resulta que esta colección se contiene a sí misma si y solo si no lo hace. Inadmisible. Resulta que no para toda propiedad existe el conjunto de elementos con aquella propiedad. Esta es la paradoja de Russell.

Las muchas versiones de la paradoja de la mentirosa

En la teoría de la computación, no puede existir una máquina de Turing que resuelva el problema de la parada. Es decir, no existe un programa maestro que pueda analizar el código de otro programa y predecir correctamente si se detendrá o entrará en un bucle infinito. Si existiera, le daríamos su propia descripción, modificaríamos el output y resultaría que el algoritmo pararía si y solo si no parara.

Por su parte, el primer teorema de incompletitud de Gödel considera un sistema formal que construye la frase “yo no soy demostrable”. Tras enredarnos en la contradicción de si la frase es demostrable o no, escapamos concluyendo que es indecidible. De este modo, los sistemas formales no pueden ser consistentes y completos a la vez, es decir, demostrar todas y solo las frases ciertas, si son lo bastante expresivos para formular la problemática frase. Esto limita el poder de la deducción.

La paradoja también limita el poder de la inducción mediante el argumento diagonal de Putnam, que excluye la existencia de una máquina inductiva universal. Como se imaginan, el argumento asume que tal máquina existe, la describe, la niega y llega a una contradicción. Esto implica que es imposible automatizar completamente el descubrimiento y debe haber espacio para la libertad.

De igual forma, en las teorías de la verdad no puede existir un predicado que dictamine si cada frase es verdad, pues le daríamos su propia descripción y la negaríamos, como afirma el teorema de Tarski.

El problema de los infinitos, el voto y los viajes en el tiempo

Esta paradoja también tiene consecuencias descomunales para los infinitos. El teorema de Cantor dice que no hay ningún conjunto que pueda abarcar el conjunto de sus partes, llamado “conjunto potencia”. Para demostrarlo, asumimos que, por algún conjunto, existe una función cuya imagen es todo el conjunto potencia. Apareamos el conjunto original con el conjunto potencia en una tabla, consideramos su diagonal (autorreferencia), la modificamos (negación) y encontramos un elemento del conjunto potencia que no está en la imagen de la función –contradicción–. Así, el infinito de los números naturales es inferior al de los reales, que a su vez es inferior al siguiente… hasta concluir que ¡hay infinitos tipos de infinito!

Otro ejemplo es la teoría de la elección social, donde deseamos agregar las voluntades de votantes de forma que se respeten sus preferencias, formulado en tres condiciones muy razonables. La primera se llama unanimidad: si todos los votantes prefieren una opción respecto a otra, entonces el agregado de voluntades también. La segunda condición se llama independencia de alternativas irrelevantes, y dice que el agregado de voluntades de las alternativas a y b solo depende de las voluntades de los votantes sobre a y b. La tercera condición se llama no-dictadura, y pide que no haya ningún votante cuyo voluntad se respete siempre en el agregado independientemente de la voluntad de los otros votantes. Pero el teorema de imposibilidad de Arrow dice que no se pueden satisfacer, ya que no cumple sus tres condiciones.

Incluso los viajes en el tiempo también pueden verse como una forma de autorreferencia y negación en el tiempo. Si pudiera viajar al pasado y matarme a mí misma antes de empezar a escribir este artículo, ¿lo habría escrito o no? No se puede resolver (lo estoy escribiendo, pero me lo estoy planteando…).

El teorema del punto fijo

Una de las cosas más emocionantes que he aprendido en los últimos años es que todos estos resultados son ejemplos de un teorema relativamente obscuro, formulado en teoría de categorías en la década de 1960, llamado el teorema del punto fijo de Lawvere. Se demuestra mediante un diagrama que captura de forma transparente el problema de la autorreferencia y la negación.

En esencia, el teorema dice que, si tienes un conjunto de cosas que quieres representar mediante un elemento universal, entonces debe haber alguna limitación para asegurar la consistencia. Porque la cosa puede representarse directamente o a través del elemento universal, y ambas representaciones deben ser iguales. La limitación es que toda función debe tener un punto fijo, es decir, un valor que la función envía a sí mismo. La función más simple sin punto fijo es la negación, que transforma 0 en 1, y 1 en 0 –es decir, la operación que transforma verdadero en falso y falso en verdadero; por tanto, no hay ningún valor que quede igual, o sea, no tiene punto fijo–. Lo que es problemático, pues, es la autorreferencia seguida de una función sin punto fijo.

El lugar de la filosofía

Los tentáculos de la paradoja también se extienden en la filosofía. Uno de mis libros favoritos, Beyond the limits of thought, de Graham Priest, identifica el problema de intentar alcanzar más allá de lo alcanzable, sea en el pensamiento, en la cognición…

Tantos pensadores han caído en la trampa lógica de hablar de lo que no se puede hablar, concebir lo que no se puede concebir. Un caso famoso es Parménides, quien nos dice que el no ser no se puede pensar. Sin embargo, aquí estamos, pensándolo. Kant sostiene que la cosa-en-sí-misma no admite ningún atributo, pero esto ya es decir algo de esa cosa, le estamos asignando un atributo de forma inadvertida. Y muchos más. Arquitas, un pitagórico, supone que el universo tiene un final, que imaginó como una gran membrana. Entonces esa membrana debería estar tocando algo, pues está separando el universo del resto. Pero, por construcción, no puede existir nada más allá del universo, no hay tal “resto”. La clave es que imaginar tal membrana requiere concebir el lado que no es, cosa que está prohibida. En sí mismo, concebir el fin del universo ya es problemático.

En palabras de Wittgenstein, para poder trazar un límite del pensamiento, ambos lados del límite deben ser pensables. Según Hegel, determinar algo como una limitación implica que esa limitación ya ha sido trascendida. En la misma línea, la exhaustiva exploración de Priest ilumina las muchas reencarnaciones de este círculo vicioso.

¿Cómo debemos responder a estas paradojas?

La respuesta más habitual es negar la existencia de un objeto que reúne todas las propiedades deseadas. Para la computabilidad, negamos que exista una máquina de Turing universal que calcule funciones totales, es decir, que su respuesta esté definida para todos los inputs. Para sistemas formales, negamos que sean completos y consistentes a la vez. Para el teorema de imposibilidad de Arrow, negamos que exista una función de bienestar social que satisfaga las tres condiciones deseadas, etcétera.

Esto resulta en sistemas más pobres de lo deseado, encima de los cuales se suele construir una jerarquía que cuidadosamente aumenta en expresividad sin permitir la autorreferencia. Una respuesta menos popular consiste en abrazar las paradojas y aceptar algunas contradicciones como verdaderas.

Pero la opción que más me intriga y más me cuesta articular es la posibilidad de que haya formas de acercarse al conocimiento o a la experiencia imposibles de reflejar en una estructura lógica. Quizá no todo pueda formalizarse. Ciertos poemas me evocan sensaciones e intuiciones que siento como muy ciertas y, sin embargo, no sé reflejar en la lógica. Y, si lo pudiera hacer, dudo que fuesen coherentes.

El arte como camino

Para mí, aquí es donde entra el arte. A menudo, tengo la impresión de que el arte se acerca a los sitios prohibidos por la lógica sin miedo, con coraje, como si se lanzara de cabeza a una piscina sin agua. Como en la película Fellini, ocho y medio (8½) de Federico Fellini, donde Marcello Mastroianni entra y sale de la película como director de la misma.

En el arte visual, también encontramos ejemplos de estas paradojas. Consideren el cuadro de Magritte que representa una pipa y se lee “Esto no es una pipa”, o las manos que se dibujan a sí mismas de Escher. De hecho, Douglas R. Hofstadter ya explicó en el libro Gödel, Escher, Bach: un eterno y grácil bucle que la estructura del strange loop del teorema de Gödel es análoga a la que aparece en algunos cuadros de Escher y Magritte. En esencia, representan superficies no orientables, como una cinta de Möbius o una botella de Klein.

A mi entender, Heidegger sugiere algo similar. Tras enredarse en las contradicciones de definir el ser (pues no se puede decir nada sobre el ser, ya que para decir algo sobre él habría que decir algo de la forma “el ser es…” y así tratarlo como un objeto), subraya que el arte y, en particular, la poesía, cuando se entienden del modo adecuado, pueden revelar qué es el ser, llevándonos más allá de la lógica.

Pero hacer precisa esta idea parece requerir definir el arte, una tarea difícil, si es que resulta posible. Y, aún más, ¡la propia idea parece paradójica! Pues definir el arte como aquello no formalizable hace que la definición sea víctima de su propio ataque de autorreferencia y negación. Quizá debo conformarme con la intuición y no intentar formalizarla, si no quiero quedar atrapada en las arenas movedizas de la paradoja.


Este artículo se publicó originalmente en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.


The Conversation

Gemma De Les Coves no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Paradojas inalcanzables: un recorrido de la lógica a la poesía – https://theconversation.com/paradojas-inalcanzables-un-recorrido-de-la-logica-a-la-poesia-292149