Le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie peuvent-ils réussir leur avion de combat de sixième génération là où la France et ses partenaires ont échoué ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marco Chan, Senior Lecturer in Aviation Operations, Department of Aircraft and Aerospace Engineering, School of Engineering, Kingston University


L’ESSENTIEL

  • Après l’échec de la tentative franco-germano-espagnole, le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon s’unissent pour développer un avion de combat de sixième génération

  • Les trois partenaires disposent des compétences technologiques nécessaires.

  • Mais ils doivent encore démontrer leur capacité à maîtriser les coûts et à produire l’appareil en série.


Le Royaume-Uni développe un avion de combat de nouvelle génération en collaboration avec l’Italie et le Japon. Le programme Global Combat Air Programme (GCAP) a pris une importance accrue depuis l’échec d’un projet concurrent, le Future Combat Air System (FCAS), mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne.

Le futur appareil du GCAP, qui portera le nom de Tempest au Royaume-Uni, doit entrer en service d’ici à 2035. Pour Londres comme pour Rome, ce programme doit permettre de remplacer leurs flottes d’Eurofighter Typhoon par un avion de combat de pointe, capable notamment d’assurer la défense de leur espace aérien.

L’appareil pourrait également être engagé dans des missions menées par l’OTAN, notamment pour contribuer à la protection de l’espace aérien européen face à des adversaires dotés de capacités militaires avancées. De son côté, le Japon a lui aussi besoin d’un chasseur capable de défendre sa vaste zone maritime contre les violations de son espace aérien.

Ces trois partenaires peuvent-ils réussir là où le FCAS a échoué et mettre au point un avion de combat véritablement à la pointe de la technologie ?

Les avions de combat les plus avancés actuellement en service appartiennent à la « cinquième génération ». Le Tempest est, lui, présenté comme un avion de combat de sixième génération. La Chine et la Russie disposent déjà d’appareils de cinquième génération et développent leurs propres chasseurs de sixième génération.

De nombreux pays européens ont remplacé leurs flottes vieillissantes par des F-35 américains de cinquième génération. Mais les hésitations de l’administration Trump quant à son soutien à l’OTAN ont conduit certains gouvernements à reconsidérer leur dépendance aux équipements militaires américains.

Cela souligne l’importance d’une capacité industrielle et militaire souveraine pour les pays à l’origine du GCAP, lancé en 2022. Le 3 juillet 2026, le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon ont signé un contrat de 4,6 milliards de livres sterling (environ 5,4 milliards) afin de faire entrer le programme dans sa prochaine phase de conception.

Le contrat a été attribué à Edgewing, une coentreprise réunissant trois groupes aéronautiques : le britannique BAE Systems, l’italien Leonardo et la Japan Aircraft Industrial Enhancement Company, elle-même financée conjointement par Mitsubishi Heavy Industries et la Society of Japanese Aerospace Companies.

L’attribution du contrat est intervenue après neuf mois de retard, le temps pour le Royaume-Uni de finaliser ses orientations en matière de dépenses de défense.

Ce qui distinguera les avions de combat de sixième génération de leurs prédécesseurs, c’est leur capacité à fonctionner comme un véritable « système de systèmes ». Ils embarqueront une multitude de capteurs destinés à recueillir des informations sur le théâtre des opérations. Ces données seront fusionnées en temps réel avec celles provenant de satellites, de bâtiments de guerre et de stations au sol, afin d’aider les pilotes dans l’accomplissement de leurs missions.

Les avions de combat les plus avancés, comme le Tempest, pourront également contrôler des drones, notamment des appareils dits « loyal wingmen » (« ailiers fidèles »). Ces drones assisteront les missions en remplissant diverses fonctions, par exemple en protégeant l’avion piloté. Quant à la technologie furtive – qui réduit les risques de détection par les radars et les capteurs infrarouges –, elle restera tout aussi essentielle qu’elle l’est déjà pour les avions de cinquième génération, comme le F-35.

Les pays impliqués dans le GCAP disposent-ils des capacités technologiques nécessaires pour construire un tel appareil ? Oui, avec toutefois quelques réserves. En 2016, le Japon est devenu le quatrième pays au monde à faire voler un démonstrateur furtif conçu sur son territoire. Construit par Mitsubishi, le prototype X-2 a démontré le savoir-faire du pays en matière de conception d’appareils furtifs, de matériaux absorbant les ondes radar et de poussée vectorielle, une technologie qui permet de diriger un avion en modifiant l’orientation des gaz d’échappement de ses moteurs.

Le Royaume-Uni a de son côté fait voler son propre démonstrateur furtif, le drone Taranis de BAE Systems, en 2013. Ce programme a validé les technologies britanniques de furtivité et de systèmes autonomes. Ces deux programmes ont directement alimenté le développement du GCAP, puisque BAE Systems et Mitsubishi Heavy Industries sont précisément les entreprises qui conçoivent aujourd’hui le Tempest.

L’Italie et le Japon accueillent également des chaînes d’assemblage final du F-35, les seules situées en dehors des États-Unis. Ils disposent ainsi d’une main-d’œuvre déjà expérimentée dans l’assemblage d’un avion furtif de cinquième génération, ainsi que dans la fabrication des ailes complètes du F-35. Des compétences directement mobilisables pour la construction du Tempest.

Mais les partenaires du GCAP doivent encore démontrer leur capacité à intégrer, au sein d’un même appareil, la furtivité, la fusion des données issues de multiples capteurs et l’intelligence artificielle. Autre incertitude, leur aptitude à maintenir durablement une chaîne de production destinée à équiper leurs flottes nationales. Il s’agit d’un défi industriel plus complexe qu’il n’y paraît, qui mériterait d’être examiné avec davantage d’attention.

Des partenaires sur un pied d’égalité

Le projet FCAS a achoppé sur des désaccords entre ses partenaires industriels, le français Dassault et Airbus, qui représentait l’Allemagne et l’Espagne. Les principaux points de friction portaient sur le leadership du programme, la répartition des tâches et les questions de propriété intellectuelle.

Les partenaires du GCAP disposent-ils de la discipline industrielle et organisationnelle nécessaire pour éviter le même écueil ? La structure même d’Edgewing, la coentreprise créée pour piloter le programme, repose sur plusieurs principes clés qui pourraient s’avérer déterminants pour sa réussite.

Les partenaires industriels du GCAP détiennent chacun 33,3 % du capital, sans qu’aucun pays ne soit désigné comme chef de file. Ils disposent également de la liberté de développer et de modifier les technologies du programme. Une différence majeure avec le F-35, dont les pays utilisateurs ne contrôlent pas les évolutions matérielles ou logicielles de l’appareil, celles-ci restant sous la supervision des États-Unis.

Le GCAP n’est pas à l’abri de difficultés futures. Mais il a réglé la question du leadership industriel avant même le lancement de la production, une différence qui pourrait s’avérer plus déterminante que n’importe quel choix technologique.

L’autre écueil réside dans l’évaluation des coûts. Une erreur en la matière pourrait même constituer un obstacle majeur pour le GCAP. En effet, historiquement, les programmes multinationaux de développement d’avions de combat ont souvent sous-estimé leur coût réel. Malgré les 8,6 milliards de livres sterling (10 milliards d’euros environ) prévus dans le Defence Investment Plan, le coût total du GCAP reste inconnu. Ni le prix unitaire de chaque appareil ni le nombre d’avions que le Royaume-Uni commandera n’ont encore été arrêtés.

Enfin, l’histoire nous enseigne également que les programmes de développement d’avions de combat sous-estiment souvent les besoins en formation des pilotes. En tant que pilote, je sais que la transition d’équipages expérimentés vers un nouvel appareil, même déjà bien éprouvé, exige des mois de formation théorique, de longues heures sur simulateur et de nombreux vols sous supervision avant une mise en service opérationnelle.

Les équipages du GCAP devront non seulement apprendre à piloter l’appareil, mais aussi à diriger d’autres aéronefs sans pilote, notamment les drones de type « loyal wingman ».

Rien n’indique toutefois que le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon ne disposent pas des capacités technologiques nécessaires pour construire un véritable avion de combat de sixième génération à la pointe de l’innovation. Ont-ils pour autant la discipline industrielle et organisationnelle indispensable pour mener ce projet à bien ? Probablement, à condition que, dans les neuf ans à venir, les financements et les efforts de formation suivent le niveau d’ambition affiché.

The Conversation

Marco Chan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie peuvent-ils réussir leur avion de combat de sixième génération là où la France et ses partenaires ont échoué ? – https://theconversation.com/le-royaume-uni-le-japon-et-litalie-peuvent-ils-reussir-leur-avion-de-combat-de-sixieme-generation-la-ou-la-france-et-ses-partenaires-ont-echoue-289056

À quoi doit-on faire attention quand on boit de l’alcool devant ses enfants ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sergey Alexeev, Senior research fellow, University of Sydney; UNSW

La manière dont les parents consomment de l’alcool contribue à façonner ce que leurs enfants considèrent comme une pratique « normale ». Kelsey Knight/Unsplash, CC BY

Faut-il éviter de boire devant ses adolescents ? Sans prôner l’abstinence, une étude menée sur plus de vingt ans montre que la manière dont les parents consomment de l’alcool contribue à façonner ce que leurs enfants considèrent comme une pratique « normale ».


C’est vendredi soir. Vous vous servez un verre de vin tandis que votre adolescent est assis au comptoir de la cuisine, absorbé par son téléphone. Il lève à peine les yeux. Pourtant, il remarque bien plus de choses que vous ne l’imaginez.

Ma nouvelle étude montre que les habitudes de consommation d’alcool que les parents donnent à voir à la maison influencent durablement celles de leurs enfants.

Cette influence est particulièrement forte durant une période bien précise : lorsque les enfants ont entre 15 et 17 ans. C’est à cet âge que les adolescents commencent à découvrir les situations sociales où l’alcool est présent et à se construire une idée de ce qu’est une consommation « normale ».

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer totalement à l’alcool. En revanche, certains comportements peuvent être ajustés afin d’augmenter les chances que vos enfants développent, en grandissant, une relation saine avec l’alcool.

Vingt-trois ans de suivi

Mon étude s’appuie sur 23 années de données représentatives de la population australienne issues de l’enquête Household, Income and Labour Dynamics in Australia (HILDA). Elle a suivi plus de 6 600 personnes au fil du temps, en s’appuyant sur plus de 43 000 observations.

Pour estimer l’influence des parents, j’ai mis en relation la consommation d’alcool de chaque participant à un âge donné avec la consommation moyenne de sa mère et de son père lorsqu’il avait entre 12 et 18 ans. J’ai ensuite comparé l’intensité de cette relation aux différentes étapes de la vie.

J’ai constaté que l’influence des parents est la plus forte lorsque leurs enfants ont entre 15 et 17 ans. Elle diminue au cours de la vingtaine, puis réapparaît entre 28 et 37 ans chez les personnes devenues elles-mêmes parents. Cet effet s’exerce principalement entre parents et enfants du même sexe. Les mères influencent surtout leurs filles, et les pères leurs fils. En revanche, aucun effet mesurable n’a été observé de l’influence des pères sur leurs filles.

On observe toutefois une certaine influence des mères sur leurs fils, en particulier pendant l’adolescence, puis de nouveau à la fin de la vingtaine et durant la trentaine.

Lorsque les enfants deviennent à leur tour parents, ils semblent revenir aux habitudes de consommation d’alcool avec lesquelles ils ont grandi. Les filles s’inspirent davantage de l’exemple de leur mère, tandis que les fils devenus pères commencent à reproduire les comportements de leur père, qu’ils n’avaient pas nécessairement adoptés auparavant.

Génétique ou normes familiales ?

Les résultats plaident davantage en faveur de l’influence des normes familiales que de la génétique. Lorsque j’ai comparé les parents biologiques aux parents non biologiques – une catégorie qui englobe les beaux-parents, les parents adoptifs, les familles d’accueil et les autres personnes assumant un rôle parental sans lien de filiation –, le lien entre la consommation des mères et celle de leurs filles est resté tout aussi marqué, qu’il existe ou non un lien biologique.

Cela suggère que les filles apprennent des comportements plutôt qu’elles n’héritent d’une prédisposition immuable. Chez les garçons, les résultats sont plus nuancés, mais le constat général est le même : ce que les enfants observent compte.

Rien de tout cela ne signifie qu’un simple verre de vin bu devant votre adolescent lui sera préjudiciable. L’étude mesure des habitudes de consommation répétées sur plusieurs années, et non des épisodes isolés.

Ce qui semble compter, c’est le message de fond : à quelle fréquence l’alcool est présent, en quelles quantités et quelle place il occupe dans le quotidien. Est-il au cœur de chaque célébration ? La première réponse à une mauvaise journée ? Ou apparaît-il simplement de temps à autre, sans occuper une place particulière ?

Comment les adolescents construisent leur rapport à l’alcool

Mes résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de travaux sur la manière dont les parents influencent la consommation d’alcool de leurs enfants. Une revue d’études longitudinales a montré que plusieurs facteurs parentaux – l’exemple donné par les parents, la limitation de l’accès des adolescents à l’alcool, la supervision, la qualité de la relation et une communication claire – sont associés à une consommation d’alcool plus faible à l’âge adulte.

Une autre étude australienne a montré que les épisodes de forte consommation d’alcool des parents étaient associés à une probabilité plus élevée que leurs adolescents aient eux-mêmes déjà consommé de l’alcool. Les enfants semblent ainsi apprendre non seulement si les adultes boivent, mais aussi la place que l’alcool occupe dans la vie familiale quotidienne.

Des travaux longitudinaux australiens ont également montré que le fait, pour des parents, de fournir de l’alcool à leurs adolescents – même avec les meilleures intentions – est associé, à plus long terme, à une consommation plus importante et à davantage de problèmes liés à l’alcool, plutôt qu’à un apprentissage d’une consommation responsable.

La bonne nouvelle, c’est que les tendances générales évoluent dans le bon sens. En Australie, les adolescents sont aujourd’hui bien moins nombreux à boire qu’il y a vingt ans. En 2001, environ 70 % des jeunes de 14 à 17 ans avaient consommé de l’alcool au cours des douze mois précédents. En 2022-2023, cette proportion était tombée à environ 30 %.

Des baisses comparables ont été observées dans de nombreux pays à revenu élevé. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : l’évolution des normes culturelles, une meilleure sensibilisation aux risques et, comme le suggère mon étude, des changements dans les comportements des parents qui se transmettent d’une génération à l’autre au sein des familles.

Concrètement, que peuvent faire les parents ?

L’objectif n’est pas d’être irréprochable. Il s’agit plutôt de réduire les risques, en instaurant à la maison des habitudes où l’alcool occupe une place moins centrale, moins chargée sur le plan émotionnel et moins accessible.

Les données disponibles plaident notamment pour :

  • maintenir une consommation d’alcool modérée et discrète. Les recommandations officielles préconisent de ne pas dépasser dix verres standard par semaine pour les adultes, tandis que l’abstinence reste l’option la plus sûre pour les moins de 18 ans ;

  • ne pas fournir d’alcool à ses adolescents, même avec les meilleures intentions. Des travaux australiens montrent que cette pratique est associée, à plus long terme, à une consommation plus importante et à davantage de problèmes liés à l’alcool ;

  • fixer des règles claires et parler de l’alcool de manière calme, régulière et cohérente. Une étude longitudinale a montré que les adolescents consommaient moins d’alcool lorsque des règles strictes s’accompagnaient d’échanges fréquents et de qualité avec leurs parents ;

  • être particulièrement attentif à sa propre consommation lorsque ses enfants ont entre 15 et 17 ans, car c’est à cet âge que l’influence de la famille semble la plus déterminante.

Si vos enfants sont déjà adultes, votre exemple peut continuer à compter. Mon étude montre que l’influence des parents réapparaît lorsque leurs enfants fondent à leur tour une famille, en particulier chez les filles. Les habitudes que vous avez transmises des années plus tôt peuvent ressurgir au moment où vos enfants devenus adultes décident du type de foyer qu’ils souhaitent construire.

Les parents ne contrôlent pas tout. Les amis, le stress ou encore le contexte social jouent eux aussi un rôle. En revanche, ils peuvent façonner le décor de fond : ce message discret mais constant qui indique à quoi sert l’alcool et quelle place il est censé occuper dans une vie ordinaire.

The Conversation

Sergey Alexeev ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À quoi doit-on faire attention quand on boit de l’alcool devant ses enfants ? – https://theconversation.com/a-quoi-doit-on-faire-attention-quand-on-boit-de-lalcool-devant-ses-enfants-287209

Dans les forêts des Landes, le stockage de CO₂ atteint ses limites, et ce n’est pas seulement dû aux incendies

Source: The Conversation – in French – By Thérèse Rabotin, Doctorante en géosciences, Mines Paris – PSL

La forêt des Landes à La Teste-de-Buch (Gironde), en 2004. Larrousiney, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Les forêts exploitées ne sont pas toujours des puits de carbone : elles peuvent parfois se retrouver à émettre plus de CO₂ qu’elles n’en stockent.

  • Pour connaître la tendance, il faut s’intéresser à l’évolution des végétaux, du sol forestier et à l’utilisation faite du bois prélevé sur le long terme.

  • Le pouvoir de séquestration de carbone de la forêt landaise semble mis à mal depuis le début des années 2000.


Les forêts sont souvent présentées comme un « poumon de la planète », et beaucoup d’espoirs reposent sur la filière forêt-bois pour compenser une partie des émissions humaines, comme en témoigne en France la Stratégie nationale bas carbone.

Les forêts sont en effet un important réservoir de carbone, puisque l’ensemble du carbone contenu dans les forêts et leurs sols est estimé à 714 gigatonnes de carbone (GtC), soit l’équivalent d’environ 80 % du carbone contenu dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone (CO₂).

Mais ce chiffre global agrège et aplatit le résultat de dynamiques locales, résultant elles-mêmes de décisions prises à des échelles régionales et plus globales.

La trajectoire carbone du massif des Landes de Gascogne est à ce titre des plus singulières. Elle mérite aujourd’hui toute notre attention. L’extension spectaculaire des plantations de pins au XIXᵉ siècle en a fait le plus vaste massif forestier planté d’Europe, mais face aux tempêtes, aux incendies et, plus généralement, au changement climatique, son fonctionnement est mis à rude épreuve depuis quelques décennies.

Il est ainsi probable que la filière forêt-bois se retrouve désormais à émettre plus de carbone qu’elle n’en stocke, dans le département des Landes. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Le cycle de carbone de la forêt

Pour le comprendre, intéressons nous aux bases du fonctionnement du cycle du carbone. Une forêt, comme tout écosystème, peut être une source ou un puits de carbone. Une source de carbone désigne ici un environnement qui émet plus de carbone qu’il n’en stocke. Un puits de carbone, à l’inverse, est un environnement qui stocke plus de carbone qu’il n’en émet.

Pour savoir si la filière forêt-bois – c’est-à-dire la forêt et son système d’exploitation – représente un puits ou une source, on considère les bilans carbone de ses trois compartiments principaux : la biomasse, les sols et le bois prélevé dans la forêt.

Photosynthèse, respiration et mort des végétaux

Le compartiment de la biomasse correspond aux arbres, arbustes et autres végétaux qui pratiquent la photosynthèse et capturent ainsi du CO₂. Une partie de ce CO₂ est à nouveau libéré dans l’atmosphère lors de la respiration de ces mêmes végétaux.

QU’EST-CE QUE LA RESPIRATION ?

  • La photosynthèse permet aux plantes chlorophylliennes de capter du carbone atmosphérique. Ce CO₂, associé à de l’eau puisée par les racines dans le sol, va être transformé en sucres. Ces sucres vont ensuite être consommés par la plante pour produire de l’énergie, qui lui permettra de se développer. Lorsque les sucres sont transformés en énergie, l’arbre libère du CO₂ et de l’eau. C’est ce qu’on appelle la respiration de la plante.

Il faut également avoir en tête que, chaque année, des végétaux meurent ou bien perdent des branches, des feuilles, des racines. Ces végétaux morts vont alors, par leur décomposition, relâcher dans le sol le carbone qui est stocké dans leurs tissus. Le bois peut être récolté pour l’industrie ou l’artisanat, parfois après une tempête.

Dans ce cas, le carbone reste dans les différents produits du bois (construction, papier, énergie, chimie…). Lors d’un incendie, la combustion des végétaux renvoie le carbone dans l’atmosphère. Lors d’une attaque de ravageurs, le carbone peut être réparti dans différents compartiments, selon l’usage fait du bois.

Les sols forestiers, cruciaux mais oubliés

Le compartiment des sols est souvent moins bien connu du grand public. Pourtant la quantité de carbone qui y est stockée est souvent plus importante que celle que l’on trouve dans les arbres, arbustes et végétaux. Le carbone arrive dans les sols par les racines des plantes et par la chute des végétaux, branches et feuilles mortes.

Décomposés par des bactéries, champignons ou vers de terre, ils constituent la matière organique des sols. Le sol émet également du CO₂ à travers la respiration des racines et des organismes qui décomposent les végétaux morts.

Le devenir du bois peut tout changer

Le dernier compartiment est celui du bois prélevé dans le massif forestier et exploité pour un usage industriel ou artisanal. Pour calculer son bilan carbone, il faut regarder la différence entre le carbone constituant les objets lorsqu’ils sont fabriqués et le carbone émis lorsqu’ils sont détruits.

Le temps de résidence du carbone dans les objets est important à prendre en compte : plus l’objet est utilisé longtemps avant d’être détruit, plus le carbone reste longtemps hors de l’atmosphère.

Des cycles influencés par l’humain

Ces différents flux de carbone entre l’atmosphère, la biomasse, le sol et les produits en bois sont façonnés par des processus à la fois sociaux et écologiques. De fait, bien que la photosynthèse ou la dégradation du bois soient des processus en apparence naturels, ils sont influencés à de nombreux égards par des facteurs humains. L’efficacité de la photosynthèse dépend ainsi des essences d’arbres sélectionnés, de l’agencement spatial de la plantation, de l’âge moyen de la récolte, voire des apports d’engrais.

La décomposition de la matière organique du sol, la mortalité des arbres dépendent du climat, de la flore bactérienne et des évènements climatiques extrêmes, eux-mêmes modifiés par les activités humaines locales. La dégradation des objets en bois dépend des dynamiques socioéconomiques favorisant l’orientation vers des produits à durée de vie plus ou moins longue : le bois de construction tend à accumuler des stocks de carbone tandis que le bois-énergie utilisé comme combustible constitue un stock virtuellement nul.

Ainsi, ces facteurs humains, liés à des décisions économiques, politiques et à l’évolution de l’organisation de la société, influencent grandement les quantités de carbone absorbées et rejetées par les forêts et l’ensemble de la filière, c’est-à-dire l’évolution des stocks de carbone ou trajectoire carbone.

Cycle du carbone dans un massif forestier. Les flèches représentent le passage du carbone d’un compartiment à l’autre. Les processus par lesquels le carbone circule sont indiqués dans les rectangles aux angles arrondis.
Revue Forestière française, Fourni par l’auteur

Le plus grand massif forestier de France

Qu’en est-il maintenant des forêts qui nous intéressent ?

Plus grand massif de France hexagonale, le massif des Landes de Gascogne concentre actuellement 5 % de la surface forestière française (16 % des conifères) et 9 % de l’extraction nationale de bois (19 % de l’extraction de conifères) sur seulement 2 % du territoire national. Il est constitué quasi exclusivement de monoculture de pin maritime (87 % en 2020) sur des terres à 90 % privées.

L’existence de séries statistiques anciennes, conservées aux archives départementales à Mont-de-Marsan, témoigne du caractère profondément historique, organisé et documenté de cette forêt et de son exploitation. Nous avons pu y trouver les données statistiques relatives à la filière forêt-bois dans le département des Landes (récoltes, surfaces plantées, essences d’arbres) depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Elles permettent de donner une image quantifiée des changements qui ont affecté l’histoire de ce massif.

Du pâturage aux pins

Jusqu’à la fin de la première moitié du XIXᵉ siècle, l’utilisation du territoire répondait aux besoins et activités de sa population locale : un modèle de pâturage extensif sur des terres communales entretenues par des paysans métayers permettait de fertiliser des cultures vivrières sur des étendues de landes et de pâtis.

Un berger landais.
Wikimédia, CC BY

Ce socio-écosystème a connu une transformation majeure avec la loi « relative à l’assainissement et la mise en culture », votée en 1857.

Cette loi oblige alors les communes des Landes, avec le soutien financier, administratif et humain de l’État, à planter des pins puis à vendre les terres communales plantées, qui sont ainsi privatisées. En trente ans, la superficie plantée en pin double quasiment, et l’organisation de la société change de façon rapide et brutale.

L’activité se déplace vers l’exploitation de la forêt, d’abord du bois, pour la fabrication de charbon de bois – dans lequel le stock de carbone est virtuellement nul, puisqu’il est aussitôt réémis par la combustion du charbon – puis de la résine des pins, pour la synthèse de différents produits (principalement, la térébenthine et la collophane…).

Du gemmage au charbon minier

L’extraction de résine, appelée gemmage, et sa transformation, deviennent ainsi les activités économiques principales des Landes vers 1880 et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Après 1880, la surface forestière continue d’augmenter progressivement jusqu’aux années 1930, et l’extraction de bois augmente en parallèle, tout en changeant d’usage. Il n’est plus utilisé pour produire du charbon de bois, mais pour soutenir les besoins de l’industrie du charbon minier, par exemple pour construire les galeries minières et les rails qui permettent de sortir le charbon de la mine. Ces nouveaux usages conservent le carbone dans le bois plus longtemps : leurs durées de vie sont alors de quelques décennies.

La Seconde Guerre mondiale cause une pénurie de main-d’œuvre dans les Landes, qui mène à une baisse d’entretien des parcelles forestières, ce qui favorise l’embroussaillement et la propagation d’incendies gigantesques, en 1940 et en 1949.

L’essor de la trituration

D’autre part, les produits issus de la pétrochimie remplacent progressivement les produits issus de la résine de pin, et l’activité de gemmage est progressivement abandonnée et remplacée par l’exploitation du bois pour un nouvel usage : la trituration, destinée à la fabrication de papier et de bois de placage.

Cette nouvelle activité change le mode d’exploitation forestière. Les plantations sont densifiées, les pins abattus plus jeunes, les nouvelles plantations s’accompagnent souvent de fertilisation azotée, les différentes étapes de l’exploitation forestière sont de plus en plus mécanisées.

Le gemmage est complètement abandonné au début des années 1970, définitivement supplanté par la papeterie et par l’industrie du bois d’œuvre, qui deviennent les activités économiques principales de la filière, occupant cependant une main-d’œuvre beaucoup plus faible.

Tempêtes, incendies et bois-énergie

Les années 2000 marquent ensuite l’entrée dans une période de plus grande instabilité climatique, avec la répétition d’événements destructeurs. Les tempêtes de 1999 et 2009 affectent de vastes surfaces de forêt. Leurs conséquences sont visibles dans la hausse phénoménale de la récolte apparente du bois qui s’ensuit, utilisé rapidement et majoritairement pour la trituration. L’extraction du bois dans les années qui suivent diminue sensiblement, le temps que la biomasse se renouvelle. Les parcelles sont majoritairement replantées en pin.

La période qui suit la tempête Klaus (2009) est également marquée par le retour du bois-énergie pour le chauffage au bois, qui avait été abandonné depuis la fin de la production de charbon.

Dégâts de la tempête Klaus sur la forêt des Landes
Dégâts de la tempête Klaus sur la forêt des Landes (2009).
Jibi44, CC BY

Outre le développement des politiques dites « Climat-Énergie » qui ont favorisé le développement du bois-énergie en substitution des combustibles fossiles, cette reconversion partielle de la filière est une manière pour de nombreux exploitants forestiers de s’assurer un revenu à court terme dans le contexte post-tempête. On note aussi que les tempêtes auraient poussé certains propriétaires à commercialiser de nouvelles ressources, particulièrement les souches, pour l’industrie papetière.

Les incendies terribles qui ravagent les forêts des Landes et de Gironde, en 2022 et en 2026, ravagent à leur tour de vastes superficies du massif et modifient profondément son fonctionnement : à l’inverse du bois récolté après les tempêtes, le bois consumé lors des incendies ne peut plus être utilisé.

Chronique de 1850 à 2022 (a) des surfaces forestières du département des Landes ; (b) de l’extraction de bois de la forêt par type de peuplement (l’ampleur des grands incendies est également figurée) et (c) par destination de la récolte ; (d) de l’emploi lié à la filière forêt-bois dans le département des Landes.
RFF, Fourni par l’auteur

Retracer les cycles passés

Ces éléments statistiques sur l’évolution de la forêt et des usages du bois nous ont permis de modéliser la trajectoire carbone de la filière dans les Landes, c’est-à-dire de retracer les tendances du bilan carbone au cours de ces différentes périodes.

Au cours de la période d’établissement du massif forestier (1850-1880), celui-ci agit logiquement comme un accumulateur de carbone, tant dans la biomasse en place que dans la matière organique du sol. Dans un second temps (1880-1940), l’augmentation du stock d’objets en bois, notamment pour l’industrie et le bois d’œuvre, contribue au stockage de carbone dans la filière bois – davantage d’ailleurs que la biomasse du massif elle-même, qui stocke un peu moins de carbone qu’auparavant.

La période de prédominance du bois d’œuvre et de la papeterie (1940-début des années 2000), le modèle montre que la forêt est dense et très productive, et que cela s’accompagne d’un important stockage de carbone. Cette accumulation du carbone dans la biomasse est surprenante au premier abord, car, dans la même période, les prélèvements de bois totaux et par hectare augmentent.

Notre approche de modélisation permet d’estimer qu’un tel stockage ne peut s’expliquer que par une accélération de la vitesse de croissance de la biomasse, pouvant être due à différents facteurs : sélection d’essences à croissance rapide, mais aussi changements environnementaux propices à la croissance (pouvoir fertilisant de la hausse des concentrations atmosphériques en CO₂ ou des dépôts atmosphériques d’azote).

De puits à source de carbone

Mais depuis le début des années 2000, notre modélisation suggère que le pouvoir de séquestration de carbone de la forêt landaise s’effondre : tant le sol que la biomasse émettent plus de carbone qu’ils n’en absorbent de l’atmosphère, en lien avec cette période de plus grande instabilité climatique (combustion de bois et extraction massive).

Le carbone stocké dans les objets suit, lui-même, une trajectoire incertaine : le changement progressif des usages du bois, depuis les tempêtes, d’objets au potentiel de stockage fort vers d’autres où le carbone réside moins longtemps, comme le papier ou le bois-énergie, fait que ce stock d’objets commence également depuis les années 2010 à émettre plus de carbone qu’il n’en absorbe.

Bilan carbone des trois compartiments principaux de la filière. Une valeur positive indique un stockage sur la période et un chiffre négatif une émission.
RFF, Fourni par l’auteur

Quelle alternative durable ?

L’augmentation historique de la surface forestière du massif des Landes n’est donc pas une garantie d’un stock de carbone pérenne. Au contraire, cette approche de modélisation permet de mettre en lumière le fait que l’accroissement du stock de bois sur pied s’est progressivement accompagné d’une hausse de son extraction, qui tend à maximiser la production à un niveau proche des limites de la capacité biologique du milieu.

Ainsi, nos recherches montrent que, si dans un premier temps, la mise en place d’une vaste plantation forestière peut s’accompagner d’un accroissement des stocks de carbone, capable d’atténuer le réchauffement climatique, le niveau d’extraction du milieu forestier est trop intensif pour permettre à la forêt de jouer longtemps ce rôle de puits de carbone, sans même parler du puits de carbone non réalisé en l’absence d’une gestion plus durable de la forêt. Face à l’ampleur des dérèglements climatiques en cours, la fragilité de ce stock de carbone est révélée.

Cette modélisation suggère que, pour la première fois de son histoire, le massif forestier landais contribue positivement à l’accroissement de l’effet de serre. Les incendies de 2022 et de 2026 qui ravagent les forêts des Landes et de Gironde en sont un marqueur de plus. La combustion entraîne d’importantes émissions de carbone vers l’atmosphère tandis que le bois calciné ne peut plus assurer sa fonction de photosynthèse et sert encore, tout juste, à produire du charbon de bois.

Ces résultats suggèrent que c’est la nature même de l’exploitation de cette forêt qui se trouve remise en cause par les événements climatiques de ces dernières décennies.

Des alternatives durables existent et permettraient de rendre la forêt plus résiliente. Des forêts multispécifiques, gérées sur des cycles de récoltes longs, favorisent par exemple le stockage du carbone dans la biomasse sur pied. La réorientation de la filière vers des objets à longue durée de vie est aussi une piste prometteuse pour accroître les stocks de carbone dans les produits manufacturés du bois.

Les solutions existent, leur mise en œuvre est nécessairement complexe et implique une concertation entre différents acteurs et des arbitrages entre différents intérêts.

The Conversation

La thèse de Thérèse Rabotin bénéficie d’un financement MITI pour projets interdisciplinaire du CNRS.

Julia Le Noë a reçu des financements du projet MOBIDYC (ANR-23-ERCB-0006-0) gérée par l’Agence Nationale de la Recherche ainsi que des projets SLAM-B (ANR-22-PEXF-0003) et PREFALIM (ANR-23-PEXF-0004) du PEPR exploratoire FairCarboN et a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre de France 2030 portant la référence ANR.

Gilles Billen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Dans les forêts des Landes, le stockage de CO₂ atteint ses limites, et ce n’est pas seulement dû aux incendies – https://theconversation.com/dans-les-forets-des-landes-le-stockage-de-co-atteint-ses-limites-et-ce-nest-pas-seulement-du-aux-incendies-289163

Pourquoi les boutons sont-ils à droite sur les vêtements d’homme et à gauche sur ceux des femmes ?

Source: The Conversation – in French – By JuYoung Lee, Associate Professor of Fashion Design and Merchandising, Mississippi State University

Boutons à gauche, boutons à droite : l’histoire méconnue d’une vieille convention vestimentaire Kristina Chuprina/Pexels, CC BY

L’emplacement des boutons sur les vêtements masculins et féminins est l’un de ces héritages du passé qui ont survécu à la mécanisation de l’industrie textile. Une convention devenue si banale que l’on en a oublié l’origine.


Imaginez que vous êtes dans un magasin de vêtements proposant des articles pour toute la famille. Vous prenez une chemise blanche à boutons pour l’essayer. Le modèle est très sobre. A-t-elle été conçue pour être portée par une femme ou par un homme ?

Un détail peut vous mettre sur la piste : sur de nombreuses chemises pour femmes, les boutons sont cousus à gauche, tandis que sur les chemises pour hommes, ils se trouvent généralement à droite. Les fermetures éclair des pantalons et des vestes suivent parfois la même logique.

Mais pourquoi les vêtements ne se ferment-ils pas du même côté selon qu’ils sont destinés aux hommes ou aux femmes ? Les spécialistes de la mode et les historiens comme nous se penchent depuis longtemps sur cette différence entre les sexes. La réponse tient en grande partie aux traditions, à l’histoire et à la manière dont les vêtements étaient confectionnés autrefois. Même un détail aussi anodin qu’une fermeture Éclair peut raconter une histoire du passé.

Les vêtements sont pleins d’histoires cachées

Aujourd’hui, lorsqu’on regarde un vêtement, on pense surtout à sa couleur, à son confort ou à son style. Mais les vêtements font aussi partie de ce que les historiens appellent la culture matérielle, c’est-à-dire l’ensemble des objets du quotidien utilisés par les sociétés. L’étude de cette culture matérielle permet de mieux comprendre la manière dont les gens vivaient, travaillaient et pensaient autrefois.

Les systèmes de fermeture, comme les boutons ou les fermetures Éclair, ne sont pas seulement des éléments pratiques. Ils s’inscrivent aussi dans des traditions de conception qui, au fil des siècles, se sont associées à des différences entre les vêtements masculins et féminins.

L’une des explications les plus courantes à la présence des boutons de part et d’autre selon le sexe remonte à l’histoire de la mode européenne. Il y a plusieurs siècles, les femmes de la noblesse portaient souvent des robes complexes, ornées de nombreux boutons et systèmes de fermeture, si sophistiquées qu’elles avaient besoin d’aide pour s’habiller.

Selon certains historiens, les boutons étaient placés de manière à faciliter le travail des domestiques chargés d’habiller leur maîtresse, un détail qui reflétait les distinctions sociales de l’époque.

Environ 90 % des personnes sont droitières. Lorsqu’une femme de chambre se tenait face à une noble pour l’habiller, des boutons placés sur le côté gauche du vêtement étaient idéalement positionnés pour être manipulés de la main droite, sa main dominante. Faites l’essai en boutonnant la veste d’un ami ou d’une peluche en lui faisant face : on comprend immédiatement pourquoi cette disposition facilitait tant le travail des domestiques.

Les hommes, en revanche, s’habillaient généralement seuls. Leurs chemises, pantalons et uniformes étaient donc conçus pour être fermés facilement par celui qui les portait, avec des boutons placés à droite afin de pouvoir les manipuler naturellement de la main droite.

Les vêtements masculins étaient avant tout conçus en fonction d’impératifs de praticité et de fonctionnalité. Certains historiens avancent également que les traditions militaires ont pu influencer l’emplacement des boutons. Les hommes portaient souvent leur épée sur le côté gauche et la dégainaient de la main droite. Le sens de fermeture des vestes, des chemises et des pantalons aurait ainsi permis d’éviter que le tissu ne s’accroche à l’arme ou ne gêne le mouvement.

Les habitudes de la mode ont la vie dure

Lorsque les vêtements ont commencé à être fabriqués en usine au début du XIXe siècle, les marques ont eu besoin de modèles standardisés. Les chaînes de production fonctionnent plus efficacement lorsque les patrons sont uniformisés. Les traditions concernant l’emplacement des boutons ont donc été conservées, même lorsque leur origine est tombée dans l’oubli.

Lorsque les fermetures Éclair se sont popularisées au début du XXe siècle, les fabricants de vêtements ont simplement repris les mêmes conventions de fermeture pour les modèles masculins et féminins. Plutôt que d’inventer de nouvelles règles, ils ont conservé les schémas hérités des boutons. C’est pourquoi les fermetures Éclair suivent souvent le même « sens » que les anciens systèmes de fermeture.

Aujourd’hui, de plus en plus de marques proposent des vêtements unisexes ou non genrés conçus pour être portés par tout le monde, et nombre de créateurs ne respectent plus la vieille règle des boutons à gauche pour les femmes et à droite pour les hommes. Après tout, il ne s’agit que d’une convention vestimentaire : rien n’impose que les boutons ou les fermetures Éclair soient placés différemment selon le sexe.

Il est désormais tout à fait admis de s’affranchir de ces anciennes conventions. Si vous confectionnez vos propres vêtements, libre à vous de placer les systèmes de fermeture – boutons, fermetures Éclair, pressions, liens, bandes autoagrippantes (Velcro) ou même un dispositif inédit de votre invention – où bon vous semble.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi les boutons sont-ils à droite sur les vêtements d’homme et à gauche sur ceux des femmes ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-boutons-sont-ils-a-droite-sur-les-vetements-dhomme-et-a-gauche-sur-ceux-des-femmes-287207

Comment mieux élever ses enfants ? Voici les résultats d’un projet testé dans huit pays africains

Source: The Conversation – in French – By Inge Vallance, Head of Research, University of Oxford

CC BY

Élever des adolescents peut être difficile, même dans les meilleures conditions. Pour certaines familles, les défis sont encore plus grands. Elles doivent faire face à la pauvreté, au chômage, aux conflits, aux déplacements forcés, aux maladie et aux chocs climatiques. Dans ces conditions, les parents et tuteurs peuvent eux-mêmes ne bénéficier que d’un soutien très limité.

Les gouvernements et les ONG ont de plus en plus recours à des programmes d’accompagnement parental dans le cadre de leurs efforts visant à réduire la violence envers les enfants et à améliorer le bien-être des adolescents. Ces programmes aident les parents et les adolescents à renforcer leurs liens, à mieux communiquer, à résoudre ensemble les problèmes et à gérer les conflits. Ils sont généralement dispensés en petits groupes, au cours de plusieurs séances hebdomadaires animées par des facilitateurs formés.

De nombreux programmes d’accompagnement parental sont d’abord testés dans le cadre d’études rigoureuses. Les familles sont réparties de manière aléatoire entre le groupe bénéficiant du programme et un groupe témoin. Cela permet de déterminer si le programme est bien la cause réelle des améliorations observées. Ces essais se déroulent généralement dans des conditions soigneusement contrôlées.

En tant que chercheuses spécialisées dans les programmes de soutien parental, nous souhaitions répondre à une question importante : un programme de soutien parental qui donne de bons résultats dans le cadre d’une étude scientifique soigneusement contrôlée peut-il encore bénéficier aux familles lorsqu’il est mis en œuvre à grande échelle par les services habituels des pouvoirs publics et des ONG ?

Notre récente étude a cherché à répondre à cette question dans huit pays africains.

Nos conclusions

Plutôt que de mener une nouvelle expérience, nous avons analysé les données recueillies dans le cadre de la mise en œuvre à grande échelle de ces programmes. Nous avons rassemblé des informations provenant de plus de 120 000 adolescents et personnes en charge d’enfants dans ces huit pays.

Nous avons également examiné comment les expériences des familles avaient évolué après leur participation à un programme. Ces programmes ont été mis en œuvre par les services publics et les ONG qui existent au Botswana, en République démocratique du Congo, en Eswatini, en Afrique du Sud, au Soudan du Sud, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Ces pays offraient des contextes très variés.

Nous avons observé des améliorations constantes en matière de pratiques parentales, de santé mentale et de prévention de la violence. Dans les huit pays, les personnes en charge des adolescents et ces derniers ont fait état d’une diminution des niveaux de violence physique et émotionnelle après avoir participé au programme.

Nous avons également constaté des améliorations dans les pratiques parentales, notamment une implication plus positive et une meilleure supervision des adolescents. Les parents ont signalé moins de stress parental lié à leur rôle et moins de symptômes dépressifs. De même, les adolescents ont déclaré une amélioration de leurs symptômes dépressifs et de leurs problèmes comportementaux.

Il est important de constater que ces programmes peuvent faire la différence dans des conditions réelles, car les interventions qui fonctionnent bien dans le cadre d’études de recherche perdent souvent de leur efficacité lorsqu’elles sont transposées dans la prestation de services courants.

Programmes de soutien parental

Les programmes de soutien parental varient, mais beaucoup partagent une approche similaire. Les programmes « fondés sur des données probantes » ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses et des recherches ont démontré qu’ils amélioraient le bien-être pour les enfants et les familles.

Il s’agit de programmes pratiques, axés sur l’acquisition de compétences. Ils aident les parents et les adolescents à mieux communiquer, à gérer les conflits au sein du foyer et à réduire le recours aux punitions sévères. Ils favorisent également l’établissement de relations plus solidaires.

Les séances peuvent inclure des jeux de rôle, des activités de résolution de problèmes ou des discussions portant sur le stress, la pression exercée par les pairs et les finances familiales.

Il est important de noter que ces programmes ne visent pas à promouvoir une « parentalité parfaite », ni à rejeter la faute sur les parents. De nombreuses familles élèvent leurs enfants dans des conditions extrêmement difficiles, avec un soutien très limité.

Le programme que nous avons étudié, Parenting for Lifelong Health for Teens, a été développé en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé et l’Unicef. Il a d’abord été testé en Afrique du Sud avant d’être adopté par les services gouvernementaux et les ONG dans plusieurs pays africains. Il a également été mis en œuvre en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.

Pourquoi le passage à grande échelle est difficile

L’extension des programmes implique parfois de les mettre en œuvre avec moins de ressources, moins de supervision ou davantage d’interruptions. Le personnel peut présenter des niveaux de formation et de soutien variables. Dans les contextes humanitaires, les conflits, les épidémies ou les catastrophes climatiques peuvent perturber la mise en œuvre.

C’est pourquoi nous avons cherché à comprendre si les programmes d’éducation parentale restaient utiles dans ces conditions réelles.

Les programmes étudiés dans notre enquête ont été mis en œuvre dans des contextes très différents. Certains se sont déroulés dans des zones touchées par des conflits et des déplacements de population, notamment dans certaines régions du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo.

D’autres ont été mis en œuvre pendant les confinements liés à la COVID-19. Au Botswana, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, la mise en œuvre s’est faite par téléphone et via WhatsApp. La connectivité Internet limitée et l’accès restreint aux données ont souvent constitué un obstacle.

L’étude s’est principalement concentrée sur les adolescentes et leurs figures d’attachement, car bon nombre des programmes de services à plus grande échelle étaient conçus pour soutenir les filles confrontées à des risques liés à la violence, au VIH et à la vulnérabilité sociale.

Nos conclusions

Dans l’ensemble, les scores mesurant les maltraitances physiques ont diminué d’environ deux tiers après la participation au programme, même si l’ampleur de ce changement variait selon les pays et les contextes. Nous avons observé des changements positifs dans beaucoup de situations, qu’il s’agisse des communautés touchées par un conflit ou des situations de pandémie.

La violence psychologique et l’acceptation des châtiments corporels ont également diminué dans tous les pays.

Nous avons observé des tendances similaires dans les témoignages des personnes en charge des adolescentes et de ces dernières. C’est un résultat important car il montre que les effets observés ne se limitent pas au point de vue d’un seul groupe.

Nous avons également constaté des différences substantielles entre les pays en ce qui concerne les niveaux de référence de la violence, des troubles de santé mentale et du stress familial. Ce rappelle qu’il n’existe pas de « contexte africain » unique, et les programmes doivent s’adapter à des réalités sociales et économiques très différentes.

Pourquoi est-ce important ?

Dans de nombreux pays africains, la prévention de la violence, la santé mentale et le soutien aux familles sont encore abordés séparément dans les politiques publiques. Or, les relations familiales quotidiennes sont au coeur de ces trois enjeux. Le soutien parental est de plus en plus reconnu comme un moyen de prévenir la violence.

Nos résultats suggèrent qu’aider les personnes en charge des enfants et les adolescents à construire des relations plus solidaires peut améliorer le bien-être et la sécurité.

Notre étude présente certaines limites. Nous ne pouvons pas conclure que le programme était la seule cause des améliorations observées. Cependant, la cohérence des résultats d’un pays à l’autre, d’une organisation à l’autre et d’un groupe de participants à l’autre suggère que les programmes de soutien parental fondés sur des données probantes peuvent être utiles lorsqu’ils sont déployés à grande échelle dans des conditions difficiles.

Ces dernières années, les gouvernements du monde entier se sont engagés à prévenir la violence à l’encontre des enfants. Ce n’est qu’une première étape. Les gouvernements ont également besoin d’approches pratiques, adaptables et réalistes, pouvant être mises en œuvre par le biais des systèmes existants. Nos résultats suggèrent que le soutien parental fondé sur des données probantes peut constituer l’une de ces approches.

///

The Conversation

Inge Vallance travaille à l’Université d’Oxford. Son poste est financé par des fonds de recherche externes, notamment des subventions qui ont soutenu les travaux de recherche présentés dans cet article. Elle n’a aucun intérêt financier dans le programme Parenting for Lifelong Health.

Genevieve Haupt Ronnie travaille à l’Université du Cap. Son poste est financé par des fonds de recherche externes, notamment des subventions qui ont soutenu les travaux de recherche présentés dans cet article. Elle n’a aucun intérêt financier dans le programme Parenting for Lifelong Health.

– ref. Comment mieux élever ses enfants ? Voici les résultats d’un projet testé dans huit pays africains – https://theconversation.com/comment-mieux-elever-ses-enfants-voici-les-resultats-dun-projet-teste-dans-huit-pays-africains-288852

Pourquoi le fait de naître sans défense pourrait être l’une des plus grandes forces de l’humanité

Source: The Conversation – in French – By Stuart I. Hammond, Full Professor in Developmental Psychology, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Les bébés naissent sans défense et le restent pendant longtemps. Ils ne peuvent ni marcher, ni se nourrir seuls, ni survivre sans les soins constants d’un adulte. La durée de cette dépendance n’a pas d’équivalent clair dans le reste du règne animal.


Contrairement à la plupart des mammifères, dont les petits atteignent une autonomie de base en quelques semaines ou quelques mois, les humains restent dépendants pendant des années. Cette impuissance est peut-être essentielle pour comprendre l’humanité.

Et pourtant, dans les sociétés qui valorisent l’indépendance et l’autosuffisance, la dépendance est souvent considérée comme quelque chose de négatif à surmonter.

En tant que chercheur en psychologie du développement, je soutiens qu’il est grand temps de repenser cette conception.

Où se situent les humains sur ce spectre ?

Les nouveau-nés animaux sont classés selon un spectre comportant deux pôles : les espèces « altricielles » et « précociales ». Les espèces altricielles, comme les rats, naissent en grandes portées, les yeux et les oreilles encore fermés. Elles ont besoin de soins parentaux intensifs.

Les espèces précociales, comme les chevaux, naissent seules, se tiennent debout et marchent peu après la naissance. Il existe même des espèces « superprécociales », telles que les oiseaux de la famille des mégapodidés, qui vivent et survivent par eux-mêmes dès leur éclosion.

Il est difficile de classer les êtres humains comme étant soit altriciels, soit précociaux.

Dans l’ensemble, nous sommes une espèce précociale, nés les yeux et les oreilles ouverts. Mais, à d’autres égards, les humains ont évolué pour devenir plus altriciels, notamment en ce qui concerne notre développement moteur. À titre de comparaison, par exemple, les chimpanzés franchissent des étapes motrices bien avant les bébés humains.

Les êtres humains restent dépendants pendant une période exceptionnellement longue et conservent des traits juvéniles bien au-delà de l’enfance, jusque dans l’âge adulte. L’alignement de notre colonne vertébrale et de notre tête, par exemple, ressemble davantage à celui d’un jeune chimpanzé qu’à celui d’un adulte.

Ce type d’impuissance prolongée nous est propre et remet en question une hypothèse courante concernant l’évolution : celle selon laquelle elle progresserait en ligne droite vers une plus grande indépendance et de meilleures capacités.




À lire aussi :
Les jeunes désertent les activités de plein air. Et si le jeu libre les ramenait dehors ?


Pourquoi les psychologues s’y intéressent

Les biologistes évolutionnistes et les anthropologues se sont demandé si la dépendance évolutive des bébés expliquait en partie notre collaboration sociale et notre innovation culturelle. Ce n’est que récemment que les psychologues de l’enfant ont commencé à examiner l’impuissance elle-même comme une caractéristique du développement plutôt que comme une limitation.

L’impuissance des nourrissons humains a souvent été expliquée par le « dilemme obstétrique », l’idée selon laquelle les humains sont confrontés à un compromis évolutif : la marche debout a entraîné un rétrécissement du bassin, tandis que notre gros cerveau nécessite que les bébés aient une grosse tête. Cette théorie postule que, par conséquent, les humains auraient évolué pour donner naissance plus tôt. Mais en matière d’évolution, même un trait apparu pour une raison donnée peut finir par avoir de nouvelles conséquences.

Les psychologues de l’enfant étudient aujourd’hui le sentiment d’impuissance afin de comprendre, entre autres, comment l’évolution façonne l’enfance et le rôle que ce trait joue dans l’apprentissage social.

Il existe même des débats pour savoir si l’impuissance aide les bébés à acquérir des connaissances fondamentales, à l’instar de la manière dont les données d’entraînement façonnent un système d’IA.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Dans mes propres recherches, je m’appuie sur ces idées pour élaborer une feuille de route visant à intégrer l’impuissance dans les recherches futures. Je considère les nourrissons humains comme particulièrement actifs – nous disposons de systèmes sensoriels puissants associés à des systèmes moteurs faibles, ce qui signifie que nous nous orientons plus facilement vers les stimuli sociaux – et plus largement relationnels, dans la mesure où nous dépendons des relations sociales pour survivre.

Je considère également que l’impuissance est un phénomène durable, ce qui signifie que nous ne devrions pas juger un bébé uniquement en tant que futur adulte, mais plutôt examiner comment les adultes conservent des traits de leur enfance.

Cette feuille de route peut ensuite servir à comprendre la moralité. Mes travaux sur l’impuissance sont issus de recherches sur les comportements prosociaux. En étudiant comment les comportements d’entraide se développent dès la petite enfance, je me suis demandé si le rôle de l’impuissance, qui fait que les nourrissons sont les bénéficiaires de soins, pouvait expliquer certains aspects de la manière dont ils apprennent à faire preuve de bienveillance.

Si les soins sont d’abord quelque chose que les nourrissons reçoivent plutôt que donnent, alors peut-être que la capacité d’empathie n’apparaît pas en dépit de l’impuissance, mais grâce à elle.




À lire aussi :
Vos enfants mentent ? C’est une preuve qu’ils se développent bien, merci !


L’impuissance et la dépendance considérées comme des faiblesses

Lorsque le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby a inventé le terme « attachement » pour désigner la théorie de l’attachement, il avait envisagé d’utiliser le mot « dépendance ». Il ne l’a pas fait, car il s’inquiétait des connotations négatives associées à ce terme.

Le mot « impuissance » partage ces associations. Mais y a-t-il quelque chose de mal à dépendre des autres ?

Les visions du monde féministes et autochtones ont mis beaucoup plus l’accent sur l’importance de la dépendance et de l’interdépendance. La plupart des apprentissages sociaux et linguistiques ne se font pas de manière isolée, mais au sein d’une communauté.

Vue sous cet angle, la dépendance n’est pas un déficit à corriger, mais une structure qui rend possibles l’apprentissage, la culture et la bienveillance. Ce qui importe, c’est la qualité du soutien dont bénéficie un nourrisson ou un enfant dans les relations dont il dépend, plutôt que la rapidité avec laquelle il devient indépendant.

L’indépendance n’est pas l’histoire de l’humanité. La vérité, c’est que les êtres humains ont évolué et se sont développés pour dépendre les uns des autres.

La Conversation Canada

Stuart I. Hammond ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi le fait de naître sans défense pourrait être l’une des plus grandes forces de l’humanité – https://theconversation.com/pourquoi-le-fait-de-naitre-sans-defense-pourrait-etre-lune-des-plus-grandes-forces-de-lhumanite-289254

Quand la paix devient suspecte : pourquoi Peter Thiel voit le pape comme l’Antéchrist

Source: The Conversation – in French – By Laurent Tessier, Docteur en histoire, spécialiste du sionisme chrétien, École pratique des hautes études (EPHE)

À Scottsdale en Arizona, Peter Thiel s’entretient avec des dirigeants d’entreprise, des investisseurs et des leaders d’opinion participant au Converge Tech Summit de 2022, organisé dans le cadre du Waste Management Phoenix Open, un tournoi de golf professionnel. Gage Skidmore/Wikimedia Commons, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Dans un essai publié en juillet 2026, le milliardaire états-unien Peter Thiel s’en prend aux aspirations pacificatrices du pape, qu’il associe, sans jamais le nommer, à l’Antéchrist.

  • Derrière cette comparaison se cache la dénonciation d’un « ennemi intérieur », qui, au nom de la paix et de l’universalisme, serait en train de trahir l’héritage occidental.

  • Des conservateurs états-uniens aux droites nationalistes européennes, cette vision contribue à faire de la désignation du « camp du Mal » la principale grille de lecture des conflits contemporains, par-delà la frontière entre guerre et paix.


Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, s’est pris de passion pour la figure de l’Antéchrist. Il lui a consacré des conférences à Rome et, avec Sam Wolfe, un essai retentissant, The Pope and the Antichrist, dans lequel l’Antéchrist prend les traits du théologien suisse Hans Küng (1928-2021), coupable d’avoir prêché l’entente entre les religions. Leur essai est paru dans First Things, l’un des grands organes intellectuels de la droite religieuse américaine. Il en a même exposé les thèses à Paris devant l’Académie des sciences morales et politiques.

Mais l’Antéchrist que Thiel scrute a une particularité déconcertante : ce n’est pas un tyran sanguinaire. C’est un pacificateur.

Un Antéchrist qui apporte la paix

Encore faut-il savoir de qui l’on parle. Le terme n’apparaît que dans les épîtres de Jean, et au pluriel : « Beaucoup d’antichrists sont venus », écrit l’auteur. Il précise qu’ils sont sortis de la communauté sans jamais lui avoir appartenu (Première épître de Jean 2, 18-19). Le portrait, lui, se construit ailleurs. Paul annonce un « homme de l’impiété » qui s’installera dans le temple de Dieu pour s’y faire adorer (Deuxième lettre aux Thessaloniciens 2, 3-4). Le Livre de Daniel évoque un roi blasphémateur ; l’Apocalypse, une Bête et un faux prophète. Les Pères de l’Église rassemblent progressivement ces différentes figures en un personnage unique, auquel le moine Adson de Montier-en-Der donnera, vers 950, une biographie complète.

Un détail de vocabulaire éclaire alors tout le reste : en grec, le préfixe « anti- » signifie à la fois « contre » et « à la place de ». L’Antéchrist n’est donc pas l’inverse du Christ, il en est la contrefaçon.

L’idée d’un Antéchrist pacificateur n’est pas neuve non plus. Thiel la puise chez le philosophe russe Vladimir Soloviev, dont le Court récit sur l’Antéchrist de 1900 met en scène un unificateur philanthrope, œcuménique, adulé pour son œuvre en faveur de la paix universelle. Là où le Christ apportait l’épée (Évangile selon saint Matthieu 10, 34), l’Antéchrist de Soloviev apporte la concorde ; il abolit le partage du bien et du mal, fait oublier le Jugement dernier. Sa signature est une formule de saint Paul – « paix et sûreté » (1 Thessaloniciens 5, 3) –, cet instant de fausse quiétude qui, dit l’Apôtre, précède la ruine.

D’ailleurs, Thiel ne lit pas Soloviev seul. Il l’aborde à travers René Girard, dont il fut l’élève à Stanford, avant de fonder avec lui en 2007 le projet Imitatio chargé de diffuser sa pensée. La théorie mimétique lui fournit la clé : le Mal n’agit jamais qu’en imitant.

Dans cette tradition, l’Antéchrist ne vient pas du dehors. Il n’est ni l’infidèle ni l’étranger : il surgit du cœur même du christianisme, il est chrétien parmi les chrétiens, il est même parfois pape.

Identifier le souverain pontife à l’Antéchrist n’est pas une idée nouvelle. Longtemps position doctrinale majoritaire de la Réforme, inscrite jusque dans la Confession de Westminster (1646), la thèse s’est peu à peu marginalisée pour devenir, au XXᵉ siècle, un marqueur des franges les plus intransigeantes du protestantisme. En 1988, le pasteur nord‑irlandais Ian Paisley interrompait encore Jean-Paul II au Parlement européen en le désignant comme l’Antéchrist. Cette figure est d’autant plus redoutable qu’elle a le visage de l’ami.

Le pasteur Ian Paisley manifeste contre la visite du pape Jean-Paul II au Parlement européen, à Strasbourg en octobre 1988.
Service Photo du Parlement Européen/European Union — EP, CC BY-NC-SA

On comprend alors le renversement. Pour toute une frange de la droite chrétienne des deux côtés de l’Atlantique, la paix universelle, le pluralisme des religions et des cultures ainsi que la réconciliation ne sont pas des objectifs positifs, mais au contraire des leviers de séduction que le Mal emploie pour endormir le monde. La cible de Thiel est l’irénisme lui-même : l’idée que l’on pourrait bâtir la concorde ici-bas. La paix trop parfaite – même comme idéal – est suspecte.

Il faut rendre à cette droite son meilleur argument. Elle ne condamne pas la paix, mais ce qu’elle tient pour une fausse paix – un irénisme qui, en promettant « paix et sûreté », désarmerait les peuples. Reste que faire de toute concorde un piège conduit, en pratique, à rejeter toute paix négociée.

Le pape à la place de l’Antéchrist

Ce soupçon rencontre aujourd’hui une cible de choix. Au printemps 2026, le pape Léon XIV a publié sa première encyclique, Magnifica Humanitas, où il déclare qu’à l’exception des cas de légitime défense au sens strict, la théorie de la guerre juste est « désormais dépassée » (§ 192).

Le geste n’est pas anodin : héritée d’Augustin et de Thomas d’Aquin, cette doctrine de la guerre juste permettait depuis des siècles à l’Église d’admettre qu’un conflit pût être légitime, sous certaines conditions strictement définies. En la déclarant périmée, le pape opère une rupture et vise, sans le nommer, le vice-président des États-Unis. Quelques semaines plus tôt, J. D. Vance lui reprochait publiquement de mal comprendre la doctrine, qu’il invoquait pour justifier la récente guerre contre l’Iran.

Un pape qui élargit la définition de la paix jusqu’à récuser la guerre juste, qui fait du multilatéralisme et de la fraternité universelle le cœur de son magistère : le voilà qui occupe, presque terme pour terme, la position que la grille de Thiel réserve à l’Antéchrist. Celle-ci n’explicite jamais le rapprochement : Thiel trace les contours d’une figure, et laisse au lecteur le soin d’y reconnaître le visage du pape.

La querelle n’a donc rien d’anecdotique. Elle est structurelle : le champion de la paix et le prophète de l’Antéchrist se regardent en miroir, chacun désignant l’autre comme la menace.

Car le pape rend la pareille. Son encyclique oppose la tour de Babel – l’orgueil d’« atteindre le ciel sans la bénédiction de Dieu » – à la Jérusalem que Néhémie rebâtit grâce à l’effort commun de tous ; elle dénonce aussi la concentration du pouvoir entre des mains privées et transnationales « plus puissantes que bien des États ». Difficile de ne pas y lire une allusion aux empires technologiques, y compris celui que Thiel a bâti avec Palantir. L’ironie est parfaite : celui qui voit l’Antéchrist dans un « système de gouvernance mondiale » exploitant les peurs en a lui-même édifié l’une des infrastructures les plus puissantes.

On aurait tort d’y voir un simple duel : à l’intérieur même du catholicisme américain, des évêques ont rappelé qu’un pape qui parle de la guerre n’émet pas une opinion privée, mais exerce son magistère.

Une méfiance sans frontières

On pourrait croire l’affaire lointaine, cantonnée à un bras de fer entre Washington et le Vatican. Elle ne l’est pas. La même méfiance envers l’universalisme irrigue les droites nationalistes européennes, et les circuits transatlantiques sont désormais bien réels. Ce discours trouve d’ailleurs un terreau tout prêt.

Dès Vatican II – concile ayant duré de 1962 à 1965 –, les catholiques identitaires et traditionalistes dénoncent un Vatican « moderniste », coupable d’avoir bradé la Tradition à l’œcuménisme, au dialogue interreligieux et à l’ouverture au monde moderne. Dès lors, un pape prônant la fraternité universelle coche, à leurs yeux, toutes les cases du soupçon. Thiel ne fait que leur fournir une clé théologique.

Ce n’est pas un hasard, non plus, si First Things est allée chercher, après la seconde investiture de Trump début 2025, un polémiste français : Éric Zemmour, dont l’essai commandé par la revue est revenu en France sous forme de livre, La messe n’est pas dite. Son ennemi désigné – un « globalisme » qui dissoudrait les nations – est le pendant sécularisé de l’Antéchrist universaliste de Thiel. Lui-même n’est pas catholique : il défend une civilisation chrétienne dont il ne partage pas la foi.

Il s’inscrit pourtant dans la même logique, car ce qui unit ces sensibilités n’est pas la foi, mais une même défiance envers l’universel, du moins envers tout universel qui ne serait pas chrétien, ou « judéo-chrétien ». Zemmour n’est d’ailleurs qu’un maillon : la revue tisse patiemment les liens entre conservateurs américains et nationalistes européens, autour d’un adversaire commun, l’universalisme.

Ce réseau porte même un nom : les conférences « National Conservatism », animées depuis 2019 par la fondation Edmund-Burke de l’Israélo-Américain Yoram Hazony, qui rassemblent, de Rome à Bruxelles, les mêmes protagonistes. Zemmour y fut l’un des orateurs vedettes aux côtés de Viktor Orban en avril 2024 à Bruxelles, tout comme J. D. Vance un peu plus tard à Washington, quelques jours avant de devenir le colistier de Donald Trump.

On retrouve là, transposée en politique, la logique de l’ennemi intérieur. À Munich, en février 2025, Vance assurait déjà que la vraie menace pour l’Europe ne venait ni de la Russie ni de la Chine, mais « de l’intérieur », plus redoutable que tout ennemi venu d’ailleurs.




À lire aussi :
L’Europe vue par J. D. Vance : un continent à la dérive que seul un virage vers l’extrême droite pourrait sauver


De l’Antéchrist niché dans l’Église à l’ennemi tapi au cœur de l’Occident, c’est la même peur : celle de la trahison par les siens.

La frontière brouillée

L’enjeu dépasse la théologie. Faire de la paix, du dialogue et de l’universalisme des ruses du Mal, c’est délégitimer par avance la diplomatie et toute solution négociée. Le glissement est déjà visible : quand le secrétaire d’État Marco Rubio décrit la Cour pénale internationale comme une puissance qui « fait la guerre » à l’Amérique – non avec des armes, mais avec des textes de droit – et qu’il promet de « démonter, brique par brique », c’est la frontière même entre la paix et la guerre qui se déplace.

Présenter une institution internationale comme une créature du Mal n’a d’ailleurs rien d’inédit : l’ancienne secrétaire d’État (1997-2001) Madeleine Albright rappelait que des courants apocalyptiques américains voyaient déjà dans l’ONU un instrument de l’Antéchrist. Et la défiance envers ces institutions internationales est plus ancienne encore. Les États-Unis en furent souvent les architectes avant d’en devenir les déserteurs : le Sénat refusa, en 1919-1920, d’entrer dans la Société des nations (SDN) voulue par le président Wilson, et Washington n’a jamais ratifié le traité fondant cette même Cour pénale internationale. Le réflexe souverainiste est ancien ; ce que la droite chrétienne lui ajoute aujourd’hui, c’est une dimension apocalyptique.

Sous cet habillage, chacun redessine la ligne entre la paix et la guerre : le pape en élargissant la paix, Thiel en la rendant suspecte, Rubio en requalifiant le droit en agression. Ce qui se joue, au fond, est une bataille pour savoir de quel côté se tient le Mal. Et l’histoire enseigne une chose simple : lorsque la paix devient l’ennemie et que la guerre se déguise en droit, il faut se demander ce que ce brouillage autorise.

The Conversation

Laurent Tessier est membre de l’Observatoire Pharos.

– ref. Quand la paix devient suspecte : pourquoi Peter Thiel voit le pape comme l’Antéchrist – https://theconversation.com/quand-la-paix-devient-suspecte-pourquoi-peter-thiel-voit-le-pape-comme-lantechrist-288158

Pourquoi le vote des personnes détenues doit être préservé

Source: The Conversation – in French – By Laure de Galbert, Doctorante en droit public comparé, Université Paris-Panthéon-Assas

L’ESSENTIEL

  • Les personnes détenues font – en théorie – pleinement partie du corps électoral.

  • Pourtant, leur accès au vote a été largement restreint par une loi votée au cours de l’été 2025. Seuls 4 % des potentiels électeurs incarcérés ont participé au dernier scrutin municipal.

  • Ce vote doit-il être restreint ou, au contraire, favorisé afin de maintenir le lien entre les détenus et la communauté politique ?


Les personnes détenues conservent aujourd’hui par principe leur droit de vote. La loi du 31 décembre 1975 est la première à leur avoir ouvert l’accès au scrutin en leur donnant la possibilité de voter par procuration. À cette époque toutefois, une condamnation pour crime entraînait systématiquement la privation du droit de vote à vie et la commission de nombreux délits conduisait également à sa suspension pendant dix ans.

La réforme du Code pénal de 1994 a mis fin à cette automaticité. Aujourd’hui, si le juge peut décider individuellement de priver certains auteurs d’infractions de leur droit de vote, toutes les personnes détenues – prévenues comme condamnées – le conservent par principe. En 2007, un décret leur a accordé la possibilité, outre celle d’établir une procuration, de solliciter une permission de sortir pour se rendre aux urnes.

Pendant de nombreuses années, procuration et permission de sortir étaient ainsi les deux uniques modalités de vote prévues pour la population incarcérée. Ces deux procédures sont en pratique toutefois extrêmement difficiles d’accès, une large partie des personnes détenues n’étant notamment pas éligible à l’obtention d’une permission de sortir.

Le vote par correspondance, facilitateur d’accès au scrutin

Avec ces deux uniques modalités de vote, le taux de participation à l’élection présidentielle de 2017 n’avait atteint que 2 %. En mars 2018, le président Emmanuel Macron réagissait, déclarant devant l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) ne pas comprendre pourquoi le vote en prison était si compliqué, et décidait d’en faciliter l’accès.

La réflexion conduite par la suite a abouti à l’expérimentation du vote par correspondance dans l’ensemble des établissements pénitentiaires français pour les élections européennes de 2019. Grâce à cette nouvelle procédure de vote, la participation est passée à 8 %, puis à 10 % pour les élections départementales et régionales de 2021. Elle a encore augmenté ensuite, avec des taux avoisinant les 22 % pour chacun des scrutins de 2022 et de 2024.

Bien que cette procédure soit critiquable, force est de constater que le vote par correspondance a permis une véritable avancée dans l’accès au scrutin des personnes détenues. En 2022 et en 2024, plus de 90 % des personnes détenues ayant voté y ont eu recours.

La suppression du vote par correspondance dans les circonscriptions locales : un signal antidémocratique

En 2025 pourtant, en vue des élections municipales de 2026, les parlementaires ont voté un texte supprimant le vote par correspondance pour les scrutins municipaux, départementaux, régionaux et législatifs, soit ceux pour lesquels le vote est compté localement et non au niveau national. En cause : le poids que représenterait le vote des personnes détenues dans le corps électoral local.

Pourtant, dans le système actuel, elles doivent s’inscrire sur la liste électorale de la commune chef-lieu du département dans lequel se situe leur établissement d’incarcération, soit celle qui y compte le plus d’électeurs. En vue de limiter leur poids dans le corps électoral local, les personnes détenues ne votent donc pas dans la commune dans laquelle elles sont incarcérées, mais dans une commune suffisamment peuplée pour que leurs voix y soient diluées. L’importance de leur vote dans ces communes est ainsi faible, voire totalement marginale.

Cependant, malgré cette limite, les parlementaires ont estimé que ce poids était encore trop important et ne se justifiait pas. Étant incarcérées, les personnes détenues n’auraient pas de légitimité à exprimer leur suffrage pour des scrutins locaux. Elles risqueraient de faire basculer des élections alors qu’elles n’entretiennent pas de lien avec les collectivités dans lesquelles elles peuvent voter. La loi du 18 juillet 2025 relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues revient ainsi, pour les élections municipales, départementales, régionales et législatives, à la situation antérieure : celle d’un vote par procuration ou grâce à une permission de sortir (dans la commune du domicile de l’électeur détenu, de sa dernière résidence avant incarcération, de sa naissance ou dans laquelle un membre de sa famille est né, est inscrit ou a été inscrit).

Soutenir que les personnes détenues seraient étrangères aux enjeux locaux et n’auraient, pour cette raison, aucune légitimité particulière à participer au vote est pourtant contestable. L’incarcération ne les place pas en dehors du territoire ni des collectivités locales dans lesquelles elles vivent temporairement. Elles sont en droit d’élire domicile à l’établissement dans lequel elles sont incarcérées et dépendent directement de nombreux services publics locaux tels les infrastructures sanitaires, l’action sociale ou les transports afin, notamment, que leurs proches puissent leur rendre visite. Les personnes détenues ont par ailleurs un intérêt à voter pour les députés de la circonscription de leur établissement d’incarcération, qui, s’ils disposent d’un droit de visite des lieux de privation de liberté de l’ensemble du territoire, seront plus à même de se rendre dans ceux se trouvant dans leur circonscription.

L’incarcération n’implique surtout pas nécessairement une rupture avec l’environnement local extérieur. De nombreuses personnes détenues exécutent leur peine près du lieu où elles vivaient auparavant, où résident encore leurs proches et où elles envisagent de se réinsérer après leur libération.

Le vote comme levier de réinsertion et d’existence citoyenne

Le vote par correspondance ne subsiste ainsi aujourd’hui que pour les élections présidentielles et européennes ainsi que pour les référendums. Pour l’ensemble des autres scrutins, la large partie de la population carcérale n’étant pas en capacité d’obtenir une permission de sortir se retrouve contrainte de recourir à la procuration. Cette dernière, en plus d’être difficile d’accès, ne permet pas la solennité du déplacement pour placer son bulletin dans l’urne.

Les élections municipales de 2026 ont ainsi vu la participation largement baisser et revenir à des chiffres proches de ceux antérieurs à l’instauration du vote par correspondance, qui avait véritablement permis et motivé celle de la population détenue. Ce sont en effet autour de 4 % des 66 858 individus incarcérés en capacité de voter à la date des élections qui l’ont fait, soit un peu plus de 2 500 personnes.

La peine privative de liberté a pour mission de préparer le retour des individus détenus dans la société. L’exercice du droit de vote revêt dans cette perspective un intérêt particulier. Il maintient leur lien avec la communauté politique et reconnaît leur capacité à prendre part aux décisions collectives. C’est précisément l’objectif que poursuivait l’instauration du vote par correspondance, désormais supprimé pour une partie des scrutins. À l’inverse, c’est aujourd’hui leur pleine participation démocratique qui se trouve menacée, le législateur ayant choisi de limiter l’accès au suffrage de cette population déjà fortement exclue.

En vue de contourner le supposé problème du poids local de leur vote, une réflexion pourrait être entamée sur des moyens de permettre à l’ensemble des personnes détenues de s’inscrire dans une commune avec laquelle elles entretiennent des liens personnels ou familiaux antérieurs à l’incarcération – rattachement prévu dans la proposition de loi originelle tout en garantissant leur accès au vote. Afin d’éviter la difficulté logistique de l’acheminement physique des bulletins de vote des établissements pénitentiaires vers un certain nombre de communes différentes, potentiellement compliqué, la réflexion pourrait notamment porter sur leur transmission par la voie électronique. En attendant, il a plutôt été décidé de sacrifier, pour une large partie des élections, la procédure de vote par correspondance pourtant récemment éprouvée.

The Conversation

Laure de Galbert a reçu des financements de l’Université Paris Panthéon-Assas (contrat doctoral de trois ans).

– ref. Pourquoi le vote des personnes détenues doit être préservé – https://theconversation.com/pourquoi-le-vote-des-personnes-detenues-doit-etre-preserve-283455

Pourquoi certains chocolats ne fondent-ils pas malgré la chaleur ?

Source: The Conversation – in French – By Ana Isabel Terraes Huerta, Técnico medio de investigación de la Facultad de Química de Valencia, Universitat de València

Derrière une simple tablette de chocolat se cache une mécanique d’une grande précision. SviatlanaLaza/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • Le chocolat fond facilement, car son point de fusion est proche de la température du corps humain.

  • Les chercheurs développent des chocolats capables de résister jusqu’à 45 °C.

  • Le défi est de préserver leur goût, leur texture et leur fondant en bouche.


Peu de plaisirs égalent celui de laisser un morceau de chocolat fondre lentement sur la langue. Si le chocolat est si apprécié, c’est notamment parce que son point de fusion est très proche de la température du corps humain.

Mais cette qualité a aussi son revers : dès que la température grimpe, le chocolat ramollit, se déforme et devient difficile à stocker ou à transporter sous les climats chauds. Pour remédier à ce problème, l’industrie agroalimentaire a mis au point différentes techniques permettant de fabriquer des chocolats plus résistants à la chaleur.

Pour comprendre comment elles fonctionnent, il faut d’abord voir comment le chocolat est fabriqué, et plus particulièrement le rôle que joue le beurre de cacao dans ses propriétés physiques.

Le fruit du Theobroma cacao, aussi appelé cabosse.
nnattalli/Shutterstock

Le chocolat est fabriqué à partir des graines du cacaoyer (Theobroma cacao), un arbre originaire des forêts tropicales du bassin amazonien. Chaque fruit renferme entre 20 et 60 graines, appelées fèves, entourées d’une pulpe très riche en sucres.

Après la récolte, les fèves sont mises à fermenter. Les levures et les bactéries transforment alors la pulpe, déclenchant une série de réactions biochimiques qui produisent les précurseurs des arômes caractéristiques du chocolat. Les fèves sont ensuite séchées puis torréfiées. Cette étape permet à la réaction de Maillard de se produire, générant une grande diversité de composés aromatiques.

Fèves de cacao torréfiées.
Parilov/Shutterstock

Ce n’est qu’à l’issue de ce processus que l’on peut fabriquer ce que nous appelons du chocolat. Les fèves torréfiées sont broyées pour obtenir une pâte de cacao (ou « liqueur de cacao »), qui est ensuite soumise à un pressage à chaud afin de séparer le beurre de cacao de la poudre de cacao.

Le chocolat noir est élaboré en mélangeant cette pâte de cacao avec du beurre de cacao et du sucre. Les autres variétés sont obtenues par l’ajout d’ingrédients supplémentaires, comme le lait. Après cette étape, vient le conchage : le mélange est chauffé et brassé pendant plusieurs heures afin de réduire son humidité, d’éliminer certains composés volatils et indigestes, et de permettre au beurre de cacao d’enrober parfaitement les particules de cacao et de sucre. C’est ce procédé qui donne au chocolat sa texture onctueuse et fondante.

La dernière étape est le tempérage, un procédé de fusion puis de refroidissement contrôlés qui permet au beurre de cacao de cristalliser sous sa forme la plus stable, appelée forme V. C’est elle qui confère au chocolat son aspect brillant, sa fermeté, le claquement net lorsqu’on le casse, ainsi que son point de fusion d’environ 34 °C, très proche de la température du corps humain.

En revanche, si le beurre de cacao cristallise sous une autre forme cristalline (ou polymorphe), le chocolat perd de son éclat et sa texture est altérée. Il peut également présenter un blanchiment gras : ce voile blanchâtre à la surface est dû à la migration puis à la recristallisation des matières grasses.

Des chocolats qui résistent à la chaleur

Cette qualité si appréciée du chocolat – fondre en bouche – est aussi ce qui le rend si vulnérable aux fortes températures. Pour remédier à ce problème, les spécialistes des matériaux de l’industrie agroalimentaire travaillent au développement de chocolats résistants à la chaleur, capables de conserver leur forme entre 38 et 45 °C, voire davantage dans certaines formulations expérimentales.

Les recherches actuelles s’articulent autour de trois grandes pistes.

  • 1. Les sucres

La première approche consiste à modifier la microstructure des sucres. L’objectif est de renforcer la structure interne du chocolat en y incorporant de très faibles quantités d’eau ou de composés hydrophiles (qui attirent l’eau), comme le glycérol ou le sorbitol.

Ces additifs dissolvent partiellement les particules de sucre et leur permettent de se lier entre elles, formant un réseau tridimensionnel rigide. Cette armature interne empêche les particules solides de se désagréger et immobilise la matière grasse liquide lorsqu’elle fond. Le chocolat conserve ainsi sa forme, même à des températures plus élevées.

Le principal inconvénient de cette méthode est que l’eau doit être ajoutée avec une extrême précision. La moindre variation peut modifier la viscosité du chocolat ou provoquer un blanchiment du sucre, un défaut de surface dû à la recristallisation du sucre.

  • 2. Les matières grasses

Une autre approche consiste à modifier la composition de la phase grasse afin d’augmenter le point de fusion du chocolat. Deux stratégies sont possibles : remplacer une partie du beurre de cacao ou ajouter certains ingrédients.

Le beurre de cacao peut être partiellement remplacé par deux catégories de matières grasses végétales.

  • Les équivalents du beurre de cacao, comme le beurre de karité, l’huile de palme ou l’huile de noyau de mangue, présentent une composition chimique très proche de celle du beurre de cacao. Ils permettent donc d’augmenter la résistance à la chaleur sans modifier les propriétés du chocolat.

  • Les substituts du beurre de cacao, des matières grasses hydrogénées issues de la noix de coco ou du palmiste (l’amande du fruit du palmier à huile) qui imitent les propriétés physiques du beurre de cacao mais sont moins compatibles que les équivalents tels que le beurre de karité. Leur utilisation nécessite donc d’adapter la recette du chocolat.

Il est également possible d’ajouter des améliorants du beurre de cacao, destinés à modifier le comportement de la phase grasse et à limiter le blanchiment gras. Ces ingrédients sont obtenus soit par fractionnement – une technique qui sépare les matières grasses selon leur point de fusion –, soit par interestérification, un procédé chimique ou enzymatique qui réorganise les acides gras au sein des triglycérides afin d’augmenter la proportion de molécules plus stables à haute température.

En revanche, lorsqu’ils sont utilisés en trop grande quantité, ces additifs peuvent rendre le chocolat plus dur et lui donner une sensation cireuse peu agréable en bouche.

D’autres solutions reposent sur les oléogels et les bigels, des matériaux structurés qui immobilisent les huiles végétales grâce à des agents gélifiants. Ils peuvent remplacer partiellement, voire totalement, le beurre de cacao, ce qui améliore la stabilité thermique du produit et l’empêche de fondre prématurément.

  • 3. Le procédé de fabrication

Les recherches les plus récentes s’intéressent au procédé de fabrication lui-même, en modifiant la manière dont le chocolat est élaboré plutôt que sa composition. Plusieurs études ont montré que de légères modifications de la microstructure du chocolat peuvent améliorer sensiblement sa résistance à la chaleur.

L’optimisation des étapes de raffinage et de conchage permet d’obtenir des particules solides de taille très homogène, plus efficacement enrobées de beurre de cacao. Il en résulte une microstructure plus compacte et plus stable, capable de conserver sa forme même lorsqu’une partie de la matière grasse commence à fondre.

Il existe également des méthodes qui reposent sur une modification mécanique de la structure du chocolat. L’exemple le plus connu est sans doute la barre Cadbury Flake, dont la structure interne est constituée de multiples fines couches de chocolat séparées par de minuscules poches d’air, créées par un procédé de pliage et d’étirement.

À l’origine, cette barre n’a pas été conçue pour résister à la chaleur, mais pour offrir une texture unique. Toutefois, cette architecture particulière présente un avantage inattendu : elle ralentit la montée en température du chocolat et, par conséquent, son ramollissement.

Trouver le bon équilibre

Malgré les progrès considérables réalisés au cours des dernières décennies, il n’existe toujours pas de chocolat résistant à la chaleur capable de reproduire parfaitement toutes les qualités d’un chocolat classique. Une meilleure stabilité thermique s’accompagne généralement de modifications de la texture, de la vitesse de fonte, de la libération des composés aromatiques ou encore des sensations en bouche.

Certaines formulations peuvent même accroître le risque d’autres défauts, comme le blanchiment du sucre, ou ne plus répondre à la définition légale du « chocolat » en vigueur dans certains pays.

L’objectif des recherches actuelles n’est donc pas seulement d’empêcher le chocolat de fondre pendant son stockage ou son transport. Il s’agit aussi de préserver son brillant, sa texture, ses arômes et, surtout, sa capacité à fondre délicatement en bouche – autant de qualités qui ont fait du chocolat l’un des aliments les plus appréciés au monde.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Pourquoi certains chocolats ne fondent-ils pas malgré la chaleur ? – https://theconversation.com/pourquoi-certains-chocolats-ne-fondent-ils-pas-malgre-la-chaleur-288295

Les entreprises qui passent à la semaine de quatre jours sont-elles plus productives ? Une étude menée sur 15 entreprises apporte des réponses

Source: The Conversation – in French – By John L. Hopkins, Professor of Management, Deakin University

Réduire le temps de travail sans réduire le salaire ou les résultats : c’est le pari du modèle « 100 : 80 : 100 », mobilisé pour mettre en place la semaine de quatre jours dans les 15 entreprises étudiées par des chercheurs australiens. Israel Andrade/Unsplash, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Une étude menée auprès de 15 entreprises australiennes montre que la semaine de quatre jours a été largement adoptée après les essais.

  • Aucune n’a constaté de baisse de productivité, et plusieurs ont même observé une amélioration.

  • La principale motivation n’était pas la performance, mais la prévention du burn out.


Dans un essai publié en 1930, l’économiste britannique John Maynard Keynes prédisait que, cent ans plus tard, les progrès technologiques auraient remplacé une telle part du travail humain que nous ne travaillerions plus que 15 heures par semaine – voire plus du tout.

Près d’un siècle plus tard, cette vision ne s’est pas vraiment concrétisée. En Australie, des recherches montrent au contraire que les salariés travaillent régulièrement davantage que ce pour quoi ils sont rémunérés, en effectuant en moyenne 3,6 heures supplémentaires non payées par semaine.

La semaine de quatre jours est apparue pour la première fois comme une solution concrète lors de la crise énergétique des années 1970. Mais l’idée a véritablement repris de l’élan lorsque la pandémie de Covid-19 a conduit à une remise en question mondiale de nos façons de travailler et de nos lieux de travail.

Aujourd’hui, l’intérêt pour cette organisation du travail grandit pour d’autres raisons. La guerre entre l’Iran et Israël, qui perturbe les approvisionnements en carburant, relance les appels à réduire les déplacements. Les syndicats réclament une réduction du temps de travail. Enfin, récemment, le spécialiste de l’intelligence artificielle OpenAI a invité les employeurs à expérimenter la semaine de quatre jours afin de mieux redistribuer les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle (IA).

Notre nouvelle étude, publiée dans la revue Humanities and Social Sciences Communications du groupe Nature, s’intéresse à l’expérience de 15 entreprises australiennes ayant adopté la semaine de quatre jours. Quatorze d’entre elles ont choisi de conserver ce modèle. Aucune n’a constaté de baisse de productivité.

Notre étude

Pendant deux ans, nous avons étudié 15 entreprises ayant officiellement expérimenté la semaine de quatre jours selon le modèle « 100:80:100 ».

Ce modèle repose sur un principe simple : les salariés conservent 100 % de leur salaire tout en ne travaillant que 80 % de leur temps habituel, à condition de maintenir 100 % de leur niveau de production.

Nous avons interrogé les principaux décideurs de ces entreprises, ceux qui avaient porté le projet de semaine de quatre jours et joué un rôle central dans sa conception et sa mise en œuvre.

Nous voulions comprendre ce qui avait motivé ces entreprises à adopter ce modèle, quels bénéfices et quelles difficultés elles avaient rencontrés, ainsi que son impact global sur leur productivité et leurs performances.

Les entreprises étudiées appartenaient à des secteurs très variés, allant de la logistique à la gestion immobilière, en passant par la santé et l’édition. Environ la moitié étaient de petites structures comptant de deux à 18 salariés, les autres étant des entreprises de taille intermédiaire employant jusqu’à 85 personnes.

Pourquoi ces entreprises ont franchi le pas

La semaine de quatre jours est souvent présentée comme un moyen d’améliorer la productivité. Pourtant, parmi les 15 entreprises que nous avons interrogées, six ont indiqué que leur principale motivation était avant tout de lutter contre l’épuisement professionnel (burn out).

Selon une enquête menée en 2025 par l’association Beyond Blue, un salarié australien sur deux est confronté au burn out, les jeunes et les parents étant les plus exposés.

Dans notre étude, la directrice générale d’une entreprise de taille intermédiaire spécialisée dans les technologies de santé a ainsi souligné l’importance de préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que de mettre en place des stratégies de prévention du burn out pour les salariés.

Selon elle, les principaux indicateurs permettant d’évaluer le succès de la semaine de quatre jours étaient le taux de départs des salariés, l’absentéisme, ainsi que le nombre d’arrêts maladie ou de journées d’absence liées à la santé mentale provoquées par le burn out.

Une autre dirigeante, à la tête d’une entreprise de taille intermédiaire du secteur financier, résume ainsi sa démarche :

« Nous nous sommes dit qu’il était un peu hypocrite d’encourager chaque jour nos clients à mieux vivre si nous n’appliquions pas nous-mêmes ces principes au sein de notre entreprise. »

Pour beaucoup d’entreprises, la prévention du burn out a été un argument déterminant en faveur de la semaine de quatre jours.
Cup of Couple/Pexels

Le bilan

Au moment de nos entretiens, réalisés entre le début de l’année 2023 et la fin de l’année 2024, 14 des 15 entreprises participantes appliquaient toujours le modèle « 100:80:100 », soit en prolongeant leur phase d’essai, soit en l’adoptant définitivement. Certaines reconnaissaient être encore au début de l’expérience. À l’inverse, l’une d’entre elles fonctionnait déjà selon ce modèle depuis près de huit ans.

Une seule entreprise a finalement renoncé à la semaine de quatre jours. Elle a toutefois expliqué que le contexte avait fortement pesé dans cette décision, l’expérimentation ayant coïncidé avec une période de profonds changements au sein de l’organisation.

S’agissant de la productivité, six des entreprises participantes ont indiqué qu’elle avait augmenté depuis l’instauration de la semaine de quatre jours. Les autres ont estimé qu’elle était restée globalement stable. Fait notable, aucune n’a signalé de baisse de productivité liée à cette nouvelle organisation du travail.

Ces évaluations reposaient sur les indicateurs choisis par chaque entreprise : chiffre d’affaires, bénéfices, respect des délais de livraison des projets ou encore Net Promoter Score, un indicateur mesurant la satisfaction et la fidélité des clients. Invitées à dresser un bilan global de l’expérience, les entreprises ont attribué au modèle une note moyenne de 8,5 sur 10.

Limites et enseignements

Notre étude présente plusieurs limites. D’abord, le modèle « 100:80:100 » que nous avons analysé est encore relativement récent, ce qui explique le nombre limité d’entreprises australiennes pouvant être étudiées. Nous prévoyons de retrouver ces mêmes entreprises dans les prochaines années afin d’évaluer si cette organisation du travail est viable sur le long terme.

Il faut également souligner que les personnes interrogées avaient, pour la plupart, joué un rôle décisif dans la mise en place de la semaine de quatre jours. Leurs réponses peuvent donc refléter un certain biais en faveur de cette expérimentation.

Malgré ces réserves, alors que le burn out au travail progresse et que les gains de productivité attendus de l’intelligence artificielle soulèvent la question de leur répartition, la semaine de quatre jours apparaît comme une piste sérieuse qui mérite d’être explorée.

The Conversation

John L. Hopkins ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les entreprises qui passent à la semaine de quatre jours sont-elles plus productives ? Une étude menée sur 15 entreprises apporte des réponses – https://theconversation.com/les-entreprises-qui-passent-a-la-semaine-de-quatre-jours-sont-elles-plus-productives-une-etude-menee-sur-15-entreprises-apporte-des-reponses-288018