Incendies : comprendre le mystère des pyromanes

Source: The Conversation – in French – By Thierry Toutin, Chercheur associé en criminologie


L’ESSENTIEL

  • Plus de 400 incendiaires ont été interpellés en France à la suite des incendies de juillet 2026.

  • Quels sont les profils des personnes mises en cause ?

  • Pyromanes et psychopathes, incendiaires par vengeance, pour motifs économiques ou politiques : que dit la criminologie ?


En 1938, le philosophe Gaston Bachelard écrivait :

« Œuvre de jouissance, le feu est aussi œuvre de destruction, le feu se dématérialise, se déréalise, il devient esprit. Un incendie détermine un incendiaire presque aussi fatalement qu’un incendiaire allume un incendie. Le feu couve dans une âme plus sûrement que sous les cendres, et l’incendiaire est le plus dissimulé des criminels. »

Criminel mystérieux et difficile à appréhender pour l’entendement commun, l’incendiaire – communément appelé « pyromane » – intrigue. Qui est-il ?

Les profils sont en fait nombreux, de l’individu indemne du moindre trouble mental jusqu’à la personne au discernement aboli, au sens pénal du terme. L’homme incendiaire, la femme incendiaire, les adolescents et les enfants incendiaires, agissent tous, chacun en ce qui les concerne, pour des motifs variés et parfois obscurs. Très peu étudié par la criminologie française, l’incendiaire reste dans l’ombre.

Les incendiaires sont désignés généralement sous le terme de « pyromanes », par la sphère médiatico-politique. Or, il n’est pas certain que toutes les personnes arrêtées soient des « pyromanes ». La prudence indique que le diagnostic de pyromanie ne peut être dressé que par un expert psychiatre qui a examiné le suspect. Parmi les quelque 400 individus incendiaires qui ont été interpellés,, nous ne savons pas encore quelle est la part précise qu’occupent les « pyromanes », ni celles des « négligents », ni celle des individus alcoolisés. Nous connaissons juste la proportion de mineurs – 156 au total – sans savoir s’ils avaient agi par pulsions pyromaniaques, par ludisme, par vengeance ou par mimétisme.

Des statistiques éparses et parcellaires

Lorsque l’on étudie l’incendie criminel et l’incendiaire, il est très difficile de donner un aperçu statistique de la situation en France.

Comme le rappelait une proposition de loi de 2022 visant à combattre la pyromanie, il y aurait environ 300 000 incendies par an en France, toutes origines confondues, dont 10 % seraient d’origine criminelle. Ce qui signifie qu’il y aurait environ 30 000 incendies criminels commis chaque année dans notre pays.

Du côté des sanctions pénales, les sources officielles indiquent entre 900 et 1 000 condamnations par an d’incendiaires (dont la proportion de pyromanes au sens strict du terme n’est pas connue). Ce qui peut paraître peu par rapport au nombre d’incendies criminels estimés (environ 30 000). Mais, il convient de noter que plusieurs incendies peuvent être attribués à un seul et même auteur, que tous les incendies volontaires ne sont pas élucidés et que toutes les affaires élucidées ne débouchent pas forcément sur une condamnation.

Enfin, en ce qui concerne le taux d’élucidation des incendies, s’il est généralement faible par rapport à d’autres infractions graves, c’est parce que le feu détruit souvent tous les indices matériels, privant les enquêteurs de preuves. Dans ce cas, faute d’avoir pu prouver l’origine criminelle de l’incendie en question, ce dernier ira grossir les chiffres des incendies pour causes « suspectes », « douteuses » ou « indéterminées »…

Une indispensable classification des profils et des mobiles incendiaires

Il n’existe pas de classifications officielles récentes des divers types d’incendiaires. En France, les classifications sont rares et anciennes, l’une datant de 1947 et l’autre de 1979.

Dans l’étude de 1947 (celle de Raymond Faralicq), cinq types d’incendiaires sont identifiés :

  • les incendiaires par vengeance comprenant « la jalousie, l’envie et la concurrence »,
  • les incendiaires par intérêt (fraude à l’assurance),
  • les incendiaires par « état morbide et sadisme malfaisant » (profil correspondant probablement à celui du pyromane),
  • les incendiaires « anarchistes révolutionnaires dont les actes constituent des sortes de représailles collectives contre la société »,
  • et les incendiaires « détraqués cérébraux ».

Dans la catégorie des « détraqués cérébraux », Raymond Faralicq évoque le cas d’un incendiaire reflétant l’époque. Ce dernier fut arrêté après la commission de « 41 incendies d’urinoirs, [de] kiosques à journaux, [d’]édicules de marchés, 20 incendies de voitures de paille et 11 incendies de magasins à fourrage… ». Dans cette affaire, l’auteur des faits sera arrêté et « interné dans un asile d’aliénés » après avoir été reconnu irresponsable de ses actes.

Dans l’étude de 1979, la classification (Pierre Grapin, Les Incendies, Collection « Que Sais-je ? », PUF) repose sur quatre catégories d’incendiaires :

  • les incendiaires par intérêt financier,
  • les incendiaires par vengeance (« mise à feu d’étables, de granges, d’écuries, de meules de paille ou de foin »),
  • les incendiaires par ludisme qui concernent essentiellement des mineurs qui « se grisent du pouvoir de faire jaillir des flammes et d’effrayer les adultes par une agression aussi spectaculaire que gratuite »,
  • les incendiaires pervers qui se « délectent sensuellement à la vue des flammes ».

Classification contemporaine des types d’incendiaires

Ces classifications anciennes nécessitaient une mise à jour que nous avons proposée en 2025. Les auteurs d’incendies volontaires y sont regroupés en quatre groupes : incendiaires conflictuels, économiques, idéologiques et pathologiques.

  • Incendiaires par motivations conflictuelles (conflits de voisinage, vengeances conjugales, vandalisme urbain). On y trouve également les incendiaires agissant par règlement de comptes, notamment dans le cadre du narcotrafic dont la mise à mort d’un individu brûlé constitue un avertissement aux rivaux et aux témoins gênants.

  • Incendiaires par motivations économiques. Ce groupe concerne les incendiaires « fraudeurs » au préjudice des compagnies d’assurance ou visant l’appât du gain.

  • Incendiaires par motivations idéologiques et politiques.

  • Incendiaires à connotation pathologique. Dans ce groupe, on distingue les profils pathologiques et les pyromanes.

Psychotiques et pyromanes

Si les psychotiques sont généralement reconnus irresponsables pénalement en raison de l’abolition de leurs facultés psychiques ou neuropsychiques (article 122-1 du Code pénal), pour les pyromanes – incendiaires à répétition – la responsabilité pénale est généralement engagée. La pyromanie relève du trouble du contrôle des impulsions, selon la Classification internationale des maladies (CIM) de l’OMS). Il s’agit de l’impossibilité de résister à l’impulsion d’allumer de manière compulsive des incendies. Ce trouble s’accompagne d’une fascination et d’un plaisir intense, pour ne pas dire jouissif, à contempler les incendies, comme l’ensemble des évènements en résultant.

Après le diagnostic des psychiatres experts judiciaires, il sera tenu compte de l’état des facultés psychiques ou neuropsychiques des individus mis en cause, considérées altérées au sens de l’article 122-1, al.2 du Code pénal. Ceux-ci sont donc tenus pour responsables de leurs actes, mais leur comportement semi-pathologique sera pris en compte lors du prononcé de la peine et de son exécution.

Au XIXᵉ siècle la pyromanie était désignée sous le terme de « monomanies incendiaires », par les aliénistes de l’époque, tels que Jean-Étienne Esquirol (1772-1840) et Valentin Magnan (1835-1916).

« Les auteurs classiques européens considéraient la pyromanie comme une obsession-impulsion consciente, une impulsion obsédante appartenant plus ou moins au registre de la névrose obsessionnelle. »
– selon le psychiatre Michel Bénézech.

Progressivement le terme de « pyromanie » s’est imposé au cours du XXᵉ siècle.

Qui sont les auteurs d’incendies de forêt ?

Si l’on s’intéresse uniquement aux individus qui mettent le feu dans les bois et les forêts françaises, on observe (mais il n’existe aucune statistique précise) que deux types de profils dominent en particulier : ceux des « incendiaires pyromanes » et ceux des « incendiaires négligents » (l’individu qui connaît les risques et qui ne respecte pas les règles de sécurité).

Sont-ils les seuls ? Ce n’est pas certain, dans la mesure ou l’on aurait tendance à oublier les mineurs incendiaires qui agissent par mimétisme, provocation et surenchère, à la faveur du retentissement médiatique qui en est fait, et les individus sous imprégnation alcoolique, qui agissent par désœuvrement, par vengeance ou pour nuire.

Quid des fameux pompiers pyromanes ? ll n’existe pas de statistiques fondées sur la catégorie professionnelle des auteurs d’incendies volontaires. Ce qui ne permet pas d’affirmer que les pompiers pyromanes sont nombreux ni plus nombreux que dans toutes autres professions. Parmi les quelques cas recensés, il s’agit essentiellement de « pyromanes » attirés par le feu, qui sont ensuite devenus pompiers et non l’inverse, celui de pompiers devenus pyromanes.


Thierry Toutin est l’auteur d’ Incendies volontaires et profilage criminel, éditions Eska, 2025.

The Conversation

Thierry Toutin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Incendies : comprendre le mystère des pyromanes – https://theconversation.com/incendies-comprendre-le-mystere-des-pyromanes-289244

Le Canada vieillit. Ce sera sa plus grande force en 2067

Source: The Conversation – in French – By Parminder Raina, Scientific Director, McMaster Institute for Research on Aging, McMaster University

Le Canada franchira cette année le seuil d’une société « hyperâgée », avec au moins une personne sur cinq âgée de plus de 65 ans.


D’ici 2067, année où le Canada fêtera ses 200 ans, les personnes âgées représenteront une part bien plus importante de la population, tandis que la croissance de la tranche d’âge traditionnellement considérée comme « en âge de travailler » sera modeste. Cette évolution est souvent présentée comme une crise imminente pour les soins de santé et les systèmes de retraite.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Il ne s’agit pas d’une crise. C’est la preuve que les Canadiens vivent plus longtemps et en meilleure santé, un exploit dont les générations précédentes n’auraient pu que rêver.

La véritable question n’est pas de savoir si le Canada a les moyens de vieillir. La question est de savoir si nous saurons saisir cette occasion pour faire du Canada le pays qui vieillit le mieux au monde.

Le vieillissement est un triomphe, pas un fardeau

La première étape consiste à s’attaquer de front à l’âgisme. Des termes tels que « tsunami gris » évoquent une vague destructrice imparable. Or, le vieillissement n’est pas une catastrophe naturelle ; c’est le résultat prévisible du progrès social.

Les pays qui vieillissent le plus rapidement, notamment le Canada, le Japon, la Corée du Sud et l’Italie, affichent une espérance de vie élevée, un niveau d’éducation élevé et des systèmes de protection sociale solides. En d’autres termes, le vieillissement de la population est un indicateur de réussite nationale, et non d’échec.

Pourtant, le débat public continue de considérer les personnes âgées avant tout comme un coût :

lits d’hôpital, places en établissement de soins de longue durée, aides au revenu.

Cette vision ignore ce que font réellement chaque jour de nombreux Canadiens âgés de 70, 80 et 90 ans : ils font du bénévolat, s’occupent de leur conjoint, de leurs petits-enfants et de leurs voisins, ont un emploi et dirigent des associations locales. De vastes études nationales, telles que l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, montrent que de nombreuses personnes âgées restent actives, engagées et résilientes jusqu’à un âge avancé.

Si une personne de 65 ans est autonome, engagée et heureuse, pourquoi voudrait-elle se sentir comme si elle en avait 40 ? L’objectif des politiques ne devrait pas être d’« inverser » le vieillissement, mais de veiller à ce que les personnes de tous âges puissent bien vivre.

Pourquoi les communautés comptent plus que les hôpitaux

Le vieillissement ne se produit pas dans une clinique ou un laboratoire. Il se produit dans les quartiers et les communautés, façonnés par le travail, le logement, les transports, les soins prodigués, la qualité de l’air et les revenus.

Des décennies de recherche montrent que ces conditions sociales et environnementales affectent la biologie elle-même : elles déterminent les processus inflammatoires et les maladies chroniques, et même la vitesse à laquelle les cellules vieillissent par le biais de processus tels que le raccourcissement des télomères, où la gaine protectrice des chromosomes s’amenuise à mesure que les cellules se divisent. Deux personnes du même âge chronologique peuvent vieillir de manière très différente selon l’endroit où elles vivent et leur mode de vie.

Cela a des implications majeures pour l’avenir du Canada. Notre système de santé a été en grande partie conçu dans les années 1960, à une époque où l’âge médian était d’environ 26 ans et où l’accent était mis sur les épisodes aigus de courte durée.

Ce modèle est mal adapté à un pays où de nombreuses personnes vivent avec plusieurs maladies chroniques.

Si le Canada veut prospérer en 2067, nous devons rééquilibrer nos investissements. Les hôpitaux et les spécialistes resteront toujours indispensables. Mais nous avons besoin d’investissements tout aussi importants dans les services sociaux et les services de proximité qui permettent aux personnes de rester en meilleure santé plus longtemps et de vivre chez elles pour un coût bien inférieur à celui des soins en établissement.

Imaginez un Canada où :

  • Les personnes âgées peuvent rester au sein de leur communauté, soutenues de manière abordable et dans la dignité ;

  • Les villes comme les zones rurales offrent un air pur, des transports en commun accessibles et des centres communautaires dynamiques ;

  • Les logements sont conçus pour favoriser la cohabitation intergénérationnelle, et non la ségrégation par âge ;

  • Les employeurs accordent autant d’importance aux responsabilités liées à la prise en charge d’un proche qu’au congé parental ;

  • Chaque mesure politique majeure concernant les personnes âgées est fondée sur des données concrètes, et non sur des hypothèses dépassées sur la dépendance.

Rien de tout cela n’est utopique. Il s’agit de choix de conception concrets.

La confiance, une infrastructure essentielle

Il existe cependant un élément moins visible qui déterminera si le Canada peut devenir un chef de file mondial en matière de vieillissement : la confiance.

Nous avons besoin de confiance pour concevoir de nouveaux modèles de soins, de nouvelles formes de logement et de nouveaux systèmes de revenus qui tiennent compte de l’allongement de la durée de vie. Nous en avons besoin pour partager des données sanitaires et sociales de manière à protéger la vie privée tout en permettant une recherche à grande échelle, notamment sur de vastes cohortes telles que l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement. Et nous en avons besoin pour rétablir la confiance dans des institutions dont de nombreux Canadiens estiment qu’elles ne les servent plus.

Lorsque la confiance est faible, même des réformes modestes peuvent susciter des réactions négatives. Mais lorsque la confiance est forte, des changements ambitieux deviennent possibles.

Dans le domaine du vieillissement, instaurer la confiance pourrait permettre :

  • des aides aux aidants qui reflètent les réalités des familles modernes, et non le modèle dépassé d’un aidant unique restant à la maison ;

  • Des programmes de santé publique adaptés aux communautés à faibles revenus et aux communautés racialisées, qui supportent souvent un fardeau disproportionné en matière de santé ;

  • Des partenariats nationaux réunissant gouvernements, chercheurs, industries et organismes communautaires pour mettre à l’essai de nouvelles solutions ;

  • Des collaborations internationales qui font du Canada un chef de file en matière de longévité en bonne santé et d’« économie de la longévité ».

La confiance n’est pas une préoccupation secondaire ou accessoire. C’est une infrastructure essentielle d’une société vieillissante.


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Un autre récit pour l’avenir du Canada

Le changement démographique est inévitable ; le déclin ne l’est pas. Nous pouvons considérer le vieillissement de notre population comme une menace budgétaire, ou comme une occasion de repenser, pour le mieux, nos communautés, nos systèmes et nos attentes. Les projections démographiques récentes montrent à quel point ce choix est urgent.

Si nous faisons le second choix, le Canada pourrait être reconnu non seulement pour son système de santé universel d’ici 2067, mais pour quelque chose d’encore plus ambitieux : une société où les personnes de tous âges vivent plus longtemps, avec du sens, des liens et de la joie.

Cet avenir ne se produira pas par hasard. Mais il est à notre portée.

La Conversation Canada

Parminder Raina reçoit des financements des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation, de la Fondation de la famille Weston, de l’Agence de la santé publique du Canada et du programme Horizon 2020 de l’Union européenne.

– ref. Le Canada vieillit. Ce sera sa plus grande force en 2067 – https://theconversation.com/le-canada-vieillit-ce-sera-sa-plus-grande-force-en-2067-286427

L’histoire de la « double fente », l’expérience qui contient tout le mystère de la quantique

Source: The Conversation – in French – By Fabrizio Bucella, Full Professor, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Depuis plus de deux siècles, les physiciens réalisent une expérience au principe simple, qui permet toujours de mettre en évidence les mystères de la mécanique quantique. ©Université de Vienne

Quelle est l’expérience qui permet aux novices d’appréhender les mystères de la mécanique quantique et qui continue de faire vibrer les physiciens ? Partons à la découverte de l’expérience de la « double fente » !


Le physicien américain Richard Feynman (1918-1988) disait de la « double fente » que c’était l’expérience qui contenait tout le mystère de la quantique. L’eau a coulé sous les ponts depuis ses cours des années 1960, mais, conceptuellement, les choses n’ont pas changé : on peut toujours expliquer les dernières expériences de la physique quantique en revenant à la double fente et à son formalisme.

Embarquons pour un tour du propriétaire, remontant aux anciens – bien avant Feynman – aux modernes… puisque la dernière instance en date de l’expérience de la double fente date de… 2026.

L’étude de la nature de la lumière, avant la physique quantique

La double fente démarre comme une expérience totalement classique.

portrait
Portrait de Thomas Young en 1822, par Henry Perronet Briggs d’après Thomas Lawrence.
Wikimédia.

En 1801, le physicien Thomas Young éclaire deux petits trous percés dans un carton. Ces deux trous deviennent à leur tour des sources lumineuses secondaires. Sur le mur de sa chambre, au-delà des trous, Young constate l’apparition de franges d’interférences. Donc, les deux trous, en tant que sources lumineuses, interfèrent l’un avec l’autre : en fonction de la position sur le mur, Young observe des interférences soit constructives (on a une bande claire), soit destructives (on a une bande sombre).

Si vous voulez essayer à la maison, on peut facilement obtenir des franges d’interférence par diffraction avec un laser de poche et un cheveu, le cheveu jouant le rôle des deux fentes, car il sépare le faisceau en deux de part et d’autre.

un schéma décrivant des franges d’interférences
La planche historique de l’expérience de Young.
Wikimédia, CC BY

Cette expérience réalisée un peu par hasard et avec les moyens du bord sera reprise dans ses Lectures en 1807. Elle deviendra la preuve expérimentale canonique que la lumière se comporte comme une onde. En effet, si la lumière se comportait comme des particules, on trouverait deux taches lumineuses sur le mur en regard des deux fentes.

Fin du premier acte.

La double fente de Feynman, ou la nature des électrons

Puis, au début du XXᵉ siècle, est apparue la « nouvelle physique », qu’on a depuis appelée « mécanique quantique ». C’est la théorie qui décrit la matière aux plus petites échelles. En 1924, le Français Louis de Broglie ose l’hypothèse décisive : toute particule de matière possède aussi un comportement d’onde.

Richard Feynman
Richard Feynman en 1984, aux États-Unis.
Tamiko Thiel, Wikipédia.

Pour illustrer ce comportement, Richard Feynman utilise la double fente dans son article fondateur sur les intégrales de chemin (1948), mais la version la plus célèbre arrivera dans ses cours à Caltech donnés de 1961 à 1963 aux premières et deuxièmes années. Pour Feynman, la double fente est l’expérience qui recèle tout le mystère de la physique quantique (ou « mécanique quantique », comme on disait à l’époque).

Feynman réalise cette expérience comme une expérience de pensée, sans vérification expérimentale, mais le formalisme de la quantique étant tellement puissant et tellement précis, nul doute que, si on devait faire cette expérience en vrai, on trouverait le résultat prévu.

Schéma de l’expérience de la double fente.
NekoJaNekoJa, traduit en français par Christophe Dioux., CC BY-SA

Pour ne pas porter à confusion avec les fentes de Young et la nature de la lumière, Feynman décrit une expérience avec des électrons. C’est le premier point qui perturbe souvent mes étudiants. Si ce point vous gêne, vous pouvez imaginer que les électrons sont des photons sans aucun souci, car cette expérience montre en fait que les électrons se comportent comme des photons, et les photons comme des électrons.

Imaginez un écran percé de deux ouvertures en forme de fentes. Derrière cet écran se trouve un second écran, qui sert simplement à enregistrer les impacts des particules. Imaginez aussi que vous disposez d’un canon capable d’envoyer des électrons. Que devrait-il se passer ? Si l’on tire des électrons vers l’écran, la plupart seront arrêtés par le premier écran, sauf ceux qui passent par les fentes. On s’attend donc à voir apparaître sur le second écran deux zones d’impact, alignées avec les deux fentes.

Mais ce n’est pas ce qui se produit. À la place, on observe sur le deuxième écran un motif appelé « franges d’interférence » : une alternance régulière de bandes claires et de bandes sombres.

Pourquoi ? Parce que les électrons ne se comportent pas comme des particules, mais comme des ondes. Et les ondes peuvent se combiner entre elles. Lorsque deux ondes s’additionnent, elles produisent une interférence constructive, qui donne une zone claire. Lorsqu’elles s’annulent partiellement, elles produisent une interférence destructive, qui donne une zone sombre. L’interférence constructive ou destructive dépend de la différence de chemin parcouru par les deux ondes depuis chaque fente jusqu’à un point de l’écran (exactement comme dans l’expérience de Young).

Jusqu’ici, cela peut encore sembler compréhensible. Mais imaginons maintenant que l’on envoie les électrons un par un avec notre canon à électrons, sans viser une fente en particulier. Dans ce cas, chaque électron est seul. Intuitivement, il devrait donc passer par une seule fente, et on ne devrait plus observer de franges d’interférence. Pourtant, ce n’est toujours pas ce qui se produit. Au fur et à mesure que les électrons arrivent un par un sur l’écran, le motif d’interférence finit malgré tout par apparaître.

Comment l’expliquer ? En mécanique quantique, on décrit l’électron par une fonction d’onde, c’est-à-dire une description probabiliste de son comportement. Cette fonction d’onde peut passer simultanément par les deux fentes, se superposer à elle-même et produire les interférences observées sur l’écran. Attention, on ne dit pas que l’électron passe par les deux fentes à la fois. L’électron n’est pas aux deux endroits à la fois, c’est sa fonction d’onde (c’est-à-dire sa description de probabilité quantique) qui se propage à travers les deux fentes et interfère avec elle-même.

apparition des franges d’interférences
La construction des franges d’interférence électron par électron, dans un film réalisé en 2013.
Roger Bach et collaborateurs, « New J. Phys. » 15 033018, 2013., CC BY

Mais allons encore plus loin. Imaginons que l’on place un détecteur après une des fentes afin de savoir par quelle fente l’électron passe réellement. Parfois, on entend un clic : cela signifie que l’électron est passé par cette fente. S’il n’y a pas de clic, on en déduit qu’il est passé par l’autre fente. Que se passe-t-il alors sur l’écran ? Les franges d’interférence disparaissent. Le simple fait de mesurer le passage de l’électron force le système quantique à interagir avec l’appareil de mesure. Cette interaction détruit la superposition des états et empêche la formation des interférences. Les physiciens ont appelé ce phénomène l’« effondrement de la fonction d’onde ». Le mécanisme à l’œuvre, l’interaction avec le détecteur qui brouille la superposition, porte le nom de « décohérence quantique ».

Bref, tant qu’on ne regarde pas, le monde quantique se permet des comportements bizarres. Dès qu’on l’observe, il rentre dans le rang.

Fin du deuxième acte.

Mais, pour l’anecdote, et la correction historique, notons que si, pour Feynman, l’expérience était vraiment une expérience de pensée, le physicien Claus Jönsson avait déjà réalisé à Tübingen (Allemagne) l’expérience avec une vraie double fente et de vrais électrons en 1961 ! Ses résultats avaient été publiés dans Zeitschrift für Physik. Feynman l’ignorait, car l’article n’a été traduit en anglais qu’en 1974 dans l’American Journal of Physics. C’était une époque – tout à fait révolue – où les publications de physique ne se faisaient pas forcément en anglais.

Une avancée spectaculaire

Le trio des Italiens : Merli, Missiroli et Pozzi.
Image tirée du documentaire « L’esperimento più bello » (2010), Consiglio Nazionale delle Ricerche, Cineteca di Bologna (Italie)

La double fente connaîtra une avancée spectaculaire en 1974 lorsque les Italiens Pier Giorgio Merli, Gian Franco Missiroli et Giulio Pozzi vont envoyer les électrons un par un à travers un biprisme, qui est une sorte de paire de fentes virtuelles créée par un champ électrique. C’était à Bologne et ils vont même en tirer un film, qui sera primé au festival du film scientifique et technique de Bruxelles en 1976. La différence avec l’expérience de Claus Jönsson en 1961 est capitale. Jönsson envoyait un flot d’électrons, les Italiens les envoient un par un et le motif d’interférence se construit impact après impact. C’est bluffant.

Ensuite, en 1989, les Japonais Akira Tonomura, Junji Endo, Tsuyoshi Matsuda, Takeshi Kawasaki et Hiroshi Ezawa, chez Hitachi, vont réaliser la même opération, toujours avec un biprisme.

Malheureusement, la prouesse italienne des électrons un par un passera par pertes et profits. Dans les manuels, on retient l’expérience japonaise alors que l’expérience italienne a eu lieu quinze ans avant… juste parce qu’un « concours » lancé en 2002 par le philosophe des sciences Robert P. Crease dans la revue Physics World a désigné l’expérience de la double fente avec les électrons un par un comme « la plus belle expérience de physique de tous les temps »… mais, pas de bol, la revue a attribué l’expérience aux Japonais au lieu des Italiens. Malgré un rectificatif publié plus tard, le mal était fait et bien fait, d’autant que Crease surfera sur la vague du concours avec un livre à succès.

Fin du troisième acte.

Au XXIᵉ siècle, l’épopée de la double fente continue

Pour avoir une vraie double fente et des électrons un par un, comme l’avait décrit Feynman, il faudra attendre 2013 avec Roger Bach, Damian Pope, Sy-Hwang Liou and Herman Batelaan, à l’Université du Nebraska à Lincoln. Ici, on a littéralement le dispositif décrit par Feynman soixante-cinq ans auparavant : un canon à électrons qui les envoie un par un, de vraies fentes découpées dans de la vraie matière et même un dispositif qui ferme une des deux fentes à la demande.

Mais l’histoire de la double fente ne s’arrête pas là…

Début 2026, le groupe de Markus Arndt à l’Université de Vienne (Autriche) vient de publier le résultat d’interférences avec des agrégats de sodium d’environ 8 nanomètres et 170 000 unités de masse atomique, soit l’équivalent de 170 000 atomes d’hydrogène. C’est totalement bluffant, car la taille des amas métalliques envoyés dans le dispositif est comparable aux plus petites échelles de la microélectronique actuelle !

La double fente continue de nous épater.


Cet exposé suit le déroulé de la conférence donnée aux lycéens du Lycée français de Rabat (Maroc), dont la vidéo est en ligne.

The Conversation

Fabrizio Bucella ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’histoire de la « double fente », l’expérience qui contient tout le mystère de la quantique – https://theconversation.com/lhistoire-de-la-double-fente-lexperience-qui-contient-tout-le-mystere-de-la-quantique-289548

L’utilisation de l’IA par Al-Qaida et l’État islamique : deux approches différentes

Source: The Conversation – in French – By Sara Harmouch, Research Fellow in Counterterrorism, George Washington University


L’ESSENTIEL

  • Les réseaux djihadistes s’emparent eux aussi de l’intelligence artificielle, notamment pour la propagande, la traduction et la production de contenus.

  • Al-Qaida et l’État islamique mettent en œuvre, dans ce domaine comme dans d’autres, des approches différentes : la première privilégie une stratégie de long terme, tandis que le second recherche davantage des effets rapides et visibles.

  • L’adoption de l’IA met en lumière ces deux cultures organisationnelles : au-delà de pratiques similaires, les deux mouvements n’envisagent pas le rôle de la technologie de la même manière.


L’intelligence artificielle ne créera peut-être pas une nouvelle forme de terrorisme, mais elle rend les tactiques existantes moins coûteuses, plus rapides et plus faciles à mettre en œuvre. C’est en tout cas l’argument central d’un rapport publié en juillet 2026 par le Center for Strategic and International Studies, un think tank basé aux États-Unis.

Ce texte, par ailleurs tout à fait convaincant, laisse une question sans réponse : les différents groupes terroristes envisagent-ils tous cette technologie de la même manière ?

En tant qu’experte en terrorisme qui étudie la manière dont les groupes militants raisonnent et s’adaptent, j’ai analysé de nombreux éléments de propagande, manuels et documents stratégiques des deux mouvements djihadistes les plus influents du XXIᵉ siècle – Al-Qaida et l’État islamique –afin d’observer comment ils interprètent et adoptent les nouvelles technologies. Mes travaux reposent notamment sur l’analyse des utilisations documentées de l’IA par leurs médias et leurs partisans.

Ces groupes utilisent l’un comme l’autre l’IA à des fins de propagande, de recrutement, de sécurité et de planification. Mais Al-Qaida et les réseaux liés à l’État islamique l’abordent chacun différemment, conformément à la manière dont ils mènent leurs combats.

Al-Qaida est plus méthodique et pense en termes de décennies. L’État islamique, lui, agit rapidement et recherche des résultats immédiats.

En d’autres termes, l’approche de chaque groupe reflète sa culture organisationnelle et révèle une vision différente du temps et de la guerre. L’État islamique a construit son projet autour d’un califat à conquérir au plus vite – une urgence qui récompense quiconque produit un effet visible aujourd’hui. Al-Qaida, à l’inverse, a bâti son projet autour d’une guerre d’usure générationnelle, misant sur l’idée que la volonté et l’endurance pourraient triompher d’un ennemi technologiquement supérieur.

Pour l’État islamique, une stratégie d’adaptation

L’État islamique a longtemps été le plus offensif des deux mouvements en matière d’innovation médiatique.

Au plus fort de son califat autoproclamé en Syrie et en Irak, l’État islamique a mis en place un appareil sophistiqué, misant sur la rapidité et un haut niveau de professionnalisation. Cette dynamique s’est prolongée à l’ère de l’IA, portée par des partisans et des recrues plus jeunes, immergés dans la culture numérique, qui n’hésitent pas à expérimenter de nouveaux outils.

Depuis 2023, les affiliés de l’État islamique recourent de plus en plus à l’IA générative pour produire leur propagande. Après l’attentat perpétré en mars 2024 dans une salle de concert près de Moscou, qui a fait plus de 130 morts, des partisans du groupe ont diffusé une vidéo célébrant l’attaque. Celle-ci mettait en scène un faux présentateur arabophone, généré artificiellement, qui présentait l’attentat comme un épisode de la guerre plus large menée par l’organisation contre ses ennemis.

Des réseaux liés à l’État islamique ont également utilisé l’intelligence artificielle pour générer des images, accélérer les traductions et produire de la propagande multilingue.

En juin 2025, la branche afghane du groupe État islamique, l’État islamique du Khorasan (ISIS-K), a diffusé un numéro de son magazine en anglais, Voice of Khorasan, publié par la Fondation al-Azaim, qui présentait la maîtrise de l’IA comme un devoir religieux pour chaque musulman. Cela a conduit à assimiler juridiquement cette compétence au djihad défensif, que les idéologues djihadistes présentent souvent comme un devoir de combattre lorsque les musulmans, leur foi ou leur territoire sont attaqués. Selon cet article, l’IA est une force qui façonne déjà la guerre, le monde des affaires et l’identité. Le document met également en garde contre les deepfakes, la surveillance et la collecte de données, tout en proposant des conseils pratiques pour se protéger.

La Fondation a par la suite retiré la qualification religieuse, semble-t-il après avoir été raillée par d’autres groupes djihadistes, mais a maintenu les recommandations pratiques. Cet épisode, inscrit dans le cadre plus large des expérimentations menées par l’État islamique, reflète un schéma récurrent : une adoption rapide, suivie d’une correction doctrinale. Il révèle également une logique de mobilisation particulière. Les adeptes sont encouragés à considérer leur méconnaissance de cette technologie comme une vulnérabilité face à des adversaires qui l’utilisent déjà.

Dans les documents examinés, la question centrale n’est pas de savoir si l’IA modifie la nature de la guerre, mais comment l’utiliser, se protéger contre elle et éviter de se retrouver à la traîne.

Al-Qaida se lance aussi dans l’expérimentation

Les branches et les partisans d’Al-Qaida s’essaient également à cette technologie.

Des médias pro-Al-Qaida ont diffusé des images probablement générées par l’IA dès 2023, et ses réseaux ont fait la promotion d’ateliers et de guides sur les chatbots. En 2024, l’Armée électronique Al-Malahem a publié un guide intitulé « Des façons incroyables d’utiliser l’IA », offrant à ses partisans de nombreux conseils.

En juillet 2025, les Nations unies ont indiqué qu’Al-Shabaab, la branche somalienne d’Al-Qaida, utilisait des outils d’intelligence artificielle pour traduire ses messages en plusieurs langues.

En mai 2026, l’Agence nationale d’enquête indienne a engagé des poursuites concernant un attentat à la voiture piégée perpétré en novembre 2025 à Delhi, qui avait fait 11 morts. Les enquêteurs ont affirmé que la cellule responsable était liée à Al-Qaida dans le sous-continent indien et employait un ingénieur qui utilisait YouTube et ChatGPT pour effectuer des recherches sur les explosifs.

Par ailleurs, certains analystes ont émis l’hypothèse que les récentes adaptations en matière de drones menées par la branche ouest-africaine d’Al-Qaida pourraient impliquer des outils d’IA en open source. Les preuves restent toutefois fragiles.

Des militants liés à Al-Qaida ont mis en garde contre le risque que des « deepfakes » ne s’infiltrent dans leurs discussions en ligne ou ne les manipulent. Les comptes de réseaux sociaux liés à Al-Qaida ont également débattu de l’utilisation de l’IA pour la recherche religieuse. Certains messages affirmaient que s’appuyer sur cette technologie témoignait d’une connaissance religieuse insuffisante.

La nature de la guerre en mutation

Les deux mouvements enseignent donc à leurs partisans comment utiliser ces outils et s’en prémunir. Mais certains acteurs de l’écosystème médiatique pro-Al-Qaida posent une question différente : la technologie modifie-t-elle la nature même de la guerre ?

L’exemple le plus frappant est celui de la Fondation Anaziat, pro-Al-Qaida. Au fil de six numéros consécutifs de sa série Fiqh al-Harb (Jurisprudence de la guerre), parue en 2025, la fondation a publié des traductions en arabe d’ouvrages stratégiques occidentaux consacrés à l’IA, à la cyberguerre et aux évolutions technologiques.

Un texte examine ainsi l’IA et l’avenir de la guerre. Un autre se demande si les stratèges devraient prendre au sérieux la philosophie de l’IA. Deux autres débattent de la question de savoir si l’IA pourrait changer la nature même de la guerre. La série critique ensuite la cyberguerre et l’hypothèse selon laquelle la supériorité technologique pourrait venir à bout des réalités persistantes du conflit.

Ces textes donnent lieu à un débat révélateur qui revient sans cesse sur l’action humaine, la conscience, la finalité politique, la persévérance et la volonté. Cette série ne rend pas de verdict contre l’IA. Son intérêt réside plutôt dans les questions qu’elle choisit de poser et les hypothèses qu’elle ne cesse de remettre en question.

Des cultures organisationnelles différentes

Ces approches reflètent différents instincts organisationnels. Al-Qaida s’est historiquement montrée plus patiente et mesurée, envisageant sa lutte comme une guerre de longue haleine et contrôlant minutieusement ses messages. Sa stratégie repose sur un pari : la volonté politique et l’endurance peuvent l’emporter sur la supériorité technologique. Le mouvement a survécu à l’essor des drones, de la surveillance de masse et des frappes de précision en se dispersant, en encaissant les pertes subies, en s’adaptant et en patientant.

Les choix éditoriaux d’Anaziat se distinguent car ils font écho à ces hypothèses. Sa série d’articles s’appuie sur des chercheurs occidentaux qui se demandent si les machines et l’IA peuvent remplacer le jugement humain et surmonter l’incertitude de la guerre, et si des armes supérieures peuvent se substituer à l’endurance, à la volonté politique et à la volonté humaine. Ces réflexions mettent à l’épreuve la stratégie de « guerre longue » d’Al-Qaida, qui en revient sans cesse à la même conclusion : la technologie peut changer la manière dont les guerres sont menées sans pour autant déterminer qui, en fin de compte, tiendra le plus longtemps ou l’emportera.

Al-Qaida estime que l’endurance, la volonté politique et l’action humaine jouent en sa faveur. Selon elle, la supériorité militaire ou technologique ne garantit pas la victoire.

Les deux mouvements djihadistes utilisent l’IA pour bon nombre d’objectifs et de pratiques identiques. Il existe néanmoins une différence dans leur conception de cette technologie et dans les questions qu’ils se posent au-delà de son utilisation immédiate.

Le discours lié à l’État islamique considère l’IA principalement comme un outil à maîtriser dès maintenant. C’est également le cas d’une partie de l’écosystème pro-Al-Qaida, mais celui-ci l’inscrit également dans un débat plus large sur la guerre, la persévérance et la victoire stratégique. Ces cultures organisationnelles pourraient déterminer non seulement quels outils d’IA chaque mouvement adoptera à l’avenir, mais aussi à quelles fins – et de quelle manière – il les utilisera.

The Conversation

Sara Harmouch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’utilisation de l’IA par Al-Qaida et l’État islamique : deux approches différentes – https://theconversation.com/lutilisation-de-lia-par-al-qaida-et-letat-islamique-deux-approches-differentes-289822

Une bouse de vache vaut-elle un crottin de cheval ? Les bousiers n’ont pas tous les mêmes préférences gustatives

Source: The Conversation – France (in French) – By Cloé Joly, Postdoctoral fellow, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); Université de Montpellier; Université de Rouen Normandie

Bousier de l’espèce _O. Vacca_ avec des acariens sur le dos. Martin A. Prinz (martin_der_prinz)/iNaturalist, CC BY-NC

L’ESSENTIEL

  • Les bousiers sont une grande famille d’insectes coléoptères qui se nourrit et pond dans les excréments d’animaux, parmi lesquels les grands mammifères d’élevage (vaches, chevaux…).

  • On pensait jusqu’alors que, dans le sud de la France, les bousiers de l’espèce Onthophagus vacca privilégiaient les déjections de vaches. Une nouvelle étude contredit ces résultats : les coléoptères y ont préféré les crottins d’équidés. Plusieurs hypothèses sont à l’étude pour expliquer ces différences.

  • Comprendre l’écologie des bousiers est important, car ceux-ci rendent des services écosystémiques précieux dans les pâturages, où ils jouent à la fois un rôle de nettoyeurs et de disséminateurs de graines.


L’élevage a pour objectif de produire des ressources utilisables par les humains : lait (et, par extension, produits laitiers), laine, viande… Nous ne sommes toutefois pas les seuls à profiter indirectement de l’occupation des pâturages par les animaux d’élevage. Les bousiers, ces insectes coléoptères coprophages, prospèrent dans leurs excréments.

Mais est-ce que, pour le bousier, une bouse de vache vaut un crottin de cheval ? Sont-ils de fins gourmets, avec des préférences gustatives caractéristiques en fonction des espèces ? Cette question était au cœur de notre récente étude.

Mais y répondre est plus compliqué qu’il n’y paraît : les goûts des bousiers pourraient ne pas dépendre uniquement de leur espèce au sens strict, mais également des types de déjections auxquelles ils auraient été exposés pendant leur développement, notamment au stade larvaire.

Les bousiers, ces fins gourmets

Le terme « bousiers » correspond à plusieurs centaines d’espèces différentes, appartenant toutes à la superfamille des scarabées (Scarabaeidae). Leur point commun est de toutes se nourrir, à un moment de leur vie au moins, de déjections.

On en compte plus de 150 espèces rien que dans le pourtour méditerranéen, 900 espèces en Europe et plus de 6 000 dans le monde.

Généralement, on peut distinguer trois grandes classes de bousiers, selon leur manière d’utiliser la déjection :

  • les endocoprides, dont les larves sont disposées soit directement dans la déjection, soit à l’interface avec le sol ;

  • les paracoprides, qui forment des pilules de déjections, enterrées en dessous de celles-ci et dans lesquelles la femelle dépose un œuf ;

  • et les télécoprides, qui forment des boulettes de déjections en les roulant sur le sol, dans lesquelles la femelle dépose un œuf qui sera enterré un peu plus loin.

Les trois groupes fonctionnels des bousiers.
Fourni par l’auteur

Choisir la bonne déjection représente donc un enjeu de taille pour les parents bousiers, puisqu’il en va de la survie de leur descendance. C’est par l’odorat qu’ils vont se diriger dans leur environnement, jusqu’à trouver une ressource qui leur convienne.




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Toutes les déjections ne se valent pas

Mais, pour les bousiers, toutes les déjections ne se valent pas. Et pour cause, elles n’émettent pas les mêmes composés odorants, ne présentent pas les mêmes compositions nutritionnelles ni les mêmes caractéristiques physiques (taille des particules, taux d’humidité, taille des déjections, etc.). Ces différences dépendent, entre autres, du régime alimentaire de l’animal producteur et de son métabolisme.

Certaines espèces de bousiers peuvent alors montrer des préférences alimentaires. Par exemple, une étude menée par Laurent Dormont et son équipe, publiée en 2004, a montré que les déjections de bovins sont plus attractives dans le contexte méditerranéen, aussi bien sur le terrain qu’en laboratoire.

Avec mon équipe, nous sommes allés dans le sud de la France, où la communauté de bousiers est la plus riche, et nous avons testé leurs préférences alimentaires. Pour cela, nous avons travaillé au sein de la Réserve africaine de Sigean, entre Narbonne (Aude) et Perpignan (Pyrénées-Orientales), un zoo qui a la particularité de présenter des enclos où cohabitent plusieurs espèces de grands herbivores.

Nous avons disposé des pièges à bousiers, afin de les appâter par des déjections soit de zèbres, soit de bovins, soit d’antilopes, soit d’autruches. Puis nous avons attendu 24 heures pour compter le nombre d’espèces de bousiers représentées dans les pièges et le nombre d’individus capturés.

Les bousiers de l’espèce Onthophagus vacca sont supposés préférer les bouses de vache, mais ont plébiscité le crottin de zèbre.
Antoine Joris (directeur zoologique de la Réserve africaine de Sigean), Fourni par l’auteur

Nos résultats ont montré que les bousiers de la Réserve africaine de Sigean sont moins attirés par les déjections d’autruches et préfèrent les déjections de zèbres aux déjections d’antilopes ou de bovins.

Une espèce en particulier, appelée Onthophagus vacca (du latin vacca, pour vache) justement parce qu’elle est connue pour apprécier particulièrement les bouses bovines, a démontré une forte préférence pour les déjections de zèbres dans nos conditions expérimentales.

Nos résultats sont donc en contradiction avec les études précédentes. Pourquoi ?

« Goûter de tout pour aimer de tout »

Chez les insectes, l’hypothèse de « l’héritage chimique » suppose que lorsque des larves sont exposées à une certaine ressource alimentaire durant leur développement, les adultes qu’elles deviendront préféreront déposer leurs propres œufs dans le même type de ressource. L’idée, c’est que comme l’adulte a réussi à se développer sur une ressource en particulier, c’est la garantie qu’elle sera également utilisable pour ses descendants.

Cycle vie du bousier O. vacca.
Fourni par l’auteur

Dans notre cas, la Réserve africaine de Sigean est implantée depuis cinquante ans, soit 50 générations de bousiers environ. Une des hypothèses expliquant pourquoi on a observé une préférence alimentaire d’O. vacca pour les déjections équines est que le succès reproducteur de l’espèce serait meilleur dans les déjections de zèbres par rapport aux déjections d’autres herbivores, dans le contexte particulier de ce zoo. Au cours du temps, ce comportement alimentaire aura donc été sélectionné. À l’inverse, l’étude de Laurent Dormont a utilisé des bousiers provenant d’enclos de bovins, dont les préférences alimentaires auraient pu être déjà sélectionnées.

Selon cette hypothèse, les préférences alimentaires des bousiers dépendraient avant tout de l’accessibilité des différentes ressources.

Deux espèces de bousiers très proches, mais aux préférences différentes

Mais il pourrait y avoir une autre explication à ces résultats contradictoires.

En Europe, il existe une espèce de bousiers qui ressemble beaucoup à O. vacca et qui se nomme Onthophagus medius. Elles sont tellement similaires visuellement que ce n’est qu’en étudiant leur ADN que la communauté scientifique s’est rendu compte qu’il s’agissait de deux espèces distinctes.

Grâce à ces études menées dans les années 2010, on sait qu’O. vacca se trouve plutôt dans les régions chaudes par comparaison à O. medius, et plutôt en faible altitude.

Or, ces deux espèces, si similaires visuellement, pourraient ne pas partager les mêmes goûts, expliquant que nos résultats diffèrent de ceux décrits précédemment, quelques années avant la distinction officielle des deux espèces. En effet, ce qu’on a pris pour O. vacca quelques années plus tôt dans les bouses de vaches pourrait bien avoir été le fait d’O. medius.

Préférences alimentaires et services écosystémiques

Prenons de la hauteur : pourquoi s’intéresser aux préférences alimentaires des bousiers ? Le sujet peut prêter à sourire, et pourtant. En se nourrissant de déjections et en enterrant une grande partie de celles-ci, les bousiers réalisent un travail monumental dans nos pâturages, où ils rendent des services écosystémiques considérables.

En effet, ils permettent de nettoyer les pâturages, laissant des herbages propres pour les herbivores qui souhaitent brouter. Avec les déjections, les bousiers enfouissent aussi tout un tas de graines, précédemment avalées par les herbivores, et participent ainsi à la dispersion des plantes.

Ils accélèrent aussi la décomposition de la matière organique, permettant l’enrichissement de la terre, et par la suite de la végétation, dont la pousse est aussi accélérée par cet engrais naturel. Enfin, en présence de bousiers, les parasites des grands herbivores, dont les œufs se trouvent dans les déjections de l’hôte, voient leur taux de survie diminuer, ce qui réduit les risques d’infestation.

En bref, les bousiers rendent une multitude de services à nos pâturages. Pour cette raison, il est crucial de mieux comprendre leur écologie, afin d’adapter si nécessaire nos habitudes d’élevage pour mieux les protéger.


L’autrice remercie chaleureusement Pierre Jay-Robert, Freddie-Jeanne Richard et Alix Ortega, les co-auteurs de l’article scientifique qui a donné lieu à ce partage de connaissance avec le grand public.

The Conversation

Cloé Joly ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Une bouse de vache vaut-elle un crottin de cheval ? Les bousiers n’ont pas tous les mêmes préférences gustatives – https://theconversation.com/une-bouse-de-vache-vaut-elle-un-crottin-de-cheval-les-bousiers-nont-pas-tous-les-memes-preferences-gustatives-289166

Contre le gaspillage alimentaire, une réduction suffit-elle ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Gabriel Van-Ha Luong, Professeur de marketing, PSB Paris School of Business


L’ESSENTIEL

  • Face au gaspillage alimentaire, des plateformes mettent en relation consommateurs et commerçants ou artisans qui vendent à prix réduit leurs produits non écoulés.

  • Le rapport qualité-prix arrive en tête des motivations des acheteurs, mais d’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte.

  • Cette pratique est également l’illustration d’une nouvelle manière de consommer.


Si un prix réduit peut inciter à acheter un panier d’invendus, suffit-il à renouveler l’expérience ? L’exemple de l’application antigaspillage alimentaire Too Good To Go permet à notre étude de mettre en évidence quatre variables qui vont influencer le résultat : le rapport qualité-prix, la nouveauté, la contribution environnementale perçue et le sentiment de communauté. Leur combinaison peut transformer un achat ponctuel en pratique que l’on souhaite poursuivre et même partager.

À 18 h 30, Claire réserve sur l’application antigaspillage Too Good To Go, un « panier surprise » proposé par une boulangerie de son quartier avant la fermeture. Elle repart avec du pain, deux pâtisseries et un sandwich présentés comme des invendus. La réduction l’a attirée.

Pourtant, lorsqu’elle raconte son expérience à une amie, elle ne parle pas seulement de l’argent économisé. Elle évoque une boulangerie devant laquelle elle passait sans jamais entrer, de nouvelles saveurs et les quelques mots échangés avec le commerçant. Elle a aussi la satisfaction de penser que les aliments qu’ils proposent ne finiront peut-être pas à la poubelle.

Claire n’existe pas vraiment, mais ce qu’elle a vécu est réel : c’est un personnage composite, inspiré de situations récurrentes, dans les avis que nous avons analysés.

Rendre l’antigaspillage concret

Face aux quantités de nourriture jetées, il est difficile de percevoir l’effet d’une décision individuelle. Les applications antigaspillage rapprochent cet enjeu du quotidien en l’intégrant à un acte aussi ordinaire que l’achat d’un repas.




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Too Good To Go constitue un terrain intéressant pour observer ce mécanisme. La plateforme met en relation des consommateurs et des commerces qui vendent à prix réduit leurs produits non écoulés. Le contenu du panier étant généralement inconnu, une même transaction peut combiner économie, exploration et impression de participer à la réduction du gaspillage.

Pour comprendre ce qui conduit les utilisateurs à poursuivre l’expérience, nous avons analysé 20 000 avis publiés sur Google Play et sur l’App Store, soit plus de 448 000 mots. Une analyse qualitative assistée par de grands modèles de langage (LLM) nous a permis d’en dégager les thèmes récurrents. Les relations entre les motivations ainsi identifiées ont ensuite été testées quantitativement auprès de 534 utilisateurs actifs.

Les quatre dimensions de l’antigaspi

Avec 4 554 mentions dans les avis positifs, le rapport qualité-prix arrive en tête. Notre enquête confirme qu’il s’agit du facteur le plus fortement associé à l’engagement émotionnel. L’incitation économique ne doit donc pas être minimisée. Elle rend la pratique accessible à davantage de personnes. Elle rappelle aussi qu’intérêt personnel et préoccupation environnementale ne sont pas incompatibles : un consommateur peut vouloir économiser tout en cherchant à limiter le gaspillage.

La nouveauté, mentionnée 3 461 fois, dépasse l’effet de surprise lié au contenu du panier. Les utilisateurs découvrent de nouveaux aliments, de nouvelles saveurs, des commerces inconnus et parfois des cuisines issues d’autres cultures. Une personne peut ainsi entrer pour la première fois dans une boutique située à quelques rues de chez elle ou goûter un plat qu’elle n’aurait jamais choisi.

La contribution environnementale perçue apparaît dans 2 599 avis. Elle correspond au sens écologique que l’utilisateur attribue à son geste : il a le sentiment de participer à la réduction du gaspillage. Cette perception peut lui procurer de la satisfaction et de la fierté, sans connaître exactement la mesure objective de l’impact obtenu.

Enfin, le sentiment de communauté est présent dans 1 293 avis. Il ne se limite pas à l’appartenance abstraite à un mouvement antigaspillage. Il peut aussi naître d’expériences locales : rencontrer un commerçant, mieux connaître les acteurs de son quartier, soutenir leur activité ou contribuer à un effort partagé.

Grâce à la découverte de nouvelles saveurs et de nouvelles adresses, Claire apprend aussi à mieux connaître ceux qui font vivre son quartier. Lorsqu’elle raconte son expérience, elle peut également faire connaître un commerce et donner à d’autres l’envie de l’essayer. Ensemble, ces quatre valeurs nourrissent un engagement affectif, fortement associé à l’intention de continuer à utiliser le service et de le recommander.

Ces résultats confirment une étude antérieure sur Too Good To Go, qui relevait des bénéfices fonctionnels, émotionnels et sociaux. Ils montrent aussi que ces valeurs favorisent l’engagement émotionnel, puis la poursuite de l’utilisation et la recommandation du service.

Le prix attire, mais ne suffit pas

Pour les entreprises, l’enjeu est de ne pas réduire l’antigaspillage à une promotion. Une meilleure offre pourrait rapidement détourner les utilisateurs si leur seule motivation était financière. La découverte, le sentiment d’utilité et le lien social peuvent prolonger l’impulsion suscitée par le prix.

Les entreprises peuvent, par exemple, faire connaître des produits ou des acteurs locaux, créer des liens entre les personnes et montrer comment chacun contribue à un effort collectif. Les campagnes de sensibilisation peuvent également mobiliser le plaisir et la fierté d’agir, plutôt que de s’appuyer uniquement sur la culpabilité ou le devoir.

Engager ne signifie toutefois pas seulement fidéliser ou encourager davantage d’achats. Une entreprise qui se présente comme responsable doit aussi aider les consommateurs à comprendre le problème auquel elle prétend répondre. Cela suppose de communiquer clairement sur les résultats obtenus, les méthodes utilisées pour les calculer et les limites de son action.

Une promesse à rendre vérifiable

Une expérience agréable ne garantit pas son bénéfice environnemental. Too Good To Go estime notamment son impact en supposant que les produits collectés sont de véritables surplus et que leur consommation remplace l’achat d’une quantité équivalente de nourriture. Ces hypothèses permettent d’effectuer un calcul global, mais ne décrivent pas nécessairement chaque panier.

BFM, 2025.

Des questions demeurent donc : que seraient devenus les aliments s’ils n’avaient pas été vendus sur l’application ? Leur achat remplace-t-il réellement un autre repas ? Quelle quantité est consommée finalement ?

La prévention doit également rester prioritaire. Lorsque les surplus ne peuvent pas être évités, leur redistribution limite certaines pertes. Mais leur vente ne dispense pas les commerces de mieux ajuster leur production en amont. Too Good To Go est ainsi étudié comme un dispositif susceptible de stimuler l’engagement, et non comme une solution dont tous les effets seraient garantis.

De la gêne à la fierté de consommer autrement

La question dépasse l’antigaspillage alimentaire. Acheter un vêtement d’occasion, choisir un produit proche de sa date limite ou réserver une offre de dernière minute peut encore être perçu comme un choix dicté par le manque de moyens.

Pourtant, ces pratiques peuvent aussi permettre d’explorer, de créer des liens et de se sentir utile. Ce changement de regard est important. Un achat auparavant dissimulé ou dévalorisé peut désormais devenir un choix assumé, source de satisfaction et de fierté.

Dès lors, comment les entreprises peuvent-elles transformer des pratiques de consommation encore perçues comme contraintes en expériences que les consommateurs auront envie d’assumer, de renouveler et de partager ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Contre le gaspillage alimentaire, une réduction suffit-elle ? – https://theconversation.com/contre-le-gaspillage-alimentaire-une-reduction-suffit-elle-288755

Lanceurs d’alerte en exil : pourquoi les business schools ont une responsabilité à assumer

Source: The Conversation – in French – By Yoann Bazin, Professeur, Université Paris Nanterre

Dénonçant les pratiques « hors cadre » des entreprises, les lanceurs d’alerte mettent en péril leur carrière professionnelle. Et s’ils devenaient enseignants dans les business schools ? Avant de prendre la parole, ils ont pu observer le fonctionnement et certains dysfonctionnements des entreprises, un savoir qui pourrait profiter aux étudiants.


En 2021, Athol Williams, ancien associé du cabinet de conseil Bain & Company, témoigne devant la Commission Zondo en Afrique du Sud. Il révèle comment son employeur a participé à l’affaiblissement délibéré de l’administration fiscale du pays afin de faciliter la corruption à grande échelle – ce qu’il appellera plus tard une « capture de l’État ». Son témoignage est décisif : Bain sera par la suite banni des marchés publics pendant dix ans en Afrique du Sud, et pendant trois ans du Royaume-Uni.

Le prix payé par Williams pour cet acte de courage civique est vertigineux. Il perd son poste, ses revenus, ses réseaux professionnels. Ne se sentant plus en sécurité, il quitte son pays, sa famille, tout ce qu’il a construit. Depuis l’Angleterre où il vit en exil, il confie dans son livre ne pas savoir s’il pourra un jour rentrer chez lui. Le cas de Williams illustre ce que la littérature scientifique documente depuis des décennies : lancer l’alerte sur une entreprise, c’est souvent signer son propre arrêt de mort professionnel.

Le récent rapport du Défenseur des droits sur le sujet « souligne la persistance des représailles subies » et insiste « sur la nécessité de garantir aux lanceurs d’alerte des soutiens financiers et psychologiques effectifs ». Face à cet exil professionnel, nous défendons ici la thèse que les business schools ont une responsabilité à assumer.




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Un exil professionnel

Les études académiques sur les lanceurs d’alerte sont sans appel. Après avoir signalé des comportements illégaux ou contraires à l’éthique dans leur organisation, les représailles prennent des formes multiples : avertissements, rétrogradations, intimidations, mises au placard, licenciements. Mais au-delà de la perte d’emploi immédiate, c’est toute une trajectoire professionnelle qui s’effondre. Dans la plupart des cas, les lanceurs d’alerte sont dans l’incapacité de retrouver un emploi stable pendant des années – et presque jamais dans leur secteur d’activité.

Ce n’est plus seulement un licenciement, c’est un exil. Un exil professionnel, social, et parfois même géographique. Comme Athol Williams qui ne retrouvera jamais un poste de consultant malgré une brillante carrière dans le secteur, ou comme d’autres avant lui – Antoine Deltour, qui révéla le scandale LuxLeaks des pratiques d’optimisation fiscale, ou encore les lanceurs d’alerte de Boeing qui dénoncèrent les défaillances mortelles du 737 Max.

Il est tentant de reporter sur la société dans son ensemble la responsabilité de soutenir ces personnes. Des lois existent, comme la directive européenne de 2019, sur la protection des lanceurs d’alerte. Mais comme le souligne un rapport de l’International Bar Association, ces dispositifs restent souvent insuffisants, mal appliqués et incapables de résoudre le problème fondamental : retrouver un emploi après avoir lancé l’alerte.

Une responsabilité spécifique des business schools

Si les lanceurs d’alerte qui dénoncent des institutions publiques (un Snowden, un Ellsberg) peuvent légitimement attendre un soutien de la société et de ses institutions démocratiques, ceux qui s’attaquent à des entités privées se retrouvent dans une situation différente. Leurs adversaires sont souvent des entreprises riches, capables de mobiliser d’importants moyens juridiques et médiatiques contre eux. Et leur exil s’opère en général dans un relatif silence en dépit de leur contribution à l’assainissement éthique et légal du monde des affaires.

Qui, dès lors, pourrait porter une responsabilité particulière à leur égard ? Nous défendons la thèse que les business schools font partie des acteurs qui ne peuvent pas se défausser. Pourquoi ? Parce qu’en tant qu’institutions de formation au management, elles sont profondément impliquées dans la production des normes, des valeurs et des pratiques du monde des affaires. Elles prétendent préparer les dirigeants et managers qui peuplent ces organisations où des comportements illicites prospèrent parfois. Conscientes de leur position et de leur image, elles prêchent d’ailleurs l’intégrité, la responsabilité sociale, le leadership éthique.

En effet, une étude récente portant sur 841 écoles de commerce accréditées dans le monde révèle que les expressions « intégrité » et « responsabilité sociale » figurent des centaines de fois dans leurs documents officiels. Mais quand ces institutions ont-elles concrètement offert un emploi stable à quelqu’un dont la vie entière a été sacrifiée au nom de ces valeurs qu’elles prétendent défendre ?

L’hospitalité comme acte éthique

Pour penser ce que pourrait être un soutien concret, nous nous sommes appuyés pour un article paru dans la revue Organization sur trois figures philosophiques majeures. Hannah Arendt, qui connaissait personnellement l’exil, rappelle que défendre abstraitement les droits de quelqu’un ne suffit pas : il faut lui offrir un statut formel, une appartenance concrète. Pour les individus, c’est la citoyenneté. Pour les entreprises, c’est l’emploi.

Emmanuel Kant nous offre une conception de l’hospitalité comme devoir d’accueil temporaire : ne pas traiter l’étranger comme un ennemi, mais plutôt lui permettre de trouver refuge le temps de se reconstruire. Cependant, dans la perspective kantienne, cette hospitalité reste conditionnelle, et donc insuffisante selon nous.

C’est Jacques Derrida qui pousse le raisonnement le plus loin (comme souvent). L’hospitalité véritable, nous dit-il, n’est pas le fruit d’un calcul rationnel. Elle implique d’ouvrir sa maison à l’autre sans lui imposer de condition de réciprocité, en l’accueillant dans sa singularité. Et surtout, elle transforme l’hôte autant que l’invité : accueillir un lanceur d’alerte, c’est aussi accepter que sa présence bouscule certitudes et habitudes institutionnelles.

Des postes existent déjà

Notre proposition est concrète. De nombreuses business schools disposent d’un outil qui colle parfaitement à cette mission : les postes de « Professor of Practice », les fameux praticiens. Ces postes, qui existent déjà dans une majorité de grandes institutions (INSEAD, ESSEC, EM Lyon, IESEG en France ; NYU Stern, Wharton, Columbia aux États-Unis ; de nombreuses universités britanniques) ont précisément été conçus pour accueillir des professionnels expérimentés qui partagent leur expertise avec les étudiants. Ils ne requièrent pas nécessairement d’avoir un doctorat. Ni de publications académiques.

Imaginez Athol Williams – ancien associé d’un grand cabinet de conseil international, auteur, conférencier, et lanceur d’alerte – comme professeur praticien dans une école de commerce. Il incarnerait, de façon vivante et irréfutable, les valeurs d’intégrité et de responsabilité que ces institutions se targuent d’enseigner. Tout ça n’est pas une fiction philosophique : Il est depuis l’année dernière le directeur académique de l’Oxford Advanced Management and Leadership Programme de la Said Business School. Le lanceur d’alerte de Citigroup, Richard Bowen, a suivi un chemin similaire au sein de l’Université du Texas, et Frances Haugen, la lanceuse d’alerte de Facebook, travaille aujourd’hui au Centre sur les médias, la technologie et la démocratie de l’Université McGill.

Lumi 2024.

Les initiatives existent. Il s’agit maintenant de les généraliser, de les penser comme politique institutionnelle et non comme des exceptions dues au hasard ou au courage personnel d’un doyen ou d’une équipe.

Au-delà de la façade

Certains objecteront que cette proposition est naïve, voire complice d’un système défaillant. D’autres la réduiront à un calcul réputationnel – recruter un lanceur d’alerte pour en faire un argument marketing. Ces risques sont réels. Mais dans son provocant Shut down the business school Martin Parker nous rappelle que si les portes des institutions sont construites pour tenir des gens à l’extérieur, elles peuvent aussi s’entrouvrir.

La question n’est pas de savoir si les business schools peuvent changer le monde. La question est plus modeste, et plus urgente : peuvent-elles, a minima, offrir un refuge concret à ceux qui ont tout risqué pour défendre les valeurs qu’elles prétendent incarner ? Et peut-être pourront-elles, comme le dit Derrida, se laisser transformer par cet accueil. C’est en tout cas ce que nous leur souhaitons.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Lanceurs d’alerte en exil : pourquoi les business schools ont une responsabilité à assumer – https://theconversation.com/lanceurs-dalerte-en-exil-pourquoi-les-business-schools-ont-une-responsabilite-a-assumer-284740

Demain, une IRM cardiaque plus rapide, précise, confortable et en couleurs pour mieux visualiser les cicatrices du cœur

Source: The Conversation – in French – By Victor de Villedon de Naide, Doctorant en IRM cardiovasculaire et intelligence artificielle, Université de Bordeaux


L’ESSENTIEL

  • L’IRM cardiaque est outil d’imagerie médicale incontournable pour la prise en charge des infarctus aigus du myocarde.

  • Mais elle n’est pas toujours confortable pour les patients et son utilisation est complexe pour les radiologues et les cardiologues.

  • Une équipe de recherche a mis au point une technique avancée pour permettre, dans le futur, une analyse plus précise et simplifiée.


Les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de décès au niveau mondial. D’après l’Organisation mondiale de la santé, 19,8 millions de personnes en sont mortes en 2022, soit environ 32 % de tous les décès dans le monde. Parmi ces décès, 85 % ont été causés par un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral (AVC).

En France, l’ensemble des maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC, embolies pulmonaires…) représentent la première cause de mortalité chez la femme, comptant 73 000 décès par an.

La place de l’IRM dans le diagnostic du patient

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) cardiaque est un outil essentiel dans la prise en charge des patients souffrant de pathologies cardiovasculaires. Cet outil permet de récupérer des informations complètes du cœur entier, sans exposer le patient à des radiations, comme c’est le cas avec le scanner.

Grâce à l’IRM, différentes images du cœur sont récupérées (la plupart du temps en noir et blanc) et vont permettre au radiologue d’extraire des informations essentielles pour effectuer un diagnostic précis du patient et planifier un suivi adapté.

Cependant, le temps d’attente pour avoir une IRM est estimé de quatre à six mois. Cela s’explique par la grande complexité d’utilisation de l’IRM cardiovasculaire, qui n’est donc réservée qu’à quelques centres experts.

Cette complexité est intrinsèquement reliée au patient, au manipulateur radio et au radiologue, ou cardiologue, qui va analyser les images.

Apnées multiples pour le soigné et analyse laborieuse côté soignants

Lors d’un examen cardiaque, des images (en noir et blanc) sont collectées grâce à des séquences (on peut voir cela comme une partition musicale). La plupart de ces séquences vont nécessiter plusieurs apnées, afin d’éviter que l’image soit impactée par des artéfacts liés à la respiration et ainsi garantir des images de bonne qualité.

Du fait du grand nombre de séquences lancées lors d’un protocole d’IRM cardiaque classique, le patient devra rester de 40 à 60 minutes dans la machine, sans bouger, le tout en effectuant une moyenne de 60 apnées. Cela peut s’avérer difficile pour certains patients, comme les personnes âgées, qui auront une certaine difficulté à retenir leur respiration à plusieurs reprises.

Dans un second temps, une expertise est attendue au niveau du manipulateur radio, qui est la personne qui contrôle l’IRM, qui paramètre chaque séquence et communique avec le patient dans la machine. Chaque séquence nécessite un paramétrage minutieux, avec une moyenne de 400 clics à effectuer par protocole (contre 30 pour une imagerie du cerveau).

Une fois les images récupérées, c’est au tour du radiologue, ou du cardiologue, d’intervenir. Son but sera d’extraire des informations diagnostiques à partir des images. Aujourd’hui, le processus d’analyse se fait manuellement, coupe par coupe sur chaque séquence, ce qui est laborieux et drastiquement chronophage.

Un outil qui reste essentiel à l’analyse des infarctus aigus du myocarde

D’un point de vue général, les infarctus aigus se caractérisent par deux informations principales : d’une part la présence d’une cicatrice, d’autre part la présence d’un œdème qui, tous deux, affectent le myocarde.

Nous pouvons aussi noter la présence chez certains patients de thrombus (un caillot de sang qui, s’il se détache, peut obstruer un vaisseau sanguin), d’obstruction microvasculaire, ou d’infarctus des muscles papillaires (il s’agit de muscles se trouvant sur les parois du cœur qui jouent un rôle essentiel dans la régulation du rythme cardiaque et dans le fonctionnement des valves).

Pour visualiser une cicatrice, la technique de référence est fondée sur une séquence dite de rehaussement tardif en « sang blanc ». Cette séquence porte le nom de « sang blanc » de par le fait que le sang est visible en gris clair (et le myocarde en noir) sur l’image. Cette technique nécessite également une injection, par voie intraveineuse d’un agent de contraste inoffensif qui va se propager dans le corps et disparaître au bout d’un certain temps.

Lorsqu’une cicatrice est présente, l’agent de contraste restera bloqué dans l’espace extracellulaire de celle-ci et mettra plus de temps à disparaître. Le but cette technique est donc de récupérer une image à ce moment précis, ce qui permet une mise en évidence de la cicatrice qui apparaîtra sous forme d’un signal blanc « rehaussé ».

Pour visualiser l’œdème, l’imagerie par cartographie T2 permet la récupération d’images quantitatives : chaque pixel représente une valeur en millisecondes. Selon la valeur de celui-ci, il sera possible de déterminer si le myocarde est sain ou inflammé. Il est également possible d’intégrer de la couleur à cette image afin de visualiser rapidement la présence d’un œdème dans le muscle cardiaque.

Si nous résumons : lorsqu’un patient présente un infarctus aigu du myocarde, deux séquences distinctes sont nécessaires pour récupérer toutes les informations diagnostiques.

En plus des problèmes énoncés précédemment (longévité du protocole, nombreuses apnées, paramétrage des séquences et analyse fastidieuse des images), un problème majeur réside : le manque de différence entre le signal du sang (gris clair) et de la cicatrice (blanc) sur les images de référence en sang blanc. Cela peut s’avérer critique si celle-ci est collée à la paroi du sang : la taille de la cicatrice sera sous- ou surestimée.

Ce manque de contraste affecte également la détection des muscles papillaires infarcis (muscles papillaires atteints d’un infarctus), qui apparaîtront en blanc au milieu du sang gris. La visualisation précise des cicatrices et de ces muscles est un enjeu important, car ces informations ont un impact direct sur le diagnostic et sur la planification de suivi du patient.

Une nouvelle solution IRM plus rapide, confortable et précise

En manipulant la physique de l’IRM, il est maintenant possible de faire seulement apparaître les cicatrices sur l’image, sur fond noir : on appelle ça l’« imagerie en sang noir ». Cette technique, utilisée en routine, ne laisse plus aucun doute quant à la présence de cicatrices. Cependant, une information cruciale est manquante : où se trouve la cicatrice dans l’anatomie du cœur ?

Une nouvelle technique proposée récemment par notre équipe permet d’aller encore plus loin en combinant intelligemment, en une seule séquence, des images en « sang noir » (information sur les cicatrices) et en « sang blanc » (information sur l’anatomie) : elle est baptisée SPOT (« Scar-specific imaging with Preserved myOcardium visualizaTion » en anglais, ce qui en français signifie « imagerie de cicatrice, avec visualisation du muscle cardiaque préservée »).

Cette séquence laisse place à une solution convaincante pour répondre aux challenges quant au manque de contraste de l’imagerie en « sang-blanc ». Une visualisation en couleur des cicatrices dans l’anatomie du cœur est maintenant possible.

Pour s’adapter concrètement aux patients atteints d’un infarctus aigu du myocarde, notre équipe s’est basée sur la séquence SPOT, et est parvenue à ajouter des cartographies T2 en plus des images en « sang noir » et « sang blanc ». Cette nouvelle séquence appelée SPOT-MAPPING permet de faire du 3-en-1 : elle récupère en une seule séquence des informations sur l’anatomie, les cicatrices et l’œdème.

Cette séquence est aujourd’hui disponible et utilisée sur des patients dans les hôpitaux de Bordeaux en France et de Vienne en Autriche.

Cette technique aura un impact sur plusieurs niveaux. Le patient verra son temps passé dans l’IRM et son nombre d’apnées demandées réduit ; le manipulateur radio n’aura à paramétrer qu’une seule séquence et le radiologue verra son analyse simplifiée.

Aller encore plus loin en exploitant l’IA

L’un des aspects en constante évolution dans le monde et notamment dans le domaine médicale est l’intelligence artificielle (IA). Chaque jour, de nouvelles avancées sont développées, répondant à des besoins variés. La segmentation (contour) ou la détection d’objets font partie des nombreuses applications réalisables par IA.

Ces mêmes actions sont celles effectuées par le radiologue lorsqu’il analyse des images du cœur : il devra notamment segmenter le myocarde, la cicatrice et l’œdème, et détecter la présence de muscles papillaires infarcis. Une fois entraînée, l’IA pourra achever ces tâches de manière reproductible, tout en maintenant une précision proche de celle d’un professionnel.

Imaginez l’expertise du radiologue associée à l’efficacité de l’IA au service de la santé : le radiologue pourra pleinement se concentrer sur l’actuelle analyse des informations, et non plus sur leur récupération.

Notons que l’IA peut faire des erreurs, bien que cela arrive peu fréquemment : le radiologue aura toujours un regard sur ce que produit l’IA et pourra apporter des modifications. L’IA ne remplacera pas le corps médical : il sera son nouvel assistant.

Qu’attendons-nous pour former cette équipe imbattable ?


Ce projet a bénéficié du soutien de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets (ANR HEARTFACT ANR-21-CE03-0021). L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Victor de Villedon de Naide a reçu des financements de l’Agence nationale française de la recherche (Grant agreements Equipex MUSIC ANR-11-EQPX-0030, Programme d’Investissements d’Avenir ANR-10-IAHU04-LIRYC, ANR-22-CPJ2-0009-01) et du European Research Council (ERC) dans le cadre du European Union’s Horizon Europe research and innovation programme (Grant agreement No. 101076351)

Aurélien Bustin a reçu des financements de l’Agence nationale française de la recherche (Grant agreements Equipex MUSIC ANR-11-EQPX-0030, Programme d’Investissements d’Avenir ANR-10-IAHU04-LIRYC, ANR-22-CPJ2-0009-01) et du European Research Council (ERC) dans le cadre du European Union’s Horizon Europe research and innovation programme (Grant agreement No. 101076351)

– ref. Demain, une IRM cardiaque plus rapide, précise, confortable et en couleurs pour mieux visualiser les cicatrices du cœur – https://theconversation.com/demain-une-irm-cardiaque-plus-rapide-precise-confortable-et-en-couleurs-pour-mieux-visualiser-les-cicatrices-du-coeur-289106

Dans les mines d’or de Guyane, le bilan mitigé de la réhabilitation des sols

Source: The Conversation – France (in French) – By Naomi Nitschke, Géochimiste, BRGM; Université Grenoble Alpes (UGA)

Mine d’or près de la rivière Awa, en Guyane française. Naomi Nitschke., Fourni par l’auteur

En Guyane française, de nombreuses normes régulent les activités minières pendant et après l’exploitation. Ces mesures de réhabilitation se concentrent essentiellement sur la limitation des exports de particules vers les rivières. C’est essentiel, mais ce n’est qu’une partie du problème. Même lorsque l’érosion des sols miniers est maîtrisée, ces sols restent relativement stériles (peu de nutriments et de diversité microbienne), ce qui peut mettre un frein à une réhabilitation efficace des anciennes mines.


Territoire français d’outre-mer, la Guyane présente des formations géologiques riches en or dans ses ceintures de roches vertes. Alors que le cours de l’or ne cesse d’augmenter, les activités d’orpaillage augmentent partout dans le monde, et également en Guyane. Les techniques pour l’extraire y prennent diverses formes, légales ou non, qui fonctionnent en parallèle.

L’orpaillage illégal, qui n’est par nature pas régulé, implique l’utilisation de mercure pour récupérer l’or, et entraîne une contamination des rivières et sols environnants.

Les mines d’or légales en Guyane ont, au contraire, l’interdiction d’utiliser du mercure dans le procédé d’extraction de l’or, mais cela ne signifie pas que leur impact sur l’environnement est négligeable. Des normes ont été mises en place pour limiter au maximum l’impact de l’exploitation minière pendant et après l’exploitation. Dans ce cadre, les compagnies minières ont l’obligation de réhabiliter leurs sites miniers après exploitation.

Mais ces techniques, si elles limitent l’érosion des sols, ne suffisent pas à relancer toutes leurs fonctions biologiques. J’ai consacré mon travail de doctorat à mieux comprendre l’impact de la réhabilitation de sites miniers.

Déstructuration du sol et diffusion de polluants

Rappelons d’abord, pour comprendre les implications de l’orpaillage sur l’environnement, que l’extraction de l’or implique le déplacement de la couche superficielle du sol pour accéder à la couche aurifère.

Sol d’une ancienne mine guyanaise à réhabiliter.
Naomi Nitschke., Fourni par l’auteur

Ces sols, déstructurés et mis à nu, sont rendus plus sensibles à l’érosion et engendrent de forts exports de particules vers les rivières avec des effets néfastes sur les écosystèmes fluviaux. De plus, les sols guyanais (et amazoniens en général) sont naturellement riches en mercure, produit d’une accumulation de mercure atmosphérique vers les sols sur des millions d’années.

Le mercure associé à ces sols est donc lui aussi remobilisé vers les rivières, où il peut entrer dans la chaîne alimentaire et poser des problèmes sanitaires.




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Une réhabilitation qui freine l’érosion

Dans le cas de l’orpaillage légal, la réhabilitation consiste en un terrassement du site minier, une remise en place du cours d’eau exploité, et une plantation d’arbres sur au moins 30 % de la surface du site minier.

Une étude à laquelle j’ai participé a montré que, lorsqu’une réhabilitation est mise en place, l’érosion est divisée par trois sous six mois. Après trois ans, elle devient quasi nulle. Étant donné que la grande majorité du mercure est associé aux particules, une réduction de l’érosion entraîne par la même occasion une diminution des exports de mercure vers la rivière.

Évolution de la végétation après la réhabilitation d’une parcelle de site minier.
Naomi Nitschke., Fourni par l’auteur

Cette rapide stabilisation des sols est permise essentiellement par une repousse spontanée d’espèces herbacées sur la surface d’un site minier, plutôt que par la végétalisation opérée par l’entreprise minière. Ceci ne signifie pas que les actions de réhabilitation sont inutiles. En effet, les travaux de terrassement et de retraçage (c’est-à-dire la restauration de leur tracé naturel) du cours d’eau contiennent dans un espace délimité l’inondation des sols et aident à la prolifération des plantes herbacées.




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Une reprise limitée de l’activité biologique des sols

Cependant, une couverture superficielle de plantes herbacées n’est pas suffisante pour permettre une réhabilitation efficace d’un site. L’objectif final est d’obtenir une forêt secondaire.

Pour passer d’un stade végétatif (herbacées et arbustes) à un stade forestier, les sols doivent récupérer leurs fonctions. Celles-ci sont fournies par une combinaison de caractéristiques qui incluent les propriétés physiques du sol, les organismes qui y sont présents et les nutriments disponibles.

Un suivi de différents indicateurs biologiques du sol (diversité microbienne, nutriments, activité enzymatique) a donc été effectué dans des sols miniers guyanais sur cinq ans. Au final, aucune évolution de ces différents indicateurs n’a été observée au cours de ces cinq années. Ils sont restés à des niveaux très largement inférieurs à ceux observés dans la forêt environnante.

On peut en conclure que les techniques de réhabilitation actuelles sont efficaces pour limiter l’érosion des sols, mais qu’elles le sont bien moins pour stimuler la récupération des fonctions du sol et réenclencher les différents cycles du carbone et de l’azote.




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Une reforestation par « effet lisière »

Photo aérienne d’une ancienne mine guyanaise en cours de réhabilitation.
Naomi Nitschke., Fourni par l’auteur

Une source d’espoir existe toutefois. Si aucune évolution temporelle n’a été observée dans cette étude, des différences spatiales ont été constatées.

En bordure du site minier, les indicateurs d’activité enzymatique et de concentration d’azote et carbone dans les sols sont plus élevés qu’à l’intérieur du site minier. Ceci peut être expliqué par un apport de matière organique, de microorganismes, ou encore de graines provenant de la forêt avoisinante lors des pluies.

Cet effet, largement étudié par ailleurs et appelé « effet lisière », engendre probablement une reforestation efficace des sites minier à partir des bords, vers l’intérieur.

La nécessité de changer de stratégie

Actuellement, les agences de régulation de l’État fixant les normes de réhabilitation se focalisent essentiellement sur les réductions d’export de particules vers les rivières. Cet objectif est globalement atteint.

Cependant, une attention particulière devrait être également portée aux fonctions du sol, afin d’éviter que les sites réhabilités ne stagnent au stade végétatif sans vraie reprise forestière.

Il existe d’ailleurs des entreprises locales qui commercialisent des plants d’arbre déjà innoculés avec des bactéries capables d’assimiler l’azote de l’atmosphère, de l’intégrer dans les sols et, par conséquent, de faciliter leur revégétalisation.

Ces stratégies permettent une récupération des fonctions du sols plus rapide, et donc une réhabilitation plus efficace, mais viennent bien sûr avec un coût additionnel.

The Conversation

Naomi Nitschke a reçu des soutiens financiers de l’entreprise minière GAIA-SAS. Elle a été employée dans cette même entreprise pendant trois ans.

– ref. Dans les mines d’or de Guyane, le bilan mitigé de la réhabilitation des sols – https://theconversation.com/dans-les-mines-dor-de-guyane-le-bilan-mitige-de-la-rehabilitation-des-sols-285959

Pourquoi les riches achètent-ils de plus en plus de whisky de prestige ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Le Fur, Professeur, INSEEC Grande École

Les whiskys rares ont vu leur valeur progresser de 190 % en dix ans. Les raisons évoquées : la rareté, la passion, les valeurs refuges et, surtout, la diversification des portefeuilles financiers des grandes fortunes. N’y a-t-il pas d’autres raisons ?


Début 2024, lors d’une vente aux enchères, le collectionneur états-unien Mike Daley, acquiert une bouteille de The Emerald Isle, le single malt triple distillation le plus rare, trente ans d’âge, pour 2,8 millions de dollars états-uniens, soit 2,43 millions d’euros. Le précédent record mondial était détenu par une bouteille de The Macallan 1926, vendue en novembre 2023 à Londres pour 2,5 millions d’euros.

Au cours des dix dernières années, le Knight Frank Luxury Investment Index (KFLII) – l’une des références pour les professionnels de la gestion de fortune – montre que les whiskys rares ont vu leur valeur progresser d’un peu plus de 190 %.

C’est pourquoi, dans une étude, je cherche à comprendre les relations entre les whiskys rares et les opportunités qui en découlent. Pour ce faire, j’utilise les indices Rare Whisky 101, références pour les amateurs, collectionneurs et investisseurs.

Indice des whiskys rares

Les indices de whisky, comme celui de Rare Whisky 101, sont construits de la même manière que les indices boursiers. Ils suivent l’évolution de la valeur des whiskys de prestige au fil du temps.

Icon 100 est un indice qui regroupe cents bouteilles emblématiques de collection.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Il existe trois catégories d’indices :

  • cinq indices mesurent la performance d’un marché : les cinquante plus vieux whiskys, les cent bouteilles iconiques de collection, les cent bouteilles iconiques japonaises, les cent bouteilles à grain simple, les mille bouteilles les plus performantes ;

  • vingt-deux indices sont spécifiques à une distillerie : Brora, Browmore, Port Ellen ou Rosebank ;

  • huit indices sont spécialisés sur les bouteilles de collection : Diageo, Game of Thrones ou malts rares.

La variation du prix d’un whisky rare entraîne la hausse ou la baisse de la valeur d’un des indices de la célèbre eau-de-vie. Afin de connaître les opportunités d’investissement, j’ai regardé quel indice est le plus influent – sa variation impacte celle d’un autre indice – ou le plus influencée – sa valeur varie en fonction de la variation d’un autre indice.

RW Apew 1 000

Mon étude montre que le RW Apew 1 000, qui suit les mille bouteilles de whisky rare les plus performantes, est influencé par tous les autres indices.

Rare Malts Selection a été lancée pour la première fois en 1995 par DCL (Distillers Company Ltd), qui a été intégrée par la suite à Diageo.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Sur le marché des whiskys de collection, le Macallan 18 (18 ans d’âge) est l’indice le plus influent. La variation de sa valeur affecte celle de tous les autres whiskys. À l’opposé, la valeur de l’indice rare Malts, lancée en 1995 par la société Distillers Company Ltd (DCL), qui a par la suite été intégrée au groupe Diageo (propriétaire de Guinness), varie dès lors que l’un des autres indices croît ou décroît.

S’agissant des indices spécifiques aux distilleries, Caol Ila est la distillerie qui subit le plus la variation de la valeur de ces consœurs. Quant à Talisker, elle ne subit l’influence d’aucune autre marque iconique.

L’indice Talisker mesure la performance de la plus ancienne distillerie de l’île de Skye en Écosse.
Rare Whisky 101., CC BY-NC

Rareté et valeur refuge

Les riches ménages, qui détiennent plus du quadruple du patrimoine médian, 820 400 euros, ou les 10 % les plus fortunés qui détiennent au moins 857 700 euros, recherchent des valeurs refuges. Autrement dit, un moyen de protéger et diversifier leur patrimoine dans un contexte économique incertain.

Les actifs tangibles – physiques, palpables et concrets –, peuvent y répondre. Cette catégorie d’actifs inclut les investissements passion avec, en son sein, les whiskys rares.

La rareté fournit une autre explication de cet engouement. Les bouteilles les plus prisées sont produites en quantités limitées. Par exemple, lancée au début du siècle avec une production de seulement soixante bouteilles, The Macallan Fine & rare Collection est devenue la plus grande collection de whiskys single malt millésimé au monde.

En Écosse, la rareté provient à la fois de la cessation de l’activité des distilleries durant la Seconde Guerre mondiale et du ralentissement, voire de l’arrêt de la production, à la suite de la difficulté d’écoulement des bouteilles après les deux premiers chocs pétroliers. Les collectionneurs prisent particulièrement ces flacons rares issus de cette époque.

Image associée au prestige

L’ouverture des marchés asiatiques – Chine, Hongkong, Singapour et Taïwan – et états-unien, conjuguée aux possibilités d’achat et de vente en ligne, attisent cette frénésie.

Des centaines de distilleries artisanales ont vu le jour, d’abord aux États-Unis puis dans le monde entier. On compte aujourd’hui 150 distilleries en France, une quarantaine en Chine et plus d’une vingtaine de pays producteurs, tandis que plusieurs distilleries ont rouvert leurs portes en Irlande et en Écosse.

Sur le plan culturel, le whisky bénéficie d’une image associée au prestige, au savoir-faire et à l’histoire. Les ouvrages de référence de Dave Broom, Michael Jackson, Charles McLean et de Neil Ridley et Gavin Smith rappellent que le whisky s’est construit depuis plusieurs siècles comme un produit où se rencontre tradition, artisanat, terroir et excellence technique.

Récits de tradition

Les travaux en sociologie du luxe montrent que les élites recherchent des biens qui permettent à la fois de se distinguer et de montrer une compétence culturelle. Le whisky rare répond parfaitement à cette logique : rareté, prix élevés, éditions limitées, accès restreint pour la distinction et connaissances des distilleries, des terroirs, des techniques de vieillissement et des profils aromatiques.




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Comment un seul tonneau de whisky a-t-il pu coûter plus cher que la distillerie tout entière ?


Les distilleries écossaises ou japonaises cultivent cette dimension. Elles mettent en avant des récits de tradition, de terroir et de maîtrise technique. Par exemple, Highland Park crée un récit centré sur les racines vikings des îles Orcades, met en avant la tourbe locale, le vent marin et le climat froid.

Yamazaki, première distillerie japonaise en 1923, axe son récit sur l’harmonie entre tradition écossaise et culture japonaise. Le Hakushu 25 ans, très prisés des élites japonaises, incarne une forme de luxe vert.

Ces éléments créent un marché où le capital culturel se combine au capital financier. En parallèle, le whisky bénéficie d’un effet de mode alimenté par les stars, les blogs, les influenceurs et les classements spécialisés. L’ensemble de ces facteurs influence les comportements des investisseurs et contribue à la dynamique spéculative observée sur certaines bouteilles.

Financiarisation du whisky

Certaines maisons de spiritueux développent des gammes spécifiquement destinées aux investisseurs, créant une financiarisation du luxe.

Elles produisent des éditions limitées, publient des certificats d’authenticité et collaborent avec les grandes maisons de vente. Diageo est l’acteur le plus structuré dans la création de gammes destinées aux collectionneurs et investisseurs. Par exemple, les séries Prima et Ultima sont ultralimitées, souvent de derniers fûts d’une distillerie ou les premiers d’une nouvelle ère.

La création d’indices de prix comme Whiskystats Whisky Index ou ceux de Rare Whisky 101, apporte une information fiable aux investisseurs et transforme le whisky en actif standardisé. Ils renforcent l’idée que les bouteilles peuvent être achetées, conservées et revendues comme des œuvres d’art ou des montres de collection. Cette relative liquidité renforce l’attractivité des whiskys rares.

Réservé aux investisseurs fortunés ?

Contrairement aux idées reçues, de nombreux whiskys de très grande qualité – même anciens – n’atteignent pas toujours des prix exorbitants. Certains whiskys, dits « de collection », vieillis et mis en bouteille et commercialisés il y a plusieurs décennies, ne coûtent que quelques centaines d’euros. On peut, par exemple, investir dans une bouteille affichant dix ans d’âge, mais produite il y a cinquante ans (distillée vers 1970 et embouteillée vers 1980).

Les vieux blends (assemblages) peuvent également réserver de magnifiques surprises. Dans les années 1950 ou les années 1960, l’industrie du whisky n’était pas encore structurée comme aujourd’hui. Les distilleries, moins soucieuses de réduire les coûts, assemblaient des whiskys anciens d’excellente qualité avec des whiskys plus jeunes.

The Conversation

Éric Le Fur ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi les riches achètent-ils de plus en plus de whisky de prestige ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-riches-achetent-ils-de-plus-en-plus-de-whisky-de-prestige-282764