Blocage d’Ormuz : l’énergie solaire en ressortira gagnante à long terme, le charbon à court terme ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Alain Naef, Assistant Professor, Economics, ESSEC

La nature a horreur du vide. Le blocage du détroit d’Ormuz laisse le champ libre à deux sources d’énergie concurrentes du pétrole : le solaire et le charbon. En Europe, la chute du prix du premier laisse espérer une accélération de la décarbonation de l’économie. En Asie, l’arrêt de centrale au charbon apparaît illusoire tant cette rustine semble indispensable en temps de crise.


Le détroit d’Ormuz, dans le golfe Arabo-Persique, est bloqué depuis le 28 février, lorsque l’Iran a répondu à la campagne aérienne américano-israélienne en interdisant le passage aux tankers. Si lors du G7 Trump semble promettre à la fois la paix et des bombes, l’issue du conflit reste peu claire.

La crise a eu un effet sur les prix du pétrole. Selon les analyses, le baril pourrait monter à 120 dollars états-uniens si la crise s’éternise, ou redescendre à 80 dollars états-uniens si les choses s’améliorent. À lire les prix futurs des marchés financiers de Chicago, le pétrole ne devrait pas dépasser les 80 dollars états-uniens dans les mois à venir. Les marchés financiers misent sur une accalmie.

Reste la vraie question. Cette flambée va-t-elle rendre le solaire plus attractif, ou au contraire ramener l’économie mondiale à ses origines de la révolution industrielle, c’est-à-dire au très polluant charbon ? La réponse est probablement charbon à court terme, et solaire à plus long terme.

C’est que nous avons étudié dans un article publié le 5 juin dernier, évaluant la facture d’une sortie du charbon alignée sur l’objectif climatique de 1,5 °C. Le charbon reste encore une source d’énergie importante aujourd’hui dans la production d’électricité mondiale.

Chute du prix des panneaux solaires de 70 %

En économiste de salon, on serait tenté de dire que si les pommes sont plus chères, les poires auront plus de succès sur l’étal. Un pétrole cher, c’est plus de panneaux solaires et plus de voitures électriques.

C’est vérifié sur les marchés des véhicules électriques, dont la vente a augmenté de 30 % au premier trimestre 2026 en Europe par rapport à l’année dernière.

Les chiffres mondiaux confirment cet élan. Entre début 2022 et fin 2025, le prix des panneaux solaires a chuté de près de 70 %, tiré par les capacités chinoises. En France, les carnets de commandes chez les installateurs triplent, tandis qu’au Royaume-Uni, le fournisseur d’électricité Octopus Energy rapporte une hausse de 54 % des ventes de panneaux solaires sur les trois premières semaines de mars.

Des effets inflationnistes

Autre bonne nouvelle : le réveil européen sur l’indépendance énergétique. Même Frank Elderson, juriste néerlandais et membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), affirme que l’absence de transition augmente l’inflation. Une prise de position un peu risquée si l’on considère que ce n’est pas tout à fait le métier d’une banque centrale.

Concrètement, le prix des énergies fossiles peut rapidement augmenter, créant de l’inflation en Europe. Car les risques inflationnistes du pétrole sont au cœur du débat. A contrario, une infrastructure hydraulique, solaire ou éolienne, une fois construite, ne génère pas d’augmentation du prix de l’énergie, et de facto pas d’inflation en Europe.

« La vraie question n’est plus de savoir si l’Europe peut se permettre la transition énergétique, mais si elle peut se permettre de ne pas la faire », souligne Frank Elderson poussant les autorités politiques à agir au nom de l’inflation.

Le pétrole plus cher se répercute sur tous les produits jusqu’au yaourt breton. Pour produire un yaourt, il faut des tracteurs, du plastique dérivé du pétrole pour l’emballage et du pétrole pour transporter le yaourt vers le consommateur. Les crises pétrolières ont des effets inflationnistes de second ordre qui perturbent vite les prix en Europe. Quand même la Banque centrale européenne commence à juger la transition européenne à l’aune des risques d’inflation qu’apporte sa lenteur, il y a peut-être du mouvement.

Le charbon, grand bénéficiaire

Jusque-là, les bonnes nouvelles. Les mauvaises, elles, viennent d’Asie. Ces pays sont bien plus à cran, étant donné qu’ils n’ont pas leurs propres ressources pétrolières comme les Européens avec la mer du Nord.

La Corée du Sud a supprimé son plafond obligeant les centrales à charbon à ne pas tourner au-delà de 80 % de leur capacité.

Âge des usines à charbon dans les différents pays. Les centrales en Europe et aux États-Unis sont moins nombreuses et plus vieilles que les centrales chinoises, récentes et nombreuses.
Tandfonline, Fourni par l’auteur

Car le charbon pourrait être le grand bénéficiaire du moment. Dans un article récemment paru, nous montrons que la Chine, qui n’a pas non plus de pétrole, a inauguré ces dernières années un nombre considérable de centrales à charbon pour produire son électricité.

Même en temps normal, la transition asiatique serait coûteuse au vu du parc neuf qui vient d’être construit. Une crise pétrolière n’arrange rien. L’autre risque : les profits des grandes majors pétrolières, qui leur confèrent davantage de pouvoir pour influencer les processus politiques.

Piège fossile

Pour mesurer l’ampleur de ce piège fossile, notre article avec Camille Macaire, Fabio Grieco et Ulrich Volz évalue précisément la facture d’une sortie du charbon alignée sur l’objectif climatique de 1,5 °C. Nous y démontrons que la mise à l’arrêt anticipée des centrales, une étape indispensable, générerait 842 milliards de dollars états-uniens (soit 739,34 milliards d’euros) d’actifs échoués au niveau mondial. Ces 842 milliards seraient perdus pour les États de Chine, d’Indonésie et d’autre pays d’Asie, très dépendants sur le charbon.




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Remplacer ces capacités par du bas carbone implique un coût de la dette écrasant, estimé à 3 100 milliards de dollars états-uniens à l’échelle globale. Face à des taux d’emprunt souvent prohibitifs pour les pays du Sud global, le maintien du charbon apparaît comme une rustine évidente en temps de crise. Et ce même si à long terme, les gains opérationnels liés aux énergies propres sont estimés à 3,8 milliards de dollars états-uniens (ou plus de 3,3 milliards d’euros). Il peut donc y avoir des gains colossaux.

Une transition difficile

Le problème ? Les centrales construites en Chine et ailleurs en Asie sont récentes. Si un gouvernement local vient d’ouvrir il y a deux ans une usine à charbon, qui emploie beaucoup de travailleurs. Fermer cette centrale va être politiquement difficile. Sans aide financière de pays riches, la transition va être difficile.

Les péripéties iraniennes de Donald Trump produisent des effets à la fois positifs et négatifs pour la transition. Le solaire et l’électrique gagnent du terrain là où le consommateur peut arbitrer. Le charbon gagne du terrain là où l’urgence énergétique ne laisse pas le choix.

Savoir qui l’emportera dépendra moins du prix du baril que de la durée du cafouillage iranien.

The Conversation

Alain Naef a reçoit des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

ref. Blocage d’Ormuz : l’énergie solaire en ressortira gagnante à long terme, le charbon à court terme ? – https://theconversation.com/blocage-dormuz-lenergie-solaire-en-ressortira-gagnante-a-long-terme-le-charbon-a-court-terme-280517

Faut-il vraiment arrêter de labourer les champs ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Lionel Alletto, Directeur de recherche en agronomie, Inrae

Un travail superficiel (10-12 cm de profondeur) post-récolte dans un champ de maïs. Fourni par l’auteur

Longtemps indissociables de l’agriculture même, le labour et les activités de travail du sol sont aujourd’hui remis en question. Réduire ou arrêter de labourer serait ainsi bénéfique pour la structure des sols, la biodiversité et même pour le climat. Mais ces bienfaits sont-ils tous certains ? Ne sont-ils pas également contrebalancés par d’autres dommages ? Une équipe d’agronomes tâche de faire le point.


Sous l’Ancien Régime, les mots laboureur et paysan étaient presque synonymes. Ce n’est pas un hasard : cultiver la terre signifiait d’abord la travailler. Le labour, réalisé avec une charrue ou un araire, était au cœur des pratiques agricoles, au point de donner son nom à ceux qui vivaient de la culture des champs. Pendant des siècles, le travail du sol a ainsi constitué l’un des principaux leviers pour produire des récoltes.

Mais qu’entend-on exactement par « travail du sol » ? Le terme ne désigne pas uniquement le labour profond. Il regroupe un ensemble d’interventions mécaniques destinées à préparer ou entretenir les parcelles : labour, déchaumage, hersage ou encore binage.

Ces pratiques remplissent plusieurs fonctions agronomiques : ameublir et aérer le sol, favoriser l’infiltration de l’eau, préparer un lit de semences propice à la levée des cultures et faciliter par la suite le développement des racines, détruire les herbes poussant sur le champ depuis la dernière récolte (repousse de la culture précédente et herbes sauvages ou adventices – dites « mauvaises herbes ») et limiter leur levée dans la culture suivante ou encore incorporer les résidus végétaux et les amendements afin qu’ils se décomposent.

La remise en question du labour

Depuis plusieurs décennies toutefois, le travail du sol fait l’objet de critiques croissantes. Un travail trop intensif peut en effet fragiliser la structure des sols, accélérer l’érosion, perturber la vie biologique ou favoriser la minéralisation et donc le relargage du carbone stocké dans les matières organiques des sols agricoles sous forme de dioxyde de carbone (CO2).

Dans ce contexte, certaines formes d’agriculture, comme l’agriculture de conservation des sols, ont fait de la réduction du labour, voire de son abandon, l’un de leurs principes. Comment cultivent-elles sans retourner la terre ? Elles privilégient notamment des techniques comme le semis direct, qui consiste à déposer les graines dans un sol peu ou pas travaillé, souvent au milieu des résidus de la culture précédente.

Mais faut-il vraiment opposer travail du sol et préservation du climat afin de produire durablement ? La question mérite d’être posée, tant les effets de ces pratiques dépendent des contextes agronomiques, des cultures et des objectifs poursuivis.

Dans une récente synthèse scientifique publiée dans la revue Communications Earth & Environment, nous avons ainsi analysé plusieurs décennies d’expérimentations conduites sur différents continents.

Nos résultats montrent que le travail du sol peut rendre des services essentiels pour réduire ou supprimer l’usage des pesticides, notamment pour réguler les adventices, certains ravageurs et maladies des cultures. Surtout, les bénéfices climatiques attribués au non-travail du sol sont souvent moins nets qu’on le pense.

Le non-labour augmente souvent l’usage des herbicides

Partons donc d’un premier constat : les systèmes qui s’éloignent du travail du sol reposent fréquemment sur les herbicides pour contrôler les adventices. En Europe, aux États-Unis ou au Canada, les systèmes sans travail du sol utilisent souvent davantage de glyphosate notamment et d’autres désherbants chimiques.

Le travail du sol peut en effet jouer plusieurs rôles pour limiter le recours aux pesticides : détruire les repousses de la culture précédente et les adventices, enfouir en profondeur les graines d’adventices, détruire et/ou enfouir les couverts végétaux ou limiter certains pathogènes présents dans les résidus de culture. De nombreuses études à l’international ont ainsi montré l’intérêt d’un travail du sol occasionnel pour contrôler les adventices.

Dans les essais agroécologiques de longue durée, menés à proximité de Dijon (Côte-d’Or) sur la plateforme expérimentale CA-SYS de l’Inrae, les systèmes sans labour et sans pesticides ont parfois échoué en quelques années sous l’effet d’une forte pression d’adventices ou de limaces. À l’inverse, des systèmes utilisant ponctuellement le travail du sol, dont du labour, ont mieux maintenu leur productivité en l’absence de pesticides.

Cela ne signifie pas qu’il faut revenir au labour systématique, mais plutôt reconnaître que le travail du sol peut être un outil parmi d’autres, mobilisé de façon stratégique et ciblée dans certaines situations.

Le stockage du carbone ne dépend pas seulement du travail du sol

L’autre leçon de notre étude concerne l’un des principaux arguments avancés en faveur du non-labour, à savoir sa capacité supposée à favoriser le stockage du carbone dans les sols, sous forme de matière organique.

En effet, un sol agricole n’est pas qu’un simple support pour les cultures : il constitue aussi un important réservoir de carbone, encore largement méconnu du grand public. Une partie du CO₂ capté par les plantes au cours de la photosynthèse ne reste pas uniquement dans les feuilles ou les grains récoltés. Elle est transférée vers le sol, par les racines, qui libèrent des composés organiques, et par les résidus de cultures (tiges, feuilles, racines) qui sont laissés au sol après la récolte. Ces apports sont progressivement transformés par les organismes du sol en matières organiques du sol.

Ce carbone organique joue un rôle essentiel : il contribue à la fertilité des terres, améliore leur structure, leur capacité à retenir l’eau et participe au fonctionnement biologique des écosystèmes agricoles. Dès lors, une question traverse aujourd’hui les débats agronomiques : certaines pratiques, notamment la réduction du travail du sol, permettent-elles de mieux conserver ce carbone dans les terres plutôt que de le relâcher dans l’atmosphère ?

Effectivement, les parcelles conduites sans labour, que ce soit sans travail du sol ou avec un travail très superficiel (c’est-à-dire limité à 4-5 cm de profondeur), ont souvent davantage de carbone organique dans les premiers centimètres du sol. Ce constat s’explique assez simplement : en l’absence de retournement mécanique, les résidus végétaux (feuilles, tiges, racines superficielles) restent majoritairement en surface et s’y décomposent progressivement. Le carbone qu’ils contiennent tend donc à s’accumuler dans les couches supérieures du sol.

À l’inverse, le labour enfouit et mélange cette matière organique plus profondément, répartissant davantage le carbone dans le profil du sol.

Cette différence visible en surface peut toutefois donner une image incomplète du phénomène. Lorsqu’on mesure les stocks de carbone sur des profondeurs plus importantes, par exemple jusqu’à 30 ou 40 cm, les écarts entre systèmes labourés et non labourés deviennent souvent beaucoup plus faibles. Dans certains cas, le non-labour semble surtout redistribuer le carbone vers la surface plutôt qu’en augmenter réellement la quantité totale.

Plusieurs méta-analyses internationales aboutissent ainsi à une conclusion nuancée : les gains de carbone associés au non-labour existent parfois, mais restent généralement modestes, voire inexistants lorsque l’on considère l’ensemble du profil de sol et que les mesures sont réalisées avec des méthodes de quantification adaptées.

En France, une expérimentation de longue durée, menée par Arvalis à Boigneville, dans l’Essonne, et suivie avec l’Inrae, n’a montré aucune différence significative de stock total de carbone entre labour annuel, travail superficiel et non-travail du sol après quarante-sept ans de conduite différenciée des parcelles expérimentales.

Pourquoi ? Parce que le facteur déterminant n’est pas seulement le niveau de perturbation du sol, mais surtout la quantité de carbone apportée au sol par le système agricole.

Autrement dit, un sol stocke davantage de carbone lorsqu’il reçoit plus de biomasse végétale : résidus de culture, racines, couverts végétaux, prairies temporaires ou apports d’amendements organiques. À l’inverse, différentes études que nous avons compilées montrent qu’un travail du sol occasionnel n’a le plus souvent pas d’impact mesurable sur le stock de carbone du sol.

Les couverts végétaux dits « d’interculture », implantés entre deux cultures puis restitués au sol, jouent ici un rôle central. Ces plantes, semées non pour être récoltées mais pour « occuper » le champ entre deux productions, sont utilisées par de nombreux systèmes agricoles, en particulier en agriculture de conservation dont elles constituent l’un des piliers avec le non-travail du sol, mais aussi de plus en plus dans des fermes où le labour et le travail du sol sont plus classiquement intégrés aux stratégies de conduite des cultures.

Pourquoi ? Parce qu’elles remplissent plusieurs fonctions à la fois : protéger le sol contre l’érosion, limiter les pertes de nutriments par lixiviation (processus de percolation d’eau dans le sol, ndlr), concurrencer certaines adventices, améliorer la structure du sol grâce aux racines et apporter de la matière organique en se décomposant.

En captant du carbone atmosphérique pendant leur croissance, puis en le restituant partiellement au sol, ces couverts végétaux constituent aussi un levier important pour enrichir les terres en carbone organique. En maintenant des racines vivantes plus longtemps dans le sol, ils alimentent les microorganismes du sol et favorisent par ailleurs la stabilisation du carbone. Plusieurs méta-analyses montrent que la couverture végétale des sols pendant la période d’interculture peut augmenter significativement les stocks de carbone des sols agricoles. Dans certains cas, des systèmes avec labour, mais riches en couverts végétaux, stockent même davantage de carbone que des systèmes sans labour, mais apportant moins de biomasse.

Un puissant gaz à effet de serre entre en jeu

Le débat sur le travail du sol ne concerne pas seulement le carbone. Les terres agricoles émettent aussi du protoxyde d’azote (N₂O), un puissant gaz à effet de serre dont le pouvoir réchauffant est environ 273 fois supérieur à celui du CO₂ à quantité égale. Or, les systèmes sans labour peuvent parfois favoriser ces émissions.

De fait, lorsque les résidus végétaux restent en surface et que le sol demeure ainsi plus humide, les conditions peuvent devenir plus favorables à la production de protoxyde d’azote par certains microorganismes. Cela concerne particulièrement les sols argileux ou mal aérés.

Les résultats expérimentaux rapportés par plusieurs méta-analyses internationales sont contrastés : selon les contextes, le non-labour peut réduire, ne pas modifier ou augmenter les émissions de protoxyde d’azote. Mais dans certains cas, cette hausse peut compenser les bénéfices liés au stockage de carbone.

L’essai de longue durée de l’Inrae, « La Cage », mené depuis 1998 à Versailles, illustre bien cette complexité. Le système en agriculture de conservation des sols (combinant non-travail du sol et recours aux couverts végétaux) a stocké davantage de carbone, mais a aussi émis davantage de protoxyde d’azote que les systèmes dits conventionnels ou bas-intrants, c’est-à-dire ayant peu recours aux engrais et pesticides de synthèse.

Autrement dit, une pratique favorable pour un indicateur environnemental ne l’est pas forcément pour un autre.

Sortir des oppositions simplistes

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre « pour » ou « contre » le travail du sol. Les systèmes agricoles fonctionnent comme des équilibres complexes où interagissent le climat, le sol, les cultures, les microorganismes et la faune du sol, les bioagresseurs (terme rassemblant l’ensemble des maladies, ravageurs et adventices des cultures) et les pratiques agricoles.

Dans certains contextes, réduire fortement le travail du sol reste pertinent, notamment pour limiter l’érosion ou préserver certains organismes du sol, comme les vers de terre et les champignons mycorhiziens. Dans d’autres, un travail du sol occasionnel (1 année sur 4 ou sur 5) peut permettre de réduire l’usage des herbicides tout en sécurisant les productions.

La véritable question devient alors : comment concevoir des systèmes agricoles capables à la fois de réduire les pesticides, maintenir la fertilité des sols et limiter les émissions de gaz à effet de serre ?

Nos travaux suggèrent qu’aucune pratique isolée ne constitue une solution miracle. Les leviers les plus efficaces semblent plutôt résider dans la diversification des cultures, l’usage régulier des couverts végétaux, l’allongement des rotations, l’intégration de légumineuses fixatrices d’azote et de plantes pérennes, ou encore l’agroforesterie.

La transition vers des systèmes de productions agricoles agroécologiques demandera donc probablement moins d’interdictions catégoriques que de combinaisons de pratiques stratégiquement mobilisées, innovantes et adaptées aux contextes locaux.

The Conversation

ALLETTO Lionel a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Commission Européenne dans le cadre de projets de recherche du programme Horizon 2020.

Fabien Ferchaud a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR), de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et de la Commission Européenne dans le cadre de projets de recherche du programme Horizon 2020.

Gwenaëlle Lashermes a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

Nicolas Munier-Jolain a reçu (à titre professionnel) des financements de l’OFB dans le cadre de projets de recherche ECOPHYTO, de la Commission Européenne dans le cadre de projets de recherche du programme Horizon 2020.

ref. Faut-il vraiment arrêter de labourer les champs ? – https://theconversation.com/faut-il-vraiment-arreter-de-labourer-les-champs-284340

Alliances d’universités européennes : porter des projets communs, un défi linguistique ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Cédric Brudermann, Professeur des universités, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

À l’initiative de la Commission européenne, les alliances d’universités permettent d’organiser des formations et des projets de recherche communs. À mesure qu’elles se déploient, le choix des langues de réunion, d’évaluation des étudiants ou de coordination globale revêt une dimension stratégique.


Depuis 2019, les alliances d’universités européennes occupent une place croissante dans le paysage de l’enseignement supérieur. Portées par la Commission européenne dans le cadre du programme Erasmus+, elles visent à structurer un espace universitaire plus intégré, en rapprochant durablement des établissements de différents pays autour de formations, de projets de recherche et de mobilités étudiantes communes.

L’initiative a rapidement pris de l’ampleur. En quelques années, plusieurs dizaines d’alliances ont été créées, fédérant ainsi près de 600 établissements à travers le continent.

Dans ce contexte, la diversité linguistique constitue un élément structurant, même si ses modalités de mise en œuvre restent encore évolutives. De ce fait, à mesure que les alliances se déploient, la question des langues apparaît comme une dimension concrète à organiser, au croisement de contraintes institutionnelles, pédagogiques et opérationnelles.

Coordonner des établissements issus de systèmes linguistiques différents

Faire fonctionner une alliance européenne ne se limite pas à mutualiser des formations ou à harmoniser des stratégies. Cela implique de coordonner des établissements issus de systèmes linguistiques différents, dans lesquels les langues nationales restent fortement ancrées dans les pratiques d’enseignement, d’administration et de recherche.

Dès lors, si cette diversité constitue une ressource pour les alliances, elle introduit aussi des contraintes opérationnelles car la rédaction d’un accord, l’organisation d’une réunion ou la conception de cursus communs supposent de choisir une ou plusieurs langues de travail.

Dans ce contexte, les arbitrages linguistiques conduisent parfois à privilégier des solutions pragmatiques, non nécessairement formalisées, mais résultant d’ajustements progressifs entre partenaires.

Des travaux de recherche montrent à cet égard que, pour des dimensions spécifiques de la vie des alliances, comme la communication institutionnelle en ligne ou les offres de formation mutualisées, l’usage de l’anglais comme langue véhiculaire apparaît comme une solution fonctionnelle.

Ces usages ne recouvrent toutefois pas l’ensemble des activités des alliances. Les langues nationales peuvent ainsi conserver un rôle structurant dans les enseignements ancrés localement, les interactions administratives internes ou les relations avec les environnements socioéconomiques.

On observe également des configurations hybrides, dans lesquelles plusieurs langues coexistent, sans que leur articulation fasse toujours l’objet d’une formalisation explicite. Dans certaines alliances, les réunions stratégiques peuvent par exemple se dérouler en anglais, tandis que les enseignements sont dispensés majoritairement dans des langues nationales.

Ces équilibres sont d’ailleurs susceptibles d’évoluer au fil des projets, certaines formations conjointes ou étapes de coordination pouvant ponctuellement nécessiter davantage d’harmonisation linguistique, notamment lorsque le nombre de partenaires impliqués augmente.

La langue, une variable de gouvernance

Les choix linguistiques ne sont pas neutres et peuvent avoir des conséquences sur la participation des acteurs, la répartition des rôles au sein des projets, la précision des échanges ou les délais de coordination. Lorsqu’une langue de travail est en effet partagée, la participation aux réunions, aux formations ou aux échanges stratégiques devient plus fluide, l’accès à l’information est facilité et la coordination entre partenaires s’en trouve généralement améliorée.

À l’inverse, la langue peut créer des situations d’asymétrie (lorsque les niveaux de maîtrise des langues véhiculaires retenues sont hétérogènes), voire d’exclusion, lorsque les usagers n’ont pas pleinement accès aux informations qui les concernent parce qu’elles sont diffusées dans des langues qu’ils ne maîtrisent pas ou pas assez.

Dans cette perspective, la langue apparaît comme une variable de gouvernance à part entière car, loin de se réduire à un outil de communication, elle participe concrètement à la manière dont les alliances s’organisent, arbitrent leurs équilibres internes et incluent leurs usagers. Ce faisant, la question des langues contribue souvent, de manière implicite, à structurer les rapports de pouvoir et les dynamiques de légitimité entre partenaires au sein des alliances.

Des expérimentations pédagogiques sous contrainte linguistique

Ces enjeux se prolongent dans les formations. Les parcours proposés par les alliances reposent en effet souvent sur des mobilités multiples (présentiel, distanciel ou mixte), qui exposent les étudiants à des environnements linguistiques et culturels variés. Ces configurations soulèvent cependant des questions concrètes : dans quelle langue enseigner ? Faut-il privilégier une langue commune ou maintenir plusieurs langues d’enseignement ? Comment articuler apprentissage disciplinaire et exigences linguistiques ?

Ces contraintes conduisent ainsi parfois les alliances à expérimenter de nouvelles approches pédagogiques. Dans cette logique, certaines alliances déploient des dispositifs permettant aux étudiants d’évoluer dans des environnements académiques multilingues, en cohérence avec les orientations du Conseil de l’Europe en matière de plurilinguisme et d’éducation aux langues.

Ces initiatives restent toutefois fortement dépendantes des ressources disponibles et des capacités de coordination entre partenaires, ce qui peut en limiter la diffusion à plus grande échelle.

Des équilibres à construire

Si les langues constituent un enjeu opérationnel dans les alliances, leurs effets dépassent l’organisation de la vie universitaire dans la mesure où les arbitrages linguistiques influencent aussi la manière dont les acteurs s’approprient les dynamiques d’intégration européenne qu’elles portent.

Ces choix peuvent ainsi favoriser l’engagement des usagers dans les dispositifs proposés, mais aussi produire des formes de distance, d’autocensure ou de retrait lorsque les conditions de participation sont perçues comme inégales. Les langues participent donc indirectement aux processus d’intégration académique qui se construisent dans les alliances, en conditionnant l’accès aux activités transnationales et les modalités de participation qui y sont associées.

En définitive, plutôt que de converger vers un modèle unique, les alliances semblent confrontées à la nécessité de construire des équilibres linguistiques adaptés à leurs contextes.

Ces équilibres peuvent alors varier selon les types d’activité (coordination institutionnelle, formation, communication) et évoluer dans le temps en fonction des contraintes rencontrées. Ils reposent donc moins sur des prescriptions stabilisées que sur des ajustements progressifs, souvent implicites et négociés au fil des interactions entre partenaires. À ce titre, loin de faire disparaître les tensions, ces arrangements les rendent visibles et discutables.

Dès lors, à mesure que les alliances continueront à se développer, la question des langues pourrait s’imposer comme un levier structurant de leur fonctionnement, en influençant les formes de coopération, de participation et d’intégration qu’elles déploient pour contribuer à la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur.

The Conversation

Cédric Brudermann ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Alliances d’universités européennes : porter des projets communs, un défi linguistique ? – https://theconversation.com/alliances-duniversites-europeennes-porter-des-projets-communs-un-defi-linguistique-282630

Rajeunir ou disparaître : comment les femmes vieillissent – ou non – sur nos écrans

Source: The Conversation – France (in French) – By Monika Siejka, Enseignante Chercheuse en storytelling, leadership et management, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Nicole Kidman, dans le film *Babygirl* (2024). Allô Ciné

Ne pas vieillir, et ce, le plus longtemps possible. Voilà le diktat qui semble présider au destin des actrices au cinéma et dans les séries. À de rares exceptions près, leurs options ne semblent pas nombreuses : soit se lancer dans une course éperdue au rajeunissement grâce à la chirurgie esthétique et le travail des images en postproduction, soit se résoudre à disparaître des écrans ou à se voir proposer des rôles stéréotypés ou secondaires.


Dans la série Dix pour cent, qui décrit la vie d’une prestigieuse agence artistique d’acteurs, Cécile de France joue son propre rôle. Dans le premier épisode de la première saison, diffusé en 2015, elle se voit refuser un rôle chez Tarantino, car elle s’apprête à fêter ses 40 ans :

« Quarante ans pour une actrice, c’est 60 ans pour une femme et 80 pour un homme ! », dit-elle.

Son agent est stupéfait, mais, dans les faits, les chiffres confirment ce diktat. L’invisibilité à l’écran des femmes de plus de 50 ans persiste dans un contexte global de déséquilibre des rôles au regard du vieillissement de la population.

Bien sûr, il y a des exceptions et des succès : extraordinaires Liliane Rovère dans Dix pour cent et Family Business, ou Maggie Smith dans Downton Abbey, ou bien encore, sur un mode plus confidentiel, Sylvie Granotier dans Septième Ciel.

Toutefois, si ces figures ridées sont en accord avec l’âge de leurs corps, on peut s’interroger sur la prolifération de nouveaux visages féminins sans rides ou si peu qu’ils nous font entrer dans la vallée de l’étrange décrite par le roboticien Mori Masahiro.

Être vieille de plus en plus jeune, pour être jeune de plus en plus vieille ?

Faut-il faire son âge ? Mais, lorsqu’on pose cette question, de quel âge parle t-on ?

Quand Audrey Fleurot, l’héroïne de la série HPI, apparaît en octobre 2024 à l’occasion d’un défilé de mode, c’est un « botox shaming » d’une grande véhémence qui l’attend sur les réseaux sociaux. Il lui faudra s’expliquer. Faut-il déclarer son âge pour « justifier » le recours à la chirurgie esthétique ? Ou, comme le dit l’actrice, le faire, mais que cela ne se voie pas ?

Cet exemple illustre plusieurs ambiguïtés majeures. Tout d’abord : « L’âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable », comme l’avait déjà énoncé Pierre Bourdieu.

L’essayiste, romancière et militante américaine Susan Sontag a bien décrit dans son article « The double standard of aging », en 1972, à quel point, pour les femmes, la vieillesse relève d’une angoisse qui n’a pas d’âge calendaire. Elle s’inscrit dans la confrontation sans fin entre le corps réel et un corps imaginaire, jamais atteignable. Un corps de femme dont le vieillissement n’est pas perçu comme une bonification, au contraire de bien des hommes. Enfin, la femme se surveille sans cesse tout en surveillant ses consœurs, renchérit l’écrivain et critique d’art John Berger dans son essai Voir le voir (1976), car elle a appris à le faire. Dès lors, l’actrice, sous le feu des projecteurs, se retrouve confrontée à toutes ces contradictions, amplifiées par les effets de miroir des réseaux sociaux.

Pourquoi rajeunir ? Pour être désirable ?

Dans la série Nip Tuck de Ryan Murphy, diffusée entre 2003 et 2010, les deux héros, chirurgiens esthétiques, attaquent toujours leurs premières consultations ainsi : « Tell me what you do not like about yourself? » (« Dites-moi ce qui vous déplaît chez vous »).

Peu d’épisodes s’intéressent à la demande de rajeunissement. Toutefois, Vanessa Redgrave (S2E1) l’explique sans détour : à 67 ans, son personnage veut redevenir désirable. Contrairement à Rose dans Septième Ciel, elle ne veut pas rester assignée à sa classe d’âge. Son « appétit de cougar », qualification peu flatteuse d’une sexualité agressive, comme le dit sa fille, qui la renvoie à son âge véritable, lifting ou non. Sans doute le signe que la série est quelque peu datée, désormais.

Dans Dix pour cent encore (2015-2020), Sigourney Weaver refuse de se voir assigner un amoureux « de son âge » dans le scénario qu’on lui propose et veut un jeune amant. Non sans difficulté et obstination, elle obtiendra gain de cause (S4E5). Mais la série s’empresse de montrer également à quel point l’actrice est incroyablement en forme physiquement à travers un numéro de danse quasi acrobatique, comme pour légitimer sa revendication. Il ne s’agit pas d’être jeune uniquement dans sa tête et sur son visage. Il faut performer.

Rajeunir pour ne pas vieillir

Dans cette obsession pour la jeunesse, il faut lire aussi la peur du vieillissement et la difficulté à faire place aux vieilles et aux vieux dans la société contemporaine.

Si la vieillesse est associée à l’amoindrissement des facultés physiques et intellectuelles, à la décrépitude, elle conduit à une sortie de l’espace public, de celui des actifs. Les rides sont dans les Ehpad. Dans la série Better Call Saul, les résidents de maisons de retraite sont montrés comme vulnérables, à la merci du groupe qui gère les maisons de retraite qui lui appartiennent. Bien avant la sortie en France de l’essai les Fossoyeurs. Révélations sur le système qui maltraite nos aînés (2022), de Victor Castanet, les deux premières saisons (2015-2017) alertaient sur les intérêts financiers qui président aux décisions du groupe. « Getting old sucks » (« ça craint de vieillir), dit très sérieusement Kim à Jimmy alors que ce dernier s’amuse de l’adoration que lui vouent « ses » grands-mères. Cet amusement n’est d’ailleurs pas dénué d’une forme d’infantilisation des personnes âgées.

Sur un ton moins dramatique, on retrouve ces mêmes aspects dans Septième ciel : infantilisation, solitude, économies de moyens et pression à la rentabilité.

Dès lors, l’effet repoussoir de cette perspective ne conduit-il pas à valoriser le désir de rajeunissement ? Comme s’il s’agissait de ne pas vieillir, le plus longtemps possible.

Vers une standardisation des visages ?

Le bistouri n’est pas le seul à l’œuvre dans le processus de rajeunissement. Plus invisible encore – puisqu’il faut que cela soit impossible à détecter – les logiciels de « beauty work » gomment toutes les imperfections à l’image ou considérées comme telles en postproduction : rides, patte d’oie, cernes, voire refait un nez. Très utilisé à Hollywood, il l’est aussi en France si bien que le souci d’authenticité est du côté de l’exception. On parlera même d’acte de résistance, c’est dire que les normes ont changé.

Par conséquent, on aura beau jeu de critiquer le visage devenu quasiment irréel de Nicole Kidman qui, de films en séries, semble jouer avec la perfection de son image. Elle ira jusqu’à accepter, dans Babygirl, d’être injuriée par le personnage de sa fille. Cette dernière compare en effet son visage à du poisson mort. Performance ultime et jouissance libre de son corps comme l’écrit la critique de cinéma Mireille Joudet ou signe d’alerte sur une société qui ne sait plus ce qu’elle regarde quand elle donne à voir ?

Il n’en reste pas moins que ces visages étranges, qui se ressemblent de plus en plus nourrissent une économie capitaliste prolifique. Depuis les rituels beautés antirides des préadolescentes à ceux des femmes âgées, toutes aspirent à une jeunesse entre filtres et scalpels. Et ce marché-là est en pleine expansion.

« Ad vitam… »

La course au rajeunissement, voire à l’immortalité, est devenue la nouvelle frontière de la Silicon Valley. Des millions de dollars sont investis dans cette industrie. Les expériences qu’il mène sur lui-même, les publications et ventes de produits de l’entrepreneur Bryan Johnson ne sont que la partie émergée de ce mouvement qui repose notamment sur le courant transhumaniste.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent aussi ces nouveaux visages qui paraissent plus « autres » que jeunes.

Car être jeune, c’est justement vieillir, ce que raconte justement la série Ad Vitam. Dans un futur proche, un procédé technique a permis de stopper le vieillissement et donc la mort. Le héros a 120 ans, mais en paraît 50. Il doit enquêter sur ce qui est devenu un acte politique : le suicide de sept jeunes qui refusent de ne pas vieillir.

Toutes les histoires en effet vont dans le sens du choix d’Ulysse face à Calypso : la nymphe offrit jeunesse éternelle et immortalité au héros. Celui-ci refusa.

The Conversation

Monika Siejka ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rajeunir ou disparaître : comment les femmes vieillissent – ou non – sur nos écrans – https://theconversation.com/rajeunir-ou-disparaitre-comment-les-femmes-vieillissent-ou-non-sur-nos-ecrans-278471

Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jennifer Takhar, Associate Professor of Marketing, SKEMA Business School


L’essentiel

  • La pilule contraceptive est en recul. En France, désormais, chez les femmes de 18 à 49 ans, le dispositif intra-utérin (DIU, surnommé « stérilet ») est désormais le moyen de contraception le plus utilisé.
  • Autour de hashtags comme #MyPillStory, les réseaux sociaux sociaux deviennent des points de ralliement numériques pour partager des expériences sur la pilule. S’y développe une soi-disant contre-expertise face au discours médical, sans que soit vérifiée la fiabilité des informations diffusées.
  • Une étude, fondée sur des entretiens ainsi que sur l’analyse des espaces numériques que représentent les réseaux sociaux, décrypte cette tendance qui aide les femmes à reprendre le pouvoir sur leur corps, mais qui risque de les détourner d’une prise en charge prodiguée par des professionnels de santé formés au conseil, à l’accompagnement et à la prévention en matière de contraception.

Depuis plus de soixante ans, la pilule contraceptive orale combinée (COC) s’est imposée comme le symbole ultime de la libération féminine : une innovation médicale majeure ayant dissocié sexualité et procréation, et profondément transformé le paysage social du XXᵉ siècle.

Pourtant, dans les arènes numériques des réseaux sociaux, cet héritage semble aujourd’hui systématiquement remis en cause. Un bouleversement majeur est en cours dans la manière dont les jeunes femmes perçoivent les risques pour la santé, l’autorité médicale et même la chimie de leur propre corps.

Le recul de la pilule contraceptive

Les données sont sans équivoque. En Europe occidentale, les taux de prescription de la pilule chutent fortement. En Allemagne, les chercheurs ont même forgé un terme pour décrire ce phénomène : Pillenmüdigkeit, ou « fatigue de la pilule ». Entre 2011 et 2018, l’usage de la pilule diminue, par exemple de 16 % chez les jeunes Allemandes, tandis que l’utilisation du préservatif augmente nettement. Au Danemark, entre 2010 et 2019, on observe une forte diminution de l’utilisation de la pilule. Elle est compensée, mais seulement de manière transitoire, par une augmentation du recours aux méthodes contraceptives réversibles de longue durée d’action, notamment les dispositifs intra-utérins hormonaux.

En France, on constate également un recul de la pilule contraceptive. Le dispositif intra-utérin est devenu la méthode la plus utilisée (par 27,7 % des femmes de 18 à 49 ans qui avaient recours à un moyen de contraception), suivie par la pilule contraceptive (26,8 %) et le préservatif (18,6 %).

Qu’est-ce qui a changé ? La réponse réside dans la « construction sociale des dangers », alimentée par l’ère des réseaux sociaux.

Des entretiens approfondis menés auprès de 19 jeunes femmes et d’une observation extensive des espaces numériques illustrent l’émergence d’un écosystème digital dans lequel l’autorité traditionnelle du gynécologue serait progressivement en train d’être remplacée par l’« expérience vécue », jugée plus authentique, des influenceuses et des pairs. À noter que cette étude a été menée auprès d’Allemandes et de Danoises.

Pour le cas particulier de la France, on observe que les attitudes négatives à l’égard de la pilule contraceptive se sont renforcées depuis le début des années 2010, notamment à la suite de controverses médiatisées (« the French pill scare ») qui ont contribué à une baisse de confiance dans la contraception hormonale et à une diversification des pratiques contraceptives.

Retours d’expériences de consultations chez le médecin

La révolte commence souvent dans le cabinet médical. Les patientes décrivent une expérience répétitive et clinique, où la pilule est prescrite « sans grande hésitation ». Anne, l’une des participantes à l’étude, se souvient :

« Elle m’a simplement donné une ordonnance pour la pilule », sans discussion sur les alternatives ni sur les effets secondaires.

Pour de jeunes femmes qui considèrent leur santé comme un projet de vie central, cette approche routinière est perçue comme une négation de leur capacité d’agir.

Ce sentiment de négligence conduit à une profonde « délégitimation » des professionnels de santé. Dans l’étude, les patientes ne voient plus leurs médecins comme des experts neutres. Certaines personnes interrogées évoquent même une forme de cynisme, suggérant que les médecins prescriraient la pilule pour des « raisons financières » ou par refus d’entrer dans la complexité des besoins individuels.

Lorsque l’autorité médicale ne permet plus le dialogue, ces jeunes femmes se tournent vers des « réseaux de soutien féminisés » présents sur Instagram, TikTok ou YouTube. Les plateformes de ces médias sociaux constituent d’importants espaces de soutien informel pour les personnes souhaitant arrêter la pilule contraceptive, en diffusant des témoignages personnels, des récits d’effets secondaires et des conseils de transition vers des méthodes non hormonales.

Ces contenus, largement portés par des utilisatrices et des influenceurs plutôt que par des professionnels de santé – et donc non validés scientifiquement –, contribuent à normaliser l’arrêt de la pilule et à renforcer des perceptions critiques à l’égard de la contraception hormonale, en particulier chez les jeunes femmes.

Des réseaux sociaux présentés comme des « contre-experts »

Dans l’univers des réseaux sociaux, l’information n’a plus besoin d’être recherchée : elle trouve elle-même son public. Des hashtags comme #MyPillStory (« Mon histoire avec la pilule »), #StopThePill (« Arrêter la pilule »), #HormoneFree (« Sans hormone »), #NaturalBirthControl (« Contrôle naturel des naissances ») sont devenus des points de ralliement numériques autour desquels les utilisatrices partagent des récits souvent éprouvants – dépression, prise de poids ou encore sentiment de « lever d’un voile » après l’arrêt de la pilule. Pour une génération qui valorise le bien-être global, ces témoignages pèsent parfois davantage que l’assurance d’un médecin affirmant que la pilule est « sûre ».

« Si un médecin homme vous dit que ça ne fait pas mal, et que moi je vous dis que si – je pense que vous devriez davantage me faire confiance », explique Zarah, une participante à l’étude, qui a le sentiment croissant que l’expérience sensorielle personnelle prime sur les données cliniques.

Ce déplacement marque l’émergence de ce qui est présenté comme une « contre-expertise », sans l’être puisque les personnes qui se prononcent n’ont pas de formation médicale et ne sont pas habilitées à prodiguer des conseils de santé.

L’étude rend compte de situations dans lesquelles de jeunes femmes arrivent désormais aux consultations munies de listes de combinaisons hormonales, d’effets secondaires et de méthodes alternatives qu’elles ont elles-mêmes recherchées en ligne.

Sur Instagram, un vocabulaire négatif autour de la pilule

En France, la perception du « risque » évolue selon les réseaux sociaux, quand l’Agence officielle du médicament indique que « la pilule est une méthode très efficace (à plus de 90 %) » et qu’elle « peu[t] provoquer des effets indésirables. Ils ne surviennent pas systématiquement chez toutes les femmes. »

L’étude suggère que les réseaux sociaux, eux, ont déplacé l’attention. Au lieu de se concentrer sur ces événements rares, mais potentiellement sérieux, les discussions portent désormais sur des « effets secondaires moins graves mais indésirables » qui affectent le bien-être mental et social au quotidien (variations d’humeur, maux de tête ou perte de libido).

Sur des plateformes comme Instagram, la pilule est de plus en plus souvent décrite à travers un vocabulaire négatif : « risquée », « nocive », voire « toxique ». Le mot même d’« hormones » devient porteur de danger. Certaines participantes à l’étude décrivent la prise de la pilule comme une « injection massive d’hormones », percevant le médicament comme une « force redoutable », qui « perturbe le cerveau des femmes ».

Cette « construction sociale des risques » fait apparaître la pilule comme une menace qui serait plus importante pour le soi-disant « équilibre naturel » d’une personne que le risque d’une grossesse non désirée. Et ce, sans s’appuyer sur les compétences de médecins, sages-femmes, psychologues ni d‘autres spécialistes formés à accompagner les femmes dans ce genre de situations qui ont à voir avec la santé physique et mentale.

Des boucles d’activation et de conditionnement

Les chercheurs ont synthétisé ces résultats dans un cadre d’analyse consacré à la « formation des attitudes liées à la santé ». Selon eux, les réseaux sociaux fonctionnent à travers deux boucles :

1. La boucle d’activation : elle renforce le sentiment des femmes de pouvoir agir, ces dernières ayant l’impression de développer leurs connaissances en matière de santé, en les encourageant à développer une soi-disant contre-expertise et à s’engager dans l’activisme numérique.

Si cet empowerment numérique peut aider à reprendre le contrôle de son corps, il introduit également de nouveaux risques. L’érosion de l’autorité médicale peut exposer les jeunes femmes à la désinformation et aux discours alarmistes.

À ce propos, l’étude suggère qu’une simple amélioration en matière de communication médicale pourrait ne pas suffire à inverser la tendance, puisque le socle même de la confiance repose désormais sur les communautés numériques.

2. La boucle de conditionnement : elle déplace la confiance depuis les institutions médicales vers les pairs, au risque d’enfermer certaines femmes dans des choix spécifiques par l’intériorisation d’« histoires d’horreur » partagées ou d’informations erronées, voire de désinformation partagée par leurs pairs.

Alors que la pilule contraceptive, « emblème de la libération des femmes » connaît une remise en question sans précédent, un véritable déracinement de l’autorité médicale est à craindre. À l’ère des réseaux sociaux, le choix contraceptif n’est plus seulement une décision médicale : il devient une interaction stratégique au sein d’un réseau mondial de pairs numériques.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive – https://theconversation.com/quand-les-reseaux-sociaux-incitent-les-jeunes-femmes-a-tourner-le-dos-a-la-pilule-contraceptive-285508

Comment la diaspora iranienne vit la guerre à distance

Source: The Conversation – France in French (3) – By Yasaman Gorji, Professeure associée en stratégie et management international, ESSCA School of Management

Cet article a été rédigé avant le pré-accord du 14 juin 2026 entre le régime iranien et les États-Unis. L’avenir dira ce qu’il en sera.

Plusieurs millions d’Iraniens vivent de façon permanente à l’étranger. Ils suivent de très près la situation dans leur pays, oscillant entre crainte pour leurs proches, espoir d’un changement (dont les contours souhaités diffèrent selon les personnes) et sentiment diffus de culpabilité dû au fait qu’ils se savent à l’abri tandis que leurs concitoyens vivent une période particulièrement difficile.


Les tensions persistantes entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi que les fermetures et réouvertures successives par l’Iran du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, ont suscité une abondance d’analyses. Les économistes modélisent les chocs sur les prix, les experts débattent des scénarios et les milieux politiques s’interrogent sur un nouvel ordre régional.

Les civils iraniens, eux, vivent avec les bombardements ou la crainte qu’ils surviennent, une vague d’exécutions sans précédent, l’inflation, l’incertitude et une quasi-coupure d’Internet.

Dans le vacarme de la guerre, cependant, une communauté devient de plus en plus difficile à entendre : la diaspora iranienne. Cet article relaye le point de vue d’un groupe d’universitaires iraniens de la diaspora. Nous ne prétendons pas parler au nom de tous, car la diaspora iranienne dans le monde, estimée entre huit et dix millions de personnes, est bien trop diverse pour cela. Nous offrons simplement un éclairage de l’intérieur. Où que vous viviez, vous avez peut-être un voisin, un collègue, un ami, un étudiant ou un camarade de classe iranien. Voici une partie de ce que beaucoup d’entre eux traversent aujourd’hui.

Des craintes multiformes

Si la situation peut apparaître, de l’extérieur, comme une simple guerre, la réalité pour de nombreux Iraniens est bien plus complexe. Depuis près de 47 ans, les voix appelant au changement en Iran n’ont cessé de s’intensifier, souvent amplifiées par la diaspora. Ces appels se sont exprimés à travers des vagues répétées de protestations et de manifestations.

Au fil des années, de nombreuses vies ont été perdues, en raison de l’exécution de manifestants et de la mort de plusieurs milliers de citoyens lors de périodes de troubles, des événements qui témoignent d’une répression et contraire aux principes démocratiques. Il importe toutefois de distinguer le régime de la nation : de nombreux Iraniens, en Iran comme à l’étranger, continuent d’éprouver un profond attachement à leur pays, enraciné dans sa culture, son histoire, sa langue et son peuple.

Pour beaucoup, cependant, il est difficile d’entrevoir une issue claire par la voie de la réforme progressive.

Dans le même temps, l’idée d’une transformation rapide à travers une intervention étrangère suscite également des inquiétudes, d’autant que les bombardements effectués depuis le 28 février dernier ont endommagé des écoles, des hôpitaux, des universités et d’autres infrastructures civiles, avec un lourd coût humain. De nombreux Iraniens à l’étranger se retrouvent ainsi partagés entre l’espoir que ce moment difficile ouvrira la voie au changement, la peur des conditions dans lesquelles ce changement adviendra, et un amour intact pour leur pays.




À lire aussi :
Qui est visé par la guerre : le régime islamique ou l’Iran en tant que tel ?


Un contrecoup direct sur la vie quotidienne

Ces émotions entremêlées façonnent la manière dont une grande partie de la diaspora perçoit la guerre. Dans de nombreuses villes du monde, des Iraniens se sont rassemblés pacifiquement pour exprimer leur inquiétude pour la population et l’avenir du pays. Beaucoup sont aujourd’hui confrontés à des dilemmes éthiques profonds. Leur pays est sous les bombardements et les civils sont en danger. Dans le même temps, certains continuent d’espérer que cette période de souffrance puisse, à terme, conduire aux libertés et à la stabilité auxquelles ils aspirent depuis longtemps.

À ces inquiétudes s’ajoutent les divisions internes à la diaspora iranienne elle-même. Les Iraniens de l’étranger ne forment pas un bloc politique homogène : certains soutiennent le prince héritier en exil, d’autres s’y opposent ; certains se reconnaissent dans d’autres mouvements ou courants d’opposition, tandis que d’autres encore restent favorables, explicitement ou implicitement, à la République islamique. Même les personnes les moins politisées peuvent se retrouver prises dans ces débats, au sein de leur famille, de leurs cercles d’amis ou de leurs communautés locales. Ces tensions pèsent lourdement sur la vie sociale et émotionnelle de la diaspora, car elles peuvent transformer l’inquiétude partagée pour l’Iran en conflits personnels, en ruptures de dialogue ou en sentiment d’isolement.

Derrière les considérations politiques se joue cependant une dimension plus intime : une forme de culpabilité silencieuse. De nombreux Iraniens à l’étranger sont en sécurité alors que leurs proches ne le sont pas. Ils disposent d’un accès stable à Internet et de la liberté d’expression, tandis que leurs parents, frères et sœurs, cousins et amis restés au pays vivent la guerre, le blackout informationnel, la peur et le risque d’exécution en cas d’expression dissidente. Même lorsque personne ne les accuse, ils se reprochent d’être ceux qui ont pu partir. Cette situation est souvent qualifiée de « culpabilité du survivant ». Elle déborde dans la vie quotidienne, au travail, en famille et dans les amitiés.

Un conjoint souhaite planifier des vacances, mais son partenaire iranien peine à se projeter sur une plage alors qu’un frère est injoignable depuis plusieurs jours. Un parent dit : « Ne t’inquiète pas pour nous, vis ta vie », et la fille à l’étranger l’entend comme une blessure. Au sein des familles, les tensions portent sur l’argent à envoyer, les proches à faire venir, les positions à prendre : chaque décision peut être vécue comme une trahison.

Les amitiés sont également mises à l’épreuve : un ami proche, souvent un autre Iranien, peut se retrouver dans un camp politique opposé, et après quelques échanges douloureux, le dialogue cesse. Un ami non iranien qui exprime une opinion reçoit d’abord une réponse froide, puis le silence s’installe. Peu à peu, la vie se fait plus discrète : moins de dîners, des messages plus courts, un sourire au travail, et une porte fermée chez soi.

À ces émotions que sont la peur, l’espoir, le désespoir et la colère, s’ajoute, chez de nombreux membres de la diaspora, un sentiment de honte, que l’on pourrait qualifier de honte par procuration. Ce sentiment naît de leur association à des politiques avec lesquelles ils ne se reconnaissent pas, y compris la politique étrangère du régime iranien, son soutien à certains groupes armés dans la région et son implication dans des conflits dont les premières victimes sont souvent des civils. Ces réalités contribuent à façonner, à l’étranger, une image des Iraniens à laquelle beaucoup de membres de la diaspora ne s’identifient pas.

On peut adhérer ou non à cette analyse, mais ce ressenti est largement partagé au sein de certaines franges de la diaspora. En réponse, beaucoup redoublent d’efforts, s’investissent dans leur carrière, s’intègrent rapidement dans leurs sociétés d’accueil et contribuent économiquement. Ces efforts sont visibles lors de manifestations à l’étranger, marquées par leur caractère pacifique et leur civisme.

Une angoisse constante

Parallèlement, les membres de la diaspora sont souvent confrontés à des niveaux de stress et d’angoisse élevés, parfois paralysants. Beaucoup commencent chaque journée à consulter les informations et actualiser les réseaux sociaux. Cette situation s’est intensifiée depuis le début du conflit, notamment en raison des coupures d’Internet qui ont fortement limité les contacts avec les proches restés en Iran. Malgré tout, la vie quotidienne doit continuer : travailler, s’occuper de sa famille, gérer les responsabilités courantes, tout en portant un poids que des personnes extérieures pourraient simplement qualifier de « stress ». À long terme, cette tension constante engendre une fatigue profonde, nourrie par des années de crises répétées dans le pays d’origine.

À cela s’ajoute l’incertitude. Le cerveau humain n’est pas conçu pour faire face à une incertitude prolongée : il a besoin d’anticiper, de prévoir et de s’adapter. Pour la diaspora iranienne, cette incertitude se déploie à plusieurs niveaux. Les individus ne savent pas si leurs proches sont en sécurité, si le régime tombera, ce qui adviendra ensuite, s’il faut s’exprimer ou se taire, espérer ou redouter. Une incertitude excessive peut paralyser, empêchant d’agir et de prendre des décisions.

De nombreux Iraniens de la diaspora sont entourés d’amis, de collègues et de proches non iraniens bienveillants. En période de crise, ils reçoivent souvent de l’empathie, du soutien et des propositions d’aide. Ce soutien est précieux. Toutefois, la compassion elle-même peut s’éroder avec le temps. Une exposition répétée à des informations anxiogènes peut entraîner une forme de désensibilisation. Pour un pays confronté à près d’un demi-siècle de crises successives, il existe un risque que chaque nouvelle urgence se fonde dans la précédente et que l’attention du public finisse par se détourner.

Face au risque d’être oubliés, les membres de la diaspora adoptent différentes stratégies pour maintenir l’attention. Certains ressentent le besoin d’expliquer sans relâche, de débattre en ligne ou en personne, ou de sensibiliser en permanence. L’un des déclencheurs les plus frustrants reste le sentiment que leurs expériences sont minimisées, mal comprises ou réduites à des visions partielles.

Que demandons-nous, alors ?

Nous ne demandons pas aux non-membres de la diaspora de s’abstenir de prendre position sur la guerre. Nous demandons simplement un peu plus d’attention dans la manière dont ces conversations sont menées. Prendre un instant de plus avant de formuler une opinion. Demander une fois comment va une personne, et accepter « je ne peux pas en parler aujourd’hui » ou « je vais bien, ou ma famille va bien, mais eux non » comme des réponses suffisantes. Se rappeler que quelqu’un qui semble aller bien en réunion a peut-être passé la nuit, à trois heures du matin, à tenter de joindre une sœur, un frère, un parent ou un ami. Être conscient que beaucoup d’Iraniens ne mettent plus leur téléphone en mode silencieux : un appel peut arriver à tout moment et ils ne peuvent se permettre de le manquer. Le récit dominant continuera d’exister. Notre objectif est d’y faire entendre la voix de celles et ceux qui vivent cette réalité à distance.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment la diaspora iranienne vit la guerre à distance – https://theconversation.com/comment-la-diaspora-iranienne-vit-la-guerre-a-distance-283713

Parkinson : avancées dans la compréhension d’une molécule clé de la maladie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cristine Alves Da Costa, Pharmacienne – Directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe ALZPARK (Physiopathologie des maladies d’Alzheimer et de Parkinson) à l’ l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire – CNRS, Université Côte d’Azur

On sait que la maladie de Parkinson, qui affecte plus de 10 millions de personnes dans le monde, dont 200 000 en France, est une maladie neurodégénérative due à la disparition progressive des neurones producteurs de dopamine, une molécule essentielle pour contrôler nos mouvements.

Au cœur de ce dysfonctionnement cellulaire se trouve une protéine, l’alpha-synucléine. Dans un cerveau sain, elle joue un rôle protecteur. Mais dans la maladie de Parkinson, elle s’accumule sous une forme toxique et agrégée, formant des amas appelés corps de Lewy, qui tuent littéralement les neurones.

Depuis longtemps, une question taraude les scientifiques : comment expliquer que, dans le cerveau des patients, on observe une augmentation de sa forme toxique agrégée ?

Notre équipe, en collaboration avec des chercheurs de l’équipe de Marie-Christine Chartier Harlin, a découvert un mécanisme clé qui pourrait expliquer cette accumulation.

Tout repose sur la défaillance d’une autre protéine clé dans la maladie de Parkinson : la parkine. Cette protéine est multitâche. Elle agit à la fois comme une étiqueteuse pour marquer les protéines dont la cellule doit se débarrasser (celles-ci sont ensuite recyclées) et comme un régulateur de l’activité de certains gènes.

Nous avons démontré que la défaillance de la parkine pourrait être à l’origine de l’accumulation de la forme toxique de l’alpha-synucléine, par deux voies différentes.

L’une est directe, à travers l’action de la parkine sur le gène de l’alpha-synucléine.

L’autre est indirecte, à travers le contrôle par la parkine de la dégradation de l’alpha-synucléine par une autre enzyme, nommée glucocérébrosidase bêta 1. Là encore, l’inactivation de la parkine provoque une diminution de l’expression du gène de la glucocérébrosidase (on sait, par ailleurs, que les mutations de ce gène sont le facteur de risque génétique le plus courant pour la maladie de Parkinson).

Enfin, la parkine agit de concert avec la glucocérébrosidase bêta 1 pour réguler les acteurs d’une voie essentielle du recyclage des protéines cellulaires appelée « autophagie médiée par les protéines chaperonnes » (ou CMA, pour Chaperone-Mediated Autophagy ; les chaperonnes étant des protéines qui « aident » les autres protéines).

En bref, quand la parkine fonctionne mal, à cause de mutations ou de l’augmentation du stress oxydatif lié au vieillissement (le stress causé aux composants des cellules par des molécules oxydantes que produit le métabolisme normal), tout le système se grippe :

  • la production d’alpha-synucléine physiologique (protectrice) baisse (à cause de la diminution du niveau de son gène) ;

  • sa dégradation est aussi bloquée, ce qui entraîne l’accumulation de sa forme toxique.

Comment cette découverte a-t-elle été rendue possible ?

Nous avons utilisé et croisé les résultats obtenus au niveau de la cellule, de l’animal et d’échantillons humains (prélèvements cérébraux post-mortem et fibroblastes – des cellules du tissu conjonctif présentes notamment dans le derme – de patients portant de mutations de la parkine).

Les travaux sur des lignées cellulaires capables de surproduire ou de sous-produire la parkine nous ont permis de mettre en évidence la régulation des gènes de l’alpha-synucléine et de la glucocérébrosidase bêta 1. Nous avons aussi pu montrer que la parkine est capable d’interagir avec des régions importantes pour l’expression des gènes, et qu’elle a un impact sur des acteurs clés responsables de l’autophagie médiée par les chaperonnes.

Les études chez des animaux transgéniques qui ne produisent pas de parkine nous ont, quant à elles, permis de corroborer nos résultats.

Enfin, les résultats obtenus grâce aux échantillons provenant de malades nous ont permis de valider la pertinence de nos résultats chez l’être humain.

En quoi cette découverte est-elle importante ?

L’impact scientifique de nos résultats est multiple. Ils démontrent en effet un rôle majeur de la parkine dans la régulation génique, notamment à travers sa fonction encore peu explorée de facteur de transcription.

Jusqu’ici, on savait que la parkine jouait un rôle dans la dégradation de multiples protéines, mais son implication dans la transcription des gènes de l’alpha-synucléine, de la glucocérébrosidase bêta 1 et sur l’autophagie médiée par les chaperonnes était jusqu’à présent inconnue.

Nos données unifient des observations jusqu’ici disjointes (rôle de la parkine, de la glucocérébrosidase bêta 1 et de l’autophagie médiée par les chaperonnes) en un modèle cohérent, applicable aux formes héréditaires et sporadiques de la maladie.

Quelles sont les perspectives de ces travaux ?

L’autophagie médiée par les chaperonnes constitue une voie essentielle de recyclage cellulaire spécialisée dans l’élimination des protéines solubles telles que l’alpha-synucléine.

Le fait que la parkine participe à la régulation de ce processus ouvre des perspectives importantes quant à l’étendue de ses fonctions biologiques et à son potentiel thérapeutique.

Une piste de recherche est désormais d’identifier de nouvelles molécules capables de restaurer le fonctionnement de la parkine. Une seconde approche sera de développer des activateurs spécifiques capables de relancer l’autophagie médiée par les chaperonnes, le processus de recyclage des protéines défaillant dans la maladie de Parkinson.

Enfin, ces découvertes laissent entrevoir des applications qui vont au-delà du contexte de la seule maladie de Parkinson, car la parkine est impliquée dans d’autres pathologies cérébrales, comme la maladie d’Alzheimer ou les cancers cérébraux.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


The Conversation

Cristine Alves Da Costa a reçu des financements de ANR.

ref. Parkinson : avancées dans la compréhension d’une molécule clé de la maladie – https://theconversation.com/parkinson-avancees-dans-la-comprehension-dune-molecule-cle-de-la-maladie-282783

Pourquoi vous ne pouvez pas faire de « détox de dopamine »

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jérémie Naudé, Chargé de recherche au CNRS, neurobiologie expérimentale et théorique – Institut de génomique fonctionnelle (CNRS UMR 5203 – Inserm U1191 – Université de Montpellier), Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Contrairement aux idées reçues, la dopamine, molécule essentielle au fonctionnement de notre « système de récompense », n’a pas pour fonction d’encoder directement le plaisir.


Tinder, TikTok, Instagram, Candy Crush, pour n’en citer que quelques-unes… on entend souvent dire que ce type d’applications est conçu pour « pirater notre système de récompense », autrement dit le circuit qui, dans notre cerveau, affecte nos désirs, nos plaisirs et nos émotions, et qui joue un rôle crucial dans des processus aussi divers que la sexualité ou les addictions liées aux drogues.

Au centre de ce système se trouve la dopamine, une molécule qui participe à l’anticipation de la récompense.

À en croire de nombreux influenceurs et podcasteurs, pour protéger notre système de récompense face aux nombreuses stimulations qu’il reçoit quotidiennement, il faudrait se livrer à une « détox de dopamine », en se privant de plaisirs. Pour cela, les recommandations sont variées : prises de douches froides, exposition à la lumière du matin, établissement de listes de plaisirs à proscrire pour « réinitialiser » les neurotransmetteurs…

Entre références aux neurosciences et discours sur le bien-être, il aura suffi de quelques décennies pour que la dopamine devienne à la fois la cause de nos addictions modernes et la clé de notre épanouissement personnel. Psychiatre à Stanford, Anna Lembke a même écrit un best-seller, Dopamine Nation, considéré par certains comme un manuel permettant de procéder à cette « détox de dopamine ».

Cependant, dans les laboratoires qui étudient le fonctionnement de cette molécule, comme celui au sein duquel je travaille, le discours est totalement différent. Attaquons-nous donc à quelques idées reçues.

La dopamine est un signal d’apprentissage

Au tournant des années 1990, le neurophysiologiste Wolfram Schultz mène sur des singes une série d’expériences devenues classiques.

Pendant que les primates apprennent une nouvelle tâche, il enregistre dans le même temps l’activité de leurs neurones dopaminergiques (autrement dit les neurones qui produisent de la dopamine). L’exercice est simple : un signal lumineux annonce, quelques secondes après son activation, l’arrivée d’un peu de jus de fruits.

Dans les premiers temps de l’apprentissage, Schultz constate que les neurones s’activent au moment où la récompense arrive. Mais à mesure que le singe retient l’association entre le stimulus et la récompense, l’activité des neurones dopaminergiques se déplace : elle survient dès l’apparition du signal lumineux, et plus du tout au moment de la récompense elle-même. Et si l’expérimentateur ne fournit pas le jus alors que ce dernier avait été annoncé par le stimulus, l’activité des neurones dopaminergiques chute en dessous de son niveau de base.

Les neurones à dopamine n’encodent donc pas le plaisir. En effet, le singe ressent toujours du plaisir au moment du jus, même quand son arrivée est prévisible. Pour prendre un autre exemple : savoir qu’on va dans un bon restaurant peut nous exciter à l’avance, mais cela n’enlève en rien le plaisir qu’on retire lorsque les plats dont nous anticipions la dégustation sont effectivement consommés.

En réalité, l’activité des neurones à dopamine mesure plutôt un écart entre la récompense attendue et la récompense vraiment reçue. En d’autres termes, un pic de dopamine n’est pas la marque d’un plaisir éprouvé sur l’instant, mais la trace d’une comparaison entre nos prédictions de récompense et la réalité. On parle d’« erreur de prédiction de récompense ». Quand une situation ou une action nous procure plus de récompense que prévu, l’erreur de prédiction est positive, et le corps considère qu’il est pertinent de la réitérer.

Il faut bien comprendre qu’ici, « récompense » ne veut pas dire « plaisir ressenti » : c’est plutôt ce qui compte pour l’organisme, et qu’il pouvait plus ou moins anticiper. C’est, par exemple, une gorgée de jus pour le singe de Schultz ou, en ce qui nous concerne, la consommation d’un bon repas ou même la réception d’une bonne nouvelle. Le signal de dopamine ne marque pas le repas en lui-même : il marque l’écart entre le repas espéré et celui qu’on a vraiment eu.

Au contraire, si on réalise une action qui nous donne moins de récompense que prévu, il s’agira de peut-être reconsidérer ce choix la prochaine fois qu’il se présentera.

Cette interprétation a structuré toute la recherche sur l’apprentissage par renforcement, lequel est fondé sur l’ajustement de ses actions selon leurs conséquences passées. En effet, la signature de l’erreur de prédiction de récompense se retrouve chez l’humain comme chez la souris.

La dopamine est en réalité à la fois un signal d’apprentissage (qui ajuste la valeur que nous attribuons aux actions) et un signal de motivation. La prédiction de valeur est utile à la fois pour régler les actions à réaliser et pour continuer à comparer le résultat réel de l’action à ce qui était prédit.

En d’autres termes, la dopamine nous indique que l’on peut dépenser de l’énergie pour obtenir une récompense. Lorsque l’apprentissage est consolidé, le signal de dopamine s’éteint de lui-même.

Drogues et récompenses aléatoires : un faux parallèle

L’argumentation des tenants du concept de « détox de dopamine » est fondée sur l’idée qu’il serait impossible de stabiliser le système de la récompense, ce qui nous pousserait à un vouloir « toujours plus ».

Dans le cas des applications sur mobile, les notifications, les likes, le défilement infini relèveraient d’un même piratage : ils délivreraient des récompenses incertaines, donc surprenantes, donc productrices de pics de dopamine répétés. À force, le système de la récompense s’épuiserait, comme il s’épuise sous l’effet des drogues, et nous deviendrions de moins en moins sensibles aux plaisirs ordinaires. La détox serait alors une façon de réinitialiser ce système.

Cependant, cette analogie n’est pas pertinente. En effet, les drogues, comme la cocaïne ou les opioïdes, augmentent les niveaux de dopamine de manière pharmacologique, intense et prolongée, indépendamment de toute prédiction de récompense.

Le cerveau ne peut alors pas absorber cette augmentation, car elle est « forcée » chimiquement. L’une des réponses de notre organisme est donc de diminuer le nombre de récepteurs de la dopamine à la surface des cellules. Il en résulte la tolérance bien décrite chez les usagers chroniques, qui les mène à augmenter les doses ou à multiplier les prises.

Une notification reçue aléatoirement sur un smartphone est d’une autre nature : il s’agit d’une récompense « classique », dont on apprend à la fois la valeur et le caractère imprévisible. Comme les conditions de son obtention sont variables, il existe bel et bien un léger bonus d’activité de dopamine, dit « de curiosité » (« c’est imprévisible, donc intéressant »), mais celui-ci ne dure que quelques fractions de seconde.

Nous l’avons mesuré récemment chez la souris dans une tâche de jeu. L’animal devait choisir entre plusieurs options dont la probabilité de récompense différait. Pendant qu’il se décidait, nous avons suivi en temps réel l’activité dopaminergique de ses neurones. Face à une option incertaine, un petit surcroît d’activité est bien détecté, mais de l’ordre de la fraction de seconde.

Son ordre de grandeur est donc sans commune mesure avec celui qui résulte de la consommation de drogues. Si la simple imprévisibilité d’un résultat créait une accoutumance en elle-même, nous deviendrions accros à un simple lancer de dés, sans enjeu monétaire ! De fait, la raréfaction des récepteurs, qui accompagne l’usage de stimulants, ne s’observe pas chez les joueurs « pathologiques » : un comportement, même répété et incertain, n’use pas le système comme le fait une drogue…

La souffrance dont certaines personnes rendent compte dans leur rapport aux écrans est réelle, mais l’attribuer à une saturation du système dopaminergique conduit à proposer des solutions qui ne ciblent pas le bon mécanisme, car scroller n’est pas comparable à consommer de la cocaïne.

Tenter d’« optimiser ses hormones » est une impasse

La théorie selon laquelle il existerait dans notre cerveau un « bon » niveau de molécule est séduisante, car elle est facilement compréhensible. Mais elle est fausse.

Sous un vernis de vocabulaire neuroscientifique, elle s’apparente en réalité à la vieille théorie des humeurs : la santé serait une question d’équilibre entre quelques fluides (ou substances) bien identifiés, équilibre qu’il serait possible de maintenir en s’astreignant à une bonne hygiène de vie.

L’idée qu’il est possible de déterminer une concentration « optimale » en molécules n’est pas réservée qu’à la dopamine. Le neurologue américain Andrew Huberman, podcasteur star (mais qui fait l’objet de critiques par d’autres scientifiques en raison de sa propension à extrapoler et s’exprimer hors de son domaine d’expertise), propose ainsi des protocoles précis pour ajuster non seulement la dopamine, mais aussi le cortisol, la sérotonine ou la testostérone (autant d’autres molécules qui influent sur nos comportements affectifs et cognitifs – on parle de « neuromodulateurs »).

Le problème est que ces substances ne fonctionnent pas comme des fluides indépendants dont on pourrait régler les niveaux indépendamment les uns des autres. Le neuroscientifique britannique de renommée mondiale Peter Dayan, spécialiste de la neuromodulation et de l’apprentissage, l’a résumé dans une revue de référence publiée en 2012, les neuromodulateurs interagissent en permanence.

Dopamine, sérotonine ou cortisol s’influencent mutuellement, parfois de façon coopérative, parfois en compétition, selon le contexte et la région cérébrale concernée. En outre, même prise isolément, la dopamine n’exerce pas toujours le même rôle.

Grâce à une technologie appelée « optogénétique », qui permet de contrôler, grâce à la lumière, l’activité de certaines protéines, on peut activer précisément les neurones dopaminergiques d’une souris pendant qu’elle prend une décision.

Avec mes collègues, nous avons montré que l’effet de cette activation dépend entièrement de ce que la souris est en train de faire. Si elle se trouve dans un environnement où elle a appris qu’un objectif est désirable et accessible, l’activation des neurones à dopamine augmente sa motivation à atteindre cet objectif. Si rien ne l’attend de particulier, la même activation neuronale – et donc, la production de niveaux de dopamine similaires – est sans effet observable.

Moduler les effets de la dopamine ne peut donc pas se faire de la manière dont on module à la hausse ou à la baisse le son d’un haut-parleur à l’aide d’un bouton de volume : l’influence de cette molécule dépend de ce que l’organisme a, à cet instant, comme objectifs.

Prêter attention au contexte

Si l’idée d’une cure de « détox de dopamine » ne repose sur aucune base solide scientifiquement parlant, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut rien changer à nos comportements !

Le sommeil, l’activité physique, le temps passé à l’extérieur ont des effets documentés sur la santé physique et mentale. Décrocher des écrans pour se coucher plus tôt, faire du sport ou sortir se promener a bel et bien des effets positifs en matière de bien-être. Mais ces derniers ne sont pas dus à une supposée « optimisation hormonale » qui résulterait d’un « protocole » capable de résoudre miraculeusement tous les problèmes.

Les recherches récentes montrent que ce n’est pas seulement la valeur de nos actions qui se recalcule, mais la valeur des récompenses elles-mêmes. Un même plaisir ne « vaut » pas la même chose selon l’état où l’on se trouve : un repas n’a pas la même valeur selon qu’on a faim ou qu’on sort de table, et cet état de fond se déplace lentement, au gré de nos conditions de vie, comme la fatigue accumulée, l’isolement ou la façon dont le travail nous fatigue.

Le système dopaminergique ajuste en continu la valeur d’une action donnée – comme aller sur les réseaux sociaux – relativement à tout le reste. Les conséquences ne dépendent donc pas d’un protocole individuel, mais plutôt d’un environnement global. Il compare en permanence la récompense qu’on obtient à celle qu’on attendait, mais ce qui constitue pour nous une récompense à un instant donné peut évoluer au cours de notre vie.

Plutôt que de se priver de tout plaisir pour espérer « réinitialiser » son système de la récompense, il est plus pertinent de se demander dans quelles conditions collectives nous avons l’opportunité de bien dormir, quelles sont les causes de ce stress au travail qui nous insupporte, etc.

Adresser aux individus des injonctions à s’optimiser, c’est faire porter à chacun la responsabilité de trouver en lui-même, en dépit de l’environnement, un niveau idéal de dopamine… qui n’existe pas !

The Conversation

Jérémie Naudé a reçu des financements de l’ANR, du CNRS, de l’INSERM, de l’Université de Montpellier, de Sorbonne Université, et de la Fondation pour la Recherche Médicale.

ref. Pourquoi vous ne pouvez pas faire de « détox de dopamine » – https://theconversation.com/pourquoi-vous-ne-pouvez-pas-faire-de-detox-de-dopamine-283229

Et si la nature avait des droits ? Ce que la réforme constitutionnelle pourrait changer à Maurice

Source: The Conversation – in French – By Aurélie Mendoza Spinola, Droit public – Droit de l’environnement, Middlesex University

Les réformes constitutionnelles sont rares. Elles le sont encore davantage lorsqu’elles invitent une société à repenser sa relation avec le monde qui l’entoure.

C’est pourtant le débat qui s’ouvre aujourd’hui à Maurice avec le projet d’intégrer les droits de la nature dans la Constitution. Derrière une formule qui peut sembler abstraite se cache une question fondamentale : le droit est-il encore adapté aux défis environnementaux du XXIe siècle ?

Au cours des dernières années, j’ai étudié le droit de l’environnement et la justice climatique, avec une attention particulière accordée aux petits États insulaires de l’océan Indien, notamment Maurice. J’ai constaté que depuis plusieurs décennies, Maurice s’est dotée de nombreuses lois destinées à protéger l’environnement (parmi lesquelles l’Environment Protection Act 2024).

Pourtant, le naufrage du MV Wakashio en 2020, l’érosion côtière, la dégradation des récifs coralliens et des mangroves, la perte de biodiversité ainsi que les effets croissants du changement climatique rappellent la fragilité des écosystèmes dont dépend largement la survie et le développement du pays.

Pour un petit État insulaire, l’environnement conditionne la sécurité alimentaire, l’économie, le tourisme et la résilience climatique. Face à ces défis, on pourrait considérer qu’il ne suffit plus de réglementer l’exploitation de la nature, mais qu’il faudrait désormais repenser son statut juridique lui-même.




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Que sont exactement les droits de la nature ?

L’expression peut sembler pour le moins surprenante. Après tout, comment une rivière, un lagon ou une forêt pourraient-ils avoir des droits ?
Pour comprendre cette idée, il faut revenir à une notion bien connue du droit : la personnalité juridique. Les êtres humains ne sont pas les seuls titulaires de droits.

Les sociétés commerciales, les associations ou les collectivités locales possèdent également une personnalité juridique. Grâce à cela, elles peuvent agir en justice ou conclure des contrats, bien qu’elles ne soient pas des personnes physiques.

Les défenseurs des droits de la nature proposent d’étendre cette logique à certains écosystèmes. Concrètement, une rivière, une forêt ou un récif pourraient être reconnus comme titulaires de droits, tels que le droit d’exister, de maintenir ses fonctions écologiques ou d’être restauré lorsqu’il subit des dommages.

Bien entendu, la nature ne pourrait pas se présenter elle-même devant un tribunal. Elle serait représentée par des institutions, des organismes ou des personnes chargées de défendre ses intérêts.

Cette idée n’est plus uniquement théorique. L’Équateur a inscrit les droits de la nature dans sa Constitution dès 2008. En Nouvelle-Zélande, le fleuve Whanganui bénéficie d’un statut juridique particulier. La Colombie a également reconnu certains écosystèmes comme titulaires de droits nécessitant une protection spécifique.




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Pourquoi ce débat est-il important ?

Au fond, les droits de la nature traduisent une évolution de notre manière de concevoir la protection de l’environnement.

Traditionnellement, le droit protège la nature parce qu’elle est utile aux êtres humains : les récifs protègent les côtes, les forêts contribuent à la qualité de l’air et les écosystèmes soutiennent l’économie. Les droits de la nature proposent d’aller plus loin en reconnaissant que certains éléments du monde naturel possèdent également une valeur propre et méritent d’être protégés pour eux-mêmes.

Il ne s’agit pas nécessairement d’opposer l’être humain à la nature. Au contraire, l’idée est plutôt de reconnaître que le bien-être humain dépend étroitement de la santé des écosystèmes dont il fait partie. En d’autres termes, il s’agit de traduire en droit l’interdépendance entre l’homme et l’environnement.




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Que changerait concrètement une telle réforme ?

La première conséquence concernerait l’État.
La protection de l’environnement pourrait devenir une véritable obligation constitutionnelle. Cette évolution est déjà observable dans plusieurs pays. Plus récemment, la Cour constitutionnelle des Seychelles a rappelé l’importance des obligations environnementales de l’État dans l’affaire Wootland Holdings Ltd. Les pouvoirs publics ne seraient donc plus seulement chargés de réglementer certaines activités polluantes, mais également de prévenir les atteintes aux écosystèmes et de favoriser leur restauration lorsque cela est nécessaire.

Les considérations environnementales pourraient alors être davantage intégrées dans les politiques d’aménagement du territoire, d’énergie, de transport ou de développement économique. Les entreprises seraient également concernées.

La reconnaissance des droits de la nature ne signifierait pas l’arrêt du développement économique. En revanche, elle pourrait renforcer les exigences applicables aux projets ayant des impacts significatifs sur l’environnement. Les études d’impact environnemental, les mesures de prévention des risques et les obligations de restauration écologique pourraient prendre une importance accrue.

Enfin, les citoyens et les organisations de la société civile pourraient voir leur rôle renforcé, d’une part par la possibilité d’accéder plus facilement au prétoire pour défendre l’environnement, et d’autre part par un meilleur accès à l’information et à la participation en matière d’environnement.

Ainsi, l’accès à la justice environnementale pourrait être facilité lorsque des écosystèmes sont menacés. Maurice a déjà connu récemment une évolution juridique sur ce point avec la jurisprudence Eco Sud du Privy Council, qui a contribué à élargir la reconnaissance de l’intérêt à agir des associations de protection de l’environnement.

Les citoyens pourraient également bénéficier de droits renforcés en matière d’information et de participation aux décisions ayant des conséquences importantes sur l’environnement.

Les défis à relever

Toute réforme ambitieuse soulève toutefois des questions complexes.
La première concerne la représentation de la nature : qui parlera en son nom ? L’État, les collectivités locales, les ONG, des organismes indépendants ou une combinaison de ces acteurs ?

La deuxième porte sur l’articulation entre les droits de la nature et d’autres principes juridiques fondamentaux (notamment le droit de propriété) et les impératifs de développement économique.

Enfin, il faudra éviter qu’une éventuelle réforme demeure purement symbolique. En matière environnementale, le défi n’est souvent pas l’absence de règles mais leur application effective. Le renforcement des institutions, des mécanismes de contrôle et des moyens consacrés à la protection de l’environnement sera donc essentiel.

Comme dans de nombreux pays, les tribunaux joueront également un rôle important. Ils seront amenés à interpréter les nouveaux principes constitutionnels et à rechercher un équilibre entre protection de l’environnement, droits individuels et développement économique.

Un débat sur l’avenir de Maurice

La reconnaissance des droits de la nature ne constitue pas seulement une réforme environnementale. Elle invite à réfléchir à la place que la société mauricienne souhaite accorder à son patrimoine naturel dans les décennies à venir.

Que l’on adhère ou non à cette approche, une chose est certaine : le débat dépasse largement le cadre du droit de l’environnement. Il concerne la manière dont Maurice entend concilier développement, résilience climatique et protection des écosystèmes dont dépend son avenir.

The Conversation

Aurélie Mendoza Spinola does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Et si la nature avait des droits ? Ce que la réforme constitutionnelle pourrait changer à Maurice – https://theconversation.com/et-si-la-nature-avait-des-droits-ce-que-la-reforme-constitutionnelle-pourrait-changer-a-maurice-285746

La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Raul Magni-Berton, Professeur de sciences politiques, AnthropoLab – Ethics, Institut catholique de Lille (ICL)

Le système politique suisse produit de très hauts niveaux de confiance des citoyens, qui s’expriment régulièrement sur les choix politiques publiques à travers des référendums. Le poids des citoyens transforme également la pratique des acteurs politiques, qui recherchent avant tout le consensus.


La Suisse est un pays, à bien des égards, exemplaire. Avec une dette publique la plus faible d’Europe et un produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus élevé, il symbolise aujourd’hui une Europe dynamique telle qu’on aimerait l’imaginer. Il est encore d’usage d’attribuer cette réussite économique a des pratiques économiques douteuses, telles qu’une fiscalité faible associée à un blanchissement d’argent par le secret bancaire. Pourtant, cette mauvaise réputation se heurte de plus en plus aux faits.

Selon la Banque mondiale, la Suisse est le pays où la contribution du travail à son PIB – par rapport au capital – est la plus élevée du monde. Ce ne sont donc pas les capitaux les seuls responsables de la richesse suisse, loin de là. Quant au secret bancaire, il n’existe plus depuis 2018, et l’économie suisse se porte toujours aussi bien.

En fait, pour de nombreux chercheurs, tels que Lars P. Feld, Bruno S. Frey ou John G. Matsusaka, la raison principale du succès économique de la Suisse n’est autre que son système politique, qui produit de très hauts niveaux de confiance de la part des citoyens. Par exemple, l’enquête European Social Survey montrait, en 2023, que trois résidents suisses sur quatre pensaient avoir leur mot à dire sur les décisions politiques, contre un tiers en France.

Déjà il y a trente ans, Bruno S. Frey publiait un article où il conseillait à l’Union européenne d’imiter le modèle politique suisse, ce qui lui garantirait prospérité économique et légitimité politique. Le système politique suisse, qui comporte nombre de spécificités issues d’une histoire très particulière, est régulièrement identifié comme facteur de faible dette ou de forte croissance. Et si les pays voisins s’en inspiraient ?

Un système de démocratie directe original

La Suisse se caractérise d’abord par un système de démocratie directe original. Il consiste en un faisceau de droits des citoyens, qui leur permettent de rejeter certaines politiques, mais aussi de prendre des initiatives pour en proposer.

Plusieurs institutions fédérales garantissent ces droits :

  • le référendum obligatoire, obtenu en 1848. Aucune modification constitutionnelle n’est autorisée sans un vote populaire.

  • le référendum facultatif, mis en place au niveau fédéral en 1874. Il permet de voter sur toutes les lois, à condition qu’une minorité d’environ 1 % des citoyens le demande à travers une pétition.

  • l’initiative populaire, instaurée en 1891. Elle permet aux citoyens de prendre l’initiative de modifications constitutionnelles à travers une pétition d’environ 2 % de la population déclenchant un référendum.

Ces pratiques, reproduites, avec quelques variantes, dans chaque canton et chaque commune, permettent aux Suisses d’exercer un contrôle fort sur leurs élites, en créant les conditions d’une société de confiance dans les institutions et d’implication citoyenne.

C’est ainsi que la Suisse se trouve à être le seul pays européen où la confiance dans les représentants dépasse les 50 %, où les citoyens qui pensent avoir un fort impact sur la politique sont plus du double que dans n’importe quel autre pays européen.

Fédéralisme et culture du consensus

Par ailleurs, le fédéralisme compétitif donne aux régions – les cantons – un rôle extrêmement important. L’article 3 de la Constitution affirme que ce sont les cantons – en non la fédération suisse – qui sont souverains et « exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération ». Les cantons se protègent du niveau fédéral, en gardant notamment une dose importante de recettes fiscales, avec plus de 50 % des recettes qui sont directement collectées par les cantons et les communes. Cette concurrence produit un potentiel d’innovation et d’efficacité qui pousse l’économie suisse vers le haut.

Enfin, la culture du consensus est extrêmement importante en Suisse. Le gouvernement fédéral est composé de sept membres (le Conseil fédéral), dont la présidence est assurée chaque année par un membre différent. De plus, ces sept membres représentent de façon plus ou moins proportionnelle l’équilibre des forces au Parlement, selon une règle non écrite connue sous le nom de « formule magique ». Il n’y a donc pas à proprement parler de majorité et d’opposition, mais un conseil où majorité et opposition trouvent des compromis. Cette pratique contribue à stabiliser les politiques en évitant que, à chaque alternance, les règles changent.

Peut-on exporter le modèle suisse ?

Ce fonctionnement est très éloigné des modèles politiques occidentaux, rendant son exportation difficile. Pour autant, le cœur du système suisse peut très bien inspirer d’autres nations. Quel est-il ?

Dans un livre écrit avec Clara Egger, nous défendons l’idée qu’au cœur des institutions réside le contrôle populaire sur la Constitution (grâce à l’initiative populaire et au référendum obligatoire). Ces deux institutions produisent un décalage majeur avec les systèmes représentatifs classiques puisque ce n’est plus le Parlement qui a le dernier mot sur les décisions politiques, mais bien les citoyens. C’est cette spécificité qui produit les autres : une plus forte autonomie locale, une politique consensuelle et une démocratie directe efficace.

Plusieurs travaux théoriques et empiriques concordent sur le fait que la démocratie directe préserve mieux les pouvoirs locaux que les parlements nationaux, qui ont tendance à centraliser les pouvoirs. Lorsque les citoyens ont le dernier mot, ils modèrent cette tendance centralisatrice, maintenant le pouvoir proche d’eux. C’est pourquoi la Suisse est restée aussi décentralisée.

Cette logique est visible à travers des votations historiques aussi éloignées que le rejet d’un impôt fédéral direct en 1918 ou le rejet des mesures fédérales en faveur des médias en 2022. On pourrait également citer le refus de supprimer la compétence cantonale en matière d’équipement personnel des militaires en 1996 ou le rejet de la reforme du régime des finances fédérales en 1970. Ces votations marquaient le refus de voir le pouvoir fédéral prendre trop de place. On peut en conclure que la démocratie directe protège le fédéralisme suisse, avec une autonomie des territoires favorable au développement économique.

Effet de la démocratie directe sur la politique de consensus

Face à des citoyens qui peuvent annuler ou modifier les décisions prises par les élus, ces derniers ont l’obligation de promouvoir des politiques le plus consensuelles possible afin d’éviter la sanction populaire. Les négociations avec les partis d’opposition ou les groupes de la société civile sont monnaie courante afin d’éviter que l’un d’eux fasse appel aux électeurs. Dès lors, les Suisses non seulement pensent avoir un impact sur la politique (souvent sans même avoir à voter !), mais de plus ils ont une confiance exceptionnelle dans leurs élus, non pas parce que ces derniers sont plus dignes de confiance, mais parce qu’ils craignent d’être sanctionnés.

Un modèle pour la France ?

Si l’initiative populaire et le référendum obligatoire sont les éléments essentiels de ce système performant, ils n’épuisent pas la palette des outils démocratiques dont les Suisses disposent. Le référendum facultatif est le moyen le plus utilisé pour annuler les décisions prises par les représentants, et donc l’élément dissuasif le plus important. Il reste toutefois un instrument dérivé qui doit son efficacité aux deux premières institutions.

Le système politique suisse est un ovni en Europe. Ses nombreuses spécificités ont poussé à le considérer comme difficilement exportable. Pourtant, le cœur de ce système est assez simple à définir : ce sont les citoyens suisses – et non leurs représentants élus – qui ont le dernier mot sur toutes les décisions.

Deux institutions garantissent cette souveraineté populaire : l’initiative populaire et le référendum obligatoire. En France, introduire ces deux institutions requiert un amendement mineur à l’article 89 de la Constitution de 1958, en y introduisant le référendum obligatoire (par l’abrogation de l’alinéa 3) et l’initiative citoyenne. Cette proposition, faite pour la première fois en 2019, a été soumise trois fois à l’Assemblée nationale, dont la dernière, en 2026, lors de la niche parlementaire du groupe écologiste. Finalement, nous n’en sommes pas si loin.

The Conversation

Raul Magni-Berton a co-fondé les mouvements Solution démocratique et Espoir-RIC. Il a conseillé certaines villes comme Poitiers et Grenoble, ainsi que des députés sur la façon d’introduire la démocratie directe dans la Constitution. Il a reçu des financements de la Commission européenne, en tant que membre de l’Horizon Europe Twin4dem, pour étudier les phénomènes de recul démocratique. Il est membre de l’ANR Plutobias, qui étudie l’influence de l’argent en politique.

ref. La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ? – https://theconversation.com/la-france-devrait-elle-sinspirer-du-modele-democratique-suisse-283731