Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques

Source: The Conversation – France in French (3) – By Éric Muraille, Biologiste, Immunologiste. Directeur de recherches au FNRS, Université Libre de Bruxelles (ULB)

En rompant leurs liens avec les universités israéliennes, plusieurs universités européennes revendiquent une responsabilité morale face à la guerre à Gaza. Une évolution qui interroge les principes traditionnels de liberté académique et de neutralité institutionnelle.


À la suite de l’intensification du conflit israélo-palestinien, les militants propalestiniens ont organisé en 2024 de vastes manifestations dans les universités américaines. Ils dénonçaient un génocide commis à Gaza et exigeaient que les institutions académiques rompent leurs liens avec Israël.

Ce mouvement a gagné l’Europe. En réponse, les autorités académiques de certaines universités ont imposé un boycott institutionnel des universités israéliennes. Cet article tente de mettre en évidence l’ampleur de ce boycott en Europe ainsi que les arguments avancés par les autorités académiques pour le justifier.

Histoire des boycotts académique

L’appel au boycott d’universités d’un pays pour les punir ou exercer une pression sur leur gouvernement n’est pas nouveau. Après la Première Guerre mondiale, les scientifiques allemands et autrichiens furent interdits de participer aux conférences et aux agences scientifiques internationales. Ce boycott punitif ne prit fin qu’en 1926, lorsque l’Allemagne fut invitée à rejoindre la Société des Nations.

Selon l’historien Michael D. Gordin, ce boycott, comme ceux contre l’Allemagne nazie ou contre l’URSS en représailles à l’invasion de l’Afghanistan, étaient partiels et se sont avérés inefficaces. Le seul boycott réputé pour avoir eu un impact sur une communauté scientifique et un régime politique serait le boycott contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud entre 1960 et 1990.

L’efficacité de ce boycott peut s’expliquer par sa longue durée, par le consensus sur sa nécessité en raison du racisme du régime politique de l’Afrique du Sud et par la petite taille de la communauté scientifique sud-africaine. Toutefois, conclure qu’il aurait joué un rôle décisif dans la chute du régime d’apartheid semble exagéré. En effet, ce boycott était associé à de sévères sanctions économiques américaines ainsi qu’à une profonde crise structurelle interne du système socioéconomique de l’Afrique du Sud.

Au début des années 2000, des figures scientifiques défendant la cause palestinienne ont appelé à un boycott académique d’Israël. Cette demande s’est intensifiée lorsque des associations palestiniennes se sont unies dans le mouvement « Boycott, Désinvestissement et Sanctions » (BDS). En réaction, l’American Association of University Professors (AAUP) a exprimé son opposition à tout boycott systématique d’une institution universitaire. Ce refus a également été défendu par certains journaux scientifiques, comme le British Medical Journal.

Le principe du boycott académique viole les normes académiques traditionnelles et les droits fondamentaux

La liberté académique, telle que formulée par l’AAUP en 1915, protège les activités d’enseignement et de recherche des professeurs. La neutralité institutionnelle de l’université, le fait qu’elle s’abstienne de prendre position sur des sujets controversés ou qu’elle s’érige en acteur politique, est considérée comme une condition nécessaire à la liberté académique. Cette dernière est elle-même vue comme indispensable à la progression des connaissances scientifiques.

La liberté académique ne protège pas explicitement le droit des chercheurs à choisir librement leurs collaborateurs. Toutefois, la recherche scientifique repose sur un niveau d’organisation autonome impliquant des réseaux de collaboration universitaires internationaux. Il est également documenté qu’une réduction de la coopération scientifique internationale peut entraîner un déclin de la production scientifique. Ainsi, l’International Science Council, qui compte 135 organisations scientifiques, défend l’universalité de la science et « s’oppose à la discrimination fondée sur des facteurs tels que le sexe, l’origine ethnique, la citoyenneté, et l’opinion politique ». Du point de vue du droit international, le principe du boycott des scientifiques d’un pays contredit également le « droit à la science » garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Sur ces bases, les chercheurs Blakemore, Dawkins, Noble et Yudkin considèrent qu’un boycott académique ne devrait être utilisé qu’en tout dernier recours et uniquement si les conditions suivantes sont remplies :

  • il existe de bonnes raisons de croire qu’un boycott aiderait à changer le comportement inacceptable d’un régime ;

  • la répulsion envers le régime doit être largement partagée …

  • le boycott fait partie d’un programme plus large de mesures, qui inclut des mesures diplomatiques, des sanctions économiques et culturelles.

Le boycott académique institutionnel contre Israël est minoritaire

Ces conditions n’étant pas remplies, il n’est pas surprenant de constater que, en août 2025, seuls 48 établissements d’enseignement supérieur en Europe avaient officiellement adopté un boycott partiel ou total des institutions israéliennes. Ce qui représente moins de 6 % des quelque 900 établissements reconnus par l’Association européenne des universités.

Ce graphique illustre le pourcentage d’universités de chaque pays ayant adopté un boycott académique partiel ou total d’Israël en juillet 2025. Les chiffres indiquent le nombre total d’universités concernées dans chaque pays.
Fourni par l’auteur

Les pays avec la plus forte proportion d’universités ayant déclaré un boycott académique officiel d’Israël sont la Belgique (100 %), les Pays-Bas (50 %), la Norvège (36,3 %) et l’Espagne (23,6 %). L’exceptionnalité belge est confirmée par le rapport du Samuel Neaman Institute qui classe la Belgique comme le pays européen présentant le plus haut taux d’incident de boycott en 2024.

Il est à noter qu’un « boycott caché » envers les chercheurs israéliens a également été documenté. Celui-ci, de par sa nature, est difficilement quantifiable.

L’émergence de nouvelles normes académiques inspirée par les luttes du Sud global

Dans leur communication commune, les recteurs des universités belges affirment que le choix de boycotter Israël est un « choix moralement responsable » et que « tenir Israël responsable des violations persistantes des droits de l’homme n’est pas une position idéologique, mais un impératif moral et juridique ». La rhétorique des recteurs belges reflète donc clairement un appel à la « responsabilité morale », qu’ils placent au-dessus des normes académiques traditionnelles proscrivant les boycotts.

Ce positionnement traduit l’influence en Europe de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI) reprise par le mouvement BDS. Dans son appel, PACBI affirme qu’Israël exerce une domination coloniale sur les Palestiniens et soutient que les universités participent activement au maintien de ce système. Dès lors, la communauté scientifique internationale aurait une responsabilité morale de boycotter les institutions académiques israéliennes. Cet argumentaire entre en tension avec la conception traditionnelle de la liberté académique où les chercheurs sont supposés être autonomes vis-à-vis des gouvernements et ne peuvent être tenus responsables des politiques étatiques.

Le positionnement des recteurs belges s’inscrit également dans l’ordre international construit après 1945 autour des droits humains universels. Le principe de la « responsabilité de protéger » (R2P), approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en 2005, a renforcé l’idée qu’il existe une obligation collective de s’opposer aux formes graves d’oppression et aux crimes contre l’humanité. Cette obligation légale est cependant celle des États et non celle des individus ou des universités.

Ainsi, le débat autour des boycotts académiques oppose deux conceptions très différentes de la liberté académique et ne peut se réduire à une simple opposition entre partisans et opposants à Israël.

Les dangers d’une transformation des universités en acteurs politiques

Les nouvelles normes académiques incluant une responsabilité morale pourraient encourager les autorités académiques à adopter des positions officielles sur chaque conflit international. Dans un monde de plus en plus marqué par des différends territoriaux, les boycotts académiques pourraient se banaliser et entraîner la résurgence de mouvements scientifiques nationalistes là où ils avaient disparu, un résultat qui représenterait une profonde régression.

Les boycotts ont un coût direct pour les universités. Par exemple, la Floride a inscrit des universités belges sur une liste noire pour avoir boycotté Israël. La rectrice de l’Université de Gent Petra De Sutter a admis que son université a perdu de nombreux partenariats et évoque la diminution du nombre de projets de recherche, des financements alloués à la recherche et du nombre de doctorats.

La politisation croissante des universités pourrait changer la perception publique et gouvernementale des institutions et de l’expertise académiques. Les universités pourraient devenir des cibles politiques, ce qui affecterait leur financement. La confiance envers les diplômés pourrait s’éroder, alimentant le ressentiment populaire envers les élites et contribuant à la montée du populisme.

Plus important, si l’expertise académique et scientifique devenait perçue comme politiquement orientée, sa crédibilité en tant que fondement objectif des délibérations publiques serait gravement compromise. Les conséquences à long terme de l’abandon de la neutralité institutionnelle par les universités au profit de l’activisme politique justifient donc un examen approfondi et soutenu.

Face à ces menaces, plus de 160 universités américaines, dont Columbia, Cornell, Harvard, Princeton et Stanford, ont officiellement adopté en 2024 et en 2025 des politiques de neutralité ou de retenue institutionnelle. En France, Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris, a imposé en 2025 un principe de « réserve institutionnelle » afin de préserver la pluralité d’opinion et l’organisation de débats pluralistes sur le campus. Certains auteurs dénoncent ces choix comme étant une « stratégie fondée sur la peur » servant un agenda politique conservateur et un « mécanisme pour échapper à la responsabilité, masquer le pouvoir et perpétuer l’inégalité ».

Les débats sur la neutralité institutionnelle et les boycotts académiques sont donc loin d’être clos. Ils dépassent le cadre du conflit israélo-palestinien et ont pour enjeu la redéfinition des missions des universités.

The Conversation

Eric Muraille a reçu des financements de FRS-FNRS (Belgium)

Joël Kotek ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le boycott académique contre Israël est minoritaire et traduit l’émergence de nouvelles normes académiques – https://theconversation.com/le-boycott-academique-contre-israel-est-minoritaire-et-traduit-lemergence-de-nouvelles-normes-academiques-284203

Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ?

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Munemo, Professor of Economics, Salisbury University

« Aujourd’hui, tout le monde reconnaît que le commerce est autant une question de sécurité qu’une question économique. »

C’est ce qu’a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en février 2026, lors d’un discours prononcé à la Conférence de Munich sur la sécurité.

Même si elle parlait de l’Europe, ses propos résonnent fortement en Afrique.

Les 54 économies du continent sont confrontées à une triple tension à laquelle il n’existe pas de solution facile.

Premièrement, elles doivent rester suffisamment intégrées à l’économie mondiale pour se développer. Deuxièmement, elles doivent prendre suffisamment de recul pour se protéger économiquement contre l’instrumentalisation délibérée des dépendances extérieures. On parle alors de “l’intrumentalisation de l’interdépendance”. Elle consiste à exploiter la position d’un pays au sein des réseaux économiques et technologiques mondiaux pour exercer une influence politique ou faire pression sur d’autres pays. Et troisièmement, elles doivent rester suffisamment ouvertes pour se diversifier au-delà des matières premières — qui représentent plus de 60 % du total des exportations de marchandises dans 45 pays africains — s’ils veulent bâtir une prospérité durable et réduire leur vulnérabilité aux chocs liés aux prix des matières premières.

En tant qu’économiste qui étudie le commerce et le développement en Afrique, je ne pense pas que la réponse à cette interdépendance instrumentalisée soit le repli sur soi ou de l’économie mondiale. Le véritable défi pour l’Afrique consiste à trouver un équilibre entre interdépendance, sécurité économique et diversification. Il ne s’agit pas de choisir un objectif au détriment des autres. Ce sera l’un des défis politiques les plus importants du continent dans les années à venir.

Comment l’interdépendance est-elle devenue une arme ?

Pour comprendre pourquoi cet équilbre est si difficile à gérer, il est utile de saisir ce qui a changé. Lorsque l’économie mondiale était régie par des règles et des normes communes, des années 1990 aux années 2010, une intégration économique plus poussée présentait certains avantages. Les pays qui s’intégraient aux chaînes d’approvisionnement mondiales et attiraient des capitaux étrangers connaissaient une croissance plus rapide. L’interdépendance était un atout.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère marquée par l’utilisation délibérée des « goulots d’étranglement » — ces espaces économiques et géographiques essentiels au fonctionnement d’une économie mondiale interdépendante — comme instruments de coercition. En 2025, la Chine a imposé de vastes contrôles à l’exportation des terres rares, portant un coup dur aux pays importateurs profondément intégrés à ses chaînes d’approvisionnement en minerais.

Les États-Unis ont à maintes reprises utilisé le dollar et les technologies de pointe en matière de semi-conducteurs comme armes contre leurs adversaires.

Les conséquences peuvent être brutales et graves. Début 2026, l’Iran a perturbé le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz – le plus important goulet d’étranglement géographique au monde, qui achemine chaque jour environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux chaque jour, sans qu’il n’existe d’itinéraires alternatifs.

Les pays africains, notamment l’Éthiopie, le Kenya, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Ouganda — qui tirent chacun plus de la moitié de leurs importations de pétrole du Moyen-Orient — ont été confrontés à une flambée immédiate et inattendue des coûts énergétiques. Leur situation budgétaire n’était pas en mesure d’absorber ce choc.

Les prix des engrais et des denrées alimentaires ont suivi la même tendance. Les marchés financiers ont été secoués et les transferts de fonds des travailleurs de la diaspora de la région du Golfe vers des économies fortement dépendantes, telles que les Comores, la Gambie, le Lesotho et le Libéria, ont chuté brutalement.

Le moment était particulièrement mal choisi. L’Afrique venait d’enregistrer sa croissance la plus rapide depuis une décennie — 4,5 % en 2025, selon le FMI. La Banque mondiale a revu ses prévisions à la baisse, tablant désormais sur une croissance régionale de 4,1 % en 2026.

Aujourd’hui, le monde qui rendait l’intégration si attrayante est désormais un espace vulnérable où des acteurs extérieurs peuvent exploiter les dépendances à des fins géopolitiques.

Dcrypter le dilemme à trois dimensions

Face à cette situation, la réponse la plus tentante consiste à réduire les interdépendances. Pourtant, l’histoire montre que le repli économique peut coûter cher. La vague protectionniste des années 1930 — lorsque les pays ont érigé des barrières commerciales et se sont repliés sur eux-mêmes — a contribué à l’effondrement du commerce mondial et a aggravé la Grande Dépression.

L’intégration n’est pas seulement un risque. C’est une source de prospérité qui justifie, en premier lieu, le renforcement de la résilience.

La Banque mondiale prévoit que d’ici 2026, les pays africains non riches en ressources naturelles afficheront un revenu par habitant supérieur de près de 20 % à leur niveau de 2014.

Renoncer à l’ouverture économique pour réduire sa vulnérabilité reviendrait à sacrifier la croissance nécessaire à la stabilité et à la sécurité économiques à long terme. Pire encore, si chaque pays africain cherche à réduire sa dépendance à l’égard des marchés mondiaux, cela diminue la valeur de ces marchés pour ceux qui continuent d’y participer. Cela pousse alors d’autres pays à s’en retirer à leur tour, créant ainsi un cercle vicieux.

Cette dynamique est déjà à l’œuvre dans d’autres pays. Les politiques américaines « Buy American » ont incité l’UE à mettre en place des mesures similaires « Buy European ». Les économistes appellent cela le « cercle vicieux de la fragmentation ».

De plus, la mise en place de chaînes d’approvisionnement alternatives au niveau national est coûteuse pour les pays qui se retirent. Le remplacement des réseaux de production internationaux bien établis nécessite des investissements importants et peut entraîner une hausse des coûts pour les entreprises et les consommateurs. Le FMI a alerté sur les conséquences d’une fragmentation : baisse des revenus pour tout le monde.

La diversification et la sécurité économique peuvent aussi entrer en conflit. La diversification économique impliquerait de réorienter les économies africaines, en les éloignant de l’extraction des matières premières pour se tourner vers un secteur privé plus large, et de répartir les relations commerciales entre plusieurs partenaires. Elle est essentielle tant pour la prospérité à long terme que pour réduire l’exposition aux chocs liés aux prix des matières premières.

Par exemple, le Rwanda et la Côte d’Ivoire, qui se sont diversifiés pour réduire leur dépendance vis-à-vis des matières premières, devraient afficher d’ici 2026 des revenus par habitant supérieurs de plus de 45 % à leurs niveaux de 2014.

À l’inverse, l’Angola et la République du Congo, qui sont restés fortement dépendants des exportations de pétrole, devraient afficher des revenus par habitant inférieurs de plus de 25 % à leurs niveaux de 2014. Une décennie après l’effondrement des cours du pétrole, ils ne se sont toujours pas remis de cette crise.

Les ressources naturelles génèrent à elles seules environ 62 % du PIB africain, selon la Banque africaine de développement. Pour dépasser cette concentration, il faut à la fois une diversification et une intégration plus poussée, qui permette l’accès aux investissements étrangers, aux transferts de technologie et à des marchés plus vastes.

Mais c’est précisément cette intégration plus poussée qui crée les vulnérabilités que les grandes puissances ont appris à exploiter. La rivalité entre les États-Unis et la Chine ainsi que la crise iranienne l’ont clairement démontré. L’objectif de diversification ne peut être poursuivi sans l’ouverture qui engendre des risques pour la sécurité. Il s’agit là d’une véritable tension structurelle que les décideurs politiques doivent savoir gérer.

Stratégies pour gérer cette triple tension

La solution ne consiste pas à choisir un objectif au détriment des autres. Trois stratégies, mises en œuvre de manière combinée, peuvent faire progresser ces trois objectifs simultanément.

Poursuivre la sécurité de manière collective, et non unilatérale. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est l’instrument le plus important du continent pour éviter le cercle vicieux de la fragmentation. Un marché continental intégré de 1,4 milliard de personnes :

  • crée la masse critique nécessaire pour attirer des investissements étrangers diversifiés

  • confère aux pays africains le pouvoir de négociation collectif leur permettant de traiter avec les grandes puissances en position de force

  • favorise le développement de chaînes d’approvisionnement intra-africaines qui réduisent la dépendance vis-à-vis des acteurs extérieurs, sans pour autant sacrifier les acquis de l’intégration.

Dans le contexte actuel, la ZlECAF (zone de libre-échange continental africaine) n’est pas seulement un projet de libéralisation des échanges. Il s’agit d’une stratégie de sécurité.

Cibler la diversification des partenaires. Toutes les relations commerciales ne présentent pas le même niveau de risque. L’objectif est de s’ouvrir de manière plus stratégique à l’économie mondiale en élargissant les liens commerciaux et d’investissement avec une grande palette de partenaires, en particulier dans les secteurs où il existe plusieurs fournisseurs et marchés. Cela réduit la dépendance vis-à-vis d’un seul pays et limite la capacité d’un partenaire à utiliser les liens économiques comme moyen de pression.

Devenir indispensable dans les chaînes d’approvisionnement critiques. La forme la plus durable de sécurité économique ne consiste pas à réduire sa dépendance vis-à-vis des autres, mais à faire en sorte que les autres dépendent de vous. L’Afrique occupe de véritables positions stratégiques dans plusieurs minerais essentiels aux technologies d’énergie propre. En voici quelques exemples.

La République démocratique du Congo représente environ 65 % de la production mondiale de cobalt. L’Afrique du Sud domine le marché des métaux du groupe du platine. La Guinée détient les plus grandes réserves mondiales de bauxite. La Zambie est un important producteur de cuivre et le Zimbabwe est l’un des plus grands producteurs mondiaux de lithium.

La stratégie d’indispensabilité consiste à tirer parti de ces atouts : transformer le cobalt en RDC plutôt que d’exporter le minerai brut, développer l’enrichissement du platine en Afrique du Sud et mettre en place une infrastructure de chaîne d’approvisionnement en batteries autour des richesses minérales existantes.

Bien menée, cette stratégie favorise à la fois la diversification (en remontant la chaîne de valeur, loin des exportations de matières premières brutes), renforce la sécurité (en créant des dépendances qui dissuadent la coercition) et approfondit l’intégration selon les propres conditions de l’Afrique.

La perturbation du détroit d’Ormuz au début de l’année 2026 a été un signal d’alarme. Elle a démontré que les vulnérabilités créées par des décennies d’intégration ouverte sont bien réelles, que des acteurs extérieurs sont prêts à les exploiter et que les conséquences pour les économies africaines peuvent être rapides et graves. Mais la réponse n’est pas le repli sur soi. La croissance de l’Afrique s’est construite, en partie, sur son engagement dans l’économie mondiale. Le défi, désormais, est rendre cette ouverture plus résiliente.

The Conversation

Jonathan Munemo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le commerce mondial devient une arme : comment les économies africaines peuvent-elles se protéger ? – https://theconversation.com/le-commerce-mondial-devient-une-arme-comment-les-economies-africaines-peuvent-elles-se-proteger-285730

La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Laëtitia Guilhot, Maître de conférences HDR en sciences économiques, Université Grenoble Alpes (UGA)

Il n’y a pas si longtemps, la Chine était vue comme l’« usine du monde », le pays où les industries européennes étaient délocalisées. Petit à petit, son statut change. Un des secteurs emblématiques est celui de l’énergie solaire photovoltaïque, où l’étape du rattrapage industriel est révolue. Aujourd’hui, la Chine est aussi une usine à innovations.


En 2024, la Chine s’est imposée comme le premier investisseur mondial en recherche et développement (R&D), avec 27,4 % des dépenses totales contre seulement 4 % en 2000. Cette dynamique lui permet de consolider sa position de leader mondial dans un nombre croissant de « technologies critiques », en particulier dans le secteur des panneaux solaires photovoltaïques, où elle atteint 80 % de la production mondiale.

Grâce à une stratégie évolutive et une implication forte et efficace de l’État, la Chine a largement dépassé le stade d’« usine du monde » pour devenir à la fois le leader industriel, technologique et scientifique dans le secteur du solaire photovoltaïque (PV).




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L’enjeu pour l’Europe et les États-Unis est dorénavant de ne pas accumuler un retard irrattrapable dans la course à l’innovation, dans ce secteur clé pour la décarbonation de nos économies.

Une domination mondiale de la production

Il n’a pas fallu plus de dix ans à la Chine pour littéralement évincer du marché des panneaux solaires les trois puissances de la fin du XXᵉ siècle : Europe, États-Unis, Japon. En 2002, les parts de marché globales de ces trois puissances étaient d’environ 80 % et celle de la Chine marginale. En 2012, la tendance était déjà inversée, avec 70 % pour la Chine et moins de 10 % pour les trois anciennes puissances solaires.

Depuis, les positions chinoises se sont encore renforcées dans l’ensemble des segments de la chaîne de valeur.

Dotée d’un savoir-faire indiscutable en matière de production de masse, elle s’est concentrée durant la décennie 2000 sur le développement de ses capacités industrielles dans les segments à fort potentiel (wafer, cellules et modules) ; puis, dans les années 2010, sur celui du silicium où sa dépendance extérieure était initialement la plus forte, en facilitant les transferts de technologies étrangères et en recourant à un soutien public massif.

Ainsi, la percée des entreprises chinoises se manifeste aujourd’hui sur les cinq segments de la chaîne de valeur : silicium, lingot, wafer, cellules et panneaux.

schéma
Les étapes de la chaîne de valeur du photovoltaïque à base de silicium.
Elsa Couderc, avec des images Wikipédia, CC BY-SA

Cette position industrielle lui a permis de cibler d’abord la demande occidentale, mais la baisse des subventions sur ces marchés après 2010 a poussé le gouvernement chinois à renforcer la croissance de la demande intérieure, en s’appuyant sur des interventions publiques fortes et ciblées notamment à travers son système de planification et, à partir de 2015, une réforme du marché de l’électricité très favorable aux énergies renouvelables.

Au milieu des années 2010, cependant, des surcapacités de production importantes amènent les autorités publiques chinoises à inciter les firmes nationales à élargir leurs débouchés internationaux en direction des pays en développement, en particulier vers les marchés émergents, notamment le continent africain. Il faut bien noter que cette nouvelle stratégie s’est avérée pertinente grâce à une baisse drastique des coûts du kilowatt-heure photovoltaïque.

En rendant accessible cette énergie aux pays en développement pour répondre à leurs immenses besoins en énergie, la Chine a renforcé son image de puissance responsable.

Par sa capacité à satisfaire la demande nationale et mondiale de panneaux solaires, la Chine contribue ainsi à la transition énergétique et à la décarbonation de l’électricité. En 2024, la puissance du parc installé en Chine a atteint 1 048,5 gigawatts-crête, soit 46,7 % de l’ensemble des capacités installées dans le monde (le watt-crête désigne la puissance nominale d’une installation photovoltaïque dans des conditions optimales d’ensoleillement et de température).




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Cependant, on peut toujours s’interroger sur la capacité de la Chine à devenir leader sur des technologies de pointe. Est-elle encore l’atelier du monde dans le photovoltaïque comme ailleurs ou bien a-t-elle, aujourd’hui, généré une capacité à se placer à l’avant-garde de la recherche et de l’innovation ?

La Chine a acquis le leadership technologique

Quatre catégories de technologies solaires photovoltaïques se distinguent, suivant les matériaux utilisés :

  • le silicium cristallin, qui compte à lui seul pour plus de 97 % du marché total en 2024, avec un rendement de conversion énergétique dépassant les 20 % pour les modules solaires industriels ;

  • les couches minces – principalement à base de tellurure de cadmium (CdTe), de cuivre, indium, gallium et sélénium (CIGS) ou de silicium amorphe –, qui couvrent 2,2 % du marché total en 2024, avec un rendement plus faible et des usages plus spécifiques ouvrant la voie vers des modules solaires flexibles, légers et performants sous faible éclairement ;

  • les cellules « émergentes » à colorants, à base de pérovskite hybride et les cellules organiques : aucune n’est encore présente en masse sur le marché ; mais elles sont néanmoins porteuses de promesses en matière de réduction de l’impact environnemental de la production solaire ;

  • les multijonctions, très performantes, mais encore très coûteuses sont souvent réservées aux applications militaires et spatiales.

Pour ces quatre catégories, la Chine domine quantitativement et qualitativement sur les dépôts de demandes de brevets. Ainsi, entre 1990 et 2022, 40 % des inventions brevetées sont chinoises, sur 57 000 au total. L’effort d’innovation se concentre, en Chine comme ailleurs, sur les cellules émergentes (un peu plus de 28 000 brevets, dont environ 40 % pour la Chine), puis sur la cellule solaire conventionnelle en silicium cristallin de première génération, ou c-Si (près de 20 000, dont environ 50 % pour la Chine).

De plus, la Chine est en tête des citations de brevets pour les cellules c-Si et émergentes : à la fois dans le top 10 % (le seuil caractérisant des inventions « majeures ») et dans le top 1 % (seuil des innovations « de rupture »).

Cette progression rapide et durable de la Chine sur les brevets touchant aux technologies déjà exploitées industriellement permet de conclure que le learning by doing a été le principal moteur de la construction de la prééminence chinoise.

Le photovoltaïque est en effet un secteur où le taux d’apprentissage (baisse du coût pour chaque doublement de la capacité à technologie donnée) est reconnu parmi les plus élevés (de 20 à 30 %, selon une estimation de l’Agence internationale de l’énergie, 2020) et donc parmi les plus propices aux gains d’échelle et de compétitivité pour les firmes et les pays se positionnant sur des technologies bien maîtrisées.

La domination de la Chine se confirme aussi pour les technologies émergentes

La Chine s’impose ainsi comme le premier pôle scientifique mondial dans la recherche sur le solaire de prochaine génération.

Une analyse bibliométrique de la production scientifique dans des revues à comité de lecture sur les segments les plus en pointe – à savoir les cellules solaires émergentes – offre un aperçu de l’effectivité et de la pérennité de la puissance scientifique chinoise. En effet, ces technologies ont le potentiel de briser le quasi-monopole actuel du silicium cristallin, en raison de leurs promesses d’efficacité énergétique, de coûts de production et d’impacts environnementaux plus faibles grâce à des procédés de dépôts peu énergivores et par impression grande surface.

Ainsi, la Chine a réalisé en 2023 plus de 50 % de la production scientifique sur les pérovskites hybrides (la technologie émergente la plus dynamique depuis 2012) et 55 % pour le photovoltaïque organique. Les cellules solaires à colorant connaissent un déclin relatif depuis 2014. La Chine y avait atteint un pic de publications, avant d’être dépassée par l’Inde en 2021 – un recul qui s’explique principalement par le report des efforts de recherche vers les pérovskites hybrides.

Dans le domaine du photovoltaïque, comme dans d’autres, il n’est pas incongru de parler d’un « choc chinois ».

En 2018, l’administration américaine a adopté la China Initiative, dont l’objectif affiché était de lutter contre l’espionnage scientifique et industriel en restreignant les collaborations scientifiques avec des chercheurs chinois. Mais l’effet principal de cette tentative d’isolement de la recherche chinoise a été un redéploiement des collaborations vers les partenaires alternatifs aux Américains, en particulier la Corée du Sud et l’Allemagne permettant la croissance continue de la production scientifique chinoise contrairement à celle des États-Unis, qui décline depuis cette date.

Qui plus est, une proportion croissante des publications les plus citées dans les journaux les plus prestigieux est désormais réalisée par des équipes uniquement chinoises, hors collaborations internationales, ce qui confirme son autonomie scientifique grandissante.


Le projet Transition énergétique en Chine : Nouvelles orientations économiques et politiques – TEChNOPE (ANR-18-CE05-0011) est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Laëtitia Guilhot a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR)

Guillaume Wantz a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR).

Pierre Berthaud a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche

André Meunié et Marina Flamand ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. La Chine, épicentre industriel et scientifique de l’énergie solaire – https://theconversation.com/la-chine-epicentre-industriel-et-scientifique-de-lenergie-solaire-283717

Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal !

Source: The Conversation – France in French (2) – By Monica Baciu, Professeur Neurosciences Cognitives, Université Grenoble Alpes (UGA)

« Comment ça s’appelle déjà ? » Le mot est là. On le sent à notre portée, presque accessible, « sur le bout de la langue », mais impossible de le prononcer immédiatement. Alors on contourne, on reformule, on attend quelques secondes. Puis, souvent, le mot revient. Ce phénomène, très courant à partir du milieu de la vie, est généralement perçu comme un signe inquiétant du vieillissement. Pourtant, nos recherches en neurosciences cognitives racontent une histoire bien plus nuancée, et surtout bien moins pessimiste.


Depuis plusieurs années, nos travaux étudient la manière dont le cerveau vieillit et réorganise ses fonctions de langage. Les résultats obtenus depuis 2021 montrent que les difficultés à retrouver ses mots ne traduisent pas nécessairement un déclin global de la mémoire ou de l’intelligence. Elles reflètent surtout une transformation progressive des stratégies utilisées par le cerveau pour accéder au langage.

Contrairement aux idées reçues, les mots ne disparaissent pas de notre mémoire avec l’âge. Les connaissances restent globalement très solides, et le vocabulaire continue même souvent de s’enrichir grâce à l’expérience accumulée au fil des années. Ce qui change davantage, c’est la rapidité avec laquelle le cerveau accède à ces connaissances.

Parler est une action extrêmement sophistiquée

Pour comprendre ce phénomène, il faut rappeler que parler est une opération extrêmement sophistiquée. Lorsque nous produisons un mot, le cerveau doit d’abord activer son sens, par exemple l’idée d’un objet, d’une personne ou d’une action, puis retrouver sa forme sonore avant de préparer son articulation.

Dans nos travaux récents sur le vieillissement du langage, nous distinguons notamment deux dimensions essentielles.
La première est la dimension sémantique, c’est-à-dire le sens des mots, les connaissances et les associations construites par l’expérience. La seconde est la dimension phonologique, qui correspond aux sons permettant de prononcer les mots. Par exemple, lorsque vous prononcez le mot « chat », vous récupérez d’abord sa représentation mentale en mémoire, puis vous transformez cette représentation en une série de sons qui rend possible son articulation.

Avec l’âge, les systèmes liés au sens restent particulièrement robustes. En revanche, l’accès à la forme sonore exacte des mots devient parfois moins fluide, car plus vulnérable aux effets de l’âge. En somme, le cerveau retrouve bien l’idée du mot, mais sa récupération phonologique nécessite une mobilisation accrue des ressources cognitives. C’est précisément ce qui produit l’impression du « mot sur le bout de la langue ».

De nouvelles stratégies

Nos recherches menées depuis 2021 montrent cependant que le cerveau ne subit pas passivement ces changements. Il développe au contraire de nouvelles stratégies d’adaptation.

À mesure que les traitements rapides fondés sur les sons des mots deviennent moins efficaces, le cerveau s’appuie davantage sur les connaissances sémantiques, le contexte et l’expérience accumulée. Les mécanismes phonologiques et sémantiques ne sont pas mutuellement exclusifs et continuent de fonctionner en interaction. Toutefois, les modifications cérébrales associées au vieillissement sain semblent progressivement accroître la contribution des systèmes sémantiques, qui participent alors à la compensation des fragilités phonologiques.

Autrement dit, lorsque l’accès direct à un mot devient plus difficile, le cerveau compense en mobilisant davantage le sens et les associations d’idées. Cette réorganisation s’accompagne également d’une implication plus importante de systèmes liés à l’attention et aux organes de sens qui aident à sélectionner l’information pertinente.

Nos travaux plus récents montrent que ces adaptations ne concernent pas uniquement le langage lui-même. Elles reflètent une réorganisation plus interactive du fonctionnement cérébral au cours du vieillissement qui impacte notamment la mémoire et l’attention.

À partir d’environ 55 ans, nous observons des modifications progressives dans les réseaux cérébraux impliqués dans le langage et la communication. Cette réorganisation se manifeste également à l’échelle des réseaux cérébraux. Des travaux récents en magnétoencéphalographie (MEG) suggèrent notamment qu’il tend à regrouper davantage les représentations sémantiques en unités plus larges et plus stables en les associant à des représentations visuelles ou motrices. Pour reprendre notre exemple, le traitement du mot « chat », de sa récupération en mémoire à son articulation, serait davantage médié par l’image, le son ou le mouvement, pour faciliter le langage.

Nos recherches, menées ces trois dernières années, suggèrent également que ces changements répondent à une logique énergétique plus générale du cerveau. Avec le vieillissement, certaines connexions cérébrales longues et coûteuses, comme celles du système phonologique, deviennent plus vulnérables. En réponse, le cerveau tend à privilégier des circuits plus locaux, plus économes en énergie, des critères auxquels semblent répondre les systèmes liés au sens et à l’expérience.

Le vieillissement cérébral apparaît ainsi moins comme une dégradation brutale que comme une recherche permanente d’équilibre entre efficacité de traitement et économie d’énergie.

La réserve cognitive

Il est également important de souligner que cette évolution varie fortement d’un individu à l’autre. Certaines personnes conservent une grande fluidité verbale très tard dans la vie, tandis que d’autres présentent des difficultés plus précoces. Une partie de ces différences est liée à ce que les neurosciences appellent la réserve cognitive.

La réserve cognitive correspond à la capacité du cerveau à s’adapter aux changements et à mobiliser des stratégies alternatives. Elle est influencée par de nombreux facteurs comme le niveau d’éducation, les activités intellectuelles, les interactions sociales, l’activité physique ou encore le multilinguisme. Plus cette réserve est importante, plus le cerveau semble capable de compenser les effets du vieillissement.

C’est précisément cette diversité de trajectoires individuelles que nous étudions aujourd’hui afin de mieux comprendre pourquoi certains cerveaux restent particulièrement adaptatifs avec l’âge et d’identifier plus précocement les trajectoires de vulnérabilité grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse des réseaux cérébraux.

Ces travaux participent à une transformation plus large de la manière d’aborder la santé cérébrale. Aujourd’hui, les recherches visent de plus en plus à détecter les premiers signes de fragilité avant l’apparition de troubles cognitifs plus importants. Par exemple, l’augmentation des sensations de « mot sur le bout de la langue » précède des difficultés cognitives mesurables dans d’autres domaines cognitifs. C’est dans ce contexte qu’émergent les centres de santé du cerveau, qui développent des approches de prévention fondées sur l’identification précoce des individus qui pourraient ressentir des ralentissements de leurs compétences cognitives, mais sans que les mesures objectives montrent de déficit de ces fonctions.

En conclusion, lors du vieillissement cognitif sain, le mot finit presque toujours par revenir. Et lorsqu’il tarde un peu, cela ne signifie pas forcément que le cerveau perd ses capacités. Cela peut simplement indiquer qu’il est en train de modifier ses stratégies pour continuer à fonctionner autrement.

The Conversation

Monica Baciu a reçu des financements de l’ANR et du CNRS (programmes Défi 80|PRIME 2022).

Clément Guichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Vous perdez vos mots ? C’est tout à fait normal ! – https://theconversation.com/vous-perdez-vos-mots-cest-tout-a-fait-normal-284255

Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir

Source: The Conversation – in French – By Jason Walker, Program Director & Associate Professor Master of Psychology Health and Wellness & Master of Industrial-Organizational Psychology, Adler University

Au début de votre carrière, on vous donnera sans doute le conseil suivant : « Si quelque chose ne va pas, adressez-vous aux RH. » Ce conseil peut sembler pratique et rassurant, mais il ne tient pas compte de certaines nuances.

Une leçon que beaucoup apprennent tardivement, souvent à leurs dépens, est que les ressources humaines ne sont pas conçues pour défendre les intérêts individuels des employés. Leur fonction première est de protéger l’organisation pour laquelle elles travaillent.

Il ne s’agit pas là d’une critique à l’encontre des professionnels des RH. La plupart d’entre eux sont bien intentionnés, prévenants et soucieux de l’équité et du bien-être des employés.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

Chacun vit sa vingtaine et sa trentaine à sa façon. Certains économisent pour contracter un prêt hypothécaire quand d’autres se démènent pour payer leur loyer. Certains passent tout leur temps sur les applications de rencontres quand d’autres essaient de comprendre comment élever un enfant. Notre série sur les 25-35 ans aborde vos défis et enjeux de tous les jours.

La question ne porte pas tant sur les individus que sur la structure organisationnelle. La fonction principale des RH consiste à gérer les risques organisationnels, ce qui implique notamment de réduire les risques juridiques, de garantir la conformité aux exigences des organismes de réglementation, de recruter et de licencier des employés, ainsi que de gérer les problèmes internes.

Les organismes professionnels reflètent cette vision. La Society for Human Resources Management, le plus grand organisme professionnel de ressources humaines au monde, définit clairement que les RH sont responsables de la conformité, de la gestion des risques liés au personnel et de l’efficacité organisationnelle.

La mission première des RH n’est pas de protéger les intérêts individuels des employés lorsque ceux-ci entrent en conflit avec ceux de l’organisation.

Si le bien-être et la performance des employés sont en phase avec les objectifs de l’organisation, les RH peuvent se révéler extrêmement utiles. Mais lorsque ces intérêts divergent, ce sont généralement les priorités de l’organisation qui priment. Il est essentiel de le comprendre très tôt pour bien mener sa carrière.

Les ressources humaines ne sont pas neutres

Les jeunes professionnels ont tendance à croire que les RH représentent un médiateur neutre chargé de résoudre les conflits dans l’entreprise, mais ce n’est pas le cas.




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Dans la pratique, les RH sont intégrées à la hiérarchie de l’organisation. Ses responsables relèvent habituellement de la direction générale et leur performance est évaluée en fonction de leur capacité à gérer efficacement les risques institutionnels.

En raison de cette position structurelle, les professionnels des RH doivent trouver un équilibre entre les préoccupations des employés et les risques juridiques, financiers et réputationnels de l’entreprise.

Lorsque les conflits portent sur des problèmes interpersonnels courants ou des malentendus concernant les politiques, les RH peuvent intervenir et les résoudre rapidement. Mais lorsque les plaintes visent des employés très productifs ou des cadres supérieurs, la situation peut se compliquer.

Selon des études, les employés qui génèrent des revenus, apportent du prestige ou exercent une influence bénéficient d’une protection de la part de la direction, même lorsque leur comportement est préjudiciable, car ils sont perçus comme des atouts précieux pour l’organisation.

Prendre parole peut comporter des risques

Ces dernières années, de nombreuses organisations ont mis en place une culture visant à « libérer la parole », encourageant leurs employés à signaler tout comportement répréhensible.

En principe, ces initiatives témoignent d’un engagement en matière de responsabilisation. Les données révèlent toutefois une réalité plus complexe.

Selon l’enquête mondiale sur l’éthique de 2023, près de la moitié des employés ayant dénoncé un comportement répréhensible ont déclaré avoir subi des représailles par la suite.

Celles-ci ne sont pas toujours explicites. Elles peuvent se traduire par une réduction des opportunités d’évolution professionnelle, une exclusion des projets importants, une détérioration des relations professionnelles ou des évaluations de performance négatives.

Même lorsque les représailles sont subtiles ou indirectes, leurs répercussions peuvent se propager à l’ensemble de l’organisation. Lorsque des collègues constatent que le fait d’exprimer des préoccupations entraîne des représailles, ils sont moins enclins à le faire à leur tour. Il en résulte un effet de musellement qui diminue le signalement des fautes professionnelles, malgré l’existence de mécanismes officiels.

Si dénoncer les fautes professionnelles reste important, il est judicieux de comprendre les risques et les mesures de protection existantes avant de le faire.

Les enquêtes internes protègent l’institution

Les enquêtes internes sont un autre exemple du rôle structurel des ressources humaines. Il s’agit de procédures officielles menées par les RH lorsque quelqu’un dénonce une faute professionnelle, un cas de harcèlement ou de violation des règles.

Elles visent généralement à déterminer si les politiques internes ou les obligations légales ont été violées. Dans la pratique, la question qui se pose souvent est : « Quelqu’un a-t-il enfreint les politiques ? », plutôt que : « Quelqu’un a-t-il subi un préjudice ? »

Les professionnels des RH sont généralement chargés de réaliser des enquêtes internes. Si beaucoup d’entre eux possèdent une solide expérience en matière de relations avec les employés, la plupart n’ont reçu aucune formation officielle en matière d’enquêtes.

Par conséquent, les investigations sont souvent menées par des personnes dont l’expertise réside davantage dans la gestion des ressources humaines que dans les méthodes d’enquête.

Les études consacrées aux systèmes de conformité dans les entreprises démontrent que les procédures internes visent généralement à garantir la validité juridique des décisions et à limiter la responsabilité de l’organisation, plutôt qu’à défendre les intérêts des employés.




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Autrement dit, dès qu’un problème sur le lieu de travail fait l’objet d’une enquête officielle, le processus est souvent dicté par des considérations liées aux risques juridiques et organisationnels.

Les ressources humaines peuvent néanmoins être un allié

Cela ne signifie pas pour autant que les RH doivent être perçues comme des ennemis. Dans les organisations où la direction accorde la priorité à l’éthique, à la sécurité psychologique, à la responsabilité et à l’équité, le service des ressources humaines peut devenir un allié.

Les RH définissent notamment les politiques qui délimitent les comportements inacceptables, mettent en place des programmes de formation pour les expliquer aux employés et établissent des canaux de signalement pour les plaintes.

Cependant, même les professionnels des RH les plus engagés agissent dans le cadre d’un mandat structurel visant à protéger leur institution. Comprendre cette distinction permet d’aborder les défis rencontrés au travail avec des attentes claires.


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Si l’on souhaite faire part de ses préoccupations aux ressources humaines, il peut être utile de consigner minutieusement les incidents, de bien comprendre les politiques de l’entreprise et de connaître les droits des salariés. Il faut également savoir reconnaître les cas où il peut être nécessaire de recourir à des canaux de signalement externes et se familiariser avec ces procédures.

Dans la mesure du possible, il faut essayer de résoudre les problèmes à un stade précoce, avant qu’ils ne deviennent des dossiers officiels traités par les RH. Une fois qu’une affaire est prise en charge par les RH, l’accent est souvent mis sur la documentation de la situation et la gestion des risques juridiques ou organisationnels.

En comprenant comment les organisations fonctionnent réellement, on ne gère plus sa carrière en se basant sur des suppositions et on peut le faire de manière plus stratégique.

La Conversation Canada

Jason Walker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le rôle des ressources humaines est-il d’aider les employés ? Voici ce que les jeunes professionnels doivent savoir – https://theconversation.com/le-role-des-ressources-humaines-est-il-daider-les-employes-voici-ce-que-les-jeunes-professionnels-doivent-savoir-279497

Violences sexuelles sur mineurs : deux siècles de bruit médiatique et d’inertie

Source: The Conversation – in French – By Anne-Claude Ambroise-Rendu, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Malgré les révélations qui éclatent régulièrement dans l’actualité à leur sujet, les violences sexuelles sur mineurs restent invisibilisées dans la société, et la protection au quotidien des enfants et des adolescents reste défaillante. Remise en perspective de cette inertie, qui persiste face à la libération de la parole, alors que des associations continuent de se mobiliser chaque semaine en mémoire de la jeune Lyhanna, retrouvée morte dans le Gers, le 4 juin 2026.


La déferlante médiatique du traitement de l’affaire Lyhanna témoigne de l’incapacité qui est toujours et encore celle de notre société à entendre, à voir et donc à répondre à la question des violences sexuelles exercées sur les mineurs.

Elle rappelle aussi ce qu’ont été les flux et les reflux qui ont marqué l’histoire des révélations médiatiques de ces violences. Pour spectaculaires qu’elles aient été, elles ont eu peu d’effets pratiques quant à la protection au quotidien des enfants et adolescents.

Des victimes effacées par le bruit médiatique ?

Ce crime et sa découverte provoquent la stupeur pourtant, la « révélation » n’est pas inédite.

Déjà, le 19 août 1988, au journal télévisé de 20 heures sur Antenne 2, la journée d’information sur les violences sexuelles subies par les enfants impulsée par Hélène Dorlhac, secrétaire d’État à la famille, était annoncée par Christine Ockrent en ces mots, sur un ton grave :

« Il faut en parler, il faut oser en parler, malgré la gêne, les tabous et le risque aussi de briser des silences qui ne sont pas toujours ceux de l’ignorance. Les enfants aussi sont victimes des perversités et des violences sexuelles dans des proportions qu’on ose à peine imaginer : une fille sur quatre, un garçon sur huit. »

Après les évocations régulières, faites par la Gazette des tribunaux, au début du XIXᵉ siècle, des affaires de criminalité sexuelle sur mineurs, la fin du siècle donnait au sujet, par la voie de la presse généraliste et notamment de la presse populaire, une visibilité réelle. Autour de 1898 et du vote de la loi sur la répression des violences, voies de fait, actes de cruauté et attentats commis envers les enfants, les récits d’abus sexuels et d’incestes se multipliaient dans les colonnes de faits divers, conjuguant euphémisme et moralisme sans s’intéresser de près aux victimes de ces actes « immoraux » et « odieux ».

Interview d’Anne-Claude Ambroise-Rendu sur la littérature et la prise de conscience des violences sexuelles sur mineurs (Association Stop aux violences sexuelles, 2017).

Outre que le soupçon pesait très lourd alors sur la parole de l’enfant, les effets à long terme du crime n’étaient guère envisagés. De surcroît, les journaux privilégiaient nettement les affaires sanglantes, et donc les viols suivis d’assassinats, et passaient encore assez largement sous silence l’ordinaire plus quotidien des violences sexuelles perpétrées dans le cadre supposé protecteur des relations familiales ou de voisinage, c’est-à-dire l’attentat à la pudeur sans violence.

Les deux premiers tiers du XXᵉ siècle ne dérogent pas à cette règle de l’ellipse, qui élimine en quelque sorte les victimes de la scène d’un drame avant tout perçu comme une atteinte à la morale sociale et à l’honneur, et les médias abordent même sensiblement moins le sujet. Néanmoins, en 1948, le Monde, relatant le viol et le meurtre d’une petite fille de 9 ans, reconnaît que le « drame [est] hélas assez banal en soi ».

Mais cette banalité-là reste encore largement liée au meurtre : la pédocriminalité n’est pas clairement identifiée comme telle par la presse.

Le tournant des années 1980

Radio et télévision entrent en lice à la fin des années 1970 et se font l’écho du vaste débat qui anime une partie de la société. En libérant la parole et les corps, les années qui suivent Mai-68 marquent une rupture incitant les médias à explorer les silences de l’intimité et à dénoncer les tabous.

La publicité nouvelle faite à la pédophilie et à sa défense prend une dimension politique : en l’inscrivant dans une remise en question globale et radicale de l’ordre social et moral, les défenseurs d’une pratique pédophile exempte de violence et de contrainte tentent de lui attribuer une légitimité et d’en faire une véritable culture. Les enfants ont aussi droit à la sexualité, clament-ils, donnant de fait davantage de visibilité à la question.

Le climat change nettement avec les années 1980 : la famille est revalorisée et la protection de l’enfance redevient un souci majeur. Les voix dissidentes des années précédentes se taisent peu à peu.

En 1986, lors des débats des Dossiers de l’écran, Alain Gérôme donne directement et conjointement la parole à trois femmes ayant été victimes de pères ou de frères incestueux ou ayant dénoncé les agissements d’un époux incestueux, parmi lesquelles Eva Thomas qui vient de publier le Viol du silence, et à des téléspectateurs aux avis partagés. Le standard téléphonique SVP 11 11 est submergé par une véritable « avalanche de témoignages », la plupart dénonciateurs. Le lendemain, la presse écrite tout entière donne un très large écho à ce moment télévisuel, annonçant : « La honte a changé de camp. »

Après l’émission de Mireille Dumas Bas les masques sur l’enfance violée, en avril 1995, éclate l’affaire Dutroux et la dramatisation des propos médiatiques s’accentue notablement. Les médias découvrent le marché de la pédophilie (baby porno, tourisme sexuel, etc.), et la presse et la télévision affermissent inexorablement les liens entre actes pédophiles et violence meurtrière en amalgamant assassins et violeurs.

Les développements de l’affaire d’Outreau (2004-2005), dans laquelle 13 accusés sur 17 sont finalement blanchis, incitent les médias à un revirement, véritable contre-déferlante médiatique : la parole de l’enfant est l’objet de nouvelles prudences, voire d’un retour en force du soupçon, l’expertise psychiatrique est relativisée, la magistrature critiquée et la question de l’erreur judiciaire, si présente au XIXᵉ siècle, est revivifiée.

À partir de 2017, les vagues successives des différents #MeToo (#BalanceTonPorc, #MeTooinceste) et, en 2020 et 2021, la publication successive du Consentement, de Vanessa Springora, et de la Familia Grande, de Camille Kouchner, relancent la dynamique de la « révélation ».

Une inertie face aux violences sexuelles

Après des décennies d’une médiatisation faite de flux et de reflux, l’ordinaire des violences sexuelles est encore largement invisibilisé. Pour un meurtre qui défraie la chronique, des milliers de cas de violences sexuelles beaucoup plus ordinaires ne passent pas la rampe de l’exposition médiatique, même lorsqu’elles sont révélées à la justice.

Tout se passe souvent comme, si en dépit de l’histoire, du Code pénal et de l’indignation générale que suscitent ces actes, la violence extrême et la brutalité létale demeuraient la mesure étalon du crime. Les institutions ne sont pas seules en cause parce qu’elles témoignent, telles qu’elles sont, de la répugnance du « système » à affronter ce qui n’est pas seulement une question, mais bien un problème.

L’attentat à la pudeur a bien été qualifié de crime dès 1810, crime précisé et élargi en 1832 avec l’attentat sans violence sur mineur, mais l’exercice de la justice n’étant pas toujours fidèle à l’esprit du Code pénal, ces affaires judiciaires ont été régulièrement traitées soit avec répugnance, soit avec négligence.

La croissance des dénonciations depuis les années 1980, dans le contexte d’un élargissement général du champ des comportements sanctionnés, et l’augmentation des condamnations pour viol montrent qu’il ne se passe pas rien et que les choses avancent. Reste qu’aujourd’hui encore 86 % des plaintes sont classées sans suite, chiffre qui témoigne de la difficulté de la police comme de la justice à entendre la parole des plaignant·es et à la considérer comme un élément susceptible d’établir la réalité du crime.

La législation a n’est pas seule en cause, même si, depuis le Code pénal de 1810, les lois, y compris celles de la République, sont rédigées et votées par des hommes, pour des hommes. La loi de juillet 1989, allongeant les délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs, a été portée par des femmes de gauche : Michèle André, Denise Cacheux, Frédérique Bredin et Yvette Roudy, soutenues par Roselyne Bachelot.

Et la législation sur les violences sexuelles sur mineurs a connu des ratés évidents : la loi de décembre 1980 redéfinissant le viol et le code de 1994 ont marqué une régression par rapport au code de 1810 en transformant le crime d’attentat à la pudeur sans violence en délit d’atteinte sexuelle. Mais c’est surtout la mise en œuvre qui pèche, c’est-à-dire la prise en compte effective et pratique par la justice et l’ensemble du corps social de cette criminalité.

La pensée dominante crée un effet de système qui, d’une part, renforce la possibilité de l’emprise et, d’autre part, contribue à la tolérance de la délinquance sexuelle : cet effet s’appelle la domination masculine. Une domination valorisant historiquement une sexualité masculine prédatrice et conquérante qui se manifeste des blagues sexistes au viol et, profondément incorporée par les individus hommes et femmes, fait le lit des abus.

The Conversation

Anne-Claude Ambroise-Rendu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Violences sexuelles sur mineurs : deux siècles de bruit médiatique et d’inertie – https://theconversation.com/violences-sexuelles-sur-mineurs-deux-siecles-de-bruit-mediatique-et-dinertie-285500

« Je vais engager un tueur à gages » : la toxicité de nature criminelle dans les jeux vidéo en ligne

Source: The Conversation – in French – By Thomas Burelli, Professeur en droit, Section de droit civil, Université d’Ottawa (Canada), membre du Conseil scientifique de la Fondation France Libertés, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Des menaces de mort explicites, des insultes racistes et du harcèlement grave demeurent présents dans League of Legends, l’un des jeux vidéo les plus populaires au monde, malgré leur interdiction par la loi et par Riot Games.


Alors que la partie de jeu vidéo en ligne vient de se terminer, des joueurs commentent les statistiques et leurs erreurs ou réussites. Jusqu’à ce que l’un d’eux, visiblement excédé par la tournure des évènements, lance : « i hire hitman on you/watch back irl » (« Je vais engager un tueur à gages/fais gaffe à toi dans la vraie vie) ». Non il ne s’agit pas de fiction : nous avons personnellement fait l’expérience de menaces de mort directes et explicites sur le célèbre jeu en ligne League of Legends de la compagnie Riot Games.

Les menaces extrêmes côtoient en fait une foule de comportements problématiques, allant du harcèlement aux propos racistes, sexistes ou homophobes, en passant par les appels au suicide. Cela fait partie du quotidien de nombreux joueurs de jeux vidéo en ligne. Il est néanmoins très difficile d’évaluer avec précision l’ampleur de ces phénomènes dans la mesure où les plates-formes ne partagent pas toujours publiquement les données relatives à la modération.

La persistance de ces comportements nous interpelle dans la mesure où il s’agit de crimes, au sens du droit pénal, dans la plupart des pays à travers le monde. Il s’agit également de comportements qui sont en général explicitement interdits par les plates-formes de jeu dans leurs conditions générales de vente.

En tant que professeur et doctorant spécialisés en droit des jeux vidéo à l’Université d’Ottawa, cette situation nous apparaît totalement inacceptable et particulièrement risquée pour une plate-forme de jeu en ligne.

Un système opaque

Il existe bien des mécanismes pour dénoncer les joueurs qui adoptent des comportements répréhensibles.

Le traitement des plaintes est néanmoins déconcertant : d’une part, les victimes ne sont pas nécessairement tenues informées par l’opérateur du jeu d’éventuelles sanctions qui seraient prises contre les auteurs de menaces de mort. D’autre part, il est possible d’observer que les comptes des auteurs ne sont pas systématiquement fermés.

En d’autres termes, Riot Games semble, dans une certaine mesure, tolérer que des auteurs d’infractions pénales continuent de jouir de sa plate-forme.




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Un conflit d’intérêts préoccupant

Selon Riot Games, les comportements véritablement problématiques ne concerneraient qu’une infime minorité de joueurs :

« Les données montrent que seuls 5 % des joueurs se comportent de manière perturbatrice systématiquement […]. Mais les 95 % restants sont des joueurs réguliers qui perdent leur sang-froid de temps à autre. » (Traduction libre)

Or, Riot Games ne communique pas sur le volume des comportements problématiques et le nombre de personnes affectées. Selon certaines estimations, ce 5 % en question représenterait tout de même plus de 6 millions de joueurs à travers le monde.

Mais de façon plus préoccupante, nous sommes contraints de croire sur parole une compagnie qui, en matière de comportements abusifs, n’a aucun intérêt à être transparente afin de préserver sa réputation, d’autant plus si les statistiques ne sont pas flatteuses.

Un problème minimisé

Les études scientifiques sur le sujet ainsi que les sondages auprès des joueurs viennent par ailleurs nuancer les affirmations de Riot Games. Selon une étude scientifique publiée en 2024, les discours haineux et les menaces de mort sont respectivement présents dans 3,4 % et 7 % des matchs analysés (à l’échelle mondiale des dizaines de millions de matchs ont lieu chaque jour).

Par ailleurs, Riot Games met l’emphase sur la fréquence des comportements et non sur leur nature pour les qualifier de problématiques.

Doit-on en conclure que des menaces de mort par des joueurs qui « perdent leur sang-froid de temps en temps » seraient acceptables ? Et que signifie de temps en temps ? Une fois par semaine ? Une fois par mois ? Riot Games met ainsi sur un pied d’égalité tous les comportements problématiques, ceux qui ne sont pas illégaux (la triche, le sabotage, etc.) et les comportements interdits par la loi (les menaces de mort, les insultes à caractère haineux, etc.).

Ceci est extrêmement problématique, car ces comportements ne sont pas équivalents.


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Le désintérêt de Riot Games

Nous avons demandé à un responsable de la compagnie Riot Games pourquoi les comportements toxiques criminels tels que les menaces de mort ne font pas l’objet de sanctions strictes et dissuasives pour les joueurs (par exemple une exclusion permanente du jeu). Voici sa réponse : « Pensez-vous qu’il est approprié de bannir définitivement quelqu’un la première fois qu’il est toxique dans le chat ? » (Traduction libre). Encore une fois, il est question de la fréquence des actes et non de leur nature et de leur gravité.

Un autre responsable de Riot Games a déclaré publiquement : « Les menaces de mort et le harcèlement direct sont bien sûr interdits et constituent des problèmes relativement marginaux. Je m’attendrais également à ce que ces questions soient principalement traitées en privé » (Traduction libre).

Quand bien même il s’agirait de comportements « nichés » (ce que les données contredisent), ce qui importe, c’est la gravité des actes et l’importance qui leur est donnée. En l’occurrence, d’autres comportements répréhensibles, comme la triche, sont traités de façon beaucoup plus sérieuse par Riot Games.

Dans ces circonstances, de nombreux joueurs ne prennent pas au sérieux les conséquences associées aux comportements toxiques criminels. Ils savent que, d’une manière ou d’une autre, ils pourront continuer à jouer.

Quel risque pour les plates-formes ?

Les comportements problématiques qui ont cours dans les jeux de la compagnie Riot Games sont en général peu connus du grand public. En effet, contrairement aux réseaux sociaux, ces comportements ont lieu dans le cadre de parties impliquant un nombre restreint de participants. S’ils ne sont pas enregistrés par les joueurs au moyen de photos ou d’impression écran, ils disparaissent une fois la partie terminée.

Cependant, à mesure que les sports électroniques se popularisent, que les compétitions se multiplient et que les médias généralistes s’y intéressent, les risques réputationnels pour une compagnie comme Riot Games augmentent. Ces risques sont liés à la fois à la présence de ces comportements et aux manières par lesquelles Riot Games décide de les traiter.

La récente fusillade survenue dans une école secondaire de Tumbler Ridge illustre les risques. OpenAI détenait des informations sur les intentions de la tireuse alléguée, mais n’a pas prévenu les autorités publiques. OpenAI a dû s’expliquer auprès des autorités canadiennes et fait aujourd’hui l’objet de poursuites par les familles des victimes. La situation est similaire avec Riot Games, qui détient des données relatives aux menaces de mort sur sa plate-forme, mais n’agit pas toujours en conséquence.




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Quels recours pour les joueurs qui subissent ces comportements ?

Les comportements toxiques criminels sont devenus pour beaucoup de joueurs des comportements qui font en quelque sorte partie du jeu. Ils ont été normalisés et certains joueurs y sont désensibilisés. Il est néanmoins important, selon nous, de ne pas les accepter et de faire comprendre à une compagnie comme Riot Games qu’elle doit en faire plus.

Pour cela, les joueurs peuvent documenter les cas de toxicité criminelle auxquels ils sont confrontés. Il est pertinent de les communiquer à la plate-forme, même si les démarches peuvent être fastidieuses et ne pas mener à des sanctions efficaces. Afin de faire pression sur la plate-forme et de sensibiliser le grand public à ces enjeux, ces comportements peuvent être partagés publiquement sur les réseaux sociaux. Ceci pourrait encourager les plates-formes à agir afin de préserver leur réputation.

Finalement, il est possible d’envisager des actions collectives dans les territoires qui autorisent ce type de recours. Des joueurs ayant subi des comportements toxiques criminels pourraient ainsi se regrouper afin de tenter d’obtenir une réparation de la part des plates-formes. Notons que les actions collectives dans le domaine des jeux vidéo se multiplient ces dernières années : à propos des potentiels effets néfastes des jeux vidéo sur la santé des enfants, ou encore à propos de la protection des données personnelles des joueurs.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. « Je vais engager un tueur à gages » : la toxicité de nature criminelle dans les jeux vidéo en ligne – https://theconversation.com/je-vais-engager-un-tueur-a-gages-la-toxicite-de-nature-criminelle-dans-les-jeux-video-en-ligne-283856

Des mobilités quotidiennes à deux vitesses : ce que révèlent les durées de déplacement en France

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Munch, Chrono-urbaniste, Université Gustave Eiffel

L’étude des budgets-temps de transport entre 1976 et 2020 met en évidence deux trajectoires opposées : la France des vitesses subies et l’Île-de-France des vitesses choisies. Ces dynamiques interrogent la portée sociale et territoriale de la transition des mobilités, entre inégalités d’accès à la vitesse et émergence d’un privilège du ralentissement.


Les pratiques de mobilité disent beaucoup sur nos sociétés. Le nombre de déplacements, leur durée, leur distance et leur régularité sont autant d’indicateurs des modes de vie et de l’organisation des territoires. Depuis vingt ans, crises écologiques, sociales et économiques viennent les bouleverser. La crise des gilets jaunes en 2018 a notamment mis en lumière une fracture sociale autour de la mobilité : les métropoles privilégient les modes doux et les transports publics, tandis que les périphéries restent dépendantes de la voiture.

Cette opposition n’est pas nouvelle. Paris et les grandes villes ont souvent été à l’avant-garde des nouvelles normes de mobilité, tandis que le reste du territoire s’adapte. L’étude des budgets temps de transport (BTT) – la durée quotidienne consacrée aux déplacements – permet d’objectiver cette fracture.




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La constante du temps de transport… en théorie

Depuis les années 1970, le BTT est considéré comme relativement stable : on parle de la conjecture de Zahavi, selon laquelle les individus consacrent environ une heure par jour à se déplacer, quels que soient le pays ou le niveau de développement des transports. Cette « constante » est toutefois critiquée. En effet, elle masque les différences sociales et territoriales et dépend fortement des méthodes statistiques utilisées.

Table 1 : Évolution de la mobilité quotidienne individuelle en France

Entre 1982 et 2008, en France, la vitesse moyenne augmentait, passant de 19 à 27 km/h. Simultanément, les distances parcourues augmentaient aussi de 17,4 à 25,2 km, mais le BTT restait stable autour de 55 minutes.

Les gains de vitesse ont donc été convertis en déplacements plus longs, mesurés en kilomètre, et non en temps gagné. Ceci confirmant la conjecture de Zahavi, à un niveau agrégé.

Un ralentissement subi à l’échelle nationale

Depuis 2010, cette tendance s’inverse : la vitesse des déplacements stagne, voire baisse légèrement (de 27 à 26 km/h), tandis que le BTT augmente (+ 10 %). Les Français doivent donc aller plus loin pour leurs activités quotidiennes, dans un contexte de recomposition modale : la voiture perd du terrain, tandis que transports publics et marche se renforcent.

Les catégories sociales les moins favorisées et les plus dépendantes de l’automobile subissent particulièrement ce ralentissement. Les ouvriers et artisans-commerçants voient leur temps de déplacement quotidien augmenter de 13 à 17 %, tandis que les cadres maintiennent ou réduisent leur temps grâce à une meilleure accessibilité aux emplois et aux loisirs, via les transports collectifs.

En Île-de-France, un ralentissement plus choisi

Les inégalités d’accès aux emplois et aux transports collectifs révèlent à peu près la même logique en Île-de-France. Cependant, la dynamique globale diffère assez nettement : la densité urbaine limite la vitesse, aux alentours de 10 à 12 km/h, et le BTT y est historiquement plus élevé (de 1,25 à 1,5 heure).

Tableau 2 : Évolution de la mobilité quotidienne individuelle en Île-de-France

Entre 2010 et 2020, on observe un léger recul des temps et des distances de déplacement. C’est le signe d’une adaptation des habitants : relocalisation des activités en proximité, développement du vélo et de la marche. Ici, le ralentissement y prend la forme d’un choix, soutenu par les politiques de mobilité durable, incarnée par la figure du cadre francilien à vélo ou plus généralement du citadin aux pratiques de consommation locales.




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Vers une nouvelle fracture territoriale et sociale

Ces dynamiques révèlent que la fin de la course à la vitesse n’est pas neutre socialement. Les cadres et les catégories aisées bénéficient du ralentissement, en choisissant la proximité et des modes doux. Les plus précaires, eux, continuent de subir la mobilité : plus loin, plus longtemps, avec moins d’alternatives.

La « France à deux vitesses » se matérialise aujourd’hui dans les pratiques de mobilité. La vitesse, jadis symbole de progrès, devient un marqueur d’inégalités. La lenteur, autrefois contrainte, peut devenir un privilège lorsqu’elle est choisie.

Comprendre cette transformation est crucial pour imaginer une transition écologique qui ne creuse pas encore davantage les écarts entre ceux qui peuvent choisir la proximité et ceux qui subissent le ralentissement.

The Conversation

Emmanuel Munch est vice-président de Tempo Territorial et membre de la Déroute des Routes.

Laurent Proulhac ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Des mobilités quotidiennes à deux vitesses : ce que révèlent les durées de déplacement en France – https://theconversation.com/des-mobilites-quotidiennes-a-deux-vitesses-ce-que-revelent-les-durees-de-deplacement-en-france-284894

Comment peut-on faire de la science avec et pour la société ? Ce que révèle une enquête au cœur des collectifs

Source: The Conversation – France in French (2) – By Max Bouyssières, Chargé de projet Observatoire Science Avec et Pour la Société (SAPS), Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées

En impliquant des citoyens dans la production de connaissances, les frontières entre la science et la société se redéfinissent. Charlène Rivière, Fourni par l’auteur

Associer scientifiques et citoyens pour produire des connaissances : l’idée séduit, voire enthousiasme. Mais comment ces collectifs fonctionnent-ils réellement ? Une enquête, menée en Occitanie, lève le voile.


Les recherches menées avec la société sont-elles l’affaire de tous ? Que disent réellement les faits ? Notre enquête, portant sur des projets de recherche menés avec des structures diverses – principalement des associations, des entreprises et des collectivités –, montre que les femmes scientifiques y sont très majoritairement engagées. Les collectifs observés sont en outre largement construits à partir de liens interpersonnels préexistants. Si une part importante du travail de recherche est souvent menée en commun, tous ces acteurs ne prennent pas en charge les mêmes tâches. L’enquête révèle en effet que, bien que les orientations soient souvent discutées collectivement, l’analyse des données recueillies demeure par exemple largement assurée par les scientifiques. Pourtant, ces formes de production de connaissance sont diverses et il serait probablement vain de tenter de les enfermer dans un cadre unique.

Alors, pourquoi et comment s’organise un tel partage ? Pour répondre à cette question, nous avons étudié la façon dont ces collectifs fonctionnent, et dans quelles conditions.

Faire de la science « avec et pour » la société : de quoi parle-t-on ?

Les sciences et les recherches participatives remontent bien au-delà de l’époque contemporaine, et correspondent à l’engagement d’acteurs non scientifiques de métier dans la production de connaissances. Au Japon, par exemple, les dates de floraison des cerisiers – sakura – sont consignées depuis plus de mille ans par des habitants et des érudits. Aujourd’hui, ces démarches prennent des formes variées, allant de la collecte citoyenne de données à la participation à d’autres étapes de la recherche.

Par exemple, Vigie-Nature mobilise des volontaires pour suivre la biodiversité à l’échelle internationale ; Galaxy Zoo permet à des internautes de classer des galaxies à partir d’images astronomiques ; en France, le projet La Grande Synchr’EAU mobilise également des citoyens pour mesurer simultanément la qualité de l’eau et produire des données scientifiques à grande échelle.

Nous sommes confrontés à une grande diversité de pratiques, allant du simple recueil de données jusqu’à la définition conjointe des questions de recherche, des méthodes, de l’analyse des résultats et de leur valorisation. Elles interrogent le partage qui a pu être établi entre « sachant » et « non sachant », « théoriciens » et « praticiens », dans la période contemporaine, qui a vu fortement se développer l’activité scientifique sous la forme de disciplines très diverses et de plus en plus spécialisées.

Ouvrir la « boîte noire » des collectifs producteurs de connaissances

Notre enquête, conduite à Toulouse, repose sur l’analyse de 21 réponses recueillies par questionnaire auprès des 53 (co)porteurs et référents de 29 projets de corecherche menés très largement en Occitanie. Elle dresse un panorama des pratiques et des ressentis de ces acteurs. Leurs projets mobilisent 54 organisations non académiques et 34 laboratoires de recherche.

Dispersion des 88 organisations qui composent les 29 collectifs de corecherche, lauréats des deux dispositifs étudiés, selon leur statut académique ou non-académique.
Fourni par l’auteur

Ces projets abordent 7 grandes thématiques : « Agroécologie, alimentation et pratiques alimentaires », « Santé, corps et contexte », « Participation, gouvernance et aide à la décision », « Apprentissages, transmission et appropriation des savoirs », « Habiter, territoires et transitions locales », « Humanités, imaginaires et récits contemporains » et « Milieux naturels et dynamiques écologiques ».

Deux premiers constats émergent de l’enquête :

Des collectifs issus de relations antérieures : la moitié des répondants indiquent que leurs collectifs de co-recherche se sont formés à partir de liens interpersonnels préexistants, très souvent entre femmes : des liens professionnels datant d’au moins un an.

Une présence féminine importante : environ deux tiers des enquêtés sont des femmes, un pourcentage qui nécessite une analyse plus approfondie pour en évaluer la significativité car il pourrait seulement s’agir d’une représentativité disciplinaire et institutionnelle due au pourcentage élevé de Maîtres de Conférences qui sont des femmes dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales.

Comment les rôles sont-ils répartis ?

Dans la lignée du rapport de recherche sur le projet Initiatives de recherches collaboratives Toulouse – porté par la Maison des sciences humaines et sociales de Toulouse de 2018 à 2022 et visant à recenser et mieux comprendre les collaborations entre sciences et « société civile non marchande » en Occitanie-Ouest –, l’enquête met en lumière une collaboration effective, mais asymétrique selon les étapes de la démarche de production de connaissances.

Quatre étapes sur cinq ont vocation à être partagées entre scientifiques et partenaires : la définition des problèmes, le choix des terrains et/ou de la population d’étude, la collecte des données et la diffusion. Dans les faits, la collecte et l’analyse des données restent principalement l’apanage des scientifiques, tandis que l’accès aux terrains ou aux populations d’étude est souvent initié et facilité par les acteurs de la société.

Pour que des acteurs aux cultures professionnelles différentes puissent se comprendre, s’organiser et se coordonner, des méthodes d’accompagnement, souvent regroupées sous le terme « intermédiation », sont évoquées comme utiles, voire nécessaires. Pourtant, dans notre enquête, cette fonction – et le panel de compétences qu’elle requiert – repose presque toujours sur une seule personne, le porteur de projet « principal », rarement formé à ce rôle. Former à l’intermédiation pour mieux accompagner des collaborations hybrides semble donc constituer un levier majeur pour un bon déploiement des projets.

Comment peut-on faire de la science avec et pour la société ?

L’enquête montre que les activités des collectifs de corecherche étudiés ne relèvent ni d’un effet d’affichage ni d’un simple engouement passager. Dans la grande majorité des cas, les relations entre scientifiques et partenaires sont jugées fréquentes et complémentaires. Les projets favorisent des apprentissages réciproques et un enrichissement intellectuel en lien avec un climat de confiance : « Le travail collaboratif avec les scientifiques permet d’affiner le regard sur le sujet complexe de la corecherche et de tenter de partager la démarche avec les habitants concernés » selon un partenaire extra-académique, référent du projet. La qualité des savoirs et celle des relations semblent aller de pair :

« La corecherche impose un rythme plus lent, mais nécessaire, pour permettre l’émergence de relations de confiance et de véritables échanges. Le respect des temporalités de chacun […] est un facteur clé de réussite », selon un chercheur, porteur de projet.

Mais ces dynamiques ne vont pas de soi. L’ambition affichée d’une symétrie d’engagement, avec des compétences différentes, dans la plupart des étapes de production des connaissances ne résiste pas aux descriptions issues de notre enquête. La diversité des formes de collaborations est une richesse qui reconnaît la diversité des compétences et des savoirs des « non-scientifiques ». Observer cette pluralité permet d’interroger les partages que notre société a établis entre « sachant » et « non-sachant », entre « théorie » et « pratique ».

La diversité observée est aussi celle du caractère « situé » et « ancré » dans des contextes et des territoires de connaissances collectivement produites. Que l’on parle de la co-élaboration de questions de recherche ou de la co-interprétation des données collectées, l’enjeu principal de ces partenariats est la production de connaissances utiles pour éclairer, voire résoudre, un problème concret.

Par exemple, coconstruire une solution biomimétique s’inspirant des castors pour ralentir l’assèchement prématuré de cours d’eau nécessite une symbiose entre les savoirs symboliques des scientifiques et les savoirs pratiques des personnes concernées – locaux, militants, etc. –, ainsi qu’une volonté d’agir commune. L’apport des partenaires « non scientifiques » est alors décisif aux côtés du travail des scientifiques, habitués à produire des connaissances généralisables, mais qui s’éloignent ainsi parfois d’un ajustement à la spécificité de l’écosystème. En ce sens, les discussions, échanges, voire confrontations, entre ces acteurs aux profils divers procèdent souvent par tâtonnements et ajustements progressifs, nécessitant une capacité d’adaptation des scientifiques et des non-scientifiques. Les compétences spécialisées de chacun peuvent être davantage exploitées, notamment : d’une part, la connaissance du contexte des partenaires et, d’autre part, les capacités de formalisation et d’écriture des scientifiques, habitués à publier et à communiquer.

Pour autant, cette diversité révèle aussi des situations d’expérimentation, souvent menées en dehors des sentiers battus de nos institutions, confrontées à d’importantes contraintes et incertitudes. Ces collaborations reposent sur des disponibilités construites dans le cadre d’autres activités, qu’elles soient professionnelles ou personnelles. Car les moyens humains – compétences et personnels pour animer les échanges, gérer administrativement les projets, etc. – et matériels – ressources financières pour les besoins d’enquête, de formalisation et de diffusion des résultats, pour assurer la disponibilité des participants tout au long du processus, etc. – permettant de se consacrer pleinement au déploiement de ces collaborations hybrides font souvent défaut.

Les chercheurs, comme les partenaires, ne sont pas forcément formés, prêts et suffisamment disponibles pour vivre ces collaborations et en assurer le maintien dans la durée. Et ce, d’autant plus que leurs activités sont marquées par des modes de fonctionnement, des objectifs, et des temporalités différentes. Est également pointée la question de la reconnaissance de ces activités par les institutions, notamment dans les carrières professionnelles, que l’on parle des scientifiques ou de leurs partenaires.

Faire de la science avec et pour la société est possible et fécond, tant pour faire avancer la connaissance en elle-même que pour contribuer à résoudre des problèmes rencontrés. Toutefois, cette démarche nécessite des compétences qui ne sont pas aujourd’hui usuelles dans la production de connaissances. Notre enquête montre qu’il n’y a pas qu’une façon de faire collectif, ni une seule méthode ou démarche qui doit s’imposer. Étudier de près la diversité de ces modes de collaboration, en suivant leur déploiement dans leurs conditions concrètes d’organisation et de partage, nous semble essentiel pour mieux accompagner ces collectifs et bénéficier de connaissances complémentaires à celles produites par les canaux plus habituels de la sphère académique.


Les auteurs remercient les membres du comité de ressources de l’Observatoire, ainsi que les cochercheurs ayant participé à l’enquête, sans qui celle-ci n’aurait pas été possible. L’enquête sociologique, exploratoire et compréhensive, menée par l’observatoire Science avec et pour la société (SAPS) de la Communauté d’universités et établissements de Toulouse, dont fait état cet article, est issue de l’analyse des 21 réponses à un questionnaire destiné aux 53 (co)porteurs et référents des 29 projets de recherche participative sélectionnés et accompagnés dans le cadre des deux dispositifs 2024 du comité de programme « Science et société » du projet Toulouse Initiative for Research’s Impact on Society (TIRIS) : l’appel à projets « Co-recherche avec la société » et l’appel à manifestation d’intérêt de sa Boutique des sciences.

The Conversation

Max Bouyssières est chargé du projet Observatoire Science Avec et Pour la Société (SAPS), un dispositif financé par TIRIS, au sein de la COMUE (Communauté d’universités et établissements) de Toulouse. TIRIS est un projet cofinancé par l’ANR au titre de France 2030 (ANR-22-EXES-0015), par la région Occitanie et par le Fonds Européen de Développement Régional.

Jolivet Anne-Claire est directrice opérationnelle Recherche, Doctorat, Valorisation et responsable du service Science avec et pour la Société à la Comue de Toulouse.

Bertrand Jouve est le Responsable Scientifique et Technique de TIRIS, un projet cofinancé par l’ANR au titre de France 2030 (ANR-22-EXES-0015), par la région Occitanie, et par le Fonds Européen de Développement Régional.

Charlène Riviere est chargée du programme “Science-Société” de TIRIS, au sein de la COMUE (Communauté d’universités et établissements) de Toulouse. TIRIS est un projet cofinancé par l’ANR au titre de France 2030 (ANR-22-EXES-0015), par la région Occitanie et par le Fonds Européen de Développement Régional.

Nicolas Dietrich est président du comité de programme « Science et société » de TIRIS, un projet cofinancé par l’ANR au titre de
France 2030 (ANR-22-EXES-0015), par la région Occitanie et par le Fonds Européen de Développement Régional.

Philippe Terral est Vice-Président Science Avec et Pour la Société (SAPS) de la COMUE (Communauté d’universités et établissements) de Toulouse

ref. Comment peut-on faire de la science avec et pour la société ? Ce que révèle une enquête au cœur des collectifs – https://theconversation.com/comment-peut-on-faire-de-la-science-avec-et-pour-la-societe-ce-que-revele-une-enquete-au-coeur-des-collectifs-280854

« L’arc de Trump » : une glorification des États-Unis… et surtout de leur président actuel

Source: The Conversation – France in French (3) – By Frédérique Sandretto, Chargée d’enseignement en civilisation américaine, Université Côte d’Azur; Sciences Po

Maquette de l’arc de triomphe qui sera édifié à Washington, présentée à la Maison-Blanche par Donald Trump, le 7 octobre 2025.
Site officiel de la Maison-Blanche

L’arc de triomphe est de longue date un instrument de glorification du pouvoir, utilisé par les empereurs romains puis par de nombreux souverains pour inscrire leur action dans la mémoire collective. Donald Trump souhaite reprendre cette tradition avec l’édification d’une monumentale arche à Washington pour célébrer les 250 ans de l’indépendance des États-Unis, un projet chargé de symboles patriotiques. Mais l’initiative suscite de vives controverses, ses détracteurs y voyant moins un hommage à la nation qu’une tentative d’inscrire durablement le trumpisme et son promoteur dans le paysage mémoriel américain.


Depuis l’Antiquité, les dirigeants politiques cherchent à graver leur action dans la pierre pour l’éternité. Parmi les monuments les plus chargés de symboles figure l’arc de triomphe. Né dans la Rome antique, il avait pour fonction de célébrer les victoires militaires et d’immortaliser la gloire des empereurs. L’arc n’était pas seulement un élément architectural. Il constituait un instrument de propagande destiné à rappeler au peuple la puissance du pouvoir et à inscrire le nom du souverain dans la mémoire collective.

Les exemples abondent dans l’histoire. L’Empire romain érigea les arcs de Titus, de Septime Sévère ou encore de Constantin afin de commémorer des campagnes victorieuses et d’exalter la grandeur impériale. Plusieurs siècles plus tard, cette tradition fut reprise par les souverains européens. En France, Napoléon Ier fit construire l’Arc de triomphe de l’Étoile afin d’honorer la Grande Armée et de donner une traduction monumentale à sa propre légende.

Si cette tradition perdure, c’est parce que l’arc de triomphe remplit une fonction particulière. Il matérialise la victoire, mais aussi la continuité historique. Il relie le présent à un passé glorifié. En érigeant un tel monument, un dirigeant affirme implicitement qu’il appartient à une lignée d’hommes exceptionnels ayant marqué leur époque. L’architecture devient alors un langage politique. Les monuments permettent de raconter une histoire nationale tout en mettant en scène celui qui en revendique l’héritage.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le projet porté par Donald Trump.

Un monument… monumental

Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président a multiplié les initiatives destinées à remodeler le paysage monumental de Washington. Parmi elles figure un ambitieux projet d’arc de triomphe destiné à célébrer le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des États-Unis, le 4 juillet 2026.

Bien que conçu pour célébrer cet anniversaire, l’« arc de Trump » ne sera pas inauguré le 4 juillet 2026, loin de là. Les documents officiels du National Park Service (NPS) prévoient encore deux à trois années de travaux, ce qui repousse son achèvement probable à l’horizon 2028 ou au début 2029.

Le monument proposé atteindrait 250 pieds (environ 76 mètres de hauteur). Ce chiffre n’a pas été choisi au hasard. Il correspond exactement aux deux cent cinquante années écoulées depuis l’adoption de la Déclaration d’indépendance en 1776. Chaque pied du monument est ainsi censé symboliser une année d’existence de la nation américaine.

À travers cette équivalence numérique, les promoteurs du projet transforment l’édifice en une sorte de monumental calendrier de pierre célébrant deux siècles et demi d’histoire nationale. Comme dans les grandes constructions impériales de l’Antiquité, la taille du monument devient elle-même un message politique.

Le futur édifice doit être inauguré à Memorial Circle sur Columbia Island, à proximité immédiate du pont Arlington Memorial Bridge entre le Lincoln Memorial et le cimetière national d’Arlington. Cet emplacement constitue l’une des principales portes d’entrée symboliques de Washington. Situé dans l’axe monumental reliant les grands lieux de mémoire nationale, il offrira une visibilité exceptionnelle.

Les esquisses dévoilées par l’administration Trump montrent un monument directement inspiré de l’Arc de triomphe parisien et, surtout, des arcs romains. La structure est réalisée dans une teinte ivoire et ornée de multiples éléments dorés. Au sommet prend place une immense figure féminine dotée d’ailes, inspirée de la statue de la Liberté (New York), tandis que plusieurs aigles monumentaux renforcent la dimension patriotique de l’ensemble.

Les inscriptions prévues incluent notamment les formules « One Nation Under God » (« Une nation [unie] sous [l’autorité de] Dieu », nldr) et « Liberty and Justice for All » (« Liberté et justice pour tous », ndlr), présentes dans le serment d’allégeance au drapeau des États-Unis. Le monument est donc à la fois un hommage à l’histoire nationale et une synthèse visuelle des grands symboles de l’identité américaine.

Controverses esthétiques, financières et symboliques

Officiellement, le projet vise à célébrer les deux cent cinquante ans de la Déclaration d’indépendance. Cette commémoration constitue l’un des grands rendez-vous mémoriels de l’histoire américaine. Comme le bicentenaire de 1976 en son temps, elle doit donner lieu à une vaste série de cérémonies patriotiques. Pour Donald Trump, cette célébration représente une occasion unique de réaffirmer un récit national fondé sur l’exceptionnalisme américain, la grandeur historique du pays et le patriotisme civique. L’arc de triomphe serait ainsi présenté comme un symbole de l’unité nationale et de la continuité historique entre les Pères fondateurs et l’Amérique contemporaine.

Cependant, le projet suscite de vives controverses. Historiens, architectes, associations de préservation du patrimoine et vétérans dénoncent un monument jugé disproportionné. Plusieurs critiques estiment qu’il risque de rompre l’équilibre visuel entre le Lincoln Memorial et Arlington National Cemetery, tout en modifiant profondément le paysage historique de Washington.

Les interrogations concernent également le financement. L’administration évoque un mélange de fonds publics et de dons privés, sans avoir encore communiqué de budget définitif. Cette absence de chiffrage précis nourrit les critiques, alors même que plusieurs grands projets présidentiels sont simultanément engagés dans la capitale fédérale.

Au-delà des questions budgétaires et urbanistiques, le débat est surtout symbolique. Les opposants considèrent que le monument dépasse largement la simple célébration du deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance. Ils y voient la volonté de laisser une empreinte durable sur le paysage américain et de faire entrer le trumpisme dans la géographie même de la mémoire nationale. Certains médias ont d’ailleurs rapidement popularisé l’expression d’« arc de Trump ». Derrière cette formule se cache toute l’ambiguïté du projet. S’agit-il d’un hommage rendu à l’Amérique ou d’un monument destiné à inscrire le nom de son promoteur dans l’histoire nationale ? La question résume à elle seule l’essentiel des débats.

Cette interprétation renvoie à une caractéristique bien connue des grands bâtisseurs politiques. Depuis Auguste jusqu’à Napoléon, les dirigeants qui font ériger des monuments spectaculaires cherchent souvent à associer leur propre image à celle de la nation. Dans le cas de Donald Trump, la référence la plus évidente semble être celle des empereurs romains. Comme eux, il mobilise l’architecture monumentale pour mettre en scène la grandeur nationale et inscrire son passage au pouvoir dans le paysage physique du pays.

La comparaison la plus pertinente est sans doute celle avec Auguste. Premier empereur romain (de 27 avant notre ère à l’an 14 de notre ère), celui-ci transforma profondément Rome, dont il dira qu’il a trouvé une ville de briques et laissé une ville de marbre. Derrière cette formule se cachait une stratégie de légitimation fondée sur la monumentalisation du pouvoir. Donald Trump paraît poursuivre une logique comparable lorsqu’il multiplie les projets architecturaux destinés à marquer durablement la capitale fédérale.

Les sciences politiques qualifient parfois ce phénomène de « césarisme symbolique » ou de « syndrome augustéen ». Il s’agit de la tendance d’un dirigeant à se représenter comme le restaurateur d’une grandeur nationale supposément perdue et à matérialiser cette ambition par des monuments spectaculaires. Dans cette perspective, l’arc de triomphe ne constitue pas seulement un projet d’aménagement urbain. Il devient une mise en récit du pouvoir lui-même.

À travers cet arc de triomphe, se croisent mémoire nationale, célébration patriotique, ambition personnelle et fascination pour les modèles de l’Antiquité. Comme Auguste après les guerres civiles romaines, Donald Trump entend apparaître comme celui qui restaure une grandeur prétendument perdue et qui grave son récit dans la pierre.

Quelle postérité ?

Au fond, l’histoire jugera peut-être moins la hauteur de l’arc que l’ampleur de l’ambition qu’il incarne. Car si tous les chemins menaient autrefois à Rome, certains semblent aujourd’hui vouloir passer par Washington. Et si Auguste affirmait avoir trouvé une ville de briques pour laisser une ville de marbre, Donald Trump pourrait un jour soutenir qu’il a trouvé une capitale déjà remplie de monuments et qu’il l’a quittée avec un monument de plus.

Reste à savoir si les visiteurs y verront un hommage aux Pères fondateurs ou le plus spectaculaire selfie politique jamais construit à l’échelle d’une nation.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « L’arc de Trump » : une glorification des États-Unis… et surtout de leur président actuel – https://theconversation.com/larc-de-trump-une-glorification-des-etats-unis-et-surtout-de-leur-president-actuel-285682