Rajeunir ou disparaître : comment les femmes vieillissent – ou non – sur nos écrans

Source: The Conversation – France (in French) – By Monika Siejka, Enseignante Chercheuse en storytelling, leadership et management, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Nicole Kidman, dans le film *Babygirl* (2024). Allô Ciné

Ne pas vieillir, et ce, le plus longtemps possible. Voilà le diktat qui semble présider au destin des actrices au cinéma et dans les séries. À de rares exceptions près, leurs options ne semblent pas nombreuses : soit se lancer dans une course éperdue au rajeunissement grâce à la chirurgie esthétique et le travail des images en postproduction, soit se résoudre à disparaître des écrans ou à se voir proposer des rôles stéréotypés ou secondaires.


Dans la série Dix pour cent, qui décrit la vie d’une prestigieuse agence artistique d’acteurs, Cécile de France joue son propre rôle. Dans le premier épisode de la première saison, diffusé en 2015, elle se voit refuser un rôle chez Tarantino, car elle s’apprête à fêter ses 40 ans :

« Quarante ans pour une actrice, c’est 60 ans pour une femme et 80 pour un homme ! », dit-elle.

Son agent est stupéfait, mais, dans les faits, les chiffres confirment ce diktat. L’invisibilité à l’écran des femmes de plus de 50 ans persiste dans un contexte global de déséquilibre des rôles au regard du vieillissement de la population.

Bien sûr, il y a des exceptions et des succès : extraordinaires Liliane Rovère dans Dix pour cent et Family Business, ou Maggie Smith dans Downton Abbey, ou bien encore, sur un mode plus confidentiel, Sylvie Granotier dans Septième Ciel.

Toutefois, si ces figures ridées sont en accord avec l’âge de leurs corps, on peut s’interroger sur la prolifération de nouveaux visages féminins sans rides ou si peu qu’ils nous font entrer dans la vallée de l’étrange décrite par le roboticien Mori Masahiro.

Être vieille de plus en plus jeune, pour être jeune de plus en plus vieille ?

Faut-il faire son âge ? Mais, lorsqu’on pose cette question, de quel âge parle t-on ?

Quand Audrey Fleurot, l’héroïne de la série HPI, apparaît en octobre 2024 à l’occasion d’un défilé de mode, c’est un « botox shaming » d’une grande véhémence qui l’attend sur les réseaux sociaux. Il lui faudra s’expliquer. Faut-il déclarer son âge pour « justifier » le recours à la chirurgie esthétique ? Ou, comme le dit l’actrice, le faire, mais que cela ne se voie pas ?

Cet exemple illustre plusieurs ambiguïtés majeures. Tout d’abord : « L’âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable », comme l’avait déjà énoncé Pierre Bourdieu.

L’essayiste, romancière et militante américaine Susan Sontag a bien décrit dans son article « The double standard of aging », en 1972, à quel point, pour les femmes, la vieillesse relève d’une angoisse qui n’a pas d’âge calendaire. Elle s’inscrit dans la confrontation sans fin entre le corps réel et un corps imaginaire, jamais atteignable. Un corps de femme dont le vieillissement n’est pas perçu comme une bonification, au contraire de bien des hommes. Enfin, la femme se surveille sans cesse tout en surveillant ses consœurs, renchérit l’écrivain et critique d’art John Berger dans son essai Voir le voir (1976), car elle a appris à le faire. Dès lors, l’actrice, sous le feu des projecteurs, se retrouve confrontée à toutes ces contradictions, amplifiées par les effets de miroir des réseaux sociaux.

Pourquoi rajeunir ? Pour être désirable ?

Dans la série Nip Tuck de Ryan Murphy, diffusée entre 2003 et 2010, les deux héros, chirurgiens esthétiques, attaquent toujours leurs premières consultations ainsi : « Tell me what you do not like about yourself? » (« Dites-moi ce qui vous déplaît chez vous »).

Peu d’épisodes s’intéressent à la demande de rajeunissement. Toutefois, Vanessa Redgrave (S2E1) l’explique sans détour : à 67 ans, son personnage veut redevenir désirable. Contrairement à Rose dans Septième Ciel, elle ne veut pas rester assignée à sa classe d’âge. Son « appétit de cougar », qualification peu flatteuse d’une sexualité agressive, comme le dit sa fille, qui la renvoie à son âge véritable, lifting ou non. Sans doute le signe que la série est quelque peu datée, désormais.

Dans Dix pour cent encore (2015-2020), Sigourney Weaver refuse de se voir assigner un amoureux « de son âge » dans le scénario qu’on lui propose et veut un jeune amant. Non sans difficulté et obstination, elle obtiendra gain de cause (S4E5). Mais la série s’empresse de montrer également à quel point l’actrice est incroyablement en forme physiquement à travers un numéro de danse quasi acrobatique, comme pour légitimer sa revendication. Il ne s’agit pas d’être jeune uniquement dans sa tête et sur son visage. Il faut performer.

Rajeunir pour ne pas vieillir

Dans cette obsession pour la jeunesse, il faut lire aussi la peur du vieillissement et la difficulté à faire place aux vieilles et aux vieux dans la société contemporaine.

Si la vieillesse est associée à l’amoindrissement des facultés physiques et intellectuelles, à la décrépitude, elle conduit à une sortie de l’espace public, de celui des actifs. Les rides sont dans les Ehpad. Dans la série Better Call Saul, les résidents de maisons de retraite sont montrés comme vulnérables, à la merci du groupe qui gère les maisons de retraite qui lui appartiennent. Bien avant la sortie en France de l’essai les Fossoyeurs. Révélations sur le système qui maltraite nos aînés (2022), de Victor Castanet, les deux premières saisons (2015-2017) alertaient sur les intérêts financiers qui président aux décisions du groupe. « Getting old sucks » (« ça craint de vieillir), dit très sérieusement Kim à Jimmy alors que ce dernier s’amuse de l’adoration que lui vouent « ses » grands-mères. Cet amusement n’est d’ailleurs pas dénué d’une forme d’infantilisation des personnes âgées.

Sur un ton moins dramatique, on retrouve ces mêmes aspects dans Septième ciel : infantilisation, solitude, économies de moyens et pression à la rentabilité.

Dès lors, l’effet repoussoir de cette perspective ne conduit-il pas à valoriser le désir de rajeunissement ? Comme s’il s’agissait de ne pas vieillir, le plus longtemps possible.

Vers une standardisation des visages ?

Le bistouri n’est pas le seul à l’œuvre dans le processus de rajeunissement. Plus invisible encore – puisqu’il faut que cela soit impossible à détecter – les logiciels de « beauty work » gomment toutes les imperfections à l’image ou considérées comme telles en postproduction : rides, patte d’oie, cernes, voire refait un nez. Très utilisé à Hollywood, il l’est aussi en France si bien que le souci d’authenticité est du côté de l’exception. On parlera même d’acte de résistance, c’est dire que les normes ont changé.

Par conséquent, on aura beau jeu de critiquer le visage devenu quasiment irréel de Nicole Kidman qui, de films en séries, semble jouer avec la perfection de son image. Elle ira jusqu’à accepter, dans Babygirl, d’être injuriée par le personnage de sa fille. Cette dernière compare en effet son visage à du poisson mort. Performance ultime et jouissance libre de son corps comme l’écrit la critique de cinéma Mireille Joudet ou signe d’alerte sur une société qui ne sait plus ce qu’elle regarde quand elle donne à voir ?

Il n’en reste pas moins que ces visages étranges, qui se ressemblent de plus en plus nourrissent une économie capitaliste prolifique. Depuis les rituels beautés antirides des préadolescentes à ceux des femmes âgées, toutes aspirent à une jeunesse entre filtres et scalpels. Et ce marché-là est en pleine expansion.

« Ad vitam… »

La course au rajeunissement, voire à l’immortalité, est devenue la nouvelle frontière de la Silicon Valley. Des millions de dollars sont investis dans cette industrie. Les expériences qu’il mène sur lui-même, les publications et ventes de produits de l’entrepreneur Bryan Johnson ne sont que la partie émergée de ce mouvement qui repose notamment sur le courant transhumaniste.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent aussi ces nouveaux visages qui paraissent plus « autres » que jeunes.

Car être jeune, c’est justement vieillir, ce que raconte justement la série Ad Vitam. Dans un futur proche, un procédé technique a permis de stopper le vieillissement et donc la mort. Le héros a 120 ans, mais en paraît 50. Il doit enquêter sur ce qui est devenu un acte politique : le suicide de sept jeunes qui refusent de ne pas vieillir.

Toutes les histoires en effet vont dans le sens du choix d’Ulysse face à Calypso : la nymphe offrit jeunesse éternelle et immortalité au héros. Celui-ci refusa.

The Conversation

Monika Siejka ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Rajeunir ou disparaître : comment les femmes vieillissent – ou non – sur nos écrans – https://theconversation.com/rajeunir-ou-disparaitre-comment-les-femmes-vieillissent-ou-non-sur-nos-ecrans-278471

Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jennifer Takhar, Associate Professor of Marketing, SKEMA Business School


L’essentiel

  • La pilule contraceptive est en recul. En France, désormais, chez les femmes de 18 à 49 ans, le dispositif intra-utérin (DIU, surnommé « stérilet ») est désormais le moyen de contraception le plus utilisé.
  • Autour de hashtags comme #MyPillStory, les réseaux sociaux sociaux deviennent des points de ralliement numériques pour partager des expériences sur la pilule. S’y développe une soi-disant contre-expertise face au discours médical, sans que soit vérifiée la fiabilité des informations diffusées.
  • Une étude, fondée sur des entretiens ainsi que sur l’analyse des espaces numériques que représentent les réseaux sociaux, décrypte cette tendance qui aide les femmes à reprendre le pouvoir sur leur corps, mais qui risque de les détourner d’une prise en charge prodiguée par des professionnels de santé formés au conseil, à l’accompagnement et à la prévention en matière de contraception.

Depuis plus de soixante ans, la pilule contraceptive orale combinée (COC) s’est imposée comme le symbole ultime de la libération féminine : une innovation médicale majeure ayant dissocié sexualité et procréation, et profondément transformé le paysage social du XXᵉ siècle.

Pourtant, dans les arènes numériques des réseaux sociaux, cet héritage semble aujourd’hui systématiquement remis en cause. Un bouleversement majeur est en cours dans la manière dont les jeunes femmes perçoivent les risques pour la santé, l’autorité médicale et même la chimie de leur propre corps.

Le recul de la pilule contraceptive

Les données sont sans équivoque. En Europe occidentale, les taux de prescription de la pilule chutent fortement. En Allemagne, les chercheurs ont même forgé un terme pour décrire ce phénomène : Pillenmüdigkeit, ou « fatigue de la pilule ». Entre 2011 et 2018, l’usage de la pilule diminue, par exemple de 16 % chez les jeunes Allemandes, tandis que l’utilisation du préservatif augmente nettement. Au Danemark, entre 2010 et 2019, on observe une forte diminution de l’utilisation de la pilule. Elle est compensée, mais seulement de manière transitoire, par une augmentation du recours aux méthodes contraceptives réversibles de longue durée d’action, notamment les dispositifs intra-utérins hormonaux.

En France, on constate également un recul de la pilule contraceptive. Le dispositif intra-utérin est devenu la méthode la plus utilisée (par 27,7 % des femmes de 18 à 49 ans qui avaient recours à un moyen de contraception), suivie par la pilule contraceptive (26,8 %) et le préservatif (18,6 %).

Qu’est-ce qui a changé ? La réponse réside dans la « construction sociale des dangers », alimentée par l’ère des réseaux sociaux.

Des entretiens approfondis menés auprès de 19 jeunes femmes et d’une observation extensive des espaces numériques illustrent l’émergence d’un écosystème digital dans lequel l’autorité traditionnelle du gynécologue serait progressivement en train d’être remplacée par l’« expérience vécue », jugée plus authentique, des influenceuses et des pairs. À noter que cette étude a été menée auprès d’Allemandes et de Danoises.

Pour le cas particulier de la France, on observe que les attitudes négatives à l’égard de la pilule contraceptive se sont renforcées depuis le début des années 2010, notamment à la suite de controverses médiatisées (« the French pill scare ») qui ont contribué à une baisse de confiance dans la contraception hormonale et à une diversification des pratiques contraceptives.

Retours d’expériences de consultations chez le médecin

La révolte commence souvent dans le cabinet médical. Les patientes décrivent une expérience répétitive et clinique, où la pilule est prescrite « sans grande hésitation ». Anne, l’une des participantes à l’étude, se souvient :

« Elle m’a simplement donné une ordonnance pour la pilule », sans discussion sur les alternatives ni sur les effets secondaires.

Pour de jeunes femmes qui considèrent leur santé comme un projet de vie central, cette approche routinière est perçue comme une négation de leur capacité d’agir.

Ce sentiment de négligence conduit à une profonde « délégitimation » des professionnels de santé. Dans l’étude, les patientes ne voient plus leurs médecins comme des experts neutres. Certaines personnes interrogées évoquent même une forme de cynisme, suggérant que les médecins prescriraient la pilule pour des « raisons financières » ou par refus d’entrer dans la complexité des besoins individuels.

Lorsque l’autorité médicale ne permet plus le dialogue, ces jeunes femmes se tournent vers des « réseaux de soutien féminisés » présents sur Instagram, TikTok ou YouTube. Les plateformes de ces médias sociaux constituent d’importants espaces de soutien informel pour les personnes souhaitant arrêter la pilule contraceptive, en diffusant des témoignages personnels, des récits d’effets secondaires et des conseils de transition vers des méthodes non hormonales.

Ces contenus, largement portés par des utilisatrices et des influenceurs plutôt que par des professionnels de santé – et donc non validés scientifiquement –, contribuent à normaliser l’arrêt de la pilule et à renforcer des perceptions critiques à l’égard de la contraception hormonale, en particulier chez les jeunes femmes.

Des réseaux sociaux présentés comme des « contre-experts »

Dans l’univers des réseaux sociaux, l’information n’a plus besoin d’être recherchée : elle trouve elle-même son public. Des hashtags comme #MyPillStory (« Mon histoire avec la pilule »), #StopThePill (« Arrêter la pilule »), #HormoneFree (« Sans hormone »), #NaturalBirthControl (« Contrôle naturel des naissances ») sont devenus des points de ralliement numériques autour desquels les utilisatrices partagent des récits souvent éprouvants – dépression, prise de poids ou encore sentiment de « lever d’un voile » après l’arrêt de la pilule. Pour une génération qui valorise le bien-être global, ces témoignages pèsent parfois davantage que l’assurance d’un médecin affirmant que la pilule est « sûre ».

« Si un médecin homme vous dit que ça ne fait pas mal, et que moi je vous dis que si – je pense que vous devriez davantage me faire confiance », explique Zarah, une participante à l’étude, qui a le sentiment croissant que l’expérience sensorielle personnelle prime sur les données cliniques.

Ce déplacement marque l’émergence de ce qui est présenté comme une « contre-expertise », sans l’être puisque les personnes qui se prononcent n’ont pas de formation médicale et ne sont pas habilitées à prodiguer des conseils de santé.

L’étude rend compte de situations dans lesquelles de jeunes femmes arrivent désormais aux consultations munies de listes de combinaisons hormonales, d’effets secondaires et de méthodes alternatives qu’elles ont elles-mêmes recherchées en ligne.

Sur Instagram, un vocabulaire négatif autour de la pilule

En France, la perception du « risque » évolue selon les réseaux sociaux, quand l’Agence officielle du médicament indique que « la pilule est une méthode très efficace (à plus de 90 %) » et qu’elle « peu[t] provoquer des effets indésirables. Ils ne surviennent pas systématiquement chez toutes les femmes. »

L’étude suggère que les réseaux sociaux, eux, ont déplacé l’attention. Au lieu de se concentrer sur ces événements rares, mais potentiellement sérieux, les discussions portent désormais sur des « effets secondaires moins graves mais indésirables » qui affectent le bien-être mental et social au quotidien (variations d’humeur, maux de tête ou perte de libido).

Sur des plateformes comme Instagram, la pilule est de plus en plus souvent décrite à travers un vocabulaire négatif : « risquée », « nocive », voire « toxique ». Le mot même d’« hormones » devient porteur de danger. Certaines participantes à l’étude décrivent la prise de la pilule comme une « injection massive d’hormones », percevant le médicament comme une « force redoutable », qui « perturbe le cerveau des femmes ».

Cette « construction sociale des risques » fait apparaître la pilule comme une menace qui serait plus importante pour le soi-disant « équilibre naturel » d’une personne que le risque d’une grossesse non désirée. Et ce, sans s’appuyer sur les compétences de médecins, sages-femmes, psychologues ni d‘autres spécialistes formés à accompagner les femmes dans ce genre de situations qui ont à voir avec la santé physique et mentale.

Des boucles d’activation et de conditionnement

Les chercheurs ont synthétisé ces résultats dans un cadre d’analyse consacré à la « formation des attitudes liées à la santé ». Selon eux, les réseaux sociaux fonctionnent à travers deux boucles :

1. La boucle d’activation : elle renforce le sentiment des femmes de pouvoir agir, ces dernières ayant l’impression de développer leurs connaissances en matière de santé, en les encourageant à développer une soi-disant contre-expertise et à s’engager dans l’activisme numérique.

Si cet empowerment numérique peut aider à reprendre le contrôle de son corps, il introduit également de nouveaux risques. L’érosion de l’autorité médicale peut exposer les jeunes femmes à la désinformation et aux discours alarmistes.

À ce propos, l’étude suggère qu’une simple amélioration en matière de communication médicale pourrait ne pas suffire à inverser la tendance, puisque le socle même de la confiance repose désormais sur les communautés numériques.

2. La boucle de conditionnement : elle déplace la confiance depuis les institutions médicales vers les pairs, au risque d’enfermer certaines femmes dans des choix spécifiques par l’intériorisation d’« histoires d’horreur » partagées ou d’informations erronées, voire de désinformation partagée par leurs pairs.

Alors que la pilule contraceptive, « emblème de la libération des femmes » connaît une remise en question sans précédent, un véritable déracinement de l’autorité médicale est à craindre. À l’ère des réseaux sociaux, le choix contraceptif n’est plus seulement une décision médicale : il devient une interaction stratégique au sein d’un réseau mondial de pairs numériques.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive – https://theconversation.com/quand-les-reseaux-sociaux-incitent-les-jeunes-femmes-a-tourner-le-dos-a-la-pilule-contraceptive-285508

Comment la diaspora iranienne vit la guerre à distance

Source: The Conversation – France in French (3) – By Yasaman Gorji, Professeure associée en stratégie et management international, ESSCA School of Management

Cet article a été rédigé avant le pré-accord du 14 juin 2026 entre le régime iranien et les États-Unis. L’avenir dira ce qu’il en sera.

Plusieurs millions d’Iraniens vivent de façon permanente à l’étranger. Ils suivent de très près la situation dans leur pays, oscillant entre crainte pour leurs proches, espoir d’un changement (dont les contours souhaités diffèrent selon les personnes) et sentiment diffus de culpabilité dû au fait qu’ils se savent à l’abri tandis que leurs concitoyens vivent une période particulièrement difficile.


Les tensions persistantes entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi que les fermetures et réouvertures successives par l’Iran du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, ont suscité une abondance d’analyses. Les économistes modélisent les chocs sur les prix, les experts débattent des scénarios et les milieux politiques s’interrogent sur un nouvel ordre régional.

Les civils iraniens, eux, vivent avec les bombardements ou la crainte qu’ils surviennent, une vague d’exécutions sans précédent, l’inflation, l’incertitude et une quasi-coupure d’Internet.

Dans le vacarme de la guerre, cependant, une communauté devient de plus en plus difficile à entendre : la diaspora iranienne. Cet article relaye le point de vue d’un groupe d’universitaires iraniens de la diaspora. Nous ne prétendons pas parler au nom de tous, car la diaspora iranienne dans le monde, estimée entre huit et dix millions de personnes, est bien trop diverse pour cela. Nous offrons simplement un éclairage de l’intérieur. Où que vous viviez, vous avez peut-être un voisin, un collègue, un ami, un étudiant ou un camarade de classe iranien. Voici une partie de ce que beaucoup d’entre eux traversent aujourd’hui.

Des craintes multiformes

Si la situation peut apparaître, de l’extérieur, comme une simple guerre, la réalité pour de nombreux Iraniens est bien plus complexe. Depuis près de 47 ans, les voix appelant au changement en Iran n’ont cessé de s’intensifier, souvent amplifiées par la diaspora. Ces appels se sont exprimés à travers des vagues répétées de protestations et de manifestations.

Au fil des années, de nombreuses vies ont été perdues, en raison de l’exécution de manifestants et de la mort de plusieurs milliers de citoyens lors de périodes de troubles, des événements qui témoignent d’une répression et contraire aux principes démocratiques. Il importe toutefois de distinguer le régime de la nation : de nombreux Iraniens, en Iran comme à l’étranger, continuent d’éprouver un profond attachement à leur pays, enraciné dans sa culture, son histoire, sa langue et son peuple.

Pour beaucoup, cependant, il est difficile d’entrevoir une issue claire par la voie de la réforme progressive.

Dans le même temps, l’idée d’une transformation rapide à travers une intervention étrangère suscite également des inquiétudes, d’autant que les bombardements effectués depuis le 28 février dernier ont endommagé des écoles, des hôpitaux, des universités et d’autres infrastructures civiles, avec un lourd coût humain. De nombreux Iraniens à l’étranger se retrouvent ainsi partagés entre l’espoir que ce moment difficile ouvrira la voie au changement, la peur des conditions dans lesquelles ce changement adviendra, et un amour intact pour leur pays.




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Un contrecoup direct sur la vie quotidienne

Ces émotions entremêlées façonnent la manière dont une grande partie de la diaspora perçoit la guerre. Dans de nombreuses villes du monde, des Iraniens se sont rassemblés pacifiquement pour exprimer leur inquiétude pour la population et l’avenir du pays. Beaucoup sont aujourd’hui confrontés à des dilemmes éthiques profonds. Leur pays est sous les bombardements et les civils sont en danger. Dans le même temps, certains continuent d’espérer que cette période de souffrance puisse, à terme, conduire aux libertés et à la stabilité auxquelles ils aspirent depuis longtemps.

À ces inquiétudes s’ajoutent les divisions internes à la diaspora iranienne elle-même. Les Iraniens de l’étranger ne forment pas un bloc politique homogène : certains soutiennent le prince héritier en exil, d’autres s’y opposent ; certains se reconnaissent dans d’autres mouvements ou courants d’opposition, tandis que d’autres encore restent favorables, explicitement ou implicitement, à la République islamique. Même les personnes les moins politisées peuvent se retrouver prises dans ces débats, au sein de leur famille, de leurs cercles d’amis ou de leurs communautés locales. Ces tensions pèsent lourdement sur la vie sociale et émotionnelle de la diaspora, car elles peuvent transformer l’inquiétude partagée pour l’Iran en conflits personnels, en ruptures de dialogue ou en sentiment d’isolement.

Derrière les considérations politiques se joue cependant une dimension plus intime : une forme de culpabilité silencieuse. De nombreux Iraniens à l’étranger sont en sécurité alors que leurs proches ne le sont pas. Ils disposent d’un accès stable à Internet et de la liberté d’expression, tandis que leurs parents, frères et sœurs, cousins et amis restés au pays vivent la guerre, le blackout informationnel, la peur et le risque d’exécution en cas d’expression dissidente. Même lorsque personne ne les accuse, ils se reprochent d’être ceux qui ont pu partir. Cette situation est souvent qualifiée de « culpabilité du survivant ». Elle déborde dans la vie quotidienne, au travail, en famille et dans les amitiés.

Un conjoint souhaite planifier des vacances, mais son partenaire iranien peine à se projeter sur une plage alors qu’un frère est injoignable depuis plusieurs jours. Un parent dit : « Ne t’inquiète pas pour nous, vis ta vie », et la fille à l’étranger l’entend comme une blessure. Au sein des familles, les tensions portent sur l’argent à envoyer, les proches à faire venir, les positions à prendre : chaque décision peut être vécue comme une trahison.

Les amitiés sont également mises à l’épreuve : un ami proche, souvent un autre Iranien, peut se retrouver dans un camp politique opposé, et après quelques échanges douloureux, le dialogue cesse. Un ami non iranien qui exprime une opinion reçoit d’abord une réponse froide, puis le silence s’installe. Peu à peu, la vie se fait plus discrète : moins de dîners, des messages plus courts, un sourire au travail, et une porte fermée chez soi.

À ces émotions que sont la peur, l’espoir, le désespoir et la colère, s’ajoute, chez de nombreux membres de la diaspora, un sentiment de honte, que l’on pourrait qualifier de honte par procuration. Ce sentiment naît de leur association à des politiques avec lesquelles ils ne se reconnaissent pas, y compris la politique étrangère du régime iranien, son soutien à certains groupes armés dans la région et son implication dans des conflits dont les premières victimes sont souvent des civils. Ces réalités contribuent à façonner, à l’étranger, une image des Iraniens à laquelle beaucoup de membres de la diaspora ne s’identifient pas.

On peut adhérer ou non à cette analyse, mais ce ressenti est largement partagé au sein de certaines franges de la diaspora. En réponse, beaucoup redoublent d’efforts, s’investissent dans leur carrière, s’intègrent rapidement dans leurs sociétés d’accueil et contribuent économiquement. Ces efforts sont visibles lors de manifestations à l’étranger, marquées par leur caractère pacifique et leur civisme.

Une angoisse constante

Parallèlement, les membres de la diaspora sont souvent confrontés à des niveaux de stress et d’angoisse élevés, parfois paralysants. Beaucoup commencent chaque journée à consulter les informations et actualiser les réseaux sociaux. Cette situation s’est intensifiée depuis le début du conflit, notamment en raison des coupures d’Internet qui ont fortement limité les contacts avec les proches restés en Iran. Malgré tout, la vie quotidienne doit continuer : travailler, s’occuper de sa famille, gérer les responsabilités courantes, tout en portant un poids que des personnes extérieures pourraient simplement qualifier de « stress ». À long terme, cette tension constante engendre une fatigue profonde, nourrie par des années de crises répétées dans le pays d’origine.

À cela s’ajoute l’incertitude. Le cerveau humain n’est pas conçu pour faire face à une incertitude prolongée : il a besoin d’anticiper, de prévoir et de s’adapter. Pour la diaspora iranienne, cette incertitude se déploie à plusieurs niveaux. Les individus ne savent pas si leurs proches sont en sécurité, si le régime tombera, ce qui adviendra ensuite, s’il faut s’exprimer ou se taire, espérer ou redouter. Une incertitude excessive peut paralyser, empêchant d’agir et de prendre des décisions.

De nombreux Iraniens de la diaspora sont entourés d’amis, de collègues et de proches non iraniens bienveillants. En période de crise, ils reçoivent souvent de l’empathie, du soutien et des propositions d’aide. Ce soutien est précieux. Toutefois, la compassion elle-même peut s’éroder avec le temps. Une exposition répétée à des informations anxiogènes peut entraîner une forme de désensibilisation. Pour un pays confronté à près d’un demi-siècle de crises successives, il existe un risque que chaque nouvelle urgence se fonde dans la précédente et que l’attention du public finisse par se détourner.

Face au risque d’être oubliés, les membres de la diaspora adoptent différentes stratégies pour maintenir l’attention. Certains ressentent le besoin d’expliquer sans relâche, de débattre en ligne ou en personne, ou de sensibiliser en permanence. L’un des déclencheurs les plus frustrants reste le sentiment que leurs expériences sont minimisées, mal comprises ou réduites à des visions partielles.

Que demandons-nous, alors ?

Nous ne demandons pas aux non-membres de la diaspora de s’abstenir de prendre position sur la guerre. Nous demandons simplement un peu plus d’attention dans la manière dont ces conversations sont menées. Prendre un instant de plus avant de formuler une opinion. Demander une fois comment va une personne, et accepter « je ne peux pas en parler aujourd’hui » ou « je vais bien, ou ma famille va bien, mais eux non » comme des réponses suffisantes. Se rappeler que quelqu’un qui semble aller bien en réunion a peut-être passé la nuit, à trois heures du matin, à tenter de joindre une sœur, un frère, un parent ou un ami. Être conscient que beaucoup d’Iraniens ne mettent plus leur téléphone en mode silencieux : un appel peut arriver à tout moment et ils ne peuvent se permettre de le manquer. Le récit dominant continuera d’exister. Notre objectif est d’y faire entendre la voix de celles et ceux qui vivent cette réalité à distance.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment la diaspora iranienne vit la guerre à distance – https://theconversation.com/comment-la-diaspora-iranienne-vit-la-guerre-a-distance-283713

Parkinson : avancées dans la compréhension d’une molécule clé de la maladie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cristine Alves Da Costa, Pharmacienne – Directrice de recherche Inserm, responsable de l’équipe ALZPARK (Physiopathologie des maladies d’Alzheimer et de Parkinson) à l’ l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire – CNRS, Université Côte d’Azur

On sait que la maladie de Parkinson, qui affecte plus de 10 millions de personnes dans le monde, dont 200 000 en France, est une maladie neurodégénérative due à la disparition progressive des neurones producteurs de dopamine, une molécule essentielle pour contrôler nos mouvements.

Au cœur de ce dysfonctionnement cellulaire se trouve une protéine, l’alpha-synucléine. Dans un cerveau sain, elle joue un rôle protecteur. Mais dans la maladie de Parkinson, elle s’accumule sous une forme toxique et agrégée, formant des amas appelés corps de Lewy, qui tuent littéralement les neurones.

Depuis longtemps, une question taraude les scientifiques : comment expliquer que, dans le cerveau des patients, on observe une augmentation de sa forme toxique agrégée ?

Notre équipe, en collaboration avec des chercheurs de l’équipe de Marie-Christine Chartier Harlin, a découvert un mécanisme clé qui pourrait expliquer cette accumulation.

Tout repose sur la défaillance d’une autre protéine clé dans la maladie de Parkinson : la parkine. Cette protéine est multitâche. Elle agit à la fois comme une étiqueteuse pour marquer les protéines dont la cellule doit se débarrasser (celles-ci sont ensuite recyclées) et comme un régulateur de l’activité de certains gènes.

Nous avons démontré que la défaillance de la parkine pourrait être à l’origine de l’accumulation de la forme toxique de l’alpha-synucléine, par deux voies différentes.

L’une est directe, à travers l’action de la parkine sur le gène de l’alpha-synucléine.

L’autre est indirecte, à travers le contrôle par la parkine de la dégradation de l’alpha-synucléine par une autre enzyme, nommée glucocérébrosidase bêta 1. Là encore, l’inactivation de la parkine provoque une diminution de l’expression du gène de la glucocérébrosidase (on sait, par ailleurs, que les mutations de ce gène sont le facteur de risque génétique le plus courant pour la maladie de Parkinson).

Enfin, la parkine agit de concert avec la glucocérébrosidase bêta 1 pour réguler les acteurs d’une voie essentielle du recyclage des protéines cellulaires appelée « autophagie médiée par les protéines chaperonnes » (ou CMA, pour Chaperone-Mediated Autophagy ; les chaperonnes étant des protéines qui « aident » les autres protéines).

En bref, quand la parkine fonctionne mal, à cause de mutations ou de l’augmentation du stress oxydatif lié au vieillissement (le stress causé aux composants des cellules par des molécules oxydantes que produit le métabolisme normal), tout le système se grippe :

  • la production d’alpha-synucléine physiologique (protectrice) baisse (à cause de la diminution du niveau de son gène) ;

  • sa dégradation est aussi bloquée, ce qui entraîne l’accumulation de sa forme toxique.

Comment cette découverte a-t-elle été rendue possible ?

Nous avons utilisé et croisé les résultats obtenus au niveau de la cellule, de l’animal et d’échantillons humains (prélèvements cérébraux post-mortem et fibroblastes – des cellules du tissu conjonctif présentes notamment dans le derme – de patients portant de mutations de la parkine).

Les travaux sur des lignées cellulaires capables de surproduire ou de sous-produire la parkine nous ont permis de mettre en évidence la régulation des gènes de l’alpha-synucléine et de la glucocérébrosidase bêta 1. Nous avons aussi pu montrer que la parkine est capable d’interagir avec des régions importantes pour l’expression des gènes, et qu’elle a un impact sur des acteurs clés responsables de l’autophagie médiée par les chaperonnes.

Les études chez des animaux transgéniques qui ne produisent pas de parkine nous ont, quant à elles, permis de corroborer nos résultats.

Enfin, les résultats obtenus grâce aux échantillons provenant de malades nous ont permis de valider la pertinence de nos résultats chez l’être humain.

En quoi cette découverte est-elle importante ?

L’impact scientifique de nos résultats est multiple. Ils démontrent en effet un rôle majeur de la parkine dans la régulation génique, notamment à travers sa fonction encore peu explorée de facteur de transcription.

Jusqu’ici, on savait que la parkine jouait un rôle dans la dégradation de multiples protéines, mais son implication dans la transcription des gènes de l’alpha-synucléine, de la glucocérébrosidase bêta 1 et sur l’autophagie médiée par les chaperonnes était jusqu’à présent inconnue.

Nos données unifient des observations jusqu’ici disjointes (rôle de la parkine, de la glucocérébrosidase bêta 1 et de l’autophagie médiée par les chaperonnes) en un modèle cohérent, applicable aux formes héréditaires et sporadiques de la maladie.

Quelles sont les perspectives de ces travaux ?

L’autophagie médiée par les chaperonnes constitue une voie essentielle de recyclage cellulaire spécialisée dans l’élimination des protéines solubles telles que l’alpha-synucléine.

Le fait que la parkine participe à la régulation de ce processus ouvre des perspectives importantes quant à l’étendue de ses fonctions biologiques et à son potentiel thérapeutique.

Une piste de recherche est désormais d’identifier de nouvelles molécules capables de restaurer le fonctionnement de la parkine. Une seconde approche sera de développer des activateurs spécifiques capables de relancer l’autophagie médiée par les chaperonnes, le processus de recyclage des protéines défaillant dans la maladie de Parkinson.

Enfin, ces découvertes laissent entrevoir des applications qui vont au-delà du contexte de la seule maladie de Parkinson, car la parkine est impliquée dans d’autres pathologies cérébrales, comme la maladie d’Alzheimer ou les cancers cérébraux.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui les ont menées, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.


The Conversation

Cristine Alves Da Costa a reçu des financements de ANR.

ref. Parkinson : avancées dans la compréhension d’une molécule clé de la maladie – https://theconversation.com/parkinson-avancees-dans-la-comprehension-dune-molecule-cle-de-la-maladie-282783

Pourquoi vous ne pouvez pas faire de « détox de dopamine »

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jérémie Naudé, Chargé de recherche au CNRS, neurobiologie expérimentale et théorique – Institut de génomique fonctionnelle (CNRS UMR 5203 – Inserm U1191 – Université de Montpellier), Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Contrairement aux idées reçues, la dopamine, molécule essentielle au fonctionnement de notre « système de récompense », n’a pas pour fonction d’encoder directement le plaisir.


Tinder, TikTok, Instagram, Candy Crush, pour n’en citer que quelques-unes… on entend souvent dire que ce type d’applications est conçu pour « pirater notre système de récompense », autrement dit le circuit qui, dans notre cerveau, affecte nos désirs, nos plaisirs et nos émotions, et qui joue un rôle crucial dans des processus aussi divers que la sexualité ou les addictions liées aux drogues.

Au centre de ce système se trouve la dopamine, une molécule qui participe à l’anticipation de la récompense.

À en croire de nombreux influenceurs et podcasteurs, pour protéger notre système de récompense face aux nombreuses stimulations qu’il reçoit quotidiennement, il faudrait se livrer à une « détox de dopamine », en se privant de plaisirs. Pour cela, les recommandations sont variées : prises de douches froides, exposition à la lumière du matin, établissement de listes de plaisirs à proscrire pour « réinitialiser » les neurotransmetteurs…

Entre références aux neurosciences et discours sur le bien-être, il aura suffi de quelques décennies pour que la dopamine devienne à la fois la cause de nos addictions modernes et la clé de notre épanouissement personnel. Psychiatre à Stanford, Anna Lembke a même écrit un best-seller, Dopamine Nation, considéré par certains comme un manuel permettant de procéder à cette « détox de dopamine ».

Cependant, dans les laboratoires qui étudient le fonctionnement de cette molécule, comme celui au sein duquel je travaille, le discours est totalement différent. Attaquons-nous donc à quelques idées reçues.

La dopamine est un signal d’apprentissage

Au tournant des années 1990, le neurophysiologiste Wolfram Schultz mène sur des singes une série d’expériences devenues classiques.

Pendant que les primates apprennent une nouvelle tâche, il enregistre dans le même temps l’activité de leurs neurones dopaminergiques (autrement dit les neurones qui produisent de la dopamine). L’exercice est simple : un signal lumineux annonce, quelques secondes après son activation, l’arrivée d’un peu de jus de fruits.

Dans les premiers temps de l’apprentissage, Schultz constate que les neurones s’activent au moment où la récompense arrive. Mais à mesure que le singe retient l’association entre le stimulus et la récompense, l’activité des neurones dopaminergiques se déplace : elle survient dès l’apparition du signal lumineux, et plus du tout au moment de la récompense elle-même. Et si l’expérimentateur ne fournit pas le jus alors que ce dernier avait été annoncé par le stimulus, l’activité des neurones dopaminergiques chute en dessous de son niveau de base.

Les neurones à dopamine n’encodent donc pas le plaisir. En effet, le singe ressent toujours du plaisir au moment du jus, même quand son arrivée est prévisible. Pour prendre un autre exemple : savoir qu’on va dans un bon restaurant peut nous exciter à l’avance, mais cela n’enlève en rien le plaisir qu’on retire lorsque les plats dont nous anticipions la dégustation sont effectivement consommés.

En réalité, l’activité des neurones à dopamine mesure plutôt un écart entre la récompense attendue et la récompense vraiment reçue. En d’autres termes, un pic de dopamine n’est pas la marque d’un plaisir éprouvé sur l’instant, mais la trace d’une comparaison entre nos prédictions de récompense et la réalité. On parle d’« erreur de prédiction de récompense ». Quand une situation ou une action nous procure plus de récompense que prévu, l’erreur de prédiction est positive, et le corps considère qu’il est pertinent de la réitérer.

Il faut bien comprendre qu’ici, « récompense » ne veut pas dire « plaisir ressenti » : c’est plutôt ce qui compte pour l’organisme, et qu’il pouvait plus ou moins anticiper. C’est, par exemple, une gorgée de jus pour le singe de Schultz ou, en ce qui nous concerne, la consommation d’un bon repas ou même la réception d’une bonne nouvelle. Le signal de dopamine ne marque pas le repas en lui-même : il marque l’écart entre le repas espéré et celui qu’on a vraiment eu.

Au contraire, si on réalise une action qui nous donne moins de récompense que prévu, il s’agira de peut-être reconsidérer ce choix la prochaine fois qu’il se présentera.

Cette interprétation a structuré toute la recherche sur l’apprentissage par renforcement, lequel est fondé sur l’ajustement de ses actions selon leurs conséquences passées. En effet, la signature de l’erreur de prédiction de récompense se retrouve chez l’humain comme chez la souris.

La dopamine est en réalité à la fois un signal d’apprentissage (qui ajuste la valeur que nous attribuons aux actions) et un signal de motivation. La prédiction de valeur est utile à la fois pour régler les actions à réaliser et pour continuer à comparer le résultat réel de l’action à ce qui était prédit.

En d’autres termes, la dopamine nous indique que l’on peut dépenser de l’énergie pour obtenir une récompense. Lorsque l’apprentissage est consolidé, le signal de dopamine s’éteint de lui-même.

Drogues et récompenses aléatoires : un faux parallèle

L’argumentation des tenants du concept de « détox de dopamine » est fondée sur l’idée qu’il serait impossible de stabiliser le système de la récompense, ce qui nous pousserait à un vouloir « toujours plus ».

Dans le cas des applications sur mobile, les notifications, les likes, le défilement infini relèveraient d’un même piratage : ils délivreraient des récompenses incertaines, donc surprenantes, donc productrices de pics de dopamine répétés. À force, le système de la récompense s’épuiserait, comme il s’épuise sous l’effet des drogues, et nous deviendrions de moins en moins sensibles aux plaisirs ordinaires. La détox serait alors une façon de réinitialiser ce système.

Cependant, cette analogie n’est pas pertinente. En effet, les drogues, comme la cocaïne ou les opioïdes, augmentent les niveaux de dopamine de manière pharmacologique, intense et prolongée, indépendamment de toute prédiction de récompense.

Le cerveau ne peut alors pas absorber cette augmentation, car elle est « forcée » chimiquement. L’une des réponses de notre organisme est donc de diminuer le nombre de récepteurs de la dopamine à la surface des cellules. Il en résulte la tolérance bien décrite chez les usagers chroniques, qui les mène à augmenter les doses ou à multiplier les prises.

Une notification reçue aléatoirement sur un smartphone est d’une autre nature : il s’agit d’une récompense « classique », dont on apprend à la fois la valeur et le caractère imprévisible. Comme les conditions de son obtention sont variables, il existe bel et bien un léger bonus d’activité de dopamine, dit « de curiosité » (« c’est imprévisible, donc intéressant »), mais celui-ci ne dure que quelques fractions de seconde.

Nous l’avons mesuré récemment chez la souris dans une tâche de jeu. L’animal devait choisir entre plusieurs options dont la probabilité de récompense différait. Pendant qu’il se décidait, nous avons suivi en temps réel l’activité dopaminergique de ses neurones. Face à une option incertaine, un petit surcroît d’activité est bien détecté, mais de l’ordre de la fraction de seconde.

Son ordre de grandeur est donc sans commune mesure avec celui qui résulte de la consommation de drogues. Si la simple imprévisibilité d’un résultat créait une accoutumance en elle-même, nous deviendrions accros à un simple lancer de dés, sans enjeu monétaire ! De fait, la raréfaction des récepteurs, qui accompagne l’usage de stimulants, ne s’observe pas chez les joueurs « pathologiques » : un comportement, même répété et incertain, n’use pas le système comme le fait une drogue…

La souffrance dont certaines personnes rendent compte dans leur rapport aux écrans est réelle, mais l’attribuer à une saturation du système dopaminergique conduit à proposer des solutions qui ne ciblent pas le bon mécanisme, car scroller n’est pas comparable à consommer de la cocaïne.

Tenter d’« optimiser ses hormones » est une impasse

La théorie selon laquelle il existerait dans notre cerveau un « bon » niveau de molécule est séduisante, car elle est facilement compréhensible. Mais elle est fausse.

Sous un vernis de vocabulaire neuroscientifique, elle s’apparente en réalité à la vieille théorie des humeurs : la santé serait une question d’équilibre entre quelques fluides (ou substances) bien identifiés, équilibre qu’il serait possible de maintenir en s’astreignant à une bonne hygiène de vie.

L’idée qu’il est possible de déterminer une concentration « optimale » en molécules n’est pas réservée qu’à la dopamine. Le neurologue américain Andrew Huberman, podcasteur star (mais qui fait l’objet de critiques par d’autres scientifiques en raison de sa propension à extrapoler et s’exprimer hors de son domaine d’expertise), propose ainsi des protocoles précis pour ajuster non seulement la dopamine, mais aussi le cortisol, la sérotonine ou la testostérone (autant d’autres molécules qui influent sur nos comportements affectifs et cognitifs – on parle de « neuromodulateurs »).

Le problème est que ces substances ne fonctionnent pas comme des fluides indépendants dont on pourrait régler les niveaux indépendamment les uns des autres. Le neuroscientifique britannique de renommée mondiale Peter Dayan, spécialiste de la neuromodulation et de l’apprentissage, l’a résumé dans une revue de référence publiée en 2012, les neuromodulateurs interagissent en permanence.

Dopamine, sérotonine ou cortisol s’influencent mutuellement, parfois de façon coopérative, parfois en compétition, selon le contexte et la région cérébrale concernée. En outre, même prise isolément, la dopamine n’exerce pas toujours le même rôle.

Grâce à une technologie appelée « optogénétique », qui permet de contrôler, grâce à la lumière, l’activité de certaines protéines, on peut activer précisément les neurones dopaminergiques d’une souris pendant qu’elle prend une décision.

Avec mes collègues, nous avons montré que l’effet de cette activation dépend entièrement de ce que la souris est en train de faire. Si elle se trouve dans un environnement où elle a appris qu’un objectif est désirable et accessible, l’activation des neurones à dopamine augmente sa motivation à atteindre cet objectif. Si rien ne l’attend de particulier, la même activation neuronale – et donc, la production de niveaux de dopamine similaires – est sans effet observable.

Moduler les effets de la dopamine ne peut donc pas se faire de la manière dont on module à la hausse ou à la baisse le son d’un haut-parleur à l’aide d’un bouton de volume : l’influence de cette molécule dépend de ce que l’organisme a, à cet instant, comme objectifs.

Prêter attention au contexte

Si l’idée d’une cure de « détox de dopamine » ne repose sur aucune base solide scientifiquement parlant, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut rien changer à nos comportements !

Le sommeil, l’activité physique, le temps passé à l’extérieur ont des effets documentés sur la santé physique et mentale. Décrocher des écrans pour se coucher plus tôt, faire du sport ou sortir se promener a bel et bien des effets positifs en matière de bien-être. Mais ces derniers ne sont pas dus à une supposée « optimisation hormonale » qui résulterait d’un « protocole » capable de résoudre miraculeusement tous les problèmes.

Les recherches récentes montrent que ce n’est pas seulement la valeur de nos actions qui se recalcule, mais la valeur des récompenses elles-mêmes. Un même plaisir ne « vaut » pas la même chose selon l’état où l’on se trouve : un repas n’a pas la même valeur selon qu’on a faim ou qu’on sort de table, et cet état de fond se déplace lentement, au gré de nos conditions de vie, comme la fatigue accumulée, l’isolement ou la façon dont le travail nous fatigue.

Le système dopaminergique ajuste en continu la valeur d’une action donnée – comme aller sur les réseaux sociaux – relativement à tout le reste. Les conséquences ne dépendent donc pas d’un protocole individuel, mais plutôt d’un environnement global. Il compare en permanence la récompense qu’on obtient à celle qu’on attendait, mais ce qui constitue pour nous une récompense à un instant donné peut évoluer au cours de notre vie.

Plutôt que de se priver de tout plaisir pour espérer « réinitialiser » son système de la récompense, il est plus pertinent de se demander dans quelles conditions collectives nous avons l’opportunité de bien dormir, quelles sont les causes de ce stress au travail qui nous insupporte, etc.

Adresser aux individus des injonctions à s’optimiser, c’est faire porter à chacun la responsabilité de trouver en lui-même, en dépit de l’environnement, un niveau idéal de dopamine… qui n’existe pas !

The Conversation

Jérémie Naudé a reçu des financements de l’ANR, du CNRS, de l’INSERM, de l’Université de Montpellier, de Sorbonne Université, et de la Fondation pour la Recherche Médicale.

ref. Pourquoi vous ne pouvez pas faire de « détox de dopamine » – https://theconversation.com/pourquoi-vous-ne-pouvez-pas-faire-de-detox-de-dopamine-283229

Et si la nature avait des droits ? Ce que la réforme constitutionnelle pourrait changer à Maurice

Source: The Conversation – in French – By Aurélie Mendoza Spinola, Droit public – Droit de l’environnement, Middlesex University

Les réformes constitutionnelles sont rares. Elles le sont encore davantage lorsqu’elles invitent une société à repenser sa relation avec le monde qui l’entoure.

C’est pourtant le débat qui s’ouvre aujourd’hui à Maurice avec le projet d’intégrer les droits de la nature dans la Constitution. Derrière une formule qui peut sembler abstraite se cache une question fondamentale : le droit est-il encore adapté aux défis environnementaux du XXIe siècle ?

Au cours des dernières années, j’ai étudié le droit de l’environnement et la justice climatique, avec une attention particulière accordée aux petits États insulaires de l’océan Indien, notamment Maurice. J’ai constaté que depuis plusieurs décennies, Maurice s’est dotée de nombreuses lois destinées à protéger l’environnement (parmi lesquelles l’Environment Protection Act 2024).

Pourtant, le naufrage du MV Wakashio en 2020, l’érosion côtière, la dégradation des récifs coralliens et des mangroves, la perte de biodiversité ainsi que les effets croissants du changement climatique rappellent la fragilité des écosystèmes dont dépend largement la survie et le développement du pays.

Pour un petit État insulaire, l’environnement conditionne la sécurité alimentaire, l’économie, le tourisme et la résilience climatique. Face à ces défis, on pourrait considérer qu’il ne suffit plus de réglementer l’exploitation de la nature, mais qu’il faudrait désormais repenser son statut juridique lui-même.




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Que sont exactement les droits de la nature ?

L’expression peut sembler pour le moins surprenante. Après tout, comment une rivière, un lagon ou une forêt pourraient-ils avoir des droits ?
Pour comprendre cette idée, il faut revenir à une notion bien connue du droit : la personnalité juridique. Les êtres humains ne sont pas les seuls titulaires de droits.

Les sociétés commerciales, les associations ou les collectivités locales possèdent également une personnalité juridique. Grâce à cela, elles peuvent agir en justice ou conclure des contrats, bien qu’elles ne soient pas des personnes physiques.

Les défenseurs des droits de la nature proposent d’étendre cette logique à certains écosystèmes. Concrètement, une rivière, une forêt ou un récif pourraient être reconnus comme titulaires de droits, tels que le droit d’exister, de maintenir ses fonctions écologiques ou d’être restauré lorsqu’il subit des dommages.

Bien entendu, la nature ne pourrait pas se présenter elle-même devant un tribunal. Elle serait représentée par des institutions, des organismes ou des personnes chargées de défendre ses intérêts.

Cette idée n’est plus uniquement théorique. L’Équateur a inscrit les droits de la nature dans sa Constitution dès 2008. En Nouvelle-Zélande, le fleuve Whanganui bénéficie d’un statut juridique particulier. La Colombie a également reconnu certains écosystèmes comme titulaires de droits nécessitant une protection spécifique.




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Pourquoi ce débat est-il important ?

Au fond, les droits de la nature traduisent une évolution de notre manière de concevoir la protection de l’environnement.

Traditionnellement, le droit protège la nature parce qu’elle est utile aux êtres humains : les récifs protègent les côtes, les forêts contribuent à la qualité de l’air et les écosystèmes soutiennent l’économie. Les droits de la nature proposent d’aller plus loin en reconnaissant que certains éléments du monde naturel possèdent également une valeur propre et méritent d’être protégés pour eux-mêmes.

Il ne s’agit pas nécessairement d’opposer l’être humain à la nature. Au contraire, l’idée est plutôt de reconnaître que le bien-être humain dépend étroitement de la santé des écosystèmes dont il fait partie. En d’autres termes, il s’agit de traduire en droit l’interdépendance entre l’homme et l’environnement.




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Que changerait concrètement une telle réforme ?

La première conséquence concernerait l’État.
La protection de l’environnement pourrait devenir une véritable obligation constitutionnelle. Cette évolution est déjà observable dans plusieurs pays. Plus récemment, la Cour constitutionnelle des Seychelles a rappelé l’importance des obligations environnementales de l’État dans l’affaire Wootland Holdings Ltd. Les pouvoirs publics ne seraient donc plus seulement chargés de réglementer certaines activités polluantes, mais également de prévenir les atteintes aux écosystèmes et de favoriser leur restauration lorsque cela est nécessaire.

Les considérations environnementales pourraient alors être davantage intégrées dans les politiques d’aménagement du territoire, d’énergie, de transport ou de développement économique. Les entreprises seraient également concernées.

La reconnaissance des droits de la nature ne signifierait pas l’arrêt du développement économique. En revanche, elle pourrait renforcer les exigences applicables aux projets ayant des impacts significatifs sur l’environnement. Les études d’impact environnemental, les mesures de prévention des risques et les obligations de restauration écologique pourraient prendre une importance accrue.

Enfin, les citoyens et les organisations de la société civile pourraient voir leur rôle renforcé, d’une part par la possibilité d’accéder plus facilement au prétoire pour défendre l’environnement, et d’autre part par un meilleur accès à l’information et à la participation en matière d’environnement.

Ainsi, l’accès à la justice environnementale pourrait être facilité lorsque des écosystèmes sont menacés. Maurice a déjà connu récemment une évolution juridique sur ce point avec la jurisprudence Eco Sud du Privy Council, qui a contribué à élargir la reconnaissance de l’intérêt à agir des associations de protection de l’environnement.

Les citoyens pourraient également bénéficier de droits renforcés en matière d’information et de participation aux décisions ayant des conséquences importantes sur l’environnement.

Les défis à relever

Toute réforme ambitieuse soulève toutefois des questions complexes.
La première concerne la représentation de la nature : qui parlera en son nom ? L’État, les collectivités locales, les ONG, des organismes indépendants ou une combinaison de ces acteurs ?

La deuxième porte sur l’articulation entre les droits de la nature et d’autres principes juridiques fondamentaux (notamment le droit de propriété) et les impératifs de développement économique.

Enfin, il faudra éviter qu’une éventuelle réforme demeure purement symbolique. En matière environnementale, le défi n’est souvent pas l’absence de règles mais leur application effective. Le renforcement des institutions, des mécanismes de contrôle et des moyens consacrés à la protection de l’environnement sera donc essentiel.

Comme dans de nombreux pays, les tribunaux joueront également un rôle important. Ils seront amenés à interpréter les nouveaux principes constitutionnels et à rechercher un équilibre entre protection de l’environnement, droits individuels et développement économique.

Un débat sur l’avenir de Maurice

La reconnaissance des droits de la nature ne constitue pas seulement une réforme environnementale. Elle invite à réfléchir à la place que la société mauricienne souhaite accorder à son patrimoine naturel dans les décennies à venir.

Que l’on adhère ou non à cette approche, une chose est certaine : le débat dépasse largement le cadre du droit de l’environnement. Il concerne la manière dont Maurice entend concilier développement, résilience climatique et protection des écosystèmes dont dépend son avenir.

The Conversation

Aurélie Mendoza Spinola does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Et si la nature avait des droits ? Ce que la réforme constitutionnelle pourrait changer à Maurice – https://theconversation.com/et-si-la-nature-avait-des-droits-ce-que-la-reforme-constitutionnelle-pourrait-changer-a-maurice-285746

Tirage au sort, assemblées citoyennes, remplacement du Sénat : les Français veulent de l’innovation démocratique

Source: The Conversation – France in French (3) – By Dimitri Courant, Postdoctoral Researcher & Lecturer, Sciences Po

Pétitions, assemblées citoyennes, référendums : selon une enquête inédite, menée par Sciences Po et l’institut Verian, une large majorité de Français souhaitent un système qui favorise la participation directe. Le principe des assemblées citoyennes est soutenu par 67 % des sondés, et 53 % d’entre eux aspirent à remplacer le Sénat par une assemblée tirée au sort.


Les municipales de 2026 ont confirmé une tendance lourde : l’abstention progresse et les partis établis s’usent. La présidentielle de 2027 s’annonce comme un nouveau face-à-face entre des figures familières d’un sérail que les Français regardent avec une défiance croissante. Dans ce contexte, les assemblées citoyennes tirées au sort sont souvent présentées comme une réponse à la crise démocratique. Mais laquelle, exactement ? Et surtout, quelle forme les Français eux-mêmes appellent-ils de leurs vœux ?

Une enquête quantitative, conduite en mai 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 2 500 Français dans l’Hexagone, l’enquête DeCoDe « Délibération citoyenne et confiance dans la politique démocratique », à laquelle je participe avec Bernard Reber, Damien Bol, Flora Chanvril et Bruno Cautrès (Cevipof/Sciences Po), et dont le terrain a été effectué par l’institut Verian, offre des éléments de réponse précis. Les résultats brisent quelques certitudes.

Un désir de démocratie, pas d’« électocratie »

Le constat de départ est saisissant : seuls 13 % des répondants font confiance à la politique, 17 % au gouvernement, 21 % à l’Assemblée nationale. Mais 80 % restent attachés à un système politique démocratique.

Ce n’est pas la démocratie que les Français rejettent ; c’est l’électocratie, cette forme de gouvernement fondée sur l’élection d’élites sans mandat impératif, où les représentants ne sont pas tenus par les préférences de ceux qui les ont élus.

Ce rejet ne se traduit pas par une adhésion naïve aux assemblées citoyennes, aussi appelées « conventions citoyennes » en France. Ainsi, 67 % des sondés estiment que c’est une bonne chose que des citoyens participent à ces conventions, et 50 % font confiance à ces assemblées. Mais parmi les 35 % qui ne leur font pas confiance, 56 % justifient leur scepticisme par une formule révélatrice : les assemblées citoyennes sont « une arnaque qui permet aux politiciens de gagner du temps et de faire de la communication ».

Ce n’est donc pas une critique du tirage au sort délibératif. C’est une critique de la « consultation d’élevage », ce modèle dans lequel les élus choisissent le thème de l’assemblée, puis font leur marché parmi les recommandations, ou les ignorent totalement.

Trois modèles pour un système délibératif, un vainqueur relatif

La question centrale n’est pas tant de savoir si les Français veulent des assemblées citoyennes, mais dans quel système délibératif ils souhaitent les insérer, c’est-à-dire quelle place ces mini-publics doivent occuper dans l’architecture institutionnelle, entre les élus, les citoyens tirés au sort et la population dans son ensemble.

Dans un article publié dans Raisons politiques, j’avais proposé de distinguer trois grands modèles institutionnels.

  • D’abord, la « consultation d’élevage » : les élus fixent l’agenda du mini-public et décident ensuite du devenir de ses propositions.

  • Ensuite, la « démocratie radicale » : le peuple fixe l’agenda des assemblées citoyennes en amont, par initiative populaire ou pétition, et ratifie leurs propositions en aval, par référendum.

  • Enfin, la « klérocratie représentative » : les tirés au sort eux-mêmes choisissent les sujets, et leurs décisions ont force de loi, sans ratification extérieure.

Les données de l’enquête DeCoDe permettent de confronter cette tripartition théorique aux préférences réelles des Français. Le résultat est net.

Sur la mise à l’agenda, 40 % des répondants souhaitent que ce pouvoir appartienne aux citoyens eux-mêmes, par pétition ; le Parlement n’obtient que 20 %. Sur la ratification des résultats, 36 % privilégient le référendum, contre 23 % qui préfèrent une transmission au Parlement. Seulement 12 % souhaitent que les propositions du mini-public soient transposées directement dans la loi, sans aucune ratification extérieure.

La démocratie radicale recueille le plus de soutiens relatifs ; la consultation d’élevage est un peu plus faible ; la klérocratie représentative reste très minoritaire.

Près de 53 % pour remplacer le Sénat par une assemblée tirée au sort

Une majorité absolue de Français (53 %) se dit favorable au remplacement du Sénat par une chambre tirée au sort ; 17 % y sont « très favorables », 36 % « plutôt favorables ». À l’opposé, seulement 11 % y sont « très défavorables ». C’est peut-être le résultat le plus saillant de l’enquête.

Ce chiffre n’est pas anodin. Le Sénat cumule deux déficits particulièrement visibles. D’une part, un déficit de représentativité, sa composition reflétant très peu la diversité de la population française. D’autre part, un déficit de légitimité, ses membres étant élus indirectement par les grands électeurs et non au suffrage universel direct. Face à cette configuration, le tirage au sort dispose d’arguments comparatifs solides : représentativité descriptive (avec quotas), égalité des chances, impartialité, et absence de calcul politicien.

Sur le rôle législatif des assemblées citoyennes, les Français sont plus nuancés. Interrogés sur le format que devraient prendre les travaux d’un mini-public, ils privilégient largement des « recommandations détaillées » ou des « orientations générales » plutôt que des « propositions de lois ». Pourtant, lorsqu’on leur demande directement si les assemblées citoyennes devraient « écrire la loi », 35 % répondent par l’affirmative, un chiffre non négligeable. Il faut noter qu’« écrire la loi » n’implique pas nécessairement un transfert de souveraineté : une assemblée citoyenne peut très bien rédiger un texte soumis ensuite à référendum (ou au Parlement), ce qui reste compatible avec la démocratie radicale (ou la consultation d’élevage).

Quoi qu’il en soit, 44 % y sont explicitement opposés. Le vrai clivage ne passe donc pas entre partisans et adversaires du tirage au sort, mais entre ceux qui souhaitent confier davantage de pouvoir au peuple et ceux qui veulent cantonner les assemblées citoyennes à un rôle consultatif sous contrôle des élus.

Quand les données contredisent les théoriciens

Un dernier enseignement mérite d’être relevé. Parmi les raisons invoquées par les Français pour soutenir un rôle législatif des assemblées citoyennes, les justifications « épistémiques » (la qualité de la délibération, l’audition d’experts) arrivent en dernière position. Ce qui prime, c’est l’« ordinarité », donc le fait que « ce sont des gens comme moi » (43 %), l’impartialité des tirés au sort qui « ne cherchent pas à être réélus » (44 %) et la défiance envers les élus (41 %).

Autrement dit, les préoccupations d’une large part des théoriciens du politique sont en décalage avec celles des citoyens ordinaires. Le débat entre klérocrates et consultativistes, qui structure une bonne partie de la littérature académique, ne correspond pas aux attentes d’une opinion publique qui se porte davantage vers la démocratie radicale et ses dérivés hybrides.

En 2027, les candidats à la présidentielle qui voudront parler sérieusement de réforme institutionnelle auraient intérêt à intégrer ces enseignements.

The Conversation

Dimitri Courant a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et de Sciences Po.

ref. Tirage au sort, assemblées citoyennes, remplacement du Sénat : les Français veulent de l’innovation démocratique – https://theconversation.com/tirage-au-sort-assemblees-citoyennes-remplacement-du-senat-les-francais-veulent-de-linnovation-democratique-284599

La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Raul Magni-Berton, Professeur de sciences politiques, AnthropoLab – Ethics, Institut catholique de Lille (ICL)

Le système politique suisse produit de très hauts niveaux de confiance des citoyens, qui s’expriment régulièrement sur les choix politiques publiques à travers des référendums. Le poids des citoyens transforme également la pratique des acteurs politiques, qui recherchent avant tout le consensus.


La Suisse est un pays, à bien des égards, exemplaire. Avec une dette publique la plus faible d’Europe et un produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus élevé, il symbolise aujourd’hui une Europe dynamique telle qu’on aimerait l’imaginer. Il est encore d’usage d’attribuer cette réussite économique a des pratiques économiques douteuses, telles qu’une fiscalité faible associée à un blanchissement d’argent par le secret bancaire. Pourtant, cette mauvaise réputation se heurte de plus en plus aux faits.

Selon la Banque mondiale, la Suisse est le pays où la contribution du travail à son PIB – par rapport au capital – est la plus élevée du monde. Ce ne sont donc pas les capitaux les seuls responsables de la richesse suisse, loin de là. Quant au secret bancaire, il n’existe plus depuis 2018, et l’économie suisse se porte toujours aussi bien.

En fait, pour de nombreux chercheurs, tels que Lars P. Feld, Bruno S. Frey ou John G. Matsusaka, la raison principale du succès économique de la Suisse n’est autre que son système politique, qui produit de très hauts niveaux de confiance de la part des citoyens. Par exemple, l’enquête European Social Survey montrait, en 2023, que trois résidents suisses sur quatre pensaient avoir leur mot à dire sur les décisions politiques, contre un tiers en France.

Déjà il y a trente ans, Bruno S. Frey publiait un article où il conseillait à l’Union européenne d’imiter le modèle politique suisse, ce qui lui garantirait prospérité économique et légitimité politique. Le système politique suisse, qui comporte nombre de spécificités issues d’une histoire très particulière, est régulièrement identifié comme facteur de faible dette ou de forte croissance. Et si les pays voisins s’en inspiraient ?

Un système de démocratie directe original

La Suisse se caractérise d’abord par un système de démocratie directe original. Il consiste en un faisceau de droits des citoyens, qui leur permettent de rejeter certaines politiques, mais aussi de prendre des initiatives pour en proposer.

Plusieurs institutions fédérales garantissent ces droits :

  • le référendum obligatoire, obtenu en 1848. Aucune modification constitutionnelle n’est autorisée sans un vote populaire.

  • le référendum facultatif, mis en place au niveau fédéral en 1874. Il permet de voter sur toutes les lois, à condition qu’une minorité d’environ 1 % des citoyens le demande à travers une pétition.

  • l’initiative populaire, instaurée en 1891. Elle permet aux citoyens de prendre l’initiative de modifications constitutionnelles à travers une pétition d’environ 2 % de la population déclenchant un référendum.

Ces pratiques, reproduites, avec quelques variantes, dans chaque canton et chaque commune, permettent aux Suisses d’exercer un contrôle fort sur leurs élites, en créant les conditions d’une société de confiance dans les institutions et d’implication citoyenne.

C’est ainsi que la Suisse se trouve à être le seul pays européen où la confiance dans les représentants dépasse les 50 %, où les citoyens qui pensent avoir un fort impact sur la politique sont plus du double que dans n’importe quel autre pays européen.

Fédéralisme et culture du consensus

Par ailleurs, le fédéralisme compétitif donne aux régions – les cantons – un rôle extrêmement important. L’article 3 de la Constitution affirme que ce sont les cantons – en non la fédération suisse – qui sont souverains et « exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération ». Les cantons se protègent du niveau fédéral, en gardant notamment une dose importante de recettes fiscales, avec plus de 50 % des recettes qui sont directement collectées par les cantons et les communes. Cette concurrence produit un potentiel d’innovation et d’efficacité qui pousse l’économie suisse vers le haut.

Enfin, la culture du consensus est extrêmement importante en Suisse. Le gouvernement fédéral est composé de sept membres (le Conseil fédéral), dont la présidence est assurée chaque année par un membre différent. De plus, ces sept membres représentent de façon plus ou moins proportionnelle l’équilibre des forces au Parlement, selon une règle non écrite connue sous le nom de « formule magique ». Il n’y a donc pas à proprement parler de majorité et d’opposition, mais un conseil où majorité et opposition trouvent des compromis. Cette pratique contribue à stabiliser les politiques en évitant que, à chaque alternance, les règles changent.

Peut-on exporter le modèle suisse ?

Ce fonctionnement est très éloigné des modèles politiques occidentaux, rendant son exportation difficile. Pour autant, le cœur du système suisse peut très bien inspirer d’autres nations. Quel est-il ?

Dans un livre écrit avec Clara Egger, nous défendons l’idée qu’au cœur des institutions réside le contrôle populaire sur la Constitution (grâce à l’initiative populaire et au référendum obligatoire). Ces deux institutions produisent un décalage majeur avec les systèmes représentatifs classiques puisque ce n’est plus le Parlement qui a le dernier mot sur les décisions politiques, mais bien les citoyens. C’est cette spécificité qui produit les autres : une plus forte autonomie locale, une politique consensuelle et une démocratie directe efficace.

Plusieurs travaux théoriques et empiriques concordent sur le fait que la démocratie directe préserve mieux les pouvoirs locaux que les parlements nationaux, qui ont tendance à centraliser les pouvoirs. Lorsque les citoyens ont le dernier mot, ils modèrent cette tendance centralisatrice, maintenant le pouvoir proche d’eux. C’est pourquoi la Suisse est restée aussi décentralisée.

Cette logique est visible à travers des votations historiques aussi éloignées que le rejet d’un impôt fédéral direct en 1918 ou le rejet des mesures fédérales en faveur des médias en 2022. On pourrait également citer le refus de supprimer la compétence cantonale en matière d’équipement personnel des militaires en 1996 ou le rejet de la reforme du régime des finances fédérales en 1970. Ces votations marquaient le refus de voir le pouvoir fédéral prendre trop de place. On peut en conclure que la démocratie directe protège le fédéralisme suisse, avec une autonomie des territoires favorable au développement économique.

Effet de la démocratie directe sur la politique de consensus

Face à des citoyens qui peuvent annuler ou modifier les décisions prises par les élus, ces derniers ont l’obligation de promouvoir des politiques le plus consensuelles possible afin d’éviter la sanction populaire. Les négociations avec les partis d’opposition ou les groupes de la société civile sont monnaie courante afin d’éviter que l’un d’eux fasse appel aux électeurs. Dès lors, les Suisses non seulement pensent avoir un impact sur la politique (souvent sans même avoir à voter !), mais de plus ils ont une confiance exceptionnelle dans leurs élus, non pas parce que ces derniers sont plus dignes de confiance, mais parce qu’ils craignent d’être sanctionnés.

Un modèle pour la France ?

Si l’initiative populaire et le référendum obligatoire sont les éléments essentiels de ce système performant, ils n’épuisent pas la palette des outils démocratiques dont les Suisses disposent. Le référendum facultatif est le moyen le plus utilisé pour annuler les décisions prises par les représentants, et donc l’élément dissuasif le plus important. Il reste toutefois un instrument dérivé qui doit son efficacité aux deux premières institutions.

Le système politique suisse est un ovni en Europe. Ses nombreuses spécificités ont poussé à le considérer comme difficilement exportable. Pourtant, le cœur de ce système est assez simple à définir : ce sont les citoyens suisses – et non leurs représentants élus – qui ont le dernier mot sur toutes les décisions.

Deux institutions garantissent cette souveraineté populaire : l’initiative populaire et le référendum obligatoire. En France, introduire ces deux institutions requiert un amendement mineur à l’article 89 de la Constitution de 1958, en y introduisant le référendum obligatoire (par l’abrogation de l’alinéa 3) et l’initiative citoyenne. Cette proposition, faite pour la première fois en 2019, a été soumise trois fois à l’Assemblée nationale, dont la dernière, en 2026, lors de la niche parlementaire du groupe écologiste. Finalement, nous n’en sommes pas si loin.

The Conversation

Raul Magni-Berton a co-fondé les mouvements Solution démocratique et Espoir-RIC. Il a conseillé certaines villes comme Poitiers et Grenoble, ainsi que des députés sur la façon d’introduire la démocratie directe dans la Constitution. Il a reçu des financements de la Commission européenne, en tant que membre de l’Horizon Europe Twin4dem, pour étudier les phénomènes de recul démocratique. Il est membre de l’ANR Plutobias, qui étudie l’influence de l’argent en politique.

ref. La France devrait-elle s’inspirer du modèle démocratique suisse ? – https://theconversation.com/la-france-devrait-elle-sinspirer-du-modele-democratique-suisse-283731

Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou non) au monde de l’énergie

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

À la mi-juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont signé, sous médiation pakistanaise, un protocole censé mettre fin à la guerre. Le détroit d’Ormuz, fermé depuis le 28 février, a commencé à rouvrir tandis que le prix du baril refluait. Après près de quatre mois de stress intense, l’heure est propice à un bilan d’étape. La crise a-t-elle rebattu les cartes de l’énergie mondiale ? Ou n’a-t-elle fait que confirmer des vulnérabilités patentes ?


À chaque crise énergétique revient la tentation d’annoncer un tournant historique. Le blocage du détroit d’Ormuz, devenu depuis la fin février le point de rupture d’une guerre ouverte, n’échappe pas à cet audit. Une fois les marchés apaisés et les tankers de retour, la crise d’Ormuz aura peut-être moins changé le monde de l’énergie, qu’elle en aura révélé les failles quasi sismiques.

Un extincteur… dans la maison en feu

Depuis des décennies, les marchés se rassuraient d’une idée simple. En cas de rupture, la capacité de production inutilisée de l’OPEP (sa « capacité de réserve ») pourrait être mobilisée pour compenser. La crise d’Ormuz a fortement altéré cette assurance. Car l’essentiel de cette capacité, logée en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, se trouvait précisément derrière le verrou.

Pour le dire autrement, l’extincteur était dans le bâtiment en feu… L’idée rassurante selon laquelle Riyad pourrait toujours ouvrir les vannes pour calmer les marchés ne vaut que si les barils peuvent effectivement sortir. La marge de sécurité qui fondait la confiance des marchés depuis le contre-choc des années 1980 s’est révélée ineffective en la circonstance.

Des flux qui deviennent des armes

Henry Farrell et Abraham Newman avaient théorisé l’interdépendance instrumentalisée. Soit l’idée que les nœuds dominants des réseaux mondiaux, financiers, numériques ou logistiques, peuvent être transformés en armes par ceux qui les contrôlent. Ormuz en offre une illustration « chimiquement pure ». Des chercheurs parlent désormais de « dilemmes de flux ». Cette expression désigne le piège où se trouvent les économies ouvertes, dont l’intégration crée des dépendances dont il est coûteux de s’extraire.




À lire aussi :
Après le départ des Émirats arabes unis, assiste-t-on à la fin de l’Opep ? Et faudra-t-il la regretter ?


Lorsque l’Iran ferme Ormuz, il n’invente pas une arme nouvelle, il active un levier latent, inscrit depuis longtemps dans la géographie des flux. Fermer le détroit relevait jusqu’ici de l’arme à effet autolimitant, l’Iran en payant lui-même le prix. Un régime acculé a fini par franchir le pas, y voyant non plus un suicide mais un ultime levier de dissuasion. C’est ce que Xavier Carpentier-Tanguy qualifie de « rhéopolitique », l’art de contrôler les flux plutôt que les territoires, de les régler, les moduler, les interrompre.

De nouveaux buts de guerre

Une rupture mérite d’être isolée, car elle dépasse le seul détroit. Après l’Ukraine, Ormuz confirme l’avènement d’une véritable guerre des infrastructures énergétiques, où raffineries, terminaux, gazoducs et réseaux électriques ne sont plus des dommages collatéraux mais des cibles de premier choix. En Ukraine, la Russie a fait du réseau une arme à part entière, lançant neuf vagues d’attaques coordonnées sur le système électrique entre mars et août 2024 et privant le pays d’environ 9 gigawatts de capacité, soit près d’un tiers de sa consommation d’avant-guerre. La logique est désormais explicite : frapper l’énergie de l’adversaire pour atteindre son économie et sa population.

La crise d’Ormuz prolonge ce répertoire à l’échelle du Golfe. Depuis le 28 février, des dizaines de sites énergétiques ont été visés dans neuf pays : raffineries, champs pétroliers, terminaux gaziers et dépôts d’hydrocarbures confondus… Les États-Unis et Israël ont frappé les installations iraniennes, de la raffinerie de Tondguyan, au sud de Téhéran, à plusieurs dépôts de la capitale, et ont visé à plusieurs reprises l’île de Kharg, d’où part l’essentiel des exportations iraniennes. L’infrastructure énergétique, jadis sanctuarisée par la dissuasion, devient un champ de bataille assumé, et c’est peut-être là le changement le plus lourd de conséquences, car il transforme chaque terminal, chaque gazoduc et chaque centrale en cible potentielle des conflits à venir.

Une carte des puissances redessinée

La crise a enfin révélé une asymétrie de puissance énergétique. Les États-Unis, redevenus exportateurs nets de pétrole et premiers exportateurs mondiaux de GNL, en sortent relativement protégés, voire renforcés. « Que le pétrole coule à flots », a lancé Donald Trump en annonçant la réouverture. À six mois des élections de mi-mandat, son administration a fait de la baisse des prix une priorité, et la posture de domination énergétique américaine a trouvé dans Ormuz une confirmation éclatante. Cette protection reste pourtant très relative, car les prix se forment sur un marché mondial et l’automobiliste du Midwest a lui aussi vu grimper le prix à la pompe de près de 60 %.

À l’autre extrémité, l’Asie a été la plus exposée. La Chine occupe une position singulière, premier acheteur du pétrole du Golfe, donc premier exposé, mais aussi détenteur du principal levier sur Téhéran. La guerre a par ailleurs tendu la relation transatlantique, révélant des désaccords profonds entre Washington et les Européens sur l’usage de la force et les priorités stratégiques.

Surtout, la cohésion interne de l’OPEP s’est profondément fissurée, l’un de ses membres, l’Iran, retournant le détroit contre les autres, tandis que les Émirats arabes unis ont quitté l’organisation après près de soixante ans. Le choc d’Ormuz n’aura pas seulement neutralisé l’OPEP au moment où on l’attendait le plus, il aura accéléré un déclin que certains jugent déjà irréversible.

Un choc d’abord supporté par le Sud

La crise a aussi rappelé que ses premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit. Vue du Sud, comme le souligne un volume collectif du Policy Center for the New South, la fermeture d’Ormuz a moins menacé l’essence des automobilistes occidentaux que la sécurité alimentaire de pays importateurs. Le détroit laisse en effet passer une part majeure des engrais phosphatés, de l’ammoniac et de matières critiques dont le monde se découvre tributaire, si bien qu’une interruption durable fait planer le risque d’une stagflation mondiale et de tensions sociales dans les économies les plus fragiles.

Les 3,4 milliards d’habitants qui vivent dans des États consacrants déjà plus à leur dette qu’à la santé ou à l’éducation y sont en première ligne, et jusqu’aux producteurs de minerais d’Amérique du Sud, contraints de revoir leurs débouchés. Même les pays exportateurs n’y gagnent guère, leurs recettes accrues étant absorbées par le renchérissement de leurs importations.

Europe : une dépendance déplacée plus que réduite

La crise confirme que la diversification engagée après l’invasion de l’Ukraine n’a pas réduit la dépendance européenne aux hydrocarbures. Elle l’a déplacée, de la Russie vers le Golfe et les États-Unis, c’est-à-dire d’une zone « sismique » vers d’autres. L’Europe est entrée dans la crise avec des stocks de gaz historiquement bas, 46 milliards de mètres cubes à la fin février contre 60 et 77 les deux hivers précédents, et un prix du gaz industriel deux à cinq fois supérieur à celui des États-Unis, comme le documentait le rapport Draghi.

La chimie, les engrais et la sidérurgie y ont vu ressurgir le spectre de 2022, et le choc énergétique s’est superposé au choc commercial des tarifs douaniers américains, une double exposition inédite depuis la stagflation des années 1970. La vulnérabilité européenne n’est donc, à l’évidence, pas conjoncturelle. Substituer un fournisseur à un autre ne change rien à la quantité d’énergie fossile importée, seulement l’adresse de l’expéditeur.

De l’urgence de décarboner pour sécuriser

Que retenir, alors ? La réponse structurelle à Ormuz n’est ni un énième oléoduc de contournement ni un fournisseur de substitution. C’est la décarbonation, entendue comme une stratégie de sécurité économique et non comme une simple contrainte climatique, formant une assurance contre le prochain choc d’Ormuz comme contre un éventuel chantage au GNL américain.

Les leviers existent, et ils sont connus. Il s’agit d’électrifier les procédés là où la technologie le permet, de déployer l’hydrogène bas carbone pour les usages à haute température difficilement électrifiables, de relever drastiquement l’efficacité énergétique et de développer la flexibilité de la demande. Chacun réduit mécaniquement l’exposition de nos économies aux chocs fossiles importés.

France 24 2026.

Le Clean Industrial Deal adopté par la Commission en 2025 articule d’ailleurs explicitement décarbonation et résilience industrielle, en reconnaissant que réduire la dépendance aux hydrocarbures importés est à la fois un objectif climatique et un levier de compétitivité et de sécurité.

Selon les calculs fondés sur le World Energy Investment 2026 de l’AIE, les investissements bas carbone, déployés depuis la COP 21 en 2015, ont permis d’éviter 260 milliards de dollars d’importations fossiles en 2025 aux grandes régions importatrices (Europe, Chine, Inde, Japon, Corée…). En 2026, ces économies, selon les conditions de sortie du conflit, pourraient atteindre de 350 à 400 milliards de dollars. Dont une centaine de milliards pour l’UE. Chaque technologie décarbonée fonctionne comme une police d’assurance dont la prime de risque géopolitique accroît mécaniquement le rendement.

Un révélateur, plus qu’un tournant

La crise d’Ormuz de 2026 n’aura donc rien d’une anomalie de l’Histoire. De la guerre des tankers des années 1980 aux alertes de 2011, 2019 et 2025, la menace est un invariant de la géopolitique de l’énergie. Si rien d’autre ne bouge, Ormuz 2026 ne sera qu’un choc particulièrement violent, prolongeant une longue série.

Si la décarbonation y est enfin lue comme une politique de sécurité, alors, rétrospectivement, cette crise sera célébrée comme un tournant. Et, ironie, Donald Trump en contribuant au chaos pétrogazier aura été un promoteur (bien involontaire) de la transition énergétique.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou non) au monde de l’énergie – https://theconversation.com/ce-que-la-crise-dormuz-a-change-ou-non-au-monde-de-lenergie-285820

Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou pas) au monde de l’énergie

Source: The Conversation – France (in French) – By Patrice Geoffron, Professeur d’Economie, Université Paris Dauphine – PSL

À la mi-juin de 2026, les États-Unis et l’Iran ont signé, sous médiation pakistanaise, un protocole censé mettre fin à la guerre. Le détroit d’Ormuz, fermé depuis le 28 février, a commencé à rouvrir, tandis que le prix du baril refluait. Après près de quatre mois de stress extrême, l’heure est propice à un bilan d’étape. La crise a-t-elle rebattu les cartes de l’énergie mondiale ? Ou n’a-t-elle fait que confirmer des vulnérabilités patentes ?


À chaque crise énergétique revient la tentation d’annoncer un tournant historique. Le blocage du détroit d’Ormuz, devenu depuis la fin février le point de rupture d’une guerre ouverte, n’échappe pas à cet audit. Une fois les marchés apaisés et les tankers de retour, la crise d’Ormuz aura peut-être moins changé le monde de l’énergie, qu’elle en aura révélé les failles quasi sismiques.

Un extincteur… dans la maison en feu

Depuis des décennies, les marchés se rassuraient d’une idée simple. En cas de rupture, la capacité de production inutilisée de l’OPEP (sa « capacité de réserve ») pourrait être mobilisée pour compenser. La crise d’Ormuz a fortement altéré cette assurance. Car l’essentiel de cette capacité, logée en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, se trouvait précisément derrière le verrou.

Pour le dire autrement, l’extincteur était dans le bâtiment en feu… L’idée rassurante selon laquelle Riyad pourrait toujours ouvrir les vannes pour calmer les marchés ne vaut que si les barils peuvent effectivement sortir. La marge de sécurité qui fondait la confiance des marchés depuis le contre-choc des années 1980 s’est révélée ineffective en la circonstance.

Des flux qui deviennent des armes

Henry Farrell et Abraham Newman avaient théorisé l’interdépendance instrumentalisée. Soit l’idée que les nœuds dominants des réseaux mondiaux, financiers, numériques ou logistiques, peuvent être transformés en armes par ceux qui les contrôlent. Ormuz en offre une illustration « chimiquement pure ». Des chercheurs parlent désormais de « dilemmes de flux ». Cette expression désigne le piège où se trouvent les économies ouvertes, dont l’intégration crée des dépendances dont il est coûteux de s’extraire.




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Une rupture mérite d’être isolée, car elle dépasse le seul détroit. Après l’Ukraine, Ormuz confirme l’avènement d’une véritable guerre des infrastructures énergétiques, où raffineries, terminaux, gazoducs et réseaux électriques ne sont plus des dommages collatéraux mais des cibles de premier choix. En Ukraine, la Russie a fait du réseau une arme à part entière, lançant neuf vagues d’attaques coordonnées sur le système électrique entre mars et août 2024 et privant le pays d’environ 9 gigawatts de capacité, soit près d’un tiers de sa consommation d’avant-guerre. La logique est désormais explicite : frapper l’énergie de l’adversaire pour atteindre son économie et sa population.

La crise d’Ormuz prolonge ce répertoire à l’échelle du Golfe. Depuis le 28 février, des dizaines de sites énergétiques ont été visés dans neuf pays : raffineries, champs pétroliers, terminaux gaziers et dépôts d’hydrocarbures confondus… Les États-Unis et Israël ont frappé les installations iraniennes, de la raffinerie de Tondguyan, au sud de Téhéran, à plusieurs dépôts de la capitale, et ont visé à plusieurs reprises l’île de Kharg, d’où part l’essentiel des exportations iraniennes. L’infrastructure énergétique, jadis sanctuarisée par la dissuasion, devient un champ de bataille assumé, et c’est peut-être là le changement le plus lourd de conséquences, car il transforme chaque terminal, chaque gazoduc et chaque centrale en cible potentielle des conflits à venir.

Une carte des puissances redessinée

La crise a enfin révélé une asymétrie de puissance énergétique. Les États-Unis, redevenus exportateurs nets de pétrole et premiers exportateurs mondiaux de GNL, en sortent relativement protégés, voire renforcés. « Que le pétrole coule à flots », a lancé Donald Trump en annonçant la réouverture. À six mois des élections de mi-mandat, son administration a fait de la baisse des prix une priorité, et la posture de domination énergétique américaine a trouvé dans Ormuz une confirmation éclatante. Cette protection reste pourtant très relative, car les prix se forment sur un marché mondial et l’automobiliste du Midwest a lui aussi vu grimper le prix à la pompe de près de 60 %.

À l’autre extrémité, l’Asie a été la plus exposée. La Chine occupe une position singulière, premier acheteur du pétrole du Golfe, donc premier exposé, mais aussi détenteur du principal levier sur Téhéran. La guerre a par ailleurs tendu la relation transatlantique, révélant des désaccords profonds entre Washington et les Européens sur l’usage de la force et les priorités stratégiques.

Surtout, la cohésion interne de l’OPEP s’est profondément fissurée, l’un de ses membres, l’Iran, retournant le détroit contre les autres, tandis que les Émirats arabes unis ont quitté l’organisation après près de soixante ans. Le choc d’Ormuz n’aura pas seulement neutralisé l’OPEP au moment où on l’attendait le plus, il aura accéléré un déclin que certains jugent déjà irréversible.

Un choc d’abord supporté par le Sud

La crise a aussi rappelé que ses premières victimes ne sont pas toujours celles que l’on croit. Vue du Sud, comme le souligne un volume collectif du Policy Center for the New South, la fermeture d’Ormuz a moins menacé l’essence des automobilistes occidentaux que la sécurité alimentaire de pays importateurs. Le détroit laisse en effet passer une part majeure des engrais phosphatés, de l’ammoniac et de matières critiques dont le monde se découvre tributaire, si bien qu’une interruption durable fait planer le risque d’une stagflation mondiale et de tensions sociales dans les économies les plus fragiles.

Les 3,4 milliards d’habitants qui vivent dans des États consacrants déjà plus à leur dette qu’à la santé ou à l’éducation y sont en première ligne, et jusqu’aux producteurs de minerais d’Amérique du Sud, contraints de revoir leurs débouchés. Même les pays exportateurs n’y gagnent guère, leurs recettes accrues étant absorbées par le renchérissement de leurs importations.

Europe : une dépendance déplacée plus que réduite

La crise confirme que la diversification engagée après l’invasion de l’Ukraine n’a pas réduit la dépendance européenne aux hydrocarbures. Elle l’a déplacée, de la Russie vers le Golfe et les États-Unis, c’est-à-dire d’une zone « sismique » vers d’autres. L’Europe est entrée dans la crise avec des stocks de gaz historiquement bas, 46 milliards de mètres cubes à la fin février contre 60 et 77 les deux hivers précédents, et un prix du gaz industriel deux à cinq fois supérieur à celui des États-Unis, comme le documentait le rapport Draghi.

La chimie, les engrais et la sidérurgie y ont vu ressurgir le spectre de 2022, et le choc énergétique s’est superposé au choc commercial des tarifs douaniers américains, une double exposition inédite depuis la stagflation des années 1970. La vulnérabilité européenne n’est donc, à l’évidence, pas conjoncturelle. Substituer un fournisseur à un autre ne change rien à la quantité d’énergie fossile importée, seulement l’adresse de l’expéditeur.

De l’urgence de décarboner pour sécuriser

Que retenir, alors ? La réponse structurelle à Ormuz n’est ni un énième oléoduc de contournement ni un fournisseur de substitution. C’est la décarbonation, entendue comme une stratégie de sécurité économique et non comme une simple contrainte climatique, formant une assurance contre le prochain choc d’Ormuz comme contre un éventuel chantage au GNL américain.

Les leviers existent, et ils sont connus. Il s’agit d’électrifier les procédés là où la technologie le permet, de déployer l’hydrogène bas carbone pour les usages à haute température difficilement électrifiables, de relever drastiquement l’efficacité énergétique et de développer la flexibilité de la demande. Chacun réduit mécaniquement l’exposition de nos économies aux chocs fossiles importés.

France 24 2026.

Le Clean Industrial Deal adopté par la Commission en 2025 articule d’ailleurs explicitement décarbonation et résilience industrielle, en reconnaissant que réduire la dépendance aux hydrocarbures importés est à la fois un objectif climatique et un levier de compétitivité et de sécurité.

Selon les calculs fondés sur le World Energy Investment 2026 de l’AIE, les investissements bas carbone, déployés depuis la COP 21 en 2015, ont permis d’éviter 260 milliards de dollars d’importations fossiles en 2025 aux grandes régions importatrices (Europe, Chine, Inde, Japon, Corée…). En 2026, ces économies, selon les conditions de sortie du conflit, pourraient atteindre de 350 à 400 milliards de dollars. Dont une centaine de milliards pour l’UE. Chaque technologie décarbonée fonctionne comme une police d’assurance dont la prime de risque géopolitique accroît mécaniquement le rendement.

Un révélateur, plus qu’un tournant

La crise d’Ormuz de 2026 n’aura donc rien d’une anomalie de l’Histoire. De la guerre des tankers des années 1980 aux alertes de 2011, 2019 et 2025, la menace est un invariant de la géopolitique de l’énergie. Si rien d’autre ne bouge, Ormuz 2026 ne sera qu’un choc particulièrement violent, prolongeant une longue série.

Si la décarbonation y est enfin lue comme une politique de sécurité, alors, rétrospectivement, cette crise sera célébrée comme un tournant. Et, ironie, Donald Trump en contribuant au chaos pétrogazier aura été un promoteur (bien involontaire) de la transition énergétique.

The Conversation

Patrice Geoffron est membre fondateur de l’Alliance pour la Décarbonation de la Route. Il siège dans différents conseils scientifiques: CEA, CRE, Engie.

ref. Ce que la crise d’Ormuz a changé (ou pas) au monde de l’énergie – https://theconversation.com/ce-que-la-crise-dormuz-a-change-ou-pas-au-monde-de-lenergie-285820