L’élevage intensif en France peut-il être durable ?

Source: The Conversation – in French – By Philippe Chemineau, Directeur de Recherche Emérite, Inrae

Un élevage de poulets en plein air. INRAE/EASM, Fourni par l’auteur

Alors que le nombre d’éleveurs en France continue de baisser, que leurs activités sont soumises à des critiques sociétales et écologiques croissantes, mais que la consommation de viande baisse moins vite que la production, un rapport de l’Académie d’agriculture de France tâche de répondre à la difficile question du futur de l’élevage intensif.


L’élevage intensif a-t-il un avenir ? Cette question fait l’objet de controverses et de propositions parfois radicales. Voyons comment nous pouvons apporter des éléments d’éclairage sur ce débat de société.

Un secteur de l’élevage sous pression

Commençons par un constat : le développement de l’élevage n’est aujourd’hui plus écologiquement soutenable. Du fait de la forte concentration de déjections animales dans un périmètre restreint, il est responsable d’émissions azotées dans l’air et dans l’eau, contribuant à des crises comme celles des algues vertes en Bretagne.

Les critiques concernent également la perte de biodiversité avec l’importation, pour l’alimentation du bétail, de soja brésilien issu de surfaces acquises sur la forêt, même indirectement. Les débats se focalisent aussi beaucoup sur l’importance des émissions de gaz à effet de serre et particulièrement du méthane des bovins.

Sur le plan sociétal, les conditions d’élevage ne répondent plus aux attentes de la société, les relations entre santé animale et santé humaine font débat dans un monde où l’homme et l’animal partagent une même pharmacopée et où les zoonoses et épizooties sont plus fréquentes.

Ainsi, l’image de l’élevage et, dans une moindre mesure, celles des éleveurs, qui sont sensibles à ces critiques et sont confrontés à des difficultés économiques, s’est dégradée dans la société, notamment dans le cas des systèmes d’élevage dits « intensifs ». Cette situation met en danger le renouvellement des générations dans la profession.

Dans ce contexte, il faut se demander si l’élevage intensif est nécessaire et, si oui, comment doit-il évoluer ?

Qu’est-ce que l’élevage intensif ?

Pour cela, il faut déjà voir ce que l’on entend par « intensif ». Ce terme caractérise au sens premier l’usage important de facteurs de production extérieurs à l’exploitation rendant les systèmes moins dépendants du potentiel agronomique local. Il n’a cependant pas de valeur absolue.

Aujourd’hui, la notion d’intensif s’est élargie dans le débat public. Elle est souvent utilisée pour désigner l’élevage en bâtiment, le plus souvent en claustration avec de fortes concentrations en animaux. Elle recouvre aussi la concentration des exploitations et des animaux sur certains territoires, comme en Bretagne, et la spécialisation de ceux-ci.

Enfin, elle est souvent associée à des troupeaux de grande taille, une question plus sensible en France que partout ailleurs. La « ferme des 1 000 vaches » laitières, construite en 2014 dans la Somme, a ainsi fait débat alors que des fermes de plusieurs milliers de vaches se développent sans contestation dans d’autres pays d’Europe.

Pourquoi l’élevage intensif est-il nécessaire ?

Toutes les prospectives scientifiques réalisées en France proposent de réduire l’élevage et la consommation de viande, notamment chez ceux qui en consomment beaucoup. Si l’on peut s’accorder sur le constat de limitation ou de réduction de la consommation, ces études ne permettent cependant pas de trancher sur les équilibres à trouver entre systèmes d’élevage et façons de les mettre en place au sein des territoires.

Certains types d’élevages répondant à une demande des consommateurs et ayant des effets bénéfiques sur l’environnement doivent se développer. C’est le cas par exemple des élevages de ruminants nourris à l’herbe et au foin, ou encore de ceux élaborant des produits à forte typicité (AOP, IGP, AB). Mais ces élevages ne peuvent satisfaire seuls la demande en produits standards ; c’est pourquoi des élevages plus productifs restent nécessaires.

Selon FranceAgriMer, en 2023, 21 % de la viande bovine, 42 % de la viande de poulet, 53 % de la viande de mouton et 26 % de la viande de porc consommée en France étaient importés. La part des importations augmente parce que la consommation de viande diminue bien moins vite que la production nationale.

D’un point de vue qualitatif, la consommation croissante des produits transformés va à l’encontre des injonctions de montée en gamme, d’autant que la vague inflationniste a poussé bon nombre de consommateurs à acheter moins cher (baisse de la consommation alimentaire de 7 % en valeur depuis 2021, selon l’Insee). Un élevage productif est donc nécessaire mais il ne peut être la simple perpétuation de ce qui existe actuellement.

Des propositions d’évolutions à court et moyen terme

La réduction des émissions de méthane des ruminants reste pour cela une priorité. Selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) en 2023, l’élevage français suit la trajectoire prévue de décarbonation mais essentiellement via la diminution des effectifs. Il faut donc maintenant réduire l’intensité des émissions et les experts s’accordent pour dire qu’une diminution de 30 % est atteignable à échelle de dix ans.

Pour cela, il faut notamment viser une alimentation animale plus diversifiée, valorisant des cultures de légumineuses. Ces plantes riches en protéines ont une capacité unique : celle de fixer l’azote atmosphérique et de pouvoir donc fournir aux sols ce nutriment essentiel à la croissance des plantes. Le développement de ces cultures pour nourrir le bétail favoriserait ainsi la diversification des rotations de l’agriculture tout en accroissant l’autonomie protéique des élevages et en limitant l’utilisation d’engrais azotés dans les champs.

L’élevage pourrait ainsi valoriser 2 millions d’hectares (ha) supplémentaires de légumineuses. Cette reconnexion entre cultures et élevages permettrait aussi de boucler le cycle de l’azote en gérant mieux le retour au sol des effluents de l’élevage riches en azote et utiles en agriculture afin de reconquérir la fertilité des sols, préserver la biodiversité et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ce recyclage peut être réalisé localement ou via la production d’engrais normalisés transportables ou de composts permettant de décharger certaines zones en excédent et fournir des engrais ou des amendements à d’autres. On pourrait ainsi imaginer que de grandes régions d’élevage, comme la Bretagne, soient couplées avec des grandes régions céréalières où l’élevage a quasiment disparu. Enfin, et de façon plus ambitieuse, une certaine désintensification et déspécialisation des territoires et un maillage territorial bien pensé entre systèmes intensifs et cultures faciliteraient la reconnexion.

Un autre point d’amélioration souvent peu évoqué concerne le parc de bâtiment d’élevage, très ancien, qui ne répond plus aux nouvelles exigences. La conception et le financement de bâtiments en rupture avec l’existant et pensés pour les conditions de vie des animaux, les conditions de travail de l’éleveur, la biosécurité et la gestion optimisée des déjections est indispensable.

Comment progresser ?

Face à l’importance des enjeux, aux investissements nécessaires et à l’accroissement probable du prix des produits, il est aussi primordial de déterminer le niveau optimal de progrès à réaliser et trouver des trajectoires consensuelles d’évolution des systèmes de production, des niveaux de production et de consommation de produits animaux. Cela peut se réaliser dans le cadre de l’élaboration d’un pacte sociétal entre éleveurs, filières, consommateurs, citoyens et puissance publique.

Ces transitions ne pourront se faire que si un niveau de vie correct est assuré à tous les éleveurs. La création de valeur peut être favorisée par de nouveaux échanges de confiance entre producteurs et consommateurs qui se feraient de manière transparente et par des initiatives privées au sein des filières visant à mieux rémunérer les éleveurs prenant des engagements plus exigeants que la réglementation. Des politiques publiques européennes et nationales ambitieuses, soutenant les agriculteurs qui ont ces objectifs, sont indispensables, à commencer par une protection contre les importations venant de pays aux réglementations moins exigeantes.

Un élevage qui doit évoluer vers un nouveau standard

De tels élevages « standards améliorés » disposeraient d’atouts pour contribuer à des systèmes alimentaires plus durables en permettant la fourniture de produits animaux à prix abordable, tout en répondant aux enjeux sociétaux concernant le respect des animaux et de la santé des consommateurs. Sur le plan environnemental, leur principal atout résiderait dans une moindre empreinte carbone par kg de produit que les systèmes plus extensifs. Cependant, les élevages intensifs de demain devront pouvoir résister à la concurrence internationale et leur compétitivité restera donc de mise.

Ils devront s’adapter au changement climatique et s’inscrire dans des complémentarités entre les différents modes d’élevage et les autres productions agricoles pour équilibrer les cycles biogéochimiques, réduire les dépendances et produire des services environnementaux. Des pistes et outils sont déjà disponibles et il faut accélérer et généraliser leur déploiement, d’autres nécessitent des recherches et une réorganisation du secteur en levant les freins aux changements.


Cet article a été rédigé sous la coordination de Philippe Chemineau, Jean-Louis Peyraud et Michel Rieu, avec Pascale Magdelaine, Michel Duru, Claude Vermot-Desroches, Jacques Brulhet et Jean-Yves Le Déaut de l’Académie d’agriculture. Tous ont contribué au rapport « L’élevage intensif en France peut-il être durable ? Quelle conciliation entre producteurs, citoyens et consommateurs ? » (Académie d’agriculture de France, juin 2025).

The Conversation

Philippe Chemineau est membre de l’Académie d’Agriculture de France et de l’Association Française de Zootechnie. Il a été président de l’European Association of Animal Production, puis de la World Association of Animal Production. Il a bénéficié, dans le passé récent, de financements INRAE, ANR et Conseil Régional du Centre Val-de-Loire. Il est actuellement Directeur de Recherche Emérite à l’INRAE.

Jean Louis Peyraud est Directeur de recherche honoraire de INRAE. Il est membre de l’Académie d’Agriculture de France et a été président de l’animal Task Force et du GIS Avenir Elevage. Il ne possède pas de parts et ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article

ref. L’élevage intensif en France peut-il être durable ? – https://theconversation.com/lelevage-intensif-en-france-peut-il-etre-durable-276420

Un nouveau visage pour Little Foot, l’australopithèque le plus complet jamais mis au jour

Source: The Conversation – in French – By Amélie Beaudet, Paléoanthropologue (CNRS), Université de Poitiers

À quoi ressemblait le visage de nos ancêtres, il y a plus de 3 millions d’années ? C’est à cette question que notre équipe internationale a répondu en assemblant virtuellement les fragments de la face de Little Foot, le spécimen d’Australopithecus le plus complet jamais mis au jour. Cette reconstruction nous éclaire sur la façon dont notre face a évolué en interaction directe avec notre environnement. Le résultat de nos travaux vient d’être publié et est disponible en accès libre dans la revue Comptes Rendus Palevol, et le nouveau visage de Little Foot peut être consulté en 3D sur la plateforme en ligne MorphoSource.


La quête des origines de l’humanité n’a jamais été aussi féconde, avec la découverte de fossiles reculant la date d’apparition des premiers humains à 2,8 millions d’années, et le développement de méthodes de pointe dans l’analyse de ces restes qui a permis, par exemple, de retrouver de l’information génétique vieille de plus de 2 millions d’années. Pourtant, si notre connaissance des espèces humaines éteintes s’enrichit au fil des découvertes, celle de nos ancêtres, avant les premiers humains (Homo), reste encore une énigme. Or, c’est précisément durant cette période charnière de notre histoire que se sont mis en place les caractères qui définiront notre humanité et qui assureront à notre genre un succès évolutif sans équivalent dans le monde vivant.

Bien que la question de l’identité de notre ancêtre direct soit loin d’être résolue, un groupe fossile joue un rôle central dans cette recherche, Australopithecus. Ce genre, auquel appartient la fameuse Lucy découverte il y a cinquante ans en Éthiopie, a occupé une grande partie de l’Afrique et a survécu plus de 2 millions d’années. Australopithecus est connu par de nombreux restes fossiles, mais souvent très fragmentaires, isolés et parfois déformés. En particulier, malgré ce registre unique, il n’existe à ce jour qu’une poignée de crânes qui conservent la presque totalité de la face. Or, cette partie de notre anatomie a fortement contribué à faire de nous les humains que nous sommes aujourd’hui.

À travers les systèmes digestifs, visuels, respiratoires, olfactifs et de communication non verbale, la face est au centre des interactions entre les individus et leur environnement physique et social. Nous savons aujourd’hui que des changements importants se sont opérés dans la région de la face, qui devient de plus en plus plate et de moins en moins robuste. En revanche, nous ignorons les facteurs qui en sont à l’origine. Est-ce la modification de notre régime alimentaire qui a entraîné ces changements ? Ou bien celle de nos comportements sociaux ? Seule la découverte de crânes plus complets pourrait éclaircir ce débat.

Le « berceau de l’humanité »

L’Afrique du Sud a été et est encore aujourd’hui une région privilégiée dans la quête des origines humaines. Il y a cent ans, l’emblématique « enfant de Taung » est mis au jour et publié dans Nature comme le représentant d’une nouvelle branche africaine de l’humanité, Australopithecus. Alors que jusqu’à cette date l’attention de la communauté scientifique était braquée sur l’Eurasie, cette découverte va ouvrir plus d’une décennie de découvertes majeures en Afrique. En particulier, l’Afrique du Sud va voir se multiplier les sites paléontologiques dans une région classée par l’Unesco et renommée « berceau de l’humanité ». Parmi ces sites, Sterkfontein va se montrer extrêmement riche en fossiles, en partie attribués à Australopithecus, dont la préservation est exceptionnelle. Mais c’est en 1994 et 1997 que Sterkfontein va livrer sa plus belle pièce, le squelette de Little Foot préservé à plus de 90 %. À ce jour, il s’agit du squelette le plus complet jamais découvert pour Australopithecus, qui rivalise de très loin avec Lucy dont seulement 40 % de l’anatomie est conservée.

Notre équipe s’est attelée à l’étude de ce squelette depuis sa fouille complète qui s’est achevée en 2017. Le crâne a en particulier retenu notre attention, puisqu’il est, lui, complet. Cependant, les 3,7 millions d’années passées sous terre ont altéré sa face, dont certaines régions se sont fragmentées puis déplacées. Ce processus est notamment visible au niveau du front et des orbites et rend les analyses quantitatives impossibles. Devant la nature exceptionnelle et unique de ce fossile, nous avons décidé de mettre à notre service les avancées technologiques dans le domaine de l’imagerie pour redonner un nouveau visage à Little Foot.

Little Foot arrive en Europe sous haute protection

L’accès à une copie digitale de Little Foot était nécessaire pour pouvoir isoler virtuellement les fragments et les repositionner sans endommager le crâne original.

Cependant, les technologies classiques de numérisation par rayons X connaissent des limites. À travers le processus de fossilisation, les cavités laissées vides dans le crâne de Little Foot par la disparition des tissus mous se sont remplies de sédiment. En conséquence, les rayons X peinent à pénétrer cette matrice sédimentaire extrêmement dense, ce qui impacte la qualité du contraste entre les tissus dans les images qui en résultent.

Après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons envisagé une alternative, plus puissante, qui est celle de la numérisation par rayonnement synchrotron. Le synchrotron est un accélérateur à haute énergie de particules, utilisé en imagerie pour obtenir des images à très haute résolution (de l’ordre du micron, voire du submicron).

Dans cette optique, nous avons transporté le crâne de Little Foot en Grande-Bretagne pour le scanner. Le premier voyage de Little Foot hors d’Afrique s’est ainsi déroulé à l’été 2019, sous escorte et avec une chambre forte pour l’accueillir lors de son séjour outre-Manche.

Un nouveau visage pour « Australopithecus »

Plusieurs jours ont été nécessaires pour numériser l’ensemble du crâne à une résolution de 21 microns. Ces images, exceptionnelles, ont révélé des détails intimes de l’anatomie de Little Foot, et fournissent le matériel de travail nécessaire pour la reconstruction de sa face.

La haute qualité de ces données a néanmoins un coût en termes de ressources computationnelles ; plus de 9 000 images ont été générées et représentent des téraoctets d’information à traiter. Pour isoler virtuellement les fragments, ces images ont donc été traitées à l’aide du supercalculateur de l’Université de Cambridge (Angleterre). Une fois générés en 3D, ces fragments ont été replacés selon leur position anatomique, et les parties manquantes recréées afin de redonner, enfin, un visage complet à Little Foot.

Reconstitution du visage de Little Foot.
Fourni par l’auteur

La taille et la forme des orbites de Little Foot, jusque-là masquées par la présence de fragments déplacés, sont parmi les premiers éléments marquants de cette reconstruction. La région orbitaire chez les primates est largement influencée par des adaptations fonctionnelles (vision) et comportementales (écologie). Les orbites de Little Foot, de grande taille proportionnellement au reste de la face, suggèrent une forte dépendance aux informations sensorielles, probablement pour la recherche de nourriture. Cette hypothèse est renforcée par une étude antérieure montrant que son cortex visuel était plus développé que celui des humains actuels.

Le deuxième résultat qui découle de cette étude a des répercussions sur notre compréhension des affinités entre les groupes d’Australopithecus qui vivaient en Afrique entre 4 millions et 2 millions d’années. L’échantillon comparatif, bien que limité, comprenait des spécimens d’Afrique de l’Est et d’Afrique du Sud. Or, Little Foot, bien que provenant d’un site sud-africain, montre des ressemblances fortes avec les spécimens d’Afrique de l’Est. Ces ressemblances pourraient indiquer que Little Foot partageait des ancêtres proches avec la population d’Afrique de l’Est, alors que ses probables descendants en Afrique du Sud développeront plus tard une anatomie distincte, fruit d’une évolution locale.

Bien que la face renferme de précieuses informations sur les adaptations de nos ancêtres à leur environnement, le reste du crâne de Little Foot apportera d’autres éléments clés pour comprendre notre histoire évolutive. Entre autres, la boîte crânienne, affectée par une déformation dite « plastique », devra faire l’objet de travaux similaires pour, cette fois, reconstituer et explorer les conditions neurologiques de ce groupe fossile.

The Conversation

Ces travaux de recherche sont soutenus par l’Agence Nationale de la Recherche, le Centre National de la Recherche Scientifique, la Claude Leon Foundation, le DST-NRF Center of Excellence in Palaeosciences, l’Institut Français d’Afrique du Sud, le Diamond Light Source et l’organisme ISIS du Science and Technology Facilities Council (STFC).

ref. Un nouveau visage pour Little Foot, l’australopithèque le plus complet jamais mis au jour – https://theconversation.com/un-nouveau-visage-pour-little-foot-laustralopitheque-le-plus-complet-jamais-mis-au-jour-273126

Penser la place de la culture en ville au-delà du storytelling politique

Source: The Conversation – in French – By Alain Chenevez, Maître de conférences HDR en sociologie de la culture et du patrimoine, Département Denis Diderot, laboratoire LIR3S (UMR 7366), Université Bourgogne Europe

Le parvis de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, à Dijon (Côte-d’Or). Wikimédia, CC BY

À l’approche des élections municipales, la culture apparaît moins comme un thème central des programmes que comme un registre de légitimation des politiques urbaines. Elle permet de parler positivement de transformation, d’attractivité et de qualité de vie, tout en laissant souvent au second plan la question, pourtant déterminante, de l’habitabilité.


Dans les discours de l’action publique locale, la culture est de plus en plus traitée comme une ressource politique ambivalente. Elle fonctionne comme un opérateur de gouvernement urbain, en contribuant à rendre la transformation explicable, lisible et acceptable. En 2025, de nombreuses collectivités territoriales déclarent néanmoins une baisse de leurs budgets culturels, tandis que le consensus sur l’utilité politique de la dépense culturelle s’érode et se repolarise.

À l’approche des élections municipales, la culture intervient comme un registre commode, souvent consensuel, qui permet de parler positivement de la ville, de relier des objectifs hétérogènes et de produire un récit de transformation sans exposer d’emblée les arbitrages les plus conflictuels. Elle articule patrimoine, attractivité, image, tourisme, qualité de vie ou transition, sans toujours rendre visibles les choix sociaux et spatiaux que ces objectifs engagent. Dans des villes contraintes par la tension écologique, la crise du logement, l’usure des services publics et la conflictualité des transformations urbaines, la culture devient un langage d’amortissement]. Elle pacifie, rend désirables des transformations parfois contestées et donne du sens là où se jouent des arbitrages sociaux.

Cette assignation fonctionnelle, qui consiste à demander à la culture d’attirer, de réparer, de compenser, de « faire lien », de « faire transition » ou de « faire image », a une conséquence rarement assumée. Elle éclipse la question la plus concrète et la plus politique, celle de l’habitabilité. Non pas l’« attractivité » au sens où l’entend le marketing urbain, mais celle des droits de présence, c’est-à-dire la possibilité pour tout un chacun de circuler dans des lieux culturels, de s’y attacher, d’y passer du temps.

L’habitabilité, c’est la possibilité d’habiter la ville sans devoir justifier sa présence face aux usages « légitimes », aux rythmes imposés dans des espaces pensés d’abord pour les touristes et les investisseurs plutôt que pour celles et ceux qui y vivent.

Réussite de vitrine et fragilité d’usage

À Dijon (Côte-d’Or), la Cité internationale de la gastronomie et du vin (CIGV) concentre cette nouvelle grammaire. Le projet est, sur le papier, idéal. Il s’agit de mettre en valeur un patrimoine matériel et immatériel inspiré par le repas gastronomique des Français, tradition culinaire inscrite par l’Unesco sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité (PCI), le 16 novembre 2010.

La CIGV combine expositions, formations, ateliers et événements, cinéma, boutiques et restaurants. Elle promeut un certain art de vivre et stimule l’économie locale, tout en ambitionnant de « faire vivre » un patrimoine exceptionnel.

Mais ce volontarisme politique coexiste avec un autre régime de réalité : la presse spécialisée a pointé une fréquentation en deçà des objectifs initiaux et la fragilité économique de plusieurs exploitations et de l’hôtellerie adossées au site. Le 23 juin 2025, au conseil municipal de Dijon, la gratuité des expositions permanentes du pôle culturel est discutée comme levier de relance de fréquentation (et contestée sur son coût et sa soutenabilité).

Il ne s’agit pas de décréter « l’échec » ou « la réussite » d’un tel lieu, mais d’observer ce que la Cité fait à la ville et à ses usages. Le lieu fonctionne comme vitrine de flux : on y circule, on y passe, on y amène des visiteurs. Mais on y passe plus qu’on ne l’habite. La culture y est présente, mais largement programmée et encadrée. Ce qui peine à émerger, ce sont des attachements durables, des pratiques récurrentes, un sentiment d’hospitalité ordinaire, autrement dit, des projets culturels qui se soucient d’habitabilité.

Ce que nous observons à Dijon peut être lu comme une hypothèse de travail, à comparer à d’autres lieux culturels. Dans plusieurs villes, les grands projets culturels tendent à fonctionner simultanément comme vitrines urbaines et comme dispositifs d’acceptabilité des transformations.

Arbitrages silencieux et droits de présence

Pourquoi cette tension ? Parce qu’un grand équipement culturel n’est jamais « seulement culturel ». Il organise des circulations, requalifie des abords, hiérarchise des dépenses et produit un récit qui rend la transformation de la ville plus acceptable. La culture devient ainsi un principe de sélection des priorités urbaines.

C’est là que la sociologie intervient, pour rappeler que les dispositifs culturels ne sont jamais neutres, car ils hiérarchisent des formes de présence, rendent certaines pratiques plus visibles et désirables, et en relèguent d’autres, souvent par des formes d’exclusions peu visibles – les prix, les codes, les horaires d’ouverture – et par une conception de l’espace pensée pour la circulation plus que pour la permanence, destinée aux publics de passage et répondant à des logiques de valorisation. L’habitant « ordinaire », lui, n’est pas en ligne de mire.

Du consensus à la neutralisation

La difficulté des municipalités, dans la séquence 2026, est claire. Plus l’urbain devient conflictuel, plus la tentation est forte d’utiliser la culture comme langage de consensus, au risque d’en faire un outil de neutralisation. La culture sert alors à envelopper la transformation plutôt qu’à l’exposer, à produire de l’adhésion plutôt que du débat, de l’acceptabilité plutôt que des désaccords.

Ce paradoxe éclaire la période actuelle. Alors même que de nombreux projets culturels font l’objet de critiques, sur leurs coûts, leur viabilité ou leurs effets urbains, qu’il s’agisse des dérives budgétaires du Musée des Confluences à Lyon (Rhône) ou des critiques institutionnelles sur le coût et le montage du MuCEM à Marseille (Bouches-du-Rhône), sans oublier les mises en garde sur les surcoûts de la Philharmonie de Paris par la Cour des comptes, la culture demeure largement plébiscitée par les exécutifs locaux. Non parce qu’elle serait exempte de difficultés, mais parce qu’elle reste l’un des rares registres d’action publique capables de produire de l’adhésion sans exposer frontalement les conflits.

Dans un contexte de restrictions budgétaires et d’exigences écologiques, la culture conserve une vertu politique décisive. Elle offre des projets visibles là où la transition (sur les questions de rénovation, de végétalisation ou de mobilités) cristallise les oppositions. Elle fonctionne comme une politique « refuge ».

C’est précisément pour cette raison qu’elle mérite d’être interrogée non comme un secteur à part, mais comme un symptôme des recompositions du pouvoir urbain. Cette lecture se distingue d’approches qui ont fait de la culture un lieu privilégié d’émancipation, de dissensus et de réinvention du politique, qu’on les pense à partir de l’esthétique et de l’émancipation, de l’agonistique et des scènes de conflit, ou des promesses et ambiguïtés de la participation culturelle.

Le problème n’est pas que ces dynamiques aient disparu. Elles existent encore, mais elles ne suffisent plus à comprendre ce que la culture fait aujourd’hui aux villes lorsqu’elle fonctionne d’abord comme langage de consensus, dispositif d’image et opérateur d’acceptabilité.

L’enjeu des municipales n’est donc pas « plus de culture » contre « moins de culture » ou culture « cultivée » versus culture populaire. La question décisive est ailleurs. Qu’attend-on de la culture ?

Reprendre l’habitabilité comme critère, c’est forcer des déplacements. Au lieu de célébrer des récits, il s’agit de regarder les usages. Au lieu de compter des entrées, interroger des attachements. Au lieu de promettre du rayonnement, poser la question des droits de présence. Politiser la culture, ce n’est pas la fragiliser, c’est cesser de s’en servir pour éviter les enjeux qu’elle recouvre.

The Conversation

Alain Chenevez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Penser la place de la culture en ville au-delà du storytelling politique – https://theconversation.com/penser-la-place-de-la-culture-en-ville-au-dela-du-storytelling-politique-276600

Amanda Seyfried nails the 1700s Manchester accent in The Testament of Ann Lee – a linguist explains how we know

Source: The Conversation – UK – By Danielle Turton, Senior Lecturer in Sociolinguistics, Lancaster University

Imagine time-travelling to Manchester, England in the late 1700s. What do you think people would sound like?

That’s the challenge facing Amanda Seyfried in The Testament of Ann Lee: portraying a working-class Mancunian accent from three centuries ago.

When historical linguists reconstruct past speech, it is an interpretative process. It relies on written evidence, including spelling, poetic rhymes, criticisms in old pronouncing dictionaries about how people ought to speak, and dialect descriptions. From these fragments, we can piece together a historically informed reconstruction.

In the late 18th century, English certainly sounded different, but not unrecognisable. Manchester would have been variably rhotic at this time. This is the pronunciation of the strong “r” sound in words like “star” or “bird”. Rhoticity is a feature shared with present-day American English.

In terms of vowels, the northern pattern in which words like “good” and “blood” are exact rhymes was present then as it is today. Both of these features are present in Seyfried’s portrayal.

Another feature Seyfried exhibits, but which is no longer typical of 21st-century Manchester accents, is her lack of what linguists call diphthongs, or gliding vowels. You can hear this in words she says like “great” and “clothed” where she uses vowel sounds that viewers might recognise from traditionally Lancashire or Yorkshire speech. These sounds were entirely consistent with 18th-century Mancunian accents but not today’s.

Seyfried has said she based her accent on actor Maxine Peake’s – although Peake is from Bolton, and not Manchester proper, this is not a bad decision. Bolton has its own distinct accent, but smaller towns often retain older features for longer while urban centres tend to experience accent changes more quickly.

In that sense, Peake’s accent may reflect features that Manchester has since moved away from, making her a more suitable reference point than a present-day speaker from the city.

Historic accents on screen

Seyfried’s performance sits within a broadly plausible northern English frame. Viewers online are divided: some praise the accent, others find it distracting. The difficulty is that without recordings we cannot know exactly how a Manchester accent sounded in the 18th century. It is though, entirely possible that her pronunciation is closer to historical reality than modern ears expect.

To this end, dialect coaches on historical films face a dilemma: do they recreate the speech of the time as faithfully as possible and risk losing the audience, or use something more contemporary? How far back could we go and still understand English?

We would manage 18th-century English reasonably well. For instance, it’s easier to understand Robinson Crusoe in 1719 than the 1500s English in Shakespeare or even the late 1300s and early 1400s middle English in Chaucer’s Canterbury Tales. But recognisable does not mean identical, and reproducing it, accent and all, too strictly could alienate viewers.

Most historical films don’t try to recreate how people actually sounded in the past. In Hamnet, which is set in the 1580s, the characters speak in modern received pronunciation instead of the kind of English spoken in Shakespeare’s time.

Even in stories set closer to the 18th century, such as The Favourite, Olivia Coleman’s Queen Anne still sounds distinctly modern – arguably, even more so than her Queen Elizabeth II in The Crown. Actors playing Tudor courtiers, medieval knights and even Shakespeare himself are routinely given modern accents on screen. Audiences rarely question it – or even notice.

Sociolinguistic research has long shown that southern and “prestige” accents, like that of royalty or the upper classes, are often treated as neutral and timeless while regional varieties are more readily linked to place and class. It is perhaps not surprising, then, that when Manchester appears on screen – especially in a historical setting – audiences listen more closely.

Part of that scrutiny might stem from its rarity. Working-class accents are under-represented in major films, and are even less often heard in leading roles. When they do appear, they carry the weight of representation. That scrutiny is understandable. Accent carries belonging, and carelessness can feel dismissive.

Amanda Seyfried seems aware of this sensitivity, noting in interviews that she originally suggested Olivia Cooke, who is from Oldham in Greater Manchester, for the role of Ann Lee. That comment, I think, shows that she recognises something important: these accents signal place, history and belonging and they matter to people.

So how authentic is the accent in The Testament of Ann Lee? In the absence of recordings from that time, certainty is impossible. But perhaps the more interesting question is not whether Seyfried’s accent is perfect, but what it means to hear a northern voice carry a feature film. It shifts our assumptions about what the past sounded like, and about who we imagine at its centre.

The Conversation

Danielle Turton has received funding from The Leverhulme Trust.

ref. Amanda Seyfried nails the 1700s Manchester accent in The Testament of Ann Lee – a linguist explains how we know – https://theconversation.com/amanda-seyfried-nails-the-1700s-manchester-accent-in-the-testament-of-ann-lee-a-linguist-explains-how-we-know-276917

England’s sewage scandal hinges on lack of water industry regulation – new docudrama reveals how profit drives pollution

Source: The Conversation – UK – By Alex Ford, Professor of Biology, University of Portsmouth

A new three-part factual drama, Dirty Business, highlights the murky world of the English water industry. This Channel 4 docudrama follows the lives of two concerned citizens from Oxfordshire in south-east England: a retired police detective called Ash Smith and a retired university professor called Peter Hammond, who is an expert in deciphering patterns in big data sets. Together, they have been investigating sewage discharges into their local river for more than a decade.

The series spotlights their struggles to get information from their water company about releases of untreated sewage, and for the Environment Agency (EA) to take their concerns about pollution seriously. Interwoven with their accounts are tragic stories of several families whose lives have been turned upside down through exposure to contaminated water.

During a beach holiday in Devon in 1999, for example, eight-year-old Heather Preen died after contracting a deadly strain of E. coli. The cause of the outbreak was not identified and a verdict of misadventure was returned by a jury. However, several others who visited the beach that day had also contracted that specific strain of E. coli, making causes such as food poisoning unlikely. Elsewhere in England, the series shows rivers depleted of life and discoloured with sewage.

Water bills are increasing by as much as 47% to improve the failing infrastructure. Customers are angry that some of their money is servicing the debts of the water industry. Meanwhile, reports point to large profits for some water firms.

Dirty Business captures the sense of anger and frustration felt by many people.

As a water pollution scientist with more than 25 years’ experience, I worry about the lack of corporate and political accountability across this sector. That includes financial accountability, accountability for human health, nature and water security.

England’s water industry has been privatised since 1989. As such, water company boards exist to make money for their shareholders.

Many water companies have been fined millions of pounds for polluting discharges, failure to maintain infrastructure and withholding evidence from investigative authorities. However, critics have argued that these fines have been built into the business model, as dividends are not related to environmental performance. The water industry is also now lobbying government against further regulation and fines.

Between 2019 and 2024, water companies in England discharged sewage for a total of 16.3 million hours. This is equivalent to sewage being constantly released from one pipe for more than 1,850 years.

Profit drives pollution

Since privatisation began, water companies in England have paid out an estimated £76 billion in dividends to shareholders while accruing approximately £56 billion in debts. Dirty Business highlights not only what went wrong with the water industry, but the tactics used to deny, deflect and distract from its poor environmental performance.

I have studied the disinformation and misinformation by water companies with Hammond, a professor in computational biology. Our peer-reviewed article in the journal Nature Water highlights how companies maintain their profits by controlling the narrative and influencing the regulatory process.

Our study involved analysing water company communications – including company websites, social media, evidence given to parliamentary committees and public reports. We compared their strategies with a list of 28 tactics commonly used by tobacco, alcohol, fossil fuels and chemical industries to distract from serious environmental and human health issues.

We found that the English water companies and their sponsored lobbyists appeared to be using at least 22 of those tactics to deny, deflect or distort the facts. This results in the delay of civil, regulatory and political scrutiny.

Investigations ongoing

Since 2021, the EA in England has been conducting its largest ever criminal investigation into the water industry – which is still ongoing after five years. The House of Lords has been investigating the industry regulator, Ofwat. There are several other ongoing judicial reviews and civil court cases against several water companies.

A new government watchdog, the Office of Environmental Protection (OEP), has been conducting investigations into the financial and environmental regulators of the water industry. It concluded that “there have been failures to comply with environmental law by the Department for Environment, Food and Rural Affairs, the EA and Ofwat relating to the regulation of network CSOs [combined sewer overflows]”.

CSOs are overflow pipes which discharge untreated sewage into rivers and coasts at times of increased rainfall. These are permitted under certain conditions by the Environment Agency, such as exceptional rainfall, to prevent sewage backing up our drains.

But many swimmers, surfers and other concerned citizens have noticed these CSOs discharging sewage even on days when there was little or no rainfall.

An independent water commission set up by the current government has recommended “a complete overhaul of England and Wales’ water sector” and suggested merging Ofwat, the Drinking Water Inspectorate and parts of the EA to create one new regulating body. Frustratingly for many, this commission was not given the scope to look into the pros and cons of bringing water back into public ownership.

The UK government halved the EA’s environmental protection budget from £170 million in 2009-10 (following the banking crisis) to £76 million in 2019-22.

Since 2009, the water industry has been left to police its own pollution incidences through a process known as “operator self monitoring” – whereby water companies are responsible for carrying out their own environmental monitoring. Evidenced by whistleblowers, the documentary portrays the shock and frustration within the EA to the rolling back of regulation by senior management.

Dirty Business illustrates how corporate greed and the fundamental lack of governance and regulatory oversight across the nation’s water industry allowed this sewage crisis to happen – at the cost of environmental and human health, and our future water security.

The Conversation

Alex Ford has received funding from UKRI research councils, EU, charities and industrial partners including the water industry. He has co-authored a scientific article with one the main characters serialised in the documentary drama ‘Dirty Business’.

ref. England’s sewage scandal hinges on lack of water industry regulation – new docudrama reveals how profit drives pollution – https://theconversation.com/englands-sewage-scandal-hinges-on-lack-of-water-industry-regulation-new-docudrama-reveals-how-profit-drives-pollution-276699

Overdiagnosis? Why finding cancer isn’t always the same as saving lives

Source: The Conversation – UK – By Ahmed Elbediwy, Senior Lecturer in Cancer Biology & Clinical Biochemistry, Kingston University

Pixel-Shot/Shutterstock.com

When South Korean doctors launched a nationwide thyroid cancer screening programme, diagnoses shot up 15 fold. Yet the death rate from thyroid cancer didn’t budge. More patients were being created than lives were being saved.

It is a clear illustration of a problem that is quietly reshaping how doctors think about cancer: overdiagnosis. Not misdiagnosis but the accurate detection of tumours that would not actually harm the patient.

Modern cancer screening is rightly celebrated as one of medicine’s great achievements. Finding cancer early saves lives. But as technology has become ever more sensitive, are we sometimes doing more harm than good?

Better detection

A cancer doesn’t spring from a single rogue cell flicking a switch. It develops through multiple steps, and many clusters of abnormal cells never complete that journey.

Some sit quietly in the body for decades. Only a fraction ever become life threatening. The problem is that once an abnormality is detected and labelled as cancer, it triggers a chain reaction – anxiety, aggressive treatment, serious side-effects – for a condition that might never have caused the patient any trouble at all.

Twenty years ago, many of these abnormalities would have been impossible to find. Today, state-of-the-art imaging and highly sensitive detection tests can identify tiny clusters of abnormal cells, faint genetic changes, and the smallest growths. As that technology improves, the boundary between a dangerous cancer and a harmless biological quirk becomes increasingly blurred.

This raises an uncomfortable question about rising cancer rates, particularly the well documented increase in diagnoses among the under-50s. Is this a genuine biological shift – cancers becoming more aggressive and appearing earlier in life – or is it partly a reflection of the fact that today’s younger adults are being screened, scanned and monitored far more intensively than previous generations?

Thyroid cancer is the starkest example. In South Korea in 2011, that 15-fold surge in diagnoses came almost entirely from screening, not from any real increase in disease. Researchers and clinical bodies eventually revised their guidelines in 2013, moving away from screening slow-growing lesions and towards monitoring rather than immediate surgery.

A woman having her neck examined by ultrasound.
Thyroid cancer is one of the most overdiagnosed cancers.
fizkes/Shutterstock.com

Prostate cancer tells a similar story. The introduction of the prostate-specific antigen (PSA) test produced a large jump in diagnoses, but death rates stayed flat – suggesting many men were being treated for cancers that grow so slowly, they never would have become life-threatening.

The consequences were serious. Surgery left many men incontinent or impotent, with no improvement in survival. Guidelines now favour active surveillance for many prostate growths.

For these two types of cancers, also those of the colon, the evidence increasingly points in the same direction: “watchful waiting” is often safer than immediate intervention. Surgery, radiotherapy and chemotherapy all carry significant risks and long-term side effects. Exposing a patient to those risks for a tumour that was never going to threaten their life is difficult to justify.

None of this means early detection should be abandoned. For fast-moving cancers – pancreatic, lung, some breast cancers – finding the disease early remains critical. The challenge is learning to distinguish between the cancers that demand urgent action and those that can safely be watched. That requires not just better technology, but better judgement about when to use it.

Fairness and transparency

Shifting towards a risk-based approach to screening also raises difficult questions about fairness and transparency. Who gets screened, how often and on what grounds? Those decisions carry real consequences, and they deserve a more open public debate than they currently receive.

What is becoming clearer, though, is that the old logic of cancer screening – find it, remove it – is no longer sufficient on its own. Overdiagnosis is a genuine harm, even if it is a less visible one than a missed diagnosis. For some patients, learning to live carefully with a monitored cancer may turn out to be safer than trying to eliminate it entirely.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Overdiagnosis? Why finding cancer isn’t always the same as saving lives – https://theconversation.com/overdiagnosis-why-finding-cancer-isnt-always-the-same-as-saving-lives-275869

The UK is about to start an experiment that could end smoking for good – but it won’t be easy

Source: The Conversation – UK – By Lisa McNally, Honorary Professor and Director of Public Health, University of Birmingham

StockLab/Shutterstock

Anyone born after January 1 2009 will never be able to legally buy tobacco in the UK thanks to the tobacco and vapes bill, which is expected to become law in March 2026. When it does, it will mean that the legal age for tobacco sales will rise by one year every year from 2027 onwards.

I have spent much of my career working on smoking cessation and prevention, including supporting the roll out of England’s indoor smoking ban and leading local health improvement programmes. In 2006, a man once called me a “leftwing, do-gooder, fascist bitch!” after I spoke in the media in support of that ban. He wasn’t the only one to object.

The introduction of the new legislation will likely trigger similarly fierce opposition from supporters of the tobacco lobby. But this time, their arguments may be harder to land.

The government’s aim is to create a “smokefree generation”. The bill will not ban smoking outright, nor affect current smokers. Instead, it will gradually phase out legal sales to younger generations.

From a public health perspective, the logic is well established. Most smokers begin when they are young, and preventing uptake has long been the most effective way to reduce smoking rates. The policy is designed to stop new people starting, including the 127,500 young adults (aged 18 to 25) who take up smoking each year in the UK.

The world will be watching. Aside from the Maldives, the UK is now among the few nations proposing laws aimed at creating a smokefree generation. A similar approach was planned in New Zealand, but it was scrapped following a change of government. There were also reports of sustained lobbying against the new policy.

Those of us working in tobacco control recognise this pattern. Expect warnings about losing £8 billion in tobacco tax receipts, despite the far higher economic costs of smoking through its impact on the NHS, social care and productivity. It is claimed that legal challenges have already begun seeking to undermine the generational approach.

Attempts to invoke fears of a “nanny state” are inevitable. In practice, this argument often centres on defending young people’s right to buy tobacco, a position that has become harder to sustain as evidence of harm has accumulated.

The legislation will initially apply to those aged 18 and under, before extending year by year. Current smokers would not be directly affected. This helps explain the strong public backing for the policy. Opinion polls show support from over two-thirds of the UK population, including many people who smoke.

Enforcement

Responsibility for enforcing tobacco sales laws sits largely with local Trading Standards teams. They inspect retailers, investigate illegal sales and take action against non-compliance, including fines and prosecutions. However, these services have faced years of cuts and staff shortages, limiting their capacity.

From a public health delivery perspective, enforcement is where legislation succeeds or fails. If capacity is weak, rogue retailers may continue to profit from illegal tobacco sales, undermining the policy’s intent.

A recently announced £10 million investment in Trading Standards should strengthen their ability to act, but sustained resourcing will be essential if the law is to work as intended once in force.

Other concerns centre on changes to vaping regulation. The bill introduces new powers to restrict flavours and advertising, and vaping may be banned in some outdoor spaces. These measures aim to reduce the appeal of vaping to children. However, some fear they could also discourage adults from switching away from cigarettes.

Vaping currently plays a significant role in smoking cessation in the UK. Research evidence suggests it can be more effective than standard nicotine replacement therapy for quitting. Policymakers have attempted to balance youth protection with harm reduction, and vaping products will remain widely available. Debate will continue over whether the new restrictions strike the right balance or risk slowing the shift away from smoking.

Whether the UK will achieve a “smokefree generation” is not guaranteed. The legislation will need to be backed by effective enforcement, sustained investment in local public health services and continued support for smoking cessation once it becomes law.

Even so, it represents a significant step forward. The policy is grounded in prevention, supported by public opinion and informed by decades of tobacco control research and practice. If enforcement and cessation support keep pace with legislative ambition, the UK has reason to be cautiously optimistic that this could mark the beginning of a long-term endgame for tobacco.

The Conversation

Lisa McNally is responsible for managing public health budgets received by her employer from the UK Government . She is employed by Worcestershire County Council and is an Honorary Professor at the University of Birmingham.

ref. The UK is about to start an experiment that could end smoking for good – but it won’t be easy – https://theconversation.com/the-uk-is-about-to-start-an-experiment-that-could-end-smoking-for-good-but-it-wont-be-easy-276114

Enfants non scolarisés : en France, plus de situations qu’on ne l’imagine

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Denecheau, Professeur des universités, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Les enfants qui bénéficient d’un accès très intermittent à l’école sont comptabilisés comme scolarisés. Ils disparaissent donc des statistiques de non-scolarisation. Michal Parzuchowski/Unsplash, CC BY

En France, les taux de scolarisation frôlent les 100 %. Pourtant, derrière ces chiffres rassurants, des milliers d’enfants connaissent des ruptures d’école parfois longues, parfois répétées. Placements, procédures judiciaires, hospitalisations : autant de situations où l’institution scolaire se désynchronise des parcours de vie. Si l’absence de données à leur sujet est criante, les travaux de recherche identifient progressivement ces situations, dont certaines ne sont pas inconnues des services de l’État.


En France, le taux de scolarisation est un des plus hauts d’Europe et avoisine les 100 % pour les enseignements primaire et secondaire. Il commence à décroitre à 16 ans, à la fin de l’obligation d’instruction. Toutefois ce nombre ne s’appuie que sur les situations connues : lorsque les enfants ne sont pas scolarisés, ils peuvent aussi échapper au recensement. Par ailleurs, des enfants peuvent être inclus dans la population scolarisée, tout en connaissant des périodes plus ou moins longues de non-scolarisation.

Dans un avis publié en 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) constate qu’en France ces situations en violation des dispositions prévues par les droits international, européen et français concernent une part non négligeable d’enfants, sans toutefois pouvoir en faire un décompte précis.

La liste des publics non scolarisés est longue : des enfants vivant en situation de grande précarité (notamment dans la rue, en bidonvilles, squats et hôtels sociaux…) ; des enfants vivant en territoires isolés, notamment en Guyane et à Mayotte ; des mineurs non accompagnés ; des enfants et jeunes allophones ; des « enfants de voyageurs » ; des enfants en situation de handicap (qu’ils bénéficient ou non d’une reconnaissance de leur handicap) ; des enfants en situation de danger ; des enfants malades ; des enfants en conflit avec la loi, dont ceux détenus en quartier pour mineurs ou en établissement pénitentiaire pour mineurs.

Une partie de ces enfants est sous les radars des institutions et les situations de non-scolarisation sont difficiles à recenser. Les sociologues Tanguy Mathon-Cécillon et Gilles Séraphin se sont attelés à cette tâche à Mayotte. Ils identifient plusieurs méthodes pour mieux compter les non-scolarisations, mais n’arrivent pas à un chiffre stable et sûr.

Toutefois, une autre partie des enfants non scolarisés est sous la responsabilité, et donc connue, de services (éducatifs, sociaux, de justice, de santé, etc.) ou d’associations qui les accueillent ou les prennent en charge.

Pourquoi des enfants connus des services de l’État sont-ils non scolarisés ?

Nos recherches sur les interventions judiciaires ou socio-éducatives permettent d’identifier plusieurs causes de non-scolarisation des enfants connus par les services de l’État.

La première est une conséquence des temps et des procédures non synchronisés entre l’école et les systèmes judiciaires et de protection de l’enfance. Ces derniers prennent des décisions qui peuvent générer des placements ou des déplacements des enfants qui changent alors de lieu de vie, et souvent de lieu de scolarisation. Pour autant, les enfants ne sont pas toujours rescolarisés aussitôt. Parfois les démarches administratives de réinscriptions ne sont pas immédiates, et génèrent un temps d’attente avant de pouvoir retrouver les bancs de l’école.

Ces multiples ruptures et difficultés peuvent également mettre à mal l’enfant et son rapport à l’école. Il peut être trop difficile d’aller dans un nouvel établissement scolaire, lorsqu’on ne connaît personne, que l’école et les apprentissages sont des épreuves quotidiennes, que l’on vient de changer de lieu d’habitation et d’être séparés de ses proches. Les données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, ministère de la santé) indiquent, par exemple, que 2,3 % des jeunes âgés de 6 à 16 ans hébergés au sein d’établissements de Protection de l’enfance (foyers et maisons d’enfants à caractère social) sont déscolarisés.

Du côté de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), nous avons mené une recherche dans des services de milieu ouvert : les jeunes y font l’objet d’une mesure judiciaire, mais restent au foyer familial (ils restent scolarisés dans leur établissement scolaire ou peuvent suivre une formation ou avoir un emploi, pour les plus âgés).

Sur un échantillon de 379 jeunes de moins de 18 ans, plus de la moitié n’était pas scolarisée (56 %), et une part importante n’était pas non plus en emploi ou en formation (18 %). Les changements réguliers subis par certains jeunes entraînent des écarts progressifs de l’école qui peuvent parfois s’installer dans la durée : les périodes de non-scolarisation se répètent et durent plus longtemps, ce qui augmente les difficultés scolaires.

Pourtant, ces jeunes sont suivis et parfois encadrés par des professionnels qui ont une responsabilité éducative parmi leurs fonctions. Cette contradiction peut en partie s’expliquer par le manque de moyens qui contraint l’action éducative à être intermittente (les éducateurs et éducatrices ne peuvent pas consacrer un temps suffisant pour suivre la scolarité et la soutenir, tel qu’il est attendu par l’école).

Par ailleurs, la scolarité est souvent reléguée à un statut secondaire dans ces interventions. Les professionnels privilégient d’autres entrées (la protection de l’enfant, le travail sur les liens familiaux, l’acte délinquant et le rapport à la loi pour la PJJ), et peuvent considérer l’école comme source de difficultés qui seraient supplémentaires à celles que subissent déjà les enfants. Ils peuvent donc soutenir les périodes de non-scolarisation qui permettraient à l’enfant de « souffler ».

Une demi-journée d’école par semaine = scolarisé

Par ailleurs, considérer que la situation ne peut être que de deux ordres, scolarisé ou non scolarisé, génère un chiffre noir de situations qui sont enregistrées comme une scolarisation, mais qui n’en sont pas réellement. Car si l’Insee affiche un taux de scolarisation à 100 % jusqu’à 12 ans, qui reste à 98,3 % à 15 ans, la scolarisation peut être intermittente pour certains.

C’est-à-dire qu’une part minoritaire des élèves accède à des enseignements, mais sur des temps relativement restreints. Ça n’est donc pas une scolarisation pleine, loin de là. Par exemple, les élèves hospitalisés en service de soins lourds bénéficient au mieux de quelques heures d’enseignement organisées par des associations, pour quelques disciplines, celles qui peuvent être délivrées par les enseignants impliqués. Ailleurs, ce sont les enfants de familles identifiées comme « voyageuses » qui suivent des cours dans les camions-écoles, pour une ou deux demi-journées par semaine au maximum. Enfin, une récente recherche conduite par les sociologues Hugo Bréant et Lorenn Contini dans les lieux d’enfermement a confirmé le faible nombre d’heures d’enseignement auxquelles avaient accès les mineurs : elles dépassent rarement la dizaine par semaine.

Dans son avis sur l’accès à une scolarisation effective pour tous les enfants, publié en 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) met en lumière l’insuffisance des moyens pour garantir l’accès à l’école pour tous les enfants. Elle relève également un manque de données et donc d’attention sur la question de la non-scolarisation en France.

Or, la non-scolarisation est une atteinte aux droits des enfants et en premier lieu au droit à l’éducation, établit dans plusieurs textes majeurs, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 26), la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (article 29), et enfin le Code de l’éducation, adopté en 2000, qui précise qu’il s’agit de la première priorité nationale, et que le service public de l’éducation « contribue à l’égalité des chances […]. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser » et qu’il vise à garantir la réussite de tous (article L111-1).

Mais cela va bien au-delà. La CNCDH souligne l’interdépendance des droits fondamentaux. Ne pas aller à l’école, c’est ne pas avoir accès aux connaissances, qui permettent aussi d’être plus au fait de ses droits et de mieux les assurer (sur la santé par exemple, qui nécessite de maîtriser des démarches administratives pour accéder aux soins, de savoir lire une notice de médicament, etc.). Faire l’expérience de périodes de non-scolarisation, c’est aussi être exclu du principal lieu de socialisation, après la famille, pour les enfants, un lieu où l’on apprend à vivre avec des personnes d’autres milieux sociaux, où l’on découvre l’histoire et les cultures, un lieu par lequel on devient pleinement citoyen.

The Conversation

Benjamin Denecheau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Enfants non scolarisés : en France, plus de situations qu’on ne l’imagine – https://theconversation.com/enfants-non-scolarises-en-france-plus-de-situations-quon-ne-limagine-276107

Why we shouldn’t abandon handwriting at school

Source: The Conversation – France (in French) – By Atheena Johnson, Docteure en linguistique appliquée, Université Paris Nanterre

Over the decades, technological devices have been gradually integrated into language learning, as is recently the case with generative artificial intelligence (AI).

Does the sophistication of these tools eventually render pencils and pens obsolete? Or can digital uses be combined with manual writing? How does writing keep its value for the human being?

Pen or keyboard: an impact on memorisation

Handwriting has long been associated with memory and learning. It was in 1829 that the keystroke first appeared. It, thereafter, became common in 1867 thanks to the first manual typewriter. While students of the past learned to write exclusively by hand, today’s students alternate between screens and paper. However, research shows that these modalities do not have the same effects on memorisation and retention, and essentially, the acquisition of knowledge.

In a 2014 study, students were better able to answer analytical questions if they took their notes by hand. A 2017 study found that 20-25-year-old students retained the information they wrote by hand longer than the information that they typed on a keyboard.

In addition, it was discovered that students who used artificial intelligence from the stage of their
first draft remembered very little of what was actually written when they were tested for their ability to cite a text, unlike those who had composed their own texts from the draft stage. Finding a balance between written and digital production is, therefore, very important.

Less lexical richness in digitally produced written work

In an experiment conducted in 2019, before the generative AI boom that we know, we compared the handwritten and typewritten productions of students in English. We found a lesser lexical richness in typed productions, which confirmed the trends mentioned above.

There were 58 university participants in the study, each producing a typewritten text and a handwritten text at an interval of one week. The experiment took place as part of the preparation for a final evaluation. Participants could not use resources during the production: no dictionary or self-correction tools.

The objective of the study was to determine whether there were linguistic differences according to the mode of production. We were interested in the stylistic aspects, such as the informational value of the texts and the way they were arranged, as well as lexical aspects.




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The majority of the texts showed a statistically similar informational value and textual organisation. This suggested that the mode of production did not influence the stylistic approaches used.

Regarding lexical diversity, however, the observation was not the same. Lexical richness was much greater in most handwritten productions. The typed productions had lexical weaknesses that were not present in the handwritten productions of the same participants.

These results may have implications for teaching English and how students are encouraged to produce their written texts.

Writing on screen is a learned competence

Since the digital transition has been condoning the pen to the closet, several countries have looked at the impact of digital uses on written skills: Spain, the United States and France.

However, recent studies highlight the importance of specific writing strategies for student progression, such as planning or proofreading. If handwritten production develops capabilities that the keyboard does not develop, keyboard mastery remains an essential but demanding skill.

The difficulties in writing today are primarily due to the place that it is given, receiving less priority in school curricula in Europe, the United States or China. What is of fundamental consideration is that the production methods are different at three levels.

Firstly, typewriting and handwriting take place in distinct spatial frameworks. Writing occurs in a unified space while typing takes place in two separate spaces: on the screen and on the keyboard.

Secondly, the way in which the individual composes with the spatial differences when planning, transcribing and revising a text is also very different. Finally, the perception and uses of students vary according to the production methods.

This is why it is important to continue to emphasise the cognitive benefits of handwriting at school and elsewhere, while becoming aware of the formal training that digital writing implies so that students reach the same level of fluidity on screen as on paper. In class, it is a matter of thinking about the options offered in terms of writing tools. It remains to be seen what the impact of the increasing use of AI will be on written production, where writing mastery is equally essential and demanding.


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The Conversation

Atheena Johnson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Why we shouldn’t abandon handwriting at school – https://theconversation.com/why-we-shouldnt-abandon-handwriting-at-school-276210

Syndrome de Gilles de La Tourette : les patients atteints de « tics tabous » subissent une forte stigmatisation sociale

Source: The Conversation – France in French (3) – By Rena Zito, Associate Professor of Sociology, Elon University

Les tics de langage obscènes dont sont atteints certains patients touchés par le syndrome de Gilles de La Tourette les poussent à dire ou à faire ce qu’ils souhaitent le plus éviter. Dominic Lipinski/Stringer via Getty Images

Le syndrome de Gilles de La Tourette est encore très mal compris du public, et fait l’objet d’une importante stigmatisation. Le réduire à une « maladie des jurons » ne reflète pas la réalité complexe de ce trouble du neurodéveloppement, puisque seule une minorité de patients est concernée par ces symptômes.


Le 22 février 2026, durant la cérémonie de la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA), à Londres, John Davidson, dont l’existence a inspiré le biopic primé I Swear, a involontairement proféré une insulte à caractère racial lors du discours de Michael B. Jordan et Delroy Lindo. La séquence est devenue virale, et le tollé qui s’est ensuivi a ravivé le débat public sur le syndrome de Gilles de la Tourette et son symptôme le plus frappant, les tics de langage obscènes, désignés sous le terme de « coprolalie ».

M. Davidson est une figure familière du public britannique depuis son adolescence, époque à laquelle il a figuré pour la première fois dans un documentaire de la BBC consacré au syndrome de Gilles de La Tourette, dont il est atteint. Depuis lors, il a consacré des décennies à sensibiliser le public à cette pathologie, un engagement qui lui a valu une distinction honorifique en 2019, remise par la reine Elizabeth II.

Les réactions suscitées par les tics de Davidson lors de la soirée de la BAFTA révèlent que le syndrome de Gilles de La Tourette demeure une pathologie profondément méconnue. En tant que sociologue, je consacre mes recherches aux dimensions sociales de cette affection (avec lequel je vis moi-même), notamment à la stigmatisation liée à la coprolalie. Si la majorité des personnes atteintes par le syndrome de Gilles de La Tourette ne présentent jamais ces tics tabous, celles qui en souffrent doivent supporter le poids du jugement social.

Qu’est-ce que le syndrome de Gilles de La Tourette ?

Le syndrome de Gilles de La Tourette est un trouble du neurodéveloppement qui affecte environ 0,5 % à 0,7 % de la population. Il se caractérise par des mouvements et des sons involontaires, appelés tics, qui débutent généralement dans l’enfance et, pour certains individus, persistent à l’âge adulte.

Les tics peuvent être moteurs, tels que des clignements d’yeux ou des haussements d’épaules, ou vocaux, comme le raclement de gorge ou l’émission de sons brefs. Certains se limitent à un geste ou un son unique, tandis que d’autres combinent plusieurs mouvements ou impliquent des verbalisations plus longues – par exemple, un claquement de doigts suivi d’un mouvement brusque de la tête, ou la répétition de mots ou de phrases.

La coprolalie, soit l’émission involontaire de propos obscènes ou offensants, constitue l’un des aspects les plus mal compris de la pathologie. Environ 10 % à 20 % des personnes atteintes du syndrome de Gilles de La Tourette présentent ce type de tic.

Moins d’une personne sur cinq atteinte du syndrome Gilles de La Tourette présente des tics tabous, comme la coprolalie, mais leur impact sur la vie sociale est disproportionné.

L’intensité, la fréquence et la forme des tics évoluent souvent avec le temps, des périodes de calme relatif alternant avec des phases d’exacerbation des symptômes. De nombreux patients ressentent une sensation de tension désagréable avant l’apparition d’un tic, appelée besoin prémonitoire, comparable à une démangeaison qu’il faut impérativement soulager. Pour d’autres, les tics surviennent de manière plus subite, à l’instar d’un éternuement imprévisible. Certains parviennent à réprimer temporairement leurs tics, souvent au prix d’un inconfort ultérieurement accru, tandis que d’autres en sont incapables.

Les tics peuvent être physiquement éprouvants, entraînant des douleurs et des blessures aiguës ou chroniques. En outre, les personnes atteintes sont fréquemment confrontées à la stigmatisation et à la discrimination. Elles vivent sous la pression constante de devoir contrôler ou dissimuler leurs symptômes, ce qui engendre une lourde charge psychologique. Ces patients présentent un risque accru d’automutilation et de suicide.

Bien que l’étiologie du syndrome de Gilles de La Tourette ne soit pas encore totalement élucidée, une forte composante génétique est vraisemblablement en cause. Cependant, s’il s’agit souvent d’une pathologie familiale, ce syndrome peut également résulter de complications périnatales ou d’infections.

Comprendre les tics tabous tels que la coprolalie

Bien que seule une minorité de patients souffre de coprolalie, les représentations médiatiques du syndrome de Gilles de la Tourette se focalisent de manière disproportionnée sur les accès de vulgarité. Ces tics tabous, choquants et inattendus, marquent en effet davantage l’imaginaire collectif que des tics plus fréquents, mais moins spectaculaires. Ce stéréotype de la « maladie des jurons » dénature la réalité vécue par la plupart des malades.

Par ailleurs, la coprolalie n’est en effet qu’une forme de tic tabou parmi d’autres. On dénombre également la copropraxie (gestes obscènes) et les tics non obscènes, mais socialement inappropriés, tels que des bruits de baisers, des crachats ou le fait de toucher autrui.

Baylen Dupree, star de l’émission « Baylen Out Loud » de la chaîne états-unienne TLC
Baylen Dupree, vedette de l’émission « Baylen Out Loud » (TLC), souffre d’une forme sévère de syndrome de Gilles de La Tourette incluant la coprolalie.
Slaven Vlasic/Stringer via Getty Images

L’un des aspects les plus déroutants des tics tabous réside dans leur capacité à être contextuellement pertinents, tout en demeurant involontaires. Un patient pourrait par exemple hurler « J’ai une arme ! », lors d’un contrôle de police. Les tics peuvent être déclenchés par certains stimuli de l’environnement social, en particulier lors de moments de stress intense.

Pourquoi la vulgarité prédomine-t-elle dans certains cas ? Les tics résultent d’un dysfonctionnement des circuits neuronaux impliqués dans le mouvement et le contrôle des impulsions. Or, les termes tabous possèdent une forte charge émotionnelle et sociale ; ils tendent donc à être plus solidement ancrés dans les réseaux langagiers et émotionnels du cerveau que les mots neutres.

Cela explique pourquoi la coprolalie peut également survenir, bien que plus rarement, chez des individus souffrant de lésions cérébrales, de maladies neurodégénératives ou de troubles épileptiques.

Les défis du quotidien avec la coprolalie

Les symptômes de tics tabous sont souvent associés à une gravité clinique accrue du trouble, à une plus grande fréquence de comorbidités ainsi qu’à des difficultés relationnelles majeures. L’insertion sociale des personnes touchées par le syndrome de Gilles de La Tourette qui en sont atteintes peut s’avérer précaire. Mes recherches sur la stigmatisation de la coprolalie mettent par ailleurs en lumière la profondeur de la détresse qu’engendrent les idées reçues.

Un préjugé courant veut que les tics révèlent le fond de la pensée de l’individu. En réalité, les tics contraignent souvent les personnes à dire ou à faire précisément ce qu’elles souhaitent le plus éviter.

La lutte contre les préjugés est un enjeu crucial, d’autant plus lorsque les tics prennent la forme d’insultes ou de calomnies.

Comme me l’a confié une des personnes que j’ai interrogées durant mes travaux : « C’est comme si mon cerveau transformait mes intentions les plus polies en armes cruelles. Sortir devient terrifiant… Savoir que j’ai en moi ce mécanisme de confrontation qui peut se manifester subitement, alors que je ne le souhaite absolument pas. »

Ces tics socialement inappropriés peuvent attirer une attention malvenue sur les patients et les conduire à l’exclusion, au harcèlement, à des altercations et constituer un obstacle à l’accès à l’emploi. Un autre participant l’a résumé ainsi : « Il n’existe aucun travail où l’on accepterait un aménagement spécifique m’autorisant à injurier mon patron. »

Anticipant ces réactions, de nombreux patients souffrant d’une coprolalie marquée se retirent de la vie publique ou vivent avec le fardeau de devoir sans cesse s’expliquer et sensibiliser leur entourage.

Une autre idée reçue est que la coprolalie se manifeste systématiquement par le fait de hurler des obscénités en public. Si tel est le cas pour certains patients, comme John Davidson à la remise des prix de la BAFTA, d’autres parviennent à réprimer, masquer ou minutieusement contrôler leurs tics en société. Toutefois, ces deux réalités sont tout aussi éprouvantes l’une que l’autre. En outre, comme tout tic, l’atteinte coprolalique peut fluctuer avec le temps.

Enfin, soulignons que le stress lié aux tics tabous s’étend au-delà de l’individu. Les membres de la famille des patients affirment fréquemment ressentir un sentiment d’impuissance face à la détresse de leur enfant. Ils se sentent également peu soutenus par les institutions scolaires, et expérimentent le poids du jugement d’autrui lorsque ces tics se manifestent.

Afin de pouvoir participer pleinement et sereinement à la vie de la cité, les personnes atteintes du syndrome de Gilles de La Tourette, et plus particulièrement celles souffrant de tics tabous, ont donc besoin de toute la compréhension et le soutien possible.

The Conversation

Rena Zito ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Syndrome de Gilles de La Tourette : les patients atteints de « tics tabous » subissent une forte stigmatisation sociale – https://theconversation.com/syndrome-de-gilles-de-la-tourette-les-patients-atteints-de-tics-tabous-subissent-une-forte-stigmatisation-sociale-277116