Que penserait Churchill de la guerre contre l’Iran ?

Source: The Conversation – in French – By Richard Toye, Professor of Modern History, University of Exeter

En pleine guerre contre l’Iran, Donald Trump s’est agacé du délai mis par Londres à autoriser l’utilisation d’une base militaire stratégique par les forces américaines. Il s’en est notamment pris au premier ministre Keir Starmer, regrettant que, en sa personne, les États-Unis « n’ont pas affaire à Winston Churchill » – façon de dire que Churchill, lui, se serait aligné sur Washington sans états d’âme. Cette comparaison repose sur une vision très simplifiée de l’histoire et du « Vieux Lion », qui dirigea le gouvernement du Royaume-Uni de mai 1940 à juillet 1945 puis d’octobre 1951 à avril 1955.


Lorsque, le 3 mars dernier, Donald Trump reprocha à Keir Starmer son soutien trop tiède aux opérations américaines et israéliennes contre l’Iran, il glissa dans son propos une référence historique. « Nous n’avons pas affaire à Winston Churchill », déplora-t-il, indiquant ainsi que, à la différence de l’actuel locataire du 10, Downing Street, Churchill, lui, se serait résolument tenu aux côtés de Washington lors de l’actuelle confrontation avec Téhéran. Mais Churchill aurait-il vraiment applaudi la guerre déclenchée contre l’Iran le 28 février ?

La réponse n’est pas aussi évidente que semble le croire Donald Trump. Si Churchill a toujours accordé la plus grande importance à l’alliance entre Londres et Washington, et eu volontiers recours à une rhétorique belliqueuse, il s’est également distingué par une prudence stratégique constante. Loin d’être systématiquement attiré par la confrontation armée, il avait plutôt tendance à considérer la guerre et la diplomatie comme deux éléments indissociables.

Son célèbre discours prononcé à Fulton (Missouri), le 5 mars 1946, en fournit une illustration remarquable. Chacun se souvient de la formule restée fameuse qu’il y employa pour la première fois ; « Un rideau de fer est descendu sur l’Europe. » Mais ce discours – officiellement intitulé The Sinews of Peace (Le nerf de la paix) – ne fut pas seulement un appel aux armes face à l’expansion soviétique. Churchill y souligna à la fois l’importance de comprendre ses adversaires et le besoin de renforcer les Nations unies. Il défendait l’idée que pour préserver la paix, les puissances occidentales devaient se montrer unies et fortes afin de dissuader toute agression.

L’Iran avait déjà été évoqué dans ce discours. À l’époque, les troupes soviétiques ne s’étaient pas retirées du nord de l’Iran malgré des accords conclus pendant la guerre. Cet épisode se trouva partiellement à l’origine des premières tensions qui allaient aboutir à la guerre froide. Churchill considérait donc déjà le dossier iranien à travers le prisme de la rivalité entre grandes puissances.

Cette vision des choses ne datait pas de 1946. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, Churchill s’était rendu à Téhéran pour y rencontrer Frankiln D. Roosevelt et Joseph Staline lors de la première conférence des « trois grands leaders » alliés. Cette réunion se déroula dans la capitale de l’Iran car le pays était devenu un corridor logistique crucial permettant d’acheminer des équipements alliés vers l’Union soviétique.

Pour Churchill, la conférence fut une profonde désillusion. Roosevelt cherchait de plus en plus à s’attirer les bonnes grâces de Staline, parfois au détriment du Royaume-Uni. Churchill racontera plus tard avec amertume qu’il était assis « entre le grand ours russe et le grand bison américain » – un bestiaire où son pays à lui s’apparentait à « un pauvre petit âne britannique ». Cette remarque reflétait une prise de conscience : le Royaume-Uni ne faisait plus partie des grandes puissances dominantes du monde.

Staline, Roosevelt et Churchill à Téhéran en 1943.
Library of Congress

Ayant compris cela, Churchill décida, une fois la guerre terminée, de cultiver autant que possible la relation américano-britannique. Son appel lancé à Fulton en faveur d’une « relation spéciale » entre le Commonwealth britannique et les États-Unis n’était pas qu’un geste rhétorique. C’était une tentative d’assurer la sécurité future de son pays dans un ordre international dominé par l’émergence de la puissance américaine.

Churchill et le renversement de Mossadegh en 1953

Mais la réflexion de Churchill sur l’Iran ne s’est pas limitée à la diplomatie de la guerre froide. En 1953, lors de son second mandat de premier ministre, une opération clandestine renversa le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh et rétablit l’autorité du shah Mohammad Reza Pahlavi. Le coup d’État avait été principalement organisé par la CIA, sous la direction de Kermit Roosevelt Jr., mais Churchill l’avait soutenu avec enthousiasme. Lorsque Roosevelt lui décrivit plus tard l’opération lors d’une rencontre à Downing Street, le premier ministre aurait déclaré qu’il aurait volontiers servi sous ses ordres dans une telle mission.

Cet épisode, qui indique que Churchill n’avait rien contre le recours à la force lorsqu’il estimait que les intérêts occidentaux étaient menacés, allait avoir de lourdes conséquences : le renversement de Mossadegh devint l’un des principaux griefs mis en avant par les leaders révolutionnaires iraniens. Et depuis son instauration en 1979, la république islamique n’a cessé de rappeler les interventions étrangères – particulièrement le coup d’État américano-britannique de 1953 – afin de légitimer son pouvoir et se présenter comme le défenseur de la souveraineté iranienne contre une domination externe.

Autrement dit, cette interférence occidentale en Iran est devenue, avec le temps, l’une des armes politiques les plus puissantes du régime.

Churchill était bien conscient que les guerres et les interventions pouvaient entraîner des conséquences imprévues. En repensant à son expérience de jeune officier lors de la guerre des Boers, il écrivit qu’une fois le signal du conflit donné, les hommes d’État perdaient le contrôle des événements. La guerre devenait alors soumise à « la Fortune maligne, aux surprises malencontreuses et aux terribles erreurs de calcul politiques ». Ce n’était pas l’opinion d’un pacifiste, mais celle d’une personne ayant vu à quelle vitesse certaines décisions politiques peuvent devenir impossibles à maîtriser.

Que ferait Churchill aujourd’hui ?

Comment ces instincts pourraient-ils s’appliquer à la crise actuelle ? Churchill aurait presque certainement considéré le régime iranien avec une profonde méfiance. Sa vision de la guerre froide le poussait à interpréter la politique internationale en termes de confrontation idéologique et d’équilibre stratégique. Il aurait sans doute estimé que faire preuve de faiblesse face à des régimes jugés agressifs ne ferait qu’encourager ceux-ci à défier les Occidentaux toujours davantage.

Mais Churchill pensait rarement que l’action militaire, à elle seule, pouvait résoudre les conflits géopolitiques. Son approche consistait plutôt à allier fermeté et diplomatie : négocier à partir d’une position de force tout en maintenant des canaux de communication avec ses adversaires. Même au plus fort de la guerre froide, il espérait qu’une position de force des pays occidentaux pourrait, à terme, convaincre les dirigeants soviétiques de parvenir à un compromis.

« Nous n’avons pas affaire à Winston Churchill. »

Avant tout, Churchill estimait que l’influence du Royaume-Uni reposait sur sa relation étroite avec les États-Unis. Mais, dans son esprit, cet alignement ne devait pas se limiter à simplement suivre Washington : il devait également permettre d’orienter la puissance américaine. La « relation spéciale » devait être un partenariat et non l’octroi d’une liberté totale.

La référence de Trump à Churchill repose donc sur une image simplifiée du chef de guerre, présenté comme un partisan instinctif de l’action militaire. L’histoire montre en réalité un personnage plus nuancé : un stratège convaincu de l’importance de la force, certes, mais aussi de la diplomatie, des alliances et d’une gestion prudente des rivalités entre grandes puissances.

Si Churchill était encore vie aujourd’hui, il appellerait probablement les gouvernements occidentaux à faire preuve de fermeté. Mais il reconnaîtrait aussi que le système politique iranien s’est construit sur la mémoire des interventions étrangères passées – et que tout nouveau conflit risquerait de renforcer précisément les forces qu’il prétend affaiblir.

Churchill soulignait d’ailleurs que la guerre, une fois déclenchée, suit rarement les chemins bien ordonnés imaginés par ceux qui l’ont lancée. Un avertissement qui reste, encore aujourd’hui, d’une grande actualité.

The Conversation

Richard Toye a reçu des financements du Leverhulme Trust.

ref. Que penserait Churchill de la guerre contre l’Iran ? – https://theconversation.com/que-penserait-churchill-de-la-guerre-contre-liran-277762

La famille selon les philosophes classiques : organiser la vie par contrat, un rempart contre le patriarcalisme ?

Source: The Conversation – in French – By Gabrielle Radica, Professeure des universités en philosophie, Université de Lille

La vie familiale et domestique est-elle toujours plus libre et individualisée ou, au contraire, plus encadrée ? (*Le Gâteau des rois*, par Jean-Baptiste Greuze, 1744.) via Wikimedia Commons

En France, le droit autorise les familles à organiser de larges pans de leur vie par contrat. Cela implique-t-il que la vie domestique soit un espace de liberté pour les individus ? Ou la contractualisation renforce-t-elle au contraire les contraintes et les normes ? Depuis le XVIIe siècle, cette évolution fait débat chez les philosophes. Explications avec Hobbes, Locke ou encore Rousseau, à partir du recueil la Famille des classiques (éditions de l’ENS-Lyon), qui explore ces pensées de l’institution familiale sous différentes facettes.


Si, au contraire de ce qui se fait dans de nombreux pays, le législateur français interdit les contrats de gestation pour autrui, il autorise les familles à organiser de larges pans de leur vie commune par convention et par contrat.

On connaissait depuis longtemps les contrats de mariage, qui organisent la distribution et la gestion des biens matrimoniaux. On voit apparaître désormais d’autres arrangements du même genre, comme ces « conventions parentales » par lesquelles les parents « organisent les modalités d’exercice de l’autorité parentale et fixent la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant » après leur séparation et qu’ils peuvent faire homologuer par le juge aux affaires familiales (article 373-2-7 du Code civil).

C’est vrai, on parle ici de « convention » parentale et le juriste distinguera le genre, à savoir ladite convention, qui désigne tout accord de volontés, de l’espèce, le contrat, qui accorde aussi des volontés, mais qui présente la particularité supplémentaire de créer des obligations. Il n’empêche, l’idée règne selon laquelle les liens familiaux seraient devenus toujours plus contractuels et, par là, toujours plus volontaires.

Mais qu’entend-on exactement par là ? La chose n’est pas toujours claire et elle peut revêtir plusieurs significations : que la vie familiale et domestique est devenue plus libre, qu’elle est devenue plus individualisée ou bien, au contraire, qu’elle est toujours plus formalisée et encadrée.

Les philosophes classiques nous aident à apprécier ce phénomène, son histoire et sa complexité. Les noms de Locke, Hobbes, Rousseau ou encore Montesquieu évoquent souvent la figure de philosophes politiques, de penseurs du droit, du pouvoir et du contrat social. On sait moins que ces auteurs ont tous été aussi des penseurs de la famille, qu’ils y ont consacré de nombreuses pages. C’est pour le rappeler qu’est publié le recueil de textes la Famille des classiques aux éditions de l’ENS-Lyon.

Contrat familial et contrat social

De fait, leurs propos sur la famille sont inséparables de leur pensée politique. Pouvoir, autorité, règles, intérêt, ces notions ne sont-elles pas communes à la famille et à l’État ? Soit qu’ils pensent la famille sur le modèle de l’État, le père constituant comme un petit souverain à l’égard de ses enfants, de son épouse et de ses domestiques, soit qu’ils les opposent parce que la famille, à la différence de la société politique, unit ses membres par les sentiments, la proximité et les affaires plus ou moins triviales qui ne concernent qu’eux (éducation, sexualité, subsistance), ces auteurs classiques ont tous été conscients que l’on doit y réfléchir ensemble.

On invite ainsi dans ce livre à relire les pages de Hobbes sur le pouvoir paternel, celles de Locke sur le pouvoir parental partagé et sur la possibilité de divorcer ou encore celles de Rousseau sur la maternité et l’enfance, puis à relier ces réflexions à la sphère politique.

Il ne faut pas exclure dès lors que la fameuse idée de contrat social, c’est-à-dire l’énoncé des conditions sous lesquelles nous sommes réunis dans un État, obéissons aux mêmes lois, bénéficions des mêmes protections collectives, ait trouvé sa source dans le modèle des contrats privés. Ainsi les notions de contrat et de contractualisme (l’idée de cadrer les relations entre des particuliers) fonctionnent à plusieurs échelles, privée et publique, familiale et politique.

Quand le contrat devient piège

L’idée de contrat attire et effraie tout à la fois ceux qui aspirent à garantir la liberté individuelle : le consentement n’est-il pas le meilleur moyen de la liberté ? Chacun ne souhaite-t-il pas définir et poser à l’avance les règles de son existence avec autrui ? Cependant le contrat n’est-il pas un piège et un moyen habile qu’ont trouvé certains pour nous asservir avec notre consentement en bonus ?

Le contractualisme familial a toujours trouvé des défenseurs (Daniel Borrillo le défend aujourd’hui dans la Famille par contrat) et des détracteurs (ainsi de Carole Pateman, le Contrat sexuel). Le savant Henry Maine affirme au XIXe siècle que la société moderne représente l’abandon d’un modèle social fondé sur des statuts rigides au profit d’une société contractuelle où la volonté individuelle prend toujours plus d’importance.

Les Accords ou La Promesse approuvée de Nicolas-Bernard Lépicié, 1774
Les Accords, ou la Promesse approuvée, de Nicolas-Bernard Lépicié (1774).
Wikimédia

Or, dès le XVIIe siècle, Grotius, Hobbes, Pufendorf, explorent l’importance cruciale du consentement dans l’établissement des relations proprement humaines. Mais nous serons surpris de lire qu’ils le font pour le meilleur et pour le pire. Le contrat étant l’outil universel auquel ils recourent pour penser toutes les relations humaines, ils le mobilisent au sujet du lien conjugal ainsi que du lien parental.

Hobbes considère que, quoique les enfants soient longtemps incapables de passer de tels contrats, on doit faire comme s’ils avaient passé avec leurs parents des conventions qui assurent une obéissance absolue en échange de leur subsistance. Ce n’est pas tout : ces penseurs, philosophes (Hobbes) ou spécialistes du droit (Grotius et Pufendorf), recourent aussi au contrat pour organiser le rapport des maîtres à leurs serviteurs, voire pour penser les conditions juridiques de l’esclavage. Pufendorf va jusqu’à dire que l’esclavage lui-même doit être contractualisé. Ce rappel affligera certainement les partisans du contrat et confortera ses adversaires : le contrat a été bien des fois convoqué pour encadrer diverses formes de servitude domestique et économique.

De deux choses l’une : soit le fait de contracter est tellement général et ambivalent qu’il ne contient par soi aucune promesse de liberté, et peut engendrer le pire comme le meilleur, soit il faut rompre avec des conceptions du contrat qui admettent que l’on puisse contracter pour se donner tout entier à un maître et perdre sa liberté. C’est le second choix qu’opèreront Locke et Rousseau qui rompront avec leurs prédécesseurs, et qui ne pardonneront pas à Grotius, Hobbes et Pufendorf d’avoir fait servir le contrat à de telles fins. « Dire qu’un homme se donne gratuitement, c’est dire une chose absurde et inconcevable ; un tel acte est illégitime et nul », objecte vigoureusement Rousseau à Grotius dans le Contrat social.

Le contrat, moyen de lutter contre le pouvoir intra-familial ?

Ainsi, il serait outré de faire du contrat seulement un moyen habile d’obtenir l’obéissance sans avoir à recourir à la violence. Le contrat a aussi été un outil de lutte contre le patriarcalisme et le philosophe anglais Locke nous intéresse parce qu’il cadre le contrat : on ne peut contracter contre soi-même, on ne peut contracter pour se faire esclave et le contrat est plutôt l’expression d’un échange de bons procédés, d’une association humaine qui ne vaut que si elle se tient dans des limites et un cadre raisonnables.


ENS Éditions

Là où Hobbes pensait des pères exigeant tout, et ne devant rien à leurs enfants, des maris despotes autorisés par un contrat léonin passé entre puissants et vulnérables à obtenir ce qu’ils veulent des seconds, Locke voit dans le contrat le moyen de limiter le pouvoir intra-familial. Selon Locke, le philosophe de la modération, les époux ne s’associent que dans la poursuite de la subsistance, de la procréation et de l’éducation des enfants. Ils le font librement. Or, ce que la volonté a fait, elle peut le défaire. Aussi, une fois leur mission accomplie, et dans l’hypothèse où ils ne s’entendraient pas, les époux pourraient très bien divorcer si cela se présentait comme la solution la plus raisonnable pour tous. Le contractualisme a donc été l’instrument chez cet auteur, que certains considèrent comme un des premiers penseurs libéraux, d’un adoucissement du pouvoir marital, et d’une relâche de la contrainte s’exerçant au sein de la cellule domestique.

Le contrat reste un mot creux tant qu’on n’a pas identifié ce qui est essentiel pour ceux qui le passent : est-il un lien entre personnes qui cherchent leur subsistance comme chez Hobbes ? Unit-il des personnes dont la liberté est première et inaliénable, comme c’est le cas chez Rousseau ? Contracter ne signifiera pas du tout la même chose pour les uns et les autres.

Dernier point : certains auteurs, comme Grotius, Montesquieu, Rousseau, ne croient pas utile de penser intégralement la famille sur le patron de l’État et rappellent que ce qui peut se décider entre citoyens adultes et rationnels doit être réglé autrement en famille. Entre les époux, entre les frères et les sœurs, entre les parents et les enfants, ne faut-il pas plutôt rappeler l’importance des sentiments, du donné, des corps et pas seulement de la volonté, de tout ce qui nous échappe et aussi de tout ce qui ne se décide pas par un contrat ni par une volonté libre et éclairée, comme le plaisir d’être et de vivre ensemble, ou encore de converser ?

The Conversation

Gabrielle Radica ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La famille selon les philosophes classiques : organiser la vie par contrat, un rempart contre le patriarcalisme ? – https://theconversation.com/la-famille-selon-les-philosophes-classiques-organiser-la-vie-par-contrat-un-rempart-contre-le-patriarcalisme-275951

De la Perse antique à la République islamique : le sport au cœur de la civilisation iranienne

Source: The Conversation – in French – By Caroline Azad, Docteure en Sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Athlètes persans dans un _zurkhaneh_ (gymnase traditionnel iranien).
Illustration issue de Gaspard Drouville, « Voyage en Perse fait en 1812 et 1813 », Librairie nationale et étrangère, Paris 1825. MAE, Bibliothèque, 31 A 13

De la Perse antique aux massacres de janvier 2026, l’histoire du sport incarne des univers symboliques qui façonnent depuis des millénaires la civilisation iranienne, où les valeurs de bravoure et de courage sont traditionnellement érigées en idéaux d’humanité.


« La connaissance du sport est la clé de la connaissance d’une société. » Cette thèse formulée par les sociologues Norbert Elias et Éric Dunning dans leur ouvrage de référence « Sport et civilisation : la violence maîtrisée » semble prendre une résonance particulière dans le cas de l’Iran.

Partir à la découverte de l’histoire du sport en Iran revient à s’immerger dans celle du pays. Cette plongée vertigineuse permet de saisir la diversité des expériences sociales et de comprendre les rapports de pouvoir et de domination qui traversent la société et structurent ses systèmes de gouvernance. Elle invite aussi à explorer les imaginaires collectifs et les univers symboliques enracinés depuis plusieurs millénaires et qui façonnent encore aujourd’hui la singularité de la culture iranienne.

L’idéal chevaleresque

Dans la Perse antique, l’éducation du corps occupe une place centrale dans l’organisation sociale et se trouve indissociablement liée à la dimension spirituelle de l’existence, alors largement structurée par les valeurs du zoroastrisme.

Si de nombreux récits se sont perdus au fil des guerres, des conquêtes et des traditions orales, le plus ancien qui nous soit parvenu remonte au cinquième siècle avant notre ère. Dans son « enquête » qui relate les guerres médiques opposant les Grecs aux Perses de l’empire achéménide, l’historien hellénique Hérodote (vers 484-425) écrit à propos de certaines traditions athlétiques des Perses, à l’instar de la domestication du cheval, que « leurs enfants, de cinq ans jusqu’à vingt ans, apprennent trois choses : monter à cheval, tirer à l’arc et dire la vérité ».

Plus de 1 400 ans après ce récit, une œuvre fondatrice immortalise la figure du chevalier – et à travers elle un idéal d’humanité. Il s’agit du Shânâmeh du poète Ferdowsi (vers 940-1020). Ce « Livre des rois », rédigé à l’époque de la domination arabe et musulmane en territoire perse, n’est pas seulement une composition d’un genre unique dans la littérature mondiale par la richesse et l’étendue de son récit. Il constitue la matrice mythologique et historique de la culture iranienne.

« Des Élamites à l’islam | De la Perse à l’Iran : 3 000 ans de civilisations (1/3) », Arte, 19 janvier 2026. Le Shânâmeh est longuement évoqué à partir de 5’20.

Composé en persan au début du XIe siècle, cet ouvrage relate une fresque inspirée de faits historiques allant de la création du monde et de l’émergence de la civilisation iranienne préislamique jusqu’à la conquête arabe au milieu du VIIe siècle. À travers un corpus de plusieurs milliers de manuscrits, Ferdowsi met en scène une succession de héros et d’héroïnes dont les exploits militaires, la force physique, les vertus morales et le code de l’honneur ont forgé la mémoire et le patrimoine culturel iraniens. Ces hommes et ces femmes ne sont pas uniquement des combattants : ils sont avant tout porteurs d’une conception exigeante de la morale et de l’éthique, fondée sur les notions de courage, de bravoure, de simplicité, de contrôle des passions, de dépassement des apparences, de l’abandon de l’orgueil ou encore de la connaissance de soi. Ce système de valeurs spirituelles a comme principal dessein l’amélioration de l’être et de la vie.

La lutte, au-delà du sport

Gholam Reza Takhti s’exerçant avec des poids traditionnels dans un zurkhâneh.
pahlavani.com

Si la guerrière Gordafarid figure parmi les héroïnes de premier plan, l’un des grands héros de cette épopée légendaire est Rostam, symbole par excellence du javânmard, chevalier guidé par un code d’honneur et une bravoure inébranlables. Doté du titre militaire de jahân·e pahlavân (soit le pahlavân du monde, qui fait référence à cet idéal d’humanité mêlant prouesses athlétiques et qualités morales), Rostam allait parfois jusqu’à sceller l’issue d’un combat à mains nues, afin de ne pas tirer avantage des faiblesses de son adversaire et d’obtenir la victoire à armes égales.

Cette aptitude à ne pas exploiter les incapacités ou les blessures de leurs concurrents fera d’ailleurs la renommée et la légende des plus grands lutteurs iraniens contemporains, à l’exemple de Gholam Reza Takhti (1930-1968), premier champion olympique iranien de lutte libre. Lors d’un combat contre le Soviétique Alexandre Medved, il refusa de s’en prendre au genou blessé de ce dernier, un geste qui lui coûta la victoire mais consacra durablement sa réputation d’homme d’honneur.

Le métier de lutteur professionnel, tel qu’il est décrit dans les textes du monde musulman aux XIIIe et XVe siècles, fut associé à la pensée mystico-religieuse du soufisme qui prédominait dans les cours royales des sultans du Moyen-Âge. Ainsi, les souverains safavides (1501-1736), issus de cet ordre mystique qu’ils entendaient renforcer, favoriseront l’essor de la lutte en tant qu’art véritable, associé à la méditation, à la contemplation et aux vertus spirituelles les plus gratifiantes.

De l’Afrique du Nord à l’Asie centrale, des Balkans jusqu’aux confins de l’Inde, les lutteurs vont former des confréries régies par un officiel de la cour et s’entraîner dans des gymnases traditionnels appelés zurkhâneh (littéralement, maisons de la force). Bien que leur origine reste difficile à retracer, leur existence remonterait à l’empire achéménide où leur fonction principale était d’assurer la consolidation des réseaux militaires, et plus tard la résistance de ces derniers face aux multiples incursions ennemies. Dans la littérature française, l’existence de ces gymnases n’est attestée qu’à partir du XVIIe siècle dans deux récits de voyages : Estat de la Perse en 1660 du père Raphaël du Mans, de son vrai nom Jacques Duterte, traducteur auprès des rois safavides et moine capucin responsable d’un couvent à Ispahan de 1647 à sa mort en 1669 ; et celui du chevalier Jean Chardin (1643-1713), explorateur et auteur du Journal de voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes orientales.

Le retour en grâce des femmes

Si la littérature reste très avare sur le rôle des femmes dans l’histoire du sport de manière générale, les combats qu’elles mènent aujourd’hui interrogent sur l’existence d’une possible continuité avec des expériences passées. Depuis l’instauration de la République islamique en 1979, les caractéristiques de la lutte ont été remaniées selon des critères issus de la doctrine politique chiite. Celle-ci établit une réglementation inégale entre les hommes et les femmes et conditionne l’accès des Iraniennes au sport à l’imposition d’un code vestimentaire strict. Si elles en demeurent encore exclues, les Iraniennes pratiquent la lutte dans des espaces privés, sans cesser de réclamer l’ouverture des gymnases ni d’imposer leur présence dans un héritage culturel réinterprété à l’aune de considérations idéologiques.

« Iran : le sport, outil d’émancipation des femmes », France 24, 24 janvier 2017.

En Iran, le corps féminin actif, visible et compétitif, cristallise les tensions au sein du système de gouvernance, qu’il soit d’ordre clérical ou politique, entre ceux qui cherchent à restreindre les femmes dans un rôle et un statut circonscrits, et d’autres qui ambitionnent de faire du sport un domaine de légitimation (géo) politique et idéologique. Néanmoins, les athlètes iraniennes ont réussi, avec plus ou moins de succès selon les circonstances et les époques, à jouer un rôle actif dans le développement et l’identité de leur discipline.

Par leurs trajectoires individuelles, leurs prises de parole publiques et, surtout, leur persévérance face aux nombreuses contraintes et tentatives de découragement qui leur sont imposées, elles ont fait du sport, souvent au péril de leur vie ou de leur carrière, un véritable territoire de résistance, de désobéissance et de contestation sociale et politique.

La bravoure en héritage

Tous les mouvements de révolte qui ont jalonné l’histoire récente de l’Iran ont impliqué des athlètes. Aujourd’hui encore, à la suite de l’effroyable bain de sang qui s’est abattu sur un nombre incalculable de civils innocents, des défections en série ont lieu dans le monde du sport. Le célèbre attaquant Mehdi Ghayedi fut le premier sportif à annoncer, sur les réseaux, son retrait de l’équipe nationale de football. Il fut suivi par les joueuses Zahra Alizadeh et Kosar Kamali qui prirent à leur tour la décision de quitter le football. La violence inouïe exercée durant quarante-sept ans au nom du pouvoir et de l’idéologie aura brisé la vie de nombreux sportifs et sportives issus de toutes les disciplines.

Alors, qui mieux que cette jeune génération pour s’ériger en digne héritière des valeurs de bravoure et de courage qui irriguent, dans toute sa diversité, la civilisation iranienne ? Une génération qui incarne, au-delà d’elle-même, les aspirations et les indignations d’une population iranienne que rien, pas même la mort, ne semble pourvoir détourner de sa détermination à prendre la place qui lui revient dans l’avenir de son pays.

The Conversation

Caroline Azad ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De la Perse antique à la République islamique : le sport au cœur de la civilisation iranienne – https://theconversation.com/de-la-perse-antique-a-la-republique-islamique-le-sport-au-coeur-de-la-civilisation-iranienne-277841

Démissions de maires et conseillers municipaux : des tensions enracinées dans une longue histoire

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gaëlle Charcosset, Historienne, chercheuse associée au Laboratoire d’études rurales (LER), Université Lumière Lyon 2

*Grand banquet des maires de France* (v. 1900), par Raoul&nbsp;Arus (1848-1921), à l’occasion du 108<sup>e</sup>&nbsp;anniversaire de la proclamation de la République, le 21&nbsp;septembre 1792. Série «&nbsp;La France après la Commune&nbsp;». L’Art industriel Éditeur/Wikimedia Commons

Si les démissions de maires et de conseillers municipaux sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité, elles résultent souvent de dissensions dans la gouvernance des communes qui prennent leur source dans l’histoire. Pour les comprendre, il faut revenir sur la manière dont les relations entre maires et conseillers municipaux se sont construites au XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ siècle. Une recherche dans la région du Beaujolais éclaire cette incomplète démocratisation de l’institution municipale et la variété des modes de gouvernement.


À l’été 2025, une enquête réalisée par Martial Foucault pour l’Association des maires de France révèle une hausse des démissions de maire durant le mandat en cours. Dans 31 % des cas, ce sont les dissensions avec le conseil municipal qui en sont la cause.

De même, la presse locale se fait souvent l’écho de démissions de conseillers municipaux, seuls ou en bloc, dénonçant l’« incapacité à échanger et le fait qu’il le [maire] décidait de tout » (Chanceaux-sur-Choisille, Indre-et-Loire), un dialogue « rompu » et des décisions « prises sans concertation préalable » (Palazinges, Corrèze), ou encore « le manque de communication, de considération pour les élus et le pouvoir de décision accaparé par des collaborateurs non élus » (Briançon, Hautes-Alpes).

Si leur hausse est récente, les démissions ainsi motivées sont anciennes et paraissent trouver leur source dans la manière même dont les deux institutions municipales, maire et conseil municipal, ont été conçues en interrelation au XIXe siècle.

Ainsi, à partir de la région du Beaujolais entre 1800 et 1940, il est possible de mettre en évidence que, si une progressive démocratisation accentue le rôle des conseillers municipaux, elle reste incomplète. Localement, pour ne pas dire communalement, des modes de gouvernement spécifiques ont défini les prérogatives effectives de chacun.

Une lente démocratisation de l’institution municipale

Si les fonctions municipales se généralisent durant la Révolution, c’est à partir du Consulat qu’elles se stabilisent et prennent la forme actuelle d’un maire et d’un conseil municipal. Dans un premier temps, le conseil municipal a un rôle très restreint. Constitué d’édiles nommés et renouvelés par moitié tous les dix ans, il est peu dynamique, touché par des démissions, des départs ou des décès, tandis que la figure du maire se construit comme agent de l’État, officier de l’état civil et représentant de la commune.

Avec l’introduction du principe électif, censitaire (1831) puis « universel » masculin à partir de 1848, un renouvellement plus fréquent et un élargissement de ses prérogatives (loi de 1837), le conseil municipal se consolide. Cela invite l’administration, qui procède encore à la nomination du maire et de l’adjoint, à ajuster ses choix. Ainsi, sous la monarchie de Juillet (1831-1848), les préfets doivent régulièrement tenir compte des forces en présence. Dans le département du Rhône, ils font alors le choix d’un maire dans le groupe ou « parti » qui paraît majoritaire et d’un adjoint parmi ses adversaires.

Sous le Second Empire, le magistrat et son adjoint peuvent être choisis en dehors et avant même les élections municipales ; cependant, devant les conflits et les critiques de l’autorité, les préfets renoncent dans les années 1860 à un choix hors conseil, si bien qu’ils peuvent concéder la présidence des assemblées municipales à des républicains.

Après six ans d’alternance entre élection du maire par le conseil municipal et nomination par l’administration, le principe électif est définitivement adopté (1876 ; 1882 pour les chefs-lieux de canton). La « charte » de 1884 conforte sur le plan législatif le fonctionnement démocratique de l’institution municipale, confirmant notamment la publicité des délibérations et permettant la permanence des commissions.

Une démocratisation incomplète

Cependant, sur le plan social, la démocratisation reste très relative. L’administration du début du XIXᵉ siècle a choisi pour maires des hommes bénéficiant d’une certaine aisance, le justifiant par l’instruction nécessaire et la capacité à consacrer du temps pour une fonction non rémunérée. En réalité, elle a aussi fait preuve de pragmatisme en recourant à des « notables », souvent grands propriétaires fonciers qui, par leur assise sociale et économique, exercent une autorité, un contrôle sur la société villageoise et qui, évincés, pourraient s’opposer à la municipalité nommée.

En dehors de ces notables, le recrutement au sein des élites villageoises est la règle conduisant à une surreprésentation des grands exploitants agricoles, des professions libérales et des artisans et commerçants. Le choix des électeurs pour leurs conseillers municipaux est par la suite similaire et se maintient sur la longue durée.

Valentin, père et maire de sa commune (1837)
Valentin père et maire de sa commune (1837).
Nicolas-Toussaint Charlet (1792-1845), dessinateur, peintre et lithographe/Wikimédia.

Sous la IIIe République, la compétition électorale paraît se réduire davantage autour de « familles éligibles », se caractérisant par leur enracinement, leur patrimoine et leur place dans la mémoire collective locale, ce que les ethnologues, sociologues et politistes ont analysé jusqu’au début du XXIᵉ siècle.

Dans les villages du Beaujolais, les compétitions électorales paraissent se jouer en moyenne entre une trentaine d’hommes et à peine une vingtaine pourrait espérer le succès de leur candidature (pour dix à douze élus). Au début du XXᵉ siècle, le recours au second tour se raréfie tant en nombre de places qu’il reste à pourvoir que de communes où il est nécessaire. Avant la Seconde Guerre mondiale, seuls les renouvellements de 1925 et de 1935 paraissent un peu plus disputés.

Des modes de gouvernement municipaux, de l’exercice solitaire à la collégialité

Derrière cette tendance générale, ce sont des modes de gouvernement différents que les registres des délibérations municipales permettent de mettre au jour. En comparant les conseils municipaux de deux communes distantes d’à peine 20 km, ce sont deux fonctionnements radicalement différents qui émergent et qui se perpétuent pendant un siècle et demi.

À Odenas, le maire, qu’il s’agisse du châtelain légitimiste dans les années 1820 ou de l’avocat radical-socialiste un siècle plus tard, exerce de manière solitaire, le conseil municipal paraissant se limiter à enregistrer ses décisions. Aucun conflit ou désaccord ne transparaît dans les délibérations, les commissions permanentes impulsées par le préfet au début du XXᵉ siècle sont vite abandonnées. L’adjoint et le secrétaire de mairie sont les relais quotidiens du maire.

À Chamelet, c’est la collégialité qui s’impose : le maire est souvent « autorisé », « prié », « invité » à agir en fonction des délibérations prises, la vérification de ses comptes confiée à des édiles dont la fortune et la position sociale garantissent leur indépendance à son égard, la direction des travaux sur les chemins vicinaux exercée par les édiles alors qu’en théorie, elle lui revient. Les délibérations, plus fréquentes, sont marquées par de nombreux échanges que l’on prend soin de transcrire, de propositions faites par les uns, de votes à main levée ou à bulletin secret selon les circonstances ; les commissions y sont précoces, structurées et engagent tous les conseillers en fonction de leurs compétences.

Si les rapports de force sociaux ne sont pas totalement étrangers à ces deux modes de gouvernement, ils ne s’y réduisent pas, mettant en évidence la construction de savoir-faire administratifs et délibératifs, d’habitudes – et la compétition en cercle fermé y contribue pleinement – qui n’empêchent ni les évolutions ni des oscillations d’un mode à l’autre, plus marquées dans d’autres communes, provoquant parfois des crises et des démissions. Ces différences d’une commune à l’autre discutent aussi de la plus ou moins grande démocratisation de l’institution municipale qui s’est opérée.

Les secrétaires de mairie interrogés au début des années 2000 pouvaient témoigner, quand ils exerçaient dans plusieurs communes, de ces modes de gouvernement différents qui se maintenaient.

The Conversation

Gaëlle Charcosset ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Démissions de maires et conseillers municipaux : des tensions enracinées dans une longue histoire – https://theconversation.com/demissions-de-maires-et-conseillers-municipaux-des-tensions-enracinees-dans-une-longue-histoire-274791

Tunisie : les médecins pratiquent une discrimination subtile envers les patients les plus pauvres , selon une enquête

Source: The Conversation – in French – By Timothy Powell-Jackson, Professor of Health Economics, Global Health Economics Centre, London School of Hygiene & Tropical Medicine

Les personnes ayant des revenus plus faibles et un niveau d’éducation moins élevé tombent plus souvent malades. Elles ont un aussi un accès plus difficile aux soins et vivent moins longtemps. C’est l’une des conclusions les plus constantes des recherches menées dans le domaine de la santé à travers le monde.

Mais les médecins eux-mêmes amplifient-ils ces inégalités ?

En tant qu’économistes de la santé intéressés par le comportement des prestataires de soins, nous avons cherché à explorer un facteur peu étudié des inégalités en matière de santé en Tunisie : la question de savoir si les médecins traitent différement les patients selon leur origine selon le milieu socio-économique lors d’une consultation.

Nous avons choisi la Tunisie car c’est un pays à revenu intermédiaire où les inégalités socio-économiques et sanitaires s’accentuent. Jusqu’à récemment, il existait peu de preuves solides de discrimination de la part des prestataires de soins de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où les inégalités en matière de santé sont souvent plus importantes et les systèmes de santé plus sollicités que dans les pays plus riches.

Nous avons conçu une expérience d’audit dans le pays, en envoyant des patients standardisés (des travailleurs de terrain formés pour se faire passer pour des patients anonymes) présentant des symptômes identiques à des médecins généralistes publics et privés.

Nous avons varié l’attitude et l’apparence des patients afin qu’ils semblent « pauvres » ou « issus de la classe moyenne ». Les profils des patients ont été élaborés à partir de recherches qualitatives antérieures afin de refléter la manière dont les médecins perçoivent généralement les différences socio-économiques. Le problème médical étant identique à chaque consultation, toute différence dans le comportement des médecins pouvait être attribuée à leur perception du milieu socio-économique du patient.

Nous n’avons trouvé aucune preuve que les médecins traitaient les patients différemment. Les diagnostics et les décisions thérapeutiques étaient similaires pour tous les profils sociaux. Mais notre étude a révélé une forme plus subtile d’inégalité : si les patients les plus pauvres recevaient un traitement médical similaire à celui des patients plus aisés, ils étaient moins susceptibles :

  • d’obtenir des explications sur leur maladie et les raisons du traitement proposé

  • d’obtenir des conseils médicaux corrects sur les recommandations futures.

Nous avons conclu qu’en communiquant moins efficacement avec les patients les plus pauvres, les médecins pouvaient contribuer indirectement aux inégalités en matière de santé.

Les inégalités en matière de santé ne s’arrêtent pas à la porte de la clinique

Des recherche menées dans des pays à revenu élevé ont montré que les jugements des médecins peuvent parfois être influencés (souvent inconsciemment) par le milieu social du patient.

Cela influe sur le temps que les médecins consacrent à expliquer un diagnostic, sur le sérieux avec lequel ils prennent les préoccupations du patient et sur la clarté avec laquelle ils communiquent les étapes suivantes.

Pour explorer cette question, nous avons mené une expérience sur le terrain auprès de 130 médecins généralistes en Tunisie. Deux patients standardisés ont rendu visite à chaque médecin. Ils ont tous suivi le même scénario soigneusement élaboré et ont présenté le même problème médical : les symptômes d’une bronchite aiguë, une affection courante qui ne nécessite généralement pas d’antibiotiques.

La seule différence résidait dans la manière dont les patients acteurs se présentaient socialement.

Certains patients semblaient plus pauvres, s’exprimaient avec hésitation et portaient des vêtements bon marché. D’autres semblaient appartenir à la classe moyenne, communiquaient avec plus d’assurance et portaient des vêtements plus élégants.

Ce que nous avons découvert

Les résultats étaient mitigés et révélateurs.

Tout d’abord, rien n’indiquait que les médecins dispensaient des soins de moins bonne qualité aux patients plus pauvres. Les diagnostics et les décisions thérapeutiques étaient similaires quel que soit le profil social. Cela est rassurant et suggère que les médecins ne dispensaient pas délibérément des soins de moindre qualité aux patients qu’ils percevaient comme plus pauvres.

Cependant, la qualité globale des soins était faible pour tout le monde. Seul un patient sur trois environ était pris en charge selon les meilleures pratiques. Plus de 90 % ont reçu des traitements inutiles, le plus souvent des antibiotiques ou des stéroïdes.

Deuxièmement, les patients les plus pauvres étaient moins susceptibles de devoir payer leurs médicaments. Les médecins leur donnaient souvent des échantillons gratuits, généralement fournis par les laboratoires pharmaceutiques. Bien que cela puisse sembler généreux, la plupart de ces médicaments étaient inutiles. Les médicaments gratuits n’améliorent pas la santé s’ils n’auraient pas dû être prescrits en premier lieu.

La différence la plus frappante est apparue ailleurs.

L’inégalité cachée : la communication

Les patients les plus pauvres étaient moins susceptibles de recevoir une explication claire de leur état de santé. Ils recevaient moins d’informations sur les raisons pour lesquelles un médicament leur était prescrit. Ils étaient moins susceptibles de recevoir des conseils sur ce qu’il fallait faire si leurs symptômes s’aggravaient ou quand revenir pour un suivi. Ces écarts étaient plus prononcés dans les cliniques privées. Il se peut que les médecins y adaptent leur communication aux patients ayant une plus grande capacité de paiement, qui sont plus susceptibles de revenir.

Seule une recherche minutieusement conçue permet de mettre en évidence ces inégalités en matière de communication. Cette forme d’inégalité est « cachée » car elle est moins visible que les différences de diagnostic ou de traitement : elle apparaît rarement dans les dossiers médicaux, lorsqu’ils existent, et a été beaucoup moins documentée que d’autres inégalités dans les soins de santé.

Une bonne communication n’est pas simplement une question de courtoisie, c’est un élément important des soins. Comprendre une maladie aide les patients à suivre leur traitement, à éviter des inquiétudes inutiles et à savoir quand demander de l’aide. Lorsque les explications font défaut, les patients sont amenés à deviner, à mal comprendre ou à retarder les soins.

Au fil du temps, ces petites différences peuvent s’accumuler. Les patients qui quittent systématiquement les consultations avec moins d’informations peuvent avoir du mal à gérer leur santé, même si la décision médicale initiale était correcte.

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Notre étude ne suggère pas que les médecins tunisiens discriminent intentionnellement les patients les plus pauvres dans leurs décisions cliniques. Mais les différences dans la qualité de la communication et des conseils peuvent néanmoins renforcer les inégalités.

Une ordonnance sans explication n’est pas la même chose qu’un traitement qui permet aux patients de comprendre et de gérer leur état de santé.

Ces résultats soulignent également l’urgence de lutter contre les prescriptions inappropriées. L’utilisation généralisée d’antibiotiques inutiles observée dans cette étude reflète les tendances observées dans des pays tels que l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.
Cela contribue à la résistance aux médicaments, à l’augmentation des coûts et à des effets secondaires évitables : des problèmes qui touchent tout le monde, mais qui frappent souvent plus durement les populations les plus pauvres.

Perspectives d’amélioration

Alors que la Tunisie réforme l’enseignement médical et les pratiques du système de santé, il existe une opportunité évidente de placer la communication avec les patients au centre des soins. Cependant, les implications dépassent le cadre de la Tunisie. Dans une grande partie de l’Afrique, les systèmes de santé fonctionnent avec d’énormes contraintes de capacité, des consultations courtes, des charges de travail variables et de profondes fractures sociales. Ces conditions peuvent influencer les rendez-vous médicaux et creuser les écarts de communication.

Renforcer la capacité des médecins à expliquer, écouter et s’adapter aux patients issus de milieux sociaux différents pourrait contribuer à réduire ces inégalités cachées.

Encourager des explications plus claires, de meilleurs conseils sur le suivi et une plus grande sensibilisation aux préjugés inconscients sont des changements relativement peu coûteux qui peuvent avoir un rendement élevé.

La continuité des soins, qui consiste à faire en sorte que les patients consultent régulièrement le même médecin, peut réduire davantage le recours à des jugements sociaux hâtifs dans la prise de décision clinique.

Cet article est basé sur les recherches doctorales du Dr Rym Ghouma. Elle a dirigé la conceptualisation de l’étude, le travail sur le terrain, l’analyse des données et la rédaction de l’article universitaire. Elle est actuellement consultante en économie de la santé pour la Direction de la santé de l’OCDE.

The Conversation

Timothy Powell-Jackson bénéficie d’un financement du Medical Research Council (Royaume-Uni) et du National Institute for Health and Care Research (Royaume-Uni).

Mylene Lagarde reçoit un financement du Medical Research Council (Royaume-Uni).

ref. Tunisie : les médecins pratiquent une discrimination subtile envers les patients les plus pauvres , selon une enquête – https://theconversation.com/tunisie-les-medecins-pratiquent-une-discrimination-subtile-envers-les-patients-les-plus-pauvres-selon-une-enquete-277556

Boncana Maïga était le maestro malien de la salsa africaine : comment il a façonné la musique dansante

Source: The Conversation – in French – By Lucy Durán, Professor emeritus of music, SOAS, University of London

Le décès du célèbre flûtiste, compositeur et arrangeur malien Boncana Maïga à l’âge de 77 ans marque la fin d’une époque dans la musique de l’Afrique de l’Ouest.

C’était un interprète et un chef d’orchestre charismatique, doté d’un talent musical inné et d’une oreille fine. Son histoire est unique et n’aurait pu se produire qu’à cette époque, grâce à sa personnalité et à sa formation musicale, à Cuba.

En tant que musicienne, productrice et chercheure spécialisée dans la musique malienne et cubaine, j’ai suivi la carrière de Boncana Maïga pendant de nombreuses années. J’ai travaillé avec de nombreux groupes de danse cubains et j’ai produit de nombreux albums primés de musiciens maliens.

Maïga ne s’est jamais particulièrement intéressé aux instruments traditionnels de son pays natal. Sa véritable passion était plutôt la composition et l’arrangement pour les orchestres de danse. Ce talent allait avoir un impact majeur sur la musique populaire du Mali à l’ère post-indépendance.

Salsa africaine

Maïga restera sans doute dans les mémoires comme le producteur musical des nombreux albums Africando (1992-2013) qui fusionnaient la musique de danse latine avec les voix d’Afrique de l’Ouest. La musique afro-cubaine était populaire depuis longtemps et il y a ajouté un style unique de « salsa africaine », une musique entraînante appréciée sur les pistes de danse du monde entier.

On peut toutefois affirmer que le groupe qu’il a formé à Cuba dans les années 1960, Las Maravillas de Mali (Les Merveilles du Mali), avec des musiciens maliens, est son héritage le plus important et le plus durable, bien que le moins documenté.

L’album Las Maravillas de Mali, enregistré à Cuba en 1965, est un joyau de son époque, qui met en valeur les premières compositions et la musicalité de Maïga. Le groupe comprend des voix masculines, des flûtes, des violons, un piano et des percussions, avec des chansons en espagnol, en français et dans les langues maliennes.

Toutes les principales formes de danse cubaines y sont présentes : boléro, danzón, son montuno, chachacha, guaracha. Le groupe maîtrisait parfaitement le style charanga (flûtes et violons), même s’il était à Cuba depuis moins d’un an. Il est clair que Boncana Maïga avait un talent exceptionnel en tant que leader du groupe et flûtiste.

Qui était Boncana Maïga ?

Le Mali est bien connu pour ses musiciens traditionnels virtuoses (Ali Farka Touré, Toumani Diabaté, Oumou Sangaré et bien d’autres). Maïga, en revanche, est venu à la musique avec une perspective très différente.

Il était un Songhaï, né et élevé à Gao, dans le nord-est du Mali (aujourd’hui zone interdite en raison de l’insurrection djihadiste). Selon la plupart des sources, il serait né en 1949, mais il est possible qu’il soit né en 1947, voire plus tôt. À l’époque, il était courant au Mali de délivrer des certificats de naissance qui modifiaient l’année de naissance réelle, afin de rajeunir ou de vieillir la personne. Une photo de Maïga jouant de la flûte à Cuba en 1965 suggère qu’il avait au moins 18 ans à l’époque, et non 16 comme cela aurait été le cas s’il était né en 1949.

Ayant grandi dans une ville isolée, Maïga, qui n’avait aucune formation musicale, a appris seul à jouer du saxophone, un instrument moderne dont on entendait peu parler à l’époque dans la région.

En 1959, un an avant l’indépendance du Mali, il a formé un groupe appelé Negro Band de Gao, qui a attiré l’attention du premier président du Mali, Modibo Keita, un leader visionnaire avec un programme socialiste.

Keita a reconnu le potentiel du talent musical du Mali pour cultiver une image internationale pour le pays nouvellement formé. Cuba offrait une excellente formation musicale, et Keita avait noué de bonnes relations avec Fidel Castro.

Keita a donc sélectionné dix jeunes musiciens maliens talentueux pour étudier la musique à Cuba, au Conservatoire Alejandro García Caturla de La Havane, en leur accordant des bourses. L’un d’entre eux était Boncana Maïga.

Ils sont partis à l’aventure dans un monde complètement différent. Ils sont arrivés en 1964 et sont restés huit ou neuf ans. Cette aventure allait avoir un impact durable sur le développement de la musique populaire ouest-africaine et sur la carrière de Maïga.

Cuba

Le flûtiste Dramane Coulibaly était l’un des musiciens maliens qui ont appris à lire et à écrire la musique à Cuba et, comme Maïga, à jouer de la flûte.

J’ai rencontré Coulibaly au Mali et j’ai travaillé avec lui. Nous avons eu de nombreuses conversations sur Cuba, en espagnol, qu’il parlait encore couramment. Il m’a dit que La Havane était un lieu d’apprentissage très intense et que la formation y était rigoureuse.

Trois des étudiants maliens ont abandonné leurs études et sont rapidement rentrés chez eux, mais les sept autres (dont Coulibaly) sont restés et ont formé un groupe, Las Maravillas de Mali, avec Maïga comme arrangeur et chef d’orchestre. Certains membres du groupe se sont installés à La Havane, se sont mariés avec des Cubaines et ont eu des enfants là-bas.

De retour au Mali

Au début des années 1970, sous la présidence de Moussa Traoré – qui avait pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 1968 –, le groupe a été rappelé au Mali.

Coulibaly a déclaré que cela avait été traumatisant. En 2001, j’ai enregistré certaines de nos conversations dans le cadre de mes recherches en cours. Il m’a dit

Nous nous étions habitués à la décontraction cubaine, aux amitiés chaleureuses, aux nombreuses occasions de se produire, à l’éducation gratuite, au système de santé gratuit. J’ai quitté l’île à contrecœur, pensant que j’y reviendrais bientôt. Cela ne s’est pas produit. Je n’ai jamais revu ma femme cubaine et j’ai dû lutter pour joindre les deux bouts à Bamako.

À Bamako, Maïga a commencé à se faire un nom en tant que chef d’orchestre. Certains membres des Maravillas de Mali se sont regroupés pour former Le National Badema (La Famille nationale), emblématique du nouveau régime.

Avec son flair caractéristique, Maïga fit venir de son village le jeune chanteur griot talentueux Kassemady Diabaté pour rejoindre le groupe. Il comprenait la nécessité de placer des chanteurs traditionnels au premier plan de ses groupes, afin de donner à la musique une saveur locale.




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Cependant, Maïga ne devait pas rester longtemps au Mali. Il n’y avait pas assez d’opportunités pour son type de travail orchestral. Il ne s’intéressait qu’aux orchestres modernes et aux groupes de danse, et les musiciens traditionnels ne savaient pas lire la musique et n’avaient pas la formation nécessaire pour jouer des styles afro-cubains.

En Côte d’Ivoire

Maïga, toujours très demandé en tant que chef d’orchestre, s’installe en Côte d’Ivoire, où il crée RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne), un orchestre composé d’instruments modernes dont tous les musiciens savaient lire la musique.

Au début des années 1980, Abidjan disposait de studios d’enregistrement et était un centre important de l’industrie musicale ouest-africaine. Des musiciens célèbres tels que la Sud-Africaine Mariam Makeba et le Camerounais Manu Dibango y ont fait escale, se produisant avec la RTI. C’est là que Maïga a également enregistré – et, semble-t-il, produit – certains des plus grands chanteurs traditionnels du Mali, tels que Nahawa Doumbia et Kandia Kouyaté. (Kandia m’a confié lors d’une interview à Paris en 1998 qu’il y occupait uniquement un rôle de direction et non de création.)

Africando

Maïga s’est ensuite installé en Europe, où il a produit des albums avec Syllart, un label basé à Paris qui a lancé la carrière du Malien Salif Keita, entre autres. En collaboration avec le fondateur du label sénégalais Ibrahima Sylla, il a créé Africando. Il s’agissait d’un groupe de danse « salsa » vedette de la scène musicale latine, notamment à New York, accompagné de chanteurs invités provenant de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Africando a connu un succès financier et critique considérable. Les musiciens ont fait de nombreuses tournées et concerts et ont sorti de nombreux albums. Malgré des performances vocales sublimes, les arrangements du groupe ont parfois été critiqués pour leur caractère stéréotypé.

Boncana Maïga était le dernier membre survivant de Las Maravillas de Mali, et avec son décès, ce groupe éphémère mais très talentueux disparaît à jamais.

Il a certainement contribué à faire prendre conscience des liens entre l’Afrique et l’Amérique latine, le Mali et Cuba, qui remontent à l’époque de la traite transatlantique d’esclavage. Les musiciens maliens continuent d’avoir un fort sentiment d’attachement à la musique cubaine, qui fait partie de cet héritage, et Maïga l’a mis en valeur dans la culture populaire.

The Conversation

Lucy Durán does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Boncana Maïga était le maestro malien de la salsa africaine : comment il a façonné la musique dansante – https://theconversation.com/boncana-ma-ga-etait-le-maestro-malien-de-la-salsa-africaine-comment-il-a-faconne-la-musique-dansante-277986

Hedgehogs can hear high-frequency ultrasound – that knowledge could help save them

Source: The Conversation – UK – By Sophie Lund Rasmussen, Research fellow in Ecology and Conservation, University of Oxford

The hedgehog is one of Europe’s most familiar and well-loved wild mammals. Many people encounter them in gardens, hear their snuffling at dusk, or glimpse their spiny shapes moving through the night.

But sadly, across Europe, hedgehog populations are shrinking rapidly. The European hedgehog is now listed as “near threatened” on the International Union for Conversation of Nature red list for Europe. Understanding why this is happening – and what can realistically be done to halt or reverse it – has become an urgent priority.

My team’s new research shows that hedgehogs can hear high-frequency ultrasound. With this knowledge, it could be possible to design sound-based deterrents that target hedgehogs specifically, without disturbing people or their pets. In theory, ultrasonic signals could warn hedgehogs away from approaching vehicles or keep them clear of dangerous machines in the future.

This is significant because one of the greatest threats to hedgehogs comes from road traffic. Cars are estimated to kill huge numbers of hedgehogs across Europe every year, with some studies suggesting that up to one in three of these animals may die on roads annually.

Hedgehogs are simply not built for modern infrastructure. Their primary defence strategy evolved to escape natural predators that see movement in the dark. They freeze, assess the threat, and then either flee or curl into a tight ball of spines. Against a fast-moving vehicle, this strategy is fatal.

David Attenborough talks about ways to help hedgehogs survive.

Roads also fragment landscapes, making it harder for hedgehogs to find food, mates and new habitats. When this is combined with barriers such as massive fences, intensively managed agriculture and gardens, and widespread use of machinery such as garden strimmers and robotic lawn mowers, it becomes clear that the problem is not hedgehog behaviour. It is the environment humans have created.

Could sound offer a solution?

For years, I kept returning to the same question: could humans somehow warn hedgehogs before danger arrives? Could we deter them from roads and machines in a way that does not disturb people?

To explore that possibility, I had to start with a surprisingly basic question: what can hedgehogs actually hear?

I assembled a multidisciplinary team including experts specialising in imaging, bioacoustics (studying what animals hear), animal behaviour, hedgehog ecology, animal experiments and hedgehog anaesthesia.

Using high-resolution micro-CT scans of a hedgehog that had been put to death at a wildlife rescue centre for welfare reasons, the team built a three-dimensional model of the middle and inner ear.

The model showed that hedgehogs have very small, dense middle-ear bones and a partly fused joint between the eardrum and the first of these bones. This makes the whole chain of bones stiffer, helping it pass very high-pitched sounds efficiently – a hallmark of animals, such as echolocating bats, that can hear ultrasound.

The scans also revealed that hedgehogs have a small stapes (the smallest middle-ear bone that connects the chain of ear bones to the inner ear’s fluid-filled cochlea). A smaller, lighter stapes can vibrate more quickly, enabling it to transmit high-frequency sound waves. The cochlea was also found to be relatively short and compact, enabling it to better process ultrasonic vibrations.

Ultrasound refers to sound frequencies above 20kHz, beyond the upper limit of human hearing. But anatomy alone is not proof. To confirm what hedgehogs could actually hear, we needed direct measurements. But how does one measure hedgehog hearing?

Measuring hedgehog hearing

We tested the hearing of 20 European hedgehogs using Auditory Brainstem Response recordings. Under brief anaesthesia, small electrode needles placed just under the skin of the hedgehogs, measured their brain activity while they were soundly asleep. During this time, we played sounds across a wide range of frequencies and pulses, and if the hedgehogs could hear it, their brain activity would indicate this. They were fit and ready for release back into the wild the night after their tests.

The results were striking. Hedgehogs heard sounds from around 4kHz up to at least 85kHz, with peak sensitivity around 40kHz – well into the ultrasonic range. Hedgehogs can therefore hear sounds that humans, dogs and cats cannot. This could be a game changer for hedgehog conservation.

This would, in theory, make it possible for scientists to use ultrasonic signals to warn hedgehogs away from approaching vehicles or keep them clear of potentially dangerous machines.

Many questions remain though. Which sounds are effective? Do hedgehogs become used to specific noises and start ignoring them? How far do ultrasonic signals travel?

Further research is now needed to design effective and beneficial sound repellents for hedgehogs, but this is a significant step forward. Perhaps the car industry could help fund this important research?


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Sophie Lund Rasmussen does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Hedgehogs can hear high-frequency ultrasound – that knowledge could help save them – https://theconversation.com/hedgehogs-can-hear-high-frequency-ultrasound-that-knowledge-could-help-save-them-275255

‘We’re the good guys’: why moral storytelling doesn’t make the war on Iran necessary or legal

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Tamer Morris, Senior Lecturer, International Law, University of Sydney

Since the United States and Israel launched their war against Iran, most international law experts appear to be speaking with one voice on the legality of the attacks.

Legal experts have said the attacks violated Article 2(4) of the UN Charter, which prohibits the use of force against states. The US and Israel have not produced any evidence that Iran posed an imminent threat to either of them. And neither has brought the matter to the UN Security Council. As such, this was a clear breach of international law.

But even though most scholars agree the strikes were unlawful, the public and political debate has shifted somewhere else entirely.

Instead of wrestling with the legal questions, many politicians, commentators, and everyday observers are counterbalancing the illegality with arguments about legitimacy.

Both Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu and US President Donald Trump have cast the war as a “necessary” fight between good and evil. Netanyahu said:

I know the cost of war. But I know sometimes that war is necessary to protect us from the people who will destroy us. […] We have to understand that we’re fighting here the bad guys. We’re the good guys. These people massacred their own people.

Canada and Australia, two of the US’ closest allies, have both used strikingly similar language in their statements about the war, saying they supported the US:

acting to prevent Iran from obtaining a nuclear weapon and to prevent its regime from further threatening international peace and security.

This idea of legitimacy – that is, what is “right”, “necessary”, or “just” – is now being thrown around in almost every conversation about the war.

Two arguments for a ‘just’ war

These arguments echo centuries‑old thinking about “just” wars.

Christian philosophers such as St Augustine (4th–5th century) and St Thomas Aquinas (13th century), for example, were early proponents of what is known as the “just war theory”. Basically, this means you
may violate the moral rule against violence if the cause is “just”.

In modern debates, arguments about the legitimacy of wars tend to fall into two categories.

The first claims attacks like the ones launched by the US and Israel are morally just and therefore ought to be permitted, regardless of what international law says.

This line of reasoning goes something like this: “So what if the action breaches international law? We removed an evil dictator.” Or: “Do we really want Iran developing nuclear weapons or long-range missiles?”

The statements by Netanyahu and Trump frame the use of force as morally necessary, implying that if an action feels righteous, legality should not be a hindrance.

The second argument dismisses international law altogether as ineffective or irrelevant.

The strand of legitimacy reasoning is also becoming common. It’s reflected in statements like: “Where was international law when people were being killed on the streets in Iran?” or “How can international law matter if Iran is constantly threatening western states and funding a proxy war?”

The conclusion drawn here is simple: if the law fails to prevent harm, it must be irrelevant. And if international law is irrelevant, then the US-Israeli strikes on Iran are legitimate.

Both of these lines of reasoning carry their own risks, not least the danger of allowing subjective morality to replace objective legal constraints.

Can a morally just war be deemed illegal?

The first argument hinges on the notion that the US and Israel strikes on Iran are just, given the brutal, repressive nature of the Iranian regime and the fact it is pursuing nuclear weapons. And international law should allow just actions.

But who decides what is just?

For the US and some of its allies, this is a binary moral equation: Iran is bad, we are good.

But this argument can also be made from Iran’s perspective: Israel and the US are bad. Therefore, we need nuclear weapons to protect ourselves.

Once states are permitted to act on their own sense of morality and justice, the international system goes down an extremely dangerous road. Every state can consider itself the “good” actor in its own story. If we allow individual morality to override the law, moral chaos follows.

Historically, moral arguments about “civilisation”, “enlightenment”, or “improvement” were also used to justify colonisation and slavery.

This is still happening in different contexts today: one group assumes its moral compass is universal, superior and mandatory for all others. If the world returns to that mode of thinking, the strongest states will once again become the arbiters of what counts as “good”.

International law must therefore remain objective, free from claims of moral exceptionalism.

Does international law still have relevance?

The second argument is even stranger: where was international law when a state like Iran committed atrocities?

This requires a clearer understanding of the role of international law. If we disregard international law because someone violates it, it’s like rejecting the rule book while still using its language to call out a foul.

Without it, there would be no norms to appeal to, no expectation of protection, no shared belief that certain harms are prohibited.

This argument also doesn’t follow logic. Murders still happen in countries like Australia. Should we therefore abandon domestic laws that prevent them?

Of course, there are double standards in international law. Powerful states have greater impunity and weaker states face more scrutiny.

But double standards also exist in domestic legal systems – wealthier people generally receive better outcomes than those with less means.

The existence of inequality in international law, then, shows the need for reform, not the abandonment of the law altogether.

Why this matters

The Iran war reveals a dangerous shift in the way states justify their actions: a growing preference for moral storytelling over legal reasoning.

Once the narrative of a “just war” replaces the rule of law, there is little left to restrain the powerful states from dominating the weaker ones.

The purpose of international law is not to determine who is morally good; it is to maintain order in a world where every state believes it is waging the “good” fight.

The Conversation

Tamer Morris does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. ‘We’re the good guys’: why moral storytelling doesn’t make the war on Iran necessary or legal – https://theconversation.com/were-the-good-guys-why-moral-storytelling-doesnt-make-the-war-on-iran-necessary-or-legal-277952

Commercial space technology is shaping the Iran war – the law can’t keep up

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Anna Marie Brennan, Senior Lecturer in Law, University of Waikato

When the United States and Israel launched Operation Epic Fury against Iran nearly two weeks ago, the first confirmation didn’t come from governments. It came from commercial satellites.

Images from US companies Planet Labs and Vantor captured smoke billowing over central Tehran and ships burning at the coastal city of Konarak – evidence of strikes on naval bases, airfields and missile sites that global media confirmed within hours.

But space-based technology was not just observing the conflict, it was also a target. US officials said early strikes hit “Iran’s equivalent of Space Command”, undermining Tehran’s ability to coordinate via satellite.

Iran has also used extensive “spoofing” to create false GPS signals to mislead receivers about their true location.

Simultaneously, US Space Command and Cyber Command launched operations to jam, hack and disrupt Iranian software systems, known as “non-kinetic” attacks in the jargon of modern warfare.

Such operations are a kind of “silent sabotage”, disabling communications or corrupting GPS signals without blowing anything up with conventional “kinetic” attacks.

This combination of advanced battlefield tactics and the rapid commercialisation of space technology, as well as the erosion of the old rules-based order in general, means international law is now falling well behind.

Blurred lines of accountability

Non-kinetic tactics have quickly spilled into civilian life. In January, amid anti-government protests, and later during the first wave of strikes, Iran used GPS jamming and spoofing to disrupt Starlink terminals, which civilians and protesters depended on to stay online and share information during internet blackouts.

At the same time, commercial satellite imagery became part of the conflict itself. After Planet Lab’s images revealed Iranian retaliatory strikes on US and US-linked sites in the Persian Gulf, the company delayed releasing new imagery to avoid aiding real‑time damage assessment by Iranian forces.

On March 10, Planet Labs extended the delay time to two weeks for non-government users, but the US military still receives immediate access.

Modern warfare depends heavily on these kinds of commercial, dual-use space systems. The same satellites that time financial transactions, support hospitals and manage global logistics also guide military operations.

This blurs the traditional legal boundary between civilian and military objects and activities. The International Committee of the Red Cross has warned repeatedly that interference with satellites can harm civilians by disrupting power grids, navigation, emergency services and humanitarian operations.

Outer space is not a legal vacuum. The United Nations’ Outer Space Treaty, the UN Charter itself, and international humanitarian law all apply to warfare in orbit. But the Iran war shows how real‑world practice is advancing faster than these legal frameworks.

A proper treaty is unlikely

Dual-use satellites providing both civilian broadband and military communications also complicate decisions about what constitutes a lawful target.

Legal experts say satellites providing essential civilian services should be presumed to be non-military unless direct military use is demonstrated. But this precept is tested daily over Iran.

Another challenge is political neutrality. If a private company based in a neutral state provides data that can assist military operations elsewhere, the neutral state may face serious questions and diplomatic pressure from other governments about whether it should be held responsible.

The law has not caught up with these commercial realities. Planet Lab’s imagery delays show how companies are having to improvise policy themselves during armed conflict.

And because cyber-attacks can disable military systems without causing physical destruction, they can fall short of “armed attack” thresholds under international law. States can exploit this legal grey zone to gain strategic advantage.

New legal norms may eventually evolve out of the behaviour of governments and commercial operators rather than through formal agreements and treaties. Indeed, geopolitical tensions make a new treaty on military space operations highly unlikely.

This leaves companies, regulators and militaries to define the boundaries of acceptable conduct through their real‑time responses. The result is a battlefield where satellites shape strategy faster than lawmakers can respond.

The Conversation

Anna Marie Brennan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Commercial space technology is shaping the Iran war – the law can’t keep up – https://theconversation.com/commercial-space-technology-is-shaping-the-iran-war-the-law-cant-keep-up-277940

The Oscars are usually a mess, but this year’s Best Picture nominees are strong. Here’s who should win

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Ari Mattes, Lecturer in Communications and Media, University of Notre Dame Australia

Film critics – myself included – love to bemoan the death of high-quality cinema in the age of streaming, pointing to mediocre Best Picture Oscar nominees as evidence that the production of great (or even good) films is on the wane.

But perhaps things are changing. Are people sick of being inundated with short videos on TikTok and Youtube, and once again hankering for a cinematic experience? The quality of this year’s nominees suggests they are.

For the first time in a while, most of the nominated films are excellent – and nearly all of them are watchable.




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My top pick: Sentimental Value

Joachim Trier’s Sentimental Value is my pick for the Best Picture Oscar. It’s the kind of meticulously crafted film in which the naturalism seems effortless.

The narrative follows acclaimed filmmaker Gustav Borg (Stellan Skarsgård), a quintessential Euro-auteur, who comes back into the lives of his estranged daughters Nora (Renate Reinsve) and Agnes (Inga Ibsdotter Lilleaas) following their mother’s death.

Gustav is making a new film, and wants his daughter Nora – an acclaimed theatre actress who has her own demons to battle (stage fright among them) – to star in it.

Nora assumes it’s a cynical manoeuvre for funding on her father’s part and refuses. So Gustav casts American star Rachel Kemp (Elle Fanning) instead, who is immediately out of her depth.

The drama unfolds around the family home in Oslo, interweaving narratives of the home’s history across generations with the tensions plaguing its current inhabitants.

Sentimental Value has a strikingly lyrical quality. Some may say it’s overdone, but every element is so perfectly executed that it doesn’t come across as pretentious or laboured. It is, in many respects, thoroughly sentimental – yet never feels like it’s performing this as some kind of effect.

Despite its considerable formal and narrative complexity, it plays in a starkly simple fashion, thanks to the light touch of Trier, coupled with stunning cinematography by Kasper Tuxen Andersen.

The lead performances by Reinsve, Lilleaas and Skarsgård are extraordinarily convincing and, perhaps more surprisingly, Fanning is awesome as the uncomfortable American trying to please the European artiste.

Sentimental Value brilliantly weaves a sense of European social and cultural history with carefully observed character moments, becoming, by the end, a kind of treatise on the affirmative potential of art to transcend and transform interpersonal barriers.

Despite the difficulties of life, the detritus of broken promises and hearts, and the disappointments minor and not so minor, we can still come together – beautifully and wholeheartedly – through the practice of that abstract dream that is called art.

Other excellent contenders

There are a few other strong contenders – films which, any other year, would have stood out above the pack.

Bugonia

Yorgos Lanthimos is one of the most acclaimed filmmakers of the past decade, and yet his films have been hit and miss. After his last great film, the 2015 black comedy The Lobster, Bugonia marks a return to form.

The film follows bumbling paranoiac conspiracy nut Teddy (Jesse Plemons) as he and his half-witted cousin Don (Aidan Delbis) kidnap Michelle Fuller (Emma Stone), the CEO of pharmaceutical company Auxolith.

Fuller is the kind of ruthless business leader who appears on the cover of Forbes magazine with the caption “Breaking Barriers” and who spouts endless nonsense about diversity while her company wreaks havoc on the planet and the people around them.

According to Teddy, she is also an “Andromedon” alien sent to Earth to enslave and exploit the human population, bringing death to humans as it has been brought to the bees.

The brilliance of the film largely revolves around its manipulation of our identification with the two leads. At times Teddy seems like a lunatic serial killer, and Fuller a heroic victim. At times we empathise with Teddy, while Fuller looks like a manipulative, cold-hearted sociopath.

The whole thing builds up to an immensely satisfying resolution, suitably nihilistic and absurd in equal measure.

As is often the case with Lanthimos’ films, the figures are caricaturish, but the comedic timing – and the oscillation between humour and discomfort for the viewer – is spot on, so it works.

Sinners

Ryan Coogler’s Sinners is a great yarn: a well-executed rock ‘n’ roll fable slash vampire siege, full of electrifying music.

It’s 1932. Twin gangster brothers Smoke and Stack (a dual role played by Michael B. Jordan) return from working for Al Capone in Chicago to Clarksdale, Mississippi, to open up a juke joint.

Their cousin Sammie (Miles Caton), a cotton picker and bluesman – with Charley Patton’s guitar – steals the show at the hugely successful opening night, fulfilling the legend of a musician who can play so well the barriers between the living and the dead come down. Everything seems to be going well – until some redneck vampires decide to assail the venue.

The whole thing is rather gaudy and silly. But like its forebear From Dusk Till Dawn (1996) – it’s so energetically (and pleasurably) handled that it doesn’t matter.

Michael B. Jordan is brilliant in the two roles, and the end result is a muscular, satisfying film that feels like a good pulp novel or comic book – capped off with a Buddy Guy jam session in the final moments.

Sinners is a delicious dream. It’s unlikely to win Best Picture; there was a time, not so long ago, when this kind of genre film wouldn’t have made it into the mix. But it’s well worth its more than two-hour runtime.

Marty Supreme

It would be hard to think of a stupider premise for a movie. In the 1950s, fast-talking entrepreneurial New York hustler Marty Mauser (Timothée Chalamet) has to raise money so he can make it to Japan to beat world number one Koto Endo (Koto Kawaguchi) in the table tennis showdown of the century.

Yet, director/co-writer Josh Safdie treats the premise with enough seriousness that we end up with a high octane sports film to rival Rocky IV. This is helped by the stunning cinematography by Darius Khondji. Shot on 35mm film, the images have a rich colour and texture rarely matched in digital cinematography.

There’s also a dynamite score from Daniel Lopatin, and an anachronistic soundtrack featuring several stellar 1980s pop tunes from the likes of Public Image Limited, New Order and Tears for Fears, to name a few.

Despite Marty’s arrogance, sweet-talking, womanising, con-artistry and generally bad behaviour, Chalamet invests the character with enough pathos and humour that he comes across as a thoroughly loveable – or at least likeable – rogue.

He is a crackpot whose self-belief and willingness to do anything to achieve his dream tricks the viewer into becoming equally invested in his absurd quest as he (and the film) bounce around New York and the world like a bright ping pong ball.

Marty Supreme is an odd – and oddly arresting – film capturing something of the madness at the heart of the American dream. Mauser does whatever he can to make it to Japan. And after several escapades – and some downright brutal scenes featuring cult director Abel Ferrara as an ageing gangster – he does make it.

The rest

Unusually for the Oscars, the pack of 2026 nominees is rounded out by several other good films.

Although not as good as some of his other films, such as Neighbouring Sounds (2012) and Bacurau (2019), Brazilian director Kleber Mendonça Filho’s The Secret Agent is a rollicking political thriller. Set in the 1970s, it features a standout performance by Wagner Moura as a dissident academic evading persecution from a brutal dictatorship.

Paul Thomas Anderson’s One Battle After Another is a wacky comedy occasionally masquerading as a serious political action thriller. It follows the burnt out leftist Pat Calhoun (Leonardo DiCaprio) as, with his daughter Willa (Chase Infiniti), he evades capture by police and a militia led by the moronic Steven J. Lockjaw (Sean Penn). The whole thing is pretty silly, but like its inspiration – Thomas Pynchon’s 1990 novel Vineland – it is fun nonetheless.

F1 is likewise good. This finely wrought racing flick follows all of the delightfully dumb cliches of the genre. Hard-boiled and burnt-out old timer Sonny Hayes (Brad Pitt) makes it to Formula One for the first time, and contends with a new era of racing epitomised by his nemesis, the brash young gun Joshua Pearce (Damson Idris).

It’s hard to imagine such a film being nominated for Best Picture in any other era; Tony Scott’s Days of Thunder (1990) is equally stupid, but better made, and has been universally lampooned by critics. But people seem to be craving (and appreciating) big screen popcorn films in an era where streaming and second-screen viewing has all but destroyed commercial narrative cinema.

Only three nominees stick out as dreary

Clint Bentley’s Train Dreams is an earnest but visually unappealing Netflix film, following a ho-hum period love story about class, racism and the American Dream. Joel Edgerton is solid as usual, and the film is watchable enough, but the whole thing seems rather tired. And the digital video look really doesn’t work with the kinds of exterior, panoramic images that dominate the film.

In Frankenstein, director Guillermo del Toro takes one of the duller, more proselytising novels in the Gothic canon and gives it a suitably ponderous treatment. Oscar Isaac hams it up in full actor mode as Dr Frankenstein. Jacob Elordi is ridiculous as the monster. And Christoph Waltz as Harlander delivers such humdingers as “Can you contain your fire, Prometheus, or are you going to burn your hands before delivering it?” (in case you didn’t know, the novel’s subtitle is The Modern Prometheus).

Made for Netflix, Frankenstein tries hard to look sumptuous with period décor, but it can’t mask the sterility of its digital images. While the novel, at least, has a simple elegance to it, del Toro’s version is meandering, gaudy and cheap-looking.

It is difficult to treat Hamnet – the unbearably pretentious latest film from director Chloe Zhao – seriously, because the filmmakers do it for you. Though there are some things to like – Paul Mescal, for instance, is nice to watch, the cast are generally proficient, and the score is fine – this self-satisfied nonsense plays more like an Instagram video performing its own seriousness than a genuinely engaging feature film.

7 hits out of 10

As usual, the best films of 2025 haven’t been nominated for Best Picture (where’s Sirât, Redux Redux, or Harvest?). Nonetheless, most of this year’s nominees are films that warrant watching more than once for a variety of reasons: pleasure, complexity, nuance.

Perhaps Hollywood is starting to make good films again after decades of superhero trash. Or, at least, the Academy has started to recognise them.

The Conversation

Ari Mattes does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The Oscars are usually a mess, but this year’s Best Picture nominees are strong. Here’s who should win – https://theconversation.com/the-oscars-are-usually-a-mess-but-this-years-best-picture-nominees-are-strong-heres-who-should-win-274431