IASI-NG, la nouvelle mission trois-en-un pour l’étude de l’atmosphère terrestre

Source: The Conversation – in French – By Cyril Crevoisier, Chercheur au CNRS, observation spatiale du climat, École polytechnique

L’instrument IASI-NG a rejoint l’orbite terrestre le 12 août 2025 à bord d’Ariane 6. ESA-CNES-ARIANESPACE-Optique Viédo du CSG- S. Martin, CC BY-SA

Le satellite européen Metop-SG-A1 a été lancé depuis la base de Kourou à bord d’Ariane 6 le 12 août 2025, et les premières données ont été distribuées à la communauté scientifique ce 4 mai. À son bord, pas moins de six instruments dédiés à l’observation de l’atmosphère terrestre, parmi lesquels la mission-phare IASI-Nouvelle Génération (IASI-NG) du CNES.

À l’heure où les données sur le climat sont en danger, cette nouvelle génération d’instrument va suivre l’évolution de l’atmosphère terrestre pendant plus de 20 ans et servir de référence internationale pour le sondage vertical infrarouge de notre atmosphère.

Les satellites sont une composante majeure de l’étude et de l’observation de la Terre. Ils apportent à l’échelle globale les observations nécessaires afin de mieux comprendre et prévoir l’évolution de la planète, et de distinguer les effets induits par l’homme de ceux liés à la variabilité naturelle de la Terre. Au cours des trois dernières décennies, les observations satellitaires ont permis de surveiller en continu l’état de l’atmosphère terrestre. Les instruments spatiaux actuels alimentent ainsi les modèles de prévision météorologique, contribuent à l’évaluation du climat et surveillent les changements rapides dans la composition de l’atmosphère.

La mission IASI (pour « Interféromètre Atmosphérique de Sondage Infrarouge ») occupe une place essentielle dans ce domaine car elle permet de cartographier l’atmosphère et sa composition en 3D. IASI cumule désormais plus de dix-huit années d’observations grâce à la combinaison de trois instruments identiques lancés sur trois satellites successifs entre 2006 et 2018. Les deux derniers exemplaires sont toujours en activité.

Afin de garantir la continuité à long terme de ces observations, le CNES et EUMETSAT (l’agence européenne chargée de la surveillance satellite du climat et de la météorologie) ont lancé le développement de la mission IASI-NG.

Deux fois plus précise et deux fois plus performante que ses prédécesseurs, IASI-NG fournira pour 20 nouvelles années une meilleure description de la structure de l’atmosphère (température, humidité, gaz atmosphériques) notamment dans les premiers kilomètres de l’atmosphère, ce qui est essentiel pour réaliser une bonne prévision météorologique, étudier la qualité de l’air et les émissions de gaz à la surface.

Lancement du satellite Metop-SG-A1 à bord d’Ariane 6.

Le sondage atmosphérique dans l’infrarouge : une filière d’excellence française

Développé par le CNES en collaboration avec EUMETSAT, l’instrument IASI mesure le spectre du rayonnement infrarouge émis par la Terre. Celui-ci varie en fonction de la température et des gaz présents dans l’atmosphère, et c’est son analyse qui permet de cartographier l’atmosphère en 3D et donc de visualiser les vagues de chaleur ou de froid, les nuages de poussières désertiques ou encore les panaches de pollution par exemple.

IASI est un élément clé du système de surveillance mondial de l’atmosphère. Il contribue individuellement davantage que tout autre instrument spatial à la précision des prévisions météorologiques mondiales à 24 heures. Ses observations représentent ainsi 45 % des données utilisées pour réaliser les prévisions dans le système de Météo-France.

De plus, grâce à IASI, la communauté scientifique a démontré la possibilité d’observer plus de trente composants atmosphériques, y compris des gaz qui n’avaient jamais été observés depuis l’espace auparavant, tel l’ammoniac.

IASI permet aussi de mesurer les concentrations de dioxyde de soufre émis par les éruptions volcaniques, qui participent au réseau de surveillance qui alerte les compagnies aériennes en cas d’éruption.

Enfin, IASI permet de mesurer l’évolution de seize variables climatiques essentielles pour suivre l’évolution du climat : gaz à effet de serre, nuages, aérosols.

IASI est ainsi un contributeur clé aux services européens Copernicus, le programme européen de surveillance intégrée de l’environnement basé sur des réseaux de surveillance in situ, sur l’observation spatiale et sur la mise en œuvre de modèles numériques. En reconnaissance de ses performances instrumentales exceptionnelles, IASI a été choisi comme référence internationale pour les mesures dans l’infrarouge par l’Organisation Météorologique Mondiale, contre laquelle toutes les autres missions spatiales du même type doivent se calibrer.

Les objectifs de IASI-NG

La mission IASI-NG vise à améliorer significativement les performances de IASI. Elle est embarquée sur les satellites européens Metop-SG-A dont trois lancements sont prévus de 2025 à 2039.

Ainsi, en couplant IASI et IASI-NG, quarante années d’observation du rayonnement infrarouge terrestre seront disponibles pour étudier l’évolution de l’atmosphère sur une échelle climatique.

De plus, grâce à ses performances instrumentales accrues, IASI-NG fournira une meilleure description de la température et de l’humidité, notamment dans les premiers kilomètres de l’atmosphère, ce qui est essentiel pour réaliser une bonne prévision météorologique. Ainsi, par exemple, IASI-NG améliorera la prévision des tempêtes, en termes de localisation et de suivi, mais également en termes de niveaux de précipitations.

Alors que les instruments IASI en service détectent déjà plus de 30 molécules de gaz différents (gaz à effet de serre, ammoniac, ozone, monoxyde de carbone), IASI-NG va encore enrichir ce catalogue, tout en observant mieux les basses couches de l’atmosphère ce qui est essentiel pour mieux prévoir les épisodes de pollution ou de soulèvement de poussières désertiques.

Enfin, IASI-NG permettra de mieux connaître le positionnement vertical de ces différents composants atmosphériques (gaz, particules), ce qui permettra de mieux contraindre les modèles de transport atmosphérique qui sont à la base des modèles de prévision météorologique et des modèles du climat.

La mission IASI-NG.

Une innovation technologique pour une première mondiale

IASI et IASI-NG mesurent le spectre du rayonnement infrarouge émis par le système Terre-atmosphère. À l’aide d’algorithmes numériques de traitement du signal, les spectres sont interprétés en termes de variables géophysiques (température, concentration de gaz).

Lors de la conception d’un nouvel instrument, il est nécessaire de trouver un compromis entre différents paramètres instrumentaux — par exemple, avoir un spectre mieux résolu avec un meilleur échantillonnage en fréquences augmente le bruit associé à la mesure. Le défi consiste donc à optimiser le choix des paramètres instrumentaux afin d’améliorer la résolution verticale et la précision des sondages.

Pour IASI-NG, une amélioration d’un facteur deux de la résolution spectrale et du bruit radiométrique par rapport à IASI a été choisie. Pour y parvenir, la solution est d’augmenter le champ d’observation de l’instrument. Mais l’instrument reçoit alors un rayonnement à un angle d’incidence élevé par rapport à son axe, ce qui altère le spectre mesuré.

La conception de IASI-NG a donc nécessité une innovation technologique pour compenser ces « effets de champ » : la réalisation d’un interféromètre de Mertz. Ce concept est pour la première fois déployé dans le cadre d’une mission spatiale. Le mécanisme interférométrique central est particulièrement innovant et a été breveté par le CNES et Airbus Defence and Space, maître d’œuvre de l’instrument.

Depuis sa mise en orbite, IASI-NG mesure plus de 1,3 million de spectres infrarouges par jour, sur terre et sur mer, de jour comme de nuit, avec un délai de réception par les centres de prévision météorologique et les laboratoires de recherche de moins de 120 minutes. Après une phase classique de « calibratrion/validation », durant laquelle le CNES s’est assuré du bon fonctionnement technique et des derniers réglages, la distribution des observations de IASI à la communauté scientifique débute début avril.

Plus qu’une simple continuation de IASI, les performances accrues et innovantes de IASI-NG en feront un atout pour les sciences atmosphériques pour les prochaines décennies dans trois domaines majeurs, la prévision numérique du temps, la composition atmosphérique et l’étude du climat.

The Conversation

Cyril Crevoisier a reçu des financements de projets et bourses de recherche de l’Agence Nationale de la Recherche, du Centre National d’Etudes Spatiales, de l’Agence Spatiale Européenne et de l’Agence Spatiale Européenne pour les Satellites Météorologiques.

Adrien Deschamps travaille au CNES qui a la responsabilité du développement de IASI-NG et a assuré sa maitrise d’ouvrage

ref. IASI-NG, la nouvelle mission trois-en-un pour l’étude de l’atmosphère terrestre – https://theconversation.com/iasi-ng-la-nouvelle-mission-trois-en-un-pour-letude-de-latmosphere-terrestre-262373

Stimuler l’odorat peut-il être bénéfique pour le cerveau ?

Source: The Conversation – in French – By Coline Zigrand, Candidate au doctorat en neuropsychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Une simple odeur diffusée pendant le sommeil peut-elle améliorer votre odorat, votre mémoire ou même la qualité de votre sommeil ? De nouvelles recherches explorent les bienfaits de la stimulation olfactive passive.

Une personne sur cinq présente une perte ou une diminution de l’odorat. Celle-ci peut survenir à la suite de différentes conditions, dont une infection respiratoire, une sinusite, une infection de type Covid-19, un traumatisme crânien, une maladie neurodégénérative ou une exposition à des produits chimiques.

Invisible, elle réduit fortement la qualité de vie.

Les personnes touchées peuvent s’isoler par crainte de sentir mauvais, ressentir de l’anxiété, perdre l’envie de manger ou modifier leur alimentation. La sécurité quotidienne est aussi compromise, puisque détecter la fumée, le gaz ou des aliments avariés devient plus difficile. Enfin, cette perte peut nuire à certaines professions, comme chef, parfumeur ou sommelier pour qui l’odorat est un véritable outil de travail.

Le traitement principal de la perte olfactive consiste en un « entraînement olfactif ». Tous les jours, matin et soir, le protocole consiste à s’exposer à des odeurs différentes pendant environ 30 à 40 secondes par odeur.

Les limites de la stimulation olfactive

Bien que les effets bénéfiques de la stimulation olfactive soient documentés par plusieurs études, le taux d’abandon est élevé. Effectivement, pour être efficace, l’entraînement olfactif requiert deux séances par jour pendant trois mois minimum. Cette routine répétitive est contraignante et certains abandonnent avant d’en voir les bénéfices.

Pour combler cette lacune, des chercheurs ont proposé une solution simple et accessible : la stimulation olfactive passive. Elle consiste à exposer le cerveau à des odeurs variées de manière continue, même durant le sommeil.

Un remodelage du cerveau

Sans effort et sans médicament, cette pratique nocturne intrigue de plus en plus les neuroscientifiques en raison de ses bienfaits. En effet, certaines études montrent une amélioration de la mémoire, une meilleure qualité du sommeil et même des changements anatomiques au niveau cérébral.

Ces effets reposent sur la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se remodeler en fonction des expériences et apprentissages. En sentant des odeurs, nous activons et stimulons le système limbique du cerveau, une région clé qui régule les émotions et la mémoire. Malgré un champ de recherche en pleine expansion, cette approche demeure peu connue du grand public. Ses effets bénéfiques sur le cerveau pourraient améliorer la qualité de vie de nombreuses personnes, d’autant plus que les plaintes de mémoire, de sommeil ou d’odorat augmentent avec l’âge.




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Un « booster » de mémoire

L’odeur d’une tarte au sucre sortant du four peut suffire à raviver un souvenir d’enfance chez grand-mère. Véritable madeleine de Proust, ce phénomène illustre le lien intime entre l’odorat et la mémoire.

Une étude publiée dans Frontier in Neuroscience a exposé un groupe d’adultes en santé âgés de 60 à 85 ans à une odeur différente chaque nuit, soit sept odeurs en rotation sur une semaine, pendant six mois. Leurs résultats montrent une amélioration de 226 % de leur mémoire verbale comparativement à un groupe d’adultes non exposés.

Au niveau cérébral, les chercheurs ont rapporté une augmentation du faisceau unciné gauche, une sorte d’autoroute de communication entre les régions du cerveau impliquées dans la mémoire et l’apprentissage. Le fait que cette structure soit positivement modifiée par la stimulation olfactive passive laisse sous-entendre que les effets ne seraient pas qu’éphémères.

Ainsi, la stimulation olfactive pourrait agir comme un véritable « booster » pour la mémoire des personnes âgées. Cependant, bien qu’encourageants, ces résultats nécessitent d’être confirmés par d’autres études, notamment en raison de la petite taille de l’échantillon.


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Bienfaits sur le sommeil

Les odeurs et le sommeil sont intimement liés, et ce depuis des millénaires. Déjà dans l’Égypte ancienne, nos ancêtres brûlaient de l’encens de myrrhe pour protéger les dormeurs des cauchemars. Aujourd’hui, la recherche suggère que la stimulation olfactive pratiquée au moment de l’endormissement et durant la nuit pourrait effectivement améliorer le sommeil.

Le sommeil est crucial pour le bon fonctionnement de notre santé physique et mentale. Au sens large, le sommeil permet à notre corps de récupérer, de réguler les émotions et d’éliminer les déchets métaboliques accumulés durant la journée ainsi que soutenir le système immunitaire. C’est également un moment clé pour consolider les souvenirs, en transformant les informations fraîchement apprises en mémoires à long terme. Or, en vieillissant, notre sommeil devient plus fragmenté, contient plus d’éveils et nous rapportons généralement un sommeil de moindre qualité.




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Une méta-analyse regroupant plusieurs études démontre que certaines odeurs peuvent améliorer la qualité du sommeil des personnes insomniaques. La lavande, l’écorce d’orange et la rose sont les odeurs les plus étudiées, bien que leurs effets thérapeutiques respectifs restent encore peu connus.

Dans la même lignée, une étude pilote a montré que la diffusion nocturne de l’odeur de lavande pouvait améliorer à la fois le sommeil perçu et certains indices objectifs du sommeil mesurés par EEG. Comparativement à une nuit sans odeur, la nuit avec odeur de lavande était associée à un meilleur bien-être au réveil, à une diminution des perturbations du sommeil, ainsi qu’à une augmentation du sommeil lent profond (N3) et de l’activité delta, un marqueur de sommeil plus profond et récupérateur.

Ces résultats restent préliminaires, mais suggèrent qu’une stimulation olfactive passive durant la nuit pourrait favoriser un sommeil de meilleure qualité.

Par où commencer ?

Pas besoin d’équipement sophistiqué pour s’initier à la stimulation olfactive passive. Voici quelques pistes :

  • Sentir un parfum, des huiles essentielles chaque matin ou soir sur les vêtements.

  • Utiliser un diffuseur ou un parfum d’ambiance dans votre pièce de vie.

  • S’exposer à des odeurs différentes.

  • Sentir au minimum 4 odeurs différentes. Chaque type durant environ 30 s dans chaque narine, 2 fois par jour pendant 3 à 6 mois.

Pour préparer notre corps à s’endormir, on tamise la lumière, on cherche le silence, on enfile des vêtements amples. On mobilise sans même s’en rendre compte presque tous nos sens. Alors, pourquoi ne pas y ajouter une odeur apaisante avant de fermer les yeux ?

La Conversation Canada

Coline Zigrand a reçu des financements de Fonds de recherche du Québec en Santé (FRQS).

Benoît Jobin reçoit du financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

ref. Stimuler l’odorat peut-il être bénéfique pour le cerveau ? – https://theconversation.com/stimuler-lodorat-peut-il-etre-benefique-pour-le-cerveau-278265

Can plants hear? Latest research offers new insights

Source: The Conversation – UK – By Stuart Thompson, Senior Lecturer in Plant Biochemistry, University of Westminster

DOERS/Shutterstock

Researchers at MIT have suggested that rice seeds can hear the sound of rain, according to a new study. MIT calls it “the first direct evidence that plant seeds and seedlings can sense sounds in nature”. Perhaps surprisingly, the effects reported in this new study are not as radical as they may appear.

Playing music to your plants may sound eccentric, but a few previous studies have found it has some effect. For example, a 2024 study found bok choi grew better to classical music but less well to rock and roll. Nor is this an isolated phenomenon. Sound can have a range of effects on plant behaviour.

For example, some flowers use the pitch of an insect’s buzz to determine whether they will release their pollen. Both arabidopsis (thale cress) and tobacco plants produce higher levels of toxins, such as nicotine, in response to the sound of caterpillars chewing on neighbouring plants. There have also been reports that notes from a synthesiser can increase seed germination and seedling growth in mung beans, cucumber and rice.


Many people think of plants as nice-looking greens. Essential for clean air, yes, but simple organisms. A step change in research is shaking up the way scientists think about plants: they are far more complex and more like us than you might imagine. This blossoming field of science is too delightful to do it justice in one or two stories.
This article is part of a series, Plant Curious, exploring scientific studies that challenge the way you view plantlife.


In contrast to previous experiments using electronic tones from a speaker, the MIT researchers instead tested the effect of a natural sound upon rice germination: the fall of rain. Rice can grow in soil or under water, and the researchers started by measuring the sound made by raindrops falling onto shallow puddles similar to the paddies they sowed seed in. The volume of sound waves created by drops landing on water was incredibly loud, equivalent to someone shouting straight into your ear, but mostly at frequencies too low or too high for a human to hear.

They then poured simulated rain on some of the pools containing rice and compared their rate of sprouting with seeds in still water. They found that although water droplets imitating light rain had little effect, heavier rain increased germination, and the heaviest by more than 30%.

Man with muddy boots holding a bunch of rice plants.
Rice is often grown in paddy fields.
waragon injan/Shutterstock

They also picked up on an important clue from a previous study about how the rice might be detecting the sound. A 2002 study found that mutant arabidopsis plants which can’t make starch didn’t respond to vibration in the same way that normal arabidopsis do.

Sound waves are just vibrating energy travelling through a gas, liquid or solid that make objects, such as the eardrum membranes we use to hear, shake as they pass. Sound is one way we detect vibrations. The MIT researchers theorised that perhaps plants needed to be able to make starch to detect sound.

This drew their attention to structures called statoliths, from the Greek for “standing stone”. Plant cells that can detect gravity each contain several statoliths filled with highly dense starch which sink through the cell. As they fall, the statoliths brush against other structures in the cell and come to rest pressing on its bottom, telling the plant which way is down.

To test their theory, the researchers modelled the effect of the recorded sound upon statoliths in the rice seeds. They found that the rain sounds could make the statoliths bounce up from the bottom of the cell like beads on a drum. Light rain would have little effect, but as the rain sound got heavier the statoliths jumped higher and faster, matching the stimulation of germination.

It also seemed that the layer of statoliths in the bottom of the cell would behave almost like a liquid, similar to the balls in a children’s ball pit, and that the sound energy would stir this “liquid” and help spread chemical messages to the rest of the plant.

The mutant arabidopsis from the previous study probably couldn’t sense vibrations because they can’t make the starch that their statoliths need to work. This suggests that that statoliths may be one way that plants “hear”.

Although there is now little doubt among scientists that plants can detect and respond to sounds, is this really hearing or is a mind needed to perceive the signal? Plants don’t have a nervous system and centralised brain like humans and most other animals. There has, however, been a lively debate amongst scientists about whether plants demonstrate some type of intelligence or not.

Observations of plant behaviour that appears intelligent include a 2017 study in which pea roots seemed to follow the sound of water through a simple maze, and 2016 research that claimed pea shoots learned that they would find light if they followed the direction of wind from a fan.

Scientists have observed electrical signals in plants of a similar type to those in our nerves, even if they are not carried by specialised structures like our nervous system. In many cases we don’t know what they do, but this may be because plants often respond in ways that aren’t obvious to us.

For example, electrical signals are used to trigger Venus flytraps to close and then crush their prey. They are also used in Mimosa pudica (also known as shyplants) which rapidly close their leaves when touched. Perhaps a more delocalised type of intelligence is possible.

And there may be other factors at play. Hearing may require an organism that is conscious to sound. There are many definitions of consciousness. But mother and daughter scientists Lynn Margulis and Dorian Sagan have argued that at its most fundamental, consciousness is simply an awareness of the world outside the organism. If so, this is surely something that all species must possess if they are to respond to their environment and survive, even if it varies in complexity and nature.

Maybe the world of a rice seedling is too different to ours for us to understand, but it may not be too much of a stretch to say that they hear the sound or rain.

The Conversation

Stuart Thompson has received funding from MAFF and the Nuffield Foundation and has consulted to the University of Copenhagen.

ref. Can plants hear? Latest research offers new insights – https://theconversation.com/can-plants-hear-latest-research-offers-new-insights-282178

What your local council can actually do to tackle the climate crisis

Source: The Conversation – UK – By Rebecca Willis, Chair of Energy and Climate Governance, University of Manchester

The UK’s local elections saw the Green Party gain 440 councillors across England and win its first two elected mayors. They will join many councillors from all parties who will have to confront the same question: what can any one local authority actually do about climate change?

If they ask what they are required to do, the answer is: surprisingly little. In the UK’s highly centralised system, most responsibility lies with central government. Local authorities in England have no specific climate duties or targets – even though they have asked for them.

Ask instead what councils can do, and the answer is very different. Powers over things such as planning, business development, transport and social care, open up a huge range of opportunities to contribute to climate action. There are hundreds of initiatives driven or supported by local politicians which could provide vital inspiration to newly elected councillors.

Global problem, local action

For instance, local authorities across Cambridgeshire have worked together on a plan to boost home energy efficiency, providing help and funding to householders to fit heat pumps, cut energy use and bills, and creating green jobs.

The Robin is a new transport service in rural Gloucestershire that can be booked on demand, to fill in gaps in formal transport provision and reduce isolation for rural dwellers who don’t have access to a car. Leeds City Council has partnered with private energy companies to develop Pipes, a city-wide district heating network. Some local authorities, including North Somerset and Sheffield, have even banned advertising of high-carbon products and services such as petrol cars and flights.

Large wind turbine
The tallest structure in Bristol is this wind turbine, owned collectively by residents of the Lawrence Weston housing estate.
Captain Galaxy / wiki, CC BY-SA

In Lawrence Weston, a relatively low-income area of Bristol, local government and a community organisation worked together to build the UK’s largest onshore wind turbine, which ploughs its revenues back into the community.

In Hull, an area prone to flooding, the council is working closely with local residents to protect them from increasingly extreme weather, through sustainable urban drainage systems, and a “floodmobile” which engages with local communities to discuss how best to protect households and gains vital feedback from people’s experiences.

People want more action

My local town council, Kendal, held a citizens’ jury in 2020, to ask residents what Kendal should be doing about climate change. It was one of the first of many local assemblies and juries to involve a randomly selected group of ordinary people in climate decision-making.

My research group has pulled together the findings of over 30 of these processes. It found that people want more action on climate and support more ambitious policies on transport, home energy and green space. They want the opportunity to be more involved in the decisions that affect them.

english river, olde bridge, green trees
Kendal, near England’s Lake District, hosted one of the country’s first citizens’ juries on climate change.
Kevin Eaves / shutterstock

Since Kendal’s jury, the town council has used its very limited budget to create more allotments, set up a bike maintenance hub, and support a community-run café that uses surplus food from supermarkets to serve pay-as-you-can meals.

These examples, from cities, towns and rural areas, involving councillors of all political persuasions, show what can be done by a determined local authority. What they have in common is they connect climate goals to immediate local benefits: lower bills, better transport, more green space and help for families struggling to make ends meet.

But there are limits

While it’s important to celebrate these successes, there’s a need to attach a substantial health warning. Each initiative has relied on a determined council officials, elected members, and community and business support. Nearly all need external funding, which is increasingly hard to come by. Local councils’ own budgets are under constant pressure, and there are fewer staff in post. Funding per person has decreased by 18% since the 2010s. Remember that councils have no formal duties to reduce emissions – and it’s easy to understand why many feel they need to prioritise elsewhere.

It’s also an uncomfortable, rarely discussed, truth that some things local councils do actually make it harder to meet our climate objectives. Examples include planning policies which increase car dependence through low-density housing and out-of-town developments, poor transport planning which makes walking and cycling more dangerous, and support for high-carbon industrial development. We may have a climate crisis on our hands, but with limited budgets and an increasingly fraught political arena, there is a huge temptation for local councillors to look the other way.

Given this mixed and confusing picture, one of the things a new councillor could do to have the most impact would be to lobby for clear climate-related responsibilities, targets and funding for local areas. This would provide firmer foundations for local areas to act, would raise the floor, to ensure that all local areas were playing their part, and would standardise reporting so that we could compare and learn what results in the best outcomes for climate, people and nature.

Perhaps targets, funding and reporting is not the best rallying cry for climate action, but it would be the best way to make sure that these exceptional initiatives that have sprung up across England could become the norm – not the exception.

The Conversation

Rebecca Willis receives funding from UK Research and Innovation (UKRI).

ref. What your local council can actually do to tackle the climate crisis – https://theconversation.com/what-your-local-council-can-actually-do-to-tackle-the-climate-crisis-282514

Réduire les pesticides : quelles conséquences économiques pour les filières agro-alimentaires ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Julie Subervie, Directrice de recherche, Inrae

Taxe sur les pesticides, diffusion des pratiques agroécologiques, interdiction d’importer des produits cultivés avec des pesticides non-utilisés en France… Les pistes pour permettre une nette baisse de l’utilisation des pesticides sont nombreuses, mais toutes n’ont pas les mêmes effets attendus sur les rendements et les revenus des agriculteurs.


Depuis près de vingt ans, la France cherche à réduire l’utilisation des pesticides à travers une succession de mesures et de plans qui n’ont pour l’instant pas atteint leurs objectifs initiaux. Cette réduction reste toujours un objectif car les impacts dommageables des pesticides sur la santé humaine comme sur la biodiversité sont de plus en plus confirmés par les travaux scientifiques récents. En outre, l’efficacité des pesticides peut s’éroder avec le temps et le changement climatique tend à augmenter leur utilisation. Mais peut-on atteindre en France une baisse significative de l’utilisation des pesticides sans nuire aux filières agroalimentaires ?

Deux stratégies qui s’opposent

Pour bien comprendre quelles seraient les conséquences possibles d’une réduction des pesticides, commençons d’abord par voir les différentes options plébiscitées pour cela, telles qu’elles ont été mises en lumière par les récents débats sur la loi Duplomb.

Les défenseurs de cette loi estiment qu’il sera possible, à terme, de développer des solutions technologiques permettant de rendre l’agriculture conventionnelle plus vertueuse et moins dépendante des intrants chimiques. Ils misent notamment sur les avancées génétiques, avec des cultures capables de se protéger elles-mêmes, contre les maladies notamment. Mais le développement de ces solutions exige encore du temps et des investissements lourds.

Ces solutions soulèvent également des débats majeurs sur la brevetabilité du vivant, l’impact sur la biodiversité et la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques acteurs du secteur de l’agrochimie où, à l’extrême, tous les agriculteurs pourraient être contraints à acheter leurs semences à la même multinationale.

Les opposants à la loi Duplomb défendent une stratégie opposée, reposant sur l’arrêt immédiat ou très rapide de l’utilisation des pesticides les plus dangereux. Dans cette perspective, la transition ne doit pas être principalement technologique, mais agroécologique, ce qui suppose de repenser en amont l’organisation même des systèmes de culture, des systèmes de production, et plus globalement des systèmes alimentaires.

Au niveau de la production, cela passe par diverses actions préventives (aussi appelées prophylactiques), telles que la diversification de la succession des cultures et l’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes. C’est dans cette voie que s’est engagée la France il y a plus de quinze ans, avec le plan Écophyto, mis en place à la suite du Grenelle de l’environnement de 2007 et en cohérence avec la Directive 2009/128/CE du Parlement européen et du Conseil.

Force est de constater que, malgré les efforts déployés, les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs fixés : l’indicateur NODU (qui mesure l’intensité du recours aux pesticides en agriculture) n’a pas évolué à la baisse comme escompté.

Taxer les pesticides

Alors quels autres instruments économiques aurait-on pu mettre en place ? Pour répondre à cette question, des simulations ont été réalisées visant à estimer l’impact d’une taxe sur les pesticides, fixée à un niveau suffisamment élevé pour inciter les agriculteurs à réduire de moitié leur utilisation en Europe. Cette idée faisait écho à celle d’un projet de règlement de la Commission européenne en 2024, finalement abandonné.

L’étude a été calibrée à partir de données relatives aux comportements observés dans les filières agricoles françaises et des autres états membres pendant plus de trente ans, qui montrent que les achats de pesticides réagissent peu aux variations de prix, sauf lorsque celles-ci deviennent très importantes. Autrement dit, les agriculteurs ne basculeront pas spontanément vers des alternatives comme la protection agroécologique des cultures si l’incitation économique n’est pas particulièrement forte.

Les résultats des simulations montrent qu’une forte taxe sur les pesticides, combinée à un soutien découplé au revenu des agriculteurs, c’est-à-dire indépendant de leur niveau de production comme les actuelles aides de la Politique Agricole Commune, aurait deux effets majeurs largement sous-estimés dans les études précédentes : une baisse de la production végétale de 26 % (expliquée par une baisse des rendements de 16 % et une réduction de la surface agricole dédiée aux cultures non fourragères de 10 %) d’une part ; une hausse du prix des produits alimentaires pour les consommateurs de l’ordre de 15 % d’autre part.

La diffusion des innovations agroécologiques

Il convient toutefois d’interpréter ces résultats peu enthousiasmants avec prudence. Premièrement, ces simulations reposent en effet sur l’hypothèse que les systèmes de production resteraient inchangés, autrement dit à technologie constante.

Or, dans la réalité, les agriculteurs peuvent s’adapter. L’adoption d’innovations agroécologiques permettrait d’atténuer, au moins en partie, les effets d’une hausse des prix des pesticides, si ces innovations se diffusaient largement dans les exploitations. Sur ce point, l’expérience française est éclairante : depuis 2012, un réseau de 3000 fermes pilotes accompagne cette transition, et des travaux récents montrent que les pratiques innovantes testées ont déjà généré des résultats mesurables, y compris à l’échelle nationale, grâce à une forte dynamique d’apprentissage entre agriculteurs au sein de leurs réseaux de pairs.

Changer règles des échanges commerciaux

Deuxièmement, les résultats de ces simulations sont obtenus sous l’hypothèse que les règles aux échanges commerciaux ne seraient pas modifiées. Or, elles pourraient l’être. Il convient en effet de rappeler que près de la moitié des pesticides consommés dans l’UE provient des importations, qui ne représentent pourtant que 16 % de la consommation totale.

Ces chiffres invitent à considérer l’opportunité de mettre en place des clauses miroirs, c’est-à-dire des dispositions dans les accords commerciaux bilatéraux permettant de régir les échanges de produits agricoles et agroalimentaires pour une meilleure performance environnementale et sans pertes économiques importantes. Une étude récente montre en effet qu’une forte réduction des pesticides en Europe n’impliquerait pas nécessairement une trop forte baisse des revenus agricoles si les usages interdits en Europe étaient aussi interdits pour les produits importés.

Toutes ces études convergent vers un même constat : réduire fortement l’utilisation des pesticides suppose des politiques publiques ambitieuses, pérennes et accompagnées d’un soutien aux agriculteurs, et impliquant l’ensemble des acteurs du système agroalimentaire.

Enfin, si la transition agroécologique apparaît coûteuse à court terme, ce diagnostic doit être complété à deux niveaux : d’une part en intégrant les coûts cachés de la pollution agricole (sanitaires, environnementaux et sociaux) ; d’autre part en évaluant les bénéfices de tous les instruments économiques susceptibles d’atténuer les coûts de la transition.

The Conversation

Julie Subervie a reçu des financements de l’Agence Nationale de La Recherche pour le projet FAST — Faciliter l’Action Publique pour Sortir des pesTicides (ANR-20-PCPA-0005).

Jean-Noël Aubertot a bénéficié de financements issus d’Écophyto, de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et de programmes européens dédiés à la recherche.

Raja Chakir a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (projets CLAND ANR-16-CONV-0003 et FAST ANR-20-PCPA-0005) ainsi qu’un financement du programme de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (projet LAMASUS n° 101060423).

Alexandre Gohin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Réduire les pesticides : quelles conséquences économiques pour les filières agro-alimentaires ? – https://theconversation.com/reduire-les-pesticides-quelles-consequences-economiques-pour-les-filieres-agro-alimentaires-280843

TotalEnergies ne « gagne » pas d’argent en France : le rôle des prix de cession interne

Source: The Conversation – France (in French) – By Benjamin Bournel, Maitre de conférences en Sciences de Gestion (spécialité comptabilité), Université de Poitiers

Alors que TotalEnergies a engrangé plus de 19 milliards de dollars de bénéfices en 2023, ses filiales françaises affichent des résultats bien plus modestes. Ce paradoxe est le produit d’un mécanisme méconnu du grand public, mais central dans la fiscalité des multinationales : les prix de cession interne. Comprendre ce dispositif, c’est aussi comprendre pourquoi les États peinent à taxer les grandes entreprises à la hauteur de leur puissance réelle. Une question que les débats autour d’un éventuel impôt sur les « surprofits » viennent relancer.


Note de l’auteur : cet article présente des structures d’entreprises et des mécanismes généraux comptables. Il ne vise en aucun cas à établir que TotalEnergies commet des irrégularités fiscales.

Imaginez une entreprise dirigée depuis la France, qui extrait du pétrole en Afrique, puis raffine en France et distribue dans toute l’Europe. On pourrait s’attendre à ce que cette entreprise paie une part importante de ses impôts en France, là où une grande partie de son activité se déroule. Pourtant la réalité n’est pas toujours là, et ce n’est pas (toujours) illégal.

Le mécanisme en cause s’appelle les prix de cession interne, ou prix de transfert. Il désigne les prix auxquels les différentes filiales d’un même groupe se facturent mutuellement des biens, des services ou des actifs. En apparence technique, ce dispositif est en réalité au cœur d’un enjeu politique et économique majeur : qui, au sein du groupe, paie l’impôt ? Combien paie chacune de ses entités ? Et où « choisit »-on de les payer ?




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Constellation d’entreprises

Un groupe multinational comme TotalEnergies n’est pas une seule entreprise. C’est une constellation de plusieurs centaines de filiales, fonctionnant comme des entités à part entière, réparties dans des dizaines de pays, qui échangent en permanence entre elles. Ces échanges sont inévitables : le pétrole brut extrait par une filiale doit être ensuite vendu à celle qui le raffine, les technologies développées par une autre seront utilisées par d’autres et le tout, grâce à des financements circulant d’une entité à une autre.

Or, chaque fois que deux filiales d’un même groupe se facturent quelque chose, un prix doit être fixé. Et ce prix – le prix de cession interne – a une conséquence directe sur la localisation des profits du groupe : si une filiale vend très cher à une autre, elle l’enrichit comptablement à ses dépens. Et, qui dit profit, dit impôts sur les sociétés. Fixer les prix de transfert, c’est donc, en partie, choisir dans quel pays le groupe va payer ses impôts.

En théorie, ce choix est encadré. Les règles internationales établies par l’OCDE imposent que ces prix respectent le principe dit de « pleine concurrence » : les filiales d’un groupe doivent se facturer comme elles le feraient sur le marché, ou bien en fonction des prix pratiqués sur le marché par d’autres entreprises indépendantes. En pratique, l’application de ce principe est très complexe.

De l’Angola à la Normandie en passant par la Suisse

Prenons un exemple concret : un baril de pétrole brut est extrait par une filiale de TotalEnergies en Angola. Il doit ensuite être vendu à la filiale de raffinage, par exemple celle de Normandie. Cependant, entre les deux, les flux financiers passent par une société de trading, dont le siège se situe à Genève.

Pourquoi Genève ? La Suisse applique une fiscalité particulièrement favorable aux sociétés de négoce international. La filiale de trading achète donc le pétrole brut à bas prix à la filiale d’extraction, et le revend à prix plus élevé à la filiale de raffinage française. La marge commerciale – parfois substantielle – est ainsi captée en Suisse, où elle sera faiblement taxée, plutôt qu’en France ou en Angola.

Pour la filiale française, elle achète sa matière première à un prix élevé. Ses coûts de production sont alors plus importants, sa marge est comprimée et présente ainsi un résultat modeste, voire nul, et paie peu d’impôt sur les sociétés en France.

Le cas des actifs intangibles

Ce schéma n’est pas propre au marché du pétrole. Il se retrouve dans tous les secteurs où les multinationales opèrent : le numérique (avec les terres rares, ou les composants), la pharmacie (avec les brevets sur les médicaments) ou encore la grande distribution (avec les marques et enseignes ou les centrales d’achat).

Si les prix de transferts sur les biens physiques sont déjà difficiles à contrôler, le problème est encore plus important avec les actifs intangibles, qu’il s’agisse de brevets, de marques, de logiciels, de données, d’algorithmes… Ces actifs n’ont pas de prix de marché observable. Les multinationales ont donc toute latitude pour loger ces actifs dans des filiales situées dans des pays à faible fiscalité – Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, etc. – et faire payer des redevances à toutes les autres filiales du groupe. Chaque redevance versée est une charge déductible pour la filiale qui la paie (réduisant ainsi le bénéfice imposable), et un revenu pour la filiale qui la reçoit (plus faiblement taxé).

Des milliards de manque à gagner

L’économiste Gabriel Zucman, professeur à l’École d’économie de Paris, a récemment estimé que 40 % des profits des multinationales mondiales sont artificiellement déplacés vers des pays à fiscalité réduite, représentant plusieurs milliards de manques à gagner pour les états.

Face à ces pratiques, les États ne restent pas inactifs. En France, l’administration fiscale peut contrôler les prix de cession interne des entreprises et les requalifier si elle estime qu’ils ne respectent pas le principe de pleine concurrence. Mais ce contrôle se heurte à une réalité pointée par la Cour des comptes dans son rapport sur le contrôle fiscal des grandes entreprises : l’administration fiscale rencontre des difficultés structurelles, notamment un manque de ressources humaines, pour faire face à la sophistication croissante de l’optimisation fiscale.

France 24 – 2026.

Au niveau international, deux grandes initiatives sont à relever. Le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) de l’OCDE, lancé en 2013, a produit une série de recommandations visant à mieux encadrer les prix de transfert et à obliger les multinationales à déclarer leurs profits par pays : le Country-by-Country Reporting. Ces déclarations, pays par pays, désormais obligatoires dans l’Union européenne, permettent aux administrations de mieux identifier les écarts suspects entre les pays où sont déclarés les profits et ceux où l’activité économique a réellement lieu.

Une solution : l’impôt mondial ?

Plus récemment, l’accord sur un impôt mondial minimum de 15 % sur les bénéfices des multinationales, conclu en 2021 et progressivement mis en œuvre au sein de l’UE depuis 2024, représente une avancée importante. En fixant un plancher fiscal universel, il réduit mécaniquement l’intérêt de déplacer des profits vers des pays aux fiscalités avantageuses.

Enfin, il est important de préciser qu’il serait inexact de présenter TotalEnergies – et de manière générale, toutes les multinationales recourant à cette pratique – comme des entreprises hors la loi, recourant à de l’évasion fiscale. Dans leur grande majorité, ces pratiques sont légales, encadrées par des règles que les entreprises respectent scrupuleusement. Le problème se situe davantage sur les règles elles-mêmes, insuffisantes, incomplètes et souvent interprétables.

Les prix de cession interne ne sont pas une anomalie du système : ils en sont un produit logique. Tant que les États fixeront des taux d’imposition différents et que les multinationales opéreront dans plusieurs juridictions, la tentation de déplacer des profits existera.

The Conversation

Benjamin Bournel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. TotalEnergies ne « gagne » pas d’argent en France : le rôle des prix de cession interne – https://theconversation.com/totalenergies-ne-gagne-pas-dargent-en-france-le-role-des-prix-de-cession-interne-282105

Pesticides : mieux les évaluer pour mieux protéger notre santé et limiter la contamination de l’air, des eaux et des sols

Source: The Conversation – France in French (3) – By Cécile Chevrier, Epidemiologie, Inserm

Dans le cadre du paquet législatif « Omnibus X – Sécurité alimentaire et alimentation animale », la Commission européenne propose de simplifier les procédures d’autorisation de mise sur le marché des pesticides, alors que les données scientifiques montrent une contamination généralisée de la population mais aussi de l’air, des eaux et des sols. La décision de la Commission européenne irait à rebours du nécessaire renforcement de l’évaluation des pesticides afin de protéger la santé humaine et limiter la pollution de l’environnement.


Comment un pesticide est-il évalué et mis sur le marché ? Pourquoi les pesticides peuvent-ils présenter des risques pour la santé et l’environnement alors que leurs usages sont autorisés ? On fait le point.

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Un pesticide (pest- : nuisible ; -cide : tuer) est utilisé pour contrôler et/ou tuer les organismes vivants que nous considérons nuisibles pour nos activités, telles que l’agriculture, mais aussi la protection du bois, les transports, ou la lutte contre les moustiques.

Cependant, un pesticide peut présenter un risque pour des organismes a priori non ciblés s’il entre en contact avec eux. Par exemple, certains insecticides agissent sur l’insecte ciblé par des mécanismes de neurotoxicité communs à d’autres organismes, comme les abeilles ou l’espèce humaine. Être en contact avec un pesticide présente donc un risque potentiel qu’il faut pouvoir identifier et maîtriser.

Comment un pesticide est-il actuellement autorisé ?

Dans le langage réglementaire, les pesticides utilisés notamment sur les cultures pour notre agriculture sont appelés plus positivement : produits phytopharmaceutiques (pharmaco- pour médicaments ; phyto- pour plantes), c’est-à-dire produits de protection des plantes.

Un peu d’histoire… Nous utilisons des pesticides depuis des siècles. C’est en 1978 que l’Europe démarre un processus d’harmonisation avec une liste commune de produits interdits, prenant conscience du danger qu’ils peuvent représenter pour la santé humaine.

En 1991, s’opère un changement de paradigme important avec l’établissement d’une « liste positive » (en d’autres termes, tout produit-pesticide doit être autorisé avant d’être mis sur le marché), l’implication des industriels dans la preuve de l’innocuité des produits qu’ils commercialisent, et la considération de la protection de l’environnement (Directive 91/414/CEE du Conseil du 15 juillet 1991 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques)

Aujourd’hui, c’est le Règlement européen (CE) No 1107/2009 qui régit la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Cette évaluation des risques a priori impose une série de tests que l’industriel doit conduire pour évaluer les propriétés toxicologiques, environnementales et écotoxicologiques de la substance-pesticide qu’il souhaite introduire ou réintroduire sur le marché européen.

L’EFSA (Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments) évalue la conformité des tests réalisés par les industriels et de leurs résultats, et réalise l’évaluation des risques en vue de l’approbation (ou non) de la substance par la Commission européenne. Puis, pour le cas de la France, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui autorise (ou non) les produits commerciaux contenant cette substance et ses coformulants et qui définit des conditions d’usage possibles pour une bonne protection des utilisateurs et de l’environnement.

Finalement, selon les termes du règlement, l’autorisation est obtenue s’il n’y a « aucun effet nocif sur la santé humaine ou animale » (c’est-à-dire si les risques sont considérés comme « maîtrisés » avec notamment l’identification d’une dose sans effet), « ni aucun effet inacceptable sur l’environnement » (ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas d’effet).

En outre, « pour des raisons de sécurité » dixit le règlement, l’autorisation d’une substance ne peut qu’être limitée dans le temps (jusqu’à 15 ans maximum). La substance doit faire l’objet de réévaluations afin de prendre en compte l’évolution des lignes directrices des tests réglementaires ainsi que des connaissances scientifiques. Pour résumer, les substances doivent être réévaluées périodiquement et de façon de plus en plus complète.

Une évaluation réglementaire nécessaire mais incomplète

L’évaluation a priori est nécessaire car elle permet dans un cadre commun européen d’éviter la mise sur le marché de pesticides fortement nocifs pour la santé humaine et animale et/ou dangereux pour l’environnement. Toutefois, elle est insuffisante par construction, car elle ne teste pas les conditions réelles d’usage et d’exposition.

Prenons un exemple : de récents travaux montrent que la moitié des enfants français de 3,5 ans ont été en contact avec plus de 68 pesticides différents en seulement quelques mois (les résultats ont été obtenus par des mesures dans les cheveux). Or il n’existe pas de « tests réglementaires » ni de conditions de laboratoire qui permettent de reproduire cette exposition multiple et répétée et d’étudier les risques associés, à plus ou moins long terme, dans la vie de l’enfant.

Un autre exemple décrit la présence de pesticides en cours d’utilisation dans des zones très éloignées des traitements (au niveau du pôle Nord, en montagne, etc.), qui est révélatrice d’une persistance atmosphérique non anticipée par l’évaluation a priori actuelle, et potentiellement à risque pour ces écosystèmes lointains.

Le mode d’évaluation actuel des pesticides se révèle peu réactif face aux nouvelles connaissances scientifiques. Plus de dix années ont en effet été nécessaires pour que l’EFSA (Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments) publie, en 2023, la version finalisée du document-guide dédié à l’évaluation des risques pour les abeilles. Et celui-ci n’est toujours pas mis en application… alors que la science continue à avancer en parallèle.

Enfin, dans les faits, il est plus simple pour les autorités en charge de l’évaluation de la conformité des tests d’invalider des données scientifiques non conformes au cadre réglementaire que de remettre en question l’ensemble du processus d’évaluation des risques.

Des observations de contamination environnementale et risques associés aux pesticides qui s’accumulent

Une fois un pesticide mis sur le marché, il est essentiel de mettre en place des études pour surveiller a posteriori, en conditions réelles, à court, moyen et si possible long termes, les potentiels effets indésirables non identifiés a priori.

En France, les études de surveillance environnementale mettent en évidence depuis plusieurs décennies une contamination quasi généralisée de l’environnement, « en ville » comme « à la campagne » au niveau des eaux, des sols et de l’air. Cette surveillance est majoritairement issue d’initiatives d’acteurs associatifs et académiques et largement dépendante de financements publics. Un grand nombre de ces données est accessible en ligne.

Un large corpus d’autres études observationnelles issues de la recherche académique, conduites dans la population humaine ou animale, a permis de conclure à l’existence d’un risque pour la santé humaine, en particulier pour les utilisateurs des produits-pesticides et les enfants, et de risques pour la biodiversité et ses fonctions écosystémiques, pourtant elles-mêmes essentielles aux activités agricoles.




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Pesticides et santé : les agriculteurs ont été, sont et seront les principales victimes de ces substances


On ne peut plus nier aujourd’hui que le système tel qu’il a été construit implique la présence de risques non maîtrisés pour la santé et pour les écosystèmes. Certains sont reconnus en France puisque ces connaissances scientifiques consolidées ont aidé aux systèmes de réparation des victimes professionnelles, à la sensibilisation des utilisateurs, des préventeurs (c’est-à-dire les professionnels de la prévention, ndlr).

Un système de vigilance vis-à-vis des risques des pesticides à consolider

Comme pour les médicaments, il existe en France un système de vigilance vis-à-vis des « effets indésirables » des pesticides observés a posteriori (c.-à-d., après leur mise sur le marché). Ce dispositif de phytopharmacovigilance (ou PPV), piloté par l’Anses, est unique en Europe, mais reste peu connu et insuffisamment encouragé. Sa mission initiale est d’identifier les effets indésirables pour faire évoluer les dossiers réglementaires à l’échelle nationale, en proposant des modifications aux autorisations des produits-pesticides.

Les données de surveillance environnementale et la littérature scientifique constituent des sources d’informations importantes. Un bilan des 10 ans d’activités de phytopharmacovigilance démontre l’utilité et le succès de ce système.

Par exemple :

  • une contamination inattendue de cultures non traitées par le prosulfocarbe, une substance active très employée en France en tant qu’herbicide, a conduit à durcir les conditions d’emploi (en l’occurrence, les traitements ont été interdits dans un rayon de 1 km de productions agricoles sensibles prêtes à être récoltées) ;

  • les situations de non-conformité des eaux (caractérisées par des taux supérieurs à un seuil de référence) ont conduit à des réductions de doses d’emploi autorisées du S-métolachlore, une autre substance herbicide ;

  • des situations nouvelles peuvent aussi constituer un signal à gérer, par exemple la mesure dans les eaux de l’acide trifluoroacétique, un composé appartenant à la famille des PFAS.

Cependant, ces signaux préoccupants pris en charge ne sont que l’« arbre qui cache la forêt ». De fait, ce dispositif de vigilance n’identifie pas comme signal la contamination des milieux ou l’exposition de la population générale, pourtant régulièrement observées, banalisant ainsi cette connaissance. L’absence de seuil de référence sanitaire, souvent difficile et long à déterminer, écarte aussi la possibilité d’un signal de vigilance. C’est notamment le cas de l’observation ubiquitaire de traces d’insecticides pyréthrinoïdes dans les urines de la population française depuis plus de 10 ans.

De plus, comme l’évaluation a priori, le système de vigilance actuel n’est pas conçu pour considérer la problématique d’une exposition à des mélanges. Ainsi, si l’on reprend l’exemple cité plus haut, la moitié des enfants français seront encore longtemps exposés à plus de 68 pesticides.

Enfin, une fois identifié, le signal est transmis aux acteurs décisionnaires. Mais sa gestion dépend de la compréhension et de la sensibilité de ces acteurs face à ces connaissances.

Une banalisation des contaminations environnementales et des expositions humaines préoccupante

Les connaissances montrent une complexité croissante des contaminations environnementales ainsi que des risques directs et indirects pour la santé humaine, animale et des écosystèmes. La banalisation de cette connaissance est préoccupante. Elle est devenue pour certains acteurs une normalité et engendre un risque croissant de régression des politiques publiques.

Une simplification des procédures d’évaluation a priori des risques des pesticides est ainsi à contresens du besoin. Il est illusoire de penser que les coûts économisés par cette simplification seraient supérieurs aux coûts des conséquences multiples et complexes sur la santé et l’environnement.

Au contraire, l’évolution continue à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques et des nouvelles pratiques agricoles, de ces systèmes d’évaluation a priori et a posteriori des risques, ainsi que leur rapprochement, sont nécessaires pour préserver la santé de tous.


Ont contribué à la rédaction de cet article : Brice Appenzeller (Luxembourg Institute of Health, Luxembourg), Carole Bedos (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Rémi Béranger (UMR1085 Inserm, Université Rennes, Irset, Rennes, France), Aurélie Berthet (Centre universitaire de médecine générale et santé publique, Unisanté, Lausanne, Suisse), Cécile Chevrier (UMR1085 Inserm, Université Rennes, Irset, Rennes, France), Fleur Delva (U1219 Inserm, Université de Bordeaux, Bordeaux Population Health Center, ISPED, Bordeaux, France), Marc Gallien (ULR 4477, Université Littoral Côte d’Opale, Université Lille), Emmanuelle Kesse-Guyot (U1153 Inserm, U1125 INRAE, CNAM, Université Sorbonne Paris Nord, CRESS, Bobigny, France), Laure Mamy (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Christian Mougin (UMR ECOSYS, Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, Palaiseau, France), Maryline Pioz (INRAE, UR406 Abeilles et Environnement, Avignon, France).

The Conversation

Activité d’expertise à l’Anses

Activité d’expertise à l’Anses

Christian Mougin est membre de l’Académie d’Agriculture de France. Il a une activité d’expertise à l’Anses.

Laure Mamy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pesticides : mieux les évaluer pour mieux protéger notre santé et limiter la contamination de l’air, des eaux et des sols – https://theconversation.com/pesticides-mieux-les-evaluer-pour-mieux-proteger-notre-sante-et-limiter-la-contamination-de-lair-des-eaux-et-des-sols-282323

Le cyborg, ce corps-machine qui nous invite à explorer l’histoire et le futur des hybridations

Source: The Conversation – in French – By Jessica Ragazzini, Chercheuse associée, Université de Strasbourg; Université du Québec en Outaouais (UQO)

Illustration de couverture de l’ouvrage _Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines_.

En proposant une archéologie des imaginaires du corps-machine – des mythes antiques aux pratiques féministes, queer, afrofuturistes et crip – l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines retrace les usages esthétiques et politiques de l’hybridation, tout en situant les controverses contemporaines liées à l’intelligence artificielle dans une longue histoire des artefacts anthropomorphes.


Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle (IA) suscite une attention croissante, tant dans les pratiques artistiques que dans les travaux universitaires. Deux postures tendent à structurer, parfois de manière caricaturale, les débats qui l’entourent : d’une part, elle suscite l’enthousiasme pour les formes inédites d’interaction et de co-production entre humain et machine ; d’autre part, elle provoque une grande inquiétude face aux risques d’appauvrissement des interprétations du monde, de standardisation des formes et de réification du vivant.

Dans l’un comme dans l’autre cas, la proximité supposée d’une machine dont « l’intelligence » qui serait comparable à celle de l’être humain, voire susceptible de la dépasser, est au cœur de la polarisation. Or, cette fascination et les peurs qu’elle charrie ne surgissent pas ex nihilo. En effet, depuis l’Antiquité, les créations artificielles, les figures anthropomorphes et les récits de création constituent des réflexions privilégiées qui éprouvent les limites du vivant et permettent de repenser la définition de l’être humain.

Dans ce contexte, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines propose une synthèse de l’histoire longue de la fascination pour les objets et corps anthropomorphes. Ce projet retrace une généalogie à la fois artistique, philosophique et curatoriale de l’hybridation entre chair et technique, représentation centrale de la culture contemporaine et passée. Rejetant l’idée d’un inventaire exhaustif, cette publication présente les continuités et ruptures afin d’offrir des outils conceptuels permettant de situer les formes actuelles dans un réseau de références plus ancien et complexe.

Une figure-limite

Forgé en 1960 par les scientifiques Nathan S. Kline et Manfred E. Clynes, le terme « cyborg » désigne un organisme cybernétique susceptible d’adapter le corps humain aux conditions d’une vie extraterrestre. Au-delà de cette origine technoscientifique, l’imaginaire cyborg s’est rapidement constitué comme une construction du rapport à soi et aux mondes à titre de figure-limite, au sein de laquelle se rejouent les partages entre organisme et artefact, autonomie et contrôle, vulnérabilité et puissance.

Réinvestie par les luttes et mouvements sociaux à partir des années 1970, la figure du cyborg contribue à déstabiliser les catégories binaires, en particulier celles du genre, et à interroger les régimes de normalisation qui organisent les rapports sociaux et sociétaux.

Cette fécondité critique est théorisée de manière décisive par la philosophe et biologiste Donna Haraway dans son Manifeste Cyborg dans lequel le cyborg apparaît comme un paradigme politique qui remet en question les logiques de pouvoir fondées sur des oppositions naturalisées (corps/objet, vivant/machine, nature/culture). En ce sens, il ouvre un horizon spéculatif et prospectif qui mène à envisager des futurs possibles où les catégories mêmes par lesquelles nous décrivons l’humanité et la non-humanité se trouvent reconfigurées, dans un entre-deux instable entre biologie et technologie.

Échapper aux normes sociales et symboliques

Si la culture contemporaine attribue au cyborg une myriade de définitions parfois concurrentes ou même contradictoires, celles-ci s’inscrivent dans une histoire plus vaste des représentations de la figure humaine. Dès l’Antiquité, des récits tels que l’histoire de Pygmalion ou celle d’Hermaphrodite déplacent des frontières réputées stables entre être et matière (la pierre animée), entre masculin et féminin, entre fabrication et engendrement montrant la complexité des modes d’existence qui échappent finalement aux nomenclatures fixes et stéréotypées. Au fil des siècles, de tels mythes se sont multipliés devenant des matrices narratives par lesquelles les artistes ont pu imaginer des formes abolissant ou contestant les normes sociales et symboliques de leur époque.

Parallèlement, la philosophie a élaboré des cadres conceptuels visant à préciser ce qui distingue l’être humain du non-humain, mais aussi ce qui les relie tels que l’agentivité, la sensibilité, le langage, la technique, etc. Les controverses actuelles relatives à l’IA – notamment lorsque des systèmes génératifs produisent images ou sons à partir de corpus préexistants – réactivent ainsi des questions anciennes : ces productions relèvent-elles d’une forme de création analogue à celle d’un artiste mobilisant un bagage culturel ? Les deux types de productions sont-elles radicalement opposées du fait de l’impossible subjectivité humaine du programme génératif ? Ces débats ne sont pas sans rappeler ceux prononcés lors de l’apparition de la photographie qui révélaient déjà les craintes d’usage des dérives d’une image réaliste indirectement produite par l’être humain.

Envisager des transformations sociétales

Ainsi, si la photographie est aujourd’hui largement reconnue comme un médium artistique à part entière, son histoire rappelle que les technologies visuelles ne sont jamais neutres. Au début du XXe siècle, l’usage volontiers patriarcal de la photographie de la part de certains artistes futuristes et surréalistes contraste avec les expérimentations de Hannah Höch ou de Claude Cahun, qui en font un outil de déstabilisation des identités, des normes de genre et des régimes de représentation.

De manière comparable, l’hybridation technologique contemporaine par laquelle la figure cyborg prend forme dans les œuvres féministes et queer constitue un contrepoint critique face à la circulation massive sur les réseaux sociaux, d’images d’IA reconduisant des stéréotypes sexistes et anti-LGBTQI2A+.

Dans ces pratiques, la figure cyborg ne se réduit pas à une iconographie de science-fiction, elle devient un dispositif de pensée pour envisager des transformations sociétales, renverser des hiérarchies corporelles et imaginer d’autres normes possibles. C’est aussi ce que montrent les artistes a frofuturistes qui articulent la spéculation politiquement engagée ou encore les artistes crip dont le corps perçu aujourd’hui en situation de handicap, pourrait se voir demain doté d’une mécanique surpuissante qui le transformerait en un nouvel idéal corporel à atteindre.

Faire place à l’erreur

Le corps cyborg ouvre un horizon de capacités « surhumaines » ou « surbiologiques ». Toutefois, il demeure simultanément exposé aux failles, aux incompatibilités et aux dysfonctionnements propres aux dispositifs techniques et aux vulnérabilités de la chair. Dans les pratiques artistiques, ces incidents constituent des matériaux heuristiques qui mettent en évidence les infrastructures, les normes et les idéologies inscrites dans notre monde contemporain. Le glitch, le bug ou la panne peuvent alors être revendiqués comme motifs esthétiques, en rupture avec les impératifs d’optimisation, de fluidité et d’hyperproductivité qui accompagnent souvent l’imaginaire technocapitaliste du progrès technoscientifique.

Faire place à l’erreur revient à ouvrir un champ de futurs possibles où l’altération devient souhaitable, précisément parce qu’elle introduit de l’indéterminisme qui échappe à toute tentative de contrôle humain ou technologique. Ce geste reconfigure les narratives historiques de réussites de l’inventivité et du génie de l’humanité, il ouvre des brèches dans les récits linéaires du progrès en perturbant sa frise chronologique. Les dysfonctionnements apparaissent ainsi comme étant des leviers critiques pour penser l’histoire autrement à travers ses trous, ses silences, ses répétitions, ou ses accélérations angoissantes.

Ouvrir le champ des possibles

L’intérêt des imageries cyborg réside dans leur polysémie et dans l’antagonisme possible de leurs usages, ces figures peuvent aussi bien perpétuer des fantasmes de maîtrise que soutenir des politiques de l’émancipation. C’est pourquoi elles requièrent une lecture contextualisée, attentive à la fois aux symboliques mobilisées, aux enjeux contemporains et aux dimensions spéculatives qui ouvrent la porte à des futurs pessimistes autant qu’optimistes. En ce sens, l’ouvrage Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines vise à proposer une histoire des imaginaires non hégémonique. En articulant archéologie des formes, analyse des discours et attention aux pratiques curatoriales, il ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les manières dont les corps – réels, représentés ou fictionnés – deviennent des lieux d’une reconfiguration des sensibilités, des nomenclatures, des pouvoirs et des possibles.


Arts et Cyborgs. Pensées et imaginaires des corps-machines a été publié par les éditions Double Ponctuation.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le cyborg, ce corps-machine qui nous invite à explorer l’histoire et le futur des hybridations – https://theconversation.com/le-cyborg-ce-corps-machine-qui-nous-invite-a-explorer-lhistoire-et-le-futur-des-hybridations-281085

Pensions for Botswana’s elderly are growing, but care services are lacking – study tracks 20 years

Source: The Conversation – Africa – By Elena Moore, Professor of Sociology, University of Cape Town

Botswana’s economy is projected to contract by 0.4% in 2026, driven largely by a slowdown in the diamond sector. Diamonds account for a third of fiscal revenues and a quarter of GDP. This means the government has less money to spend, even before making any policy choices.

At the same time, the government has set about reducing debt as a share of GDP by cutting expenditure to stabilise the economy. This combination is forcing difficult decisions about public spending.

A key one is investment in social protection for older people. Over the past two decades, the number of older persons aged 60+ has doubled to about 279,111 people (roughly 8% of the population). In coming decades, that number is set to rise even more sharply. While this reflects important gains in life expectancy, it also presents a policy challenge: how to support an ageing population in a context of tightening public finances.

We have between us expertise in long term care systems, public financing and budget analysis. Our recent study sought to tackle this question by examining how the Botswana government has funded elder care over the last 20 years.

We also obtained government data to examine how state spending on older people has evolved over time under various social protection measures. These included the old age pension, destitute programme, disability allowance and war veteran’s allowance, as well as care provision through the home-based care programme.




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Botswana’s hike of old age pensions hasn’t fixed the problem of who cares for the elderly – new study


Our final report looks at how spending in 2005 compares to spending in 2024-2025, adjusted for inflation to reflect real changes in today’s value, and how these trends correspond with the growth of the older person population.

The key insight of the new report is that while Botswana has significantly expanded its old age pension system, investment in care services for older people has not kept pace.




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The result is a system that provides income support but leaves many without the care they need and an underinvestment in the care economy in Botswana.

A pension success story: at a cost?

Botswana’s old age pension has long been one of the country’s most important social protection programmes. It is universal, meaning all citizens above a certain age qualify, and it has achieved broad reach across both urban and rural areas.

In 2025, the government made two major changes: it lowered the eligibility age from 65 to 60 and increased the monthly benefit.

These reforms have been widely welcomed. For many older people, the pension provides a crucial lifeline, helping to cover food, transport and other basic needs. In a country without unemployment benefits, it often supports entire households, not just individuals.

But this success comes with trade-offs.

The rapid expansion of the pension has absorbed a growing share of the broader social protection budget. This has left less room for other forms of public support, particularly those related to care.

A hidden crisis of care

Ageing is not just about income, it is also about health, disability and the need for care. As people live longer, they are more likely to experience chronic illnesses and multiple health conditions at once. This often leads to increased levels of disability and dependence.

Yet Botswana’s spending patterns suggest that these realities are not being fully addressed.

Pension coverage has expanded. But access to other support programmes has stagnated or even declined. The proportion of older persons receiving the destitute allowance has fallen significantly over the past decade, and disability support reaches only a small fraction of those who need it. While there has been an increase in total spending, there has not been an increase in total spending in real terms per person.

At the same time, spending on community home-based care, a key service that supports older persons in their homes, has decreased in real terms. This is happening despite clear evidence that demand for such services is rising.

Families under pressure

Care for older people in Botswana has traditionally been provided by families. This model is under increasing strain. A previous report on caregiving indicated how the long-term impact of HIV/Aids, combined with migration and rising female employment, has reduced the availability of family caregivers.

Moreover, between 2012 and 2023, female labour force participation increased from 54.9% to 63.4%, meaning fewer women are available to provide full-time care at home.

At the same time, many households face significant economic and infrastructural challenges. Older-people households are often large and multigenerational, yet resources are limited. Nearly half report experiencing food insecurity, and many lack access to basic services such as piped water and sanitation.

In a few isolated cases there are “voluntary” carers supporting older persons. But serious questions remain about their long-term sustainability.

In rural areas, where most older persons live, these challenges are even more pronounced.

Poverty persists despite pensions

Poverty among older people remains a serious concern. Around 11.9% live in extreme poverty, and they are more likely to be poor than any other age group. One reason is that the pension is often stretched across entire households.

At the same time, access to additional assistance is limited. Programmes such as the destitute allowance and disability grant often rely on discretionary assessments by social workers. Many older persons report that these programmes are difficult to access or simply unavailable.

This points to a broader issue: Botswana’s social protection system for older people is becoming increasingly narrow, centred on a single programme while other forms of support fall away.

These challenges are unfolding in a context of fiscal austerity. As the government seeks to reduce deficits and stabilise the economy, public spending is under pressure. But cuts to social services come with risks. Botswana is already one of the most unequal countries in the world. Reductions in social protection and care services are likely to exacerbate these inequalities.

Public services are also under strain. The country faces shortages of healthcare workers and infrastructure. In this context, reducing investment in care could have long-term consequences for both social and economic development.

Rethinking social protection

The current moment calls for a shift in how social protection is understood. Rather than focusing narrowly on pensions, policymakers need to take a broader view, one that includes care as a central component. Investing in care services is not just about meeting immediate needs. It can also create jobs, support households, and contribute to economic growth. Community-based care programmes, disability support, and partnerships with local organisations all offer pathways to strengthen the system.

Across Botswana, community initiatives are already stepping in to fill the gaps. But without stronger public support, these efforts cannot meet the scale of need.

What’s needed is a more balanced approach to spending priorities, one that protects income security while also investing in the public services that enable people to age with dignity.

The Conversation

Elena Moore receives funding from Welcome Trust 225910/Z/22/Z and the International Development Research Centre, Grant No. 110536 – 001

Thokozile Madonko does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pensions for Botswana’s elderly are growing, but care services are lacking – study tracks 20 years – https://theconversation.com/pensions-for-botswanas-elderly-are-growing-but-care-services-are-lacking-study-tracks-20-years-281644

How does your brain decide between the road not taken or the same old route? Resolving conflicting memories is key to navigation

Source: The Conversation – USA – By Paulina Maxim, Ph.D. Candidate in Psychology, Georgia Institute of Technology

Which route should you take? The familiar or the unknown? francescoch/iStock via Getty Images Plus

When was the last time you paid attention to your commute? And I don’t mean a couple of feet in front of you, at the car merging into your lane without a blinker. I mean really paid attention to the route you take.

Did you see the landmarks in the distance that make up the city skyline? Did you drive right past the grocery store you promised to stop by at the corner of this Peachtree Street or that Peachtree Street, a struggle Atlanta locals know well?

“Oops! Force of habit,” you might say to yourself as you miss your turn and begin to think about when and where you can turn around.

Relying on familiarity can either facilitate or impede daily navigation. As a researcher studying memory and navigation, I aim to understand how the brain supports spatial navigation and what happens if the cognitive mechanisms for choosing the best route home begin to decline, such as during stress or with aging.

Humans are creatures of habit – at least that’s what people tell themselves when wary of trying something new. But what if a new route is faster or safer than the one you usually take? Would you try it?

Research from my team suggests that people balance between exploration and habit – that is, trying something new or sticking with the familiar – when deciding what route to take. Which navigation strategy someone chooses depends not only on their spatial abilities but on their network of brain regions that support navigation.

Close-up of side view mirror reflecting city skyline and other cars on the road
When was the last time you paid attention to the scenery of your usual commute?
Boonchai Wedmakawand/Moment via Getty Images

A spatial blueprint

Spatial navigation refers to the cognitive ability that helps you travel from one location to another. It may sound simple, but it requires using cognitive functions such as memory, attention, decision-making and assessing potential rewards – never mind the ability to simply perceive the environment itself.

Spatial navigation uses memories of things you consciously experienced. Two types of memory relevant to navigation are what scientists call episodic and semantic.

For example, you might retrieve an episodic memory about a specific event: remembering a detour you took a week ago to drop a package off at the post office, including the traffic and weather that day.

You might also retrieve a semantic memory that’s more factual and knowledge-based: remembering how many blocks away the post office is from the park and the turns you need to make to get there.

Together, these kinds of memory inform your spatial memory, which allows you to retrieve location information. This could be where buildings are in relation to each other or where objects are situated in your house. Spatial memories help form your cognitive map, which is essential for getting around in the world.

Often, these different ways of remembering interact, and you can use one type of memory to inform the other. For example, you’ve become accustomed to your commute to work and know it’s relatively short (semantic memory), but over the past three days you’ve been arriving late due to heavy traffic (episodic memory), so you choose to take a different route next time.

Research from my team has found that disagreements in your brain over possible routes can happen. Different types of memory can come up with different solutions for what route you can take, and this conflict is a big factor in how hard your brain needs to work when navigating an environment.

Responding to new and familiar memories

Habits stem from what researchers call stimulus-response memories. These include the knee-jerk reaction you might have to familiar landmarks – when you perceive these places, your brain signals you to make a turn along your commute without needing to consciously think about it.

Habits are rigid, but they can also be beneficial: By taking care of the navigation for you, habit frees up your brain to have a conversation with someone or plan what to make for dinner when you get home.

When navigating less familiar routes or environments, where habit doesn’t kick in automatically, you rely on brain regions such as the hippocampus to call on detailed memories from recent experiences to help guide the way.

Aerial view of a busy intersection in a city, crowds of people milling about and buildings lit with animated billboards
When visiting a new city, you might rely on your existing mental map of urban environments.
Francesco Riccardo Iacomino/Moment via Getty Images

But let’s say you’re shopping at a new grocery store where most things are where you expect them to be, even though you’ve never been in this particular store before. What happens when your brain experiences both something new and something familiar about an environment?

Researchers have shown that when something about an environment is familiar and aligns with your prior experiences, the prefrontal regions of your brain – those responsible for executive functions such as decision-making – become more active. They can bypass or even inhibit your hippocampus’s ability to form new memories about specific events.

In other words, your brain can weave information about a new experience into your database of existing knowledge, rather than storing it as completely new information with little relation to the past. This process may help fast-track your understanding about new experiences.

Updating cognitive maps

Researchers know that cognitive maps of the environment depend on the hippocampus and its database of memories about specific events. However, I and other researchers argue these maps can also function as a schema – a collection of memories made up of associations between environmental details. You can add new information to these collections and use it to infer new relationships.

Say a new pedestrian bridge is built between the park and the post office. Your brain can more easily weave this new route information into your existing memories compared with learning a new environment from scratch. Similarly, if you just moved to a new town and know very little about the spatial layout, you might rely on your past experiences of towns to infer where something is.

Schemas help you interpret and incorporate new information more quickly.

Using neuroimaging techniques as well as virtual reality programs designed to test a participant’s ability to navigate different routes, my team found that there is likely an interdependent relationship between the brain areas that store memories of specific events and areas that store related information across memories when planning to navigate less familiar places.

New routes are more difficult to follow when they differ from your prior experiences. Thus, a stronger schema helps integrate your knowledge of the spatial relationships between locations and landmarks (such as the distance between the post office and the park) with more general knowledge (such as prior route difficulty). This all informs how you choose to navigate.

Navigating daily life

These memory principles help explain why inconsistencies with your previous experiences can make it so difficult to navigate many aspects of daily life.

Imagine you woke up tomorrow and the GPS on your smartphone was no longer available. How will you plan your route to get to your destination?

You might be used to navigating north from your home to the grocery store – but have you ever tried to navigate to that grocery story from a different location? It’s much harder!

Factors such as stress, aging and general cognitive decline can affect brain function and human behavior. Imagine how much harder that new route to the grocery store is for an older adult.

Relating new information to your prior experiences may help strengthen your schema and make navigation easier. And understanding what processes the brain needs to go through to solve these navigation problems can help you understand why getting around can be challenging.

The Conversation

This work was supported in part by grants from the National Institute on Aging of the NIH.

ref. How does your brain decide between the road not taken or the same old route? Resolving conflicting memories is key to navigation – https://theconversation.com/how-does-your-brain-decide-between-the-road-not-taken-or-the-same-old-route-resolving-conflicting-memories-is-key-to-navigation-279435