Prison : quel espoir pour les seniors condamnés à perpétuité ?

Source: The Conversation – in French – By Marion Vannier, Senior Lecturer in Criminology, University of Manchester

La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme a introduit la notion juridique de « droit à l’espoir » qui s’applique à tous les prisonniers, notamment ceux condamnés à perpétuité, quel que soit leur âge. Mais pour les seniors purgeant de lourdes peines, en quoi consiste l’espoir ? Des chercheurs ont enquêté en milieu carcéral au Royaume-Uni pour comprendre ce qui se joue, en pratique, autour de cette notion complexe.


Nous étions debout devant un grand tableau blanc, dans l’une des salles d’enseignement de la prison, en train de faire le bilan de notre étude sur l’espoir, lorsqu’un homme est entré sans un bruit. Comme les autres participants, il avait plus de 60 ans et purgeait une peine de prison à vie. Ses cheveux grisonnaient ; il était très grand et mince.

Il a saisi une chaise lentement, puis l’a fait retomber avec fracas. Je l’ai invité à se joindre à nous, mais il est resté immobile, sous le regard attentif des autres. Ensuite, il a traîné la chaise sur le sol, produisant un grincement strident. Je pouvais sentir mon propre cœur battre.

Alors que je commençais à parler, j’ai remarqué qu’il pleurait. Au début, cela ressemblait à un murmure, puis le son s’est amplifié. Il s’est levé brusquement et s’est avancé jusqu’à se tenir tout près de moi. J’ai noté ce jour-là dans mon carnet de terrain :

Mon cœur s’emballe. Il me demande, me dominant de toute sa hauteur : « Comment osez-vous nous interroger sur l’espoir ? » L’alarme retentit. Les surveillants l’escortent hors de la pièce. Les autres restent assis, stupéfaits, les yeux rivés sur nous, attendant une réaction.

Dans les mois qui ont suivi, j’ai rencontré bien d’autres hommes pour qui l’espoir n’était pas nécessairement une bouée de sauvetage qu’on imagine volontiers, mais plutôt un poids silencieux qu’ils portaient en eux, parfois douloureusement.

En prison, l’espoir n’est pas un mot anodin, une notion abstraite. Il façonne la manière dont les détenus vivent leur peine, influe sur la façon dont ils interagissent avec le personnel et les autres prisonniers, conditionne leur participation aux activités éducatives ou professionnelles, et soutient leurs liens avec l’extérieur.

Pour les hommes âgés condamnés à la perpétuité particulièrement, l’espoir se retrouve intimement lié au vieillissement accéléré, aux intimidations de prisonniers plus jeunes, et à la crainte d’une libération dans un monde inconnu.

Certains peuvent estimer que ces hommes ne méritent pas l’espoir — qu’en raison de leurs crimes, ils devraient en être privés. Si la prison se veut un lieu temporaire et réhabilitatif, si elle tire sa légitimité de ces principes, alors il faut rappeler que les lieux qui étouffent l’espoir ne produisent pas des établissements plus sûrs. Ils produisent, au contraire, des personnes abîmées, isolées, et moins capables de se réinsérer dans la société.

Le « Hope Project »

Le projet (In search of Hope: the case of elderly life-sentenced prisoners) a débuté en août 2022. Nous y examinions la manière dont le « droit à l’espoir » – tel que défini par la juge Ann Power-Forde dans son opinion concordante dans l’arrêt Vinter et al. c. Royaume-Uni (2013) de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) – se traduit concrètement derrière les murs des prisons pour les personnes âgées condamnées à perpétuité, dont beaucoup n’entrevoient que de minces perspectives de libération en raison de leur âge avancé et de la longueur de leur peine.

La recherche a été menée pendant douze mois dans trois prisons anglaises, par moi-même et l’associée de recherche Helen Gair, avec l’appui d’une petite équipe d’assistants de recherche. Nous avons conduit un travail de terrain dans une prison de catégorie A (réservée aux personnes présentant les niveaux de dangerosité les plus élevés), une prison de catégorie C (niveau de sécurité intermédiaire, souvent orientée vers la formation et la réinsertion) et une prison de catégorie D (prison ouverte, ou dernière étape avant la libération).

Chaque établissement avait ses propres effluves, ses sons distinctifs. L’agencement des bâtiments et le rythme quotidien variaient sensiblement. La prison de haute sécurité, par exemple, occupait un ancien bâtiment victorien en briques rouges, dont les ailes formaient un demi-panoptique. À l’extérieur du bâtiment principal, les chiens de garde étaient promenés sur une bande de verdure longeant un mur de dix mètres de haut. À l’intérieur, le bruit était constant ; les confinements étaient fréquents, et l’air chargé de sueur et de moisissure.

Dans la prison ouverte, une vapeur de cannabis flottait dans l’air. Les hommes nous saluaient en survêtements gris, une tasse de thé jetable à la main. Il y avait des canards, un étang, et une maquette d’avion de la Royal Air Force exposée.

Dans la prison de catégorie C, nous nous perdions régulièrement. L’alignement alphabétique des bâtiments nous échappait. Nous disposions de notre propre jeu de clés, ce qui nous permettait de circuler de manière autonome, mais les serrures rouillées ne facilitaient pas nos déplacements, et chaque porte devait être ouverte puis refermée derrière nous.

Les hommes âgés de 50 ans et plus, condamnés à la perpétuité, étaient invités à participer. Nous avons recueilli des journaux personnels, mené des observations ethnographiques, et réalisé des entretiens individuels avec chaque participant.

Nous avons également interrogé des membres du personnel pénitentiaire, qu’ils travaillent en contact direct avec les détenus ou en postes administratifs, afin de comprendre comment ceux qui côtoient au quotidien des hommes vieillissants condamnés à vie percevaient l’espoir — et si les pratiques carcérales contribuaient à le préserver ou à l’étouffer. Plus largement, il s’agissait de saisir comment l’espoir était vécu par les détenus et comment il était façonné, encadré ou parfois entravé en tant que pratique institutionnelle.

L’espoir idéalisé face à la réalité carcérale

Dans les années 2010, une affaire a été portée devant la Cour européenne des droits de l’homme par Jeremy Bamber, Douglas Vinter et Peter Moor. Tous trois avaient été reconnus coupables de meurtre au Royaume-Uni et condamnés à des peines de perpétuité incompressible – la forme la plus sévère de réclusion à perpétuité.

Concrètement, cela signifie qu’en droit, ils étaient condamnés à passer le reste de leur vie en prison, sans qu’aucune période minimale ne soit fixée en vue d’une libération conditionnelle ou d’une révision de peine. Seule une très faible proportion de personnes se voient infliger des peines aussi lourdes : Myra Hindley, pour l’affaire dite des « meurtres de la lande », et « l’Éventreur du Yorkshire », Peter Sutcliffe, en sont deux exemples.

Le 9 juillet 2013, la juridiction européenne des droits de l’homme a jugé que les peines de perpétuité incompressible, dépourvues de toute perspective de libération ou de réexamen, constituaient un traitement inhumain ou dégradant, en violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. La notion de « droit à l’espoir » a été clairement formulée pour la première fois dans l’avis concordant de la juge Ann Power-Forde.

Même ceux qui commettent les actes les plus odieux et les plus graves… conservent néanmoins leur humanité essentielle et portent en eux la capacité de changer. Aussi longues et méritées que puissent être leurs peines de prison, ils gardent le droit d’espérer que, un jour, ils auront expié les torts qu’ils ont causés. Ils ne devraient pas être totalement privés de cet espoir. Leur refuser toute expérience de l’espoir reviendrait à nier un aspect fondamental de leur humanité et constituerait, en soi, un traitement dégradant.

Le droit à l’espoir repose donc sur la possibilité de libération et de réexamen. Cela signifie qu’il doit exister une perspective réaliste selon laquelle tout détenu condamné à perpétuité puisse, à un moment donné, envisager une libération ou espérer que les justifications de sa détention continue soient réévaluées.

Mais ce droit tient-il compte du vieillissement en prison ?

Le vieillissement rapide et mondial de la population carcérale complique en effet l’interprétation jurisprudentielle européenne du droit à l’espoir. En mars 2025, 87 919 personnes étaient incarcérées en Angleterre et au Pays de Galles, dont près d’une sur cinq (18 %) avait 50 ans ou plus, selon le ministère de la justice.

Parallèlement, les personnes condamnées à perpétuité représentent désormais environ 10 % de la population carcérale, et ce groupe vieillit rapidement: près d’un tiers des détenus à perpétuité ont plus de 50 ans. Par conséquent, les détenus âgés condamnés à perpétuité constituent le sous-groupe à la croissance la plus rapide du système.

Ce phénomène, combiné à la surpopulation carcérale, soulève une série de défis managériaux et éthiques: les cellules restent occupées pendant des décennies, les besoins en soins médicaux et sociaux augmentent fortement, et les pressions pesant sur un personnel souvent insuffisamment formé s’intensifient.

Le mythe de la sortie de prison

Une découverte majeure de notre projet est que la possibilité de libération relève presque du mythe pour les prisonniers âgés. En général, les condamnés à perpétuité se voient attribuer une « période de sûreté » pendant laquelle ils ne peuvent pas solliciter de libération conditionnelle. Ce principe juridique ne tient cependant pas compte de l’âge.

Dean, 62 ans, détenu à perpétuité dans la prison de catégorie A et incarcéré depuis six ans, nous a expliqué à quel point la perspective d’une libération lui semblait irréaliste compte tenu de son âge :

Je n’aurai pas moins de 80 ans avant ma première audience de libération conditionnelle et, honnêtement, je ne sais pas si j’atteindrai cet âge. Même si ma santé est raisonnable, je prends toutes sortes de médicaments pour tenir le coup, et la détention finit par vous user. Je ne suis donc pas très optimiste.

Trevor avait 73 ans lorsque nous l’avons interviewé dans la prison de catégorie C et était incarcéré depuis vingt-sept ans. Assis dans un fauteuil roulant, un élastique autour du majeur et du pouce pour l’aider à tenir un stylo, il décrivait des années d’ajournements, de retards médicaux, et de refus de transfert vers un établissement de moindre sécurité — ses besoins de santé ne pouvant y être pris en charge. Il nous a simplement demandé:

Si vous étiez à ma place, vivriez-vous dans l’espoir, ou vous résigneriez-vous à votre avenir ?

Le découragement face à la perspective de libération est corroboré par les données officielles : très peu de détenus à perpétuité sortent de prison de leur vivant.

Au Royaume-Uni, un détenu à perpétuité sur cinq a désormais dépassé sa période de sûreté, souvent de plusieurs années, les obstacles liés à l’âge retardant l’accès à la libération conditionnelle. Sur le terrain, nous avons constaté que les hommes âgés avaient du mal à accéder aux programmes de réhabilitation, en raison de problèmes de mobilité, de troubles cognitifs, ou de priorités institutionnelles accordées aux plus jeunes ou aux détenus de courte peine.

La hausse des décès parmi les détenus âgés souligne renforce encore l’illusion d’une perspective de libération.

Près de neuf décès sur dix parmi les 192 décès d’origine naturelle survenus en prison en 2025 concernent des détenus âgés, et le nombre de prisonniers nécessitant des soins palliatifs continue d’augmenter.

Entre 2016 et 2020, 190 admissions hospitalières ont concerné des détenus âgés nécessitant des soins palliatifs, dont 40 % pour un diagnostic de cancer. L’organisation Inquest a rapporté en 2020 que nombre de ces décès n’étaient ni inévitables ni imprévisibles mais liés à des défaillances systémiques (soins, communication, intervention d’urgence, gestion des médicaments).

Les chercheuses Philippa Tomczak et Roisin Mulgrew ont montré que qualifier les décès de « naturels » dissimule la manière dont l’environnement y contribue.

Par ailleurs, de nombreuses études ont établi un lien entre automutilation, suicide, sentiment de désespoir et isolement social. Les participants à notre étude ont eux aussi associé la disparition de l’espoir à des suicides observés en prison.

Dans son journal, Ian, 65 ans, incarcéré depuis trente-trois ans dans une prison de catégorie C, écrivait:

En l’absence d’espoir, il ne reste que le désespoir. J’ai connu des détenus qui se sont suicidés : ils n’avaient ni espoir ni attentes, seulement misère et désespoir.

On observe donc une contradiction entre la possibilité juridique de libération censée préserver l’espoir, et son improbabilité pratique pour les détenus âgés et vieillissants condamnés à perpétuité.

La peur de la libération

Au-delà de l’improbabilité d’une libération, nombreux sont les participants qui ont décrit la peur éprouvée à l’idée de retrouver un jour le monde extérieur. Plusieurs détenus sexagénaires ou septuagénaires ont expliqué qu’ils ne reconnaissaient plus la société hors des murs.

Pour eux, le temps passé en détention, allié au déclin physique et cognitif, les a rendus entièrement dépendants des règles de la prison. Ils estimaient ne plus être capables de se débrouiller seuls à l’extérieur. Roy, qui avait passé plusieurs décennies dans différentes prisons de catégorie A, écrivait:

Je n’ai aucun espoir de quitter la prison, ni même de désir réel de le faire : je suis désormais totalement conditionné à la vie en institution. Je n’ai pour seule responsabilité que le respect des règles pénitentiaires, et très peu de dépenses.

Russell, 68 ans, détenu dans une prison de catégorie C, notait dans son journal à quel point l’idée même d’un avenir lui semblait vaine : « C’est difficile, vraiment, parce que, comme je le dis, je n’ai aucun espoir de sortir de prison, en ce qui me concerne. C’est tout. Je suis en prison et cela n’ira pas plus loin. »

Des préoccupations très concrètes – progrès technologiques, logement, formalités administratives – rendaient aussi l’idée d’une libération accablante. Gary, 63 ans, incarcéré depuis vingt-quatre ans, confiait : « La libération me fait peur à cause de l’étiquette que je porte, et des problèmes qu’elle entraîne. Où vais-je vivre ? Comment vais-je vivre ?»

Kevin, 73 ans, transféré d’une prison de catégorie C vers une prison ouverte pendant notre projet, expliquait qu’après vingt-et-un ans de détention, le monde extérieur avait trop changé pour qu’il puisse y faire face. Alors qu’il se tenait au seuil de la liberté, il redoutait de ne pas savoir utiliser les nouvelles technologies ou accéder à sa pension. Il disait : « La technologie a évolué à une vitesse phénoménale, cela me semble très effrayant… Je préférerais ici en prison, où tout est régulé et structuré, plutôt que de sortir dans quelque chose qui m’est complètement étranger. »

Ces peurs sont exacerbées par l’effritement des liens sociaux, la perte de proches. L’isolement rend le monde extérieur encore plus étranger, et la perspective de devoir s’y réinsérer, souvent seul, d’autant plus intimidante. Kevin ajoutait :

Les personnes que j’appelais autrefois des amis ne veulent plus me voir ou sont décédées. Une chose que je peux dire avec certitude : on découvre vraiment qui sont ses vrais amis… quand on entre en prison, et surtout quand on y reste longtemps.

Ce sentiment d’horizons détruits, où la libération ne promet rien et où le monde extérieur apparaît plus terrifiant encore que la cellule, a trouvé son expression dans la culture populaire.

Dans les Évadés (1994), le personnage de Brooks, libéré après cinquante ans de détention, est incapable de d’affronter la vie moderne. Son suicide devient une métaphore saisissante de l’effet écrasant du conditionnement à la vie en prison, qui dépouille l’individu de lui-même et réduit presque à néant ses chances de réinsertion.

Quand l’espoir devient nocif

D’autres détenus, comme Barry, en sont venus à se demander s’il ne serait pas finalement moins douloureux de renoncer à l’espoir.

Barry avait 65 ans lors de notre entretien et avait passé plus de quarante ans en prison à purger une peine à perpétuité. Il est grand et mince. Lorsqu’il est entré, nous avons remarqué qu’il boitait et s’appuyait sur une canne. La première fois que nous l’avons rencontré, il était assis, les mains jointes, parlant d’une voix mesurée qui se brisait parfois en un rire, non pas par humour mais plutôt, me semblait-il, par épuisement ou cynisme. Bien que sa libération conditionnelle lui soit théoriquement possible, il en est venu à considérer la poursuite de cette possibilité non comme source d’espoir, mais comme quelque chose de nocif.

Au fil d’années de déceptions, Barry s’est demandé si vivre sans espoir ne serait pas moins douloureux, estimant qu’il était devenu « vain » d’espérer. Il écrivait dans son journal :

L’espoir, c’est vouloir que quelque chose arrive ou que quelque chose soit vrai… Je me demande souvent s’il ne serait pas plus doux de vivre sans espoir et d’adopter simplement une attitude de « on verra bien ».

Chaque audience de libération conditionnelle reportée, chaque attente déçue, avait peu à peu sapé la valeur même de cet espoir. Finalement, y renoncer apparaissait comme une manière de préserver sa santé mentale. Comme Barry l’ajoutait :

Ne plus nourrir d’espoir est sain. Je dis cela à cause du nombre d’hommes que j’ai vus tomber malades ; la déception devient désespoir, devient dépression, devient souffrance psychique… Puis, quand on cesse d’espérer, on commence à se rétablir et on ne se sent plus désespéré, parce qu’on n’attend plus rien. L’espoir est donc un paradoxe : il peut décevoir, ou donner le sentiment qu’un véritable avenir est possible.

Il se souvenait avoir lu l’histoire d’une Américaine condamnée à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, qui avait supplié pour la peine de mort à la place. Son explication (« Je ne veux pas seulement être en vie, je veux pouvoir vivre ») résonna en lui si fortement qu’il déclara que cela l’avait « presque fait tomber de [s]a chaise ». Il reconnut dans cet appel le même paradoxe cruel auquel il était confronté : prolonger son existence dans des conditions dénuées d’espoir n’était tout simplement pas vivre. Sa conclusion était irrévocable :

Je comprends mieux que beaucoup le besoin d’espoir, mais après toutes ces années passées en prison et toutes les espérances que j’ai vues brisées, je considère l’espoir comme un ennemi.

Pourtant, Barry admettait dans le même temps qu’il continuait à espérer, quoi qu’il arrive. Son espoir était comme un réflexe humain, sur lequel il n’avait aucun contrôle, il survenait simplement. Il disait : « Nous espérons tous… j’espère sortir à ma prochaine audience de libération conditionnelle. »

Alors, qu’est-ce que l’espoir en prison ? ? Est-il cruel et torturant, ou bien une caractéristique humaine qui, malgré tout, apporte soulagement, élan et envie de tenir ?

Recalibrer l’espoir

Nous avons constaté que l’espoir ne revêtait pas la même signification pour tous. Il ne se limite pas à la perspective de libération. Certains avaient besoin de projets précis, d’autres se concentraient sur le quotidien. Parfois, l’espoir se déplaçait vers des objectifs modestes, liés à des lieux imaginés en dehors de la prison : une retraite paisible, la possibilité d’étudier, de jardiner.

Terry avait 65 ans et avait passé trente-huit ans dans une prison de catégorie A. Il nous a expliqué que tout ce qu’il espérait, c’était « une retraite tranquille ». Russell, du même âge environ mais incarcéré depuis plus de douze ans et détenu en catégorie C lorsqu’il a rédigé son journal, écrivait quant à lui qu’il espérait « … être libéré un jour et vivre les années qu’il [lui] reste dans un petit bungalow avec un petit jardin, dans un village situé à des kilomètres de [son] ancien coin d’Angleterre. Avoir un chat aussi. »

D’autres projetaient leur espoir dans des plans plus détaillés et concrets sur l’avenir. Carl, 60 ans, passionné de cuisine et de musculation, expliquait par exemple qu’il espérait s’installer quelque temps chez sa fille et ses petits-enfants, dans une région où son ambition était de construire sa propre maison. Il ajoutait : « J’ai conçu et estimé de manière approximative le coût du projet de construction, ce qui m’a aidé à renforcer l’idée que ces projets étaient réalisables. »

Vivre l’instant présent

D’autres participants ont recalibré leur espoir vers des aspirations plus immédiates, ancrées dans le présent et les interactions quotidiennes. Barry expliquait ainsi : « Mon espoir, c’est de continuer à vivre l’instant présent… Vous savez, parce qu’en ce moment je suis dans ce bureau avec vous deux, c’est calme. C’est agréable. C’est paisible. C’est un bon moment. Mais je ne vais pas penser à ce que ça sera à 16 heures, parce que je pourrais sortir par cette porte et tomber en plein milieu d’une mutinerie. »

Russell acquiesçait : « Pour l’avenir, je vis un jour après l’autre. Ce n’est pas utile de planifier trop loin. »

Ce recentrage interroge la manière dont la prison et l’incarcération de longue durée façonnent, voire limitent, les façons dont les détenus peuvent imaginer et envisager leur futur.

Un autre participant, Craig, 66 ans et détenu depuis un peu plus de cinq ans dans la prison de catégorie A au moment de notre rencontre, écrivait : « … Chacun façonne son espoir en fonction des circonstances. »

Pour l’institution et le personnel pénitentiaire, ces attitudes pourraient paraître positives : les détenus condamnés aux peines les plus longues montrent une volonté de mener une vie sans crime, centrée sur l’instant présent et sur de petites tâches routinières qui ne génèrent aucun risque pour la gestion de la prison..

Mais lorsque l’espoir devient si court-termiste et limité aux petites choses du Il ne s’agit plus de favoriser une transformation en vue de la réinsertion, mais plutôt d’assurer la gestion à vie de corps vieillissants, affaiblis, parfois mourants.

L’importance de l’espoir

Cet article s’ouvrait sur un homme s’adressant à mes collègues et à moi: « Comment osez-vous nous parler d’espoir ? » Ce moment a résonné tout au long du projet, à la fois comme un rappel de la complexité de la recherche en milieu carcéral et comme un point de départ pour réfléchir plus profondément à des idéaux humanistes tels que l’espoir lorsqu’ils sont transposés à certains contextes.

Lorsque les détenus évoquent la cruauté et l’illusion que peut représenter l’espoir, on se demande quelle part de lumière et de promesse il peut réellement rester dans des lieux soumis à un contrôle aussi strict.

Transposé à l’univers carcéral, l’espoir ne semble plus lié à un horizon ouvert, évocateur de liberté retrouvée et de nouveaux départs. Pour les prisonniers âgés, il renvoie plutôt un isolement accru et une dissociation du monde extérieur, devenant source de frustration, de méfiance et de sentiment d’abandon.

En prison, l’espoir met en lumière le décalage entre certains idéaux humanistes et juridiques abstraits et la réalité concrète de l’expérience carcérale, en particulier lorsqu’elle s’étend sur des décennies. Cette observation pourrait d’ailleurs s’appliquer à d’autres lieux de forte contrainte, comme les centres de rétention pour migrants, les établissements pour mineurs ou même les maisons de retraite.

Pourtant, s’éloigner d’une conception idéalisée de l’espoir pour le recentrer sur les conditions quotidiennes révèle de nouvelles façons pour certains prisonniers âgés (ici condamnés à perpétuité, et pour d’autres vivant sous contrainte), de retrouver un certain pouvoir d’agir et de continuer à avancer. Cela permet aussi de dépasser une vision binaire espoir/désespoir pour reconnaître la diversité de ses formes.

Et il important de rappeler que l’espoir importe – non seulement pour les personnes en prison ou vivant dans d’autres lieux de confinement et de surveillance – mais aussi pour la société dans son ensemble.

Une incarcération vécue dans le désespoir s’accompagne d’une dégradation de la santé mentale et physique, augmentant la pression sur les services de santé en prison et, après la libération, sur les services de santé et d’accompagnement social de la communauté.

La situation est encore plus préoccupante pour les détenus âgés libérés après des décennies passées derrière les barreaux. L’espoir n’est pas une simple émotion : il conditionne la manière dont la prison prépare (ou non) les personnes à vivre après leur détention. Des régimes qui érodent l’espoir à une peau de chagrin risquent simplement de déplacer les problèmes sociaux plutôt que de les résoudre.

The Conversation

Marion Vannier bénéficie d’un financement dans le cadre de la Future Leader Fellowship de UK Research and Innovation.

ref. Prison : quel espoir pour les seniors condamnés à perpétuité ? – https://theconversation.com/prison-quel-espoir-pour-les-seniors-condamnes-a-perpetuite-273706

Le lien direct entre efficacité de la propagande et difficulté de mettre fin à un conflit

Source: The Conversation – France in French (3) – By Petros Sekeris, Associate Professor in Economics and Finance, TBS Education

Les innovations technologiques rendent les propagandes de plus en plus efficaces. Les populations des pays en guerre, mais aussi les dirigeants, ont dès lors plus de peine à accepter les termes d’un accord de paix ou même à envisager une sortie de conflit.


Fin 2024, 88 % des Ukrainiens pensaient que leur armée était capable de remporter la guerre contre le géant russe. Près d’un an plus tard, ils étaient 76 % à y croire pour autant que l’Occident continue à fournir des armes. La même confiance en la patrie semble prévaloir dans le camp adverse : les trois quarts des Russes sont persuadés que leur pays sortira vainqueur du conflit.

Dans de telles conditions, tout compromis acceptable pour l’un des belligérants se heurte à l’intransigeance de l’autre, et les pourparlers piétinent logiquement.

Des propagandes de plus en plus efficaces grâce aux réseaux sociaux et à l’IA

Les propagandes guerrières visant à galvaniser les foules ne datent pas d’hier – on en retrouve trace jusque dans des écrits antiques, mais aussi dans l’art – sculptures, mosaïques ou fresques, en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome. Mais leur efficacité est aujourd’hui particulièrement redoutable, et c’est ce qui explique que la majorité des citoyens des deux pays belligérants veut toujours croire à une possible victoire après quatre ans de guerre, alors que le front, mois après mois, bouge en réalité assez peu et que, déjà, selon des estimations récentes, environ 1,2 million de Russes et 600 000 Ukrainiens auraient été tués, grièvement blessés ou portés disparus au combat.

Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans cette aspiration continue à la victoire au prix de tant de vies et de ressources. Lors des printemps arabes de 2011, la manière dont les manifestants utilisaient ce nouvel outil avait affolé les gouvernants. Plusieurs États avaient bloqué Internet. Mais aujourd’hui, les États savent parfaitement influer sur les croyances des citoyens.

L’impact des interventions russes sur les réseaux a été mis en évidence dès les élections de 2016 aux États-Unis. Une armée d’influenceurs en ligne avait été mobilisée à l’époque pour faire basculer l’opinion publique américaine. Avec l’intelligence artificielle (IA), une telle mobilisation n’est même pas nécessaire. Des bots peuvent désormais envoyer en un temps record des millions de messages et d’images trafiquées, sous des identités inventées, pour orienter les perceptions des internautes en jouant sur l’émotion. Les citoyens sont d’autant plus vulnérables que les algorithmes les enferment dans des bulles informationnelles, entourées de personnes ou de robots aux avis semblables, créant la surenchère.

L’impact sur les esprits de cette propagande aux moyens jamais vus joue un rôle clé dans les conflits, incitant les dirigeants à adopter des positions plus dures à la table des négociations et rendant les processus de paix plus difficiles.

Des dirigeants prisonniers de leur propre récit triomphaliste

Nos recherches utilisant la théorie des jeux montrent que la propagande ne se contente pas de galvaniser l’opinion : elle peut devenir un catalyseur de guerre.

En diffusant de manière systématique des images de combattants intrépides, de prouesses technologiques ou de « victoires » sur le terrain, les dirigeants cherchent à renforcer la conviction, au sein de la population, que leur armée est supérieure et que l’issue du conflit leur sera favorable. On retrouve ce mécanisme aussi bien dans les vidéos de groupes armés mettant en scène des commandos surentraînés et des arsenaux impressionnants que dans les vastes parades militaires conçues pour projeter une image d’invincibilité.

Ce processus a un effet pernicieux : il lie les mains des dirigeants eux-mêmes. Une fois que les citoyens sont persuadés de la supériorité militaire nationale, ils risquent de rejeter tout accord perçu comme insuffisamment avantageux. Même lorsque des concessions seraient rationnelles pour éviter une escalade meurtrière, elles deviennent alors trop coûteuses à proposer ou à accepter par les dirigeants, car elles menacent leur survie politique, y compris lorsqu’ils sont des autocrates.

Plus préoccupant encore, lorsque les deux camps nourrissent simultanément des perceptions déformées, un accord mutuellement acceptable devient pratiquement impossible. Aucun dirigeant ne va tenter de « refroidir » son opinion publique, car cela le placerait en position de fragilité face à son adversaire. Chaque population surestime donc l’espérance de gains de la guerre et sous-estime ses coûts.

L’intuition centrale de notre modèle est que la propagande n’est pas seulement un instrument de mobilisation intérieure : elle peut aussi servir d’outil stratégique dans la négociation internationale. En renforçant la conviction publique qu’une victoire militaire est probable, l’électorat devient plus intransigeant sur d’éventuelles concessions, ce qui rend plus crédible la fermeté d’un dirigeant à la table des négociations et peut pousser l’adversaire à offrir davantage. Les dirigeants adoptent cette stratégie en connaissance de cause : ils savent qu’elle accroît le risque de guerre, mais estiment que le gain potentiel en pouvoir de négociation peut en « valoir le coût ».

Le problème apparaît lorsque les deux camps font le même calcul. Le durcissement simultané des attentes internes élève les exigences minimales des deux côtés au point qu’aucun compromis n’est politiquement acceptable : l’outil censé renforcer la négociation finit alors par en supprimer l’espace même et rendre la guerre plus probable.

Dans ce cadre, seule une rupture majeure – par exemple, une défaite militaire spectaculaire qui modifie brutalement les croyances, ou l’intervention décisive d’un acteur extérieur imposant une désescalade – peut rouvrir un espace de négociation.

L’histoire offre des illustrations frappantes : au Japon, en 1945, les destructions d’Hiroshima et de Nagasaki brisent la propagande d’invincibilité et entraînent une capitulation rapide, révélant combien la perception publique de force peut être brutalement corrigée par des événements matériels. De manière similaire, lors de la guerre du Vietnam, l’offensive du Têt en 1968, combinée au soutien stratégique et logistique massif de la Chine aux Vietcongs, met en lumière l’écart entre la propagande américaine sur une victoire imminente et la réalité du terrain, conduisant les États-Unis à entamer des négociations de paix à Paris à partir de 1968 et à revoir leur engagement militaire.

Des conflits de plus en plus nombreux

Ce phénomène est d’autant plus problématique que le nombre de conflits est aujourd’hui fortement orienté à la hausse. Selon les données du programme Uppsala Conflict Data (UCDP), hébergé au sein de l’Université d’Uppsala en Suède, l’année 2022 a été la plus meurtrière depuis la fin de la guerre froide si l’on excepte le génocide au Rwanda en 1994 et sa folie sanguinaire. L’année 2023 se situe également à un niveau de conflictualité très élevé, juste après 2022. Pour l’année 2024, le centre comptabilise pas moins de 11 conflits armés. Les calculs pour 2025 ne sont pas encore disponibles, mais il est certain que, du fait de la situation à Gaza et de celle au Soudan, entre autres, cette année aura également été très meurtrière. 2026 s’ouvre sur un durcissement marqué de la posture américaine sur la scène internationale et de nouveaux affrontements sanglants en Syrie, et risque fort de s’inscrire de ce point de vue dans le prolongement des années précédentes.

Cette montée des tensions est liée à l’émergence d’un monde multipolaire, mais plus encore au dérèglement climatique qui produit déjà des effets délétères. Une recherche publiée par la revue Science a établi dès 2013 un lien de causalité entre le réchauffement et la montée des violences interpersonnelles et guerres civiles. La pression migratoire et la lutte interétatique pour les ressources ne font depuis lors que s’accentuer. Dans ce contexte particulièrement belligène, les discours propagandistes versent encore de l’huile sur le feu.

The Conversation

Petros Sekeris ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le lien direct entre efficacité de la propagande et difficulté de mettre fin à un conflit – https://theconversation.com/le-lien-direct-entre-efficacite-de-la-propagande-et-difficulte-de-mettre-fin-a-un-conflit-274326

Femme, artiste et entrepreneure : relever le défi

Source: The Conversation – France (in French) – By Isabelle Horvath, Professeur des Universités en Sciences de Gestion et du Management, Université de Haute-Alsace (UHA)

Caroline, chanteuse lyrique, interprète Carmen. Fourni par l’auteur

Mère de trois enfants, chanteuse lyrique et codirectrice d’une association dont la double activité porte sur la médiation culturelle et la création de spectacles lyriques, Caroline jongle avec ses différentes activités et identités au quotidien. Deux chercheuses en entrepreneuriat artistique et culturel ont conduit avec elle un travail pour comprendre quelles stratégies elle mettait en place, loin du modèle classique et malgré les obstacles rencontrés, dans un contexte de baisse des subventions culturelles en France.


L’entrepreneuriat artistique et culturel associe le monde de l’entreprise au monde de la culture. Dans la presse professionnelle, notamment celle du spectacle vivant, dans les associations ou encore dans les réunions stratégiques d’établissements culturels, on en parle de plus en plus pour trouver une solution aux difficultés de financement, de production et de diffusion des œuvres. L’entrepreneuriat artistique et culturel consiste à développer de manière structurée un projet dans le domaine des arts et de la culture en conciliant la dimension artistique avec la dimension économique.

Il génère à la fois des valeurs symboliques, telles que la création et la diffusion de formes esthétiques, et des valeurs économiques parce que l’art se produit, se vend, s’achète et, ainsi, qu’il est à l’origine d’emplois, de métiers avec un poids économique direct en France de 2 %. L’entrepreneuriat créatif et culturel suscite de plus en plus d’intérêt, car la baisse des subventions pour financer la culture n’est pas simplement une mauvaise passe, mais un sujet qui questionne sur les modèles économiques à inventer sans vendre son âme au diable. Il s’agit plutôt de considérer que tous les dispositifs de gestion et managériaux sont au service des arts et de la culture et non l’inverse.

Le casse-tête des femmes entrepreneures dans la culture

Cette donne est commune à tous les acteurs du secteur. Mais quand on est une femme, qui plus est une mère, autrement appelée « mampreneure », transformer la tension en dynamique devient un défi qui relève parfois du casse-tête. Selon l’Indice entrepreneurial français de 2023, 28 % des femmes sont inscrites dans une dynamique entrepreneuriale (projet de création, création ou reprise d’entreprise) contre 37 % des hommes. Dans le secteur des arts, spectacles et activités récréatives, 39,6 % des entreprises individuelles sont créées par des femmes et 60,4 % par des hommes. La motivation des femmes à devenir entrepreneures repose sur trois facteurs : la nécessité pour assurer les besoins primaires du foyer ; un choix de carrière pour davantage se réaliser ; la conciliation famille-travail.

Dans le cas des mampreneures, les trois facteurs se combinent, cependant rechercher une situation professionnelle pour répondre à un besoin de réalisation de soi est premier. Dans le secteur artistique et culturel, ces femmes sont 32 % à être intermittentes avec une organisation de travail discontinue. Les mampreneures font face à une précarité plus importante que tout autre intermittent. Elles sont appelées aussi « matermittentes » ; leur nombre n’est pas recensé. Le collectif du même nom s’engage pour une reconnaissance de ce statut particulier.

Au-delà des conditions matérielles, les particularités des mampreneures artistes concernent leur organisation en millefeuille avec une « interdépendance des temps » individuels, familiaux et professionnels. Comment réussir le triple défi d’être à la fois femme, artiste et entrepreneure ?

Pour le relever, il faut inventer ses propres outils. C’est ce que Caroline a fait. Nous l’avons rencontrée et nous avons cherché à comprendre comment s’est construit son parcours entrepreneurial.

Comment tout concilier ?

Caroline est à la fois docteure en sciences de gestion et du management, chanteuse lyrique et co-directrice de l’association Brins de Voix dont la double activité porte sur la médiation culturelle et la création de spectacles lyriques. Au moment de sa fondation, Caroline a un bébé d’un an, elle en aura deux autres par la suite. Elle est intermittente du spectacle, donc non salariée.

Notre mampreneure doit relever deux défis qui caractérisent l’entrepreneure artistique : concilier deux rôles qui peuvent paraître incompatibles, à savoir créer et entreprendre ; articuler une vie personnelle avec une vie professionnelle, marquée dans le spectacle vivant par un rythme atypique à cause des horaires décalés et des absences dues aux tournées. Caroline s’est alors retrouvée devant la nécessité d’innover, pour articuler son parcours, en matière d’outillage managérial, qui, sans donner une réponse unique, constitue une ouverture dont d’autres mampreneures artistes peuvent s’inspirer. Nous avons étudié ce processus entrepreneurial à partir d’une approche autoethnographique, c’est-à-dire de l’analyse de l’expérience mise en récit par l’auteur, et de l’éclairage par la théorie de l’effectuation.

Cette théorie est bien adaptée aux contextes d’incertitude car elle propose une alternative aux modèles rationnels de l’entrepreneuriat. Elle privilégie l’intuition à la logique causale, le processus de création de l’avenir à sa prédiction, les transformations successives à l’élaboration d’un modèle d’affaires. Ainsi repose-t-elle sur cinq principes : faire avec ses moyens (1) ; définir les pertes acceptables (2) ; privilégier les partenariats (3) ; être ouvert aux surprises (4) ; créer son propre univers (5).

Un parcours jonché de difficultés

Le parcours entrepreneurial de Caroline est jonché de difficultés qu’elle réussit à dépasser grâce à sa capacité à inventer des outils de gestion et des dispositifs organisationnels qui peuvent servir d’inspiration aux mampreneures artistes du spectacle vivant.

Le critère physique est souvent pris en compte lors des auditions ; la femme, plus que l’homme, doit ressembler à l’image du rôle à interpréter. Le cycle hormonal a un impact sur la qualité vocale ; la durée de carrière est plus courte que pour les hommes à cause des changements de tessiture. Les obstacles sont liés aussi à la garde des enfants, car les horaires et les déplacements sont mal adaptés à une vie de famille et encore moins à une situation d’urgences médicales ; il est impossible d’amener son enfant en coulisses sans nourrice et, enfin, un enfant non gardé est synonyme d’absence de la chanteuse et donc d’annulation de spectacle, ce qui n’est pas envisageable. La fatigue engendrée par l’absence de sommeil et les grossesses peuvent altérer les performances de l’artiste. Les interruptions de carrière pendant le congé maternité ont une incidence sur la poursuite des contrats ; les artistes susceptibles de devenir mères se voient parfois refuser des contrats, car elles représentent un risque d’absence pour les employeurs. En cela, le secteur des arts et de la culture ne diffère pas des résultats d’études sur le lien entre le risque de maternité et les opportunités d’embauche.

Devant ce carrefour de contraintes et pour tracer une trajectoire dynamique, Caroline a développé les dispositifs suivants que nous mettons en perspective avec les axes de la théorie de l’effectuation : elle a créé son entreprise (5) pour réussir à articuler sa vie personnelle avec sa vie professionnelle (2) avec les moyens dont elle dispose (1), notamment les connaissances qu’elle a de la gestion et du management des équipes et l’intégration de ses contraintes personnelles. Elle a rapidement créé un réseau (3) avec, à la clé, des rencontres inattendues (4).

Concrètement, elle a mis en place des réunions points d’étapes avec les membres du conseil d’administration de son association ; organisé un coaching personnalisé pour gérer son temps et ses priorités ; élaboré un outil d’acceptation de contrat avec des critères pour justifier un refus ou une acceptation et ainsi rationaliser sa charge de travail ; prévu des « doublures » dès le début de la création d’un spectacle pour anticiper les arrêts maladies, les congés maternité ou les absences non programmées. Une fois par semaine, elle échange avec son conjoint sur les contraintes organisationnelles et la répartition des charges afin de maintenir un équilibre de couple. Caroline a aussi développé un réseau d’entraide entre parents pour trouver des solutions de gardes partagées et réduire les coûts afférents.

Ces dispositifs de gestion ont permis à Caroline d’atteindre son triple objectif : chanter, gérer et éduquer, tout en développant son activité.

La capacité à entreprendre malgré les écueils

L’exemple de Caroline, en tant que femme, mère, entrepreneure et artiste, n’est pas un cas isolé. D’autres, comme la pianiste Pauline Chenais, témoignent de cette imbrication de vies, des écueils contre lesquels se fracasse l’unité de vie personnelle et de vie professionnelle, par exemple quand des organisateurs de spectacle sont peu conciliants devant l’artiste qui emmène son enfant dans les coulisses pour pouvoir l’allaiter avant de monter sur scène.

Caroline, artiste-entrepreneure, a créé des outils ou des dispositifs de gestion essentiels pour les prises de décision, qui guident et structurent une démarche entrepreneuriale que l’on peut qualifier d’augmentée. En effet, ils deviennent des instruments de réalisation de projets, des « médiateurs de sens » et comme l’expliquent les chercheurs Sarasvathy et Germain :

« Vous commencez avec le monde tel qu’il est, simplement la petite partie qui vous est accessible en particulier, et vous effectuez sur lui une série de transformations effectives qui aboutissent à la création de nouveaux mondes imaginés, inimaginés et même inimaginables. » (Traduit par les auteurs de l’article.)

Si, depuis 2017, le ministère de la culture œuvre pour lutter contre les discriminations liées au sexe et au genre, il n’existe pas d’études pour rendre compte du parcours entrepreneurial des mampreneures. Le cas de Caroline nous a permis de plonger dans un processus d’élaboration d’outillage qui, sans être un modèle et encore moins une recette, témoigne d’une capacité à entreprendre. Un exemple sans doute inspirant pour d’autres femmes artistes et entrepreneures.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Femme, artiste et entrepreneure : relever le défi – https://theconversation.com/femme-artiste-et-entrepreneure-relever-le-defi-270226

Les élus ruraux sont-ils vraiment apolitiques ?

Source: The Conversation – in French – By Julian Mischi, Sociologue et historien, Inrae

La dynamique politique des petites villes rurales diffère de celle des villages et des grandes villes. Lors des élections municipales se joue un subtil jeu de cache-cache politique : les candidats se font très discrets sur leurs liens avec les partis, craignant d’être accusés de servir ceux-ci plutôt que leur bourg. Personne n’est dupe, mais c’est la règle tacite.


Contrairement aux professionnels de la politique, les maires bénéficient d’une image favorable dans l’opinion publique, tout particulièrement lorsqu’ils sont à la tête de petites communes. Les élus ruraux échappent généralement au discrédit qui touche les partis politiques. Ils sont perçus comme les représentants de leur territoire, auxquels ils consacrent pleinement leur action à l’issue d’élections municipales, souvent interprétées comme éloignées des logiques partisanes. Effectivement, dans les villages de quelques centaines d’habitants, une seule liste est le plus souvent proposée aux électeurs. Les études montrent que la réduction de l’offre électorale à une seule liste concerne surtout les localités comptant moins de 500 habitants.

Les édiles de ces villages sont pris dans des conflits propres au monde paysan, liés à la maîtrise du foncier et à leur implication dans des réseaux agricoles (coopératives, syndicats). Le pouvoir local, marqué par la domination de quelques familles et les enjeux de coalition de parentèles, est dominé par les agriculteurs. Leur surreprésentation dans les mairies des villages s’est réduite depuis la fin du XXᵉ siècle mais les scrutins municipaux restent peu concurrentiels, faute de vivier suffisant de candidats. Ces scrutins n’en restent pas moins traversés par des antagonismes interpersonnels, expression de clivages sociaux et de conflits locaux.

Des élections convoitées

La situation est différente dans les bourgs, ces petites villes de quelques milliers d’habitants qui concentrent les services et l’emploi dans les campagnes. Ils se sont développés depuis le XIXᵉ siècle autour de services (école, hôpital, poste, gare, commerce) et d’entreprises artisanales et industrielles. La population de ces chefs-lieux de canton est formée en majorité de classes populaires tandis que les élites sociales y sont diverses (commerçants, artisans, professions libérales, enseignants, cadres et dirigeants d’entreprise).

Dans ces localités, le pouvoir municipal est l’objet de luttes politiques intenses. C’est ce que montre la recherche que nous avons menée sur l’histoire des luttes municipales dans trois bourgs de Bourgogne. Dans ces trois communes, 36 des 42 scrutins municipaux tenus depuis 1945 (soit 86 %) mettent aux prises plusieurs listes de candidats.

Un apolitisme revendiqué

Dans les petites villes rurales, les intitulés des listes mentionnent rarement une orientation politique, tout comme le soutien des partis apparaît peu dans le matériel électoral (bulletins, professions de foi, affiches). Les candidats mettent surtout en avant leur implication dans la vie associative et économique de la commune. Un engagement dans la vie politique est rarement évoqué, car s’il est mis explicitement en avant, il peut être reproché aux candidats d’être motivés avant tout par des considérations partisanes, qui passeraient alors devant les enjeux de développement local. Afficher la défense des intérêts communaux ou les compétences personnelles des candidats vise à ne pas s’aliéner les électeurs dont beaucoup estiment que les affaires municipales, surtout dans les petites villes, doivent échapper aux conflits partisans.

Contrairement aux grandes villes, les partis jouent effectivement un rôle secondaire dans ces bourgs où les trajectoires des élus se construisent dans le cadre de leurs activités professionnelles, syndicales ou associatives. Peu de candidats sont rétribués pour leurs fonctions militantes avant d’être élus. Lorsqu’ils deviennent maires, ils cessent ou réduisent une activité professionnelle qui n’a souvent pas de rapport direct avec le métier politique.

Souvent tues, les étiquettes politiques n’en sont pas moins présentes par intermittence dans les petites villes, contrairement à ce qui se passe dans les villages qui les entourent. En réalité, les élections municipales mettent le plus souvent en compétition au moins une liste associée à la gauche et une liste plus conservatrice. Les forces de gauche sont les plus enclines à mobiliser des marqueurs politiques à certaines périodes, notamment à la Libération et dans les années 1970. Mais c’est aussi le cas à droite, surtout dans les années 1980 avec le Rassemblement pour la République (RPR) qui cherche à contester l’autre parti conservateur bien implanté localement, l’Union pour la démocratie française (UDF), et à jouer sur l’opposition à la présidence de François Mitterrand. Puis lorsque le Front national (devenu Rassemblement national, RN) parvient à constituer des listes dans un contexte de droitisation des électeurs et de déclin de la gauche.

Indices de politisation

Même lorsqu’il n’y a pas de logo de parti sur le matériel électoral, les électeurs peuvent classer politiquement les listes grâce à des indices mis ou non volontairement en avant par les candidats et leurs soutiens. En effet, les affinités politiques personnelles des candidats sont largement connues au sein des espaces d’interconnaissance que constituent les petites villes. Des engagements publics (syndical, religieux, associatif), le choix de l’école privée ou publique pour ses enfants, le type de fréquentation amicale ou encore la profession peuvent être également mobilisés pour situer politiquement un candidat.

Interview d’Hugo Biolley, plus jeune maire de France, élu de Vinzieux, petite commune rurale d’environ 500 habitants en Ardèche, Backseat (Jean Massiet/Equal Pro), 27 septembre 2025.

Des opinions politiques sont attribuées aux candidats selon des discussions informelles, des propos rapportés, des informations données par les membres de la famille, des voisins ou des commerçants. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains candidats estiment ne pas avoir eu besoin d’afficher leur proximité partisane lors de la campagne. Comme nous l’a exposé le maire d’une commune d’environ 4 000 habitants, membre du parti Les Républicains :

« Les gens ici savent ce que je pense. »

Cette façade apolitique lors de la campagne ne trompe personne, ni les habitants, ni le sous-préfet qui accorde des nuances politiques aux candidats, ni les journalistes qui peuvent indiquer les appartenances politiques des compétiteurs dans la presse locale. En outre, l’attitude des candidats dans d’autres scènes électorales que celle des scrutins municipaux contribue aussi à nourrir les identifications politiques. Les liens qu’ils entretiennent avec le conseiller général, le député ou le maire de la grande ville voisine (dont l’affiliation partisane est connue), donnent des indications de positionnement. Ces liens apparaissent au grand jour lors de la constitution de comités de soutien.

Par ailleurs, le soutien d’un parti est souvent nécessaire dès que l’on dépasse l’échelle communale, un niveau où se projettent souvent les maires des petites villes. Lorsqu’ils sont candidats pour les scrutins cantonaux, législatifs ou régionaux, ils mobilisent alors des appartenances partisanes, celles-là mêmes qu’ils n’affichent guère dans la compétition municipale.

Les élus ruraux face à la croissance du vote RN et à l’abstention

D’après mes recherches, l’appartenance des candidats à un courant politique ne constitue pas véritablement un handicap à l’élection. Elle le devient lorsqu’elle est ostensiblement affichée et qu’elle se cumule avec une absence d’attaches locales, dans le cas par exemple de parachutages. Ce sont les marques de dévouement pour la collectivité et surtout le prestige social, assuré par les parcours professionnels et les réussites personnelles, qui semblent jouer un rôle important dans la construction de l’éligibilité. Les électeurs s’en remettent à des personnes perçues comme compétentes et dévouées pour gérer la collectivité locale et obtenir des subventions, dans un contexte de professionnalisation de la gestion communale.

Il peut ainsi exister un décalage important entre l’orientation politique du maire de la commune et l’expression majoritairement exprimée par les habitants lors des élections nationales. Ce décalage est devenu systématique depuis les années 2000, car la population des campagnes vote de plus en plus pour l’extrême droite lors des élections législatives et présidentielles. Or on ne compte en effet que 16 municipalités dirigées par le RN, bien loin de son poids aux autres élections.

Les élus ruraux font face à la croissance du vote pour le Rassemblement national mais aussi au désintérêt grandissant des habitants vis-à-vis des enjeux municipaux : l’abstention augmente régulièrement depuis une vingtaine d’années lors des scrutins municipaux. Elle reste moins importante dans les petites communes que dans les grandes villes, mais cette démobilisation électorale signale bien que la crise de la représentation politique touche également l’échelon local, y compris en l’absence de présence des partis politiques. Ces derniers ne sont pas à l’origine de la distance grandissante entre les élus ruraux et leurs administrés. Au contraire, ce décalage est en partie nourri par la fragilisation des réseaux militants. Désormais les partis sont surtout organisés dans les grandes villes, il existe rarement des sections dans les petites villes. La présence syndicale s’est également réduite alors que son maintien permet une meilleure implication des classes populaires dans la vie politique locale.

La complexification de la gestion locale est l’un des facteurs de la distance grandissante entre les élus et leurs administrés. Le développement de l’intercommunalité et la nécessité d’une recherche incessante de financement pour contrebalancer la baisse de la dotation d’État favorisent les élus pouvant faire valoir des compétences gestionnaires, acquises dans leurs parcours scolaires et professionnels. Les conseils municipaux peuvent être divers socialement, mais les postes de maire sont très rarement occupés par des catégories populaires pourtant majoritaires dans la population locale.

La masse des habitants s’approprie difficilement les enjeux intercommunaux d’autant qu’ils sont peu abordés dans les campagnes électorales. Or le centre de gravité du pouvoir local se déplace vers des structures intercommunales, instances dépolitisées dont la technicité dépossède les populations mais aussi les maires des villages. Ce sont en effet les maires des petites villes, essentiellement des hommes issus des classes moyennes et supérieures, qui se trouvent le plus souvent à la tête des intercommunalités rurales.


Julian Mischi est l’auteur de Des élus en campagne, Presses de Sciences Po, 2025.

The Conversation

Julian Mischi a reçu des financements de l’INRAE et de la région Bourgogne-Franche-Comté.

ref. Les élus ruraux sont-ils vraiment apolitiques ? – https://theconversation.com/les-elus-ruraux-sont-ils-vraiment-apolitiques-271564

Banning Rafiki was unlawful: why new court ruling is an important moment for African film

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Gibson Ncube, Senior Lecturer, Stellenbosch University

The film Rafiki is a charming love story that plays out in urban Kenya. It follows two teenage girls whose close friendship slowly turns into first love. Directed by rising filmmaker Wanuri Kahiu, it was celebrated as groundbreaking by critics and at festivals when it was released in 2018. But back home in Kenya, where homosexuality is criminal, the film was banned.

On 23 January 2026, after an eight-year legal campaign by the film producers, the Kenyan Court of Appeals ruled that the 2018 ban was not reasonable in terms of the country’s constitution. This means the producers can now submit the film for classification under Kenya’s Films and Stage Plays Act as part of the process to allow public screenings.



The court stressed that depicting a same-sex relationship doesn’t amount to promoting illegal conduct, which is how the state-funded Kenya Film Classification Board had justified the ban in 2018. The film’s happy ending was perceived to be “promoting homosexuality”. The ban quickly became a symbol of the problems filmmakers face whenever they challenge traditional views on sex, gender and morality.

The ruling marks more than the ongoing rehabilitation of a single film. It signals a subtle but significant shift in how African film might negotiate censorship in the years to come.

A young African woman with dreadlocks smiles at the camera, wearing a flowing green dress with a white pattern on it.
Wanuri Kahiu in 2025.
Bryan Berlin/ Wikimedia Commons, CC BY-NC-SA

My research as a scholar of African queer cinemas has focused on how such moments reveal the fragile yet transformative possibilities through which African film cultures negotiate visibility and legitimacy. And the right to imagine queer futures and freedom of speech on their own terms.

At first glance, the ruling might appear modest. Kenya has not decriminalised same-sex relations, and legal restrictions on LGBTIQ+ lives remain firmly in place. Even so, Rafiki’s chance of a return is very important.

It marks the first time a Kenyan film previously prohibited for queer content has been potentially permitted public circulation. Other recently banned queer-themed films like I am Samuel remain banned.

Although largely symbolic, the gesture disrupts long-standing assumptions about what African films can show, who they can centre, and which lives can be made visible.

Censorship and representation

African film industries have historically operated under difficult systems of moral, religious, and political regulation. From colonial censorship boards to postcolonial classification authorities, film has been treated as requiring constant surveillance.

Sexuality, especially queer sexuality, has been one of the most heavily policed domains. Films tackling same-sex desire have often been banned, restricted to festival circuits, or forced into underground circulation. In South Africa, the film Inxeba/The Wound was effectively banned from mainstream cinemas. In Nigeria, the first independent queer film Ìfé was prohibited from cinemas.




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How young filmmakers are protecting artistic freedom in Kenya


Rafiki’s initial banning followed this pattern. Despite being selected for screening at the important Cannes Film Festival, it was deemed unsuitable for Kenyan audiences. An internationally celebrated Kenyan film could be screened overseas but not in Nairobi.

So the ruling disrupts this asymmetry. It shows that national cinemas cannot indefinitely insulate themselves from transnational circuits. Overseas, African queer films increasingly gain visibility, prestige and market value.

Kenyan law appears, in this sense, to be more flexible and changing in response to international attention, cultural pressure and public image.

African audiences

One of the most significant implications of the potential unbanning concerns the question of audiences. Bans don’t just suppress content; they also actively shape who is imagined as the viewers. For decades, queer African films have been implicitly addressed to foreign audiences, festivals and academic readers, rather than to local publics.

Allowing Rafiki to screen at home will challenge this idea. It will open a space, even if it’s a fragile one, for Kenyan audiences to encounter queer lives. Not as abstract political controversies but as intimate, everyday narratives. Rafiki tells a deliberately modest story, grounded in the innocence of first love and the textures of everyday life in the city.

This matters because being represented is not only about being visible. It’s also about producing audiences. More than depicting queer lives, films like Rafiki shape new viewing communities and new forms of recognition.

In this sense, the ruling contributes to a slow reconfiguration of African film publics. It suggests that African audiences are not uniformly conservative or inherently hostile to queer narratives. Instead, they are plural and capable of engaging with complex stories about identity, love and desire.

These publics have been changing, thanks in part to streaming platforms and digital technologies. Even where films are banned from cinemas, viewers can still watch, share and debate them online. This shift is important as cinema spaces themselves are declining across many African countries.

African filmmakers

For African filmmakers, the ruling carries both practical and symbolic importance. Practically, it signals the possibility that national classification regimes may become more negotiable and more responsive to legal challenges and public pressure. The 2018 High Court ruling that temporarily lifted the ban to allow limited screenings had already established an important precedent. The current unbanning consolidates that into institutional practice.




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Banning African films like Rafiki and Inxeba doesn’t diminish their influence


Symbolically, the decision offers a measure of protection to filmmakers who dare to take aesthetic and political risks. Rafiki was shot cautiously in order to evade state surveillance.

It teaches us that queer storytelling is no longer automatically incompatible with national cinema. This may encourage a new generation of African directors, screenwriters and producers to pursue narratives once seen as too dangerous, too marginal, or too commercially unviable.

But caution should not be thrown to the wind. The ruling does not signal the end of censorship, nor does it guarantee a hospitable environment for filmmakers. Classification boards still retain broad powers, and political backlash remains likely.

A fragile opening …

The unbanning of Rafiki should not be overstated. Legal prohibitions against same-sex relations remain in force. Violence against queer communities persists, and cultural backlash is inevitable. Yet openings in cultural policy often precede legal and social change, not the other way around.

Cinema, precisely because it works through emotions and the visual, can create the conditions for new ethical and political sensibilities to emerge.




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Queer film in Africa is rising – even in countries with the harshest anti-LGBTIQ+ laws


Rafiki’s return would ultimately represent a possibility that African films can speak more openly about intimacy, vulnerability and difference. A possibility that African audiences can encounter these stories on their own terms.

This story was updated to clarify details of the legal ruling.

The Conversation

Gibson Ncube receives funding from the National Research Foundation (South Africa).

ref. Banning Rafiki was unlawful: why new court ruling is an important moment for African film – https://theconversation.com/banning-rafiki-was-unlawful-why-new-court-ruling-is-an-important-moment-for-african-film-274542

Débat : Comment repenser la bioéthique au cours de ses états généraux ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Emmanuel Hirsch, Professeur émérite d’éthique médicale, Université Paris-Saclay

La révision de la loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique débute avec une concertation menée par le Comité consultatif national d’éthique sous forme d’états généraux. Cependant, sommes-nous certains de nous accorder sur une conception commune de ce qu’est la bioéthique, de ce que sont ses fondamentaux, sur la pertinence, les thèmes, les enjeux, les modalités et les conséquences du débat ?


Dans un discours prononcé en 1987, le professeur de médecine Jean Bernard, premier président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) entre 1983 et 1993, évoquait déjà les défis de la bioéthique : « L’homme peut désormais être changé par l’homme. Soit directement, la biologie transformant le cerveau, le patrimoine génétique, soit indirectement, la biologie transformant l’environnement. »

Sept ans plus tard, la loi n° 94-654 du 29 juillet 1994 relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal fixait les principes de la bioéthique selon nos conceptions nationales.

Trente ans ont passé depuis le vote de la première version de ce texte, régulièrement révisé depuis. La nouvelle révision de la loi du 2 août 2021 relative à la bioéthique s’engage cette année ; c’est l’occasion de réfléchir aux enjeux posés. Peut-on aujourd’hui affirmer que les mutations biotechnologiques, notamment dans le contexte d’un environnement numérique qui détermine la vie et les choix de société, ne justifient pas de repenser la bioéthique avant de l’appliquer en vue d’arbitrages indispensables ?

Quatre points de tension éthique

Je retiens d’une synthèse des textes fondamentaux de la bioéthique cette définition de la bioéthique : « La bioéthique reconnaît l’importance de protéger l’être humain dans sa dignité et son identité afin de garantir à toute personne, sans discrimination, le respect de son intégrité ainsi que de ses autres droits et libertés. Elle permet de ressentir l’injustice, d’éviter le danger, d’assumer des responsabilités, de rechercher la coopération et de faire montre d’un sens moral qui donne expression à des principes éthiques. Les êtres humains, sans distinction, doivent bénéficier des mêmes normes éthiques élevées dans le domaine de la médecine et de la recherche en sciences de la vie. »

La réflexion bioéthique nous rappelle à la vigilance :

  1. lorsque « la primauté de la personne » pourrait être déconsidérée et dépréciée au regard de considérations de toute nature qui en relativiseraient la prééminence ;

  2. lorsque nous concéderions à toute forme d’irrespect à l’égard « de la dignité humaine, (des) droits de l’homme et (des) libertés fondamentales » ;

  3. lorsque la souveraineté de la personne ne serait pas reconnue dans l’expression de son autonomie et de son jugement critique, notamment en sollicitant son consentement ;

  4. lorsque l’exigence de justice ne prévaudrait plus dans l’argumentation de nos arbitrages.

Ces quatre points de tension éthique caractérisent à la fois des principes d’actions et un cadre d’intervention bénéficiant des repères intangibles à mobiliser pour éclairer une démarche responsable et légitimer les arbitrages. Il ne s’agit pas d’options, d’énoncés rhétoriques livrés à des interprétations circonstanciées, mais d’engagements qui nous obligent.

La nécessité d’une adaptation continue

Depuis 1994, notre législation relative à la bioéthique a vocation d’anticiper les conséquences sociétales des avancées de la recherche biomédicale et d’encadrer les innovations selon les principes d’une « bioéthique à la française ». Réviser une loi à échéance régulière comme c’est le cas en matière de bioéthique, démontre la nécessité d’un ajustement ou d’une adaptation continue des principes généraux.

Au risque d’estimer parfois justifié d’en relativiser la pertinence, d’en atténuer l’autorité lorsque des considérations supérieures justifieraient des accommodements plutôt que des ajustements. Ce peut être le cas pour des raisons de souveraineté nationale lorsque trop de règles affaibliraient la recherche scientifique et le développement de ses applications dans un contexte concurrentiel sollicitant des dérégulations y compris éthiques.

Si la révision programmée d’une loi – on l’observe également de fait pour la troisième fois dans le domaine de la fin de vie bien que le législateur n’en a pas décidé – n’aurait pour visée que de nous libérer progressivement des réticences et des contraintes qui entraveraient en l’occurrence la recherche biomédicale, n’est-elle pas condamnée à l’obsolescence ?

Que signifie alors légiférer en bioéthique si ce n’est donner à penser que le débat public permet d’évaluer la capacité d’acceptation ou de tolérance de la société à des mutations qui à terme imposent leur ordre et leur vision de ce que nous devons espérer et faire de notre devenir ?

Cinq ans après la création du CCNE, ses membres en appelaient à une prudence dont on ne sait plus au juste ce qu’elle est censée prévenir, restreindre ou contenir aujourd’hui :

« En pareil cas [confronté à des questions éthiques difficiles], il conviendra de ne pas franchir abusivement les frontières qui séparent, d’une part, la déontologie de l’éthique, d’autre part, la pratique médicale de la recherche. Ces séparations ne vont pas de soi, car les diverses activités considérées sont parfois mêlées. »

Peut-on alors soutenir que les quatre lois successives de 1994, 2004, 2011 et 2021 – au-delà de l’intention d’identifier au fil des évolutions scientifiques leurs enjeux sociétaux – sont parvenues à préserver l’équilibre entre nos valeurs et la dynamique d’une recherche compétitive au service du bien commun ?

Un manque de recherche académique en bioéthique

En dehors des publications de l’Agence de la biomédecine et des travaux de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, peu de recherches scientifiques académiques sérieuses permettent d’étayer la démarche bioéthique française. Elles devraient pourtant constituer un préalable à toute concertation publique, y compris pour évaluer la pertinence et l’efficacité d’une législation pour autant qu’elle soit fondée sur des données plus robustes que les conclusions d’un débat d’idées aussi informé soit-il par les éclairages de scientifiques.

Dès 1985, le philosophe Lucien Sève, membre du CCNE, se demandait dans le quotidien l’Humanité, du 6 décembre 1985 , « À quoi sert la bioéthique ? » pour y trouver une capacité de dépassement dans l’exigence de mettre en commun ce qu’est l’universel : « La bioéthique publique, sans contraindre quiconque, ne doit-elle pas inciter chacun à suivre sa pente en montant, et tout ce qui est réellement universel ne peut-il en dernière analyse converger ? »

Ne peut-on pas alors oser considérer que la bioéthique peut s’envisager comme un exercice de morale pratique, une manière de faire morale dans une société sécularisée ? Ne serait-ce pas ainsi situer et viser l’exigence d’une réflexion universelle qui « attire l’humanité au-dessus d’elle-même » ?

Les champs de possibles, promis dès l’annonce d’innovations biomédicales, justifient de repenser nos obligations actuelles et les conséquences de nos choix en nous référant à un système de valeurs pertinent et robuste.

Reconnaître à l’intelligence collective, animée par un souci de dialogue et d’implication dans la mise en débat des décisions qui déterminent notre destin, la légitimité de contribuer à refonder si nécessaire des principes d’action en cohérence avec le souci du bien commun, exige une révolution dans les conceptions traditionnelles de la gouvernance de la biomédecine. Apparemment, les états généraux de la biomédecine n’ont ni cette vocation ni cette ambition.

Les biotechnologies façonnent les figures expérimentales d’un vivant recomposé selon des conceptions de l’existence que s’approprient les détenteurs d’un pouvoir d’intervention indifférents à ce que, d’un point de vue philosophique et éthique, exister signifie. Les encodages numériques délient nos communs, dévitalisent et dématérialisent le sens de la présence et de la relation ; leurs promoteurs dégradent ce que faire société représente.

La complexité d’une bioéthique en acte nous confronte aux dilemmes d’un arbitrage décisionnel intégrant les conditions d’estimation « du poids moral » dans des contextes différenciés (ne serait-ce qu’en termes de ressources en compétences et en moyens), ce qui peut mener à des conclusions divergentes. C’est ce qu’énonce le Conseil des organisations internationales des sciences médicales, qui concerne ses « principes généraux d’éthique ».

Plus que de prescriptions cumulatives trop souvent méconnues, l’urgence n’est-elle pas de contribuer à développer une culture bioéthique de terrain, une éthique impliquée, investie de la capacité d’exercer une responsabilité partagée, mise en commun, autrement que dans l’application de règles qui ne seraient pas suffisamment pensées ? La vigilance éthique doit s’exercer et être intégrée aux décisions politiques dans le cadre d’un processus démocratique non réduit à des consultations épisodiques encadrées. Ne serait-il pas sage de repenser en bioéthique, comme dans d’autres domaines complexes des choix de société, d’autres modalités de concertations et d’arbitrage publics ?

La notion de transgression à l’épreuve

Les domaines innovants de la biomédecine – qu’il s’agisse de la génomique, des cellules souches, des nanosciences ou des neurosciences – fascinent, provoquent et inquiètent. La médecine à visée curative et réparatrice intègre désormais les objectifs d’amélioration, d’augmentation et de transformation de l’homme sans être dotée d’un cadre normatif international pertinent.

Les techniques de sélection, de tri, de manipulation, de recombinaison, voire de reconfiguration de l’humain équipé de prothèses, de systèmes implantables, de système numériques hybrides de connexions, se développent sans susciter les concertations publiques évaluant leur acceptabilité et leur soutenabilité.

La notion même de transgression devient incompatible avec les idéaux d’émancipation et d’affranchissement de toute conception naturaliste. Risquer de compromettre les conditions d’un devenir humain au bénéfice possible d’une libération de ce qu’aurait d’indigne et de précaire la condition actuelle de l’humain, semble préférable aux aggiornamentos prudents, aux moratoires justifiés, au risque de forcer l’innovation au-delà de toute forme de limite.

Les processus d’innovation mis en œuvre dans les biotechnologies devraient pourtant engager toute réflexion éthique à anticiper et à accompagner les choix stratégiques, à questionner les hypothèses, les méthodes, les moyens et les objectifs afin d’y apporter une intelligibilité et de favoriser des arbitrages justes, loyaux et recevables.

Le poids des intérêts économiques

En ce qui concerne le numérique et l’ingénierie appliqués à la santé, des organisations privées exercent une position dominante sur la société civile, sur nos existences et notre destinée. La financiarisation de la santé détermine les critères d’orientation de la recherche et de l’accès aux traitements. L’urgence éthique ne devrait-elle pas se comprendre dans l’exigence de reconquérir une autonomie existentielle, alors qu’un précipité de mutations incontrôlables semble en voie de nous rendre plus dépendants des conditionnements qui artificialisent la personne et les réalités de nos sociétés ?

Les instances éthiques sont-elles reconnues dans cette fonction, en ont-elles les compétences et les capacités alors que l’autorité publique est défiée en tant de domaines par la déferlante des imprécations à des dérégulations confortées par la violence politique de décisions erratiques ?

Les « droits fondamentaux de tout être humain » sont invoqués comme l’ultime expression d’un attachement à des valeurs abrasées par la désertion d’un monde périmé qu’il serait sage de ne plus habiter. Doit-on admettre une impuissance à exercer une responsabilité humaine sur notre destinée, à s’ériger éthiquement contre une disqualification et une négation de ce que nous sommes ?

La « bioéthique à la française » est, par exemple, de peu de poids, face à l’offre du marché de la fertilité estimé de l’ordre de 78,42 milliards de dollars (soit 66,41 milliards d’euros) à l’horizon 2033. La France considère encore, d’un point de vue éthique, que la gestation pour autrui (GPA) constitue une instrumentalisation du corps de la femme incompatible avec ses valeurs. Cependant, l’accès aux techniques prohibées en France telles que la GPA n’a de frontières que le coût des interventions, et certains considèrent injustes ces discriminations économiques qui devraient inciter à autoriser dans notre pays ce qui est possible ailleurs.

Il ne s’agit pas seulement d’envisager les évolutions biomédicales d’un point de vue préventif ou thérapeutique, mais tout autant dans leurs fonctions symboliques, sociétales et donc politiques. La bioéthique serait-elle ainsi considérée comme la dernière forme d’un idéal démocratique, l’ultime tentative de faire encore nation et de porter un projet de société qui transcenderait les clivages doctrinaux ?

À quelques mois de l’élection présidentielle, il faudra veiller à ce que les états généraux de la bioéthique ne soient un forum politique ouvert à des controverses idéologiques qui y trouveraient un espace privilégié. Le CCNE a hiérarchisé et sélectionné les thématiques qui y seront débattues selon des règles qui devraient permettre à chacun de s’exprimer. Il sera important que la synthèse tirée vers juin des débats et des auditions restitue la pluralité des positions et que l’avis qui suivra maintienne une telle rigueur. Peut-être y découvrirons-nous alors un renouveau de l’exigence de la bioéthique là où certains pourraient craindre une forme d’épuisement, voire de renoncement.

Comme l’énonçait le président de la République François Mitterrand lors de la séance d’installation du CCNE, le 2 décembre 1983 : « Au-delà de la morale, la science et la métaphysique, selon le goût que l’on en a, se répondent sans que la réponse soit là. Encore est-il noble de la chercher. »


Pour aller plus loin :

  • Traité de bioéthique (4 tomes), coord. E. Hirsch, éditions Érès 

  • E. Hirsch, Après la bioéthique, éditions du Cerf, à paraître en mai 2026.

The Conversation

Emmanuel Hirsch ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Débat : Comment repenser la bioéthique au cours de ses états généraux ? – https://theconversation.com/debat-comment-repenser-la-bioethique-au-cours-de-ses-etats-generaux-274555

Trump-style unpredictability isn’t just political theatre – it’s a regulatory problem for your brain

Source: The Conversation – UK – By Robin Bailey, Assistant Professor in Clinical Psychology, University of Cambridge

Vitalii Vodolazskyi/Shutterstock.com

Donald Trump can change the temperature of a room with a sentence. One minute he is certain, the next he is backtracking. One day he is threatening, the next he is hinting at a deal. Even before anything concrete happens, people brace for his next turn.

That reaction is not just political. It is what unpredictability does to any system that requires stability. To act at all, you need some working sense of what is happening and what is likely to happen next.

One influential framework in brain science called predictive processing suggests the mind does not wait passively for events. It constantly guesses what will happen, checks those guesses against reality, and adjusts.

A brain that predicts can prepare, even when what it prepares for is uncertainty.
The gap between what you expect and what actually happens is known as a prediction error. These gaps are not mistakes but the basis of learning. When they resolve, the brain updates its picture of the world and moves on.

This is not about what anyone intends, but about what unpredictability does to systems that need some stability to work. Trouble starts when mismatches do not resolve because the source keeps changing. People are told one thing, then the opposite, then told the evidence was never real.

The brain may struggle to settle on what to trust, so uncertainty stays high. In this view, attention is how the brain weighs up what counts as best evidence, and turns the volume up on some signals and down on others.

Uncertainty can be worse than bad news

When this keeps happening, it’s hard to get closure. Effort is spent checking and second guessing. That is one reason why uncertainty can feel worse than bad news. Bad news closes the question, uncertainty keeps it open. When expectations will not stabilise, the body stays on standby, prepared for many possible futures at once.

One idea from this theory is that there are two broad ways to deal with persistent mismatch. One is to change your expectations by getting better information and revising your view. The other is to change the situation so that outcomes become more predictable. You either update the model, or you act to make the world easier to deal with.

On the world stage, flattery can be a crude version of the second route, an attempt to make a volatile person briefly easier to predict. Everyday life shows the same pattern, such as unpredictable workplaces. When priorities change without warning, people cannot anticipate what is required. Extra effort may go into reducing uncertainty rather than doing the job.

Research links this kind of unpredictability to higher daily stress and poorer wellbeing.

The same pattern shows up in close relationships. When someone is unpredictable, people scan tone and try to guess whether today brings warmth or conflict. It can look obsessive, but it is often an attempt to avoid the wrong move.

Studies link unpredictable early environments to poorer emotional control and more strained relationships later in life.

The strain does not stay in thought alone. The brain does a lot more than thinking. A big part of its work is regulating the body, such as the heart rate, energy use and the meaning of bodily sensations.

It does this by anticipating what the body will need next. When those anticipations cannot settle, regulation becomes costly.

Words matter here in a literal sense. Language does not just convey information. It shapes expectations, which changes how the body feels.

Trump can do this at a distance. A few words about a situation can raise or lower the stakes for people, whether in Minneapolis or Iran. The point is that signals from powerful, volatile sources force others to revise their models and prepare their bodies for what might come next.

Communication is a form of regulation. Clarity and consistency help other people settle. Volatility and contradiction keep them on edge.

When a single voice can repeatedly unsettle expectations across millions of people, unpredictability stops being a personal stress and becomes a collective regulatory problem.

How to deal with unpredictability

So what helps when unpredictability keeps pulling your attention? Try checking for new information if it changes your next step or plan, otherwise it just keeps the uncertainty alive.

When a source keeps changing, reduce the effort spent trying to decode it. Switch to action. Set a rule that makes the next step predictable. For example, read the news at 8am, then stop and get on with your day.

Learn where not to look. When messages keep reversing, the problem is not a lack of information, it is an unreliable source.

Biological systems survive by limiting wasted predictions. Sometimes that means changing your expectations; sometimes it means changing the situation. And sometimes it means accepting that when Donald Trump is talking, the safest move is to stop trying to predict what comes next.

The Conversation

Robin Bailey does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trump-style unpredictability isn’t just political theatre – it’s a regulatory problem for your brain – https://theconversation.com/trump-style-unpredictability-isnt-just-political-theatre-its-a-regulatory-problem-for-your-brain-274252

Your genes matter more for lifespan now than they did a century ago – here’s why

Source: The Conversation – UK – By Karin Modig, Associate Professor, Epidemiology, Karolinska Institutet

buritora/Shutterstock.com

How much do your genes determine how long you’ll live? It’s a question that fascinates us, and one that’s been debated for decades. For years, the answer seemed settled – genes account for about 20–25% of the variation in human lifespan, with the rest down to lifestyle and environment.

But a new study published in Science has challenged this view, suggesting the genetic contribution might be considerably higher.

The reason, according to the researchers, is that previous estimates failed to account for how the causes of death have changed over time. A century ago, many people died from what scientists call extrinsic causes – accidents, infections and other external threats.

Today, in developed countries at least, most deaths result from intrinsic causes: the gradual wearing out of our bodies through ageing and age-related diseases like dementia and heart disease.

To get a clearer picture, the research team analysed large groups of Scandinavian twins, carefully excluding deaths from external causes. They also studied twins who were raised apart and siblings of centenarians in the US.

When they stripped away deaths from accidents and infections, the estimated genetic contribution jumped dramatically – from the familiar 20–25% to around 50–55%.

The pattern makes sense when you look at individual diseases. Genetics explain much of the variation in dementia risk, have an intermediate effect on heart disease, and play a relatively modest role in cancer. As environments become more favourable, populations age and diseases caused by the ageing process itself become more common, the genetic component naturally appears larger.

Our genes haven’t become more powerful

But here’s where interpretation becomes crucial. A higher estimate doesn’t mean genes have suddenly become more powerful, nor does it mean you can only influence half your chances of reaching old age. What’s changed is the environment, not our DNA.

Consider human height as an example. A hundred years ago, how tall you grew depended heavily on whether you had enough food and whether childhood illnesses stunted your growth.

Today, in wealthy nations, nearly everyone gets adequate nutrition. Because these environmental differences have narrowed, most of the remaining variation in height is now explained by genetic differences – not because nutrition has stopped mattering, but because most people now reach their genetic potential. However, a malnourished child will still fail to grow tall, regardless of their genes.

The same principle applies to lifespan. As we’ve improved vaccination, reduced pollution, enhanced diet and adopted healthier lifestyles, we’ve lessened the overall impact of environmental factors.

When environmental variation decreases, the proportion of remaining variation attributed to genetics – what scientists call “heritability” – increases by mathematical necessity. The earlier estimates weren’t wrong; they simply reflected different historical circumstances.

A graphic showing human DNA double helix.
Your genes haven’t changed. The environment has.
romakhan3595/Shutterstock.com

This reveals something fundamental: heritability isn’t a fixed biological property but a measure that depends entirely on the population and circumstances you’re looking at. The traditional 20–25% figure described lifespan as it was actually experienced in historical populations, where external threats loomed large.

The new 50–55% estimate describes a different scenario where those threats have been largely removed – essentially describing a different trait.

The headline figure of lifespan being around “50% heritable” risks being misunderstood as meaning genes determine half of a person’s life chances. In reality, the genetic contribution for any given individual can range from very small to very large depending on their circumstances.

There are countless routes to a long life: some people have robust genetic profiles that protect them even in difficult conditions, while others compensate for less favourable genetics through excellent nutrition, exercise and healthcare. Each person represents a unique combination, and many different combinations can result in exceptional longevity.

Which combinations prove most common depends entirely on the population and the conditions in which people live and age. As external causes of death continue to decline in the real world – though they won’t disappear entirely – it will be fascinating to see how these patterns evolve.

The authors of this latest study admit that about half of lifespan variation still depends on environment, lifestyle, healthcare and random biological processes, such as cells dividing out of control in cancer. Their work, they argue, should renew efforts to identify the genetic mechanisms involved in ageing and longevity. Understanding how different genetic factors interact with different environments is probably the key to explaining why some people live much longer than others.

The study offers valuable insights into how different types of mortality have shaped our understanding of lifespan. But its results are best understood as showing how heritability changes across different contexts, rather than establishing a single, universal genetic contribution to how long we live.

In the end, both genes and environment matter. And, perhaps more importantly, they matter together. So whether that feels like good news or bad news, you will probably never get a simple answer to how much of your lifespan is determined by genes alone.

The Conversation

Karin Modig receives funding from Swedish Research Council for Health, Working Life and Welfare and from Karolinska Institutets research funds.

ref. Your genes matter more for lifespan now than they did a century ago – here’s why – https://theconversation.com/your-genes-matter-more-for-lifespan-now-than-they-did-a-century-ago-heres-why-274796

Critics of Keir Starmer’s trip to China are missing these two important points

Source: The Conversation – UK – By Kerry Brown, Professor of Chinese Politics; Director, Lau China Institute, King’s College London

Flickr/Number 10, CC BY

When I spoke to a European journalist about British prime minister Keir Starmer’s visit to China at the end of January, they laughed about the controversy it had caused: “I mean, when most other leaders go to China, it’s taken as something they should do, rather than having to justify.” In the last few months, France, Canada, and soon South Korea and Germany, will all see high-level visits to Beijing without generating the levels of heat and discussion the British one has.

It is true that Britain has a very specific relationship with China which never makes for easy partnership. In the so-called narrative of “national humiliation” promoted by the Chinese government – covering the period over the 19th and 20th century when the country was partially colonised and, at times, invaded – Britain played a leading role..

Even so, these are events well predating living memory. In no way can China be seen as a victim today. Over the last half a century, it has transformed, overtaking the UK in almost every way, from the size of its economy to its military power and global influence. Even in the area of technology and innovation, it is now outpacing the UK.

Despite this, both sides seem to continue finding ways to argue with each other. Last year there was the furore over the claims of espionage made by the UK against two British nationals. They denied all charges and the case against them was dropped abruptly, after the Crown Prosecution Service decided the evidence did not show China was a threat to national security. This caused angry claims that the government was simply placating Beijing.

A similar situation occurred recently when, after much delay, the planned new embassy for China in London was finally given approval, eight years after the site was bought.

All of this preceded Starmer’s trip to Beijing. He landed to a fanfare of military guard trumpets, even as the main chorus back home was critical and dismissive. Conservative party leader Kemi Badenoch declared that his going was not in the national interest and that, were she in office, she would not have visited.

The brute reality is that in 2026, there are two very tangible and very urgent reasons why Britain and China need to talk to each other as never before. The first is the intensifying realisation that the US is no longer the stable, predictable partner it always was before this.

President Trump is raising daily questions about things that were once assumed to be relatively durable. His proposed foray into Greenland, while seemingly resolved in January, raised the real spectre of the US not just being in dispute with key allies but engaging in outright conflict.

For the first time ever, Britain and China are faced with the same problem – what to make of America’s behaviour, and what to do about it – even if this throws up respectively very different issues. For Starmer, the worry is about how to manage the UK’s greatest security partner as it, at times, no longer seems to want to secure so much as disrupt. For China, it is what to do about preserving its interests globally when an order once underpinned by the US is facing away.

Keir Starmer in China
Starmer visits the Forbidden City.
Flickr/Number10, CC BY

But secondly, we have to return to the staggering speed and scale of China’s technology rise. For research and development in areas that matter to the UK, from environment to life sciences to AI, the risk of not engaging with Beijing is far higher than the alternative. This dramatic change doesn’t seem to be properly understood by many of the most critical domestic voices about Starmer’s visit, not least the politicians with the most hawkish views on China.

For those truly concerned about the UK’s security and national interest, the problem is not that a British prime minister has visited Beijing. Rather, it is that it has been eight years since the last time one did so.

The more Britain continues to bicker and argue even about straightforward contact, the less it will be able to work out how to navigate the new geopolitics – and what to do about a world where access to Chinese technology is not an option, but a necessity.

The Conversation

Kerry Brown does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Critics of Keir Starmer’s trip to China are missing these two important points – https://theconversation.com/critics-of-keir-starmers-trip-to-china-are-missing-these-two-important-points-274684

Suspending family-based immigrant visas weakens US families and the economy

Source: The Conversation – USA – By Sothy Eng, Associate Professor of of Family and Consumer Sciences, University of Hawaii

The United States has paused immigrant visa processing for 75 countries. Photo by Ufuk Celal Guzel/Anadolu via Getty Images

The U.S. Department of State has announced that starting on Jan. 21, 2026, it has indefinitely stopped issuing immigrant visas for people from 75 countries, claiming concerns that some immigrants may rely on public benefits once they get to the United States.

While applications may still be processed, no immigrant visas will be issued during the pause, including family-based visas for U.S. citizens to sponsor their parents.

This focus leaves little room for recognizing the unpaid caregiving and everyday family support provided by immigrant parents already living in the U.S., support that allows others, including their U.S. citizen children, to remain employed and households to stay stable.

Family-based immigration, particularly visas that allow U.S. citizens to sponsor their parents, strengthens social capital: the networks of care and shared responsibility that allow people to work, stay healthy and raise children who become productive members of society. Weakening these networks risks undermining the social foundations of long-term economic growth.

As a scholar who studies family relationship dynamics and social capital, I have observed how these family ties are not simply private family matters but a public good that sustains community well-being. When parents are present, families are better able to share child care, navigate illness and remain economically active.

Family reunification as social infrastructure

The United States offers no national paid family leave, unlike countries such as Finland and Hungary, which guarantee paid time off to care for children, aging parents or ill family members. Instead, the U.S. provides only unpaid leave under federal law.

Consequently, many families rely on informal caregiving to balance work and care. Research shows that when adequate support is unavailable, workers, especially parents, are more likely to reduce hours or leave the labor force altogether.

This strain is widespread across the U.S.: Roughly 63 million Americans, nearly 1 in 4 adults, provide unpaid care for a family member with a serious health condition or disability, in addition to unpaid child care.

A man's hands rest on top of a podium.
The State Department has raised concerns that some immigrants may rely on public benefits once they get to the U.S.
Photo by Mandel NGAN / AFP via Getty Images

Sponsored immigrant parents often become part of this informal care system. They provide child care, prepare meals and supervise children.

In many U.S. states, the cost of child care now exceeds in-state college tuition, pushing families to reduce formal care or rely on relatives.

Family reunification, therefore, functions as social infrastructure, filling gaps that markets and public systems do not, a role family scholars have emphasized.

Decades of research illustrates this dynamic. In their book “Immigrant America,” sociologists Alejandro Portes and Rubén G. Rumbaut show that immigrant families often rely on close family ties when government support is limited.

Families also pool resources by living together and combining time, skills and income to cover basic needs. These arrangements help households cope with job instability, illness and long work hours. They also reduce reliance on formal child care and paid domestic labor.

Economic development does not happen in isolation from family life. The Organization for Economic Co-operation and Development’s framework on measuring well-being emphasizes that economic performance, health, social connections and family support are interconnected rather than separate policy domains. When people are supported and less stressed, they are healthier and more productive.

Sociologist James Coleman similarly has noted that children raised in stable, supportive households are more likely to succeed in school and contribute meaningfully as adults. Family reunification, therefore, is an investment in the social relationships that underpin economic prosperity.

Social capital and child development

Immigrant grandparents and extended kin often play an active role in children’s lives. They help with learning, language development and daily routines.

This kind of family involvement also helps explain what scholars call the “immigrant paradox,” in which many immigrant children achieve better-than-expected academic and emotional results despite socioeconomic challenges.

As of 2023, about 19 million U.S. children, roughly 1 in 4, have at least one parent who is an immigrant. Therefore, policies that restrict family reunification shape the everyday environments in which millions of children grow up. This influences the support they receive at home and the workforce they will help build as adults.

Social capital is not public dependency

Concerns raised by federal policymakers that immigrants will become a “burden on taxpayers” shape restrictions on family-based immigration. These concerns are reflected in federal policy through the Department of Homeland Security’s public charge rule, which allows immigration officials to assess whether applicants are likely to rely primarily on government assistance such as cash welfare or long-term public support for basic needs.

However, analyses of 2022 U.S. Census data show that immigrants overall use public assistance at lower rates than native-born Americans.

In practice, family reunification is less about public dependency and more about sustaining the relationships that allow families and the economy to function.

The question for policymakers is not whether the U.S. can afford to support family reunification, but whether it can afford not to. In a country facing caregiver shortages, rising parental stress and limited public care infrastructure, investing in social capital through family reunification may be one of the most effective and overlooked ways to support long-term economic growth.

The Conversation

Sothy Eng does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Suspending family-based immigrant visas weakens US families and the economy – https://theconversation.com/suspending-family-based-immigrant-visas-weakens-us-families-and-the-economy-273665