Les années 1920 sont aussi celles des débuts du photojournalisme…et de la manipulation de l’opinion par la photo.
Marquée par la violence et les bouleversements politiques, la révolution irlandaise (1912-1923, selon la plupart des historiens) voit l’opinion nationaliste irlandaise se tourner vers le mouvement républicain Sinn Féin pour obtenir l’indépendance par la force. Une exposition en ligne met en lumière le récit de ces années turbulentes dans la presse française.
Au tournant des années 1920, la France se passionne pour la cause irlandaise. Si la révolution a été le sujet de nombreux articles dans les journaux français, elle a aussi été suivie de près grâce aux images. Ce sont peut-être même les photographes qui ont transformé le regard de la France sur ces événements. Avant ces reportages photographiques, les Français s’intéressaient peu au sujet et beaucoup doutaient que l’Irlande soit capable de se gouverner seule.
C’est avec l’« Insurrection de Pâques » (Easter Rising), en 1916, que le public français a réellement pris conscience de la détermination des indépendantistes irlandais. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale et de la Triple-Entente avec la Grande-Bretagne, ces événements sont d’abord perçus avec une certaine méfiance en France. Pourquoi, en effet, organiser une insurrection à Dublin alors que la guerre bat son plein sur le continent ?
Bien que les journalistes aient d’abord présenté l’Insurrection de Pâques comme un complot allemand, l’événement se révèle finalement être un coup de maître dans la lutte pour l’indépendance, notamment sur le plan de l’opinion publique internationale. Dépêchés sur place, les photographes ont alors joué un rôle majeur dans la perception de la cause irlandaise sur le plan européen et international.
Les balbutiements du photojournalisme
En effet, les événements de la période révolutionnaire en Irlande, dont les plus connus du grand public sont le soulèvement de Pâques en 1916, la guerre d’indépendance (1919-1921) et la guerre civile (1922-1923), ont souvent figuré en bonne place dans les pages des journaux français de l’époque.
À cette période, l’utilisation de la photographie dans la presse était encore un art balbutiant, mais cette technologie connut un essor rapide, de même que la circulation des images entre les îles britanniques et le continent. Les agences françaises de presse, telles que Rol et Meurisse, achètent alors des clichés à des photographes locaux (dont le nom n’était jamais crédité) et inondent les rédactions d’images qui, reproduites sous forme de gravures puis directement de photographies, créent une nouvelle proximité avec le conflit. Les journaux illustrés, comme Excelsior et le Miroir, ont aussi contribué au développent d’un photojournalisme plus approfondi, et frappé l’esprit des lecteurs avec leurs unes couvertes de photographies.
Une célèbre photographie publiée en 1916 en une du Miroir montre ainsi la comtesse Constance Markievicz à l’arrière d’un camion de police après le procès qui lui a valu une condamnation à mort, commuée en emprisonnement à vie en raison de son sexe. Souvent interrogée par les reporters français dépêchés sur place lors de la guerre d’indépendance, Markievicz, ancienne élève de l’Académie Julian à Paris, tente de convaincre la France du bien-fondé de l’indépendance irlandaise et condamne les exactions de l’armée britannique en Irlande.
« La comtesse Markievicz regagne la prison après sa condamnation. »
Dans une interview accordée à Joseph Kessel en 1920, elle souligne également l’importance des femmes dans le camp séparatiste et regrette que le socialisme radical ne soit pas aussi populaire en Irlande que sur le continent. Elle contribuera à populariser la cause irlandaise auprès du public français, de même que d’autres indépendantistes francophiles.
Des événements très présents dans la presse française
Pendant la guerre anglo-irlandaise, les journaux français de tous bords se font l’écho des événements en Irlande, publiant des interviews comme des articles de fond retraçant l’histoire du conflit. Le journal illustré parisien Excelsior publie régulièrement des photographies du conflit, y compris plusieurs unes au cours de la période révolutionnaire. L’annonce de la signature du Traité anglo-irlandais figure ainsi en [première page, le 8 décembre 1921], accompagnée, dans un souci didactique, de photographies de séances aux Parlements de Dublin et de Belfast et d’une carte de l’Irlande.
« La conclusion de l’accord anglo-irlandais a produit une impression profonde en Angleterre. » Gallica
À une semaine d’intervalle, deux unes de la première semaine de juillet 1922 documentent les effets de la guerre civile sur la population irlandaise et les destructions infligées à la ville de Dublin, lors de la bataille opposant les opposants et les supporters du Traité anglo-irlandais.
« Les rebelles irlandais assiégés à Dublin se sont rendus. » Gallica « La guerre civile en Irlande : les dernières batailles de Dublin. » Gallica
La publication régulière de portraits et d’entretiens avec les différents protagonistes permet au public de se familiariser avec les acteurs du conflit et de se faire sa propre opinion sur les représailles britanniques pendant la guerre d’indépendance, puis sur la détermination des opposants au Traité pendant la guerre civile. Si la majorité des journaux français semble soutenir la cause indépendantiste, la guerre civile n’est pas comprise par l’opinion, choquée par le meurtre de Michael Collins perpétré par les opposants à l’État libre en août 1922.
Un cliché reproduit en une d’Excelsior le 24 novembre 1920 pousse la propagande à l’extrême. Situé en haut à droite, il montre les cadavres de rebelles vaincus lors de la bataille de Tralee (Kerry). Il s’agit en réalité d’une mise en scène pour des photographes officiels à Killeney dans le comté de Dublin, censée montrer les avancées des Britanniques.
« Depuis les tragiques événements de dimanche, le calme règne en Irlande ». Gallica
Susciter l’empathie
Au-delà des tentatives de manipulation de l’opinion, de nombreuses photographies disent l’histoire de la résistance irlandaise à l’oppression anglaise et pointent du doigt les destructions et la souffrance de la population civile, familières au public français de l’après-guerre. Les photographies choisies pour accompagner l’article de Joseph Kessel publié dans la Liberté, le 28 septembre 1920, représentent l’ampleur des destructions après le sac de Balbriggan par les « Black and Tans ». L’esthétique des ruines et le désespoir de la femme dont la photographie figure en médaillon ne sont pas sans rappeler la Grande Famine qui frappa l’Irlande quelques décennies auparavant.
« Le sac de Balbriggan par des soldats anglais. » Gallica
Représenter la souffrance est loin d’être aisé.
« Les récits peuvent nous amener à comprendre. Les photographies font autre chose : elles nous hantent », souligne Susan Sontag dans « Devant la douleur des autres », 2003.
Donner à voir ces visages, ces ruines et ces drames humains crée une plus grande proximité avec l’expérience du lecteur français d’après-guerre. Grâce à ces photographies, l’Irlande n’est plus une simple abstraction politique, mais devient une réalité tangible.
Claire Dubois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Source: The Conversation – in French – By Cécile Méadel, Professeure en sciences de l’information et de la communication, Université Paris-Panthéon-Assas
Aussi performantes soient-elles, les intelligences artificielles génératives ne peuvent remplacer les professeurs dans leur travail d’éducation à l’esprit critique auprès des élèves. Mais pour bien remplir ce rôle, ils doivent remettre en perspective leurs pratiques et réinventer leur pédagogie.
On le sait, les intelligences artificielles (IA) génératives sont en mesure de rédiger des textes, de traiter des corpus, de générer des contenus multimédias et de résoudre des équations complexes… soit des opérations traditionnellement demandées aux étudiants.
À l’université, elles provoquent (à nouveau et encore) des débats sur la place des machines dans l’acquisition de compétences. Si les étudiants s’appuient trop sur elles, ne risquent-ils pas de considérer certaines compétences comme obsolètes ? Peut-on apprendre sans pratiquer, en déléguant la tâche à une machine ?
Les réponses se multiplient avec un discours catastrophiste. Des enquêtes se font l’écho de pertes cognitives liées à l’usage des IA, comme l’explique la dernière étude du MIT, selon laquelle les utilisateurs d’intelligences artificielles génératives sous-performeraient systématiquement.
De tels discours prêtent des capacités infinies et incontrôlables à ces outils. Ils nourrissent le discours de toute-puissance des industries numériques et s’inscrivent dans un imaginaire de science-fiction. Ils négligent leur caractère économique et le fait que l’IA est un terme choisi par son potentiel marketing. Penser en termes d’effets, sans nourrir la discussion et sans contradiction, laisse les Big Tech piloter le débat.
Questionner la verticalité de l’enseignement
Ces outils sont indéniablement puissants, même s’ils ne peuvent pas tout faire. Leur facilité d’accès et leur rapidité font qu’ils sont largement mobilisés par les étudiants, comme le répètent ad nauseam sondages, articles et rapports publics. Or, cet usage est difficilement traçable et la situation ira en s’accentuant, car les intelligences artificielles génératives se multiplient et se diversifient, leur qualité augmente et les limites ou hallucinations évidentes autrefois (c’est-à-dire, il y a deux ans) s’atténuent.
La bonne nouvelle est que le combat pour affirmer que les intelligences artificielles génératives ne peuvent pas remplacer la réflexion n’est pas perdu d’avance. Mais il faut changer la focale du problème : comment en faire un « amplificateur d’intelligence » et non un substitut hébétant ?
Ces outils questionnent le modèle d’apprentissage encore largement vertical en France. Qui n’a jamais assisté dans un amphithéâtre à un cours magistral sans interactions pour en ressortir avec le constat de la passivité des étudiants ? Une passivité qui préexistait aux intelligences artificielles génératives. Ce n’est donc pas une chasse aux fraudes qui doit être mise en place, mais un questionnement sur la manière même d’enseigner et d’évaluer.
Voici trois pistes de réflexion sur la manière dont les intelligences artificielles génératives peuvent aider à repenser le rôle d’enseignant.
Resituer l’IA dans la longue histoire des usages numériques
Les intelligences artificielles génératives n’arrivent pas dans un paysage vide de technologie numérique. Internet, les bibliothèques numériques, le courrier électronique, les réseaux sociaux… reconfigurent le rapport à la connaissance. Certains ont pu faire comme si Google ou Wikipédia étaient des outils négligeables, qu’il suffisait d’interdire ou d’ignorer. C’était manquer à notre mission éducative.
Les résultats d’un moteur de recherche varient selon la capacité à formuler une requête, à comprendre le fonctionnement algorithmique et à exercer un regard critique sur les sources. Consulter Wikipédia sans savoir que l’on peut retracer l’historique d’une page, ignorer la différence entre Google Scholar et JSTOR, ou ne pas saisir la signification d’une citation, revient à utiliser ces outils de manière aveugle.
Reportage sur l’usage de l’IA à l’université (France 3 Bretagne, mars 2025).
Les technologies, comme l’a montré la sociologie des usages, se déploient dans un environnement pluriel et imprévisible, avec des pratiques différenciées, des détournements et des appropriations. Les usages des intelligences artificielles génératives doivent être replacés dans leur contexte social, politique, culturel. Mais aussi dans leurs modalités d’utilisation, passive ou active, individuelle ou collective, sur le modèle problem solving ou interaction créative. Ainsi, l’intelligence artificielle générative n’est ni miracle ni fléau pour l’apprentissage : sa puissance dépend du contexte, des usages, de la réflexivité déployée par les acteurs.
Rappelons enfin que l’intelligence artificielle générative n’est pas une technique unique, mais une série d’outils différents et que, si ChatGPT occupe aujourd’hui une position dominante, il n’est pas seul. Les risques associés (données personnelles, véracité des contenus, biais des modèles…) varient selon les systèmes. Éduquer à l’intelligence artificielle générative, c’est aussi apprendre à choisir le bon outil selon l’usage attendu, à en comprendre les enjeux éthiques, culturels et économiques.
Intégrer l’IA comme objet d’exercice critique
Former à l’intelligence artificielle générative ne revient donc pas à enseigner une boîte à outils : c’est avant tout offrir une perspective analytique et réflexive. La formation doit être pensée pour différents niveaux de maîtrise et adaptée aux besoins des étudiants.
Comme le note Nicholas Carr, les compétences nécessaires pour bien exploiter l’intelligence artificielle générative dépendent de savoirs que l’usage de l’IA risque de court-circuiter. Former à l’intelligence artificielle générative, c’est refuser de céder à une dépendance intellectuelle et veiller à ce que les étudiants développent une compréhension des sujets qu’ils abordent. L’enjeu est autant cognitif (développement de la pensée) et pragmatique (maîtrise de l’outil) qu’éthique (responsabilité, agentivité).
Il s’agit de permettre aux étudiants de développer une compréhension du fonctionnement même des modèles d’IA, notamment leur caractère probabiliste (qui les rend susceptibles de produire des réponses convaincantes, mais inexactes). Leur utilisation dépend largement du type de rapport au savoir que les étudiants entretiennent avec ces outils : lorsqu’ils sont utilisés pour construire et augmenter la connaissance, ils favorisent le développement de la réflexion analytique ; en revanche, un usage régurgitatif, reposant sur la reproduction des contenus générés, conduit à des apprentissages superficiels.
Intégrer l’intelligence artificielle générative comme objet d’exercice critique devient central pour renforcer l’autonomie intellectuelle des élèves et prévenir leur réduction au rôle de consommateurs passifs de contenus obtenus de manière automatisée.
Repenser le rapport à l’évaluation
Les textes rédigés à l’aide d’intelligences artificielles génératives sont, sauf grande maladresse, difficiles à détecter, ce qui remet en question nos méthodes d’évaluation traditionnelles, largement fondées sur la restitution écrite et la capacité de synthèse ou de mémorisation. Dans ce contexte, la classique fiche de lecture perd de sa pertinence : à l’échelle individuelle, les étudiants constatent que les intelligences artificielles génératives sont capables de résumer un texte plus efficacement qu’eux.
Pourtant, à l’échelle collective, cette délégation de la lecture à une intelligence artificielle générative conduit à une standardisation des interprétations, dictée par un fonctionnement orienté vers la synthèse la plus probable, au détriment de l’interprétation personnelle, de la nuance et de la complexité. Ce glissement interroge non seulement la validité des productions, mais aussi le sens même de la lecture et de la compréhension.
Deux formats d’évaluation sont considérés comme préservés : l’oral ou le devoir surveillé avec interdiction des outils numériques. Ces options restent valables et sont encore très présentes pour les examens de l’université française, mais elles ne sauraient constituer les seules alternatives.
Des travaux explorent actuellement d’autres formes d’évaluation. En sciences humaines et sociales, plusieurs pistes s’ouvrent. Par exemple, cela consiste à valoriser des productions plus difficiles à automatiser, telles que la restitution d’enquêtes de terrain, les observations in situ, ou encore les productions qui mobilisent leur « expérience incarnée ». Une telle orientation implique un déplacement épistémologique : l’expérience, articulée à la théorie, participe à une construction collective du sens et à une éducation fondée sur l’engagement.
Ce n’est pas simple dans un système scolaire où la notation occupe une place centrale et qu’en conséquence la triche domine le débat sur les intelligences artificielles génératives. Pourtant, la finalité de l’évaluation ne devrait pas être de sanctionner, mais de mesurer la progression, la compréhension et la capacité à mobiliser des savoirs.
L’enseignant doit alors expliciter pour les étudiants ce qu’il évaluera, et si, comment et avec quelles limites l’intelligence artificielle générative peut être utilisée. Certaines pratiques doivent parallèlement être explicitement désignées comme inacceptables : présenter comme personnel le travail d’une IA, utiliser de fausses références ou fabriquer des données fictives.
Ce n’est pas l’usage de l’intelligence artificielle générative qui est problématique, mais des comportements qui vont à l’encontre des attentes pédagogiques. Dès lors, il ne s’agit pas d’abord de surveiller ou de sanctionner, mais de poser un cadre, favorisant une évaluation fondée sur le partage de responsabilités et sur le développement d’un raisonnement critique sur la manière dont la connaissance est produite, que l’étudiant soit épaulé ou non par l’intelligence artificielle générative.
Cécile Méadel a reçu des financements de l’ANR (STYX – ANR-23-PEIC-0006).
Jaércio da Silva a reçu des financements de l’ANR (STYX – ANR-23-PEIC-0006).
Le démocrate Zohran Mamdani, qui représente le courant le plus à gauche de sa formation politique, est bien placé pour être élu maire de New York ce 4 novembre. Sa campagne a mis l’accent sur les questions économiques, promouvant un programme ambitieux et difficilement réalisable, certains prérogatives en la matière n’étant pas directement du ressort de la mairie. Mais ce sont surtout ses positions tranchées sur le conflit israélo-palestinien qui ont été mises sur le devant de la scène, aussi bien par le camp républicain que par son adversaire démocrate Andrew Cuomo. Si Mamdani gagne, les conséquences sur son parti seront majeures.
L’élection du maire de New York, ce 4 novembre 2025, se présente comme l’une des consultations politiques les plus scrutées aux États-Unis. Bien au-delà de son enjeu local, ce scrutin cristallise les fractures profondes du Parti démocrate et pourrait redéfinir les équilibres de la politique nationale en vue des élections de mi-mandat de 2026. Et Donald Trump pourrait en être le premier bénéficiaire.
Trois candidats sont en lice : le démocrate et socialiste Zohran Mamdani, figure de la gauche radicale et favori des sondages ; Andrew Cuomo, démocrate concourant en indépendant, ancien gouverneur de l’État de New York (2011-2021) qui avait démissionné alors qu’il était accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel ; et le républicain Curtis Sliwa.
Le maire sortant, le démocrate Eric Adams, inquiété pour des faits de corruption, a vu, en février dernier les charges pesant sur lui abandonnées grâce à l’intervention de Donald Trump. Il a donc pu se représenter mais a fini par renoncer fin septembre, faute de dépasser les 10 % d’intentions de vote. Dans une ville où les Démocrates sont sept fois plus nombreux que les Républicains, Mamdani, investi par le Parti démocrate après sa victoire à la primaire du mois de juin, a toutes les chances de l’emporter.
Portrait d’un outsider : Zohran Mamdani
À 34 ans, Zohran Mamdani incarne une nouvelle génération politique. Né en Ouganda dans une famille privilégiée d’origine indienne – son père est professeur de sciences politiques à Columbia, sa mère une réalisatrice reconnue, notamment récompensée par la Caméra d’Or au festival de Cannes en 1988 pour son film Salaam Bombay ! –, il a obtenu la nationalité des États-Unis, où la famille s’est installée quand il avait sept ans, en 2018.
Diplômé en études africaines du prestigieux Bowdoin College dans le Maine, il s’est essayé au rap sous le nom de scène « Young Cardamom », puis a travaillé comme conseiller en prévention des saisies immobilières auprès de familles surendettées, tout en militant au sein des Democratic Socialists of America (DSA), principale organisation ouvertement socialiste du pays, qui revendique quelque 90 000 membres. Le terme « socialiste » est un marqueur très fort aux États-Unis. Il désigne la gauche de la gauche et est souvent utilisé par les Républicains pour dénoncer les excès de leurs adversaires.
Les DSA jouent un rôle essentiel dans la trajectoire de Mamdani. Créée en 1982, l’organisation fédère alors des militants et des intellectuels de la gauche radicale, plutôt âgés, publiant des notes et organisant des conférences. 2016 marque un tournant. C’est la première fois qu’un candidat se déclarant socialiste se présente à une élection présidentielle : il s’agit de Bernie Sanders. Zohran Mamdani s’engage pour soutenir sa campagne. C’est aussi l’année de la première élection de Donald Trump. Le choc est un catalyseur : le mouvement se rajeunit, gagne en ampleur et devient une machine à produire des candidats, comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Mamdani lui-même. Le soutien de DSA lui permet d’être élu à l’Assemblée de l’État de New York en 2020, son premier et seul mandat politique à ce jour.
Son appartenance aux Democratic Socialists of America donne une coloration particulière à la candidature du jeune Indien-Américain. Il doit être anticapitaliste dans la capitale mondiale du capitalisme financier. Et il doit faire preuve d’un antisionisme radical dans la ville qui abrite le plus grand nombre de Juifs au monde et qui reste une place forte du soutien à Israël. Le tout en aspirant à tenir le gouvernail d’une mégapole au budget de 109 milliards de dollars (soit 94,7 milliards d’euros) et aux 300 000 employés, en n’ayant l’expérience que de la gestion d’un bureau de cinq personnes.
Un programme ambitieux… mais réalisable ?
Doublement du salaire minimum, crèches gratuites, bus gratuits, gel des loyers, supermarchés publics… autant de mesures qui changeraient la vie des milieux modestes. Dans un contexte d’augmentation du coût de la vie et dans une mégapole marquée par de criantes inégalités socioéconomiques, ces promesses résonnent. Le maire démocrate Bill de Blasio (2014-2021) avait déjà mis en place la maternelle gratuite pour les enfants de 3 et 4 ans, et gelé les loyers pendant deux ans. Seul problème pour Mamdani : le maire de New York ne dispose pas toujours des pouvoirs nécessaires pour les mettre en œuvre ou en assurer le financement.
Taxer les riches pour soutenir la redistribution : la ligne est fidèle aux ambitions de la gauche radicale. Mamdani envisage une augmentation de la pression fiscale sur les ménages et les entreprises les plus fortunés : + 2 % d’impôts sur les particuliers dont les revenus annuels dépassent le million de dollars, et taux d’imposition de 11,5 % (au lieu de 7,25 %) sur les 1 000 entreprises les mieux loties (sur les 250 000 que compte New York). Mamdani a déclaré à la télévision : « Il ne devrait pas y avoir de milliardaire. » Les intéressés ont bien reçu le message. 26 d’entre eux ont déjà collecté près de 25 millions de dollars pour alimenter les fonds de campagne pro-Cuomo et/ou anti-Mamdani. Leur premier contributeur n’est autre que Michael Bloomberg, maire (démocrate puis indépendant) de New York de 2002 à 2013.
Autre difficulté : la fiscalité relève de la compétence de l’État, pas de la municipalité. La gouverneure de l’État de New York Kathy Hochul est certes démocrate, mais centriste. Elle s’est déjà déclarée opposée à ces hausses d’impôt, au nom de l’attractivité de l’État. Elle n’ignore pas le risque de délocalisation d’entreprises vers le Connecticut, dont la première ville hub (Stamford) n’est qu’à une heure de train de Manhattan, et où le taux d’imposition sur les sociétés deviendrait plus attractif. La Californie a déjà fait les frais d’une fiscalité élevée avec l’exode d’une partie de ses entreprises dans le Texas et de ses électeurs démocrates dans les États voisins.
L’augmentation du salaire minimum, même graduelle, se heurte au même obstacle. C’est l’État de New York qui décide, ce que Mamdani ne peut pas mettre en avant en pleine campagne. Les réticences à ce type de réforme sont connues. L’augmentation des salaires entraîne une augmentation des prix (donc réduit le pouvoir d’achat). La hausse du coût du travail incite aux réductions de personnel (donc nuit à l’emploi). Mamdani propose de réduire certaines charges sur les entreprises en contrepartie (amendes ou factures d’eau), mais cela est loin de compenser. La mesure pèserait, en outre, de manière disproportionnée sur les petites entreprises.
Qu’en est-il de la gratuité des bus ? La maire progressiste de Boston, Michelle Wu, a déjà expérimenté une telle mesure. À la condition expresse de compenser le manque à gagner par l’agence d’exploitation du réseau de transports en commun. À New York, cela représenterait une somme de 652 millions de dollars par an. Le réseau étant géré par la MTA, une agence d’État, le maire ne pourrait que négocier, et non imposer. Rappelons par ailleurs que le pilier des transports publics new-yorkais reste le métro, et les trains de banlieue pour les habitants les plus éloignés du centre.
Le gel des loyers pourrait s’appliquer aux 46 % de logements à loyer régulé de la ville. Le plafond de révision annuelle des loyers est déterminé par une commission de neuf membres, tous nommés par le maire. Il serait donc possible de composer habilement la commission, mais celle-ci resterait légalement tenue d’évaluer les coûts d’exploitation des propriétaires (impôts, énergie, rénovation). Un gel prolongé pourrait soit être contesté dans les tribunaux, soit dégrader l’état du parc locatif, soit inciter les petits propriétaires à retirer leurs biens de la location.
Punir les grandes fortunes et pratiquer la redistribution n’a donc rien d’évident dans une ville comme New York. Les démocrates d’Albany – la capitale de l’État – seraient les premiers sur le chemin d’un maire socialiste comme Mamdani.
La question israélo-palestinienne : un piège politique
Depuis le 7 octobre 2023, la question israélo-palestinienne est explosive au sein du Parti démocrate. D’un côté, il y a l’establishment du parti soutient Israël ; de l’autre, une jeune garde qui y est de plus en plus hostile. Les Democratic Socialists of America ont adopté une ligne antisioniste radicale. Ils exigent de leurs candidats de se conformer à tous les critères suivants : soutien au mouvement « Boycott, désinvestissement, sanctions », interdiction de voyager en Israël, reconnaissance du « droit au retour » et du « du droit à la résistance », opposition à tout cessez-le-feu à la faveur d’une « libération totale » de la Palestine.
Cette position place le candidat dans une situation intenable. New York compte 1,1 million de Juifs, soit un quart du total de la population juive-américaine. La ville est le siège de groupes de pression, de médias et de grands donateurs pro-Israël. Vingt-quatre ans après le 11-Septembre, un candidat musulman qui refuse de condamner clairement les violences du Hamas – organisation ouvertement antisémite selon sa charte de 1988 – soulève des inquiétudes considérables.
L’« establishment » démocrate divisé, Donald Trump se frotte les mains
La candidature d’Andrew Cuomo, 67 ans, est celle du camp centriste, acquis au consensus libéral, mais entravé par des casseroles judiciaires. Issu d’une dynastie politique – son père Mario fut gouverneur pendant trois mandats –, Cuomo a démissionné de son poste de gouverneur de l’État de New York en 2021 car il était accusé de harcèlement sexuel sur une douzaine de femmes. Fait documenté : il a également manipulé les chiffres des décès dans les maisons de retraite pendant le Covid, ce qui lui vaut une procédure judiciaire pour parjure devant le Congrès.
Malgré sa défaite à la primaire du Parti démocrate organisée le 24 juin dernier (avec 43,61 % des suffrages contre 56,39 % pour Mamdani au dernier tour de scrutin), il a décidé de maintenir sa candidature et de se présenter en tant qu’indépendant. Pas évident pour un camp démocrate qui prêche – tout spécialement depuis la présidentielle de 2020, qui reste contestée avec véhémence par le clan Trump – le respect du résultat des élections.
Baiser de la mort : Cuomo est soutenu par le maire sortant Eric Adams. Cet ancien capitaine de police a été inculpé pour corruption. Mais sur injonction présidentielle, un juge fédéral a abandonné les poursuites engagé contre lui il y a quelques mois. Adams a donc continué à faire campagne. En avril, il a retiré sa candidature à la primaire démocrate, et a concouru par la suite en indépendant, jusqu’à son abandon définitif fin septembre. Pendant ces quelques mois, il a contribué à une division de l’électorat démocrate entre sa candidature et celle de Cuomo, ce qui a favorisé Mamdani. C’était précisément le dessein du camp Trump.
Le président a beau jeu de présenter l’affrontement Cuomo-Mamdani comme un duel entre un ancien édile désavoué et un « communiste fou à 100 % » (c’est ainsi qu’il qualifie Mamdani), ce qui discrédite le Parti démocrate dans son ensemble. De par ses attaques répétées à l’encontre de Mamdani, il transforme l’élection new-yorkaise en guerre par procuration contre la gauche progressiste.
Donald Trump n’espère pas voir un républicain gagner la mairie de New York, objectif quasi impossible en l’état actuel des forces. Sa stratégie consiste à utiliser la probable victoire de Mamdani comme laboratoire afin de fracturer le Parti démocrate au niveau national. Le camp des centristes gestionnaires est en lambeaux. Le choix est cornélien : soutenir un candidat anticapitaliste et pro-palestinien, en fidélité au parti qui l’a investi, ou défendre un candidat accusé – à raison – de parjure et de harcèlement sexuel.
Pendant que la gauche radicale se prend à rêver de victoires « du Maine à la Californie », l’anticapitalisme de Mamdani permettra à Trump de brandir l’épouvantail du « radicalisme de gauche » auprès de l’électorat modéré national. Chaque difficulté à New York sera imputée au « socialisme » du maire. Surtout, son antisionisme radical va être un détonateur dans le camp démocrate. Les leaders vont devoir prendre position en public et régler leurs comptes en interne. Barack Obama, lui, a déjà choisi. De passage en Virginie et dans le New Jersey pour soutenir en meeting les candidates démocrates, il n’a pas fait d’arrêt à New York. Zohran Mamdani a dû se contenter d’un coup de téléphone de soutien de la part de l’ancien président.
Au cœur de cette stratégie : le vote juif. Donald Trump a pris parti en faveur d’Israël comme aucun président avant lui. Cela lui a valu un soutien considérable dans le camp républicain. Maintenant, il veut fissurer encore davantage le soutien historique des Juifs aux Démocrates. Si les plus orthodoxes choisissent déjà de plus en en plus le vote républicain, les plus modérés restent encore à convaincre. Et si Mamdani décidait de se tempérer sur cette question, il perdrait le soutien de DSA. Alexandria Ocasio-Cortez en a déjà fait l’expérience.
La difficile reconstruction du Parti démocrate
Zohran Mamdani illustre un tournant important pour le Parti démocrate : la mise de côté des questions identitaires et de guerre culturelle, dans le cadre de laquelle la posture du parti a parfois été qualifié de « wokiste ». Le retour des questions matérielles, relatives au coût de la vie, est indispensable à de futures victoires électorales du parti de l’âne. Mais dans un contexte où la formation tente de se reconstruire après la défaite de 2024, la gauche radicale n’apporte peut-être pas que des solutions.
Les autres figures démocrates se tiennent à distance à distance du jeune Mamdani. Au mieux, elles lui apportent un soutien formel. Mais chacun se prépare. Kamala Harris vient de publier ses mémoires et ne cache pas ses ambitions présidentielles pour 2028. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, fervent anti-Trump, est à la manœuvre pour faire voter, ce 4 novembre la Proposition 50, un redécoupage électoral partisan destiné à contrer une tactique similaire des républicains dans le Texas.
Le 4 novembre déterminera si New York devient le symbole d’une renaissance de la gauche radicale états-unienne ou le cadeau empoisonné qui divisera durablement le Parti démocrate, offrant à Donald Trump une victoire stratégique majeure pour garder le contrôle des deux Chambres aux élections de mi-mandat en novembre 2026.
La combinaison de son recul économique, de la dégradation du contexte international et du possible désengagement de Washington du Vieux Continent place l’UE devant une alternative : continuer à n’être qu’une plateforme commerciale et normative, sachant que les recettes néolibérales appliquées au cours des dernières décennies ont mécontenté de larges pans de la population, ou aller plus avant vers une intégration politique plus poussée.
Quand tout s’accélère sur le plan géopolitique, il est essentiel de relier les événements aux tendances structurelles qui les nourrissent. Depuis février 2025, l’inquiétude grandit en Europe : le président des États-Unis, qui affirmait pouvoir mettre fin au conflit russo-ukrainien « en un jour », se soucie peu de la souveraineté de Kiev. L’échange tendu du 28 février entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, de même que la rencontre à tonalité très amicale d’Anchorage avec Vladimir Poutine le 16 août ont montré que Washington pousse à un cessez-le-feu à n’importe quelle condition, quitte à sacrifier les intérêts de l’Ukraine.
Cette posture met en évidence la dépendance persistante de l’Union européenne à l’égard des États-Unis et oblige à repenser ses fondements. Après un rappel des fragilités de la construction européenne, il convient d’identifier les défis suscités par la politique américaine, puis de réfléchir aux opportunités qu’offre cette nouvelle configuration.
Le rôle d’accélérateur de l’UE dans la généralisation des politiques néolibérales
Le compromis social forgé après 1945 – droits sociaux, services publics, redistribution, sécurité de l’emploi – s’est progressivement érodé, laissant place à un capitalisme dérégulé. Le rôle joué par l’UE dans cette mutation, amorcée dès les années 1980, est souvent sous-estimé.
Dans un contexte de mondialisation, les élites économiques ont cherché à doter l’Europe d’un vaste marché intégré. Droite, centre et social-démocratie ont relayé cet objectif, conçu comme un moyen de rivaliser avec les États-Unis et le Japon. L’Acte unique (1986) et les traités de Maastricht (1992) et d’Amsterdam (1997) ont accéléré les transferts de compétences et favorisé une déréglementation sans précédent. Parallèlement, l’élargissement vers l’Europe centrale et orientale a accentué cette dynamique, permettant aux grandes entreprises d’opérer à l’échelle continentale.
L’orientation néolibérale de l’UE a nourri la défiance des catégories populaires et contribué à la montée de l’extrême droite. Sans rupture avec cette trajectoire, l’UE risque de perdre encore en légitimité et de voir croître les forces hostiles à l’intégration.
Pourtant, l’UE a acquis des compétences étatiques importantes – légiférer, négocier des accords commerciaux, développer une banque centrale. Elle s’est affirmée comme un proto-État, mais dont la vocation demeure largement économique. L’UE n’a pas encore trouvé le chemin d’un équilibre entre intégration économique et justice sociale, ce qui alimente sa vulnérabilité politique.
Un contexte international difficile pour l’UE
L’Europe reste une zone développée mais affiche une croissance atone : 1 à 1,5 % prévus dans la décennie, contre 3 % aux États-Unis et des niveaux supérieurs pour la Chine et l’Inde.
Cette perte de vitesse économique intervient à un moment où la guerre est aux portes de l’UE (rappelons que l’Ukraine est frontalière de trois pays membres : la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie).
L’Europe a tardé à percevoir la nature agressive du régime russe. Géorgie en 2008, Crimée en 2014, Donbass ensuite : autant de signaux d’un impérialisme assumé que l’Union a eu tendance à minorer. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a contraint l’UE à réagir, non sans retard, et non sans divergences internes notables, dont la posture de Viktor Orban est la manifestation la plus éclatante. À ce stade, la mobilisation ukrainienne et l’aide militaire occidentale ont permis de contenir l’armée russe, mais environ 20 % du territoire restent occupés.
Cette rupture force l’Europe à réfléchir à son autonomie stratégique.
Faute de moyens militaires suffisants, elle pourrait promouvoir un compromis imposant la neutralité de l’Ukraine en échange d’un retrait russe partiel. Mais un tel scénario fragiliserait durablement Kiev et renforcerait l’insécurité des pays frontaliers, exposés à une éventuelle attaque russe sans disposer de défense commune solide. Dans le même temps, le retrait de Washington des institutions multilatérales, ses ambitions territoriales inédites et son désintérêt pour le climat accentuent la nécessité d’un repositionnement global de l’UE. La pression exercée par les États-Unis pour que l’Europe assume seule ses responsabilités militaires place les gouvernements face à des choix budgétaires et diplomatiques de long terme.
Une redéfinition nécessaire, mais peu probable à court et moyen termes
L’UE se trouve à un tournant décisif : soit elle reste un grand marché régulé par la concurrence, soit elle se transforme en puissance politique. Trois paramètres seront déterminants.
Les dynamiques politiques internes. En France, la dissolution de 2024 a plongé le pays dans une instabilité durable. Le gouvernement, privé de majorité, peine à assumer un rôle moteur en Europe, et se concentre sur un discours militaire ponctuel. En Allemagne, la victoire relative de la CDU en 2025 a permis l’émergence d’un chancelier pro-européen, Friedrich Merz, malgré la poussée de l’AFD. La solidité institutionnelle allemande offre à Berlin la possibilité de relancer le projet européen, au moment où Paris se fragilise. Mais là encore, la marge de manœuvre dépendra de la capacité du nouveau gouvernement à construire des alliances solides et à répondre aux défis sociaux et économiques qui fragilisent sa légitimité interne.
Les divergences entre États membres. Les pays d’Europe centrale et septentrionale (Pologne, États baltes, Suède, Finlande) militent pour une intégration sécuritaire renforcée. Mais la Hongrie d’Orban et l’Italie de Meloni bloquent toute évolution fédérale. L’absence de consensus entrave la capacité de l’UE à peser dans la reconfiguration mondiale, que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient. Si le pacte Trump-Poutine venait à se fissurer, les membres de l’UE sauraient-ils dépasser leurs réflexes pro-américains ou pro-russes pour tracer, ensemble, une voie autonome ? La réponse demeure incertaine. La tentation, pour certains États, de privilégier des accords bilatéraux avec Washington ou Moscou persistera tant que l’UE n’aura pas affirmé un cap commun.
Le rôle des peuples. Toute avancée vers un État fédéral ou confédéral suppose l’adhésion populaire. Or la légitimité de l’UE est entamée par des décennies de politiques néolibérales. Pour restaurer la confiance, il faudrait instaurer un véritable pouvoir constituant, renforcer le Parlement européen, multiplier les débats démocratiques transnationaux et rompre avec une logique purement économique. C’est une condition nécessaire pour qu’une défense commune et des compétences régaliennes soient acceptées. À défaut, l’UE risque de rester une construction technocratique perçue comme distante des préoccupations quotidiennes. Le défi est de transformer l’intégration européenne en projet mobilisateur, porteur de justice sociale, de transition écologique et de sécurité collective.
Un choix stratégique
En définitive, l’Union européenne se trouve face à un choix stratégique : demeurer un simple marché soumis aux rapports de force mondiaux, ou se transformer en puissance politique capable de défendre ses intérêts et ses valeurs. Une telle transformation suppose de surmonter ses fragilités internes, de marginaliser les forces nationalistes hostiles à toute intégration, et surtout d’associer les peuples à une véritable refondation.
À ces conditions, l’UE pourrait enfin s’imposer comme acteur autonome et redonner un sens au projet européen. Sans cette évolution, elle restera spectatrice des recompositions géopolitiques dominées par Washington et Moscou.
Jean-Philippe Melchior ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Some of the world’s healthiest and longest-living people follow the practice of “hara hachi bu” — an eating philosophy rooted in moderation. This practice comes from a Japanese Confucian teaching which instructs people to only eat until they’re around 80% full.
More recently, it’s been gaining attention as a strategy for weight loss. But while hara hachi bu might emphasise eating in moderation and stopping before you’re full, it shouldn’t really be as seen as a method of dietary restriction. Rather, it represents a way of eating that can help us learn to have awareness and gratitude while slowing down at mealtimes.
Research on hara hachi bu is limited. Previous studies have evaluated the overall dietary patterns of those living in regions where this eating philosophy is more commonplace, not the “80% rule” in isolation.
However, the available evidence does suggest hara hachi bu can reduce total daily calorie intake. It’s also associated with lower long-term weight gain and lower average body mass index (BMI). The practice also aligns with healthier meal-pattern choices in men, with participants choosing to eat more vegetables at mealtimes and fewer grains when following hara hachi bu.
Hara hachi bu also shares many similar principles with the concepts of mindful eating or intuitive eating. These non-diet, awareness-based approaches encourage a stronger connection with internal hunger and satiety cues. Research shows both approaches can also help reduce emotional eating and enhance overall diet quality.
Hara hachi bu may also have many advantages that go beyond losing weight.
For instance, hara hachi bu’s focus on awareness and eating intuitively may offer a gentle and sustainable way of supporting long-term health changes. Sustainable health changes are far easier to maintain in the long-term. This may improve health and prevent weight regain, which can be a risk for those who lose weight through traditional diet approaches.
The ethos of hara hachi bu also makes perfect sense in the context of modern life and may help us develop a better relationship with the food we eat.
As a dietitian, I see it all the time. We put food on a pedestal, obsess over it, talk about it, post about it – but so often, we don’t actually enjoy it. We’ve lost that sense of connection and appreciation.
Hara hachi bu might help you improve your relationship with eating and your body. Doucefleur/ Shutterstock
Being more aware of the food we eat and taking time to taste, enjoy and truly experience it as hara hachi bu emphasises, can allow us to reconnect with our bodies, support digestion and make more nourishing food choices.
Trying ‘hara hachi bu’
For those who might want to give “hara hachi bu” or taking a more mindful and intuitive approach to improve their relationship with food, here are a few tips to try:
1. Check in with your body before eating
Ask yourself: Am I truly hungry? And if so, what kind of hunger is it — physical, emotional, or just habitual? If you’re physically hungry, denying yourself may only lead to stronger cravings or overeating later. But if you’re feeling bored, tired, or stressed, take a moment to pause. Giving yourself space to reflect can help prevent food from becoming a default coping mechanism.
2. Eat without distractions
Step away from screens and give your meal your full attention. Screens often serve as a distraction from our fullness cues, which can contribute to overeating.
3. Slow down and savour each bite
Eating should be a sensory and satisfying experience. Slowing down allows us to know when we’re satiated and should stop eating.
4. Aim to feel comfortably full, not stuffed
If we think of being hungry as a one and being so full you need to lie down as a ten, then eating until you’re around “80% full” means you should feel comfortably satisfied rather than stuffed. Eating slowly and being attuned to your body’s signals will help you achieve this.
5. Share meals when you can
Connection and conversation are part of what makes food meaningful. Connection at meal times is uniquely human and a key to longevity.
6. Aim for nourishment
Ensure your meals are rich in vitamins, minerals, fibre and energy.
7. Practice self-compassion
There’s no need to eat “perfectly”. The point of hara hachi bu is about being aware of your body – not about feeling guilty over what you’re eating.
Importantly, hara hachi bu is not meant to be a restrictive eating approach. It promotes moderation and eating in tune with your body – not “eating less”.
When viewed as a means of losing weight, it risks triggering a harmful cycle of restriction, dysregulation and overeating – the very opposite of the balanced, intuitive ethos it’s meant to embody. Focusing solely on eating less also distracts from more important aspects of nutrition – such as dietary quality and eating essential nutrients.
This practice also may not suit everyone. Athletes, children, older adults and those living with illness often have higher or more specific nutritional needs so this eating pattern may not be suitable for these groups.
While often reduced to a simple “80% full” guideline, hara hachi bu reflects a much broader principle of mindful moderation. At its core, it’s about tuning into the body, honouring hunger without overindulgence and appreciating food as fuel — a timeless habit worth adopting.
Aisling Pigott receives funding from Research Capacity Building Collaborative (RCBC) and Health and Care Research Wales. Aisling Pigott is a Non-Executive Director of the British Dietetic Association, the professional body and trade union representing dietitians in the UK.
Setting aside land for nature is one of the main global strategies to conserve biodiversity. From national parks to local reserves, these areas are designed to give wildlife the space it needs to thrive. But my latest research with colleagues shows that these protected areas don’t always work in the way we expect.
They can help increase the number of species and provide habitats for large predators. But they don’t necessarily preserve the complex web of interactions that keeps ecosystems functioning. Our study found that the effectiveness of protected areas varies widely across Europe. This has mixed effects on the ecological relationships that sustain life.
Protected areas are central to international conservation policy. In 2022, governments at the UN biodiversity conference (Cop15) agreed to the Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework. The framework aims to protect 30% of the world’s land and sea by 2030. The ambition is to halt biodiversity loss and safeguard the services that healthy ecosystems provide.
But while the number of protected areas continues to grow, there is still debate about how well they work. Most studies measure biodiversity success by counting species or tracking population trends. These are important, but they miss a crucial part of how ecosystems operate: the network of ecological interactions. Interactions between species such as predator-prey relationships connect species together in ecosystems and are crucial for their persistence.
We wanted to find out how effective protected areas are at maintaining these networks. Understanding this is central to ensuring that conservation measures protect not only individual species, but the relationships between them that support ecosystem stability and resilience.
We analysed 376,556 records of bird sightings gathered by citizen scientists from online databases. These records covered 509 bird species distributed across 45 protected networks stretching from the Mediterranean to Scandinavia.
By combining these observations with information on which species eats what, we built food webs, which are diagrams that map predator-prey interactions, for both protected and non-protected environments. We then compared the structure of these food webs to assess how well protection helped maintain their integrity.
We found that protected areas can have positive effects on the structure of food webs, but not always. In general, protected sites supported more bird species, particularly those in the middle of the food chain, and we also found larger predators within those areas. For example, less pristine or smaller habitats may only have a sparrowhawk. Whereas more diverse habitats may have a golden or a Bonelli’s eagle. That’s often a sign of a healthier ecosystem.
But for other important features, such as how many interactions each species has or how long the food chains are, the results were far less consistent. Some protected areas showed positive effects, while others showed neutral or even negative ones.
When protection doesn’t mean balance
This means that what works for conserving species does not necessarily work for conserving the ecological interactions between them. Preserving these relationships is crucial because they underpin ecosystem stability.
If predators decline or disappear altogether, their prey can grow, unchecked. This may disrupt the balance of an entire ecosystem. One striking example comes from the Aleutian Islands off Alaska, where the loss of sea otters led to an explosion in sea urchins and the near collapse of kelp forests.
The same principles apply across terrestrial ecosystems. The loss of pollinators, for instance, can have dramatic consequences for both wild plants and crops, threatening food security as well as biodiversity. These examples show why it’s not enough to conserve species in isolation. The connections between species also need protection.
Our study found that how well a protected area works depends a lot on where it is located and how it is managed. We found that factors such as remoteness, habitat diversity, human pressure and the amount of surrounding agricultural land were all linked to how well food webs were preserved.
Protected areas established under the EU Birds Directive, which specifically focuses on maintaining bird populations and habitats, showed the strongest positive effects. This suggests that having a clear conservation goal and strong management practices makes a real difference.
Protected areas that are more diverse in habitat types also tend to support richer ecological networks. This demonstrates the importance of maintaining habitat integrity. In comparison, areas with a lot of human activity or patchy habitats often find it harder to maintain the balance of species and interactions that make ecosystems thrive.
Rethinking how we measure conservation
Our study highlights the complexity of conservation action. Simply protecting land is not enough. To be truly effective, conservation must consider not only how many species live within an area, but also how those species interact.
These interactions are essentially the ecological glue of the natural world. They are what allow ecosystems to persist and perform vital functions such as pollination, pest control and nutrient cycling. Ignoring them risks overlooking early warning signs of ecosystem collapse.
To secure a sustainable future, conservation policies must go beyond species counts and focus on safeguarding the intricate networks that keep life in balance.
If we focus on how nature functions, not just which species live there, we can make sure protected areas really keep our ecosystems healthy.
Miguel Lurgi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Brazilian chef Saulo Jennings is a champion of Amazonian ingredients including the pirarucu fish.Instagram
Saulo Jennings, an acclaimed Amazonian chef and UN gastronomy tourism ambassador, was reportedly outraged when organisers of Prince William’s Earthshot prize asked him to prepare an entirely vegan menu. For Jennings, being told to exclude pirarucu – the region’s iconic giant freshwater fish – was not merely a matter of preference but a lack of respect for his culinary traditions.
Prince William founded the Earthshot prize to celebrate innovative solutions to the planet’s greatest environmental challenges. This year’s ceremony takes place on November 5 at Rio de Janeiro’s futuristic Museu do Amanhã (Museum of Tomorrow), marking the first time the Earthshot’s award ceremony will be held in Latin America. It will serve as the opening act for Cop30, which begins on November 10 in Belém, in the heart of the Amazon, emphasising the region’s central place in climate discussions.
Jennings had agreed to create a selection of canapes for the awards ceremony, which was when the misunderstanding arose. He designed a menu with a vegan option but was then told the whole selection must be vegan, meaning he couldn’t include any dishes featuring pirarucu. “It was like asking Iron Maiden to play jazz,” he told the New York Times. “It was a lack of respect for local cuisine, for our culinary tradition.”
At the museum’s urging, Jennings agreed to design an Amazonian-inspired vegan menu using native ingredients. But by then the deal had collapsed and another team was selected to feed the awards ceremony.
Instead, Jennings has been commissioned to cook for the Norwegian and Chinese delegations at Cop30, and will also oversee the food for the Cop banquet, prepared for the heads of state attending the conference. For these occasions, he will be able to highlight the Amazon’s diverse flavours and, he has respectfully assured, will be serving pirarucu.
By insisting on a vegan menu, the Earthshot prize effectively equated veganism with sustainability. But while the two concepts can overlap, they are not the same. Some vegan foods, such as avocados, have large carbon footprints.
This is just one example of how well-intentioned western environmental initiatives can unintentionally clash with the values and food practices of the communities they aim to celebrate.
Impositions on sustainable food practices
Western impositions on Indigenous food cultures stretch back to colonial times. Early European settlers viewed their own staple crops, such as wheat and barley, as symbols of civilisation. On the other hand, they often dismissed Indigenous foods like Andean grains such as quinoa and amaranth as “primitive”.
Nowadays, consumers – both in Brazil and globally – play a role in reinforcing western ideas through their purchasing choices and perceptions of “authentic”, “exotic” or “healthy” foods that shape the exchange of foods across different countries and market segments, while distorting local economies and traditions.
In Belém, açaí berries are a staple of local culinary custom, traditionally consumed by residents with manioc flour and fish. But in other Brazilian regions – and increasingly internationally – they have become known as a trendy powdered or frozen “superfood”, or are blended into açaí bowls.
In postcolonial nations, local elites – typically composed of non-Indigenous people who have historically aligned themselves with western tastes and values – can sometimes both reinforce and challenge these inequalities
In Brazil’s culinary scene, elite chefs have taken the lead in defining a new national haute cuisine that elevates Amazonian ingredients through fine-dining techniques. For example, renowned Brazilian chef Alex Atala elevates pirarucu by reinterpreting the fish using innovative techniques and presentations at his Sao Paulo restaurant, D.O.M.
However, this can detach ingredients from their original uses and create pressures on producers to deliver more, which could lead to unsustainable practices. Therefore, Atala is also committed to advancing sustainability, research and cultural preservation through Instituto Ata, which aims to showcase the diversity both of Brazil’s culture and its environment.
For Indigenous chef Tainá Marajoara, there’s a risk that elite Brazilian culture is borrowing heavily from Indigenous traditions – and using Amazonian ingredients without properly acknowledging the debt this modern food owes to the cultures from which it has been appropriated.
Marajoara – like Jennings, a UN ambassador for gastronomy – has sharply criticised what she perceives as the dominant mindset among Brazilian chefs. She told food magazine Saveur that some elite chefs believe “the food of dark-skinned people needs to be updated, as though we don’t have a wisdom and aesthetic of our own”.
Decolonising western ideas about sustainability
Many Indigenous communities adopt a “kincentric” view of the natural world, meaning they see humans, plants and animals as interconnected members of a shared ecological family, rather than separate entities.
According to Jennings, sustainability means living in harmony with nature’s rhythms – not imposing uniform dietary rules. As he told the New York Times: “We eat whatever the forests give us, whatever the rivers give us. Some days we eat fish; other days we eat nuts and açaí. This is also sustainable.”
True sustainability requires cultural and ecological respect. At Cop30, Jennings and Marajoara will design menus grounded in their cultures’ deep relationships with the natural world. Their aim is to show that sustainability should be a lived practice, not just politicians’ rhetoric.
Hopefully, their participation will reinforce the important message that meaningful climate solutions depend on Indigenous leadership and knowledge.
Bridging the gap between western assumptions and local ecological realities remains urgent. Marajoara warns: “As long as ancestral lands are violated and violence spreads across forests, rivers and fields, our people and our culture are being killed.”
The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Equids, members of the horse family including horses, donkeys and zebras, share curious features called chestnuts. Found on every horse, they appear as toughened growths on their limbs, and can be clipped back if they grow too large. Anyone following the charming and rugged farrier Sam Wolfenden on TikTok will have seen his expert chestnut clipping.
Chestnuts are fascinating little entities – remnants of toe pads that were present in the prehistoric relatives of both domestic and wild horses. They’re also unique to each animal; you can think of them as an individual fingerprint.
Chestnuts are made of keratin, the same material found in the outer layer of skin. It’s protective, waterproof and durable, giving resilience and strength. It’s also found in hair and nails, which allow for important functions like trapping heat and providing sensory information to the brain.
Samuel Wolfenden is a farrier who often shares social media posts of chestnut removals.
The hooves and horns of animals are no different. Keratin-based and developed from the skin, they are designed for functions such as protection or even as weapons in battle.
Keratin therefore plays an important role across both human and animal species. And since we’re all built from similar biological materials, it may not surprise you that humans can develop horns too – though not quite like a horse or goat.
Human horns
Cutaneous horns, or cornu cutaneum, are compacted keratin masses that grow outward from a person’s skin. Their typically curved shape and hardened texture make them look like the horns of a goat, sheep or cow.
They can vary in colour from yellow to brown to grey. Their relative shade depends on the amount of pigment and dead cells trapped within the keratin as it builds up.
Cutaneous horns develop from skin lesions of various kinds, and many are harmless. Several common benign lesions such as seborrhoeic keratoses – warty swellings extremely common in older people – can develop into these “horns”. So can other warts, including those caused by the human papilloma virus (HPV), a group of viruses that infect the skin and mucous membranes and can lead to either warts or, in rarer cases, cancer.
Around 16-20% of cutaneous horns are malignant, developing from skin cancers such as squamous cell carcinoma. This form of cancer starts in the outer layer of the skin and can invade deeper tissues if left untreated.
Others arise from premalignant conditions: skin changes that have not yet become cancerous but have the potential to do so. A prime example is an actinic (or solar) keratosis, which can later develop into squamous cell cancer, sometimes forming a horn but often not.
In these cases, the cells within the lesion become denatured, losing their normal structure and function. This uncontrolled growth can lead to excessive keratin production, occasionally resulting in the formation of a horn.
People who develop cutaneous horns, whether benign, premalignant or cancerous, tend to share some similar risk factors. These horns are far more common in older adults and in those with fair skin, and they often appear on sun-exposed areas such as the head or face, suggesting that ultraviolet (UV) light plays a major role.
Sun damage is a key cause of all skin cancers including melanoma, the most dangerous form. Unlike squamous cell cancer, melanoma originates in pigment-producing cells and spreads more aggressively through the body if not caught early.
Grow to astonishing sizes
Some cutaneous horns appear in stranger places, including the chest and even the genitals. And because they can sometimes be linked to cancer, anyone who notices one should see a doctor.
Their appearance can be distressing, especially when they form on visible areas like the face, and they may also cause discomfort or irritation. Treatment usually involves surgical removal of the horn and a small amount of surrounding skin, a procedure known as excision.
Some cutaneous horns can grow to astonishing sizes. In 2024, an elderly woman in China made headlines because of a large cutaneous horn that grew from her forehead, reaching ten centimetres over seven years.
Others have earned nicknames like “unicorn horns” when they sprout from the centre of a person’s forehead. Alternatively, a patient in India was reported to have a “devil’s horn” growing from the top of his head.
However, the record for the biggest cutaneous horn probably belongs to Madame Dimanche, also known as Widow Sunday, in the early 19th century. This French woman’s horn stretched nearly 25cm, hanging past her chin before it was removed. A wax cast of both her face and the horn are now displayed among other anatomical curiosities in the Mütter Museum in Philadelphia.
If you ever notice a hard, growing bump that looks even faintly horn-like, don’t wait. Get it checked by your GP in order to guide the most appropriate treatment.
And to Sam Wolfenden, with his deeply satisfying hoof-trimming videos, keep on clipping, mate.
Dan Baumgardt does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
Source: The Conversation – UK – By Hui-Ying Kerr, Senior Lecturer in Fashion Communication and Promotion, Nottingham Trent University
An upright young samurai, a cross-dressing sword-wielding maiden, a retired warrior, honour killings, killings not-so-honourable, and lovers of all kinds. Welcome to The Samurai Detectives, the first part of a series of popular historical mystery novels by Shōtarō Ikenami (1923-1990).
Originally written as a serialisation in the monthly magazine Shōsetsu Shinchō between 1972 and 1989, the series was published as 16 complete novels under the title, Kenkyaku Shōbai (Swordsman’s Business). Regarded as one of Ikenami’s three signature works, The Samurai Detectives is the first English translation of his writing.
The book opens with Daijiro, a poor but principled young samurai. As he practices his craft alone in an empty field under the open sky, he is offered a huge sum of gold – but at the cost of his honour. Herein lies the crux of the book, where principle and commitment to the warrior code juts up against the temptations and practicalities of living in Edo-era Japan.
Also known as the Tokugawa period (1603-1868), the country was under the rule of the feudal Tokugawa shogunate. This was a time of peace and flourishing of the Japanese economy and arts, following two centuries of civil war.
Ikenami’s book was published at an apt time. Just as it muses on what to do with the leftover samurai and their skills in an era of peace, so 1970s Japan, following the upheavals of wartime defeat, 1950s post-war and 1960s civil unrest, was grappling with what to do with their post-nationalist militarised society and legions of men.
The answer? To plug it all into their economy. This created what would become the new symbol of Japanese hegemonic masculinity, the corporate worker as “Japanese salaryman”, or “corporate samurai”.
At first, it’s easy to assume that the handsome, upright, young Daijiro is the book’s hero, but as the story unfolds it becomes clear that this is a classic case of misdirection. Instead, other more complex characters come to the fore – in particular, Daijiro’s more pragmatic father. The poetics of the still landscape give way to the dynamism of a bustling Edo metropolis (the city that became Tokyo) and robustness of dramatic – and at times graphically violent – action.
Filled with distinctive characters, shady dealings, women of moral ambiguity, heroes and villains alike, this really is samurai detective fiction. Building on the introduction of detective fiction to Japanese literary fiction in the 20th century, The Samurai Detectives falls between the historical detective and social mystery subgenre.
Throughout the book, Ikenami offers extensive histories of places, characters and their allegiances, emphasising the importance of understanding the interconnected relationships and motivations behind their actions. From explaining the wider politics of the feudal families to the personal histories of the characters, the book takes the reader through the history and social geography of Edo Japan. It draws readers into the complex world of the samurai and their code, bushido.
Yet rather than a simplistic, romantic portrayal of samurai, the stories are underpinned by the tension between the wider samurai code and the characters’ personal struggles. They wrestle with how to align their own desires with their responsibilities and loyalties. This follows the Japanese concept of honne-tatemae, or the tension between private feelings and public behaviours.
From a high-ranking daughter’s desire to become a warrior, despite the expectations placed on her as a woman in Japanese society, to male samurai pursuing secret relationships with male lovers or adorning themselves with feminine make-up, the book is full of contradictions. It explores the tensions between personal desires and social norms.
Complicating this is the underlying sense of changing times. The warriors must renegotiate their place while the world moves into the complexities of peacetime.
This tension comes to a head in the book’s explosive action. Characters move quickly through changing landscapes, cities, homes and modes of transport, shifting from quiet reflection to dramatic events, creating a constant sense of energy and motion.
From swordfights in bamboo groves and ambushes in alleys to crimes of passion and politics, the action comes suddenly, cutting through the delicacy of Japanese relations. In these scenes you can see the influence of the drama of detective fiction and Ikenami’s passion for theatre and his experience as a playwright. The influence of acclaimed filmmaker, Akira Kurosawa, known for his period samurai films in the 1950s and 1960s that popularised the genre, including Seven Samurai (1954), Throne of Blood (1957) and Yojimbo (1961), cannot be overstated.
Although it’s the first book in a long-running series, the story leaves a sense of incompleteness, where solving the crime doesn’t necessarily bring full resolution. In this is not only the social part of the mystery genre, but also the Japanese appreciation of impermanence and incompletion. What we are left with is the understanding of how important social relations are, which trump even justice.
Navigating uncertain waters of morality in a changing world of divided loyalties and motivations, bushido and honour are the only guides on which the samurai can depend – whatever the interpretation. More than just a swashbuckling adventure through Edo, The Samurai Detectives is an important contribution to the detective genre, using the beauty of its world and the struggles of its characters to offer insight into Japan itself.
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Hui-Ying Kerr previously received funding from the AHRC (now UKRI), for her doctorate in History of Design (2010 – 2013) on Japan in the 1980s Bubble Economy, including an AHRC-IPS grant for her fieldwork in Japan in 2012.
Source: The Conversation – USA – By Kenneth M. Evans, Fellow in Science, Technology, and Innovation Policy, Baker Institute for Public Policy, Rice University
With the shutdown entering its fifth week, and with no end in sight, the Trump administration’s rapid and contentious changes to federal research policy are rewriting the social contract between the U.S. government and research universities – where the government provides funding and autonomy in exchange for the promise of downstream public benefits.
Over the past two decades, the story of government shutdowns has become all too familiar. Shutdowns occur when Congress fails to pass an appropriations bill before the start of the new fiscal year on Oct. 1, and, paraphrasing Article 1, Section 9 of the U.S. Constitution, the government can no longer spend money.
Extended shutdowns accelerate the damage. They leave bigger gaps in government data, throw federal employees into debt or lead them to dip into their savings, and force academic institutions to lay off staff paid through government grants and contracts.
Funding, public services and the rule of law
Even for shutdowns lasting a few days, it can take science agencies months to catch up on the backlog of paperwork, paychecks and peer review panels before they return to regular operations.
This year, the government faces mounting challenges to overcome once the shutdown ends: Trump and the director of the White House budget office, Russell Vought, are using the shutdown as an opportunity to “shutter the bureaucracy” and pressure universities to bend to the administration’s ideological positions on topics such as campus speech, gender identity and admission standards.
In parallel, the dramatic drop in international student enrollment, the financial squeeze facing research institutions, and research security measures to curb foreign interference spell an uncertain future for American higher education.
Earlier in October, Trump redirected unspent research funding to pay furloughed service members before they missed their Oct. 15 paycheck. Changing appropriated funds directly challenges the power vested in Congress – not the president – to control federal spending.
Here, the damage to science could snowball. If Trump and Vought chip enough authority away from Congress by making funding decisions or shuttering statutory agencies, the next three years will see an untold amount of impounded, rescinded or repurposed research funds.
The government shutdown has emptied many laboratories staffed by federal scientists. Combined with other actions by the Trump administration, more scientists could continue to lose funding. Monty Rakusen/DigitalVision via Getty Images
Science, democracy and global competition
While technology has long served as a core pillar of national and economic security, science has only recently reemerged as a key driver of greater geopolitical and cultural change.
As the shape of the Trump administration’s vision for American science has come into focus, what remains unclear is whether, after the shutdown, it can outcompete China by following its lead.
Kenneth Evans receives funding from the National Science Foundation, the American Institute of Physics, and the Clinton Foundation. He is affiliated with Rice University’s Baker Institute for Public Policy.