Le dernier accord de paix vacille en RDC : pourquoi ces échecs à répétition

Source: The Conversation – in French – By Kristof Titeca, Professor in International Development, University of Antwerp

Une série d’initiatives de paix lancées depuis 2021 ont cherché à remédier à l’escalade du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) à la suite d’une nouvelle offensive du groupe rebelle M23.

Les origines de cette crise remontent à la première guerre du Congo en 1996. Depuis lors, l’intensité du conflit dans l’est de la RDC a connu des hauts et des bas. L’offensive actuelle du M23 représente l’une de ses phases les plus violentes.

Au cours de près de trois décennies, de nombreux efforts de paix ont été entrepris, mais aucune intervention locale, régionale ou internationale n’a réussi à instaurer une stabilité durable. Elles n’ont surtout pas réussi à s’attaquer aux dynamiques profondes qui sous-tendent cette violence dans l’est du pays, riche en minerais, où au moins 120 groupes armés seraient actifs.

Parmi ces efforts récents, on peut citer le processus de Nairobi lancé en avril 2022 par la Communauté de l’Afrique de l’Est, et le processus de Luanda en juin de la même année, lancé par le président angolais João Lourenço.

La Communauté d’Afrique de l’Est a déployé sa force régionale en RDC en novembre 2022. Elle a été suivie par la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui a déployé des troupes en décembre 2023. Ces troupes se sont retirées respectivement en 2023 et 2025.

Plus récemment, des pourparlers de paix ont eu lieu à Doha, après une rencontre entre les présidents du Congo et du Rwanda en mars 2025. Les États-Unis ont joué le rôle de médiateur à Washington à partir d’avril 2025.

Le conflit a continué de s’intensifier. Plus de 7,8 millions de personnes sont désormais déplacées à l’intérieur de la RDC orientale. Environ 28 millions de personnes supplémentaires sont confrontées à l’insécurité alimentaire, dont près de quatre millions se trouvent dans une situation d’urgence.

Pourquoi tous ces processus de paix n’ont-ils pas réussi à instaurer la stabilité et que pourrait-on faire pour les renforcer ?

J’ai étudié les dynamiques des conflits en Afrique centrale pendant des décennies et, à mon avis, la persistance des conflits dans l’est de la RDC n’est pas due à un manque d’initiatives de paix. Je soutiens que certaines initiatives souffrent d’une conception défaillante, d’autres d’une mise en œuvre difficile, et certaines d’une combinaison des deux.

Une profonde méfiance, des engagements au point mort, l’exclusion d’acteurs clés, des efforts de médiation fragmentés, une importance excessive accordée aux incitations économiques et une faible légitimité nationale ont entravé les progrès.

Idéalement, les processus de paix devraient remédier de manière globale à ces lacunes et jeter les bases d’une stabilité durable.

Mais les conditions idéales sont rares.

Le défi consiste donc à recourir à une diplomatie soutenue pour rendre les cadres imparfaits actuels plus efficaces, tout en instaurant progressivement la confiance et l’inclusivité nécessaires à une paix plus durable.

Ce qui a mal tourné

1. Profonde méfiance entre les parties

Depuis 2021, les processus de paix se sont concentrés sur les négociations de paix entre le gouvernement de la RDC, les représentants du M23 (et leur branche politique Alliance Fleuve Congo) et le gouvernement rwandais. L’ONU et de nombreux autres acteurs ont montré que le Rwanda soutenait le M23, une accusation que Kigali niée à plusieurs reprises.

Au cœur de l’échec de ces processus se trouve un profond manque de confiance. Les relations entre Kinshasa, le M23 et Kigali sont marquées par l’hostilité, la méfiance mutuelle et les promesses non tenues.

De plus, le M23, l’Alliance Fleuve Congo et le Rwanda ne peuvent être considérés comme des acteurs interchangeables. Parmi ces acteurs, des divergences subsistent quant aux objectifs ultimes de la rébellion : marcher sur Kinshasa, prendre le contrôle des territoires clés de l’est du pays ou renforcer leur influence à travers les structures étatiques congolaises plutôt que par le biais d’une administration séparée de facto.

Les atrocités qui continuent d’être commises sur le terrain renforcent la méfiance. Des rapports récents de l’ONU, Human Rights Watch et Amnesty International documentent les meurtres et les exécutions sommaires continus de civils congolais par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, soulevant des inquiétudes de nettoyage ethnique. Ces atrocités s’ajoutent aux abus commis par les forces congolaises et les milices alliées (regroupées sous le nom de Wazalendo).

2. Mesures de mise en œuvre insuffisantes

En raison de cette méfiance, les parties hésitent à faire le premier pas dans la mise en œuvre des accords. La Déclaration de principes de Doha du 19 juillet 2025, par exemple, engageait les deux parties à procéder à des échanges de prisonniers et à rétablir l’autorité de l’État dans les zones contrôlées par les rebelles. Cependant, Kinshasa a refusé d’échanger des prisonniers avant un règlement définitif, une condition que le M23 considérait comme essentielle.

3. Échec à inclure tous les acteurs régionaux

La guerre dans l’est de la RDC implique plusieurs États voisins. L’Ouganda, en particulier, dispose d’une présence militaire importante et partage les préoccupations et les motivations du Rwanda : tous deux considèrent la région comme une menace pour la sécurité et une opportunité économique, notamment grâce aux exportations d’or et au commerce transfrontalier. Pourtant, l’Ouganda a été exclu de certaines négociations.

Début août 2025, les États africains ont annoncé qu’ils fusionneraient les structures de médiation de la Communauté de l’Afrique de l’Est, de la Communauté de développement de l’Afrique australe et de l’Union africaine en un processus consolidé dirigé par l’Union africaine. Cela pourrait potentiellement impliquer ces acteurs régionaux, en particulier l’Ouganda.

4. Duplication et fragmentation des initiatives

Depuis la reprise du conflit en 2021, un problème récurrent est la prolifération d’initiatives de paix parallèles et qui se chevauchent. Elles impliquent divers acteurs et manquent souvent de cohérence.

5. Le rôle et les limites de la pression extérieure

Le succès des négociations dépend dans une certaine mesure de la marge de manœuvre diplomatique dont disposent les acteurs de la médiation.

Dans le contexte actuel, la pression exercée par les États-Unis est essentielle. Et en effet, à la lumière de la reprise des combats à la mi-août 2025, les États-Unis ont publié une série de déclarations et de sanctions contre les parties impliquées, principalement le M23. Cependant, les attentes d’une intervention musclée des États-Unis, y compris l’idée irréaliste d’un « déploiement de troupes américaines sur le terrain », ont suscité la déception de nombreux acteurs, en particulier en RDC.

6. Les incitations économiques ne suffisent pas

Le processus de Washington a mis fortement l’accent sur la promotion du commerce avec les États-Unis, présentant la croissance économique comme une voie vers la stabilité. Mais la paix nécessite plus que des accords économiques. Cette approche risque de réduire un conflit multidimensionnel, enraciné dans des griefs politiques, sécuritaires et sociaux, à une question de marchés. Elle risque également de donner la priorité aux intérêts économiques américains plutôt que de répondre aux réalités locales.

7. Faible légitimité interne

Enfin, la légitimité des accords de paix actuels en RDC reste contestée. L’intensification du conflit a coïncidé avec une montée des critiques internes à l’encontre du président Félix Tshisekedi, dont l’autorité a été sapée par son incapacité à mettre fin à la violence. Les accords ont été critiqués par la société civile congolaise comme étant dictés par l’extérieur et insuffisamment inclusifs. Ils n’ont pas été ratifiés par le Parlement et n’ont pas impliqué la société civile ni les acteurs locaux.

Que faut-il changer ?

L’est de la RDC reste en proie à des conflits malgré les initiatives de paix. Les promesses non tenues, la mise en œuvre insuffisante et la profonde méfiance freinent les progrès. Les incitations économiques ne peuvent à elles seules résoudre une crise qui trouve ses racines dans des enjeux politiques, la sécurité et les revendications sociales.

Les puissances extérieures ne peuvent qu’exercer une influence. Une paix durable doit être négociée et approuvée par les parties elles-mêmes. Sans un soutien plus large, les processus de paix risquent de ne servir que de mécanismes d’apaisement, et non de véritables voies vers une résolution.

The Conversation

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La France, championne de la lutte mondiale contre le VIH/sida ? Retour sur 40 ans de diplomatie face à la pandémie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Marion Aballéa, Historienne, maître de conférences en histoire contemporaine, Sciences Po Strasbourg – Université de Strasbourg

Depuis la découverte du VIH par une équipe de l’Institut Pasteur en 1983, Paris s’est trouvé à l’origine de plusieurs initiatives diplomatiques notables visant à endiguer l’épidémie. Pour autant, ses contributions financières n’ont pas toujours été à la hauteur des grandes déclarations qu’ont multipliées ses dirigeants et ses diplomates.


« La France veut bien avoir les lauriers et devenir […] la championne de la santé mondiale. En revanche, quand il s’agit de mettre les financements sur la table, il n’y a personne. »

Au cœur de l’été, l’association Aides mettait la pression sur le gouvernement français. Alors que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme organisera fin 2025 sa huitième levée de fonds, Aides réclame que la France porte à 2 milliards d’euros sa contribution pour les trois prochaines années, soit une augmentation de 25 % par rapport à son engagement précédent.

Dans un contexte d’incertitudes, marqué par le probable désengagement des États-Unis – premier contributeur du Fonds – et par la réduction de l’aide au développement de plusieurs donateurs européens, l’association appelle la France, elle-même engagée dans une politique de réduction des dépenses, à intensifier son engagement pour se hisser à la hauteur du rôle que le pays prétend historiquement jouer en matière de santé globale, particulièrement en matière de lutte contre le VIH/sida.

Au moment où l’administration Trump réduit drastiquement les aides extérieures de Washington, où l’attention internationale se réoriente sur les enjeux sécuritaires et militaires, et où la France est le théâtre d’une crise budgétaire et politique inédite, cet appel doit être compris dans la longue durée : voilà 40 ans que la France se rêve en championne de la lutte mondiale contre le VIH/sida, sans toujours mettre sur la table les moyens qui lui permettraient de réaliser pleinement cette ambition.

L’ambition précoce de construire un leadership français

L’engagement français dans ce qui allait devenir « la diplomatie du sida » remonte à l’apparition de la pandémie au début des années 1980. Il trouve son point de départ dans l’identification, début 1983, du virus responsable de la maladie par une équipe française – celle coordonnée, à l’Institut Pasteur de Paris, par Luc Montagnier, Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi.

Cette découverte constitue une opportunité diplomatique : elle permet de faire rayonner l’excellence de la science française et de nouer des coopérations avec divers pays touchés par l’épidémie.

En 1986, la tenue à Paris de la deuxième Conférence mondiale sur le sida témoigne déjà d’une reconnaissance internationale. Et lorsque, au même moment, la primauté de la découverte pastorienne est remise en cause par une équipe américaine, c’est l’ensemble de l’appareil politico-administratif français qui se met en action pour défendre tant les retombées symboliques et financières que l’honneur national. Jusqu’à l’Élysée où François Mitterrand ordonne au Quai d’Orsay d’« agir énergiquement » et d’« engager une campagne » pour défendre la cause française (Archives nationales, 5AG4/5801, « Le point sur le problème du sida », note de Ségolène Royal, 3 septembre 1985, annotation de la main de François Mitterrand).

Sur fond de contentieux franco-américain, le président s’engage personnellement dans la diplomatie du sida. Il pousse à ce que la question soit mise à l’agenda du G7 de Venise en 1987 et préside à la création d’un Comité international d’éthique sur le sida, dont la première réunion se tient à Paris, en 1989.

Alors que discriminations et violations des droits des malades et des séropositifs sont dénoncées internationalement par les associations, se placer en pionnier d’une réflexion sur les enjeux éthiques associés au sida est non seulement un moyen de conforter le leadership français, mais également de se distinguer du rival américain, critiqué pour les mesures discriminatoires et attentatoires aux droits imposées par l’administration Reagan dans sa réponse à l’épidémie.

Cinq ans plus tard, le 1er décembre 1994, le Sommet mondial de Paris sur le sida, porté notamment par Simone Veil, vise à consolider la place singulière que la France pense s’être construite dans la mobilisation internationale face au sida.

Ouverture du Sommet mondial de Paris sur le sida par Édouard Balladur, alors premier ministre, le 1erdécembre 1994.

Le Sommet débouche sur la « Déclaration de Paris », signée par 42 gouvernements, qui acte notamment le principe d’une plus grande implication des personnes malades ou vivant avec le VIH dans la réponse à la maladie. La France se pose en moteur de la diplomatie du sida, et fait de la défense des droits des malades le cœur d’un engagement qui est aussi l’outil d’une stratégie d’influence à l’échelle globale.

Un engagement financier critiqué

Toutefois, la réussite du Sommet de Paris n’est pas à la hauteur des attentes françaises. On pensait y réunir chefs d’État et de gouvernement, mais peu répondent finalement à l’appel. Les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni n’y envoient, par exemple, que leur ministre de la santé. Les associations dénoncent, par ailleurs, des engagements décevants sur l’inclusion et les droits des malades. Surtout, au printemps 1995, au lendemain de l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République, le nouveau gouvernement dirigé par Alain Juppé revient sur la promesse faite lors du Sommet de mobiliser 100 millions de francs pour la mise en œuvre des projets qui y avaient été discutés.

Ce renoncement vient conforter ceux qui dénoncent déjà, depuis plusieurs années, les postures françaises sur la scène internationale du sida : celles d’une diplomatie qui veut jouer les premiers rôles, qui s’épanouit dans les grands discours et la défense de grands principes, mais qui refuse de contribuer de manière proportionnelle à l’effort global contre la maladie.

Entre 1986 et 1991, la France a consacré environ 38,5 millions de dollars au combat international contre le sida : c’est infiniment moins que le leader américain (273 millions), mais aussi nettement moins que le Royaume-Uni (59,5 millions), et à peine plus qu’un « petit » pays comme le Danemark (36,9 millions) (Source : Commission européenne, « AIDS Policy of the Community and the Member States in the Developing World », 7 janvier 1994). Encore cette enveloppe est-elle très majoritairement consacrée à des aides bilatérales (notamment à destination de pays africains francophones) et très peu aux programmes multilatéraux mis en place pour répondre à la pandémie. Ce qui donne prise aux accusations de diplomatie opportuniste, utilisant le sida pour conforter son influence en Afrique au lieu de s’engager pleinement dans le nécessaire effort commun.

Dans un contexte bouleversé, en 1996, par l’arrivée de multithérapies efficaces pour neutraliser le VIH, la diplomatie française continue pourtant, au tournant du XXIe siècle, à se prévaloir de la découverte française du VIH, socle à ses yeux d’une légitimité et d’une responsabilité historiques, pour prétendre à une place singulière sur la scène internationale du sida, tout en restant discrète sur ses propres contributions.

En décembre 1997, à Abidjan (Côte d’Ivoire), Jacques Chirac est le premier dirigeant occidental à dénoncer le fossé des traitements entre Nord et Sud, et à appeler la communauté internationale à se mobiliser pour que les nouveaux traitements soient accessibles à tous. Une déclaration qui change la face du combat contre le sida, mais que la France est évidemment incapable de financer.

C’est, dès lors, moins en mettant de l’argent sur la table qu’en participant à imaginer de nouveaux mécanismes de financement que la diplomatie française parvient, à partir des années 2000, à maintenir son influence de premier plan.

Paris joue un rôle important dans la création du Fonds mondial, en 2002, dont un Français, Michel Kazatchkine, est entre 2007 et 2012 le deuxième directeur exécutif.

Jacques Chirac et son homologue brésilien Lula sont par ailleurs à l’origine, en 2006, de la création d’Unitaid, un mécanisme affectant à la lutte internationale contre le sida le produit d’une nouvelle taxe sur les billets d’avion. Le leadership français paraît aussi se décliner à l’échelle locale : la maire de Paris Anne Hidalgo est à l’initiative, en 2014, d’une nouvelle « Déclaration de Paris », fondant un réseau de métropoles mondiales engagées à devenir des « villes zéro-sida ».

Conférence de lancement d’Unitaid en 1996. Jacques Chirac, aux côtés du président brésilien Lula, au centre, entourés par le président des États-Unis Bill Clinton et le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.
UN Photo/Paulo Filgueiras

Dans un souci de cohérence, la France réoriente alors vers les programmes multilatéraux la majeure partie de l’aide internationale qu’elle consacre à la lutte contre le sida. Elle est, depuis sa création, la deuxième contributrice au Fonds mondial, (loin) derrière les États-Unis. En octobre 2019, elle accueille à Lyon la réunion des donateurs en vue de la sixième reconstitution du Fonds. Emmanuel Macron y ravive la tradition de l’engagement personnel des présidents français en annonçant une contribution française en hausse de 25 %. La promesse étant renouvelée trois ans plus tard, les engagements triennaux français sont passés d’un peu plus de 1 milliard d’euros en 2017-2019 à près de 1,6 milliard en 2023-2025.

Au 31 août 2025, à quatre mois de l’échéance, la France n’a toutefois versé qu’un peu plus de 850 millions d’euros sur les 1,6 milliard promis pour 2023-2025.

2025 : une ambition réalisée, ou enterrée

Marion Aballéa a récemment publié Une histoire mondiale du sida, 1981-2025, aux éditions du CNRS.

La France peut-elle dès lors être considérée comme une « championne » de la diplomatie du sida ? Depuis quarante ans, le Quai d’Orsay et l’Élysée, relayés par le ministère de la santé, ont voulu construire cette posture et en faire un levier d’influence internationale. Paris a été au cœur de plusieurs des grandes mobilisations ayant érigé la pandémie de VIH/sida en un défi global. Mais en rechignant à aligner ses contributions financières avec ses déclarations, la France s’est aussi attiré des critiques dénonçant l’instrumentalisation cynique de la pandémie à des fins purement diplomatiques.

En 2011, elle semblait encore chercher à contourner la logique multilatérale du Fonds mondial en instituant L’Initiative, un mécanisme vers lequel elle dirige 20 % de sa contribution et dont elle pilote l’attribution à des pays francophones.

L’appel d’Aides à porter la contribution française au Fonds mondial à 2 milliards d’euros doit être lu à la lumière de ce positionnement historique. À l’heure où le leader états-unien fait défection, et alors que les Nations unies n’ont pas renoncé à l’objectif de « mettre fin à la pandémie » d’ici à 2030, la France peut endosser pleinement le rôle de leader auquel elle prétend. Selon la réponse de Paris à cet appel, l’ambition affirmée il y a quarante ans sera réanimée ou, à l’inverse, durablement enterrée…

The Conversation

Marion Aballéa ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La France, championne de la lutte mondiale contre le VIH/sida ? Retour sur 40 ans de diplomatie face à la pandémie – https://theconversation.com/la-france-championne-de-la-lutte-mondiale-contre-le-vih-sida-retour-sur-40-ans-de-diplomatie-face-a-la-pandemie-264297

Échec du présidentialisme, retour au parlementarisme ?

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Rousselier, professeur d’histoire politique, Sciences Po

Après la chute des gouvernements Barnier et Bayrou, le nouveau premier ministre Sébastien Lecornu saura-t-il obtenir le soutien des parlementaires ? La domination de l’exécutif sur le législatif, en place depuis le début de la Ve République, semble désormais dépassée. Un rééquilibrage entre ces deux pouvoirs, historiquement concurrents, est-il en cours ?


Jamais les feux de l’actualité ne furent braqués à ce point sur le Parlement. L’épisode Bayrou en donne une illustration frappante : la chute de son gouvernement a placé l’exécutif en position de faiblesse et de renoncement face aux difficultés annoncées du débat budgétaire. À l’inverse, les députés, en refusant de voter la confiance, ont placé l’Assemblée nationale en position de force vis-à-vis du gouvernement. Celui-ci, pour la première fois (sous cette forme) depuis le début de la Ve République, était contraint à la démission. Le pouvoir exécutif, qui n’avait cessé de se renforcer et de se transformer depuis plus de soixante ans, trahissait ainsi une faiblesse inattendue.

Deux questions sont donc soulevées, l’une sur le caractère momentané ou profond de ce « trou d’air » que rencontre l’exécutif, l’autre sur la possible relance du parlementarisme.

Dès le Moyen Âge, le Parlement contre le prince

L’épisode s’inscrit dans la longue histoire du bras de fer qui a opposé l’exécutif et le législatif depuis plusieurs siècles. Philosophiquement et politiquement, l’opposition a placé la figure du prince – pour faire référence aux travaux de Harvey Mansfield – face à la forme prise par le Parlement depuis les XIIIe et XIVe siècles. L’histoire est ainsi beaucoup plus ancienne que celle de la démocratie moderne. La monarchie française avait été notamment marquée et affaiblie par des affrontements opposant le roi et le Parlement de Paris au cours du XVIIIe siècle. Pour le XIXe et le XXe siècle, l’ensemble de la modernité démocratique peut se définir comme un vaste aller-retour avec une première phase où la démocratie se définit comme la nécessité de contrôler et de circonscrire le plus possible le pouvoir exécutif, puis une seconde phase où la démocratie a progressivement accueilli un exécutif puissant, moderne et dominateur, tout en prenant le risque d’affaiblir le rôle des assemblées.

Cette lutte ancestrale a pris une allure particulièrement dramatique et prononcée dans le cas français. L’histoire politique française a ceci de particulier qu’elle a poussé beaucoup plus loin que les autres aussi bien la force du parlementarisme, dans un premier temps (IIIe puis IVe République), que la domination presque sans partage de l’exécutif, dans un deuxième temps (Ve République). Nous vivons dans ce deuxième temps depuis plus de soixante ans, une durée suffisante pour qu’un habitus se soit ancré dans les comportements des acteurs politiques comme dans les attentes des électeurs.

Historiquement, la domination de l’exécutif sur le législatif a donné à l’élection présidentielle une force d’attraction exceptionnelle puisque le corps électoral est invité à choisir un candidat qui, une fois élu, disposera de très larges pouvoirs pour mener à bien les réformes et les politiques annoncées lors de sa campagne électorale. Dans les faits, cette force du président était complétée par la victoire de son parti aux élections législatives (souvent avec des petits partis alliés et complémentaires). La cohabitation n’a pas modifié la domination de l’exécutif : la force du gouverner s’est alors concentrée sur le premier ministre qui disposait toujours d’un contrôle efficace du Parlement.

Par contraste avec cette « période heureuse » de la Ve République, la situation actuelle est donc très simple : ne disposant pas d’un fait majoritaire à l’Assemblée, l’exécutif se retrouve paralysé dans son pouvoir d’agir. Chaque premier ministre qui passe (Attal, Borne, Barnier, Bayrou, maintenant Lecornu) se retrouve encore un peu plus éloigné de toute légitimité électorale. Aussi la facilité avec laquelle le dispositif de la Ve République s’est démantelé sous nos yeux apparaît spectaculaire. Certes, en toute logique, l’ancien dispositif pourrait se reconstituer aussi vite qu’il a été brisé. Rien n’interdit de penser qu’une nouvelle élection présidentielle suivie de nouvelles élections législatives ne pourrait pas redonner au chef de l’État une assurance majoritaire. Rien n’interdit de penser, non plus, que de simples élections législatives intervenant après une dissolution pourraient conduire à un fait majoritaire au profit d’un seul parti ou d’un parti dominant qui rallierait à lui de petits partis satellitaires.

Tout ceci est possible et occupe visiblement l’esprit et l’espoir des acteurs politiques. Se replacer ainsi dans l’hypothèse du confort majoritaire sous-estime toutefois le caractère beaucoup plus profond des changements intervenus dans la période récente. La force de gouverner sous la Ve République reposait en effet sur un écosystème complexe dont il faut rappeler les deux principaux éléments.

Une domination de l’exécutif fondée sur l’expertise et sur le règne des partis

Tout d’abord, la domination de l’exécutif s’est jouée sur le terrain de l’expertise. Des organes de planification, de prospective et d’aides à la décision ont fleuri autour du gouvernement classique, surtout après 1945. Par comparaison, les assemblées parlementaires ont bénéficié d’une modernisation beaucoup plus limitée en termes de moyens. Elles ont développé la capacité d’évaluation des politiques publiques, mais ne disposent pas d’un organe public indépendant (ou suffisant) pour l’expertise du budget tel qu’il existe auprès du Congrès américain avec le Congressional Budget Office (CBO).

D’autre part, la force de l’exécutif a été historiquement dépendante du rôle de partis politiques modernes. Depuis les années 1960 et 1970, des partis politiques comme le Parti socialiste ou les différents partis gaullistes ont eu les moyens de jouer leur rôle de producteurs doctrinaux et de fidélisation de leur électorat. Ils étaient des « machines » capables d’exercer « une pression collective su la pensée de chacun » pour reprendre Simone Weil. Dans les assemblées, ils ont pu construire d’une main de fer la pratique de discipline de vote, des consignes de groupes et de contrôle des déclarations à la presse. Le parti majoritaire, parfois associé à de petits partis satellites ou alliés, était à même d’assurer au gouvernement une majorité connue d’avance, prête à faire voter en temps voulu le budget de l’exécutif ou les projets de loi sans modification importante. Les partis privilégiaient la cohésion collective et la verticalité de l’obéissance plutôt que le rôle d’espace de discussion. La répétition des élections présidentielles comme la fréquence du dispositif majoritaire avaient ancré les partis dans le rôle d’entrepreneurs de programmes. L’ambition de leurs plates-formes électorales était en proportion de la « force de gouverner » attendue : ce fut longtemps un atout indéniable pour que l’offre politique rencontre de fortes aspirations sociales.

Ces deux piliers de la force de l’exécutif sont aujourd’hui remis en cause. L’État planificateur de tradition jacobine s’est fortement transformé depuis les années 1990 avec la multiplication des agences et les réformes successives de décentralisation. L’âge d’or des grands serviteurs de l’État, qui offraient à l’exécutif une aide homogène à la décision, est passé. Aujourd’hui, un gouvernement est confronté à la diversité et parfois la contradiction des avis que lui fournissent les organes experts. L’expertise n’est donc plus enfermée dans le seul silo de la haute administration classique. Elle est devenue un secteur concurrentiel où des entrepreneurs d’expertise multiplient les avis et les alertes au risque d’ajouter à la confusion plutôt que d’aider à la prise de décision. La question concerne aussi bien les think tanks que des forums internationaux, tels que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

La « forme-parti » pour reprendre l’expression du politiste italien, Paol  Pombeni, a, elle aussi, profondément changé. L’appareil central a diminué en termes de moyens. Il n’est plus en mesure d’exercer le même contrôle sur les troupes et sur la mise en cohérence de l’ensemble. Au sein d’un même groupe parlementaire, certains membres jouent leur communication personnelle. L’affiliation par le haut étant en crise, il n’est pas étonnant de retrouver la même crise par le bas : les partis n’assurent plus de stabilité dans le lien entre leur offre politique et la demande sociale – leurs résultats d’un type d’élection à un autre sont devenus erratiques. Il est, par exemple, devenu impossible de savoir ce que représente réellement, à la fois politiquement et socialement, le Parti socialiste si l’on confronte le résultat de la dernière présidentielle (1,7 %) avec le score obtenu aux élections européennes (13 %). Comme le montrent les travaux de Rémi Lefebvre, les partis politiques ne réussissent plus à être des entrepreneurs stables d’identités qui fidélisent des sections de la société : une majorité politique est devenue introuvable parce qu’une majorité sociale est elle-même devenue impossible.

Au total, c’est toute la chaîne qui faisait la force de l’exécutif qui est démantelée, maillon par maillon. Un président n’est plus assuré de nommer un premier ministre qui sera à même de faire voter son programme électoral grâce à une majorité solide dans les assemblées.

Le parlementarisme a fonctionné sous la IIIᵉ et la IVᵉ République

Dans une telle situation, le Parlement retrouve une position centrale. Le retour à un vrai travail budgétaire ne serait d’ailleurs qu’un retour aux sources historiques des assemblées. Le « gouvernement parlementaire » avait su fonctionner de manière satisfaisante pendant la majeure partie de la IIIe République, y compris dans sa contribution essentielle à la victoire pendant la Première Guerre mondiale. Il a encore joué sa part dans la reconstruction du pays et l’établissement du modèle social sous la IVe République, de la Sécurité sociale jusqu’au salaire minimum. On commet donc une erreur quand on déclare la France « ingouvernable ». L’expression n’a de sens que si l’on réduit la notion de gouverner à la combinaison d’un exécutif dominant associé au fait majoritaire partisan.

L’art de la décision tel qu’il était pratiqué dans le « gouvernement parlementaire » conserve sa force d’inspiration : il a d’ailleurs été pratiqué dans la période récente pour certains parcours législatifs comme sur le droit à mourir. Il est donc loin d’avoir disparu. Des modifications du règlement de l’Assemblée nationale qui s’attaqueraient notamment à l’obstruction du débat par l’abus des amendements, pourraient accompagner le « reset » du parlementarisme. Transférer une part de l’expertise de l’exécutif vers le législatif aiderait aussi au redressement de la qualité du travail des commissions.




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Certes, rien ne dit que cela soit suffisant. Mais la situation actuelle démontre que la « combinaison magique » d’un président fort associé à un fait majoritaire et à un esprit partisan exacerbé a produit des résultats financiers, économiques et sociaux négatifs.

La Ve République avait d’abord apporté la stabilité du pouvoir, la force d’entraînement vers la modernisation du pays et le progrès social. Ce n’est plus le cas. La disparition du fait majoritaire, combinée au dévoilement du caractère abyssal de la dette, nous plonge dans la désillusion des vertus attribuées à la Ve République. Pour la première fois depuis la création de la Vᵉ République en 1958, il n’y a donc pas d’autre choix que de refaire Parlement.

The Conversation

Nicolas Rousselier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Échec du présidentialisme, retour au parlementarisme ? – https://theconversation.com/echec-du-presidentialisme-retour-au-parlementarisme-264996

Nepal’s social media ban sparks deadly protests, but deeper grievances fuel the fire

Source: The Conversation – UK – By Leanne McCarthy-Cotter, Programme Director for Politics and International Relations, Cardiff Metropolitan University

Nepal’s prime minister, KP Sharma Oli, resigned on September 9 as his country reeled from some of its worst unrest in decades. A government ban on 26 social media apps, including Facebook, WhatsApp, YouTube and X, triggered widespread protests. The police responded violently, 19 people were killed and hundreds more injured.

Demonstrations have escalated since then in the capital, Kathmandu, and some other cities. The homes of various politicians have been vandalised, the parliament building in Kathmandu was set on fire and the death toll has risen to 22.

Nepal’s army has announced it will take control of the situation. It has imposed a countrywide curfew and is warning of punishment for anyone involved in violence or vandalism. The gen Z groups leading the protests say the movement has been hijacked by “opportunist” infiltrators.

The forces that led to Oli’s exit run far deeper than anger at the government’s social media ban. This was merely the final straw. Anger at political instability, elite corruption and economic stagnation have built up over many years.

Nepal’s democratic era began in 2008 after a decade-long Maoist insurgency culminated in the abolition of its monarchy. Several years later, in 2015, a constitution came into effect that introduced federalism and proportional representation to address ethnic tensions and prevent authoritarian rule.

But it has instead produced a highly fragmented party system. None of the 14 governments that have ruled since 2008 have completed a full term. This revolving-door politics, underpinned by patronage-driven coalitions, has fuelled public cynicism.

Nepal also consistently ranks poorly on corruption indices. It was ranked 107 out of 180 countries in Transparency International’s 2024 Corruption Perceptions Index. Two major scandals have become symbols of elite impunity in Nepal.

The first concerns the Giri Bandhu Tea Estate. The estate’s owners – allegedly in collusion with politicians – have for decades attempted to convert land protected under law into commercial real estate for profit. Nepal’s supreme court struck down the latest attempt in February 2025.

The second is known as the Lalita Niwas land grab scam. Beginning in the 1990s, it involved the illegal transfer of government-owned land to influential businessmen, politicians and government officials. Several senior Nepalese officials have been arrested and subsequently convicted over their involvement.

Most recently, the so-called “Nepo kid” campaign has seen the luxury lifestyles of politicians’ family members showcased on social media. Among the most frequently shared images was a photo claiming to show a son of a minister posing with boxes labelled Louis Vuitton and Cartier, arranged into a Christmas tree.

The images have only crystallised public anger. Wealth inequality remains stark in Nepal, where the top 10% of earners receive three times more income than the bottom 40% of earners combined. And younger Nepalis feel excluded from opportunity.

With limited career prospects at home, many young people in Nepal see emigration as the only option. Roughly 839,000 Nepalis had to leave the country in 2024 to work abroad. For young Nepalis, these realities have bred deep disillusionment. Their demands are clear: they want systemic reforms that challenge the political elite.

What happens next?

What happens next is unclear. The Nepalese army played a decisive role in Oli’s resignation. Reports indicate that the army chief, General Ashok Raj Sigdel, privately urged Oli to step down and ensured a safe exit for him and key ministers.

Troops have also been deployed to protect government buildings and maintain order. But, while the army has committed to taking control of the situation, it has at no point attempted to seize power or suspend constitutional processes.

Unlike the overtly interventionist militaries of some states in the region, such as Pakistan, Nepal’s army has traditionally avoided direct involvement in government. It has instead acted as a stabiliser during political crises and has occasionally influenced leadership transitions behind the scenes.

In this sense, its facilitation of Oli’s exit was not entirely unprecedented. But what was striking was the public visibility and speed of the army’s intervention. Its leadership effectively communicated that the prime minister’s political survival depended on their acquiescence, while carefully framing itself as a neutral arbiter rather than a ruler.

Nepal will now enter a period of caretaker government. The country’s fractured coalition politics means forming a stable administration may prove difficult. However, figures such as Kathmandu’s mayor, Balendra Shah, are gaining popularity as symbols of generational change.

Shah, 35, has garnered significant support from young Nepalese people, who view him as a break from the country’s traditional political elites. His background as a rapper and civil engineer, coupled with his anti-corruption stance, resonates with young voters seeking authenticity and reform.

His active engagement on social media, which has included expressing solidarity with protesters, has further solidified his position as a leader aligned with the aspirations of the younger generations. And his independent status, free from the influence of traditional political parties, has allowed him to present himself as an outsider capable of enacting genuine change.

Yet on its own, a turnover of leadership – while addressing a symbolic grievance – is unlikely to satisfy all of the protesters. The slow roll-out of federalism and a lack of effective decentralisation have alienated rural populations. This has fed widespread perceptions of a Kathmandu-centric elite.

Nepalese youth are demanding change. For the country’s politicians, addressing this moment will require not only new leadership, but a genuine commitment to reform and a political system credible to a generation no longer willing to accept business as usual.

Without this, Nepal risks remaining trapped in a cycle of protest and paralysis.

The Conversation

Leanne McCarthy-Cotter does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Nepal’s social media ban sparks deadly protests, but deeper grievances fuel the fire – https://theconversation.com/nepals-social-media-ban-sparks-deadly-protests-but-deeper-grievances-fuel-the-fire-264923

Trading human remains: why bones should not become a commodity

Source: The Conversation – UK – By Michelle Spear, Professor of Anatomy, University of Bristol

Bokeh Stock/Shutterstock.com

In recent years, skulls, bones, and even modified human remains have appeared with increasing frequency on online marketplaces and social media platforms. What might once have been confined to specialist collectors has become a global, online trade.

The market is fuelled by diverse groups of buyers. Some are traditional collectors of curiosities, others are ritual practitioners. And a smaller number of contemporary artists and designers buy human remains to incorporate into sculptures or installations, raising concerns about the use of the body as raw material. There are also medical and dental students, some of whom still seek real skulls for their own study, unaware of the legal and ethical pitfalls.

Perhaps the most striking development is the rise of casual consumers inspired by social media. The aesthetic known as “dark academia” has helped to drive this surge. Blending gothic literature, candlelit libraries, vintage tailoring and scholarly mystique, it presents bones as fashionable props. On Instagram (#SkullDecor) and TikTok (#OdditiesTok), users pose with skeletons in the same way they might with antique books or candlelight, transforming skulls into lifestyle decor.

This trend is troubling because it normalises ownership of human remains and blurs the line between objects of study and human individuals. By aestheticising death, it risks eroding the ethical safeguards that once protected the dead from exploitation. The surge has prompted alarm among archaeologists, anthropologists and anatomists. The British Association for Biological Anthropology and Osteoarchaeology has spearheaded a campaign to curb the trade, warning that it not only exploits the dead but also risks commodifying them. Yet the legal framework is equally complex, leaving many sellers operating in a grey area.

In the UK, the law is fragmented. The Human Tissue Act 2004 regulates the use of bodies donated for anatomical education, teaching and research, but only applies to remains less than 100 years old. Anything older falls outside its scope.

This century cut-off creates a loophole: a skull described as “Victorian” can be sold, even if its provenance is doubtful. Sellers may exploit this grey area, and buyers rarely question such claims.

Sidestepping jurisdictions

Elsewhere, laws are inconsistent. In the US, Native American remains are protected under federal legislation, yet state laws vary widely and online sales often slip through the net. The global nature of the trade makes enforcement harder still: a skull listed in the UK can be shipped abroad with little difficulty, sidestepping different national jurisdictions.

The question of origin is central. The Anatomy Act of 1832 was intended to end grave robbing in Britain by providing a legal supply of bodies – those unclaimed in hospitals, prisons and workhouses – while also making body donation legal. But demand soon outstripped supply, as evidenced by the work of the resurrectionists, and by the late 19th-century Britain looked abroad for bones.

India became the world’s largest exporter, sending an estimated 60,000 skeletons overseas in 1984 alone. Many came from impoverished communities who could not afford cremation or burial, while others were stolen from cemeteries.

Grave robbing was common, and the trade remained deeply tied to colonial structures. Even after independence in 1947, India remained Britain’s main supplier until a scandal in 1985 revealed the export of 1,500 child skeletons, raising fears of kidnapping and murder. The Indian government swiftly banned the trade. China then became the leading exporter until it too banned exports in 2008.

This history shows that many of the bones circulating today in collections, and sometimes resurfacing on the open market, were acquired in ways that were profoundly exploitative.

Provenance is everything, yet often absent. While many bones circulating today are former anatomical specimens, the scale of demand has clearly encouraged more nefarious means of procurement, and grave robbing has seen a resurgence.

An empty grave.
Grave robbing is seeing a resurgence.
David Leshem/Shutterstock.com

Museums and teaching collections usually keep detailed acquisition records, so bones offered without documentation raise immediate red flags. Anatomical specimens also tend to show signs of preparation, such as drilled holes, varnish or metal fittings.

By contrast, remains taken from graves often display soil staining, root etching, or microfractures caused by long-term burial. Fragments of coffin wood, nails or textiles may still cling to them. These differences are not always conclusive, but together they suggest whether a skeleton was prepared for study or exhumed illicitly.

Beyond legality lies a more fundamental question: should human remains ever be sold at all? Human remains are not ornaments or lifestyle accessories – they are the material traces of people’s lives.

The commodification of human remains sits at the uneasy intersection of law, science and ethics. The trade thrives because of loopholes and because platforms profit from traffic even when listings violate their own policies. At its heart, this is not a legal issue so much as one of respect.

Human remains, whether ancient or recent, represent lives once lived. They carry stories of identity, community and mortality. Treating them as commodities diminishes both the individuals they once were and the societies we live in today. As calls for reform continue, the challenge is to shift attitudes away from possession and decorative display toward recognition of the dignity owed to the dead.

The Conversation

Michelle Spear does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Trading human remains: why bones should not become a commodity – https://theconversation.com/trading-human-remains-why-bones-should-not-become-a-commodity-264208

Seven health conditions that show why using your phone on the toilet is a bad idea

Source: The Conversation – UK – By Adam Taylor, Professor of Anatomy, Lancaster University

This is why you shouldn’t bring your phone with you into the toilet. Alex Goncharov/ Shutterstock

It might seem like a harmless habit to linger on the loo with your phone while “taking care of business”, but research shows that prolonged toilet time can increase the risk of several health problems. Here are the main ones.

1. Haemorrhoids

A recent study found that smartphone use while doing a number two is linked to a 46% increased risk of developing haemorrhoids. A healthy toilet trip should only last two to three minutes, yet the study found that 37% of participants who used their phones while on the can spent more than five minutes there.

Haemorrhoids are enlarged blood vessels occurring in or around the anal opening. They develop due to increased pressure in the anal cushions – a part of the spongy tissue that surrounds your anus. These cushions allow the anus to expand as faeces is expelled.

Sitting too long on the toilet places extra pressure on these cushions, leading to haemorrhoids, as does straining to force faeces out.

It’s estimated that between 50-85% of people worldwide suffer from haemorrhoids. Symptoms include painless bleeding, irritation, itching and discomfort. However, haemorrhoids aren’t always symptomatic. Some people have them without knowing.

Haemorrhoids can also lead to complications such as anaemia from prolonged bleeding, and strangulation or clotting within the haemorrhoid – both of which cause severe pain.

2. Anal fissures or tears

Sitting on the toilet too long can cause anal fissures or tears. They are small cuts in the anal lining. Anal fissures are often accompanied by significant pain – likened to passing broken glass when having a bowel movement, alongside bright red blood.

The anal lining is thin and sitting on the toilet for too long causes pooling of the blood, which stretches the lining, making it more prone to damage as faeces passes out.

3. Prolapse

Faeces may not be the only thing that passes out the body after sitting on the toilet. Extended loo time can increase your risk of having your rectum fall out of your body – a condition known as a rectal prolapse.

This uncommon condition occurred in one man who would often spend up to 30 minutes on the toilet playing smartphone games. One day, he found nearly 14cm of his rectum protruding out of his body while attempting a bowel movement.

Prolonged sitting on the toilet increases pressure in the abdomen, which subsequently increases pressure on the pelvic floor muscles. These muscles help hold our internal organs, including our rectum, inside. But prolonged pressure can weaken these muscles.

In women, this could also result in other pelvic organs – such as a uterus – prolapsing out of the body.

Rectal prolapse is often painful, and you’ll need to visit the hospital if you have one so it can be re-inserted. If it happens repeatedly or if the case is particularly extreme, it will require surgery.

4. Pressure sores and ulcers

Prolonged sitting on the loo, particularly in the elderly, may increase the risk of pressure sores occurring on the skin that comes in contact with the toilet seat.

Prolonged sitting compresses the tissues, reducing blood flow to them. This then results in toxic substances building up in the blood which damage the tissues and cause them to breakdown. Pressure sores are painful.

5. Hiatal hernia

Prolonged sitting on the toilet and straining to defecate may contribute to hiatal hernia, particularly in susceptible people (including those who are obese or over the age of 50).

This is where part of the stomach and other abdominal organs slide through the opening in your diaphragm (a dome-shaped muscle that helps us breathe), ending up in the chest cavity.

A young woman sits on the toilet looking at her phone. She is frowning.
Excess toilet time combined with straining can lead to a hernia.
Raushan_films/ Shutterstock

Hiatal hernias are common, affecting 20% of people. They typically result in indigestion, stomach pains and discomfort around the ribs and chest. They can be treated with medication to reduce the amount of acid produced by the stomach or in more severe cases require surgery.

6. Toilet seat neuropathy

Sitting too long on the toilet compresses the major nerves and blood vessels, reducing blood supply to the legs. This can cause your legs to go numb as a result – a phenomenon known as toilet seat or toilet bowl neuropathy. It usually goes away after a few minutes.

But there have been some case studies where patients who passed out on the toilet after a night of drinking – subsequently spending the night there – found themselves entirely numb and unable to move. In one extreme case, a man developed gangrene, sepsis and sadly died after falling asleep on the toilet.

7. Fainting

Prolonged toilet time combined with straining may also result in fainting.

This condition, called vasovagal syncope, occurs when prolonged straining on the toilet irritates the vagus nerves. These nerves control many of the body’s automatic functions – including heart rate and blood pressure.

In the case of defecation syncope, blood pressure can drop suddenly when we stand up from the toilet. Heart rate also drops causing dizziness, light-headedness and fainting.

The healthy way to poo

To reduce your risk of suffering any of these conditions, spend as short a time seated on the loo as possible.

You could also potentially modify your position when using the loo. Some evidence suggests squatting is better for defecation, as it reduces the stress and straining needed to poo. However, other studies have shown this position could potentially increase risk of other health problems – such as risk of stroke and damage to the achilles tendon.

Other advice includes eating more fibre and drinking water if you’re someone who regularly takes longer than five minutes to do your business as both can help you have healthier poos. They will also prevent straining while having your bowel movement.

The Conversation

Adam Taylor does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Seven health conditions that show why using your phone on the toilet is a bad idea – https://theconversation.com/seven-health-conditions-that-show-why-using-your-phone-on-the-toilet-is-a-bad-idea-264808

How America helped create the Palestinian Authority – only to undermine it ever since

Source: The Conversation – UK – By Anne Irfan, Lecturer in Interdisciplinary Race, Gender and Postcolonial Studies, UCL

US president Bill Clinton with Israeli prime minister Yitzhak Rabin and Palestinian leader Yasser Arafat at the Oslo Accords signing ceremony on 13 September 1993. Vince Musi/The White House

At the end of August, the Trump administration blocked Palestinian president, Mahmoud Abbas, and 80 other Palestinian officials from attending the UN general assembly meeting in New York, which runs between September 9 and 23. The US president’s decision to revoke the Palestinian officials’ US visas comes as various European governments prepare to formally recognise the state of Palestine at the general assembly. Supporters of Palestinian statehood are proposing a central role for Abbas’ Palestinian Authority (PA) in Gaza’s future government.

Historically, the US has also supported the PA. The Oslo accords, which created the PA in the first place, were signed at the White House in 1993. US president Bill Clinton famously hosted Israeli prime minister Yitzhak Rabin and the chair of the Palestine Liberation Organisation (PLO), Yasser Arafat.

In discourse that has since become standard US policy, Clinton spoke of a so-called “two-state solution”, with security for Israel and democratic self-rule for the Palestinians. The US provided significant financial support for the PA after its establishment, with particular funding for its ample security forces.

Yet behind the scenes, the US stance on Palestinian statehood has always been murkier. A deeper look shows that the Trump administration’s recent moves blocking the PA are less of a departure from long-term US policy than they may seem. As I explain in my new book A Short History of the Gaza Strip, the US has long paired its ostensible support for the PA with policies that cripple its ability to function and undermine prospects of real Palestinian independence.

From the start, the Oslo accords were skewed in favour of Israeli interests. Under the agreement’s terms, the PA had limited autonomy over around three-quarters of the Gaza Strip and less than one-fifth of the West Bank. The Israeli military retained ultimate control and continued to seize more land for illegal settlements.

At the end of the 1990s, Clinton aligned himself closely with the new Israeli prime minister, Ehud Barak. Barak’s declared “red lines” included no Palestinian state along the 1967 borders, no Palestinian national army, no Palestinian sovereignty over any part of Jerusalem and the retention of most illegal Israeli settlements in the West Bank.

Further negotiations were structured to constrain the Palestinians, culminating in the “failure” of the 2000 Camp David summit. Familiar to anyone who has followed Israeli-Palestinian affairs, Arafat has been blamed for refusing Barak’s “unprecedented” proposal. The reality is somewhat different.

As Robert Malley and Hussein Agha wrote in their 2001 book, Camp David: a tragedy of errors, “what so many viewed as a generous Israeli offer, the Palestinians viewed as neither generous, nor Israeli, nor, indeed, as an offer”. Malley served as adviser to Clinton on Arab-Israeli affairs while Agha, a senior associate member of Oxford University’s St Antony’s College has been associated with Israeli-Palestinian affairs for more than half a century – meaning they know whereof they speak.

The US’ disingenuous approach did not end when Clinton left office. During the second intifada (Palestinian uprising) from 2000-2005, the administration of George W. Bush backed Israel’s full invasion of PA-administered areas in the West Bank and Gaza. This completely undermined any chance of a two-state solution – the very “solution” that the US ostensibly supported.

Israeli security forces shelter behind armoured vehicles when confronted by crowds of Palestinian civilians.
Second intifada, October 2000: Palestinian protesters confronting Israeli security forces near Ramallah.
Nadav Ganot (נדב גנות) / IDF Spokesperson’s Unit, CC BY-NC

In 2003, the US demanded a full restructuring of the PA’s set-up to curtail Arafat, whom Palestinians had elected president in 1996. When he died in 2004, he had spent two years under Israeli siege in Ramallah – another policy supported by the US.

Two years later, US moves to undermine the PA reached a crescendo when the 2006 Palestinian parliamentary elections returned Hamas as the largest party with 44% of the vote. While the elections were deemed free and fair by international observers, the Bush adminstration responded by plotting, arming and funding a coup to overthrow the new PA government.

In the end, the coup backfired, resulting in a lasting split from 2007 when Hamas seized control of Gaza and Abbas’ forces purged it from the PA in the West Bank. Since then, Palestinians in the two territories have been largely cut off from one another under two separate regimes. Abbas’ PA has been based in the West Bank while Hamas governs Gaza – where Israel has imposed a full blockade from 2007, supported by the US and Egypt.

No authority

In the two decades since, successive US administrations have effectively facilitated the Palestinian divide. In 2014, the Obama administration backed Israeli opposition to a short-lived Palestinian unity government. And when Abbas cancelled long-awaited Palestinian elections in 2021, the Biden administration stayed silent, with reports of tacit US support for the move behind the scenes.

While many western and Arab states are calling for the PA to take over Gaza’s future governance, critics point out that it has long been toothless and illegitimate.

Elected in 2005, Abbas is now 20 years into a four-year term. What’s more, his regime has delivered little for West Bank Palestinians in the nearly two decades since the split from Gaza.

He has been entirely ineffectual in countering the Israeli war on Gaza, launched after the Hamas-led attacks of October 7 2023 and widely recognised as genocide. As ministers call to resettle Gaza, Israel has continued to expand its illegal settlements in the West Bank and is openly planning ethnic cleansing.

It is important to remember that the PA was only ever created as an interim body, designed to serve for five years in the 1990s ahead of final negotiations. Its continued existence decades later is a serious indictment of the US-led so-called peace process. The reality of US treatment of the PA since the 1990s calls into question whether Trump’s recent moves are really a turning point in US policy – or simply the culmination of a long-term trend.

The Conversation

Anne Irfan does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. How America helped create the Palestinian Authority – only to undermine it ever since – https://theconversation.com/how-america-helped-create-the-palestinian-authority-only-to-undermine-it-ever-since-264759

L’Allemagne face à Trump : le vrai poids du déséquilibre commercial

Source: The Conversation – France (in French) – By Damien Broussolle, Maître de conférences, Sciences Po Strasbourg – Université de Strasbourg

Le président des États-Unis Donald Trump s’est beaucoup inquiété de la place prise par les importations « Made in Germany » dans son économie. Qu’en est-il en réalité ? Dans quels secteurs l’Allemagne a-t-elle pris des parts de marché aux entreprises états-uniennes ? Quelle part occupent les biens et les services ?


La réélection de Donald Trump en 2024 a relancé une politique protectionniste à vocation mercantiliste aux États-Unis. Déjà la politique America First, lancée par le président Trump en 2018-2019, visait à réduire le déficit commercial américain en trois vagues de mesures, augmentant les droits de douanes jusqu’à 25 %. Si cette première offensive avait pu sembler surmontable, puisque finalement des aménagements avaient été trouvés, celle de l’administration Trump 2 apparaît extravagante.

En imposant des droits de douane exorbitants, prétendument réciproques, tous azimuts, elle déclare une guerre commerciale au monde entier. Dans ce combat, l’Union européenne (UE), et surtout l’Allemagne, avec ses excédents commerciaux élevés, sont présentées comme des profiteuses et des adversaires. La question se pose néanmoins de savoir dans quelle mesure ces accusations sont fondées. Cela conduit à examiner le commerce bilatéral entre l’Allemagne et les États-Unis.

Près de 247 milliards d’euros d’excédent

Avec un excédent du compte des transactions courantes de près de 247 milliards d’euros en 2024, proche du produit intérieur brut (PIB) de la Grèce, l’Allemagne apparaît comme un géant naturel du commerce international. Pourtant, jusqu’au début des années 1990, elle ne se distinguait que modestement de ses principaux concurrents de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). On a ainsi oublié que le solde commercial allemand fut fragile jusqu’au début des années 1980.

La croissance prodigieuse date surtout de l’accentuation de la mondialisation consécutive à la crise de 2008. C’est à ce moment-là que l’économie allemande s’est franchement tournée vers la Russie, vers la Chine et vers les États-Unis, pays où les entreprises d’outre-Rhin avaient identifié de nouvelles sources de croissance des exportations pour les points forts du commerce allemand (automobile, équipement industriel,chimie-pharmacie).




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Trump impose des droits de douane sur les automobiles : quels constructeurs ont le plus à perdre ?


Depuis le début des années 2000, l’Allemagne tutoie la part des États-Unis dans les exportations mondiales de marchandises, qui avoisine les 8 %. Depuis 2015, ils sont devenus son premier partenaire commercial. En 2024, le commerce vers les États-Unis représentait 10,4 % de ses exportations (1re position), et 6,9 % de ses importations (2e position). La même année, 3,7 % des exportations des États-Unis étaient destinés à l’Allemagne (7e position), alors que 4,9 % des importations (4e position) en provenaient, nous y reviendrons.

Dans les deux cas, le décalage entre exportations et importations illustre l’importance du surplus du commerce extérieur allemand. Sa valeur a d’ailleurs nettement augmenté depuis le premier mandat du président Trump, pour atteindre les 70 milliards d’euros en 2024 (Graphique 1). Ce chiffre est en grande partie dû à l’excédent de marchandises. Depuis plusieurs années, combiné avec les services, il se maintient aux environs de 1,75 % du PIB allemand.

Hausse des revenus des investissements

Les revenus des investissements allemands aux États-Unis renforcent l’excédent commercial. Ils ont augmenté de façon sensible depuis 2022. En 2024, l’Allemagne est le troisième investisseur aux États-Unis pour un montant de 677 millions de dollars. Du côté américain, le poids du déficit commercial bilatéral dans le PIB est globalement stable depuis plusieurs années, à 0,25 % du PIB : environ 10 % du déficit commercial des États-Unis est attribuable au commerce avec l’Allemagne.

Graphique 1 : Solde des échanges de biens et services de l’Allemagne avec les États-Unis

Première partie de la balance des paiements : échanges de biens et de services et flux des revenus primaires et secondaires.


Fourni par l’auteur

Source : Destatis (N. B. En noir, années du premier mandat de Trump marquées par la crise du Covid-19).

L’ampleur du déficit américain de marchandises apparaît spectaculaire. Depuis près de vingt-cinq ans, bon an mal an, les entreprises installées en Allemagne vendent aux États-Unis le double de la valeur des marchandises qu’elles y achètent (Graphique 2).

Graphique 2 : Commerce bilatéral de marchandises (en milliards de dollars réels)


Fourni par l’auteur

Source : Census Bureau of USA. Poids du solde échelle de droite, inversée ; (20) = – 20.

_Lecture : En 2024, le déficit des marchandises atteint -50 % du commerce bilatéral.

Dollars US réels : hors inflation (déflateur du PIB, Banque mondiale)_.

Un concurrent industriel de premier plan

Au cours de cette période, la plupart des lignes de la nomenclature de produits marquent une dégradation pour les États-Unis. De sorte qu’actuellement, mis à part les produits pétroliers et ceux tirés de l’agriculture ou de la pêche, toutes les grandes rubriques sont excédentaires pour l’Allemagne (Graphique 3).

Graphique 3 : Contribution au solde des échanges de marchandises, moyenne 2022-2024 (en %)


Fourni par l’auteur

Source : Destatis. Le solde global équivaut à 100 %.

_Lecture : En moyenne, sur les trois années 2022-2024, le solde des échanges de métaux et articles en métal contribue au solde global positif pour +8,1 %.

N. B. Certains soldes étant volatils, la moyenne sur trois ans a été utilisée pour lisser les données_.

Ces constats confirment, s’il en était besoin, que l’Allemagne est une redoutable concurrente industrielle, fournissant des produits de qualité peu sensibles aux prix du fait de leurs caractéristiques, avec une spécialisation dans les machines, dans les équipements industriels, dans l’automobile et dans la chimie. Moins connue est, toutefois, sa position dans le domaine des échanges de services.

Il convient, tout d’abord, de souligner que les spécificités des échanges de services font que les volumes enregistrés dans la balance commerciale sont habituellement modestes. Le commerce entre les deux pays ne déroge pas à ce constat général. Ainsi, en 2024, leurs échanges de services représentaient pour chacun d’entre eux moins de 30 % du commerce extérieur. Pour autant, l’Allemagne bénéficie depuis au moins deux décennies d’un excédent dans le domaine des services. Il est revenu, en 2024, à un étiage proche de celui du premier mandat de Trump, à moins de 4 milliards d’euros (Graphique 4). Cet excédent résulte d’un tableau contrasté avec de forts déficits bilatéraux, compensés par des excédents encore plus élevés (graphique n°5).

Graphique 4 : Échanges de services de l’Allemagne avec les États-Unis (milliards de dollars courants)


Fourni par l’auteur

Source : OCDE, Balanced trade in services (BaTIS).

Les États-Unis plus forts que l’Allemagne pour le tourisme

L’Allemagne est un pays moins touristique que les États-Unis, qui, du fait de leur spécialisation internationale, ont, en outre, des surplus dans les services de télécommunications et d’information, dans les services financiers, dans les services aux entreprises et, enfin, dans les services récréatifs et culturels. Plusieurs de ces excédents américains ont néanmoins subi une érosion entre 2005 et 2023. Cumulées, ces rubriques font plonger le solde allemand des échanges de services (Graphique 5).

France 24, 2025.

Toutefois l’impact des échanges de marchandises sur les flux de services contrebalance quasiment cette chute (transports de marchandises, services de réparation, revenus de la propriété intellectuelle sur les produits industriels, chimiques et pharmaceutiques). Ces catégories rétablissent déjà quasiment l’équilibre. S’ajoute une catégorie hybride, excédentaire depuis des années, qui recense l’ensemble des échanges des administrations gouvernementales et de leur personnel (ambassades, organisations internationales, bases militaires…) et englobe essentiellement des mouvements de marchandises. Son excédent est donc aussi en relation avec la puissance industrielle allemande.

Graphique 5 : Contributions au solde des échanges de services de l’Allemagne avec les États-Unis en 2023 (en %)


Fourni par l’auteur

Source : OCDE (BaTIS). Le solde global équivaut à 100 %.

Lecture : Le solde des échanges de services de télécommunications et d’information contribue pour -61 % au solde global.

Une dernière rubrique largement excédentaire (près de +70 % en 2023), illustre la compétitivité de l’Allemagne dans le secteur de l’assurance. Finalement, si de nombreuses rubriques de la balance des services sont défavorables à l’Allemagne, sa force dans le domaine industriel lui permet de les compenser presque entièrement. Ceci étant dit, l’image donnée est probablement incomplète.

Le rôle de l’optimisation fiscale

Comme le souligne la Bundesbank, les principales économies des pays de l’UE ont toutes une balance des services excédentaires vis-à-vis des États-Unis, alors que l’UE, considérée globalement, est largement déficitaire (-109 milliards d’euros en 2023). Les stratégies d’optimisation fiscales des entreprises américaines d’Internet pourraient expliquer cette étrangeté.

Ce tour d’horizon du commerce entre l’Allemagne et les États-Unis illustre le fait que, malgré ses outrances et son comportement apparemment incohérent, le président Trump ne choisit pas ses attaques ni ses points de blocage au hasard. Il y a, en effet, un important déséquilibre commercial entre les deux pays. Cela n’en valide pas pour autant sa méthode ou son raisonnement, qui bafouent les principes des négociations commerciales internationales menées depuis 1947, sous l’égide des États-Unis, avec la création du GATT.

Ce « problème » bilatéral nourrit un différend européen puisque le commerce international est du domaine communautaire. L’UE tout entière s’est donc trouvée placée dans le collimateur de Trump 2, en partie du fait de l’ampleur de l’excédent allemand.

De 2022 à 2024, à elle seule, l’Allemagne expliquait quasiment 40 % de l’excédent européen vis-à-vis des États-Unis. Les pays déficitaires avec les États-Unis (Espagne, Belgique, Pays-Bas), ou à faible excédent comme la France, se sont alors trouvés indûment frappés des mêmes droits prétendument réciproques que l’Allemagne, qui en revanche a pu s’abriter derrière sa situation commerciale moins problématique du point de vue américain. Cette « solidarité » européenne s’est retrouvée dans les négociations commerciales, qui ont surtout consisté, du côté européen, à éviter à l’automobile et à la chimie-pharmacie allemande les conséquences les plus désastreuses des outrances trumpiennes (DGTES 2025).

The Conversation

Damien Broussolle ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’Allemagne face à Trump : le vrai poids du déséquilibre commercial – https://theconversation.com/lallemagne-face-a-trump-le-vrai-poids-du-desequilibre-commercial-264499

Quelles solutions de dépollution contre les PFAS dans les sols et les eaux souterraines ?

Source: The Conversation – in French – By Maxime Cochennec, Chercheur site et sols pollués, BRGM

Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, sont souvent appelées « polluants éternels ». Dans les Ardennes françaises par exemple, les habitants de plusieurs communes ont, depuis juillet 2025, interdiction de consommer l’eau du robinet pour les boissons ou la préparation des biberons.

Ces substances posent un problème de pollution environnementale qui tient du casse-tête. Le cœur du problème tient aux coûts élevés de dépollution et au fait que les techniques de traitement ne permettent pas, à l’heure actuelle, de détruire de façon certaine et systématique ces composés sans risquer de déplacer le problème en produisant d’autres PFAS plus petits et potentiellement aussi dangereux.


La pollution des sols et des eaux souterraines par les substances perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés (acronyme anglais PFAS) représente l’un des défis environnementaux et sanitaires majeurs de notre époque. Une enquête menée par le Monde et plusieurs autres médias partenaires révélait, début 2025, l’ampleur de la contamination des sols et des eaux par les PFAS.

Comment s’y prendre pour dépolluer les milieux ? Face à cette famille de composés dont certains sont classés « polluants organiques persistants et cancérogènes », des solutions de dépollution des milieux existent déjà, quoique coûteuses. Les techniques de destruction des PFAS, en revanche, sont encore en cours de maturation dans les laboratoires. État des lieux.

Ne pas confondre traitement et élimination

La distinction entre le traitement des milieux et l’élimination (ou dégradation) des PFAS n’est peut-être pas évidente, mais elle est pourtant essentielle.

Les sols aussi sont un réservoir de pollution aux PFAS.
Victor Dueñas Teixeira/Unsplash, CC BY, CC BY-NC-ND

Pour les sols et pour les eaux souterraines, le traitement des PFAS consiste à diminuer suffisamment les concentrations mesurables afin de retrouver un état le plus proche possible de l’état avant la pollution, avec un coût technico-économique acceptable.

En revanche, ce traitement n’implique pas forcément la dégradation des PFAS, c’est-à-dire l’utilisation de techniques physiques, thermiques, chimiques ou biologiques permettant de transformer les PFAS en molécules moins dangereuses.

L’alternative consiste à en extraire les PFAS pour les concentrer dans des résidus liquides ou solides.

Toutefois, ce processus n’est pas entièrement satisfaisant. Bien que l’état des milieux soit rétabli, les résidus issus du traitement peuvent constituer une nouvelle source de pollution, ou tout au moins un déchet qu’il est nécessaire de gérer.

Un exemple typique est le traitement de l’eau par circulation dans du charbon actif granulaire, capable de retenir une partie des PFAS, mais une partie seulement. Le charbon actif utilisé devient alors un résidu concentré dont la bonne gestion est essentielle pour ne pas engendrer une nouvelle pollution.




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Les ingénieurs et les chercheurs développent actuellement des méthodes pour décomposer ou éliminer les PFAS in situ, directement dans les sols et dans les eaux souterraines.

Pour le moment, la principale difficulté est d’ordre chimique. Il s’agit de rompre la liaison carbone-fluor (C-F), caractéristique des PFAS et qui leur procure cette incroyable stabilité dans le temps. En effet, il faut 30 % plus d’énergie pour casser la liaison carbone-fluor que la liaison carbone-hydrogène, que l’on retrouve dans beaucoup de polluants organiques.

Certaines techniques semblent amorcer une dégradation, mais il est crucial d’éviter une dégradation incomplète, qui pourrait générer comme sous-produits des PFAS de poids moléculaire plus faible, souvent plus mobiles et d’autant plus problématiques que leurs impacts sur la santé et sur l’environnement sont encore peu ou pas connus.

Ce n’est pas tout : les méthodes basées sur la chimie impliquent le plus souvent d’ajouter des réactifs ou de maintenir localement des conditions de température et/ou de pression potentiellement néfastes pour l’environnement.

D’autres approches envisagent la biodégradation des PFAS par des microorganismes, mais les résultats sont pour le moment contrastés, malgré quelques travaux récents plus encourageants.




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Les solutions éprouvées

On l’a vu, la dégradation des PFAS directement dans les sols et dans les eaux implique de nombreux verrous scientifiques à lever.

Un certain nombre de techniques permettent toutefois de séparer les PFAS des eaux après pompage (c’est-à-dire, ex-situ), et cela à l’échelle industrielle. Les trois techniques les plus matures sont le charbon actif granulaire, les résines échangeuses d’ions et la filtration membranaire – en particulier la nanofiltration et l’osmose inverse.

Le charbon actif et les résines échangeuses d’ions reposent sur une affinité chimique des PFAS beaucoup plus grande pour le substrat (charbon ou résine) que pour le milieu aqueux : ce sont des techniques dites d’adsorption.

Charbon actif après utilisation (dans le cadre d’un autre précédé que la dépollution aux PFAS).
Olivier Lemoine, CC BY-SA

L’adsorption ne doit pas être confondue avec l’absorption, dans la mesure où il s’agit d’un phénomène de surface. Les PFAS s’accumulent alors sur la surface, plutôt qu’à l’intérieur, du substrat, notamment via des interactions électrostatiques attractives. Heureusement, la surface disponible pour du charbon actif en granulés est importante grâce à sa porosité microscopique. Pour 100 grammes de produit, elle représente l’équivalent d’une dizaine de terrains de football.

La filtration, enfin, repose principalement sur l’exclusion par la taille des molécules. Or, les PFAS les plus préoccupants sont des molécules relativement petites. Les pores des filtres doivent donc être particulièrement petits, et l’énergie nécessaire pour y faire circuler l’eau importante. Cela constitue le principal défi posé par cette technique appliquée au traitement des PFAS.

Les défis pour les PFAS à chaînes courtes et le traitement des sols

Les techniques qui précèdent sont déjà connues et utilisées de longue date pour d’autres polluants, mais qu’elles demeurent efficaces pour de nombreux PFAS. Ces techniques sont d’ailleurs parmi les rares ayant atteint le niveau 9 sur l’échelle TRL (Technology Readiness Level), un niveau maximal qui correspond à la validation du procédé dans l’environnement réel.

Néanmoins, de nombreuses recherches sont en cours pour rendre ces techniques plus efficaces vis-à-vis des PFAS à chaînes courtes et ultra-courtes – c’est-à-dire, qui comportent moins de six atomes de carbones perfluorés. En effet, ces molécules ont moins d’affinités avec les surfaces et sont donc plus difficiles à séparer du milieu aqueux.

Quant aux techniques pour traiter les sols, l’approche doit être radicalement différente : il faut récupérer les PFAS adsorbés sur les sols. Pour ce faire, des solutions basées sur l’injection d’eau sont à l’étude, par exemple avec l’ajout d’additifs comme des gels et des solvants.

Ces additifs, lorsqu’ils sont bien choisis, permettent de modifier les interactions électrostatiques et hydrophobes dans le système sol-eau souterraine afin de mobiliser les PFAS et de pouvoir les en extraire. Le principal défi est qu’ils ne doivent pas générer une pollution secondaire des milieux. L’eau extraite, chargée en PFAS, doit alors être gérée avec précaution, comme pour un charbon actif usagé.

Les pistes pour détruire les PFAS

Reste ensuite à savoir quoi faire de ces déchets chargés en PFAS. Outre le confinement dans des installations de stockage, dont le principal risque est d’impacter à nouveau l’environnement, l’incinération est actuellement la seule alternative.

Le problème est que les PFAS sont des molécules très stables. Cette technique recourt aux incinérateurs spécialisés dans les déchets dangereux ou incinérateurs de cimenterie, dont la température monte au-dessus de 1 000 °C pour un temps de résidence d’au moins trois secondes. Il s’agit d’une technique énergivore et pas entièrement sûre dans la mesure où la présence éventuelle de sous-produits de PFAS dans les gaz de combustion fait encore débat.

Parmi les autres techniques de dégradation, on peut citer l’oxydation à l’eau supercritique, qui a pu démontrer son efficacité pour dégrader un grand nombre de PFAS pour un coût énergétique moindre que l’incinération. La technique permet de déclencher l’oxydation des PFAS. Elle repose néanmoins sur des conditions de température et de pression très élevées (plus de 375 °C et plus de 218 bars) et implique donc une dépense importante d’énergie.

Il en est de même pour la sonocavitation, qui consiste à créer des bulles microscopiques à l’aide d’ultrasons qui, en implosant, génèrent des pressions et des températures à même de dégrader les PFAS en générant un minimum de sous-produits.

Le panel de techniques présenté ici n’est évidemment pas exhaustif. Il se concentre sur les techniques les plus matures, dont le nombre reste relativement restreint. Des dizaines d’autres méthodes sont actuellement à l’étude dans les laboratoires.

Que retenir de cet inventaire ? Le traitement des milieux, en particulier les eaux et les sols, n’implique pas systématiquement la dégradation des PFAS. Pour y parvenir, il faudra mobiliser des nouvelles approches encore en cours de recherche et développement.

De plus, la dépollution devra d’abord se concentrer sur le traitement des zones sources (sols directement impactés avec des produits contenant des PFAS, etc.) afin d’éviter les pollutions secondaires. En effet, une dépollution à très grande échelle engendrerait un coût gigantesque, estimé à 2 000 milliards d’euros sur vingt ans.

En conséquence, même si des techniques de dépollution existent déjà et que d’autres sont en développement, elles ne suffiront pas. Elles doivent être couplées à une surveillance accrue des milieux, à une évolution des réglementations sur l’usage et sur la production de PFAS et à un effort de recherche soutenu pour restreindre ou pour substituer ces substances lorsque cela est possible.

The Conversation

Maxime Cochennec a reçu des financements de l’Agence de la transition écologique (ADEME) et du Ministère de la Transition Écologique dans le cadre du plan interministériel sur les PFAS.

Clément Zornig et Stefan Colombano ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Quelles solutions de dépollution contre les PFAS dans les sols et les eaux souterraines ? – https://theconversation.com/quelles-solutions-de-depollution-contre-les-pfas-dans-les-sols-et-les-eaux-souterraines-260117

Le commerce et la démocratie restent les principaux remparts contre les guerres inter-étatiques

Source: The Conversation – in French – By Dominic Rohner, Professor of Economics and André Hoffman Chair in Political Economics and Governance, Geneva Graduate Institute, Graduate Institute – Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID)

L’escalade des guerres commerciales et l’obsession croissante pour le contrôle des territoires stratégiques sont les deux faces d’une même médaille. Des recherches universitaires récentes révèlent un lien évident entre ces tendances et soulignent la combinaison de politiques qui garantit le mieux la sécurité nationale. Les conclusions sont frappantes et leurs implications pour la trajectoire actuelle du monde sont profondément préoccupantes.


De nos jours, on se souvient d’une époque plus sombre où les grandes puissances n’hésitaient pas à intensifier les tensions militaires pour prendre le contrôle de territoires stratégiquement importants. Pensons à la ruée vers l’Afrique à la fin du XIXe siècle ou à la série de conflits par procuration pendant la guerre froide, et à l’ampleur inimaginable des souffrances humaines qu’ils ont entraînées.

Considérons maintenant la rivalité croissante entre la Chine et les États-Unis au sujet du canal de Panama ou le regain d’intérêt géopolitique pour le Groenland. Un discours courant suggère que le contrôle d’un territoire stratégique renforce la sécurité nationale. Si cet argument est facile à comprendre, il présente toutefois un défaut fondamental : il est tout simplement faux.

Le commerce international, un rempart contre les guerres

Des recherches scientifiques montrent que, historiquement, les principaux points d’étranglement du transport maritime international, tels que le détroit de Gibraltar, le canal de Suez, le canal de Panama et le golfe d’Aden, sont devenus des zones de conflit armé principalement lorsque le commerce mondial était faible.

À l’inverse, pendant les périodes de forte mondialisation, ces passages vitaux avaient tendance à être plus stables et plus sûrs que la plupart des autres endroits. La raison est simple : lorsque le commerce est en plein essor, les enjeux sont suffisamment importants et les grandes puissances ont des intérêts en jeu ; elles veillent donc à ce que les routes maritimes restent sûres et accessibles. Le coût d’opportunité imminent d’une perturbation du commerce les oblige à protéger ces artères commerciales vitales.

En d’autres termes, si certains pays peuvent estimer accroître leur sécurité en étendant leur contrôle territorial, l’impact global de tels agissements sur le système international est profondément néfaste. Cela met en évidence une vérité fondamentale sur la guerre et la paix : si la prise de contrôle militaire de zones riches en ressources ou stratégiquement importantes peut offrir un sentiment de sécurité éphémère, la stratégie la plus sûre consiste à promouvoir le commerce international. Des liens économiques solides créent une interdépendance entre des rivaux potentiels, rendant les conflits beaucoup plus coûteux et renforçant les incitations à la paix, un effet confirmé par des études statistiques de pointe.

L’autre face de la même médaille dans les relations internationales est le rôle de la démocratie. Comme le soulignent des travaux universitaires récents, la démocratie n’est pas seulement une garantie contre les guerres civiles ; elle réduit également de manière significative le risque de guerres entre États. Une tendance frappante dans les données, connue sous le nom de « paix démocratique », a même été décrite comme la chose la plus proche d’une « loi » en sciences sociales : les démocraties entrent rarement, voire jamais, en guerre les unes contre les autres, alors que les guerres à grande échelle sont beaucoup plus fréquentes entre deux États autocratiques ou entre une démocratie et une autocratie.

La paix démocratique

La logique derrière cela est simple. Si les autocrates et les élites au pouvoir peuvent tirer un bénéfice personnel de la guerre, la population en général subit des pertes immenses. Des estimations récentes montrent que les guerres entraînent non seulement des milliers de morts, mais aussi, en moyenne, une baisse d’environ 20 % du PIB des pays concernés, la reprise économique étant extrêmement lente.

Conscients de ces conséquences, les citoyens, lorsqu’ils ont la possibilité de s’exprimer, sont généralement réticents à soutenir une agression sans justification convaincante. Et lorsque les deux pays impliqués dans un conflit potentiel sont gouvernés par des électorats peu enclins à prendre des risques, les chances que les différends dégénèrent en guerre deviennent extrêmement faibles.

Sans surprise, l’efficacité de la paix démocratique est particulièrement notable lorsque les gouvernements démocratiques ne sont pas proches de la fin de leur mandat, car les incitations à la réélection maintiennent les actions des gouvernements démocratiques en phase avec les préférences de l’électorat.

Les principes démocratiques, tels que l’État de droit, les freins et contrepoids contre les abus de pouvoir, et la protection des droits politiques favorisent également la paix lorsqu’ils s’appliquent aux relations entre les nations, et pas seulement entre les individus. Une analyse à long terme des conflits internationaux révèle une tendance frappante. Si la Seconde Guerre mondiale et les guerres de décolonisation ont été caractérisées par des affrontements interétatiques extrêmement violents, depuis un demi-siècle les guerres de très haute intensité entre États ont été relativement rares (même si, malheureusement, les guerres civiles se sont multipliées).

Cette ère de paix entre les États a coïncidé avec l’apogée de l’ordre international fondé sur des règles, dans lequel les normes mondiales, telles que l’inviolabilité des frontières souveraines et le droit à l’autodétermination nationale, ont été largement considérées comme sacro-saintes.

Bien sûr, les grandes puissances ont parfois violé ces normes et cherché à influencer les petites nations par des moyens indirects et le revers de la médaille de la raréfaction des guerres interétatiques directes fut un nombre plus élevé de conflits civils par procuration comme au Vietnam ou en Corée.

Cependant, comme l’annexion pure et simple et l’absorption d’États plus faibles ont été largement condamnées, les incitations à déclencher des guerres ont été considérablement réduites. En conséquence, l’âge d’or du multilatéralisme a considérablement diminué l’attrait de la guerre.

Une approche plus transactionnelle de la diplomatie, dans laquelle les grandes puissances utilisent leur influence pour conclure des « accords » ponctuels avec des constellations changeantes d’alliés et d’adversaires, peut apporter des gains à court terme, mais elle crée des vulnérabilités à long terme.

L’histoire nous en offre un exemple éloquent. À la fin du XIXe siècle, l’habileté d’Otto von Bismarck à nouer des alliances a permis à l’Allemagne de rester à l’écart des grands conflits. Cependant, après son renvoi, le leadership impulsif et erratique de l’empereur Guillaume II a conduit l’Allemagne à s’aliéner rapidement ses principaux alliés, laissant le pays de plus en plus isolé et exposé au début du XXe siècle. Cette dissolution des alliances a été un facteur crucial dans la chaîne d’événements qui a conduit à la Première Guerre mondiale.

Si l’histoire peut nous servir de guide, s’emparer de territoires stratégiquement importants et abandonner des alliés de longue date pour des avantages éphémères ne garantit ni la paix ni la prospérité. Une stratégie bien plus sage consiste à investir dans le multilatéralisme, à renforcer les relations commerciales et à défendre un ordre international fondé sur des règles.

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Dominic Rohner ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le commerce et la démocratie restent les principaux remparts contre les guerres inter-étatiques – https://theconversation.com/le-commerce-et-la-democratie-restent-les-principaux-remparts-contre-les-guerres-inter-etatiques-262246