Publicité digitale et empreinte carbone : comment concilier performance et durabilité ?

Source: The Conversation – in French – By Galina Kondrateva, enseignant-chercheur en marketing, EDC Paris Business School

Le marketing et la publicité digitale prennent-ils vraiment en considération l’impact environnemental de leurs actions ? Si on s’intéresse aux indicateurs de performance, on remarque que l’efficacité d’une campagne en tient peu compte. À quand un coût CO2 pour 1 000 ?


Dans l’univers du marketing digital, les indicateurs de performance sont bien connus : impressions, clics, taux de conversion ou encore nombre de visionnages. Ces « métriques » structurent la prise de décision et guident les stratégies des marques. Mais une autre donnée, encore peu visible, gagne en importance : l’empreinte carbone des campagnes digitales. Ce phénomène reste largement sous-estimé, alors même que le digital représente aujourd’hui 4,4 % de l’empreinte carbone nationale en France.

Une étude de 2022, menée par Fifty-Five, le cabinet français spécialisé dans la data et le marketing digital a permis de quantifier l’impact d’une campagne standard : jusqu’à 71 tonnes de CO2 émises, soit l’équivalent de 35 allers-retours Paris-New York ou l’empreinte carbone annuelle de sept personnes. Ces émissions proviennent non seulement de la diffusion des contenus, mais aussi de leur production, de leur hébergement et de leur consultation par les utilisateurs finaux.

Une chaîne publicitaire énergivore

Tous les formats digitaux n’ont pas le même poids carbone : les vidéos, surtout en haute résolution ou en lecture automatique, sont parmi les plus énergivores. Un spot de 15 secondes diffusé sur mobile consomme ainsi plus qu’un visuel statique consulté avec une connexion wifi. Les plates-formes comptent aussi : TikTok se révèle plus gourmande que YouTube ou Facebook en raison du volume de données et de ses algorithmes intensifs.




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Enfin, l’ensemble de la chaîne de diffusion, depuis la sélection des acteurs jusqu’à l’analyse des performances en passant par les canaux, le ciblage, l’achat programmatique et les pixels de tracking, mobilise des ressources techniques dont l’impact carbone reste largement ignoré.

Un angle mort des indicateurs de performance

Cette réalité soulève un paradoxe : les campagnes sont conçues pour maximiser leur performance, mais sans intégrer de critères environnementaux dans l’équation. Les indicateurs traditionnels de performance comme le taux de clic, le coût par conversion ou le taux d’engagement n’intègrent pas la consommation énergétique des supports ou des canaux utilisés. Autrement dit, plus une campagne est performante selon ses indicateurs, plus elle risque d’être énergivore, un paradoxe rarement pris en compte dans la mesure digitale.

Des outils émergents, comme le CO₂ PM ou CarbonTag, tentent d’introduire une lecture environnementale des campagnes en traduisant les impressions ou les vues en équivalent CO2. Toutefois, ces méthodes restent limitées et peu adoptées par les marques, car elles ne permettent pas d’évaluer avec précision l’empreinte carbone à toutes les étapes d’une campagne digitale.

Vers un marketing plus responsable

Ce constat invite à repenser les arbitrages entre performance publicitaire et sobriété énergétique. Il pose la question de la capacité de tous les acteurs de l’écosystème publicitaire à concevoir des campagnes efficaces et responsables, sans sacrifier la qualité des contenus ni l’engagement des publics.

Notre étude, menée auprès de 22 experts en France et aux États-Unis comprenant des annonceurs, des régies publicitaires, des agences média et de conseil ainsi que des spécialistes en data analytics, a permis de définir des stratégies publicitaires conciliant efficacité et impact environnemental. L’objectif final était de parvenir à un consensus et de proposer une liste de solutions capables de maintenir la performance tout en réduisant l’empreinte carbone. De cette façon, les bases de nouveaux indicateurs de performance (ou KPI en anglais, pour key performance indicators) pour la publicité numérique pourraient être mises au point.

L’idée de réutiliser du contenu déjà diffusé a été fréquemment évoquée lors des entretiens. À un moment où le recyclage s’impose comme une approche courante dans de nombreux domaines, cette pratique est identifiée comme l’une des stratégies possibles. Cependant, elle reste reléguée au bas de la liste, en raison d’un problème principal : l’ancien contenu risque de ne plus avoir d’impact sur les consommateurs, tout en nécessitant plus d’efforts et de ressources pour être adapté.

Compter, tracer, économiser

L’option suivante, moins attrayante, consiste à travailler sur les données générées ou exploitées dans le cadre des campagnes digitales (données clients, comportementales, etc.), car leur stockage nécessite l’usage de serveurs, qui polluent en grande partie. Le nettoyage des données est donc un moyen simple de réduire l’empreinte carbone. Il existe quelques contraintes, par exemple, une obligation légale de conserver les données pendant un certain temps. Comme le recyclage, ce sont des stratégies inscrites dans la durée.

Ces deux stratégies, à savoir la gestion responsable des données et la réutilisation des contenus existants, reposent sur une idée simple : il faut d’abord mesurer pour pouvoir agir. Le suivi précis des émissions, complété par des économies d’énergie même modestes au sein des organisations, contribuera à améliorer l’empreinte globale des campagnes. Dans cette optique, l’intégration d’indicateurs environnementaux permettrait ensuite d’optimiser en continu et de corriger la trajectoire dès qu’un seuil critique est franchi.

La précision est la reine !

Les changements directs dans les campagnes digitales concernent avant tout la précision du ciblage. Plus il est fin plus l’impact est fort, car les contenus peuvent être mieux adaptés. La deuxième dimension clé réside dans la diffusion : choisir le bon canal, qu’il s’agisse du wifi ou du mobile, au moment et à l’endroit appropriés, reste l’une des approches les plus efficaces.

De Vinci Executive Education, 2025.

Le choix des partenaires est un élément clé de la solution au problème. Si toutes les parties prenantes suivent les mêmes KPI, en choisissant d’abord l’environnement, toute la chaîne de performance sera améliorée. Comme disait un des participants :

« Dans le but de réduire les émissions de carbone dans le monde numérique, l’idéal serait de choisir des plateformes et des services économes en énergie » (Digital Account Manager)

Parce qu’il est important de travailler avec des partenaires ayant de sincères « préoccupations écologiques », il est crucial de créer un label pour les partenaires qui respectent et prennent en compte les émissions de CO2 dans leur stratégie publicitaire numérique. De nombreux intervenants utilisent plusieurs outils qui remplissent des fonctions similaires, ce qui entraîne des émissions de CO2 supplémentaires. L’utilisation d’outils redondants est à éviter.

En mettant en œuvre ces recommandations, les parties prenantes peuvent contribuer de manière significative à l’obtention d’une performance médiatique élevée et d’une réduction de l’impact environnemental.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Publicité digitale et empreinte carbone : comment concilier performance et durabilité ? – https://theconversation.com/publicite-digitale-et-empreinte-carbone-comment-concilier-performance-et-durabilite-265043

Évaluer les structures d’insertion par l’activité économique au-delà des chiffres

Source: The Conversation – in French – By Anne Le Roy, Enseignante chercheuse en Economie au CREG à l’UGA, Université Grenoble Alpes (UGA)

Une démarche d’évaluation a été construite par un groupe de travail de structures d’insertion par l’activité économique en Isère, aux côtés de l’Université Grenoble-Alpes. TI38, Fourni par l’auteur

Mesurer n’est pas synonyme d’évaluer. C’est ce que démontre une recherche menée en Isère sur les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE), à l’occasion du mois de l’économie sociale et solidaire (ESS). Si le taux de sortie dynamique est leur unique indicateur d’évaluation, il convient d’en explorer d’autres… avec moins de chiffres, et plus de lettres.


Alors que la raison d’être des structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) est d’accompagner les personnes rencontrant des difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi, leurs actions sont évaluées à l’aune d’un seul indicateur : le taux de sorties dynamiques. Non seulement ce taux ne révèle qu’une partie de ce que ces structures produisent, mais il met dans l’ombre « tout le reste ».

Afin d’éclairer ce qui est mis dans l’ombre, un collectif associatif de structures d’insertion en Isère, TI38, a proposé une démarche collective pour répondre à ce besoin de connaissances aujourd’hui partagé : que génèrent les SIAE ? Qu’apportent-elles à la société ?

Démarche d’évaluation en Isère

Pour reprendre les propos tenus par le collectif porteur de la démarche, « la réflexion est née d’un constat partagé : ce qui fait le cœur du travail réalisé jour après jour par l’insertion par l’activité économique (IAE) est peu visible et les indicateurs existants n’en rendent pas suffisamment compte ». Ces structures sont régulièrement sous tension :

« Les subventions accordées ne compensent que très partiellement les surcoûts engendrés par leur mission sociale et ne paraissent pas constituer un avantage économique. »

Pour éclairer et faire exister ce qui est invisibilisé, un groupe de travail émanant de TI38 s’est constitué et m’a sollicitée compte tenu de mes recherches sur l’évaluation des réalités échappant aux indicateurs classiques.

C’est ainsi qu’une démarche d’évaluation a été élaborée, afin d’identifier, d’apprécier et d’expliquer les changements générés sur les salariés en insertion et sur leur territoire.

Évaluation des structures d’insertion

L’évaluation est bien plus qu’une mesure, bien plus qu’une série de mesures. C’est un moyen de rendre compte des actions réalisées, de révéler la manière dont elles sont mises en œuvre et les effets générés en vue, notamment, de mettre en perspective leur diversité et leur transversalité.

Restituer la démarche menée au niveau isérois et nourrir une réflexion impulsée au niveau national par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) peut aider à révéler les richesses créées par les SIAE.

Étape 1 : rendre visible le travail autour de cinq dimensions

À partir de questionnaires et d’entretiens avec les partenaires impliqués (SIAE, État, Département et Métropole), il s’agissait de proposer une vision partagée de l’insertion par l’activité économique et son évaluation ; vision à partir de laquelle ont émergé les composantes de l’utilité sociale des SIAE, appelées « dimensions ».

Cinq dimensions ont été discutées, complétées puis validées par le groupe, en vue de les traduire collectivement en indicateurs :

  • insertion et accompagnement professionnels,

  • accompagnement social, prise en charge des freins et lutte contre la pauvreté,

  • lien social, intégration et mieux être,

  • développement économique et territorial,

  • environnement.

Étape 2 : récolter des données

Le groupe a ensuite travaillé chacune des dimensions retenues pour proposer des chiffres à même de les rendre visibles et les questions permettant de les obtenir.

Les données créées ont permis de donner corps aux dimensions de l’utilité sociale dont l’analyse a été complétée par des entretiens, collectifs et individuels. Il s’agissait de faire parler et comprendre les informations soulevées, mais aussi de creuser des questions apparues lors du traitement des données.

Les apprentissages de l’évaluation de l’utilité sociale des SIAE de l’Isère.
ti38

Étape 3 : la valeur ajoutée des structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE)

L’analyse collective des données chiffrées et lettrées a mis en lumière la complexité du travail réalisé par les acteurs des SIAE, qu’un taux de sortie dynamique ne peut pas révéler à lui seul. Leurs créations sont diverses et transversales, comme l’attestent les cinq points saillants ressortant de la démarche menée par TI38.

L’accueil de publics aux multiples problématiques

Les publics accueillis ont des difficultés, communément appelées « freins à l’emploi », plus nombreuses et plus diverses que par le passé – langue, transport, santé, etc. Ce cumul de difficultés, selon les dires des professionnels, transforme et complexifie le travail d’accompagnement et d’encadrement.

Un accompagnement relevant de plus en plus de l’action sociale

Les conseillères en insertion sociale et professionnelle (CISP) interviennent de différentes façons – mise en lien, écoute, suivi et accompagnement aux démarches – et sur de nombreux fronts – langue, numérique, logement, handicap, addiction, etc. – pour faire avancer les problématiques sociales. Cela est à l’origine d’une complexité croissante du volet social qui demande du temps, tout en étant difficile à caractériser et à mesurer.

Une professionnalisation sur différents registres

La mission principale des conseillères en insertion sociale et professionnelle est de conduire les salariés vers l’emploi durable. Ce travail se situe dans la structure d’insertion via l’activité support et en extérieur en proposant des formations, des stages ou par des expériences en CDD et intérim. Le nombre de suspensions de contrat d’insertion liées à ce motif pourrait être un indicateur à ajouter dans les futures évaluations.

Des salariés exprimant le sentiment de retrouver une place dans la société

Les salariés interviewés mettent en avant les effets du parcours sur leur vie quotidienne. Ils parlent de confiance, de motivation et d’espoir retrouvés, sources d’effets positifs sur leur santé, physique et mentale, et sur leur vie sociale. Ils ont l’impression de « retrouver une place » dans la société dès le début du parcours, ce que le taux de sortie dynamique ne révèle pas.

Des entreprises de proximité essentielles au territoire isérois

Les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) sont des acteurs économiques ayant un savoir-faire, des réseaux de fournisseurs (8 millions d’euros d’achat) et de clients (10 000 clients) à l’origine d’un chiffre d’affaires en Isère de plus de 40 millions d’euros en 2024. La réponse aux besoins locaux et la richesse produite sur le territoire contribuent au développement territorial qu’il importerait de valoriser.

Révéler les richesses créées par les SIAE

L’évaluation menée nous invite à changer le regard porté sur les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE) et à prolonger la réflexion pour mettre en lumière leurs effets sur d’autres politiques – logement, santé, éducation. Pourrait être ainsi envisagée la fin d’un pilotage par un chiffre, court-termiste et inadapté aux SIAE, car pouvant entrer en contradiction avec les besoins des personnes accompagnées et la raison d’être des structures.

Ce n’est pas le chiffre qui pose problème, mais comme l’a montré le sociologue Olivier Martin dans le prolongement des travaux d’Alain Desrosière, c’est son usage laissant entendre que mesurer serait synonyme d’évaluer.


Cet article a été co-rédigé avec Magda Mokhbi, directrice des Ateliers Marianne (Le Pont-de-Claix), un chantier d’insertion.

The Conversation

Anne Le Roy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Avec son éphémère test anti-« wokisme », l’Oklahoma ouvre un peu plus les portes de l’école aux lobbies conservateurs

Source: The Conversation – in French – By Emery Petchauer, Visiting Professor, Teachers College, Columbia University

D’après son promoteur, le test anti-« wokisme » devait préserver les écoles de l’« idéologie gauchiste radicale ». Ici, une école abandonnée à Picher, dans l’Oklahoma. Sooner4Life/Flicker, CC BY-NC

Inspiré par PragerU, un groupe médiatique conservateur, l’examen « America-First » mêlait patriotisme, religion et croisade anti-« woke ». Même s’il a été abandonné, il laissera des traces.


Aux États-Unis, l’Oklahoma est devenu un terrain d’expérimentation pour remodeler les programmes scolaires publics selon les goûts des conservateurs et les priorités du mouvement Make America Great Again (MAGA). Avec une volonté : imposer le nationalisme chrétien dans les salles de classe.

L’ancien surintendant de l’éducation de l’État, Ryan Walters, a supervisé ces dernières années plusieurs programmes éducatifs controversés, dont l’un imposant en 2024 à tous les enseignants des écoles publiques d’Oklahoma d’intégrer la Bible dans leurs cours.

Walters a démissionné de son poste en septembre 2025 pour prendre la tête de la Teacher Freedom Alliance, un groupe de pression conservateur opposé aux syndicats d’enseignants. L’une des décisions les plus inédites de Walters avait été d’adopter une évaluation des enseignants baptisée The America-First Assessment, conçue par PragerU, un lobby conservateur américain. Walters a expliqué que l’objectif de cet examen, mis en ligne en août 2025, était d’écarter toute forme « d’endoctrinement woke ».

En autorisant cette évaluation, Walters donnait à une organisation politique conservatrice et d’extrême droite un pouvoir d’influence sur la sélection des enseignants venus d’autres États souhaitant obtenir leur licence d’enseignement en Oklahoma.L’examen n’aura pas duré longtemps. Le successeur de Walters, Lindel Fields, a annoncé fin octobre 2025 que l’Oklahoma n’utiliserait plus cette évaluation. Fields a également abrogé l’obligation d’intégrer la Bible dans les écoles publiques de l’État.

Mais d’autres États pourraient encore adopter cet examen, proposé gratuitement. L’épreuve et la controverse qu’elle a suscitée illustrent la politisation croissante des systèmes éducatifs américains, cette fois à travers la question de la délivrance des licences d’enseignement.

En tant que chercheur en éducation, j’ai déjà écrit sur d’autres dispositifs d’évaluation des enseignants et sur certaines des problématiques qui les entourent, notamment leur tendance à écarter les enseignants noirs.

L’examen anti-« woke » de Walters constitue une expérience d’un genre particulier. Ce test n’a pas été conçu par une société spécialisée dans l’évaluation professionnelle et ne mesure en rien les connaissances disciplinaires nécessaires à l’enseignement.

Un test politisé pour les enseignants

L’examen America-First comprend 34 questions à choix multiples portant sur la Constitution des États-Unis, le fonctionnement du gouvernement, la liberté religieuse, l’histoire et les décisions de la Cour suprême. Parmi les questions : « Quels sont les trois premiers mots de la Constitution ? » ou encore « Que protège le deuxième amendement ? » Certaines questions portent sur le genre et le sexe, avec des formulations telles que : « Quelle est la distinction biologique fondamentale entre hommes et femmes ? » ou encore « Quelle paire de chromosomes détermine le sexe biologique chez l’être humain ? »

Walters a clairement affiché la portée politique de cet examen.

« Nous devons nous assurer que les enseignants dans nos classes, lorsque nous recrutons ces personnes, ne soient pas une bande d’activistes woke marxistes », a déclaré Walters, en août 2025.

Il a également déclaré que l’examen avait été conçu pour écarter spécifiquement les candidats enseignants libéraux susceptibles de venir pourvoir les postes vacants en Oklahoma tout en apportant avec eux une formation progressiste sur les questions de race et de genre – ce qu’il a qualifié d’« endoctrinement des États bleus » (NDT : un État dont les résidents ont majoritairement voté pour le Parti démocrate lors de l’élection présidentielle).

Lorsque le test a été mis en ligne en août, il a été rendu obligatoire pour tous les enseignants venant d’autres États souhaitant obtenir une licence pour enseigner en Oklahoma.

Un examen impossible à rater

L’America-First Assessment ne ressemble pas aux examens de certification habituels conçus par des organismes professionnels d’évaluation. Ces derniers portent sur les connaissances disciplinaires nécessaires à l’exercice du métier : les mathématiques pour les professeurs de mathématiques, les sciences pour les professeurs de sciences, etc. Au lieu de se concentrer sur une matière précise, il reprend en grande partie les thèmes chers à la rhétorique « America First » de Donald Trump, notamment en insistant sur les questions de genre et de sexe.

L’aspect le plus frappant de cet examen, toutefois, est qu’il est impossible à rater. Si vous ne connaissez pas les trois premiers mots de la Constitution américaine, vous pouvez tenter des réponses jusqu’à trouver la bonne. En réalité, le test ne passe à la question suivante qu’une fois la bonne réponse enregistrée. Ainsi, toute personne qui le termine obtient un score parfait de 100 %.

En conséquence, comme l’ont souligné plusieurs observateurs, cet examen s’apparente davantage à un test d’idéologie politique qu’à une véritable évaluation des compétences professionnelles. Contrairement au SAT, dont le contenu est protégé par le droit d’auteur, nombre des questions de l’America-First Assessment sont publiquement accessibles.

De plus, à la différence d’examens établis comme le SAT ou le GRE, l’America-First Assessment ne fournit aucune information technique sur sa conception ni sur les compétences censées être mesurées. De ce fait, il ressemble davantage à un « test de loyauté MAGA », selon les mots de Randi Weingarten, présidente de l’American Federation of Teachers.

Une entreprise médiatique conservatrice se lance dans l’évaluation des enseignants

Le format singulier et le contenu politique de l’America-First Assessment reflètent les priorités de PragerU, le lobby conservateur qui l’a conçu. Fondé en 2009 par l’animateur de radio conservateur Dennis Prager, PragerU produit des vidéos éducatives et de divertissement inspirées par l’idéologie conservatrice. Sa chaîne compte plus de 5 000 vidéos, dont des formats courts au titre évocateur : « Make Men Masculine Again » (« Rendre aux hommes leur virilité »), « How Many Radical Islam Sleepers Are in the United States ? » (« Combien d’agents dormants de l’islam radical se trouvent aux États-Unis ? ») ou encore « America Was Founded on Freedom Not Slavery » (« L’Amérique a été fondée sur la liberté, pas sur l’esclavage »). Des figures influentes de l’extrême droite comme Ben Shapiro, Candace Owens et Charlie Kirk y ont participé.

La page principale de PragerU sur YouTube compte plus de 3,4 millions d’abonnés. Des analyses universitaires de ces vidéos ont montré que leur contenu minimise l’impact de l’esclavage et propage de la désinformation sur des sujets tels que le changement climatique.

Dans sa vidéo pour enfants intitulée « Frederick Douglass : l’abolitionniste franc et direct », le personnage animé de Douglass met en garde les enfants contre les « radicaux » qui veulent changer le système américain plutôt que d’y œuvrer de l’intérieur. « Notre système est merveilleux et notre Constitution est un texte magnifique consacré à la liberté. Tout ce que nous devons faire, c’est convaincre suffisamment d’Américains d’y rester fidèles », conclut-il.

En 2021, le think tank a lancé PragerU Kids, une déclinaison destinée aux enfants en âge d’être scolarisés et aux enseignants, proposant des plans de cours, des fiches d’activités et d’autres supports pédagogiques liés à ses vidéos. Depuis 2023, d’autres États, dont la Floride, le New Hampshire et le Montana, ont approuvé les vidéos de PragerU pour une éventuelle utilisation dans leurs écoles publiques.

L’incursion de l’entreprise dans l’évaluation des enseignants en 2025 étend désormais son influence au-delà des programmes scolaires, jusqu’à la définition de ceux qui peuvent ou non obtenir une licence d’enseignement.

Une stratégie susceptible d’inspirer d’autres États

Lors de son lancement en août 2025, Walters et la directrice générale de PragerU, Marissa Streit, ont présenté cet examen comme une option destinée à tous les États « pro-Amérique ». Certains analystes ont également salué cette stratégie, censée débarrasser les écoles publiques de tous les enseignants « woke ».

Il est donc peu probable que PragerU – ou d’autres structures privées cherchant à peser sur le choix des enseignants – en restent là.

The Conversation

Emery Petchauer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avec son éphémère test anti-« wokisme », l’Oklahoma ouvre un peu plus les portes de l’école aux lobbies conservateurs – https://theconversation.com/avec-son-ephemere-test-anti-wokisme-loklahoma-ouvre-un-peu-plus-les-portes-de-lecole-aux-lobbies-conservateurs-269134

L’hyperstition, un concept au cœur de la vision de Nick Land, idéologue des Lumières sombres autour de Trump

Source: The Conversation – in French – By Arnaud Borremans, Chercheur associé à l’Institut de recherche Montesquieu (IRM), Université Bordeaux Montaigne

La pensée de Nick Land influence profondément un certain nombre de milliardaires de la Silicon Valley proches de Donald Trump.
Clarice Pelotas

Autour de Donald Trump, nous retrouvons bon nombre de personnalités influencées par l’idéologie des Lumières sombres. L’auteur de l’essai qui a donné son nom à cette école de pensée, Nick Land, demeure relativement peu connu mais ses travaux sont de plus en plus étudiés. Pour les comprendre, il est nécessaire de bien appréhender la notion d’hyperstition qu’il a forgée.


Philosophe britannique né en 1962, Nick Land est connu pour avoir popularisé l’idéologie de l’accélérationnisme. Son travail s’émancipe des conventions académiques et utilise des influences peu orthodoxes et même ésotériques.

Dans les années 1990, Land était membre de l’Unité de Recherche sur la Culture cybernétique (CCRU), un collectif qu’il a cofondé avec la philosophe cyber-féministe Sadie Plant à l’Université de Warwick et dont l’activité principale consistait à écrire de la « théorie-fiction ». À cette époque, Land a cherché, dans ses travaux, à unir la théorie post-structuraliste, principalement la pensée d’auteurs comme Marx, Bataille, Deleuze et Guattari, avec des éléments issus de la science-fiction, de la culture rave et de l’occultisme. Si la démarche de la CCRU en tant que telle était expérimentale, plusieurs éléments laissent penser rétrospectivement que Land y a insufflé des éléments relevant de sa propre idéologie.

Land a démissionné de Warwick en 1998. Après une période de disparition, il réapparaît à Shanghai où il réside toujours, sans reprendre de poste universitaire, devenant alors le penseur fondateur du mouvement (néo-) réactionnaire (NRx), connu sous le nom de Lumières sombres (Dark Enlightenment), du nom de son essai paru en 2013. Un ouvrage qui aura un impact majeur.

De l’importance des Lumières sombres et de Land en leur sein

Il est important aujourd’hui d’étudier l’idéologie des Lumières sombres car celle-ci est devenue très influente au sein de la droite radicale, spécialement aux États-Unis depuis le début du second mandat de Donald Trump.

Il s’agit d’une contre-culture de droite qui promeut la réaction politique et sociétale face au fonctionnement actuel des sociétés démocratiques, appelant notamment à un retour à une forme de féodalisme et à un cadre de valeurs conservatrices imprégné de religiosité, non pour elle-même mais en tant que garantie d’ordre social.

Pour autant, les promoteurs des Lumières sombres ne se veulent nullement passéistes : ils sont technophiles et capitalistes, deux considérations éminemment modernes et qu’ils cherchent à concilier avec leur démarche de réaction. D’où des tensions de plus en plus sensibles avec une bonne partie de la droite chrétienne au sein de la coalition MAGA (Make America Great Again) : de nombreuses personnalités conservatrices, qui se méfient de l’intelligence artificielle et même la diabolisent, se méfient de la fascination assumée des NRx pour cette technologie.

Il n’en demeure pas moins que les tenants des Lumières sombres sont indiscutablement influents au sein de MAGA, notamment parce qu’ils comptent dans leurs rangs le multimilliardaire Peter Thiel qui est non seulement un soutien électoral majeur de Donald Trump mais aussi un idéologue. Thiel cherche de plus en plus ouvertement à réconcilier les Lumières sombres avec la droite chrétienne, notamment en se réclamant du christianisme dans sa pensée politique, tout en y injectant des considérations accélérationnistes.

Or, Land fut justement le premier à théoriser dûment l’accélérationnisme, c’est-à-dire l’une des considérations qui fédèrent le plus les tenants des Lumières sombres : il faut un État fort, appuyé sur un ordre social rigide, en vue de faciliter le progrès technologique, lui-même alimenté par la croissance capitalistique.

Il faut préciser que, dans le modèle de Land, cela créera inévitablement une inégalité sociale amenant même, de par le recours à des augmentations technologiques du corps humain, à une séparation des élites, vouées à devenir une « race » à part ; tout le propos de Land est clairement antidémocratique et relève du darwinisme social.

Même si Land et les autres figures des Lumières sombres échangent peu, quand elles ne marquent pas leur incompréhension et même leur mépris réciproque, comme entre Land et le polémiste étatsunien Curtis Yarvin, Land est incontestablement influent au sein du mouvement et, par association, auprès de l’administration Trump II.

En-dehors de Peter Thiel qui, même s’il ne le cite pratiquement jamais, semble influencé par Land, notamment par sa démarche conciliant techno-capitalisme et mysticisme, l’un des relais les plus évidents du penseur britannique auprès du pouvoir étatsunien est Marc Andreessen, magnat de la tech devenu conseiller officieux du président Trump sur les nominations aux fonctions publiques. En effet, Andreessen s’est fendu en 2023 d’un « Manifeste techno-optimiste » dans lequel il cite nommément Land et partage sa conception du techno-capitalisme comme une entité autonome et même consciente, encourageant une production culturelle qui facilite sa propre expansion.

Visuel inséré dans la traduction française par le site techno-optimisme.com du chapitre « L’Avenir » du « Manifeste techno-optimiste » de Marc Andreesen.
techno-optimisme.com

Cette dernière considération est intéressante puisqu’elle illustre la portée prise par le concept d’« hyperstition », élaboré par Land durant ses années au sein de la CCRU et qui se retrouve, en creux, dans sa pensée ultérieure, estampillée NRx.

La nature de l’hyperstition

Pour mieux comprendre la notion d’« hyperstition », le blog de Johannes Petrus (Delphi) Carstens, maître de conférences en littérature, à l’Université du Cap-Occidental (Afrique du Sud), et son entretien avec Nick Land constituent les meilleures vulgarisations disponibles.

Comme le rappelle Carstens, cette approche considère les idées comme des êtres vivants qui interagissent et mutent selon des schémas très complexes et même totalement incompréhensibles, tels que des « courants, interrupteurs et boucles, pris dans des réverbérations d’échelle ». Carstens définit l’hyperstition comme une force qui accélère les tendances et les fait se concrétiser, ce qui explique en soi pourquoi l’hyperstition est cruciale pour la pensée politique de Land puisque cette dernière est accélérationniste. Carstens précise que les fictions participent de l’hyperstition parce qu’elles contribuent à diffuser des idées et renforcent ainsi l’attrait pour leur concrétisation. Par exemple, durant son entretien avec Land, Carstens présente l’Apocalypse non pas comme une révélation sur l’avenir mais comme un narratif qui invite les gens à le réaliser.

En outre, Carstens approfondit la nature en propre de l’hyperstition. Tout d’abord, il rappelle le lien entre l’hyperstition et le concept de « mèmes », mais précise que les hyperstitions sont une sous-catégorie très spécifique d’agents mémétiques puisqu’elles sont supposées participer de la confusion postmoderne dans laquelle tout semble « s’effondrer », selon Land et les autres auteurs de la CCRU. D’après les explications de Carstens, notamment via ses citations de Land, le capitalisme est l’un des meilleurs exemples d’hyperstition et même le premier d’entre tous, puisqu’il contribue puissamment à l’accélération postmoderne et facilite ainsi toutes les autres dynamiques hyperstitionnelles.

Ensuite, Carstens souligne la dimension occultiste de l’hyperstition, assumée par Land lui-même. Selon ce dernier, les hyperstitions sont constituées de « nombreuses manipulations, du fait de “sorciers”, dans l’histoire du monde » ; il s’agit de « transmuter les fictions en vérités ». Autrement dit, les hyperstitions sont en réalité « des idées fonctionnant de manière causale pour provoquer leur propre réalité ». Land précise même que les hyperstitions « ont, de manière très réelle, “conjuré” leur propre existence de par la manière qu’elles se sont présentées. » Par exemple, Land et ses co-auteurs de la CCRU présentaient dans leurs théories-fictions le « bug de l’an 2000 » non pas comme une panique injustifiée mais comme un narratif qui aurait pu provoquer un véritable effondrement de la civilisation moderne, ce qui aurait requis un contre-narratif puissamment asséné par les autorités pour calmer les populations.

Enfin, Land insiste sur le fait que l’hyperstition est un outil opérationnel, c’est-à-dire « la (techno-) science expérimentale des prophéties auto-réalisatrices ». Dès lors, Land instille la tentation de manipuler l’hyperstition pour procéder à de l’action politique, notamment en produisant et en propageant des narratifs de manière à les rendre viraux et à atteindre, pour ne pas dire « contaminer », autant d’esprits que possible.

Le rôle de l’hyperstition dans la néo-réaction

Même si Land n’a jamais mentionné l’Ordre architectonique de l’Eschaton (AOE) dans son essai de 2013, sa vision du mouvement NRx correspondait si bien aux intentions et aux comportements de ce groupe fictif inventé par la CCRU que l’hypothèse qu’il aurait servi de modèle à Land mérite d’être examinée. Même si la CCRU, majoritairement constituée de militants de gauche, présentait l’AOE comme une force malfaisante parce que conservatrice et même réactionnaire, il est envisageable que Land ait contribué à forger ce narratif au contraire pour exprimer sa propre sensibilité, qu’il gardait alors pour lui. Dès lors, l’AOE apparaît non plus comme une tentative d’action sur l’hyperstition pour nuire aux forces réactionnaires, en les dénonçant, mais comme une manière de les sublimer en un idéal-type à atteindre.

Selon la diégèse créée par la CCRU, l’AOE est une société plus que secrète. Elle est également décrite comme une « fraternité blanche », un cercle ésotérique strictement clandestin qui se manifeste au monde au travers d’organisations-satellites, même si ces dernières semblent se concurrencer les unes les autres.

Des liens évidents entre l’AOE et les Lumières sombres apparaissent lorsque nous lisons sa représentation dans les théories-fictions de la CCRU. L’AOE est décrit comme une organisation de mages dont les racines remontent à la mythique Atlantide, « source de la tradition hermétique occidentale », et qui considère l’histoire post-atlante comme prédestinée et marquée par la décadence. Cependant, l’AOE ne se résume pas à un ordre ésotérique qui n’agirait qu’au travers de la magie : la CCRU le décrit aussi comme une organisation politique avec des ressources importantes et une intention de remodeler le monde, y compris par des moyens autoritaires et violents.

L’Atlantide et l’AOE sont donc des idéalisations précoces des attentes de Land en termes de politique, notamment en mariant son goût pour la magie avec la réaction et l’autoritarisme. L’hyperstition apparaît dès lors comme une clé de voûte pour les militants néo-réactionnaires, à la fois comme un moyen et comme une fin : leur objectif même devrait être d’aider à la réalisation de l’AOE comme modèle, en diffusant cette fiction et en subjuguant les gens avec ce narratif. Les néo-réactionnaires espèrent qu’en assénant que la réaction est acquise par une forme de providence, qu’elle est sanctuarisée par une puissante société secrète et que celle-ci va dans le sens de leurs propres idées, cela confortera la conviction de leurs propres sympathisants et démobilisera les rangs des forces adverses.

The Conversation

Arnaud Borremans ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’hyperstition, un concept au cœur de la vision de Nick Land, idéologue des Lumières sombres autour de Trump – https://theconversation.com/lhyperstition-un-concept-au-coeur-de-la-vision-de-nick-land-ideologue-des-lumieres-sombres-autour-de-trump-268864

Comment les banques centrales peuvent éviter la spirale des anticipations d’inflation

Source: The Conversation – in French – By Éric Mengus, Professeur associé en économie et sciences de la décision, HEC Paris Business School

Dans la zone euro, ces anticipations ont contribué à atténuer les pics d’inflation après la pandémie de Covid-19. Earthphotostock/Shutterstock

Lorsque les anticipations d’inflation s’emballent, les banques centrales font face à un défi crucial : le risque de désancrage, ou emballement incontrôlé, par les différends économiques, notamment les consommateurs. Des recherches récentes mettent en lumière les stratégies potentielles pour préserver la stabilité des prix.


L’inflation dans la zone euro a atteint son pic à 10,6 % en octobre 2022. Elle est repassée à 1 %. sur l’année 2025. La Banque centrale européenne (BCE) a de toute façon pour cible un taux d’inflation de 2 % à moyen terme.

Il est bien établi que des anticipations d’inflation ancrées ont historiquement permis de limiter la durée et l’ampleur des épisodes inflationnistes. Une étude de la Banque de France montre que, dans la zone euro, ces anticipations ont contribué à atténuer et à rendre plus transitoires les pics d’inflation lors de la vague post-pandémie de Covid-19.

Cette vague inflationniste a ravivé la crainte d’un désancrage des anticipations – c’est-à-dire leur emballement incontrôlé. Cette inquiétude ne semble pas s’estomper avec la baisse des taux d’inflation, comme en témoigne la récente hausse des anticipations d’inflation des ménages aux États-Unis.

Renforcer la crédibilité à long terme

Les anticipations ne sont pas indépendantes des pressions inflationnistes actuelles et de la manière dont la banque centrale y répond.

Des travaux, comme Monetary Policy & Anchored Expectations : An Endogenous Gain Learning Model, soulignent que les agents privés tirent des enseignements des décisions actuelles des banques centrales. Ils anticipent leurs décisions grâce à l’observation des taux d’inflation.

Comparaison des mesures des anticipations tirées d’enquêtes par rapport aux données de marché (en %).
Banque de France

Ce mécanisme peut pousser les autorités à adopter des positions plus agressives pour éviter que les anticipations ne dérapent, même au prix d’un ralentissement de l’activité économique. Ignorer une inflation « transitoire » liée à des chocs d’offre – une stratégie parfois appelée look-through – peut se retourner contre elles, signalant une forme de complaisance et risquant d’affaiblir leur crédibilité à long terme.

Alors, comment préserver la stabilité des prix ?

Lien entre politique monétaire et budgétaire

Parfois, la maîtrise des anticipations d’inflation dépasse les moyens de la banque centrale. Cela peut être le cas lorsque le désancrage provient d’un risque de dominance budgétaire. La banque centrale doit alors adapter sa politique monétaire pour aider l’État à respecter ses contraintes budgétaires. Des recherches, comme celles menées avec les économistes Philippe Andrade, Erwan Gautier, Emanuel Moench et Tobias Schmidt sur les croyances des ménages concernant la dominance budgétaire, montrent que certains ménages perçoivent ce risque et l’associent à une inflation future plus élevée. Dans ce cas, l’ancrage des anticipations ne dépend pas seulement de la politique monétaire, mais aussi de la politique budgétaire.




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Le défi ne se limite pas aux périodes inflationnistes. En contexte déflationniste, comme dans les trappes à liquidité – lorsqu’une politique monétaire devient inefficace –, les banques centrales peuvent regagner le contrôle de l’inflation actuelle. Comment ? En stimulant activement les anticipations d’inflation à moyen terme – c’est l’objet des politiques de forward guidance, à savoir une stratégie d’une banque centrale pour donner des indications sur l’orientation future de sa politique monétaire.

Cela peut exiger de la banque centrale qu’elle signale sa position non seulement par des mots, mais aussi par des actes, comme je le mets en avant avec Jean Barthélemy dans un article publié dans Science Direct en 2018.

Pro-inflationniste et anti-inflationniste

N’y a-t-il pas là une certaine contradiction ? La banque centrale doit en effet afficher une posture anti-inflationniste en cas de risque inflationniste, et pro-inflationniste en cas de risque déflationniste.

Une partie de la réponse réside dans le fait que, qu’en tolérant une inflation supérieure à la cible en raison d’un choc d’offre ou qu’elle recoure au forward guidance, la banque centrale doit gérer avec soin l’impact de ces écarts sur les anticipations d’inflation à long terme. En particulier, les périodes normales, où rien ne justifie de s’écarter de la cible d’inflation, sont des opportunités à ne pas manquer pour assurer la stabilité des prix.

Quoi qu’il en soit, les banques centrales doivent arbitrer un équilibre délicat : rester flexibles à court et moyen terme, tout en préservant leur crédibilité à long terme. Tout écart par rapport aux objectifs d’inflation – qu’il soit dû à des chocs d’offre ou à du forward guidance – doit être clairement communiqué pour que le public en comprenne la justification et le caractère temporaire.

À l’inverse, cela signifie aussi que la banque centrale doit faire preuve de modestie et être prête à renoncer à ses plans si elle observe une variation des anticipations d’inflation à long terme, signe que le public commence à perdre confiance dans son engagement en faveur de la stabilité des prix.

En résumé, pour gérer le risque de désancrage, il faut a minima :

  • Construire sa crédibilité en temps normal : un historique solide est crucial pour maintenir la confiance lorsque celle-ci est le plus nécessaire.

  • Communiquer clairement : expliquer les objectifs, les conditions et le caractère temporaire de tout écart à court ou moyen terme par rapport aux cibles.

  • Faire preuve de modestie : des écarts marqués ou prolongés peuvent éroder la confiance du public.

The Conversation

Éric Mengus ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment les banques centrales peuvent éviter la spirale des anticipations d’inflation – https://theconversation.com/comment-les-banques-centrales-peuvent-eviter-la-spirale-des-anticipations-dinflation-268509

Le paradoxe de la Sécurité sociale : et si, pour faire des économies, il fallait l’étendre ?

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Da Silva, Maître de conférences en économie de la santé, Université Sorbonne Paris Nord

L’architecture du financement de la Sécurité sociale n’est pas neutre et a même un coût. Illustration avec l’Assurance maladie, qui cumule les sources de financement, tout en produisant des inégalités.

Cet article est publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le numéro 8 a pour thème « Notre modèle social, un chef-d’œuvre en péril ».


Malgré leur diversité, les économistes de la santé s’accordent pour regretter l’organisation actuelle du financement des soins. Au cœur de la critique se trouve l’idiosyncrasie hexagonale : le financement par deux acteurs distincts du même panier de soins. Par exemple, la consultation chez le médecin généraliste donne lieu à un remboursement à hauteur de 70 % par la Sécurité sociale et de 30 % par la complémentaire santé (au tarif opposable).

Cette architecture est coûteuse et inégalitaire. En comparaison internationale, la France consacre une plus grande part de ses dépenses de santé aux coûts de gouvernance du système (Graphique 1). Ces derniers représentent 5 % du total des dépenses contre 4,3 % en Allemagne, 1,8 % au Royaume-Uni et 1,7 % en Italie. Seuls les États-Unis et la Suisse font moins bien. La raison principale de cette situation est la place occupée par les complémentaires santé. Alors que celles-ci sont responsables de la moitié des coûts de gouvernance, elles ne prennent en charge que 12,1 % des dépenses de santé.




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Près de 96 euros de soins pour 100 euros cotisés

Pour le même montant, la Sécurité sociale finance près de 80 % des dépenses de santé. Les frais de gestion de celle-ci s’élèvent à 4 % contre 19,4 % en moyenne pour les complémentaires santé. Pour 100 euros cotisés, la Sécurité sociale rend 96 euros de soins et les complémentaires 80,6 €. Il est possible de discuter à la marge du montant exact, mais le constat reste sans appel. Le monopole public est particulièrement économe tandis que le marché impose de nombreux coûts évitables (gestion des contrats, marketing, etc.).

Graphique 1 : Dépense de gouvernance des systèmes de santé en 2021

En pourcentage de la dépense courante de consommation au sens international

Systèmes d’assurance maladie gérés par des assurances publiques (à gauche systèmes d’assurance maladie gérés par des assurances privées (au milieu) et systèmes nationaux de santé (à droite).

Source : DREES (2023, p. 180)

Un trio d’inégalités

Les complémentaires santé ne sont pas seulement chères, elles sont aussi inégalitaires. La première source d’inégalité vient du fait que toute la population ne dispose pas d’une complémentaire santé. Environ 2,5 millions de personnes n’ont pas de complémentaire santé, quand tout le monde a accès à la Sécurité sociale.

La seconde source d’inégalité concerne le niveau différencié de solidarité entre Sécurité sociale et complémentaire. La Sécurité sociale opère une redistribution massive entre classes de revenu. Le financement est très progressif et l’accès aux prestations est lié à l’état de santé. À l’inverse, les complémentaires sont peu solidaires et chaque catégorie de revenu récupère sa mise.

Une troisième source d’inégalité porte sur la variété des contrats de complémentaire santé : si presque toute la population a une complémentaire, tout le monde n’a pas la même. Or, ce sont les plus riches, qui sont aussi les moins malades, qui disposent des meilleurs contrats.

Une grande Sécu

Toutes ces critiques (et bien d’autres) conduisent des économistes divers à recommander la fin de la complémentarité. Dans une note du Conseil d’analyse économique de 2014, Brigitte Dormont, Pierre-Yves Geoffard et Jean Tirole préconisaient d’« [e]n finir avec [le] système mixte d’assurance maladie ». Un éditorial de 2021 publié par Florence Jusot et Jérôme Wittwer sur le site Internet du Collège des économistes de la santé se réjouissait de l’hypothèse d’une « Grande Sécu ». Ces positions émanant du centre de la discipline rejoignent celle des tenants de l’approche de l’économie politique de la santé.

La publication en 2021 d’un rapport du Haut Conseil sur l’avenir de l’assurance maladie a apporté un argument de poids supplémentaire. Pour la première fois, une estimation de l’impact de l’extension de la Sécurité sociale aux dépens des complémentaires santé a été réalisée. L’augmentation des prélèvements obligatoires serait plus que compensée par la réduction des cotisations versées aux complémentaires santé. L’économie a été estimée à 5,4 milliards d’euros par an. Contrairement aux idées reçues, la gestion publique permettrait de réaliser des économies de grande ampleur tout en facilitant l’accès aux soins.

France 24 2022.

Retrouver l’esprit de 1945

Le projet d’extension de la Sécurité sociale laisse cependant une question dans l’ombre : quelles limites fixer à cette extension ? Qui doit décider du panier de soin pertinent et des patients éligibles ? Deux grandes options sont envisageables. D’un côté, il paraît naturel d’envisager que cela soit le gouvernement et l’administration compétente qui continue à gouverner la Sécurité sociale. L’extension du financement parachèverait l’étatisation du financement des soins en France.

D’un autre côté, il est possible de prendre au sérieux la célébration cette année des 80 ans de la Sécurité sociale. En 1945, cette institution relève d’une socialisation et non d’une nationalisation. Afin d’échapper au paternalisme social d’avant-guerre, la Sécurité sociale est confiée aux intéressés qui élisent leurs représentants du niveau local au niveau national. Il ne faut pas confondre cette socialisation et la gestion par les organisations syndicales et patronales. Aux premières élections à la Sécurité sociale en 1947, chaque cotisant peut être candidat qu’il soit ou non adhérent à un syndicat. S’instaure alors une forme de double pouvoir entre État et Sécurité sociale, un pluralisme démocratique qui permet d’orienter la politique sociale. Si tout cela peut sembler fantaisiste, il est utile de rappeler que le régime local d’Alsace-Lorraine fonctionne aujourd’hui en grande partie sur ces principes. Le régime est gouverné par les intéressés qui peuvent décider du niveau de financement de certains soins et même du taux de cotisation. Et si on renouait avec l’esprit de 1945 ?


Cet article est publié en partenariat avec Mermoz, la revue du Cercle des économistes dont le numéro 8 a pour objet « Notre modèle social, un chef-d’œuvre en péril ». Vous pourrez y lire d’autres contributions.

Le titre et les intertitres sont de la rédaction de The Conversation France.

The Conversation

Nicolas Da Silva ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le paradoxe de la Sécurité sociale : et si, pour faire des économies, il fallait l’étendre ? – https://theconversation.com/le-paradoxe-de-la-securite-sociale-et-si-pour-faire-des-economies-il-fallait-letendre-268618

Dix ans après Paris, la COP30 pourra-t-elle relancer l’action climatique ?

Source: The Conversation – in French – By Sandrine Maljean-Dubois, Directrice de recherche CNRS, Aix-Marseille Université (AMU)

Dix ans après l’accord de Paris, la COP30 sur le climat s’ouvre ce 10 novembre au Brésil dans un contexte climatique et géopolitique tendu. Tandis que la planète bat de nouveaux records de chaleur, les États devront en 2026 relever l’ambition de leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, selon le calendrier décidé en 2015. La Cour internationale de justice de La Haye, qui a livré un avis inédit en juillet dernier, leur a rappelé leurs obligations juridiques en la matière.


C’est un rendez-vous très attendu. Cette année, la 30e Conférence des parties aux traités climatiques (COP) sur le climat se déroulera à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. Cette édition 2025 s’inscrit dans un contexte particulier. D’une part, la planète a connu en 2024 son année la plus chaude jamais enregistrée et 2025 bat de nouveaux records. D’autre part, cette année marque les dix ans de l’accord de Paris, alors que les engagements actuels des États restent très insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Surtout, l’année 2026 correspond au début d’un nouveau cycle de cinq ans, où les États sont appelés à actualiser leurs contributions nationalement déterminées (CDN), c’est-à-dire les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’ils se donnent ainsi que les mesures climatiques nationales pour les mettre en œuvre. En d’autres termes, leur feuille de route climatique. Or, selon le rapport sur l’écart entre les ambitions et les émissions (Emissions Gap Report) qui vient d’être publié en novembre 2025 par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), ces objectifs doivent gagner en ambition de façon « spectaculaire » (le terme utilisé en anglais est quantum leap) afin de limiter le réchauffement à 2 °C, ou idéalement à 1,5 °C.

Une tâche plus ardue que jamais dans le contexte international, marqué par des tensions géopolitiques croissantes. Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris va prochainement être effectif. L’Union européenne se divise sur la mise en œuvre du Green Deal et a eu beaucoup de difficultés pour s’accorder sur ses nouveaux objectifs. Partout montent les populismes climatosceptiques. Sans oublier les conflits mondiaux qui fragilisent la coopération multilatérale. Les questions du financement climatique et de la sortie des fossiles, enfin, exacerbent les divisions avant même le début des négociations.

Un avis rendu en juillet 2025 par la Cour internationale de justice de La Haye a d’ailleurs rappelé aux États leurs obligations juridiques vis-à-vis de l’accord de Paris.




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Des engagements climatiques nationaux à renforcer d’urgence

2025 marque donc, selon le calendrier décidé lors de la signature de l’accord de Paris, le début d’un nouveau cycle de cinq ans, où les pays doivent soumettre une version révisée (la troisième version) de leurs CDN, avec des plans d’action détaillés à l’horizon 2035. L’accord de Paris prévoit que cette révision quinquennale aille chaque fois vers davantage d’ambition, selon un principe dit de progression clairement affiché dans l’article 4 alinéa 3 de l’accord.

Comment l’accord de Paris envisage de relever les ambitions climatiques des États, tous les cinq ans.
World Resources Insitute

Il y a urgence, car les engagements actuels sont très clairement insuffisants. L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C, qui était pourtant la cible définie pour l’accord de Paris, est désormais quasiment inatteignable. Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre (GES), notre budget carbone, c’est-à-dire le niveau d’émissions à ne pas dépasser pour garder plus de 50 % de probabilité de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, sera épuisé d’ici trois petites années. Un réchauffement de 1,5 °C (tel que défini par l’accord de Paris, qui recommande d’utiliser des moyennes sur plusieurs années) pourrait être atteint avant la fin de la décennie.

Pourtant, à quelques semaines de la COP, seuls 64 des 195 États parties de l’accord de Paris avaient soumis leurs nouvelles CDN. De son côté, le Brésil a voulu donner l’exemple en tant que pays hôte, en relevant son objectif de réduction des émissions de 59 % à 67 % d’ici 2035, mais des acteurs majeurs, comme l’Union européenne, la Chine et l’Inde, n’ont à ce jour pas encore transmis leur contribution révisée. Dans l’ensemble, malgré certains progrès, les contributions restent insuffisantes.

Quand la justice climatique ouvre la voie

La Cour internationale de justice de La Haye elle-même confirmait dans son avis, le 23 juillet 2025, que le « contenu des CDN […] devait devenir plus ambitieux au fil du temps ».

S’agissant du changement climatique, les États n’ont pas le choix, nous dit la Cour : la coopération est aussi bien une « nécessité impérieuse » qu’une obligation juridique coutumière. Selon elle, les États doivent déterminer

« si [les] formes de coopération existantes, en ce compris des traités et leur application, continuent de servir le but qui est le leur, ou si de nouvelles actions collectives, dont l’établissement de nouvelles obligations conventionnelles, s’imposent ».

Un tel constat donne tout son sens à une initiative comme celle en faveur d’un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, soutenue pour l’instant par 17 pays, pour l’essentiel des petits États insulaires du Pacifique.

Face aux insuffisances des engagements politiques nationaux et internationaux, les procès climatiques continuent, quant à eux, de se multiplier. Depuis 2017, leur nombre au plan mondial a augmenté de 250 %, passant de 884 affaires à 3 099. Sans être une baguette magique, ces procès deviennent un levier central pour demander des comptes aux gouvernements – voire aux entreprises et acteurs financiers, qui sont de plus en plus visés.

Dans son avis, la Cour internationale de justice a enfin accru la pression sur les pays développés. Elle a notamment confirmé que l’assistance financière aux pays en développement est une obligation qui revêt un « caractère juridiquement contraignant », en application de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’accord de Paris. Elle a aussi conclu que les pays développés devaient s’acquitter de cette obligation d’une manière et à un niveau qui permettent d’atteindre les objectifs de limitation des températures.




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Le financement de la transition, un sujet toujours explosif

Et pour cause : la question du financement climatique reste un point de blocage récurrent lors des dernières COP sur le climat. La COP15 de Copenhague, en 2009, avait fixé à 100 milliards de dollars par an l’objectif de financements climatiques dédié aux pays en développement.

Les pays développés affirment que ce objectif a été atteint en 2022. Mais une très grande partie s’est faite sous forme de prêts à des taux souvent peu avantageux. L’ONG Oxfam considère ainsi que, de ce fait, la valeur réelle du financement climatique ne se situait, en 2022, qu’entre 28 milliards et 35 milliards de dollars (de 24,2 milliards à 30,3 milliards d’euros) sur les 116 milliards de dollars (environ 100,5 milliards d’euros) annoncés.

Les pays en développement ont pourtant besoin de financements pour s’adapter aux impacts du changement climatique et pour opérer leur transition énergétique. Un fonds pour les pertes et préjudices a été créé lors de la COP28 à Dubaï (2023). Il est désormais opérationnel, mais bien trop faiblement doté au regard des besoins.

La COP29 de Bakou (2024) avait constaté « avec inquiétude » l’écart entre les flux et les besoins en matière de financement de l’action climatique, en particulier pour ce qui est de l’adaptation dans les pays en développement. Dans ce contexte, la COP29 a demandé à « tous les acteurs » de collaborer pour faire en sorte que les fonds provenant de toutes les sources publiques et privées octroyés aux pays en développement puissent atteindre au moins 1 300 milliards de dollars (un peu moins de 1 126 milliards d’euros) par an d’ici à 2035.

Plus concrètement, l’objectif des 100 milliards de dollars (86,6 milliards d’euros) a été triplé, les pays développés ayant pris l’engagement de verser 300 milliards de dollars (259,8 milliards d’euros) par an d’ici 2035, provenant de diverses sources, publiques et privées, bilatérales (par exemple, par l’intermédiaire de l’aide publique au développement) et multilatérales (comme des financements de la Banque mondiale), « y compris des sources de financement nouvelles ». C’est une avancée importante, mais ce montant reste encore très inférieur aux besoins, comme le confirme le groupe d’experts indépendants de haut niveau sur le financement climatique.

De nouveaux engagements sont donc attendus au cours de la COP30, qui doit, en parallèle, avancer sur la réforme de l’architecture financière internationale pour lever un certain nombre d’obstacles techniques et renforcer la transparence et le suivi des flux.

La sortie des énergies fossiles, l’éléphant dans la pièce

La sortie des énergies fossiles est longtemps restée l’éléphant dans la pièce des négociations climatiques. L’accord de la COP28 à Dubaï (2023) mentionnait pour la première fois

« [la nécessité d’opérer une] transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques (…) [et d’] éliminer progressivement et dès que possible les subventions inefficaces aux combustibles fossiles ».

La mise en œuvre de cette promesse, non réitérée lors de la COP29 (2024), reste encore floue. Le Brésil lui-même, hôte de la COP30, est tiraillé. Sous la présidence de Lula, il affiche une volonté de leadership environnemental et s’engage activement dans la lutte contre la déforestation. Le pays reste toutefois un grand producteur de pétrole, désormais membre de l’Opep+. Il doit concilier transition énergétique et développement économique.




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Le Brésil n’est pas le seul État face à un tel dilemme. D’ici à 2030, les États prévoient de produire plus du double de la quantité d’énergies fossiles qui serait compatible avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C. En effet, de nombreux gouvernements continuent de soutenir, de financer et de développer la production d’énergies fossiles.

Les États sont ici en violation claire du droit international. Dans son avis du 23 juillet 2025, la Cour internationale de justice de La Haye précise qu’un État engage sa responsabilité internationale

« [lorsqu’il ne prend] pas les mesures appropriées pour protéger le système climatique contre les émissions de GES – notamment en produisant ou en utilisant des combustibles fossiles, ou en octroyant des permis d’exploration ou des subventions pour les combustibles fossiles ».

Dans ce contexte, beaucoup attendent de la COP30 une véritable feuille de route qui clarifie les étapes concrètes pour réduire la dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, malgré les résistances des États producteurs.

La COP30 sera-t-elle la COP des forêts ?

La COP30 se déroule enfin dans une région symbolique : l’Amazonie, poumon vert de la planète, mais aussi zone menacée par la déforestation et par les incendies.

Le Brésil est au cœur des tensions entre conciliation de la préservation de la forêt, développement local, droits des populations autochtones et lutte contre le changement climatique. Soutenu par d’autres pays forestiers, tels que la Colombie, le Ghana, la République démocratique du Congo, l’Indonésie et la Malaisie, il porte le projet de création d’un nouveau fonds international pour la conservation des forêts.

Ce projet ne fait pour l’instant pas consensus parmi les pays développés. Il existe une forte attente d’annonces concrètes sur la lutte contre la déforestation et pour le renforcement de la protection des puits de carbone, des sujets essentiels mais qui n’ont fait l’objet jusqu’ici que d’une attention très limitée lors des COP.

Dans un contexte géopolitique tendu, la COP30 va être un test pour un multilatéralisme déjà malmené. La coopération multilatérale, indispensable sur un tel sujet, peut-elle encore produire des résultats ? La COP30 peut-elle relancer la dynamique internationale sur le climat ? Les États vont-ils être capables de dépasser leurs divergences ? Réponse à Bélem, fin novembre.




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The Conversation

Sandrine Maljean-Dubois ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Dix ans après Paris, la COP30 pourra-t-elle relancer l’action climatique ? – https://theconversation.com/dix-ans-apres-paris-la-cop30-pourra-t-elle-relancer-laction-climatique-268793

Le Brésil est-il en mesure de respecter ses engagements climatiques ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Éloi Gay, Chercheur en sciences de gestion, ESSEC

La réalisation des objectifs climatiques du Brésil repose principalement sur la diminution de la déforestation. Cette réduction nécessite l’assentiment et l’engagement de l’agrobusiness, principal secteur vecteur de la déforestation. Pourtant, celui-ci paraît de plus en plus réticent à assumer cette responsabilité climatique et environnementale.


C’est un rendez-vous hautement symbolique. Le Brésil s’enorgueillit d’accueillir cette année la COP 30 à Belém, au cœur de l’Amazonie. Le gouvernement de Lula espère que cette localité illustrera la nécessité de revoir à la hausse nos ambitions climatiques et de mettre en place les actions et les mécanismes, notamment financiers, nécessaires à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris.

Pour convaincre un maximum de pays, le Brésil peut s’appuyer sur un historique d’action climatique ambitieux. En effet, en 2009, avec déjà Lula à sa tête, lors de la COP de Copenhague, il était le premier pays non-développé à prendre des engagements internationaux de réduction de ses émissions, et à les avoir atteints en 2020. En 2015, à l’occasion de la COP 21, il annonce aussi des objectifs de réduction de ses émissions de 37 % en 2025 par rapport à 2005. En 2024, le gouvernement brésilien s’est engagé à réduire ses émissions en 2035 entre 59 % et 67 % par rapport à 2005. Lors de cette annonce, le Brésil a réaffirmé son ambition d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et l’alignement de sa politique climatique à l’objectif d’un réchauffement de la planète 1,5 degré par rapport à la période préindustrielle.

Comme en 2009 et en 2015, la stratégie énoncée en 2024 et complétée cette année par des plans sectoriels, repose à moyen terme principalement sur la réduction de la déforestation. Le gouvernement compte arriver à une déforestation « zéro » (où les zones reforestées compensent les zones déforestées) à partir de 2030. Comme lors des précédents engagements climatiques internationaux du pays, ce pari sur la lutte contre la déforestation permet au Brésil de laisser les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des transports maintenir (voire augmenter à moyen terme) leurs émissions. Il permet même l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole, projet sur lequel alertent régulièrement diverses ONG. Une autre faiblesse, moins évidente mais tout aussi sérieuse, survient également lorsqu’il est question de dans la crédibilité de ces engagements climatiques : il concerne l’agrobusiness.

En effet, l’agrobusiness, qui représente un quart des émissions au niveau mondial, est responsable de 29 % des émissions brutes du Brésil (derrière les 42 % des émissions liées à la déforestation, elle-même en grande partie liée aux activités du secteur). De fait, de nombreux signaux politiques montrent que le secteur est de moins en moins aligné avec les orientations du gouvernement actuel et les alertes des scientifiques.

L’agrobusiness brésilien représente près de 50 % des exportations du pays en valeur (et près de 25 % du PIB selon certaines estimations qui incluent toutes les activités en amont en aval de la production agricole). Le pays figure parmi les principaux exportateurs de nombreux produits agricoles (soja, canne à sucre, café, jus d’orange, etc.). Le « complexe soja » (soja en grain et ses dérivés) demeure le principal produit d’exportation du pays (plus d’un tiers des exportations du secteur en valeur) et c’est principalement l’extension de cette culture qui explique l’augmentation de la surface cultivée au Brésil. Les industries de la viande représentent ensuite le deuxième poste d’exportation et les pâturages destinés à l’élevage bovin occupent plus de la moitié de la surface agricole du pays.

Cette puissance économique se traduit par une influence politique considérable. Son expression la plus emblématique est le Frente Parlamentar da Agropecuária (FPA) que l’on peut traduire comme le « front parlementaire de défense de l’agriculture et de l’élevage ». Ce groupe parlementaire s’aligne généralement sur les intérêts des plus gros agriculteurs et de l’agrobusiness. Du fait qu’il rassemble plus de la moitié des députés et sénateurs du pays, il est très puissant au sein du pouvoir législatif et possède une capacité d’influence ou de blocage du pouvoir exécutif.

L’objectif de déforestation zéro d’ici 2030 passe par l’arrêt de la déforestation illégale et la réduction drastique de la déforestation légale. La lutte contre la déforestation illégale fait l’objet d’un consensus au sein des syndicats patronaux de l’agrobusiness. Néanmoins, lors du gouvernement Bolsonaro, il a été clair que de nombreux pans du secteur agricole (notamment chez les grands propriétaires fonciers des états de l’Amazonie) soutenaient explicitement les efforts du gouvernement d’extrême droite d’alors pour mettre à bas les politiques et institutions publiques de lutte contre la déforestation.

Ces lobbys n’ont pas disparu et continuent d’œuvrer auprès d’un parlement au sein duquel les élections législatives de 2022 ont renforcé l’influence de l’extrême droite et la puissance des intérêts anti-environnementaux. Ainsi, la lutte contre la déforestation illégale ne saurait être tenue pour acquise et toute alternance politique pourra remettre en question les résultats de l’actuel gouvernement en la matière.

La question de la déforestation légale est tout aussi complexe. En effet, la législation environnementale brésilienne encadre strictement les possibilités de déforester pour les propriétaires terriens (c’est particulièrement le cas en Amazonie où 80 % des terres rurales doivent rester préservées). Néanmoins, ces protections sont moins strictes dans les autres biomes du Brésil et le respect de la loi et des procédures nécessaires pour déforester sont variables d’une localité à une autre.

Quand bien même, le Brésil ne pourra pas respecter ses engagements climatiques si toutes les zones qui peuvent être légalement déforestées le sont d’ici 2050. Or, tout changement de la législation environnementale vers une restriction des droits des propriétaires terriens est une ligne rouge pour les syndicats agricoles. C’est également une bataille dans laquelle les mouvements politiques écologistes sont peu susceptibles de s’engager puisque le dernier grand débat législatif en la matière en 2012 s’est achevé sur une défaite de leurs positions alors même que l’équilibre politique leur était plus favorable à l’époque.

Cela veut donc dire que la réduction de la déforestation légale doit passer par une redirection volontaire du système productif agricole brésilien qui aspire toujours à plus de croissance. La promesse faite par le gouvernement et les syndicats agricoles est que la surface agricole globale restera stable. Selon eux, il n’y aura pas besoin de déforester plus pour produire plus. Selon leurs projections, l’essentiel de l’augmentation de la production se fera par l’augmentation de la productivité. Les éventuelles surfaces supplémentaires nécessaires pour la production de grains comme le soja viendront de l’abandon par l’élevage bovin des pâturages les moins productifs.

Néanmoins, cette politique a déjà été conduite depuis 2010 et elle a eu des résultats mitigés. Si la déforestation a bien été réduite par rapport à 2005, elle reste à un niveau élevé et surtout elle a connu des oscillations à la hausse et à la baisse. D’autre part, le volontarisme du secteur sur la question apparaît affaibli. Cette année, quand le plan de réduction des émissions du secteur agricole a été présenté publiquement, les syndicats patronaux et agricoles ont fortement protesté contre le fait que les émissions liées à la déforestation ayant eu lieu au sein de propriétés agricoles leur aient été imputées. Pour eux, cela donne une image injuste et erronée du secteur alors que celui-ci est « déjà durable ».

Également, l’organisme qui s’assure du respect de la libre concurrence au sein des différents secteurs de l’économie brésilienne a acté en septembre dernier un rétropédalage historique en annonçant la fin en janvier 2026 d’un dispositif clé de lutte contre la déforestation en Amazonie au motif qu’il représentait un accord anti-concurrentiel nocif aux producteurs de soja. Ce dispositif, appelé moratoire du Soja, avait été signé en 2006 entre les grandes entreprises du secteur du soja et plusieurs ONGs écologistes face à la pression engendrée par une campagne de boycott du soja brésilien lancée par Greenpeace. Dans le cadre de ce moratoire en vigueur jusqu’à aujourd’hui, les plus grandes entreprises de négoce de commodities agricoles (par exemple les géants américains comme Cargill et Bunge ou des entreprises brésiliennes comme Amaggi) s’engagent à ne pas financer ou acheter de soja issu de terres nouvellement déforestées en Amazonie. Cette décision de s’attaquer à un des emblèmes de l’agriculture « responsable » et de l’engagement du secteur envers la protection de l’Amazonie met en évidence les tensions au sein du secteur et la détermination des syndicats agricoles à lever les « freins » à l’expansion de leurs exploitations.

Il est donc aujourd’hui peu probable que le secteur se mette en ordre de marche pour atteindre les objectifs de réduction de la déforestation et partant les objectifs climatiques du Brésil. Outre ces éléments politiques, la persistance de la déforestation a renforcé une spirale négative de dégradation des écosystèmes. La région amazonienne s’assèche et devient plus vulnérable aux incendies. Certains scientifiques alertent sur un point de rupture de plus en plus proche, avec une forêt qui commencerait à se dégrader d’elle-même. Également, la pression agricole sur le Cerrado, autre grand biome du pays composé d’une mosaïque de paysages ouverts et de forêts plus ou moins denses dont l’importance en termes de stockage de carbone est maintenant souligné par les scientifiques, met à mal sa fonction de château d’eau du Brésil. L’urgence à arrêter la destruction des milieux naturels n’en est donc que plus forte.

À l’avenir, les pressions des clients de l’agrobusiness pourraient changer la donne. L’Union européenne jouait ce rôle mais les tensions en son sein concernant sa politique environnementale et le fait qu’elle ait perdu son statut de premier acheteur du Brésil ont amoindri son pouvoir de pression. La Chine, comme premier acheteur et important investisseur, pourrait la remplacer. De nombreux programmes d’agriculture durable sont lancés entre les deux pays. Pour l’instant, la Chine n’a pas opté pour des exigences plus explicites quant à la déforestation. D’autre part, la pression de la société civile et le changement des équilibres politiques dans le pays pourraient accroître la pression sur le secteur afin qu’il change ses pratiques.

The Conversation

Pierre-Éloi Gay ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le Brésil est-il en mesure de respecter ses engagements climatiques ? – https://theconversation.com/le-bresil-est-il-en-mesure-de-respecter-ses-engagements-climatiques-269242

Le problème des « méga-COP » : une conférence de 50 000 personnes peut-elle encore lutter contre le changement climatique ?

Source: The Conversation – in French – By Dr Hayley Walker, Assistant Professor of International Negotiation, IÉSEG School of Management

Les COP attirent désormais des dizaines de milliers de participants. Une affluence qui pose de nombreux problèmes, et qui doit être réduite, à la fois pour que l’empreinte carbone d’un événement centré sur la lutte contre le réchauffement climatique ne soit pas démesurée et pour que les participants ne soient pas frustrés, ce qui ne peut qu’avoir un effet délétère sur leur participation ultérieure à le mise en œuvre des mesures adoptées durant les COP.


Les gouvernements du monde entier se réuniront bientôt à Belém au Brésil, pour la 30e Conférence des Parties (COP30), accompagnés de nombreux représentants du monde de l’industrie et des entreprises, de la société civile, d’instituts de recherche, d’organisations de jeunesse et de groupes de peuples autochtones – liste non exhaustive.

Depuis l’adoption de l’accord de Paris sur le changement climatique en 2015, le nombre de participants à la COP a explosé. La COP28 à Dubaï a réuni 83 884 participants, un record, et bien que ce nombre soit tombé à 54 148 lors de la COP29 à Bakou l’année dernière, il est resté bien supérieur à celui de la COP21 à Paris.

Les récentes « méga-COP » ont été critiquées pour leur énorme empreinte carbone. La recherche sur la participation des acteurs non étatiques aux COP que nous avons menée avec Lisanne Groen de l’Open Universiteit (Heerlen, Pays-Bas) identifie deux autres problèmes.

Premièrement, la quantité de participants nuit à la qualité de la participation, car un grand nombre d’acteurs non étatiques sont contraints de se disputer un nombre limité de salles de réunion, de créneaux horaires pour l’organisation d’événements parallèles, d’occasions de s’exprimer publiquement et de chances d’entrer en dialogue avec les décideurs. Deuxièmement, la tendance aux « méga-COP » creuse un fossé entre, d’une part, les attentes de ces acteurs en termes d’impact qu’ils espèrent avoir sur le déroulement des événements et, d’autre part, la réalité des faits.

Réduire le nombre de participants d’une façon équitable

En ce qui concerne le premier problème, la solution évidente consiste à réduire la taille des COP, mais cela n’est pas si facile dans la pratique. La décision d’organiser la COP30 dans la ville amazonienne de Belém, difficile d’accès et ne disposant que de 18 000 lits d’hôtel, a été considérée comme une tentative de dépasser ce qu’on a appelé le « pic COP »

Des dizaines de milliers de participants, qui ne semblent pas découragés par l’éloignement du lieu, sont tout de même attendus, mais l’offre limitée de lits a provoqué une flambée des prix, ce qui soulève des inquiétudes quant aux coûts et à leur effet potentiel sur « la légitimité et la qualité des négociations », comme le rapporte Reuters.

À mesure que les COP ont pris de l’ampleur, elles ont suscité de plus en plus d’attention de la part des milieux politiques et des médias, au point d’être désormais considérées comme « un événement où il faut absolument être présent ». Cela incite les organisations non gouvernementales et d’autres acteurs non étatiques à y participer. Tout comme la force gravitationnelle des grands corps massifs attire d’autres objets vers eux, la masse des « méga-COP » attire un nombre croissant de participants, en un cycle qui ne cesse de se renforcer et devient difficile à briser.

La force gravitationnelle des « méga-COP ».
Hayley Walker, Fourni par l’auteur

Selon nous, la manière la plus équitable de réduire la taille des COP consisterait à mettre en lumière la catégorie peu connue des participants « excédentaires ». Cette catégorie permettait autrefois aux gouvernements d’ajouter des délégués aux événements sans que leurs noms n’apparaissent sur les listes de participants, mais leurs noms sont désormais rendus publics depuis l’introduction de nouvelles mesures de transparence en 2023. Lors de la COP28, il y avait 23 740 participants « excédentaires ». Il ne s’agit pas de négociateurs gouvernementaux, mais souvent de chercheurs ou de représentants de l’industrie qui entretiennent des liens étroits avec les gouvernements.

Les COP sont des processus intergouvernementaux : elles sont créées par les gouvernements, pour les gouvernements. Par conséquent, la priorité est donnée aux demandes d’accréditation émanant des gouvernements.

Ce n’est qu’une fois toutes les demandes gouvernementales satisfaites que les accréditations restantes peuvent être attribuées à des acteurs non étatiques admis, appelés « observateurs ».

Les participants excédentaires bénéficient d’accréditations au détriment de ces organisations observatrices. Faire pression sur les gouvernements pour qu’ils limitent ou suppriment la catégorie des participants excédentaires permettrait donc de libérer beaucoup plus de badges pour les observateurs tout en réduisant le nombre total de participants à la COP de manière plus équitable.

L’écart entre les attentes des participants et la réalité des COP

Le deuxième problème, celui de l’écart entre les attentes des acteurs et ce qui se passe concrètement durant les COP, est lié à une conception de plus en plus erronée du rôle des acteurs non étatiques dans le processus de négociation des politiques climatiques.

Les États souverains sont les seuls acteurs légitimes pour négocier et adopter le droit international. Le rôle des acteurs non étatiques est d’informer et de mener des actions de plaidoyers, mais pas de négocier. Pourtant, ces dernières années, certains groupes d’acteurs non étatiques ont multiplié les appels pour obtenir « une place à la table des négociations » dans l’espoir de pouvoir participer aux réunions sur un pied d’égalité avec les gouvernements.

Ce discours, largement amplifié sur les réseaux sociaux, conduit inévitablement à la frustration et à la déception lorsque ces acteurs sont confrontés à la réalité des négociations intergouvernementales.

Nous constatons ce décalage en particulier chez les acteurs non étatiques qui sont nouveaux dans le processus. Les « méga-COP » attirent de plus en plus de nouveaux participants, qui ne disposent peut-être pas des ressources, notamment du savoir-faire et des contacts, nécessaires pour atteindre efficacement les décideurs politiques. La désillusion croissante de ces participants sape la légitimité des COP ; or cette légitimité est un atout précieux dans un contexte géopolitique où elles sont confrontées aux défis posés par l’administration Trump, mais risque également de gaspiller les idées et l’enthousiasme précieux apportés par les nouveaux venus.

Se concentrer sur la mise en œuvre des décisions

Nous voyons deux solutions. Premièrement, les initiatives visant à renforcer les capacités peuvent sensibiliser à la nature intergouvernementale des négociations et aider les nouveaux participants à s’engager efficacement. L’un de ces outils est le « Guide de l’observateur » de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). De nombreuses organisations et personnes produisent leurs propres ressources pour aider les nouveaux participants à comprendre le fonctionnement du processus et la manière de s’impliquer. Deuxièmement, et de manière plus fondamentale, il convient de détourner l’attention des responsables politiques, des médias et du public des négociations en tant que telles pour la diriger vers le travail essentiel de mise en œuvre des politiques climatiques.

Les COP sont bien plus que de simples négociations : elles constituent également un forum qui rassemble les nombreux acteurs qui mettent en œuvre des mesures climatiques sur le terrain afin qu’ils puissent apprendre les uns des autres et créer une dynamique. Ces activités, qui se déroulent dans une zone dédiée de la COP appelée « Programme d’action », revêtent une importance capitale maintenant que les négociations sur l’accord de Paris ont abouti et qu’un nouveau chapitre axé sur la mise en œuvre s’ouvre. Si le rôle des acteurs non étatiques dans les négociations intergouvernementales est plutôt limité, il est en revanche central lorsqu’il s’agit de la mise en œuvre des mesures décidées lors des COP. Les actions des villes, des régions, des entreprises, des groupes de la société civile et d’autres acteurs non étatiques peuvent contribuer à combler l’écart entre les objectifs de réduction des émissions fixés par les gouvernements et les réductions qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

La question clé est donc de concentrer l’énergie et l’attention des acteurs sur le programme d’action et la mise en œuvre des politiques, de façon à leur donner suffisamment d’importance pour qu’ils exercent leur propre force d’attraction et déclenchent une dynamique positive en faveur de l’action climatique. Il est encourageant de voir la présidence brésilienne qualifier la COP30 de « COP de la mise en œuvre » et appeler à un « Mutirão », un sentiment collectif d’engagement et d’action sur le terrain qui ne nécessite pas une présence physique à Belém. Cela permet à la fois de résoudre les problèmes liés aux « méga-COP » et de canaliser l’énergie collective vers les domaines qui en ont le plus besoin.

The Conversation

Dr Hayley Walker ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le problème des « méga-COP » : une conférence de 50 000 personnes peut-elle encore lutter contre le changement climatique ? – https://theconversation.com/le-probleme-des-mega-cop-une-conference-de-50-000-personnes-peut-elle-encore-lutter-contre-le-changement-climatique-269206

De COP en COP, une géopolitique de la procrastination climatique

Source: The Conversation – France (in French) – By Moïse Tsayem, professeur en géographie, Le Mans Université

Entre promesses ajournées et coalitions aux intérêts divergents, les COP se suivent et démultiplient les arènes de négociation sans nécessairement réussir à accélérer l’action climatique. À l’aube de la COP30, organisée au Brésil, l’enjeu est de taille : sortir de la procrastination climatique. Les organisations de la société civile jouent un rôle crucial et bousculent de plus en plus les arènes onusiennes.


La trentième conférence des parties sur le climat (COP 30), présidée par le Brésil, a lieu à Belém, en Amazonie, en novembre 2025. Depuis 1995, ce rendez-vous annuel des États qui ont ratifié la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a produit seulement deux traités majeurs : le protocole de Kyoto et l’accord de Paris. Leur mise en œuvre, dont les effets positifs en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre tardent encore à pleinement se concrétiser, est révélatrice de la « procrastination » qui caractérise la gouvernance internationale de la lutte contre les changements climatiques.

Les engagements pris sont souvent recyclés d’une COP à l’autre et leur mise en œuvre est trop souvent repoussée aux calendes grecques. C’est par exemple le cas de l’engagement des pays développés, de financer à hauteur de 100 milliards de dollars par an, les pays en développement, dans le cadre du fonds vert pour le climat, créé lors de la COP 15 à Copenhague en 2009. Il a été recyclé lors des COP suivantes, sans pour autant être tenu. L’inertie s’explique par les intérêts divergents des États, regroupés au sein de coalitions hétérogènes.

Le monopole des États est toutefois bousculé par les organisations de la société civile (OSC). Que peuvent-elles pour l’action climatique ? Comment cette tension s’inscrit-elle dans le cadre de la COP30 à venir au Brésil ?

Une démultiplication des arènes officielles depuis 30 ans

Depuis la première COP en 1995, le paysage des négociations climatiques s’est complexifié : au format initial s’est ajoutée une deuxième arène avec l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto (CMP) en 1997, puis une troisième avec l’accord de Paris (CMA) en 2015, chacune réunissant les États ayant ratifié ces accords.

Considéré comme un traité « expérimental », un « signal », ou une « impulsion » devant conduire à des engagements futurs plus ambitieux, le protocole de Kyoto n’a pas produit les résultats escomptés. Il reposait sur des engagements chiffrés de réduction des EGES des pays développés, avec des mécanismes de flexibilité, donc les échanges de quotas d’émissions. Mais en l’absence de ratification par les États-Unis, il n’a jamais pu être pleinement mis en application.




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En 2009, lors de la COP15, des négociations sont engagées pour un accord multilatéral de plus grande envergure pour l’après Kyoto. Celles-ci échouent du fait des tensions et des rivalités entre les États (confrontation entre l’Union européenne, les États-Unis et la Chine, marginalisation des pays en développement…).

L’accord de Paris, deuxième résultat majeur des COP, ouvre en 2015 une nouvelle approche. Les États, qu’ils soient développés ou en développement, doivent élaborer puis soumettre leurs Contributions nationales déterminées (CND). Autrement dit, des engagements et une feuille de route des actions qu’ils prévoient de mettre en œuvre pour lutter contre les changements climatiques à l’horizon 2030.

Chaque année depuis 2016, les COP, les CMP et les CMA ont lieu conjointement. Les CND ont fait l’objet d’un premier bilan en 2023. Il est prévu qu’elles soient examinées et rehaussées tous les 5 ans. Certains États en sont à la troisième version, pour des engagements à mettre en œuvre d’ici 2035.

Au fil du temps, le nombre d’arènes onusiennes relatives à la lutte contre le changement climatique s’est démultiplié, pour un succès tout relatif…
Conception : Moïse Tsayem Demaze, réalisation : Sébastien Angonnet, laboratoire ESO Le Mans, 2025, Fourni par l’auteur

Bien qu’ayant été ratifié par davantage d’États que le protocole de Kyoto, l’accord de Paris souffre du même écueil : il est non contraignant. Quant aux engagements pris par les États dans le cadre des CND, ils aboutiraient, en l’état, à une hausse de la température moyenne de l’ordre de 3,5 °C à l’horizon 2100, largement au-dessus de l’objectif de 1,5 °C.

Comme le protocole de Kyoto avant lui, l’accord n’a pas pris en compte la complexité de la gouvernance du monde, avec l’influence économique grandissante exercée notamment par les multinationales et par les pays émergents (donc la Chine et l’Inde), qui refaçonnent les relations commerciales internationales. La question environnementale a été progressivement reléguée à l’arrière-plan : l’imaginaire d’un grand régulateur central apte à définir et à distribuer des droits d’émissions semble de moins en moins en prise avec la réalité. Tout cela s’inscrit en réalité dans la reconfiguration des rapports géopolitiques internationaux, avec la montée en puissance du Sud global, et la crise latente du multilatéralisme.




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Dans le même temps, l’accord de Paris, tout comme le processus d’élaboration du texte des COP, tend à mettre les désaccords sous le tapis, puisque les décisions sont prises au consensus. Il en résulte des difficultés bien concrètes, notamment pour sortir des énergies fossiles.

Des coalitions d’États qui orientent les négociations

Au fil des ans, la COP s’est alourdie avec une multitude de coalitions d’États défendant des intérêts variés. Un clivage classique oppose généralement les pays développés aux pays en développement. Lors des dernières COP, l’ONU a recensé 14 coalitions d’États qui ont pris part aux négociations.

L’arène des COP : une hétérogénéité de groupes d’acteurs étatiques aux intérêts divergents.
Fourni par l’auteur

Beaucoup de ces coalitions sont constituées d’États du Sud (Afrique, Amérique du Sud, Asie) : groupe africain, Alliance bolivarienne des Amériques, Groupe des pays en développement partageant les mêmes idées, etc.). Pour faire entendre leurs positionnements ou leurs spécificités, et porter leur voix au sein des COP, les pays en développement ont multiplié les coalitions, parfois hétérogènes.

Plusieurs États sont ainsi membres de plusieurs coalitions à la fois, suivant leurs enjeux et intérêts par rapport aux changements climatiques et à leurs niveaux de développement économique et social. Par exemple, la Chine, l’Inde et le Brésil sont membres de quatre coalitions, les Comores sont membres de six coalitions, et le Soudan est membre de six coalitions.

Il existe ainsi plusieurs groupes attentifs à la question des financements climatiques en lien avec des sujets bien précis. Par exemple, les Petits États insulaires en développement, très attentifs à la problématique de la hausse du niveau de la mer, ou encore les pays de forêt tropicale humide, très attentifs à la lutte contre la déforestation.

On retrouve aussi des regroupements plus traditionnels, comme celui des pays les moins avancés

ou le G77+Chine. Le groupe parapluie (États-Unis, Australie, Canada, Nouvelle Zélande…) rassemble de son côté plusieurs États peu prompts à l’ambition climatique. Quelques États qui ont voulu se démarquer et garder une position neutre sont membres du groupe pour l’intégrité environnementale (Suisse, Corée du Sud, Mexique, etc.). L’Union européenne participe aux négociations en tant que groupe à part entière, même si chaque État membre participe parallèlement aux négociations en tant que Partie à la CNUCC.

Ces coalitions peuvent refléter les intérêts économiques des États vis-à-vis des énergies fossiles : le Groupe des États arabes, par exemple, réunit plusieurs membres de l’OPEP, qui ont davantage intérêt à maintenir le statu quo sur les énergies fossiles.

Les COP mises au défi par la société civile

Si les États sont au cœur des COP, ils ne sont pas pour autant les seuls acteurs. Les organisations de la société civile (OSC) ont pris une place considérable dans les négociations, soit aux côtés des États, soit en constituant leurs propres arènes, subsidiaires aux négociations officielles.

Ces OSC, très hétérogènes, sont organisées en groupes et réseaux d’une grande diversité. Des ONG peuvent ainsi être associées à des fondations humanitaires, à des think tanks, à des syndicats, à des églises, à des chercheurs, etc. C’est par exemple le cas de l’ONG 350.org, ou encore de l’ONG Climate Action Network.

Les OSC s’expriment non seulement à titre individuel, mais aussi à travers les réseaux qui les représentent ou les fédèrent, par exemple le Climate Action Network, ou le réseau Climate Justice Now. Certaines OSC et leurs réseaux organisent des off ou des side-events plus ou moins informels pour médiatiser et rendre visibles des sujets bien spécifiques ou des angles morts des négociations (la question des océans, celle des peuples autochtones, la compensation carbone, les énergies fossiles, etc.). Par exemple, l’ONG Climate Justice Alliance médiatise le renoncement aux énergies fossiles articulé, avec une transition énergétique juste portée par les communautés et les collectifs de citoyens, tandis que l’ONG Ocean Conservancy se positionne sur la question des océans. Quant à la Organización de los Pueblos Indígenas de la Amazonía, elle œuvre pour une meilleure prise en compte des peuples indigènes.

Hétérogénéité des organisations de la société civile constituant des arènes subsidiaires aux COP.
Fourni par l’auteur

Depuis 2015, on assiste à une évolution majeure, caractérisée par une multiplication des fronts de mobilisation, avec un foisonnement des actions par le bas, sur le terrain, ce qui décentre le regard par rapport à l’arène onusienne. Pour ces OSC, celle-ci n’est plus le point névralgique de la lutte contre les changements climatiques.

Une nouvelle vague d’OSC (Just Stop Oil, Friday for future, Extinction Rebellion…) entend mettre la pression sur des décideurs, sur des entreprises, généralement des acteurs « clés », en politisant et en radicalisant le débat, parfois sur la base des rapports du GIEC, soulignant ainsi l’importance de la prise en compte des travaux scientifiques.

Grace aux OSC, la justice climatique est devenue un sujet majeur qui reconfigure la lutte contre les changements climatiques. Parallèlement à ces actions (grèves pour le climat, blocages et sit in, etc.), d’autres OSC, plus anciennes et/ou plus structurées, judiciarisent la lutte contre les changements climatiques en portant plainte contre des États. C’est ce qui s’est passé par exemple en France, avec l’Affaire du Siècle, procédure judiciaire inédite engagée en 2018 contre l’État français, accusé d’inaction climatique, par quatre ONG (Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France).




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Qu’attendre de la COP30 au Brésil ?

Cette reconfiguration devrait une fois de plus être à l’œuvre durant la COP30, d’autant plus que celle-ci revêt plusieurs symboles : ce sera la première COP en Amazonie, le 20e anniversaire de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto et le 10e anniversaire de l’accord de Paris. Elle a lieu dans le pays hôte de l’adoption de la CCNUCC, un des traités fondateurs du développement durable, institué en 1992 lors du sommet de Rio de Janeiro sur l’environnement et le développement.

Les lettres de cadrage diffusées par le président de cette COP, nommé par le président du Brésil, donnent le ton. Comme pour les précédentes COP, le financement de l’action climatique des États en développement sera un enjeu majeur. Ces États, dans la dynamique géopolitique du Sud global, avec les pays émergents en tête desquels le Brésil, souligneront la nécessité d’alimenter et d’augmenter les fonds dédiés à leur participation à la lutte contre les changements climatiques, dans le respect des principes de la justice climatique.

Souhaitant que cette COP 30 soit la « COP amazonienne », le Brésil envisage que l’importance accordée aux forêts tropicales soit renforcée, avec une augmentation des financements et des investissements pour réduire la déforestation et la dégradation des forêts.

Déforestation par transformation de la forêt tropicale en espace agraire en Amazonie brésilienne (Benfica, Para).
M. Tsayem, 2003, Fourni par l’auteur

Le Brésil espère que cette COP soit celle du déclic – ou du tournant – pour la mise en œuvre des actions ambitieuses, innovantes et incluses. Le mutirão, c’est-à-dire l’effort collectif, dans un esprit de coopération associant toutes les parties prenantes (États, organisations internationales, collectivités locales, OSC, peuples indigènes, entreprises, citoyens, etc.), est prôné pour rehausser et réactiver l’action climatique dans une perspective globale.

The Conversation

Moïse Tsayem ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. De COP en COP, une géopolitique de la procrastination climatique – https://theconversation.com/de-cop-en-cop-une-geopolitique-de-la-procrastination-climatique-268952