Pourquoi l’Afrique et le monde restent dangereusement mal préparés à la prochaine pandémie

Source: The Conversation – in French – By Oyewale Tomori, Fellow, Nigerian Academy of Science

Alors que la nouvelle de l’épidémie d’Ebola se répandait à la mi-mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur les pandémies. Il s’intitulait : « Un monde au bord du gouffre : priorités pour un avenir résilient face aux pandémies ».

Ce document a été rédigé par le Conseil mondial de suivi de la préparation de l’OMS. Il explique pourquoi le monde n’est pas mieux préparé aux pandémies dix ans après qu’Ebola a mis en évidence de graves failles dans les systèmes de santé.

Et cela, six ans après que la COVID-19 a transformé ces failles en catastrophe mondiale. Il ajoute que les investissements dans la préparation aux pandémies n’ont pas suivi le rythme de l’augmentation du risque de pandémies.

Le Conseil mondial de suivi de la préparation est un organe indépendant de surveillance et de responsabilisation créé en 2018 par l’OMS et la Banque mondiale. Son objectif était de renforcer la préparation aux crises sanitaires mondiales. Il est composé de dirigeants politiques, de responsables d’agences internationales et d’experts de renommée mondiale. Sa mission consiste à évaluer les progrès mondiaux en matière de renforcement et de maintien des capacités de prévention, de détection et de réponse aux urgences sanitaires.

Le rapport a été publié en pleine épidémie d’Ebola. Cette fois-ci, elle a débuté en République démocratique du Congo. Le 17 mai, l’OMS a déclaré que l’épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Cela signifie qu’elle représente un risque pour de nombreux pays en raison de sa propagation internationale et qu’elle nécessite donc des efforts coordonnés à l’échelle mondiale.

En tant que virologue et ancien responsable de la santé mondiale, je pense que le diagnostic et les recommandations du Conseil mondial de suivi de la préparation sont d’une importance vitale pour la gestion des pandémies.

Ma première observation concernant ce rapport est que ses recommandations restent largement inappliquées dans beaucoup de pays. C’est particulièrement vrai en Afrique, où les pandémies se propagent et où les épidémies font rage et ravagent les populations.

L’Afrique doit tout particulièrement renforcer la confiance en sa propre capacité à se préparer aux épidémies, à les prévenir et à les maîtriser lorsqu’elles surviennent.

Pour y parvenir, et conformément aux recommandations, l’Afrique doit garantir :

  • une surveillance indépendante des risques de pandémie

  • le renforcement et la fidélisation des effectifs de santé

  • un accès équitable aux mesures de lutte telles que les vaccins

  • le financement

  • l’attention politique.

Surveillance indépendante des risques de pandémie

En utilisant des ressources et des financements locaux, les pays africains doivent prendre en main leurs solutions en matière de santé en mettant en place des systèmes de données qui garantissent la souveraineté sanitaire.

Ils doivent également veiller à ce que les données issues de la surveillance, de la recherche et du traitement des agents pathogènes soient gérées de manière sécurisée et relèvent de la responsabilité des institutions africaines plutôt que d’entités étrangères. Des accords récents avec les États-Unis ont mis cette question au premier plan. Certains demandaient aux pays africains de céder leurs données sanitaires ou de livrer leurs précieux agents pathogènes en échange de financements de donateurs.

Mais les données sanitaires constituent un atout inestimable pour la santé publique, la prise en charge clinique et la recherche. Elles aident les pays à identifier les maladies et à développer des vaccins et des traitements.

Ce que les pays africains devraient plutôt faire, c’est mobiliser des fonds nationaux. Ces fonds devraient servir à créer un environnement favorable permettant de soutenir et de renforcer la capacité des scientifiques et chercheurs nationaux à développer des innovations à partir d’agents pathogènes nationaux, au bénéfice du monde entier.

Deux institutions sanitaires africaines devraient être au cœur de ces efforts : la Région Afrique de l’OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), une agence de l’Union africaine. Elles ne doivent pas se concurrencer, mais collaborer. Ensemble, elles devraient piloter des initiatives à travers des systèmes centralisés de suivi et de lutte contre les maladies.

Personnel de santé

Prendre soin du bien-être du personnel de santé favorise la croissance, améliore la productivité, renforce la fierté nationale et la loyauté.

Cela contribue également à la fidélisation à long terme du personnel de santé.

Les pays africains doivent donner la priorité au maintien des capacités plutôt qu’au renforcement des capacités. Ils doivent créer et maintenir un environnement de travail attractif, tant sur le plan matériel que psychologique.

La disponibilité de ressources adéquates est nécessaire pour fonctionner efficacement et de manière productive. Cela inclut le matériel, les installations de laboratoire, les fournitures, les réactifs et les consommables destinés au personnel de santé africain qualifié et aux chercheurs.

Dans de telles conditions favorables, le personnel de santé peut se concentrer sur les problèmes de santé locaux et y trouver des solutions appropriées.

Accès équitable aux mesures de lutte

L’Afrique ne doit pas transiger sur la ratification des pactes internationaux en matière de santé qui garantissent un transfert de technologie équitable, des dérogations en matière de propriété intellectuelle et une production régionale solide.




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Accords sanitaires Afrique–États-Unis : les alertes d’un virologue


Les pays doivent également développer la production locale de kits de diagnostic de laboratoire, de vaccins et de fournitures médicales, ainsi que de produits non médicaux. Il s’agit notamment de gants, d’équipements de protection individuelle et de masques.

Cela permettra de réduire la dépendance vis-à-vis des dons extérieurs et des chaînes d’approvisionnement, en période de crise mondiale comme en temps normal.

Financement durable

Le plus grand défi pour de nombreux pays africains reste le gaspillage des ressources disponibles et les dépenses consacrées à des priorités mal placées.

Pour y remédier, les gouvernements doivent s’engager à investir durablement dans le secteur de la santé au niveau national. Parallèlement, ils doivent recourir à un financement mixte (impliquant à la fois les secteurs public et privé) pour combler les besoins restants. Des initiatives telles que le Fonds africain de lutte contre les épidémies offrent un modèle concret pour constituer des réserves financières permettant des interventions rapides pilotées au niveau local.

Lancé en 2025, ce fonds vise à mobiliser des ressources pour soutenir les efforts de préparation et d’intervention face aux menaces pour la santé publique sur le continent. Bien que relativement récent, le Fonds africain contre les épidémies doit fonctionner avec les normes de redevabilité les plus élevées. Il doit publier régulièrement des informations sur les contributions reçues, les projets soutenus et leur impact sur la préparation, la prévention et la lutte contre les maladies en Afrique.

Une attention politique soutenue

Les dirigeants africains doivent maintenir la préparation aux pandémies au premier plan de l’agenda politique afin de garantir une allocation continue des ressources et la redevabilité. Le plaidoyer en faveur de la préparation doit aller au-delà des slogans de campagne politique. Il doit être mené par des organismes régionaux tels que l’Union africaine. Les pays doivent ensuite traduire ces engagements en politiques nationales concrètes.

Il ne peut y avoir de pause ni de répit dans la préparation aux pandémies.

Les dirigeants politiques et les élites africaines, aux niveaux continental, national et local, ont un rôle déterminant à jouer pour favoriser un engagement et une participation durables des communautés.

Une préparation aux pandémies efficace et crédible repose en effet sur cette mobilisation collective. Par-dessus tout, elle exige une implication active et continue des communautés elles-mêmes.

The Conversation

Oyewale Tomori does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi l’Afrique et le monde restent dangereusement mal préparés à la prochaine pandémie – https://theconversation.com/pourquoi-lafrique-et-le-monde-restent-dangereusement-mal-prepares-a-la-prochaine-pandemie-284607

Sénégal : comment le fast-food s’est installé et a changé les habitudes alimentaires à Dakar

Source: The Conversation – in French – By Jean-Pierre Hassoun, Directeur de recherche CNRS en anthorpologie, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Quand on flâne dans les rues de Dakar ou une de ses banlieues, on est frappé de voir régulièrement des établissements tous désignés par les Dakarois comme des « fast-food » bien qu ils se différencient sur le plan architectural les uns des autres.

Ici, pas de McDonald’s pour imposer une même image. Mais si chacun de ces espaces est singulier, les nourritures que l’on y sert sont-elles les mêmes ? Dans une ville où il peut être problématique pour certains de manger plusieurs fois par jour, que signifie « aller au fast-food » ? Comment cet hédonisme mondain (pratique urbaine symboliquement bien classée) s’est-il concilié moralement avec la convivialité familiale autour du bol collectif, que l’on aime présenter à l’étranger comme un gage de partage et de solidarité ?

Mais surtout, quelle est la genèse de cette innovation alimentaire qui, au fil des ans, s’est ancrée dans les habitudes alimentaires dakaroises connue de tous et pratiquée par la plupart ? Ces questions ont mérité une longue enquête qui nous a conduits dans de très nombreux « fast-foods » mais aussi dans les non moins nombreuses dibiteries (espace urbain où l’on mange de la viande de mouton grillée), cet autre lieu nourricier en dehors de la famille.

En tant que chercheurs en anthropologie sociale ayant étudié la genèse et l’évolution de la culture alimentaire du fast food à Dakar, nous pensons que celui-ci raconte plus qu’une histoire de nourriture. Il s’inscrit dans une histoire urbaine faite d’influences extérieures, d’appropriations locales et d’innovations.

Dakar des années 1960

À Dakar, après l’indépendance en 1960, l’espace reste marqué par la présence française. Rues (Ponty, Peytavin), cinémas (Le Plazza, Le Paris, Le Vogue) et night-clubs (Dolce Vita, L’Aristo) portent encore des noms coloniaux.

Dans beaucoup de pays, l’indépendance impose une urgence symbolique : créer en quelques années (hymne, drapeau, uniformes – militaires et sportifs, etc.) ce que les puissances coloniales ont mis des siècles à bâtir. Mais, dans le Sénégal des années 1960, s’attaquer aux urgences matérielles prime, par exemple, sur l’édification d’une cuisine nationale. Ainsi, comme cela arrive souvent, l’innovation alimentaire viendra de l’extérieur.

Le pionnier

En 1964, Haïdar Farouk, jeune Libanais de 30 ans, débarque à Dakar où une communauté libanaise est déjà solidement implantée depuis le 19e siècle et active en tant qu’intermédiaire dans le commerce de l’arachide. La nationalisation du secteur par le président Léopold Sédar Senghor entraîne leur repli vers les villes, surtout Dakar.

Fort d’une expérience dans un prestigieux restaurant Al Ajami à Beyrouth, Haïdar Farouk introduit une broche à Dakar. Elle permet de rôtir la viande pour préparer le shawarma – mot d’origine turque (çevirme « rotation »)- alors largement inconnu à Dakar.

Farouk ouvre Adonis un restaurant qui se fait connaître par son offre inédite de shawarma. L’innovation se diffuse par imitation mais dans un périmètre urbain assez limité autour du quartier du Plateau. Ces lieux sont surtout fréquentés par les Libanais qui retrouvent un goût connu, mais aussi par des fonctionnaires sénégalais qui le découvrent.

Très vite, l’innovation est imitée et une dizaine de restaurants ouvrent dans le quartier du Plateau. À cette époque, on ne parle pas de fast-food. On préfère exister à travers des noms aux accents cosmopolites et exotiques, mais tous sont tenus par des migrants libanais qui deviennent de plus en plus sénégalais ou qui réinventent une autre façon d’être sénégalais : L’Oriental, Pam Pam, Automatix, Bristol, Semiramix, César, Le Phénix, Aranda

Pour 75 francs CFA (équivalent de 0,32 euros actuels), le goût du shawarma devient une séduction alimentaire qui peut concurrencer la cuisine familiale.

Hamburger made in Dakar

Au début des années 1980, le Plateau garde sa densité commerciale et sociale le jour, et sa fièvre hédoniste la nuit. Les télévisions satellitaires font découvrir aux Dakarois le hamburger. Les migrants de retour des États-Unis ou de France rapportent de nouvelles habitudes alimentaires.

Mais les chaînes internationales type McDonald’s ne s’installent pas au Sénégal, notamment en raison des conditions sanitaires qui n’étaient pas remplies. Ce qui est assez mal vécu par les Dakarois qui se sentent privés de cette modernité.

L’initiative viendra encore une fois d’un entrepreneur libanais déjà bien implanté sur le shawarma. Il élargit, par la suite, son offre en proposant du hamburger.

Il ramène des îles Canaries une plaque pour cuire les hamburgers. Il fait des essais pour personnaliser la recette et le hamburger fait son entrée sur la scène dakaroise au début des années 1980.

Comme pour le shawarma, l’innovation est très vite imitée, mais pendant encore une petite dizaine d’années, elle reste cantonnée au Plateau. La clientèle, toujours en quête de modernité, n’arrêtera pas de se diversifier. Tous les restaurants qui vendent des shawarmas vendront également du hamburger. À Dakar, la dénomination « fast-food » est née du rapprochement d’un goût oriental et d’un goût américain. La rencontre de la sauce tahini (qui signifie “moudre” en arabe, une sauce à partir de graines de sésame pressées, mélangée avec de l’eau, du jus de citron et de l’ail) et du ketchup en quelque sorte.

Dakarisation et oubli des origines

Au début des années 2000, sous l’ère libérale du président Abdoulaye Wade, de nombreux Dakarois se lancent dans l’entrepreneuriat. Viennent alors les « fast-food de quartier » où cohabitent hamburger et shawarma, tenus exclusivement par des Sénégalais sans lien avec la population d’origine libanaise.

Ils sont présents dans les 18 communes d’arrondissement de la capitale mais aussi dans des banlieues comme Pikine, Guédiawaye ou Keur Massar.

Les consommateurs aussi se transforment. Pour eux, le fast-food est devenu une habitude propre à leur ville, un repère alimentaire toujours susceptible de combler le manque. Du shawarma, ils ont oublié ses origines ottomanes ou libanaises et ne veulent retenir que son ancienneté locale. Quant au hamburger, il fut un moment vécu comme le symbole d’une américanisation des modes de vie. Il devient lui aussi un repère alimentaire de l’identité dakaroise.

Gentrification

Un quatrième âge du fast-food dakarois se dessine. Le déclin du Plateau (quartier administratif) s’accompagne d’un déplacement vers de nouveaux centres urbains nord-ouest (Almadies…) où dominent toujours le shawarma et le hamburger.

En 2002, une chaîne locale, _La Brioche Dorée_ fondée par deux frères d’origine libanaise, petit-fils d’un négociant en arachides, lui-même fils de boulanger, a vu le jour. Ces deux frères de la troisième génération se sont reconvertis dans la restauration, après des études de médecine et de pharmacie.

L’offre y est très variée, avec de nombreuses références françaises, comme l’illustre déjà le nom La Brioche Dorée : viennoiseries, pâtisseries, pizzas, salon de thé et restaurant, auxquels se sont ajoutés, depuis quelques années, le shawarma, le hamburger et le mouton grillé.

Destinée aux couches les moins précaires de la ville, cette enseigne attire une clientèle en quête de normes d’hygiène jugées plus rassurantes. Cette chaîne vient compenser l’absence persistante des chaînes internationales type McDonald’s ou Burger King.

Ces nouveaux lieux sont aussi des espaces de distinction sociale. Ils permettent d’afficher un certain statut social ou de ne pas se faire remarquer pour éviter d’être perçu comme un mangeur solitaire éloigné de sa famille et donc soupçonné d’égoïsme. Ils sont souvent aménagés à l’abri des regards, loin des fenêtres et protégés de la rue par des cloisons opaques.

Enfin, ces dernières années sont marquées par l’intensification de la mondialisation. Depuis les années 1990, les contraintes internationales ainsi que les choix économiques opérés dans le secteur agricole sous la présidence de Abdoulaye Wade, puis poursuivis jusqu’à aujourd’hui, ont renforcé la dépendance du Sénégal à l’égard de l’extérieur. Parallèlement, de nombreux projets cherchent à enrayer cette dynamique et à favoriser une plus grande autonomie économique.

Aujourd’hui, la viande peut provenir du Brésil. Les frites surgelées viennent parfois des Pays-Bas ou de Belgique, tandis que la sauce au sésame (tahini) et les mélanges de sept épices sont importés du Liban, de Syrie, d’Égypte ou de Turquie. Quant au ketchup, il peut venir de Dubaï, la mayonnaise de France ou de Belgique, et même les oignons et les tomates sont parfois importés des Pays-Bas ou de France pendant la saison sèche, tout comme la farine utilisée pour fabriquer le pain arabe ou le pain à hamburger

Enjeux sociaux du fast-food

Manger dans un fast-food peut être vu comme une pratique égoïste dans les quartiers pauvres par opposition aux repas familiaux plus valorisés. Mais c’est aussi une forme d’altruisme pour alléger le poids financier du bol familial afin d’en laisser davantage aux autres.

Pour les Dakarois, le fast-food est un espace qui offre la possibilité de prendre des repas individuels et de satisfaire des goûts de plus en plus diversifiés et mondialisés.

Ce sont aussi des espaces de plaisir personnel où on peut régler, par exemple, des affaires de couple à l’abri du regard familial. La pratique de cette restauration rapide reflète également l’emprise de la vie urbaine. On y mange vite pour rejoindre au plus vite son lieu de travail ou pour honorer un rendez-vous administratif.

«Manger fast-food» a ainsi introduit de nouvelles influences alimentaires et leur réappropriation. Cette pratique alimentaire a mis en évidence les tensions économiques et morales au sein même de la société sénégalaise à l’instar de ce qui se passe ailleurs dans le monde.

Ces restaurants sont devenus des lieux d’interaction collective, d’expression personnelle et d’appartenance à la fois à Dakar et à un monde globalisé… en attendant que la chaîne McDonald’s vienne s’installer.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Sénégal : comment le fast-food s’est installé et a changé les habitudes alimentaires à Dakar – https://theconversation.com/senegal-comment-le-fast-food-sest-installe-et-a-change-les-habitudes-alimentaires-a-dakar-276654

Les migrations peuvent faire gagner des matchs en Coupe du monde

Source: The Conversation – in French – By Ben Brindle, Researcher, Migration Observatory, University of Oxford

Du Maroc à Curaçao, les diasporas jouent un rôle croissant dans la composition des sélections nationales. Les recherches disponibles indiquent que les équipes les plus ouvertes aux parcours migratoires obtiennent souvent de meilleurs résultats sur le terrain.


Peu de gens auraient prédit le beau parcours du Maroc lors de la Coupe du monde de la FIFA 2022. À l’approche du tournoi, la sélection était classée 22e mondiale et n’avait jamais dépassé le stade des huitièmes de finale. Pourtant, elle a battu la Belgique, l’Espagne et le Portugal — des pays qui figuraient alors, comme aujourd’hui, parmi les dix meilleures nations du classement mondial —, atteignant les demi-finales (défaite 2-0 face à la France), une première pour une équipe africaine.

Le parcours du Maroc n’a pas seulement été remarquable (et pleinement mérité). Il a également suscité un débat au-delà du football, car 14 des 26 joueurs de la sélection marocaine étaient nés à l’étranger, soit davantage que pour toute autre nation engagée dans le tournoi.

La Coupe du monde 2026 comptera plus de joueurs nés à l’étranger que n’importe quelle édition précédente. Près d’un quart des 1 248 joueurs sélectionnés par les équipes nationales sont nés dans un pays différent de celui qu’ils représenteront.

Dans certaines sélections, les proportions sont bien plus élevées encore : 96 % des joueurs de Curaçao sont nés à l’étranger, tout comme 85 % de ceux de la République démocratique du Congo et 73 % de ceux du Maroc.

Au total, les joueurs nés à l’étranger constituent la majorité des effectifs dans huit des 48 sélections engagées dans le tournoi.

A bar chart showing the proportion of foreign-born players at football world cups since 1930

CC BY-NC-ND

Les migrations font partie de l’histoire de la Coupe du monde depuis ses débuts. Lors de la troisième édition du tournoi, en 1938, par exemple, 12 % des joueurs représentaient un pays autre que celui où ils étaient nés.

Cela s’explique en partie par le fait que la FIFA n’a introduit de règles encadrant l’éligibilité des joueurs aux équipes nationales qu’en 1962. Il n’était donc pas rare qu’un même joueur représente plusieurs pays au cours de sa carrière.

Certains joueurs représentent un pays autre que celui où ils sont nés parce qu’ils y sont éligibles par l’intermédiaire d’un parent ou d’un grand-parent. Ces joueurs sont souvent issus de communautés diasporiques constituées par de précédentes vagues migratoires.

L’un des exemples les plus connus est celui d’Ivan Rakitić, finaliste de la Coupe du monde 2018. Né et élevé en Suisse, il a choisi de représenter la Croatie. Dans une interview accordée en 2025, Rakitić expliquait que, lorsqu’il a dû choisir entre les deux pays, son cœur lui disait qu’il devait jouer pour la Croatie.

D’autres joueurs deviennent éligibles grâce aux règles de résidence. Pepe, par exemple, est né au Brésil mais a disputé quatre Coupes du monde avec le Portugal entre 2010 et 2022, après avoir obtenu la nationalité portugaise à l’âge de 24 ans.

Mais les joueurs nés à l’étranger ne racontent qu’une partie de l’histoire. Les effectifs de la Coupe du monde comptent également de nombreux enfants de migrants. L’équipe de France championne du monde en 2018 en est sans doute l’exemple le plus célèbre : 12 de ses 23 joueurs avaient des parents africains.

De telles configurations ne doivent rien au hasard. L’équipe de France reflétait les liens coloniaux et postcoloniaux du pays avec l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. De même, depuis le milieu des années 2000, la sélection suisse est de plus en plus marquée par les migrations en provenance de l’ex-Yougoslavie, à la suite des conflits et des déplacements de population qui ont accompagné son éclatement dans les années 1990.

L’équipe d’Angleterre engagée dans la Coupe du monde 2026 raconte elle aussi une histoire liée aux migrations. Aux côtés de Marc Guéhi, né en Côte d’Ivoire, au moins neuf joueurs ont un parent né à l’étranger. La plupart ont des racines familiales dans d’anciennes colonies britanniques d’Afrique ou des Caraïbes, reflet des vagues migratoires qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale vers le Royaume-Uni.

Dans le même temps, 24 joueurs nés en Angleterre ont été sélectionnés par d’autres équipes qualifiées pour la Coupe du monde. Parmi eux, cinq représentent l’Écosse et 19 portent les couleurs de pays situés au-delà des îles Britanniques, notamment les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et le Ghana.

Les joueurs issus de l’immigration font-ils la différence sur le terrain ?

Peu de travaux de recherche se sont penchés sur la question de savoir si les équipes nationales comptant davantage de joueurs issus de l’immigration obtiennent de meilleurs résultats. Les éléments disponibles suggèrent toutefois que c’est le cas.

Une étude publiée en 2022 a analysé l’ensemble des Coupes du monde disputées entre 1970 et 2018. Elle conclut que les équipes comptant davantage de joueurs nés à l’étranger ont, en moyenne, tendance à aller plus loin dans la compétition. Chaque joueur supplémentaire né à l’étranger était associé à environ 0,15 match supplémentaire disputé au cours du tournoi.

Cette relation demeurait même après prise en compte de différences plus générales entre les pays, ce qui suggère que les migrations pourraient procurer des avantages qui ne s’expliquent pas uniquement par la richesse d’un pays ou sa tradition footballistique.

Une autre étude publiée en 2023 s’est intéressée aux sélections européennes ayant participé aux Coupes du monde et aux Championnats d’Europe entre 1970 et 2018. En utilisant les noms de famille des joueurs pour estimer leurs origines ancestrales, les chercheurs ont mesuré la diversité des parcours au sein de chaque effectif et ont constaté que les équipes les plus diversifiées obtenaient, en moyenne, de meilleurs résultats.

Plus précisément, cette recherche a montré qu’une augmentation d’un écart-type du niveau de diversité au sein d’une équipe se traduisait par une amélioration de la différence de buts — c’est-à-dire le nombre de buts marqués moins le nombre de buts encaissés — d’environ 1,3 but par match en moyenne.

Au moins deux facteurs peuvent expliquer ces résultats. Premièrement, les migrations peuvent élargir le vivier de joueurs à la disposition d’une sélection nationale. L’équipe du Ghana engagée dans la Coupe du monde 2026 s’appuie largement sur les communautés de la diaspora installées en Europe occidentale. Cela lui permet de recruter des joueurs formés dans certains des systèmes de formation footballistique les plus performants au monde.

Deuxièmement, les migrations peuvent accroître la diversité des compétences disponibles au sein d’un effectif. Les footballeurs ont besoin de caractéristiques physiques et de qualités techniques spécifiques pour réussir au plus haut niveau. Les défenseurs centraux, par exemple, sont généralement grands et puissants physiquement. Les joueurs à vocation plus offensive, en revanche, ont souvent besoin de davantage de vitesse.

Une population plus diversifiée est susceptible d’offrir un réservoir plus large de profils adaptés à chaque poste, ce qui peut se traduire par une meilleure complémentarité au sein de l’équipe.

Cela ne signifie pas que les migrations font gagner les Coupes du monde. L’Argentine a remporté l’édition 2022 sans compter le moindre joueur né à l’étranger dans son effectif. La réussite dépend également de facteurs tels que la taille de la population, la richesse économique ou la qualité de l’encadrement technique. Et avoir Lionel Messi dans son équipe aide aussi.

Néanmoins, les données disponibles, bien qu’encore limitées, suggèrent que les migrations pourraient influencer le football international au-delà de la simple composition des équipes en compétition.

Si la sélection marocaine de 2022 avait été limitée aux seuls joueurs nés et élevés au Maroc, aurait-elle tout de même atteint les demi-finales ? Nous ne le saurons jamais avec certitude. Mais si Curaçao venait à réaliser un tel parcours cette fois-ci, le rôle des migrations dans la réussite sportive deviendrait sans doute plus difficile à ignorer.

The Conversation

Les données relatives à la part de joueurs nés à l’étranger sélectionnés dans les effectifs de la Coupe du monde 2022 et de la Coupe du monde 2026 ont été compilées et analysées par Adam Sawyer, cofondateur et directeur de la recherche au sein de Relevant Research, une organisation qui fournit un soutien technique et logistique aux chercheurs travaillant sur les questions migratoires.

ref. Les migrations peuvent faire gagner des matchs en Coupe du monde – https://theconversation.com/les-migrations-peuvent-faire-gagner-des-matchs-en-coupe-du-monde-284900

Pouvait-on prédire les inondations espagnoles de 2024 ? Le problème de la dérive des données illustré par la climatologie

Source: The Conversation – France in French (2) – By Rémi Vaucher, Enseignant-chercheur, EPITA

Les inondations de Valence (Espagne), vues par le satellite état-unien Landsat-8, le 30 octobre 2024. ESA pour le traitement de données USGS, CC BY-NC-SA

Le temps est l’ennemi des statisticiens. Même à l’ère des systèmes d’IA, un modèle météorologique qui serait uniquement fondé sur des données passées et des principes statistiques peut avoir des difficultés à prévoir correctement les quantités de pluie futures, dans le contexte du changement climatique – tout simplement parce que la situation évolue.


Nous avons toutes et tous vu passer les images terribles des inondations espagnoles d’octobre 2024. Avec plus de 200 morts, cet évènement est passé directement au statut d’incident le plus meurtrier survenu en Espagne depuis les inondations de 1962.

D’aucuns pourraient s’étonner du manque de préparation alors que les méthodes d’intelligence artificielle (IA) se répandent. À titre d’exemple, le modèle européen ECMFW, utilisé par Météo France, a récemment intégré un modèle d’IA (nommé AIFS) pour améliorer ses performances.

Avec toutes les méthodes récentes en météorologie et en climatologie, liées au déploiement de l’IA, pourquoi les inondations de Valence n’ont-elles pas pu être anticipées ?

Les statistiques au service de la climatologie

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais clarifier un point crucial : je ne suis pas climatologue et ne me revendique pas tel. Je ne vais donc pas m’étendre en détail sur des phénomènes météorologiques que je ne maîtrise pas assez.

Par contre, je connais bien l’étude des données temporelles. Et la question de la prédictibilité de ce phénomène météorologique va me permettre de vous expliquer un problème de statistiques sur lequel la recherche travaille toujours : la dérive des données (en anglais, data drift).

Tout d’abord, il faut formaliser un peu cet évènement climatique.

Premièrement, ce n’est pas un événement qui arrive tous les quatre matins. Ce genre d’occurrence reste statistiquement rare : on utilisera donc l’appellation « événement rare » ou « événement extrême ».

Deuxièmement, les inondations espagnoles de 2024 sont un événement rare parmi des événements rares. Explication : les habitants des Cévennes connaissent bien ces fortes pluies sous le nom d’« épisodes cévenols ». Ces épisodes cévenols font partie de ce que l’on appelle les épisodes méditerranéens. La « DANA » espagnole de 2024 est un exemple typique d’épisode méditerranéen : c’est exactement le même phénomène que les épisodes cévenols, et donc aussi « rare », mais non localisé aux Cévennes.

Finalement, parlons un peu de ce que nous appelons la « distribution des données ». La distribution des données, tout du moins dans ce cas-ci, c’est la probabilité qu’un évènement (un épisode pluvieux en ce qui nous concerne) arrive, qu’il soit d’une intensité donnée, qu’il ait une durée donnée, etc. Par exemple :

  • Si nous sommes le 15 septembre, il est beaucoup plus probable que, demain, il pleuve à Brest (Finistère) qu’à Nice (Alpes-Maritimes) : la probabilité de l’événement « pluie » à Brest est bien plus élevée que celle du même événement à Nice.

  • Si toutefois il pleut demain à Brest, il est fort peu probable que cette pluie soit d’intensité très élevée. En parallèle, s’il pleut demain à Nice, la possibilité que ce soit un épisode méditerranéen est plus élevée qu’à Brest. Il est donc plus probable d’avoir de fortes pluies à Nice, « sachant qu’il pleuvra demain », qu’à Brest.

Il est impossible de connaître parfaitement cette distribution, c’est-à-dire la probabilité qu’il pleuve une quantité donnée à tel endroit donnée à tel instant précis. Par contre, les scientifiques disposent d’un certain nombre d’outils permettant d’apprendre à prédire les évènements.

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Un exemple de distribution des précipitations : il s’agit de la probabilité qu’il pleuve une quantité donnée lors d’un jour de pluie. Dans cet exemple, il y 5 % de chance qu’il pleuve 12 millimètres dans la journée et, s’il pleut 40 millimètres ou plus, on fait face à un événement extrême et rare.
Rémi Vaucher, Fourni par l’auteur

Apprendre à prédire les évènements

Ces outils, ce sont majoritairement les statisticiens qui les inventent. Ils vont regarder les données passées et tenter d’en reproduire le comportement pour pouvoir prédire les données futures.

Par exemple, pour le sujet qui nous intéresse : les villes du pourtour méditerranéen ont besoin de pouvoir prédire les épisodes extrêmes et notamment la quantité d’eau (en millimètres) pour prévoir la mise en place de dispositifs exceptionnels (par exemple, des SMS alertant les habitants d’un risque de pluie ou d’inondation).

Pour cela, on va disposer de tous les relevés météorologiques (température, pression atmosphérique, vitesse du vent, orientation du vent, etc.) en plusieurs points géographiques autour de la zone concernée.

En apprenant à un algorithme à utiliser les données de la journée actuelle pour prédire la probabilité d’occurrence d’un épisode méditerranéen pour les deux ou trois jours à venir – et, si un épisode est envisagé, la quantité de précipitation prévue –, l’administration peut utiliser d’autres modèles (physique, statistique) pour prévoir les risques d’inondation dans telle ou telle zone de la localité.

Glissement de distribution et changement climatique

Malheureusement, avec le changement climatique, le climat change. Pour un statisticien, cette phrase signifie : « Un modèle entraîné sur le passé peut-il encore prévoir correctement la quantité de pluie de demain ? »

La figure ci-dessous nous montre mois par mois, depuis 2008, comment évolue le maximum de pluie dans une station météorologique proche de Valence (Espagne). Nous pouvons observer des valeurs maximales fluctuantes, mais dont les maximums restent sous 200 millimètres cumulés pendant deux jours.

graphe
Maximum mensuel des précipitations cumulées en deux jours à la station de Turis, proche de Valence en Espagne.
Rémi Vaucher, avec les données de l’AEMET (Agence météorologique espagnole), Fourni par l’auteur

Maintenant, admettons que nous entraînons un modèle à prédire les précipitations cumulées des deux prochains jours en utilisant ces données : nous lui donnons plein d’indicateurs au jour J, et nous souhaitons les précipitations cumulées des jours J+1 et J+2. Il est intuitif de penser que le modèle ne dépassera jamais la valeur de 200 millimètres, et cette intuition est réaliste : après tout, pourquoi le ferait-il ? Les modèles statistiques ne sont pas faits pour réfléchir à de nouvelles choses, ils sont faits pour reproduire un comportement appris, présent dans les données, qui aurait déjà pu (statistiquement) survenir dans le passé.

Analysons maintenant la suite des données.

Si nous avions utilisé notre modèle entraîné sur les données 2007-2023 pour prédire les précipitations des 16 et 17 octobre 2024, nous nous serions… certainement lamentablement plantés. Plus précisément, le modèle aurait sous-estimé la quantité de pluie (ce qui peut conduire des communes à avoir un faux sentiment de sécurité).

Ces dernières figures montrent bien que les inondations de Valence en 2024 étaient un évènement tellement extrême qu’il en devenait imprévisible. Pour mieux illustrer ce propos, la figure suivante montre, autour d’une ville où les épisodes cévenols sont plus fréquents, l’augmentation progressive de l’intensité de ces évènements. C’est ce que l’on appelle un « glissement de la distribution ».

Illustration du glissement de la distribution des précipitations (invisibles sur les données de Valence). On voit que, en 1960, les précipitations sont majoritairement entre 200 millimètres et 300 millimètres alors qu’elles se situent, en 2020, entre 250 millimètres et 400 millimètres.
Rémi Vaucher, Fourni par l’auteur

Le temps : l’ennemi ancestral du statisticien

Ce phénomène de glissement dans le temps ne s’applique pas qu’en climatologie, mais il y est particulièrement crucial au vu des victimes causées ces dernières années. En santé, beaucoup de facteurs influencent les données. Sont susceptibles d’évoluer dans le temps par exemple : les sources de pollution, le nombre de personnes vaccinées, le nombre de fumeurs, etc. Dans le numérique, les systèmes de recommandations sur les plateformes de contenus doivent réussir à s’adapter aux phénomènes de mode.

Enfin, le glissement de distribution ne concerne pas que les évolutions temporelles. Par exemple, les résultats d’une étude neuroscientifique sur des étudiants aux États-Unis restent-ils valides lorsqu’on l’applique à des quadragénaires en Inde ?

En somme, l’évolution (temporelle) de certains facteurs, comme les populations ou le climat, représente de vrais défis pour les statisticiens. Pour ce qui est de la météorologie, il existe des systèmes dits « hybrides », c’est-à-dire qui combinent une compréhension de la physique du système et des statistiques sur les données passées. Cette hybridation améliore les performances de prévision, mais les modèles restent encore, pour l’instant, en difficulté sur les évènements climatiques extrêmes.

The Conversation

Rémi Vaucher ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pouvait-on prédire les inondations espagnoles de 2024 ? Le problème de la dérive des données illustré par la climatologie – https://theconversation.com/pouvait-on-predire-les-inondations-espagnoles-de-2024-le-probleme-de-la-derive-des-donnees-illustre-par-la-climatologie-280312

Passage de la vie terrestre à la vie aquatique : un nouveau fossile éclaire l’évolution des dents des premiers cétacés

Source: The Conversation – France in French (2) – By Romain Weppe, Paléontologue, Royal Belgian Institute of Natural Sciences

Vue d’artiste de *Kalakocetus aurorae*, un ancêtre des baleines. Maëva Orliac, Fourni par l’auteur

Les premiers ancêtres des cétacés – le groupe de mammifères auquel appartiennent les orques et les dauphins – étaient déjà connus pour posséder des dents adaptées à un régime carnivore. Notre découverte récente, publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution, permet désormais d’entrevoir ce à quoi pouvait ressembler l’étape intermédiaire entre les dents broyeuses de leurs ancêtres terrestres et les dents tranchantes de ces prédateurs aquatiques.

Dans la région de Kalakot, au Cachemire indien, un nouveau fossile âgé d’environ 48 millions d’années vient d’être découvert : Kalakocetus aurorae.

Les molaires de cet animal de la corpulence d’un petit loup présentent une morphologie inédite, intermédiaire entre celles de ses plus proches parents terrestres et celles des premiers cétacés déjà connus dans le registre fossile. Il apparaît comme le représentant le plus primitif identifié à ce jour parmi les cétacés.

Cette découverte apporte ainsi un nouvel éclairage sur l’une des transitions les plus spectaculaires de l’histoire évolutive des mammifères : le passage progressif d’animaux terrestres herbivores à des prédateurs adaptés à la vie aquatique.

Comment cette découverte a-t-elle été réalisée ?

Le fossile de Kalakocetus aurorae a été découvert dans des roches sédimentaires âgées d’environ 48 millions d’années, dans la région de Kalakot, au nord de l’Inde. Cette région est considérée depuis longtemps par les paléontologues comme le véritable berceau des cétacés, car elle a livré les plus anciens fossiles connus témoignant de l’évolution des mammifères terrestres vers les baleines et dauphins actuels.

L’élément le plus remarquable concerne ses molaires inférieures. Chez les proches parents terrestres des cétacés, les molaires possèdent généralement quatre cuspides principales (les pointes présentes sur les dents), adaptées au broyage des aliments. Chez les premiers cétacés connus jusqu’à présent, ces molaires étaient déjà simplifiées et dominées par deux cuspides tranchantes spécialisées dans le cisaillement. Or, Kalakocetus aurorae présente une configuration intermédiaire originale à trois cuspides.

Mandibule et dentition du nouveau cétacé fossile Kalakocetus aurorae.
Fourni par l’auteur

Pour comprendre sa place dans l’évolution des cétacés, nous avons réalisé une analyse phylogénétique comparant son anatomie dentaire à celle d’autres mammifères ongulés fossiles et des premiers cétacés déjà connus. Cette analyse montre qu’il occupe la position la plus basale dans l’arbre évolutif du groupe.

Nous avons également étudié ses dents grâce à des analyses 3D de surface ainsi qu’à l’étude des traces d’usure dentaires, à différentes échelles. Ces approches permettent de reconstituer le fonctionnement des mâchoires et le régime alimentaire des animaux fossiles.

Les résultats indiquent que Kalakocetus aurorae avait déjà adopté un régime carnivore impliquant principalement des mouvements de cisaillement de la mâchoire tandis que la fonction de broyage des molaires était déjà fortement réduite.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ?

L’adaptation des cétacés à la vie aquatique s’est accompagnée de transformations profondes de leur anatomie, notamment au niveau de leur dentition.

Les cétacés modernes présentent aujourd’hui des dents extrêmement spécialisées. Les dauphins et autres cétacés à dents possèdent des dents coniques presque toutes identiques, tandis que les baleines ont perdu leurs dents au profit de fanons.

Les premiers cétacés connus montraient déjà une simplification importante des molaires, avec la disparition des surfaces de broyage au profit de dents plus tranchantes adaptées à la carnivorie. Mais cette transition apparaissait jusqu’ici de manière très brutale dans les archives fossiles, sans qu’aucun stade intermédiaire ne soit clairement documenté.

La morphologie de Kalakocetus aurorae fournit précisément cet élément manquant. Elle montre que l’évolution des dents des cétacés s’est probablement produite de manière plus progressive qu’on ne le pensait. Cette découverte suggère également que les changements alimentaires vers la carnivorie ont commencé très tôt dans l’histoire évolutive des cétacés, probablement en parallèle de leur adaptation croissante aux environnements aquatiques.

Quelles perspectives pour la suite ?

Cette étude ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les premières étapes de l’évolution des cétacés et les mécanismes ayant accompagné leur transition vers la vie aquatique.

La découverte de nouveaux fossiles ainsi que de futures recherches, combinant anatomie fonctionnelle, imagerie 3D et analyses isotopiques, devraient aider à mieux comprendre comment les premiers cétacés capturaient et consommaient leurs proies.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Romain Weppe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Passage de la vie terrestre à la vie aquatique : un nouveau fossile éclaire l’évolution des dents des premiers cétacés – https://theconversation.com/passage-de-la-vie-terrestre-a-la-vie-aquatique-un-nouveau-fossile-eclaire-levolution-des-dents-des-premiers-cetaces-282794

TW, kWh, mAh… Quelle est la différence entre énergie et puissance ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Nolwenn Le Pierrès, Professeure des Universités en énergétique, Université Savoie Mont Blanc

La machine à vapeur de Watt et Boulton date de 1788. Science Museum, London, CC BY-NC-SA

Dans le langage courant, on confond trop souvent les notions d’énergie et de puissance. Or, ces notions sont au cœur d’enjeux clés pour nos sociétés, comme nous en prenons conscience de façon aiguë lorsque des tensions géopolitiques viennent brutalement renchérir le prix de l’énergie jusqu’à remettre en cause nos modes de vie… On fait le point sur ces deux grandeurs, le lien entre elles et les unités pertinentes pour les quantifier.


L’énergie est quelque chose que l’on peut transformer, accumuler et échanger. On peut faire un parallèle entre l’énergie et une quantité de matière, par exemple une certaine quantité d’eau. Si on considère une baignoire, de l’eau peut y entrer (la baignoire se remplit), de l’eau peut y être stockée et de l’eau peut en sortir (la baignoire se vide). De façon analogue, de l’énergie peut pénétrer dans un système, y être stockée et en sortir. Le contenu énergétique correspondant est quantifié en joules (dont le symbole est la lettre J), selon le système international d’unités. Le joule a été défini comme l’énergie fournie pour déplacer un point d’une distance d’un mètre (l’unité internationale de mesure de la distance) en appliquant une force d’un newton (l’unité internationale de mesure de la force).

Parallèlement, la puissance représenterait la vitesse à laquelle la baignoire se remplirait ou se viderait, donc le débit d’eau entrant ou sortant : la puissance représente l’amplitude des échanges d’énergie. Ainsi, on peut remplir une baignoire plus ou moins vite, par exemple en ajoutant un kilogramme d’eau par seconde, ou plus lentement en y ajoutant seulement 50 grammes d’eau par seconde. De la même façon, de l’énergie peut être fournie à un système plus ou moins vite, en y ajoutant un joule par seconde ou 500 joules par seconde : c’est ce qui définit la notion de puissance échangée, quantifiée en watts (W, l’unité dérivée du système international pour la puissance).

schémas
Représentation de l’analogie énergie – matière et du lien entre puissance et énergie.
Nolwenn Le Pierrès, Fourni par l’auteur

Le lien entre la puissance et l’énergie est donc le temps :

Puissance = énergie/temps,

ce qui équivaut à : énergie = puissance x temps.

En unités internationales, un watt est donc égal à un joule par seconde.

La puissance ne peut pas être stockée : c’est un flux, de la même façon qu’on ne peut pas stocker un écoulement d’eau, seulement l’eau elle-même. En revanche, on peut adapter la capacité d’un système à échanger une puissance plus ou moins élevée, de la même façon qu’on peut adapter le diamètre du tuyau d’eau entrant ou sortant d’une baignoire.

Les multiples

Comme pour toutes les unités, les unités de puissance et d’énergie existent également avec des multiples. Les plus utilisés sont rassemblés dans le tableau ci-dessous.


Fourni par l’auteur

Par exemple, un gigajoule = 1 GJ = 1 x 109 J = 1 000 000 000 J. Cela semble être beaucoup d’énergie, mais correspond seulement à l’énergie solaire reçue chaque année par une dalle de terrasse de 50 cm de côté à Brest !

Ou 1 microwatt = 1 µW = 1 x 10-6 W = 0,000 001 W. Cette toute petite puissance correspond approximativement à la puissance consommée par les montres à quartz (attention, les montres connectées récentes, qui font beaucoup plus que de donner l’heure, sont également plus gourmandes !).

Les unités de mesure d’énergie que l’on retrouve dans la vie quotidienne

Comme un joule représente une très petite quantité d’énergie, dans la pratique, nous utilisons plus souvent d’autres unités pour quantifier l’énergie, en fonction du domaine dans lequel nous évoluons et des quantités exprimées. Toutes ces unités sont « traduisibles » en joules, selon un coefficient de conversion.

Dans le domaine de l’alimentation, ou parfois encore celui des transferts thermiques, la calorie (cal) est couramment utilisée, de même que la kilocalorie (kcal, égale à 1 000 calories).

1 calorie = 4,18 joules environ.

La calorie a été mesurée historiquement comme la quantité d’énergie (de chaleur) nécessaire pour élever de 1 °C la température d’un gramme d’eau liquide à pression et température ambiantes. Elle est donc encore parfois utilisée par les thermiciens.

Dans la vie courante, on compte le nombre de calories apportées au corps par les aliments, et on peut les comparer aux calories dépensées lors de nos différentes activités…

tableau calories et joules
Extrait d’un tableau de déclaration nutritionnelle d’un paquet de biscuits, avec l’équivalence entre calories et joules.
Nolwenn Le Pierrès, Fourni par l’auteur

Une autre unité d’énergie très courante est le kilowatt-heure (ou kWh) : elle correspond à l’énergie échangée lors d’un transfert d’une puissance d’un  kilowatt pendant une heure.

Comme

1 kilowatt-heure = 1 kilowatt x 1 heure = 1 000 watts x 3 600 secondes,
on en déduit que

1 kilowatt-heure = 3 600 000 joules = 3 600 kilojoules = 3,6 mégajoules.

Cette unité est également couramment utilisée lors d’un achat d’énergie, notamment sur la facture électrique ou de gaz.

Extrait d’une facture de gaz en 2024, avec l’énergie consommée en kWh (kilowatt-heure) et le volume consommé.
Nolwenn Le Pierrès, Fourni par l’auteur

C’est aussi en kilowatt-heure que les capacités des batteries des véhicules électriques sont quantifiées : les voitures présentent maintenant des capacités généralement entre 30 et 100 kilowatts-heures. Dans ce cas, cette capacité représente la « taille du réservoir », qui peut être plus ou moins rempli.

Extrait des caractéristiques techniques d’une voiture électrique, avec la puissance du moteur (en chevaux-vapeur et kilowatts), la capacité de la batterie (énergie stockée au maximum) et la puissance maximale utilisable pour recharger la batterie (en kilowatt).
Nolwenn Le Pierrès, Fourni par l’auteur

À plus grande échelle, on utilise des unités énergétiques plus grandes, par exemple la tep (tonne équivalent pétrole), qui a remplacé au cours du XXᵉ siècle la « tec » (tonne équivalent charbon) : cette unité représente la quantité d’énergie (appelée aussi pouvoir calorifique) produite par la combustion d’une tonne de pétrole brut « moyen », soit 41,868 gigajoules. Elle permet de quantifier de grandes quantités d’énergies avec un ordre de grandeur plus intuitif que des milliers de milliards de joules… Par exemple pour la France, l’importation de pétrole brut a représenté 45,6 Mtep en 2024.

Attention, on retrouve parfois les capacités de piles ou batteries quantifiées en ampères-heures (Ah) ou en milli-ampères-heures (mAh). Cette unité ne représente pas en tant que telle une quantité d’énergie. Pour être homogène à une énergie, il faut multiplier cette « capacité » par la tension avec laquelle le courant est échangé par la pile. Ainsi, dans le cas de piles fonctionnant à tension fixée (ce qui est souvent le cas dans de petits systèmes électroniques), il y a bien une proportionnalité entre la capacité en ampères-heures et l’énergie échangée ou stockée. En revanche, lorsque le système fonctionne sous une tension fluctuante ou lorsqu’on compare des systèmes de tensions différentes, cette grandeur peut être trompeuse.

Les unités de mesure de puissance

Comme indiqué précédemment, la puissance est quantifiée en watts (ou ses multiples). Une autre grandeur de puissance courante, utilisée principalement dans le milieu du transport est le « cheval-vapeur ».

Avant le XIXᵉ siècle, on pouvait facilement se représenter la puissance que peut produire cet animal, dont la force était couramment employée pour déplacer des charges. On pouvait ainsi quantifier le nombre d’animaux nécessaires au fonctionnement d’une machine. Lors du développement des premiers moteurs (machines à vapeur), une équivalence a été déterminée pour quantifier la puissance des machines développées. Le cheval-vapeur (noté « ch ») a donc été défini, avec l’équivalence :

1 cheval-vapeur = 735 watts

Cette puissance correspond à la puissance moyenne qu’un cheval peut transmettre sur un temps assez long. Actuellement les puissances des voitures peuvent s’étendre de quelques dizaines de chevaux-vapeur (comme sur l’exemple de la figure ci-dessus) pour une petite citadine, à plus de 1 000 chevaux-vapeur pour de puissantes voitures de sport.

Le volt-ampère (noté « VA ») est également une unité de puissance. C’est sous cette unité que la puissance souscrite sur un abonnement électrique (soit la puissance maximale du compteur électrique) est quantifiée. Le volt-ampère ne quantifie pas une puissance réellement consommée, mais correspond à la puissance maximale pouvant être échangée, avec l’équivalence :

1 kilovolt-ampère = 1 kilowatt et 1 volt-ampère = 1 watt

Si on reprend l’analogie de la consommation d’eau, il s’agit ici du « diamètre du tuyau »… Par conséquent, lorsque la puissance appelée par un foyer est supérieure à la puissance du compteur (en volt-ampère ou kilovolt-ampère), il disjoncte. Actuellement, les puissances souscrites chez les particuliers sont généralement comprises entre 3 et 15 kilovolts-ampères.

extrait de facture
Extrait d’une facture électrique en 2016, avec la puissance souscrite en kilovolt-ampère et la consommation en kilowatt-heure.
Nolwenn Le Pierrès, Fourni par l’auteur

Le watt-crête (Wc) représente également une unité de puissance. Comme pour le volt-ampère, ce n’est pas une puissance réellement produite, mais la puissance maximale productible par un panneau solaire photovoltaïque, lorsqu’il est placé dans les conditions de référence : à 25 °C et sous une irradiance solaire de 1 000 W par mètre carré de panneau solaire. Au cours d’une année de fonctionnement, ce panneau produira donc à chaque instant une puissance variant entre 0 watt et sa « puissance crête » en fonction des conditions dans lesquelles il est placé, ce qui représentera au total une certaine quantité d’énergie annuelle.

Cette « puissance crête » pour un panneau solaire photovoltaïque est appelée « capacité nominale » pour d’autres systèmes, comme les chaudières au fioul ou les centrales nucléaires par exemple, qui, elles également, produisent à chaque instant une puissance potentiellement différente en fonction des contraintes extérieures.

Finalement, énergie et puissance sont deux grandeurs intimement liées, et elles sont toutes les deux nécessaires à la définition et à la mise en œuvre des systèmes énergétiques.

The Conversation

Nolwenn Le Pierrès ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. TW, kWh, mAh… Quelle est la différence entre énergie et puissance ? – https://theconversation.com/tw-kwh-mah-quelle-est-la-difference-entre-energie-et-puissance-284239

Profiteur, partageur : comment se mettent en place les rôles sociaux des individus dans un groupe ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Philippe Faure, Directeur de recherche, Centre national de la recherche scientifique (CNRS); ESPCI Paris

Dans un groupe, les rôles de leader, de travailleur ou encore de profiteur, semblent parfois se répartir naturellement, comme si ces qualités étaient innées. De la même façon, l’idée de « leader naturel » suggère que certaines compétences seraient héritées, ce qui déterminerait notre place dans la société. Aujourd’hui, les neurosciences montrent que la distribution des rôles n’est ni purement innée ni purement situationnelle : le hasard des premières interactions fait diverger les stratégies individuelles et, une fois adoptés, ces rôles s’inscrivent dans le cerveau et persistent.


Un profiteur ne l’est pas par nature – il faut notamment qu’un profiteur ait quelqu’un de qui profiter. Comme tout le monde ne peut être profiteur en même temps, le rôle est contraint par le groupe et n’existe que par sa relation à l’autre. Mais si les rôles de chaque individu au sein d’un groupe ne sont ni prédestinés, ni purement liés à des situations ponctuelles, alors comment se distribuent-ils ? Autrement dit, qui devient quoi et pourquoi ? Quand et comment ces rôles sont-ils stabilisés ?

Ces questions, traditionnellement traitées par les sciences sociales et l’éthologie, sont aujourd’hui abordées par les neurosciences. Celles-ci apportent un éclairage nouveau sur l’émergence de ces rôles sociaux en regardant comment ceux-ci s’expriment dans le système nerveux.

Ainsi, nos travaux, publiés en avril dans Nature, mettent en évidence qu’un rôle social – profiteur, travailleur, collaborateur – ne préexiste pas à l’individu et ne se réduit pas non plus à une situation. Nous montrons que ces rôles émergent d’un faisceau d’interactions où le hasard joue un rôle initial décisif ; et que ce n’est qu’après qu’il s’inscrit dans la structure et l’activité du cerveau, ce qui lui confère une stabilité remarquable.

En d’autres termes, l’émergence des rôles sociaux a une nature double : elle est contingente à l’origine, puis persistante.

La dynamique d’émergence des rôles remet en question deux idées reçues : la rigidité des structures sociales, dont les systèmes de castes chez les insectes sont souvent cités comme exemples emblématiques, et le déterminisme individuel, incarné par les théories qui font de la sélection de compétences génétiquement déterminées le moteur inévitable de l’émergence des rôles sociaux.

Coopération et compétition chez les souris

Pour aborder ces questions, il nous a fallu combiner des approches comportementales permettant d’observer et de quantifier les comportements de souris en continu pendant plusieurs jours et des approches théoriques pour essayer d’expliquer les mécanismes sous-jacents et enfin des enregistrements neurophysiologiques mesurant l’activité cérébrale.

Pour analyser les comportements des souris, nous avons utilisé une large arène carrée possédant plusieurs compartiments avec chacun leur spécificité : consommation d’eau, de nourriture ou nid de repos. Les souris sont génétiquement identiques, du même âge, élevées dans des conditions standardisées et aucune n’a d’expérience préalable de la tâche. Pour se nourrir, une souris devait collecter une centaine de granulés de nourriture par jour, libérés un par un en appuyant sur un levier situé à quelques secondes de déplacement. Toutes les souris, que ce soit seules ou en groupe, apprennent la tâche en quelques heures. Un système de suivi vidéo en continu et d’identification automatique permet d’enregistrer chacun des déplacements pendant des semaines sans nécessiter la présence d’un observateur, préservant ainsi le cycle naturel d’activité nocturne des souris.

Chez les animaux placés seuls dans la cage, deux stratégies émergent. Certains appuient et collectent la nourriture dans la foulée, d’autres laissent les granulés s’accumuler avant de les consommer plus tard. Les femelles accumulent un peu plus que les mâles, cependant cette différence est modeste, rien qui n’annonce réellement les rôles sociaux que nous avons observés en groupe.

Lorsque les animaux sont plusieurs dans la cage, avec un même levier et un distributeur, ils se trouvent dans la situation de devoir ajuster leur comportement les uns par rapport aux autres. Une division du travail peut alors apparaître. C’est ce qu’on observe avec trois souris, situation dans laquelle des changements de comportement radicaux s’opèrent et où les rôles sociaux apparaissent.

Tous les animaux se nourrissent à leur faim, mais certains – les profiteurs – ne pressent que très peu le levier relativement à leur consommation, d’autres appuient beaucoup plus qu’ils ne consomment (les travailleurs) et enfin certains accumulent (les accumulateurs). Ces trois profils ne sont pas distribués au hasard dans les cages : les travailleurs cohabitent avec les profiteurs, formant une organisation sociale différenciée régie par la compétition, tandis que les accumulateurs vivent entre eux au sein d’une organisation non compétitive. Cette différence tient au couplage entre appui et consommation : dans la condition compétitive, celui qui appuie veut manger immédiatement, ce qui crée la rivalité et la possibilité qu’un congénère présent à proximité du distributeur lui prenne le granulé. Dans la condition non compétitive, les deux sont découplés – chacun appuie quand il veut, mange quand il veut, sans course à la nourriture, encore faut-il que l’ensemble du groupe adopte cette stratégie.

De manière surprenante, cette double organisation, compétitive ou non, est associée au sexe des animaux : 75 % des triades femelles sont uniformes et accumulent, alors que 76 % des triades mâles montrent des structures compétitives avec à la fois des profiteurs et des travailleurs. On est loin des petites différences entre mâles et femelles que l’on voyait lorsque les animaux étaient placés seuls dans la tâche.

Quand le cerveau libère de la dopamine

De plus, les enregistrements de l’activité des neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale révèlent que chaque rôle est associé à une signature neurale distincte. Pour comprendre cela, il faut rappeler que les neurones dopaminergiques signalent les récompenses par une augmentation transitoire de leur activité – ce signal permet à un individu de savoir si un événement vaut la peine d’être appris ou recherché.

Ainsi, chez les travailleurs, une augmentation de l’activité dopaminergique accompagne leur propre appui sur le levier une fois le rôle installé. Chez les profiteurs en revanche, ce même signal survient lorsqu’un congénère appuie sur le levier. Le cerveau du profiteur a donc appris que le travail d’autrui, et non le sien, prédit l’obtention de nourriture. Ce premier signal montre que les rôles sont ancrés par un mécanisme de renforcement expliquant ainsi que, une fois établis, les rôles ne s’échangent pas d’un jour à l’autre.

Par ailleurs, l’activité dopaminergique au repos est plus élevée chez les mâles que chez les femelles à l’issue de l’expérience, une différence absente avant la vie en groupe. Ceci reflète l’empreinte neuronale laissée par la tâche et la différenciation du fonctionnement cérébral.

Un modèle pour différencier les stratégies menant aux rôles sociaux

Un modèle computationnel d’apprentissage par renforcement révèle un mécanisme sous-jacent.

Le fonctionnement de ce modèle dépend d’un « paramètre d’exploitation » β, mesurant le degré d’exploitation d’une action connue comme gagnante – ici, presser le levier pour manger immédiatement – par opposition à la poursuite d’une exploration des autres possibilités. Un β faible indique un animal peu pressé, qui continue à tester d’autres options ; un β élevé reflète au contraire un engagement marqué dans la séquence levier-nourriture.

Le modèle montre, qu’en fonction de β, différentes stratégies de groupe émergent. Si β est faible, les animaux ne se spécialisent pas et ont tous la même stratégie d’accumulation – ce qu’on observe chez les femelles. Au contraire, si β est élevé, les individus se spécialisent spontanément, au travers de ce que l’on appelle une brisure de symétrie : les individus n’ont d’autre choix que de se spécialiser et d’être soit travailleur, soit profiteur. C’est ce qu’on observe chez les mâles.

Cette spécialisation se produit même si les individus sont parfaitement identiques et partagent le même β : ce sont les contingences des premières interactions qui décident qui deviendra travailleur et qui deviendra profiteur. Imaginons deux mâles identiques au β élevé placés ensemble pour la première fois. Par hasard, l’un atteint le distributeur de nourriture quelques secondes avant l’autre. Cette légère avance suffit : son cerveau associe la séquence aller au distributeur à une récompense, renforçant sa tendance à reproduire ce comportement. L’autre, arrivé trop tard, trouve la nourriture déjà consommée et se tourne vers le levier pour en produire lui-même. En quelques cycles, l’un est devenu profiteur, l’autre travailleur. Non pas parce qu’ils étaient différents au départ, mais parce que le hasard d’un premier instant a enclenché deux boucles de renforcement divergentes. Chez les femelles, un β faible signifie qu’aucun individu ne s’engage assez fortement dans la séquence levier-nourriture pour qu’une rivalité s’installe. Toutes restent dans le découplage temporel entre appui et consommation, et le groupe converge vers l’uniformité.

Ce résultat invite à reconsidérer l’idée que les rôles sociaux reflètent des qualités individuelles préexistantes. C’est le groupe qui fabrique les différences de rôles, pas l’inverse. Enfin, ce modèle pose la question du support biologique du paramètre β.

Faire basculer les rôles : du contexte social à la dopamine

Nous avons testé cette idée plus précisément au travers d’expériences supplémentaires.

Une première série d’expériences nous a permis de montrer que le contexte social est important. Si deux femelles sont installées avec un mâle, le comportement du groupe est compétitif. Les mâles sont préférentiellement des profiteurs et les femelles se partagent entre profiteurs et travailleurs. Le profil d’accumulateurs que les femelles adoptent spontanément lorsqu’elles sont entre elles n’est donc pas fixé par avance. Les femelles peuvent adopter des comportements coopératifs ou compétitifs, selon le contexte.

La dopamine est un des paramètres qui contrôle ce seuil entre groupes différenciés compétitifs et groupes homogènes. Lorsqu’on manipule l’activité des neurones dopaminergiques par optogénétique, avant de placer les souris dans la tâche, les structures sociales qui émergent s’en trouvent modifiées. Inhiber l’activité dopaminergique chez des triades femelles suffit à faire apparaître une compétition et une différenciation comparables à celles observées chez les mâles ; à l’inverse, l’augmenter chez les mâles efface leur différenciation et fait converger le groupe vers un profil uniforme.

Ce double résultat révèle une asymétrie instructive : ce que l’on mesure naturellement après la tâche – un tonus dopaminergique plus élevé chez les mâles – reflète l’empreinte de la spécialisation acquise ; ce que l’on fait artificiellement avant la tâche modifie la capacité du système à se différencier, et ce dans le sens inverse de ce qu’on pourrait naïvement attendre. Ce qui compte n’est pas tant le niveau global de dopamine, que la capacité du système dopaminergique à signaler des événements précis. Cette capacité est altérée précisément par la modulation du niveau global de dopamine. L’activité dopaminergique agit ainsi sur le β, réglant non seulement le comportement individuel, mais aussi l’aptitude du groupe à se diversifier.

En somme, le rôle au sein d’un groupe n’est ni une propriété de l’individu ni un effet pur de situation. C’est un état dynamique, entretenu par une boucle entre l’expérience sociale et l’activité du cerveau. Les rôles sont distribués au travers d’une émergence collective, et non pas a priori. Cette double propriété, flexible à l’origine, durable à l’arrivée, fait écho à ce que l’on observe sans doute, au-delà des souris, dans de nombreux systèmes sociaux.

Si l’on veut comprendre pourquoi certaines positions sociales perdurent, il faudra peut-être chercher non pas du côté des individus seuls, mais plutôt des boucles de relations causales qu’entretiennent l’activité des cerveaux individuels et les interactions collectives.


Les projets VarSeek : Bases neurales de la variabilité dans les stratégies de recherche de récompense et conséquences pour la susceptibilité à la nicotine et Social-VIP : Organisation sociale et variabilité individuelle dans l’adaptation neuronale et la vulnérabilité psychiatrique sont soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Philippe Faure ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste au CNRS. Son équipe de recherche a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM), de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR-25-CE37-6088-01 Social-VIP, ANR-23-CE37-0017-01 VARSEEK), de l’IReSP et de l’INCa.

Bruno Delord ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste à Sorbonne Université. Son équipe de recherche a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR): ANR VarSeek

Clément Solié a reçu des financements de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) et de la Fondation des Treilles.

ref. Profiteur, partageur : comment se mettent en place les rôles sociaux des individus dans un groupe ? – https://theconversation.com/profiteur-partageur-comment-se-mettent-en-place-les-roles-sociaux-des-individus-dans-un-groupe-283837

Première scientifique : nous avons réussi à enregistrer l’activité cardiaque d’un rorqual commun en liberté

Source: The Conversation – France in French (2) – By Aurélie Célérier, Enseignante Chercheuse en Biologie du Comportement au CEFE, Université de Montpellier; Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Que se passe-t-il dans le cœur d’une baleine lorsqu’elle plonge en apnée ? En août 2025, au cours d’une mission en mer Méditerranée, nous avons pu enregistrer, pour la première fois, l’activité cardiaque d’un rorqual commun, l’un des plus grands animaux de la planète (20 mètres de long, 70 tonnes). Cela a été rendu possible grâce à un nouveau dispositif permettant l’enregistrement d’un électrocardiogramme (ECG), fixé sur son dos à l’aide de ventouses.

Les premières analyses de cet ECG de cinq heures révèlent que la fréquence cardiaque de ce géant des mers peut ralentir jusqu’à 5 battements par minute (bpm) en profondeur, et culminer à 25 bpm lors des phases de respiration en surface. Ces variations extrêmes leur permettent d’économiser l’oxygène lors des plongées, ce qui en fait l’un des champions de l’apnée (jusqu’à vingt minutes). Cette avancée ouvre d’immenses perspectives pour étudier la physiologie des cétacés et contribuer à les protéger face aux perturbations humaines.


Il en aura fallu de la ténacité, de l’astuce et du travail acharné pour aboutir à cette avancée méthodologique majeure ! Et, comme souvent en sciences, ces découvertes sont issues de chemins de traverse. Au départ, nos travaux portaient sur l’étude de la communication chimique chez les cétacés.

En effet, s’il est admis que ces mammifères marins sont des êtres essentiellement acoustiques, utilisant les sons pour percevoir leur monde, leur usage des autres sens demeure largement mystérieux. Nous cherchons donc à savoir si les dauphins et les baleines perçoivent et utilisent les odeurs et les goûts (dans l’air ou dans l’eau) pour trouver leur nourriture ou interagir avec leurs congénères.

Quand le rorqual équipé de la balise croise un de ses congénères.

Pour explorer cette question fondamentale, notre équipe recueille principalement des données comportementales et acoustiques qui permettent de décrire comment ces animaux réagissent en présence de stimuli olfactifs ou gustatifs. Modifient-ils leur trajectoire ? Se rapprochent-ils de la source odorante ? Plongent-ils dessous ? Émettent-ils des sons particuliers ? Parfois, ces réponses sont si discrètes et subtiles qu’elles échappent à nos observations. Ainsi, des odeurs ou des goûts pourraient tout à fait être perçus sans pour autant que l’animal ne manifeste un comportement ostensible et mesurable…

C’est pourquoi, depuis quelques années, nous rêvions d’un dispositif permettant d’explorer aussi leurs réponses physiologiques et notamment leur activité cardiaque, pour compléter nos mesures. Mais comment capter le signal électrique émis par le cœur d’une baleine, capable de plonger jusqu’à 500 mètres sous la surface ?

Une rencontre et le projet prend vie

La solution va prendre forme grâce à une collaboration avec Angelo Torrente (coauteur de l’article), chercheur CNRS, spécialiste de l’activité cardiaque à l’Institut de génomique fonctionnelle (IGF) de Montpellier. Depuis des années, il étudie le fonctionnement du cœur chez différents animaux de laboratoire, du poisson-zèbre à la souris.

C’est au cours d’une conférence scientifique, en avril 2021, qu’il découvre nos travaux et notre souhait d’ajouter des indices cardiaques à nos données. Les évènements s’enchaînent alors : il nous écrit, son mail disparaît, englouti dans les spams, mais il est tenace, il nous relance et finalement on se rencontre ! Débordants d’enthousiasme et d’idées, on décide de réunir nos compétences pour atteindre un objectif commun : enregistrer les battements du cœur des cétacés.

Plus facile à imaginer qu’à faire ! Au total, il faudra près de quatre ans de méticuleuses mises au point méthodologiques pour parvenir à nos fins… Nous avons mené les premiers essais sur des dauphins, des orques et des bélougas hébergés dans différents parcs zoologiques, entraînés à rester immobiles lors de protocoles médicaux.

Un dauphin équipé d’une balise.
Angelo Torrente/CNRS, Fourni par l’auteur

On essaie, on échoue, on tâtonne… Chaque nouvelle tentative nous pousse à plus d’inventivité, et Angelo développe patiemment de nouvelles compétences originales : sculpteur de silicone et soudeur d’électrodes. Après deux premières années d’efforts, un dispositif d’enregistrement d’électrocardiogramme (ECG) non invasif est enfin fonctionnel et fiable. Il permet d’enregistrer avec une précision quasi médicale l’activité cardiaque des cétacés en conditions contrôlées en parcs zoologiques, et de vérifier que cette activité varie selon le contexte. Par exemple, elle ralentit pendant les périodes d’apnée ou quand ils reçoivent une récompense alimentaire.

C’est une avancée importante, mais reste à franchir le pas décisif : adapter ce système aux contraintes bien plus importantes et imprévisibles du travail en mer, sur des grands cétacés sauvages évoluant dans leur milieu naturel. Car mesurer les changements de fréquence cardiaque pourrait permettre de mieux comprendre comment ces espèces emblématiques, pour la plupart menacées, perçoivent leur environnement de plus en plus perturbé par les activités humaines.

Le difficile passage au milieu naturel

Nous décidons alors d’intégrer notre capteur cardiaque dans une balise multicapteurs déjà utilisée pour étudier les grands cétacés, et capable d’enregistrer simultanément les mouvements en 3D, la profondeur, les sons et la vidéo. Plusieurs missions sont alors programmées, avec différents partenaires scientifiques compétents et enthousiastes, à Madagascar et à Maui pour étudier les baleines à bosse en période de reproduction. Lors de ces missions, nous rencontrons de nouveaux écueils : conditions météo défavorables, animaux peu visibles et fuyants, problèmes techniques inattendus.

À cela s’ajoute la difficulté de retrouver nos précieuses balises ECG après leur détachement, avec le risque de les perdre avant même de pouvoir accéder aux données enregistrées… Cette mésaventure se produira d’ailleurs à deux reprises à cause de la pression extrême exercée à grande profondeur. Pendant près d’un an, les enregistrements que nous obtenons ne révèlent aucun signal d’ECG exploitable. Notre moral est parfois mis à rude épreuve… mais on persiste !

C’est ainsi qu’en août 2025, nous embarquons à bord du Blue Panda, le navire du Fonds mondial pour la nature (WWF), pour une mission au large des côtes du Var consacrée aux rorquals communs de Méditerranée. Un matin, depuis le zodiac et à l’aide d’une perche de 6 mètres, nous parvenons à ventouser notre balise de dernière génération sur le dos d’une femelle d’environ 16 mètres. Grâce au signal qu’il émet en surface, nous localisons puis récupérons notre précieux dispositif, flottant après son détachement, le jour même peu avant la tombée de la nuit.

Le téléchargement interminable des données, suivi par Angelo jusque tard dans la nuit, s’achève enfin et révèle… un signal ECG d’une durée de cinq heures, parfaitement exploitable ! Il est 4 heures du matin, mais Angelo n’hésite pas à tous nous réveiller pour partager la joie de découvrir ces images inédites reflétant les palpitations du cœur de la baleine.

Le rorqual et sa balise.
Angelo Torrente/Denis Ody WWF, Fourni par l’auteur

Dans les semaines qui suivent, en explorant chaque seconde de cet ECG, nous décrivons toutes les variations du rythme cardiaque de cette baleine. Nous les croisons ensuite avec les données de la balise multicapteurs pour relier ces changements aux différentes phases de plongée. Nos analyses révèlent une bradycardie extrême dès la descente, le cœur passant de 25 à moins de 5 battements par minute entre la surface et 40 mètres de profondeur. À l’inverse, une tachycardie (augmentation du rythme, jusqu’à 25 battements par minute) s’observe lors des efforts locomoteurs, mais aussi lors d’interactions avec d’autres baleines ou d’exposition à des sources de bruit, y compris notre propre zodiac.

Nous réalisons alors que mesurer l’activité cardiaque des grands cétacés pourrait permettre d’aller bien au-delà de la seule description des mécanismes d’adaptation à la plongée. Cette méthode offre un moyen de quantifier plus directement la façon dont ces animaux réagissent à leur environnement, notamment au stress généré par le trafic maritime et le bruit sous-marin. Elle vient ainsi compléter les observations comportementales, parfois difficiles à interpréter, en donnant un accès direct à la physiologie de l’animal et à ses dépenses énergétiques. À terme, suivre le fonctionnement du cœur de ces grands apnéistes peut devenir un outil précieux pour identifier plus objectivement les situations de stress. Nous espérons que cela pourra contribuer à orienter les mesures de protection des cétacés, à l’heure où l’océan se transforme de plus en plus en une dangereuse et assourdissante autoroute.


Ces avancées scientifiques n’auraient pas été possibles sans les précieuses collaborations scientifiques et les appuis logistiques de Denis Ody du WWF, Lars Bedjer du Marine Mammal Research Program de l’Université de Hawaiʻi, Simon Benhamou et Marie-Pierre Dubois du CEFE-CNRS, Isabelle Charrier et Olivier Adam de l’Institut des neurosciences Paris-Saclay, Yvan Duhamel du Centre Pro3D de l’Université de Montpellier. Nous remercions également toutes les équipes des parcs et des fondations Oceanogràfic (Valence, Espagne) et Loro Parque (Tenerife, Espagne) et de l’association CETAMADA pour leur accueil et leur support technique.

The Conversation

Aurélie Célérier a reçu des financements de l’ANR (ANR-21-CE02-0020) et Programme de Soutien à la recherche de l’Université de Montpellier

Angelo Torrente a reçu des financements de University of Montpellier “Soutien à la Recherche, programme d’excellence I-site” pour bourse PostDoctoral, le CNRS appel à projet Biologie Marine et MITI et Anses pour le projets TOXMIX et OptoFish

Bertrand Bouchard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Première scientifique : nous avons réussi à enregistrer l’activité cardiaque d’un rorqual commun en liberté – https://theconversation.com/premiere-scientifique-nous-avons-reussi-a-enregistrer-lactivite-cardiaque-dun-rorqual-commun-en-liberte-283622

Coupe du monde de football, Jeux olympisques, Roland Garros… : le « sportainment » n’efface pas (toujours) l’essence du sport

Source: The Conversation – France (in French) – By Bernard Cova, Enseignant-chercheur en marketing et sociologie de la consommation, ESCE International Business School

Pour acquérir de nouveaux publics, les grandes manifestations sportives associent de plus en plus des moments de show… Au risque de faire fuir les supporters les plus acharnés de sport ? Comment concilier le sport et le grand spectacle ? Récemment, un tournoi de tennis à Turin, dans le Piémont italien, semble avoir trouvé une piste intéressante.


L’interprétation de l’Hymne à l’amour, d’Édith Piaf, par Céline Dion lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris a marqué les esprits. Plus peut-être que les performances des athlètes tout au long des seize jours de compétition. C’est là tout le dilemme généré par le sportainment : créer une expérience très divertissante pour les spectateurs au risque de reléguer le sport au second plan.

En plus de la performance Céline Dion, et de celles de Lady Gaga et d’Aya Nakamura, la cérémonie d’ouverture des JO à Paris en 2024 s’est démarquée des précédentes par sa tenue hors d’un stade, le long des quais de la Seine. De nombreux événements sportifs proposent ainsi des spectacles divertissants au début, à la fin ou pendant les pauses de la compétition, impliquant des chanteurs, des musiciens ou d’autres formes d’expression artistique. Le sportainment, c’est-à-dire la « disneylandisation » du sport par l’application des principes d’entertainment (divertissement) issus des parcs à thème Disney semble avoir gagné l’ensemble des événements sportifs.

La caravane du Tour de France… déjà

L’ampleur actuelle du phénomène ne doit cependant pas faire oublier que cela existe depuis très longtemps. La caravane du Tour de France apparue en 1930 en est le témoignage le plus flagrant. Durant deux heures, avant et après le passage éclair du peloton de coureurs, le Tour de France et ses partenaires divertissent le public massé au bord des routes par le passage de véhicules insolites et richement décorés accompagnés d’une musique très forte et par la distribution de cadeaux. Une étude réalisée auprès du public du Tour révèle que 47 % des 12 millions de spectateurs viennent en priorité pour voir passer la caravane et non les coureurs.

C’est pourtant le développement du Super Bowl, la finale du championnat de football américain avec son spectacle à la mi-temps contribuant à augmenter l’audience télévisée ainsi que son intérêt national mais également mondial, qui a fermement installé la tendance au sportainment. Avec le risque que le spectacle et les marques prennent le pas sur le sport comme lors du dernier Super Bowl où la performance du chanteur Bad Bunny a concentré plus du tiers des conversations en ligne liées à l’événement éclipsant largement les équipes et les joueurs en lice pour le gain de cette finale.




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Élargir l’audience

Le sportainment permet d’élargir l’audience des événements sportifs, et donc de valoriser l’impact des publicités sur le lieu de l’événement, de générer des opportunités de parrainages et de partenariats et, surtout, de transformer les moments d’attente et d’ennui des spectateurs en moments de forte excitation. Pourtant, le développement du sportainment soulève nombre de critiques de puristes et autres passionnés concernant notamment l’hypercommercialisation de ces événements sportifs qui se traduit par des prix élevés des billets, la programmation des coups d’envoi en fonction des exigences des chaînes de télévision, le renouvellement fréquent des tenues d’équipe et autres produits dérivés, tous vendus à des prix élevés.

Les passionnés regrettent aussi que les événements deviennent trop normés et calibrés ce qui les empêche d’exprimer spontanément leur passion pour une équipe ou un joueur même si les techniques d’activation rendant le spectateur acteur se sont largement développées par recours à la digitalisation et la gamification. Par-dessus tout, les passionnés se plaignent du fait que le sport disparaisse derrière le divertissement. On comprend pourquoi nombre de supporters résistent au sportainment.

Cette résistance est d’autant plus importante que l’événement sportif s’inscrit dans une longue tradition. C’est le cas des événements tennistiques qui sont caractérisés par des normes strictes en matière d’étiquette, un comportement sobre et des valeurs associées au courage et à l’honneur, et qui ont donné naissance à une culture sportive hautement formalisée.

Un enjeu autant économique que social

Apparu comme un passe-temps britannique exclusif au début des années 1870, le tennis s’est depuis fortement professionnalisé, commercialisé et internationalisé. Cependant, ces normes ancrées dans l’histoire continuent d’influencer les attentes en matière de conduite, d’ambiance et de légitimité au sein des tournois de tennis d’élite. En conséquence, les passionnés de tennis dans les événements comme Roland-Garros et encore plus Wimbledon n’adhèrent pas vraiment aux approches de sportainment telles que celles mises en place au dernier Open d’Australie avec 15 concerts de musique de classe mondiale, dont celui de Patti La Belle, avant chaque session de nuit.

Le dilemme auquel aujourd’hui les organisateurs de tournois de tennis sont confrontés est autant économique que social. Comment gagner une catégorie de spectateurs sans en perdre une autre ? Comment attirer de nouveaux spectateurs sans faire fuir les passionnés de toujours ?

Le tournoi Nitto ATP Finals 2025, également appelé Masters 2025 dans le langage courant, qui réunit les huit meilleurs joueurs de tennis de la saison, et qui a été repensé à Turin (Italie) dans une approche de sportainment originale, fournit un parfait terrain d’étude.

France 24 – 2026.

Les organisateurs de ce tournoi ont développé des actions de sportainment qui ne sont pas gratuites au regard du tennis, c’est-à-dire qu’elles existent non pour détourner l’attention sur le divertissement mais, au contraire, pour mieux focaliser l’attention sur le sport, en accentuant des moments clés durant les parties, comme le compte à rebours à l’entrée des joueurs, les rediffusions instantanées des points litigieux, l’emphase musicale mise sur les aces (services gagnants), etc.

L’ensemble permet au novice de mieux se repérer dans le jeu sans déranger l’expert. Les organisateurs ont aussi élargi le champ du tournoi bien au-delà des limites traditionnelles des cours de tennis et dans toute la ville de Turin mais toujours en liaison avec le sport. Cela va de projections des matchs en direct au « Fan Village », aux démonstrations de stars du tennis jouant avec leurs supporters dans le centre-ville, sans oublier le « Racquetland », espace consacré à la découverte des sports de raquette tels que le padel, le beach tennis et bien sûr le tennis.

Quand le « sportainment » est approuvé

Dans l’ensemble, bien qu’une certaine méfiance et une certaine résistance à l’intégration du divertissement persistent, en particulier chez les spectateurs les plus chevronnés, la refonte de l’événement sous la forme d’un sportainment n’est pas rejetée. Cela s’explique par trois caractéristiques du tournoi ainsi réorganisé :

1) la configuration actuelle permet à l’événement de répondre à des attentes hétérogènes sans aliéner les publics experts, préservant l’identité fondamentale du sport tout en intégrant de manière utile des éléments de divertissement ;

2) plutôt que de se limiter aux courts, l’événement se déploie à travers un réseau d’espaces, de moments et de pratiques permettant aux spectateurs de s’impliquer dans l’événement de manière différenciée mais complémentaire ;

3) plutôt que d’obliger les spectateurs à suivre un parcours bien normé, la liberté d’action individuelle et collective en fonction des appétences tennistiques est prônée. L’ensemble permet aux spectateurs de vivre une expérience très divertissante sans que le sport ne soit relégué au second plan.

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Bernard Cova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Coupe du monde de football, Jeux olympisques, Roland Garros… : le « sportainment » n’efface pas (toujours) l’essence du sport – https://theconversation.com/coupe-du-monde-de-football-jeux-olympisques-roland-garros-le-sportainment-nefface-pas-toujours-lessence-du-sport-282669

Montée des eaux, météo extrèmes : comment de nouveaux systèmes d’IA peuvent aider les villes à mieux se préparer

Source: The Conversation – in French – By Andrea Ficchì, Postdoctoral Research Fellow, Hydrologist and Data Scientist, AXA Research Fund; Polytechnic University of Milan

Notre nouveau modèle d’intelligence artificielle permet de prévoir les ondes de tempêtes extrêmes – ces rehaussements importants du niveau de la mer sur le littoral causés par les vents d’une grande dépression – avec une grande précision, y compris dans les conditions climatiques futures. Ce modèle d’IA fonctionnant rapidement, il peut aider les chercheurs et les professionnels à mieux évaluer les risques d’inondation côtière, et à mieux planifier les mesures d’adaptation.


Le niveau de la mer monte, et avec lui, les risques liés aux événements côtiers extrêmes tels que les ondes de tempête – des élévations temporaires du niveau de la mer causées principalement par des tempêtes, qui comptent parmi les principaux facteurs à l’origine des inondations côtières. Alors que plus de 10 % de la population mondiale vit dans des régions côtières de faible altitude, la combinaison d’une élévation progressive du niveau moyen de la mer et d’événements extrêmes de plus en plus intenses représente une menace croissante.




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Pour les urbanistes et les décideurs politiques chargés des zones côtières, l’enjeu principal ne réside pas seulement dans l’élévation prévue du niveau moyen de la mer, mais aussi dans l’évolution des événements extrêmes, que ce soit en matière de probabilité ou de gravité. En effet, la conception des infrastructures, l’urbanisme et la préparation aux catastrophes reposent sur des scénarios, établis scientifiquement, de tels événements extrêmes.

Cependant, la projection d’événements extrêmes liés au niveau de la mer reste un défi scientifique majeur, car ceux-ci sont le résultat d’interactions complexes et non linéaires entre les marées, les forçages atmosphériques, la dynamique océanique et les caractéristiques côtières locales.

Cela signifie que les incertitudes dans les projections de ces événements extrêmes restent en grande partie non quantifiées. Par exemple, de petites différences dans les hypothèses des modèles peuvent entraîner de grandes différences dans les résultats prévus, en particulier pour les événements extrêmes. Ces incertitudes ont des implications importantes pour les planificateurs, la protection civile et, en fin de compte, la protection des vies humaines et des biens.

À l’heure actuelle, l’efficacité des modèles d’IA ouvre de nouvelles possibilités. En effet, comme ceux-ci peuvent générer des prévisions beaucoup plus rapidement que les modèles basés sur les lois physiques, ils permettent d’explorer de vastes ensembles de scénarios futurs, ce qui serait d’un coût prohibitif si l’on utilisait uniquement des modèles traditionnels (basés sur la physique). Considérer de nombreux scénarios est particulièrement important pour évaluer les risques, car il s’agit de comprendre la probabilité d’événements rares mais catastrophiques.

Une approche combinant IA et physique pour un risque en mutation

Les modèles traditionnels fondés sur la physique, qui utilisent les lois physiques pour représenter le mouvement des eaux côtières, peuvent simuler ces processus en détail, mais ils sont coûteux en matière de calcul, ce qui rend difficile l’exploration d’un large éventail de scénarios futurs et d’incertitudes.

Parallèlement, les systèmes d’intelligence artificielle sont de plus en plus utilisés en sciences du climat, car ils offrent de nouvelles possibilités pour surmonter ces défis.

Cependant, leur fiabilité reste incertaine dans ce contexte, notamment en raison de deux défis majeurs : la représentation limitée des événements extrêmes rares mais à fort impact dans les données d’apprentissage, et la nécessité de généraliser les résultats – de manière robuste – à des conditions climatiques futures qui pourraient différer considérablement de celles observées historiquement.




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L’IA et la modélisation physique sont des outils complémentaires : les modèles physiques restent essentiels pour représenter les processus sous-jacents et pour générer les données de haute qualité nécessaires à l’entraînement et à la validation des modèles d’IA, et, en fin de compte, pour instaurer la confiance dans leur homologue IA.

En combinant le réalisme physique des modèles traditionnels avec l’efficacité et la flexibilité de l’IA, les scientifiques développent une nouvelle génération d’outils pour l’évaluation des risques côtiers.

Ces outils seront essentiels pour éclairer les stratégies d’adaptation, aidant les sociétés à mieux se préparer à un avenir où les événements extrêmes liés au niveau de la mer pourraient devenir plus fréquents et plus graves.

Nos résultats suggèrent que l’IA peut être utilisée de manière fiable pour prévoir des événements extrêmes liés au niveau de la mer, rares mais à fort impact. De plus, les modèles d’IA, en permettant la génération rapide de scénarios et des tests de sensibilité, fournissent un nouvel outil pour mieux caractériser ces incertitudes.

Un nouvel « émulateur » d’IA pour la prévision des ondes de tempêtes extrêmes

Dans notre récente étude publiée dans Earth’s Future, nous avons cherché à déterminer si des modèles d’IA peuvent prédire avec précision des événements extrêmes liés au niveau de la mer, lorsqu’ils sont entraînés à émuler les résultats de simulations et de projections fondées sur la physique. En d’autres termes, nos modèles d’IA visent à apprendre à reproduire les résultats de ces modèles plus complexes, mais beaucoup plus rapidement.

Nos résultats montrent que les émulateurs d’IA parviennent à appréhender la dynamique complexe sous-jacente aux ondes de tempête et à reproduire les événements extrêmes avec une grande précision, y compris dans des scénarios futurs, par rapport aux projections disponibles jusqu’au milieu du XXIᵉ siècle.

Pour le démontrer, nous avons développé un cadre permettant d’améliorer la capacité des modèles d’IA à représenter les ondes de tempêtes extrêmes et de vérifier si leurs prévisions restent fiables dans des scénarios futurs.

Nous nous sommes concentrés sur la zone côtière de New York comme étude de cas, car elle est très exposée aux inondations côtières, avec une population dense, des infrastructures critiques et des actifs économiques majeurs – et parce qu’elle a connu des ondes de tempêtes dévastatrices dans l’histoire récente, comme lors de l’ouragan Sandy en 2012, qui a causé de nombreux décès et plus de 60 milliards de dollars (51,9 milliards d’euros) de dommages économiques.

Notre émulateur d’IA s’appuie sur des simulations fondées sur la physique (qui sont issues du Global Tide and Surge Model (GTSM), librement accessibles) non seulement pour l’entraînement, mais aussi pour évaluer sa fiabilité dans différentes conditions climatiques, y compris des scénarios futurs.

Limites actuelles et prochaines étapes

La prochaine étape consiste à tester plus en profondeur la robustesse de ces outils d’IA sur un éventail plus large de scénarios climatiques et à les intégrer dans des cadres opérationnels d’évaluation des risques ainsi que dans des services mondiaux de données climatiques fournissant des informations hydroclimatiques et côtières aux décideurs, tels que l’Aqueduct Flood Risk Analyzer et le Copernicus Climate Data Store.

Plus largement, les modèles d’IA ont le potentiel de répondre à plusieurs besoins critiques en matière d’analyse des risques côtiers, mais d’importantes lacunes subsistent.

Il s’agit notamment d’améliorer et de quantifier rigoureusement leur transférabilité à travers un large éventail de scénarios futurs, de mieux représenter les incertitudes associées aux paramètres physiques intégrés dans les données d’apprentissage, et d’évaluer dans quelle mesure ces modèles se généralisent à différentes localisations géographiques.

Il sera essentiel de clarifier les limites de leurs capacités d’extrapolation pour renforcer la confiance dans leur utilisation à des fins de prise de décision, en particulier dans des conditions inédites, dues au changement climatique et à la non-stationnarité (c’est-à-dire les changements de régimes climatiques et des phénomènes extrêmes plus intenses que ceux observés auparavant), et qui se situent donc en dehors de la fourchette couverte par les observations passées ou les simulations fondées sur la physique que nous avons utilisées pour entraîner les modèles d’IA.


Le mécénat scientifique d’AXA fait désormais partie du Fonds Axa pour le progrès humain, qui regroupe les engagements philanthropiques du Groupe et des mutuelles d’assurance Axa dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. Avant 2025, ce mécénat scientifique global était assuré par le Fonds Axa pour la recherche, qui a soutenu plus de 750 projets à travers le monde depuis sa création en 2007. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Fonds Axa pour le progrès humain.

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Andrea Ficchì a reçu une bourse de recherche postdoctorale du Fonds AXA pour la Recherche (aujourd’hui Fonds Axa pour le progrès humain) dans le cadre de l’appel à candidatures lancé conjointement par le Fonds AXA pour la Recherche et la Commission Océanographique Intergouvernementale de l’UNESCO à l’occasion de la Décennie de l’Océan.

Emiliano Longo est membre de la CMCC Foundation (Euro-Mediterranean Center on Climate Change). Il a reçu des financements de Politecnico di Milano.

ref. Montée des eaux, météo extrèmes : comment de nouveaux systèmes d’IA peuvent aider les villes à mieux se préparer – https://theconversation.com/montee-des-eaux-meteo-extremes-comment-de-nouveaux-systemes-dia-peuvent-aider-les-villes-a-mieux-se-preparer-284465