Réalité virtuelle, expositions, théâtre… comment la technologie perpétue la légende du « Titanic »

Source: The Conversation – France (in French) – By Jonathan Peter Skinner, Reader in Anthropology of Events, University of Surrey

La mémoire du naufrage du *Titanic* s’incarne dans des éléments sans cesse repris et réinterprétés (ici, une réplique du grand escalier du paquebot). Cliff/Flickr, CC BY

Le 15 avril 1912, le Titanic sombrait dans l’Atlantique Nord. Plus d’un siècle plus tard, son histoire continue de se réinventer à travers la réalité virtuelle, les expositions immersives, les séries et le théâtre, sans jamais perdre son pouvoir de fascination.


La réinvention permanente du Titanic à travers les séries télévisées, les expositions immersives, la réalité virtuelle ou encore le théâtre laisse entrevoir l’émergence de ce que l’on pourrait appeler une « signature Titanic ». Il s’agit d’une manière reconnaissable de raconter le naufrage, qui combine sans cesse les mêmes personnages emblématiques, les scènes les plus marquantes, des ressorts émotionnels familiers et des dispositifs immersifs. Plutôt que de se contenter de relater l’histoire, chaque nouvelle version réinterprète une matrice culturelle commune pour l’adapter aux sensibilités contemporaines.

L’expression fait écho au Titanic Signature Project, lancé à Belfast en 2012, qui a transformé les anciens chantiers navals en Titanic Experience, une attraction touristique primée de 100 millions de livres sterling (118 millions d’euros), installée à l’endroit même où le paquebot a été construit et mis à l’eau. Mais cette « signature » dépasse largement le cadre de ce projet urbain : elle désigne un schéma culturel récurrent dans lequel le naufrage est sans cesse rejoué à travers des éléments narratifs reconnaissables, des codes émotionnels et des expériences immersives.

Dans son ouvrage Relaunching the Titanic (non traduit en français), John Foster souligne qu’un long silence a entouré l’histoire tragique du paquebot et de ses passagers entre 1913 et les années 1990. Hormis le film A Night to Remember (1958) et le court métrage muet aujourd’hui perdu Saved from the Titanic, le récit est largement resté englouti, à l’image de l’épave elle-même.

Tout change en 1997 avec Titanic de James Cameron. Récompensé par 11 Oscars et devenu l’un des plus grands succès de l’histoire du cinéma, le film transforme le naufrage du Titanic, d’une catastrophe historique, en un phénomène culturel mondial. À travers l’histoire d’amour fictive entre Jack et Rose, il fait découvrir la tragédie à une nouvelle génération et fixe nombre des images et des ressorts émotionnels sur lesquels continuent de s’appuyer les expériences immersives consacrées au paquebot.

Près de trente ans plus tard, à Londres, cette « signature Titanic » ressurgit sous des formes multiples : docufiction, expérience immersive en réalité virtuelle, grande exposition et même comédie musicale parodique.

Réinventer l’expérience du « Titanic »

La BBC a d’abord diffusé la docufiction en quatre épisodes Titanic Sinks Tonight. Mêlant des témoignages de survivants interprétés par des acteurs aux commentaires d’experts, la série s’intéresse aux heures qui ont précédé le naufrage ainsi qu’au destin des passagers et des membres d’équipage qui ont survécu.

Tournée à Belfast, elle s’appuie fortement sur l’ancrage local et est devenue le documentaire le plus regardé de la BBC en 2025-2026, avec plus de deux millions de visionnages. Un modèle virtuel en 3D a permis de reconstituer les déplacements des personnages, tandis que certaines scènes ont été tournées autour d’une réplique du célèbre escalier, inspirée de celui du Titanic Experience de Belfast. Enfin, un spectaculaire ballet de drones a fait revivre, de manière saisissante, le lancement du Titanic en avril 1912 au-dessus de la rivière Lagan.

Ensuite, les créateurs d’expériences immersives en réalité virtuelle Small Creative et Eclipso ont présenté Titanic: Echoes From The Past à Camden, à Londres. Cette expérience en réalité virtuelle reconstitue numériquement le paquebot et son épave, jusqu’au moment de la collision.

Les visiteurs « plongent » à 3 800 mètres de profondeur pour explorer les fonds marins, avant de remonter le temps afin de déambuler sur les ponts du navire, découvrir le grand escalier, visiter les cabines, la passerelle de commandement et les salles des machines.

L’expérience s’articule autour de la découverte fictive de bobines de film perdues ayant appartenu à William Harbeck, opérateur de cinéma disparu dans le naufrage du Titanic. La technologie permet une exploration libre et en groupe : les participants évoluent parmi les passagers numériques, dansent au son de l’orchestre du paquebot et prennent part au récit qui se déroule sous leurs yeux.

Présentée comme une forme d’« histoire vivante » (living history), dans le prolongement du film oscarisé de James Cameron, elle mêle narration et immersion technologique pour plonger les visiteurs dans l’univers de Jack et Rose.

Enfin, le Dock X, dans le quartier de Canada Water à Londres, a accueilli The Legend of the Titanic: The Ultimate Titanic Exhibition, une expérience mêlant plusieurs médias qui combine reconstitutions scénarisées, accessoires de cinéma, objets de collection, environnements en réalité virtuelle et espace de projection à 360°. Des fonctionnalités de réalité augmentée, accessibles via des appareils mobiles, apportent également des commentaires et des explications tout au long du parcours.

Les visiteurs étaient plongés dans une succession de séquences immersives : écouter des compositions orchestrales en hommage aux musiciens du Titanic, traverser des espaces envahis par des eaux projetées sur les murs et le sol, ou encore ressentir physiquement le choc de la collision puis le naufrage.

L’exposition a toutefois suscité des réactions contrastées. Ses éléments ludiques et sa boutique de souvenirs ont été accusés de banaliser la catastrophe en transformant un drame humain en divertissement. Le quotidien économique londonien CITY A.M. a ainsi vivement critiqué l’exposition, dénonçant l’inévitable séance photo « roi du monde » façon Jack et Rose, un jeu vidéo de type « évitez l’iceberg » jugé de mauvais goût, ainsi que des sifflets de sauvetage vendus dans la boutique. « À quand une expérience immersive sur le 11-Septembre ? », ironisait le journal.

Enfin, dans le West End londonien, la comédie musicale Titanique est à l’affiche du Criterion Theatre depuis janvier 2025. Cette parodie revisite le film de 1997 à travers une version fictive de Céline Dion, mêlant humour camp et spectacle musical.

Avec des personnages aussi improbables qu’un iceberg personnifié, le spectacle transforme la catastrophe en performance scénique. Son succès international illustre la remarquable capacité du récit du Titanic à se réinventer, y compris sur le mode de la comédie. Titanique reste toutefois profondément ancré dans le film de James Cameron de 1997, qui a remis le « paquebot des rêves » au cœur de la culture populaire.

Un récit sans cesse réinventé

Le récit du Titanic continue de fasciner. L’expert maritime Michael Verdon estime que cet intérêt durable s’explique par le thème de l’hubris : une histoire où se mêlent hiérarchie sociale, ambition technologique et excès de confiance aux conséquences fatales. De son côté, Daniel Mendelsohn, dans The New Yorker, considère que le Titanic continue de nous parler parce qu’il reprend les ressorts de la tragédie grecque, en associant vulnérabilité, destin et jugement moral dans le contexte de l’avant-Première Guerre mondiale. Le naufrage révèle ainsi les dangers de l’arrogance, des inégalités sociales et d’une foi excessive dans le progrès technologique.

À travers tous ces exemples, la « signature Titanic » consiste moins à reconstituer fidèlement l’histoire qu’à raconter sans cesse la même histoire sous des formes nouvelles. Les événements centraux demeurent inchangés, mais chaque génération les réinterprète à l’aide des technologies et des codes culturels de son époque.

Chaque nouvelle déclinaison – docufiction, réalité virtuelle, exposition ou comédie musicale – s’appuie sur une structure narrative familière tout en l’adaptant aux formats et aux publics contemporains. La télévision met l’accent sur les témoignages ; les expériences immersives privilégient l’exploration vécue ; les expositions mêlent spectaculaire et interaction ; tandis que le théâtre transforme la tragédie en parodie, dans une esthétique camp.

Pour autant, le récit de fond reste remarquablement stable. Quel que soit le format, le public est invité à pénétrer au cœur de la catastrophe, dans une expérience qui mêle spectaculaire, intimité et confrontation à la mort. Le Titanic offre ainsi un cadre pour raconter des histoires d’amour, d’héroïsme, de fractures sociales et de deuil, en naviguant sans cesse entre la grande Histoire et les destins individuels, entre prouesse technique et expérience humaine.

Cette plasticité confère au Titanic une remarquable élasticité narrative. Chaque nouvelle relecture reflète les préoccupations de son époque – les risques technologiques, les incertitudes liées au climat, les inégalités sociales, la préparation aux catastrophes, la spectacularisation médiatique ou encore les enjeux éthiques du tourisme noir (dark tourism) – tout en conservant le même noyau narratif.

Qu’il soit reconstitué, simulé ou parodié, le Titanic demeure un puissant support pour interroger notre rapport aux catastrophes et à la mort.

The Conversation

Jonathan Peter Skinner ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Réalité virtuelle, expositions, théâtre… comment la technologie perpétue la légende du « Titanic » – https://theconversation.com/realite-virtuelle-expositions-theatre-comment-la-technologie-perpetue-la-legende-du-titanic-287646

Puiser l’eau potable de l’air autour de soi : les générateurs d’eau atmosphérique, une solution locale face à la crise de l’eau ?

Source: The Conversation – in French – By Ando Ny Aina Randriantsoa, Doctorant en Énergétique – Thermique – Combustion, Université Bretagne Sud (UBS)


L’ESSENTIEL

  • Changement climatique, tension entre les usagers : la crise de l’eau revient chaque été.

  • On peut collecter de l’eau depuis l’air ambiant, en particulier s’il est humide et chaud.

  • Des techniques ancestrales, qui permettent de collecter l’eau dans les climats chauds et humides, aux dispositifs modernes plus efficaces, comment dimensionner et utiliser de tels procédés sans bousculer l’écologie et le climat locaux ?


L’accès à l’eau potable est un enjeu primordial dans le monde. Le continent européen fait actuellement face à des vagues de chaleur intense avec des intervalles de plus en plus réduits, qui provoquent l’assèchement des rivières et des sources d’eau douce de façon alarmante. Les réserves d’eau potable se trouvent directement menacées par cette situation, et des mesures de restriction d’eau sont dorénavant mises en place pour pallier cette situation.

Bien d’autres facteurs font pression sur les réserves d’eau à l’échelle mondiale, notamment la croissance démographique, une agriculture plus intense et productiviste, l’utilisation massive et grandissante de l’intelligence artificielle, dont les centres de données consomment une part de plus en plus importante de la ressource en eau douce, et divers effets du changement climatique.

Ainsi, l’approvisionnement en eau potable est déjà une problématique complexe, tant pour les pays développés, confrontés aux problèmes cités précédemment, que pour les pays en voie de développement, qui souffrent du manque d’infrastructures et d’énergie pour produire suffisamment d’eau douce. De nombreux conflits et des « guerres de l’eau » ont lieu partout dans le monde pour la quête et l’exploitation de cette ressource critique.

Face à cette situation, divers travaux de recherche sont menés pour trouver des alternatives aux sources d’eau douce conventionnelles. Parmi eux, la « génération d’eau atmosphérique », qui permet de récupérer sous forme liquide l’humidité présente dans l’air ambiant.

Cette méthode apparaît comme une solution prometteuse, surtout pour une utilisation en zone éloignée du réseau de distribution d’eau ou en cas de stress hydrique local, car elle peut présenter moins de contraintes économiques, logistiques, énergétiques, écologiques et géographiques que d’autres technologies, comme la désalination (ou le dessalement) des eaux de mer et saumâtre ou l’ensemencement des nuages.

En effet, les générateurs d’eau atmosphérique peuvent être déployés dans la plupart des pays du monde et sont particulièrement adaptés aux régions chaudes (température moyenne supérieure 20 °C), avec une production variable en fonction des conditions de température et d’humidité de l’air ambiant.

Il existe plusieurs techniques de génération d’eau atmosphérique

Des méthodes traditionnelles comprennent, par exemple, la captation de l’humidité de l’air avec des filets qui piègent les gouttelettes d’eau du brouillard. Il y a également des techniques d’absorption qui exploitent des matériaux hygroscopiques pour absorber la vapeur d’eau de l’air pendant la nuit puis la restituer le jour.

Un filet capteur de brouillard, qui recueille de l’eau par la coalescence des gouttelettes du brouillard, développé au Chili.
Pontificia Universidad Católica de Chile, CC BY-SA



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Une méthode plus récente, qui utilise des systèmes de condensation de l’air par « réfrigération active », est particulièrement intéressante, car sa production d’eau est plus élevée. Grâce à leur portabilité, des prototypes de ce type de générateurs d’eau atmosphérique ont déjà été développés pour des applications en cas de sinistre ou dans des navires, c’est-à-dire des situations où les sources d’eau conventionnelles ne sont pas accessibles. Plusieurs modèles sont également commercialisés pour des utilisations domestiques pour des familles, des bureaux ou écoles.

Mais sous quelles conditions climatiques peut-on collecter de l’eau de l’atmosphère grâce à cette technique ? Qu’en est-il réellement de sa capacité de production d’eau ? Quels sont les coûts financier, énergétique et écologique ?

Comment fonctionne un générateur d’eau atmosphérique par réfrigération

Un générateur d’eau atmosphérique par réfrigération fonctionne sur le même principe que la buée d’eau qui se forme sur une canette de boisson froide sortie du réfrigérateur en plein été.

Au contact d’une surface froide (en dessous de sa température de rosée), l’humidité de l’air se condense et se transforme en eau liquide. C’est le cas de la canette très fraîche qui sort à l’air libre en été : des gouttelettes d’eau apparaissent sur sa surface.

De la même façon, un générateur d’eau atmosphérique par réfrigération active fait baisser la température de l’air ambiant au-dessous de sa température de rosée, ce qui condense l’humidité de l’air (qui n’est autre que de l’eau sous forme de vapeur) en l’eau liquide.

schéma
Le schéma de fonctionnement d’un générateur d’eau atmosphérique par réfrigération active.
Fred the Oyster/Wikipédia (traduit par Elsa Couderc), CC BY-SA

Pour cela, l’appareil aspire l’air ambiant à l’aide d’un ventilateur et le fait d’abord passer à travers un filtre à air pour éliminer les poussières et les particules. L’air chargé en humidité est ensuite mis au contact d’un serpentin métallique extrêmement froid, refroidi par un fluide réfrigérant (comme dans un climatiseur ou un réfrigérateur classique). Au contact de cette surface très froide, l’air refroidit brutalement et ne peut plus retenir toute sa vapeur d’eau : l’humidité sous forme de gaz se transforme alors en gouttelettes d’eau liquide. Ces gouttes glissent le long des parois froides pour être récoltées dans un réservoir. L’eau récupérée est enfin filtrée pour éliminer les éventuelles bactéries et la rendre propre et potable.

La production d’eau dépend du climat et des conditions météo locales

Mes travaux de recherche de thèse concernent l’étude expérimentale et numérique d’un générateur d’eau atmosphérique, afin d’en déterminer la production d’eau et la consommation d’énergie pour des applications en pays tropical, notamment à Madagascar.

Le phénomène de condensation (apparition des gouttelettes d’eau) sur notre dispositif expérimental.
Ando Ny Aina Randriantsoa, Université Bretagne Sud, Fourni par l’auteur

Des expérimentations menées en conditions de laboratoire à l’Institut de recherche Dupuy-De-Lôme (IRDL) à Lorient, dans le Morbihan, ont montrées qu’un générateur d’eau atmosphérique d’une puissance nominale de 765 watts pouvait produire jusqu’à 1,16 litre d’eau par heure dans des conditions de climat chaud et humide (30 °C et 62 % d’humidité relative), avec une consommation énergétique de 0,92 kilowatt-heure par litre. Cette consommation est environ équivalente à une heure d’utilisation d’un four domestique standard.

Pour un climat tempéré (25 °C et 50 % d’humidité relative), la production atteint 0,67 litre d’eau par heure, avec une consommation énergétique de 0,78 kilowatt-heure par litre.

Durant des expérimentations à Antananarivo (Madagascar) avec le même dispositif au mois de février (période chaude et humide), une production de 23 litres d’eau potable par jour a été enregistrée le 25 février (température moyenne : 26 °C, humidité relative moyenne : 54 % en intérieur), ce qui permettrait d’approvisionner confortablement une famille.

Les principales limites pour le déploiement de cette technologie seraient des conditions climatiques trop sèches ou trop froides pour permettre la condensation de l’air (température inférieure à 20 °C et humidité relative inférieure à 40 %).

Les coûts de la génération d’eau atmosphérique

L’aspect financier joue aussi en faveur de cette technologie. Hormis le coût d’acquisition du dispositif, il n’y a plus que le coût énergétique (et le coût d’entretien, mais mineur) qui sera à régler pour l’utilisateur.

Si l’on se tient au coût énergétique, pour un particulier en tarif bleu chez EDF, où le coût du kilowatt-heure avoisine 0,20 euro : produire un litre d’eau atmosphérique reviendrait à 0,17 euro en moyenne… ce qui est relativement plus intéressant que le prix de l’eau en bouteille, et sans la pollution et les déchets plastiques qui viennent avec ! Il est même possible de lisser le coût énergétique en alimentant le dispositif avec l’énergie solaire photovoltaïque.

À terme, nous pourrions disposer d’eau potable presque partout dans le monde… tant qu’on aura de l’air et du soleil à disposition. Néanmoins, il faut garder à l’esprit, en reprenant la formule d’Antoine Lavoisier (1789) « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », que les générateurs d’eau atmosphériques ne « créent » donc pas d’eau, mais transforment l’humidité déjà disponible dans l’air pour être liquide.

Ainsi, de la même façon qu’on puise de l’eau dans un cours d’eau, il faut un certain temps à la nature pour régénérer l’humidité de l’atmosphère… et il sera important d’exploiter cette eau atmosphérique à bon escient et avec parcimonie pour ne pas bousculer l’équilibre de l’écologie et du climat local.

The Conversation

Les travaux de recherche présentés dans cet article sont le fruit de la collaboration entre l’Université Bretagne Sud et l’Institut Supérieur de Technologie d’Antananarivo, financés par le projet ANR TRANGA.

– ref. Puiser l’eau potable de l’air autour de soi : les générateurs d’eau atmosphérique, une solution locale face à la crise de l’eau ? – https://theconversation.com/puiser-leau-potable-de-lair-autour-de-soi-les-generateurs-deau-atmospherique-une-solution-locale-face-a-la-crise-de-leau-289522

Voici la différence entre l’épuisement par la chaleur et le coup de chaleur

Source: The Conversation – in French – By Alison Purvis, Associate Dean, Sheffield Hallam University

Au-delà de l’inconfort qu’elles peuvent causer, les périodes de chaleur extrême peuvent représenter un risque sérieux pour la santé. Il importe, dans ce contexte, de savoir distinguer l’épuisement dû à la chaleur du coup de chaleur, et de savoir quand il faut agir d’urgence.


Le corps humain maintient normalement sa température centrale aux environs de 37 °C, et lorsque l’air ambiant se réchauffe, il doit redoubler d’efforts pour conserver ce niveau. Le stress thermique survient lorsque le corps emmagasine de la chaleur plus rapidement qu’il ne peut en évacuer.

Sa principale défense consiste à transpirer et à acheminer davantage de sang vers la peau, où la chaleur peut être évacuée dans l’environnement, mais ce système a ses limites. Lorsque la chaleur devient trop intense, que l’air chaud et humide empêche la transpiration de s’évaporer, ou que la déshydratation laisse trop peu de liquide pour que le corps puisse transpirer et faire circuler le sang correctement, ces mécanismes de refroidissement commencent à défaillir.

C’est ce qui mène à l’épuisement dû à la chaleur et, dans les cas plus graves, au coup de chaleur. Ces deux affections sont souvent mentionnées de manière interchangeable, mais la différence entre elles est importante. Savoir laquelle vous avez devant vous pourrait sauver une vie.




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Certaines personnes sont plus vulnérables

Tout le monde peut souffrir d’un trouble lié à la chaleur, mais certaines personnes y sont beaucoup plus exposées que d’autres.

Les personnes âgées et les jeunes enfants ont plus de difficulté à réguler leur température corporelle, et cette vulnérabilité peut être aggravée par des problèmes de santé sous-jacents : les maladies cardiaques, rénales et respiratoires réduisent toutes la capacité de l’organisme à s’adapter à la chaleur, tout comme les médicaments qui affectent la transpiration, l’hydratation ou la circulation sanguine.

Les espaces clos, comme les voitures stationnées et les pièces mal ventilées, peuvent se réchauffer rapidement, ce qui entraîne une hausse rapide de la température corporelle, particulièrement chez les enfants, les personnes âgées et celles qui souffrent de problèmes de santé sous-jacents.

Les personnes qui travaillent ou font de l’exercice à l’extérieur courent des risques accrus. L’activité physique génère davantage de chaleur corporelle, ce qui, combiné à la chaleur et à l’humidité ambiantes, entraîne une augmentation supplémentaire de la température centrale.




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Épuisement dû à la chaleur

L’épuisement dû à la chaleur survient lorsque le corps a du mal à s’adapter, mais réussit encore à maintenir sa température centrale en dessous des seuils dangereux – vous pourriez alors constater une transpiration abondante, des étourdissements, des maux de tête, des nausées, de la fatigue, des crampes ou simplement une sensation d’épuisement intense.

L’épuisement dû à la chaleur s’accompagne souvent de déshydratation, car la transpiration entraîne une perte importante de liquides et de sels minéraux.


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Rester hydraté aide à réduire les risques, mais boire uniquement de l’eau ne suffit pas toujours. Même une personne bien hydratée peut souffrir d’un trouble lié à la chaleur si les températures sont très élevées, si l’humidité empêche la transpiration de s’évaporer ou si l’activité se poursuit sans refroidissement ni repos adéquats.

Cependant, l’épuisement dû à la chaleur ne débouche pas inévitablement sur un coup de chaleur. La plupart des gens se rétablissent complètement s’ils sont rapidement refroidis et réhydratés.




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Coup de chaleur

Le coup de chaleur survient lorsque le système de régulation de la température corporelle commence à défaillir et que la température centrale atteint des niveaux dangereux, généralement supérieurs à 40 °C. La principale différence entre l’épuisement dû à la chaleur et le coup de chaleur réside dans l’effet sur le système nerveux.

Le coup de chaleur se manifeste différemment : confusion, désorientation, comportement étrange, évanouissement, convulsions – c’est le système nerveux lui-même qui commence à défaillir.

Le coup de chaleur peut causer des lésions au cerveau et à d’autres organes et peut être mortel s’il n’est pas traité d’urgence. Il peut survenir lors de vagues de chaleur ou lors d’une activité physique intense, lorsque le corps génère plus de chaleur qu’il ne peut en évacuer.

Les mesures de température peuvent être utiles, mais il ne faut pas s’y fier uniquement. Les températures mesurées à la surface de la peau, sur le front ou dans l’oreille peuvent ne pas refléter avec précision la véritable température centrale. Il faut considérer la situation dans son ensemble plutôt que de se fier uniquement à une mesure de température.

Si une personne présente ces symptômes, agissez rapidement : amenez-la dans un endroit frais, desserrez ses vêtements, encouragez-la à boire des liquides frais et rafraîchissez-la avec tout ce qui est à portée de main – un ventilateur, des serviettes humides, voire une douche froide. La plupart des personnes devraient se sentir mieux au bout d’environ 30 minutes.

Si la personne devient désorientée, se comporte de façon inhabituelle, s’effondre, a une crise convulsive ou perd connaissance, présumez qu’elle souffre d’un coup de chaleur et n’attendez pas pour appeler les services d’urgence.

La Conversation Canada

Alison Purvis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Voici la différence entre l’épuisement par la chaleur et le coup de chaleur – https://theconversation.com/voici-la-difference-entre-lepuisement-par-la-chaleur-et-le-coup-de-chaleur-290126

Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte en éducation

Source: The Conversation – in French – By Olivier Lemieux, Professeur en administration et politiques de l’éducation, Université du Québec à Rimouski (UQAR); Université Laval

Promesses, changements de cap, intentions fluctuantes, hausses budgétaires suivies de compressions et, surtout, centralisation… La CAQ termine son deuxième mandat au pouvoir avec des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation, ministère porté par Bernard Drainville, puis par Sonia LeBel, depuis 2025.


Qui dit « temps des élections » dit « temps des bilans ». Le terme « bilan » provient de l’italien bilancio (XVIe siècle), qui signifie « peser » ou « balancer ».

Cette image de la balance, symbole de la justice, est très révélatrice, puisqu’un bilan se doit d’être juste, honnête, exact et rigoureux. C’est à cet exercice que nous nous livrons à propos des changements apportés au secteur de l’éducation par la Coalition avenir Québec (CAQ) au cours de son second mandat.

Nous appuyant sur l’ouvrage Bilan du gouvernement de la CAQ (2022-2026) ainsi que sur le site Web du Polimètre, trois constats s’imposent selon nous en matière de la réalisation des promesses du gouvernement Legault-Fréchette :

1) les promesses sont surtout « partiellement réalisées » et « rompues » ;

2) le mandat a été marqué par des changements de cap successifs ;

3) la CAQ a centralisé le milieu de l’éducation de manière substantielle.

Des promesses « partiellement réalisées »

Parmi les 17 promesses en éducation qu’elle avait formulées lors de l’élection de 2022, la CAQ a rompu sept promesses, en a pleinement réalisé quatre et a partiellement réalisé les six autres.

Numériquement, ce bilan est bien inférieur à celui du mandat précédent, où pas moins de 13 promesses sur 22 avaient été pleinement réalisées, et seulement trois rompues. Les promesses en enseignement supérieur et recherche — au nombre de cinq — ne font pas partie de ce décompte.

La promesse d’améliorer les services professionnels pour les jeunes en difficulté est partiellement réalisée, avec une augmentation marquée du nombre de professionnels dans toutes les catégories, mais un nombre de bris de services de plus en plus grand.

La CAQ s’était aussi engagée à décerner davantage de diplômes en formation professionnelle dans les secteurs stratégiques, un engagement rompu. Des programmes de formations accélérées en construction ont notamment été annulés par le gouvernement.

Quant au fameux chantier de rénovation et de construction d’écoles promis, il a plutôt fait place à des compressions de 570 millions de dollars notamment dans les dépenses d’infrastructures du réseau.

Des changements de cap

Les intentions du gouvernement ont souvent fluctué au gré des évènements et de la conjoncture politique.

Des hausses budgétaires massives en éducation, initiées dès 2018, se sont poursuivies jusqu’en 2024, soit 57 % en six ans, bien au-delà de l’inflation. À partir de 2024, cependant, une approche de compressions budgétaires a été priorisée par le gouvernement.

L’une des dépenses ayant le plus augmenté depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ est sans aucun doute les salaires des enseignantes et des professionnels du réseau. Toutefois, l’essentiel de ces hausses de salaire a été obtenu après des confrontations importantes avec les syndicats, où le gouvernement a reculé sur sa proposition d’augmentations de salaire en deçà de l’inflation.

Autre exemple, l’interdiction des cellulaires en classe, puis à l’école en général, ne figurait pas vraiment dans le programme politique de la CAQ. Cette décision a cependant été reçue positivement par le milieu et au sein de la population.




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De la centralisation du réseau

Sous la CAQ, le réseau de l’éducation s’est centralisé et hiérarchisé de manière substantielle.

La pièce maîtresse de cette centralisation et de cette hiérarchisation a été sans aucun doute le projet de loi n° 23 qui a été ardemment contesté de la part de nombreuses personnes chercheuses en sciences de l’éducation.




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Ce projet de loi, qui faisait suite au projet de loi n° 40 abolissant les commissions scolaires, donne notamment au ministre de l’Éducation le pouvoir de nommer et de démettre de leurs fonctions les directeurs généraux des centres de services scolaires et d’annuler les décisions de ces mêmes directeurs généraux et des conseils d’administration des centres de services scolaires.




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Il met aussi à mal des instances de démocratie participative, comme le Conseil supérieur de l’éducation qui se voit amputer de sa mission à l’égard de l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire), et égratigne l’autonomie professionnelle des enseignantes et des enseignants en permettant au ministre de l’Éducation d’orienter leur formation continue. Celle-ci avait été rendue obligatoire à concurrence de 30 heures aux deux ans par la CAQ lors de son premier mandat.


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Cette concentration graduelle des pouvoirs entre les mains du ministre de l’Éducation et l’affaiblissement des espaces de participation à la prise de décision est ce qui a le plus marqué le second mandat de la CAQ en éducation, bien davantage que l’achèvement de certaines de ses promesses.

L’affaire de l’École Bedford illustre très bien cette dynamique : les problèmes révélés dans cet établissement (un climat de peur et d’intimidation instauré par onze enseignants auprès d’élèves et de collègues) soulevaient d’abord et avant tout des enjeux de mauvaise gestion locale. Ceux-ci ont entraîné une réponse gouvernementale qui a principalement pris la forme du projet de loi n° 94.

Au-delà de la défense d’une certaine vision de la laïcité, le projet de loi octroie aux équipes de gestion, et surtout au ministre de l’Éducation, de nouveaux pouvoirs importants. Il instaure une évaluation du personnel enseignant par la direction d’établissement tous les deux ans, portant entre autres sur sa planification pédagogique. Il s’agit d’un travail colossal demandé aux directions d’établissement déjà largement débordées par leurs multiples tâches. Par ailleurs, la loi accentue les contrôles sur les pratiques du personnel.

À l’approche du scrutin de 2026, le bilan de la CAQ nous amène donc à nous interroger sur le modèle de gouvernance scolaire qui s’est progressivement imposé au Québec sans faire l’objet de vastes débats ou consultations. Ce modèle est centralisé, hiérarchisé et de plus en plus univoque.

La Conversation Canada

Olivier Lemieux a reçu des financements des FRQ et du CRSH. Il est membre notamment du CRIDAQ et du CRIFPE. Il a été à l’emploi du Conseil supérieur de l’éducation de 2019 à 2020.

Alexandre Fortier-Chouinard est en partie financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

– ref. Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte en éducation – https://theconversation.com/deuxieme-mandat-de-la-caq-des-resultats-en-demi-teinte-en-education-286719

Accès au vélo dans les villes canadiennes : qui en bénéficie le plus ? Les résultats vont vous surprendre

Source: The Conversation – in French – By Hiroshi Mamiya, Assistant Professor, Department of Epidemiology, Biostatistics and Occupational Health, McGill University

Au Canada, les villes mettent en place des infrastructures cyclables afin de favoriser les modes de transport actifs et durables. Cependant, à mesure que les réseaux cyclables se développent, certains quartiers ont tendance à en bénéficier davantage que d’autres, ce qui soulève une question importante : qui profite de ces investissements ?


Dans notre récente étude, nous avons examiné cette question en analysant l’évolution des infrastructures cyclables à Montréal, à Vancouver et à Victoria entre 2011 et 2021.

Nous avons constaté que les quartiers comptant davantage d’enfants, de personnes âgées et de personnes racialisées étaient souvent plus éloignés des nouvelles infrastructures cyclables, même à mesure que les réseaux cyclables s’étendaient. Les infrastructures cyclables comprennent les pistes cyclables, les sentiers réservés aux vélos, les voies cyclables locales, les sentiers à usages multiples et les bandes cyclables.

Un sondage récent mené par l’Association canadienne de l’automobile a révélé que près d’un Canadien sur trois envisagerait de faire davantage de vélo s’il avait accès à de meilleures infrastructures. Le sondage a révélé que l’insuffisance des infrastructures cyclables était la raison la plus souvent citée pour ne pas faire davantage de vélo, devançant même les conditions météorologiques défavorables.

Les modes de déplacement actif, comme la marche et le vélo, nous relient aux communautés, aux services et aux lieux à proximité. Ils peuvent favoriser les liens sociaux au sein des communautés, réduire le risque de dépression et de stress, et offrir des occasions de faire de l’activité physique.

Malgré ces avantages, entre 1 et 6 % seulement des Canadiens utilisent le transport actif comme principal mode de déplacement. De nombreux facteurs peuvent influencer la décision de se mettre au vélo, notamment le coût d’un vélo et l’accès à une formation sur la sécurité à vélo.


Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connaît de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, The Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Nos conclusions

Montréal, Vancouver et Victoria sont trois villes canadiennes qui diffèrent par leur taille, leur composition démographique et leurs approches en matière de développement des réseaux cyclables.

Notre étude sur l’évolution des infrastructures cyclables dans ces trois collectivités n’a pas pris en compte les voies partagées dotées de marquages au sol, mais dépourvues de séparation physique entre les vélos et les véhicules (« sharrows »), en raison des risques connus qu’elles présentent pour la sécurité. Notre étude a également exclu d’autres aménagements liés au vélo, tels que les stationnements à vélos ou les casiers pour vélos.

Malgré l’expansion des infrastructures cyclables au cours de la dernière décennie, certaines inégalités ont persisté. Dans les trois villes, les quartiers comptant davantage d’enfants et, dans une moindre mesure, de personnes âgées, étaient généralement plus éloignés des infrastructures cyclables.




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De plus, à Montréal et à Vancouver, les quartiers où la proportion de personnes racialisées est plus élevée présentaient également un accès plus limité, bien que nous n’ayons pas observé cette tendance à Victoria.

Des recherches antérieures suggèrent que les communautés racialisées reçoivent souvent moins d’investissements pour les infrastructures cyclables. Il n’est pas encore clair si ces facteurs expliquent les disparités observées à Montréal et à Vancouver.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner les causes de ces inégalités (et l’absence d’une tendance similaire à Victoria), notamment le rôle des investissements historiques dans les infrastructures, les priorités en matière d’urbanisme municipal, la ségrégation résidentielle et d’autres facteurs structurels.


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Il est intéressant de noter que Montréal s’est démarquée en réduisant progressivement l’écart d’accès dans les quartiers comptant davantage d’enfants au cours de la dernière décennie. Cette amélioration a coïncidé avec une expansion plus décentralisée des infrastructures cyclables au-delà du centre-ville, notamment grâce à la mise en place du Réseau Express Vélo, un réseau protégé de pistes cyclables reliant les différents arrondissements de l’île de Montréal. Vancouver a également connu une mise en place quelque peu décentralisée des infrastructures cyclables ; toutefois, l’expansion a été plus limitée qu’à Montréal.

Montréal a augmenté ses infrastructures cyclables de 63 % entre 2010 et 2021 (passant de 891 kilomètres à 1 449 kilomètres), tandis que Vancouver a connu une augmentation de 24 % (passant de 220 kilomètres à 273 kilomètres).




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Cette expansion plus limitée a peut-être contribué à des améliorations moins uniformes de l’accessibilité dans les quartiers comptant une plus forte proportion d’enfants. Bien que Victoria ait connu une expansion substantielle de ses infrastructures (passant de 24 km à 46 km, soit une augmentation de 92 %), leur mise en place s’est davantage concentrée dans le centre-ville, où vivent relativement peu d’enfants, ce qui a potentiellement limité les améliorations de l’accessibilité dans les quartiers comptant davantage d’enfants.

Nos constatations soulèvent également une question importante : pourquoi ces écarts existent-ils ? Les nouvelles pistes cyclables sont-elles moins souvent aménagées dans les quartiers comptant davantage d’enfants, de personnes âgées et de personnes issues de minorités ethniques ? Ou ces groupes sont-ils plus susceptibles de vivre dans des zones qui ont historiquement bénéficié de moins d’investissements dans le cyclisme ?

Améliorer l’accès

Les enfants et les aînés sont physiquement plus vulnérables que les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen. Les mesures de précaution individuelles, comme le port du casque et la formation à la conduite sécuritaire, sont importantes, mais elles peuvent s’avérer insuffisantes sans des infrastructures cyclables séparées physiquement de la circulation motorisée.

Nous en savons également moins sur ce qui incite les enfants et les aînés à faire du vélo, et sur ce qui les en empêche. À l’heure actuelle, de nombreuses enquêtes se concentrent sur la pratique du vélo chez les personnes qui se déplacent pour se rendre au travail, qui comprennent principalement des adultes en âge de travailler. Des études antérieures suggèrent également que les personnes racialisées sont sous-représentées parmi les cyclistes.

Notre constat selon lequel les quartiers comptant une plus grande proportion de personnes racialisées sont situés plus loin des infrastructures cyclables pourrait contribuer à expliquer cette disparité. Il corrobore également des recherches antérieures démontrant que les communautés racialisées sont sous-représentées en matière d’accès à des itinéraires cyclables sécuritaires.

Les villes doivent améliorer l’accès aux infrastructures cyclables pour tous les résidents. Cela pourrait impliquer de donner la priorité aux quartiers les plus éloignés des infrastructures existantes, ou à ceux qui abritent des groupes démographiques où la pratique du vélo est moins répandue.

La Conversation Canada

Hiroshi Mamiya bénéficie d’un financement de la part de l’École de santé publique et de santé mondiale ainsi que de l’Institut canadien de recherche en santé.

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Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation

Source: The Conversation – in French – By Olivier Lemieux, Professeur en administration et politiques de l’éducation, Université du Québec à Rimouski (UQAR); Université Laval

Promesses, changements de cap, intentions fluctuantes, hausses budgétaires suivies de compressions et, surtout, centralisation… La CAQ termine son deuxième mandat au pouvoir avec des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation, ministère porté par Bernard Drainville, puis par Sonia LeBel, depuis 2025.


Qui dit « temps des élections » dit « temps des bilans ». Le terme « bilan » provient de l’italien bilancio (XVIe siècle), qui signifie « peser » ou « balancer ».

Cette image de la balance, symbole de la justice, est très révélatrice, puisqu’un bilan se doit d’être juste, honnête, exact et rigoureux. C’est à cet exercice que nous nous livrons à propos des changements apportés au secteur de l’éducation par la Coalition avenir Québec (CAQ) au cours de son second mandat.

Nous appuyant sur l’ouvrage Bilan du gouvernement de la CAQ (2022-2026) ainsi que sur le site Web du Polimètre, trois constats s’imposent selon nous en matière de la réalisation des promesses du gouvernement Legault-Fréchette :

1) les promesses sont surtout « partiellement réalisées » et « rompues » ;

2) le mandat a été marqué par des changements de cap successifs ;

3) la CAQ a centralisé le milieu de l’éducation de manière substantielle.

Des promesses « partiellement réalisées »

Parmi les 17 promesses en éducation qu’elle avait formulées lors de l’élection de 2022, la CAQ a rompu sept promesses, en a pleinement réalisé quatre et a partiellement réalisé les six autres.

Numériquement, ce bilan est bien inférieur à celui du mandat précédent, où pas moins de 13 promesses sur 22 avaient été pleinement réalisées, et seulement trois rompues. Les promesses en enseignement supérieur et recherche — au nombre de cinq — ne font pas partie de ce décompte.

La promesse d’améliorer les services professionnels pour les jeunes en difficulté est partiellement réalisée, avec une augmentation marquée du nombre de professionnels dans toutes les catégories, mais un nombre de bris de services de plus en plus grand.

La CAQ s’était aussi engagée à décerner davantage de diplômes en formation professionnelle dans les secteurs stratégiques, un engagement rompu. Des programmes de formations accélérées en construction ont notamment été annulés par le gouvernement.

Quant au fameux chantier de rénovation et de construction d’écoles promis, il a plutôt fait place à des compressions de 570 millions de dollars notamment dans les dépenses d’infrastructures du réseau.

Des changements de cap

Les intentions du gouvernement ont souvent fluctué au gré des évènements et de la conjoncture politique.

Des hausses budgétaires massives en éducation, initiées dès 2018, se sont poursuivies jusqu’en 2024, soit 57 % en six ans, bien au-delà de l’inflation. À partir de 2024, cependant, une approche de compressions budgétaires a été priorisée par le gouvernement.

L’une des dépenses ayant le plus augmenté depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ est sans aucun doute les salaires des enseignantes et des professionnels du réseau. Toutefois, l’essentiel de ces hausses de salaire a été obtenu après des confrontations importantes avec les syndicats, où le gouvernement a reculé sur sa proposition d’augmentations de salaire en deçà de l’inflation.

Autre exemple, l’interdiction des cellulaires en classe, puis à l’école en général, ne figurait pas vraiment dans le programme politique de la CAQ. Cette décision a cependant été reçue positivement par le milieu et au sein de la population.




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De la centralisation du réseau

Sous la CAQ, le réseau de l’éducation s’est centralisé et hiérarchisé de manière substantielle.

La pièce maîtresse de cette centralisation et de cette hiérarchisation a été sans aucun doute le projet de loi n° 23 qui a été ardemment contesté de la part de nombreuses personnes chercheuses en sciences de l’éducation.




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Ce projet de loi, qui faisait suite au projet de loi n° 40 abolissant les commissions scolaires, donne notamment au ministre de l’Éducation le pouvoir de nommer et de démettre de leurs fonctions les directeurs généraux des centres de services scolaires et d’annuler les décisions de ces mêmes directeurs généraux et des conseils d’administration des centres de services scolaires.




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Il met aussi à mal des instances de démocratie participative, comme le Conseil supérieur de l’éducation qui se voit amputer de sa mission à l’égard de l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire), et égratigne l’autonomie professionnelle des enseignantes et des enseignants en permettant au ministre de l’Éducation d’orienter leur formation continue. Celle-ci avait été rendue obligatoire à concurrence de 30 heures aux deux ans par la CAQ lors de son premier mandat.


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Cette concentration graduelle des pouvoirs entre les mains du ministre de l’Éducation et l’affaiblissement des espaces de participation à la prise de décision est ce qui a le plus marqué le second mandat de la CAQ en éducation, bien davantage que l’achèvement de certaines de ses promesses.

L’affaire de l’École Bedford illustre très bien cette dynamique : les problèmes révélés dans cet établissement (un climat de peur et d’intimidation instauré par onze enseignants auprès d’élèves et de collègues) soulevaient d’abord et avant tout des enjeux de mauvaise gestion locale. Ceux-ci ont entraîné une réponse gouvernementale qui a principalement pris la forme du projet de loi n° 94.

Au-delà de la défense d’une certaine vision de la laïcité, le projet de loi octroie aux équipes de gestion, et surtout au ministre de l’Éducation, de nouveaux pouvoirs importants. Il instaure une évaluation du personnel enseignant par la direction d’établissement tous les deux ans, portant entre autres sur sa planification pédagogique. Il s’agit d’un travail colossal demandé aux directions d’établissement déjà largement débordées par leurs multiples tâches. Par ailleurs, la loi accentue les contrôles sur les pratiques du personnel.

À l’approche du scrutin de 2026, le bilan de la CAQ nous amène donc à nous interroger sur le modèle de gouvernance scolaire qui s’est progressivement imposé au Québec sans faire l’objet de vastes débats ou consultations. Ce modèle est centralisé, hiérarchisé et de plus en plus univoque.

La Conversation Canada

Olivier Lemieux a reçu des financements des FRQ et du CRSH. Il est membre notamment du CRIDAQ et du CRIFPE. Il a été à l’emploi du Conseil supérieur de l’éducation de 2019 à 2020.

Alexandre Fortier-Chouinard est en partie financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

– ref. Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation – https://theconversation.com/deuxieme-mandat-de-la-caq-des-resultats-en-demi-teinte-dans-le-secteur-de-leducation-286719

Loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : où mène la censure du Conseil constitutionnel ?

Source: The Conversation – in French – By Valère Ndior, Professeur de droit public, Université de Bretagne occidentale


L’ESSENTIEL

  • Le Conseil constitutionnel a censuré, mi-août, la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans au motif d’atteinte à la liberté d’expression et à la vie privée.

  • Plutôt que d’interdire l’ensemble des réseaux sociaux, la loi, qui sera réécrite en septembre, devrait neutraliser les fonctionnalités toxiques en fonction de l’âge.

  • Une réponse européenne est indispensable pour contraindre les plateformes à appliquer ces règles de prévention des risques.


Par une décision du 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er de la loi qui devait interdire l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux.

Adoptée le 21 juillet dans le sillage du rapport d’une commission d’enquête ayant documenté les effets du réseau social TikTok sur les mineurs, saluée par le chef de l’État qui avait aussitôt convoqué des représentants de plateformes à l’Élysée, elle ne pourra finalement pas s’appliquer en septembre 2026.

Une censure qui vise la méthode, non la finalité

Le texte avait été déféré par deux saisines parallèles de l’opposition : La France insoumise (LFI) le 23 juillet et les socialistes le lendemain. Fait notable, aucune ne contestait l’objectif de la loi. Toutes deux reconnaissaient la nécessité de protéger les mineurs des risques suscités par les réseaux sociaux, mais dénonçaient le dispositif envisagé.

Le Conseil constitutionnel lui-même a reconnu que le législateur mettait en œuvre l’exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant et poursuivait l’objectif de valeur constitutionnelle de prévention des atteintes à l’ordre public. Il a néanmoins censuré l’article 1er de la loi pour deux motifs.

Le premier tient à ce que l’application de la loi engendrerait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. En effet, l’interdiction est formulée en des termes généraux et frappe indistinctement tous les services visés (quels que soient leurs fonctionnalités, leurs contenus ou les risques qui leur sont associés, y compris ceux dont la dangerosité pour les mineurs n’est pas établie), et tous les mineurs, sans égard pour leur âge, leur maturité ou l’appréciation de leurs parents. Faute d’une « appréciation particulière du risque », le législateur estime que l’atteinte n’est « ni adaptée, ni nécessaire, ni proportionnée » à l’objectif poursuivi.

Le second motif tient à la vie privée : interdire l’accès aux moins de 15 ans oblige tout un chacun, adultes compris, à prouver son âge avant de pouvoir se connecter. Or, en s’abstenant de fixer les conditions et les limites de cette vérification généralisée, le législateur n’a prévu aucune des garanties légales qu’exige la protection de la vie privée. L’absence d’un tel verrou suffisait à entraîner la censure.

Une fragilité annoncée

Juridiquement, la censure était prévisible et résulte des impasses rencontrées tout au long de l’écriture de la loi. Dès son avis du 8 janvier 2026, le Conseil d’État avait pointé l’absence, dans une précédente version, de définition des notions de « plateforme » et de « réseau social », l’incompatibilité potentielle avec le droit de l’Union européenne (UE) et les risques d’atteinte aux exigences de proportionnalité. Les parlementaires ont tenté de colmater ces brèches au fil des amendements apportés au texte, qu’il s’agisse par exemple de passer d’une obligation pesant sur les plateformes à une interdiction visant le mineur, de s’appuyer sur les définitions empruntées au droit de l’UE ou de prévoir le recours à une approche par liste fixée par arrêté.

Le problème est que ces approches ont peiné à appréhender leur objet. La loi risquait d’englober aussi bien des jeux vidéo dotés de fonctionnalités sociales que des messageries privées dès lors qu’elles intègrent des fonctions de diffusion, à l’instar des « chaînes » WhatsApp. En cherchant à interdire l’utilisation d’un outil difficile à saisir juridiquement, le texte a fini par présenter une architecture instable. Une interdiction mal pensée manque sa cible et ne produit pas les effets escomptés.

Le risque d’empiètement sur le droit européen

La réglementation européenne a pesé de manière décisive sur le processus législatif. Le règlement européen sur les services numériques (DSA) procède à ce que l’on appelle une harmonisation maximale. Dans son champ, les États ne peuvent ajouter d’obligations nationales à la charge des plateformes. La protection des mineurs relève plus précisément de son article 28, précisé par des lignes directrices. Avant même la censure, la Commission européenne avait rendu, le 6 juillet 2026, un avis circonstancié : sans contester le principe d’un âge minimal, elle jugeait que la loi empiétait sur le cadre de coopération harmonisé du DSA.

Le législateur s’est donc exécuté : il a expurgé le texte des obligations qui pesaient sur les plateformes. À l’issue de ce toilettage, la loi se contentait d’interdire l’accès, sans organiser la moindre vérification ni prévoir de garanties. Ce qui rendait la loi compatible avec le droit de l’UE est donc précisément ce qui l’a rendue contraire à la Constitution : elle ne pouvait satisfaire les deux à la fois.

Cibler les fonctionnalités, non les services

C’est là que se joue l’avenir de la régulation des réseaux sociaux et des plateformes en général. Plutôt que d’interdire une catégorie instable et évolutive par essence, il convient d’identifier et de hiérarchiser les risques réels, qui ne sont ni de même nature ni de même intensité. Le Conseil d’État l’avait d’ailleurs souligné : une interdiction indistincte met sur le même plan des réseaux aux effets délétères documentés (exposition à des contenus nocifs, mécaniques de captation de l’attention, risques de harcèlement ou prédation) et des services sans danger avéré, tels des espaces collaboratifs éducatifs.

Le droit européen appréhende déjà en partie ces enjeux. Les lignes directrices de l’article 28 du DSA imposent une sécurité dès la conception et « par défaut », et considèrent que les fonctionnalités engendrant un usage excessif sont, en principe, déjà prohibées. La piste la plus solide n’est donc pas d’exclure les mineurs en bloc, mais de neutraliser les fonctionnalités toxiques pour tous les utilisateurs et d’en moduler l’accès selon l’âge.

C’est le sens du rapport d’experts remis à la Commission européenne en juillet 2026, qui recommande une interdiction avant 13 ans et un accès encadré, sur des services « sûrs » par défaut, jusqu’à 18 ans, ou de l’avis de l’Anses, pour qui seuls les réseaux respectant un cahier des charges technique devraient être accessibles aux mineurs. Une telle approche protège sans priver purement et simplement les adolescents d’un espace de socialisation et d’information.

Encore faut-il que les plateformes jouent le jeu, ce dont on peut douter. Aux États-Unis, Meta est impliqué dans plusieurs contentieux. Une coalition d’États fédérés accuse l’entreprise d’avoir conçu ses services pour rendre les adolescents captifs. Les documents internes versés aux débats dépeignent une entreprise qui, bien que consciente des dangers qu’elle suscite, n’a pas agi pour les prévenir. Confier la protection des plus vulnérables à ceux dont le modèle économique repose sur l’attention captée ne saurait suffire.

Une détermination politique intacte

La censure n’a pas refroidi les promoteurs de la loi. La députée d’Ensemble pour la République (EPR) Laure Miller a aussitôt annoncé vouloir relancer le processus législatif et rectifier le tir, au nom de la protection des enfants. Le chef de l’État a chargé le premier ministre Sébastien Lecornu de préparer un nouveau texte plus « robuste ». L’objectif semble être de faire aboutir le projet avant la fin de l’actuel mandat présidentiel, tout en rejetant la responsabilité d’un éventuel échec sur le juge constitutionnel ou sur l’Union européenne.

La France n’est pas seule à (tenter de) légiférer en la matière. L’Australie a instauré, depuis décembre 2025, une interdiction visant les utilisateurs de moins de 16 ans. Ainsi, 4,7 millions de comptes ont été restreints, mais des contournements massifs rappellent que la fermeture de comptes ne traite pas les problèmes de fond. L’Espagne, l’Autriche, le Danemark, le Royaume-Uni ou la Grèce légifèrent ou explorent cette possibilité. Du côté de la Commission européenne, la présidente Ursula von der Leyen plaide pour un approche concertée à l’échelle de l’UE.

C’est peut-être là que mène la décision rendue le 14 août par le Conseil constitutionnel. En rappelant qu’un État seul ne peut ni définir les réseaux sociaux ni organiser la vérification d’âge sans heurter le droit européen, elle conforte, en creux, ceux qui plaident pour une réponse européenne. La question n’est plus de savoir s’il faut protéger les enfants en ligne – le consensus existe –, mais de quelle manière et avec quelle effectivité.

The Conversation

Valère Ndior est membre de l’Institut universitaire de France et dirige, à l’Université de Brest, un programme de recherche consacré aux réseaux sociaux (2022-2027). Ce dernier bénéficie d’une subvention publique. L’auteur ne reçoit aucune instruction ni directive.

– ref. Loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : où mène la censure du Conseil constitutionnel ? – https://theconversation.com/loi-sur-linterdiction-des-reseaux-sociaux-aux-moins-de-15-ans-ou-mene-la-censure-du-conseil-constitutionnel-290011

Enquête de l’OSCE : dans les territoires ukrainiens occupés, la Russie endoctrine et militarise les enfants

Source: The Conversation – in French – By Stefan Wolff, Professor of International Security, University of Birmingham


L’ESSENTIEL

  • Dans les territoires ukrainiens occupés, les enfants sont la cible d’une politique d’endoctrinement et de militarisation par la Russie.

  • Cours d’histoire, formation militaire, jeu de simulation de guerre, transformation du système éducatif : l’objectif explicite est d’effacer leur identité ukrainienne et de les faire combattre dans l’armée russe.

  • Depuis 2022, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe met en place des enquêtes pour documenter les atteintes au droit international dans ces territoires. Hervé Ascensio, Elīna Šteinerte et Stefan Wolff, les trois experts qui ont mené la sixième mission de l’Organisation depuis 2022, nous racontent ce qu’ils ont découvert.


Lorsqu’on nous a demandé d’enquêter sur l’endoctrinement et la militarisation par la Russie des enfants vivant dans les territoires ukrainiens occupés par Moscou depuis 2014, nous avions une idée générale des politiques d’occupation menées par le Kremlin. Deux d’entre nous ont grandi dans ce qui était alors la Lettonie et l’Allemagne de l’Est occupées par l’Union soviétique. Nous connaissions déjà bien l’approche soviétique en matière d’éducation et de formation idéologique.

Mais lorsque nous nous sommes rendus en Ukraine, ce que nous y avons découvert nous a tout de même choqués. Les éléments de preuve recueillis témoignaient largement du caractère systématique et coercitif des politiques de la Fédération de Russie visant à effacer l’identité des enfants ukrainiens placés sous son contrôle.

Trois semaines d’enquête sur le sort des enfants ukrainiens

Notre enquête constituait la sixième mission mise en place par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) depuis 2022 afin d’enquêter sur les violations des droits de l’homme liées à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. C’est la deuxième à se concentrer spécifiquement sur les enfants.

La première de ces deux missions portait sur leur transfert forcé vers la Fédération de Russie. Notre tâche consistait à donner suite à cette première mission et à évaluer si le comportement de la Russie pendant la guerre contre l’Ukraine enfreignait le droit international applicable, en particulier les Conventions de Genève et la Convention relative aux droits de l’enfant.

Pendant trois semaines, nous avons recueilli et analysé une quantité considérable de données. Il s’agissait notamment de rapports écrits, de commentaires et de déclarations émanant d’organisations internationales, telles que les Nations unies, l’OSCE, le Conseil de l’Europe et l’Union européenne.

Nous avons collecté des témoignages, tant en ligne qu’en personne, auprès de jeunes adultes ayant subi un endoctrinement et une militarisation durant leur enfance dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie. Nous avons également entendu des enseignants qui avaient passé un certain temps sous occupation avant de s’enfuir vers des territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien.

Lors d’une visite à Kiev, nous avons mené une série d’entretiens avec des représentants d’institutions gouvernementales ukrainiennes et d’organisations de la société civile.

Notre rapport, présenté au Conseil permanent de l’OSCE le 9 juillet 2026, contient des détails parfois bouleversants et des témoignages poignants.

Par exemple, dans l’un des témoignages écrits dont nous disposions, le témoin expliquait comment le directeur de l’école locale, accompagné de soldats lourdement armés, est allé de maison en maison pour interroger les parents qui n’envoyaient pas leurs enfants à l’école et n’avaient pas encore demandé de passeports russes. Il les a menacés de leur retirer leurs droits parentaux. Il a également déclaré que leurs enfants seraient placés en institution s’ils ne cédaient pas à la pression. Face à une telle démonstration de la puissance des autorités publiques, les parents ont fini par céder.

Cet incident est loin d’être un cas isolé selon les preuves établies par l’ONU et par l’OSCE. Il illustre le niveau de coercition qui s’impose non seulement aux enfants, mais aussi à l’ensemble de leurs familles. Il montre enfin à quel point les différentes agences gouvernementales collaborent dans ce domaine.

La contrainte exercée pour forcer les Ukrainiens des territoires occupés à obtenir un passeport russe est centrale dans ce que nous appelons, dans notre rapport, le « circuit de conscription ». Les enfants sont systématiquement préparés à un futur service militaire. Contraints d’adopter la nationalité russe, les garçons deviennent également éligibles à la conscription dès l’âge de 18 ans.

Des preuves manifestes montrent qu’ils ne se contentent pas d’effectuer un service militaire ordinaire. Beaucoup d’entre eux sont envoyés au front, où plusieurs ont trouvé la mort.

L’endoctrinement de jeunes esprits

À quoi ressemble donc ce système d’endoctrinement et de militarisation, et comment fonctionne-t-il ? L’usage de la langue ukrainienne est interdit dans les écoles et fortement entravé dans la vie publique et privée. Les enfants ukrainiens sont soumis à un enseignement conforme au programme scolaire de l’État russe. Celui-ci comporte désormais un niveau élevé de falsification historique et d’endoctrinement idéologique.

Pour ne citer qu’un exemple frappant, le manuel d’histoire de la classe de 11ᵉ (équivalent de la terminale en France, ndlr) consacre 29 pages à ce qu’on appelle « l’opération militaire spéciale ». Il présente l’invasion de l’Ukraine comme une riposte défensive à l’agression occidentale. Des versions de ce manuel destinées aux niveaux inférieurs, à partir de la cinquième (classe de sixième, en France, ndlr), sont utilisées dans les écoles des territoires occupés depuis le début de l’année scolaire 2025-2026.




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Amnesty International a qualifié ce manuel de

«  tentative flagrante d’endoctriner illégalement les écoliers en Russie et dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie ».

Les enfants ukrainiens sont exposés à toute la panoplie des techniques de militarisation russes. Par exemple, depuis le début de l’année scolaire 2023-2024, le cours intitulé « Principes fondamentaux de la sécurité et de la défense de la patrie » est obligatoire dans toutes les écoles des territoires occupés.

Selon les médias russes, cela signifie le « retour de la formation militaire de base dans le cadre des cours sur la sécurité des personnes ». L’ONU a établi que cela inclut « 170 heures de formation militaire portant notamment sur les principaux types de grenades, d’armes légères, de lance-grenades antichars portatifs et de fusils de précision ».

Former des soldats

Mais cela ne s’arrête pas là. L’organisation patriotique de jeunesse Mouvement des Premiers, créée en décembre 2022 par Vladimir Poutine, a relancé un jeu de guerre militaire datant de l’ère soviétique mis en place dans les territoires occupés depuis le début de l’année scolaire 2024.

Dans le cadre d’activités militaires simulées du jeu, les enfants sont répartis en armées. Ils apprennent à assembler des armes et à piloter des drones. Ils apprennent à jouer le rôle de « soldats d’assaut » et à franchir des parcours d’obstacles « militaro-tactiques ». Ils s’entraînent également à la cyberguerre et aux opérations d’information.

L’Institute for the Study of War décrit ce jeu comme s’inscrivant dans « un écosystème russe plus large opérant dans toute l’Ukraine occupée, dont l’objectif explicite est de militariser les enfants ukrainiens, de les endoctriner contre leur identité ukrainienne et de les former à combattre pour l’armée russe ».

La Russie ne nie pas que ces pratiques aient lieu. Au contraire, de hauts responsables russes ont publiquement justifié l’endoctrinement et la militarisation des enfants ukrainiens. Par exemple, Yana Lantratova, ancienne vice-présidente de la commission de l’éducation de la Douma d’État et désormais commissaire aux droits de l’homme de la Russie, a fait remarquer – en faisant spécifiquement référence aux enfants vivant en Ukraine sous occupation russe – que la Fédération de Russie « doit avant tout s’occuper de l’essentiel : nos enfants. Les éduquer et les former, leur inculquer le sens de la patrie ».

Sauf qu’il ne s’agit pas d’enfants russes, mais ukrainiens. Les éléments de preuve recueillis pour notre rapport ne laissent aucun doute : les politiques d’occupation de Moscou constituent de graves violations du droit international en matière d’endoctrinement et de militarisation des enfants ukrainiens en territoires occupés.

Par exemple, la transformation illégale du système éducatif dans les territoires occupés constitue une violation manifeste de l’article 43 du Règlement de La Haye et de l’article 50 de la quatrième Convention de Genève.

Cela nous a amenés à appeler toutes les parties à reconnaître immédiatement et concrètement la situation critique des enfants ukrainiens, tant en matière de sécurité que d’identité et de vie familiale, dans le contexte de la guerre en cours et dans toutes les négociations. Comme l’a déclaré l’une des personnes que nous avons interviewées à Kiev : « Tout accord visant à mettre fin à la guerre ne peut pas se résumer à une question de kilomètres. »

The Conversation

Stefan Wolff a bénéficié par le passé de subventions accordées par le Natural Environment Research Council du Royaume-Uni, le United States Institute of Peace, le Economic and Social Research Council du Royaume-Uni, la British Academy, le Le programme pour la science au service de la paix et de la sécurité (SPS) de l’OTAN, les 6e et 7e programmes-cadres de l’UE et Horizon 2020, ainsi que le programme Jean Monnet de l’UE. Il intervient également régulièrement en tant que consultant auprès de gouvernements et d’organisations internationales. Il est membre du conseil d’administration et trésorier honoraire de la Political Studies Association du Royaume-Uni et chercheur senior au Foreign Policy Centre de Londres.

Elīna Šteinerte est membre du Sous-Comité des Nations unies pour la prévention de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et vice-présidente élue chargée des mécanismes nationaux de prévention. Elle a également été membre et présidente-rapporteure du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire. À ce titre, elle conseille régulièrement les gouvernements et d’autres parties prenantes et intervient en tant qu’experte sur les questions de législation, de cadres réglementaires et de mise en œuvre.

Hervé Ascensio ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Enquête de l’OSCE : dans les territoires ukrainiens occupés, la Russie endoctrine et militarise les enfants – https://theconversation.com/enquete-de-losce-dans-les-territoires-ukrainiens-occupes-la-russie-endoctrine-et-militarise-les-enfants-288958

Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes

Source: The Conversation – in French – By Tiphaine Bacot, Enseignante-chercheuse contractuelle en génétique, Inrae

Marmottier (_Prunus brigantina_) dans les Alpes françaises, en 2017. Stéphane Decroocq, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • Prunus brigantina est un arbre fruitier sauvage que l’on retrouve en altitude dans les Alpes et que la science a longtemps hésité à rattacher soit aux pruniers, soit aux abricotiers.

  • Le nom « marmottier », l’une des nombreuses dénominations données à cet arbre, vient de ses fruits, appelés « marmottes » par certaines populations locales.

  • Il y a urgence à protéger la diversité génétique du marmottier, robuste et résistant à la sécheresse. Introduire ses gènes dans les fruitiers cultivés pourrait les aider à devenir plus résilients face au changement climatique.


Cet arbre alpin rare et discret, quasiment inconnu du grand public, est l’un des fruitiers les plus hauts d’Europe. Longtemps mal classé au plan taxonomique, Prunus brigantina, également appelé « marmottier » (et bien d’autres noms, comme on le verra plus bas), intéresse désormais à la fois les botanistes, les généticiens, les conservateurs et les sélectionneurs.

Cette espèce particulièrement résiliente pourrait en effet s’avérer précieuse pour améliorer les vergers de demain et les aider à faire face à la sécheresse et à l’appauvrissement des sols. C’est ce que suggèrent les dernières études scientifiques, qui se sont appuyées sur la génétique pour reconstituer l’histoire évolutive de ce fruitier dont l’arbre généalogique a longtemps tenu du casse-tête. État des lieux.

Carte d’identité d’un arbre montagnard unique

Véritable champion des hautes altitudes, Prunus brigantina (ou Prunus brigantiaca) pousse exclusivement dans les Alpes du Sud françaises et le Piémont italien. On le rencontre jusqu’à plus de 1 900 mètres d’altitude, ce qui le place sur le podium des fruitiers sauvages les plus hauts d’Europe.

Localement, l’espèce peut être appelée de plusieurs façons : « marmottier » – en référence à la « marmotte », le nom alpin de son fruit – ou « afatoulier » – dérivé de l’occitan alpin afatoule. On l’appelle encore « prunier » ou « abricotier de Briançon ».

Cette espèce est endémique de cette région : elle n’existe de façon naturelle nulle part ailleurs dans le monde. Son nom scientifique fait référence à Briançon (Brigantium à l’époque romaine), dans le département des Hautes-Alpes, où l’espèce a été décrite pour la première fois en 1786 dans l’Histoire des plantes du Dauphiné, du médecin et botaniste français Dominique Villars.

Ce fruitier sauvage est une espèce particulièrement rustique, qui tolère des conditions écologiques difficiles. Il se développe dans des milieux secs et ensoleillés, au sein de fourrés clairsemés et de versants rocheux des montagnes.

Adapté aux conditions exigeantes de l’étage montagnard, il n’a jamais été un arbre de verger. En revanche, son port buissonnant et ses rameaux épineux en font un excellent arbuste de haies, autrefois utilisé pour délimiter les parcelles et contenir les troupeaux lors de la transhumance.




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Et les marmottes dans tout ça ?

On l’a vu, le nom « marmottier » fait référence à la « marmotte », l’un des noms donnés à son petit fruit jaune. Ce fruit, plutôt acide et très peu sucré, a parfois été transformé en confiture. Mais c’est surtout son amande qui a été exploitée : on en extrayait une huile réputée pour ses usages alimentaires et médicinaux (un remède contre la colique, notamment).

Très recherchée dans les Alpes malgré un rendement extrêmement faible – il fallait environ 10 000 amandons pour produire un litre d’huile –, cette huile pouvait se vendre à un prix trois fois supérieur à celui de l’huile d’olive et deux fois à celui de l’huile de noix.

Les marmottes, fruits d’un marmottier, arbre fruitier poussant dans les Alpes françaises.
Stéphane Decroocq, Fourni par l’auteur

Faiblement dosée en acide cyanhydrique, cette huile pouvait également être utilisée pour la consommation alimentaire en petite quantité. Bien que le fruit s’appelle marmottier, le botaniste Dominique Villars donna à son huile le nom d’« huile de marmote » (avec un seul t afin de la distinguer de la véritable huile de marmotte obtenue à partir de la graisse de l’animal).




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Un casse-tête généalogique enfin résolu

Les nombreux noms différents donnés à cet arbre fruitier traduisent le flou qui existe de longue date autour de sa classification taxonomique au sein du genre Prunus, qui réunit les arbres à fruits à noyau.

Plus précisément, il fait partie du sous-genre Prunophora, aux côtés des pruniers et des abricotiers, un groupe d’espèces toutes originaires de l’hémisphère Nord. Sur la base de ses attributs morphologiques, il fut longtemps classé dans la section abricotiers, dont il est le seul représentant à l’état sauvage en Europe.

Mais les données génétiques racontent une histoire plus nuancée. Plusieurs études récentes ont comparé différentes espèces apparentées aux abricotiers et aux pruniers et ne s’accordent pas toutes sur la taxonomie de P. brigantina.

Carte des individus de P. brigantina collectés dans les Alpes du Sud françaises dans le cadre de l’étude de Liu et al. 2021. Les individus sont représentés par des points dont les couleurs correspondent aux trois groupes génétiques identifiés. Les noms en italique font référence aux trois parcs naturels du sud-est des Alpes françaises dont ces groupes génétiques sont issus.
Fourni par l’auteur
  • Une analyse de 71 individus sauvages de P. brigantina publiée en 2021 (à laquelle l’Inrae a participé), s’appuyant sur certains marqueurs génétiques spécifiques, a identifié trois groupes génétiques distincts et suggère que l’espèce appartient à la section Armeniaca (abricotier), en accord avec sa classification historique.

  • D’autres études (notamment publiées en 2019 et en 2021), réalisées sur la base des séquences de génome complet, suggèrent de leur côté que P. brigantina est une espèce bien distincte de la section Armeniaca ; autrement dit qu’il ne s’agirait pas d’un abricotier.

Prunier ou abricotier ? Les « marmottes » (fruits du marmottier), dépourvues de duvet, évoquent davantage des prunes que des abricots (pourvus d’un duvet), ici en photographie.

En 2026, une étude phylogénétique plus large, à l’échelle du genre Prunus, incluant des espèces plus éloignées au plan taxonomique de P. brigantina, a attribué le marmottier à la section Prunus (prunier), et non plus à la section Armeniaca (abricotier).

Cette nouvelle classification est d’ailleurs en accord avec son apparence : le marmottier ressemble davantage à un prunier, notamment par ses fruits à peau lisse et les structures qui les portent, dépourvus du duvet typique des abricots.




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Les leçons du marmottier pour aider les vergers face aux changements climatiques

Dans le cadre d’une initiative internationale de caractérisation de la biodiversité européenne, un génome de référence de P. brigantina, a été assemblé et annoté par le Genoscope, en collaboration avec l’Inrae.

Les études précédentes s’appuyaient sur des sections de génome ou des marqueurs génétiques isolés, non sur le génome complet de l’arbre. Le décryptage de celui-ci va nous permettre de repérer les régions génomiques que le marmottier partage avec ses plus proches cousins, pruniers. C’est en comparant ces zones partagées que nous pourrons reconstituer l’arbre généalogique des pruniers et comprendre un peu mieux l’origine du marmottier, tout en ciblant des gènes d’intérêt en lien avec sa résilience ou ses qualités naturelles.

Le génome de cet arbre sauvage pourrait bien s’avérer précieux pour assurer l’avenir de nos vergers face au changement climatique. En effet, il constitue un réservoir de gènes pour assurer la robustesse des espèces cultivées. Au fil de la domestication, nos fruits modernes ont souvent perdu une partie de leur bagage génétique. Or les cousins sauvages, eux, ont conservé ces gènes oubliés.

Cousin de la prune européenne et de la prune américano-japonaise, le marmottier s’est adapté aux conditions extrêmes des montagnes, s’épanouissant sur des sols pauvres et dans des milieux très secs. Cette robustesse naturelle représente une mine d’or. En puisant dans ce réservoir de diversité génétique, les chercheurs espèrent créer des variétés de pruniers plus résilientes, mieux armées pour faire face au changement climatique tout en se passant d’arrosage intensif et de traitement chimique.

Mais, aujourd’hui, les populations de marmottiers sont fragilisées. Sous l’effet des activités humaines, du surpâturage et du développement des pistes de ski en hiver, son habitat est fragmenté, isolant les arbres les uns des autres. Le marmottier ne pousse désormais plus que dans des zones de plus en plus localisées (dans le Queyras, le Mercantour et les Écrins, notamment), dont il est urgent, pour la sauvegarde de l’espèce, de protéger les trois populations génétiquement distinctes.




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Préserver la diversité des fruitiers sauvages dans des vergers de conservation

Pour sauver ce patrimoine unique et éviter que sa diversité génétique ne disparaisse sur le terrain, les scientifiques ont trouvé la parade : les vergers conservatoires.

Individus de P. brigantina dans un verger conservatoire du Centre de ressource biologique (CRB) Prunus de l’Inrae, abritant également d’autres espèces apparentées.
Marine Delmas, Fourni par l’auteur

Le principe ? Recueillir et cultiver des arbres hors de leur milieu naturel, pour les mettre à l’abri. Dans cette optique, une équipe de chercheurs de l’Inrae a déjà sélectionné une petite quarantaine d’individus stratégiques. Cette mini-collection a été pensée pour regrouper et sauvegarder, à elle seule, l’ensemble de la diversité génétique connue de l’espèce.

Protéger cette espèce, ce n’est pas seulement préserver un arbre rare et unique en France : c’est garder une bibliothèque de gènes disponibles pour la recherche et, peut-être, pour les vergers de demain. Derrière un arbre de montagne discret se cache une question très actuelle, celle de la manière dont on protège et valorise la diversité sauvage pour mieux préparer les vergers de demain.

The Conversation

Véronique Decroocq a reçu des financements de l’agence nationale de la recherche (ANR), du programme PRIMA (le Partenariat pour la recherche et l’innovation dans la région méditerranéenne) (projet FREECLIMB) et de la commission européenne.(programme Horizon Europe, projet FRUITDIV).

Marine Delmas et Tiphaine Bacot ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes – https://theconversation.com/prunier-ou-abricotier-le-marmottier-un-arbre-fruitier-qui-brouille-les-pistes-289624

Quelle est la différence entre le beurre et la margarine ? Une chimiste explore leurs effets en cuisine

Source: The Conversation – in French – By Rosemary Trout, Associate Clinical Professor of Culinary Arts & Food Science, Drexel University

La margarine fond de façon plus homogène que le beurre à cause de sa structure chimique, et ne brunit pas. Douglas Sacha/Moment via Getty Images

Graisses saturées, produits ultratransformés… quelles sont les différences chimiques entre le beurre et la margarine ? Comment se comportent-ils pour la cuisson et la pâtisserie ?


Ma mère adore le beurre. C’est la principale source de matières grasses que je consommais quand j’étais enfant. Elle en tartinait toutes sortes de pains, des pommes de terre, des roulés aux noix ou des gâteaux. Sa pâtisserie était beurrée.

Puis, alors que j’étudiais la nutrition à l’université, un assistant recommanda la margarine. J’étais stupéfaite, et je me suis interrogée sur la différence entre les deux. C’est une des questions qui ont éveillé mon intérêt pour les sciences de la nourriture. Aujourd’hui, je suis chercheuse en science des aliments et j’étudie la façon dont des aliments comme le beurre et la margarine peuvent présenter des différences chimiques subtiles qui ont un impact considérable sur leur comportement en cuisine.

Structures chimiques

Le beurre et la margarine sont tous deux des émulsions, c’est-à-dire des mélanges de minuscules gouttelettes d’eau dispersées dans une matrice lipidique (de gras) continue. Cette matrice est composée principalement de triglycérides, la principale forme de graisse présente dans notre alimentation.

Les acides gras sont de longues chaînes d’atomes de carbone entourées d’atomes d’hydrogène. Dans un triglycéride, on trouve trois acides gras, chacun étant lié à la même molécule de glycérol (qui contient trois atomes de carbone). Celle-ci sert de squelette à la molécule. Alors que le squelette est toujours le même, le nombre d’atomes de carbone dans les acides gras peut varier.

Dans la crème, les triglycérides sont regroupés en globules ou en cristaux.

Schéma de la structure chimique d’un acide gras
Les acides gras sont des molécules sous forme de chaînes composées de carbone et d’hydrogène, avec de l’oxygène à l’extrémité.
Innerstream/Wikimédia

Le beurre et la margarine contiennent tous deux une combinaison d’acides gras saturés et insaturés. Cependant, ceux du beurre sont principalement saturés, c’est-à-dire que chaque carbone porte le maximum d’hydrogènes possible (on ne peut pas en ajouter). Ceci leur permet de s’assembler et de s’empiler de manière compacte pour former une belle chaîne linéaire, car ils ne possèdent pas de doubles liaisons entre les atomes de carbone.

Les acides gras de la margarine sont principalement insaturés, issus d’un mélange d’huiles végétales. Les graisses insaturées leur confèrent une forme irrégulière au niveau moléculaire. Les doubles liaisons entre les atomes de carbone font se tordre la molécule, de sorte qu’elles ne peuvent pas s’agencer aussi proprement.

Cette différence influe sur leur comportement à la fusion.

Schéma de la structure chimique d’un triglycéride, composé de longues chaînes de carbone et d’hydrogène partant de molécules d’oxygène reliées entre elles
Les triglycérides comportent trois chaînes d’acides gras reliées à la même molécule de glycérol, qui joue le rôle de squelette chimique.
Jü/Wikimédia

Les cristaux de graisse dans le beurre sont de formes variées, et ils présentent des points de fusion différents. Ces cristaux rendent le beurre très ferme à basse température et lui permettent de ramollir progressivement à température ambiante ou à la température du corps. Ils retiennent également facilement l’air lorsqu’ils sont battus avec du sucre cristallisé, ce qui confère légèreté et porosité aux produits cuits.

Le beurre et la margarine contiennent tous deux au moins 80 % de matières grasses (certains beurres approchent les 85 % de matières grasses). Leur teneur en eau avoisine les 16 %. De son côté, le beurre contient entre 1 et 4 % de vitamines, de minéraux, de lactose et de protéines.

Le beurre fait l’objet d’une définition normée officielle établie par le gouvernement, ce qui signifie que les fabricants doivent respecter des directives spécifiques pour que leur produit soit considéré comme du beurre.

La fabrication du beurre

Lorsque l’on secoue ou que l’on baratte la crème, les globules de matière grasse se rompent. La matière grasse s’échappe et forme des grains de beurre partiellement solides. En continuant à secouer ou à baratter, ces grains grossissent et se séparent du babeurre, un liquide naturellement pauvre en matières grasses.

Une personne tenant un long bâton entre ses paumes et s’en servant pour baratter le beurre
Le barattage du beurre brise les morceaux de matière grasse et sépare les solides du babeurre aqueux, formant ainsi une masse solide.
Rupendra Singh Rawat/iStock via Getty Images

Il suffit ensuite de récupérer, pétrir et presser cette masse, et voilà ! Vous obtenez du beurre. Certains beurres sont fermentés en y ajoutant des bactéries lactiques. Ces bactéries fermentent le lactose (sucre principal du lait), pour le transformer en composés aromatiques et en acides organiques, ce qui confère au beurre une légère acidité et une saveur complexe.

Le beurre doux est facile à réaliser chez soi : il suffit d’ajouter de la crème épaisse froide, d’une teneur en matière grasse d’au moins 36 %, dans un batteur sur socle muni d’un fouet. Mettez-le en marche et laissez-le tourner un moment ; lorsque vous entendrez le clapotis du babeurre liquide, vous saurez que votre beurre est prêt à être pressé.

Il est étonnamment simple de fabriquer son propre beurre.

Fabrication de la margarine

Les blocs de margarine sont fabriqués à partir d’huiles végétales liquides qui sont transformées en un produit solide. Les fabricants réorganisent chimiquement les acides gras sur la molécule de glycérol au cours d’un processus de modification appelé « interestérification », ce qui rend l’huile solide et permet une répartition plus homogène des graisses.

Ce processus réorganise les triglycérides présents dans la margarine sans ajouter d’acide gras saturé ni d’acide gras trans (le terme « trans » se réfère à la forme géométrique de la molécule et s’oppose à la forme géométrique « cis »).

En effet, les acides gras trans ont été interdits dans de nombreux pays en raison de leur lien avec les maladies cardiovasculaires et de leur effet sur l’augmentation du cholestérol.

L’interestérification permet à la margarine de rester solide plus longtemps lors de la cuisson, avec un point de fusion plus précis.

En revanche, les margarines à tartiner ou en tube ne subissent pas ce processus et reposent plutôt sur des proportions plus élevées d’eau et d’air par rapport aux huiles solides, ce qui leur permet de rester molles et tartinables. Ces types de margarines sont plus pauvres en matières grasses et ne conviennent donc pas bien à la pâtisserie. La plupart des recettes de pâtisserie sont élaborées en partant du principe d’un pourcentage de matières grasses plus élevé. La teneur en eau plus élevée altère la texture.

Saveur et couleur

Le beurre tire sa couleur dorée du bêta-carotène, un pigment orange présent dans l’herbe. Les vaches mangent de l’herbe, mais ne métabolisent pas efficacement le bêta-carotène, qui se retrouve donc dans leur lait.

La margarine est, elle, naturellement incolore, mais les fabricants y ajoutent du bêta-carotène synthétique pour imiter la couleur du beurre.

Les fabricants de margarine ajoutent également des arômes, tels que le diacétyle, une molécule à la saveur caractéristique du beurre, ainsi que des mélanges de conservateurs et de composants du lactosérum pour reproduire la saveur du beurre. Ils peuvent ajouter des émulsifiants, tels que la lécithine, ou des monoglycérides pour empêcher l’eau et la matière grasse de se séparer. Les proportions exactes des ingrédients varient d’un fabricant à l’autre.

Rayons de supermarché remplis de barquettes de beurre et de margarine
Le beurre et la margarine peuvent tous deux être utilisés dans les pâtisseries.
Jeffrey Greenberg/Universal Images Group via Getty Images

Les différences chimiques peuvent se traduire par de subtiles différences sur le plan de la santé. Bien que les deux soient principalement composés de triglycérides, les graisses du beurre sont d’origine naturelle, tandis que celles de la margarine sont modifiées industriellement. Cette différence fait de la margarine un aliment ultratransformé, mais cela signifie également qu’elle contient moins de graisses saturées. Vous pouvez avoir des raisons de santé de privilégier l’un plutôt que l’autre, mais il faut savoir que la composition chimique de ces graisses peut également influencer leur comportement en cuisine.




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Différences en pâtisserie

Lorsque vous faites chauffer du beurre, les protéines et le lactose qu’il contient se combinent, créant cette couleur brune caractéristique et une délicieuse saveur de noisette, de pain grillé et de caramel. Comme la margarine ne contient pas de lactose, elle ne dore pas aussi bien que le beurre et ne dégage pas le même niveau d’arômes.

Lorsqu’il est cuit dans un four très chaud, le beurre contient suffisamment d’eau pour former de la vapeur, ce qui permet à la pâte de se séparer en couches feuilletées. La teneur en eau de la margarine varie et, bien qu’elle produise un peu de vapeur, elle n’offre pas les mêmes résultats que le beurre.

Cependant, la margarine présente certains avantages par rapport au beurre. Elle est très homogène et fond de manière contrôlée. Elle se conserve également plus longtemps. On peut certes utiliser beurre et margarine de manière interchangeable, mais connaître les différences fonctionnelles entre les deux aide à savoir quand utiliser l’une ou l’autre.

The Conversation

Rosemary Trout ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Quelle est la différence entre le beurre et la margarine ? Une chimiste explore leurs effets en cuisine – https://theconversation.com/quelle-est-la-difference-entre-le-beurre-et-la-margarine-une-chimiste-explore-leurs-effets-en-cuisine-285621