Quel avenir pour le municipalisme ? Retour sur les expériences de Barcelone et de Madrid

Source: The Conversation – in French – By Héloïse Nez, Professeure en sociologie, LIED/LCSP, Université Paris Cité

En Espagne, des coalitions « municipalistes » issues des mouvements sociaux ont gouverné de nombreuses villes entre 2015 et 2023. Alors que les « listes participatives et citoyennes » se multiplient en France à la veille des élections municipales de mars 2026, que retenir de ces expériences ? Les cas de Madrid et Barcelone peuvent-ils constituer une source d’apprentissage pour ce mouvement en expansion ?


Les listes citoyennes revendiquent de s’affranchir des partis, en élisant des non-professionnels de la politique, afin de favoriser la participation et renouveler la démocratie à l’échelle locale. La coopérative Fréquence Commune, qui les accompagne, dénombre près de 700 « listes citoyennes et participatives » aux élections municipales de 2026, un chiffre en nette augmentation par rapport à 2020.

Si ce mouvement citoyen s’étend en France, des précédents existent ailleurs. C’est le cas de l’Espagne, où des coalitions dites « municipalistes » ont remporté de nombreuses grandes villes en 2015, et une poignée ont continué à gouverner entre 2019 et 2023. Quels sont les apprentissages de ces expériences qui continuent d’être une source d’inspiration, en France et ailleurs ? Plusieurs publications récentes dressent un bilan du municipalisme espagnol, en analysant à la fois le contenu des politiques adoptées et le renouvellement des manières de faire de la politique.

Les cas de Madrid et Barcelone sont particulièrement riches d’enseignements. Les deux plus grandes villes d’Espagne ont vu des coalitions municipalistes arriver au pouvoir en 2015 et y rester jusqu’en 2019 pour Madrid et 2023 pour Barcelone. Leur ambition affichée était de déborder les partis traditionnels, d’approfondir la démocratie locale, de renouveler les politiques publiques et de transformer les mairies de l’intérieur. Des différences ont également traversé ces deux expériences, autour de la conception de la participation, des liens avec les mouvements sociaux et de la dimension sociale des politiques menées.

Une démocratie participative et/ou mouvementiste ?

Des dispositifs participatifs ont été mis en place dans les deux villes, pour associer les habitants à l’élaboration des politiques municipales. Si la participation présentielle et associative a davantage été promue à Barcelone, la participation numérique et individuelle a été privilégiée à Madrid. Les différents modèles participatifs adoptés par ces deux villes s’expliquent tant par des facteurs contextuels (de nombreux dispositifs participatifs étant déjà en place à Barcelone contrairement à Madrid) que par l’implantation des mouvements sociaux (avec une influence plus forte des Indignés à Madrid et des associations de quartier à Barcelone) et les trajectoires individuelles des élus à la participation.

Dans la capitale, plusieurs processus de démocratie directe ont été lancés sur la plateforme numérique Decide Madrid, comme les référendums d’initiative citoyenne inspirés des votations citoyennes suisses. Tous les résidents ayant plus de 16 ans pouvaient faire une proposition et voter, le soutien de 1 % des électeurs étant requis pour organiser un référendum décisionnel. Malgré les 26 000 propositions formulées au cours de la mandature, seulement deux ont obtenu le nombre de soutiens requis et fait l’objet d’un référendum, ce qui montre les limites de ces innovations démocratiques en partie déconnectées de la question sociale.

À Barcelone, si la démocratie participative n’a pas été absente, elle n’a pas constitué le cœur du projet de Barcelone en commun. Le municipalisme barcelonais, en complément de ces formes procédurales de participation, a mis en place une « démocratie mouvementiste ». Il s’agissait de créer de nouvelles alliances avec les mouvements sociaux, afin de permettre à ces derniers d’intervenir directement dans la politique locale. Loin d’être perçue comme une entrave à la politique institutionnelle, la pression constante de ces mobilisations populaires a été le principal moteur du changement à Barcelone. Des mesures emblématiques des mouvements sociaux ont ainsi été adoptées par le conseil municipal, comme l’obligation de consacrer 30 % des nouvelles constructions immobilières aux logements sociaux ; l’attribution d’une chapelle à un centre de santé de quartier au détriment d’une collection privée d’art ; ou la création d’une charte permettant de céder la gestion d’espaces et de terrains municipaux aux citoyens pour en faire des communs urbains.

Interview de Marcelo Expósito, militant de Barcelone en commun, député au Parlement espagnol entre 2016 et 2019. (Sous-titres français accessibles en cliquant sur « sous-titres ».)

La relation avec les mouvements sociaux a été moins centrale à Madrid, en raison notamment des origines des équipes municipalistes, qui provenaient directement de mouvements protestataires à Barcelone. Ada Colau, l’ex-activiste contre les expulsions immobilières, est devenue maire de Barcelone en étant elle-même issue des classes populaires, à la différence de la juge Manuela Carmena, devenue première édile de Madrid. De plus, Barcelone, qui a connu une longue tradition de mouvements sociaux et d’expériences d’autogestion, avait déjà eu de nombreux gouvernements de gauche modérée, là où la droite régnait à Madrid depuis plusieurs décennies.

Des politiques au service de quelles catégories ?

Ce lien accru avec les mouvements sociaux a eu un impact important sur les politiques mises en place. Barcelone en commun a pris des mesures plus ambitieuses face à la crise du logement et a davantage investi dans les quartiers populaires en cherchant à lutter contre la ségrégation urbaine et la gentrification, alors que l’équipe d’Ahora Madrid a concentré son action sur les quartiers centraux de la capitale. En 2019, les quartiers populaires se sont moins mobilisés pour soutenir la candidature de Manuela Carmena, ce qui peut être lié aux priorités de son action municipale et expliquer sa non-réélection.

Cette différence est également perceptible dans l’attitude des deux équipes municipales vis-à-vis de grands projets urbanistiques. La gestion d’Ahora Madrid a été marquée par une certaine continuité avec les précédents gouvernements municipaux, symbolisée par l’approbation de l’opération « Chamartín ». Ce pharaonique projet d’aménagement immobilier a constitué une véritable pomme de discorde avec des mouvements sociaux qui y étaient fortement opposés.

Si Barcelone n’a pas mis fin aux grands Congrès attirant des flux d’investisseurs étrangers comme le World Mobile Congress, pourtant décrié avant les élections, Ada Colau s’est opposée à plusieurs grands projets urbains. La mairie a ainsi été une des voix les plus critiques contre l’extension de l’aéroport de Barcelone ou l’installation d’une filiale du musée de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg, Russie) dans le quartier de Barceloneta, déjà exposé au surtourisme. Le bilan du municipalisme est également un bilan en négatif, qui doit prendre en compte les politiques spéculatives ou les projets urbains empêchés par les élus municipalistes.

Que reste-il des expériences municipalistes ?

Le retour de la droite à la tête de la capitale en 2019 a entraîné l’arrêt de la plupart des politiques mises en place par Ahora Madrid, comme les processus de démocratie directe, les politiques féministes ou les mesures anti-pollution. À Barcelone, le legs de Barcelona en commun, qui a eu deux mandats pour imprégner l’action publique municipale, est encore présent même si des remises en cause ont été amorcées par la nouvelle équipe socialiste. Pour l’instant, les mesures ayant le mieux résisté sont précisément celles qui avaient été promues directement par les mouvements sociaux, qui continuent d’exercer une pression pour les maintenir.

Alors que les projets municipalistes ou de listes participatives se développent, notamment en France, cette comparaison montre la diversité des expériences de municipalisme au-delà d’une unité affichée. Elle souligne l’importance d’un municipalisme non seulement politique mais aussi social, c’est-à-dire son ancrage dans le tissu associatif local, les mobilisations sociales et les quartiers populaires. En dépendent la radicalité des expériences, mais aussi la permanence des changements impulsés dans le temps.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quel avenir pour le municipalisme ? Retour sur les expériences de Barcelone et de Madrid – https://theconversation.com/quel-avenir-pour-le-municipalisme-retour-sur-les-experiences-de-barcelone-et-de-madrid-278109

« Valeur sentimentale », ou la reconnaissance de l’autre

Source: The Conversation – in French – By Christian Bank Pedersen, MCF HDR en études nordiques, Université de Caen Normandie

Gustav (Stellan Skarsgård) et sa fille Nora (Renate Reinsve) dans _Valeur sentimentale_ (2025), de Joachim Trier.

Grâce au Grand Prix obtenu à Cannes l’année dernière et fort de neuf nominations, dont celles du meilleur film et de la meilleure réalisation, aux Oscars qui seront remis ce dimanche 15 mars, Valeur sentimentale du réalisateur norvégien Joachim Trier fait l’objet d’une attention rarement accordée à une œuvre issue de l’univers cinématographique nordique. Et nous permet d’accéder à une réflexion philosophique sur la nature des relations entre les êtres.


Une « valeur sentimentale » est toujours une projection, c’est-à-dire la valeur qu’on attribue de manière personnelle à un objet, un événement, une période dans le passé. En ce sens, une valeur sentimentale est un investissement dans ce qui n’a pas de prix. Et cet investissement peut faire grandir, ou bien condamner à rester figé dans le passé. Souvent, la valeur sentimentale est associée à un bon souvenir personnel, même s’il est teinté de nostalgie ou de regrets. En revanche, la « valeur sentimentale » d’un traumatisme ou d’une lacune douloureuse dans sa propre histoire est bien plus difficile à gérer.

Comment lâcher prise par rapport à une blessure ancienne qui continue à nous hanter, et ce, non pour l’oublier, mais pour pouvoir respirer plus librement, et ainsi laisser être les choses et vivre les autres ? Voilà une question fondamentale du film de Joachim Trier.

Le film raconte l’histoire d’une famille à travers plusieurs générations, histoire marquée par un traumatisme survenu lors de la Seconde Guerre mondiale : son point de départ est la blessure infligée à la grand-mère, Karin, résistante emprisonnée et torturée longuement au cours de l’occupation de la Norvège par l’armée nazie.

Après la guerre, elle a un fils, Gustav, et semble vivre une vie sans heurts, jusqu’à l’instant où elle se suicide. À ce moment, son fils a neuf ans. L’acte est inexpliqué, et sûrement inexplicable, en fin de compte : aucun mot ne l’accompagne, et Karin n’a jamais su comment sublimer son vécu. Son fils, lui, en fera des histoires, en devenant un réalisateur internationalement reconnu. Mais face à ses propres filles – Nora, actrice, et Agnes, historienne –, il se tait également, se consacrant à son art et multipliant les absences jusqu’à son départ final du foyer.

Une réplique simple mais lourde de sens

Au début du film, Gustav revient, à l’occasion de l’enterrement de la mère de Nora et Agnes. Dans ses bagages, il rapporte un scénario – selon lui, le meilleur de sa carrière. C’est l’histoire d’une femme qui se suicide sans explications. Mais, insiste Gustav, ce n’est pas l’irracontable histoire de sa mère. Il propose le rôle principal à sa propre fille, Nora. Elle refuse, parce qu’elle ne peut ni ne veut travailler avec ce père qui ne l’a jamais vraiment laissé entrer dans sa vie. Alors, le rôle revient à une jeune actrice américaine, la star montante Rachel Kemp, ce qui déclenche chez chacun et chacune – de Gustav à Rachel, en passant par Nora et Agnes – des réflexions douloureuses sur les liens entre l’art et la vie, et sur ce qu’on voit des autres en étant soi-même vu par eux.

« Je te vois ». Voilà la réplique d’un autre personnage encore, personnage qui représente à lui seul la dernière génération de la famille : « Je te vois » est ce que dit Erik, fils d’Agnes, à son père Even. Visiblement, la phrase sort de nulle part, et on ne l’entend jamais de la bouche d’Erik lui-même. C’est Even qui raconte, étonné, ce que lui a dit son fils. Et cette phrase, surprenante et simple, va toucher tous les personnages, de près ou de loin. Fondamentalement, c’est cette réplique, « Je te vois », qui porte la « valeur sentimentale » du film.

« Who’s the ‘you’? », « Qui est le “tu” ? », demande de son côté Rachel dans une scène décisive : dans celle-ci, elle doit répéter une scène du film à venir de Gustav. Il s’agit d’une scène de prière. Mais une prière à qui ? Pas à un quelconque dieu. Rachel doit jouer le rôle d’une femme désespérée, d’une femme qui n’arrive plus à se frayer un chemin, surtout seule. Par conséquent, elle prie. Et l’actrice qui doit jouer son rôle pose la question : « Qui est le “tu” ? » Qui est-elle censée prier ? La portée symbolique de la question dépasse cette scène particulière : à qui raconte-t-on son histoire, et par qui cherche-t-on à se faire reconnaître ?

À sa manière, en s’interrogeant ainsi sur le « tu », Rachel prend à contrepied une longue et vaste tradition de la culture et de la pensée occidentales, tout comme le fait plus généralement « Valeur sentimentale » en tant qu’œuvre. La question première du film n’est pas « Qui suis-je ? », mais bien « Qui est le “tu” ? »

Le « je » et le « tu »

« Connais-toi toi-même » est l’exhortation à l’introspection qui se trouve tout près de l’origine de la philosophie, et qui représente par conséquent un regard dominant sur le lien entre le soi, les autres et le monde : de cette inscription sur le temple de Delphes de l’Antiquité – magistralement interprétée par Socrate dans les dialogues de Platon – aux notions de self-awareness actuelles, en passant par le cogito souverain du « je pense, donc je suis » cartésien et le « c’est moi que je peins » de Michel de Montaigne, entre autres. Dans Valeur sentimentale, cependant, c’est le « tu » qui est en vue, le « tu » qui est littéralement la question.

« Toute véritable vie est rencontre », écrit pour sa part le philosophe Martin Buber dans son Ich und Du, Je et Tu, de 1923 : le « je » en soi n’a pas de sens, parce que le « je » se crée dans la réciprocité. « Je te vois ». Quand Nora entend ces trois mots de son neveu, relatés par le père de celui-ci, elle est frappée par une grande tristesse : qui la voit vraiment, elle, l’actrice, semble-t-elle se demander ? Au fur et à mesure que l’histoire avance, la peur du vide grandit en elle, comme l’espace symbolique qui la sépare de son père. Elle se retire, s’enferme dans son appartement.

Dans le même temps, sa sœur Agnes, l’historienne, se tourne vers le passé et le trou noir du récit familial : aux Archives nationales, elle regarde les documents et les images qui certifient ce qu’a subi la grand-mère. Elle y lit et elle y voit la souffrance, et elle découvre qu’elle ne saura jamais réellement ce qu’a subi sa grand-mère, ni ce que le suicide de cette dernière a créé et détruit pour son père. Elle comprend qu’il y a des choses qu’elle ne pourra pas saisir. Elle l’accepte. Puis, elle revient vers Gustav, toujours en colère à cause de ses manquements, mais à l’écoute. Et elle lit son scénario, qu’elle fait ensuite lire à sa sœur : en allant chez Nora – prostrée dans son appartement –, Agnes ouvre littéralement et symboliquement son monde. Elle lui fait surtout lire à voix haute, mais sans jouer, la scène de la prière du scénario, cette scène qui avait provoqué la question « Qui est le “tu” ? » chez Rachel. Et là, Nora semble lâcher prise par rapport aux colères et aux déceptions. Après, elle demande à sa sœur comment elle a fait pour rester debout, elle : comment a-t-elle pu se créer une vie, sa vie, avec mari et enfant, après tout ce qui leur est arrivé ? Et Agnes de répondre : « Parce que tu étais là pour moi ».

« Je te vois ». Comment montrer cela dans un film ? À la toute fin de Valeur sentimentale, Nora et Gustav se regardent, en sortant de leurs rôles. Le spectateur ne les voit pas se regarder. Mais à travers leurs visages, fragiles et ouverts, séparés dans des courtes séquences individuelles, on découvre qu’ils se regardent. Surtout, on découvre qu’ils se voient, mutuellement, sans nécessairement tout saisir l’un de l’autre. Car vouloir tout comprendre chez l’autre pourrait aussi être une façon de nier la singularité de chacun. À la fin, Nora et Gustav se reconnaissent, dans tous les sens du terme : ils se voient, en accueillant et en acceptant ce que chacun porte en lui de bien, de faillible, et de mystérieux.

The Conversation

Christian Bank Pedersen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Valeur sentimentale », ou la reconnaissance de l’autre – https://theconversation.com/valeur-sentimentale-ou-la-reconnaissance-de-lautre-277110

Les communautés autochtones sont touchées de manière disproportionnée par les incendies de forêt. Voici ce que peuvent faire les gouvernements

Source: The Conversation – in French – By Tara McGee, Professor, Earth & Atmospheric Sciences, University of Alberta

Chaque été depuis dix ans ou presque, c’est la même chose dans de nombreuses régions du Canada : des feux de forêt incontrôlables font rage et le ciel se remplit de fumée. Les populations à proximité sont souvent contraintes d’évacuer.

Les feux de forêt ont des répercussions démesurées sur les communautés autochtones. Selon une enquête de 2024, 42 % des communautés canadiennes qui ont évacuées en raison des feux de forêt au cours des quatre dernières décennies étaient autochtones.

Il y a 13 ans, on comprenait peu les difficultés rencontrées par les communautés des Premières Nations lors des évacuations, bien qu’elles les vivaient fréquemment. Voilà pourquoi nous avons conclu un partenariat avec sept Premières Nations de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario et 16 ministères et organismes intervenant durant les évacuations provoquées par des feux de forêt pour créer le First Nations Wildfire Evacuation Partnership (FNWEP)

Depuis 2013, le FNWEP étudie les expériences des Premières Nations évacuées, identifie les facteurs qui influencent positivement ou négativement leur vécu et recommande des moyens d’atténuer les répercussions négatives des évacuations dues aux feux de forêt.

Paru en 2021, notre ouvrage First Nations Wildfire Evacuation Experiences : A guide for communities and external agencies est structuré en plusieurs chapitres, chacun correspondant à une différente étape d’une évacuation en cas de feux de forêt, de l’observation de la fumée à distance au retour chez soi une fois le feu maîtrisé.

Dans chaque chapitre, nous avons résumé les conclusions de nos recherches, fait des recommandations pratiques et proposé des mesures que les communautés et les organismes externes peuvent prendre pour mieux se préparer aux évacuations.

Défis posés par l’évacuation

Vidéo expliquant le FNWEP et les défis auxquels sont confrontées les communautés autochtones évacuées (CRSH).

Nos recherches nous ont permis de constater que de nombreuses Premières Nations ne disposent souvent pas des ressources adéquates pour se préparer et réagir aux feux de forêt. Beaucoup d’entre elles ne comptent aucune personne entièrement dédiée à la gestion des urgences.

Parmi les facteurs qui compliquent l’évacuation des peuples autochtones mentionnés dans nos recherches, citons :

  1. le fait d’être sur les terres, loin de chez soi, lorsque la décision de devoir évacuer est prise, ce qui complique la tâche de prévenir les personnes concernées et d’organiser leur transport ;

  2. la crainte de perdre son logement, exacerbée par la pénurie actuelle ;

  3. le manque d’intérêt des médias envers l’évacuation des communautés autochtones, ce qui réduit l’accès à l’information ;

  4. les problèmes de langue et le manque de services de traduction ;

  5. la pauvreté causée par la colonisation ;

  6. les familles nombreuses et multigénérationnelles vivant sous le même toit, ce qui complique la coordination du transport ;

  7. les problèmes de santé ;

  8. les inquiétudes quant aux coûts de l’évacuation et à leur remboursement.

Parmi les autres défis, mentionnons les courts délais d’avertissement, les difficultés de transport, dont les évacuations en plusieurs étapes, le manque d’informations pour les personnes évacuées, les logements surpeuplés, les chocs culturels, la séparation des familles et le racisme.

Séparation des familles

One of the most severe cases of family separation occurred in 2011 when people from [Sandy Lake First Nation]) were sent to 12 different host communities, which led to reduced support for evacuees. In some cases, community leaders and a select group of residents stayed behind in the community to communicate with government agencies and evacuees, provide advice, deal with problems and look after the community.

L’un des cas les plus graves de séparation familiale s’est produit en 2011, lorsque des membres de la Première Nation de Sandy Lake ont été dispersés dans 12 communautés d’accueil différentes, réduisant ainsi le soutien qui leur a été apporté. Dans certains cas, les responsables communautaires et un groupe restreint de résidentes et résidents sont demeurés sur place pour communiquer avec les organismes gouvernementaux et les personnes évacuées, prodiguer des conseils, régler les problèmes et protéger la communauté.

Nous avons relevé d’autres situations qui nous ont paru absurdes. Par exemple, lorsque âmaciwîspimowinihk (Stanley Mission), dans le nord de la Saskatchewan, a été évacué en 2014, les sièges d’auto pour enfants n’étaient pas autorisés à bord des autobus d’évacuation. Les personnes évacuées ont été forcées de tenir leurs bébés sur leurs genoux pendant tout le trajet vers les communautés d’accueil, dont Regina ; elles ont raconté avoir dû passer près de 12 heures sur la route.

Mais le cas le plus inapproprié date de 2011 quand la Première Nation de Deer Lake a été hébergée au Rideau Regional Centre, à Smiths Falls, en Ontario. Construit en 1951 pour accueillir des personnes atteintes de troubles du développement, ce centre avait fermé ses portes en 2009, deux ans avant l’évacuation. L’état du centre était totalement inadapté. Certaines personnes évacuées ont dû dormir à même le sol parce qu’on ne leur avait pas fourni de lit de camp, certaines chambres n’étaient pas nettoyées et les cabines de douche des salles de bain communes n’avaient ni rideaux ni portes.

Résilience communautaire

Toutefois, nous avons trouvé de nombreux cas où les personnes évacuées ont eu une bonne expérience parce que les membres de leur communauté ont fait preuve de résilience. Les chefs communautaires ont joué un rôle essentiel en assurant la liaison entre leur communauté et la communauté d’accueil, en participant aux réunions des organismes, en communiquant des informations aux personnes évacuées, en défendant les intérêts de leur communauté et en réglant les problèmes rencontrés.

Resté sur place, le chef de la Première Nation de Sandy Lake a enregistré des vidéos en oji-cri et en anglais pour rester en contact avec les membres de sa communauté et leur offrir des informations quotidiennes durant leur évacuation.

Des jeunes de la Nation ojibwée Mishkeegogamang et d’autres Premières Nations ont créé des groupes Facebook privés pour permettre aux personnes évacuées de partager de l’information. En outre, en plus de leur rôle de liaison, des membres des communautés des Premières Nations se sont portés volontaires pour apporter de l’aide de nombreuses façons, notamment en tenant compagnie aux Aînées et Aînés, en commandant et en allant chercher les ordonnances, en fournissant des services de garde d’enfants et de sécurité et en livrant des repas.

Recommandations pour améliorer les évacuations

La compétence juridictionnelle est un facteur déterminant dans toutes les évacuations. En effet, alors que la gestion des feux de forêt et des situations d’urgence relève de la compétence provinciale, les Premières Nations relèvent de la compétence fédérale, ce qui complique considérablement les évacuations en cas de feux de forêt. Nous avons répertorié des cas où les responsables locaux ne savaient pas à quel organisme s’adresser pour déclencher une évacuation.

Cependant, malgré des résultats de recherche cohérents et des efforts de sensibilisation constants, bon nombre des communautés évacuées entre 2011 et 2015 avec lesquelles nous avons travaillé ont été à nouveau évacuées depuis et ont encore été confrontées à plusieurs des mêmes difficultés.

En 2025, la vérificatrice générale du Canada a réitéré les lacunes constantes dans la façon dont Services aux Autochtones Canada gère les urgences, malgré l’augmentation spectaculaire de son financement au cours des dix dernières années — de 13 milliards de dollars en 2019-2020 à près de 24 milliards de dollars en 2023-2024. Elle a également constaté que seul l’Ontario respecte les normes de services d’évacuation.

Les autorités fédérales et provinciales devraient augmenter leur financement à long terme au profit des Premières Nations afin de leur permettre de gérer les situations d’urgence. Elles devraient aussi appuyer la construction de bâtiments équipés de filtres à air et de purificateurs d’air afin que les personnes qui les occupent n’aient pas à les évacuer uniquement en raison de la mauvaise qualité de l’air. En outre, elles pourraient simplifier les processus de remboursement pour faciliter le processus de retour à la normale à la suite des feux de forêt.

De plus, les gouvernements devraient investir davantage dans la prévention et l’atténuation des feux de forêt afin de réduire le besoin d’évacuer, notamment avec l’aide du programme Intelli-feu. Ils devraient également financer et soutenir les programmes autochtones de surveillance des incendies partout au Canada, dans le cadre desquels des Autochtones travaillent toute l’année pour assurer la prévention, l’atténuation, l’intervention et le rétablissement en cas d’incendie.

Alors que la période des feux de forêt s’aggrave d’année en année, les gouvernements peuvent prendre dès maintenant des mesures concrètes pour s’assurer que les communautés les plus touchées sont bien équipées pour faire face aux évacuations et s’en remettre.

La Conversation Canada

Tara McGee est financée par Ressources naturelles Canada dans le cadre du First Nations Wildfire Evacuation Partnership, un partenariat qui a déjà reçu un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Amy Cardinal Christianson est affiliée à l’Initiative de leadership autochtone. Elle travaillait auparavant au Service canadien des forêts (Ressources naturelles Canada) et à Parcs Canada. Au cours des dix dernières années, elle a fait des contributions en nature au First Nations Wildfire Evacuation Partnership.

ref. Les communautés autochtones sont touchées de manière disproportionnée par les incendies de forêt. Voici ce que peuvent faire les gouvernements – https://theconversation.com/les-communautes-autochtones-sont-touchees-de-maniere-disproportionnee-par-les-incendies-de-foret-voici-ce-que-peuvent-faire-les-gouvernements-278043

Accepter (ou non) de vivre à proximité d’une centrale nucléaire, une question loin d’être réglée

Source: The Conversation – in French – By Renaud Coulomb, Professor of Economics, Mines Paris – PSL

Depuis l’accident nucléaire de Fukushima en 2011, la perception du risque nucléaire a changé, et cela, bien au-delà des frontières du Japon. En Angleterre, une étude a montré que les logements situés à moins de 20 km des centrales ont perdu en moyenne 4,2 % de leur valeur à la suite de la catastrophe et connu une forte recomposition sociale. Un signal fort, à l’heure où la France et le Royaume-Uni relancent de vastes programmes nucléaires.


L’énergie nucléaire est aujourd’hui présentée comme un pilier de la décarbonation et de la sécurité énergétique européennes. Pourtant, si les arbitrages énergétiques se décident au niveau national, leur acceptabilité se joue souvent à l’échelle locale.

En mars 2011, l’accident nucléaire de Fukushima-Daiichi avait bouleversé la perception mondiale du risque nucléaire. Certains pays avaient alors réaffirmé leur engagement, comme le Royaume-Uni ou la France, qui a récemment replacé le nucléaire au cœur de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). D’autres, comme l’Allemagne, avaient mis leurs programmes en pause ou fait marche arrière.




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Entre la construction de nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR) – la PPE française prévoit la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, avec huit en option – et l’émergence de nouveaux concepts comme les petits réacteurs modulaires (Small Modular Reactors, ou SMR), la dynamique actuelle est celle d’un regain des investissements.

Mais au-delà des choix technologiques et politiques, un facteur demeure déterminant pour l’avenir de l’industrie : l’acceptation du public. Nous avons mené une étude portant sur l’évolution des marchés immobiliers et la composition socio-économique des quartiers en Angleterre après l’accident de Fukushima.

Nos travaux montrent comment la perception d’un risque accru peut transformer les communautés vivant à proximité des centrales. À la clé, vague de départ des ménages, baisse des prix immobiliers et accroissement de la pauvreté, et cela au Royaume-Uni, pays où l’énergie nucléaire bénéficie d’un fort soutien au niveau national.

SMR ou EPR, le même défi de l’acceptation locale

Parmi les nouvelles options technologiques, les SMR suscitent un intérêt croissant. Conçus en usine, transportés puis assemblés sur site, ces réacteurs de petite taille (d’une puissance pouvant aller jusqu’à 300 mégawatts) promettent des chantiers plus rapides et des coûts mieux maîtrisés.

Nécessitant moins de foncier et d’eau, ils peuvent être implantés sur des sites plus variés, au plus près des besoins en électricité et en chaleur. Ils pourraient par exemple remplacer les centrales à charbon ou à gaz en fin de vie en réutilisant les raccordements existants au réseau, tout en préservant les emplois qualifiés et les recettes fiscales locales, ce qui favoriserait leur acceptation politique.

Plus de 80 modèles de SMR sont aujourd’hui en cours de développement dans 18 pays. La Russie et la Chine en ont déjà construit, tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la France, le Japon et la Corée du Sud mènent des projets pilotes. Le Royaume-Uni, notamment, mise sur les SMR pour accroître son parc d’ici 2050, en complément de ses chantiers EPR, comme Hinkley Point C et Sizewell C.

La centrale nucléaire de Sizewell, au Royaume-Uni, comprend plusieurs tranches : une à l’arrêt définitif, une en exploitation et enfin une troisième en cours de construction avec deux EPR.
Ivor Branton, CC BY-NC-ND

En France, malgré un fort soutien institutionnel au nucléaire, rien ne garantit que le nucléaire connaîtra un rebond sans accroc après 2035, et ce, pour trois raisons principales.

  • Premièrement, la plupart des nouveaux EPR2 et SMR ne seront pas opérationnels avant les années 2030, une projection encore fragilisée par l’historique de l’industrie en matière de retards. L’exemple de l’EPR de Flamanville (Manche), lancé en 2007 et raccordé au réseau seulement en 2024, reste éloquent.

  • Deuxièmement, la gestion des déchets reste un défi non résolu. Des travaux récents suggèrent même que plusieurs modèles de SMR produiraient davantage de déchets radioactifs par unité d’énergie que les grandes centrales, ce qui pourrait alourdir leur coût réel.

  • Enfin, et surtout, les porteurs de projets devront obtenir l’adhésion des communautés locales s’ils souhaitent s’implanter dans de nouveaux territoires.

Les enquêtes d’opinion post-Fukushima montrent un soutien national très variable d’un pays à l’autre, et que cette énergie est rarement la source préférée d’électricité.

Surtout, une attitude favorable au niveau national ne garantit pas son acceptation au niveau local. La logique du « not in my backyard » (« pas dans mon arrière-cour ») peut bloquer des projets pourtant viables au plan économique. C’est particulièrement vrai lorsque les risques sont perçus comme très concentrés, tandis que les bénéfices semblent largement diffus.




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La perception du risque nucléaire après Fukushima : le cas anglais

Notre étude a analysé comment ces changements de perception du risque nucléaire se traduisaient concrètement et s’inscrivaient dans une dynamique plus large de l’évolution des populations autour des sites nucléaires au fil des décennies.

À partir d’un registre exhaustif des transactions immobilières en Angleterre de 2007 à 2014, nous avons comparé l’évolution des prix dans un rayon de 20 km autour des centrales nucléaires à celle observée entre 20 et 100 km, avant et après Fukushima.

Le seuil des 20 km correspond à la distance de sécurité massivement relayée par les médias britanniques à la suite de l’instauration par le gouvernement japonais d’une zone d’évacuation dans un rayon de 20 km autour du site accidenté.

Nos résultats sont clairs. En moyenne, les logements proches des centrales anglaises ont perdu plus de 4 % de leur valeur foncière après Fukushima, par rapport à des biens similaires situés plus loin.

Cette moyenne cache toutefois des disparités importantes. La chute des prix a été nettement plus marquée dans les zones où la main-d’œuvre est très mobile. Cela ne signifie donc pas que la perception du risque nucléaire n’a pas changé dans les zones proches des centrales où la mobilité des ménages est restée limitée, mais plutôt que celle-ci ne s’est pas traduite par un ajustement à court terme des prix de l’immobilier.

Le cas anglais est particulièrement révélateur. Contrairement à l’Allemagne ou au Japon, le Royaume-Uni, comme la France, a maintenu son programme nucléaire après 2011, en engageant un renouvellement du parc. La baisse de l’immobilier y reflète donc bien une véritable crainte environnementale locale, et non l’anticipation d’une fermeture des centrales nucléaires.

Au-delà des prix de l’immobilier, la composition sociale des quartiers a également évolué. Entre 2010 et 2019, la pauvreté s’est accrue autour des sites nucléaires, surtout dans les zones à forte mobilité résidentielle. Ainsi, même dans un cadre de soutien politique fort et de réglementation stricte, un accident lointain a engendré des effets socio-économiques durables sur le territoire britannique.

Bien sûr, les dynamiques passées éclairent aussi ces résultats. Dans les années 1970, lors de la mise en service des centrales étudiées, les zones situées à moins de 20 km avaient déjà connu une première vague de déclin démographique et de précarisation.




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Leçons de politique publique

Si le choix politique actuel est celui d’une expansion durable du nucléaire, il est crucial d’obtenir le consentement local, autant que national, des populations.

Pour les ménages, soutenir la décarbonation ou la souveraineté énergétique à l’échelle d’un pays ne signifie pas accepter un réacteur au bout de sa rue. Il faut engager un dialogue transparent, le plus tôt possible, avec des informations accessibles sur les risques d’accident, les plans d’urgence, les règles de responsabilité et la gestion à long terme des déchets, etc.

Surtout, les communautés exposées à des risques concentrés doivent bénéficier d’avantages concentrés : fonds spécifiques, réductions sur les factures d’énergie, investissements dans les infrastructures, programmes de formation ou encore priorité à la sous-traitance locale. Ces contreparties doivent être mises en place dès la phase de planification et durer tout au long de l’exploitation.

Loin de contourner cet obstacle, les SMR l’accentuent. Leur intérêt premier réside en effet dans leur flexibilité d’implantation géographique. Ainsi, nombre de sites envisagés devraient se situer dans des régions nouvelles pour le nucléaire, où les populations n’ont pas eu le temps de « s’auto-sélectionner » selon leur tolérance au risque nucléaire. De plus, la viabilité économique des SMR exige une production en série et des commandes groupées : un véritable défi organisationnel vu les contraintes de sites et de licences.

Le processus de sélection des sites, l’implication réelle des habitants et l’équité dans la répartition des bénéfices seront donc déterminants. On peut toutefois s’attendre à d’importants ajustements socio-économiques et démographiques à proximité des futurs projets. Sans mécanismes crédibles de partage des bénéfices, l’expansion du nucléaire en Europe pourrait accroître les inégalités territoriales.

The Conversation

Renaud Coulomb déclare ne pas être en situation de conflit d’intérêts. Il ne fournit pas de services de conseil et ne détient aucune participation financière dans des entreprises du secteur énergétique, ni dans des entreprises susceptibles de bénéficier des analyses ou des conclusions présentées dans cette tribune. La recherche citée dans cet article a bénéficié du soutien financier de l’Ecole d’Economie de Paris et de l’Université de Melbourne. Certains des projets de recherche de l’auteur ont pu bénéficier de financements supplémentaires de Mines Paris – PSL University et de la Fondation Mines Paris dans le cadre de la Chaire de Mécénat ENG, en partenariat avec l’Université Paris-Dauphine, la Toulouse School of Economics et CentraleSupélec.

Yanos Zylberberg ne fournit pas de services de conseil et ne détient aucune participation financière dans des entreprises du secteur énergétique, ni dans des entreprises susceptibles de bénéficier des analyses ou des conclusions présentées dans cette tribune. Certains projets de recherche (qui digitalisent des cartes historiques) ont reçu des financements de l’ESRC.

ref. Accepter (ou non) de vivre à proximité d’une centrale nucléaire, une question loin d’être réglée – https://theconversation.com/accepter-ou-non-de-vivre-a-proximite-dune-centrale-nucleaire-une-question-loin-detre-reglee-275150

Demain, le mix électrique français sera-t-il plus « vert » avec ou sans nucléaire ?

Source: The Conversation – in French – By Bertrand Cassoret, Maître de conférences en génie électrique, Université d’Artois

Au-delà de l’enjeu urgent de la transition énergétique, tous les mix électriques ne se valent pas en termes d’impacts environnementaux. Nous avons procédé à l’analyse de cycle de vie des six scénarios proposés par RTE à l’horizon 2060, avec ou sans construction de nouvelles centrales nucléaires. Le résultat ? Hors risque d’accident, les scénarios comportant le plus de nucléaire apparaissent comme les moins mauvais pour l’environnement.


Quel mix de production d’électricité décarbonée est le plus écologique ? Répondre à cette question n’est pas si évident. La production d’énergie, à l’échelle d’un pays, ne s’improvise pas : la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), dévoilée en février 2026, a en ce sens fixé un cadre pour les dix prochaines années.

Or, en fonction des choix de planification opérés et du mix électrique retenu (part de nucléaire, de renouvelables…), le kilowatt-heure n’aura pas la même empreinte environnementale. En nous appuyant sur les six scénarios (en fonction des sources d’énergie composant le mix électrique) retenus par RTE à l’horizon 2060, nous avons mené une analyse de cycle de vie (ACV) de chacun de ces scénarios, récemment publiée dans une revue scientifique.

Selon nos résultats, en fonctionnement normal (c’est-à-dire en excluant les risques de catastrophe environnementale, notamment nucléaire), ce sont les scénarios où la part du nucléaire est la plus élevée qui ont les impacts environnementaux les plus faibles. Pour comprendre ce résultat, il faut d’abord présenter sa construction.

Les scénarios de RTE pour la production d’électricité en 2060

Ils sont le premier élément déterminant du raisonnement. Pour prévoir les besoins de production électrique en France en 2060, RTE a pris pour hypothèse une hausse de consommation de 35 %, en lien avec les besoins d’électrification des usages tels que les transports, le chauffage ou l’industrie.

Parmi les six scénarios, les trois premiers (notés M sur le graphe ci-dessous) n’utilisent pas de nouvelles infrastructures nucléaires en remplacement des réacteurs actuels qui seront probablement fermés en 2060. Les trois scénarios suivants (notés N) s’appuient en revanche sur le « nouveau nucléaire », avec une part de nucléaire allant de 18 à 50 % dans le mix électrique. La part de l’hydroélectricité varie peu, mais l’éolien et le photovoltaïque jouent le rôle de variable d’ajustement entre les différents scénarios.

Sur les six scénarios envisagés par RTE à l’horizon 2060, les trois premiers, notés M, ne postulent pas la construction de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les infrastructures actuelles, qui seront en fin de vie. Les trois derniers, notés N, postulent au contraire le renouvellement du parc nucléaire.
Fourni par l’auteur

Pour un même niveau de consommation électrique, les scénarios sans nucléaire nécessitent davantage de puissance installée. Le scénario M1, qui s’appuie le plus sur le photovoltaïque, requiert plus de deux fois plus d’installations que le scénario N03, qui se base surtout sur le nucléaire. Ceci s’explique par deux raisons.

  • D’abord, parce que l’éolien et le photovoltaïque ne sont pas pilotables : leur production dépend de la météo. L’éolien et le photovoltaïque ont, en effet, un facteur de charge assez faible : le vent et le soleil ne permettent que rarement une production à pleine puissance. Par exemple, une installation photovoltaïque de 1 000 watts (W) va produire parfois cette puissance l’été, vers midi, mais en moyenne sur l’année, seulement environ 150 W. Il faut donc démultiplier les moyens.

  • La seconde raison tient au besoin de stockage de cette production intermittente, afin de répondre aux besoins au bon moment. La prospective de RTE considère le stockage par batteries ou par hydrogène, mais les rendements de conversion entraînent, dans les deux cas, des pertes qu’il faut compenser, là aussi en augmentant les capacités installées.

À noter enfin que la fabrication et le recyclage en fin de vie de ces moyens de stockage entraînent des impacts environnementaux supplémentaires.




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Des impacts environnementaux tout au long du cycle de vie

Les moyens de production envisagés par RTE ici sont l’éolien, le photovoltaïque, l’hydroélectrique et le nucléaire. Ils n’émettent pas – ou très peu – de polluants et de gaz à effet de serre lors de leur utilisation, comme en atteste le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Ce dernier considère que l’éolien et le nucléaire émettent environ 12 g de CO₂ par kilowattheure (kWh) électrique produit, tandis que le photovoltaïque en émet entre 41 et 48.

Mais la seule comptabilité carbone ne suffit pas : ces sources d’électricité ont des impacts environnementaux notables liés à leur fabrication et leur fin de vie, dont il faut tenir compte. Des études suggèrent que le photovoltaïque au sol (à distinguer des panneaux solaires qui équipent les toitures) peut nécessiter autant de béton que le nucléaire, à production électrique égale. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) soulignait par exemple, en 2022, que les panneaux solaires sont de grands consommateurs d’aluminium. Enfin, toujours à production d’électricité égale, il faut davantage d’acier pour l’électricité éolienne que le nucléaire.

Une synthèse d’études d’impacts réalisée en 2021 pour la Commission européenne suggère que l’énergie nucléaire est celle qui aurait le moins d’impacts environnementaux sur un certain nombre de critères.

Il faut enfin tenir compte de la durée de vie des moyens de production. On considère généralement qu’un barrage hydroélectrique dure quatre-vingts ans, une centrale nucléaire soixante ans (même s’il est probable qu’on ira au-delà), un panneau photovoltaïque trente ans et une éolienne vingt-cinq ans.

Reste aussi la question des déchets nucléaires, qui relève, en France, de l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), et que nous n’avons pas couverte dans notre étude.

Quel scénario est le plus écologique ?

L’analyse de cycle de vie est une méthode qui permet d’évaluer les impacts environnementaux depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie. Elle utilise des bases de données internationales qui permettent de quantifier les consommations de matières premières, énergie, surfaces, déchets. Nous avons utilisé, pour estimer l’impact environnemental de la production d’un kilowattheure d’électricité nucléaire, hydroélectrique, éolienne et enfin photovoltaïque, le logiciel Simapro, associé à la base de données Ecoinvent qui fait référence dans le domaine de l’ACV

Parmi les 11 critères retenus, on retrouve l’épuisement des ressources, le réchauffement climatique, la diminution de la couche d’ozone, la toxicité pour l’humain, les impacts sur l’eau de mer et l’eau douce, l’oxydation photochimique (en lien avec la pollution de l’air), l’acidification et l’eutrophisation des eaux.

Selon notre ACV, le photovoltaïque est l’énergie qui a le plus d’impacts environnementaux et l’hydroélectrique, celle qui en a le moins. Ces résultats sont largement liés aux quantités de matériaux utilisés et à la durée de vie des installations.

La prise en compte de certains de ces critères environnementaux spécifiques peut modifier ce classement : le nucléaire a davantage d’impacts si on considère les radiations ionisantes et l’eutrophisation marine, l’hydroélectricité nécessite davantage d’eau. Mais même en tenant compte de davantage de critères environnementaux, avec la méthode ReCiPe, qui en comporte 22, le photovoltaïque reste le plus mauvais élève pour 18 de ces critères.

Impacts environnementaux d’une même quantité d’électricité, selon son mode de production.
Fourni par l’auteur

Les impacts des six scénarios de RTE ont été comparés avec deux approches différentes mais complémentaires.

  • D’abord en fonction de l’énergie produite par les quatre sources d’électricité chaque année. À noter qu’avec cette méthode, les impacts de la production du combustible nucléaire et de la gestion des déchets sont inclus dans les bases de données, mais que les moyens de stockage de l’électricité sont ici négligés, ce qui sous-estime les impacts des scénarios sans nucléaire.

  • Puis en fonction de la puissance installée, en tenant compte de la durée de vie des installations – en négligeant cette fois les impacts liés au fonctionnement normal des infrastructures. Les impacts du stockage sont, alors, pris en compte.

Les résultats obtenus avec les deux méthodes sont très similaires : le scénario M1, qui s’appuie le plus sur le photovoltaïque, est celui qui a le plus d’impacts environnementaux sur tous les critères considérés. Le scénario qui a le moins d’impacts, à l’inverse, est celui qui compte le plus sur le nucléaire. Même dans le scénario N2, qui compte largement sur le nucléaire, la majorité des impacts environnementaux proviennent du photovoltaïque, alors qu’il ne représente que 16 % du mix électrique.

Impacts environnementaux estimés pour les différents scénarios RTE.
Fourni par l’auteur

Il ne s’agit pas de dire que le photovoltaïque et l’éolien sont inutiles à la transition énergétique : ces sources renouvelables sont très utiles lorsqu’elles permettent d’éviter de produire de l’électricité avec du pétrole, du gaz ou du charbon. L’éolien et le photovoltaïque sont beaucoup moins polluants que ces énergies fossiles, qui n’ont pas été considérées ici.

Elles ont bien un rôle à jouer : RTE estime que le nucléaire et l’hydroélectricité ne permettront pas de produire suffisamment d’électricité pour l’électrification prévue dans le cadre de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). De plus, les technologies évoluent, et il est probable que les impacts du photovoltaïque et de l’éolien diminuent avec le temps.

À l’heure de choisir un mix électrique pour l’avenir qui s’appuie le moins possible sur les énergies fossiles, le nucléaire semble donc incontournable pour un mix le plus vert possible. Ces résultats montrent que plus la part du nucléaire est élevée dans le mix électrique, moins on a besoin d’installations en tous genres – consommateurs de matériaux –, moins on crée d’impacts environnementaux.

Notre étude a toutefois des limites, qui tiennent à ses hypothèses de départ : elle ne prend pas en compte le risque de catastrophe nucléaire. En effet, l’ACV ne considère que le fonctionnement normal des installations, et sa précision dépend de la fiabilité des données inscrites dans les bases de données.

Elle n’intègre pas non plus ni le risque d’explosion d’hydrogène stocké ni le risque de ruptures de barrages hydrauliques qui ont pourtant historiquement tué bien plus que les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Il est également supposé que la gestion des déchets nucléaires sera sans conséquences sur les générations futures.

The Conversation

Bertrand Cassoret est membre bénévole de l’Association Française pour l’Information Scientifique et de la Société Française d’Energie Nucléaire.

ref. Demain, le mix électrique français sera-t-il plus « vert » avec ou sans nucléaire ? – https://theconversation.com/demain-le-mix-electrique-francais-sera-t-il-plus-vert-avec-ou-sans-nucleaire-277288

Face aux violations de droits en itinérance : soutenir la participation démocratique des personnes marginalisées

Source: The Conversation – in French – By Michel Parazelli, Professeur associé retraité en travail social, Université du Québec à Montréal (UQAM)

On ne reconnait pas toujours les personnes en situation d’itinérance comme appartenant à la communauté citoyenne.Ce manque de reconnaissance a des répercussions sociales considérables. Pour les premières concernées d’abord, dont on ne respecte pas toujours les droits, et qu’on prive de voix et de liens, au risque d’aggraver leur précarité, leur souffrance et leur mortalité. Pour la société ensuite, qui entretient une gestion de crise perpétuelle, fragilise les liens sociaux et renonce à la contribution politique de celles et ceux qu’elle relègue à ses marges.


À la suite d’une vaste consultation sur l’itinérance et la cohabitation sociale, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a déposé son rapport en juillet 2025. Cette démarche de consultation a rejoint 3903 personnes oeuvrant en milieu communautaire et institutionnel, ainsi que des personnes en situation d’itinérance.

Sur les 22 recommandations formulées par les commissaires, la première exhorte la Ville de Montréal à reconnaitre formellement « que les Montréalaises et Montréalais en situation d’itinérance sont des citoyennes et citoyens au même titre que ceux qui sont logés », et d’agir en conséquence.




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Des violations multiples de droits

Cette première recommandation du rapport de consultation de l’OCPM révèle quelque chose de la façon dont on traite les personnes qui sont à la marge des circuits formels de la production, de la consommation et de l’habitat. Les faits tendent à montrer que les droits des personnes en situation d’itinérance ne sont pas toujours respectés.

  • Les démantèlements des campements de sans-abri qui aggravent leurs conditions se poursuivent, malgré l’avis de la défenseure fédérale du logement. En 2024, elle exigeait des gouvernements qu’ils respectent les droits et la dignité des personnes résidant dans les campements.

  • Les pratiques de profilage social des policiers perdurent, malgré la reconnaissance par la Commission des droits de la personne et la jeunesse depuis 2009, que la «stigmatisation des sans-abri dans les normes et règlements de la police et le profilage qui s’ensuit porte atteinte au droit de ces personnes à la sauvegarde de leur
    dignité sans discrimination fondée sur la condition sociale.»

  • Les organismes communautaires souffrent de sous-financement chronique, malgré qu’ils soient les principaux intervenants sur le terrain auprès des sans-abri.

  • Le recours au privé pour gérer la sécurité publique et la production de logements abordables croît. Or, son modèle économique repose sur la maximisation des profits, ce qui crée un conflit d’intérêts avec la visée d’abordabilité et de pérennité hors marché du logement social].

  • Le taux de mortalité des personnes en situation d’itinérance a augmenté en 2024, selon le bureau du coroner. Les données montrent que plusieurs décès auraient pu être évités s’il y avait eu des services de santé adaptés.

  • L’adoption du projet de loi 103, en novembre 2025, même s’il menace les services de consommation supervisée. Une majorité d’acteurs du terrain ont qualifié cette législation de dangereux recul dans la lutte contre la crise des surdoses.

Chacun de ces exemples montre que le respect des droits et de la dignité des personnes en situation d’itinérance est loin d’être garanti.

Une gestion inadaptée et des choix politiques aggravants

S’agit-il d’une simple défaillance de l’action publique appelant l’optimisation d’une gestion plus agile et efficace, comme l’ont affirmé certains candidats lors des dernières élections municipales ?




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Dans son rapport, l’OCPM souligne bien des problèmes majeurs de coordination entre les silos institutionnels qui interviennent en itinérance. Toutefois, l’examen plus attentif des problèmes auxquels sont confrontés les acteurs sociaux montréalais tend à montrer que le problème est structurel. Il s’agit d’un constat communément partagé de l’impuissance des acteurs résultant d’une gestion permanente de solutions provisoires.


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Il existe bien quelques avancées sur le plan de la disponibilité de logements adaptés, ou de pratiques de cohabitation sociale apaisées, mais celles-ci ne réussissent pas à sortir de l’urgence. La raison en est que cette situation de crise qui s’étend à plusieurs municipalités québécoises est surtout le produit de choix politiques antérieurs avec ses effets délétères. On peut mentionner ici le retrait du gouvernement fédéral du financement du logement social depuis les années 1990, l’incapacité du provincial à construire suffisamment de logements sociaux hors marché, ainsi qu’à améliorer l’accès aux services sociaux et de santé adaptés.

D’une prise en charge gestionnaire à une prise en compte citoyenne

Un autre constat issu de ce rapport met en lumière l’exclusion des personnes en situation d’itinérance des décisions qui les concernent.

C’est pourquoi certaines des recommandations de l’OCPM proposent d’inclure des personnes en situation d’itinérance au sein de comités consultatifs aux niveaux municipal et local. Il s’agit de donner des avis sur l’ensemble des pratiques de gouvernance en matière d’itinérance. Cette orientation suscitant l’engagement citoyen représente une rupture avec la logique dominante de prise en charge des solutions par les gestionnaires.

En situation d’urgence, les gestionnaires des services sociaux et municipaux oeuvrant en itinérance agissent la plupart du temps pour le bien d’autrui, mais sans le point de vue d’autrui. Par exemple, l’augmentation de la surveillance policière, les démantèlements des campements et l’aménagement des haltes-chaleur étaient souvent justifiés par des arguments de sécurité des occupants, même au prix d’une plus grande marginalisation. Cette approche de « prise en charge » s’oppose à une pratique plus dialogique à visée démocratique.

En travail social, cette seconde approche est qualifiée de « prise en compte », en phase avec la reconnaissance de la citoyenneté d’une personne, même celle qui tend à émerger dans la marge sociale. Dès lors, plutôt que d’agir uniquement sur les comportements jugés inadéquats ou dérangeants des personnes en situation d’itinérance, il s’agit d’adopter une posture de « prévenance ». L’idée consiste à aller au-devant de ces personnes pour considérer leur point de vue sur leur propre situation, dont l’analyse qu’elles font des actions entreprises par d’autres acteurs sur leurs propres conditions d’existence sociale.




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Ce dialogue continu permet de mieux orienter des pratiques d’intervention en fonction des désirs et besoins négociés avec les personnes en situation d’itinérance. Cette rencontre de l’autre demeure une exigence éthique et politique d’une gouvernance municipale à visée démocratique.

Soutenir l’organisation de collectifs

En rupture avec l’ancienne administration, la nouvelle mairesse Martinez Ferrada a déposé un plan de gestion des campements urbains pour des sites autorisés. Les principes évoqués dans ce plan signalent bien l’intention de la Ville de suivre la première recommandation de l’OCPM : respecter la dignité et les droits des personnes citoyennes en situation d’itinérance. À l’heure actuelle, le protocole, qui se veut évolutif, ne prévoit toutefois aucune disposition concrète visant à instaurer un dialogue continu avec les personnes occupant les campements. Au-delà des intentions, il est actuellement difficile de voir comment la Ville reconnaitra leur pouvoir d’agir citoyen si le droit de s’exprimer sur les décisions affectant les conditions d’existence des campements demeure à l’état de vœux pieux.

Agir en conséquence d’une reconnaissance de la citoyenneté des personnes en situation d’itinérance impliquerait de les inclure dans la négociation du protocole et de sa mise en place sur les sites concernés. Le défi n’est donc pas que technique, mais avant tout relationnel et politique.

La recherche sociale a déjà montré l’intérêt de prendre en compte le point de vue des personnes marginalisées sur les mesures et les politiques qui les concernent. Cet exercice contribue non seulement à obtenir un portrait plus objectif des situations, mais aussi à développer un rapport positif à soi de ces personnes, à renforcer la confiance en elles-mêmes, et à susciter le désir d’améliorer collectivement leur situation avec leurs pairs.




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Bref, il est certes urgent de rappeler aux gouvernements provincial et fédéral leur responsabilité face à cet échec social. Il est tout aussi important de soutenir l’organisation collective des personnes en situation d’itinérance pour qu’elles puissent négocier ensemble leur place sociale à l’image des autres groupes sociaux marginalisés au Québec.

La Conversation Canada

Michel Parazelli ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Face aux violations de droits en itinérance : soutenir la participation démocratique des personnes marginalisées – https://theconversation.com/face-aux-violations-de-droits-en-itinerance-soutenir-la-participation-democratique-des-personnes-marginalisees-272411

Pourquoi l’image d’une « France périphérique » peuplée d’électeurs en colère ne résiste pas à l’examen

Source: The Conversation – in French – By Aurélien Delpirou, Maître de conférences en urbanisme et aménagement, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Contrairement au cliché de la « France périphérique », certaines villes moyennes, comme Aurillac (ici sur la photo), présentent des niveaux de pauvreté inférieurs à ceux de métropoles attractives (Montpellier, Lille…). Jérémie Mazet/CDT15 OT Pays Aurillac, Fourni par l’auteur

À l’approche des élections municipales, la notion de « France périphérique » revient comme une évidence dans le débat public. Pourtant, derrière son succès médiatique, ce cadre d’analyse fait l’objet de critiques solides en sciences sociales. Que nous dit vraiment la recherche sur les inégalités territoriales ?


La notion de « France périphérique » revient avec une régularité mécanique dans le débat public. Popularisée au début des années 2010 à la suite des travaux du géographe Christophe Guilluy, elle repose sur une opposition désormais bien installée entre une France des métropoles mondialisées, dynamiques et favorisées, et une France des campagnes et des villes petites et moyennes présentée comme reléguée, homogène et peuplée de « gens ordinaires » durablement en colère.

Cette grille de lecture, séduisante par sa lisibilité et sa force narrative, a largement structuré les discours médiatiques et politiques sur les inégalités territoriales. Pourtant, plus de dix ans de travaux en sciences humaines et sociales ont montré que cette opposition rend mal compte des dynamiques sociales et spatiales contemporaines. Loin de constituer deux blocs homogènes, les territoires français sont traversés par des inégalités multiples, imbriquées et évolutives, souvent localisées à des échelles fines, au sein même des bassins de vie, des communes et parfois des quartiers.

Quant aux élections locales, elles portent précisément sur des enjeux – logement, mobilités, services – que la grille métropole/périphérie tend à invisibiliser.

Une notion critiquée par la recherche mais consacrée par le champ médiatique

Si la « France périphérique » s’est imposée comme une évidence dans le débat public, ce n’est pas à l’issue d’une validation scientifique collective. Elle doit plutôt son succès à une consécration médiatique progressive, portée principalement par la presse nationale et les grands médias généralistes de tous bords politiques. Tribunes, entretiens fleuves, essais largement commentés ont installé cette notion comme une clé de lecture quasi incontournable, fréquemment présentée comme un « diagnostic courageux » rompant avec les prudences supposées de chercheurs réduits à une posture trop technicienne ou déconnectée du « peuple ». Ainsi, la notion a été récemment consacrée par Marianne comme « le concept le plus puissant des vingt dernières années ».

Cette dynamique a produit un effet paradoxal. Alors même que les critiques académiques de la « France périphérique » se sont multipliées, de façon argumentée et convergente, elles ont rarement trouvé un véritable espace de confrontation dans le débat médiatique.

Les travaux qui discutent empiriquement cette thèse sont fréquemment disqualifiés d’emblée. Ils sont assimilés à un refus de voir le « réel », à une posture intellectuelle jugée abstraite ou à un goût excessif pour la complexité. Ce traitement contribue à neutraliser le débat contradictoire et à substituer à la discussion scientifique une opposition artificielle entre « lucidité » et « déni ».

Cette situation est d’autant plus problématique que la mise en discussion publique constitue un principe fondamental de la production du savoir scientifique. Or, les propositions de confrontation de la « France périphérique » avec des résultats empiriques contradictoires ou des analyses alternatives ont rarement donné lieu à de véritables échanges, nourris et argumentés, que ce soit dans l’espace médiatique ou dans des formats accessibles au grand public.

Ce refus persistant de la mise en discussion au profit d’une opposition entre « ceux qui voient » et « ceux qui nient » contribue à figer la notion dans un registre davantage narratif qu’analytique. Il transforme une spéculation en récit stabilisé, protégé de la critique par sa rentabilité médiatique et politique autant que par sa capacité à produire des oppositions simples dans un monde social complexe.

Cette naturalisation médiatique de la « France périphérique » n’est pas sans conséquences : elle oriente durablement la manière dont sont pensées – et souvent mal pensées – les inégalités sociales et les réponses publiques qui leur sont apportées.

Des inégalités transversales plutôt que territorialisées

Les recherches en sciences sociales convergent sur un point central : les inégalités ne se distribuent pas selon une ligne de fracture simple opposant métropoles « gagnantes » et territoires « perdants ». Les grandes aires urbaines concentrent simultanément des niveaux élevés de richesse et des proportions importantes de populations précaires. Au contraire, de nombreux espaces périurbains, ruraux ou de villes petites et moyennes connaissent des trajectoires démographiques et économiques positives, attirent de nouveaux habitants et développent de multiples formes d’innovation locales.

Les données de l’Insee montrent ainsi que certains territoires ruraux ou villes moyennes (Aurillac, Annecy, par exemple), présentent des niveaux de pauvreté inférieurs à ceux de plusieurs métropoles attractives (comme Montpellier ou Lille).

De même, les dynamiques de l’emploi ne se superposent pas à l’opposition entre métropoles et hors métropoles : certaines zones d’emploi non métropolitaines figurent parmi les plus dynamiques du pays, notamment dans l’industrie (vallées de l’Arve et de la Bresle, Choletais, Vendée).

Enfin, les difficultés d’accès aux services essentiels – soins, emploi, logement ou mobilité – se retrouvent dans des configurations territoriales très diverses. Les « déserts médicaux » concernent aussi bien certains territoires ruraux que des quartiers populaires de grandes agglomérations.

Ces constats invitent à déplacer le regard : plutôt que de penser les territoires comme des blocs opposés, il s’agit d’analyser les mécanismes qui produisent les inégalités, indépendamment de la seule localisation géographique.

Comportements électoraux : le mythe des blocs territoriaux

Les recherches en géographie électorale confirment cette complexité. Contrairement à l’idée d’une France politiquement scindée en deux blocs territoriaux homogènes, les comportements électoraux apparaissent marqués par une forte diversité et une grande instabilité. Les votes se distribuent dans l’ensemble des types de territoires, sans correspondance mécanique entre lieu de résidence et choix politiques.

Les variables explicatives du vote – âge, diplôme, trajectoires professionnelles – pèsent bien davantage que l’opposition entre métropole et périphérie. Les métropoles ne constituent pas des ensembles politiquement homogènes, pas plus que les espaces ruraux ou les villes petites et moyennes. En ce sens, la spatialisation excessive du politique tend moins à éclairer les comportements électoraux qu’à masquer les recompositions sociales à l’œuvre, en produisant des lectures simplificatrices peu opérantes pour comprendre les dynamiques locales.

Montpellier, place de la Comédie
Métropole dynamique, Montpellier affiche pourtant un niveau de pauvreté plus élevé que beaucoup de villes moyennes.
Kwon Junho/Unsplash, CC BY

Un cadre narratif politiquement efficace mais problématique pour l’action publique

Si la « France périphérique » continue de prospérer, c’est donc moins en raison de sa robustesse empirique que de son efficacité discursive. Elle offre une grammaire prête à l’emploi, qui permet de parler des inégalités sans en analyser finement les mécanismes, de désigner des responsables sans interroger les structures, et de transformer des situations hétérogènes en un récit unifié, émotionnellement et électoralement mobilisateur.

Cette lecture simplificatrice a des effets directs sur l’action publique. À l’échelle locale, les enjeux territoriaux ne se réduisent pas à une opposition entre centres et périphéries. Ils tiennent à la capacité des collectivités à organiser conjointement l’accès au logement, aux mobilités, aux soins, à l’éducation, à l’emploi et aux services publics dans des territoires socialement diversifiés. L’efficacité des politiques locales dépend ainsi moins de catégories spatiales globales que de la prise en compte des interdépendances territoriales et de la coordination entre acteurs, à différentes échelles d’intervention.

Ainsi, dans des territoires ruraux fortement industrialisés, la localisation de logements à bas coût sans articulation avec les bassins d’emploi et les réseaux de transport a renforcé la dépendance automobile, notamment pour les salariés aux horaires atypiques.

Au contraire, en Vendée, les fusions de communes – comme celles observées autour de La Roche-sur-Yon ou dans le bocage vendéen – ont permis de mutualiser services publics, équipements et ingénierie territoriale, tout en gagnant en capacité de planification et de projet. Ici, la réduction des inégalités d’accès passe par une gouvernance locale renouvelée, capable de penser conjointement logement, services et mobilités, au-delà des catégories spatiales héritées.

De tels exemples invitent à déplacer le regard : des territoires conçus comme des blocs vers l’analyse fine des usages, des mobilités et des trajectoires sociales, condition indispensable pour « faire tenir ensemble » des populations hétérogènes.

Pourquoi il devient urgent de tourner la page

Si la critique scientifique de la notion de « France périphérique » est désormais bien établie, la persistance de cette dernière dans le débat public tient aux conditions de sa diffusion médiatique et politique. À l’approche des élections municipales, l’enjeu n’est pas de prolonger une controverse théorique, mais de sortir d’un cadre de pensée peu opérant pour l’action publique locale.

Renoncer à ce récit ne revient pas à nier les inégalités territoriales. C’est, au contraire, se donner les moyens de les analyser dans leur complexité réelle et d’y répondre par des politiques publiques plus ciblées, plus justes et plus efficaces. La prise en compte de cette complexité n’est pas un luxe intellectuel : elle constitue une condition essentielle à la fois pour penser des configurations sociales et spatiales différenciées et nourrir une action publique démocratique à la hauteur des réalités territoriales contemporaines.

The Conversation

Aurélien Delpirou ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi l’image d’une « France périphérique » peuplée d’électeurs en colère ne résiste pas à l’examen – https://theconversation.com/pourquoi-limage-dune-france-peripherique-peuplee-delecteurs-en-colere-ne-resiste-pas-a-lexamen-274891

Souveraineté monétaire : « Les outils des banques centrales deviennent très dangereux s’ils sont placés entre les mains d’un État malveillant »

Source: The Conversation – France (in French) – By Jézabel Couppey-Soubeyran, Maîtresse de conférences en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

En multipliant les attaques contre la banque centrale américaine, la Réserve fédérale, le président des États-Unis Donald Trump dessine une vision de la monnaie comme arme économique et géopolitique. Selon Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon–Sorbonne, cette tentative de mise au pas fragilise la crédibilité des banques centrales et accroît les risques financiers. Entre le danger d’une banque centrale étatique et les limites d’un modèle technocratique coupé de la société, elle plaide pour l’émergence d’une institution tournée vers le bien commun.


The Conversation : Depuis le début de son second mandat, le président des États-Unis Donald Trump reproche à Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), de ne pas baisser assez vite les taux d’intérêt pour muscler la croissance. Que traduisent ces pressions, qui passent également par des menaces personnelles ?

Jézabel Couppey-Soubeyran : On peut clairement y voir un glissement dans la manière dont la politique monétaire est perçue. Elle n’est plus seulement envisagée comme un instrument de stabilisation macroéconomique, mais comme une véritable arme économique, voire géopolitique. Baisser les taux, par exemple, peut affaiblir le dollar, améliorer la compétitivité-prix des entreprises américaines et soutenir une stratégie commerciale agressive. Ce type de raisonnement est probablement présent en toile de fond.

Cela dit, je ne suis pas certaine que Donald Trump ait une vision très élaborée des missions traditionnelles de la politique monétaire. Ce qu’il cherche avant tout, c’est une baisse des taux pour stimuler l’économie. Au-delà de cette motivation immédiate, il y a sans doute quelque chose de plus profond : une tentative de captation du pouvoir monétaire. À travers ses pressions sur la Fed, Donald Trump semble vouloir transformer la banque centrale en une antenne étatique, mise au service de ses intérêts politiques – et personnels.

Que pourrait-il se passer si Donald Trump parvenait réellement à mettre la main sur la Fed ?

J. C.-S. : Il ne se contenterait sans doute pas de baisser les taux. Il utiliserait l’ensemble de l’arsenal monétaire : programmes massifs d’achats d’actifs, facilitation du financement de la dette publique, voire rétablissement du financement direct du Trésor par la banque centrale. Les outils de la banque centrale sont extrêmement puissants, et ils deviennent très dangereux s’ils sont placés entre les mains d’un État malveillant.

Attention : ces outils ne doivent pas non plus rester l’apanage de banques centrales entièrement technocratiques, désencastrées de la société et de ses besoins. Le pouvoir monétaire devrait appartenir à la société dans son ensemble.

Aujourd’hui, nous n’allons clairement pas dans cette direction.

Quels sont les risques concrets d’une perte d’indépendance de la Fed, et plus largement des banques centrales ?

J. C.-S. : Il faut déjà rappeler que l’indépendance de la Fed est plus limitée que celle de la Banque centrale européenne (BCE) : la banque centrale américaine rend beaucoup de comptes au Congrès, bien davantage que la BCE n’en rend au parlement européen. L’indépendance de la Fed est fragilisée : Donald Trump a commencé à placer ses proches, a tenté d’évincer certains membres du conseil, et s’il a un peu calmé le jeu en nommant Kevin Warsh – un choix assez conventionnel – pour succéder à Jerome Powell, dont le mandat expire en mai, l’incertitude s’est malgré tout installée quant à l’autonomie de la Fed dans les mois à venir. Les risques classiquement identifiés d’une telle situation sont bien connus : des taux trop bas par rapport à la situation conjoncturelle, une accumulation excessive de dettes, une instabilité financière accrue et, à terme, une perte de crédibilité.




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La crédibilité est devenue un des instruments principaux de la politique monétaire moderne : elle permet d’ancrer les anticipations des marchés. Perdre cette crédibilité, c’est perdre une grande partie de sa capacité d’action. Il existe aussi un risque plus profond, moins souvent évoqué : celui de refermer complètement le débat sur l’indépendance des banques centrales. Face aux pressions de Donald Trump, beaucoup idéalisent le modèle actuel et présentent l’indépendance technocratique comme un rempart absolu.

On se retrouve alors dans une opposition binaire : soit une banque centrale totalement soumise à l’État, soit le statu quo technocratique. Ce cadre est insatisfaisant. Une banque centrale étatique est dangereuse, mais une banque centrale technocratique, coupée de la société, ne sert pas le bien commun. Nous aurions besoin d’une banque centrale « civique », au service des besoins collectifs. Le risque, aujourd’hui, est de ne plus pouvoir poser cette question.

Cette réflexion rejoint vos travaux sur le rôle des banques centrales dans la transition écologique ? (Voir à ce sujet la note de l’Institut Veblen « Le rôle de la politique monétaire dans la transition écologique : un tour d’horizon des différentes options de verdissement » ainsi que les ouvrages le Pouvoir de la monnaie, aux éditions Les liens qui libèrent, 2024, et l’Argent expliqué à ma mère… et à son banquier, aux éditions du Seuil, 2025, ndlr)…

J. C.-S. : La Banque centrale européenne (BCE) pourrait déjà faire beaucoup plus dans le cadre de son mandat actuel, sans même changer les traités. Mais il existe aujourd’hui un véritable problème de gouvernance. Une banque centrale plus ouverte à la société civile serait naturellement plus attentive aux grands défis sociétaux, notamment environnementaux.




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Le repli technocratique fait que ces enjeux ne deviennent jamais des objectifs pleinement assumés. Pourtant, la politique monétaire pourrait bel et bien être davantage « verdie ». Si ces objectifs étaient clairement inscrits dans les missions et la gouvernance de la banque centrale, son implication serait bien plus forte.

Que nous enseignent les exemples de banques centrales étatiques ailleurs dans le monde, notamment en Chine ?

J. C.-S. : La Chine a un véritable sens du policy mix et de la planification, ce que nous n’avons pas su mettre en place en Europe. Depuis des décennies, Pékin se fixe des objectifs, notamment environnementaux, qu’elle planifie dans le temps. Elle met ensuite l’ensemble de ses politiques économiques – y compris la politique monétaire et la politique de change – au service de ces objectifs planifiés. La politique monétaire chinoise est « structurelle » plutôt que « conjoncturelle », combinée aux autres politiques, industrielle notamment, et ainsi mise au service du développement (structurel) de l’économie.

La politique de change fait aussi partie de la combinaison. Le gouvernement chinois a d’ailleurs souvent été accusé de manipuler le yuan, d’agir sur son taux de change afin de répondre à des sanctions commerciales. Mais il peut aussi – et je pense que c’est ce qu’il fait aujourd’hui – redéployer le commerce du pays vers des régions du monde qui acceptent de payer en yuan.

L’excédent commercial record annoncé début 2026 s’explique en grande partie par ce phénomène : un véritable redéploiement des échanges vers l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique latine, qui permet de compenser les répercussions des droits de douane américains. Les nouvelles routes de la soie ont été très utiles dans cette stratégie, en permettant d’établir des liens financiers et commerciaux, notamment avec de nombreux pays africains. La Chine a ainsi travaillé sur son autonomie et son indépendance. Elle s’est organisée pour pouvoir s’affranchir, dans une large mesure, des États-Unis et de l’Europe.

Les banques centrales peuvent-elles se coordonner pour limiter les effets déstabilisateurs des guerres commerciales ?

J. C.-S. : Lors de la crise financière de 2008 ou de la crise sanitaire de 2020, les banques centrales ont montré leur capacité à coopérer, notamment via des swaps de liquidités. Dans le contexte actuel de fragmentation géopolitique, cette coordination devient de plus en plus difficile. Le monde s’organise désormais en blocs rivaux, davantage dans l’affrontement que dans la coopération.




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Si, demain, la Fed devenait plus directement contrôlée par l’administration américaine, rien ne garantit qu’elle jouerait encore ce rôle coopératif. Un tel scénario pourrait provoquer des crises de liquidité majeures, particulièrement dangereuses pour la zone euro. D’où l’urgence, pour l’Europe, de renforcer son autonomie monétaire et financière afin de se préparer à un monde où la coopération n’est plus acquise.


Jézabel Couppey-Soubeyran est maîtresse de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne où elle enseigne l’économie monétaire et financière. Ses travaux de recherche portent sur les banques, l’instabilité et la régulation financières. Depuis septembre 2020, elle a rejoint l’Institut Veblen en tant que conseillère scientifique pour contribuer à l’élaboration et à la promotion de réformes monétaires et financières qui permettraient de faire avancer la transition écologique. Elle a publié de nombreux ouvrages, dont L’Argent expliqué à ma mère… et à son banquier,aux éditions du Seuil, en 2025.


Cette contribution est publiée en partenariat avec le Printemps de l’économie, cycle de conférences-débats qui se tiendront du 17 au 20 mars au Conseil économique social et environnemental (Cese) à Paris. Retrouvez ici le programme complet de l’édition 2026, « Le temps des rapports de force ».

The Conversation

Jézabel Couppey-Soubeyran ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Souveraineté monétaire : « Les outils des banques centrales deviennent très dangereux s’ils sont placés entre les mains d’un État malveillant » – https://theconversation.com/souverainete-monetaire-les-outils-des-banques-centrales-deviennent-tres-dangereux-sils-sont-places-entre-les-mains-dun-etat-malveillant-276244

« Une bataille après l’autre », ou le grand spectacle des clandestins

Source: The Conversation – France (in French) – By Vincent Amiel, professeur d’histoire et esthétique du cinéma, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Leonardo DiCaprio excelle dans le rôle d’un ex-révolutionnaire devenu paranoïaque. Warner Bros Pictures.

Le dernier long métrage de Paul Thomas Anderson, Une bataille après l’autre, nommé 13 fois aux Oscars dont la cérémonie se tient ce dimanche 15 mars, n’est pas seulement un film à grand spectacle. C’est une œuvre qui utilise ses moyens (considérables) et ses nombreuses références au cinéma américain des années 1970 pour montrer une réalité politique dont le spectacle même en est la ruse ultime.


En exergue de son film sans doute le plus spectaculaire, Il était une fois la révolution, Sergio Leone avait fait figurer cette citation de Mao : « la révolution n’est ni un dîner de gala, ni une œuvre littéraire, ni un dessin, ni une broderie, on ne la fait pas avec élégance et courtoisie. La révolution est un acte de violence… » De cet avertissement, Paul Thomas Anderson a retenu la leçon, mais il a surtout retenu que l’on pouvait en faire un spectacle grandiose : c’est le terme qu’emploie son héroïne au tout début d’Une bataille après l’autre :

« On annonce la révolution ! Je veux du grand, du beau, du grandiose ! »

Trame de références

Nommé 13 fois aux Oscars, le film a tout d’un classique contemporain : il emprunte au cinéma « libéral » des années 1930 le thème de la poursuite à travers le pays, de la lutte individuelle contre le système, utilisant les mêmes effets dramaturgiques autour de héros positifs qui cristallisent l’empathie. Mais il ajoute à cette dynamique une dimension développée par les auteurs du Nouvel Hollywood dans les années 1970, au premier rang desquels se situent par exemple un Francis Ford Coppola ou un Robert Altman, une tension constante entre spectacle et complot, hyper-visibilité et clandestinité.

Ainsi, le spectacle des scènes d’action et de poursuites du film lui-même, de la musique incessante, spectacle ô combien réel et efficace, pourrait n’être interprété que comme une compromission avec le cinéma commercial et ses enjeux économiques. Alors qu’il est celui qui se joue quotidiennement dans la société américaine, à coups d’images télévisées, de déclarations intempestives, de violence permanente. Et dont Trump aujourd’hui s’est fait l’infatigable metteur en scène.

Une bataille après l’autre organise une trame de références aussi bien à l’actualité états-unienne contemporaine qu’à l’histoire des films qui l’ont prise en charge au siècle dernier. Même pour nous, spectateurs peu au fait des événements politiques et quotidiens qui font battre la vie américaine, vus d’Europe au prisme d’une distance qui grandit, nous reconnaissons hélas dans les MKU commandés par Sean Penn dans le film les agents de l’ICE dont les images des actions, glaçantes en effet, ont inondé les écrans après les brutalités de Minneapolis. Leur commandant qui s’avance à visage découvert, avec ses cheveux courts coiffés en épis, au milieu de soldat suréquipés et masqués, est la réplique stupéfiante du personnage de fiction. Et lorsque celui-ci, dans une voiture, se recoiffe avec un peigne sur lequel il a craché, on ne peut que se remémorer la scène où Paul Wolfowitz, sous-secrétaire d’État à la défense et conseiller de George Bush Jr, fait la même chose devant des journalistes éberlués, scène que Michael Moore a gravée dans Fahrenheit 9/11.

Faire du spectacle de la réalité une fiction

Mais tous ces effets de réel sont emportés dans Une bataille après l’autre par une telle énergie spectaculaire qu’ils changent petit à petit de statut. Ils ne constituent plus un fond de réalisme, mais deviennent eux-mêmes, par leur extravagance, les clous du feu d’artifice.

Faisant un pas de côté par rapport à ses modèles classiques ou même postmodernes, Anderson ne met pas en scène la réalité comme un spectacle, il fait du spectacle de la réalité une fiction, qui peine à suivre le rythme de celle-ci. On est très loin des immeubles transparents et panoramiques du Wall Street de Scorsese ou des bureaux aux perspectives infinies de tout un pan du cinéma américain contemporain : tout se joue dans le chaos nocturne de rues prises d’assaut, dans la précipitation de couloirs aveuglés, de tunnels enfumés, de portes dérobées, de cavalcades essoufflées (et la seule séquence, à la toute fin du film, dans laquelle cette transparence architecturale apparaît, hommes de pouvoir et bureaux surplombant la ville, si métaphorique et incontournable soit-elle, est à cet égard très ironique).

Même les espaces désertiques ou les recoins de forêt, qui ont toujours constitué des refuges dans la littérature ou dans le cinéma américains, lesquels profitent de la démesure des paysages, même ces lieux de robinsonnades ou de chevauchées, perdent leur fonction de réserve.

Désincarnation des protagonistes

Le personnage incarné par Leonardo DiCaprio, avec son bonnet et sa robe de chambre, est déjà une figure des contre-héros américains : il emprunte au Jack Nicholson de Cinq pièces faciles ou de Vol au-dessus d’un nid de coucous, mais il emporte dans son sillage maladroit et bousillé par les drogues un mouvement beaucoup plus général, qui ne doit plus rien à l’anecdote, pas plus qu’à la psychologie ou aux conditions sociales : il est l’habitant d’un pays qui n’est plus le sien, l’acteur d’un road-trip qui n’a plus d’horizon, sur des routes qui n’en finissent plus.

L’habileté du film réside dans sa manière de dépersonnaliser tous les personnages, ne leur prêtant ni sentiments ni épaisseur romanesque, les laissant tributaires des courants et des forces qui les portent, aux rangs desquels, indifféremment, on peut trouver les pulsions sexuelles ou les engagements politiques. C’est donc une alchimie étrange qui dans le film mêle le réalisme des situations, ici et maintenant, et la sorte de désincarnation de ses protagonistes.

La pasionaria, le commandant des forces spéciales, le complice lui-même ont abandonné toute épaisseur romanesque : d’où sortent-ils, quels sont leurs véritables sentiments, leurs volontés propres ? Ce n’est plus le ressort de la dramaturgie. Il y a comme une mécanique des forces en présence qui fait à elle seule avancer l’action.

Ancré dans l’actualité, truffé de références précises et identifiables, Une bataille après l’autre se dégage ainsi, paradoxalement, de toute circonstance singulière. Il échappe aussi bien à l’anecdote qu’à la fable, faisant de son histoire l’histoire de la société américaine d’aujourd’hui.

Le film d’Anderson, s’il joue des mêmes effets dramatiques outranciers que ceux que l’on peut trouver chez Quentin Tarantino ou ceux de certains films des frères Coen (violence du montage, cynisme des personnages, fulgurance des actions), en profite pour construire un monde qui inquiète et interroge. Tous les moyens du grand cinéma hollywoodien d’aujourd’hui, au lieu de distraire et divertir, deviennent le sujet de l’intrigue, recentrent sur l’essentiel qui est précisément leur propre envahissement de l’espace public. Ils désignent la spectacularisation même de la réalité – qui n’est pas la même chose que celle de la société, dont le XXᵉ siècle se préoccupait.

The Conversation

Vincent Amiel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Une bataille après l’autre », ou le grand spectacle des clandestins – https://theconversation.com/une-bataille-apres-lautre-ou-le-grand-spectacle-des-clandestins-274473

Le paradoxe des Oscars. Ou pourquoi la reconnaissance peut faire baisser les audiences

Source: The Conversation – France (in French) – By Michelangelo Rossi, Professeur associé en marketing, HEC Paris Business School

Après les Césars à Paris et les BAFTA à Londres, les Oscars se tiennent à Los Angeles ce 15 mars. La saison des récompenses bat son plein, mais quel impact ont tous ces prix sur les futurs spectateurs ? La reconnaissance matérialisée par une récompense peut parfois avoir l’effet inverse de celui escompté. Et cela ne vaut pas que pour le cinéma…


Chaque année en janvier, l’industrie du divertissement et des millions de téléspectateurs à travers le monde tournent leur attention vers la cérémonie des Oscars qui se tient depuis 1929 à Los Angeles (Californie). Une nomination dans la catégorie « meilleur film » ou « meilleur réalisateur » est censée être la consécration ultime de la qualité. Elle apporte prestige, publicité et recettes plus élevées au box-office.

Mais dans une étude récente, nous montrons que ces distinctions ont un inconvénient caché. Lorsqu’un film est nominé aux Oscars, les attentes des spectateurs augmentent considérablement, si bien que même les films exceptionnels peuvent avoir du mal à les satisfaire. La reconnaissance même qui vise à célébrer l’excellence peut finir par provoquer davantage de déception du public.

Nous appelons cela le paradoxe des Oscars : la reconnaissance, en augmentant le niveau des attentes, peut réduire la satisfaction. Si nos preuves proviennent du cinéma, le même mécanisme pourrait se produire dans d’autres contextes où les récompenses, les certifications ou les classements sont des gages de qualité.

Une barre placée plus haut

Les récompenses et les labels de qualité sont devenus un outil marketing universel. Les restaurants mettent en avant leurs étoiles Michelin. Les appareils électroniques affichent le label « Choix de la rédaction ». Les détaillants en ligne utilisent les badges « Choix d’Amazon » ou « Les mieux notés ». En principe, ces signaux sont censés aider les consommateurs à prendre de meilleures décisions : ils filtrent les informations, réduisent l’incertitude et récompensent l’excellence.

Pourtant, les recherches en psychologie nous montrent que les attentes influencent la satisfaction. Lorsque les consommateurs abordent un produit en pensant qu’il sera exceptionnel, leur cadre de référence change. Même de petites imperfections peuvent dès lors déclencher une déception.

Les Oscars offrent un cadre naturel pour étudier ce phénomène. Contrairement à de nombreux marchés où la qualité peut évoluer au fil du temps, la qualité intrinsèque d’un film est fixe dès sa sortie. Le prix des billets a également tendance à rester relativement stable après une nomination. Ce qui change radicalement, c’est la façon dont les gens perçoivent le film une fois qu’il bénéficie du prestige d’un prix.

L’effet de déception

Pour examiner ce phénomène, nous avons analysé plus de 25 millions de notes individuelles attribuées à des films sur la plateforme MovieLens, couvrant plus de deux décennies de données, de 1995 à 2019. Nous avons comparé la façon dont les utilisateurs ont noté les mêmes films avant et après l’annonce des nominations aux Oscars.

Afin de nous assurer que les résultats n’étaient pas influencés par les différences entre les personnes ayant vu le film, nous avons également utilisé des techniques d’apprentissage automatique, en formant un système de recommandation qui nous a permis de mettre en relation des utilisateurs ayant des goûts similaires et ayant vu les mêmes films à des moments différents. Pour le dire autrement, quand un film est retenu, voire quand il obtient un prix, il attire un public qui n’aurait pas été voir le film autrement. Cela pourrait influencer les résultats. La méthodologie que nous avons développée pour cet article vise à annihiler cet effet dans nos résultats.

La tendance qui apparaît alors est on ne peut plus claire : après les nominations, les notes ont baissé. En moyenne, les utilisateurs qui ont noté un film après sa nomination aux Oscars lui ont attribué des notes plus faibles que les utilisateurs comparables qui avaient noté le même film précédemment. La baisse est modeste en termes absolus, mais significative dans le contexte. Elle représente environ 7 % de l’écart de notation avant la nomination entre les films nommés et non nommés.

Des cinéphiles moins influençables ?

Cet effet est plus marqué chez les utilisateurs moins expérimentés, c’est-à-dire ceux qui ont publié moins de notes et qui s’appuient davantage sur des signaux externes tels que les récompenses pour choisir ce qu’ils regardent. En revanche, les cinéphiles expérimentés sont moins influencés par les nominations et moins enclins à la déception.

Pour confirmer que cette tendance reflète une véritable déception plutôt que d’autres facteurs (tels que des salles de cinéma bondées ou des signaux sociaux), nous avons analysé le texte des critiques en ligne sur IMDb, la plus grande plateforme mondiale de notation de films. Après les nominations, des expressions telles que « attendais mieux », « décevant » et « ne tient pas ses promesses » sont devenues nettement plus fréquents dans les critiques des utilisateurs.

Cela confirme ce que la science économique comportementale prédit : lorsque les attentes augmentent plus rapidement que l’amélioration de l’expérience, la satisfaction diminue.

Trop-plein de buzz

Dans le contexte des Oscars, le film n’a pas changé. Seul le point de référence du public a changé. Un film qui ravissait autrefois les spectateurs comme un joyau caché peut soudainement sembler « moins bon que ce que j’espérais » une fois qu’il a été nommé.

Nous avons également constaté que cet effet de déception est amplifié pour les films ayant reçu plusieurs nominations, qui sont ceux qui génèrent le plus de buzz et d’engouement. Plus le signal est fort, plus les attentes sont élevées et plus le potentiel de déception est grand.

Le Monde, 2015.

Bien que notre étude se concentre sur les films, des forces similaires peuvent être à l’œuvre dans d’autres secteurs. Les entreprises utilisent les récompenses, les certifications et les recommandations de tiers pour communiquer leur fiabilité et leur qualité, qu’il s’agisse de classements des « meilleurs lieux de travail » ou de labels « bio », « durable » ou « cinq étoiles ». Ces signaux influencent la façon dont les consommateurs et les parties prenantes perçoivent une marque.

À double tranchant

Nos conclusions suggèrent que la reconnaissance peut être une arme à double tranchant. Elle renforce la notoriété et la crédibilité, mais elle remodèle également les attentes d’une manière qui rend plus difficile la satisfaction des clients.

Trois leçons pratiques se dégagent :

  • Il importe d’anticiper l’écart entre les attentes avant et après. Lorsqu’un produit ou une marque reçoit une reconnaissance importante, les attentes des clients peuvent augmenter du jour au lendemain. Les managers doivent surveiller de près la satisfaction dans les semaines et les mois qui suivent l’obtention d’une récompense. Ils ne devraient pas se contenter des chiffres des ventes ou de l’engagement. Dans ce contexte, une baisse soudaine des notes peut être le signe d’une déception, et non d’une détérioration de la qualité.

  • La reconnaissance doit être soigneusement cadrée. Les équipes de marketing ont souvent tendance à trop mettre l’accent sur les récompenses dans leurs communications (avec des mentions comme « le meilleur », « inégalé », « de classe mondiale »). Un tel cadrage risque de promettre la perfection. La reconnaissance d’un prix devrait plutôt être présentée comme un signe de fiabilité et de travail plutôt que comme la garantie d’une expérience sans faille.

  • Les nouveaux utilisateurs et les utilisateurs occasionnels doivent faire l’objet de soins particuliers. IL faut les soutenir. D’après nos données, la déception était plus prononcée chez les spectateurs inexpérimentés. Il en va de même pour les nouveaux clients ou les nouveaux utilisateurs d’un produit. Une intégration personnalisée, la définition d’attentes ou la formation des clients peuvent aider à aligner les perceptions sur la réalité.

Une leçon d’humilité… pour tous

En fin de compte, le paradoxe des Oscars révèle une vérité plus générale sur la reconnaissance dans le monde des affaires : le succès modifie la base de référence. Chaque prix ou certification redéfinit ce que les clients considèrent comme « excellent ».

Alors que l’industrie du divertissement se prépare pour une nouvelle saison de récompenses, les studios de cinéma espèrent à nouveau que les nominations se traduiront par des audiences plus élevées et des profits plus importants. Mais les applaudissements pourraient rapidement s’estomper si le public repart en pensant : « C’était bien, mais pas si bien que ça. »

Pour tous les managers, la leçon à retenir est la suivante : attirer l’attention est plutôt facile. Et surtout ce n’est que le début. Une fois les projecteurs braqués sur vous, un important travail commence : maintenir la satisfaction.

The Conversation

Michelangelo Rossi est membre de CESifo Research Network Affiliate.

Felix Schleef a reçu des financements de Hi! Paris.

ref. Le paradoxe des Oscars. Ou pourquoi la reconnaissance peut faire baisser les audiences – https://theconversation.com/le-paradoxe-des-oscars-ou-pourquoi-la-reconnaissance-peut-faire-baisser-les-audiences-277002