Le succès des groupes de K-pop en Europe, la consécration d’un long travail du gouvernement sud-coréen

Source: The Conversation – in French – By Sarah A. Son, Senior Lecturer in Korean Studies, University of Sheffield

Le « girl group » sud-coréen Blackpink se produira les 2 et 3 août 2025 au Stade de France, confirmant l’ampleur prise par la K-pop en France. Ce double concert illustre non seulement l’essor fulgurant du genre à l’échelle mondiale, mais aussi son implantation croissante sur la scène musicale hexagonale, portée par une stratégie culturelle coréenne ambitieuse et une communauté de fans en pleine expansion.

L’occasion pour nous de vous présenter cet article paru sur The Conversation en anglais en mars 2024, trois mois avant que le groupe de K-pop SEVENTEEN joue à Glastonbury (Angleterre).


La K-pop a atteint de nouveaux sommets internationaux au cours de la dernière décennie. Le groupe féminin Blackpink a marqué l’histoire en 2024 en rejoignant le « Billions Club » de Spotify avec leur single de 2020 How You Like That, dépassant le milliard d’écoutes. Le groupe de K-pop le plus célèbre, BTS, fait également partie de ce club grâce à ses titres Dynamite (2020) et Butter (2022).

Le succès mondial de la K-pop est le résultat d’une stratégie de marketing culturel habile, déployée par le gouvernement coréen en collaboration avec les industries créatives. Cette stratégie a coïncidé avec la généralisation de l’accès aux contenus culturels via les plates-formes de streaming et les réseaux sociaux, permettant de constituer une base de fans mondiale comptant plusieurs centaines de millions de personnes.

L’histoire du succès de la K-pop

Tout a commencé lorsque le gouvernement coréen a reconnu le potentiel économique du contenu créatif dans les années 1990. La Corée du Sud cherchait alors des moyens de se relever des ravages de la crise financière asiatique de 1997.

Même lorsque la libéralisation et la dérégulation imposées par le Fonds monétaire international ont été mises en œuvre dans les années 2000, le gouvernement a continué à soutenir les industries du cinéma, de la télévision et de la musique en gardant un contrôle ferme sur leur développement et leur exportation. Cela comprenait des incitations financières pour les sociétés de production et le développement d’infrastructures, notamment l’accès à Internet haut débit dans tout le pays, afin de soutenir la production et la consommation de contenus.

Cette stratégie a porté ses fruits. La popularité d’un flux constant de séries télévisées coréennes a commencé à croître au Japon et en Chine. Le gouvernement coréen a investi davantage encore dans les infrastructures pour faire croître l’industrie et diffuser les contenus au-delà de la région. Aujourd’hui, 60 % des abonnés de Netflix dans le monde ont déjà visionné un programme coréen sur la plateforme.

Le succès de la culture populaire coréenne se ressent également dans d’autres secteurs de l’économie. Les stars de la K-pop et du cinéma signent des contrats publicitaires avec des entreprises coréennes, faisant la promotion de cosmétiques, de machines à laver ou de smartphones auprès d’un public mondial.

Le marché des contenus culturels coréens est désormais l’un des plus importants au monde, évalué à environ 80 milliards de dollars US (environ 70 milliards d’euros) en 2024, soit un niveau proche de celui de la France et du Royaume-Uni. Sa croissance continue repose sur une politique multifacettes mêlant investissements financiers, allègements fiscaux et soutien institutionnel, tant dans le pays qu’à travers des centres culturels coréens implantés à l’étranger. Le gouvernement offre également des incitations financières pour encourager la coopération entre sociétés de production et conglomérats (par exemple LG ou Samsung), qui bénéficient eux-mêmes du rayonnement de la culture populaire coréenne à l’international.

Ce succès contribue également à la diplomatie publique de la Corée du Sud. La stratégie concertée de « nation branding » mise en place à la fin des années 2000 et dans les années 2010 par l’administration de Lee Myung-Bak visait à améliorer la position du pays dans les différents classements d’image de marque des nations. Lee reconnaissait le rôle que pouvait jouer le soft power pour asseoir la position de la Corée du Sud comme puissance d’influence modérée sur la scène internationale.

Depuis lors, les stars de la K-pop ont été impliquées dans la diplomatie publique du pays sur la scène internationale, notamment à l’ONU ou lors de la COP 26.

Un groupe de K-pop pas comme les autres ?

Cela ne signifie pas que le groupe SEVENTEEN, par exemple, ne soit qu’un rouage d’une vaste machine de production et d’exportation de contenus culturels coréens. Contrairement à de nombreux autres groupes de leur génération, les membres produisent une grande partie de leur propre travail, écrivent des chansons et des raps et chorégraphient eux-mêmes leurs danses.

Particularité inhabituelle, SEVENTEEN est composé de plusieurs sous-groupes. Il arrive que ces sous-groupes enregistrent séparément afin de mettre en valeur leurs compétences respectives en rap, danse et chant. Comme c’est souvent le cas dans la culture populaire coréenne, le groupe cherche à multiplier les points de connexion avec son public.

On peut citer en exemple la série de téléréalité du groupe, Going SEVENTEEN, mélange de jeux, de défis et de coulisses diffusé chaque semaine sur YouTube et V Live, une application coréenne de streaming en direct pour les célébrités.

Autre caractéristique commune à de nombreux groupes de K-pop, SEVENTEEN compte des membres originaires de différents pays, dont la Chine et les États-Unis. Cela les aide à se connecter avec leurs fans étrangers et garantit qu’il y a toujours un membre capable de participer aux médias internationaux dans d’autres langues que le coréen.

The Conversation

Sarah A. Son ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le succès des groupes de K-pop en Europe, la consécration d’un long travail du gouvernement sud-coréen – https://theconversation.com/le-succes-des-groupes-de-k-pop-en-europe-la-consecration-dun-long-travail-du-gouvernement-sud-coreen-262277

Afghanistan : des mandats d’arrêt contre deux chefs talibans pour crimes contre l’humanité

Source: The Conversation – in French – By Yvonne Breitwieser-Faria, Lecturer in Criminal Law and International Law, Curtin University

Le 8 juillet 2025, la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d’arrêt contre deux dirigeants talibans, Haibatullah Akhundzada et Abdul Hakim Haqqani, pour persécution des femmes et des jeunes filles en raison de leur genre. Ces mandats, une première en la matière, marquent une étape inédite dans la reconnaissance des crimes commis par le régime taliban.


D’après la Chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale (CPI), il y a des motifs raisonnables de croire que le chef suprême Haibatullah Akhundzada et le chef de la justice Abdul Hakim Haqqani sont coupables d’avoir « ordonné, incité ou sollicité le crime contre l’humanité que constitue la persécution pour des motifs liés au genre ».

Les mandats d’arrêt – les premiers jamais délivrés pour des accusations de persécution fondées sur le genre – ont été salués comme une « importante revendication et reconnaissance des droits des femmes et des jeunes filles afghanes ».

Mais ces mesures amélioreront-elles réellement le sort des femmes et des jeunes filles en Afghanistan dans la mesure où les talibans ne reconnaissent ni le tribunal ni sa compétence ? Et qu’ils considèrent les mandats comme des « actes manifestements hostiles et comme une insulte aux croyances des musulmans du monde entier » ?

Les femmes sont effacées de la vie publique

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont imposé des règles et des interdictions strictes au peuple afghan. Les femmes et les jeunes filles sont écartées de l’espace public et subissent les pires traitements en raison de leur genre.

Selon les mandats d’arrêt, les talibans ont gravement privé, par le biais de décrets et d’édits, les filles et les femmes de leur droit à l’éducation, à la vie privée et à la vie familiale, ainsi que de leurs libertés de mouvement, d’expression, de pensée, de conscience et de religion. Les femmes sont interdites dans les lieux publics et les jeunes filles ne peuvent plus se rendre à l’école à partir de l’âge de 12 ans.

Zahra Nader est la rédactrice en chef du média Zan Times(« (le) Temps des femmes », en français, ndlr) qui enquête sur les violations des droits humains en Afghanistan. Elle affirme que les femmes et les jeunes filles afghanes sont réduites au silence, soumises à des restrictions et privées de leurs droits fondamentaux.

C’est ce système discriminatoire de contrôle des femmes en Afghanistan qui est au cœur des poursuites judiciaires.

Les mandats accusent également les talibans de persécuter les personnes qui ne se conforment pas à leurs attentes idéologiques en matière de genre, d’identité ou d’expression sexuelle, ainsi que les personnes perçues comme des « alliés des filles et des femmes », pour des raisons politiques.

C’est la première fois qu’une cour, ou qu’un tribunal international confirme l’existence de crimes contre l’humanité impliquant des victimes LGBTQIA+. Il s’agit d’une étape importante dans la protection des minorités sexuelles en vertu du droit international.

Arte, 15 juin 2024.

Des crimes contre l’humanité définis par le statut de Rome

Le droit international condamne clairement les infractions qui constituent des crimes contre l’humanité. L’objectif est de protéger les civils contre les atteintes graves et généralisées à leurs droits fondamentaux. Différentes définitions des crimes contre l’humanité ont été incluses dans les statuts des cours et des tribunaux internationaux.

La définition du statut de Rome de la Cour pénale internationale est la plus complète. Elle inclut la privation grave de liberté individuelle, le meurtre, la réduction en esclavage, le viol, la torture, la déportation forcée ou l’apartheid.

Plus précisément, les dirigeants talibans sont accusés en vertu de l’article 7, paragraphe 1, alinéa h du statut de Rome, qui stipule que :

« La persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste […] ou en fonction d’autres critères universellement reconnus comme inadmissibles en droit international… »

La violence physique et directe n’est pas nécessaire pour que la persécution reposant sur des « motifs liés au sexe […] » soit établie. Pour cela, il faut s’appuyer sur des formes systémiques et institutionnalisées de préjudice, telles que l’imposition de normes sociales discriminatoires.

Les femmes et les jeunes filles sont souvent touchées de manière disproportionnée par les politiques et les règles des talibans. Mais il ne suffit pas de prouver que des crimes à caractère sexiste ont été commis. L’intention discriminatoire doit également être prise en compte.

Les talibans n’avaient pas caché leurs croyances et leurs interprétations religieuses, suggérant une intention claire de persécuter des personnes en raison de leur genre.

Une accusation uniquement symbolique ?

Comme dans d’autres affaires, la CPI compte sur la coopération des États pour exécuter et remettre les accusés.

Le gouvernement intérimaire de Kaboul, formé après l’invasion menée par les États-Unis en 2001, avait adhéré au statut de Rome en 2003. En conséquence, l’Afghanistan reste toujours légalement tenu de poursuivre les auteurs de ces crimes – et doit accepter la compétence de la Cour en la matière.

Le mouvement Purple Saturdays, un groupe de protestation dirigé par des femmes afghanes, a averti que les mandats d’arrêt doivent être plus que simplement symboliques. Tout échec dans les poursuites judiciaires risquerait d’entraîner une escalade des violations des droits humains. Les talibans ont toujours répondu à la pression internationale non pas par des réformes, mais en intensifiant leurs politiques répressives.

France 24, 30 Août 2024.

Une étape qui donne de l’espoir

Il est important de noter que les politiques strictes et les abus généralisés visant les femmes et les jeunes filles en Afghanistan se poursuivent, malgré l’intervention de la CPI.

Le Bureau du procureur de la Cour a affirmé son engagement dans la recherche « de voies juridiques efficaces » pour traduire en justice les dirigeants talibans. Les femmes afghanes en exil souhaitent la création d’un comité judiciaire international indépendant, chargé de surveiller et d’accélérer le processus judiciaire.

Le Bureau du procureur affirme, quant à lui, qu’il n’est pas encore certain que les mandats d’arrêt aboutiront à des arrestations et à des poursuites à La Haye. Mais nous savons que cela est possible. Un exemple frappant est l’arrestation, plus tôt cette année, de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte. Par ailleurs, les mandats d’arrêt constituent déjà une avancée encourageante vers la responsabilisation des talibans et pour la justice pour les femmes d’Afghanistan.

The Conversation

Yvonne Breitwieser-Faria ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Afghanistan : des mandats d’arrêt contre deux chefs talibans pour crimes contre l’humanité – https://theconversation.com/afghanistan-des-mandats-darret-contre-deux-chefs-talibans-pour-crimes-contre-lhumanite-262255

Partir seule pour mieux se trouver : comment le voyage en solo transforme l’identité des femmes

Source: The Conversation – France (in French) – By Magali Trelohan, Enseignante-chercheuse, marketing social, EM Normandie

Que signifie « voyager en solo » quand on est une femme et, plus particulièrement, une jeune femme ? L’expérience du voyage transforme intimement la voyageuse. Le voyage devient une épreuve d’« empowerment » identitaire.


Ces dernières années, une tendance singulière a émergé avec force : de plus en plus de femmes décident de voyager seules. Entre 2014 et 2017, le nombre de femmes voyageant seules a même doublé selon les chiffres établis par Hostel World,portant à 37 % la proportion de voyageurs solitaires dans le monde aujourd’hui.

Mais derrière ce chiffre se cache une réalité intime bien plus complexe qu’un simple choix touristique. Notre étude récemment publiée dans Current Issues in Tourism, basée sur des entretiens approfondis avec des femmes « backpackeuses » âgées de 23 à 47 ans, révèle à quel point ces expériences solitaires peuvent constituer un puissant vecteur d’empowerment identitaire.

Pourquoi partir seule ?

Loin d’être une simple quête d’aventure ou d’évasion, le voyage en solo répond souvent à une volonté de mieux se connaître et de dépasser ses propres limites. Léa, 29 ans, résume clairement ce ressenti :

« Aujourd’hui, physiquement ou mentalement, j’ai clairement dépassé mes limites. Je ne pensais pas que j’étais capable de ça avant de partir seule. »

L’expérience de ces voyageuses se déroule généralement en trois phases clés qui façonnent durablement leur identité : la découverte, le partage et l’affrontement des peurs.

La première phase, celle de la découverte, est marquée par l’exploration de nouveaux territoires géographiques, mais aussi personnels.

Amélie, 36 ans, exprime cette double dimension :

« Voyager seule m’a permis de me découvrir moi-même et de rencontrer des gens formidables, dont je me souviendrai toute ma vie même si je ne les reverrai jamais. »

Cette étape est déterminante. Loin de leurs repères habituels, ces femmes découvrent une autonomie nouvelle et une capacité insoupçonnée à se réinventer.

Le deuxième moment clé est celui du partage, souvent inattendu mais toujours intense. Ce partage se manifeste sous différentes formes, que ce soit dans les rencontres spontanées faites sur place ou via les échanges numériques avec d’autres voyageuses. Fanny, 32 ans, témoigne de ce lien fort avec une communauté éphémère :

« Je participais beaucoup aux groupes Facebook, pour rassurer celles qui voulaient partir. C’était ma façon de transmettre ce que j’avais vécu. »

Le voyage solitaire, paradoxalement, se révèle souvent riche de rencontres humaines, permettant aux femmes de se sentir moins isolées dans leur démarche.

Affronter ses peurs

La troisième phase est sans doute la plus intense : il s’agit de l’affrontement des peurs et des risques. Le voyageur solitaire et sûrement encore plus la voyageuse solitaire, s’expose à de nombreuses difficultés, comme l’explique Leina, 24 ans :

« Mon expérience la plus marquante s’est déroulée lors de mon tout premier voyage en solo. C’était à Londres et j’avais tout juste 18 ans. Je voyageais seule avec mon sac à dos. Je suis allée en auberge de jeunesse et j’ai été abordée par un monsieur très insistant, d’une cinquantaine d’années environ… Il a commencé par me proposer à boire… et cela m’a mise très mal à l’aise. J’étais habituée jusque-là à voyager accompagnée et du fait je me suis posé plein de questions : est-ce que son comportement était normal ? Pas normal ?… Je n’avais pas de repères et je me suis fiée à mon intuition… J’ai donc décidé d’aller parler à la réceptionniste avec qui j’avais déjà sympathisé et je lui ai décrit la situation. La réceptionniste m’a expliqué que je n’étais pas la première que cet homme avait abordée de cette manière et m’a conseillé de m’éloigner. Cet homme a, par ailleurs, reçu un avertissement et a été informé qu’au prochain avertissement, il serait mis dehors. »

Même si toutes soulignent que ces risques existent autant en dehors du voyage, la solitude dans le voyage, le fait de ne pas avoir ses repères et soutiens habituels transforment les moments difficiles en épreuves particulières. Romane, 25 ans, raconte :

« Ce qui est dangereux, c’est, par exemple, la conduite en Albanie… les bus conduisent très vite là-bas, la porte ouverte ! Les routes sont hyper sinueuses entre les villages et les bus roulent très près du bord de la route… C’est très impressionnant, on sent que le danger est imminent. »

Cet affrontement du danger peut ainsi contribuer à renforcer leur confiance et leur assurance. Fanny, 24 ans, l’expose ainsi :

« Cela m’a rendue plus forte de caractère, plus têtue… Cela a renforcé mes traits de personnalité, j’ai gagné confiance en moi. Peu importe la galère, il y a toujours une solution… Si je me perds dans une ville, si je n’ai plus de téléphone, je trouverai quelqu’un qui m’aidera, je trouverai toujours une solution. »

Revenir changée

À leur retour, les femmes évoquent systématiquement une transformation notable de leur identité. Ces changements s’articulent autour de trois axes principaux : grandir, se reconstruire et voir le monde autrement. La notion de « grandir » revient fréquemment dans leurs témoignages, traduisant un sentiment d’avoir mûri, gagné en confiance et en autonomie. Ce sentiment est souvent accompagné d’une prise de conscience nouvelle de leurs propres ressources internes.

Le deuxième axe, la reconstruction personnelle, intervient souvent après une épreuve de vie, comme une rupture sentimentale ou une perte d’emploi. Sabrina, 36 ans, illustre parfaitement cette situation :

« J’étais à un tournant de ma vie après une rupture amoureuse. Voyager seule a été une manière de me retrouver, de reprendre pied. Je me suis reconstruite. »

Brut 2019.

Enfin, ces voyages modifient durablement leur perception du monde et des autres. Fanny, 32 ans, explique :

« En stop, j’étais vulnérable, et en même temps, ça m’a réconciliée avec le monde. J’ai retrouvé foi en l’humanité. »

Ce changement de regard permet à ces femmes de revenir avec une ouverture et une compréhension nouvelle, souvent plus profonde et plus heureuse.

« Empowerment » identitaire, un nouveau concept

Notre recherche met en avant un concept innovant : l’empowerment identitaire.

Contrairement aux notions classiques d’empowerment (« empouvoirement ») centrées sur les compétences ou les capacités individuelles, l’empowerment identitaire intègre pleinement la dimension transformative de l’identité personnelle à travers l’expérience vécue.

Nous identifions trois dimensions clés de cet empowerment : la croissance personnelle (growing), la reconstruction identitaire (rebuilding) et l’évolution du regard porté sur le monde (seeing the world differently).

Cette approche théorique montre que l’empowerment peut aller au-delà d’un simple renforcement des capacités individuelles, et correspondre à une véritable reconstruction de soi, influencée par des contextes de vie particuliers et des expériences marquantes. On l’appelle alors « empowerment identitaire ».

Ce processus dynamique fait écho à la transformation identitaire vécue durant l’adolescence, une période elle aussi caractérisée par l’exploration, l’engagement personnel et la recherche d’une cohérence interne. Le parallèle avec l’adolescence souligne combien le voyage en solo constitue un véritable rite de passage moderne, permettant aux femmes de redéfinir profondément leur identité, indépendamment des attentes et des normes sociales préétablies.

Tensions au retour

Cependant, ce retour n’est pas toujours facile. Une tension peut naître entre leur nouvelle identité et la perception inchangée qu’en garde leur entourage. Comme pour les adolescents, la difficulté réside alors dans l’ajustement entre l’image intérieure nouvellement forgée et le regard extérieur resté fixe.

Finalement, ces récits montrent que le voyage en solo dépasse largement le simple cadre touristique. Il s’agit en réalité d’un véritable rite de passage contemporain permettant aux femmes d’affirmer leur identité, leur liberté, et leur place dans une société en constante évolution. Ce phénomène mérite sans aucun doute d’être mieux compris, accompagné et valorisé dans les politiques touristiques et sociales.

Nouvelles recherches

La conceptualisation de l’empowerment identitaire à travers le voyage en solitaire des « backpackeuses » appelle à de nouvelles recherches pour identifier d’autres expériences, si elles existent, qui auraient la même puissance. Nous pourrions ainsi étudier, par exemple, les séjours longs à l’étranger dans le cadre professionnel ou dans le cadre des études, l’expatriation ou encore les changements de vie radicaux impliquant une immersion dans des cultures ou environnements très différents.

Il serait également pertinent d’explorer si cet empowerment est ressenti différemment en fonction de variables culturelles, générationnelles ou socioéconomiques, afin d’approfondir la compréhension de ce concept émergent. Ces nouvelles pistes de recherche permettraient d’affiner cette théorisation innovante, mais aussi d’en élargir les implications concrètes, notamment dans les politiques sociales, éducatives et touristiques. Cela représenterait une opportunité pour les destinations et les acteurs économiques de mieux connaître les défis, les besoins et les motivations de ces femmes voyageuses en solo.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Partir seule pour mieux se trouver : comment le voyage en solo transforme l’identité des femmes – https://theconversation.com/partir-seule-pour-mieux-se-trouver-comment-le-voyage-en-solo-transforme-lidentite-des-femmes-258414

Les minerais africains sont échangés contre la sécurité : pourquoi c’est une mauvaise idée

Source: The Conversation – in French – By Hanri Mostert, SARChI Chair for Mineral Law in Africa, University of Cape Town

Un accord de paix, négocié par les États-Unis entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, prévoit un arrangement préoccupant. L’une des parties cède ses ressources minérales à une grande puissance en échange de promesses floues de sécurité.

L’accord de paix, signé en juin 2025, vise à mettre fin à trois décennies de conflit entre la RDC et le Rwanda.

Un élément clé de l’accord engage les deux pays à développer un cadre d’intégration économique régionale. Cet arrangement prévoit une coopération élargie entre la RDC, le Rwanda, le gouvernement américain et les investisseurs américains pour établir des “chaînes d’approvisionnement en minerais transparentes et formalisées”.

Malgré ses immenses richesses minérales, la RDC figure parmi les cinq pays les plus pauvres du monde. Elle cherche à attirer les investissements américains dans son secteur minier.

De leur côté, les Etats-Unis promettent un programme d’investissement de plusieurs milliards de dollars pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en minerais sur ce territoire traumatisé et appauvri.

La paix promise par l’accord de juin 2025 dépend ainsi de l’approvisionnement des États-Unis en minerais, en échange d’une présence militaire puissante, mais définie de manière vague, de la part de Washington.

L’accord de paix établit en outre un comité de mixte surveillance composé de représentants de l’Union africaine, du Qatar et des États-Unis, chargé de recevoir les plaintes et de résoudre les différends entre la RDC et le Rwanda.

Mais au-delà de ce comité mixte de surveillance, l’accord de paix ne prévoit aucune obligation spécifique en matière de sécurité pour les États-Unis.

Les relations entre la RDC et le Rwanda sont marquées par des guerres et des tensions depuis les première (1996-1997) et deuxième (1998-2003) guerres particulièrement sanglantes du Congo. Ces conflits ont alimenté la rivalité, l’exploitation et la violence armée.

Ce dernier accord de paix instaure un arrangement de type « ressources contre sécurité ». De tels accords ne sont pas nouveaux en Afrique. Ils ont fait leur apparition au début des années 2000 sous la forme de transactions « ressources contre infrastructures ». Dans ce type d’accord, un État étranger s’engage à construire des infrastructures économiques et sociales (routes, ports, aéroports, hôpitaux) dans un État africain. En échange, il obtient une participation importante dans une société minière publique ou un accès préférentiel aux ressources minérales du pays hôte.

Nous étudions le droit minier et la gouvernance en Afrique depuis plus de 20 ans. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si un accord de type « ressources contre sécurité » négocié par les États-Unis permettra à la RDC de mieux tirer profit de ses ressources.

Nos recherches sur l’exploitation minière, le développement et la durabilité nous font penser que cela est peu probable.

En effet, l’échange de ressources contre la sécurité est la dernière version d’une approche de troc de ressources que la Chine et la Russie ont mise en place dans des pays tels que l’Angola, la République centrafricaine et la RDC.

Le troc de ressources en Afrique a affaibli la souveraineté et le pouvoir de négociation des nations riches en minerais telles que la RDC et l’Angola.

En outre, ces accords sont moins transparents et plus complexes que les accords antérieurs de troc de ressources.

Les failles sécuritaires de la RDC

La RDC est dotée d’importants gisements de minerais essentiels tels que le cobalt, le cuivre, le lithium, le manganèse et le tantale. Ces minerais sont les éléments constitutifs des technologies du XXIe siècle : intelligence artificielle, véhicules électriques, énergie éolienne et matériel de sécurité militaire. Le Rwanda est moins riche en minerais que son voisin, mais il est le troisième producteur mondial de tantale, utilisé dans l’électronique, l’aérospatiale et les appareils médicaux.

Depuis près de 30 ans, les minerais alimentent les conflits et les violences extrêmes, en particulier dans l’est de la RDC. Le tungstène, le tantale et l’or (appelés « 3TG ») financent et alimentent les conflits. Les forces gouvernementales et environ 130 groupes armés se disputent le contrôle de sites miniers lucratifs. Plusieurs rapports et études ont accusé les voisins de la RDC – le Rwanda et l’Ouganda – de soutenir l’extraction illégale des 3TG dans cette région.

Le gouvernement de la RDC n’arrive pas à imposer la sécurité sur son vaste territoire (2,3 millions de kilomètres carrés peuplé de (109 millions d’habitants, issus de 250 groupes ethniques. Le manque de ressources, la corruption et des défis logistiques affaiblissent ses forces armées.

Ce contexte rend le soutien militaire des États-Unis extrêmement attractif. Mais nos recherches montrent que cet appui cache de nombreux pièges.

Quels États risquent de perdre ?

Les accords de type “ressources contre infrastructures” ou “ressources contre sécurité” offrent souvent des avantages à court terme : financements, stabilité, reconnaissance internationale. Mais ils ont un coût à long terme : la perte de contrôle sur les ressources nationales.

Voici comment cela se passe :

L’Afrique regorge d’exemples de pertes, partielles ou totales, de souveraineté liées à ce type d’accords. Par exemple, en 2004, l’Angola a contracté un prêt de 2 milliards de dollars adossé au pétrole auprès de la China Eximbank.

Ce prêt était remboursable par des livraisons mensuelles de pétrole, dont les recettes étaient versées sur des comptes contrôlés par la Chine. La conception du prêt privait les autorités angolaises de tout pouvoir de décision sur cette source de revenus avant même que le pétrole ne soit extrait.

Ces accords contribuent également à diluer les responsabilités. Ils impliquent souvent plusieurs ministères (tels que la défense, les mines et le commerce), ce qui empêche tout contrôle ou redevabilité. Cela favorise la captation des ressources par les élites. Des personnalités influentes peuvent détourner les accords à leur profit personnel.

En RDC, cela a donné naissance à une kleptocratie violente, où les richesses issues des ressources naturelles sont systématiquement détournées au détriment de la population.

Enfin, ces accords risquent d’aggraver les traumatismes liés à l’extraction : déplacements forcés des communautés, dégradations de l’environnement, pertes de moyens de subsistance et tensions sociales.

Ces problèmes ne sont pas nouveaux. Mais en les liant à la sécurité ou aux infrastructures, ils cessent d’être temporaires et s’installent dans la durée.

Ce qui doit changer

Les minerais critiques sont dits “critiques” parce qu’ils sont difficiles à extraire ou à remplacer.

De plus, leurs chaînes d’approvisionnement sont stratégiquement vulnérables et politiquement exposés. Celui qui contrôle ces minéraux contrôle l’avenir. L’Afrique doit veiller à ne pas brader cet avenir.

Dans un monde où les minerais critiques redessinent les rapports de force, les États africains ne doivent pas sous-estimer la valeur stratégique de leurs ressources. Ils disposent d’un levier puissant.

Mais ce levier n’a d’effet que s’il est utilisé avec stratégie. Pour ce faire, il faut :

  • investir dans le renforcement des institutions et des capacités juridiques afin de négocier de meilleurs accords

  • exiger la création et la valeur ajoutée locales

  • exiger la transparence et le contrôle parlementaire des accords relatifs aux minéraux

  • refuser les accords qui ne respectent pas les normes en matière de droits humains, d’environnement ou de souveraineté.

L’Afrique dispose des ressources. Elle doit préserver ce levier de pouvoir qu’elles lui confèrent.

The Conversation

Hanri Mostert est financée par la National Research Foundation (NRF) d’Afrique du Sud. Elle est membre du groupe d’experts sur l’expropriation et membre du comité directeur du groupe consultatif académique (AAG) de l’Association internationale du barreau (IBA) dans le secteur du droit de l’énergie, de l’environnement, des ressources et des infrastructures (SEERIL).

Tracy-Lynn Field est financée par la Fondation Claude Leon. Elle est directrice non exécutive de la Wildlife and Environment Society of South Africa.

– ref. Les minerais africains sont échangés contre la sécurité : pourquoi c’est une mauvaise idée – https://theconversation.com/les-minerais-africains-sont-echanges-contre-la-securite-pourquoi-cest-une-mauvaise-idee-261875

Ahmed Faras restera dans les mémoires comme un héros du football et un symbole national marocain

Source: The Conversation – in French – By Abderrahim Rharib, Teacher-Researcher of Sports Policy, Université Hassan II Casablanca – AUF

Surnommé Moul Lkoura, qui signifie « le propriétaire du ballon », Ahmed Faras est devenu une véritable icône au Maroc. Le footballeur était un héros pour le peuple, une source de fierté et d’unité nationale.

Dans tout le pays, il était tenu en très haute estime, tant pour ses qualités techniques sur le terrain que pour sa personnalité. À l’annonce de son décès à l’âge de 78 ans, nombreux sont ceux qui ont souligné son humilité, son respect, sa gentillesse et sa modestie. Il est resté une figure du patriotisme au Maroc pendant des décennies, longtemps après la fin de sa carrière.

Une carte marquée dans chaque coin des emblèmes nationaux et footballistiques et représentant le portrait d'un jeune homme vêtu d'un maillot de football rouge.
Carte de football d’Ahmed Faras en 1970.
Panini/Wikimedia Commons

Faras avait également un autre surnom : le Lion de l’Atlas. Il était le capitaine très apprécié des Lions de l’Atlas, l’équipe nationale de football. Il a été sacré Footballeur africain de l’année en 1975. En 2006, il a été sélectionné par la Confédération africaine de football (CAF) comme l’un des 200 meilleurs joueurs africains des 50 dernières années meilleurs footballeurs africains des 50 dernières années, sur la base d’un sondage.

En tant que chercheur spécialisé dans le football et la politique au Maroc, le décès de Faras, tout comme celui de Dolmy (Hassan) d’Amcharrat et d’autres grands noms du football, marque une frontière entre un sport amateur peu rentable au service de la patrie et un sport aujourd’hui façonné par l’économie de marché.

Qui était Ahmed Faras ?

Hadj Ahmed Faras, né le 7 décembre 1946, accordait plus d’importance aux valeurs qu’à l’argent. La preuve en est son refus, en 1973, d’une offre pour rejoindre les rangs du Real Madrid, l’une des plus grandes équipes européennes.

Né et élevé dans une famille modeste à Laâlya, un quartier de la ville de Mohammedia, sur la côte ouest du Maroc, la communauté de Fdala (ancien nom de la ville) n’oubliera jamais que Faras a préféré mettre son talent au service du Sporting Club Chabab Mohammedia.

C’était le club de sa ville natale, où il a débuté sa carrière en 1965 et où il l’a terminée en 1982. Faras était un athlète complet. Si le football l’a rendu célèbre, il était également passionné de basket-ball, de handball, de volley-ball et de saut en longueur.

Mais c’est le football qui lui a valu son surnom d’enfance, « le gaucher », en raison de l’élégance avec laquelle il maniait le ballon du pied gauche.

Jouant dans des équipes de quartier à l’école, il suivait de près le football marocain. C’était l’époque de joueurs comme Hassan Akesbi, Abderrahmane Ben Mahjoub. Insatisfait de son niveau, il rejoint un centre de formation financé par le ministère de la Jeunesse et des Sports afin de concrétiser sa passion pour le football. Au fil des matchs, il se fait de plus en plus remarquer.




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En 1963, alors qu’il réfléchit encore à une offre de l’Ittihad Mohammedia, il est également approché par le club rival, le Chabab Mohammedia. Ce dernier est prêt à le faire passer directement en équipe première sans passer par les équipes juniors. Jamais satisfait des entraînements collectifs, il s’entraînait également il s’entraîne également seul de manière régulière.

Les moments forts de sa carrière

Ses grandes qualités techniques, son pied gauche magique, son intelligence tactique, sa sagesse et son calme lui ont valu une carrière exemplaire. Joueur polyvalent, capable d’évoluer à presque tous les postes, il s’est surtout illustré au poste d’avant-centre.

En 1970, il fait partie de la première équipe nationale marocaine à se qualifier pour la Coupe du monde de football masculin de la FIFA, au Mexique. Il marque deux buts, assurant ainsi la qualification du Maroc pour les Jeux olympiques de 1972 à Munich. Il continue à marquer des buts lors des Jeux olympiques, inscrivant six réalisations en Coupe d’Afrique des nations (CAN) et six autres lors des matchs de qualification pour la Coupe du monde.

Élu meilleur joueur africain de l’année 1975, il a été capitaine de l’équipe qui a remporté la CAN pour le Maroc en 1976 en Éthiopie. Il a été nommé meilleur joueur du tournoi.

Faras a été le meilleur buteur du championnat national en 1969 et 1973. Il a disputé 94 matchs avec l’équipe nationale entre 1966 et 1979, inscrivant 36 buts au total. Ce qui fait de lui le meilleur buteur de tous les temps. Il a remporté le seul titre de champion du Maroc dU Sporting Club Chabab Mohammédia en 1980, deux Coupes du Trône en 1972 et 1975, la Super Coupe en 1975 et la Coupe des clubs du Maghreb en 1975.

Ses valeurs

Malgré tous ces chiffres impressionnants, Faras n’a jamais été du genre à se vanter de ses exploits. Il tenait à rester respecteux et n’a jamais décliné une invitation destinée à rendre service au monde du football marocain. Comme ses parents, c’était un homme attaché à sa famille qui menait une vie modeste. Faras ne supportait pas d’être loin de Mohammedia et ressentait une immense joie lorsqu’il rentrait chez lui après une tournée.

Son patriotisme était souvent mis en évidence, notamment lors de la CAN 1976 en Éthiopie, Il a joué le tournoi malgré la fièvre typhoïde. Il rappelait souvent à ses coéquipiers que porter le maillot national était une lourde responsabilité. Selon lui, il fallait toujours être à la hauteur des attentes du roi et du peuple marocain.

En tant que capitaine, il ne ménageait aucun effort pour motiver les jeunes joueurs, les aider à s’intégrer dans l’équipe nationale et à jouer avec honneur.

Grâce à ces qualités, Ahmed Faras est devenu un trésor national, l’incarnation des nobles valeurs du sport. Le respect que lui témoignaient les arbitres en était la preuve incontestable.

Moul Lkoura est décédé le 16 juillet, alors que les Marocains espéraient qu’il assisterait à la Coupe d’Afrique des nations féminine organisée par le Maroc. Ils nourrissaient l’espoir qu’il assiste à un nouveau sacre du Maroc, le premier depuis celui de 1976 auquel il avait contribué.

The Conversation

Abderrahim Rharib does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Ahmed Faras restera dans les mémoires comme un héros du football et un symbole national marocain – https://theconversation.com/ahmed-faras-restera-dans-les-memoires-comme-un-heros-du-football-et-un-symbole-national-marocain-262287

Comment le big data révolutionne les sciences sociales

Source: The Conversation – in French – By Nonna Mayer, Directrice de recherche au CNRS/Centre d’études européennes, Sciences Po

Dès la naissance du Web, deux visions s’opposent, l’une voyant dans l’ère du big data la fin des théories explicatives en sciences humaines, l’autre pensant au contraire qu’elle offre une chance de les renouveler en les combinant à la data science. Nico El Nino/Shutterstock

Les traces laissées par les individus sur Internet et sur les réseaux sociaux constituent un gisement de données numériques considérable, le big data. Certains avaient prédit la mort des sciences sociales avec l’irruption de ces données massives. Il semble au contraire que les sciences sociales se transforment et affinent leurs méthodes d’enquête grâce aux données numériques. La prudence reste toutefois de mise, en raison de la non-représentativité des échantillons utilisés et de l’opacité des algorithmes – sans parler des atteintes à la vie privée liées à la captation des données.


Les traces que nous laissons sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les sites d’achat en ligne, ainsi que le nombre croissant des objets connectés (smartphones, montres, caméras, thermostats, enceintes, capteurs), nourrissent un fabuleux gisement de données numériques. Il éclaire jusque dans les micro-détails nos comportements quotidiens, nos déplacements, nos modes de consommation, notre santé, nos loisirs, nos centres d’intérêt, nos réseaux de sociabilité, nos opinions politiques et religieuses, sans que nous en ayons toujours conscience. La numérisation accélérée d’archives et documents, jusqu’ici inaccessibles, effectuée par les administrations, les entreprises, les partis, les journaux, les bibliothèques y contribue également.

Il en résulte des données hors norme par leur volume, leur variété et leur vélocité (les « 3 V »), communément appelées le « big data ». Et les moyens de les extraire, coder, quantifier et analyser en quelques clics se sont développés de concert, grâce aux progrès de l’intelligence artificielle (IA). Comme le souligne Dominique Boullier dans son dernier livre ce processus est en train de révolutionner le paysage des sciences sociales, pour le meilleur et pour le pire.

À cet égard deux thèses s’affrontent dès la naissance du Web. Dans un article au titre provocant, « The End of Theory: The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete », Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired consacré aux nouvelles technologies, y voit la mort programmée des sciences sociales. Les corrélations vont remplacer la causalité, point n’est besoin de modèle explicatif ou de théorie unifiée et « les chiffres parlent d’eux-mêmes ». En total désaccord, des chercheurs comme Burt Monroe ou Gary King saluent le potentiel de renouvellement des théories et des méthodes qu’apportent ces données et plaident pour l’hybridation des sciences sociales et de la « data science ».

Dans la même ligne, je donnerai quelques exemples illustrant l’apport du big data, notamment sur des sujets sensibles comme le racisme ou la sexualité, difficiles à saisir dans les enquêtes par sondages ou par entretiens à cause des biais de « désirabilité sociale », soit la tentation face à l’enquêteur ou l’enquêtrice de dissimuler son opinion si elle n’est pas conforme aux normes sociales en vigueur.

Big data et recherche sur le racisme

Le champ des recherches sur le racisme, en particulier le racisme anti-noir, est particulièrement développé aux États-Unis et plusieurs enquêtes par sondage ont tout naturellement voulu mesurer son impact potentiel sur les votes en faveur de Barack Obama aux élections présidentielles de 2008 et 2012. Elles ne donnent pas de résultats probants et un chercheur, Seth Stephens-Davidowitz, a eu l’idée d’utiliser un indicateur indirect de racisme, la proportion des recherches sur Google contenant le mot « nigger(s) » (« nègre(s) ») pendant les quatre ans précédant le scrutin, qu’il a mis en relation avec les votes pour Obama en 2008 et 2012, État par État. Malgré l’interdit qui pèse sur ce terme, il trouve que le « N-word » est googlé en moyenne 7 millions de fois par an. Seule face à son écran, la personne n’a aucune raison de s’autocensurer. Les résultats, après contrôles, sont sans appel. Ils montrent que les États où ce terme est le plus souvent recherché sur Google débordent largement les frontières des États du Sud traditionnellement plus racistes. Et l’usage du mot est négativement corrélé avec le vote pour Obama, lui coûtant en moyenne quatre points de pourcentage aux deux élections. Le racisme anti-noir est bien sous déclaré dans les enquêtes par sondages, et il a eu un impact non négligeable sur les choix électoraux. Un phénomène qui, jusqu’ici, était passé sous les radars.

En France, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) fait tous les ans un rapport au premier ministre sur l’état du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie, en s’appuyant notamment sur le Baromètre racisme pour les opinions, les statistiques fournies par les ministères concernés pour les actes. Mais les discours de haine sur les réseaux sociaux restaient hors de son champ de vision. D’où sa décision, en 2020, de demander au Médialab de Sciences Po, associé au Centre d’études européennes et de politique comparée (Sciences Po) et au Laboratoire interdisciplinaire Sciences-innovations-sociétés (Lisis, Université Gustave-Eiffel) de lancer une étude sur l’antisémitisme en ligne.

L’équipe choisit d’analyser pendant un an les commentaires postés sur les principales chaînes d’information et d’actualité présentes sur YouTube, au nombre de 628. Un corpus de près de deux millions de commentaires est extrait et un algorithme entraîné à détecter l’antisémitisme, y compris sous ses formes les plus allusives. La diffusion de propos antisémites apparaît relativement faible (0, 65 % du total des commentaires). Ce sont les chaînes d’extrême droite qui en abritent la proportion la plus importante, suivies par les chaînes de contre-information et de santé alternative. Les thèmes du complot et de la judéophobie y apparaissent plus présents que l’antisionisme. Les résultats nuancent donc la thèse d’un « nouvel » antisémitisme à base d’antisionisme remplaçant l’ancien et qui serait passé de l’extrême droite à l’extrême gauche. L’enquête a été élargie depuis à d’autres formes de racismes, notamment antimusulmans, au masculinisme et au complotisme.

Big data et recherche sur la sexualité

Le big data est aussi précieux pour aborder les questions du genre et de la sexualité. Régulièrement, l’université française est présentée comme gangrénée par les études sur le genre et l’intersectionnalité, y compris par des ministres.

L’enquête minutieuse menée par le sociologue Étienne Ollion et ses collègues montre qu’il n’en est rien. Analysant la place tenue par la question du genre dans 120 revues de sciences sociales sur un quart de siècle, soit un corpus de 58 000 résumés d’articles, grâce à un modèle d’intelligence artificielle (Large Language Model), l’article montre qu’elle est passée de 9 % en 2001 à 11,4 % du total en 2022. D’une discipline à l’autre, les résultats sont contrastés, la proportion d’article traitant du genre passant de 33,7 % à 36,6 % dans les revues de démographie au sens large, mais de 3,3 % à 5,8 % en science politique. Et ils sont encore majoritairement le fait de femmes. Tandis que les approches intersectionnelles croisant genre et race et/ou classe restent résiduelles (4 % en fin de période).

Marie Bergström, sociologue à l’Ined, a utilisé le big data pour éclairer les ressorts de l’écart d’âge qu’on observe dans les couples hétérosexuels, où l’homme est généralement plus âgé que la femme. Croisant les résultats de l’enquête « Étude des parcours individuels et conjugaux » (Epic), menée par l’Ined et l’Insee en 2012-2014 auprès de 7 800 personnes, interrogées sur leurs préférences en matière d’écart d’âge, avec des données tirées du site de rencontre Meetic (400 000 profils et 25 millions d’emails) renseignant sur les pratiques effectives, elle souligne le décalage entre ce qui se dit et ce qui se fait et les écarts selon le genre.

Au niveau déclaratif, les femmes sont les plus attachées à un écart d’âge au profit du partenaire masculin, d’autant plus qu’elles sont jeunes, tandis que les hommes se disent indifférents à l’âge. Ainsi, 79 % d’entre eux disent qu’ils accepteraient une femme plus âgée alors que 53 % seulement des femmes envisageraient un partenaire plus jeune. Mais sur le site de rencontres, c’est une autre histoire, le décalage étant particulièrement marqué chez les hommes, clairement amateurs de femmes plus jeunes, surtout quand ils vieillissent.

Dangers du big data

Les dangers du big data sont non moins grands : non-représentativité et instabilité des échantillons non construits pour les besoins de la recherche, opacité et défaillance des algorithmes et des modèles, difficultés d’accès aux données, problèmes éthiques, atteintes à la vie privée, problèmes de sécurité (vols, détournement des données), coûts énergétiques exorbitants, domination politique du Nord sur les Sud, et des États-Unis sur le reste de la planète. La prudence est nécessaire et le besoin de régulation est manifeste. Mais on ne peut se priver d’un tel vivier. Et les nouvelles générations de doctorants s’en sont aussitôt emparé.

Un nombre croissant de doctorants utilisent aujourd’hui le big data pour leur thèse et font des émules. Qu’ils s’intéressent au positionnement des partis européens sur le climat ou sur l’immigration, aux politiques énergétiques européennes ou au cadrage médiatique de groupes-cibles, ils arrivent à construire des corpus gigantesques de plusieurs millions de textes (rapports, textes législatifs, posts sur les réseaux sociaux, images, articles de presse, discours parlementaires, communiqués), couvrant plusieurs pays et sur de longues périodes. Pour les analyser, ils recourent au Supervised Learning (apprentissage supervisé), entraînant des modèles d’IA à coder ces textes en fonction de leur question de recherche et de leurs hypothèses. Cela leur permet de revisiter des objets classiques de la science politique avec un regard neuf et sur une tout autre échelle, s’inscrivant dans le courant en plein essor des « sciences sociales augmentées ».


_Cet article est proposé en partenariat avec le colloque « Les propagations, un nouveau paradigme pour les sciences sociales ? » (à Cerisy (Manche), du 25 juillet au 31 juillet 2025).

The Conversation

Nonna Mayer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment le big data révolutionne les sciences sociales – https://theconversation.com/comment-le-big-data-revolutionne-les-sciences-sociales-261794

Des déchets de crevette pour une électronique plus écoresponsable ?

Source: The Conversation – in French – By Yann Chevolot, Chercheur chimie et nanotechnologies pour la santé et environnement, Centrale Lyon

Avec l’explosion du numérique, des objets connectés et de l’intelligence artificielle, la production de composants électroniques poursuit sa croissance. La fabrication de ces composants recourt à des techniques de fabrication complexes qui ont pour objet de sculpter la matière à l’échelle de quelques micromètres à quelques nanomètres, soit environ l’équivalent du centième au millième du diamètre d’un cheveu.

L’impact environnemental de ces procédés de fabrication est aujourd’hui estimé entre 360 et 600  mégatonnes équivalent CO2 par an dans le monde. Les chercheurs visent à réduire cet impact en s’attaquant aux différentes étapes de fabrication des produits électroniques.


Les procédés de fabrication en microélectronique requièrent l’emploi de matériaux et solvants pétrosourcés – c’est-à-dire issus de ressources fossiles comme le pétrole. Et certains de ces matériaux comportent des composés chimiques classés comme mutagènes, cancérigènes ou reprotoxiques. Pour des raisons économiques, réglementaires, écologiques et de sécurité, les acteurs du domaine soulignent leur volonté d’accentuer le développement de procédés plus respectueux de l’environnement et moins toxiques. De plus, les projections sur la raréfaction du pétrole imposent d’explorer des matériaux alternatifs aux matériaux pétrosourcés – un domaine que l’on appelle la « chimie verte ».

Dans ce contexte, différents matériaux biosourcés (à savoir, des matériaux issus partiellement ou totalement de la biomasse) et hydrosolubles sont étudiés comme une alternative aux matériaux pétrosourcés. Par exemple, la protéine de la soie ou les protéines du blanc d’œuf, deux matériaux appartenant à la famille des polymères (matériaux constitués de molécules de tailles importantes, aussi appelées « macromolécules ») ont été proposés comme résine de lithographie. Cependant, ces polymères biosourcés possèdent des limitations pratiques par exemple être en compétition avec l’alimentation humaine pour ce qui concerne le blanc d’œuf.




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Dans nos travaux, nous explorons le potentiel du chitosane, un matériau polymère naturel produit aujourd’hui à l’échelle industrielle à partir de la chitine, que l’on extrait principalement de déchets agroalimentaires, comme les carapaces de crevettes et de crabes, les endosquelettes de seiches et de calmars, et certains champignons.

Nous avons montré que le chitosane est compatible avec une ligne de production pilote semi-industrielle de microélectronique. L’analyse du cycle de vie du procédé que nous proposons montre une réduction potentielle de 50 % de l’impact environnemental par rapport aux résines conventionnelles lors de la réalisation d’étapes de lithographie-gravure similaires.

La lithographie, processus clé de la fabrication des composants électroniques

Par exemple, aujourd’hui, la fabrication d’un transistor nécessite plusieurs centaines d’étapes (entre 300 et 1 000 par puce suivant la nature du composant).

Parmi ces étapes, les étapes de lithographie permettent de dessiner les motifs des composants à l’échelle micro et nanométrique. Ce sont celles qui nécessitent le plus de produits chimiques actuellement pétrosourcés et pour certains toxiques.

La lithographie consiste à recouvrir la plaque de silicium avec une couche de résine sensible à la lumière ou à un faisceau d’électrons – comme une pellicule photographique – de manière à y inscrire des motifs de quelques micromètres à quelques nanomètres par interaction localisée du faisceau avec la matière. En optique, plusieurs longueurs d’onde sont utilisées selon la taille des motifs souhaités.

Plus la longueur d’onde est petite, plus la taille des motifs inscriptibles est petite, et on peut aujourd’hui atteindre des résolutions de moins de 5 nanomètres avec une lumière de longueur d’onde de 13,5 nanomètres, afin de répondre à la demande de miniaturisation des composants électroniques, correspondant à la loi de Moore. Celle-ci stipule que le nombre de transistors sur un circuit intégré double environ tous les deux ans, entraînant une augmentation exponentielle des performances des microprocesseurs tout en réduisant leur coût unitaire.

In fine, lors de l’étape de développement – encore une fois comme un terme emprunté à la photographie argentique, c’est la différence de solubilité entre les zones de la résine qui ont été exposées ou non à l’irradiation ultraviolette ou d’électrons qui permet de créer des ouvertures de géométrie définie à travers la résine de chitosane. Là où la résine disparaît, on accède au substrat de silicium (ou autre couche/matériau sous-jacente). On peut ainsi le graver ou y déposer d’autres matériaux (métaux, diélectriques et semiconducteurs), la résine restante jouant alors le rôle de masque de protection temporaire pour les zones non traitées.

Le chitosane, une solution bio pour la résine

Comme mentionné précédemment, le chitosane est produit à partir de la chitine, le deuxième polymère naturel le plus abondant sur Terre (après la cellulose), mais il peut aussi être produit par des procédés de biotechnologies. En plus d’être un matériau renouvelable, il est biocompatible, non écotoxique, biodégradable et soluble en milieu aqueux légèrement acide.

Au milieu de tous ces avantages, son grand intérêt pour la micro- et la nanofabrication est qu’il peut former des films minces, c’est-à-dire des couches de très faibles épaisseurs. Le chitosane peut donc être facilement étalé sur le substrat en silicium pour remplacer la résine pétrosourcée.

Dans le cadre de plusieurs projets de recherche, nous avons démontré que le chitosane était compatible avec toute la gamme des techniques de lithographie : lithographie électronique, optique (193 nanomètres et 248 nanomètres) et même en nanoimpression. Cette dernière technique consiste à presser directement le film de chitosane avec un tampon chauffé possédant des motifs de tailles submicrométriques.

Le chitosane change de structure quand il est irradié

Nous avons mis en évidence que, sous une exposition à des faisceaux d’électrons ou de lumière, une réduction de la longueur des macromolécules du chitosane se produit du fait de la rupture de certaines liaisons chimiques, selon un processus de « dépolymérisation partielle ».

Ceci a pour conséquence de rendre la zone irradiée de la résine soluble dans l’eau pure alors que les zones non touchées par le faisceau restent insolubles.

Au final, les performances de la résine en chitosane sont proches des résines commerciales en conditions environnementales contrôlées (salles blanches de microélectronique), et ce, d’autant mieux sous atmosphère à faible teneur en dioxygène et/ou à faible taux d’humidité relative, des conditions qui peuvent être contrôlées en salle blanche.

Les motifs ont été transférés avec succès par gravure dans la silice et le silicium pour atteindre des motifs de moins de 50 nanomètres en écriture électronique.

L’amélioration de la résolution constitue un axe de recherche en cours dans notre consortium pour atteindre les standards des résines de référence d’autant plus que l’industrie est en quête de solutions alternatives aux résines classiques pour répondre aux enjeux environnementaux, économiques et technologiques actuels. Les résines biosourcées peuvent être une réelle alternative à partir du moment où elles permettront d’atteindre les résolutions obtenues par les résines classiques, à savoir quelques nanomètres.




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L’expertise que nous avons construite au cours des années, dans le cadre notamment du projet ANR Lithogreen, a permis à notre consortium de laboratoires français d’intégrer le projet européen Horizon Europe Resin Green avec des visées de développement en lithographie optique sur toute la gamme de 365 nanomètres à 13,5 nanomètres et en lithographie électronique à haute résolution — ce qui permettrait d’atteindre des résolutions comparables à celles obtenues actuellement avec les résines pétrosourcées.


Le projet Lithogreen ANR-19-CE43-0009 a été soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Yann Chevolot a reçu des financements de l’ANR Lithogreen (ANR-19-CE43-0009).
La Commission européenne et l’initiative commune Chips JU sont remerciées pour leur soutien dans le projet européen Horizon Europe Resin Green. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’initiative commune Chips JU. L’Union européenne et l’autorité chargée de l’octroi des subventions ne peuvent être tenues pour responsables de ces opinions.

Didier Léonard a reçu des financements de l’ANR Lithogreen (ANR-19-CE43-0009). La Commission européenne et l’initiative commune Chips JU sont remerciées pour leur soutien dans le projet européen Horizon Europe Resin Green. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’initiative commune Chips JU. L’Union européenne et l’autorité chargée de l’octroi des subventions ne peuvent être tenues pour responsables de ces opinions.

SERVIN Isabelle a reçu des financements pour le projet ANR Lithogreen

Jean-Louis Leclercq a reçu a reçu des financements de l’ANR Lithogreen (ANR-19-CE43-0009). La Commission européenne et l’initiative commune Chips JU sont remerciées pour leur soutien dans le projet européen Horizon Europe Resin Green. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’initiative commune Chips JU. L’Union européenne et l’autorité chargée de l’octroi des subventions ne peuvent être tenues pour responsables de ces opinions.

Olivier Soppera a reçu des financements de l’ANR Lithogreen (ANR-19-CE43-0009). La Commission européenne et l’initiative commune Chips JU sont remerciées pour leur soutien dans le projet européen Horizon Europe Resin Green. Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union européenne ou de l’initiative commune Chips JU. L’Union européenne et l’autorité chargée de l’octroi des subventions ne peuvent être tenues pour responsables de ces opinions.

Stéphane Trombotto a reçu des financements de l’ANR pour le projet Lithogreen (ANR-19-CE43-0009) et de l’Union Européenne et Chips JU pour le projet Resin Green (https://resingreen.eu).
Les points de vue et les opinions exprimés sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’Union Européenne ou Chips JU. L’Union Européenne et l’autorité chargée de l’octroi des subventions ne peuvent être tenues pour responsables de ces opinions.

– ref. Des déchets de crevette pour une électronique plus écoresponsable ? – https://theconversation.com/des-dechets-de-crevette-pour-une-electronique-plus-ecoresponsable-259415

Élévation du niveau de la mer : comment « traduire » la science pour la rendre accessible et utile à tous ?

Source: The Conversation – in French – By Xénia Philippenko, Maîtresse de conférences en Géographie humaine, Université Littoral Côte d’Opale

À quelle hauteur la mer va-t-elle s’élever à cause du changement climatique ? On peut répondre à cette question en moyenne, avec des estimations et en prenant des hypothèses, mais fournir une réponse précise à l’échelle d’une commune littorale donnée n’a rien d’évident. Plutôt que de répondre par les chiffres, certains projets misent sur d’autres outils, mêlant pédagogie, interactivité et narration.


L’océan fait partie des milieux les plus impactés par le changement climatique. L’élévation du niveau de la mer, en particulier, soumet les populations côtières à des défis toujours plus importants. Par exemple, la salinisation des sols, des sous-sols et des nappes phréatiques ou l’augmentation des risques du submersion sur les littoraux.

En France, de nombreux élus, gestionnaires, entreprises ou habitants du littoral se questionnent sur l’ampleur du phénomène : de combien de centimètres le niveau de la mer va-t-il monter ?

Or, cette hausse dépend de nombreux facteurs. Les scientifiques se demandent comment expliquer un phénomène aussi complexe et entouré d’incertitudes. Comment traduire les données issues des modèles climatiques en outils compréhensibles, utiles et engageants pour le grand public, les décideurs, ou les enseignants ?

C’est le défi que relèvent de nombreux chercheurs et communicants, en développant des dispositifs de « traduction des données », ou data translation : rendre lisible la science sans la trahir.

Le projet européen PROTECT, auquel nous avons participé, porte sur la cryosphère continentale (l’ensemble des glaces sur les continents) et l’élévation du niveau de la mer.

Le site interactif Sea Level Projection Tool, développé dans ce cadre, illustre parfaitement ce concept. Produit par une équipe pluridisciplinaire de scientifiques, informaticiens, communicants, designers et illustrateurs, et rédigé en anglais pour s’adresser à un large public européen et international, il s’appuie sur trois approches complémentaires : la pédagogie, l’interactivité et la narration concrète.

Expliquer avec pédagogie l’élévation du niveau de la mer

Le niveau de la mer évolue sous l’effet de nombreux facteurs. Certains sont environnementaux et directement liés au changement climatique : la fonte des glaciers et des calottes glaciaires (ces vastes masses de glace qui recouvrent des régions entières, comme le Groenland ou l’Antarctique), ainsi que la dilatation thermique des océans provoquée par la hausse des températures entraînent une augmentation du volume de l’eau.

D’autres facteurs sont d’ordre géologique, comme l’affaissement ou le soulèvement localisé des terres émergées. Les causes climatiques, enfin, dépendent directement des décisions politiques : selon que l’on s’oriente vers une transition avec moins d’émissions ou bien vers un futur qui priorise la croissance économique, les trajectoires futures du niveau de la mer varieront considérablement.

Le site Sea Level Projection Tool propose d’expliquer ces différents phénomènes dans un glossaire illustré. Celui-ci s’appuie sur les définitions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), mais il propose également d’autres formats plus facilement compréhensibles pour le grand public.

Une illustratrice spécialisée en sciences, Clémence Foucher, a réalisé des visuels facilitant la compréhension des phénomènes liés à l’élévation du niveau de la mer. Par exemple, la dilatation thermique (c’est-à-dire, le fait que la hausse de température engendre une augmentation du volume de l’eau) ou la fonte des glaciers et des calottes glaciaires.

Illustrations du processus de perte de masse glaciaire par décharge, au Groenland.
Clémence Foucher/Sea Level Projection Tool, Fourni par l’auteur

Ces illustrations nourrissent un cours illustré où l’on découvre les principaux contributeurs aux variations du niveau marin ainsi que les processus physiques associés – fonte, vêlage (séparation d’une masse de glace formant des icebergs), etc.

À chaque fois que cela est possible, une vidéo explicative est également proposée pour approfondir le sujet en moins de cinq minutes.




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Développer l’aspect ludique et interactif

Pour mieux comprendre les causes et les impacts de la montée du niveau de la mer, le site propose un outil interactif qui permet à chacun de simuler les effets de différentes composantes : fonte des glaciers, expansion thermique des océans, etc. Chacun de ces phénomènes affecte le niveau marin de façon différente selon les régions du globe.

Par exemple, la fonte du Groenland provoque une redistribution de masse si importante qu’elle modifie la gravité terrestre, entraînant une montée des eaux plus marquée dans des régions éloignées de la source de fonte.

De même, certaines zones, comme le nord de l’Europe, s’élèvent encore aujourd’hui sous l’effet de la fonte des glaces en Europe à la fin de la dernière glaciation, tandis que d’autres, comme certaines côtes américaines, s’enfoncent.

En jouant avec ces différents paramètres, les utilisateurs peuvent explorer comment leurs effets se combinent et pourquoi certaines zones sont plus touchées que d’autres. Une manière ludique et pédagogique de s’approprier une réalité complexe, aux conséquences très concrètes.

Des narratifs pour raconter l’impact de la montée des eaux

Comprendre l’élévation du niveau de la mer est un premier pas important. Mais cela reste souvent déconnecté de la réalité des individus, qui ont du mal à se représenter ses conséquences concrètes.

Une section du site propose ainsi des cas fictifs, s’inspirant de situations réellement vécues dans trois pays différents : la France, les Pays-Bas et les Maldives.

Les conséquences liées à l’élévation du niveau de la mer sont assez similaires quelle que soit la région du monde (inondations, érosion, salinisation des sols et des nappes d’eau), mais chaque pays fait face à des défis particuliers et choisit de s’y adapter de manière différente.

Les scientifiques distinguent plusieurs types de mesures d’adaptation à l’élévation du niveau de la mer :

Illustrations de différentes mesures d’adaptation côtières.
Clémence Foucher/Sea Level Projection Tool, Fourni par l’auteur

Les trois cas d’études choisis reprennent le même format : une présentation des enjeux (infrastructures, habitations, activités économiques, etc.), les choix de scénarios d’élévation du niveau de la mer – à court, moyen ou long terme et plus ou moins pessimiste – et enfin les solutions d’adaptation envisagées ou déjà mise en place.

Aux Pays-Bas par exemple, les enjeux sont très forts : un quart du territoire étant déjà sous le niveau marin et la culture de lutte contre la mer est ancienne. Le choix est donc fait de protéger les espaces littoraux par de lourdes infrastructures, comme des barrières estuariennes. Ces infrastructures sont tout à la fois des écluses, des ponts, des digues et des routes.

Illustration d’une infrastructure de grande envergure pour protéger un large éventail d’activités.
Clémence Foucher/Sea Level Projection Tool, Fourni par l’auteur

Aux Maldives, la survie du pays insulaire est menacée face à l’élévation du niveau de la mer. De nombreuses solutions se développent : protection par des digues, accommodation des bâtiments, construction de nouvelles îles plus hautes, voire de maisons flottantes.

En France, dans certains territoires, les enjeux restent relativement limités ; ce qui permet d’ouvrir des espaces à la mer en reculant les infrastructures. Par exemple, la commune de Quiberville-sur-Mer, recule son camping pour le mettre à l’abri des inondations.

Ces trois exemples illustrent la diversité des situations, ainsi que la nécessité de bien comprendre le phénomène d’élévation du niveau de la mer et de choisir le scénario adapté à sa situation pour déterminer les mesures d’adaptation.




À lire aussi :
Élévation du niveau de la mer : quels littoraux voulons-nous pour demain ?


Comprendre pour mieux agir face

Face à un phénomène global aux causes multiples et aux conséquences variables en fonction des régions, la compréhension de l’élévation du niveau de la mer ne saurait se limiter à une seule courbe ou à quelques chiffres. Elle nécessite d’explorer des données complexes, d’articuler des scénarios incertains, et surtout de rendre ces connaissances accessibles à celles et ceux qui devront s’y adapter.

Le Sea Level Projection Tool incarne cette démarche de data translation, en combinant rigueur scientifique, narration accessible, interactivité et dimension territoriale. Il s’adresse aussi bien aux citoyens curieux qu’aux enseignants, aux décideurs ou aux jeunes générations, en leur offrant les clés pour mieux comprendre les choix qui s’offrent à nous. Car plus que jamais, comprendre le changement, c’est déjà s’y préparer.


Les auteurs adressent leurs remerciements à Aimée Slangen, à l’équipe informatique du BRGM et à Clémence Foucher.

The Conversation

Xénia Philippenko a reçu des financement du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 869304, dans le cadre du programme de recherche PROTECT.

Anne Chapuis a reçu des financement du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 869304, dans le cadre du programme de recherche PROTECT.

Gaël Durand a reçu des financements du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 869304, dans le cadre du programme de recherche PROTECT.

Gonéri Le Cozannet a reçu des financements du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 869304, dans le cadre du programme de recherche PROTECT.

Rémi Thiéblemont a reçu des financements du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 869304, dans le cadre du programme de recherche PROTECT.

– ref. Élévation du niveau de la mer : comment « traduire » la science pour la rendre accessible et utile à tous ? – https://theconversation.com/elevation-du-niveau-de-la-mer-comment-traduire-la-science-pour-la-rendre-accessible-et-utile-a-tous-258723

Guêpes au pique-nique : les conseils d’un scientifique pour manger sans danger

Source: The Conversation – in French – By Seirian Sumner, Professor of Behavioural Ecology, UCL

Les guêpes commencent à avoir envie de confiture une fois que les larves de la colonie se transforment en nymphes. (victoras/Shutterstock)

C’est l’été dans l’hémisphère nord, synonyme de soleil, de mer… et de guêpes.

Nous sommes nombreux à avoir appris à craindre les guêpes, considérées comme des insectes agressifs dont le seul but est de nous gâcher la vie. Mais avec la perte irréversible de la biodiversité, il est essentiel d’apprendre à coexister avec tous les organismes, même les guêpes. Elles sont d’importants pollinisateurs et prédateurs d’insectes.

Une certaine connaissance de leur histoire naturelle peut vous aider à manger en toute sécurité à proximité des guêpes.

Les guêpes qui visitent généralement vos pique-niques sont souvent des guêpes jaunes communes (Vespula vulgaris) et les guêpes allemandes (Vespula germanica). Elles semblent apparaître de nulle part. Que faire ?

1. Restez immobile, sinon elles vous prendront pour un prédateur

Leur odorat développé (toutes les guêpes rencontrées lors des pique-niques sont des femelles) les a guidées jusqu’à votre table, mais elles utilisent désormais des repères visuels – vous et votre environnement – pour localiser la nourriture dans votre assiette. Gardez la bouche fermée et évitez de respirer fortement afin de limiter les émissions de dioxyde de carbone, que les guêpes interprètent comme un signal d’alarme indiquant la présence d’un prédateur. De même, si vous commencez à agiter les bras et à crier, vous vous comportez comme un prédateur (principalement des blaireaux au Royaume-Uni), ce qui peut déclencher une attaque défensive.

2. Observez ce qu’elle mange

Il s’agit d’une guêpe ouvrière, en quête de nourriture pour nourrir les larves dans le nid de sa mère, fait de papier mâché. Regardez si elle découpe un morceau de jambon, prélève un peu de confiture ou boit une boisson sucrée. Cela vous donnera une idée de ce que vous pouvez lui proposer. Elle est si concentrée sur sa tâche qu’elle ne remarquera même pas que vous l’observez.

3. Offrez-lui une friandise pour qu’elle ne vous dérange pas

Avant même que vous ne vous en rendiez compte, elle s’envolera avec la mâchoire pleine de confiture ou un morceau de jambon. Elle pourra s’éloigner de votre table en zigzaguant, signe qu’elle est en train de mémoriser le chemin du retour, pour pouvoir revenir. Une fois ses repères fixés, elle volera droit et vite. Si vous la suivez, elle pourrait même vous conduire jusqu’à son nid. Mais au lieu de cela, profitez-en pour préparer une petite portion de nourriture à lui offrir, car elle reviendra sûrement.

Votre offrande doit correspondre à ce qu’elle a déjà récolté dans votre assiette. Vous pouvez la placer un peu plus loin pour l’éloigner discrètement du reste de votre nourriture. Si vous lui laissez sa part, vous pourrez, vous aussi, profiter de votre dîner en toute tranquillité.

Déplacez progressivement votre offrande pour maintenir une certaine distance. Donner à manger aux guêpes est une technique éprouvée dans de nombreuses régions du monde, que ce soit pour localiser un nid comestible ou pour éloigner les guêpes des clients d’un restaurant en plein air.

Guêpe sur un gâteau recouvert de glaçage et de vermicelles
Les guêpes de votre pique-nique tournent-elles autour des aliments sucrés ?
(hecke61/Shutterstock)

Heureusement, vos compagnons de pique-nique ne risquent pas d’attirer tout un essaim : les guêpes sociales sont de piètres recruteuses. En effet, la nourriture des guêpes (insectes, charognes) est généralement une ressource dispersée et éphémère. Une chenille ne signifie pas forcément qu’il y en a plusieurs à proximité.

Cela contraste avec les abeilles mellifères, qui ont évolué en développant un système de communication très efficace : la danse frétillante, qui permet de recruter d’autres butineuses pour un champ de fleurs.

Cependant, vous pouvez croiser plusieurs guêpes par hasard, surtout si le nid est proche. Les guêpes sont attirées par les sources de nourriture lorsqu’elles voient d’autres guêpes déjà présentes. Mais si la table devient trop encombrée, cela peut aussi les dissuader.


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L’évolution du régime alimentaire des guêpes

Vous savez peut-être déjà que les guêpes raffolent de sucre à la fin de l’été. Mais pourquoi préfèrent-elles les protéines au début de la saison ? Cela dépend de ce qui se passe au sein de la colonie, et ce comportement évolue au fil des semaines.

Les larves de guêpes sont carnivores. Ensemble, les ouvrières en élèvent des milliers. Si votre guêpe veut du jambon ou une autre source de protéines lors de votre pique-nique, cela veut dire que la colonie regorge de larves affamées. Ce comportement est typique du début ou du milieu de l’été, jusqu’à environ la fin août.

C’est une bonne nouvelle : vous contribuez à nourrir des armées de minuscules prédateurs, qui réguleront bientôt les populations de mouches, de chenilles, de pucerons et d’araignées.

Une caractéristique distinctive de la guêpe adulte est son minuscule pétiole (de la « taille d’une guêpe »). Cette fine constriction entre son thorax et son abdomen a évolué pour permettre à ses ancêtres de plier leur abdomen, comme un yogi, afin de parasiter ou de paralyser leurs proies.

Deux guêpes coupant une tranche de jambon
Ces guêpes ne mangeront pas le jambon elles-mêmes.
(Franz H/Shutterstock)

La petite taille des ouvrières limite leur régime alimentaire à des aliments principalement liquides. Elles sont comme des serveuses : elles collectent de la nourriture pour les autres sans pouvoir en profiter elles-mêmes. Les larves les récompensent avec une sécrétion sucrée, qu’elles complètent avec du nectar de fleurs. Cela suffit à leur alimentation pendant la majeure partie de la saison.

Alliez science et pique-nique

À la fin de l’été, la plupart des larves sont devenues des nymphes, et n’ont pas besoin d’être nourries. Par conséquent, les sécrétions sucrées qu’elles fournissaient aux ouvrières diminuent également.

Les ouvrières doivent alors trouver d’autres sources de sucre, dans les fleurs ou sur votre table, si vous avez des scones à la confiture ou une limonade sucrée. Si votre guêpe semble obsédée par les produits sucrés, c’est probablement que sa colonie arrive en fin de vie.

La période de l’année est un bon indice du type de nourriture que préfèrent les guêpes, mais d’autres facteurs jouent un rôle : le climat, la disponibilité des proies, la concurrence et encore la taille de la colonie. Cela signifie que le passage du salé au sucré peut varier d’une année à l’autre.

Nous aimerions que vous nous aidiez à collecter des données pour mieux comprendre ce phénomène : faut-il offrir du jambon ou de la confiture à vos guêpes ? Pour participer, indiquez ici si la guêpe rencontrée lors de votre pique-nique a préféré les protéines (comme le poulet, le houmous, le bœuf ou la saucisse), la confiture (ou tout autre aliment sucré, y compris les boissons sucrées) ou les deux.

La Conversation Canada

Seirian Sumner a reçu des financements de la Natural Environment Research Council (NERC) et le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC), deux organismes du gouvernement britannique. Elle est également administratrice et membre de la Royal Entomological Society, et autrice du livre Endless Forms: Why We Should Love Wasps (Pourquoi nous devrions aimer les guêpes).

– ref. Guêpes au pique-nique : les conseils d’un scientifique pour manger sans danger – https://theconversation.com/guepes-au-pique-nique-les-conseils-dun-scientifique-pour-manger-sans-danger-262161

Plantes décoratives mais toxiques vendues à La Réunion : informer sur les risques

Source: The Conversation – in French – By Adrien Maillot, Epidémiologiste, spécialisé en toxicologie médicale, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)

À La Réunion, des plantes décoratives sont vendues dans le commerce alors qu’elles sont potentiellement toxiques par contact cutané ou si des parties du végétal sont ingérées de manière accidentelle, par exemple par des enfants. La vigilance doit être de mise pour trois d’entre elles, en particulier, car elles sont très prisées alors qu’elles sont particulièrement à risque.


Située dans l’océan Indien, à l’est de Madagascar, La Réunion est un département français d’outre-mer à la géographie contrastée. Cette île volcanique d’environ 2 500 km2 – soit la taille du Luxembourg – se distingue par son relief accidenté et son climat tropical.

Comprendre la richesse des plantes de La Réunion

Elle présente, sur une surface restreinte, une étonnante diversité de paysages : forêts humides en altitude, savanes littorales semi-sèches, falaises abruptes ou encore cirques montagneux.

Grâce à la variété de ses microclimats, l’île offre des conditions idéales pour le développement d’une flore d’une richesse exceptionnelle, dont environ un tiers est endémique (c’est-à-dire des espèces végétales que l’on ne trouve qu’à La Réunion, ndlr).

Plantes ornementales en vente sous les tropiques : attention aux risques

À La Réunion, le commerce de végétaux à vocation ornementale occupe une place importante dans l’économie locale. Pépinières, marchés, grandes surfaces spécialisées : l’offre en végétaux exotiques y est abondante, portée par une forte demande de la population.

Cependant, certaines plantes commercialisées sur l’île présentent des risques pour la santé humaine. Leur toxicité naturelle peut entraîner divers effets indésirables : intoxications par ingestion (notamment chez l’enfant), réactions allergiques respiratoires, irritations ou brûlures cutanées en cas de contact, voire photosensibilisation (la photosensibilisation correspondant à une réaction anormale de la peau après exposition au soleil).

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a récemment alerté sur ce sujet. À la demande du ministère de la santé, elle a engagé un travail d’identification des plantes toxiques vendues dans les territoires ultra-marins, en vue de les intégrer à la liste des végétaux à risque établie, dans un premier temps, pour la France hexagonale.

À noter qu’en France, un arrêté impose depuis 2020 une information à l’acquéreur au moment de la vente de plantes commercialisées potentiellement dangereuses pour la santé (étiquette, pancarte, brochure…).

État des lieux de la situation

Une étude spécifique a été menée par le Dispositif de toxicovigilance de l’océan Indien (DTV-OI) à la demande des autorités sanitaires, avec un focus sur l’île de La Réunion et Mayotte. Ce travail d’expertise s’appuie sur une approche croisée mobilisant plusieurs sources : la littérature scientifique, les observations cliniques recueillies dans les établissements de santé réunionnais (via la base de données du DTV-OI), ainsi que les cas enregistrés dans la base nationale des centres antipoison.

Comme il n’a pas été possible de se procurer une liste officielle de végétaux commercialisés à Mayotte, le travail a dû être restreint à La Réunion mais s’appliquera tout de même à Mayotte.

Au total, 41 espèces végétales présentant un risque de toxicité pour la santé humaine ont été identifiées. Trois d’entre elles se distinguent par une dangerosité élevée qui peut entraîner de graves effets sur la santé, comme en témoignent les données du DTV-OI et/ou des publications scientifiques. Il s’agit de l’agave d’Amérique (Agave Americana), du pignon d’Inde (Jatropha curcas L.) et de la fleur de corail (Jatropha podagrica).

Les fiches d’information sur ces plantes peuvent être consultées sur Plantes-risques.info. Ce site, qui dépend du ministère de la santé, présente les espèces végétales classées par la réglementation comme présentant un risque pour la santé humaine, si on les ingère, si on respire leurs pollens ou en cas de contact avec la peau ou les yeux.

Focus sur les trois plantes potentiellement les plus dangereuses

Que faut-il retenir concernant ces trois plantes les plus à risque de toxicité pour la santé humaine à La Réunion et à Mayotte ?

  • L’agave d’Amérique dont le nom local à La Réunion est le choka bleu (Agave americana)

Très appréciée pour son esthétisme et sa résistance à la sécheresse, l’agave d’Amérique ou choka bleu est largement présente dans les jardins de l’île de La Réunion et en milieu naturel. Pourtant, ses feuilles et tiges contiennent des substances irritantes.

Un contact avec la peau peut entraîner, quelques heures après l’exposition, des rougeurs et une sensation de brûlure. En cas de piqûre par les épines situées à l’extrémité des feuilles, des lésions cutanées douloureuses peuvent apparaître, avec un risque de surinfection. Une atteinte traumatique de l’œil est également possible.

La projection de sève dans l’œil ou le contact indirect avec l’œil (par l’intermédiaire des mains) peut provoquer un gonflement des paupières, des douleurs intenses, une rougeur, voire une atteinte de la cornée.

En cas d’ingestion accidentelle, des douleurs buccales, une sensation de brûlure, une salivation excessive, des vomissements, des diarrhées et un gonflement de la gorge sont possibles.

  • Le pignon d’Inde (Jatropha curcas)

Utilisé comme plante ornementale, le pignon d’Inde est un petit arbuste qui contient des esters de phorbol dans ses graines, qui s’avèrent très toxiques. Leur ingestion entraîne, dans les heures qui suivent, des vomissements, douleurs abdominales et diarrhées parfois sanglantes, pouvant provoquer une déshydratation sévère.

Les feuilles et tiges renferment également un latex toxique, irritant pour la peau, les yeux et la bouche.

Feuilles et graines de pignon d’Inde
Les graines du pignon d’Inde sont très toxiques. De plus, les feuilles et tiges de ce petit arbuste renferment un latex irritant.
Vinayaraj, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia, CC BY

En cas de contact cutané, des rougeurs, une sensation de brûlure et des cloques peuvent apparaître quelques heures après. En cas d’ingestion par accident, une sensation de brûlure, une salivation excessive et un gonflement de la gorge sont possibles. En cas de projection dans l’œil ou de contact avec les mains contaminées, des douleurs intenses, un gonflement des paupières, une rougeur, voire une atteinte plus grave peuvent survenir.

  • La fleur de corail ou baobab nain, dont le nom local à La Réunion est ti baobab (Jatropha podagrica)

Très répandue car très décorative, la fleur de corail ou ti baobab est une plante ornementale est intégralement toxique : feuilles, fleurs, graines et racines contiennent des substances irritantes.

Le contact cutané peut entraîner des rougeurs et une sensation de brûlure dans les heures suivant l’exposition. L’ingestion de parties de la plante peut provoquer une sensation de brûlure, une salivation excessive et un gonflement de la gorge.

En cas de projection dans l’œil, ou de contact indirect via les mains, peuvent apparaître un gonflement des paupières, des douleurs intenses, une rougeur, voire une atteinte plus sérieuse de l’œil.

Vers une meilleure prévention : des recommandations concrètes

Ces trois espèces ne figurent pas encore sur la liste officielle des plantes à risque encadrées par l’arrêté du 4 septembre 2020 qui impose une information au moment de la vente. L’Agence de sécurité sanitaire (Anses) a recommandé leur inscription à l’image de ce qui existe déjà dans l’Hexagone pour le laurier-rose, le datura ou la belladone par exemple.




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Certaines de ces espèces, déjà inscrites sur la liste de l’arrêté de 2020, sont également commercialisées à La Réunion ou à Mayotte. Le risque n’est donc pas limité aux plantes spécifiques à l’outre-mer.

Pour chaque plante concernée, l’Anses produit une information standardisée sur les risques sanitaires, les parties toxiques, les voies d’exposition, les gestes de prévention et la conduite à tenir en cas d’exposition.

Chacun peut également agir en adoptant les bons réflexes. De façon pragmatique, il est possible de réduire les risques au quotidien :

  • éviter de planter des espèces potentiellement dangereuses dans les zones fréquentées par des enfants ;

  • s’informer avant d’acheter une plante ornementale ;

  • demander conseil aux pépiniéristes ;

  • sensibiliser son entourage.

Au-delà du commerce : une vigilance élargie

Si ce travail s’est concentré sur les plantes commercialisées, les recommandations émises peuvent s’appliquer à l’ensemble des espèces présentes sur l’île, qu’elles soient vendues, introduites ou naturellement présentes.

Des travaux complémentaires ont d’ailleurs été réalisés pour actualiser la liste des plantes à risque pour la santé humaine, qu’elles soient commercialisées ou non. La liste des plantes à risque reste évolutive, et pourra être actualisée en fonction des signalements, des données toxicologiques et des connaissances scientifiques disponibles.

En cas d’intoxication : quelle conduite tenir ?

En cas de troubles sévères ou de signes de détresse vitale (difficultés pour respirer, perte de conscience…) après avoir été exposé par accident à une plante potentiellement toxique, voici la conduite à tenir :

  • appeler sans délai le 15 ou le 112, ou le 114 pour les personnes malentendantes

  • si un enfant a mis des feuilles ou des baies à la bouche, lui rincer l’intérieur de la bouche avec un linge humide, de lui laver les mains et appeler un centre antipoison, ou consulter un médecin en cas de symptôme ou au moindre doute sur l’identification de la plante

Comment contacter un centre antipoison ?

  • Le numéro téléphonique national des centres antipoison (ORFILA) 24h/24 et 7j/7 est le +33 (0)1 45 42 59 59.
  • ne pas attendre que des symptômes surviennent pour prendre l’avis d’un centre antipoison en cas d’ingestion d’une plante toxique.

À noter enfin que ces plantes sont également toxiques pour les animaux. En cas d’ingestion, contacter sans délai un centre antipoison vétérinaire.

The Conversation

Adrien Maillot est membre expert du groupe de travail « Vigilance des toxines naturelles » de l’Anses.

Sandra Sinno-Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Plantes décoratives mais toxiques vendues à La Réunion : informer sur les risques – https://theconversation.com/plantes-decoratives-mais-toxiques-vendues-a-la-reunion-informer-sur-les-risques-261725