David Ricardo : premier théoricien de l’économie

Source: The Conversation – in French – By Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

David Ricardo, économiste, philosophe et député, est considéré comme l’un des économistes libéraux les plus influents de l’école classique aux côtés d’Adam Smith. Store norske leksikon

Plus de deux siècles ans après la parution de ses Principes de l’économie politique et de l’impôt, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche ramène au premier plan sa théorie sur l’équivalence budgétaire ou « neutralité ricardienne ». Une réponse à l’envolée des déficits publics ? Les politiques budgétaires actuelles sont-elles ricardiennes ?


Le Britannique David Ricardo (1772-1823) peut à bon droit revendiquer le titre de premier théoricien de l’économie. Dans la lignée d’Adam Smith, le fondateur de l’école classique, il a tellement influencé la politique économique du Royaume-Uni du XIXe siècle que John Maynard Keynes affirmait mi-ironique, mi-admiratif qu’il avait conquis l’Angleterre comme la Sainte Inquisition avait conquis l’Espagne. Karl Marx lui-même le considérait comme le premier économiste à faire de l’antagonisme des intérêts de classe, de l’opposition entre salaire et profit, profit et rente, le point de départ de ses recherches dans le Capital, en 1867.

Plus de deux siècles ans après la parution de ses Principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), le retour de Donald Trump à la Maison Blanche ramène au premier plan deux de ses théories. En décidant de rompre brutalement avec soixante-dix-huit ans de réduction des barrières tarifaires dans le commerce international, le président états-unien s’oppose aujourd’hui frontalement à la théorie des avantages comparatifs.




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La promulgation, le 4 juillet 2025, jour de l’indépendance américaine, du Big Beautiful Bill décline la doctrine fiscale et budgétaire du second mandat Trump. Cette dernière est fondée sur des réductions d’impôts massives pour les plus riches, une flambée des dépenses militaires et de lutte contre l’immigration et des coupes drastiques dans les dépenses sociales, notamment de santé des plus pauvres.

Devant l’envolée prévisible d’un déficit public déjà record au sein des pays de l’OCDE, il est utile de revenir sur une autre théorie de Ricardo, l’équivalence budgétaire ou « neutralité ricardienne ».

Équivalence ricardienne

The Principles of Political Economy and Taxation (1817).
Wikimedia

L’équivalence ricardienne exposée dans Principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), puis développée dans un article peu connu intitulé Funding System de l’Encyclopedia Britannica de 1820, est en réalité plus une simple expérience de pensée intuitive, une curiosité intellectuelle, qu’une véritable théorie.

Face à la dette publique anglaise colossale léguée par les guerres napoléoniennes – 250 % du PIB –, David Ricardo s’interroge sur la meilleure manière de la réduire. Il imagine alors un pays sans dette qui doit gérer le coût d’une guerre de 20 millions de livres, dans un contexte où le taux d’intérêt est de 5 %. Cette guerre peut être payée soit en une seule fois, soit par le biais d’un impôt perpétuel d’un million de livres, soit par le biais d’un impôt de 1,2 million de livres pendant quarante-cinq ans.

Sous certaines conditions très restrictives – que Joseph Schumpeter qualifiait de « vice ricardien » –, dont certaines utopiques comme la totale rationalité des citoyens, Ricardo conclut que toutes ces solutions sont équivalentes. Que les particuliers paient contraints et forcés un impôt ou qu’ils souscrivent volontairement un emprunt versant un intérêt garanti, ils transfèrent une partie de leurs ressources à l’État. Il n’y a donc pas de différence économique entre l’emprunt et l’impôt, seulement une différence comptable, par la hausse du taux d’épargne des ménages à hauteur de la dette, et… une différence sociale puisque les intérêts de cette nouvelle dette modifieront la répartition des revenus.

Les impôts levés pour payer les intérêts des emprunts s’analysent comme un transfert des mains du contribuable dans celles du créancier de l’État. Autrement dit, un mécanisme de redistribution des revenus en faveur des détenteurs d’obligations aux dépens de la population – et non pas, comme on le croit souvent, d’une génération à une autre. Quand les détenteurs de la dette publique sont des résidents du pays, comme c’était à peu près le cas à l’époque (mais plus maintenant, puisque les obligations de l’État français sont détenues à plus de 50 % par des non-résidents), que les intérêts de l’emprunt soient payés ou non, la nation ne s’en trouvera ni plus ni moins riche.

Dettes et impôts équivalents

Au moment de la crise de 1929, Keynes remet en cause un dogme budgétaire issu de la pensée de Smith et de Ricardo selon lequel les comptes publics devaient toujours rester équilibrés. Pour relancer l’économie, Keynes enseigne dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de 1936, qu’un déficit budgétaire déclenché par une hausse des dépenses publiques est le seul moyen de sortir d’une grave dépression économique.

Cette vision du rôle de l’État éclipse les classiques. Elle constitue le nouveau dogme de la politique budgétaire des pays développés jusqu’aux années 1970, où le cumul du chômage et de l’inflation conduit certains économistes à rompre avec le keynésianisme pour réinventer la macroéconomie.

C’est ainsi qu’en 1974, Robert Barro, qui ignorait alors l’équivalence ricardienne, publie un article « Are Government Bonds Net Wealth ? » où il montre que, là encore sous certaines conditions très restrictives, les deux grands modes de financement modernes des dépenses publiques que sont la dette et l’impôt sont strictement équivalents. Par conséquent, une politique de relance budgétaire est « neutre » sur l’activité économique, ce qui implique qu’elle ne produit aucun effet « keynésien » comme le multiplicateur des dépenses, ou « néoclassique/antikeynésien » comme l’effet d’éviction.

Selon lui, les anticipations rationnelles des agents accroissent l’épargne privée à l’exact montant du déficit public lié à la relance budgétaire. En substituant la dette publique à l’impôt, le gouvernement ne modifie pas la valeur actuarielle des impôts futurs et, partant, le revenu permanent des ménages. C’est cette théorie qui sera rapidement qualifiée d’« effet Ricardo-Barro » notamment par Buchanan en 1976. Il soulignera que la contestation par Barro de l’efficacité des politiques budgétaires a un objet : montrer que le mode de financement des dépenses publiques – par impôt ou par emprunt – constitue un problème secondaire par rapport aux pertes d’efficience engendrées par un niveau excessif de dépenses publiques, financées par des impôts distordants.

Tests empiriques

Depuis, de nombreuses études empiriques ont analysé les effets de l’accroissement des déficits publics sur l’épargne des ménages. En France, une étude publiée par la Direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE) en 2004 suggère que les ménages, de la zone euro et en France, suivent, mais en partie seulement, un comportement ricardien :

« Une hausse de 1 point de PIB du déficit public structurel serait compensée par une augmentation de ¾ de point de PIB de l’épargne privée, ce qui serait cohérent avec un comportement largement ricardien des ménages de la zone euro. »

Un document de l’OCDE de 2015 met en évidence une relation non linéaire entre la dette publique et le multiplicateur keynésien. Celui-ci serait positif lorsque l’endettement est limité, mais deviendrait négatif lorsque la dette dépasse un seuil compris selon les pays entre 65 et 75 % du PIB. Pour les auteurs, cela peut s’expliquer par deux cas de figure :

  • par la psychologie des agents économiques qui fixeraient un seuil psychologique au-delà duquel la charge de la dette est perçue comme insupportable,

  • par le fait que le service de la dette entraîne une éviction interne trop importante des ressources allouées aux autres postes du budget de l’État, ce qui ne permet plus d’assurer le financement des dépenses publiques productives (entendues comme permettant l’augmentation de la productivité marginale du capital privé).

En conclusion, on peut affirmer que l’équivalence ricardienne n’est globalement pas validée dans sa forme pure.

L’analyse de l’évolution des déficits publics et de l’épargne privée dans les pays de l’OCDE met toutefois en évidence une équivalence partielle entre eux, qui peut correspondre à l’existence de comportements ricardiens dans une partie de la population en particulier lorsque la dette publique est plus élevée.

Les politiques budgétaires actuelles sont-elles ricardiennes ?

David Ricardo.
Wikimediacommons

Pour éviter tout malentendu, Ricardo précisait bien, à l’opposé des politiques budgétaires actuelles, son hostilité de principe à la dette publique pour couvrir les dépenses extraordinaires de l’État, car ce moyen tend « à nous rendre moins industrieux et à nous aveugler sur notre situation ». Selon lui, le meilleur moyen d’éviter le recours à l’emprunt public et l’augmentation des impôts reste la gestion parcimonieuse des fonds publics. Elle est fondée sur le principe selon lequel l’État connaît moins bien que le marché les besoins des citoyens et qu’il doit donc s’en tenir à ses fonctions régaliennes.

En revanche, il est un aspect de la doctrine budgétaire de Donald Trump qui s’inscrit dans la droite ligne de la pensée de Ricardo : la volonté de réduire les dépenses sociales. Ricardo fustige les mesures de soutien matériel aux pauvres :

« La tendance manifeste et directe de la législation anglaise sur les indigents est diamétralement en opposition avec [mes] principes, qui sont de toute évidence. Ces lois, bien loin de répondre au vœu bienfaisant du législateur, qui ne voulait qu’améliorer la condition des pauvres, n’ont d’autre effet que d’empirer à la fois et celle du pauvre et celle du riche ; au lieu d’enrichir les pauvres, elles ne tendent qu’à appauvrir les riches. »

Peut-être la grande différence avec Donald Trump est que David Ricardo défendait une vision utilitariste du monde. Son non-interventionnisme était pragmatique et non doctrinaire. En faisant confiance au privé, c’était pour lui la meilleure manière d’atteindre le seul but légitime de tout gouvernement : le bonheur du peuple qui vit sous sa juridiction.

The Conversation

Éric Pichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. David Ricardo : premier théoricien de l’économie – https://theconversation.com/david-ricardo-premier-theoricien-de-leconomie-260608

Les « kids parcs » : le plaisir des familles face à la pression du marché

Source: The Conversation – in French – By Elodie Jouny-Rivier, Enseignant-chercheur en marketing, ESSCA School of Management

Ils s’appellent Gulli Parc, My Dreamland, Royal Kids, Youpi Parc ou encore Fun City… ces nouveaux terrains de jeux des enfants, également connus sous le nom de « kids parcs », connaissent un véritable essor ces dernières années.


Le secteur des loisirs indoor connaît une forte dynamique et s’impose comme une véritable locomotive du marché du divertissement. Avec un chiffre d’affaires qui a franchi le cap du milliard d’euros en 2023, et une croissance annuelle de 15 % depuis 2019, il attire plus de 13 millions de visiteurs chaque année.

Portées par une demande forte (les Français ne sont pas prêts à rogner sur les loisirs malgré le contexte économique), ces activités séduisent un large public. Rien d’étonnant s’ils attirent également les investisseurs grâce à une rentabilité brute moyenne de 28 % (pour du multiloisir, soit le double de celle des parcs d’attractions). Les loisirs indoor se positionnent comme la troisième activité de loisirs préférée des Français, tandis que les kids parcs se retrouvent en tête des espaces indoor les plus fréquentés derrière le bowling. Pour mieux comprendre les raisons de ce succès, nous allons l’illustrer notamment à travers le cas de My Dreamland.




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Laboratoires d’apprentissages

Ces espaces ludiques, ouverts aux tout-petits jusqu’aux préadolescents (1 à 12 ans), proposent un environnement sécurisé, où les enfants peuvent laisser libre cours à leur quête de découvertes, d’expérimentations et de socialisation. Les kids parcs ont été pensés comme de véritables laboratoires d’apprentissages, à même de favoriser le développement de la confiance en soi, de la coordination, voire de la capacité à résoudre des problèmes chez les enfants.

La recherche de Whitebread et ses collègues souligne que le jeu libre et structuré favorise le développement cognitif, social et émotionnel de l’enfant. Toutefois, d’autres auteurs ont souligné que l’effet bénéfique du jeu indoor dépend aussi de la diversité des activités et de l’encadrement proposés. Plus un espace de jeu offre de la diversité matérielle, des occasions d’exploration et même une prise de risque physique modérée, plus il favorise le développement global de l’enfant.

Par ailleurs, les kids parcs illustrent parfaitement le concept marketing de « retailtainment » ou « retailment » – contraction de retail (commerce) et entertainment (divertissement).

Théorisé dans la littérature académique comme une stratégie visant à transformer le point de vente en espace multiexpérientiel, le retailtainment « vise à procurer une expérience ludique extraordinaire via la sensorialisation de l’espace ».

Ainsi, chez My Dreamland se mêlent dans un seul et même endroit des attractions et des services additionnels tels que la restauration ou le snacking, un espace presse ou encore une zone de repos avec connexion Internet. Ces espaces répondent aussi à ce besoin croissant d’expériences familiales dites clés en main, c’est-à-dire des solutions complètes et pratiques où tout est prévu pour le plaisir et la commodité des familles.

L’expérientiel par le multisensoriel

L’étude de cas CCMP que nous avons réalisée sur My Dreamland analyse la stratégie marketing de ce lieu. Elle décrypte les défis du marché du divertissement familial, elle examine son positionnement face à la concurrence et elle identifie les leviers clés d’une expérience client réussie, soulignant l’importance de l’aspect ludique, immersif et personnalisable des activités proposées.

Comptant actuellement trois sites en France, My Dreamland incarne l’évolution de ces espaces de loisirs vers des univers totalement immersifs et multisensoriels. Ce parc se distingue par la diversification de ses attractions, sa thématisation autour de la forêt magique et de ses thèmes anniversaires, offrant des univers personnalisés pour chaque enfant.

Dorian Trecco, co-fondateur et directeur général de My Dreamland, explique :

« On a créé un parc multiactivités dans lequel on peut retrouver vraiment toutes les attractions qui sont en général du monoactivité. »

L’utilisation de technologies avancées est également un axe clé de l’expérience clients chez My Dreamland (parc d’Osny, Val-d’Oise), comme le souligne la récente installation de la plateforme VR TOWER de Virtuarides. Cette innovation procure des sensations immersives grâce à des casques Meta Quest 3 et des ventilateurs simulant les effets de vent et de chute.

Influenceurs familiaux

La réussite d’un tel lieu repose aussi sur la communication marketing. Le cas mentionne alors les partenariats stratégiques tissés par My Dreamland avec des influenceurs familiaux locaux et régionaux. En témoigne la collaboration avec Marine-Daphnée Gaillard, créatrice de contenus sur Instagram sous le nom de Rêveuse en pagaille, qui a partagé son expérience du parc auprès de sa communauté de plus de 120 000 abonnés.

En outre, le parc intègre habilement des éléments pédagogiques dans ses attractions. Cette tendance à l’« edutainment » se retrouve dans de nombreux kids parcs.

Par exemple, Panomano, nouveau concept lancé en 2025 en France, invite les enfants à explorer une mini-ville où ils peuvent incarner différents rôles (chef cuisinier, pilote de ligne ou policier), favorisant l’apprentissage par le jeu d’imitation et la découverte des métiers du quotidien. Gulli Parc, quant à lui, intègre des jeux interactifs basés sur des licences que l’on retrouve sur sa chaîne jeunesse tandis que Royal Kids mise sur des parcours d’obstacles qui développent la motricité et la coordination.

Xerfi Precepta 2023.

Défis à relever pour pérenniser le concept

Malgré leur succès, les kids parcs doivent cependant composer avec plusieurs fragilités structurelles que notre cas expose.

Premièrement, la concurrence ne cesse de s’intensifier : regroupant plus de 2 500 parcs indoor, ce marché voit en effet émerger de nouveaux concepts hybrides (comme les color, brick ou quiz rooms) qui fragmentent la clientèle et complexifient la fidélisation. Cette multiplication des offres oblige alors chaque acteur à renouveler constamment ses attractions, ce qui pèse sur les coûts d’investissement et la rentabilité.

Parallèlement, de grands groupes, jusque-là absents de ce secteur dominé par des indépendants, commencent à s’implanter avec des offres plus accessibles et des moyens financiers conséquents, accentuant la pression concurrentielle. Dès lors, certains acteurs du marché s’inquiètent d’un scénario à la façon du secteur du fitness où l’arrivée de Basic Fit et la guerre des prix ont fini par concentrer le marché autour d’une poignée de gros groupes.

Le modèle économique des kids parcs reste aussi vulnérable à la saisonnalité et à la pression sur le pouvoir d’achat des familles. La fréquentation, condition essentielle à la rentabilité, constitue un enjeu majeur, d’autant qu’elle tend à baisser hors périodes de vacances scolaires. Dans un contexte inflationniste, les exploitants doivent composer avec une demande irrégulière et des coûts fixes en augmentation. Pour tenter de lisser les flux de visiteurs, certains parcs diversifient leur activité en développant des offres à destination des entreprises (B-to-B), comme le fait My Dreamland avec l’accueil d’événements d’entreprises.

Enfin, si les espaces de jeux indoor favorisent la socialisation et la motricité, la recherche académique a, jusqu’à présent, surtout mis en avant les apports uniques du jeu en plein air (notamment les possibilités de mouvement, d’exploration et de contact avec la nature).

C’est pourquoi, face à ces défis, l’avenir des kids parcs dépendra de leur capacité à innover et à proposer du sensationnel, à diversifier leurs services – y compris vers le B-to-B – et à renforcer leur ancrage local, tout en restant attentifs aux évolutions des attentes familiales et de la société.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Les « kids parcs » : le plaisir des familles face à la pression du marché – https://theconversation.com/les-kids-parcs-le-plaisir-des-familles-face-a-la-pression-du-marche-253808

L’art lyrique, un marqueur géographique de l’identité culturelle européenne

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Lamantia, Docteur en géographie et maître de conférences, UCLy (Lyon Catholic University)

Longtemps confiné aux cours royales européennes, l’opéra s’est imposé comme un art complet et une force géopolitique. À la fois édifice, spectacle et symbole, il structure les territoires, reflète les rapports de pouvoir et incarne une mémoire collective en mutation.

Premier épisode de la série « L’opéra : une carte sonore du monde ».


L’opéra, forme artistique complète alliant théâtre, musique, danse mais aussi architecture, s’est imposé comme un objet géoculturel singulier. Né en Europe vers 1600, il dépasse le cadre d’un simple spectacle pour devenir un phénomène de société qui se développe dans le temps et l’espace, façonnant des territoires, incarnant des identités collectives et révélant des logiques de pouvoir. S’il demeure au départ enraciné dans une tradition européenne, il s’est au fil du temps mondialisé en suivant divers flux migratoires, en répondant aux attentes de réseaux diplomatiques et de certaines politiques culturelles.

De par sa polysémie, le terme « opéra » désigne à la fois un lieu visible et une forme artistique invisible qualifiée d’art lyrique. Comme toute manifestation musicale, on peut considérer que cet art total se manifeste sur un « territoire à éclipses » composé de tous ses acteurs même s’il reste indissociable d’un espace bien localisé, souvent symbolique et stratégiquement situé : celui de son théâtre et de la ville qui l’accueille.

La plupart des grandes maisons d’opéra européennes (Bayreuth, Milan, Paris ou Vienne) incarnent un patrimoine tant esthétique que politique. Leur architecture monumentale leur donne parfois l’allure d’édifices religieux. Victor Hugo disait d’ailleurs de l’Opéra de Paris qu’il était la réplique profane de Notre-Dame de Paris.

Une architecture de prestige pour un art territorialisé

Cette territorialisation de l’opéra s’exprime par son inscription concrète dans le tissu urbain et social qui lui permet de développer un lien avec ses acteurs à différentes échelles, de façonner des goûts et de s’inscrire dans la mémoire collective. Qu’ils soient architectes, musiciens, chanteurs ou décorateurs, tous ces artistes contribuent à la construction d’un « produit social » au centre d’un enjeu urbain.

Ces maisons ne sont pas seulement des scènes artistiques, mais également des instruments d’image et d’attractivité participant au marketing territorial à différentes échelles. Restaurer ou construire un opéra revient à affirmer un statut, à valoriser une centralité et répondre à une ambition, celle d’appartenir aux grandes métropoles qui comptent dans un espace mondialisé. Ces lieux s’insèrent ainsi dans un maillage hiérarchisé où l’on trouve des pôles émetteurs comme Paris ou Berlin, des lieux de consécration non pérennes à l’image des grands festivals lyriques (Aix-en-Provence ou Bayreuth), des espaces émergents ou de diffusion secondaire (Dijon).

Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence.

Ce réseau lyrique ouvert sur le monde, structuré par des flux d’artistes, d’œuvres et de publics, repose sur des logiques économiques, sociales, politiques et bénéficie, en France tout au moins, du soutien des pouvoirs public et d’institutions comme la Réunion des opéras de France (ROF) ou l’Association française des agents artistiques (Afaa). Il reflète aussi des déséquilibres entre grandes capitales et régions périphériques à l’échelle des pays mais aussi du continent européen. Face aux besoins de financement récurrents, aux incertitudes consécutives aux réformes territoriales et au besoin de s’adapter à un monde qui change, l’opéra reste un sujet de préoccupation constante pour les décideurs, soucieux de voir perdurer un bien culturel qui s’est fondu dans notre civilisation occidentale.

D’un art de cour à un outil de soft power

Historiquement, l’opéra est né à la cour, celle des Médicis, puis des Bourbon, avant de s’implanter dans les palais européens, servant à magnifier le pouvoir, à imposer des goûts esthétiques tout en devenant un objet d’ostentation. Dès le XVIIe siècle, la forme musicale s’exporte dans les cours européennes qui très souvent font construire des salles, s’équipent de machineries savantes et s’entourent d’artistes de talents qu’elles mécènent, rivalisant ainsi entre-elles.

Quand Mazarin importe l’opéra italien en France ou que Louis XIV fonde l’Académie royale de musique, l’art lyrique participe à un projet politique : affirmer la suprématie d’un modèle culturel. Dans l’ouvrage Fragments d’Europe, la carte illustrant l’expansion de l’opéra dans les cours européennes puis sur l’ensemble du continent montre que ce réseau lyrique s’est constitué au fil du temps, tissant une toile avec d’autres phénomènes comme la propagation de l’art baroque.

Comme le souligne le géographe Michel Foucher, cette logique se poursuivra en Europe au XIXe siècle avec un Verdi devenu l’étendard du Risorgimento italien ou un Wagner incarnant l’identité allemande. Plus tard, la bourgeoisie prendra le relais et s’appropriera ce divertissement pour se distinguer socialement du reste de la population.

Dans les colonies, l’implantation des maisons d’opéra (Alger, Tunis, Hanoï) accompagne l’imposition d’une influence culturelle européenne qui déborde du continent. Cette tradition lyrique s’exportera d’ailleurs sur d’autres continents (États-Unis, Asie, Amérique latine) le plus souvent portée par les diasporas européennes.

Aujourd’hui, les politiques culturelles soutenant la production lyrique et son export participent à une forme de soft power dont l’objectif est de diffuser l’image d’une culture européenne raffinée. La circulation des stars se joue des frontières. Elles sont en lévitation permanente du fait de voyages aériens fréquents entre les plus grandes maisons d’opéra du monde. Ce jet-singing conduit à la mise en place d’un territoire lyrique mondialisé avec un répertoire constitué de quelques œuvres célèbres et au succès garanti.

La voix, objet de jouissance contesté ou adulé

L’art lyrique trouve une grande partie de son intérêt et de sa raison d’être dans la jouissance provoquée par l’écoute de la voix, objet de fascination et de mystère. Toutefois, dans certaines régions du monde, la voix chantée a pu (ou peut) être jugée subversive, voire dangereuse, par certains régimes théocratiques ou autoritaires, tout comme la thématique abordée par les œuvres, leur mise en scène parfois avant-gardiste ou tout simplement le choix de la distribution artistique.

La pénétration de la forme musicale accompagnée de ses théâtres s’est ainsi opérée d’une façon différentielle dans le temps et l’espace, traçant des limites culturelles bien réelles qui participent à la lecture du monde sur le plan géopolitique devenant tantôt un outil de dialogue interculturel, tantôt une arme de domination révélant des lignes de fracture ou de convergence entre blocs culturels. Ces dernières se combinent avec les frontières linguistiques même si la langue chantée dans un opéra reste souvent anecdotique par rapport à la musique dont la capacité à émouvoir demeure généralement universelle.

L’opéra, un élément à prendre en compte dans l’analyse des territoires et les relations

L’opéra, considéré comme un objet géographique structurant les territoires, nous interroge sur la manière dont les sociétés acceptent (ou non) cet art, sur la place qu’elles réservent à ses lieux, à ses récits et à ses voix, sur la possibilité qu’elle lui laisse de structurer un imaginaire partagé participant à la construction d’une identité collective. Sa territorialisation, loin d’être figée, reflète les mutations du monde à différentes échelles, les attentes et objectifs de ses acteurs, les ressources mises en œuvre pour pérenniser son fonctionnement et son implication dans les échanges diplomatiques.

Appréhender cet art sous l’angle géographique n’exonère cependant pas d’une approche croisée avec d’autres disciplines – la musicologie notamment – pour savoir délimiter tant les styles que leurs zones d’influence. Dans son ouvrage Géographie de l’opéra au XXᵉ siècle, Hervé Lacombe avait déjà résumé ce que l’art lyrique en ses lieux pouvait représenter comme enjeux :

« L’expansion du modèle lyrique occidental est l’un des cas les plus fascinants de développement d’une forme artistique constituant à la fois un divertissement raffiné, le véhicule d’une culture, un outil nationaliste, un instrument de propagande civilisationnelle, une forme de reconnaissance internationale. »

The Conversation

Frédéric Lamantia ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’art lyrique, un marqueur géographique de l’identité culturelle européenne – https://theconversation.com/lart-lyrique-un-marqueur-geographique-de-lidentite-culturelle-europeenne-259197

Les violences inter-communautaires en Syrie et l’avenir de la transition

Source: The Conversation – France in French (3) – By Philippe Droz-Vincent, Professeur agrégé en sciences politiques et en relations internationales. Spécialiste du monde arabe, Sciences Po Grenoble

La Syrie a connu un événement extrêmement violent dans le sud du pays, mettant en avant la question druze, une minorité ethno-confessionnelle également présente au Liban, en Jordanie (dont le ministre des affaires étrangères est issu) et en Israël, avec des liens transnationaux importants. Tout part d’un incident local, le 11 juillet 2025, opposant un marchand druze à des coupeurs de route bédouins, dans une région largement défavorisée et paupérisée.


La récente explosion de violence à Souweïda (sud de la Syrie) ravive d’anciens différends entre Druzes et Bédouins, nourris par des rivalités autour du contrôle des terres – champs cultivables, pâturages – mais aussi des routes de contrebande, notamment de drogue, devenues un moyen de survie local. Derrière cet affrontement, c’est une dynamique régionale plus large du Sud syrien qui se dessine, jusqu’aux confins de la Jordanie.

Cet arrière-plan avait éclaté au grand jour fin mars 2025 lorsqu’en direct à la télévision, un représentant bédouin interpella avec virulence le président Ahmed Hussein Al-Charaa, juste après la nomination du second gouvernement de transition, pour dénoncer l’absence de représentants du Sud. Al-Charaa lui répondit que le gouvernement comprend bien un ministre originaire du Sud : il s’agit en réalité d’un Druze de Souweïda, ce qui ne fait que confirmer la marginalisation ressentie dans d’autres composantes sociales du Sud.

Plusieurs épisodes de tensions violentes autour de la minorité druze avaient eu lieu depuis la chute du régime Assad, mais étaient restés contenus, en particulier des incidents entre les forces de sécurité (et forces affiliées) et les groupes druzes d’autodéfense à Damas (Jaramana, Ashrafiyyat Sahniyya) en avril 2025. Mais le niveau de violence atteint à partir du 11 juillet est inédit, avec représailles et exactions de part et d’autre et large mobilisation de groupes armés druzes et bédouins, occasionnant en quelques jours plus d’un millier de morts, des déplacements importants et des atrocités diverses, le tout sur fond de déchaînement de haine sur les réseaux sociaux.

L’épisode violent du Sud se déroule dans le contexte spécifique et fragile de la transition en Syrie après la chute inattendue du régime Assad et l’arrivée au pouvoir d’un groupe armé très spécifique du Nord-Ouest, Hayat Tahrir al-Cham (HTC). Cette transition, déjà extrêmement fragile, comme l’avait montré l’épisode des violences contre les alaouites sur la côte en mars 2025 (le rapport d’enquête sur ce massacre a été remis au président Al-Charaa le 13 juillet), est encore plus fragilisée par la violence extrême survenue à Souweïda. À cela s’ajoute un facteur régional de plus en plus pesant : alors que l’affaiblissement de l’Iran et du Hezbollah avait déjà précipité la chute du régime Assad, l’interventionnisme israélien dans cette crise locale devient désormais un élément central, et intrusif, de la transition.

Une poussée de violence qui touche au cœur de la transition

Contre toute attente, la transition syrienne amorcée en décembre 2024 avait jusqu’alors semblé relativement maîtrisée, en partie grâce à la communication habile du groupe HTC, nouvel acteur au pouvoir. Cette maîtrise du récit était d’autant plus cruciale que HTC, groupe armé issu du Nord-Ouest et marqué par une généalogie djihadiste (État islamique en Irak, Al-Qaida), avait officiellement rompu avec cet héritage. Il s’agissait de renouer avec l’élan initial de la révolution de 2011, fondée sur une mobilisation pacifique contre l’autoritarisme.

Des signaux d’alerte existaient pourtant. En mars 2025, de graves violences avaient été rapportées sur la côte syrienne, fief historique de la minorité alaouite, longtemps instrumentalisée par le régime Assad.

Parallèlement, un autre pilier du processus résidait dans la réintégration régionale et internationale de la Syrie nouvelle, rendue possible par une diplomatie proactive. Sur le plan économique, le régime avait donné les gages nécessaires pour obtenir la levée des sanctions américaines, puis européennes, qui asphyxiaient une économie exsangue.

Mais la Syrie se trouve à un point d’inflexion. Les mesures décidées et en cours pour la reconstruction politique interne du régime, dans le cadre de la période transitoire, suscitent de multiples méfiances, comme nous l’avons déjà souligné dans ces colonnes. En particulier, se posent des problèmes de reprise de contrôle par le centre (Damas) sur des espaces qui se sont autonomisés à la faveur de dynamiques complexes depuis 2011 – qu’il s’agisse de l’espace kurde ou de l’espace druze –, ainsi que sur des régions désormais périphéralisées qui avaient longtemps constitué des bastions du régime Assad, comme la région de la côte alaouite.

L’enjeu majeur, qui conditionnera in fine la réussite de la transition, est la réintégration à part entière de ces espaces dans une logique d’État syrien inclusif – et non dans celle d’un État affaibli, manipulé et démonétisé par des cliques se maintenant au pouvoir, comme ce fut le cas sous le pouvoir précédent pendant 54 ans.

La violence s’est déclenchée en juillet dans la province de Souweïda (à 90 % druze), territoire qui a conservé une trajectoire singulière depuis 2011. Maintenant une spécificité acceptée de facto sous le régime Assad, la région s’est essentiellement positionnée en retrait lors de la militarisation du soulèvement, sans pour autant échapper à la violence : en 2018, celle-ci est rappelée par une attaque sanglante de Daech – que certains attribuent au régime Assad, soucieux de signaler aux Druzes les limites de leur autonomie.

En 2023, une révolte civique éclate dans la ville de Souweïda. Elle est « tolérée » par un régime alors à bout de souffle, et se prolonge continûment jusqu’à sa chute. Depuis l’arrivée au pouvoir de HTC, Souweïda est parvenue à préserver son autonomie. Elle conserve aussi aujourd’hui plusieurs groupes armés druzes : certains se sont opposés militairement aux forces de sécurité du régime Assad entre 2018 et 2024 ; d’autres sont composés, au moins en partie, d’anciens militaires issus du régime depuis sa chute, y compris des officiers bien identifiés. Mais d’importantes factions druzes défendent désormais une réintégration dans le giron du gouvernement central à Damas, dans un environnement marqué par un factionnalisme druze très complexe.

Quel futur pour l’État central syrien dans cette région ?

Au-delà de la seule réintégration institutionnelle des territoires périphéralisés, c’est la question de l’identité même de l’entité syrienne en reconstruction qui se pose. Cette refondation de l’État doit permettre de réintégrer les différentes composantes de la société – notamment les sociétés civiles actives, comme celle de Souweïda – et les groupes autonomisés, le plus souvent armés, dans un cadre national commun.

Pour l’heure, l’identité dominante sous HTC reste celle d’un État musulman sunnite majoritaire, qui suscite la crainte de plusieurs communautés, confessions ou groupes. Quelques jours avant les événements de Souweïda, une tentative de médiation de haut niveau, fortement poussée par les États-Unis et la France, a échoué à établir un accord de réintégration avec les Kurdes des YPG-SDF, qui contrôlent toujours 25 % du territoire au Nord-Est. Cette dernière tentative marque même un recul par rapport aux avancées de l’accord du 10 mars 2025 entre YPG-SDF et Damas. Après les affrontements à Souweïda, les méfiances des YPG-SDF envers Damas risquent de se renforcer encore davantage.

Un test concret très important pour le nouvel État syrien sous la direction de HTC est la question des forces de sécurité et de l’armée, déjà controversée depuis les massacres d’alaouites sur la côte en mars. Il s’agit d’un problème classique des périodes de transition : reconstruire, dans le cadre de ce que l’on appelle en jargon la Security Sector Reform (SSR), des forces de sécurité réformées (police et armée), qui doivent exercer un rôle de protection de la population avec une certaine éthique, en s’éloignant de leurs origines miliciennes – et, pour certaines, d’une implication dans le racket ou le banditisme –, tout en écartant ou en punissant ceux qui sont impliqués dans des exactions contre les civils.

Dans le Sud, après le 11 juillet, les forces de Damas, associées à HTC et déployées comme force d’interposition entre groupes druzes et bédouins, ont été attaquées par des groupes druzes, soumises à des exactions, et ont répondu par d’autres exactions qui n’ont fait que renforcer l’unité des groupes druzes autour de leurs éléments les plus extrémistes. Ce type de crise permet (ou non…) de démontrer si le nouveau pouvoir est véritablement entré dans une logique étatique de stabilisation.

L’intervention israélienne de plus en plus intrusive

Israël avait déjà fait preuve d’interventionnisme sous le régime Assad, visant systématiquement et continûment les intérêts de l’Iran et du Hezbollah en Syrie. Après la chute du régime, il a intensifié ses actions, multipliant les frappes contre le matériel sophistiqué, l’aviation, les infrastructures et les sites de missiles laissés par l’armée d’Assad.

Les Druzes sont présents sur le plateau du Golan, occupé par Israël, qui a étendu ses avant-postes fortifiés sur le territoire syrien depuis la chute d’Assad. Ils vivent aussi en Israël, où une substantielle communauté a la citoyenneté israélienne. Politiquement actifs, ils représentent un groupe de pression influent, appuyé par leurs autorités religieuses. Les autorités israéliennes les considèrent comme une minorité loyale, participant au service militaire, y compris dans des unités d’élite ou de garde-frontières.

L’ingérence israélienne, justifiée par la protection des Druzes de Syrie, est dernièrement devenue beaucoup plus intrusive. Le gouvernement israélien s’est retrouvé pleinement impliqué dans la gestion de la crise de juillet entre Souweïda et Damas, notamment autour des négociations concernant le déploiement éventuel de forces militaires et de sécurité syriennes, en particulier la Sécurité générale, puis de forces plus légères, voire de forces locales druzes « en lien » avec ces forces venues de Damas.

Les propositions issues d’accords de cessez-le-feu, négociées entre acteurs de la société civile druze, chrétienne et autres notables à Souweïda avec Damas, ont été systématiquement dénoncées, quasi immédiatement après leur annonce, par certains groupes miliciens druzes proches du cheikh Al-Hijri, l’un des principaux leaders druzes. Ces dénonciations ont immédiatement été suivies de frappes israéliennes ciblant les forces de Damas et les groupes bédouins.

De manière inédite, pour faire pression sur Damas avant le deuxième cessez-le-feu – lui aussi violé – du 16 juillet 2025, Tel-Aviv a bombardé un bâtiment de l’état-major de l’armée syrienne en plein Damas, ainsi qu’une zone proche du palais présidentiel et des bases militaires au Sud. Ces bombardements visaient à imposer l’idée d’un second cessez-le-feu incluant le déploiement de forces locales druzes pour rétablir la sécurité, et non plus de forces de sécurité venues de Damas.

Un objectif possible d’Israël est la création d’une Syrie du Sud démilitarisée, ou d’un bastion druze soutenu par Israël, à l’image du modèle turc dans le Nord-Ouest entre 2015 et 2024 – zone d’où est issu HTC en décembre 2024 – avec des arrangements locaux et une administration informelle.

On peut aussi suspecter, au moins dans certains secteurs du pouvoir israélien, une volonté d’interventionnisme régional à grande échelle dans des États affaiblis ou détruits (par Israël), selon ses propres objectifs. Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du « remodelage » inédit du Moyen-Orient présenté en 2024 par Benyamin Nétanyahou.

Elle se manifeste à Gaza, où Israël poursuit ses actions militaires sans jamais consentir à un cessez-le-feu, ainsi qu’au Liban, en Iran – notamment après la guerre directe entre les deux pays et la destruction (à confirmer) du programme nucléaire avec l’aide d’une intervention aérienne américaine – et en Syrie. Dans toutes ces zones, l’aviation israélienne contrôle largement l’espace aérien.

Dans le cas syrien, cette stratégie est même critiquée par l’envoyé de Trump pour la Syrie et ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, qui a déclaré dans une interview à AP que l’intervention israélienne « crée un autre volet très confus ».

Les conséquences plus larges d’une déflagration locale

L’épisode de Souweïda constitue un moment décisif pour la transition syrienne sous la direction de HTC, qui se trouve à la croisée des chemins : soit vers la reconstruction d’un véritable État, soit vers l’échec et l’effondrement du processus.

D’abord, le président Al-Charaa apparaît affaibli par son incapacité à stopper la violence qui a éclaté à partir d’un simple incident local. Or la « qualité » du leadership est un facteur clé dans toute transition. Certains éléments peuvent même contribuer à sérieusement le délégitimer. Ses soutiens lui reprochent notamment le blocus imposé par les forces militaires de HTC autour de la province de Souweïda. Ce blocus, qui visait à empêcher le renforcement des clans tribaux sunnites, a été perçu comme une capitulation devant les groupes druzes soutenus par Israël, notamment Hikmet Al-Hijri. Sur les réseaux sociaux comme Telegram, X ou Twitter, Al-Charaa est critiqué pour avoir fait de nombreuses concessions à Israël, qui impose un contrôle druze sur la province, accompagné du déplacement de nombreux Bédouins (environ 10 % de la population).

Ces critiques font le lien avec le positionnement antérieur très conciliateur adopté par les nouvelles autorités de Damas envers Israël, notamment le retour des dossiers personnels de l’espion israélien au cœur de l’État syrien Eli Cohen, pendu à Damas en mai 1965 ; le musellement des groupes armés palestiniens réfugiés à Damas ; les rencontres sécuritaires officieuses de haut niveau entre officiels syriens et le cabinet de sécurité israélien, notamment aux Émirats arabes unis ou à Bakou.

La dernière réunion le 12 juillet, quelques jours avant l’embrasement des événements de Souweïda, a été à tort perçue à Damas comme un feu vert pour mener une opération de maintien de l’ordre dans la région druze. Tout récemment, une première rencontre officielle a eu lieu à Paris le 24 juillet entre le ministre des affaires étrangères syrien et le ministre israélien des affaires stratégiques Dermer.

Ensuite, le déchaînement de violence sur le terrain – avec des corps suppliciés, pendus ou exhibés sur des pickups – et sur les mêmes réseaux sociaux a nourri le confessionnalisme. La logique de vengeance risque de transformer le cessez-le-feu en simple pause, plutôt qu’en étape vers la paix et la réconciliation/reconstruction.

Enfin, les forces civiles et civiques locales de Souweïda, qui ont toujours négocié avec Damas, se retrouvent affaiblies face aux groupes armés les plus durs cherchant à s’autonomiser par rapport à Damas.

Les mois à venir seront cruciaux pour le président Al-Charaa…

The Conversation

Philippe Droz-Vincent ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les violences inter-communautaires en Syrie et l’avenir de la transition – https://theconversation.com/les-violences-inter-communautaires-en-syrie-et-lavenir-de-la-transition-261892

Pourquoi l’accessibilité universelle nous concerne tous

Source: The Conversation – in French – By Carmela Cucuzzella, Dean, Faculty of Environmental Design, Université de Montréal, Full Professor School of Design, Université de Montréal

L’accessibilité universelle profite à toute la société, bien au-delà des personnes en situation de handicap. Elle renforce la santé publique et stimule l’économie.

Encore faut-il en faire une priorité.

L’accessibilité — référence à la conception d’environnements, de produits et de services qui permettent aux personnes de toutes capacités de participer pleinement à la vie quotidienne — est particulièrement cruciale pour les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et les autres groupes marginalisés.

Je suis doyenne de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal tandis que mon collègue Bechara Helal y est vice-doyen à la recherche et à la vie scientifiques. Nous examinons comment l’accessibilité façonne la santé publique et le développement économique, en nous appuyant sur des recherches et des études de cas pertinentes.


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Santé publique : quand l’environnement devient un soin

La santé publique est étroitement liée à l’accessibilité. Lorsque les environnements sont conçus pour être exempts d’obstacles, les individus peuvent accéder aux services de santé, participer à des activités physiques et maintenir des liens sociaux, autant d’éléments qui contribuent au bien-être général. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que l’accessibilité aux établissements de santé est essentielle pour prévenir les disparités en matière de santé.

Des obstacles tels que l’inaccessibilité des cliniques, le manque d’interprètes en langue des signes et les difficultés de transport empêchent les gens d’obtenir des soins en temps voulu, ce qui aggrave les maladies chroniques et entraîne une augmentation des coûts des soins de santé.

En outre, l’accessibilité universelle dans la planification urbaine favorise les modes de vie actifs, qui sont essentiels pour prévenir les maladies non transmissibles telles que l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires. Par exemple, des environnements bien conçus et favorables aux piétons encouragent la marche et le vélo, réduisant ainsi le risque de maladies liées au mode de vie.

Des parcs, des centres de remise en forme et des installations récréatives accessibles permettent aux personnes en situation de handicap et aux personnes âgées de pratiquer une activité physique, ce qui améliore leur état de santé général et leur qualité de vie.

La santé mentale est également influencée par l’accessibilité. En 2024, l’American Psychological Association a annoncé que l’incapacité à naviguer dans les espaces publics ou à utiliser des services essentiels en raison d’obstacles physiques, sensoriels ou cognitifs peut conduire à l’isolement social, à la dépression et à l’anxiété. À l’inverse, les environnements inclusifs qui permettent de participer à des activités communautaires favorisent l’inclusion sociale, réduisent le stress et améliorent le bien-être mental.

Une économie plus inclusive, et plus forte

Au-delà de ses effets sur la santé, l’accessibilité universelle constitue un levier économique puissant. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un environnement inaccessible freine la participation à la vie active, limitant ainsi les contributions économiques d’une partie importante de la population. Les personnes en situation de handicap sont confrontées à des taux de chômage plus élevés en raison de l’inaccessibilité ou de l’inadaptation des lieux de travail, ce qui entraîne une perte de potentiel économique et une dépendance accrue à l’égard des systèmes de protection sociale.

Les investissements dans l’accessibilité de l’environnement bâti produisent des avantages économiques en améliorant la productivité et l’innovation. Selon un rapport de la Banque mondiale datant de 2019, l’économie mondiale perd environ 7 % du PIB chaque année en raison de l’exclusion des personnes en situation de handicap du marché du travail.

Les entreprises qui mettent en œuvre des pratiques d’embauche inclusives et des aménagements sur le lieu de travail élargissent non seulement leur vivier de talents, mais favorisent également la diversité des points de vue, ce qui peut stimuler la créativité et la résolution de problèmes.

En outre, les systèmes de transport accessibles améliorent la mobilité économique. Des transports publics adaptés aux personnes en situation de handicap leur permettent d’accéder à l’éducation, à l’emploi et aux activités sociales, contribuant ainsi à la croissance économique. Des études de l’OCDE datant de 2017 indiquent que les infrastructures de transport accessibles augmentent les taux d’emploi et réduisent la dépendance à l’égard de l’aide publique, ce qui renforce l’économie.

L’industrie du tourisme bénéficie également de l’accessibilité universelle. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme note que le tourisme accessible génère des revenus importants en ciblant les voyageurs plus âgés et les personnes en situation de handicap. Les pays qui investissent dans des hôtels, des attractions, des espaces et des lieux publics accessibles, ainsi que dans des systèmes de transport, profitent d’un marché croissant de voyageurs à la recherche d’expériences inclusives, ce qui stimule les économies locales.

Des modèles à suivre

Plusieurs pays démontrent concrètement les bénéfices de l’accessibilité. Par exemple, la Suède a créé une société inclusive dans laquelle les transports publics, les soins de santé et les lieux de travail sont adaptés aux personnes en situation de handicap. En conséquence, la Suède a l’un des taux de participation au marché du travail les plus élevés d’Europe parmi les personnes en situation de handicap, ce qui contribue à sa stabilité économique.

Un autre exemple est celui du Japon, qui a investi massivement dans des infrastructures accessibles en prévision d’événements internationaux majeurs tels que les Jeux paralympiques de Tokyo 2020. Les efforts déployés par le pays pour améliorer les transports publics, notamment les surfaces tactiles, l’accès sans marches et les signaux sonores, ont permis d’accroître la mobilité de millions de résidents et de visiteurs, ce qui s’est traduit par des gains économiques à long terme grâce à l’augmentation du tourisme et de la participation de la main-d’œuvre.

Au Canada, le nombre de personnes âgées de 85 ans et plus continue de croître de manière exponentielle et devrait tripler au cours des 25 prochaines années, passant d’un million en 2026 à près de trois millions en 2051. Il devient donc de plus en plus important de veiller à ce que nos futurs concepteurs, architectes, architectes paysagistes et urbanistes soient préparés à conceptualiser et à construire nos futurs espaces et lieux d’une manière inclusive et universelle.

L’accessibilité : un choix stratégique pour l’avenir

L’accessibilité universelle est un facteur déterminant de la santé publique et de la prospérité économique. En supprimant les obstacles dans les soins de santé, les transports, les lieux de travail et les espaces publics, les sociétés peuvent améliorer les résultats en matière de santé, promouvoir l’inclusion sociale et stimuler la croissance économique.

À mesure que le monde progresse en matière de technologie et d’infrastructure, il devient essentiel de placer la conception universelle au cœur des priorités pour construire des sociétés durables et inclusives pour les générations futures.

Il faut élargir l’accès aux produits, services et espaces pour tous. Cela suppose des investissements dans les infrastructures, l’adoption de politiques d’emploi inclusives, des campagnes de sensibilisation du public, des innovations technologiques et des mesures législatives. Dans un contexte où la population canadienne vieillit, ces améliorations sont plus que jamais d’actualité.

La Conversation Canada

Carmela Cucuzzela reçu des financements de La Fondation Mirella et Lino Saputo pour la recherche et l’enseignement sur l’accessibilité universelle.

Bechara Helal a reçu des financements de La Fondation Mirella et Lino Saputo pour la recherche et l’enseignement sur l’accessibilité universelle.

– ref. Pourquoi l’accessibilité universelle nous concerne tous – https://theconversation.com/pourquoi-laccessibilite-universelle-nous-concerne-tous-256018

Afrique de l’Ouest : comment les transitions militaires se nourrissent des dynamiques sécuritaires

Source: The Conversation – in French – By Christian Abadioko Sambou, Dr en Sciences Politiques, spécialiste en paix & sécurité, Université Numérique Cheikh Hamidou Kane

Depuis plus de dix ans, les violences terroristes déstabilisent le Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger), fragilisant les sociétés, les institutions et les régimes démocratiques. Dans ce contexte, des coups d’État militaires ont eu lieu au Mali (2020, 2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023), invoquant la nécessité de restaurer l’ordre. Ces régimes prolongent la transition au-delà de son cadre temporaire, privilégiant la promesse de stabilité à un retour constitutionnel.

En tant que chercheur, j’ai étudié les crises sécuritaires en Afrique de l’Ouest, notamment les conflits sécessionnistes et leur évolution dans des Etats en permanente modernisation et démocratisation. Selon moi, la trajectoire des institutions et des régimes politiques, ainsi que leur effet sur la paix et la sécurité au Sahel, constitue un sujet de recherche particulièrement pertinent.

Dans cet article, j’explore comment l’insécurité persistante légitime les gouvernements militaires, où le pouvoir repose sur la gestion de la menace plutôt que sur l’élection, transformant ainsi la transition en un mode de gouvernance durable.

Echec de dix ans de lutte contre le terrorisme

Les transitions militaires au Sahel central sont le symptôme d’un échec plus large : celui des politiques internationales de lutte contre le terrorisme. Depuis 2013, l’engagement militaire étranger — à travers l’opération Serval puis Barkhane, la force conjointe du G5 Sahel, ainsi que divers dispositifs bilatéraux et multilatéraux soutenus par l’Union européenne — a privilégié une approche strictement sécuritaire. Cette stratégie a eu pour effet de marginaliser des dimensions essentielles telles que la gouvernance démocratique, la justice sociale et le développement.

La coordination entre les multiples acteurs internationaux et locaux a manqué de cohérence, chacun poursuivant des agendas parfois divergents. Cette fragmentation stratégique a favorisé l’extension des violences : du nord du Mali vers le centre, puis dans l’ensemble du Burkina Faso et certaines régions du Niger comme Tillabéry, Tahoua ou Diffa.

Les données d’Armed Conflict Location & Event Data (ACLED, une organisation qui recueille des données sur les conflits violents et les manifestations) montrent une nette augmentation des violences et des morts après 2020, principalement au Burkina Faso épicentre du terrorisme. Le nombre de décès lié aux violences a augmenté de 28 % entre 2020 et 2022 (année du coup d’Etat). Depuis 2020, le pays a enregistré plus de 28 000 décès (20 000 au Mali,7 000 au Niger).

Les conséquences humanitaires sont alarmantes : des milliers de morts au Sahel central, la fermeture de près de 10 000 écoles et centres de santé (OCHA), et près de 3 millions de personnes déplacées selon le Haut commissariat des unies pour les réfugiés (UNHCR).

Dans ce chaos, les groupes armés prolifèrent. Ils ont de plus en plus recours à l’utilisation de drones. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), l’État islamique au grand Sahara (EIGS), Boko Haram (au Nigeria), la Katiba Macina (au Mali), ainsi que des milices d’autodéfense et des groupes communautaires armés, contribuent à aggraver les tensions locales.

La perte de légitimité des gouvernements civils et la défiance envers les partenaires internationaux se sont accentuées. Cela s’est traduit par un rejet massif de la présence militaire étrangère et une contestation croissante des élites locales. Des manifestations ont éclaté à Bamako (2020), Ouagadougou (2021) et Niamey (2023). La confiance envers la MINUSMA, Barkhane et la Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM) s’est progressivement effritée.

Dans ce contexte, les transitions militaires apparaissent pour certains citoyens de ces pays comme une réponse à l’échec des interventions extérieures. Les militaires sont perçus comme les seuls capables d’agir dans un environnement dominé par l’urgence sécuritaire. Or, cette réponse ne règle ni les causes profondes ni les effets délétères du conflit.




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Coups d’Etat militaires et « solutions transitoires »

Depuis 2020, les coups d’État militaires au Sahel central se multiplient, directement liés à la persistance d’une crise sécuritaire profonde. Le Mali a ainsi connu deux coups en août 2020 et mai 2021, suivi du Burkina Faso en janvier et septembre 2022, puis du Niger en juillet 2023.

Si les premiers coups d’Etat des années 60 à 80 ont souvent été attribués aux influences étrangères, la vague de coups d’État récente depuis 2020 au Sahel central, résulte en réalité davantage d’une grave détérioration sécuritaire interne que d’une manipulation extérieure. Mais désormais, les dirigeants utilisent une rhétorique sécuritaire prévalente depuis les années 2000 pour légitimer leurs actions politiques et judiciaires, réduisant ainsi tout débat politique au seul prisme sécuritaire.

Face à l’échec sécuritaire des États, les régimes militaires du Sahel central ont adopté une stratégie de durcissement, s’alliant à des acteurs comme la Russie et les paramilitaires d’Africa Corps (ex-Wagner). Rejetant les approches multilatérales de la Minusma, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) ou de la France, ces régimes revendiquent leur souveraineté et bouleversent la géopolitique régionale. Pourtant, les transitions se prolongent sans freiner les violences : les attaques terroristes se poursuivent, les groupes armés restent actifs.

Pire, cette réponse strictement militaire engendre des violations des droits humains, aggrave les tensions communautaires et favorise la radicalisation.

Ainsi, loin d’apporter une véritable stabilisation, les transitions deviennent progressivement des outils de répression politique, de restriction des libertés individuelles et de musèlement des contre-pouvoirs, notamment au Mali.

Finalement, la combinaison complexe entre instabilité politique et sécuritaire entretient ce cycle continu de transitions prolongées. Cela révèle les limites intrinsèques de ces transitions lorsqu’elles sont envisagées comme seule réponse à la crise durable du Sahel central.




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Des assises nationales plutôt que des élections

La notion de transition, entendue comme une période brève entre deux régimes politiques, tend à perdre son sens au Sahel central. Traditionnellement, une transition comprend deux sous-phases : la libéralisation (ouverture politique) et l’organisation d’élections libres menant à un régime démocratique. Toutefois, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les autorités militaires prolongent cette phase au point de consolider un nouveau pouvoir qui se veut permanent, et rompt avec la tradition de démocratisation.

Les assises nationales, censées être inclusives, sont devenues un outil de légitimation du pouvoir militaire au détriment des élections. Ces assises, tenues au Mali (septembre 2020, décembre 2021, juin 2023), au Burkina Faso (février 2022, octobre 2022, mai 2024) et au Niger (concertations limitées et non nationales), se présentent comme des assemblées populaires, mais elles contournent les mécanismes démocratiques en excluant les voix divergentes et en opérant sur la base d’un consensus préétabli favorable aux militaires.

Elles se substituent à l’élection en définissant la durée de la transition, en érigeant des colonels en généraux, en nommant des présidents de la République, et en fixant les orientations économiques du pays. Ces pratiques traduisent une institutionnalisation de la gouvernance militaire, éloignée du caractère temporaire d’une transition.

Parallèlement, les régimes militaires jouissent d’un soutien populaire alimenté par un rejet massif de la France, de la communauté économique des Etas de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et des élites politiques traditionnelles. La perception d’un manque de compassion et de solidarité dans la lutte contre le terrorisme, les sanctions imposées par les institutions régionales suite aux coups d’Etat, perçues comme des relais des puissances occidentales, ont légitimé aux yeux des opinions locales un retrait des trois Etats de la Cedeao.

Ce contexte a contribué à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), structure à vocation sécuritaire mais de plus en plus politique. L’AES cherche à structurer un nouvel ordre régional en bousculant les équilibres régionaux.

Recul de la démocratie

Le discours souverainiste, profondément anti-occidental, s’appuie à la fois sur le passif colonial et l’échec sécuritaire des partenaires classiques. Il a permis de matérialiser le départ de la France de la région, sans pour autant construire une véritable autonomie stratégique. Le remplacement de la force Barkhane par Wagner, devenu Africa Corps, interpelle toutefois sur la souveraineté revendiquée.

La gouvernance militaire repose désormais sur un agenda sécuritaire renforcé, où les élections sont repoussées sine die, les libertés restreintes et les droits humains souvent bafoués. Tout cela justifié par l’état de guerre contre le terrorisme. Cette militarisation se manifeste aussi par l’intégration des civils dans des gouvernements militaires et la mobilisation de forces paramilitaires comme les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) au Burkina Faso.

Face à cette dynamique, la démocratie électorale recule tandis que d’autres pays ouest-africains (Sénégal, Cap-Vert, Bénin) conservent une trajectoire démocratique. Le contraste souligne les défis historique de sécurité et de stabilité politique communs à l’ensemble des pays de la région. Il soulève surtout la question de l’évolution des régimes politiques en situation de conflits asymétriques.

Au Sahel central, on assiste ainsi à une réinvention du logiciel de lecture des régimes de transition.

The Conversation

Christian Abadioko Sambou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Afrique de l’Ouest : comment les transitions militaires se nourrissent des dynamiques sécuritaires – https://theconversation.com/afrique-de-louest-comment-les-transitions-militaires-se-nourrissent-des-dynamiques-securitaires-262056

Séisme au Kamtchatka : que sait-on de l’un des dix plus puissants tremblements de terre jamais enregistrés ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Dee Ninis, Earthquake Scientist, Monash University

Mercredi 30 juillet vers 11 h 30 heure locale, un séisme de magnitude 8,8 a frappé la côte de la péninsule du Kamtchatka à l’extrême est de la Russie. La région est le siège d’une activité sismique depuis plusieurs mois, et des dizaines de répliques ont déjà eu lieu autour de ce séisme. Des alertes au tsunami ont été lancées rapidement tout autour du Pacifique – et certaines ont déjà pu être levées.


Avec une profondeur d’environ 20 kilomètres, ce puissant séisme, qui figure parmi les dix plus forts jamais enregistrés et le plus important au monde depuis 2011, a causé des dégâts matériels et fait des blessés dans la plus grande ville voisine, Petropavlovsk-Kamtchatski, située à seulement 119 kilomètres de l’épicentre.

Des alertes au tsunami et des évacuations ont été déclenchées en Russie, au Japon et à Hawaï, et des avis ont été émis pour les Philippines, l’Indonésie et même la Nouvelle-Zélande et le Pérou.

Toute la région du Pacifique est très exposée à des séismes puissants et aux tsunamis qui en résultent, car elle est située dans la « ceinture de feu », une zone d’activité sismique et volcanique intense. Les dix séismes les plus puissants jamais enregistrés dans l’histoire moderne se sont tous produits dans la ceinture de feu.

Voici pourquoi la tectonique des plaques rend cette partie du monde si instable.

Pourquoi le Kamtchatka est-il touché par des séismes aussi violents ?

Au large de la péninsule du Kamtchatka se trouve la fosse des Kouriles, une frontière tectonique où la plaque Pacifique est poussée sous la plaque d’Okhotsk.

Alors que les plaques tectoniques se déplacent continuellement les unes par rapport aux autres, l’interface entre les plaques tectoniques est souvent « bloquée ». La tension liée au mouvement des plaques s’accumule jusqu’à dépasser la résistance de l’interface, puis se libère sous la forme d’une rupture soudaine : un séisme.

En raison de la grande superficie de l’interface aux frontières des plaques, tant en longueur qu’en profondeur, la rupture peut s’étendre sur de vastes zones à la frontière des plaques. Cela donne lieu à certains des séismes les plus importants et potentiellement les plus destructeurs au monde.

Un autre facteur qui influe sur la fréquence et l’intensité des séismes dans les zones de subduction est la vitesse à laquelle les deux plaques se déplacent l’une par rapport à l’autre.

Dans le cas du Kamtchatka, la plaque Pacifique se déplace à environ 75 millimètres par an par rapport à la plaque d’Okhotsk. Il s’agit d’une vitesse relativement élevée pour des plaques tectoniques, ce qui explique que les séismes y sont plus fréquents que dans d’autres zones de subduction. En 1952, un séisme de magnitude 9,0 s’est produit dans la même zone de subduction, à environ 30 kilomètres seulement du séisme de magnitude 8,8 d’aujourd’hui.

Parmi les autres exemples de séismes à la frontière d’une plaque en subduction, on peut citer le séisme de magnitude 9,1 qui a frappé la région de Tohoku au Japon en 2011 et le séisme de magnitude 9,3 qui a frappé Sumatra et les îles Andaman en Indonésie le 26 décembre 2004. Ces deux séismes ont débuté à une profondeur relativement faible et ont provoqué une rupture de la limite des plaques jusqu’à la surface.

Ils ont soulevé un côté du fond marin par rapport à l’autre, déplaçant toute la colonne d’eau de l’océan située au-dessus et provoquant des tsunamis dévastateurs. Dans le cas du séisme de Sumatra, la rupture du fond marin s’est produite sur une longueur d’environ 1 400 kilomètres.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Au moment où nous écrivons ces lignes, environ six heures après le séisme, 35 répliques d’une magnitude supérieure à 5,0 ont déjà été enregistrées, selon le service de surveillance sismique états-unien (l’United States Geological Survey, USGS).

Les répliques se produisent lorsque les tensions dans la croûte terrestre se redistribuent après le séisme principal. Elles sont souvent d’une magnitude inférieure d’un point à celle du séisme principal. Dans le cas du séisme d’aujourd’hui, cela signifie que des répliques d’une magnitude supérieure à 7,5 sont possibles.




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Pour un séisme de cette ampleur, les répliques peuvent se poursuivre pendant des semaines, voire des mois, mais leur magnitude et leur fréquence diminuent généralement avec le temps.

Le séisme d’aujourd’hui a également provoqué un tsunami qui a déjà touché les communautés côtières de la péninsule du Kamtchatka, des îles Kouriles, et d’Hokkaido au Japon.

Au cours des prochaines heures, le tsunami se propagera à travers le Pacifique, atteignant Hawaï environ six heures après le séisme et se poursuivant jusqu’au Chili et au Pérou. [ndlt : à l’heure où nous effectuons cette traduction, les alertes à Hawaï ont été réduites, et annulées aux Philippines. Les vagues ont atteint la côte ouest des États-Unis, jusqu’à un mètre de hauteur en Californie et dans l’Oregon.]

Les spécialistes des tsunamis continueront d’affiner leurs modèles des effets du tsunami au fur et à mesure de sa propagation, et les autorités de la protection civile fourniront des conseils faisant autorité sur les effets locaux attendus.




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Quelles leçons peut-on tirer de ce séisme pour d’autres régions du monde ?

Heureusement, les séismes d’une telle ampleur sont rares. Cependant, leurs effets au niveau local et à l’échelle mondiale peuvent être dévastateurs.

Outre sa magnitude, plusieurs aspects du séisme qui a frappé le Kamtchatka aujourd’hui en feront un sujet de recherche particulièrement important.

Par exemple, la région a connu une activité sismique très intense ces derniers mois et un séisme de magnitude 7,4 s’est produit le 20 juillet. L’influence de cette activité antérieure sur la localisation et le moment du séisme d’aujourd’hui sera un élément crucial de ces recherches.

Tout comme le Kamtchatka et le nord du Japon, la Nouvelle-Zélande est située au-dessus d’une zone de subduction, et même de deux zones de subduction. La plus grande, la zone de subduction de Hikurangi, s’étend au large de la côte est de l’île du Nord.

D’après les caractéristiques de cette interface tectonique et les archives géologiques des séismes passés, la zone de subduction de Hikurangi est susceptible de produire des séismes de magnitude 9. Cela ne s’est jamais produit dans l’histoire, mais si cela arrivait, cela provoquerait un tsunami.

La menace d’un séisme majeur dans une zone de subduction n’est jamais écartée. Le séisme qui s’est produit aujourd’hui au Kamtchatka est un rappel important pour tous ceux qui vivent dans des zones sismiques de rester prudents et de tenir compte des avertissements des autorités de protection civile.

The Conversation

Dee Ninis travaille au Seismology Research Centre, est vice-présidente de l’Australian Earthquake Engineering Society et membre du comité de la Geological Society of Australia – Victoria Division.

John Townend reçoit des financements des fonds Marsden et Catalyst de la Royal Society Te Apārangi, de la Natural Hazards Commission Toka Tū Ake et du ministère néo-zélandais des Entreprises, de l’Innovation et de l’Emploi. Il est ancien président et directeur de la Seismological Society of America ainsi que président de la New Zealand Geophysical Society.

– ref. Séisme au Kamtchatka : que sait-on de l’un des dix plus puissants tremblements de terre jamais enregistrés ? – https://theconversation.com/seisme-au-kamtchatka-que-sait-on-de-lun-des-dix-plus-puissants-tremblements-de-terre-jamais-enregistres-262251

L’IA Open Source et frugale : la clé de l’autonomie stratégique européenne ?

Source: The Conversation – in French – By Julien Pillot, Enseignant-Chercheur en Economie, INSEEC Grande École

Non seulement l’Europe est la grande absente des principaux marchés de l’intelligence artificielle, mais elle s’est mise en situation de dépendance technologique vis-à-vis d’entreprises et de puissances étrangères qui n’hésitent pas à lui imposer un rapport de force défavorable. Si elle veut reprendre la main, et bâtir son autonomie stratégique, elle doit adopter une autre démarche. L’open source et une régulation volontaire en matière d’empreinte environnementale peuvent y contribuer.

Cet article est publié en collaboration avec la revue Telecom Paris.


378 millions. C’est le nombre d’utilisateurs qui avaient déjà eu recours à une solution d’IA générative à la fin de l’année 2024. Cette progression vertigineuse des outils d’IA dans les usages est certes source de grands espoirs sur le front de la productivité, de la compétitivité, et des avancées scientifiques, mais elle est également vectrice d’inquiétudes diverses parmi lesquelles figurent naturellement l’empreinte environnementale de ces solutions, ou notre capacité à offrir des environnements sécurisés, respectueux de la vie privée, voire souverains dans certains domaines applicatifs sensibles (défense, santé…).

Or, une analyse minutieuse de l’écosystème de l’IA montre à quel point l’Europe est, à l’heure actuelle, bien trop absente des débats sur les segments de l’industrie les plus générateurs de valeur. Pire, elle s’est mise en situation de dépendance forte sur des maillons aussi stratégiques que celui des semi-conducteurs (GPUs en tête), celui de l’infrastructure software (modèles et données), et peine à faire émerger des concurrents crédibles aux hyperscallers américains sur le segment des centres de données et de calculs. Si l’Europe veut s’autonomiser stratégiquement, elle doit impérativement reprendre la main sur ces dimensions de l’écosystème, en offrant des alternatives locales aux solutions étrangères. Des alternatives qui doivent être crédibles, mais aussi réalistes au regard à la fois des forces européennes, et des objectifs environnementaux et industriels susmentionnés. C’est là qu’une politique industrielle orientée vers les solutions d’IA frugales et open source pourrait se montrer particulièrement intéressante.

Préoccupations environnementales

Avec une société en voie de digitalisation accélérée, l’empreinte environnementale du numérique devient une préoccupation majeure. Cette empreinte environnementale est à la fois d’ordre énergétique, puisque les services numériques requièrent d’importantes puissances de calcul et d’acheminement des flux de données, et d’ordre matériel pour donner corps aux différents composants de l’infrastructure (réseaux, terminaux, capteurs, centres de données, composants électroniques…).

À ces besoins énergétiques et extractifs, il faut ajouter des consommations intermédiaires qui ont également un impact sur l’environnement comme, par exemple, la consommation d’eau pour refroidir les centres de données, ou encore le recours à des produits chimiques pour raffiner les matières premières.

Si cette empreinte environnementale inquiète tant, c’est que le numérique, bien loin de se substituer au physique, a plutôt tendance à s’y ajouter – c’est le cas des cryptoactifs – ou à s’y superposer – c’est le cas des réseaux sociaux utilisés à des fins de marketing. Et quand il s’y substitue, comme dans le cas du streaming qui remplace peu à peu les supports physiques, ou dans celui des courriels qui supplantent les plis postaux traditionnels, les effets de volume induits par notre tendance à surconsommer excèdent bien souvent les gains initiaux liés à la « dématérialisation ». Sans omettre les effets de rebond qui résultent de la baisse tendancielle des coûts du numérique, qui finissent par occasionner des consommations tierces… forcément carbonées. Nos usages bien peu parcimonieux des différents services numériques, encouragés par les offreurs desdits services dont les business models – souvent à coûts marginaux décroissants – poussent à la surconsommation (par exemple, un abonnement à Netflix est d’autant mieux amorti que la consommation de contenus y est intensive), font le reste.

Espoirs déçus

Or, en matière d’IA générative, les usages dominants constatés semblent loin des espoirs initiaux de productivité ou d’apprentissage prêtés à la technologie. Les use cases majoritaires sont davantage à chercher du côté du divertissement ou de l’assistance, et de façon plus inquiétante, dans la recherche d’un ami – voire d’un thérapeute – virtuel.

Tout cela ne prêterait pas à conséquence si l’empreinte environnementale des IA génératives, telles que rapportées dans cette étude, n’était pas aussi préoccupante :

  • Une requête ChatGPT consommerait 10 fois plus qu’une recherche Google ;

  • 50 requêtes Chat-GTP consommeraient 1,5 litre d’eau (pour refroidir les centres de données) ;

  • 1000 prompts ChatGPT nécessiteraient 0,042kWh d’énergie ;

  • la génération de 1000 images en stable diffusion réclamerait 2,9kWh.

Même s’il faut prendre ces données avec précaution, eu égard à la complexité technique de la mesure et aux gains de productivité rapides des technologies, les faits sont là : avec une consommation annuelle cumulée de 350,87 TWh, les centres de données consommaient déjà plus d’énergie (essentiellement carbonée) en 2024 que la consommation énergétique totale de pays tels que l’Italie ou l’Inde !


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21 % de l’énergie consommée en Inde

La pénétration croissante des outils d’IA dans notre quotidien couplée à nos usages peu précautionneux, fait craindre de véritables conflits d’usage et des situations de demande énergétique excédentaire à l’offre, à plus forte raison d’énergie faiblement carbonée. En Irlande, la consommation des centres de données excède désormais les 21 % de l’énergie consommée dans le pays. Elle n’était « que » de 5 % en 2015…

Il ne s’agit pas de débrancher les IAs. L’histoire a montré que rien ne sert d’arrêter un train en marche. En revanche, au regard des données et projections environnementales, la recherche et la promotion d’IA frugales – notamment pour ce qui concerne les segments de marché « grand public » – devraient être érigées en priorité stratégique. Sur le plan purement technologique, l’émergence de DeepSeek (l’IA générative chinoise reposant sur un modèle prétendument moins énergivore) montre la voie vers des IA « good enough », bien plus en phase avec les accords de Paris. Sur le plan stratégique, mettre en place une régulation qui favoriserait les solutions moins intensives en carbone, en ressources et en énergie, serait à la fois un moyen de freiner l’expansion des offres américaines – dont les modèles de force brute sont particulièrement intensifs en énergie – sur le continent européen, mais également de flécher les investissements vers le tissu d’entreprises européennes à même de relever le défi de la sobriété. Et celui de la souveraineté.

L’Open Source comme réponse

Car la souveraineté est l’autre défi majeur posé par la technologie et le numérique en général, et l’IA en particulier. À plus forte raison quand, ainsi que nous l’avons souligné en amont, une grosse partie de la chaîne de valeur est contrôlée par des entreprises battant pavillon étranger. Problème : le contexte géopolitique trouble du XXIe siècle nous amène légitimement à douter de la fiabilité de nos partenaires historiques, États-Unis en tête. Une gageure quand on sait que les solutions technologiques étrangères sont au cœur de nos systèmes de défense, que nous avons confié nos données de santé à Microsoft, ou celles relatives à la maintenance de notre parc nucléaire à Amazon.

Il faut bien comprendre que les modèles d’IA sont « datavores ». Ils nécessitent de grandes quantités de (nouvelles) données qualifiées à des fins d’entraînement. Or, les données européennes présentent le double avantage d’être conséquentes et qualitatives. Elles sont donc particulièrement prisées des entreprises évoluant dans le secteur de l’IA (et au-delà). Tout irait bien si lesdites entreprises respectaient scrupuleusement le RGPD ce qui à l’aune des 5,7 milliards de sanctions cumulées (pour environ 2300 infractions constatées) depuis la mise en œuvre de ce règlement visant la protection de la vie privée des Européens en 2018, n’est clairement pas le cas. Pire, les enjeux économiques, financiers et stratégiques sont de telle ampleur, qu’il peut être parfaitement rationnel pour les entreprises, notamment les GAFAM aux trésoreries et capitalisations gigantesques, d’enfreindre le RGPD.

Freins institutionnels européens

Nous mesurons là une des principales faiblesses de nos démocraties libérales qui peinent à faire pleinement observer les règles dont elles se sont dotées. Parfois, ce sont les lois extraterritoriales qui sont en cause, le gouvernement fédéral américain pouvant ordonner à ses entreprises de lui communiquer les informations en leur possession au titre du FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), du Cloud Act ou du Patriot Act, quand bien même ces données concerneraient des personnes physiques ou morales européennes.

D’autres fois, ce sont nos lourdeurs bureaucratiques et nos intérêts politiques divergents qui nous paralysent, comme lorsqu’un faisceau d’indices semble montrer qu’Apple capterait des conversations via l’iPhone à l’insu des utilisateurs européens. En l’espèce, l’autorité de régulation fondée à agir est la Cnil irlandaise… laquelle n’est que peu incitée à intervenir rapidement alors qu’Apple est l’un des plus gros contributeurs fiscaux de l’île d’Émeraude.




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Hors notre capacité à faire observer nos lois et valeurs aux géants étrangers, à plus forte raison que notre situation de dépendance pourrait nous amener à subir quelque chantage à la fourniture de technologies ou de services, c’est bien la situation de dominance d’entreprises proposant des solutions IA propriétaires qui pose problème. L’histoire est connue. Par le jeu des effets de réseau, les différents segments de marché tendent à devenir des « oligopoles à frange concurrentielle » (c.-à-d., une poignée d’entreprises leaders très concentrées captant l’essentiel des parts de marché, et laissant le reste à une multitude d’acteurs de niche), les entreprises dominantes ont moins intérêt à l’interopérabilité et la co-construction de communs (numériques). Dans le même temps, ces entreprises deviennent difficilement contournables car elles disposent des meilleures ressources. Ce qui leur confère un pouvoir de marché considérable, tel que celui dont disposent les GAFAM aujourd’hui.

Le monde de l’open source

Or, le monde de l’informatique, c’est d’abord et avant tout celui de l’open source, c’est-à-dire un modèle de développement et de diffusion de solutions dont le code source est libre d’accès, modifiable et partageable selon des conditions fixées par licence. C’est le monde de l’open source qui rend possible la co-construction de solutions par des communautés de développeurs dispersés géographiquement, et ne travaillant pas pour les mêmes entreprises. D’ailleurs de Llama de Facebook à Mistral, bien des solutions d’IA reposent sur des cœurs open source.

France 24.

Pour l’Europe en proie aux problématiques de souveraineté que nous avons décrites, les avantages de l’open source – à plus forte raison si les données sont stockées dans des serveurs dont l’emprise juridique est européenne ou française – seraient nombreux : moindre dépendance technologique vis-à-vis de firmes étrangères, stimulation de l’écosystème européen (à l’image de AI Sweden), éloignement des risques de capture par des entreprises étrangères devenues incontournables, conformité réglementaire et éthique renforcée, et résilience face aux tensions géopolitiques.

Le rôle de l’État stratège

Face aux problématiques environnementales et de souveraineté que pose l’IA chacun, des particuliers aux administrations en passant par les entreprises, est face à ses responsabilités. Mais il ne faut pas s’y tromper : il revient à l’État stratège de montrer la voie en créant les conditions d’émergence de solutions IA européennes, souveraines, et frugales.

Dans le contexte climatique et géopolitique que nous connaissons, et face aux enjeux économiques, stratégiques et éthiques que véhicule l’IA, personne ne comprendrait que l’UE ne se dote pas rapidement d’une politique industrielle qui soit cohérente avec ses intérêts et ses valeurs, et de nature à contribuer à la construction de son autonomie stratégique. Ainsi que le souligne le rapport Draghi, l’impulsion doit venir d’en haut. De même que l’exemplarité.

Cet article est publié avec la revue Telecom Paris

The Conversation

Julien Pillot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’IA Open Source et frugale : la clé de l’autonomie stratégique européenne ? – https://theconversation.com/lia-open-source-et-frugale-la-cle-de-lautonomie-strategique-europeenne-259748

Loisirs et vacances : les enfants doivent-ils toujours apprendre quelque chose ?

Source: The Conversation – in French – By Emmanuèle Gardair, Maître de conférences en psychologie sociale, Université d’Angers

Pendant leurs temps de loisirs et leurs vacances, les enfants et les adolescents apprennent d’une autre manière qu’à l’école. Mais les accueils extrascolaires n’ont-ils pas tendance à intégrer de plus en plus la forme et les exigences scolaires ? Quelles sont les attentes des animateurs, des enfants et des adolescents ?


En 2023-2024, on dénombrait 1,34 million de départs d’enfants ou d’adolescents en colonies de vacances. Il y a trente-cinq ans, c’était 4 millions d’enfants qui partaient chaque année dans ce cadre. En parallèle du recul de ce type de séjours, on peut relever le développement de séjours à thèmes et l’apparition de logiques de consommation questionnant la perspective éducative des loisirs.

Il est pourtant établi que les temps de loisirs et de vacances participent à la construction des enfants et des adolescents, en contribuant à leur développement psychosocial. Les choix qui peuvent être effectués et les projets élaborés dans les activités de loisirs favorisent la créativité, l’autonomie et la prise de décision, permettant aux enfants et aux adolescents d’être acteurs de leur socialisation.




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Les loisirs constituent un lieu d’expériences favorisant l’épanouissement immédiat, lié au plaisir et à la satisfaction individuelle, mais aussi un lieu d’exploration et d’apprentissages spécifiques, grâce à la participation au processus de décision. En lien avec les intérêts et les besoins psychologiques des jeunes, les pratiques de loisirs contribuent ainsi à l’expression et à la réalisation de soi.

L’animation enfance et jeunesse, issue de l’éducation populaire, représente une forme d’éducation non formelle, s’inspirant de l’éducation nouvelle. Elle privilégie, d’une part, des méthodes participatives et, d’autre part, les « composantes du développement physique, psychique et social de l’enfant ». On constate cependant que de nombreux centres de vacances et de loisirs des enfants restent « prisonniers de la forme scolaire », tant par la programmation que par la gestion temporelle et l’organisation spatiale des activités.

La visée éducative des loisirs prime chez les adultes

Nous sommes allées repérer la place accordée au choix des activités et à la construction de projets, tout au long de l’année et sur les temps de vacances, en interrogeant 61 professionnels exerçant dans des structures d’animation enfance et jeunesse, ainsi que 50 enfants et adolescents fréquentant un accueil de loisirs enfance ou jeunesse.

Les animateurs socioculturels (25 femmes et 36 hommes) exerçaient dans diverses structures d’animation dans les régions de Bretagne et de Pays de la Loire. Ils se distinguaient par leur diplôme et occupaient des fonctions d’animation, de coordination ou de direction.

Les 31 enfants (15 filles et 16 garçons), âgés de 5 à 10 ans (moyenne d’âge 7,5 ans), étaient usagers réguliers d’un accueil de loisirs sans hébergement de l’agglomération nantaise. Les 19 adolescents (5 filles et 14 garçons), âgés de 11 à 18 ans (moyenne d’âge 16,10 ans), fréquentaient régulièrement un accueil de jeunes de l’agglomération rennaise.

Les thèmes centraux évoqués par les animateurs concernaient l’organisation d’activités lors des temps de vacances, les projets réalisés avec les partenaires et les jeunes tout au long de l’année, les publics et les pratiques d’animation. À propos de la question spécifique des séjours de vacances, c’est principalement l’âge du public (enfant ou adolescent), qui orientait leurs représentations, moins favorables aux choix et aux initiatives des enfants.

Les résultats ont mis en évidence la primauté de la visée éducative des loisirs dans les représentations des animateurs à propos des séjours de vacances et des activités de loisirs, auprès des adolescents et encore plus des enfants, parfois au détriment des apprentissages informels et de la visée émancipatrice des loisirs. Les animateurs évoquaient l’encadrement des plus jeunes et la responsabilisation des plus âgés, notamment par la conduite de projets co-construits avec les adolescents.

Pour ces adultes, les loisirs des enfants et des adolescents doivent être investis par le projet éducatif, même lors des temps de vacances. Ce constat est à rapprocher des évolutions sociétales qui mènent, en réponse aux attentes des familles, à proposer des séjours à thèmes dans une perspective éducative.

Liberté et détente plébiscitées par les enfants et adolescents

Du côté des enfants et des adolescents, s’ils agissent dans un champ structuré par les adultes, ils n’en investissent pas moins leur propre espace d’autonomie et leurs propres projets. Ainsi, les plus jeunes détaillaient le processus de décision qui les amène à choisir leurs activités de loisirs et mettaient l’accent sur le jeu libre tout au long de l’année, comme lors des vacances. Les adolescents évoquaient la recherche de détente, de convivialité et de relations paritaires dans le cadre de leurs loisirs, et ce, quel que soit le temps de loisirs ; ainsi que l’organisation de leurs vacances, souvent en autonomie, à l’extérieur de l’accueil de jeunes, avec la conduite de projets d’autofinancement.

Les enfants et les adolescents plébiscitaient donc la liberté en termes de choix d’activités et de construction de projets dans leurs loisirs.

Au regard du contraste entre les représentations des adultes et celles des enfants et des adolescents, il s’agirait, dans une perspective de réalisation de soi et de développement des jeunes, d’inciter les professionnels à remiser la dimension éducative des loisirs, pensée par les adultes pour les jeunes, au profit de plus de liberté et de gratuité dans les loisirs des enfants et des adolescents.

Ainsi, les animateurs socioculturels pourraient utilement prendre en compte, plus pleinement, le rôle du jeu libre, des activités sociales tournées vers la relation avec les pairs et des activités de détente sans exigences particulières. Il s’agirait donc de replacer l’enfant et l’adolescent au centre des accueils, en leur laissant le pouvoir de décider, de faire des choix et d’élaborer des projets.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Loisirs et vacances : les enfants doivent-ils toujours apprendre quelque chose ? – https://theconversation.com/loisirs-et-vacances-les-enfants-doivent-ils-toujours-apprendre-quelque-chose-260241

Les chiens pourraient nous aider à réguler notre stress bien mieux que ce que l’on pensait, selon une étude

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kevin Morris, Research Professor of Social Work, University of Denver

Une nouvelle étude révèle que l’atténuation du stress que ressentent les humains grâce à la compagnie des chiens est plus complexe sur le plan biologique que ce que les scientifiques envisageaient jusqu’à présent.


Dans une enquête menée en 2022 auprès de 3 000 adultes étasuniens, plus d’un tiers des personnes interrogées ont déclaré se sentir « complètement dépassées » par le stress la plupart du temps. En parallèle, un nombre croissant de recherches documentent les conséquences négatives d’un niveaux de stress élevé sur la santé, notamment une augmentation des taux de cancer, de maladies cardiaques, d’affections auto-immunes et même de démence.

Comme la vie quotidienne des gens ne risque pas de sitôt devenir moins stressante, des moyens simples et efficaces pour en atténuer les effets sont nécessaires.

C’est là que les chiens peuvent aider.

En tant que chercheurs à l’Institute for Human-Animal Connection de l’université de Denver aux États-Unis nous étudions les effets des animaux de compagnie sur leurs maîtres.

Des dizaines d’études menées au cours des 40 dernières années ont confirmé que les chiens de compagnie aident les humains à se sentir plus détendus. Cela expliquerait ce phénomène qui va croissant de personnes qui s’appuient sur des chiens de soutien émotionnel pour les aider à gérer leur vie quotidienne. Il a également été démontré que les propriétaires de chiens ont un risque de décès inférieur de 24 % et quatre fois plus de chances de survivre pendant au moins un an après une crise cardiaque.




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Avec une équipe de collègues, nous venons de mener une nouvelle étude qui suggère que les chiens pourraient avoir un effet plus profond et plus complexe sur le plan biologique sur les humains que ce que les scientifiques pensaient jusqu’à présent. Et cette complexité pourrait avoir des implications profondes pour la santé humaine.

Comment fonctionne le stress

La réponse humaine au stress correspond à un ensemble de processus physiologiques divers, finement réglés et coordonnés. Les études précédentes sur les effets des chiens sur le stress humain se concentraient sur un seul processus à la fois. Pour notre étude, nous avons élargi notre champ d’observation et mesuré plusieurs indicateurs biologiques de l’état du corps, appelés aussi biomarqueurs, à partir des deux principaux mécanismes de stress du corps. Cela nous a permis d’obtenir une image plus complète de la manière dont la présence d’un chien affecte le stress dans le corps humain.

Les voies du stress que nous avons mesurées se nomment axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (ou HPA, pour l’anglais hypothalamic-pituitary-adrenal, ndlr) et axe sympatho-adréno-médullaire ou SAM.

Quand une personne vit un événement stressant, l’axe SAM réagit rapidement, ce qui déclenche une réponse du type « combat ou fuite » qui comprend une poussée d’adrénaline et entraîne un regain d’énergie qui aide à faire face aux menaces. Cette réaction peut être mesurée à l’aide d’une enzyme appelée alpha-amylase.

Dans le même temps, mais un peu plus lentement, l’axe HPA active les glandes surrénales afin de produire l’hormone cortisol. Cela peut aider une personne à faire face à des menaces qui durent plusieurs heures, voire plusieurs jours. Si tout se passe bien, lorsque le danger est écarté, les deux axes se stabilisent et le corps retrouve son état normal.

Bien que le stress puisse être une sensation désagréable, il a joué un rôle important dans la survie de l’espèce humaine. Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs devaient réagir efficacement à des situations de stress aigu telles que l’attaque d’un animal. Dans ces cas-là, une réaction excessive pouvait s’avérer aussi inefficace qu’une réaction insuffisante. Rester dans une zone de réponse au stress optimale maximisait les chances de survie des êtres humains.

Des informations plus complexes

Après avoir été libéré par les glandes surrénales, le cortisol se retrouve dans la salive, ce qui en fait un biomarqueur facilement accessible pour suivre les réactions. C’est pourquoi la plupart des recherches sur les chiens et le stress se sont concentrées uniquement sur le cortisol salivaire.

Plusieurs études ont par exemple montré que les personnes exposées à une situation stressante présentent une réponse en cortisol plus faible lorsqu’elles sont en compagnie d’un chien que lorsqu’elles sont seules – voire même plus faible que lorsqu’elles sont en présence d’un ami.

Bien que ces études aient démontré que la présence d’un chien à proximité peut réduire le taux de cortisol lors d’un événement stressant, ce qui suggère que la personne est plus calme, nous soupçonnions que ce n’était qu’une partie de l’histoire.

Ce que notre étude a mesuré

Pour notre étude, nous avons recruté environ 40 propriétaires de chiens pour participer à un test de stress en laboratoire de référence de 15 minutes. Ce test consiste à parler en public et à faire des calculs mathématiques à voix haute devant un panel de personnes impassibles se faisant passer pour des spécialistes du comportement.

Les participants ont été répartis de manière aléatoire entre deux groupes : ceux qui devaient venir au laboratoire avec leur chien et ceux qui devaient laisser leur chien à la maison. Nous avons mesuré le taux de cortisol dans des échantillons de sang prélevés avant, juste après et environ 45 minutes après le test, comme biomarqueur de l’activité de l’axe HPA. Et contrairement aux études précédentes, nous avons également mesuré le taux d’enzyme alpha-amylase dans ces mêmes échantillons de sang, comme biomarqueur de l’activité de l’axe SAM.

Comme prévu, conformément aux études précédentes, les personnes accompagnées de leur chien ont présenté des pics de cortisol moins élevés. Mais nous avons également constaté que celles qui étaient avec leur chien ont connu un pic significatif d’alpha-amylase, tandis que celles qui étaient sans leur chien n’avaient pratiquement aucune réponse.

L’absence de réponse peut sembler positive. Mais en réalité, une réponse alpha-amylase nulle peut être le signe d’une réponse au stress dérégulée. C’est ce que l’on observe souvent chez les personnes qui souffrent de réactions de stress intense, de stress chronique voire de stress post-traumatique. Ce manque de réponse est causé par un stress chronique ou intense qui peut altérer la façon dont notre système nerveux réagit aux facteurs de stress.




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En revanche, les participants accompagnés de leur chien ont montré une réponse plus équilibrée : leur taux de cortisol n’a pas trop augmenté, mais leur alpha-amylase s’est tout de même activée. Cela montre qu’ils sont restés alertes et concentrés tout au long du test, puis qu’ils ont pu revenir à un état normal en moins de 45 minutes. C’est le temps idéal pour gérer efficacement le stress. Nos recherches suggèrent que nos compagnons canins nous aident à rester dans une zone saine de réponse au stress.

Les chiens et la santé humaine

Cette compréhension plus fine des effets biologiques des chiens sur la réponse des humains au stress ouvre des possibilités excitantes. Sur la base des résultats de notre étude, notre équipe a lancé une nouvelle recherche qui fait appel à des milliers de biomarqueurs afin d’approfondir nos connaissances sur la biologie en lien avec la manière dont les chiens d’assistance psychiatrique réduisent le trouble de stress post-traumatique chez les anciens combattants.




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Mais une chose est d’ores et déjà claire : les chiens ne sont pas seulement de bons compagnons. Ils pourraient bien être l’un des outils les plus accessibles et les plus efficaces pour rester en bonne santé dans un monde stressant.

The Conversation

Kevin Morris a reçu des financements pour cette recherche de la Morris Animal Foundation, du Human-Animal Bond Research Institute et de l’université de Denver aux États-Unis.

Jaci Gandenberger a reçu des financements de l’université de Denver aux États-Unis pour soutenir cette recherche.

– ref. Les chiens pourraient nous aider à réguler notre stress bien mieux que ce que l’on pensait, selon une étude – https://theconversation.com/les-chiens-pourraient-nous-aider-a-reguler-notre-stress-bien-mieux-que-ce-que-lon-pensait-selon-une-etude-261711