Mégafeux : Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre Cilluffo Grimaldi, Maître de conférences, Sorbonne Université

Chaque été arrive désormais avec de nouvelles images de milliers d’hectares qui partent en fumée. Si ces mégafeux, comme on les appelle aujourd’hui, menacent la vie humaine et les écosystèmes, ils bouleversent aussi nos imaginaires sociaux et climatiques.


C’est un terme qui s’est progressivement imposé dans le langage courant et dans nos imaginaires. Celui de « mégafeu ». Il semble décrire une version extrême d’un phénomène déjà spectaculaire dont nous sommes de plus en plus témoins. Il serait apparu pour la première fois en 2013 dans la bouche d’un homme pourtant habitué à côtoyer les flammes : l’Américain Jerry Williams, qui travaille au service gouvernemental des forêts des États-Unis. Selon lui, le mégafeu, ne serait pas seulement un immense incendie, mais surtout un feu au comportement jamais observé auparavant par les spécialistes et par les riverains qui en sont victimes.

Le terme, depuis, n’en finit pas d’embraser les livres et journaux comme en témoigne la spectaculaire courbe de ses occurrences depuis 2014, en anglais, mais aussi en français.

Car ces incendies ne cessent de survenir, du Brésil au Canada, en passant par l’Australie, la Californie ou la Sibérie, et semblent chaque fois battre de nouveaux records. Ainsi, le département de l’Aude vient tout juste de subir des flammes aux ravages sans précédent depuis cinquante ans pour le pourtour méditerranéen français. Ces mégafeux n’ont pas fini non plus de se multiplier. Une étude de Harvard prévoit ainsi le doublement voir le triplement des mégafeux d’ici 2050 aux États-Unis.

Ces mégafeux, dont nous pouvons tous aujourd’hui observer les images ou constater les immenses dégâts provoquent des chocs sans précédent.

Un habitant de Gironde confiait par exemple, un an après les incendies qui ont décimé les forêts de pin de son terrain familial et de tout son département, être perdu sans la forêt familière qui entourait sa maison et redouter, désormais, chaque nouvel été. Les flammes semblent ainsi avoir provoqué ce que l’on appelle un « choc moral ».

Le choc moral est un événement ou une information imprévisible qui génère un sentiment viscéral d’indignation ou de malaise moral chez un individu, au point de l’inciter à agir politiquement, même s’il n’est pas déjà intégré à un réseau militant. Il s’agit d’une réaction émotive et cognitive à une violation perçue du quotidien et sa norme, nécessitant une reconstruction de sa vision du monde.

Sans en être aussi directement touchés, ces mégafeux peuvent tous perturber nos imaginaires, réactiver des mythologies, voici comment.

L’enfer dantesque des mégafeux

Face à la puissance des images de mégafeux ravageant des milliers d’arbres, l’esprit humain peut être tenté de chercher dans le passé et ses mythes des repères pour donner du sens à ces catastrophes.

Or ces gigantesques incendies s’attaquent à un lieu familier de nos imaginaires en Occident, celui de la forêt, qui, rappelle le chercheur américain Robert Harrison,

« représente un monde à part, opaque, qui a permis à cette civilisation de se dépayser, de s’enchanter, de se terrifier, de se mettre en question, en somme de projeter dans les ombres de la forêt ses plus secrètes, ses plus profondes angoisses ».

C’est donc un lieu familier de nos imaginaires, parfois même un éden naturel qui se consume et dont nous sommes de nouveau chassés par les flammes de l’enfer.

Les images d’une forêt ravagée par les flammes provoquent ainsi la rencontre de plusieurs symboles puissants dans nos esprits. Car le feu, lui, détient une valeur on ne peut plus forte dans les mythes et cultures dont nous sommes les descendants. C’est le feu qui symbolise la porte d’entrée de l’enfer avec une valeur apocalyptique, c’est le feu du châtiment qui revient dans les cercles de l’Enfer, de Dante. Il est aussi un « feu barrière » ou une « barrière de feu » entre deux mondes dans nos mythes judéo-chrétiens. Car ce sont encore des flammes qui interdisent à Adam et Ève de retourner au jardin d’Éden, après avoir été chassés du paradis terrestre pour avoir mangé le fruit défendu.

Les pompiers et habitants, plus concrètement, parlent eux plutôt de « front de flamme » qui irradie et détruit la végétation et nous prive d’une forêt qui ne sera bientôt plus que cendres.

Le débordement du feu prométhéen

Mais les mégafeux convoquent aussi un autre mythe qui hante nos imaginaires, celui de la dérive du feu prométhéen.

Prométhée est connu dans la mythologie grecque pour avoir dérobé le feu sacré de l’Olympe afin d’en faire don aux humains. C’est ici un feu utile mythologiquement au développement de la civilisation permettant de développer les industries, de cuisiner mais qui est aussi décrit comme imprévisible et risqué par nature dans les mains humaines.

En effet, une fois volé par l’être humain, il acquiert des caractéristiques contraires au feu naturel des volcans ou du soleil qui animent le monde dans une certaine stabilité naturelle. En le dérobant, l’humain s’arroge un pouvoir de transformation inédit, mais cette capacité porte en elle une forme de contradiction.

Loin de participer aux cycles naturels, le feu fabriqué, maîtrisé ou amplifié par les sociétés industrielles et modernes perturbe profondément les équilibres écologiques. Il devient une force dévastatrice à l’image des mégafeux contemporains qui dérèglent les cycles naturels, menace la stabilité même des environnements et de nos modes de vie. À cet égard, on peut rappeler aussi qu’en France, ces dernières décennies, les feux de forêt ont été neuf fois sur dix, déclenchée par une main humaine, qu’elle soit criminelle ou accidentelle.

Le retour de la figure de Néron au pouvoir ?

On peut aussi noter que, jamais avant aujourd’hui, l’être humain n’a eu autant de force grâce à l’exploitation de l’énergie du feu. C’est celle-ci qui lui a permis de développer la technique qui a façonné, par exemple, le moteur thermique.

Et pourtant, la technique reste limitée pour lutter contre les mégafeux, surtout quand on manque de Canadairs par choix politique et par mépris de l’historicité des alertes… La situation actuelle semble à cet égard préoccupante.

Outre-Atlantique devant les mégafeux amazoniens de 2020, on a aussi vu la figure de Néron mobilisée pour contester les politiques d’inaction environnementale du climatosceptique Jaïr Bolsonaro, alors président du Brésil. L’ONG Greenpeace a même construit une statue de Bolsonaro grimée en cet empereur romain pour alerter sur le sort de la forêt incendiée. Cette figure n’est pas anodine. Elle rappelle une légende tenace selon laquelle la folie de l’empereur romain Néron serait responsable du terrible incendie qui toucha Rome en 64 de notre ère. Si les sources historiques latines ne permettent guère d’établir sa culpabilité, nous sommes cependant sûrs de l’opportunisme politique de Néron désignant à l’époque directement, en bouc émissaire, la minorité chrétienne de Rome comme coupable.

Greenpeace érige une statue de Bolsonaro sur les terres incendiées au Brésil.

La brûlure du « choc moral »

Les images de mégafeux demeurent d’autant plus traumatiques pour les populations qu’elles nous obligent à changer de regard sur une nature jugée maîtrisable, qu’on scrute désormais impuissants, subir des pertes irréversibles pour le paysage, les forêts, le vivant tout entier. Ainsi, les feux ravagent aussi nos imaginaires écologiques. On peut ressentir face à ces paysages détruits par les flammes un choc moral, au sens du sociologue James Jasper soit une réaction viscérale bousculant la perception de l’ordre présent du monde et appelant à l’action.

Néanmoins, cette brûlure du choc moral peut s’éteindre aussi rapidement sans relais d’opinions et actions collectives dès les premières années de « l’après ». On peut alors voir s’installer une nouvelle norme où les mégafeux ne surprennent plus. Car il existe une forme d’amnésie environnementale sur les effets du dérèglement climatique. En 2019, des chercheurs américains ont ainsi analysé 2 milliards de tweets en relation avec le changement climatique. Cette analyse quantitative remarquable par son ampleur a montré qu’en moyenne, nos impressions sur le dérèglement climatique se basaient sur notre expérience récente des deux à huit dernières années.

Bienvenus dans le pyrocène

En France, devant les images de cette nature brûlée dans l’Aude, le concept de « pyrocène » de la philosophe Joëlle Zask prend tout son sens. Il sert à caractériser et à décrire cette nouvelle ère définie par la prédominance et la multiplication des mégafeux. Autrement dit, le pyrocène succéderait à l’anthropocène, marquant une époque où le feu devient un agent central des transformations écologiques et climatiques.

Politiquement, cette ère du feu impose une reconfiguration de notre relation à la nature, car il s’agit d’apprendre à vivre avec ces feux extrêmes et non plus simplement de les combattre directement comme jadis. Cette nouvelle donne appelle ainsi à une « culture du feu » qui intégrerait ces réalités dans nos politiques (habitations et PLU, coupe-feu naturel, gestion des forêts, adaptation des territoires à la crise, agriculture régénératrice…), nos modes de vie (vacances, consommations…). Mais sommes-nous collectivement prêts à cela ?

The Conversation

Pierre Cilluffo Grimaldi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Mégafeux : Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère ? – https://theconversation.com/megafeux-sommes-nous-entres-dans-une-nouvelle-ere-262971

Israël, Yémen, Guatemala, Timor oriental… Six stratégies utilisées par Washington pour se distancier des atrocités commises par ceux qu’ils soutiennent

Source: The Conversation – in French – By Jeff Bachman, Associate Professor, Department of Peace, Human Rights & Cultural Relations, American University School of International Service

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont régulièrement soutenu des dirigeants et des pays qui ont commis des atrocités. Washington déploie six stratégies rhétoriques pour se distancier de ces actes. Illustrations historiques avec les cas du Guatemala, de l’Indonésie au Timor oriental et de la Coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen.


Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont à plusieurs reprises soutenu des gouvernements qui ont commis des atrocités de masse, définies par le spécialiste du génocide Scott Straus comme étant une « violence à grande échelle et systématique contre des populations civiles ».

Cela inclut le soutien à Israël, qui est resté constant malgré le désaccord récent entre le président Donald Trump et le premier ministre Benyamin Nétanyahou sur la question de savoir si les Palestiniens sont victimes de famine à Gaza.

Nous sommes spécialistes des questions liées aux génocides et autres atrocités de masse, ainsi que des enjeux de sécurité internationale. Dans le cadre de nos recherches pour un prochain article à paraître dans le Journal of Genocide Research, nous avons étudié des déclarations officielles, des documents déclassifiés et des articles de presse portant sur quatre cas où les États-Unis ont soutenu des gouvernements alors qu’ils commettaient des atrocités : l’Indonésie au Timor oriental (1975-1999), le Guatemala (1981-1983), la coalition dirigée par l’Arabie saoudite – dite « Coalition » – au Yémen depuis 2015 et Israël à Gaza depuis octobre 2023.

Nous avons identifié six stratégies rhétoriques, autrement dit six façons de formuler un discours, utilisées par des responsables américains pour distancier publiquement les États-Unis des atrocités commises par ceux qui bénéficient de leur soutien.

Cette analyse est essentielle : lorsque les Américains, et plus largement l’opinion internationale, prennent ces discours pour argent comptant, les États-Unis peuvent continuer à agir en toute impunité, malgré leur rôle dans la violence mondiale.

Feindre l’ignorance face aux crimes

Lorsque des responsables américains nient toute connaissance des atrocités perpétrées par des parties bénéficiant du soutien des États-Unis, nous appelons cela une ignorance feinte (premier stratagème).

Par exemple, après que la Coalition a bombardé un bus scolaire au Yémen, tuant des dizaines d’enfants, la sénatrice américaine Elizabeth Warren a demandé au général Joseph Votel si le Commandement central des États-Unis suivait l’objectif des missions qu’il ravitaillait en carburant.

Sa réponse : « Sénatrice, nous ne le faisons pas. »

Cette ignorance proclamée contraste fortement avec les crimes de guerre de la Coalition, bien documentés depuis 2015. Comme l’a exprimé Scott Paul, expert du Yémen, dans ces termes : « Plus personne ne peut feindre la surprise lorsque de nombreux civils sont tués. »

Brouiller les faits pour masquer la vérité

Lorsque les preuves d’atrocités ne peuvent plus être ignorées, les responsables américains ont recours à la confusion pour brouiller les faits (deuxième stratagème).

Lorsque les forces indonésiennes ont perpétré des massacres en 1983, tuant des centaines de civils, l’ambassade des États-Unis à Jakarta a envoyé un télégramme au secrétaire d’État ainsi qu’à plusieurs ambassades, consulats et missions américaines remettant en question les rapports, car ils « n’avaient pas été confirmés par d’autres sources ».

De même, lors du génocide maya au Guatemala, à la suite du coup d’État réussi d’Efraín Ríos Montt, des responsables américains ont déformé les informations faisant état des violences perpétrées par le gouvernement, en rejetant la responsabilité sur les guérilleros.

« Je sais que le président Ríos Montt est un homme d’une grande intégrité personnelle et d’un engagement profond », a déclaré le président Ronald Reagan après sa rencontre avec le président guatémaltèque en 1982.

Dans son rapport de 1982 sur les droits humains au Guatemala, par exemple, le département d’État affirmait :

« Lorsqu’il a été possible d’attribuer la responsabilité des [meurtres au Guatemala], il semble plus probable que, dans la majorité des cas, ce sont les insurgés […] qui sont coupables. »

Pourtant, les services de renseignement américains affirmaient le contraire.

Des rapports sur les atrocités et abus commis par l’État au Guatemala figurent dans des documents de renseignement américains datant des années 1960. Un câble de la CIA de 1992 mentionnait explicitement que « plusieurs villages ont été rasés » et que « l’armée ne devait pas faire de quartier, aux combattants comme aux non-combattants ».

Nier l’implication directe malgré les preuves

Alors que continuent de s’accumuler les preuves des atrocités, ainsi que celles permettant d’identifier les responsables, les responsables américains ont souvent recours à la négation (troisième stratagème).

Ils ne nient pas que l’aide américaine est fournie, mais soutiennent qu’elle n’a pas été directement utilisée pour commettre des atrocités.

Par exemple, lors des atrocités commises par l’Indonésie au Timor oriental, les États-Unis ont activement formé des membres du corps des officiers indonésiens. Lorsque les forces de sécurité indonésiennes ont massacré jusqu’à 100 personnes dans un cimetière de Dili en 1991, la réaction de l’administration Bush s’est limitée à déclarer qu’« aucun des officiers militaires indonésiens présents à Santa Cruz n’avait reçu de formation américaine ».

Détourner l’attention, faire diversion

Lorsque l’attention publique sur le soutien américain atteint un niveau qui ne peut plus être facilement ignoré, les responsables américains peuvent recourir à la diversion (quatrième stratagème).

Il s’agit d’ajustements politiques très médiatisés, qui impliquent rarement des changements significatifs. Ils incluent souvent une forme de leurre. En effet, l’objectif de la diversion n’est pas de changer le comportement du bénéficiaire de l’aide américaine, mais simplement une tactique politique utilisée pour apaiser les critiques.

En 1996, lorsque l’administration Clinton a cédé à la pression des militants en suspendant les ventes d’armes légères à l’Indonésie, elle a tout de même vendu à l’Indonésie pour 470 millions de dollars d’armements sophistiqués, dont neuf avions de combat F-16.

Plus récemment, en réponse aux critiques du Congrès et de l’opinion publique, l’administration Biden a suspendu la livraison de bombes de 2 000 et 500 livres à Israël en mai 2024 – mais seulement pour une courte période. Toutes ses autres importantes livraisons d’armes sont restées inchangées.

Comme l’illustre le soutien des États-Unis à Israël, le détournement inclut également des enquêtes américaines superficielles qui signalent une certaine préoccupation face aux abus, sans aucune conséquence, ainsi que le soutien à des auto-enquêtes, dont les résultats disculpatoires sont prévisibles.

Faire l’éloge des dirigeants pour justifier la violence

Lorsque les atrocités commises par les bénéficiaires de l’aide américaine sont très visibles, les responsables américains utilisent également la glorification (cinquième stratagème) pour faire l’éloge des premiers et pour les présenter comme dignes d’être aidés.

En 1982, le président Ronald Reagan a fait l’éloge du président Suharto, le dictateur responsable de la mort de plus de 700 000 personnes en Indonésie et au Timor oriental entre 1965 et 1999, pour son leadership « responsable ». Par ailleurs, des responsables de l’administration Clinton le qualifiaient de « notre genre de gars ».

De même, le dirigeant guatémaltèque Ríos Montt a été présenté par Reagan au début des années 1980 comme

« un homme d’une grande intégrité personnelle et d’un grand engagement », contraint de faire face à « un défi brutal lancé par des guérilleros armés et soutenus par des forces extérieures au Guatemala ».

Ces dirigeants sont ainsi dépeints comme exerçant la force soit pour une cause juste, soit uniquement parce qu’ils font face à une menace existentielle. Ce fut le cas pour Israël, l’administration Biden déclarant qu’Israël était

« en proie à une bataille existentielle ».

Cette glorification élève non seulement les dirigeants sur un piédestal moral, mais justifie également la violence qu’ils commettent.

Parler de diplomatie discrète

Enfin, les responsables américains affirment souvent mener une forme de diplomatie discrète (sixième stratagème), agissant en coulisses pour contrôler les bénéficiaires de l’aide des États-Unis.

Il est important de noter que, selon ces responsables, pour que cette diplomatie discrète soit efficace, le soutien américain reste nécessaire. Ainsi, le maintien de l’aide à ceux qui commettent des atrocités se trouve légitimé précisément parce que c’est cette relation qui permet aux États-Unis d’influencer leur comportement.

Au Timor oriental, le Pentagone a fait valoir que la formation renforçait le « respect des droits humains par les troupes indonésiennes ». Lorsqu’une unité militaire indonésienne formée par les États-Unis a massacré environ 1 200 personnes en 1998, le département de la Défense a déclaré que « même si des soldats formés par les Américains avaient commis certains des meurtres », les États-Unis devaient continuer la formation afin de « maintenir leur influence sur la suite des événements ».

Les responsables américains ont également laissé entendre en 2020 que les Yéménites attaqués par la Coalition dirigée par l’Arabie saoudite bénéficiaient du soutien militaire américain à cette Coalition, car ce soutien conférait aux États-Unis une influence sur l’utilisation de ces armes.

Dans le cas de Gaza, les responsables américains ont, à plusieurs reprises, invoqué la diplomatie discrète pour promouvoir la retenue, tout en cherchant à bloquer d’autres systèmes de responsabilisation.

Par exemple, les États-Unis ont utilisé leur veto à six résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur Gaza depuis octobre 2023 et ont imposé des sanctions à cinq juges et procureurs de la Cour pénale internationale en raison de mandats d’arrêt émis contre Nétanyahou et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant.

Minimiser la responsabilité

Les responsables américains utilisent depuis longtemps diverses stratégies rhétoriques pour prendre leurs distances par rapport aux atrocités commises par d’autres avec le soutien des États-Unis et pour minimiser leur contribution à ces actes.

Dans ce contexte, la reconnaissance par Trump d’une « vraie famine » à Gaza peut être considérée comme une diversion visant à détourner l’attention du soutien inchangé des États-Unis à Israël, alors que les conditions de famine à Gaza s’aggravent et que des Palestiniens sont tués en attendant de recevoir de la nourriture.

De l’ignorance feinte à la minimisation de la violence en passant par la louange de ses auteurs, les gouvernements et présidents américains ont, depuis longtemps, recours à une rhétorique trompeuse pour légitimer la violence des dirigeants et des pays qu’ils soutiennent.

Mais deux éléments sont nécessaires pour que ce discours continue de fonctionner : l’un est le langage employé par le gouvernement américain, l’autre est la crédulité et l’apathie du public.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Israël, Yémen, Guatemala, Timor oriental… Six stratégies utilisées par Washington pour se distancier des atrocités commises par ceux qu’ils soutiennent – https://theconversation.com/israel-yemen-guatemala-timor-oriental-six-strategies-utilisees-par-washington-pour-se-distancier-des-atrocites-commises-par-ceux-quils-soutiennent-262970

Par-delà la musique, les festivals comme scène démocratique : le cas Europavox

Source: The Conversation – in French – By Cédrine Zumbo-Lebrument, Enseignante-chercheuse en marketing, Clermont School of Business

Les festivals : des scènes culturelles, sociales… et politiques ? Mathurin Napoly Matnapo/Unsplash

Le festival Europavox de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, a rassemblé près de 40 000 spectateurs en juin 2025, d’après les organisateurs. Entre concerts, stands institutionnels et prises de position engagées de certains artistes, il soulève une tension : et si ces événements festifs éphémères touchaient plus de citoyens que les dispositifs participatifs classiques ?


Chaque début d’été, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) se transforme en scène à ciel ouvert. Le festival attire un public large et intergénérationnel: adolescents, familles, groupes d’amis. Pendant trois jours, la ville vibre dans une atmosphère de curiosité et de fête.

L’édition 2025 illustre bien la diversité des registres proposés. Sur la grande scène, M (Matthieu Chedid) et son projet Lamomali ont fait dialoguer la chanson française et les traditions maliennes. Vendredi sur Mer a délivré une pop électro fédératrice, tandis que la jeune artiste Théa a revendiqué son identité queer sous les applaudissements de centaines de jeunes. Le chanteur satirique Philippe Katerine, quant à lui, a ironisé sur Marine Le Pen au détour d’une chanson provocatrice.

Quelques mètres plus loin, Zaho de Sagazan s’est drapée, en fin de concert, d’un drapeau arc-en-ciel LGBT et d’un drapeau palestinien sous les acclamations du public. La programmation a donné à voir une société où divertissement, engagement et contestation coexistent. Autour de la musique, un espace d’expression singulier s’est ouvert, mêlant le plaisir du spectacle et l’affirmation de messages politiques ou sociaux.

Pourquoi les institutions investissent ces espaces ?

Ce contexte populaire et convivial attire les acteurs publics. Dans l’enceinte du festival, on croisait ainsi des stands de la Ville de Clermont-Ferrand, du Département du Puy-de-Dôme, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de la Métropole, ou encore du service de vélos en libre-service C.Vélo. Quiz, jeux, simulateur de conduite, distribution de goodies : tout est conçu pour capter l’attention, valoriser l’action publique et donner une image plus accessible des institutions.

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Les collectivités locales cherchent à renouer avec des citoyens gagnés par la défiance envers le politique. Une enquête Ipsos a récemment révélé que 78 % des Français estiment que le système politique fonctionne mal. Beaucoup ne participent plus aux consultations officielles, désertent les réunions de quartier et jugent les plates-formes numériques de concertation trop complexes ou peu efficaces.

En réalité, si l’idée de participation citoyenne reste plébiscitée dans les sondages, la mobilisation concrète demeure très faible : selon plusieurs études, seule une minorité de citoyens a déjà pris part à un débat public local, et une écrasante majorité a le sentiment que sa voix n’est pas prise en compte dans le débat public. Des experts observent d’ailleurs que la prolifération de ces dispositifs participatifs n’a pas résolu la crise de confiance, et va même de pair avec une recentralisation du pouvoir. Autrement dit, ces consultations, souvent conçues et pilotées d’en haut, peinent à jouer un rôle de contre-pouvoir puisque le « pouvoir exécutif en définit le cadre et la commande ».

Dans ce climat, les festivals apparaissent comme un moyen de recréer du lien. Ils offrent un contact informel, sans solennité, qui tranche avec les cadres participatifs traditionnels. Le fait d’aller vers le public sur un terrain festif permet de toucher des personnes habituellement éloignées de la vie civique, même à travers un échange bref ou un simple flyer.

Une participation qui interroge

Cette démarche d’« aller vers » pose néanmoins une question : peut-on vraiment parler de participation citoyenne ?

Le politologue Loïc Blondiaux a montré que la démocratie participative est souvent instrumentalisée par les élus comme un outil de communication et de légitimation bien plus qu’un véritable partage du pouvoir. Dès 1969, la sociologue Sherry R. Arnstein décrivait une « échelle de la participation » à huit niveaux, où les dispositifs les plus courants occupent les échelons inférieurs ; information unilatérale et consultation symbolique sans influence réelle sur la décision.

La « fausse démocratie participative » est pointée par le militant écologiste Cyril Dion lui-même : « Il n’y a rien de pire que la fausse démocratie participative ». Les festivals prolongent-ils cette logique, ou apportent-ils au contraire une alternative ?

D’un côté, on peut y voir une vitrine de plus : un espace de communication institutionnelle déguisé en moment convivial, où la participation du public reste superficielle. De l’autre, leur attractivité est telle qu’ils réussissent à toucher des publics habituellement éloignés des processus civiques. Là où une réunion de concertation classique n’attire souvent qu’une poignée de participants déjà convaincus, un festival réunit des milliers de citoyens de tous âges et horizons, sans effort particulier de leur part. Même si l’échange sur place est bref, le contact existe bel et bien ; ce qui est loin d’être garanti dans les démarches participatives formelles.

Il se joue une éducation démocratique

C’est précisément cette liberté qui permet une forme d’éducation démocratique implicite. La plupart des festivaliers viennent avant tout pour la musique et le plaisir, entre amis ou en famille. Beaucoup ne font qu’un passage éclair devant les stands institutionnels, repartant éventuellement avec un tote bag ou un badge souvenir, sans forcément l’intention de s’impliquer davantage par la suite.

Pourtant, ce premier contact, même superficiel, peut s’avérer plus efficace qu’un long questionnaire en ligne. L’effet d’exposition, le souvenir positif d’un échange informel et le sentiment d’accessibilité de la collectivité contribuent à renforcer une perception plus favorable des institutions locales.

Les stands du festival Europavox.

Autrement dit, la « démocratie festive », même limitée, ouvre un espace de dialogue que les dispositifs officiels peinent à créer. Le politologue britannique Gerard Delanty parle à ce titre des festivals comme de véritables « sphères publiques culturelles » : des lieux où une pluralité de voix s’exprime et où le politique se mêle à l’émotion collective. Contrairement à la sphère publique classique définie par le philosophe Jurgen Habermas, fondée sur la raison argumentative et la recherche d’un consensus rationnel, ces espaces festifs introduisent une dimension affective dans le débat public. L’émotion collective partagée lors d’un concert ou d’un happening militant vient colorer le politique d’émotions, plus accessibles que le débat rationnel.

Contre-pouvoir, récupération ou coexistence ?

Cette pluralité d’expressions est-elle le signe d’une vitalité démocratique inédite, ou au contraire d’une neutralisation des tensions contestataires ? Jürgen Habermas définissait l’espace public comme un lieu de délibération rationnelle entre citoyens, structuré par des arguments critiques orientés vers l’intérêt commun. Les festivals comme Europavox s’en écartent radicalement : ils mettent en scène une coexistence de récits où la contestation politique (les slogans de Théa, l’ironie de Katerine, le geste de Zaho de Sagazan) se déploie au même titre que l’émotion, le divertissement ou la communication institutionnelle. Leur cohabitation avec les logiques de promotion publique peut sembler paradoxale.

Faut-il y voir un affaiblissement du débat démocratique, noyé dans le spectacle, ou au contraire une réinvention plus diffuse et inclusive de la citoyenneté contemporaine ?

D’une certaine manière, la convivialité générale désamorce les clivages habituels : tout le monde partage le même lieu, la même programmation, les mêmes expériences. Chacun peut y trouver ce qu’il vient chercher : un concert festif, un message engagé, une information sur les services publics. Cette coexistence des récits est peut-être la forme actuelle de notre démocratie : un pluralisme d’expressions tolérées côte à côte, mais sans véritable synthèse collective.

Plus qu’un festival

L’exemple d’Europavox montre qu’un festival peut (sans prétendre à de la concertation formelle) créer des conditions favorables à l’attention du public et au dialogue informel. À mi-chemin entre vitrine institutionnelle et engagement réel, il incarne un paradoxe de notre époque : en rendant l’action publique plus proche et sympathique, il parvient peut-être à toucher plus largement qu’un dispositif participatif pourtant conçu pour impliquer les citoyens.

Faut-il s’en réjouir ? Ou y voir la marque d’une démocratie épuisée, qui préfère la convivialité à la transformation profonde ? Sans doute un peu des deux. Une chose est certaine : ces espaces hybrides méritent d’être pris au sérieux, car ils en disent long sur nos manières contemporaines de « faire société » et d’associer les individus à la vie publique.

The Conversation

Cédrine Zumbo-Lebrument ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Par-delà la musique, les festivals comme scène démocratique : le cas Europavox – https://theconversation.com/par-dela-la-musique-les-festivals-comme-scene-democratique-le-cas-europavox-262350

La série « Rome » : vraisemblance ou vérité historique ?

Source: The Conversation – in French – By Anne-Lise Pestel, Docteure en histoire romaine et professeure agrégée en histoire, Université de Rouen Normandie

Saison 1 de la série _Rome_, diffusée en 2005 aux États-Unis par HBO. Allociné/HBO

Diffusée de 2005 à 2007, la série « Rome » raconte l’histoire de deux soldats romains de la fin de la République romaine jusqu’au règne d’Auguste. Initialement prévue en 5 saisons, elle s’arrêtera au bout de la seconde, faute de moyens suffisants. Faire revivre la Rome antique, raconter la fin de la République et retracer la trajectoire des protagonistes de cette période charnière n’a pas été une mince affaire. Pourtant, malgré quelques anachronismes et facilités scénaristiques, la série se démarque par son réalisme.


Vingt ans après sa sortie, la série Rome (HBO/BBC, 2005-2007), créée par J. Milius, W. J. MacDonald et B. Heller, alimente encore les discussions des spécialistes qui ont largement exprimé leur intérêt et leur enthousiasme ou leurs critiques.

Au plaisir de voir porter à l’écran cette période riche se mêlent l’amusement devant certains anachronismes discrets et, parfois, l’agacement franc face à des choix qui entretiennent dans l’imaginaire du spectateur des conceptions fausses. Si la scène d’affranchissement d’une esclave (S.1 ép. 11) prête à sourire, tant le citoyen qui enregistre l’acte par un coup de tampon ressemble au fonctionnaire d’une administration contemporaine, l’historien ne peut que déplorer l’accoutrement de Vercingétorix, tout droit tiré d’un tableau du XIXe siècle et qui réactive des clichés sur les Gaulois depuis longtemps démentis (S. 1 ép. 1 et 10).

Prévue en 5 saisons, la série, en dépit de son succès, a été arrêtée au bout des deux premières. Les décors réalisés avec hyperréalisme dans les studios de Cinecittà, le nombre des personnages – 350 rôles parlants –, et les difficultés auxquelles a dû faire face la production ont fait exploser les coûts et conduit à son arrêt prématuré. Malgré une accélération du récit dans les derniers épisodes, l’arc narratif conserve sa cohérence et retrace la période qui sépare la victoire de Jules César à Alésia en 52 av. J.-C. du triomphe en 29 av. J.-C. d’Octavien au terme des guerres civiles.

Bande-annonce de la saison 1.

Dépeindre Rome pendant les guerres civiles

La réussite du projet tient au choix de retracer ces événements en suivant le destin de deux simples citoyens, Titus Pullo et Lucius Vorenus, pris dans la tourmente des guerres civiles. Ces centurions, mentionnés par César dans la Guerre des Gaules, ont existé, mais en dehors de cette brève évocation, on ignore tout de leur vie, ce qui fournissait aux créateurs de la série un canevas vierge.

Leurs trajectoires croisent à Rome, en Gaule et en Égypte celles de César, Antoine, Octave et Cléopâtre, tissant des liens constants entre la grande histoire et leur parcours. L’ambition affichée n’était pas de livrer un récit épique centré sur quelques grandes figures, mais de restituer avec vraisemblance une époque. La trame historique est dans l’ensemble juste, mais les créateurs se sont autorisé certaines libertés pour des raisons scénaristiques.

C’est la ville de Rome qui est le sujet de la série et le générique donne le ton : la caméra déambule au milieu d’anonymes à travers ses rues aux murs couverts de graffitis qui s’animent sur son passage. Les décors impressionnent par la qualité des restitutions. Le spectateur suit les protagonistes dans les domus aristocratiques, au Forum, mais aussi dans les quartiers populaires, découvrant un univers coloré et bruyant. Les ruelles y séparent des insulae, ces immeubles dont le rez-de-chaussée est occupé par des tavernes et des échoppes, la boucherie de Niobe et Lyde, par exemple.

Certains personnages mettent en lumière le caractère cosmopolite de Rome, qui compte alors près d’un million d’habitants et attire des gens de contrées lointaines. Le personnage de Timon appartient ainsi à la diaspora juive de la ville, tandis que Vorenus rencontre des marchands hindous installés à Rome pour leurs affaires.

Ces rues sont aussi le théâtre où éclate une violence exposée crûment, ce qui a provoqué la censure de certains passages en Italie et au Royaume-Uni. Il n’en reste pas moins que la brutalisation de la société romaine au Ier siècle av. J.-C. est bien dépeinte. Les rixes entre bandes, les règlements de compte sur fond de tensions politiques, les émeutes, spontanées ou instrumentalisées, les assassinats commandités correspondent à la réalité historique. En l’absence de force de police, instaurée à Rome sous Auguste, les individus sont responsables de leur sécurité : Atia engage comme gardes du corps Timon et ses hommes, Vorenus envoie ses enfants à la campagne pour les éloigner du danger.

Vorenus et Pullo participent à ces violences. Présentés comme des soldats de métier qui ne savent que se battre, ils rappellent la figure contemporaine du vétéran américain qui peine à revenir à la vie civile. En réalité, à la fin de la République, l’armée romaine était une armée de conscription. Ses soldats étaient des citoyens propriétaires qui avaient, par ailleurs, une activité professionnelle. Malgré tout, le récit rend de manière intéressante les relations de loyauté nouées sous les armes.

Saison 1 – Légion romaine républicaine (Marche cérémonielle).
Allociné/HBO

L’enjeu de la distribution des terres aux vétérans de César apparaît à plusieurs reprises, tandis que les liens clientélaires entre les imperatores et leurs hommes sont illustrés par le parcours de Vorenus, élu magistrat et nommé sénateur grâce à la protection de César, avant de connaître la déchéance. Pullo, pour sa part, devient l’homme de main d’un criminel. Leurs trajectoires opposées permettent d’esquisser un tableau dynamique de la société romaine dans laquelle les mobilités sociales étaient possibles.

Les statuts juridiques et les rapports sociaux dans la Rome républicaine

La série rend avec finesse les hiérarchies sociales et juridiques, par les accents, les parures et les vêtements. L’esclavage fait l’objet d’un traitement intéressant. Omniprésents – y compris comme témoins des ébats sexuels de leurs maîtres, pour exprimer leur insignifiance tout en alimentant le voyeurisme du spectateur –, les esclaves ne sont pas réduits à une figuration muette. Ils ont leur propre arc narratif et sont nombreux à l’écran, identifiables par un collier indiquant le nom de leur maître. Ce type d’objet apparaît en réalité bien plus tard et était sans doute réservé aux fugitifs.

Tout en montrant les mauvais traitements dont ils sont les victimes (S.2 ép. 4), la série rend aussi compte de la diversité du monde servile et de ses hiérarchies internes. Dans les domus, les intendants exercent leur pouvoir sur les autres esclaves. La relation entre Posca et César illustre avec justesse le lien qui unissait à son maître un esclave lettré : indispensable à César et présent en toute circonstance, il a une certaine liberté de mouvement et de parole, mais n’en reste pas moins esclave et seule sa loyauté peut lui faire espérer l’affranchissement.

La place des femmes dans la société et la vie politique romaines

Les protagonistes des luttes de pouvoir sont fidèles à l’image qu’en donnent les sources, ce qui ne signifie aucunement que cette image soit conforme à la vérité. Le personnage d’Antoine en est un exemple : il est un homme à femmes, ivrogne et dépensier, suivant le portrait à charge qu’en dresse Cicéron dans ses Philippiques.

On peut déplorer le manque d’épaisseur des personnages féminins qui renvoie à deux images construites en miroir, celle idéalisée de la matrone, vertueuse, pudique, pleine de retenue, et celle de la dépravée, esclave de ses désirs ou usant de ses charmes pour arriver à ses fins. Cornelia et Calpurnia, les épouses de Pompée et de César, appartiennent au premier type, tandis que le personnage d’Atia, la mère d’Octave, est inspiré de Clodia, une veuve qui, selon Cicéron dans le Pro Caelio, entretenait grâce à sa fortune de jeunes amants.

Saison 1 – Polly Walker dans le rôle d’Atia.
Allociné, HBO

En suivant sans recul critique cette dichotomie tirée des sources antiques, la série manque une occasion de faire de ces femmes des actrices historiques à part entière. Leurs motivations sont trop souvent réduites à des affaires sentimentales. Certes, les dialogues entre Servilia et Brutus expriment les valeurs des patriciens et les ambitions politiques de cette aristocrate, mais la série la dépeint comme essentiellement mue par sa soif de vengeance envers César qui l’a éconduite.

Exprimer l’altérité de la religion romaine : un pari réussi ?

La volonté de dresser un tableau réaliste de la vie des Romains apparaît également dans la mise en scène de leurs pratiques religieuses. Les personnages s’adressent à des dieux du panthéon bien connus du spectateur, mais aussi à d’autres, plus obscurs, nommés dans de rares sources – Forculus, Rusina et Orbona, par exemple –, illustrant ainsi le foisonnement du polythéisme romain.

Nombreux sont les plans montrant des autels couverts de chandelles allumées. Si l’usage rituel des bougies est attesté ponctuellement dans le monde romain, cette représentation évoque immanquablement et de manière erronée chez le spectateur les cierges des églises chrétiennes. Les gestes rituels montrés à l’écran ont été, dans leur immense majorité, inventés. On peut néanmoins apprécier l’effort fait pour rendre le ritualisme des Romains et l’encadrement rituel de la vie quotidienne. Quelques-uns de ces rites reflètent une réalité bien attestée. Le vœu adressé à Forculus par Pullo (S.1 ép. 1), emprisonné dans le camp de César, est une pratique très courante de la religion romaine qui exprime la relation contractuelle unissant les Romains à leurs dieux.

La tablette de défixion gravée par Servilia pour maudire les Iulii (S.1 ép. 5) est inspirée des centaines de lamelles de plomb qui ont été découvertes par les archéologues. On peut en revanche regretter le traitement du sacrifice, central dans la religion romaine, qui est illustré de manière aberrante par l’écrasement d’un insecte entre les mains de Pullo (S.1 ép. 11), ou au contraire de façon grandiloquente et fausse par le taurobole célébré par Atia en l’honneur de Cybèle (S.1 ép. 1).

Malgré la volonté d’exprimer l’altérité de cette religion, certains comportements reflètent des notions peu romaines. Le pardon demandé par Pullo à Rusina pour le meurtre d’un esclave aimé d’Eirene renvoie à la conception chrétienne de l’absolution des péchés qui n’a rien à voir avec les expiations romaines. Si l’intrication de la vie politique et de la religion apparaît bien, la série tend à entretenir l’idée fausse d’une séparation du clergé et des magistrats qui ne sont jamais présentés en officiants du culte alors qu’ils célébraient la plupart des rites publics.

Comme pour le reste, la série réussit finalement à rendre certains aspects de la religion romaine sans pour autant s’affranchir de conceptions modernes. Cet écart, créé par la recherche de la vraisemblance plutôt que de la vérité, cette appropriation par le monde contemporain de réalités antiques en fonction de préoccupations actuelles, constituent en eux-mêmes un sujet d’étude fécond.

The Conversation

Anne-Lise Pestel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La série « Rome » : vraisemblance ou vérité historique ? – https://theconversation.com/la-serie-rome-vraisemblance-ou-verite-historique-262018

Le démantèlement des entreprises : vers une « nouvelle » sanction dissuasive

Source: The Conversation – France (in French) – By Djamdji Chloé, Doctorante en droit privé spécialisée en droit de la concurrence et droit du numérique, Université Côte d’Azur

Le numérique était censé tout « disrupter ». Mais il pourrait remettre en selle une pratique qu’on croyait disparue : le démantèlement de groupes pour rétablir une concurrence réelle et non faussée. Il faut suivre de près ce que décidera la Federal Trade Commission états-unienne dans l’affaire qui concerne le groupe Meta.


Le 15 avril 2025 s’est ouvert aux États-Unis, le procès Meta (FTC v. Meta Platforms, Inc.). Cette affaire fait suite à l’action en justice intentée par la Federal Trade Commission (FTC) à l’encontre de Meta. L’autorité reproche à l’entreprise d’avoir procédé aux acquisitions d’Instagram (2012) et de WhatsApp (2014), pour renforcer sa position dominante sur les réseaux sociaux, notamment en imposant des conditions inégales à l’égard des développeurs de logiciel. Ces comportements auraient, selon la FTC, pour conséquence, une expérience fortement dégradée pour les utilisateurs avec plus de publicités subies et une confidentialité réduite.

Depuis quelques années, la pratique des acquisitions prédatrices ou killers acquisitions– visant à éliminer une menace concurrentielle avant qu’elle n’émerge – est devenue une pratique courante, notamment pour les entreprises spécialisées dans le numérique comme en témoignerait ici le rachat par Meta d’Instagram et de WhatsApp au cœur de ce procès.

La pile de technologie publicitaire

Selon la FTC, l’objectif de ces rachats semble être dès le départ de chercher à éliminer toute concurrence sur le marché des réseaux sociaux. Cette pratique s’apparente à la stratégie dite de « pile de technologie publicitaire ». Cette dernière vise à renforcer la position dominante d’une entreprise sur plusieurs produits technologiques de publicité numérique par une série d’acquisitions prédatrices. Pour ces raisons, l’autorité a demandé une injonction visant à prévenir la réitération de ces types de pratiques ainsi que la cession d’Instagram et de WhatsApp.

En matière de contrôle des concentrations, les entreprises parties aux dites opérations acceptent souvent de procéder à une telle cession – totale ou partielle – d’actifs. Cette dernière opération consiste le plus souvent à vendre à des tiers des points de vente, des établissements, une division, une gamme de produits voire l’intégralité d’une filiale.




À lire aussi :
GAFAM : comment limiter les « acquisitions tueuses » de start-up ?


Dans le cadre des procédures de contrôle des concentrations par les autorités de la concurrence (FTC ou encore Commission européenne), la cession d’actifs permet à l’entreprise menant l’opération de concentration via une acquisition ou une fusion de proposer et ou de négocier des ventes d’actifs avec les autorités afin que son opération soit validée. La cession est donc dans ce cadre un instrument de nature structurel utilisé ici dans le cadre d’un contrôle a priori des opérations de concentrations garant de l’ordre public économique.

De la cession d’actifs à la scission de l’entreprise

Ce type de cession d’actifs doit néanmoins être distingué du démantèlement qui est susceptible aussi d’être utilisé par lesdites autorités. Le démantèlement correspond en la scission d’une entreprise en de multiples sociétés indépendantes mais il s’agit ici d’une sanction a posteriori.

Les cas historiques les plus emblématiques étant le démantèlement de la Standard Oil (en 1911) en 34 sociétés et d’ATT (1982) qui donna naissance à sept opérateurs téléphoniques régionaux aux USA, les célèbres « babys bells ». Ces deux affaires peuvent être considérées comme des cas d’école qui viennent interroger la pertinence du démantèlement en tant que solution adaptée à la protection de la concurrence.

Peut-on considérer le démantèlement comme une solution efficace ? La réponse semble a priori négative dans la mesure où le démantèlement dans ces affaires emblématiques s’est finalement avéré avec le temps peu opérant face aux stratégies de restructuration des entreprises. Ainsi, par exemple, le démantèlement de la Standard Oil s’est traduit au fil du temps par une recombinaison partielle des 34 sociétés se traduisant in fine par une des plus grandes fusions de l’histoire entre supermajors sur le marché pétrolier en 1999 entre EXXON (ex Standard Oil of California) et Mobil (ex Standard Oil of NY).

Une sanction à l’efficacité provisoire

Le démantèlement a certes permis de relancer temporairement la concurrence dans ce secteur, mais l’efficacité de la sanction disparaît plus ou moins rapidement au regard des stratégies de fusions-acquisitions que mettent en place les entreprises. Le démantèlement ne fut d’ailleurs guère utilisé en dehors de ces deux cas d’école. Il n’a jamais été utilisé en droit européen ni en droit français de la concurrence pour sanctionner des positions dominantes absolues ou quasi absolues comme celle de la Standard Oil en son temps. Les débats sur son éventuelle utilisation avaient quasiment disparu jusqu’à l’avènement de l’économie numérique.

L’économie numérique marquée par la vitesse des évolutions techniques et technologiques a pu laisser croire dans un premier temps que les monopoles ou les quasi-monopoles n’étaient qu’une histoire relevant de la vieille économie. Néanmoins, l’apparition et le développement des géants du numérique (GAFAM) combiné à une puissance financière et technologique sans égale et des stratégies d’acquisitions prédatrices des concurrents a permis à ces grands groupes de capter et de contrôler le développement des innovations disruptives. Les concurrents innovants au stade de start-up sont acquis avant même de pouvoir remettre en cause les positions dominantes des GAFAM.

Un renouveau pour le démantèlement

L’intérêt théorique et pratique pour le démantèlement connaît un renouveau en droit et en économie de la concurrence, la cession pouvant être considérée comme une menace crédible : en quelque sorte l’arme nucléaire du droit antitrust destinée à n’être utilisée qu’en dernier recours. Cette nouvelle forme de stratégie de la terreur suppose que la menace devrait suffire en principe à obtenir des entreprises concernées des engagements comportementaux et structurels devant remédier aux préoccupations de concurrence identifiées par les autorités de concurrence.

Arte 2025.

Le procès Meta incarne probablement cette volonté de gagner en crédibilité au même titre que l’article 18 du Digital Market Act (DMA) européen de 2022 prévoyant cette possibilité. Aux États-Unis, en l’absence de texte équivalent au DMA, le procès devant le tribunal de Washington constitue pour la FTC en invoquant le droit antitrust classique, le monopolisation ou l’abus de position dominante, de demander la vente partielle d’Instagram et de WhatsApp.

L’objectif est de rendre à ces filiales leur autonomie afin qu’elles puissent à nouveau concurrencer Meta sur le marché des réseaux sociaux. Ainsi, si finalement le tribunal suit le raisonnement de la FTC et que la cession se traduit par un démantèlement de Meta, cette mesure structurelle devient alors une menace crédible pour l’ensemble des GAFAM. Leur situation de position dominante serait alors menacée et les autorités et les tribunaux de la concurrence rétabliront la concurrence là où elle était absente ou quasi absente. Reste à savoir si l’histoire se répétera comme pour le pétrole ou les télécoms et si, à terme, les groupes finiront par se reconstituer…

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le démantèlement des entreprises : vers une « nouvelle » sanction dissuasive – https://theconversation.com/le-demantelement-des-entreprises-vers-une-nouvelle-sanction-dissuasive-260431

Avant de cartographier le ciel avec la plus grande caméra au monde : que révèlent vraiment les « premières » images du télescope Vera-C.-Rubin ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre-Alain Duc, Directeur de recherche au CNRS, directeur de l’Observatoire astronomique de Strasbourg, Université de Strasbourg

Zoom dans l’amas de la Vierge. Cette image fait partie des « premières » images prises par le télescope Vera-C.-Rubin. NSF–DOE Vera-C.-Rubin Observatory, CC BY

L’observatoire Vera-C.-Rubin vient de débuter un grand sondage du ciel, le Legacy Survey of Space and Time (LSST) et a livré en juin 2025 de « premières » images au grand public : une grandiose visualisation d’une partie de l’amas de galaxies de la Vierge.

Mais de telles « premières » images ont une importance qu’il convient de relativiser, ou tout au moins recontextualiser car leur intérêt n’est pas forcément celui que l’on croit ou voit immédiatement.

Les images de Vera-C. Rubin se distinguent par la taille de leur champ exceptionnellement grande et la rapidité du nouvel observatoire, qui lui permet de cartographier des lumières même ténues sur une grande partie du ciel plusieurs fois par mois.


La « première lumière » d’un nouvel observatoire est un évènement symbolique et médiatique. Les images dévoilées ce jour-là au public ne sont en effet pas les vraies premières acquisitions – ces dernières servent des objectifs purement techniques et n’ont que peu d’intérêt pour le public. Elles ne témoignent pas forcément des buts scientifiques primaires qui ont motivé la construction du télescope. Elles existent essentiellement pour impressionner et susciter l’intérêt : pour cela, elles doivent posséder une valeur esthétique… qui ne doit pas occulter les performances techniques de l’instrument qui les a générées.

En quoi, alors, cette « première » image du sondage Legacy Survey of Space and Time (LSST), centrée sur l’amas de galaxies de la Vierge, est-elle originale et doit-elle nous interpeller ?

Parce qu’elle dévoile des astres encore inconnus ?

Pas tout à fait. Les structures les plus remarquables, visibles sur cette image, étaient familières, comme ce couple de spirales vues de face (au centre, à droite), cette galaxie naine mais étonnamment étendue et diffuse (en haut à droite) ou, enfin, ces spectaculaires traînées stellaires qui relient plusieurs galaxies d’un groupe situé à l’arrière-plan (en haut à droite), fruits de collisions en cours qui arrachent les étoiles à leurs galaxies.

Ces queues dites « de marée » avaient déjà été cartographiées par des caméras d’ancienne génération, comme Megacam sur le vénérable Canada-France-Hawaii Telescope (CFHT).

Parce que sa qualité optique est exceptionnelle ?

Obtenue depuis le sol, et subissant la turbulence de l’atmosphère qui floute toute lumière venue de l’espace, sa finesse est loin des standards des télescopes spatiaux Hubble, James-Webb ou Euclid, qui présentent une résolution spatiale de 5 à 10 fois meilleure.

Parce qu’elle présente d’éclatantes couleurs ?

Certes, mais depuis que le sondage du Sloan Digital Sky Survey (SDSS) a démarré en 2000, il a systématiquement observé une grande partie du ciel dans des bandes devenues standards (u,g,r,i,z) et a combiné ses images pour produire de « vraies couleurs ». Le public s’est habitué à une vision colorée des objets astronomiques.




À lire aussi :
Comment sont façonnées les images du ciel? Dans les pas du télescope pionnier Hubble


Désormais, chaque nouvelle mission utilise sa propre palette qui varie selon le jeu utilisé de filtres.

Parce qu’elle dispose de canaux de diffusion importants ?

Certainement ! Les États-Unis ont une culture de médiation scientifique bien plus développée qu’en Europe, et leurs agences, dont le département de l’énergie américain et la Fondation nationale pour la science qui portent le projet LSST, accordent des moyens financiers conséquents aux actions de communication, relayées par l’ensemble des partenaires, parmi lesquels, en France, le CNRS dont l’Institut nucléaire et particules est chargé, entre autres, d’une grande partie de la chaîne de traitement des données.

Mais faut-il pour autant faire la fine bouche face à cette belle, mais pas si originale image produite par le LSST ? Assurément, non ! Elle mérite vraiment de s’y intéresser – non donc par ce qu’elle montre, mais par ce qu’elle cache !

Ce que cachent les premières images du nouveau télescope Vera-C.-Rubin et de son sondage LSST : un potentiel énorme et une prouesse technique

Ce qui est réellement derrière cette image, c’est un potentiel scientifique énorme, lui-même résultat d’une prouesse technique remarquable.

L’image a été acquise avec la plus grande caméra au monde. Elle dispose d’un capteur de 3,2 milliards de pixels (en fait une mosaïque de 189 capteurs CCD), soit 100 fois plus qu’un appareil photo classique.

Cette débauche de pixels permet de couvrir un champ de vue sans précédent de 9,6 degrés carrés, soit 45 fois la taille apparente de la pleine Lune ou 35 000 fois celui de la caméra du télescope spatial Hubble.

Avec cette vision large, le LSST pourra cartographier la surface totale de l’amas de la Vierge en seulement 10 clichés (l’image présentée ici ne couvre qu’une partie de l’amas), et quelques dizaines d’heures d’observations, contre quelques centaines d’heures pour le télescope Canada-France-Hawaii, avec lequel nous osions une comparaison plus haut.

La taille de la caméra du LSST est digne de celle de son télescope, pourvu d’un miroir de 8,4 mètres, le plus grand au monde entièrement consacré à l’imagerie. Avec une telle machinerie, l’ensemble du ciel austral peut être observé en seulement trois jours, des performances idéales pour repérer les phénomènes transitoires du ciel, comme les supernovae ou pour découvrir des astéroïdes dont la position varie d’une image sur l’autre.

Chaque nuit d’observation, les terabytes de données s’accumulent et, pendant les dix ans du sondage, les images vont être empilées pour in fine atteindre une sensibilité inégalée, mettant en jeu une chaîne de traitement complexe sans commune mesure avec celles mises en œuvre pour les sondages anciens.

Cette base de données qui, comme le grand vin, se bonifie avec le temps, permettra d’effectuer des avancées dans de multiples domaines de l’astrophysique, de la physique stellaire à la cosmologie.

Alors, oui, il est tout à fait légitime d’être impressionné par cette première image du LSST et par le potentiel de découvertes qu’elle dévoile.

Et pour finir, il convient de rappeler que l’observatoire qui l’a acquise, installé dans le désert chilien de l’Atacama, honore par son nom l’astrophysicienne Vera Rubin, à l’origine de la découverte de la matière noire dans les galaxies. Donner un nom de femme à un projet astronomique d’envergure est aussi une première !

The Conversation

Pierre-Alain Duc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avant de cartographier le ciel avec la plus grande caméra au monde : que révèlent vraiment les « premières » images du télescope Vera-C.-Rubin ? – https://theconversation.com/avant-de-cartographier-le-ciel-avec-la-plus-grande-camera-au-monde-que-revelent-vraiment-les-premieres-images-du-telescope-vera-c-rubin-262066

Kenya’s 1950 Kolloa massacre: Britain won’t own up to its colonial violence but communities need closure

Source: The Conversation – Africa (2) – By Chloé Josse-Durand, Senior Research Associate in African Politics, Newcastle University

In 1950, British forces killed at least 29 civilians in one of the deadliest, but least chronicled, episodes of colonial violence in Kenya.

Armed soldiers killed at least 29 civilian members of Dini ya Msambwa, a spiritual and anti-colonial movement in Kenya active around what is now West Pokot county in the north-western region. Survivors describe the group’s gathering on 24 April 1950 as a peaceful one. However, British colonial forces, fearing a potential uprising, violently confronted the group at the Kolloa trading centre.

It led to one of the highest number of deaths in a single day in a single place in Kenya’s colonial period.

For the surviving families and followers of Dini ya Msambwa (the “religion of the spirits” in Kiswahili), it was a massacre. However, the British government has never publicly apologised for this atrocity.

The movement’s adherents continue to seek justice and recognition, but they face legal, political and historical roadblocks.

I am part of a team at Newcastle University working on Afterlives of Colonial Incarceration, a project focused on former British colonies. I’ve been working closely with communities affected by colonial violence in Kenya, including Dini ya Msambwa adherents.

In my view, Britain’s recognition of the Kolloa massacre isn’t just a matter of historical record. It is about acknowledging that the group’s pain is real, their loss unjust and their struggle worth remembering.

To acknowledge Kolloa as a massacre would open the door to legal and moral accountability from the British government. This would help Dini Ya Msambwa followers affirm the legitimacy of their historical grievances and their place in Kenya’s national story.

Crucially, it could also lay the groundwork for reparations, which could include financial compensation for surviving families, and the restitution of confiscated land and livestock.

The British government remains silent on the massacre. But this doesn’t erase memory. Dini ya Msambwa followers and representatives and historians are working to ensure that Kolloa – like so many forgotten chapters of colonial violence in Africa and beyond – is not buried with the last of its survivors.

The group’s origins

Dini ya Msambwa was founded in the 1940s by Elijah Masinde among the Bukusu people of western Kenya. The movement rejected colonial authority, resisted Christian missionary dominance and called for a return to African spirituality and traditions.

This combination of cultural pride and political defiance made it a target for suppression by British authorities.

Lukas Pkech, a prominent Pokot leader, brought Masinde’s preachings to West Suk and Baringo in the British-administered north-west region in 1950. His teachings were increasingly influential among Pokot communities and were seen as a direct challenge to colonial order.

British district commissioner Arthur Simpsons, along with a contingent of tribal police and British officers led by Alan Stevens, moved to quell the movement and most likely to kill its leader. What followed was a fatal confrontation in Kolloa: over 300 Dini ya Msambwa followers, armed mainly with spears, faced off with colonial security forces in what came to be called the Kolloa Affray.

Pkech and at least 28 followers were killed, along with Stevens, two other British nationals and an African askari (soldier). Oral testimonies suggest that between 44 and 50 people were killed – 29 during the event itself, and 15 to 20 others later succumbing to wounds sustained in the fighting. At least 176 Dini ya Msambwa members present at the standoff were imprisoned. Seven of them were executed for their direct involvement.

This event led to increased repression of Pokot communities and suspected Dini ya Msambwa leaders and followers.

The colonial administration confiscated over 5,600 cattle and deployed a special police force in the region. Residents were forced into hard labour on district roads as part of communal punishment. Hundreds of adherents were thrown into colonial jails and detention camps near the district administrative centre, Kapenguria.

The exact number of Dini ya Msambwa followers today is hard to assess as many choose to remain discreet for their own safety. However, the growing visibility of branches like Dini ya Roho Mafuta Pole ya Africa (African Religion of the Gently Anointing Spirit) indicates the movement’s enduring significance in Pokot society.

Dini ya Roho attracts approximately 4,000 members weekly for worship and yearly for Kolloa commemorations. In the church’s doctrine, the deaths at Kolloa are reinterpreted as a selfless act of sacrifice in fulfilment of peace for the community. Since its official registration in 2012, the church has gained growing influence.

Silencing through legal reform

In 2013, the UK government issued a formal apology and paid £19.9 million (US$26.5 million) in compensation to 5,228 Mau Mau veterans. The compensation was related to Britain’s brutal suppression of the Mau Mau uprising (1952–1960), also known as the “Kenya Emergency”. This was a large-scale anti-colonial rebellion during which more than 150,000 Kenyans were detained without trial in a vast system of camps and fenced villages. Here, torture, forced labour and systematic abuse were widespread.

The Mau Mau case secured an official apology and compensation for colonial-era torture. It also demonstrated that legal redress for historical injustices was possible.

Yet, it was also a strategic concession by the UK government.

It was limited in scope, restricted to a specific group (those tortured during the Emergency), and designed to avoid setting a broad legal precedent.

Since then, the UK has enacted a new law – the Overseas Operations Act – that imposes strict legal limits on claims related to the actions of British troops abroad, effectively barring historical claims.

Worse still, under the legal doctrine known as divisibility of the Crown, claimants must prove that abuses were ordered by the UK government in London, not just carried out by colonial administrators.

In the case of Kolloa, where documentation is sparse and most evidence comes from oral testimonies, this is an almost impossible task.

Further, unlike the Mau Mau case, which gained global attention, Kolloa has remained largely absent from mainstream narratives. The Kenyan government has lacked political will to put pressure on Britain and has itself seen the movement as dangerous. It remained banned until 2012, after the new constitution strengthened protections for freedom of religion and beliefs.

Without strong advocacy from the Kenyan state, Britain has no diplomatic incentive to revisit or acknowledge Kolloa.

Is there still hope for justice?

One promising path is international litigation. In 2022, the Talai clan from Kenya’s Nandi and Kipsigis communities – themselves victims of colonial brutality – brought a case against the UK at the European Court of Human Rights. Their efforts could set a precedent for groups like Dini ya Msambwa seeking redress beyond British courts.

Back home, Kenya’s devolved county government of West Pokot has also given representatives from the church more freedom to speak openly. While the group remains cautious about challenging the national government directly, there’s a growing movement for memorialisation, truth telling and intergenerational dialogue.

For Dini ya Msambwa, the fight is about more than financial compensation. It is about being seen, heard and remembered. The group’s struggle touches on deeper questions of dignity, memory and the right to practise their faith with pride instead of fear and resentment.

The Conversation

Chloé Josse-Durand receives funding from Newcastle University and the Leverhulme Trust.

ref. Kenya’s 1950 Kolloa massacre: Britain won’t own up to its colonial violence but communities need closure – https://theconversation.com/kenyas-1950-kolloa-massacre-britain-wont-own-up-to-its-colonial-violence-but-communities-need-closure-262133

Wild salmon are the Zendayas of the fish world – what that tells us about conservation

Source: The Conversation – UK – By William Perry, Postdoctoral Research Associate at the School of Biosciences, Cardiff University

An Atlantic salmon slowmotiongli/Shutterstock

Wild salmon are not just rarer than their farmed cousins – they’re better looking too. In a new study by my colleagues and I, we found that they are noticeably more symmetrical than those reared in captivity. In other words, they’re prettier (by human standards, at least). And that’s not just cosmetic.

The global sale of aquatic species reared in captivity (known as aquaculture) is worth more than US$300 billion (£225 billion) annually. That’s a huge figure that doesn’t even include the wholesale or retail markups and revenue generated from other industries such as processing or packaging.

Of all the cultured aquatic organisms, the Atlantic salmon is the most valuable but is seeing widespread declines in the wild.

To put salmon decline into perspective, in 2024 the aquaculture industry produced somewhere in the region of 3 million metric tonnes of Atlantic salmon for consumption, which is roughly 600 million fish (assuming a harvest weight of 5kg per fish). Yet, there are fewer than two million wild Atlantic salmon returning to rivers every year.

This has led to the Atlantic salmon being classified as endangered in Britain by the International Union for Conservation of Nature. Some countries have turned to hatcheries as a way to boost wild numbers, releasing captive-bred fish into rivers to try to strengthen struggling populations.

But rearing fish in artificial hatchery environments changes elements of their biology, making them less likely to survive in the wild. Not only this, but when they are released into the wild, their genetics can pollute local gene pools.

So, while hatcheries seem to offer a solution to declining wild salmon populations, decades of research has shown that they largely have a negative effect on the populations they are trying to save. Despite these problems, hatcheries can sometimes be the only thing standing between a population and extinction.

We carried out our study on the Saimaa salmon in Finland, a critically endangered, landlocked population that’s been around since the last ice age. Once common in the wild, the Saimaa salmon would now go extinct in the wild if it were not for hatchery production sustaining the population. This is because the construction of hydropower stations and deforestation destroyed their natural spawning habitats in the 20th century.

An aerial view of Lake Saimaa on a summer's day.
Lake Saimaa in Finland.
ArtBBNV/Shutterstock

In humans, facial symmetry is often associated with beauty. It’s no coincidence that stars like Zendaya and Harry Styles, whose features exhibit remarkable symmetry, are held up as icons of attractiveness.

In fish, symmetry is associated with low environmental stress. So, it can be a valuable tool for understanding how effective hatcheries are in producing more natural fish.

To understand how hatchery conditions shape fish development, we photographed Saimaa salmon from both sides and compared their features. Some fish had spent a year in tanks, others just a few days before being released into a river. We then measured their symmetry as an indicator of stress.

What we found was striking. Even fish reared in captivity for just one year showed clear signs of asymmetry. And efforts to enrich their lives, such as by adding shelters and fluctuating water flows, did not prevent asymmetry.

The only technique that prevented asymmetry was releasing the fish into a natural river after they had just hatched, minimising their exposure to the hatchery environment.

Fish released into the wild after hatching also had larger pectoral fins and lower jaws, relative to body size, when compared to those reared in captive environments. These traits may be beneficial in the wild where there are more complex river flows and diets. They were reduced in those fish who had spent most of their life in the hatchery.

Letting nature lead

Our research suggests that the hatchery environment – no matter how carefully managed – is no substitute for nature. While hatcheries can act as a stopgap for critically endangered populations like the Saimaa salmon, they are not a long-term fix for species in decline.

If hatcheries must be used, our study show it’s vital to get fish into natural conditions as early as possible. But ultimately, if we want wild salmon to not just survive but thrive, we have to fix the problems that caused their decline in the first place.

Humanity often tries to engineer its way out of environmental crises. But nature isn’t easily replaced. Sometimes, the best solution is to give it the space to recover on its own.

The Conversation

William Perry does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Wild salmon are the Zendayas of the fish world – what that tells us about conservation – https://theconversation.com/wild-salmon-are-the-zendayas-of-the-fish-world-what-that-tells-us-about-conservation-262268

Morocco using economic clout to strengthen grip on disputed Western Sahara territory

Source: The Conversation – UK – By Andrea Maria Pelliconi, Lecturer in Human Rights Law, University of Southampton

Christopher Nolan, known for directing blockbusters like Memento, Interstellar and Oppenheimer, is facing public backlash for filming scenes of his new film, The Odyssey, in part of north Africa called Western Sahara.

The territory, formerly known as Spanish Sahara when it was administered from Madrid, was occupied by the Moroccan military in the 1970s and unlawfully annexed. It remains classified by the UN as a “non-self-governing territory” awaiting decolonisation.

The recent controversy concerns the filming of part of The Odyssey in Dahkla, a Western Saharan city on the coast of the Atlantic Ocean. It has brought attention to one of the most overlooked and protracted armed conflicts in the modern world, now 50 years old.

Since Spain’s withdrawal in 1975, Western Sahara has been entangled in a territorial dispute involving an Algeria-backed national liberation movement called the Polisario Front, Morocco and, briefly, Mauritania. Amid serious human rights concerns, Morocco now occupies around 80% of the territory.

This is despite a landmark 1975 International Court of Justice (ICJ) advisory opinion affirming that the indigenous Sahrawi people have the right to decide whether to join Morocco or form their own state in a UN-backed referendum.

The referendum, which has been repeatedly delayed, is intended to ensure the free expression of the will of the Sahrawi people. Known as the “people of the Sahara”, the Sahrawi are made up of numerous tribes with a shared culture. They are a distinct ethnic group from Moroccans.

Only part of the Sahrawi people continue to live in Western Sahara under Morocco’s control. Most have fled to Algerian refugee camps supported by the UN Refugee Agency.

A map of Morocco and Western Sahara.
Morocco has claimed Western Sahara as its own since 1975.
Peter Hermes Furian / Shutterstock

It was from Algeria, in 1976, that the Polisario Front declared the Sahrawi Arab Democratic Republic (SADR). The Polisario Front claims to represent the Sahrawi people and is considered a legitimate interlocutor by the UN and EU.

The SADR is now a member of the African Union and has, over the years, been recognised (and sometimes un-recognised) by numerous states. Yet it is far from being universally recognised, and Morocco and Polisario continue to engage in armed hostilities for territorial control.

Only a referendum could determine whether the Sahrawi want to be Moroccans or have their own state. But five decades on from the ICJ’s advisory opinion, no such referendum has been held. Meanwhile, Morocco has entrenched its control of Western Sahara, or what it calls the “Southern Provinces”.

It has done so by changing the demographic composition of the population by civil and military means, and bolstering international support for its 2007 autonomy plan. The plan offers limited self-rule for Sahrawis under Moroccan sovereignty, and is harshly opposed by Polisario and Sahrawi groups.

Recognising Moroccan sovereignty

In 2020, under the first Trump administration, the US became the first major power to recognise the autonomy plan and Moroccan sovereignty over Western Sahara. This was part of a diplomatic quid pro quo for Rabat’s normalisation of ties with Israel under the Abraham Accords. Washington has recently reaffirmed its position.

Other global players have followed suit. Spain endorsed the autonomy plan in 2022, despite maintaining an ambiguous policy of “active neutrality”. And France officially recognised Morocco’s sovereignty in 2024.

In June 2025, the UK stated that the autonomy plan represents “the most credible, viable and pragmatic basis for a mutually agreed and lasting solution to the Western Sahara dispute” in a joint communiqué with Morocco. This was despite affirming later that the territory remains of “undetermined” status.

Growing support for Morocco’s sovereignty claims is driven by several geopolitical interests. These include energy security, investment opportunities, counter-terrorism cooperation, migration management and regional influence.

Western Sahara is rich in phosphates, fisheries and potential offshore oil and gas reserves. Major infrastructure projects there, including water management, ports and renewables, are luring international investors.

More recently, Morocco has expanded its focus to tourism and transport development and, as seen with Nolan’s film and its plans to co-host the 2030 Fifa men’s World Cup, apparently also the entertainment industry.

Rabat seems to be using development as a means of domination. And its growing economic clout and regional influence are shifting the cost-benefit calculus of world powers to take Morocco’s side in this dispute. This has made support for legal principles politically inconvenient.

But legal principles matter and consistently support the Sahrawi position. In 2022, the African Court on Human and Peoples’ Rights reaffirmed that Morocco’s continued occupation violates the Sahrawi people’s right to self-determination. This right is a “jus cogens norm” in international law, meaning it is binding on all states and cannot be derogated from.

The International Law Commission stipulates that third states must neither recognise situations arising from breaches of such norms nor assist in their maintenance. This position was reaffirmed by the ICJ in July 2024. In its advisory opinion on Israel’s occupation of Palestinian territories, it reiterated that states and international organisations should not aid or assist the maintenance of illegal occupations.

This further implies that states should disengage from their investments in Western Sahara unless these have been agreed with the Sahrawi people. In October 2024, the EU’s Court of Justice annulled EU-Morocco trade and fisheries agreements where these applied to Western Sahara. It cited the lack of Sahrawi consent in violation of self-determination.

The growing diplomatic endorsement of Morocco’s autonomy plan risks legitimising an unlawful occupation under the veneer of pragmatism. The normalisation of occupation sets a troubling precedent for other territorial disputes around the world, from Ukraine and Palestine to Syria and Kashmir.

Some argue that Morocco’s autonomy plan represents a “realistic” solution to an intractable conflict. But decisions imposed without consent are not solutions, as they lead to further opposition and conflict. Privileging power over principle would betray the Sahrawi people and jeopardise international law.

The Conversation

Andrea Maria Pelliconi is a recipient of a British Academy/Leverhulme Small Research Grant (2024 – 2026) to complete a study of demographic engineering and apartheid in Western Sahara.

I gratefully acknowledge the work of our two research assistants: Dr. Meriem Naili and Beya Mousli. For further information about our project please visit: https://www.nottingham.ac.uk/research/groups/nottingham-international-law-and-security-centre/research/western-sahara-project/western-sahara-project.aspx

Victor Kattan is a recipient of a British Academy/Leverhulme Small Research Grant (2024 – 2026) to complete a study of demographic engineering and apartheid in Western Sahara.

ref. Morocco using economic clout to strengthen grip on disputed Western Sahara territory – https://theconversation.com/morocco-using-economic-clout-to-strengthen-grip-on-disputed-western-sahara-territory-262763

Menopause and brain fog: why lifestyle medicine could make a difference

Source: The Conversation – UK – By Maria Pertl, Lecturer in Psychology, Department of Health Psychology, RCSI University of Medicine and Health Sciences

SpeedKingz/Shutterstock

By 2030, an estimated 47 million women worldwide will enter menopause each year. The transition through menopause can last several years and brings with it a host of physical, mental and brain changes. One of the most distressing symptoms reported by women is “brain fog”.

This umbrella term refers to difficulties with memory, concentration and mental clarity. Women may find themselves forgetting words, names or appointments, or misplacing items. While these symptoms can be alarming, they usually resolve after menopause and are not a sign of dementia.

Hormonal fluctuations, particularly declining oestrogen levels, are a key driver of cognitive changes during the menopause transition. But it’s not just hormones. Hot flushes, night sweats, poor sleep and low mood all contribute to cognitive difficulties. The good news? Many of the contributing factors are modifiable. That’s where lifestyle medicine comes in.

Lifestyle medicine is an evidence-based approach that uses lifestyle interventions to prevent and manage chronic conditions such as heart disease, diabetes and dementia. It focuses on six pillars: sleep, physical activity, nutrition, stress management, social connection and avoidance of harmful substances. These same pillars can also support cognitive health during menopause.

Sleep is an underestimated factor in brain health — it is essential for memory consolidation and brain repair. Yet one in three women going through menopause experience significant sleep disturbance. Hot flashes, anxiety, and hormonal changes can all disrupt sleep, creating a vicious cycle that worsens brain fog.

Improving sleep hygiene can help. This includes avoiding caffeine late in the day, reducing screen time before bed, keeping a consistent sleep schedule and maintaining a cool bedroom. Physical activity during the day – especially outside in the morning – also supports better sleep.

Physical activity is one of the most powerful tools for brain health. It improves blood flow to the brain, reduces inflammation and increases the size of the hippocampus (the brain’s memory centre). It also helps regulate mood, improve sleep and support cardiovascular and metabolic health. For menopausal women, it has the added benefit of improving bone health, sexual function and maintaining a healthy weight.

The World Health Organization recommends at least 150–300 minutes of moderate-intensity aerobic activity per week, plus two sessions of muscle-strengthening exercises. Even brisk walking can make a difference.

Stress can make it difficult to think clearly and chronic stress may accelerate brain ageing through chronically elevated cortisol levels. Menopause can be a stressful time, especially when cognitive changes affect sleep, confidence and daily functioning.

Mindfulness, yoga, tai chi and breathing exercises can help reduce stress and improve focus. Cognitive behavioural therapy (CBT), a form of talking therapy, is also effective in addressing negative thought patterns and improving coping strategies. Finding a hobby that brings joy or a sense of “flow” can also be a powerful stress reliever.

What we eat plays a crucial role in brain health. The Mediterranean diet — rich in vegetables, fruits, whole grains, legumes, nuts, olive oil and fish — has been linked to better memory and reduced risk of cognitive decline.

Omega-3 fatty acids, found in fatty fish and flaxseeds, are particularly beneficial for brain function. Avoiding ultra-processed foods, added sugars and trans fats can help reduce inflammation and stabilise energy levels.

Social connection is a powerful yet often overlooked pillar of lifestyle medicine that has substantial effects on physical, mental and brain health. During menopause, women may feel less able to participate in social activities and experience increased isolation or changes in relationships, which can negatively affect mood and cognition.

Strong social ties stimulate the brain, support emotional regulation, and buffer against stress. Quality matters more than quantity. Regular check-ins with friends, joining a club, volunteering, or even brief positive interactions can all make a difference.

Alcohol and other substances can have a circular effect on sleep, mood, and cognition. While alcohol may initially feel relaxing, it disrupts sleep quality and can worsen anxiety and memory issues.

Reducing alcohol and avoiding tobacco and recreational drugs can improve sleep, mood and cognitive clarity. If cutting back feels difficult, seeking support from a healthcare professional or support group can be a helpful first step.

Making lifestyle changes can feel overwhelming, especially when you’re already feeling tired or stressed. Financial pressures or personal circumstances can make lifestyle changes feel out of reach. Start small. Make just one change in one pillar, such as sticking to a regular bedtime or adding a short daily walk, and build from there. Small, consistent steps can make a big difference to clearing brain fog.

Menopausal brain fog is real, but it’s also manageable. By focusing on the six pillars of lifestyle medicine, women can take proactive steps to support their cognitive health and overall wellbeing during this important life transition.

The Conversation

Maria Pertl receives research funding from the Irish Cancer Society and the National Cancer Control Programme. She is a committee member of the Irish Society of Lifestyle Medicine.

Lisa Mellon co-founded the Irish Society for Lifestyle Medicine.

ref. Menopause and brain fog: why lifestyle medicine could make a difference – https://theconversation.com/menopause-and-brain-fog-why-lifestyle-medicine-could-make-a-difference-261683